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Roland HUREAUX

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5 avril 2010 1 05 /04 /avril /2010 15:04

 

La  baisse sans précédent du  taux de participation aux élections régionales de 2010, surtout au premier tour,   n’exprime pas seulement le recul    du civisme ou le dégoût des urnes.  Il  résulte aussi, pensons-nous, de l’insuffisance de l’offre politique.

Bien qu’une bonne dizaine de listes  se soient  proposées au suffrage  dans chacune des régions,   un  des principaux courants politiques française, voire le principal,  n’était pas présent dans la compétition  et cela seul   suffit  peut-être à  expliquer l’abstention.

Le grand absent est le courant   que l’on qualifiera de conservateur mais qu’on pourrait aussi bien  appeler la droite modérée ou la   droite « calme », voire  les modérés  tout court avec tout  ce que ce mot  signifie de pondération, de mesure, de prudence, mais aussi de tenue et,  pourquoi ne pas le dire ?  de « force tranquille ».   

Pourquoi ce courant est-il important ?

Parce que sous différentes formes ,  légitimisme, orléanisme, bonapartisme,  républicanisme  modéré (« La république sera conservatrice ou ne sera pas » – Gambetta) ,  radicalisme   apaisé,    « indépendants et paysans »  et  même  gaullisme , en particulier dans  la version  pompidolienne,  ce courant   gouverne le plus souvent la France depuis deux siècles.

Ensuite parce qu’on ne fait pas la révolution tous les jours.  La plupart des   révolutionnaires   s’ assagissent  et l’esprit conservateur  finit par imprégner tous les partis de gouvernement, même issus de la gauche.   La vocation immémoriale du gouvernement n’est-elle pas de maintenir les institutions ?  « Je maintiendrai » n’est pas seulement   la devise du royaume des  Pays-Bas, elle est  la  première mission de tous les pouvoirs.  Etre « calme »  est un attribut   antique  de la souveraineté : ne parle-t- on pas de « calme  olympien » ?

Or le courant conservateur, osons le dire,   était  absent des dernières élections !   La gauche a proposé une offre très  diversifiée,  celle de la droite s’est  résumée  pour l’essentiel  à l’UMP et au Front national  -  deux formes de  droite dont aucune n’incarne aujourd’hui la modération : d’un côté la  droite    excitée, ultra-réformatrice,  qu’incarne Sarkozy  et  de l’autre cette autre forme de droite excitée qu’est l’extrême-droite.

En d’autres temps, la modération  eut pu être représentée  par   le Modem  mais celui-ci  a tant donné l’impression  de rejoindre la gauche que les  modérés   ne se sont plus reconnus  en lui.  D’autant que  la mouvance centriste est largement  identifiée à    la construction européenne,  laquelle   s’est transformée au fil des ans en une machine  à produire sans cesse des réformes  qui     déstabilisent  des  institutions fondamentales,  pas seulement   les  services publics. 

Faute de trouver une option qui  lui corresponde,  une partie du bloc modéré,  lequel représente sans doute bien plus que   les  15 % d’abstentionnistes du premier tour, est restée  chez elle.

 

Peu de réformes, mais des bonnes

 

On objectera que si la droite officielle, celle qui  gouverne  aujourd’hui ,  faisait droit à    cette tendance conservatrice, la France s’enfoncerait dans la sclérose , se laisserait distancer dans l’ « impitoyable »  compétition internationale  à laquelle notre pays  est  confrontée.

Cela n’est pas certain du  tout.  Les  réformes vraiment nécessaires pour accroître  la compétitivité internationale de la France  sont en nombre limité : un  encouragement intelligent  à la création d’entreprise et à la recherche,  un meilleur financement bancaire des  PME ( qui passe par une réforme des banques) et aussi  la « TVA sociale », seul  substitut à  une sortie de l’euro.  Cette adaptation n’implique nullement   de s’attaquer  à   la constitution,  à la  commune, au département,  au  baccalauréat,  aux grandes écoles,   à  la gendarmerie,  aux  grands corps  de  l’Etat,  au  juge d’instruction, au dimanche soit à  la plupart des  repères fondamentaux des   Français. Pas même non plus  au statut  de la fonction publique à condition qu’on sache contrôler les effectifs de fonctionnaires :   quinze ans de « modernisation de l’Etat »   n’ont rien fait pour empêcher  la grave dérive des finances publiques, au contraire.   La sécurité est  certes  un objectif difficile mais elle  ne passe sûrement pas par le réforme de la carte judiciaire,  ni  l’amélioration de l’enseignement par le « lycée à la carte ».  

Les  vrais conservateurs  savent qu’une bicyclette   ne marche bien que si la partie mobile s’appuie sur un cadre fixe.  Plus le cadre fixe est stable, plus il est possible de pédaler vite.   

Pour améliorer la marche du pays, peu de réformes bien ciblées et  allant au fond des choses suffisent.  Elles ne doivent  pas tout chambouler, seulement améliorer à la marge une société où tout  n’est pas aussi mauvais  et inefficace  qu’on le  dit,  conforter et non saper les   institutions.

Le rythme des réformes de la première partie du quinquennat et surtout leur caractère brouillon voire  inutile ont donné le tournis  aux  conservateurs, nombreux dans ce pays,  d’autant  que le but de ce réformisme à l’accéléré semblait  être   moins  l’amélioration des  choses qu’une forme de communication sur le thème « nous avons un gouvernement  volontaire » ,  voire de   fuite en avant.   

Cette opinion  modérée qui ne se reconnaît   ni dans la gauche, ni dans l’extrême droite  ne s’est pas reconnue non plus,  cette fois, dans le parti du président :   elle s’est   retirée  sur l’Aventin.  Il est probable qu’elle y restera   si, par-delà le réajustement ministériel,   les méthodes de gouvernement,     contraires non seulement aux traditions de la droite mais à la volonté de la majorité des Français et en définitive à la véritable efficacité,   ne  sont  pas  entièrement révisées.  

 

Roland HUREAUX        

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5 avril 2010 1 05 /04 /avril /2010 15:00

A PROPOS DE L’AFFAIRE VIGUIER

  

L’article 353 du Code de procédure pénale prescrit au président de la Cour d’assises de lire aux jurés, avant qu’ils ne se retirent pour délibérer, une déclaration dont la conclusion est « La loi ne leur fait (aux jurés) que cette seule question, qui renferme toute la mesure de leurs devoirs :  Avez-vous une intime conviction ? ».  Et en matière de délits, l’article 427 dispose de même que « le juge décide d’après son intime conviction ».

Dans une affaire qui défraye aujourd’hui la chronique, il est clair que cette notion d’intime conviction a largement inspiré l’instruction : on a pu ainsi entendre  le  chef de la division criminelle du SRPJ de Toulouse, chargé d’instruire l’affaire Viguier, décrire un "crime sans corps, sans aveux, sans preuves (irréfutables) mais, ajoute-t-il,  nous avons un faisceau d'indices qui nous donnent l'intime conviction que l’accusé est coupable".

Voilà pourtant une vieille notion de droit pénal français dont on peut se demander  s’il ne serait pas urgent de  la remettre en cause en raison des malentendus qu’elle pourrait faire naître.

Certes le même code dit clairement que cette conviction, pour intime qu’elle soit, demeure rationnelle :   la loi « leur prescrit  (toujours aux jurés) de s’interroger eux-mêmes, dans le silence et le recueillement, et de chercher dans la sincérité de leur conscience, quelle impression ont faite sur leur raison, les preuves rapportées contre l’accusé et les moyens de sa défense ». Et il est dit au juge de la correctionnelle que « le juge ne peut fonder sa décision que sur des preuves qui lui sont apportées au cours de débats et contradictoirement  discutées devant lui ».

Quant au  fond la chose est donc claire : c’est de la raison et non du sentiment que doit procéder l’intime conviction.

Cela est-il aussi clair pour nos contemporains ?

Depuis que ces textes vénérables ont été rédigés, la société a évolué.

D’abord la subjectivité a pris une place qu’elle n’avait pas dans la  culture classique. Elle est valorisée de multiples  manières : l’idée « surréaliste » que le génie consiste à suivre son inspiration,  qu’il faut suivre ses intuitions, réaliser ses désirs, « être d’abord soi-même » ;  la règle morale, longtemps tenue pour objective, universelle et extrinsèque est désormais vue comme  une affaire privée, du ressort de l’éthique personnelle, de la conscience de chacun. La sincérité, à laquelle le Code Napoléon faisait référence dans un contexte différent, est certes plus que jamais   une valeur mais il se pourrait qu’elle ait changé de sens : elle vaut aujourd’hui par elle-même, hors de toute référence à une norme morale objective.

Cette  évolution vers le primat de la subjectivité, présente au cœur de la culture contemporaine,  est renforcée par différents facteurs : la satisfaction des besoins élémentaires, qui rend moins aigue la pression du réel, l’exode rural qui met une population, désormais en majorité urbaine, en situation de déconnexion par rapport aux exigences immédiates de la production, un système de média qui entretient une partie de son public  dans un univers virtuel. Bref, on peut soupçonner qu’il y ait, pour beaucoup,  dans le monde moderne, quelque affaiblissement du  « principe de réalité ».

La réforme des jurys  d’assise de 1979 a profondément changé la composition de ceux-ci. A  des petits notables, souvent propriétaires terriens,  hommes en vue dans leur communauté, ont succédé des jurés anonymes, venus de toutes  les classes sociales, tirés au sort sur les listes électorales ; le notaire  y côtoie  le coiffer   ou la caissière de supermarché,  l’industriel en retraite, le chômeur de longue durée,  l’amateur de téléréalité  ou d’astrologie, le fanatique du football etc.

Nous ne voulons pas dire par là que le peuple serait moins  rationnel que les notables. Le subjectivisme touche  toutes les classes sociales. Les valeurs et les références culturelles communes sont plus incertaines. Au  petit bourgeois d’antan, formé au réalisme pratique des auteurs latins, succède un intellectuel aux repères plus flous, peut-être très bon en maths mais souvent  coupé de la vie réelle ou  un employé de banque vivant dans le mode artificiel des marchés financiers. A l’autre bout de l’échelle sociale, le sens du réel n’est sans doute pas le même chez le paysan du temps de Balzac que chez  son arrière petite-fille secrétaire à la Défense et férue de presse du cœur.

Le résultat : on peut se demander si l’intime conviction a encore pour ces gens, quelques précisions qu’apporte le Code pénal, quelques rappels que fasse le président de la Cour d’assises, le même sens qu’au temps de Napoléon. Ne signifiera-t-elle pas  pour beaucoup : « je sens que », « j’ai l’intuition que », « mon petit doigt me dit que » ?  Le mot intime, avec tout ce qu’il  véhicule aujourd’hui, notamment au travers de la presse « people », est sans doute de trop et susceptible d’affaiblir ce que le législateur avait  voulu introduire au départ de rationalité dans la matière.

Que faire ? Peut-être revoir les textes. Peut-être aussi revoir, quant au fond, cette vieille notion de droit français pour revenir à l’idée que le juge s’en tient aux faits et que, dans le doute, il  n’est pas nécessairement appelé à fouiller le tréfonds de son intimité  pour trancher  à tout prix  mais à suspendre son jugement , qu’il ne doit pas  chercher à outrepasser ses limites, fut-ce en rentrant en lui-même « dans le silence et le recueillement » ou en écoutant , comme s’il avait   la science infuse,  « la sincérité de sa conscience ». Il faut que le président de la Cour d’assise lui dise  que si  le moindre doute subsiste par rapport aux critères de  la froide objectivité, à la conviction tout court, il sache s’abstenir.

 

Roland HUREAUX

 

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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 14:48

 

On croit connaître déjà  la réaction du président de la République  au lendemain des élections régionales, annoncées  comme   une défaite retentissante pour le pouvoir :  « Ce scrutin  à  caractère  purement  local  n’est qu’un épisode qui ne saurait nous ébranler :  il ne  nous détournera  pas  de notre   «  travail » :  continuer sur le voie des réformes, poursuivre inlassablement  la  modernisation  la France. »

« Travail » : le président travaille, paraît-il, beaucoup. Un  patron sarkoziste des Hauts-de-Seine, nous disait il y a quelques mois : « Au moins, ce n’est  pas un fainéant : il bosse et   il connaît ses dossiers ». Laissons pour le moment de côté nos  doutes sur la connaissance des dossiers, la vraie  qui est, par-delà les notes administratives, la perception  des réalités humaines sous-jacentes.  Produire des lois, de plus en plus de lois,  au point d’engorger  la procédure parlementaire, ouvrir  de plus en plus de « chantiers »,    faire de plus en plus de réformes,  de manière obsessionnelle, cela peut passer en effet  pour les travaux d’Hercule.

Ne pas dévier du cap à la suite d’un revers électoral,  pas même pour changer un ou deux ministres, cela peut passer pour du courage : « Nos réformes sont impopulaires, donc elles sont  nécessaires et courageuses. Nous  ne nous laissons pas ébranler par l’impopularité,   nous persévérons sur la voie tracée. »

Que ces réformes soient  tout simplement mauvaises  n’est nullement   envisagé.

Il faut le dire : une  telle démarche se heurtera cette fois  à des difficultés considérables.  Le hasard du calendrier   fait qu’un gouvernement particulièrement délégitimé  aura    en « chantier », après les élections  régionales,  les projets   les plus foireux,  les plus douteux  et  les plus contestés qui soient depuis le début du  quinquennat.

Nous ne parlons pas de la  réforme  des  retraites, dont seul   l’aveuglement sur les questions démographiques peut  occulter la nécessité, mais qui précisément parce qu’  elle est urgente et exige du courage,     a été reportée à  l’automne.

Nous  perlons de  la réforme judiciaire et de celle des collectivités  territoriales.

Sur chacune pèse un lourd soupçon d’arrière-pensées politiques  :   pour la première ,celle de vouloir,  en supprimant le juge d’instruction,  mieux  contrôler les dossiers   politiques ; pour la seconde,  en réformant totalement les scrutins  régional  et départemental , celui de  remettre en cause le résultat des élections locales que l’on viendra de perdre.

Toutes deux sont inspirées par des modèles étrangers -  ou plutôt par  l’idée qu’on s’en fait :   la procédure  contradictoire à l’anglo-saxonne,  jugée  on se demande pourquoi ,  plus moderne ,  une géographie des pouvoirs locaux supposée plus simple ailleurs . En réalité,   on s’interroge dans  les  pays anglo-saxons pour  savoir s’il ne serait  pas utile d’y introduire quelque chose comme un  juge d’instruction.  Le « mille feuilles  territorial », que l’on dénonce n’est pas  propre à la France : on le retrouve    en Allemagne ou    en Italie.  Les 36 000 communes que les auteurs du projet de loi ont aussi  dans le collimateur  sont  certes   une spécificité française mais dont personne n’en  a, à ce jour, démontré sérieusement  les inconvénients.    Loin de témoigner d’une vraie  « connaissance des dossiers »,  ces projets reflètent les préjugés sommaires de l’establishment français :  haut-fonctionnaires  mais aussi chefs d’ entreprise   ou journalistes,  toujours persuadés que  ce  qui  se fait ailleurs est mieux ,  préjugés jamais remis en cause, tant il est vrai qu’en France,   ceux qui se croient le plus ouverts  à l’international sont généralement  ceux qui  le  connaissent le moins. 

Mais  cette volonté de persévérer  sans « faiblir », dans un processus de réformes  très  mal engagé est  aussi le signe d’une grave faiblesse : l’absence totale,  non seulement d’une équipe de rechange mais d’une politique de rechange.  Les présidents de la Ve République avaient  toujours veillé,  en début de mandat, à avoir au moins deux fers au feu ,  deux politiques non pas contradictoires mais  qui soient comme   des  variations sur le même  thème , suffisamment proches pour ne pas donner l’impression du reniement,   suffisamment  démarquées  pour que l’une succédant à l’ autre fasse   l’effet de la nouveauté.  En 1959, De Gaulle choisit Debré, mais tenait Pompidou   en réserve. Chaban-Delmas et Chirac incarnèrent  chacun à son tour la réforme sociale   mais     Messmer et Barre    revinrent  à une certaine orthodoxie. Mauroy dut appliquer le programme commun  de la  gauche,  Fabius réhabilita le  libéralisme   etc.  Deux politiques, deux équipes, cela    suppose un minimum de réflexion, cela implique  des équipes qui se préparent dans l’ombre, cela suppose surtout    un vivier suffisamment riche pour qu’on puisse, tout en gardant une partie des ministres,  donner,  le jour venu,   l’impression   d’un certain   renouvellement des hommes et des idées.  Or nous touchons là  une des graves   faiblesses du pouvoir actuel :   l’absence d’équipes  de rechange, reflet lui-même   de l’assèchement    des  talents dans les hautes sphères de l’’Etat.  Un Etat, où  il n’était  pas possible, parait-il,  de trouver  à EDF un patron   moins exigeant qu’Henri Proglio, ou   un premier président de la Cour  des comptes issu de  la majorité !   Un Etat où ont triomphé le conformisme,   l’esprit courtisan  et   la pensée  unique et qui a éliminé au fil des ans toutes  les formes d’originalité  - et donc les vrais talents.  Dans la grisaille généralisée,  les nominations dites d’ouverture,  autant que l’effet d’un dessein politique,  ne sont-elles pas   le moyen de  donner un semblant de couleur  aux promus ?

Ce n’est pas parce que Fillon est populaire qu’on ne le remplacera pas.  En 1968,  Pompidou   , pourtant  soutenu par l’opinion,   fut remplacé par Couve de Murville.  De même  Chaban par Messmer en 1972. Marie -France Garaud  qui suivit cette dernière affaire de près, dit une fois que c’est  précisément  parce que le premier ministre était devenu trop populaire qu’il fallait le remplacer,  pour préserver le président de la République.  Chaban était populaire par son action.  Il se peut que  Fillon le soit pour son inaction.  François Fillon est sans doute plus  populaire que Nicolas Sarkozy pour la même raison que René Coty l’était plus  que Guy Mollet.   Dans le « couple » exécutif,  l’un décide de tout, l’autre de rien ,  sauf que  les rôles ont été inversés.

Faute de capacité de renouvellement , il ne  faut, hélas,  s’attendre à  aucune interrogation en profondeur sur la pertinence des réformes engagées au cours des derniers mois.   A aucun moment on ne se demandera si l’impopularité du   président   ne viendrait pas   du fait , non   qu’il réforme mais qu’il réforme mal ,  de manière bouillonne  et  sans suivi : combien de réformes contre-productives , qui compliquent au lieu de simplifier, brouillent au lieu de clarifier, renchérissent au lieu de faire faire des économies,  combien de lois annoncées avec fracas jamais suivies de décrets  d’ application ? Combien de lois où on  s’est contenté d’apposer le tampon  politique sur de vieux invendus   sortis des  remises   technocratiques ?

Le problème est  que beaucoup de  ces réformes sont  mauvaises pour  la France. Le lycée à la carte   y    relâche  encore les disciplines,  la « modernisation des politiques publiques »   fait faire un peu d’économies  (et encore pas toujours)  et  démobilise  gravement  les fonctionnaires, la fusion des universités ( au nom du classement de Shanghai, autre leurre bien français)  les rendra encore plus inhumaines et massifiées,  le rapprochement de la police et de la gendarmerie les rend plus coûteuses et plus hostiles  l’une et l’autre ,  la réforme annoncée de l’administration territoriale, va encore  accroître la confusion des pouvoirs  locaux etc.

S’il ne remet pas en cause complètement le processus réformateur dans lequel il est engagé, sinon dans son principe, du moins dans sa méthode,   non seulement Nicolas Sarkozy risque   d’atteindre 1992,   mais il laissera   un champ de ruines.     

 
                               Roland HUREAUX

 

 

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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 14:45

Voilà dix-huit ans que  ça dure !  Chacune des lois  touchant à l’organisation des collectivités locales contient des dispositions tendant  à vider de leur substance les communes, petites et grandes.  Faute de pouvoir rayer d’un trait de plume   ces entités millénaires (certaines datent le la période la Tène III) , la technocratie,  ambitieuse  de les « réduire » comme  les légions romaines voulaient  réduire  la dissidence des villages gaulois, leur fait une  guerre d’usure, profitant de chacune  des réformes  pour avancer ses pions.

C’est avec  la loi Joxe  de  1992 que tout  a commencé (1) , puis il y eut la loi Pasqua (1995) , la loi Chevénement   (1979) :  chaque fois , l’étau se resserre. La seule pause de ce rouleau compresseur mu  par une technocratie   impitoyable  fut la loi Raffarin de 2005 .  Sans doute parce que l’ancien premier ministre connaissait mieux la France profonde, pour la première fois, une loi de décentralisation ne portait pas atteinte aux prérogatives des  petites communes.  Las , avec le projet actuellement en discussion au Parlement, le mouvement a repris.  

Moins médiatisé  que la question du département, parce qu’il  touche  moins aux intérêts  des grands élus, députés, sénateurs, présidents de conseil régional et régional, ce volet de la loi est pourtant le plus lourd de conséquences  en termes de civilisation.

Les communes  avaient  été dès 1992 encouragées à s’intégrer dans des communautés de communes ( en zone urbaine,  communautés  d’agglomération) destinées à se substituer aux anciens syndicats. Théoriquement libres d’adhérer, les petites communes furent soumises à  une forte pression des préfets ;   il fut même établi  en 1975  que les dotations de l’Etat seraient proportionnelles au degré d’ « intégration financière » des communautés désormais tenu pour une fin en soi. . 

Non seulement ce dispositif n’entraîna nulle part de vraie réflexion sur l’aménagement du territoire (2), mais il fut le point de départ  , promesses de financement  aidant, d’une  multiplication de projets dispendieux. Les nouvelles entités furent aussi le prétexte de recrutements massifs   : environ  250  000 nouveaux  postes de fonctionnaires, alors même que les effectifs des communes  continuaient  d’augmenter.    

La raison de cette aberration ? Notre classe dirigeante  s’est persuadée  au fil des ans que 36 682 communes étaient un archaïsme , un handicap pour la France .  Ignorants du terrain,  oubliant que sur les 500 000 élus locaux, 450 000 étaient des  bénévoles, ou   que    la plupart des petites communes  étaient gérées par leurs conseils municipaux avec la même parcimonie que des propriétés privées   , certains y ont  même vu une source de gaspillage. Jamais au demeurant un créateur e richesse quel qu’il soit (chef d’entreprise, agriculteur,  artisan,) ne s’était plaint du morcellement communal , au contraire.

C’est à tort que l’on a dit que le projet de loi  actuellement soumis au Parlement  « sanctuarisait » la commune. Sans aller jusqu’à reprendre les propositions de la  commission Balladur qui prévoyait son « évaporation », il met néanmoins en place toutes les armes  pour lui donner le coup de grâce.  L’élection au suffrage direct des   délégués communautaires , conjuguée à l’intégration financière,   vide  de toute  raison d’être  les instances communales.   Le  poids des petites communes dans les conseils communautaires est   réduit ,  la création de  « communes nouvelles » fusionnées est    encouragée, la   « rationalisation de l’intercommunalité » ne  doit   subsister, selon certains préfets,  que trois ou quatre  grands ensembles par département ; enfin le    pouvoir de police du maire pourra être transféré aux exécutifs intercommunaux.  Même si la commission compétente du Sénat a atténué certains aspects du projet,  son  sens général demeure.

Dans une société qui perd ses repères, est-il donc  si urgent  de détruire un des plus anciens qui soient, de  transformer nos communes   en lieux-dits, de remplacer , car c’est bien à cela qu’on aboutira , un demi-million de bénévoles par des fonctionnaires ?

Toute la mécanique que nous venons de décrire repose sur  l’illusion de  la fausse modernité propre aux modes de pensée idéologiques : quand comprendra-t-on qu’en préservant,  en pleine révolution industrielle, le décorum de la monarchie britannique, Disraeli fut  plus moderne que Ceauscescu  rasant les villages pour les remplacer par des  blocs HLM ? Quand notre élite reconnaîtra-t-elle que 36 000 communes , coopérant dans le liberté et sans perspective de fusion, sont pour la France une  force et non une faiblesse ?

 

        Roland HUREAUX

 

 

1.      La loi Marcellin de 1972  qui déjà visait à la réduction du nombre des communes, mort-née, n’a qu’un intérêt historique.

2.      Sauf au sein des « pays » qu’il est pourtant question d’abolir.

 

 

 

 

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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 14:40

Publié dans Marianne2   le 5 Février 2010   


Un des paradoxes  du gouvernement Sarkozy est qu’en prétendant mépriser ouvertement l’énarchie et la technocratie, il se trouve sans doute, dans sa politique de réforme, plus que tous ses prédécesseurs,  tributaire des idées de celles-ci, parfois pour le meilleur, généralement pour le pire.

On savait déjà que si les énarques étaient peu nombreux au gouvernement, ils peuplaient plus que jamais les cabinets ministériels. Mais le fond du problème n’est pas là : l’affaiblissement intellectuel de la classe politique la rend désormais  incapable de contrôler la qualité des projets issus des services, d’autant  qu’au sein de ceux-ci – même à l’Elysée -, on ne trouve plus guère de ces grands serviteurs de l’Etat qu’un bon sens supérieur armait jadis contre les idéologies et les modes.

Quand on demande aux services des ministères un projet de réforme par jour, il faut s’attendre à ce qu’ils sortent des placards tous les rossignols accumulés au cours des années, jugés jusque-là inapplicables ou contre-productifs. C’est cette méthode sans doute qui nous a valu la réforme de la carte judiciaire, le rapprochement police-gendarmerie, la taxe-carbone, le lycée à la carte, la fusion des universités  (un des critères du stupide classement de Shanghai étant le nombre d’étudiants !) etc.  

Mais rien n’illustre mieux la  technodépendance de l’ «
administration Sarkozy » (si on nous pardonne cet américanisme)  que la  loi de réforme des collectivités territoriales actuellement en discussion au Parlement. Non point tant sur la question région/département qui relève d’une logique politique, voire  politicienne, que  sur son autre volet resté jusqu’ici au second plan mais peut-être plus décisif : la réforme communale.

 

Une vieille lubie

Depuis quarante ans, règne dans la haute administration, mais aussi dans une partie des élites parisiennes, celle qui a perdu le contact avec le terrain, l’idée, absurde quant au fond, que nos 36 682 communes seraient un archaïsme insupportable et un handicap au développement de notre pays.

Certaines associations de contribuables, peu au fait des réalités locales, y voyaient même une source de gaspillage, oubliant que sur les 558 000 élus que compte la France, 450 000 sont bénévoles.

En  fait, aucun  créateur de richesse quel qu’il soit (chef d’entreprise, agriculteur, artisan) ne s’est  jamais plaint du morcellement communal ; au contraire, il fut longtemps source du principal avantage comparatif, aujourd’hui perdu, du monde rural : un faible taux de taxe professionnelle.

La volonté obstinée de la haute administration de réduire le nombre des communes est,  typiquement, la solution à un problème qui ne se posait pas. Les multiples syndicats intercommunaux  permettaient à ces communes de coopérer autant  qu’elles le voulaient dès lors qu’elles avaient la nécessité de le faire (pour gérer l’eau, l’assainissement, les écoles, l’élimination des déchets, un équipement sportif, voire une zone industrielle).  Plus la commune était petite, moins elle coûtait (
per capita naturellement)  à la nation , du fait de la parcimonie des élus de ces communes mais aussi du dévouement de la plupart des secrétaires de mairie, rarement avares de leur temps et toujours prêts à aider une personne âgée  à  débrouiller ses  problèmes de sécurité sociale, même si cela n’entrait pas dans leurs attributions.

Ces 36 000 petites républiques, héritières d’une longue histoire, furent longtemps une école de démocratie et un exemple d’administration de proximité.

Si une partie du monde rural connaissait et connaît encore  des  problèmes  économiques, il  est facile de voir que les structures administratives n’y sont pour rien.

Et à vrai dire, personne ne demandait rien, sauf une haute technocratie désireuse de mettre la France au carré ou de se rapprocher des autres pays, qui, en raison d’une histoire différente ont, c’est vrai, généralement  moins de communes.

Comme un regroupement  brutal  (tel que les habitants de certains länder allemands durent le subir) eut été difficilement accepté dans notre pays, on décida de procéder de manière détournée. Depuis dix-huit ans, chacune des lois  touchant à l’organisation des collectivités territoriales contient des dispositions tendant  à vider de leur substance les communes, petites et grandes :   c’est avec  la loi Joxe  du 6 février  1992 que la mécanique  s’est mise  en marche , puis il y eut la loi Pasqua (1995), la loi Chevènement   (1999). La seule pause de ce rouleau compresseur impitoyable fut la loi Raffarin de 2005 qui, par exception, ne toucha pas à la commune. Las, avec le projet actuellement en discussion au Parlement, le mouvement a repris sa marche inexorable.

Les communes furent dès 1992 encouragées à s’intégrer dans des «
 communautés de communes » (ou en zone urbaine,  « communautés d’agglomération » : on admirera au passage l’élégance  de ces expressions).  Théoriquement libres d’adhérer, les petites communes furent soumises à  une forte pression des préfets  pour le faire;   il fut même établi  en 1995  que les dotations de l’Etat seraient proportionnelles au degré d’ « intégration financière » des « intercommunalités ».

D’un système, annoncé au départ comme une mise en commun de moyens et de projets, on passa ainsi très vite  à un mécanisme d’intégration, tenu   pour une fin en soi. Non seulement ce dispositif n’entraîna nulle part de vraie réflexion sur l’aménagement du territoire, mais, pire, il fut le départ d’une  multiplication de projets dispendieux souvent peu utiles et d’une explosion des dépenses de fonctionnement. Les nouvelles entités furent l’occasion de construire des «
 hôtels communautaires »  (alors même qu’on continuait à rénover les mairies) et de recruter massivement du personnel.

 

Vers « l'évaporation » des communes ?

La question communale est  le domaine par excellence de l’hypocrisie : sans aller jusqu’à reprendre les propositions de la  commission Balladur qui prévoyait l’ « évaporation » des communes dans  les institutions intercommunales, le projet de loi  actuel contient  toute une série de dispositions qui  tendent  sournoisement au même résultat. Elle met en place les armes qui permettront de donner bientôt  le coup de grâce à la commune.  Le principal est  le principe de l’élection au suffrage direct des délégués communautaires de tout niveau dont on comprend que, combiné avec l’incitation financière à l’intégration déjà  à l’œuvre,  il  privera rapidement de toute raison d’être maires et conseils municipaux. Mais ce n’est pas tout : le  poids des petites communes dans les conseils communautaires doit être diminué, la création de  « communes nouvelles » résultant de la fusion de celles qui existent sera facilitée et encouragée, la   « rationalisation de l’intercommunalité » ne laisserait subsister, selon certains préfets, que trois ou quatre  entités par département ; enfin le pouvoir de police du maire pourra être transféré aux exécutifs intercommunaux.

Comme le dit Jean-Claude Peyronnet,  sénateur socialiste de la Haute-Vienne, élu rural s’il en est, «
 Il est vrai qu’il n’est nulle part écrit que l’on va supprimer les communes. Au contraire, chacun se pose en défenseur de la proximité et y va de sa louange aux maires et aux  conseillers municipaux de notre pays. Pourtant, notre conviction profonde est que cela ne correspond pas à la logique de ce texte. Il en va de même pour les départements : en dépit de l’attachement unanimement proclamé à cet échelon territorial, nous pensons que leur suppression est inscrite en filigrane dans le projet de loi, d’ailleurs inspiré par le rapport Balladur, lequel évoque l’ « évaporation » des départements et prône en outre clairement la constitution de « communes nouvelles ». Ne subsisteraient alors plus que deux niveaux : l’intercommunalité et les communes nouvelles, d’une part, la région, d’autre part.

(…) Il ne sera (certes)  pas très facile de créer des communes nouvelles.  Cependant, imaginez que l’on mette en place une incitation financière, comme en prévoyait la loi Chevènement (…) et, si elle se conjugue à un étranglement budgétaire des communes, les maires se précipiteront dans une voie qui mènera à la disparition de celles-ci. Telle est, j’en suis convaincu, la logique ultime du présent projet de loi. »

Dans les  agglomérations, la création des métropoles et pôles métropolitains, suit le même principe de l’éradication des entités historiques que sont les communes au bénéfice d’entités nouvelles, ayant elles,  certes, quelque rationalité géographique mais  dépourvues d’histoire.

 

La complicité des grands élus

Pourquoi cette question, en fait beaucoup plus importante que celle du département, n’a t-elle guère été médiatisée jusqu’ici ?

La principale raison est qu’elle intéresse moins la «
 caste des 500 », les grands élus, députés, sénateurs, présidents de conseils régionaux et généraux, lesquels ont au contraire trouvé au fil des ans dans l’intercommunalité un moyen de conforter leur emprise « féodale » sur les petits maires, toujours grands électeurs.

Ensuite parce que le mouvement de réduction des communes étant déjà largement entamé, beaucoup de maires s’y sont déjà résignés.

Mais aussi parce que, sous la façade unanimiste de l’Association des maires de France (AMF), les maires sont divisés : les maires des grandes villes, ceux des villes moyennes, des petites villes, les  maires ruraux, les présidents de communautés, qui ont les uns et les autres leur association,  n’ont pas les mêmes intérêts et ont   du mal à trouver un langage commun. Les plus petits ont été priés de se taire et les structures communautaires ont permis de créer de nombreuses présidences et  vice-présidences lucratives qui ont arrondi les indemnités d’un certain nombre d’entre eux.

Reste que le malaise est grand. Il s’était déjà  exprimé au congrès de maires de France début décembre. Pour désamorcer la fronde, un panel d’un demi-millier  de maires – où les «
 forts en gueule » avaient été à dessein inclus – fur reçu à l’Elysée. Avec l’audace qu’on lui connaît,  le président annonça que le projet avait pour but de « renforcer la commune » ! Beaucoup, sous  les lambris, éblouis par la magie du lieu, semblent l’avoir cru.
 
Le malaise n’en demeure pas moins. Au moins deux associations ad hoc, dont l’une s’appelle «
 Touche pas à ma commune »,  plus libres de leur manœuvre que les «institutionnelles » partie prenantes à l’AMF, se sont constituées pour  organiser la résistance des maires qui ne veulent pas attendre passivement leur disparition.

 

Des partis hésitants

C’est dans ce climat d’ambiguïté qu’a commencé au Sénat une discussion qui promet d’être longue.

Ambiguïté renforcée par le caractère transversal des clivages. Le parti socialiste, notamment Pierre-Yves Collombat, sénateur du Var et président de l’Association des maires ruraux, a, pour contrer le gouvernement, pris la défense de la commune, mais il est gêné aux entournures par le fait que c’est la gauche qui en 1992 avait lancé le mouvement de l’intercommunalité. Michel Charasse, désormais libéré de toute allégeance politique  et défenseur particulièrement ardent des petites  communes ne manque d’ailleurs pas de le rappeler.

La droite est sans doute aussi attachée à la commune mais l’allégeance au gouvernement, lui-même étant,  comme on l’a vu, à la traîne des services du ministère de l’intérieur, l’oblige à défendre  un projet de loi sur lequel le chef de l’Etat s’est engagé.

Dans cet embarras le Sénat a tenté d’arrondir les angles, écartant par exemple les incitations financières ou la fusion forcée d’une commune avec d’autres, au risque de faire perdre au projet encore un peu plus de sa cohérence. Mais il a déjà voté le principe décisif de l’élection au suffrage direct des conseils communautaires, à la campagne comme à la ville.

 

Perte de repères

 

Dans une société qui perd ses repères, est-il donc  si nécessaire de détruire un des plus anciens qui soit, le cadre communal, de  transformer des entités historiques dont certaines ont plus de 2000 ans d’âge en lieux-dits, de remplacer, car c’est bien à cela qu’on aboutira, un demi-million de bénévoles par des fonctionnaires ?

Toute la mécanique que nous venons de décrire repose sur  l’illusion de  la fausse modernité, propre à toutes les bureaucraties. Le temps n’est peut-être pas loin où l’on comprendra enfin que la réduction d’un facteur dix ou d’un facteur cent du nombre des communes  est aussi « 
moderne » que l’était la construction de cités en béton de Sarcelles dans les années cinquante, ou pour parler encore plus brutalement, relève de la même logique idéologique qui animait Nicolas Ceaucescu quand il ambitionnait raser les villages roumains pour les remplacer par des  blocs HLM ? S’il faut à toute force regrouper des communes trop nombreuses, pourquoi, tant qu’à faire, ne pas regrouper aussi les familles ?

Aucun intérêt majeur n’est en jeu. Le facteur décisif de la réforme n’est rien d’autre que l’incapacité de la strate politique de prendre ses distances à l’égard des lubies et de l’esprit de système des services. Or c’est la première fois que, même si elle  ne le fait pas frontalement, la politique réformatrice de Sarkozy s’attaque à une institution aussi ancienne et aussi enracinée que l’est la commune. Il n’est pas certain qu’il ait encore gagné la partie.


Roland HUREAUX

 

 

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5 mars 2010 5 05 /03 /mars /2010 17:13

 

 Article publié par Marianne2 du 5/3/2010


         La profession agricole a vu son revenu baiser 34 %  entre 2008 et 2009 - et 54 % dans le secteur laitier -, avec peu d’espoir de relèvement dans l’immédiat.

Il y a toujours dans ces cas là des hommes politiques, des haut-fonctionnaires, des journalistes pour    donner des leçons. Pour sortir de la crise, les agriculteurs doivent,  disent-ils, faire des efforts de  productivité.  Le président de la République a lui-même repris l’antienne dans un discours récent.

Le Salon de l’agriculture, que pour la première fois  depuis 1995 le chef de l’Etat n’inaugurera pas, est une grande kermesse destinée à célébrer   la productivité : machines agricoles toujours plus grosses (et plus chères !),   vaches laitières plus productives,  semences plus efficaces etc.

Il y a fort à craindre pourtant   que cette course à la  productivité ne soit pour la  profession  un leurre. Non point que la recherche de la  productivité ne soit pas nécessaire dans  une  compétition mondiale très dure – nous ne prêchons pas le retour au moulin à eau ! -  mais parce qu’elle ne saurait suffire  par elle- même à relever le revenu  agricole.

 

Des progrès de productivité inégalés

 

Parle-t- on de  la productivité du travail ? Contrairement aux idées reçues, elle a augmenté au cours des 60 dernières années,  dans  l’agriculture,  plus que dans n’importe quel secteur,  y compris industriel.  Un  agriculteur nourrissait trois Français en 1950. Il en nourrit cinquante aujourd’hui. Les agriculteurs se comptaient par millions il y a cinquante ans,   encore par centaine de milliers aujourd’hui, par dizaine de milliers bientôt, ce qui veut dire que la  productivité du travail agricole va  encore augmenter. A quoi rimera d’ailleurs de n’avoir plus  que  50 000 agriculteurs  dans un pays qui aura peut-être  5 millions de chômeurs ?

Parle-t-on de la productivité des autres facteurs ? Les rendements de la terre sont devenus si élevés qu’on dut  un temps imposer des  jachères.  Le salon de l’agriculture est le grand festival des super-performances : taureaux de plus d’1,5 tonne, vaches à plus de 10 000 litres de lait par an, brebis  géantes etc.  . Or cette course  à la performance – qui implique chez les meilleurs une  conscience professionnelle extraordinaire et un grand amour du   métier   – n’a depuis  quelque temps aucune incidence sur le revenu.  On dira que ne vont au salon que les champions. Mais n’imaginons pas que ceux qui n’y  vont pas soient très en –dessous de ces performances.  N’imaginons  pas  non plus  que les champions gagnent beaucoup plus que les autres : malgré  les flonflons et les médailles,   certains sont  très en difficulté.

Veut-on que l’agriculture française investisse encore ? Mais la beaucoup des   exploitations  sont surendettées (c’est aussi le cas aux Etats-Unis souvent donnés en exemple).  Depuis   quarante ans, la  politique officielle  encourage les jeunes agricultures à investir le plus possible  en recourant à l’emprunt : pas  d’investissements, pas  de dotation.    L’escalade des  normes environnementales et sanitaires -  le ministre n’est plus d’abord celui de l’agriculture mais celui  de l’alimentation ! -  continue à exiger  toujours plus d’investissements. Ce n’est que depuis une date récente qu’on se préoccupe aussi  du caractère judicieux de ces investissements et du souci d’économiser les « intrants » (inputs) pour maximiser le bénéfice

L’amertume des agriculteurs vient du sentiment que,  au rebours  des discours officiels,  plus ils s’efforcent d’améliorer leurs rendements et leur productivité et   plus ils investissent,   plus leur revenu est laminé.

Beaucoup de fermes ne dégagent encore  du revenu que par  des artifices : ici  un retraité de 75 ans tient lieu  d’ouvrier agricole gratuit, là  le salaire de l’épouse  vient   boucher le déficit de  l’exploitation, presque partout les journées font plutôt  50 heures que 35.

Pour la plupart d’entre elles,  le revenu dégagé  est bien inférieur    à  ce que l’on obtiendrait  en ajoutant,   comme il serait normal,  un  SMIC     et  un rendement de 5 % du  capital investi , soit le  rendement moyen d’un portefeuille boursier normalement géré.

Hors le cas particulier de grands crus viticoles ou de quelques  « niches », seules dégagent encore  des bénéfices à peu  près  normaux  les fermes  qui combinent l’efficacité technique maximum et  les aides européenne les plus conséquentes,  principalement dans le secteur céréalier.

Si  on en est arrivé là, c’est que la  compétitivité  des exploitations  dépend en réalité de bien d’autres facteurs que de la seule productivité technique. Elle dépend du  taux de change :   comme l’industrie, l’agriculture française est piégée par l’euro fort.  Elle dépend  des charges  générales : quelle comparaison faire avec la Grande-Bretagne où il n’y a ni foncier non bâti, ni cotisations sociales lourdes (le National Health Service étatisé assure les soins de santé), ni chambres d’agriculture ?  Elle dépend dans certains secteurs comme les fruits et légumes, des charges   salariales :   pendant longtemps  le recours  des ouvriers saisonniers   sous-payés   était toléré ;  les inspecteurs du travail y ont mis bon ordre, mais comment résister à la concurrence de l’Allemagne où l’emploi de  main d’œuvre venue de l’Est n’est pas soumis au  SMIC ?   A tout cela s’ajoute   l’incertitude des cours mondiaux sur lesquels  Bruxelles voudrait que, de plus en plus,  l’agriculture européenne   s’aligne.

 

Prendre en compte le  rapport de force social  

 

Mais la course à  la productivité recouvre aussi l’illusion que  c’est la profession agricole qui va profiter des  gains  de productivité.   Les milieux dirigeants de l ‘agriculture, FNSEA en tête, qui imaginent que la libéralisation  des OGM sera pour eux  le Pérou, sont en plein dans   cette illusion.  En réalité, depuis soixante ans,  le gain de productivité ne bénéficie que rarement  à  la profession concernée et est au contraire confisqué par le reste du corps social.  Par quel mécanisme ?    La hausse de  la productivité en milieu concurrentiel   se traduit   par une hausse de la production et  donc une baisse des prix relatifs  qui lamine les marges.   Cela vaut autant pour  l’industrie (indépendamment   des délocalisations, les gains de productivité ont abaissé les prix  des appareils électriques) que pour l’agriculture. C’est ce qui explique ce phénomène que les agriculteurs ont tant de mal à comprendre : la baisse des prix relatifs de la plupart de leurs productions sur quarante ans.    Pour s’exonérer de cette confiscation, une entreprise a besoin d’une protection, soit par un brevet, soit par une position de monopole ou de cartel : c’est ainsi qu’avant d’en faire bénéficier le consommateur,  EDF a  pu faire  ses choux gras de la baisse du prix de revient de l’électricité induite par le nucléaire.

Savoir  quelle  part du gain de productivité sera  en définitive retenu par une profession  donnée  ne relève pas de l’économie pure, mais du rapport de force social : les agriculteurs qui  sont dispersés  , en bout de chaine et donc  sans possibilité de répercuter leurs coûts , dans un marché de produits fongibles  et aujourd’hui  ouvert aux   quatre vents de la mondialisation,  se trouvent à cet égard dans une position de vulnérabilité   toute particulière.  C’est pourquoi,  depuis de nombreuses années,  leurs gains de productivité   sont, par le jeu des prix,  confisqués par d’autres : l’industrie agro-alimentaire,   y compris  les grandes coopératives qui ne sont plus que formellement leur propriété,  les grandes surfaces mais aussi les  consommateurs.

C’est dire le caractère  trompeur d’un salon où la fête de la performance cache bien des misères. C’est dire l’inanité des discours qui ne présentent  d’autre  voie de salut aux agriculteurs que la course à la productivité.

Lors de  son discours de Poligny  du 26 octobre dernier , le président de la République a cru bon de servir au  monde agricole , outre le copié-collé  de vieux discours,  quelques   poncifs inspirés par  un   pétainisme grossier , plus  représentatifs des préjugés  du milieu   bobo où il évolue  que des véritables préoccupations des agriculteurs  .  Le ministre de l’agriculture  Bruno Le Maire,   qui a réuni  le 10 décembre   22 ministres de l’agriculture de l’Union européenne pour contrer  les orientations ultralibérales de la commission de Bruxelles  a,   lui,  bien mieux   pris  conscience des véritables enjeux.   Il lui reste à trouver, pour sauver du désastre une profession sinistrée,    à gagner la  bataille intellectuelle contre des institutions , européennes  mais aussi nationales, où les  think tanks libéraux exercent plus que jamais   une influence prépondérante  et  à convaincre une  classe dirigeante   qui croit encore que  l’agriculture coûte trop  cher  et que le  tout-marché est  la panacée.

                                                          Roland HUREAUX

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5 mars 2010 5 05 /03 /mars /2010 16:56

Il ne fait  aucun doute que la Grèce sortira de l’euro à brève échéance.

Les solutions qui pourraient permettre de l’y maintenir sont toutes exclues.

La première serait que l’Europe garantisse la dette d’Etat grecque qui ainsi deviendrait une dette de toute l’Europe. Le règlement de l’euro ne le permet pas et cela pour des raisons évidentes :   le précédent serait inacceptable. La Grèce n’a pas demandé à l’Europe la permission de faire des déficits, bien au contraire, elle en a fait une partie dans son dos.  Si chaque pays pouvait ainsi   tirer des chèques sur l’ensemble  européen, on irait vite au  laxisme généralisé. Et d’ailleurs même si cette pris en charge était possible, l’opinion allemande ne la  permettrait pas sachant qu’à la fin, c’est l‘Allemagne qui devrait  payer.

L’autre solution serait d’accroître les transferts   financiers  nets  de  l’Europe (celle de Bruxelles, pas de celle Francfort)  en direction de la Grèce. Si l’aide budgétaire proprement dite n’est pas non plus permise, il serait en théorie possible d’accroître le montant des aides régionales que, à l’instar de tous les pays en retard, perçoit  la  Grèce. De cela non plus il n’est pas question.  Pour les mêmes raisons : le précédent serait là aussi  dangereux et les réticences allemandes insurmontables.  On sait d’ailleurs que si  aujourd’hui il faut mettre 100, ce sera demain 200, puis 300 et à la fin, les Grecs ne seraient  plus que des assistés de  l’Union européenne.  On mesure  là les limites de la solidarité européenne, corollaire pourtant nécessaire de l’euro  selon tous  les économistes.  Une étude passionnante de  Laurent Davezies (1)   a montré que les flux de solidarité européenne, via le budget de l’Union ne représentaient qu’environ le dixième des  flux  nationaux ( par exemple de Ile de France vers le Limousin,  à travers les retraites  , les  administrations  etc.) Cela ne suffit pas pour compenser les effets dévastateurs  de l’euro sur les économies les plus faibles.

La troisième solution est d’imposer au peuple grec un  plan de déflation drastique  analogue à celui que le gouvernement  Laval tenta d’imposer aux Français en 1934 ; réduction du nombre des fonctionnaires et de leurs salaires, réduction des retraites,  coupes sombres sur  les dépenses publiques.  Soit le contraire de ce qu’a  promis le nouveau gouvernement    conduit par le socialiste Papandréou, fraichement élu.   Au vu de l’état d’esprit de l’opinion grecque, en particulier du succès des dernières grèves et  de ce qu’on sait du tempérament rebelle des Grecs  (sans que cela  ait de notre part rien de péjoratif), il ya peu de chances  qu’un  tel plan aboutisse .Personne n’aime les plans de rigueur, à plus forte raison s’ils sont imposés de l’extérieur.  Et même   si ce plan réussissait,  5 ou 10 % de déflation ne suffiraient  pas ; c’est 30 %  au moins qu’il faut pour rétablir la compétitivité de  l’économie grecque.

Il est bien  évident que ces 30 %  de rééquilibrage ne pourront être obtenus que par une dévaluation et donc par la sortie de l’euro.  C’est ce qui est sans doute nécessaire pour rétablir sinon l’équilibre du budget, du moins celui des comptes extérieurs.  Pendant les mois qui suivront  cette dévaluation,  la Grèce deviendra la destination touristique la moins chère du monde. L’afflux des touristes devrait  alors  relancer l’économie du pays.

Le cas grec n’illustre pas seulement  l’absence de solidarité économique et financière au sein de la zone euro mais aussi l’absence de solidarité militaire, Les commentateurs n’ont pas manqué de souligner qu’une des causes du déficit grec était le montant anormalement élevé  - pour l’Europe - de ses dépense  militaires (4,6  % du PIB). La raison est que la Grèce fait face à un ennemi traditionnel, la Turquie, dix fois plus peuplé et avec lequel   les  relations demeurent tendues.   Si la défense européenne n’              était pas un vain mot, la Grèce n’aurait pas à s’en faire : elle saurait qu’en cas de problèmes avec la Turquie, elle pourrait compter  sur la solidarité de tout  le bloc des 26. Or c’est le contraire qu’elle doit envisager. Toute la machine européenne  vit aujourd’hui dans une  turcomania  qui explique la poussée vers l’adhésion d’Ankara. On retrouve là  un peu le scenario yougoslave : l’Europe occidentale   préfère les musulmans   aux orthodoxes,  couve d’un œil doux les Turcs, dont on s’obstine à ne pas voir les retards en matière de droits de l’homme et, depuis le début,  méprise les Grecs, alors même   que ces derniers sont dans l’Europe et les autres non.  Quelles explications pour cette étrange attitude ? L’oubli de l’histoire et du rôle majeur joué par les Grecs à l’orée de l’Europe, la véritable, pas celle des bureaucrates ?    La haine de soi  qu’au gré de certains entretiendrait l’Europe ? Ou  tout  simplement l’influence diffuse de l’Amérique sur les  esprits, une Amérique qui soutient la Turquie et s’est toujours méfiée des Grecs, trop proches des Russes ?  On ne sait.

Qu’adviendra-t-il   quand la Grèce sortira de l’euro ? Sur le plan économique, rien. Si les marchés étaient rationnels,  l’euro devrait être renforcé comme une cordée l’est  quand elle a  largué ses poids morts.    S’ils ne le sont pas et que l’euro baisse, ce serait tant mieux pour toute l’économie européenne.   Mais sur le plan financier, il y a peu de doute que la spéculation s’attaquerait alors à des pays plus importants que la Grèce et presque aussi en difficultés,  comme l’Espagne ou l’Italie. Leur situation serait la même que celle de la Grèce aujourd’hui : faute qu’une solidarité véritable soit possible  et dans l’impossibilité de faire les réformes douloureuses que même les Français  ne font pas, la sortie de l’euro serait inévitable.    A la fin, l’euro   redeviendrait ce qu’il ‘na jamais cessé d’être, le mark, c'est-à-dire une monnaie adaptée au tempérament du peuple allemand mais pas à celui du peuple grec, ni même à celui du peuple français ou du peuple  italien.

Si les conséquences économiques d’un tel scénario sont parfaitement gérables,  il aurait, sur le plan politique, l’effet d’un cataclysme : l’euro est le second étage de  la construction européenne ; le marché unique est le premier. Se retrouvant à nu, ce dernier serait aussi fragilisé.   Si Francfort chute, combien de temps tiendra encore Bruxelles ?  Il est trop tôt pour le dire.

Il est une vieille  expression grecque qui nous est familière : celle du talon d’Achille. La Grèce est  bien le talon d’Achille de l’Europe.  Il ne s’agit que d’une petite partie du corps mais , avec elle, c’est la  survie de tout le corps qui est en jeu. 

                                                               Roland HUREAUX

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5 mars 2010 5 05 /03 /mars /2010 16:54

Après l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne

  

Beaucoup, parmi nous, ont pensé, pourquoi ne pas  l’avouer ? que la mécanique  supranationale  de la Constitution européenne   calerait avant d’aller jusqu’au bout. 
La cause nous paraissait entendue après le double référendum négatif de mai-juin  2005,  en France et aux Pays-Bas.

Quand fut  mis en chantier le traité de Lisbonne, clone de la défunte Constitution, même illusion : le refus irlandais, les difficultés polonaises,  la décision du tribunal constitutionnel de Karlsruhe tendant à  préserver la souveraineté du Parlement allemand, le blocage  obstiné  du traité par   Vaclav Klaus, président de la République tchèque,  la perspective d’un référendum britannique nous avaient  laissé espérer jusqu’ au dernier moment que l’affaire capoterait.

Considérant à juste titre que ces consultations partielles  exprimaient l’hostilité de la  plupart de peuples d’Europe au processus  d’intégration en cours, nous   pensions naïvement  que, dans une  Europe aux fortes traditions démocratiques, les peuples auraient en définitive  le dernier mot.

Et bien non !  Nous nous sommes trompés.   En cette fin de 2009, le traité de Lisbonne entre en application. 

On pourra certes se consoler  encore en considérant que  les grands pays gardent  la maitrise des orientations essentielles  (ou de l’absence d’orientations !)  : plan  de relance, politique étrangère, nomination des personnalités clef de l’Union.  La France et l’Allemagne ont ainsi  imposé ,  en application du traité de Lisbonne, un président de l’Union européenne  honnête mais  falot  Herman Van Rompuy  ( dont l’absence sur la scène intérieure risque de coûter cher à la Belgique ) et un  haut-représentant  aux affaires étrangères,    Catherine Ashton, femme de cabinet sans légitimité démocratique,  dont on peut se demander si les  Britanniques ne l’on pas désignée  pour  ridiculiser la fonction.

Mais là aussi, il ne faut pas se réjouir trop vite.  Car   ce qu’il ya de plus   redoutable dans la machine  européenne se situe au  niveau intermédiaire, celui où règne en maître la commission. Une commission  beaucoup plus puissante depuis  que l’Europe se fait à 27.

Le succès  final  du processus de ratification du traité de Lisbonne  a montré que, malgré tous les obstacles, l’hydre bureaucratique bruxelloise étendait ses tentacules  de manière inexorable et  que, forte de sa puissance administrative, de sa patience et du caractère dispersé et  intermittent  des résistances, elle  finissait , comme   toute machine  idéologique,  à arriver au but qu’elle s’était fixé.   

Or c’est au niveau de la   bureaucratie  qu’il y  a lieu de craindre les effets de la ratification.  Après avoir connu  plusieurs  années de  morosité, liées aux résistances  des peuples,   la  bureaucratie   européenne est aujourd’hui euphorique .  La signature du traité de Lisbonne a libéré sa  volonté de puissance.

Longtemps frustrés, les technocrates   de Bruxelles  veulent à présent mettre des bouchées doubles pour achever  le processus d’intégration. La directive Bolkestein,   aux effets si déstabilisateurs  sur  le marché du travail, un  temps  gelée, entre   en application. Forte de la création d’un ersatz de  ministère des affaires étrangères, la Commission a commencé  à recruter  5000 diplomates   qu’elle déploiera  à travers le monde, à l’égal d’un Etat. Ce  nouveau   réseau diplomatique  ne manquera pas de dévaluer   les ambassades des pays membres.  A la première contrainte budgétaire, un  gouvernement français  d’orientation européiste pourrait   tirer  prétexte de son  existence pour alléger notre propre dispositif, dont l’étendue  fut longtemps un facteur   de rayonnement pour notre pays. Les Pays-Bas et la Bulgarie  y pensent  déjà.

Le traité de Lisbonne a d’importantes conséquences en matière de justice et de sécurité et donc  de contrôle de l’immigration : dans  ces   domaines, les décisions pourront être prises à la majorité.   La formation de policiers européens est à l’étude.  Ne doutons pas que Bruxelles se précipitera  pour occuper ces nouveaux territoires où pourtant elle est loin d’avoir fait  ses preuves

Le travail d’unification des normes de toutes sortes,  en application de l’Acte unique de 1987,  destiné à parachever  le marché intérieur,  va  se poursuivre.

En matière agricole, les crises du lait et celle des fruits et légumes ont montré le caractère impitoyable de la mécanique bruxelloise dès lors qu’il s’agit d’écraser les  petits et les dégâts du tout-marché qu’elle cherche à instaurer. Pourtant la commission a fait circuler un mémorandum destiné à redéployer  vers d’autres secteurs les dépenses de régulation des marchés agricoles, lesquelles  seraient réduites  de 60 à 30 % du budget communautaire. Heureusement, une offensive française relayée par l’Allemagne semble  faire échec à ce plan. Mais combien de domaines où personne ne réagit ?  

Bien que  le coup vienne de   Strasbourg  et non de    Bruxelles, la décision de la Cour européenne des droits de l’homme, au mépris du  principe de subsidiarité et du souhait  de la majorité de Italiens ,  d’interdire les crucifix dans les écoles d’ Italie,  montre jusqu’à quel point l’idée d’un droit abstrait , désincarné, étranger à  la volonté des peuples,   fait son chemin.

 La manière dont le président du Parlement européen a tenté d’empêcher de  parler Nigel Farage,  brillant député britannique eurosceptique,   montre le climat d’intolérance qui règne plus que jamais dans une  machine désormais remise sur les rails.

A ce regain d’activisme bruxellois, répond une soumission grandissante des administrations nationales pour lesquelles le droit  européen est devenu, en France au moins, la loi et les prophètes. Le Conseil d’Etat vient de décider que les directives européennes étaient immédiatement exécutoires avant même leur inscription  dans le droit national. C’était déjà la position – contestable - de la Cour de justice européenne mais pas encore celle des juridictions  nationales.  Le  Parlement français, qui n’a même plus à intervenir, se  trouve ainsi  un peu plus dévalué.

En  réussissant à mettre en œuvre le traité de Lisbonne malgré la volonté de peuples, la machine européenne   a franchi un pas dont nous ne mesurons  peut-être pas encore   les conséquences. Quelque part, l’Europe est  désormais sortie  du « cercle de la démocratie ». L’étonnante « investiture » de Herman van Rompuy par le groupe de Bilderberg a valeur de symbole. Cette capacité d’arriver à ses fins en contournant  tous  les obstacles   est typique d’un régime idéologique, appliquant la maxime    de Lénine : « deux pas en avant, un pas en arrière ».  Jusqu’ où nous mènera cette  machine infernale  en marche, dès lors qu’elle a démontré qu’elle pouvait passer outre avec succès à  la volonté populaire clairement exprimée ? Nul ne le sait.

Que l’Europe ne compte plus beaucoup de vais croyants ne doit  pas nous rassurer. Hannah Arendt  a montré comment les régimes idéologiques continuaient longtemps à fonctionner alors même que leurs cadres avaient perdu la foi.  Leurs bureaucrates  n’en étaient même que plus impitoyables.

Nous émettions l’hypothèse dans un ouvrage paru il ya dix ans (1)  qu’il y avait entre un régime véritablement totalitaire et le système idéologique européen  la différence d’un  étang revêtu d’une  couche de glace  épaisse et d’un autre où seulement flotteraient quelques plaques éparses.   Mais on sait qu’il suffit que la température  baisse de quelques degrés pour que  celles-ci se soudent entre elles et que tout  l’étang soit gelé.

A moins que la Grèce,   déstabilisant  l’euro par sa faiblesse, ne sauve , comme autrefois à Marathon par sa force , la liberté de l’Europe…

 

                                                                         Roland HUREAUX

 

1.       Roland HUREAUX  Les hauteurs béantes de l’Europe, François-Xavier de Guibert, 1999, reed. 2007

 

 

 

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5 mars 2010 5 05 /03 /mars /2010 16:51

 Article paru dans Le Figaro 26/2/2010

De quelque manière qu’on le considère, il n’y a que trois moyens   de résoudre le problème que pose année après année le vieillissement de la population à nos systèmes de retraite : l’augmentation des cotisations, la diminution des prestations ou l’allongement de la vie active.

L’augmentation des cotisations est la solution de facilité : elle  risque d’être insupportable à terme. Dépenses publiques et transferts représentent déjà 52,7 % du PIB en France: aucun grand pays n’est allé  si loin. N’en déplaise aux tenants du tout-social, au-delà d’un certain seuil, des transferts  excessifs multiplient les effets pervers, surtout s’ils sont financés par des prélèvements comme ce devrait être la règle : évasion, injustice fiscale, travail au noir, diminution de la compétitivité et donc chômage etc. Un fardeau exagéré imposé par les vieilles générations aux  plus jeunes, puisque c’est de cela qu’il s’agit en matière de retraites, risque d’écraser celles-ci et d’entraîner l’effondrement du système.

La diminution des prestations  est aujourd’hui difficilement envisageable, même pour ceux qui prônent, un peu à la légère, la mise en place des fonds de pension qui ne produirait ses effets  que dans quinze  ou vingt ans.  Nous ne sommes cependant pas à l’abri d’une telle diminution, surtout si nous ne faisons rien. En cas de retour de l’ inflation , une telle diminution se produirait faute que  les retraites nominales puissent être revalorisées.

Reste la troisième solution: retarder de l’âge de la retraite (sauf pour ceux qui ont eu les métiers les plus pénibles). Compte tenu de l’amélioration générale de la santé , de l’allongement de la durée de la vie, de la réduction de la durée du travail,   cette solution est évidemment la moins difficile à condition que le taux de chômage n’augmente pas en parallèle. D’autant que l’arrivée massive  à la soixantaine, depuis  2006, des classes pleines de l’après-guerre se conjugue  avec le rétrécissement progressif des cohortes de jeunes en fin d’études.  

Quand et jusqu’où faut-il  relever l’âge de la retraite ? Nous proposons de le faire de manière progressive en instaurant une règle qui, une fois admise, rendrait  insensible ce relèvement : une échelle mobile de l’âge de la retraite en fonction de la pyramide des âges.

 

En fonction de la pyramide des âges

 

Aujourd’hui, en partant d’un âge de la retraite fixé à 60 ans, le rapport des actifs potentiels ( la strate  de 20 à 60 ans) aux retraités potentiels ( les plus de 60 ans) est de 2,4.  ce qui signifie en gros qu’un retraité est soutenu par 2,4 actifs ( en fait moins, compte tenu de l’allongement des études, du chômage et des préretraites, tous facteurs qui expliquent que le rapport effectif des cotisants aux retraités ne soit  que de  1,9). Ce rapport  ne sera , en maintenant les mêmes  seuils d’âge que de 1,8 en 2020  et 1,5 en 2040.  La  loi pourrait  établir que ce rapport doit  rester constant en posant  par exemple que « l’âge de la retraite sera fixé chaque année par décret de telle manière que le rapport du nombre de ceux qui auront entre  vingt ans et cet âge là au nombre  de ceux qui dépasseront cet âge demeure  égal à  2,5 ».

L’INSEE étant un organisme officiel, ses chiffres doivent pouvoir servir de base à un tel  calcul.   

Le gouvernement qui inscrirait une telle règle dans la loi résoudrait durablement  la question de l’équilibre des caisses de retraite, la dégradation de la pyramide des âges entraînant un relèvement progressif de l’âge de la retraite. Son amélioration, qu’elle résulte de   la natalité ou de l’immigration permettrait de le rabaisser. Sans doute la règle sera-t-elle difficile à faire comprendre  au début  mais l’effort initial  d’explication qui serait nécessaire constituerait un investissement. Une fois la règle comprise et acceptée, le glissement annuel rendu nécessaire par le vieillissement se ferait sans douleur.

Une formule glissante est déjà utilisée  en matière de retraite  La retraite du régime général est  fixée en fonction de la durée de cotisation ( 160 trimestres ans pour le taux plein ): façon d’en retarder l’âge au fur et à mesure de l’allongement de la scolarité. Mais cette formule ne prend pas en compte la variable démographique. 

Une échelle mobile à caractère démographique aurait l’avantage   de faire prendre conscience, ne serait-ce que par les débats qui accompagneraient la mise en place d’un tel système, de l’importance de la démographie dans la question des retraites. Elle aurait ainsi un caractère hautement pédagogique.

 

Pédagogie démographique

 

Le poids de la démographie en la matière est en effet une donnée mal connue de l’opinion. D’autant que tout le vocabulaire qui entoure la question des retraites depuis cinquante ans : le calcul du nombre de points, les trimestres de cotisations etc. nourrit l’illusion que nous sommes dans un système de capitalisation où la variable démographique n’entrerait pas en ligne de compte. Une échelle mobile démographique remettrait les idées en place à tous ceux à qui ce vocabulaire fallacieux donne  l’illusion que les caisses mettent leurs cotisations de côté pour leur verser une  retraite. Le fonctionnement véritable d’un régime appelé à rester encore longtemps un régime de répartition serait ainsi mis  en évidence.  

Le poids de la démographie en matière de retraites serait encore mieux mis en valeur  si au lieu de bâtir le ratio sur la tranche d’âge au-dessus de 20 ans, on prenait en compte toute la population  au-dessous de l’âge de la retraite. Un tel calcul serait sans doute moins exact économiquement, dans la mesure où seuls les actifs contribuent au financement des retraites, mais il aurait l’avantage  d’intégrer directement le paramètre de la  fécondité dans le calcul annuel de l’âge de la retraite. Autant qu’une active politique familiale, un tel mode de calcul serait une incitation au renouvellement des générations. On sortirait ainsi de la situation absurde où les plus de quarante ans – où se recrutent la plupart des décideurs – ne sont plus susceptibles d’être affectés dans leur vie personnelle par  l’évolution de la fécondité, et se trouvent par là  peu sensibles à cette variable. 

Quelle que soit la formule utilisée, la mise en œuvre d’une échelle mobile  de l’âge de la retraite, mettant clairement en lumière le mécanisme de la répartition,   aurait le mérite de se fonder sur  la vérité économique et démographique des retraites.

 

 Roland HUREAUX  

 

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5 mars 2010 5 05 /03 /mars /2010 16:49

 

Interrogé récemment  par la rédaction de Marianne, Bernard-Henri  Lévy tient des propos qui,   à y bien réfléchir, sont    étonnants.

« Comment  se manifeste le pétainisme aujourd’hui ? » dit Marianne.  Réponse : « Dans le souverainisme par exemple ». 

Et au cas où nous n’aurions pas bien compris, l’illustre publiciste précise : « Qui est souverainiste aujourd’hui ? Je veux dire au sens où je l’entends ? Et par la même occasion pétainiste ? Jean-Pierre Chevènement.  Il en a tous les réflexes et l’armature intellectuelle ».

Propos étonnants si l’on considère que  le pétainisme fut  voué à l’opprobre à l’issue de  la seconde guerre mondiale parce qu’il s’était trop facilement  accommodé de la perte de la souveraineté nationale. Les pétainistes furent condamnés, pour  « intelligence  avec l’ennemi » : non point parce qu’ils avaient défendu pied à pied le  sol de la patrie  mais parce qu’ile ne l’avaient pas fait.   Pour défendre sa souveraineté, il faut combattre. Or que  dit  aux Français le vieux maréchal ? « Il faut cesser le combat ».  Ou alors  le souverainisme qu’il  attaque, chez Chevènement et sans doute  d’autres, veut dire  autre chose que l’attachement à la  souveraineté nationale : on se demande   alors ce qu’il pourrait  être.

Philippe Séguin qui devint  une figure nationale  en refusant le traité de Maastricht en 1992  ne serait pas, selon lui, souverainiste.  Et de Gaulle ?

Il est difficile, à moins de falsifier  l’histoire, de dire que le général   ne l’était pas.  S’il est quelque chose de constant dans sa doctrine, c’est bien  l’attachement  à la souveraineté nationale.  Il ne faisait pas de doute pour lui  que   les actes controversés des années soixante : refus de l’Europe supranationale,  retrait de l’OTA N, dénonciation   de l’hégémonie américaine, se situaient dans le rigoureux  prolongement de son refus de l’occupation allemande en 1940 – et de l’AMGOT  en 1944.

Si donc le souverainisme,  c’est le pétainisme,   il est dommage Bernard-Henri Lévy nous prive de sa conclusion :   l’acte fondateur du pétainisme, ce fut l’appel du  18 juin 1940. Le pétainiste emblématique, ce   fut  de Gaulle.

 

Amalgame absurde

 

Absurde,  dira-t-on ?  Evidemment,   mais telle est bien la conclusion à laquelle il faut se rendre si on suit sa démarche.   

« La servitude, c’est la liberté », « La liberté, c’est l’esclavage » fait dire Orwell au terrible pouvoir qui règne sur son « 1984 ».

Comme cet auteur  l’a bien vu, un des  premiers  caractères des régimes totalitaires est d’adultérer le sens des mots, jusqu’à leur faire dire le contraire de ce qu’ils disent.

Il y a plus. Quand Lévy accuse les souverainistes – et pas seulement eux -, de « pétainisme », on aura compris que le mot ne désigne chez lui  pas une option politique parmi d’autres, mais un parti chargé d’opprobre. Le discrédit  qui frappe  Vichy ne   tient pas seulement  à son asservissement à une puissance étrangère mais aussi   - même cette dimension n’apparut que plus tard -  à sa contribution à la  politique d’élimination  raciale   du régime nazi et  donc  à  sa complicité avec un   crime contre l’humanité.  Les souverainistes  sont des pétainistes et donc, au moins virtuellement, des  complices de crimes  contre l’humanité.

Nous repérons   chez le philosophe engagé   un autre   caractère de la démarche totalitaire : la diabolisation de l’adversaire. Lévy dit pétainiste, mais  ne nous leurrons pas, il pense quelque chose comme   « vipère lubrique ».  L’attachement à la  souveraineté nationale n’est  pas seulement pour lui blâmable, il est déshonorant.     

Un troisième caractère de  toute idéologie totalitaire, c’est  l’internationalisme. On connaît celui de la IIIe Internationale (dite en abrégé Komintern).  Ceux  qui entre 1940 et 1944 soutenaient la collaboration  ne disaient  pas ouvertement  aux  Français « reconnaissons   la supériorité allemande »  mais  « nous n’avons pas d’autre solution que de  rejoindre   le nouvel ordre européen ».  « Nouvel ordre européen » : un des leitmotivs  de l’Europe hitlérienne

Faut-il poursuivre ?   Bernard-Henri Lévy rappelle avec justesse  que « le totalitarisme est toujours réductible à une volonté de guérir, un médicalisme , une clinique »  mais  il ne semble pas se demander si sa volonté d’éradiquer à travers  le monde toute trace de « pétainisme »,  en fait tout ce qui résiste à l’hégémonie américaine ,  ne relève pas de la même  logique . D’autant qu’en assimilant le souverainisme au souci de « la persévérance de la nation dans son être »,  le philosophe s’est donné un vaste chantier.  Persévérer dans son être , n’est-ce pas, selon  Spinoza,  la loi de la nature ?  Réformer la  nature, le rêve de tous les idéologues.

 

Idéologie contre droit des peuples

 

Le  grand ennemi  des  régimes totalitaires,  c’est la liberté.     Quand il s’agit d’une collectivité, la souveraineté n’est qu’un autre nom de la   liberté.  La   France souveraine, c’est ni plus ni moins que  la  France libre.  Cette liberté,  Lévy la définit  indirectement en   disant que Chevènement  « pensait comme un souverainiste classique que « charbonnier  est  maître chez soi. »  On peut  supposer que Bernard-Henri Lévy, qui, on l’aura compris,   n’est pas souverainiste,   pense, lui,  que « charbonnier n’est pas maitre chez lui ». Qui donc est maître chez le charbonnier ? Pour les despotes de tous les temps, la réponse ne fait   pas  de doute : c’est eux

Il est vrai que les charbonniers dont Lévy  récuse explicitement la liberté s’appellent  la  Serbie et l’Irak,  au temps où ils étaient sous la coupe de régimes  tenus pour maudits.  Etait-il pour autant légitime de   les attaquer ?  On n’en débattra  pas ici.  On se rappellera seulement que quand ils le furent l’un et l’autre, c’est  , qui en  doute aujourd’hui ?   sur le fondement de mensonges :  l’idée qu’il y avait un commencement  de génocide au Kosovo , que l’Irak préparait un programme d’armes de destruction massive   (ce dernier mensonge, ce  n’est  pas  nous  qui le dénonçons c’est le Parlement  britannique – sans doute un autre haut lieu du  pétainisme ! ).  Le mensonge de masse,  autre caractère du totalitarisme.

Le droit des charbonniers, c’est ce qu‘on appelle aussi «  le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », grande conquête de la Révolution française, fondement de l’ordre international.   Autre nom de  la souveraineté.

Si nous suivions la même méthode des amalgames  infamants  que  le philosophe, nous  dirions que sa   pensée est  totalitaire.  On se contentera de dire, de manière plus nuancée, qu’elle a un caractère idéologique, au sens précis que  Hannah  Arendt, Kostas Papaioannou, Alain Besançon et d’autres ont donné à ce mot.  Jusqu’à preuve du contraire, en effet,   toute idéologie n’est   pas totalitaire.

Mais toute idéologie est porteuse de guerre.  Le droit des peuples ne se divise pas : pour de Gaulle, s’ il  s’appliquait   à la France de 1940, il s’appliquait aussi bien  à   l’Algérie de 1962. Le vrai souverainisme, il vaut pour soi, il vaut aussi pour les autres, comme le reconnaît d’ailleurs Bernard-Henri Lévy avec ses fameux  « droits du charbonnier ».  Au nom de la souveraineté, on peut et même on doit se défendre, on   peut difficilement  agresser  (sauf les  litiges frontaliers  d’autrefois, en tout  état de cause limités).  Pour violer en grand les droits des nations,  il faut  plus, il faut  une idéologie qui transcende celles-ci.  Le problème des idéologues, c’est qu’ils ne font pas « la guerre  en philosophie », ils font la guerre tout court. Chemise ouverte, comme Gérard Philippe dans  Le Cid,   toujours prêts à en découdre.

L’idéologie contre le droit  des peuples, l’idéologie contre la paix,   voilà bien le fond du problème.   «  La nation  n’est pas source  de conflits ; en revanche la négation de la nation  est à l’origine de   toutes   les guerres » (Charles de Gaulle).  « Cinquante ans après la fin de la seconde guerre mondiale, il importait de rappeler que ce confit a eu lieu à cause de la violation du droit des nations » (Jean Paul II).  

 
                                                                  Roland HUREAUX

 

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