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Roland HUREAUX

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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 09:24

 Ayant fait de l'OTAN un instrument de sujétion, les Américains ont-ils encore de vrais alliés ?

Le dernier sommet de l’OTAN,  qui  a rassemblé il y a quelques jours les 28 pays membres à  Lisbonne,   serait, dit-on, un des plus importants  qui aient eu lieu. Afin de définir un nouveau « concept » justifiant l’existence de l’organisation,  les alliés y ont passé en revue l’ensemble des menaces auxquelles elle devrait   faire face dans l’avenir. Ces menaces balayent  un   spectre très large qui va  de la guerre cybernétique au changement climatique en passant par le terrorisme (qui justifie comme on sait la guerre en Afghanistan), et  la menace de missiles nucléaires qui pourraient partir d’un Etat voyou. Il est un autre risque que l’on n’a pas avoué puisque, dans le cadre du partenariat stratégique, le président Medvedev avait été invité,  mais  que les Etats-Unis ne manquent pas d’agiter auprès de leurs alliés comme si le communisme ne s’était jamais effondré : la menace russe   

Comment une liste aussi impressionnante de menaces ne justifierait-elle pas une coopération de plus en plus étroite entre les pays de l‘alliance, où la France figure désormais au même rang que les autres ?

Les Etats-Unis ont annoncé la fin de la guerre en Afghanistan pour 2014 : que l’on y croie ou non,  il fallait bien, une fois cette annonce faite,  justifier la perpétuation de l’organisation.  C’est pourquoi a été  rendu officielle et approuvée par tous les membres la mise en place d’un bouclier  anti-missiles stratégique,  dont on sait combien il est mal ressenti par la Russie.

 

Un instrument de contrôle politique

 

Mais ces dispositions militaires ne sont  qu’apparence car, par-delà les ronds de jambe des diplomates ou le déploiement d’uniformes de généraux de toutes couleurs,  l’OTAN est  aujourd’hui, moins une alliance militaire  qu’un moyen de contrôle politique par les   Etats-Unis de leurs « alliés». Hors de la scène publique, des officiels américains  l’avouent.

La présence de contingents autres qu’américains en Afghanistan, où les Américains font l’essentiel du travail,   est d’abord une caution politique apportée à leur action.

Et comment en serait-il autrement puisque les pays d’Europe occidentale ne consacreront bientôt   qu’à peine plus de 1 % de leur PIB à la défense,  pour 4,6 % aux  Etats-Unis - soit 43 % des dépenses militaires mondiales.

Les Etats-Unis ont beau se plaindre de l’effondrement progressif de l’autre pilier de l’Alliance sur lequel, au moins en théorie, ils aimeraient compter,  ce fait  est déjà pris en compte par leurs théoriciens :  pour le néo conservateur Robert Kagan, ( La puissance et la faiblesse, 2003 ), il est acquis, que les Etats-Unis sont une puissance « martienne », vouée à la guerre et pleinement  acteur de l’histoire contemporaine,   tandis que les Européens ne sont plus que des « vénusiens », adonnés  à  l’amour et aux bons sentiments et oublieux du tragique de l'histoire , trop heureux d’abandonner le soin  de leur défense  à  leur grand allié. 

 Et n’est-ce d’ailleurs pas ce qu’ils ont voulu ?  Les folles spéculations de Z.Brzeszinski (Le grand échiquier, 1997) partent de l’idée que   le seul moyen  que l’Europe reste pour les Etats-Unis  un allié sûr, qu’ elle ne bascule pas dans un bloc eurasiatique hostile, était de la « castrer », d’anesthésier sa volonté, au travers d’un contrôle étroit de la politique des pays d’Europe occidentale (dont le dernier film de Polanski, The ghost-writer donne sans doute une idée) et  d’organismes comme l’OTAN.

 Que l’assujettissement  entraine la baisse de l’effort de défense, c’est ce que le général de Gaulle avait prévu dans une incise, passée alors inaperçue, de sa célèbre conférence de presse du 23 février 1967 où il annonçait le retrait de la France de l’organisation intégrée de l’OTAN

« La volonté qu’a la France de disposer d’elle-même, volonté sans laquelle elle cesserait bientôt de croire en son propre rôle et de pouvoir être utile aux autres, est incompatible avec une organisation de défense où elle se trouve subordonnée. »

Autrement dit, de Gaulle posait le théorème suivant, que la suite des événements  devait valider: la propension d’un pays à payer pour sa défense – et donc à demeurer un allié sûr -  est proportionnelle à son indépendance. Pas d’indépendance, pas de défense.  

On peut s’interroger sur les enjeux passés en revue au sommet de Lisbonne, quant à leur réalité : Russie, lutte contre le terrorisme (sur lequel on peut en tous les cas dire qu’elle  ne se joue pas en Afghanistan), états-voyous,   ou quant à leur  caractère spécifique au bloc occidental : réchauffement climatique, qui, nous semble-t-il,  serait plutôt du ressort de l’ONU. 

 

Désunion face à la Chine

 

Faut-il penser pour autant qu’il n’existe  aucun intérêt commun aux  Etats-Unis et à l’Europe ? Non. Car il y en a au moins un, un  vrai, c’est la menace économique chinoise. On veut bien croire qu'elle ne concerne pas l’OTAN – mais ni plus ni moins que le réchauffement climatique.  Mais la sous-évaluation forcée  du yuan voulue par le gouvernement chinois, menace tout autant l’économie européenne que l’économie américaine et par-delà, tout l’équilibre mondial. Au moins sur ce terrain,  les deux « piliers » de l’Alliance  pourraient  parler d’une seule voix comme ils le font  à Lisbonne s’agissant du bouclier  antimissiles. Et bien non ! Quand le président Obama critique la politique monétaire de la Chine, les Européens se tiennent cois. Alors qu’encore plus que les Américains, ils ont un intérêt vital à ce que la Chine réévalue le yuan, ils se gardent bien d’apporter un  appui franc à Washington, craignant trop sans doute de déplaire à  Pékin.

Les Américains ont ce qu'ils cherchaient: dès que se présente  un véritable enjeu, fondé sur un intérêt commun clair, surtout si  intervient  une puissance   qui suscite une crainte révérencielle encore plus forte qu’eux, les Européens, anesthésies pour ne pas dire châtrés,  sont aux abonnés absents.

En ne voulant pas que l’OTAN soit une communauté d’alliés libres,  mais en en faisant l’instrument d’un contrôle impérial, les Américains  n’ont en réalité plus de vrais alliés.

 Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 09:23

 

 

Le moins qu’on puisse dire est que l’avènement du gouvernement Filon II n’a pas suscité l’enthousiasme, même dans les rangs de la majorité où le  premier ministre est pourtant apprécié.

Que le président n’ait finalement pas trouvé d’autre solution que de reconduire François Fillon  dans ses fonctions illustre les limites de la pratique constitutionnelle qu’il a imposée,  fondée sur la dévalorisation du gouvernement.

La constitution de la Ve République,  dans sa version originelle, instituait un président fort,   mais aussi  un premier ministre qui ne devait pas être trop faible,  pour servir de bouclier contre l’usure nécessaire du temps.

Autrefois,  les rois de France, dont les règnes pouvaient être très longs, faisaient porter l’impopularité liée à l’exercice du pouvoir sur leurs « mauvais conseillers ». Ils en changeaient de temps en temps,  comme les postillons changeaient de chevaux à chaque relais de poste.  C’est ainsi qu’ils tenaient la distance.

L’inspiration en partie  monarchique de la constitution de la Ve République avait  conduit à la même pratique: normalement,   un président devait changer une ou deux fois de premier ministre sur un septennat et même un quinquennat.  En dévaluant la fonction de  premier ministre, Sarkozy s’est  privé de cette possibilité. Le  programme de Fillon I était si  évidemment inspiré par l’Elysée qu’un autre premier ministre arrivant avec des idées nouvelles ne pouvait que signifier  un désaveu partiel de la ligne suivie jusque là par le président.  

 

Pas d’idées

 

Et même pour opérer une telle inflexion, encore eut-il fallu avoir quelques idées ! Or personne n’en a,  visiblement, dans la majorité.  L’  incapacité à renouveler les hommes est inséparable de   l’épuisement des idées. Dans son discours de présentation à l’Assemblée, Fillon s’est donc contenté de se situer dans la continuité : « La persévérance politique est le choix le plus judicieux pour l’intérêt du pays » ; « Moderniser encore et toujours la société française »,  précisément ce que les Français ne veulent plus entendre, non pas, comme on le ressasse dans les cercles néo-libéraux,  parce qu’ils seraient   viscéralement inaptes au changement, mais parce qu’ils en ont assez de réformes brouillonnes, inadaptées et le plus  souvent destructrices. Et aussi parce que la vie exige un minimum de stabilité ; l’agitation permanente finit par lasser. Perseverare diabolicum est.

Par delà l’absence d’idées, il y a l’appauvrissement du vivier politique. De Gaulle en 1962, Pompidou en 1972, Giscard en 1976, Mitterrand en 1984 ou 1992 avaient le choix entre une bonne dizaine de premiers ministres possibles, sans compter les outsiders issus de la société civile.  Il est significatif que ce choix ait été aujourd’hui limité à deux ou trois noms.  

 

…mais des arrières pensées

 

Pour se déterminer entre ces deux ou trois, la logique institutionnelle imprimée par le président n’est pas seule à avoir joué.  Il faut aussi faire la part de certaines  arrière-pensées.

L’idée prévaut encore dans les cercles dirigeants de  la droite,  que Sarkozy est le seul candidat possible pour la majorité  et qu’il pourrait encore l’emporter. Le président, n’en doutons pas, le croit aussi. Or, à la base, dans les banlieues, les petites villes, les campagnes, personne ne croit plus  à sa réélection.

Le coup de Jarnac qui menace dès lors Sarkozy  est que le groupe parlementaire UMP, animé par  l’instinct de survie,  lui substitue un autre candidat, comme il est arrive que les députés britanniques le fassent et comme cela aurait pu arriver à Chirac après la dissolution de 1997,  si Séguin   n’était tombé dans le piège grossier de la mairie de Paris.

Car pour que l’opération se fasse, il ne suffit pas que le sortant  ait cessé d’être  un « bon cheval », il faut encore  qu’il y ait une ou des solutions alternatives. Tout l’art du président en place, un art que Chirac maîtrisait mieux que quiconque, est de les éliminer.   Si Borloo n’a finalement pas été retenu pour diriger le gouvernement, c’est qu’il y avait   peu de chances qu’il joue ce rôle : lui rendre sa liberté fut jugé  sans risques.

Villepin pourrait être cette carte de rechange ; mais il a,  au fil des ans, tellement marqué sa condescendance à l’égard des parlementaires – qui sont les ultimes décideurs en la matière – , que ses chances sont limitées. D’autant que, faute d’expérience électorale véritable, il fait, comme beaucoup de débutants,  surtout campagne à gauche : cela lui assure une bonne image dans les médias, mais  ne lui rapportera guère de voix de ce côté-là, tout en le  coupant de son vivier naturel qu’est l’électorat UMP.    

Il y a ensuite   Filon et Juppé : au gouvernement,  ils n’auront qu’une liberté de parole limitée  et ils seront, bon gré mal gré, solidaires de la politique du président.  Les avoir au gouvernement, c’est pour le président, les garder à l’œil.

Reste Copé qui a tant dit que l’échéance de 1992  ne l’intéressait pas, seulement celle de 1997, qu’on a fini par le croire et que le président lui a laissé cette position  stratégique  pour préparer une  candidature (Nicolas Sarkozy en sait quelque chose) qu’est la présidence du parti. L’intéressé tiendra-t-il parole ?

Un remaniement  plus rempli d’arrière-pensées que d’idées.  Le faux changement  que le président  vient d’opérer a peu de chances de lui sonner un nouveau souffle.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 09:22

 

Depuis trente ans,  des  experts  autoproclamés proposent de résoudre  les difficultés des finances publiques par  ce que   Bercy,  promoteur  infatigable  de l’idée, désigne comme  un meilleur  « ciblage » des prestations sociales .

Alain Minc avait appelé  cela d’un joli nom : il fallait, disait-il,  substituer l’équité à l’égalité.

S’agissant de l’assurance maladie, on dira   qu’il faut distinguer la partie assurancielle (éventuellement  privatisable)  de la partie solidarité, qui doit, elle, rester à  la charge de l’Etat.   

L’antienne est toujours la même : il  faut, dit-on,  réserver les prestations  sociales de tous ordres à « ceux qui en ont vraiment besoin », et qui se trouvent au bas de l’échelle.

Applications pratiques :  augmenter (beaucoup)  les droits d’inscription  à l’université  et distribuer (un peu)  plus de bourses,  exclure des logements sociaux  ceux qui ne sont plus tout  à fait au minimum de revenu, mettre sous conditions de ressources les allocations  familiales, vieille  proposition ressortie récemment du grenier par  Jacques Attali.

Mais chaque fois que les gouvernements français ont écouté ce genre d’ augure, ils se sont cassé les dents : les émeutes étudiantes de 1987 coûtèrent sa réélection à Chirac ; la révolte contre le plan Juppé de 1995, qui déjà prévoyait  de réserver la politique familiale aux seuls nécessiteux n’est pas étrangère au fiasco de 1997. Jospin dut vite renoncer, lui aussi, à plafonner les allocations familiales. Le mouvement   social  de septembre 2010 n’aurait lui-même  pas eu tant d’écho si,  derrière une  réforme légitime des retraites, on n’avait entendu  la petite musique des retraites par capitalisation qui procèdent du même principe que le « ciblage ».  

Ces échecs répétés  n’empêchent  pourtant  pas une pléiade de conseillers du prince,  tenus pour des « crânes d’oeuf »,   de   répéter  mécaniquement,  année après année, ce genre  de proposition,  les dits conseillers ayant  en commun  de ne s’être   jamais présentés à  une élection !   

Pourtant,  si le « ciblage »  rencontre tant de résistances,  la première chose à faire serait de se demander pourquoi.  La première raison  est que la classe  moyenne , celle qui paye de plus en plus d’impôts en ne bénéficiant pas du bouclier  fiscal et des niches de luxe, est dans notre pays si lourdement imposée qu’ elle ressent mal d’être privée de toute contrepartie,  alors même que c’est sur elle et non les vraies grandes fortunes que l’on tire les chèques destinées à limiter les effets d’une pauvreté qui s’étend.   

Les promoteurs les plus ardents du ciblage sont presque tous, ce n’est pas un hasard,  d’ardents partisans de la mondialisation, principale cause de cette pauvreté. La  classe moyenne n’en profite guère.  Elle prend mal  qu’on lui en fasse seule  payer  le prix. Comment s’en étonner ?  

La  seconde  raison  de ces échecs est que l’argent a  toujours valeur de symbole : en réservant le bénéfice de certaines prestations    à ceux qui sont  bas de l’échelle,  on en fait   un symbole social négatif,  un facteur de marginalisation. Ainsi, la loi Boutin qui exclut  les revenus moyens des HLM  achèvera de transformer les cités en ghettos.  

S’agissant des prestations  familiales, on oublie  que  la logique sociale n’est qu’un volet de la question :   la solidarité de ceux qui  n’ont pas charge d’enfants avec ceux qui en ont, et sont  donc les seuls à préparer  les retraites de demain,  est une question de justice élémentaire.  Quel que soit le niveau social, comment peut-on mutualiser, au travers des régimes de retraite, la charge du  troisième âge et pas , au moins en partie,  celle du premier, sachant que ceux qui ont charge d’enfants sont encore  jeunes et que ceux qui, dans notre société, sont vraiment  très riches ne le sont généralement  plus  ?

Le risque de marginaliser un peu plus ceux qui cumulent les prestations est aggravé  quand le clivage social se superpose, comme c’est le cas dans nos banlieues,   au clivage ethnique. Dire que  les principaux bénéficiaires du ciblage  seront les immigrés, ce n’est nullement, comme le  suggère Luc Ferry, parler comme le Front  national ( un argument qui ne veut plus rien dire aujourd’hui  sinon :   «  je suis  à court d’arguments » ! ), c’est tenter  au contraire de  désamorcer un  des ressorts les plus  puissants du vote extrémiste.  

La question s’étend bien au-delà de la classe moyenne : la  colère des  « travailleurs pauvres » vis-à-vis des assistés est  aujourd’hui un fait avéré.  Tenant une réunion   électorale dans un  appartement, l’auteur de ces lignes  y rencontra  trois maçons  marocains.   Quel était leur souci ?    Le  racisme,  la politique migratoire ? Point du tout. Ils ne sortirent de leur silence que pour dénoncer avec véhémence les gens de la cité qui ne travaillaient pas et qui,  grâce aux aides sociales,    gagnaient   plus qu’eux.

Le candidat Sarkozy avait parfaitement perçu cela quand  il lança le slogan «  Travailler plus pour gagner plus ».  Mais quelle en fut la suite ?  Loin d’  oublier la question sociale,  la droite en rajouté une couche avec le RSA, pure création technocratique, elle aussi, dont Michel Godet, économiste  de gauche, avait pourtant  prédit l’inefficacité.

Il faut bien  trouver  des économies, dira-t-on.  Mais pourquoi s’attaquer à des   politiques sociales ou familiales anciennes sans se demander pourquoi  la France, pourtant beaucoup moins riche de l’après-guerre, pouvait  les supporter ?

 Si l’Etat est aujourd’hui en grande difficulté, les raisons en sont autres.  La  malgouvernance, l’incompétence, l’  inflation incontrôlée de la sphère publique, y compris locale,  en sont la cause. Et même,  en bien des cas,  les  fausses bonnes idées de type  technocratique, « rationnelles mais non raisonnables »,  comme le  « ciblage ».   

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 09:20

 

Les gourous, toujours les mêmes : Alain Minc, Jacques Attali et quelques autres à qui les gouvernements de droite ou de gauche demandent des propositions de réforme,  ne se fatiguent pas : ils font le tour des ministères et prennent les idées qui y traînent parfois depuis des lustres et qui  n’ont jamais  été appliquées.

Ce ne sont évidemment  pas les meilleures car, si elles étaient bonnes, on les aurait déjà  mises en œuvre : ce sont les vieux  « rossignols » qui ont échoué ou se sont heurtées à trop forte résistance. Conformément au principe que les peuples ont toujours tort et les technocrates raison, les «crânes d’œuf » ressortent ces mauvaises  idées en espérant les faire passer   à l’usure.

Ainsi de la mise sous conditions de ressources des prestations familiales : Juppé en 1995, Jospin en 1997 tentèrent de l’instaurer mais se heurtèrent, chaque fois,  à une  vive opposition, non seulement  des associations familiales mais de l’opinion, généralement plus éclairée que les augures  que nous évoquons.

Le rapport Attali II  reprend cette idée treize ans après.  Luc Ferry rebondit dessus dans Le Figaro (1) pour la présenter comme une « évidence » : rien moins !

Il ne faut pas se lasser, face à cette nouvelle offensive, de mettre sous les yeux de ceux qui nous gouvernent  les arguments décisifs qui en font au contraire  une mauvaise idée.

Le principal est que la politique familiale à la française telle qu’elle a été instaurée non point par Pétain, comme le croient les ignorants,  mais par les assemblées de la Libération, à majorité de gauche,  était fondée sur le principe de la nécessaire solidarité entre les familles qui ont des enfants et celles qui n’en ont pas ou peu.  Cette solidarité n’est que la juste contrepartie de la solidarité qui s’instaure, au travers des retraites  par répartition, entre les anciens qui ont eu des enfants et ceux  qui n’en ont pas eu.  La mutualisation de la charge du troisième âge implique celle, au moins partielle,   du premier âge.

C’est  parce qu’elle  a, mieux que d’autres, compris cela, que la France a aujourd’hui le taux de fécondité le plus élevé d’Europe, même si on ne tient pas compte des immigrés. 

Dans cette perspective, la politique familiale n’est pas, comme le voudrait Attali,  une marque de solidarité en faveur des plus démunis, une « charité », mais une mesure de justice, une reconnaissance de la société, qui ne saurait être liée   au niveau de revenu.  La considérer comme une politique purement sociale, ce serait   la disqualifier. Ce serait surtout disqualifier ceux qui en seraient les bénéficiaires.    Les prestations familiales ne seraient plus perçues comme un droit  lié à la citoyenneté mais    comme un signe d’infériorité sociale.   La  famille nombreuse en tant que telle qui se verrait  stigmatisée. Sachant que les familles nombreuses de faible revenu sont en majorité constituées d’immigrés, attirer l’attention sur ce qu’aurait d’absurde une concentration des prestations familiales à leur bénéfice,  ce  n’est pas , comme le prétend le même Luc Ferry (2), parler comme le Front national mais au contraire mettre en garde contre un motif supplémentaire qu’aurait une partie de nos compatriotes de se porter à l’extrémisme.

Il y a bien d’autres arguments à l’encontre de cette proposition : si l’on rapporte les mesures prises depuis trente ans en faveur des hauts revenus (niches fiscales, abaissement des tranches les plus élevées, bouclier fiscal ) et au détriment des familles ( plafonnement  du quotient familial, RDS taxant les prestations , transferts de la branche famille vers la branche vieillesse) , c’est , parmi les contribuables de  la classe moyenne , un transfert continu  qui se sera opéré de ceux qui ont charge d’enfants vers ceux qui n’en ont pas. Même  l’allègement des droits de succession  profite bien davantage aux enfants uniques qu’aux familles nombreuses. La mise sous conditions de ressources des allocations familiales ne ferait qu’aggraver cette dérive, typique d’une société égoïste et vieillissante.  

Rappelons  enfin que cette mise sous conditions de ressources, dans le pays qui l’ont mise en place, comme l’Espagne ou  l’Italie, fut  le  premier stade d’un démantèlement pur et simple de la politique familiale, dont on connaît les conséquences dramatiques  pour ces pays.

L’équilibre démographique, tout relatif,  de la France demeure fragile.  Le  processus d’intégration l’est encore davantage. Une mesure qui mettrait en péril l’un et l’autre  est rien moins qu’  une « évidence » !  

 

Roland HUREAUX

 

 

 

1.      Le Figaro, 28 octobre 2010

2.      Le Figaro, 18 novembre 2010

 

 
 

 

 

 

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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 09:17

 

 Faut-il réserver les allocations familiales aux familles d'immigrés ?

 Dit  comme cela, une telle proposition a  l’air d’une provocation.

C’est bien ce qui risque d’ arriver, pourtant, si on suit une des propositions   phare du rapport Attali II : mettre les prestations familiales  sous conditions de ressources.  Luc Ferry la  reprend dans  une  chronique du  Figaro  (1) qui n’admet pas de réplique : « C’est une évidence », dit-il. Quand deux proches du pouvoir lancent  la même idée, c’est qu’il y a anguille sous roche.

Une évidence ? C’est pourtant   tout le contraire.

Les allocations familiales ne sont substantielles qu’à partir du troisième enfant. L’immense majorité des familles indigènes (le sens exact de « français de souche ») a un ou deux enfants, quand enfant il y a . Où se situent les familles nombreuses ?  Principalement dans l’immigration, surtout sahélienne Accessoirement dans une frange de la  classe moyenne, d’inspiration catholique ou pas, mais consciente de ses responsabilités  vis-à-vis des générations futures.

C’est cette deuxième catégorie qui est visée par la proposition. Ce  n’est pas la première fois : Juppé,  puis Jospin,  avaient tenté cette mise sous conditions de ressources : ils durent chaque fois reculer face à la détermination des associations familiales et surtout de l’opinion, plus intelligente que les Attali, Ferry et consorts. 

A tort, on croit que les gens de cette catégorie sont riches. Les jeunes vraiment riches sont rares : les traders de haut vol n’ont en généralement  ni  le temps ni l’envie d’avoir d’  élever des enfants. Dans la société actuelle,  les vrais riches sont plutôt grands-parents : le vrai déséquilibre est là : entre les générations autant qu’entre  le classes sociales.   

Si l’on rapporte les mesures prises depuis trente ans en faveur des hauts revenus (niches fiscales, abaissement des tranches les plus élevées, bouclier fiscal ) et au détriment des familles ( plafonnement  du quotient familial, RDS taxant les prestations , transferts de la branche famille vers la branche vieillesse) , c’est , parmi les contribuables  la classe moyenne , un transfert continu  qui se sera opéré de ceux qui ont charge d’enfants vers ceux qui n’en ont pas. Même  l’allègement des droits de succession  profite bien davantage aux enfants uniques qu’aux familles nombreuses. La mise sous conditions de ressources des allocations familiales ne ferait qu’aggraver cette dérive, typique d’une société égoïste et vieillissante.  

Or c’est évidemment  le contraire qu’il faut faire : le principe d’une politique familiale, ce n’est pas l’aumône faite à des nécessiteux, c’est celui d’ une solidarité, à revenu égal, entre ceux qui n’ont  pas charge de famille et ceux qui en ont et qui, par conséquent,  font des sacrifices pour  préparer les retraites des autres. Au moment où se pose de manière aigue la question de l’avenir des retraites,  la proposition Attali  est un signal terriblement négatif, d’autant qu’il se conjugue avec une réforme  qui ne ménage pas les femmes  ayant du interrompre leur carrière pour élever des enfants. 

C’est parce que ce principe de solidarité y a été,  bon an mal an,  préservé,  que la fécondité en France se porte plutôt moins mal que dans le reste de l’Europe. Encore qu’il ne faille pas oublier que si le taux global de fécondité  est  atteint presque le  seuil de renouvellement ( 2  pour un seuil à 2,1), il ne serait  que de 1,7 sans l’apport de l’immigration, un décalage , dont on ne connait que trop les effets à terme et que la politique préconisée par MM. Attali et Ferry ne ferait qu’aggraver.

La mise sous conditions de ressources a bien d ‘autres inconvénients : d’abord la complication bureaucratique pour les bénéficiaires, sans cesse tenus de justifier qu’ils sont  au dessous du seuil. Certes, cette complication existe déjà, une partie des prestations  étant déjà   conditionnelles :  ceux qui fréquentent les sorties d’écoles savent d’ailleurs combien l’allocation de  rentrée scolaire , dont c’est le cas,  suscite des frustrations  à l’égard des bénéficiaires.

L’autre conséquence serait la constitution d’un ghetto : les prestations familiales ne seraient plus un droit  mais seraient  vite   perçues  comme un signe d’infériorité sociale. La désastreuse loi Boutin qui tend à chasser des cités  HLM tous ceux dont le revenu déclaré n’est plus tout  au bas de l’ échelle a le même effet. C’est, non seulement les immigrés, mais  la famille nombreuse en tant que telle qui se verraient  stigmatisés.

Rappelons  enfin que cette mise sous conditions de ressources, dans le pays qui l’ ont mise en place, comme l’Espagne ou  l’Italie, fut  le  premier stade d’un démantèlement pur et simple de la politique familiale, dont on connaît les conséquences graves  pour ces pays.

On dira que l’Angleterre de Cameron semble s’engager, austérité oblige,  sur cette voie. Mais le contexte est différent : sait-on que dans ce pays, les frais de scolarité très lourds du secteur privé  sont déductibles de l’impôt sur le revenu ?  

L’équilibre démographique, tout relatif,  de la France demeure fragile.  Le  processus d’intégration l’est encore davantage. Une mesure qui mettrait en péril l’un et l’autre  est rien moins qu’  une « évidence » !  

 

Roland HUREAUX

 

 

 

1.      Le Figaro, 28 octobre 2010

 

 
 

 

 

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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 09:13

 

Le  rapport remis au Haut-commissaire aux droits de l’hommes des Nations-Unies sur les crimes commis dans la province du Kivu à l’Est du Congo-Kinshasa à partir de 1994, dit « rapport Mapping »,   rejeté avec indignation par les gouvernements du Rwanda et du Burundi, ne contient des révélations que pour ceux qui n’ont pas suivi l’actualité tragique de la région des grands Lacs depuis vingt ans,    ou que le parti pris avait aveuglés.

Que dit ce rapport ? Qu’après 1994, date du génocide le plus médiatisé , celui des Tutsis de l’intérieur par les Hutus au Rwanda, responsable de centaines de milliers de morts,  suivi par la prise de pouvoir par les Tutsis venus de l’étranger dirigés par Paul Kagame, toujours au pouvoir, des massacres systématiques, qui auraient  fait , eux aussi,  des centaines de milliers de victimes,  ont eu lieu dans la province limitrophe du Kivu en République démocratique du Congo ( ex Zaïre). Ces massacres furent particulièrement massifs entre 1995 et 1997. Leurs principales victimes  furent cette fois les Hutus du Rwanda réfugiés, tenus tous, y compris  femmes et  enfants,  pour responsables du génocide de 1994,  par  la nouvelle armée rwandaise de Kagame, dominée par les Tutsis.  Mais  ces années troublées  virent aussi  le même Kagame fomenter, depuis  son petit Rwanda,   une révolte dans le grand Zaïre voisin qui aboutit à   renverser  le  régime de Mobutu (1997), ainsi qu’une   guerre civile larvée au Burundi. Ces guerres firent  d’autres victimes : Congolais, Tutsis du Congo, Burundais. Et il y  eut d’autres bourreaux, également  mis en cause dans le rapport : la guérilla  hutu du Congo elle-même, l’armée du Burundi, essentiellement tutsi, les forces armée du Congo souvent adonnées à l’anarchie et au pillage, et  des forces étrangères, angolaise notamment, venues les appuyer, mais les principales victimes furent les Hutus réfugiés.

Dès 1997, le commissaire européen aux droits de l’homme, Emma Bonino,  avait attiré l’attention sur ces massacres. Mais, depuis lors, le gouvernement de Kigali avait pu bloquer toute mise en cause officielle.

Ce que  l’opinion aurait dû savoir aussi : loin d’être l’ange blanc venu  sauver les populations du Rwanda des massacres de 1994, Paul Kagame, avec son armée rebelle, a joué, de manière tout à fait consciente,  un rôle essentiel dans leur déclenchement.

 

Retour sur une société de castes

 

Pour saisir le contexte de ces violences qui apparaissent confuses aux non-initiés, un bref retour en arrière est nécessaire.  Bien avant la colonisation, le Rwanda et le  Burundi, étaient deux Etats dirigés par un roi et une aristocratie  appartenant tous à l’ethnie tutsi  représentant entre 8 et 15 % de la population (compte tenu des métissages, il est difficile d’être plus précis), dominant une masse Hutu (bantou) dédiée aux travaux des champs, une structure que le colonisateur, allemand, puis belge, ne remit pas en cause. A l’indépendance, en 1959, les Hutus se soulevèrent et environ 50 000 Tutsis émigrèrent, principalement dans le pays voisin anglophone,  l’Ouganda. Par contre, au Burundi, les Tutsis se maintinrent au pouvoir en contrôlant l’armée et le parti unique et en massacrant sans pitiés les Hutus chaque fois qu’ils se révoltèrent, en 1972, puis en  1993.

Ces  rivalités , contrairement à ce que l’on croit,  n’ont rien à voir avec des luttes tribales classiques Pour en comprendre les ressorts, il se peut que nous n’ayons de meilleur guide qu’Aristote, observateur de problèmes analogues dans les cités grecques : « Dans le oligarchies, c’est la masse des citoyens qui se soulève, comme étant victime d’une injustice  , du fait que leur part n’est pas égale à celle des autres, dont ils se considèrent  pourtant les égaux, et dans les démocraties, au contraire, ce sont les notables qui se révoltent, parce que leur part est seulement égale à celle des autres, alors qu’ils ne se considèrent  pas comme  leurs égaux. » (Politique V, 3).

Le cycle récent de troubles commence quand les Tutsis émigrés en Ouganda entreprennent  en 1990, sous la direction de Paul Kagame, de revenir au pouvoir dans leur pays par la force. Comme l’Ouganda était anglophone et le Rwanda francophone, ils reçurent l’aide discrète, outre celle du  gouvernement ougandais, d’éléments britanniques et américains avec sans doute l’arrière pensée d’enfoncer un coin dans le pré carré francophone.

Ce qui n’a pas été dit : au fur et à mesure que l’armée tutsie du FPR pénétrait dans le pays, elle se livrait  à des massacres de paysans hutus qui provoquèrent leur exode et commencèrent à entrainer des représailles contre les  Tutsis de l’intérieur.

Le  génocide final des Tutsis  de l’intérieur (allègrement sacrifiés par Kagame qui les tenait avec mépris pour des « collaborateurs ») fut déclenché  par l’attentat du 6 avril 1994, dont nul ne doute aujourd’hui qu’il ait été  fomenté par Paul Kagame, et qui vit le mort de deux présidents hutus, Juvénal Habyarimana du Rwanda et Cyprien Ntaryamira du Burundi, ce dernier ayant été élu dans le cadre d’un processus de démocratisation.

L’armée française est intervenue au cours de ces années à trois titres :

-         Une coopération militaire normale  était menée avant 1990,  comme dans beaucoup de pays francophones, avec l’armée et la gendarmerie rwandaises.  Est-il nécessaire de préciser qu’elle n’avait pas pour but de leur  apprendre le maniement de la machette ?

-         A la suite de l’agression de 1970, le président hutu Habyarimana obtient de François Mitterrand, un soutien prudent, sous la forme d’un peu d’armement,  de conseillers, et  d’un détachement destiné d’abord à  protéger les ressortissants français ;

-         A la suite du déclenchement des massacres de 1994, pour les faire cesser et donc protéger les Tutsis encore en vie , a été organisée,  sous l’égide de Mitterrand, Balladur et Juppé, sur décision du Conseil de sécurité,   l’opération Turquoise  (22 juin-21 août 1994) dirigée par le général Lafourcade. Elle ne fit rien pour empêcher  l’installation au pouvoir en juillet  de Paul Kagame  qui a imposé la dictature de ce qui reste de la minorité tutsie (essentiellement les émigrés de l’Ouganda).   

S’il y a faute de la France, elle est de n’avoir soutenu que mollement Habyarimana : toujours ambigu, à sa manière habituelle, François Mitterrand lui imposa en pleine guerre civile une démocratisation qui désorganisa  le camp gouvernemental  et permit au FPR d’infiltrer tous les rouages de l’Etat; à la suite des accords d'Arusha,  conclus  en septembre 1993,  il cessa son aide,    tandis que, selon un scénario que l’Europe avait déjà connu au temps de la guerre d’Espagne,  le FPR continuait à recevoir de manière occulte  l’aide  de l’Ouganda et d’autres. C’est ainsi que la France finit par perdre sur tous les  tableaux !

 Vainqueur, Kagame a réussi un temps à imposer au monde sa version des événements : tous les torts sont du côté du régime hutu de Habyarimana, corrompu et  génocidaire ; le seul massacre qui ait droit à l’appellation de génocide, celui  de 1994, aurait fait un million de  victimes,  toutes tutsies; dénoncer un « double génocide » ou tenir ce chiffre pour exagéré, c’est être négationniste; l’armée tutsie est une armée de libération venue  mettre fin aux massacres. Les Français et les Belges ont aidé le  génocide et doivent faire repentance.

C’est cette Vulgate  qui est aujourd’hui remise en cause par le rapport de l’ONU.

Le noyau de vérité, certes important, qu’elle contient :    le massacre de 1994 qui a fait  plusieurs centaines de milliers de morts -  mais  pas tous tutsis ! -,  ne suffit pas pour  atténuer l’immense responsabilité de Kagame dans le déclenchement de ces  massacres et dans ceux  qui ont suivi et que relate le rapport de l’ONU.

 

Bobos et gogos abusés

 

Par delà la réalité des faits, aujourd’hui à peu près établie pour tous les observateurs  de bonne foi, il est important de comprendre   la manière dont on a pu abuser à ce point  l’opinion internationale, spécialement en Europe et en Amérique du Nord  et qui constitue sans doute un cas d’école.   Au point que des dizaines d’intellectuels, journalistes voire hommes politiques, en France et en Belgique, ont longtemps fermé les yeux sur les massacres dans les zone « libérées » par le FPR puis  au  Kivu et ont tenu  en haute  estime le régime de Kagame, dictature féroce d’une minorité qui ressemble autant à une démocratie que la Sparte antique – et encore, les Egaux ne se tuaient  pas entre eux ! En plein démantèlement de l’apartheid, on en vint à tenir  la tyrannie d’une toute petite minorité ethnique  pour un régime  démocratique ! On poussa la crédulité jusqu’à gober  que, dans le  contexte que l’on sait, l’assassinat de deux président hutus était l’œuvre de  Hutus !

Des journalistes et des hommes politiques belges et  français,  ont marché à fond dans cette mythologie au point de devenir pendant  tout au long de  ces années des avocats enflammés de Kagame.

Quand Pierre Péan  entreprit courageusement  de rétablir la vérité dans don livre «  Noires fureurs, Blancs mensonges » (1), il fut non seulement soumis au harcèlement  judicaire des avocats de Kagame (qui compte  aussi parmi ses conseils Tony Blair),  mais il  eut droit à une page entière de réfutation unilatérale dans les deux principaux quotidiens nationaux. Quand Kagame mit en place une commission pour faire la « vérité » sur l’implication française dans le génocide, le rapport fit  la une du Monde (que l’histoire du XXe siècle aurait dû alerter sur ce que peut valoir ce genre de commissions sous  un régime de terreur). Patrice de Saint-Exupéry, journaliste au Figaro, n’a cessé de se déchaîner pour   soutenir les accusations les plus insensées contre  l’armée française.

Bernard Kouchner entretenant  avec Kagame des liens personnels dont la nature reste à  éclaircir, a soutenu constamment ce dernier depuis son arrivée au Quai d’Orsay. Pas un mot n’en revanche du gouvernement pour défendre l’armée française injustement accusée. L’inexpérience de Claude Guéant (qui s’est aussi impliqué dans l’affaire) aidant, le président Sarkozy fut  entrainé à faire une visite à Kagame, en février dernier, qui avait aux yeux du monde, même si le président mesura ses termes,  le caractère  d’une  visite d’excuses.  Aucune contrepartie à ce  geste d’apaisement, même pas qu’il soit sursis  à la sortie officielle du Rwanda de  la francophonie, son gouvernement ayant interdit à la  rentrée 2010 le français et imposé l’anglais dans les écoles. Le  rapport Mapping ridiculise, est-il besoin de le dire, ces manœuvres foireuses.

Pour  comprendre  comment tant de gens sensés en sont  venus là, il faut sans doute prendre en compte l’appui discret du gouvernement  américain et ses innombrables relais d’opinion au camp  tutsi. Mais cet appui, Kagame, qui avait  fait un long séjour à Washington en 1990, était   allé le chercher. Il faut donc voir aussi  que les Tutsis sont une élite africaine extrêmement douée,  non seulement pour faire la guerre mais pour séduire et   pratiquer la désinformation.

La révolution de 1959 avait répandu à Bruxelles, à Paris, à Genève, une diaspora  tutsie  instruite,  d’autant plus influente qu'elle fut ensuite  renforcée par les épouses ou compagnes tutsies ramenées par les coopérants, femmes  réputées particulièrement belles et intelligentes.

Avant l’offensive de 1990, les émissaires envoyés par le  FPR  en Europe se montrèrent très habiles pour   gagner les bonnes grâces de forces influentes.

Mais  leurs  manœuvres n’auraient pas réussi dans la crédulité « bobo » d’une certaine gauche anticolonialiste, qui fut la cible principale de cette propagande. Les Tutsis surent jouer à fond sur ses réflexes conditionnés.  Il fallait à ces gens trop paresseux pour approfondir une situation complexe, des bons et des méchants. On lui  présenta  le régime de Habyarimana comme corrompu, ce qu’il était mais pas plus que la plupart des gouvernements du tiers monde – et au moins représentait-il  85 % de la population ! -,  l’accointance entre France, la Belgique et le régime hutu pour une entreprise  néocoloniale. On n’en prit même au cléricalisme :   l’Eglise ayant appuyé la démocratisation de 1959, le FPR était anticlérical – si tant est qu’on puisse comparer la politique  du petit père Combes et  l’exécution sommaire de tous les évêques et d’une grande partie du clergé hutus! On  s’en servit pour appâter les anticléricaux belges. On expliqua aux Wallons que les hutus étaient les Flamands du Rwanda et vice versa. Furent égalent approchés les milieux juifs auxquels ont fit croire que les Tutsis étaient les Juifs du Rwanda – comme si une aristocratie juive avait gouverné l’Allemagne depuis des siècles !    On manipula même les monarchistes en comparant le sort des Tutsis avec celui des émigrés de 1789, la seule comparaison d’ailleurs qui ne soit pas complément fallacieuse.  

Le problème pour Kagame est que les milieux qu’il avait réussi à circonvenir  sont assez généralement d’inspiration mondialiste : un rapport de l’ONU, sous l’égide  du Haut commissariat aux droits de l'homme et  du Haut commissariat aux réfugiés,  pour ces gens là, pèsent lourd.   L’ONG Human rights watch  demande  déjà des sanctions contre les auteurs des  crimes. La publicité que Le Monde   a donné à ce rapport, s’en réservant l'avant-première,  est un indice de la réaction de  ce public,  pris à contrepied et désormais  prêt, semble-t-il,  à ouvrir les yeux.

Il sera difficile à Kagame, malgré les menaces affolées qu’il brandit,  de remonter la pente. Et c’est tant mieux : le rétablissement de la vérité est le commencement  de la justice.  

 

Roland HUREAUX

 

1.      Fayard, 2005

 

 

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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 09:08

 

« Il n’y a rien de caché qui ne finisse par venir au grand jour » dit l’Ecriture (Mc 4, 22).

C’est  ce que confirme le rapport annoncé du Haut commissariat aux droits de l’homme des Nations-Unies sur les crimes commis dans le  Nord-Est  de la République démocratique du Congo (ex-Zaïre) au cours de la décennie  qui a suivi  le génocide rwandais de 1994.

Le président Paul Kagame, de l’ethnie tutsie, arrivé au pouvoir au Rwanda  à ce moment là par la force des armes  dispose de réseaux actifs de soutien en Europe et d’un sens aigu de la communication. Il a  ainsi imposé à l’opinion une version canonique : il n’y a eu qu’un seul génocide, celui qu’avait commis  le régime hutu qu’il avait glorieusement renversé. Ce génocide avait fait au moins 800 000 morts, chiffre donné par le  nouveau régime et jamais vraiment critiqué.

Il y avait  donc les bons et les méchants, les victimes et les bourreaux : d’un côté, les Hutus en bourreaux, de l’autre les Tutsis en victimes. Et tout finit bien puisque ces derniers finissent par prendre le pouvoir. Qu’ils ne représentent  que moins de 5 % de la population et que donc le nouveau régime n’ait pu  se maintenir qu’au mépris de la démocratie,  était perdu de vue.

Le tribunal spécial d’Arusha installé par les Nations-Unies poursuivait presque exclusivement les Hutus, au point que certains de ses membres ont dénoncé cette partialité.

Pour préserver sa réputation, le président Kagame n’a pas lésiné sur les moyens : des avocats britanniques poursuivaient toute critique de son régime. Il prit Tony Blair pour  conseiller. Prétendre  que les torts pourraient être partagés, c’était du négationnisme. Evoquer le caractère ethnique des oppositions,  du racisme.

Les faits sont en réalité beaucoup plus complexes.  La fureur génocidaire des Hutus avait explosé à la suite d’un attentat commis le 6 avril 1994 contre le président hutu, attentat  dont le juge Bruguière pense que  Kagame  est responsable.    Elle faisait suite à l’invasion du pays par les Tutsis émigrés disposant d’un  appui anglo-saxon occulte ; au fur à mesure que les forces d’invasion avançaient,  les exécutions  sommaires  dans les zones conquises nourrirent  la panique.

 

 

Représailles au Congo

 

 Quand les Tutsis venus du pays voisin prirent le pouvoir, ils ne se contentèrent pas d’imposer un régime de fer aux 95 % de hutus qui composaient la population, ils allèrent massacrer  dans le pays voisin, en théorie les auteurs du génocide, en fait tous les Hutus, y compris ceux qui résidaient depuis toujours au Congo.  Cette poursuite systématique a certainement  fait, elle aussi, des centaines de milliers de morts.

Ces massacres s’ajoutent à d’autres, plus anciens et oubliés, en 1972, 1988, 1993 où , dans le Burundi voisin, ce sont les Tutsis qui massacrèrent les Hutus.   Sur le long terme, il est probable que les Tutsis ont massacré autant de Hutus  que l’inverse.

Le  rapport des Nation-Unies n’apprend en fait rien aux initiés : le commissaire européen Emma Bonino avait dès 1997 dénoncé les massacres qui avaient lieu au Congo, mais l’habileté du président Kagame  avait réussi à étouffer cette voix et même  à remiser au placard  plusieurs rapports des instances internationales.

Cette fois Paul Kagame n’est pas arrivé à étouffer la vérité.

Dès le début, il avait tenu, au mépris des faits , la France, qui était intervenue en 1994  par l’opération Turquoise afin de limiter les dégâts, pour coresponsable des massacres. Il a même  choisi, en représailles,  à partir de la présente rentrée scolaire,  de remplacer le français par l’anglais.

Mais sa réputation était si bonne aux yeux des non–initiés   qu’il eut droit à des visites de « réconciliation »  de Bernard Kouchner, de Claude Guéant et même, en février dernier, de Nicolas Sarkozy en personne – alors que bien d’authentiques  amis de la France, tel le président actuel de Madagascar, Andry Rajoelina,  à qui on reproche de ne pas avoir été élu dans les formes démocratiques, n’ont pas  eu cet honneur. Le général Lafourcade, qui dirigea l’opération Turquoise, demande en vain depuis plusieurs années qu’une voix officielle française démente les allégations du dictateur rwandais, déshonorantes pour notre armée.

Il n’est pas nécessaire que la publication du rapport du Haut commissariat pour les droits de l’homme aboutisse à une inculpation. Il suffit que la vérité soit connue. Toute la  vérité.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 09:08

Le concert d’éloges qui accompagne légitimement  la mort du presque centenaire  général Pierre-Marie Gallois risque d’  occulter  la profonde originalité de son   parcours politique.

Bien que militaire de carrière, le général, en deuxième section depuis plus de cinquante ans,  n’a pas en effet manqué d’occasions de s’exprimer sur la politique de la France et les grands problèmes internationaux au cours du dernier demi-siècle. Cet ancien membre des FFL, artisan de la bombe atomique française, était devenu    un  spécialiste reconnu de la géopolitique.

Qu’il ait été, avec le général Ailleret,  le  théoricien de la stratégie gaullienne de  dissuasion tout azimut  est bien connu. Mieux que personne, il sut exposer  la théorie de la dissuasion du faible au fort, fondement de la politique d’indépendance nationale du général de Gaulle.

Les esprits convenus seront d’autant plus surpris de  voir ce gaulliste  en première ligne  de la campagne contre le surarmement  soviétique, au cours des années soixante-dix  : il dénonce magistralement en 1975 dans «  La grande berne »  la manière dont les accords de désarmement SALT I   sont contournés par l’Union soviétique pour préparer la mise en tutelle de l’Europe occidentale en pointant sur elle des centaines de fusées de moyenne portée, les SS20.   Serait-il passé dans le camp des pro-américains , s’alignant même sur les  faucons ? Dans cette ultime phase de la guerre froide, le général Gallois a en tous les cas clairement choisi son camp :  celui de la liberté.

Il ne pouvait qu’accueillir avec faveur la chute du rideau de fer en 1990, aboutissement du combat de tous ceux  qui, des deux côtés de l’Atlantique,  ne se laissèrent jamais,  comme lui,  séduire par les mirages de la détente.

Mais alors, nouvelle surprise, à plus de 80 ans,  le général semble à nouveau changer de camp :  hostile à la première guerre du Golfe et bien entendu à la seconde, il s’engage avec résolution contre la guerre faite par  l’OTAN à la  Yougoslavie en 1999, avec  la participation de la France  . De plus en plus inquiet des dérives  de l’hyper-puissance américaine et  d’une politique européenne supranationale  inféodée, méfiant aussi des nouvelles ambitions hégémoniques de l’Allemagne sur le continent, évidemment hostile à la réintégration de l’OTAN,  il prône le rapprochement avec la Russie.

Gaulliste,  le général Gallois s’est ainsi retrouvé dans  les années soixante-dix,  avec les  libéraux atlantistes, qui, pour la plupart,   le sont  restés depuis, passant, comme sous l’effet de la vitesse acquise et en conformité avec la ligne du département, d’Etat de l’hostilité au communisme à l’hostilité à  la Russie . Vingt ans après, il côtoie au contraire des antiaméricains de toujours qui avaient, à la gauche du gaullisme ou   du parti socialiste,  fait preuve de complaisances équivoques pour le totalitarisme. 

Là où les esprits superficiels ne verront que palinodies et inconséquence, le général Gallois n’a en vérité suivi qu’une seule ligne,   la plus droite qui soit : ce qu’il considérait comme l’intérêt de la France. Un intérêt qui varie, comme nous l’apprend l’histoire,  qu’il connaissait si bien,  selon les temps et les circonstances et qui commande de savoir repérer à chaque moment où se trouve le danger principal.

Nulle étroitesse « maurassienne » dans ce parti, mais au contraire, chez quelqu’un qui avait travaillé plusieurs années au SHAPE, une conscience aigue que, dans un environnement international impitoyable, personne ne défendra nos intérêts à notre place. 

Ce qui, à vrai dire, est étonnant, ce n’est pas l’évolution du général Gallois, c’est que si peu en France, aient fait leur cette  ligne, qui aurait du être normalement  celle de la plus grande partie des élites françaises. Seule à notre  connaissance, Marie-France Garaud   a suivi  le même  itinéraire.   

Pourquoi  un tel isolement ? D’abord parce les grands esprits comme lui sont rares : la plupart,    qui semblent à un moment donné fonder leur engagement  en raison  sont en réalité  victimes de la routine intellectuelle, du parti pris,  de l’idéologie. Ensuite parce  qu’il était un homme libre.  Dans notre pays, il y avait  au temps des guerres de religion   le parti espagnol  et le parti anglais ; il y a eu, plus récemment, celui de Londres  et celui de Berlin, celui de Washington et celui   de Moscou.    Entre les deux, il y a, il devrait y avoir en tous cas  le parti de la France. Rendant  l’âme à Dieu à un moment où on peut se demander si ce parti  existe encore, le général Gallois nous en rappelle l’éminente  dignité.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 09:06

 

Invoquer la Shoah pour défendre les expulsions de Roms décrétées par le Président de la République, tel est l’artifice rhétorique auquel sera parvenu Alain Minc !  

Rivalisant avec Frédéric Lefèbvre, l’essayiste est devenu  le porte-flingue de Nicolas Sarkozy.

C’est une récidive : on se souvient de la salve d’une rare bassesse que     le même avait l’an dernier envoyée   à  François Bayrou ;  il ne l’attaquait  ni sur ses propos , ni sur ses actes, mais sur ce qu’il était : démocrate-chrétien, béarnais  et fils de paysan : cela suffisait pour qu’il soit    aux yeux d’Alain Minc    suspect d’être un « Le Pen light » (sic) . Attaquer quelqu’un sur ce  qu’il est et non ce qu’il dit ou fait, n’est ce pas une définition du   racisme ? 

D’autres ont traité Chevènement de pétainiste parce qu’il   défendait l’indépendance nationale. Ne pas adhérer sans réserve  à   l’ultralibéralisme mondialiste, et c’est  la reductio ad hitlerium. J’ai  entendu une fois quelqu’un de la même mouvance, pas le plus  inspiré il est vrai, dire que « quelque part »  De Gaulle était pétainiste …

Après Bayrou, Alain Minc vise plus haut : il s’en prend cette fois au pape. Etant allemand, Benoît XVI  n’aurait  pas le droit de rappeler à un groupe de pélerins  qu’il faut « savoir accueillir les  légitimes diversités humaines » . Notons  qu’il n’a évoqué explicitement ni la France ni son président : mais  il a apparemment suffi qu’il le dise en français pour que la sarkozie se sente morveuse.

On ne reviendra pas sur le grand débat de la culpabilité du peuple allemand,  ni sur l’attitude de Joseph Ratzinger vis-à-vis du nazisme. Aurait-il fallu interdire de parole les organisateurs de l’opération Walkyrie, destinée à assassiner Hitler,  ou leurs descendants, presque tous catholiques ? Après une enquête approfondie, qui dans son principe était sans doute  inutile, Libération a conclu que le pape n’avait pas  été nazi ; d’une famille et d’une  village opposés au nazisme, enrôlé de force dans les Jeunesses hitlériennes comme tous les enfants des écoles, il fit l’objet de  quolibets et bousculé quand on y apprit qu’il voulait  devenir prêtre. D’ailleurs, du point de vue catholique , celui qui devient pape cesse d’être d’une nation pour n’appartenir plus qu’à  l’Eglise universelle.   

Mais le principe de la responsabilité collective, n’est-ce pas précisément une  des justifications de tous les génocides ?

C’est ce principe de la  responsabilité collective que Nicolas Sarkozy a appliqué aux Roms : un groupe de gens du voyage français attaque une gendarmerie ( ce qui , soit dit en passant, au témoignage de vieux gendarmes, n’est pas un fait nouveau ), on expulse   les Roms étrangers qui n’y sont pour rien pour faire des effets de muscles. Mais,  pour raisonner comme Alain Minc, du simple fait qu’ils sont  Roms, ils n’ont sans doute rien  dire après ce qui s’est passé à Saint-Aignan. « Si ce n’est toi, c’est donc ton frère ou bien quelqu’un des tiens ».

Si le pape a visé Sarkozy -  on peut en effet interpréter ses propos comme cela - ,  il n’a eu qu’un seul tort :   faire trop d’honneur à ce qui apparaît en définitive comme une pantalonnade : de fait on  fait semblant de les expulser puisque ils touchent une pécule pour partir « volontairement » . Moins   que du racisme, il s’agit de bêtise, puisque ces mesures, totalement à côté des vrais problèmes et   dont l’opinion n’est pas dupe,   ne visent qu’à masquer une immense impuissance. Leur logique n’en est pas moins condamnable.

 

Roland HUREAUX  

 

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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 09:05

 

La mobilisation syndicale du 7 septembre contre la réforme des retraites est  une réussite.

Il vaut mieux le dire car tout le monde ne le sait pas:   le monde syndical a si bien coordonné sa communication que,  la grève des journaux et des NMPP aidant,  la nouvelle n’a pu  être  claironnée dans les devantures des kiosques le lendemain matin.  

Le paradoxe – et cette opinion n’engage naturellement  que l’auteur de cet article – est que  ce grand rassemblement s’est fait contre une des rares réformes  de l’ère Sarkozy qui soit à peu près justifiable. Non pas que,  sur ce sujet, le président serait devenu raisonnable mais parce que celle-là ne procède pas de la volonté de changer pour changer, mais  a été imposée par le principe de réalité : la nécessité de rétablir  l’équilibre financier  les caisses d’assurance vieillesse.

Sans doute la réforme des retraites telle qu’elle soumise au parlement a-t-elle  bien des défauts : elle est défavorable aux femmes qui ont interrompu leur carrière pour élever des enfants, aux travailleurs les moins qualifiés entrés tôt dans le monde du travail,  aux  chômeurs âgés.  Elle est une réforme a minima qui ne fait que repousser aux calendes une solution de fond du problème.

Mais personne ne conteste la nécessité d’une réforme des retraites. L’évidence démographique fait que,  dans une population à la longévité de plus en plus grande, à la relève des générations insuffisante et où les cotisations vieillesse sont déjà très lourdes, un nouvel équilibre entre actifs et inactifs doit être trouvé.

Pour  cette raison, il y a peu de chances que la mobilisation contre les retraites aille jusqu’ à faire reculer le gouvernement. 

D’ailleurs,   le monde syndical, qui a fait sa démonstration de force, et donc montré qu’il existait encore, le souhaite-t-il vraiment ? On peut se poser la question.

Et le parti socialiste qui n’a guère de propositions alternatives ? Sans doute pas davantage.

Pour la même raison, beaucoup de grévistes et de manifestants ont profité de l’occasion pour exprimer leur mécontentement, pas seulement sur la question particulière des retraites mais sur la politique  du gouvernement en général.

Et là, les raisons ne manquent pas : on peut même dire que sur les  dizaines  de réformes lancées par le présent gouvernement, en dehors de celle-là, à peu près toutes auraient appelé  des protestations au moins  aussi fortes.  

Même si toutes ces réformes continuent, chacune dans son secteur,  à alimenter un malaise diffus,  on n’a pourtant  pas vu , en tous les cas pas si massivement,  jusqu’ici,   les fonctionnaires manifester conte la réforme de l’Etat, les postiers contre le nouveau  statut de la Poste, les gendarmes contre le rapprochement  avec la police , les policiers  contre l’absurde  culture du chiffre, les maires contre la loi de réforme des collectivités territoriales,   les enseignants contre le lycée à la carte  et  la perspective de suppression des concours  ( encore  que beaucoup d’entre eux  aient justifié par là  leur participation à la  journée de mardi) , les classes moyennes  pas assez riches pour bénéficier du bouclier fiscal contre l’augmentation des impôts, les chômeurs contre les délocalisations,  les pacifistes,   si mobilisés jadis face à   la guerre d’Algérie, contre la   guerre d’Afghanistan etc.

C’est que les mouvements sociaux, comme la politique, ont leur part d’irrationnel.  Les psychanalystes distinguent le désir latent ( et inconscient)  de  la revendication exprimée. En l’espèce, si  la revendication  exprimée porte  sur les retraites, le désir – ou le mécontentement -  latent,  porte sur  bien d’autres  sujets.

On peut même se demander, compte tenu de  l’impopularité des grèves dans  la plus grande partie de l’électorat de droite, si  celle du 7 septembre,  destinée à s’opposer à une réforme dont une partie de l’opinion admet confusément la nécessité, n’aura pas contribué à rassembler à nouveau l’électorat de Nicolas Sarkozy.  Pire encore :  si  comme dans le cas de la Grèce, l’ampleur de la protestation, ne crédibilise pas  la rigueur  à la française , qui en a bien besoin,  auprès des agences de notation !

 

 Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

 

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