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Roland HUREAUX

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1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 10:42

 

EN SYRIE,  FRANCOIS HOLLANDE FAIT ENCORE LE CHOIX  DE LA GUERRE

 

http://www.atlantico.fr/decryptage/en-syrie-francois-hollande-fait-encore-choix-guerre-roland-hureaux-2853105.html

 

Voilà cinq ans que dans , dans l'affaire syrienne, la diplomatie française est à la fois ridicule et criminelle.

Ridicule parce qu'elle se réduit , avec Hollande encore plus qu'avec son prédécesseur, à un alignement aveugle sur la diplomatie américaine dominée par les néoconservateurs . Alignement  et même surenchère , pas sur le terrain car  nous n'en avons pas les moyens, mais dans les enceintes internationales. On se souvient de Fabius déclarant que Assad "ne méritait pas de vivre" !  La rupture totale des relations diplomatiques  avec la Syrie en  2012  nous a privés de moyens essentiels tant pour lutter contre le terrorisme que pour diversifier notre action comme il  sied à toute diplomatie compétente,  ce que n'est plus la notre. 

Politique criminelle car elle aboutit à armer des djihadistes qui massacrent tous ceux qui ne se rallient pas , à commencer par les chrétiens d'Orient qui comptaient sur la protection de la France. Ceux qui tiennent le quartier Est  d'Alep depuis quatre ans avaient commencé, qui s'en souvient ? par  précipiter   leurs prisonniers  du haut des immeubles. Les  mêmes   se réjouissent  bruyamment ( quand ils ne les revendiquent pas ) des attentats perpétrés en France depuis deux ans.

Le gouvernement  syrien, sinon démocratique  ( il y a plus de démocratie passé un certains seuil  de tensions sociales , comme nous  risquons d'en faire  bientôt l'expérience)  du moins légitime en droit international  a demandé l'appui des Russes dont l'intervention est donc légale.  Toutes  les autres interventions   étrangères, à commencer par celle de nos forces spéciales  en appui des  djihadistes,  sont illégales.

La présente bataille d'Alep montre que François Hollande n'a pas changé de ligne.

L'enjeu de cette bataille est simple. Les forces loyalistes ont reconquis  une grande partie de la ville. Ne reste qu'un quartier tenu par des islamistes qui  y ont  pris en otage la population. Dès que ce bastion sera réduit, la guerre de Syrie sera pratiquement terminée, sauf un nettoyage résiduel de groupes djihadistes dispersés. 

 

Demander le cessez-le-feu en Syrie c'est demander la poursuite de la guerre

 

Demander le cessez-le feu aujourd'hui au motif d'épargner les populations civiles , c'est vouloir  empêcher les loyalistes et les Russes d'en finir avec les islamistes.

Les Russes ont naturellement les moyens de réduire  en quelques jours la résistance. Si la bataille traine, c'est que , à l'encontre  de  la propagande déchainée contre leurs supposés "crimes de guerre",  ils tiennent  à épargner  la vie des civils, moins par humanisme d'ailleurs  que par souci de l'opinion.   

Que veulent donc  ceux qui demandent un cessez-le- feu  ? Que l'autre camp gagne ? Daesh au pouvoir à Damas ? Aucune puissance ne le souhaite vraiment  et les massacres seraient alors immenses.

Si l'on ne veut la victoire ni du pouvoir ni des rebelles, la seule option est  la poursuite de la guerre .  Les bonne âmes qui demandent aujourd'hui  un cessez- le feu à Alep   demandent en fait  la poursuite de la guerre et  la poursuite des  souffrances du peule syrien.

Certains prônent le dialogue. Que Hollande et Cazeneuve montrent  donc l'exemple en  dialoguant avec les terroristes du Bataclan  !   Ce  sont les  mêmes qui  combattent aujourd'hui   à  Alep-Ouest.   Aucune guerre civile ne s'est jamais terminée autrement que par la victoire d'un camp sur un autre.  Et cette issue vaut toujours mieux que la poursuite de la guerre. Dans le cas d'espèce l'un des camps est sur le point  de gagner , laissons le aller jusqu'au bout.  Quelle  aurait été  la valeur morale d'un appel au cessez-le feu début  1945 , pour soi-disant épargner  Berlin  -  et donc Hitler  ? Les islamistes valent-ils mieux ?

La propagande a toujours  joué un rôle considérable dans la  guerre : la presse collaborationniste  ne donnait pas  en 1940  une meilleure image de Churchill  que celle  d'aujourd'hui d'Assad. Ce  qui est nouveau  , c'est  la puissance effrayante de  la   machine de propagande occidentale, fondée sur une presse  de plus en plus contrôlée.

Le   manichéisme qu'elle diffuse est  inséparable d'une  idéologie qui , comme toutes les idéologies, conduit au mensonge . Mensonge que de prétendre qu'il y a entre Assad et Daesh des islamistes modérés : tous veulent établir la charia et éliminer les minorités : les chrétiens le savent.   Mensonge que d'accuser le régime de certains crimes ( pas de tous, hélas, car  cette guerre est sale)  , commis  en réalité par ses  ennemis,  telle l'attaque chimique de la Ghouta  (21 août 2013)[1] . L'ambassadeur syrien à l'ONU  a accusé les Français d'avoir aidé  Al Nosra ( dont le même Fabius disait que ses hommes  faisaient du "bon boulot") à monter cette provocation qui nous a mis au bord de la guerre mondiale.  On aimerait être sûr que ce n'est pas  vrai, tant la politique de la France en Syrie au cours de ces dernières années a pris une tournure démoniaque.

De la même eau, malgré les apparences,   est le projet de résolution  déposé par la France ( et l'Espagne habituellement mieux inspirée) au Conseil de sécurité demandant  un cessez-le-feu immédiat à Alep. Ce n'était  pas un acte de paix mais en réalité un acte de guerre, visant , si  elle était passée, à prolonger la guerre et  en tous les cas à  isoler la Russie et la Chine qui ont dû mettre  leur  veto à un moment où la tension internationale est à son comble.

C'est la rage au cœur que la puissance dominante voit en effet aujourd'hui  ses alliés islamistes , malgré les armes sophistiquées qu'elle  leur a  livrées et les conseillers techniques qui sont présents à leurs côtés, perdre la  guerre de Syrie  : le chef d’état-major des forces armées américaines , Mark Milley, vient de déclarer qu’un « conflit extrêmement meurtrier » avec la Russie est « quasiment certain ». Ashton Carter, le secrétaire à la Défense d'Obama,  prix Nobel de la paix  a indiqué  que les USA se réservaient le droit d’effectuer une « première frappe nucléaire » .

En provoquant par ses exigences le report du voyage de Poutine à Paris  Hollande , outre qu'il laisse une fois de plus  le beau rôle à Angela Merkel qui les invite tous deux à dîner à Berlin le même jour , nous remet dans une logique de guerre froide et même  pire.  

 

                                                           Roland HUREAUX

 

 

 

[1] Deux rapports décisifs l'ont établi, l'un du MIT, l'autre du Comité contre les armes chimiques de l'ONU ( ce dernier soustrait au public)

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1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 10:38

 

            http://www.libertepolitique.com/Actualite/Decryptage/Pourquoi-L-Union-Europeenne-n-est-pas-reformable

 

Chaque fois, c'est la même chose : après les référendums français et hollandais de 2005, la qualification de Le Pen au second tour de la présidentielle en 2002, les élections autrichiennes anciennes et récentes , au vu des abstenions massives et des résultats de partis extrémistes aux européennes, on dit : "ça ne peut pas continuer",    il faut modifier en profondeur le mode de fonctionnement de l'Union européenne  pour la "rapprocher de peuples".   Il  faut que l'Europe soit    moins technocratique,  plus "à l'écoute", plus ouverte.  Il faut , dit-on même ,   "construire" une autre Europe , plus démocratique , plus transparente,  qui adopte  un nouveau mode de gouvernance et un nouveau modèle de développement.  

Encore heureux si nous échappons  à ceux qui   prônent , pour surmonter les crises, "plus de pédagogie", qui veulent mieux expliquer l'Europe à des peuples qui s'obstinent à ne pas la  comprendre,   comme les gardes rouges allaient au peuple pour lui expliquer la pensée de Mao.  Et si  les peuples n'avaient que trop bien compris ?  De toute les façons, le projet européen est simple à comprendre:  s'ils  n'en veulent  pas, ils ont peut-être leurs raisons.

Pires encore, ceux qui,  veulent résoudre la crise de l'   Europe par "plus  d'Europe", fuite en avant bien connue qu'ont pratiquée  tous les régimes idéologiques  . Le centralisme ne marche pas: on centralise encore plus. N'est-ce pas   ce qu'on nous prépare après le Brexit avec les projets de fore de sécurité ou de ministre des finances européens ?

 

Un projet intrinsèquement irréformable

 

Disons-le tout net : il n'y a rien à espérer des  intentions de réforme de l'Union ; et cela pour une raison  simple : il est intrinsèque à un projet comme le projet européen et d'être irréformable et de s'aliéner les peuples.

Intrinsèque parce qu'il n'est pas  un projet pragmatique de "bonne gouvernance" ou de coopération entre les peuples,   il est une utopie   à laquelle  ses promoteurs  veulent donner corps, une  idée  abstraite qui précède les réalités. Et comme toute idéologie, même au départ régionale,  est secrètement universaliste,  elle est un projet de refondation du monde. Or  personne  n'a jamais eu envie d'être  un  cobaye .

Utopie ou idéologie : le projet européen part de trois  absolus .

D'abord la suppression des Etats : on le sait  bien à Bruxelles ou , à côté du renforcement des institutions communautaires , s'  effectue un inlassable travail de sape pour   affaiblir les Etats et discrédite   les dirigeants politiques du continent, réduits  à l'état de zombies dans une mécanique qui leur échappe.  Pour aboutir à quoi ? Un super-Etat continental -  "un Empire non impérial" disait Barroso, dont nous savons, depuis son recrutement par Goldman Sachs, "d'où il parlait" ?  Ou même , à terme,  un Super Etat mondial , non moins redoutable  ?  C'était le projet  inavoué de Jean Monnet. Quand  on sort de la langue de bois, cela s'appelle une hyper centralisation continentale ou planétaire.

Est-il nécessaire de le rappeler ? Cet objectif se fonde sur l'idée qu'à l'origine des guerres et de toutes les horreurs du passé se trouvent   les Etats-nations et qu'il faut donc les supprimer , idée aussi simpliste que de dire qu'à l'origine de tous les maux du monde se trouve la propriété privée  et qu'il fallait  elle aussi la supprimer.

Ensuite un marché parfait :  l'économie de marché n'est pas en soi   mauvaise  mais,  érigée en système, elle tend à s'étendre sans  limites territoriales. Là aussi le projet européen s' articule  sur un projet mondial de libre circulation des marchandises , des services et des capitaux  que ses promoteurs font prévaloir sur le maintien des capacités productives européennes ( affaire Péchiney ) .  Si le marché  fait partie de l'ordre naturel,  le marché pur et parfait est une utopie qui n'existe que dans les   livres d'économie. En son nom, l'Acte unique  de 1987 a arasé  systématiquement , par une impitoyable "mise aux normes",  toutes les particularités culturelles propres  aux pays européens.  Cette Europe conduit naturellement à la signature du TAFTA dans lequel cette logique,  étendue à tout le monde occidental,  irait jusqu'à  abroger  le pouvoir de régulation des Etats.  Toute idéologie, même régionale au départ,  est  universaliste.   

La monnaie unique est une déclinaison de ce projet . Certains   voient l'euro fusionné  un jour avec le dollar. Monnaie parfaite, elle doit donc être non seulement unique mais  forte,  au mépris des propensions différentes des peuples à l'inflation et au dépens des intérêts les plus évidents de la pluparts de Etats d'Europe, Allemagne  exceptée.

Enfin la libre-circulation des personnes sur le territoire européen réalisée dans l'espace Schengen ( qui n'est d'ailleurs pas une nouveauté: elle existait avant 1914 ) est  inséparable  pour ses promoteurs d' une libre circulation des hommes à travers le monde, d'un objectif  de "No Border" tel que le promeut la   Fondation  Soros. Il n'y a pas à espérer que l'Union européenne  soit  "enfin " efficace pour contrôler ses  frontières extérieures. Son idéologie  l'exclut.

Sur tous ces sujets , la commission de Bruxelles n'est pas  un secrétariat neutre, mais un  collège de grands prêtres qui prend chaque fois parti dans le sens de l'utopie : elle a ainsi fortement appuyé Angela Merkel dans sa  large politique d'accueil.   

C'est pourquoi n'ont jamais marché que les projets qui échappent à cette mécanique: Airbus, Ariane, l'OCCAR  que l'on présente à tort comme des succès de la construction européenne.

Confrontée avec la révolte de peuples, la machine européenne  pourra promettre des  aménagements. Mais ils   ne seront que de façade.  Les tenants de l'utopie sont comme les membres  d'une secte qui , quand il le faut, affichent à l'extérieur   un discours humaniste sur le thème de la paix,  de  la coopération, de la  démocratie mais  qui   ne  dévoilent qu'aux initiés  leurs  objectifs ultimes, radicalement différents. Leurs  concessions sont provisoires.   Un peu comme les  Frères musulmans , sous une apparence humanitaire,  cachent aux foules arabes leurs vrais objectifs :  l'application intégrale de la charia et la conquête du  monde . "Deux pas en avant, un pas en arrière" disait Lénine.

 

Rompre avec l'utopie

 

Pour se réformer sérieusement, l'Union européenne doit tout simplement  cesser d'être un projet  idéologique , elle doit  renoncer à ces trois objectifs fondamentaux  non  pour en  prendre le contrepied mais pour ne pas en faire  un  absolu . Elle doit cesser  d'être un projet de monde parfait.

Si une  nouvelle forme de coopération européenne devait s'établir, il faudrait qu'elle rompe radicalement  avec  ces utopies. Il ne faut même pas parler de "construire" ou "reconstruire"  quoi que ce soit, car ce terme est  déjà    idéologique, comme l'avait vu Hayek.  Le réel, rien que le réel.

Mais ce serait là une révolution  mentale immense qui n'a d'équivalent  que l'abandon de  la  perspective du communisme (l'"avenir radieux") en Union soviétique. C'est la  renonciation à toute  une  eschatologie séculière. Car,  dans une   Europe déchristianisée , le projet européen a fonctionné  comme  une  nouvelle religion , ce qui   explique l'intolérance extrême de ses tenants à l'égard de ceux qui   le  remettent en cause -  aujourd'hui les Anglais qui ont voté le Brexit, d'autres demain - , leur amertume, leur propension à la dénégation sous la forme per exemple de prévisions apocalyptiques absurdes pour le Royaume-Uni.  Il faut que les  Européens  voient que   le ciel de l'utopie politique est vide,  que  la politique  ne consiste pas à réaliser un "grand  œuvre" dont les êtres de chair  et de sang seraient les briques, mais à gérer au jour  le jour des intérêts ordinaires ,  de manière pragmatique  et  si possible  efficace.  

Non il n'y aura pas de réforme de l'Europe de Bruxelles .  Sa seule perspective est  la "chute finale" . Toutes le chutes font mal. Le grand problème politique d'aujourd'hui est que celle là  fasse le moins mal possible.

 

                                                                       Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

 

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1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 10:35

 

http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2016/09/15/31001-20160915ARTFIG00158-remise-en-cause-du-mariage-pour-tous-le-test-de-la-credibilite-pour-la-droite.php 

 

C'est une chose entendue : si la droite revient au pouvoir l'an prochain, elle ne remettra pas en cause la loi Taubira.

Ni Juppé, ni Sarkozy, ni Copé, ni Le Maire, ni Nathalie Kosciusko-Morizet  n'en ont l’intention : les deux derniers s'étaient au demeurant abstenus au moment du vote de la  loi. Fillon, seul des ténors,  envisage  une "réécriture", ce qui lui a valu le soutien de Sens commun. Hervé Mariton et  Jean-Frédéric Poisson, candidat à la primaire de droite du parti démocrate-chrétien, associé aux Républicains, se sont , eux, clairement engagés à l'abroger.

Le Front National aussi, en principe, mais Florian Philippot, bras droit de Marine le Pen, estime que l’abrogation du « mariage pour tous » est "aussi importante que la culture du bonsaï". La question est très débattue au sein de ce mouvement.

Sans doute les uns et les autres se sont-ils vu expliquer par leurs conseillers en communication que l'abrogation aurait un effet désastreux auprès des médias,  farouchement attachés au "mariage" homosexuel. Alors même que les 2/3  des électeurs de droite souhaitent qu'on revienne sur  la loi[1], cela aurait aussi pour effet, dit-on, de ringardiser l'image du candidat, de le faire  passer pour un réactionnaire.

C'est un fait que,  la propagande LGBT aidant,  l'hostilité à la loi Taubira, loi pourtant rejetée par plus de la moitié des Français[2], est devenue à droite plus compromettante encore  que  le refus de l'immigration ou celui de l'euro. 

 

Un message subliminal : "je me dégonfle"

 

Elle n'est pourtant  pas seulement un marqueur d'extrémisme.

On ne saurait oublier en effet que cette loi a provoqué la plus grande mobilisation du quinquennat et même de l'histoire de France (exception faite de celle, plus éphémère, qui a suivi  l'attentat contre Charlie[3]);  celle de la CGT contre la loi Travail n'est rien en comparaison.

Renoncer à y toucher est pour les candidats de droite au moins aussi risqué que  s'y engager.

Car il faut bien le dire : pour une partie de l'opinion, le refus  de remettre en cause la loi Taubira , compte tenu de tout ce qui a été dit par l'opposition  au moment de son vote, porte avec lui un message subliminal : "je me dégonfle".

Et ce message ne concerne pas que cette loi : il est probable que la réaction de beaucoup d'électeurs qui n'y attachent pas forcément une grande importance, sera de dire que si la droite dite "républicaine" se dégonfle sur ce sujet, elle risque bien de se dégonfler sur tous  les autres et qu'en définitive, si la droite revient au pouvoir, il ne se passera rien. Car sur bien d'autres sujets,  en matière économique et sociale, en matière d'école, de justice, d'immigration, la droite, si elle veut aller tant soit peu à la rencontre des attentes populaires, devra aussi  se faire politiquement incorrecte. Comment croire qu'elle en aura l'audace si elle a déjà capitulé sur le mariage homosexuel? Qui prendra au sérieux des expressions  comme la "droite forte" ou  la "droite décomplexée" dont  on se gargarise dans l'opposition ?

L'autre inconvénient de cette position est de polariser le programme de la droite sur des sujets comme l'ISF, les 35 heures, l'âge de la retraite ou le code du travail sur lesquels elle  apparaîtra  , en accomplissant des réformes libérales, également réactionnaire, mais en un autre sens :   le parti des gros  contre les petits. La  gauche d'aujourd'hui l'est aussi, certes,  mais avec plus de subtilité. La brutalité des mesures économiques et sociales projetées par la droite aidant, la gauche reviendra très vite en grâce. Il n'est pas sûr que l'opposition ait intérêt à abandonner le champ sociétal pour présenter un programme de remise en cause des acquis sociaux à l'état  nu  et rien que cela.

Enfin, le refus de la remise en cause est, qu'on le veuille ou non, une caution apportée à la gauche, dont on reconnaît a posteriori  la lucidité et le progressisme. Si  une telle réforme était irréversible, c'est la preuve que la gauche  seule  était   dans le sens de l'histoire. La résistance de la droite n'était que vaines criailleries, baroud d'honneur inutile. Mais comment dès lors  expliquer que  la gauche n'avait par contre pas raison   sur les autres sujets ? Expliquer  par exemple que  la réforme du collège, malgré la levée de boucliers qu'elle a suscitée, n'était  pas, au fond,  une réforme progressiste ?

 

Des théories  faussement scientifiques

 

Le  pédagogisme et la loi Taubira, tous deux tenus pour "progressistes", ont en commun d'être fondés sur des théories faussement scientifiques: la méthode globale et la théorie du genre. Ceux qui , jusqu'ici , ont remis en cause la méthode globale (Alain Finkielkraut par exemple) se sont vu attaqués en première page du Monde comme  "réactionnaires" . C'est le prix à payer pour tout  retour aux voies du bon sens dans un terrain miné par l'idéologie.  Si la droite a peur d'affronter ce risque,    quel que soit le sujet, les Français penseront très vite qu'elle ne sert  rien.

L'échec retentissant aux élections locales des candidats LR qui avaient été les plus favorables à la loi  Taubira : Fabienne Keller à Strasbourg, Nathalie Kosciusko-Morizet à Paris , Dominique Reynié en Midi-Pyrénées  devrait pourtant servir de leçon. Il n'est pas sûr que, sur la question de  l'effet    électoral, sinon direct, du moins indirect, du refus de remettre en cause la loi Taubira, les candidats de la droite classique doivent trop écouter leurs conseillers en communication.

                                                           Roland HUREAUX

 

[1] Opinion Way,  06/06 2016

[2] Ifop, 15/9/2015

[3] Toutefois aucun décompte officiel de la manifestation "Charlie" n'ayant été fait, il est difficile de comparer avec "La Manif pour tous".

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1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 10:24

 

Publié dans Liberté politique  n°71, septembre 2016

 

Il est aussi exagéré que ridicule de dire comme le cardinal Walter Kasper que l'exhortation  apostolique  Amoris Laetitia (La joie de l'amour) , publiée par le pape François le 8 avril 2016,  est le plus important document  pontifical des deux derniers siècles;  il ne l'est pas moins  d'y voir un tissu d'erreurs qui mènerait l'Eglise à sa perdition.

A l'évidence, ce document comporte deux strates : ce qui vient du Synode et ce qui a été rajouté par François.

L'exhortation comprend, majoritairement,  de  larges  extraits du Rapport final du Synode des évêques sur la famille (Relatio finalis) qui avait en principe pour but d'éclairer  le pape sur   ces questions, au moins sur leur dimension "pastorale".  C'est la partie la plus médiocre. Quand le pape dit que "le parcours synodal  a été d'une grande  beauté  et a offert beaucoup de lumière",  ne faut-il pas,  au moins en partie, mettre ces propos au  compte de la courtoisie   ?

 

Rappel de la doctrine traditionnelle

 

Tout n'est pas pour autant mauvais dans cette strate.  Elle contient des  rappels on ne peut plus traditionnels   sur la théologie du mariage:  la dimension  trinitaire du couple (  § 11 )  et plus largement  la famille comme  "image de Dieu qui est communion de   personnes" (§71) , l'héroïsme qu'il y  a à s' engager  dans la vie conjugale (§40).  

Les affirmations  permanentes  de l'Eglise sont rappelées  clairement :  l'indissolubilité du mariage , son  caractère sacramentel  , image du rapport du Christ  et de son Eglise  . De ce fait,    "les unions de fait ne peuvent pas être placidement comparées au mariage"  (§ 52) .  "D'aucune manière l'Eglise ne doit renoncer à  proposer l'idéal complet du  mariage"   (§ 307) .

L'encyclique Humanae Vitae (1969)  et la relation intrinsèque qu'elle affirme  entre  sexualité et fécondité est rappelée à plusieurs reprises  (§ 68, 80)  . Le  pape s'inquiète du déclin démographique de certains pays (§ 42) ." La présence des familles nombreuses dans l’Église est une bénédiction pour la communauté chrétienne et pour la société, car l’ouverture à la vie est une exigence intrinsèque de l’amour conjugal" (§ 62) .

Ceux qui attendaient quelque  "avancée" en direction de la reconnaissance de  l'homosexualité, n'apprendront pas grand chose, sinon  que les homosexuels   doivent être respectés  comme personne , ce qui n'est pas vraiment  nouveau, quoi qu'on dise.  Pour ce qui est des unions homosexuelles, le pape , comme le Synode,  sont  particulièrement nets : "Il n'y a aucun fondement pour établir des analogies , même lointaines, entre les unions homosexuelles et les dessein de Dieu sur le mariage et  la famille" ( § 251). La théorie du gender est vigoureusement condamnée  (§ 56), de même l'idée de mères porteuses .

En  parallèle  et en  cohérence avec le refus du gender, est  rappelée avec force , ce qui, quoi qu'on pense, n'est  pas  contraire à la tradition   de l' Eglise,   la dignité de la femme ( à la promotion de laquelle on ne saurait , dit-il avec raison,  imputer la crise de la famille) .

Il est dit clairement que "L'Eglise rejette de toutes ses forces les interventions coercitives de l'Etat  en faveur de la contraception, de la stérilisation et même de l'avortement " (§ 42). S'agissant de l'avortement ou de l'euthanasie,    l'obligation de l'objection de conscience des praticiens chrétiens est clairement rappelée  (§ 83) .

La question des migrants est évoquée dans des termes analogues à la  Relatio finalis avec une mention  particulière des   circuits  internationaux de traite (§ 46) .

On se demande cependant    comment interpréter  le passage suivant :  "L’accompagnement des migrants exige une pastorale spécifique pour les familles en migration (...)  Cela doit se faire dans le respect de leurs cultures, de la formation religieuse et humaine d’où ils proviennent, de la richesse spirituelle de leurs rites et de leurs traditions, notamment par le biais d’une pastorale spécifique" (ibid.).  Le "respect de cultures",  de "la formation religieuse et humaine"  , "la richesse spirituelle" supposée  des rites et des traditions des migrants  signifierait-il qu'ils  n'aient pas à connaître le Christ  ? Ni à chercher à  s'intégrer ? A moins que ce passage  ne concerne que les chrétiens d'Orient ?  

L'obligation de la conversion imposée par d'autres religions (principalement l 'islam) avant tout  mariage avec un de leurs  adeptes est évoquée avec une discrétion que l'on peut regretter (§ 248)  , et sous le seul rapport  de la  liberté religieuse. Que le fiancé chrétien  doive s'y soustraire  n'est pas  dit clairement; certains ne risquent-ils pas de comprendre que   l'intérêt  du couple  prévaut  sur les autres attachements ?

A côté d'utiles rappels, l'exhortation comprend aussi des indications pratiques    qui montrent que le souci pastoral n'a pas été sacrifié à la haute intellectualité et c'est très bien. Indications généralement du plus parfait classicisme : faire des noces sobres et simples ( alors que la crainte de la dépense en dissuade beaucoup aujourd'hui  de se marier ); utiliser les ressources de la pastorale populaire, telle la fête de Saint-Valentin;  bien élever ses enfants   "s'il vous plait, pardon, merci" (266)  devant être les mots clef de cette éducation (§ 266),  se méfier de l'abus des   jeux électroniques chez l'enfant mais aussi  dans le  couple (§ 27) ;  sont évoqués  l'importance de la catéchèse familiale, de la confession fréquente des époux.   

Ce louable souci de rester  terre à terre  glisse, il faut bien le dire, parfois à la banalité :   

 "Il ne sert à rien d'imposer des normes par la force  de l'autorité"  (§ 35) -    on s'en doutait :  faute de disposer de la  force armée , monopole des Etats , aucune autorité spirituelle ou familiale ne peut imposer quoi que ce  soit, mais ne faut-il pas rappeler clairement les normes  - en les justifiant -     dans  des sociétés où elles  sont de plus en plus  ignorées ?

"Les familles souffrent souvent d'une grande anxiété".  Et les  individus isolés,  pas  ? Pourquoi ne pas dire que "nos contemporains souffrent d'une grande anxiété" . C'est  peut-être pourquoi ils ont besoin de normes  claires.

"Le divorce est un mal  et l'augmentation du nombre des divorces très préoccupante"   (§ 247 ).

"La grossesse est  une étape difficile mais aussi un temps merveilleux"

Et au chapitre des chromos sulpiciens:

 "Le secret de Nazareth , plein  de parfum familial" (§  65)

Fallait-il évoquer  dans  un   texte de ce genre  Martin Luther King (§ 118),  victime d'une juste cause,  certes,  mais qui fut loin  d'être un modèle de fidélité conjugale ?

 

La tentation holiste

Dans la continuité de la Relatio finalis aussi, mais plus contestable à notre sens,  sont  les condamnations un peu faciles  de l'"individualisme"    qui, telles quelles,  ne sont pas dans la tradition de  l'Eglise , et trouvent leur source  dans la rhétorique antirévolutionnaire   du  XIXe siècle.  Si l'individualisme , c'est l'égoïsme, ce terme ne suffit-il pas  ? S'il s'agit du génie, de la créativité , de l'inventivité  ou de ce qui la plupart du temps les sous-tend :  la  possibilité d'échapper à la contrainte  du  groupe ou de la structure, comme tant de saints en ont donné  l' exemple,  d ' être, quand la vocation l'exige,  un "électron libre", ce genre de censure nous parait malvenue. 

De la même veine est la condamnation du "paradigme de l'autonomie de la volonté"  (§ 53) .

S'étonner comme le fait le Synode  de la  "rapidité avec laquelle les personnes passent d'une relation  affective à une autre", relève d' une sociologie ( ou  une psychologie) un peu courtes,  plus digne de l'esprit  "vieille fille" qui,  à en croire le pape François,  serait répandu au Vatican,  que d'une analyse sérieuse des causes de l'instabilité affective moderne qui , dit-on, se répand.

Tout cela va de pair avec la  conception "holiste" de la famille comme  tribu ou clan  , en rupture avec la tradition, qui règne aujourd'hui dans les milieux catholiques,  conception qui émane largement  de la Relatio finalis  :  "Le petit  noyau familial ne devrait pas s'isoler de la famille élargie incluant les parents, les oncles,  les cousins  , ainsi que les voisins." (  § 187). De même:      "Enfin on ne peut oublier que dans cette grande famille , il y a aussi le beau-père, la belle-mère  et tous  les  parents du conjoint  . Il faut  éviter de les voir comme des envahisseurs "(§ 197)  . Le problème , c'est qu'ils sont souvent des envahisseurs !   Et  nous nous risquerons à dire que  les couples où ils sont considérés comme tels ne sont pas forcément les  plus  mal partis pour résister aux turbulences de la vie  ! 

Le Saint Père n'ignore d'ailleurs rien des tensions sous-jacentes à la famille clanique puisque il n'a pas hésité, au retour des JMJ de  Cracovie , à comparer  le meurtre de sa belle-mère par un Italien à un attentat terroriste.

De manière juste, le pape relève que le drame de notre époque    semble être plus l'absence des pères  (§ 176) que les abus du  patriarcat  et, plus original encore, dénonce la pression bureaucratique qui s'exerce  aujourd'hui sur les   familles  (§ 183) , un sujet qui reste à développer.

Mais comment ne pas être surpris de lire que "Aucune famille ne peut être  féconde si elle se conçoit comme séparée"  (§ 182 ).  On est étonné qu'un document qui se veut pastoral   ignore  les pressions quasi-systématiques que font dans l'Europe chrétienne - et particulièrement   en Italie - les grands parents, même catholiques,  pour limiter la fécondité de leurs enfants.  C'est là  une des raisons  majeures de la dénatalité en Europe.

L'allongement de la durée de la vie, la décohabitation des générations là où il y avait cohabitation, l'allongement  général  des   adolescences du fait des études créent des  conditions  nouvelles  qu'on aurait aimé voir approfondir, ce qui aurait permis peut-être de remette en cause les conceptions  organiques un peu faciles  de la famille héritées du XIXe siècle .

De même aurait pu être dénoncée la fâcheuse évolution du monde de l'entreprise depuis un demi-siècle, étranger, voire hostile à tout souci de la famille et de l'enfant . Combien de femmes-cadres amenées à cacher leurs grossesses ? Loin d'aller ensemble, le travail et la famille sont devenus concurrents.

La théologie traditionnelle ne connaissait que le mariage qui se fonde sur  la conjonction de la volonté  de deux  personnes autonomes.  L'idée de famille, plus large que celle du couple conjugal, est absente de la tradition   catholique jusqu'au  XIXe siècle ( la fête de la Sainte Famille date de 1891) ;  le mot est absent du Dictionnaire de théologie catholique. On en a depuis lors usé et abusé et l'exhortation apostolique, dans la suite de la Relatio synodis ne s'en prive pas.   

 Libérer le couple conjugal (héritier du premier couple de la Genèse  tel qu'il était "au commencement" ) des emprises claniques de toutes sortes, tel avait  été au contraire  l'effort  multiséculaire  de l'Eglise: possibilité pour les  vierges chrétiennes voulant se convertir ou se consacrer de  désobéir au pater familias, interdiction à ce dernier de faire divorcer ses enfants  ( Empire romain) , interdiction rigoureuse de tout mariage  consanguin  ( Haut Moyen Age), droit des conjoints à  se marier sans l'aval de leurs parents ( Renaissance). C'est de ces efforts constants pour libérer l'individu de la tribu qu'a émergé le génie de l'Europe moderne. C'est l'Eglise  qui a instauré l'individu moderne ( la personne  en jargon catholique[1]), cela  bien avant la Révolution française,  tombée dans l'excès inverse. C'est l'Eglise  qui  a introduit  la liberté dans les sociétés traditionnelles de type holiste ( le "despotisme  oriental") . « La liberté est sur la croix du Christ, elle en descend avec lui » (Chateaubriand).

N'est ce pas ce type de famille tribale que rejettent beaucoup  de jeunes réticents au mariage ?  Un mariage présenté non comme une rupture avec  le clan mais au contraire comme une démarche de normalisation. Sans vouloir  les exonérer trop facilement, n'est il pas sain qu'ils  considèrent le mariage ,  en pleine conformité avec les traditions les plus anciennes de l'Eglise, comme un nouveau commencement, fondé sur deux personnes et non pas dix , vingt ou trente ? 

A côté de l'histoire, il y a la  psychologie : les psychiatres, les conseillers conjugaux savent combien    l'intervention des parents et beaux parents contribue trop souvent à la dislocation des couples.

De même , est-il  dit dans l'exhortation que "Les mères sont l'antidote  le plus fort à la diffusion de l'individualisme   égoïste (...) Ce sont elles qui témoignent de la beauté de la vie". Cela est beau  comme du Victor Hugo :  "Ô l'amour d'une mère, amour que nul n'oublie ! Pain merveilleux qu'un Dieu partage et multiplie" . Beau mais faux ,  trop souvent en tous cas.    L'amour désordonné , généralement  possessif, de beaucoup de  mères    pour  leurs enfants , spécialement les garçons, est une des plaies de notre époque,    la source de la plupart des désordres que l'on met de manière erronée sur le compte de l'individualisme : homosexualité, donjuanisme,  immaturité affective dans le couple et parfois pire.  A l'origine de ces dérives, le plus souvent une perception inexacte  de la  vraie hiérarchie qui doit faire passer l'amour conjugal avant l'amour maternel .  Ce qui serait  plus clair si la théologie  vague et cotonneuse de la famille n'avait pas pris la place de la théorie traditionnelle du mariage.

La structure clanique que le christianisme a combattu  au cours des siècles se retrouve inchangée et même durcie dans l'islam. Beaucoup de musulmans  la ressentent comme oppressive.  Il n'y a aucune raison que l'Eglise ait plus d'indulgence à son égard qu'elle n'en a eu dans le passé pour la famille compacte issue du paganisme. On espère en tous les cas qu'elle ne fait pas partie de ces "richesses spirituelles" propres aux migrants qu'évoque l'exhortation.

 

L'apport de François

La seconde strate de l'exhortation est faite des rajouts du  Saint Père , généralement de  meilleure qualité  que ce qui vient de la Relatio finalis.  Ils  témoignent sur certains aspects d'une réflexion personnelle originale.

Le principal  de ces rajouts est le beau commentaire de l'Hymne à la charité de saint Paul qui  compose tout  le chapitre 4 : L'amour dans le mariage .

"La charité est patiente;

La charité est serviable;

Elle n'est pas envieuse;

La charité ne fanfaronne pas,

Elle ne se gonfle pas;

Elle ne fait rien d'inconvenant ,

ne cherche pas son intérêt,

ne s'irrite pas ,

ne tient pas compte du mal ;

elle ne se réjouit pas de l'injustice.

mais elle met sa joie dans la vérité .

Elle excuse tout,

croit tout,

espère tout,

supporte tout"  ( 1 Co 13 4-7)

 

Un commentaire approfondi   qui sera sans doute ce qui , de ce texte, restera  dans les anthologies. Très moral, dans la lignée de la pastorale  pratique et précise de la Compagnie de Jésus,  il n'hésite pas à  entrer dans des prescriptions  terre à terre : "Les époux qui s'aiment et s'appartiennent  parlent bien l'un de l'autre, ils essayent de montrer le bon côté du conjoint", ce   qui n'est peut-être pas évident pour tout le monde.   Il leur est même  suggéré , parmi de nombreux conseils pratiques, de "se donner un baiser le matin"  (§ 226).

La possibilité d'un refroidissement , "l'eau stagnante qui se corrompt "   est évoquée : (§ 219) ,   sans toutefois que ses causes soient approfondies autant qu'on l'aurait  aimé.

 De même la possibilité  de crises (§ 236) :   si la nécessité du  pardon entre époux est évoquée rapidement (§ 105),     on se serait attendu que soit abordée , en cette année de la miséricorde, la question du pardon de l'adultère,  si difficile et devenu si étranger à notre  culture, ce qui rend irréversible bien des crises qui pourraient ne pas l'être. 

Ce commentaire de l'Epitre aux Corinthiens  est illustré de citations de saint Thomas d'Aquin, de saint Ignace de Loyola, de saint  Jean Paul II , mais , comme d'ailleurs  toute l'exhortation, la patristique grecque  en est absente.  Il serait dommage qu'elle n'ait pas toute sa place au Vatican au moment où des gestes audacieux, comme la rencontre de La Havane entre François et Cyrille, patriarche de Moscou,   le 11 février 2016,  ont été  accomplis.

 

 

"L'homme quittera son père et sa mère"

 

 L'autre  apport propre au Saint Père  est le rappel de deux dimensions essentielles du mariage que la Relatio finalis  élude largement :

D'abord, nous l'avons évoqué : la rupture avec les parents , avec la famille de l'amont :   "l'homme quittera son père et sa mère pour s'attacher à sa femme " (Gn 2, 34) : § 13, 18, 131, 190  .  Il a son pendant du côté de la femme :  "Oublie ton peuple et la maison de ton père" (Ps. 45,11) . Ce précepte est rappelé avec une relative insistance mais sans  véritable explicitation , notamment de toutes ses conséquences psychologiques .

Rappel  absolument nécessaire : le Saint Père a bien senti en quoi la vision quasi clanique et holiste  de la Relatio péchait mais sans doute trop tard pour s'en libérer pleinement et reformuler la problématique d'ensemble. 

 

La dimension charnelle

 

Autre ajout bien venu :  la dimension charnelle de l'union de l'homme et de la femme, presque absente des spéculations du synode . L'union sexuelle dans le mariage  est qualifiée de "chemin de croissance dans  la vie de grâce pour les époux " (§ 74).    "Leur consentement et l'union de leurs corps sont les instruments de l'action divine qui fait  d'eux une seule chair" (§ 75) et même  : "L'érotisme apparait comme une manifestation spécifiquement humaine de la  sexualité" (§ 150) . On peut  y trouver "la signification conjugale du corps et l'authentique dignité du don" ( Jean-Paul II ).  Cette citation rappelle que, sur ce chapitre , Jean-Paul II et Benoît XVI furent les vrais novateurs, ce dernier  dépassant  audacieusement dans son encyclique Caritas in veritate ( 2009) l'opposition d' eros et d'agapé , pour dire que l'un et l'autre  viennent  de Dieu , le mal dans l'eros venant de son usage mais non de son  principe.   

Par apport à ses deux prédécesseurs , François laisse apparaître encore des traces du jansénisme du XIXe siècle . Il esquisse certes une revalorisation de l'état du mariage  par rapport à l'état de virginité   :  "l'un peut être plus parfait en un sens, et l'autre peut l'être d'un autre point de vue"(§ 159)  . Il dit aussi  que la  théologie du mariage a souffert d'un accent "quasi exclusif sur le devoir de procréation"  . Exclusif surtout dans la tradition augustinienne  remise au goût du jour par le jansénisme du XIXe siècle .  Mais s'il évoque parmi les autres finalités du mariage   la croissance dans    l'amour et  le soutien  mutuel  (§ 26), il ne dit rien de la sexualité  proprement dite,  en retrait à cet égard par rapport à saint Thomas d'Aquin pour qui le plaisir est   une finalité voulue par Dieu dès lors qu'il ne s'oppose pas à la fécondité.  Et jamais il  n'évoque les effets psychologiques de la vie sexuelle,    le ciment  fondamental  qu'elle constitue pour  le couple.  

 "La sexualité n'est pas un moyen  de satisfaction ", dit-il . Il reprend la condamnation de Paul VI  de  l'"acte d'amour imposé au conjoint" (§ 154) condamnation légitime sans doute,   mais  qui semble justifier le refus de ce dernier par l'un des conjoints , dont saint Paul dit  de la manière la plus catégorique qu'il n'a pas lieu d'être. Ce  droit au refus,  qui entre de plus en plus dans les législations  sous l'impulsion de l'idéologie féministe,  est  contraire  à l'Ecriture et il  a , bien plus que des exigences sexuelles exagérées, un effet désastreux sur les couples que les nombreux pasteurs qui composaient  le Synode n'auraient pas du  ignorer, comme ne l'ignorent  pas avocats, conseillers conjugaux, psychologues , voire médecins. Saint Paul était à cet égard bien en avance : son précepte : "ne vous refusez pas l'un à l'autre, sauf d'un commun accord" et "uniquement pour vaquer à la prière " (1 Co 7, 4-5),  dont  l'application  littérale sauverait aujourd'hui  tant de couples est catégorique. Il est rappelé incidemment  (§ 61),  mais sans insistance.

 

Crise du mariage ou crise du sacrement ?

 

Reste la  question de l'accès aux sacrements de ceux qui ne vivent pas dans un état régulier , comme les divorcés remariés civilement - et aussi les concubins.  Elle est évoquée par la pape dans les mêmes termes ou à peu près que ceux du Synode.

Contrairement à ce que colportent certains   traditionnalistes , il n'est   dit   nulle part que la discipline traditionnelle de l'Eglise est remise en cause, que  le mariage ne serait  pas indissoluble ou que les divorcés auraient    accès  à la communion.

En un sens,  la discipline est renforcée , par exemple par la mise en garde contre   " des messages erronés comme l'idée  qu'un prêtre peut concéder aisément des exceptions", ce  dont, au moins en France,   certains et  des  plus traditionnels,  ne se privent pas.

Si en matière pratique, certains comportements comme la cohabitation stable peuvent s'inscrire dans  la gradualité (§ 293-295),  il est  rappelé par ailleurs que "dans la loi même il n'y a pas de gradualité". "Il doit être clair que (le remariage  hors  veuvage ) n' est pas l'idéal que l'Evangile propose pour le mariage et la famille" (§299).

Pour le reste,  il est dit  et répété qu'il faut "tenir compte de la  complexité des situations  "(§ 79)  et aussi que "l'imputabilité et la responsabilité d'une action peuvent être diminués" (§ 302) . Il   est rappelé avec insistance que    les divorcés ne sont pas excommuniés , ce que les initiés ont toujours su mais pas forcement le grand public. Dès lors "leur participation ( à la vie de l'Eglise) peut s'exprimer dans différents services ecclésiaux : il convient donc de discerner quelles sont parmi les différentes formes d'exclusion anciennes  pratiquées dans les domaines liturgique , pastoral,  éducatif et institutionnel, celles qui peuvent  être dépassées". Soit dit en passant on se demandera   où ces exclusions sont encore pratiquées. Une interprétation  rigoureuse de cette levée d'exclusions distinguera l'exclusion liturgique ( par exemple assurer les lectures de  la messe ) de l'exclusion sacramentelle  proprement dite qui demeure.   Mais faute de clarté , une interprétation plus flexible semble  ouverte, d'autant  qu'il est  rappelé plus loin  que "l'Eglise a une solide réflexion sur les circonstances atténuantes  . Par conséquent, il n'est  plus possible de dire que tous   ceux qui se trouvent dans  une certaine situation "irrégulière" vivent dans une situation de péché mortel"  (§ 301) .

Tenir compte de la diversité des situations. Mais ne  l'a-t-on pas toujours fait ?  Saint Thomas d'Aquin qui n'est pas précisément un moderne est invoqué à l'appui de cet assouplissement : pourquoi dit-on alors  "il n'est plus possible de dire" ?   Depuis combien de siècles existe la casuistique ? C'est un des aspects les plus irritants des discours à prétention progressiste  que  de caricaturer le passé  en n'en retenant  que les comportements les plus obtus, comme si la bêtise   n'était pas de tous les temps, y compris du notre.   

Dans le même veine sont opposés "morale bureaucratique froide  et discernement  pastoral empreint d'amour miséricordieux"  (§ 312 ). Le "discernement  pastoral" ( casuistique) qui évalue avec exactitude   la portée des manquements  ne relève pas de la même logique que la miséricorde  qui pardonne les mêmes manquements. Quant à opposer la loi et la miséricorde, comme   le fait abondamment  la presse ( ce qu'évite François !)  , la seconde passant pour plus "avancée" , voilà qui relève de la  plus parfaite débilité intellectuelle.  S'agissant de la miséricorde , voilà  au moins trois mille ans ( depuis  la rédaction des Psaumes, au moins  ) que le peuple de Dieu ( peuple d'Israël puis Eglise)  reconnait  corrélativement et inséparablement  la rigueur de la loi   et  l'infinie miséricorde de Dieu. Le Nouveau testament n'y a rien changé: il a tout au plus renforcé la rigueur de la loi ( interdisant tout divorce par exemple ) et est allé encore plus loin dans  la miséricorde. Mais croire que la miséricorde serait en soi  plus évangélique relève plus de la gnose de Marcion que de l'héritage biblique.

De fait , le pape François n'a pas aggravé , ni levé  les équivoques de la Relation finale du Synode. A t-il cependant , au travers des ambigüités que nous avons évoquées, voulu ménager l'aile  dite "progressiste"  de l'Eglise ( et la plupart des médias ) qui,  comme des  oisillons attendent la provende, espèrent toujours des "avancées " (toujours les mêmes  au demeurant) ?   On peut se demander si ces   ménagements sont  bien nécessaires .  D'abord parce que  le progressisme est   un fait circonscrit aux pays  riches , Europe occidentale et   Amérique du Nord : il apparait, de fait,  la plupart du temps comme le sas entre l'adhésion à la foi  et son abandon.  C'est la raison pour laquelle il ne se développe  pas : à chaque génération, hélas pour eux, beaucoup de  progressistes se perdent  dans la nature. Le progressisme est presque toujours issu du christianisme sociologique; il n'intéresse guère les convertis. D'ailleurs  combien de  vocations  en émanent  ( ce qui n'empêche pas que certains clercs issus de familles traditionnelles s'y rallient) ? Le courant progressiste est  particulièrement  influent en Allemagne où, les dispositions institutionnelles aidant , les Eglises sont encore   riches. Mais quel discours sur la famille peut tenir un pays où, tous milieux confondus hors immigrés,  la population ne se renouvelle que d'une moitié à chaque génération  ?  

 

Ni holisme ni encratisme

 

La   réflexion sur le mariage et la famille qui était l'objet de ce synode a , il faut bien le dire,  pâti de la polarisation sur la question, en définitive secondaire, des divorcés remariés , mise en exergue par la grande  presse mais aussi par certains  participants.

Il y avait matière à rénover la théologie du mariage non point par des innovations excentriques mais en revenant simplement à son fondement scripturaire :

 

L'homme quitte son père et sa mère  et  s'attache à sa femme,

Et ils deviennent une seule chair  (Gn 2, 24).

 

Une parole qui prend à contrepied les deux dérives par lesquelles un  certain catholicisme hérité du XIXe siècle , à la fois contre-révolutionnaire et janséniste a faussé la théologie du mariage :  le holisme (ou organicisme)  et l'encratisme.

Le holisme est né en réaction à la Révolution française , supposée  avoir exalté l'individu. Face à elle, il fallait retrouver  des communautés organiques  où l'individu   pris dans des réseaux de solidarité de la naissance à la tombe ne serait plus libre  : la famille    en fut considérée comme  le prototype,  d'autant plus intéressant qu'elle est un fait de nature.   Mais c'est une famille élargie qui  a fait oublier la dimension de rupture  qui , dans la Genèse, se trouve à l'origine du couple.

Le jansénisme est né au XVIIe siècle mais a connu un renouveau fâcheux au XIXe ; il colporte  un  refus sournois de la chair et de la sexualité  de type encratique dont les gnostiques avaient au IIe siècle introduit le  venin dans l'Eglise. La Bible dit au contraire que les époux ne feront qu'"une seule chair".

Sur ces deux chapitre fondamentaux, le Synode n'a fait aucun effort de dépoussiérage. Le Saint Père  en a senti la nécessité  mais sans aller jusqu'à  bousculer la logique de la Relatio  finalis.

Or ce sont ces conceptions   étriquées de la  famille que  rejettent beaucoup de jeunes. 

 

La question de la foi

 

Mais ils sont aussi victimes  , comme le rappelle excellemment François-Xavier Bellamy[2],  d'un  déficit de foi, justifié au demeurant,  dans les aptitudes naturelles d'un homme et d'une femme à instaurer une relation pérenne  et par là une méconnaissance de la puissance du sacrement à venir au secours de cette impuissance . On peut se demander si les principales questions sur lesquelles a buté  le Synode : fragilité du lien matrimonial,  cohabitation sans cérémonie, accès à l'eucharistie de  divorcés,   ne sont pas  à mettre  au chapitre d'  une crise du sens du sacrement  bien plus  qu'à celui d' une crise de la famille.  C'est peut-être l'effet d'un sacrement trop souvent présenté comme un "signe" ( de l'amour des conjoints, de leur appartenance à une communauté)  sans caractère opératoire. Or c'est  le rappel de ce    caractère opératoire qui seul permet de répondre à l'objection de nombreux  jeunes  : " à quoi sert-il de se  donner un signe, puisque nous nous aimons déjà ?" et encore davantage à cette autre : "est-il vraiment possible, à échelle humaine, qu'un couple tienne toute une vie sans rompre ou  sombrer  dans une déprimante  routine"  ?

Nos contemporains   ne rejettent pas en tant que tel  l'idéal  d'un seul conjoint choisi une  fois pour toutes  et pour la  vie.  Mais ils tiennent généralement cet idéal  pour inatteignable , ce qui les conduit à considérer que l'Eglise devrait composer avec le péché comme  Moïse avait été obligé, selon les paroles mêmes du Christ,  d'adapter la  Loi "à cause du péché" (Dt 24, 1sq). Ce problème qui est une problème de foi au sens le plus large du terme,  est sans  doute le principal qui  se pose aujourd'hui dans le domaine de la famille . D'où l'importance de montrer comment le sacrement  ( dûment prolongé par la prière évidemment ) est bien plus qu'un signe : il est l'aliment surnaturel immensément efficace qui seul permet   de réaliser ce qui  à vue humaine semble  impossible.

 

"Mon rocher, mon rempart"

Le souci de ménager au-delà du nécessaire,  ceux qui , ne voyant que le petit bout de la lorgnette  ne songeaient qu' à assouplir la discipline eucharistique,   n'a pas seulement appauvri la réflexion;  il a aussi entrainé un climat d'incertitude qui se traduit chez beaucoup de  fidèles par  un grave désarroi. Qui peut prétendre que     la sérénité des familles chrétiennes aura fait des progrès avec  le  denier Synode ? 

Il nous semble que, dans le  monde actuel , les points de repère forts sont plus nécessaires que jamais. C'est particulièrement  vrai de l'Europe occidentale où les esprits sont plus troublés aujourd'hui qu'ils ne l'ont sans doute jamais été dans l'histoire . Ce trouble est    l'effet non  du hasard mais d'une stratégie transnationale inspirée  par les idéologies mondialistes visant délibérément à   faire perdre tout  ancrage aux hommes  pour les rendre plus malléables aux logiques du marché.   Quels repères ne sont pas ébranlés ? Les Etats  et le  cadre national sont remis en cause  par le processus européen ,  en France, la commune, le canton,  le département, la région sont bouleversés et disqualifiés, les corps constitués sont presque tous  remis en cause, de même  le droit du travail qui assurait une certaine stabilité de l'emploi, mais aussi l'héritage historique ( qui oscille  entre la culpabilisation et l'amnésie), la chronologie, la grammaire et l'orthographe , mais aussi la famille,   la distinction des sexes (genres)  et pratiquement tous les repères anthropologiques. Le trouble  est encore plus grave pour les catholiques qui voient leurs rangs se clairsemer  et à qui les perspectives démographiques  et une immigration  encouragée par les idéologies  mondialistes  font  penser qu'ils ne seront bientôt qu'une   minorité en situation de  dhimmitude.

Dans un tel climat, la fonction pétrinienne au sens propre: celle de constituer  le pierre , le môle de stabilité  clair , dur  et fort qui demeure dans  un monde où tous les repères sont ébranlés, est non seulement le signe de la continuité de l'Eglise mais,  aujourd'hui,    l'œuvre de miséricorde  la plus nécessaire  qui soit  pour  tous ceux qui ont quelque autorité, pas seulement le successeur de Pierre.  

 

                                                           Roland HUREAUX

 
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19 septembre 2016 1 19 /09 /septembre /2016 20:33

http://www.causeur.fr/elevage-lait-lactalis-europe-39972.html

Périco Légasse a raison de dire qu'à côté de la tragédie que traversent les éleveurs bovins, hier à viande, aujourd'hui laitiers, la querelle du burkini ou la démission de Macron paraissent des sujets bien frivoles.

Des prairies et dans les prairies, des vaches; au milieu une ferme avec un fermier et un chien; c'était là une part essentielle de ce qu'était la France ( rien de comparable à tous les pays où on ne voit pas d'animaux dehors, l'élevage s'y faisant hors sol).

C’est cela qui disparaît et parfois tragiquement : des centaines d'agriculteurs surendettés et désespérés sont conduits au suicide chaque année dans l'indifférence générale.

Il y a quelques jours, je passais à Saint-Benoît-du-Sault, un de plus jolis villages de France dans une région, le Sud-Berry parmi les plus déshéritées. A la sortie du village, une ferme à l'abandon : l'herbe avait poussé sur le machines agricoles laissées dans les hangars sans que personne en ait trouvé l'utilité . Spectacle désolant, tout un symbole.

Lactalis et les producteurs ont passé un accord sur la base de 0,29 € le litre. C'est mieux que les 0,254 € qui étaient versés il y a un mois, mais c'est le même prix , 1,9 francs, qui était payé au producteurs il y a trente ans. Aucune hausse de productivité significative ne justifie cette stagnation du prix nominal versé au producteur qui revient à une baisse du prix réel. On incite les éleveurs à se rationaliser, à s'agrandir et ils le font , mais cela suppose des investissements et se traduit par toujours plus de travail ( pour des gens qui sont déjà sont bien au-delà des 35 heures), pas forcement une plus grande productivité des facteurs. Entre temps , les charges n'ont cessé d'augmenter, les normes de se compliquer.

Pour ceux qui ont investi comme on leur a dit, 0,29 € c'est 1 euro de moins que le prix de revient. Seuls résistent ceux qui n'ont pas fait d'investissements ou les ont déjà amortis , pas forcément les plus modernes.

Les effets de la mondialisation

Il y un an, le lait de vache se vendait à 0,36 € le litre . Que s'est-il donc passé ensuite ? La fin des quotas laitiers qui avait été programmée dans les accords du GATT de 1995 , au nom du libéralisme, a libéré un peu partout la production. En ont particulièrement profité en Europe les producteurs allemands ou hollandais dont les coûts de revient ( salaires, impôts, engrais, aliments ) sont moindres et où le régime communiste avait laissé en Prusse l' héritage d' immenses exploitations, proches de pays où la main d'œuvre ne coûte guère.

Si les fruits et légumes ou le vin courant ont à craindre de la fin de l'euro, qui tirerait les prix de nos concurrents méditerranéens vers le bas, si les exploitations céréalières du Bassin parisien ultra-compétitives n'ont rien à redouter hors les intempéries ( dont elles souffrent ces jours ci) , les éleveurs de viande ou de lait sont les premières victimes d'une monnaie surévalue par rapport à nos concurrents de l'Europe du Nord. L'élevage illustre une fois de plus combien la conjugaison d'une monnaie trop forte et de frontières ouvertes est destructrice, ce que nos "élites", ignares en économie, ne veulent pas voir.

La balance agricole , et singulièrement animale, franco-allemande n'a cessé de s'améliorer au bénéfice des Allemands depuis la mise en place de l'euro ; autrefois, quand la situation était inverse, les Français avaient fait preuve de solidarité au travers des montants compensatoires. Rien de tel aujourd'hui où la solidarité devrait jouer en sens inverse.

Derrière les accords du GATT, il y avait l'objectif de la mondialisation du marché du lait , largement atteint aujourd'hui. Le prix mondial se fixe en Nouvelle-Zélande: même si nos berlingots frais sont fabriqués en Europe, le lait en poudre , lui, traverse les mers : la baisse de consommation de la Chine a tiré les prix mondiaux vers le bas.

L'arme qui permettrait aux producteurs de retrouver une certaine marge de manœuvre face aux grands groupes est le mouvement coopératif. Il dispose en France d'avantages fiscaux qui lui donnent les moyens de verser de gros salaires à ses dirigeants, lesquels, taille oblige, y ont seuls le vrai pouvoir . Dans le cadre de la réforme de l'Etat , le service spécialisé du ministère de l'agriculture s'est assigné pour objectif chiffré le nombre de fusions de coopératives qu'il pourra susciter. Big is beautiful.

Sans doute les prix, après avoir assez baissé, finiront ils bien par remonter et certains éleveurs résisteront ils à la crise . Mais chaque fois ils seront moins nombreux. Ce n'est pas seulement un pan entier de notre civilisation qui s'en va , c'est aussi un atout essentiel de la France , si bien pourvue en terroirs divers, favorables à un vaste éventail de productions. La déprise de ces terroirs est à prévoir quand les producteurs auront été les uns après les autres découragés. Les consommateurs perdent en qualité ce qu'ils semblent gagner sur les prix ( très peu en réalité, car la matière première n'est qu'une petite partie du prix de vente) . A qui donc , en matière agricole, a profité la mondialisation, sinon aux multinationales ?

Roland HUREAUX

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19 septembre 2016 1 19 /09 /septembre /2016 20:25

http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2016/09/15/31001-20160915ARTFIG00158-remise-en-cause-du-mariage-pour-tous-le-test-de-la-credibilite-pour-la-droite.php

C'est une chose entendue : si la droite revient au pouvoir l'an prochain, elle ne remettra pas en cause la loi Taubira.

Ni Juppé, ni Sarkozy, ni Copé, ni Le Maire, ni Nathalie Kosciusko-Morizet n'en ont l’intention : les deux derniers s'étaient au demeurant abstenus au moment du vote de la loi. Fillon, seul des ténors, envisage une "réécriture", ce qui lui a valu le soutien de Sens commun. Hervé Mariton et Jean-Frédéric Poisson, candidat à la primaire de droite du parti démocrate-chrétien, associé aux Républicains, se sont , eux, clairement engagés à l'abroger.

Le Front National aussi, en principe, mais Florian Philippot, bras droit de Marine le Pen, estime que l’abrogation du « mariage pour tous » est "aussi importante que la culture du bonsaï". La question est très débattue au sein de ce mouvement.

Sans doute les uns et les autres se sont-ils vu expliquer par leurs conseillers en communication que l'abrogation aurait un effet désastreux auprès des médias, farouchement attachés au "mariage" homosexuel. Alors même que les 2/3 des électeurs de droite souhaitent qu'on revienne sur la loi[1], cela aurait aussi pour effet, dit-on, de ringardiser l'image du candidat, de le faire passer pour un réactionnaire.

C'est un fait que, la propagande LGBT aidant, l'hostilité à la loi Taubira, loi pourtant rejetée par plus de la moitié des Français[2], est devenue à droite plus compromettante encore que le refus de l'immigration ou celui de l'euro.

Un message subliminal : "je me dégonfle"

Elle n'est pourtant pas seulement un marqueur d'extrémisme.

On ne saurait oublier en effet que cette loi a provoqué la plus grande mobilisation du quinquennat et même de l'histoire de France (exception faite de celle, plus éphémère, qui a suivi l'attentat contre Charlie[3]); celle de la CGT contre la loi Travail n'est rien en comparaison.

Renoncer à y toucher est pour les candidats de droite au moins aussi risqué que s'y engager.

Car il faut bien le dire : pour une partie de l'opinion, le refus de remettre en cause la loi Taubira , compte tenu de tout ce qui a été dit par l'opposition au moment de son vote, porte avec lui un message subliminal : "je me dégonfle".

Et ce message ne concerne pas que cette loi : il est probable que la réaction de beaucoup d'électeurs qui n'y attachent pas forcément une grande importance, sera de dire que si la droite dite "républicaine" se dégonfle sur ce sujet, elle risque bien de se dégonfler sur tous les autres et qu'en définitive, si la droite revient au pouvoir, il ne se passera rien. Car sur bien d'autres sujets, en matière économique et sociale, en matière d'école, de justice, d'immigration, la droite, si elle veut aller tant soit peu à la rencontre des attentes populaires, devra aussi se faire politiquement incorrecte. Comment croire qu'elle en aura l'audace si elle a déjà capitulé sur le mariage homosexuel? Qui prendra au sérieux des expressions comme la "droite forte" ou la "droite décomplexée" dont on se gargarise dans l'opposition ?

L'autre inconvénient de cette position est de polariser le programme de la droite sur des sujets comme l'ISF, les 35 heures, l'âge de la retraite ou le code du travail sur lesquels elle apparaîtra , en accomplissant des réformes libérales, également réactionnaire, mais en un autre sens : le parti des gros contre les petits. La gauche d'aujourd'hui l'est aussi, certes, mais avec plus de subtilité. La brutalité des mesures économiques et sociales projetées par la droite aidant, la gauche reviendra très vite en grâce. Il n'est pas sûr que l'opposition ait intérêt à abandonner le champ sociétal pour présenter un programme de remise en cause des acquis sociaux à l'état nu et rien que cela.

Enfin, le refus de la remise en cause est, qu'on le veuille ou non, une caution apportée à la gauche, dont on reconnaît a posteriori la lucidité et le progressisme. Si une telle réforme était irréversible, c'est la preuve que la gauche seule était dans le sens de l'histoire. La résistance de la droite n'était que vaines criailleries, baroud d'honneur inutile. Mais comment dès lors expliquer que la gauche n'avait par contre pas raison sur les autres sujets ? Expliquer par exemple que la réforme du collège, malgré la levée de boucliers qu'elle a suscitée, n'était pas, au fond, une réforme progressiste ?

Des théories faussement scientifiques

Le pédagogisme et la loi Taubira, tous deux tenus pour "progressistes", ont en commun d'être fondés sur des théories faussement scientifiques: la méthode globale et la théorie du genre. Ceux qui , jusqu'ici , ont remis en cause la méthode globale (Alain Finkielkraut par exemple) se sont vu attaqués en première page du Monde comme "réactionnaires" . C'est le prix à payer pour tout retour aux voies du bon sens dans un terrain miné par l'idéologie. Si la droite a peur d'affronter ce risque, quel que soit le sujet, les Français penseront très vite qu'elle ne sert rien.

L'échec retentissant aux élections locales des candidats LR qui avaient été les plus favorables à la loi Taubira : Fabienne Keller à Strasbourg, Nathalie Kosciusko-Morizet à Paris , Dominique Reynié en Midi-Pyrénées devrait pourtant servir de leçon. Il n'est pas sûr que, sur la question de l'effet électoral, sinon direct, du moins indirect, du refus de remettre en cause la loi Taubira, les candidats de la droite classique doivent trop écouter leurs conseillers en communication.

Roland HUREAUX

[1] Opinion Way, 06/06 2016

[2] Ifop, 15/9/2015

[3] Toutefois aucun décompte officiel de la manifestation "Charlie" n'ayant été fait, il est difficile de comparer avec "La Manif pour tous".

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13 août 2016 6 13 /08 /août /2016 09:38

http://www.causeur.fr/brexit-nigel-farage-grece-espagne-39547.html

Dieu sait combien on a entendu dans les milieux de la bienpensance européenne que David Cameron avait été irresponsable d'organiser un référendum sur le Brexit. "Quelle idée de consulter le peuple sur une affaire aussi grave ! Nous n'en serions pas arrivés là s'il ne l'avait pas eue".

Cameron a certes défendu le Remain mais le Brexit l'a emporté . Or pas de référendum, pas de Brexit.

C'est oublier dans quel contexte a été prise la décision de consulter le peuple britannique sur le maintien dans l'Union européenne. David Cameron n'avait pas le choix. S'il n'avait pas promis un référendum lors des dernières élections, l' UKIP de Nigel Farage, parti nationaliste, risquait de prendre peu à peu l'ascendant sur le parti conservateur. Et dans le système électoral britannique, uninominal à un tour, il ne faut qu' un léger effet de balancier pour que tous les sièges soient perdus pour le parti qui se laisse dépasser, menacé alors de sombrer. En raison de ce système, l' UKIP , presque partout devancé par le parti conservateur ne pouvait avoir de députés qu'au Parlement européen, élu, lui, à la proportionnelle . Farage n'avait réussi à arracher pour lui-même aucune circonscription. Ils les aurait toutes eues si la promesse du référendum n'avait relâché la pression qui s'exerçait en faveur de son mouvement.

C'est ainsi qu'a été sauvé le parti conservateur dit tory, le plus vieux parti du monde, puisqu'il existe depuis le XVIIIe siècle.

C'est aussi ainsi qu'a été sauvé le bipartisme à la britannique. Ce système n'a connu en trois siècles qu'une mutation : dans l'entre-deux guerre, alors que les tories se maintenaient , les travaillistes ont supplanté les libéraux, qui ne sont plus aujourd'hui qu'une survivance.

Après la victoire du Brexit, on a pu voir comment le parti conservateur a refait rapidement son unité derrière le nouveau premier ministre Teresa May.

La force du parti conservateur a été de laisse subsister en son sein ( et même au sein du gouvernement) des européistes et des eurosceptiques, et cela malgré le climat de quasi-guerre civile qui a régné entre les deux camps, comme toujours sur les enjeux européens, pendant le référendum.

L'Europe fait éclater le paysage politique

S'il n'y avait pas eu de référendum, nul doute que serait arrivé au Royaume-Uni ce qui est déjà arrivé en Italie, en Espagne, en Autriche, en Grèce : l'éclatement du bipartisme traditionnel au bénéfice de nouveaux partis. En Italie, la démocratie chrétienne et le parti communiste ont pratiquement disparu. En Espagne, le PSOE et l'Alliance populaire sont très affaiblis. L'Autriche avait vu depuis la guerre une alternance régulière des sociaux-démocrates et des chrétiens-sociaux. On a pu voir comment ces deux partis se sont effondrés aux dernières élections présidentielles pour ne laisser face à face au second tour qu' un candidat nationaliste et un candidat écologiste.

On disait que l'Europe de Bruxelles faisait éclater toutes les structures préexistantes: les Etats au bénéfice de régions, la démocratie au bénéfice de la technocratie ; il se peut qu'elle soit à présent en train de faire éclater , les uns après les autres, les systèmes politiques des différents pays membres , ce à quoi la Grande- Bretagne a voulu échapper.

Et c'est ce à quoi la France n'échappera pas tôt ou tard, dès lors que le processus européen poursuit sa course et que les partis qui ont dominé jusqu'ici la scène politique française, l'UMP et le PS, à la différence du parti conservateur britannique ( et dans une certaine mesure du parti travailliste) ne tolèrent pas en leur sein de divergences au sujet de l'euro et de l'Europe.

C'est bien en effet ce qui se passe en France. Mélenchon , eurocritique , se trouve depuis longtemps relégué à l'extrême gauche. Chez les Républicains , un Jacques Myard , eurocritique aussi, a été éliminé des instances dirigeantes lors de leur dernier renouvellement. Sur les six candidats principaux à la primaire des Républicains, Sarkozy, Juppé, Fillon, Le Maire, Mariton, Kosciusko-Morizet, aucun ne remet véritablement en cause le cadre européen. Myard et Poisson qui le remettent en cause , ne jouent pas le premiers rôles. Alors même que les militants , eux , sont très partagés entre les deux options, sur une base d'environ moitié-moitié.

En ne tolérant pas les minorisé eurocritiques en leur sein, les partis dominants ont cru renforcer l'Europe de Bruxelles. En réalité , il l'ont affaiblie. Le résultat de leur attitude est que la critique de la construction européenne, très populaire, faute d'exutoire dans les partis classiques, s'est cristallisée dans les partis hors-système, Front national en tête, ce qui pourrait bien faire éclater le système.

Ce que le Royaume-Uni a évité par le référendum sur l'Union européenne, c'est aujourd'hui ce qui pend au nez de la France mais aussi sans doute de l'Allemagne et d'autres. Pour ces pays, les échéances de 2017 pourraient bien signifier un profond renouvellement du panorama politique, tel qu'il existe depuis un demi-siècle.

Roland HUREAUX

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13 août 2016 6 13 /08 /août /2016 09:35

Chaque fois, c'est la même chose : après les référendums français et hollandais de 2005, la qualification de Le Pen au second tour de la présidentielle en 2002, les élections autrichiennes anciennes et récentes , au vu des abstenions massives et des résultats de partis extrémistes aux européennes, on dit : "ça ne peut pas continuer", il faut modifier en profondeur le mode de fonctionnement de l'Union européenne pour la "rapprocher de peuples". Il faut que l'Europe soit moins technocratique, plus "à l'écoute", plus ouverte. Il faut , dit-on même , "construire" une autre Europe , plus démocratique , plus transparente, qui adopte un nouveau mode de gouvernance et un nouveau modèle de développement.

Encore heureux si nous échappons à ceux qui prônent , pour surmonter les crises, "plus de pédagogie", qui veulent mieux expliquer l'Europe à des peuples qui s'obstinent à ne pas la comprendre, comme les gardes rouges allaient au peuple pour lui expliquer la pensée de Mao. Et si les peuples n'avaient que trop bien compris ? De toute les façons, le projet européen est simple à comprendre: s'ils n'en veulent pas, ils ont peut-être leurs raisons.

Pires encore, ceux qui, veulent résoudre la crise de l' Europe par "plus d'Europe", fuite en avant bien connue qu'ont pratiquée tous les régimes idéologiques . Le centralisme ne marche pas: on centralise encore plus. N'est-ce pas ce qu'on nous prépare après le Brexit avec les projets de fore de sécurité ou de ministre des finances européens ?

Un projet intrinsèquement irréformable

Disons-le tout net : il n'y a rien à espérer des intentions de réforme de l'Union ; et cela pour une raison simple : il est intrinsèque à un projet comme le projet européen et d'être irréformable et de s'aliéner les peuples.

Intrinsèque parce qu'il n'est pas un projet pragmatique de "bonne gouvernance" ou de coopération entre les peuples, il est une utopie à laquelle ses promoteurs veulent donner corps, une idée abstraite qui précède les réalités. Et comme toute idéologie, même au départ régionale, est secrètement universaliste, elle est un projet de refondation du monde. Or personne n'a jamais eu envie d'être un cobaye .

Utopie ou idéologie : le projet européen part de trois absolus .

D'abord la suppression des Etats : on le sait bien à Bruxelles ou , à côté du renforcement des institutions communautaires , s' effectue un inlassable travail de sape pour affaiblir les Etats et discrédite les dirigeants politiques du continent, réduits à l'état de zombies dans une mécanique qui leur échappe. Pour aboutir à quoi ? Un super-Etat continental - "un Empire non impérial" disait Barroso, dont nous savons, depuis son recrutement par Goldman Sachs, "d'où il parlait" ? Ou même , à terme, un Super Etat mondial , non moins redoutable ? C'était le projet inavoué de Jean Monnet. Quand on sort de la langue de bois, cela s'appelle une hyper centralisation continentale ou planétaire.

Est-il nécessaire de le rappeler ? Cet objectif se fonde sur l'idée qu'à l'origine des guerres et de toutes les horreurs du passé se trouvent les Etats-nations et qu'il faut donc les supprimer , idée aussi simpliste que de dire qu'à l'origine de tous les maux du monde se trouve la propriété privée et qu'il fallait elle aussi la supprimer.

Ensuite un marché parfait : l'économie de marché n'est pas en soi mauvaise mais, érigée en système, elle tend à s'étendre sans limites territoriales. Là aussi le projet européen s' articule sur un projet mondial de libre circulation des marchandises , des services et des capitaux que ses promoteurs font prévaloir sur le maintien des capacités productives européennes ( affaire Péchiney ) . Si le marché fait partie de l'ordre naturel, le marché pur et parfait est une utopie qui n'existe que dans les livres d'économie. En son nom, l'Acte unique de 1987 a arasé systématiquement , par une impitoyable "mise aux normes", toutes les particularités culturelles propres aux pays européens. Cette Europe conduit naturellement à la signature du TAFTA dans lequel cette logique, étendue à tout le monde occidental, irait jusqu'à abroger le pouvoir de régulation des Etats. Toute idéologie, même régionale au départ, est universaliste.

La monnaie unique est une déclinaison de ce projet . Certains voient l'euro fusionné un jour avec le dollar. Monnaie parfaite, elle doit donc être non seulement unique mais forte, au mépris des propensions différentes des peuples à l'inflation et au dépens des intérêts les plus évidents de la pluparts de Etats d'Europe, Allemagne exceptée.

Enfin la libre-circulation des personnes sur le territoire européen réalisée dans l'espace Schengen ( qui n'est d'ailleurs pas une nouveauté: elle existait avant 1914 ) est inséparable pour ses promoteurs d' une libre circulation des hommes à travers le monde, d'un objectif de "No Border" tel que le promeut la Fondation Soros. Il n'y a pas à espérer que l'Union européenne soit "enfin " efficace pour contrôler ses frontières extérieures. Son idéologie l'exclut.

Sur tous ces sujets , la commission de Bruxelles n'est pas un secrétariat neutre, mais un collège de grands prêtres qui prend chaque fois parti dans le sens de l'utopie : elle a ainsi fortement appuyé Angela Merkel dans sa large politique d'accueil.

C'est pourquoi n'ont jamais marché que les projets qui échappent à cette mécanique: Airbus, Ariane, l'OCCAR que l'on présente à tort comme des succès de la construction européenne.

Confrontée avec la révolte de peuples, la machine européenne pourra promettre des aménagements. Mais ils ne seront que de façade. Les tenants de l'utopie sont comme les membres d'une secte qui , quand il le faut, affichent à l'extérieur un discours humaniste sur le thème de la paix, de la coopération, de la démocratie mais qui ne dévoilent qu'aux initiés leurs objectifs ultimes, radicalement différents. Leurs concessions sont provisoires. Un peu comme les Frères musulmans , sous une apparence humanitaire, cachent aux foules arabes leurs vrais objectifs : l'application intégrale de la charia et la conquête du monde . "Deux pas en avant, un pas en arrière" disait Lénine.

Rompre avec l'utopie

Pour se réformer sérieusement, l'Union européenne doit tout simplement cesser d'être un projet idéologique , elle doit renoncer à ces trois objectifs fondamentaux non pour en prendre le contrepied mais pour ne pas en faire un absolu . Elle doit cesser d'être un projet de monde parfait.

Si une nouvelle forme de coopération européenne devait s'établir, il faudrait qu'elle rompe radicalement avec ces utopies. Il ne faut même pas parler de "construire" ou "reconstruire" quoi que ce soit, car ce terme est déjà idéologique, comme l'avait vu Hayek. Le réel, rien que le réel.

Mais ce serait là une révolution mentale immense qui n'a d'équivalent que l'abandon de la perspective du communisme (l'"avenir radieux") en Union soviétique. C'est la renonciation à toute une eschatologie séculière. Car, dans une Europe déchristianisée , le projet européen a fonctionné comme une nouvelle religion , ce qui explique l'intolérance extrême de ses tenants à l'égard de ceux qui le remettent en cause - aujourd'hui les Anglais qui ont voté le Brexit, d'autres demain - , leur amertume, leur propension à la dénégation sous la forme per exemple de prévisions apocalyptiques absurdes pour le Royaume-Uni. Il faut que les Européens voient que le ciel de l'utopie politique est vide, que la politique ne consiste pas à réaliser un "grand œuvre" dont les êtres de chair et de sang seraient les briques, mais à gérer au jour le jour des intérêts ordinaires , de manière pragmatique et si possible efficace.

Non il n'y aura pas de réforme de l'Europe de Bruxelles . Sa seule perspective est la "chute finale" . Toutes le chutes font mal. Le grand problème politique d'aujourd'hui est que celle là fasse le moins mal possible.

Roland HUREAUX

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13 août 2016 6 13 /08 /août /2016 09:33

Paru dans la Revue Résurrection

Le rapport de la loi morale à la miséricorde tel qu'il apparaît dans l'Ancien testament, se prolonge dans le Nouveau et se continue tout au long de l'histoire de l'Église. Il pourrait apparaître comme un de ces invariants qui, comme la miséricorde elle-même, s'étend de génération en génération (a progenie in progenies) sans qu'il faille en attendre qu'il se modifie avec le temps.

Ce rapport, nous le connaissons : Dieu nous a donné sa loi, à la fois par la conscience (loi naturelle) et par la Révélation (loi de Moïse). Cette loi n'est pas arbitraire, elle vise notre bien terrestre d'abord, céleste ensuite. Elle est comme un "mode d'emploi" de notre nature. Mais elle s'inscrit aussi dans une relation de personne à personne où toute transgression, non seulement nous porte tort à nous mêmes, mais est une injure au Tout-Puissant, le signe d'un manque de foi dans sa parole et une désobéissance à son commandement. La miséricorde, ce peut être beaucoup de choses comme la pitié pour un pauvre qui a faim ou un homme qui est méprisé, mais c'est aussi la compassion de Dieu vis à vis du pécheur qui se repent de sa transgression. Elle ne répare pas par elle-même le mal que nous nous sommes fait : par exemple, les effets d'une addiction alcoolique, mais elle rétablit, et généralement au-delà, la relation à Dieu.

Le peuple juif, la plupart des chrétiens pendant les premiers siècles du christianisme et même aujourd'hui sur la plus grande partie de la surface de la terre ont vécu leur rapport à la loi morale selon cette dialectique. Ils savaient, ils savent que la miséricorde du Seigneur est un puits sans fond où ils peuvent chercher à tout moment le retour en grâce. Que la vie en société, même chrétienne, soit un gouffre de péché, nul n'en disconvenait, se résignant quelque part à ce que la nature humaine blessée par le péché originel ne conduise pas à autre chose qu'à cette imperfection congénitale des individus et donc des sociétés. Cela était particulièrement vrai dans ces branches de la chrétienté où on croyait à l'apocatastase (salut universel), soit certains milieux orthodoxes. Que l'enfer n'existe pas - ou soit vide - permettait d'espérer en tout temps la miséricorde divine sans trop s'inquiéter des transgressions. Les sociétés en cause seront plus sensibles à l'immensité océanique de la miséricorde divine - d'autant mieux démontrée que les péchés sont graves - qu'à la nécessité de ne pas pécher.

La Révolution tridentine

Il s'est toutefois passé quelque chose en Europe occidentale au XVIe siècle qui a sensiblement déplacé les rapports entre la loi et la miséricorde. Certes la dialectique que nous venons d'indiquer n'a pas été remise en cause dans son principe. Comment l'aurait-elle été puisqu'elle est intrinsèque au christianisme? Mais le curseur s'est déplacé du côté de la loi dans la culture et les mentalités.

Aussi bien la réforme protestante que la réforme catholique, dite tridentine, qui a suivi le Concile de Trente se sont traduites par le souci, plus affirmé que par le passé, de moraliser la société effectivement de telle manière que la loi de Dieu, en beaucoup de domaines, notamment la discipline ecclésiastique, la morale sexuelle, la pratique des sacrements, soit mieux respectée. Il y avait certes toujours eu des rappels à l'ordre au sujet de la loi morale, depuis les prophètes d’Israël jusqu'aux canons des conciles, les exhortations des évêques et des prédicateurs de toutes les époques, mais ils étaient peu suivis d'effet. Est-ce la réforme protestante qui a montré l’exemple, et la réforme catholique (dite contre-réforme) qui a suivi, ou bien les deux ont-elles commencé en même temps, également tributaires de l'esprit du temps , de ce que les Allemands appellent le Zeitgeist ? Est-ce l’Église (les Églises) qui a été plus insistante ou qui s'est mieux organisée pour se faire obéir (par la création des séminaires par exemple) ou bien est-ce la société qui a changé , en raison d'une modification de l'esprit du temps (du fait de l'invention de l'imprimerie et la diffusion de l'écrit par exemple) , l'esprit nouveau ayant rendu les peuples plus réceptifs aux injonctions ecclésiales ? Il est difficile de le dire.

Toujours est-il que le mouvement amorcé au XVIe siècle, et qui prend véritablement son essor au XVIIe siècle, n'a pas cessé jusqu'au milieu du XXe siècle. Il coïncide avec le tout début du décollage économique qui devait transformer les sociétés pour les conduire à la modernité.

L'administration royale, au moins dans des pays comme la France et l'Angleterre se fait plus exigeante, plus rigoureuse à peu près dans tous les domaines. Elle ne se résigne plus au désordre féodal ou ancestral, elle veut améliorer le monde . Louis XIII ouvre des hôpitaux, confiés à Saint Vincent de Paul. L’Angleterre fait au même moment des maisons pour enfermer les pauvres et les forcer à travailler. Louis XIV établit un registre de la noblesse de telle manière que ne puisse pas se dire noble n'importe qui. Il ouvre des manufactures, promeut le progrès technique. Il bâtit les Invalides pour que ses vieux soldats blessés soient pris en charge. Il ordonne qu'une école soit ouverte dans chaque paroisse pour instruire les enfants du peuple, instruction dont le but affiché est l'apprentissage du catéchisme !

Cette politique a des résultats étonnants : le taux d'alphabétisation , dérisoire jusque là, commence à s'élever de manière continue à partir de 1500 pour approcher les 100 % au début du XXe siècle. D'après les études de Pierre Goubert sur le Beauvaisis [1] le taux de naissances hors mariage est très bas (de l'ordre de 2 %) à la fin du XVIIe siècle et cela bien que les mariages soient tardifs et que l'avortement ne soit guère pratiqué. On le sait parce que depuis l'Ordonnance de Villers Cauterets (1539), les naissances, les mariages et les décès sont enregistrés, ce qu'ils n'étaient pas auparavant. A la fin du XVIIIe siècle, l'assistance à la messe , obligatoire sous peine d'amende[2], atteint en France, juste avant la Révolution, un maximum historique.

Même si certaines tendances du catholicisme (jansénisme) ou du protestantisme (puritanisme) semblent faire passer au second plan la miséricorde, elle ne cesse jamais d'être prêchée, mais le pécheur doit , pour être absous, confesser ses péchés et s'attacher par la pénitence à s'améliorer toujours un peu plus. Les ouailles sont suivies à la trace par un clergé nombreux. La société rurale s'organise autour d'une petite bourgeoisie locale qui s'efforce de montrer l'exemple: ceux qui s'écartent publiquement des normes morales sont relégués par elle aux lisières de la société.

Cette immense entreprise de moralisation devait aboutir à une société plus stricte, mieux réglée dans ses mœurs et par là désormais apte à la discipline industrielle. L'époque dite victorienne est à la fois celle d'une normalisation des mœurs qui a pris une tournure emblématique et celle du décollage industriel de l'Angleterre, alors première puissance économique du monde[3].

La deuxième moitié du XXe siècle voit pour la première fois cette configuration éclater. Comme si le ressort de la morale avait été trop tendu, les sociétés industrielles , à partir des années soixante, ont pris le contrepied du puritanisme pour connaitre une révolution libertaire sans précédent . Ce n'était pas le première fois que le ressort lâchait: la violente déchristianisation de la Révolution française avait déjà été une réaction à la pression qui n'avait cessé de s'alourdir sur le peuple chrétien depuis deux cent ans . Mais les mœurs solides de la population française n'avaient été perturbées qu'en surface et, cette expérience passée, l'ordre était revenu. Il n'en est pas de même aujourd'hui où l'ordre moral s'est trouvé profondément remis en cause et sans retour jusqu'ici.

Pourtant la discipline économique , elle, ne s'est pas relâchée, au contraire . Désormais discipline morale et discipline économique divergent. Le progrès technique permet de monter des usines de plus en plus puissantes et de plus en plus sophistiquées, de se lancer dans des entreprises sans précédent comme la conquête de l'espace. La réussite de ces entreprises nécessite la coordination sans aucune défaillance de milliers d'opérations et donc d'opérateurs . Sinon l’entreprise échoue et les dégâts sont généralement considérables. Pensons à l'extraordinaire logistique qui sera nécessaire à une mission habitée vers Mars, actuellement à l'étude. On peut en dire autant de la fabrication d'un TGV , d'une centrale nucléaire, d'un Airbus . Pour ceux qui sont engagés dans ce genre d'entreprise, la moindre erreur peut être fatale. «Ça ne pardonne pas !" dit-on d'une machine complexe et dangereuse où toute fausse manœuvre peut aboutir à un accident. Si un agent de la chaîne de fabrication est responsable d'une erreur fatale, il y a peu de chances qu'il puisse compter sur la miséricorde des hommes. Quant à la miséricorde de Dieu, si elle permet d'espérer malgré tout le salut de l'âme de l' agent fautif, elle ne ressuscitera pas, par exemple, les victimes d'un accident d'avion dû à une erreur humaine.

Cette mécanique perfectionniste ne tient pas seulement à la complexité intrinsèque de la technique moderne. Elle est stimulée par la demande du public qui, dans une société de consommation étendue, demande des produits sans défaut. Les administrations, les cours de justice sont de plus en plus stricts sur la qualité des aliments, le respect des normes environnementales, la sécurité des installations. Le responsable d'une erreur risque le lynchage de médias sans indulgence. Une société aussi puissante que frileuse demande toujours plus de sécurité. Plus question d'invoquer la fatalité en cas d'accident. Le médecin, le technicien, le chef d'entreprise sont aussitôt suspectés, voire traduits devant les tribunaux.

La vie économique connaît aujourd'hui ce qu'on appelle les "contrôles de qualité" visant le "zéro défaut".

Dans un tel contexte, aucun décalage n'est plus permis entre la norme et la réalisation, toute norme devant s'appliquer exactement. Il n'y a plus d'espace pour l'erreur, en tous les cas pour l’indulgence face à l'erreur.

Ces phénomènes ne concernent pas que la vie économique ou technique. Ils imprègnent toute la mentalité contemporaine. Comment dès lors faire comprendre à l'homme moderne ainsi formaté ce que représente la dialectique du péché et de la miséricorde ?

Les conséquences de cette mentalité vont au-delà de la question de la responsabilité : même là où la volonté n'entre pas directement en jeu, tout écart par rapport à la norme est de moins en moins toléré. La volonté que tous les hommes soient parfaits conduit à l’eugénisme ; la pratique est désormais répandue d'éliminer en cours de gestation ou à la naissance les bébés porteurs d'un quelconque handicap ou même qui n'entrent pas dans le "plan" familial . Pas de pitié là non plus !

Nous pourrions évoquer aussi toutes les formes d’exclusion que ce système de perfection suscite à tous les niveaux : rejet des individus trop singuliers, de tous ceux qui ne correspondent pas au standard, rejet dans l'exclusion de ceux qui ne peuvent pas fournir la norme de travail. On assiste par ailleurs à l' escalade des politiques publiques de toutes sortes destinées à amender la société de ses supposées tares: lutte anti-tabac, lutte contre l'obésité, lutte anti-pollution, campagnes antiracistes, antisexistes, anti-homophobie etc.

Comment ne pas penser aussi aux effets catastrophiques, voire criminels où ont conduit les entreprises destinées à faire un "homme nouveau" parfait comme le communisme ou le nazisme ou encore les entreprises actuelles de mener, au besoin par la force, tous les pays à la perfection en matière de droits de l'homme ou de démocratie, entreprises qui ont conduit en Libye ou en Syrie aux pires désordres et aux pires crimes ?

Une nouvelle approche de la faute

Revenons cependant sur les effets spirituels de cette nouvelle mentalité technicienne orientée vers la recherche de la perfection en tous domaines.

Il va de soi que la perfection morale est bien plus difficile à atteindre que la perfection technique. Cela à cause de l’élévation particulière de la loi morale spécialement chrétienne, à cause de ce qu'il est convenu d'appeler le péché originel, mais aussi du fait que l'élévation morale ne s’obtient, selon la théologie chrétienne, que par la grâce et donc par une vie de prière intense que bien peu se soucient de mener. Les saints eux-mêmes qui s'en préoccupent plus que les autres savent mieux que quiconque combien cette perfection est hors d'atteinte.

Ajoutons qu'une partie importante de la loi morale ancestrale porte sur l'amour et la sexualité et que ceux-ci ne sauraient être régis selon les normes en vigueur dans l'univers matériel. D'autant que l'indiscipline sexuelle a peu d'effets sur la production . C'est peut-être pour cela que la réaction de rejet du puritanisme a surtout porté sur la sexualité. D'autant que, pour se soulager de temps en temps du fardeau des disciplines professionnelles, nos contemporains aspirent, le soir ou le samedi et le dimanche, à retrouver une vie privée où il ne saurait être question d'accepter des contraintes de même nature que celles de l'usine ou du bureau. Jadis, le monde paysan ne portait pas de cravate en semaine et s'"endimanchait" le Jour du Seigneur . Aujourd'hui la cravate est portée tous les jours et ôtée le dimanche, même par ceux qui vont à la messe.

Que faire dès lors ? La mentalité technicienne ne donnant pas droit à l'erreur, rendant insupportable toute déviation par rapport à la norme , face à impossibilité d’adapter en matière morale les comportements à la norme, la société moderne en est venue , surtout dans les pays occidentaux, à demander que la norme soit adaptée aux comportements. La pression se fait ainsi forte pour que l’Église adapte sa loi en matière de contraception, de divorce, d’avortement, pour que chacun puisse se considérer juste comme il est exact dans sa profession. Titulaires de la médaille du travail ou de l'ordre du mérite, nos contemporains veulent aussi une reconnaissance de perfection par l'autorité spirituelle.

Il y avait un lien entre la révolution morale imposée par les Églises au moment de la Réforme et l'essor d'une mentalité technicienne. Mais les exigences toujours accrues de celle-ci ont rendu impossible à la vie morale de suivre. Et au lieu de s'accompagner d'un progrès correspondant du rigorisme moral (heureusement d’ailleurs), le progrès technique fantastique de la dernière génération a conduit à une demande de relâchement de la pression morale qu'exerçaient les Églises.

Alors que pendant des siècles, morale et religion étaient tenus pour deux choses distinctes, les fidèles considérant que la religion, source de miséricorde, était là pour absoudre les manquements à la loi commune et non d'abord pour la rappeler, elles ont fini par se confondre dans le monde moderne. Le rejet de la morale a dès lors conduit au rejet de la religion. Il est d'ailleurs frappant que malgré leurs efforts pour se donner un visage avenant, pour prêcher la miséricorde, pour ne plus guère se faire donneuses de leçons, les religions sont toujours considérées par le grand public comme des institutions rébarbatives n'ayant en tête que l’embrigadement moral, comme si ce lien entre morale et religion était désormais ancré dans les mentalités. Les revendications pour que soient remboursés l'avortement ou que soit instauré un mariage homosexuel ont pour but, non de résoudre des problèmes pratiques , mais d'obtenir de l'Etat ce qu'il n' est pas possible d'obtenir des Eglises : que les actes en cause soient déclarés normaux et donc "justifiés" de telle manière que ceux qui s'y livrent soient déculpabilisés.

Entre deux mondes

Cependant, malgré la mondialisation, toute la planète n'a pas suivi le mouvement dont nous parlons. Les pays du Tiers monde qui ont adopté le christianisme, spécialement en Afrique, n'en ont nullement adopté le puritanisme. Ils n'ont jamais connu le mouvement de moralisation de l'Europe moderne, ils pratiquent une religion plus affective ayant gardé un fort sens de la miséricorde. Cela va sans doute avec leur retard de développement économique et le relâchement des disciplines sociales à la base de ce retard. Dans la mentalité de ces pays , le domaine moral et le domaine religieux demeurent séparés.

Quand les catholiques hollandais (l'un des pays les plus marqués par le moralisme et le souci de la discipline en tous domaines) boudent la visite du pape Jean Paul II, ou quand des catholiques allemands lui demandent la reconnaissance de l'homosexualité, les habitants de certains pays du Tiers monde lui font un accueil triomphal alors même que les mœurs y sont plus relâchées qu'en Hollande ou en Allemagne. Par un paradoxe qui n'est qu'apparent, ces pays du Tiers monde où le sens du péché et de la miséricorde reste très profond , sont les plus attachés au maintien de la norme morale. Parce que les hommes y acceptent, comme ils l' avaient toujours accepté au cours des siècles, d'être pécheurs, de ne pas être en règle, parce que la certitude que Dieu est miséricordieux leur permet de reconnaitre plus facilement une norme à la fois intangible et élevée.

On confond souvent sens du péché et sentiment de culpabilité. Ce n'est pas la même chose. Toujours culpabilisé par quelque chose (son chef, son percepteur, son médecin) , l'Occidental n'a plus le sens du péché: il refuse de se reconnaitre pécheur. Assez décontracté dans la vie , peu culpabilisé, l'Africain a le sens du péché : il accepte sans difficulté de se reconnaître pécheur. Le premier conteste la loi pour la faire coïncider avec sa pratique, le second accepte la loi même si sa pratique s'en écarte beaucoup.

Face à cette situation nouvelle qui résulte de la révolution technique , l'appel à la miséricorde du pape François ne peut avoir qu'une large résonance. Mais il peut aussi donner lieu à des malentendus. Malentendus opposés selon la région du monde où on se trouve.

Pour les pays pauvres, récemment évangélisés, le risque serait de croire tellement à la miséricorde de Dieu, que l'on y perdrait de vue que la loi a une raison d'être à caractère anthropologique, que son respect tend à toute époque à élever le niveau de l'humanité, tâche particulièrement nécessaire dans des pays qui se veulent en voie de développement. C'est bien d'être ouvert au pardon de Dieu mais, tout de même, il vaut mieux ne pas pécher, non pas dans l'intérêt de Dieu mais dans celui des hommes.

Pour les pays développés, au contraire, le risque est de confondre l’annonce de la miséricorde avec un acquiescement de l'Église à la tentation narcissique de se considérer comme justes, impeccables selon la logique technicienne, au prix d'un abaissement des normes admises au niveau estimé acceptable pour l'humanité moyenne.

Dans les deux cas, le maintien d'un niveau élevé d'exigence morale, tel qu'il apparaît dans l’Évangile, loin de s'opposer au sens de la miséricorde, en est inséparable. Mais il est essentiel que l’Église maintienne, dans un monde divisé entre des mentalités très différentes, une voie moyenne entre la tendance à réduire la miséricorde à une trop facile justification (au sens exact de ce mot, rendre juste ce qui ne l'est pas), d'un côté, et celle de perdre de vue que la loi est d'abord faite pour l'homme et que la foi en la miséricorde n'exclut nullement la nécessité de respecter d'abord autant que faire se peut la règle morale.

Roland HUREAUX

[1] Pierre Goubert, Beauvais et le Beauvaisis de 1600 à 1730, Paris, 1965

[2] Cette amende n'était cependant presque jamais appliquée

[3] Il est vrai que le monde ouvrier semble au XIXe siècle échapper à cette moralisation comme le montre Zola dans Germinal, mais la première génération ouvrière est issue de ceux que la société rurale post-tridentine avait relégués aux marges.

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13 août 2016 6 13 /08 /août /2016 09:32

http://www.libertepolitique.com/Actualite/Decryptage/Verdun-fut-d-abord-une-victoire-francaise

Dans le flot de rhétorique convenue qui accompagne le centenaire de la bataille de Verdun, toute orientée vers la dénonciation de la "boucherie" et de l'inutilité du sacrifice tant des Allemands que des Français ( dans cet ordre sur la plaque apposée par Merkel et Hollande à Verdun ! ) , on en oublierait que Verdun fut d'abord une bataille, la plus grande de l'histoire avec Stalingrad, et que ce fut une victoire française.

Plus importante que Stalingrad par le nombre d'hommes engagés : 2 400 000 pour 1 500 000, elle fut , si on ose dire , un peu moins meurtrière : 163 000 Français et 143 000 allemands, soit au total 306 000 morts ( mais autant de blessés, souvent handicapés à vie) contre 1 million à Stalingrad ( 750 000 soldats et 250 000 civils, 450 000 soldats russes, 300 000 soldats allemands, sans compter les prisonniers dont la plupart ne sont pas revenus) .

Ne pas oublier la bataille de la Somme

Les Français s'honoreraient en faisant davantage mémoire d'une autre très grande bataille, concomitante de celle de Verdun: la bataille de la Somme (1916) où les pertes totales furent encore plus lourdes : 442 000 morts, bataille où les Anglais furent particulièrement à la peine ( parmi les morts, 205 000 Britanniques, 170 000 Allemands, 67 000 Français) . La mémoire de cette bataille, très vive en Grande-Bretagne est obscurcie chez nous par celle de Verdun, ce qui est dommage. Les deux batailles furent symétriques : sur la Somme, les Français et les Anglais espéreraient faire une percée et n'y parvinrent pas. A Verdun , les Allemands espéraient désorganiser le dispositif français en prenant la ville et ils y échouèrent. Mais au total l'échec allemand fut plus important à Verdun que celui des Alliés sur la Somme.

On peut certes, par courtoisie pour nos partenaires européens qui d'ailleurs n'en demandent peut-être pas tant, mettre en sourdine la dimension victorieuse de Verdun pour n'en retenir que le caractère sanglant. Mais quand il est question de la bataille de France de juin 1940, personne se prive , en France ou ailleurs , de rappeler que ce fut un désastre français. Or cette bataille d'un mois fut particulièrement meurtrière pour les Français : 59 000 soldats morts, 80 000 avec les alliés en un mois seulement, 63 000 du côté allemand ( un degré d' intensité jamais atteint dans celles que nous venons d'évoquer qui s'étalèrent sur plusieurs mois ). Français morts face à l'ennemi, pas en fuite ! Les Anglo-Saxons se plaisent à ironiser sur la débandade française ( qui fut aussi celle des Anglais) , les Allemands qui savent combien les Français , très mal commandés hélas, y furent courageux, ne s'y risquent pas.

A ne parler que de ses désastres ,et à glisser sur ses victoires, y compris la plus grande de toutes, la France risque d'apparaitre aux yeux du monde mais surtout aux yeux de sa jeunesse comme une nation vouée à la défaite, ce qui est inacceptable.

Au même moment la Turquie, que beaucoup voudraient faire entrer dans l'Union européenne , célèbre avec faste le 563e anniversaire de la prise de Constantinople en 1453 qui se traduisit par un terrible massacre de la population grecque. Là pas de remords, pas plus que pour le génocide des Arméniens de 1916. La preuve que la Turquie n'appartient pas à l'Europe , ce n'est pas son caractère musulman , c'est qu'on y ignore , comme d'ailleurs dans tout le reste de la planète, la repentance.

Victimes d'un immense conflit, les morts et les blessés de Verdun n'ont pas besoin qu'on leur fasse injure à titre posthume en répandant à satiété que leur sacrifice fut, en fin de compte, inutile. Verdun fut un tournant de la Première guerre mondiale . Si les soldats français n'avaient pas tenu bon, elle aurait été perdue et l'Europe aurait connu pour longtemps la botte allemande. Les Français doivent être fiers de Verdun.

Roland HUREAUX

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