Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Roland HUREAUX

MrHureaux

Recherche

Articles Récents

Liens

14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 09:13

 

Le  rapport remis au Haut-commissaire aux droits de l’hommes des Nations-Unies sur les crimes commis dans la province du Kivu à l’Est du Congo-Kinshasa à partir de 1994, dit « rapport Mapping »,   rejeté avec indignation par les gouvernements du Rwanda et du Burundi, ne contient des révélations que pour ceux qui n’ont pas suivi l’actualité tragique de la région des grands Lacs depuis vingt ans,    ou que le parti pris avait aveuglés.

Que dit ce rapport ? Qu’après 1994, date du génocide le plus médiatisé , celui des Tutsis de l’intérieur par les Hutus au Rwanda, responsable de centaines de milliers de morts,  suivi par la prise de pouvoir par les Tutsis venus de l’étranger dirigés par Paul Kagame, toujours au pouvoir, des massacres systématiques, qui auraient  fait , eux aussi,  des centaines de milliers de victimes,  ont eu lieu dans la province limitrophe du Kivu en République démocratique du Congo ( ex Zaïre). Ces massacres furent particulièrement massifs entre 1995 et 1997. Leurs principales victimes  furent cette fois les Hutus du Rwanda réfugiés, tenus tous, y compris  femmes et  enfants,  pour responsables du génocide de 1994,  par  la nouvelle armée rwandaise de Kagame, dominée par les Tutsis.  Mais  ces années troublées  virent aussi  le même Kagame fomenter, depuis  son petit Rwanda,   une révolte dans le grand Zaïre voisin qui aboutit à   renverser  le  régime de Mobutu (1997), ainsi qu’une   guerre civile larvée au Burundi. Ces guerres firent  d’autres victimes : Congolais, Tutsis du Congo, Burundais. Et il y  eut d’autres bourreaux, également  mis en cause dans le rapport : la guérilla  hutu du Congo elle-même, l’armée du Burundi, essentiellement tutsi, les forces armée du Congo souvent adonnées à l’anarchie et au pillage, et  des forces étrangères, angolaise notamment, venues les appuyer, mais les principales victimes furent les Hutus réfugiés.

Dès 1997, le commissaire européen aux droits de l’homme, Emma Bonino,  avait attiré l’attention sur ces massacres. Mais, depuis lors, le gouvernement de Kigali avait pu bloquer toute mise en cause officielle.

Ce que  l’opinion aurait dû savoir aussi : loin d’être l’ange blanc venu  sauver les populations du Rwanda des massacres de 1994, Paul Kagame, avec son armée rebelle, a joué, de manière tout à fait consciente,  un rôle essentiel dans leur déclenchement.

 

Retour sur une société de castes

 

Pour saisir le contexte de ces violences qui apparaissent confuses aux non-initiés, un bref retour en arrière est nécessaire.  Bien avant la colonisation, le Rwanda et le  Burundi, étaient deux Etats dirigés par un roi et une aristocratie  appartenant tous à l’ethnie tutsi  représentant entre 8 et 15 % de la population (compte tenu des métissages, il est difficile d’être plus précis), dominant une masse Hutu (bantou) dédiée aux travaux des champs, une structure que le colonisateur, allemand, puis belge, ne remit pas en cause. A l’indépendance, en 1959, les Hutus se soulevèrent et environ 50 000 Tutsis émigrèrent, principalement dans le pays voisin anglophone,  l’Ouganda. Par contre, au Burundi, les Tutsis se maintinrent au pouvoir en contrôlant l’armée et le parti unique et en massacrant sans pitiés les Hutus chaque fois qu’ils se révoltèrent, en 1972, puis en  1993.

Ces  rivalités , contrairement à ce que l’on croit,  n’ont rien à voir avec des luttes tribales classiques Pour en comprendre les ressorts, il se peut que nous n’ayons de meilleur guide qu’Aristote, observateur de problèmes analogues dans les cités grecques : « Dans le oligarchies, c’est la masse des citoyens qui se soulève, comme étant victime d’une injustice  , du fait que leur part n’est pas égale à celle des autres, dont ils se considèrent  pourtant les égaux, et dans les démocraties, au contraire, ce sont les notables qui se révoltent, parce que leur part est seulement égale à celle des autres, alors qu’ils ne se considèrent  pas comme  leurs égaux. » (Politique V, 3).

Le cycle récent de troubles commence quand les Tutsis émigrés en Ouganda entreprennent  en 1990, sous la direction de Paul Kagame, de revenir au pouvoir dans leur pays par la force. Comme l’Ouganda était anglophone et le Rwanda francophone, ils reçurent l’aide discrète, outre celle du  gouvernement ougandais, d’éléments britanniques et américains avec sans doute l’arrière pensée d’enfoncer un coin dans le pré carré francophone.

Ce qui n’a pas été dit : au fur et à mesure que l’armée tutsie du FPR pénétrait dans le pays, elle se livrait  à des massacres de paysans hutus qui provoquèrent leur exode et commencèrent à entrainer des représailles contre les  Tutsis de l’intérieur.

Le  génocide final des Tutsis  de l’intérieur (allègrement sacrifiés par Kagame qui les tenait avec mépris pour des « collaborateurs ») fut déclenché  par l’attentat du 6 avril 1994, dont nul ne doute aujourd’hui qu’il ait été  fomenté par Paul Kagame, et qui vit le mort de deux présidents hutus, Juvénal Habyarimana du Rwanda et Cyprien Ntaryamira du Burundi, ce dernier ayant été élu dans le cadre d’un processus de démocratisation.

L’armée française est intervenue au cours de ces années à trois titres :

-         Une coopération militaire normale  était menée avant 1990,  comme dans beaucoup de pays francophones, avec l’armée et la gendarmerie rwandaises.  Est-il nécessaire de préciser qu’elle n’avait pas pour but de leur  apprendre le maniement de la machette ?

-         A la suite de l’agression de 1970, le président hutu Habyarimana obtient de François Mitterrand, un soutien prudent, sous la forme d’un peu d’armement,  de conseillers, et  d’un détachement destiné d’abord à  protéger les ressortissants français ;

-         A la suite du déclenchement des massacres de 1994, pour les faire cesser et donc protéger les Tutsis encore en vie , a été organisée,  sous l’égide de Mitterrand, Balladur et Juppé, sur décision du Conseil de sécurité,   l’opération Turquoise  (22 juin-21 août 1994) dirigée par le général Lafourcade. Elle ne fit rien pour empêcher  l’installation au pouvoir en juillet  de Paul Kagame  qui a imposé la dictature de ce qui reste de la minorité tutsie (essentiellement les émigrés de l’Ouganda).   

S’il y a faute de la France, elle est de n’avoir soutenu que mollement Habyarimana : toujours ambigu, à sa manière habituelle, François Mitterrand lui imposa en pleine guerre civile une démocratisation qui désorganisa  le camp gouvernemental  et permit au FPR d’infiltrer tous les rouages de l’Etat; à la suite des accords d'Arusha,  conclus  en septembre 1993,  il cessa son aide,    tandis que, selon un scénario que l’Europe avait déjà connu au temps de la guerre d’Espagne,  le FPR continuait à recevoir de manière occulte  l’aide  de l’Ouganda et d’autres. C’est ainsi que la France finit par perdre sur tous les  tableaux !

 Vainqueur, Kagame a réussi un temps à imposer au monde sa version des événements : tous les torts sont du côté du régime hutu de Habyarimana, corrompu et  génocidaire ; le seul massacre qui ait droit à l’appellation de génocide, celui  de 1994, aurait fait un million de  victimes,  toutes tutsies; dénoncer un « double génocide » ou tenir ce chiffre pour exagéré, c’est être négationniste; l’armée tutsie est une armée de libération venue  mettre fin aux massacres. Les Français et les Belges ont aidé le  génocide et doivent faire repentance.

C’est cette Vulgate  qui est aujourd’hui remise en cause par le rapport de l’ONU.

Le noyau de vérité, certes important, qu’elle contient :    le massacre de 1994 qui a fait  plusieurs centaines de milliers de morts -  mais  pas tous tutsis ! -,  ne suffit pas pour  atténuer l’immense responsabilité de Kagame dans le déclenchement de ces  massacres et dans ceux  qui ont suivi et que relate le rapport de l’ONU.

 

Bobos et gogos abusés

 

Par delà la réalité des faits, aujourd’hui à peu près établie pour tous les observateurs  de bonne foi, il est important de comprendre   la manière dont on a pu abuser à ce point  l’opinion internationale, spécialement en Europe et en Amérique du Nord  et qui constitue sans doute un cas d’école.   Au point que des dizaines d’intellectuels, journalistes voire hommes politiques, en France et en Belgique, ont longtemps fermé les yeux sur les massacres dans les zone « libérées » par le FPR puis  au  Kivu et ont tenu  en haute  estime le régime de Kagame, dictature féroce d’une minorité qui ressemble autant à une démocratie que la Sparte antique – et encore, les Egaux ne se tuaient  pas entre eux ! En plein démantèlement de l’apartheid, on en vint à tenir  la tyrannie d’une toute petite minorité ethnique  pour un régime  démocratique ! On poussa la crédulité jusqu’à gober  que, dans le  contexte que l’on sait, l’assassinat de deux président hutus était l’œuvre de  Hutus !

Des journalistes et des hommes politiques belges et  français,  ont marché à fond dans cette mythologie au point de devenir pendant  tout au long de  ces années des avocats enflammés de Kagame.

Quand Pierre Péan  entreprit courageusement  de rétablir la vérité dans don livre «  Noires fureurs, Blancs mensonges » (1), il fut non seulement soumis au harcèlement  judicaire des avocats de Kagame (qui compte  aussi parmi ses conseils Tony Blair),  mais il  eut droit à une page entière de réfutation unilatérale dans les deux principaux quotidiens nationaux. Quand Kagame mit en place une commission pour faire la « vérité » sur l’implication française dans le génocide, le rapport fit  la une du Monde (que l’histoire du XXe siècle aurait dû alerter sur ce que peut valoir ce genre de commissions sous  un régime de terreur). Patrice de Saint-Exupéry, journaliste au Figaro, n’a cessé de se déchaîner pour   soutenir les accusations les plus insensées contre  l’armée française.

Bernard Kouchner entretenant  avec Kagame des liens personnels dont la nature reste à  éclaircir, a soutenu constamment ce dernier depuis son arrivée au Quai d’Orsay. Pas un mot n’en revanche du gouvernement pour défendre l’armée française injustement accusée. L’inexpérience de Claude Guéant (qui s’est aussi impliqué dans l’affaire) aidant, le président Sarkozy fut  entrainé à faire une visite à Kagame, en février dernier, qui avait aux yeux du monde, même si le président mesura ses termes,  le caractère  d’une  visite d’excuses.  Aucune contrepartie à ce  geste d’apaisement, même pas qu’il soit sursis  à la sortie officielle du Rwanda de  la francophonie, son gouvernement ayant interdit à la  rentrée 2010 le français et imposé l’anglais dans les écoles. Le  rapport Mapping ridiculise, est-il besoin de le dire, ces manœuvres foireuses.

Pour  comprendre  comment tant de gens sensés en sont  venus là, il faut sans doute prendre en compte l’appui discret du gouvernement  américain et ses innombrables relais d’opinion au camp  tutsi. Mais cet appui, Kagame, qui avait  fait un long séjour à Washington en 1990, était   allé le chercher. Il faut donc voir aussi  que les Tutsis sont une élite africaine extrêmement douée,  non seulement pour faire la guerre mais pour séduire et   pratiquer la désinformation.

La révolution de 1959 avait répandu à Bruxelles, à Paris, à Genève, une diaspora  tutsie  instruite,  d’autant plus influente qu'elle fut ensuite  renforcée par les épouses ou compagnes tutsies ramenées par les coopérants, femmes  réputées particulièrement belles et intelligentes.

Avant l’offensive de 1990, les émissaires envoyés par le  FPR  en Europe se montrèrent très habiles pour   gagner les bonnes grâces de forces influentes.

Mais  leurs  manœuvres n’auraient pas réussi dans la crédulité « bobo » d’une certaine gauche anticolonialiste, qui fut la cible principale de cette propagande. Les Tutsis surent jouer à fond sur ses réflexes conditionnés.  Il fallait à ces gens trop paresseux pour approfondir une situation complexe, des bons et des méchants. On lui  présenta  le régime de Habyarimana comme corrompu, ce qu’il était mais pas plus que la plupart des gouvernements du tiers monde – et au moins représentait-il  85 % de la population ! -,  l’accointance entre France, la Belgique et le régime hutu pour une entreprise  néocoloniale. On n’en prit même au cléricalisme :   l’Eglise ayant appuyé la démocratisation de 1959, le FPR était anticlérical – si tant est qu’on puisse comparer la politique  du petit père Combes et  l’exécution sommaire de tous les évêques et d’une grande partie du clergé hutus! On  s’en servit pour appâter les anticléricaux belges. On expliqua aux Wallons que les hutus étaient les Flamands du Rwanda et vice versa. Furent égalent approchés les milieux juifs auxquels ont fit croire que les Tutsis étaient les Juifs du Rwanda – comme si une aristocratie juive avait gouverné l’Allemagne depuis des siècles !    On manipula même les monarchistes en comparant le sort des Tutsis avec celui des émigrés de 1789, la seule comparaison d’ailleurs qui ne soit pas complément fallacieuse.  

Le problème pour Kagame est que les milieux qu’il avait réussi à circonvenir  sont assez généralement d’inspiration mondialiste : un rapport de l’ONU, sous l’égide  du Haut commissariat aux droits de l'homme et  du Haut commissariat aux réfugiés,  pour ces gens là, pèsent lourd.   L’ONG Human rights watch  demande  déjà des sanctions contre les auteurs des  crimes. La publicité que Le Monde   a donné à ce rapport, s’en réservant l'avant-première,  est un indice de la réaction de  ce public,  pris à contrepied et désormais  prêt, semble-t-il,  à ouvrir les yeux.

Il sera difficile à Kagame, malgré les menaces affolées qu’il brandit,  de remonter la pente. Et c’est tant mieux : le rétablissement de la vérité est le commencement  de la justice.  

 

Roland HUREAUX

 

1.      Fayard, 2005

 

 

Repost 0
Published by france
commenter cet article
14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 09:08

 

« Il n’y a rien de caché qui ne finisse par venir au grand jour » dit l’Ecriture (Mc 4, 22).

C’est  ce que confirme le rapport annoncé du Haut commissariat aux droits de l’homme des Nations-Unies sur les crimes commis dans le  Nord-Est  de la République démocratique du Congo (ex-Zaïre) au cours de la décennie  qui a suivi  le génocide rwandais de 1994.

Le président Paul Kagame, de l’ethnie tutsie, arrivé au pouvoir au Rwanda  à ce moment là par la force des armes  dispose de réseaux actifs de soutien en Europe et d’un sens aigu de la communication. Il a  ainsi imposé à l’opinion une version canonique : il n’y a eu qu’un seul génocide, celui qu’avait commis  le régime hutu qu’il avait glorieusement renversé. Ce génocide avait fait au moins 800 000 morts, chiffre donné par le  nouveau régime et jamais vraiment critiqué.

Il y avait  donc les bons et les méchants, les victimes et les bourreaux : d’un côté, les Hutus en bourreaux, de l’autre les Tutsis en victimes. Et tout finit bien puisque ces derniers finissent par prendre le pouvoir. Qu’ils ne représentent  que moins de 5 % de la population et que donc le nouveau régime n’ait pu  se maintenir qu’au mépris de la démocratie,  était perdu de vue.

Le tribunal spécial d’Arusha installé par les Nations-Unies poursuivait presque exclusivement les Hutus, au point que certains de ses membres ont dénoncé cette partialité.

Pour préserver sa réputation, le président Kagame n’a pas lésiné sur les moyens : des avocats britanniques poursuivaient toute critique de son régime. Il prit Tony Blair pour  conseiller. Prétendre  que les torts pourraient être partagés, c’était du négationnisme. Evoquer le caractère ethnique des oppositions,  du racisme.

Les faits sont en réalité beaucoup plus complexes.  La fureur génocidaire des Hutus avait explosé à la suite d’un attentat commis le 6 avril 1994 contre le président hutu, attentat  dont le juge Bruguière pense que  Kagame  est responsable.    Elle faisait suite à l’invasion du pays par les Tutsis émigrés disposant d’un  appui anglo-saxon occulte ; au fur à mesure que les forces d’invasion avançaient,  les exécutions  sommaires  dans les zones conquises nourrirent  la panique.

 

 

Représailles au Congo

 

 Quand les Tutsis venus du pays voisin prirent le pouvoir, ils ne se contentèrent pas d’imposer un régime de fer aux 95 % de hutus qui composaient la population, ils allèrent massacrer  dans le pays voisin, en théorie les auteurs du génocide, en fait tous les Hutus, y compris ceux qui résidaient depuis toujours au Congo.  Cette poursuite systématique a certainement  fait, elle aussi, des centaines de milliers de morts.

Ces massacres s’ajoutent à d’autres, plus anciens et oubliés, en 1972, 1988, 1993 où , dans le Burundi voisin, ce sont les Tutsis qui massacrèrent les Hutus.   Sur le long terme, il est probable que les Tutsis ont massacré autant de Hutus  que l’inverse.

Le  rapport des Nation-Unies n’apprend en fait rien aux initiés : le commissaire européen Emma Bonino avait dès 1997 dénoncé les massacres qui avaient lieu au Congo, mais l’habileté du président Kagame  avait réussi à étouffer cette voix et même  à remiser au placard  plusieurs rapports des instances internationales.

Cette fois Paul Kagame n’est pas arrivé à étouffer la vérité.

Dès le début, il avait tenu, au mépris des faits , la France, qui était intervenue en 1994  par l’opération Turquoise afin de limiter les dégâts, pour coresponsable des massacres. Il a même  choisi, en représailles,  à partir de la présente rentrée scolaire,  de remplacer le français par l’anglais.

Mais sa réputation était si bonne aux yeux des non–initiés   qu’il eut droit à des visites de « réconciliation »  de Bernard Kouchner, de Claude Guéant et même, en février dernier, de Nicolas Sarkozy en personne – alors que bien d’authentiques  amis de la France, tel le président actuel de Madagascar, Andry Rajoelina,  à qui on reproche de ne pas avoir été élu dans les formes démocratiques, n’ont pas  eu cet honneur. Le général Lafourcade, qui dirigea l’opération Turquoise, demande en vain depuis plusieurs années qu’une voix officielle française démente les allégations du dictateur rwandais, déshonorantes pour notre armée.

Il n’est pas nécessaire que la publication du rapport du Haut commissariat pour les droits de l’homme aboutisse à une inculpation. Il suffit que la vérité soit connue. Toute la  vérité.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

Repost 0
Published by france
commenter cet article
14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 09:08

Le concert d’éloges qui accompagne légitimement  la mort du presque centenaire  général Pierre-Marie Gallois risque d’  occulter  la profonde originalité de son   parcours politique.

Bien que militaire de carrière, le général, en deuxième section depuis plus de cinquante ans,  n’a pas en effet manqué d’occasions de s’exprimer sur la politique de la France et les grands problèmes internationaux au cours du dernier demi-siècle. Cet ancien membre des FFL, artisan de la bombe atomique française, était devenu    un  spécialiste reconnu de la géopolitique.

Qu’il ait été, avec le général Ailleret,  le  théoricien de la stratégie gaullienne de  dissuasion tout azimut  est bien connu. Mieux que personne, il sut exposer  la théorie de la dissuasion du faible au fort, fondement de la politique d’indépendance nationale du général de Gaulle.

Les esprits convenus seront d’autant plus surpris de  voir ce gaulliste  en première ligne  de la campagne contre le surarmement  soviétique, au cours des années soixante-dix  : il dénonce magistralement en 1975 dans «  La grande berne »  la manière dont les accords de désarmement SALT I   sont contournés par l’Union soviétique pour préparer la mise en tutelle de l’Europe occidentale en pointant sur elle des centaines de fusées de moyenne portée, les SS20.   Serait-il passé dans le camp des pro-américains , s’alignant même sur les  faucons ? Dans cette ultime phase de la guerre froide, le général Gallois a en tous les cas clairement choisi son camp :  celui de la liberté.

Il ne pouvait qu’accueillir avec faveur la chute du rideau de fer en 1990, aboutissement du combat de tous ceux  qui, des deux côtés de l’Atlantique,  ne se laissèrent jamais,  comme lui,  séduire par les mirages de la détente.

Mais alors, nouvelle surprise, à plus de 80 ans,  le général semble à nouveau changer de camp :  hostile à la première guerre du Golfe et bien entendu à la seconde, il s’engage avec résolution contre la guerre faite par  l’OTAN à la  Yougoslavie en 1999, avec  la participation de la France  . De plus en plus inquiet des dérives  de l’hyper-puissance américaine et  d’une politique européenne supranationale  inféodée, méfiant aussi des nouvelles ambitions hégémoniques de l’Allemagne sur le continent, évidemment hostile à la réintégration de l’OTAN,  il prône le rapprochement avec la Russie.

Gaulliste,  le général Gallois s’est ainsi retrouvé dans  les années soixante-dix,  avec les  libéraux atlantistes, qui, pour la plupart,   le sont  restés depuis, passant, comme sous l’effet de la vitesse acquise et en conformité avec la ligne du département, d’Etat de l’hostilité au communisme à l’hostilité à  la Russie . Vingt ans après, il côtoie au contraire des antiaméricains de toujours qui avaient, à la gauche du gaullisme ou   du parti socialiste,  fait preuve de complaisances équivoques pour le totalitarisme. 

Là où les esprits superficiels ne verront que palinodies et inconséquence, le général Gallois n’a en vérité suivi qu’une seule ligne,   la plus droite qui soit : ce qu’il considérait comme l’intérêt de la France. Un intérêt qui varie, comme nous l’apprend l’histoire,  qu’il connaissait si bien,  selon les temps et les circonstances et qui commande de savoir repérer à chaque moment où se trouve le danger principal.

Nulle étroitesse « maurassienne » dans ce parti, mais au contraire, chez quelqu’un qui avait travaillé plusieurs années au SHAPE, une conscience aigue que, dans un environnement international impitoyable, personne ne défendra nos intérêts à notre place. 

Ce qui, à vrai dire, est étonnant, ce n’est pas l’évolution du général Gallois, c’est que si peu en France, aient fait leur cette  ligne, qui aurait du être normalement  celle de la plus grande partie des élites françaises. Seule à notre  connaissance, Marie-France Garaud   a suivi  le même  itinéraire.   

Pourquoi  un tel isolement ? D’abord parce les grands esprits comme lui sont rares : la plupart,    qui semblent à un moment donné fonder leur engagement  en raison  sont en réalité  victimes de la routine intellectuelle, du parti pris,  de l’idéologie. Ensuite parce  qu’il était un homme libre.  Dans notre pays, il y avait  au temps des guerres de religion   le parti espagnol  et le parti anglais ; il y a eu, plus récemment, celui de Londres  et celui de Berlin, celui de Washington et celui   de Moscou.    Entre les deux, il y a, il devrait y avoir en tous cas  le parti de la France. Rendant  l’âme à Dieu à un moment où on peut se demander si ce parti  existe encore, le général Gallois nous en rappelle l’éminente  dignité.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

Repost 0
Published by france
commenter cet article
14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 09:06

 

Invoquer la Shoah pour défendre les expulsions de Roms décrétées par le Président de la République, tel est l’artifice rhétorique auquel sera parvenu Alain Minc !  

Rivalisant avec Frédéric Lefèbvre, l’essayiste est devenu  le porte-flingue de Nicolas Sarkozy.

C’est une récidive : on se souvient de la salve d’une rare bassesse que     le même avait l’an dernier envoyée   à  François Bayrou ;  il ne l’attaquait  ni sur ses propos , ni sur ses actes, mais sur ce qu’il était : démocrate-chrétien, béarnais  et fils de paysan : cela suffisait pour qu’il soit    aux yeux d’Alain Minc    suspect d’être un « Le Pen light » (sic) . Attaquer quelqu’un sur ce  qu’il est et non ce qu’il dit ou fait, n’est ce pas une définition du   racisme ? 

D’autres ont traité Chevènement de pétainiste parce qu’il   défendait l’indépendance nationale. Ne pas adhérer sans réserve  à   l’ultralibéralisme mondialiste, et c’est  la reductio ad hitlerium. J’ai  entendu une fois quelqu’un de la même mouvance, pas le plus  inspiré il est vrai, dire que « quelque part »  De Gaulle était pétainiste …

Après Bayrou, Alain Minc vise plus haut : il s’en prend cette fois au pape. Etant allemand, Benoît XVI  n’aurait  pas le droit de rappeler à un groupe de pélerins  qu’il faut « savoir accueillir les  légitimes diversités humaines » . Notons  qu’il n’a évoqué explicitement ni la France ni son président : mais  il a apparemment suffi qu’il le dise en français pour que la sarkozie se sente morveuse.

On ne reviendra pas sur le grand débat de la culpabilité du peuple allemand,  ni sur l’attitude de Joseph Ratzinger vis-à-vis du nazisme. Aurait-il fallu interdire de parole les organisateurs de l’opération Walkyrie, destinée à assassiner Hitler,  ou leurs descendants, presque tous catholiques ? Après une enquête approfondie, qui dans son principe était sans doute  inutile, Libération a conclu que le pape n’avait pas  été nazi ; d’une famille et d’une  village opposés au nazisme, enrôlé de force dans les Jeunesses hitlériennes comme tous les enfants des écoles, il fit l’objet de  quolibets et bousculé quand on y apprit qu’il voulait  devenir prêtre. D’ailleurs, du point de vue catholique , celui qui devient pape cesse d’être d’une nation pour n’appartenir plus qu’à  l’Eglise universelle.   

Mais le principe de la responsabilité collective, n’est-ce pas précisément une  des justifications de tous les génocides ?

C’est ce principe de la  responsabilité collective que Nicolas Sarkozy a appliqué aux Roms : un groupe de gens du voyage français attaque une gendarmerie ( ce qui , soit dit en passant, au témoignage de vieux gendarmes, n’est pas un fait nouveau ), on expulse   les Roms étrangers qui n’y sont pour rien pour faire des effets de muscles. Mais,  pour raisonner comme Alain Minc, du simple fait qu’ils sont  Roms, ils n’ont sans doute rien  dire après ce qui s’est passé à Saint-Aignan. « Si ce n’est toi, c’est donc ton frère ou bien quelqu’un des tiens ».

Si le pape a visé Sarkozy -  on peut en effet interpréter ses propos comme cela - ,  il n’a eu qu’un seul tort :   faire trop d’honneur à ce qui apparaît en définitive comme une pantalonnade : de fait on  fait semblant de les expulser puisque ils touchent une pécule pour partir « volontairement » . Moins   que du racisme, il s’agit de bêtise, puisque ces mesures, totalement à côté des vrais problèmes et   dont l’opinion n’est pas dupe,   ne visent qu’à masquer une immense impuissance. Leur logique n’en est pas moins condamnable.

 

Roland HUREAUX  

 

Repost 0
Published by france
commenter cet article
14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 09:05

 

La mobilisation syndicale du 7 septembre contre la réforme des retraites est  une réussite.

Il vaut mieux le dire car tout le monde ne le sait pas:   le monde syndical a si bien coordonné sa communication que,  la grève des journaux et des NMPP aidant,  la nouvelle n’a pu  être  claironnée dans les devantures des kiosques le lendemain matin.  

Le paradoxe – et cette opinion n’engage naturellement  que l’auteur de cet article – est que  ce grand rassemblement s’est fait contre une des rares réformes  de l’ère Sarkozy qui soit à peu près justifiable. Non pas que,  sur ce sujet, le président serait devenu raisonnable mais parce que celle-là ne procède pas de la volonté de changer pour changer, mais  a été imposée par le principe de réalité : la nécessité de rétablir  l’équilibre financier  les caisses d’assurance vieillesse.

Sans doute la réforme des retraites telle qu’elle soumise au parlement a-t-elle  bien des défauts : elle est défavorable aux femmes qui ont interrompu leur carrière pour élever des enfants, aux travailleurs les moins qualifiés entrés tôt dans le monde du travail,  aux  chômeurs âgés.  Elle est une réforme a minima qui ne fait que repousser aux calendes une solution de fond du problème.

Mais personne ne conteste la nécessité d’une réforme des retraites. L’évidence démographique fait que,  dans une population à la longévité de plus en plus grande, à la relève des générations insuffisante et où les cotisations vieillesse sont déjà très lourdes, un nouvel équilibre entre actifs et inactifs doit être trouvé.

Pour  cette raison, il y a peu de chances que la mobilisation contre les retraites aille jusqu’ à faire reculer le gouvernement. 

D’ailleurs,   le monde syndical, qui a fait sa démonstration de force, et donc montré qu’il existait encore, le souhaite-t-il vraiment ? On peut se poser la question.

Et le parti socialiste qui n’a guère de propositions alternatives ? Sans doute pas davantage.

Pour la même raison, beaucoup de grévistes et de manifestants ont profité de l’occasion pour exprimer leur mécontentement, pas seulement sur la question particulière des retraites mais sur la politique  du gouvernement en général.

Et là, les raisons ne manquent pas : on peut même dire que sur les  dizaines  de réformes lancées par le présent gouvernement, en dehors de celle-là, à peu près toutes auraient appelé  des protestations au moins  aussi fortes.  

Même si toutes ces réformes continuent, chacune dans son secteur,  à alimenter un malaise diffus,  on n’a pourtant  pas vu , en tous les cas pas si massivement,  jusqu’ici,   les fonctionnaires manifester conte la réforme de l’Etat, les postiers contre le nouveau  statut de la Poste, les gendarmes contre le rapprochement  avec la police , les policiers  contre l’absurde  culture du chiffre, les maires contre la loi de réforme des collectivités territoriales,   les enseignants contre le lycée à la carte  et  la perspective de suppression des concours  ( encore  que beaucoup d’entre eux  aient justifié par là  leur participation à la  journée de mardi) , les classes moyennes  pas assez riches pour bénéficier du bouclier fiscal contre l’augmentation des impôts, les chômeurs contre les délocalisations,  les pacifistes,   si mobilisés jadis face à   la guerre d’Algérie, contre la   guerre d’Afghanistan etc.

C’est que les mouvements sociaux, comme la politique, ont leur part d’irrationnel.  Les psychanalystes distinguent le désir latent ( et inconscient)  de  la revendication exprimée. En l’espèce, si  la revendication  exprimée porte  sur les retraites, le désir – ou le mécontentement -  latent,  porte sur  bien d’autres  sujets.

On peut même se demander, compte tenu de  l’impopularité des grèves dans  la plus grande partie de l’électorat de droite, si  celle du 7 septembre,  destinée à s’opposer à une réforme dont une partie de l’opinion admet confusément la nécessité, n’aura pas contribué à rassembler à nouveau l’électorat de Nicolas Sarkozy.  Pire encore :  si  comme dans le cas de la Grèce, l’ampleur de la protestation, ne crédibilise pas  la rigueur  à la française , qui en a bien besoin,  auprès des agences de notation !

 

 Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by france
commenter cet article
14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 09:04

 

Heureusement, le gouvernement, tenu à un minimum de réalisme, n’en tient  aucun compte, mais dès qu’il est question de réforme des retraites, il n’est pas de plumitif de la mouvance ultralibérale qui  ne ressuscite un vieux serpent de mer : la retraite par capitalisation.

Hypothèse mythique à bien des égards.

D’abord parce qu’elle s’inscrit généralement dans la rhétorique du dénigrement du « modèle social français ». On oublie que la retraite par répartition est largement dominante en Europe continentale, même en Allemagne où la capitalisation ne vient qu’en appoint.

Dans les pays anglo-saxons, la retraite par capitalisation, qui n’est pas non plus généralisée, est loin d’être la panacée : s’agissant des retraites « maison », qu’en pensent les anciens salariés de Maxwell, d’Enron ou de Lehman Brothers, impitoyablement privés de toute ressource. Et que dire des fonds de pension qui avaient tenu  le titre BP pour un placement « de  père de famille » ?

Ensuite,  la retraite par capitalisation désigne des réalités différentes sans que l’on se soucie toujours de préciser ce dont on parle.

Il peut s’agir d’une retraite par capitalisation individuelle. Un salarié verse volontairement chaque mois, soir à un fond d’entreprise, soit à un fond grand public,   une cotisation,  se substituant en tout ou en partie à la cotisation versée aujourd’hui  la caisse de retraite. Au lieu que cet argent soit reversé aux retraités d’aujourd’hui,  il est placé et restitué au cotisant au moment de la retraite.

Quelle différence avec  la bonne vieille épargne ? Une seule : les tenants de ce système attendent que les versements soient   déductibles de l’impôt sur le revenu. Le bon vieux Keynes nous ayant appris que la capacité d’épargne est proportionnelle au revenu,  bonjour la justice !

Instauré à l’échelon national, ce système a une contrepartie  implicite : la diminution des retraites versées au titre de la répartition. Aucun gouvernement ne l’envisage  sérieusement  à ce jour et on comprend bien pourquoi.

Cette idée n’est pas pour autant restée lettre morte. Elle a connu un commencement d’application,  d’abord  ouvert aux seuls fonctionnaires sous l’égide de Préfon Retraite, puis  élargi  au reste de la population sous la forme du Plan d’épargne retraite populaire (PERP).  Les actifs  qui le souhaitent (surtout les mieux payés) peuvent déduire de leur revenu imposable les cotisations versées en vue d’améliorer leur retraite.  On mesure l’absurdité d’un tel  système dans un pays qui bat tous les records d’épargne alors que ses finances publiques, notamment  à cause de ce genre de niches fiscales,  sont déficitaires

Mais la retraite par capitalisation a une autre signification : non point individuelle et facultative mais obligatoire et mutualisée. Les caisses de retraite (ou tout autre organisme en lien avec elles) peuvent aussi, au lieu de reverser mois après mois les cotisations des actifs aux  retraités comme cela se fait aujourd’hui,  les mettre de  côté pour  constituer un portefeuille de placements dont le revenu servira, le jour venu, à verser les pensions des cotisants d’aujourd’hui.

Système séduisant en soi mais dont on oublie généralement de dire ce qu’ il implique : ou bien on arrête pendant vingt ans ( le temps qu’un fond d’un montant suffisant puisse  être  constitué) de verser les retraites , ou bien on double les cotisations ! Doubler les cotisations au moment où elles n’ont jamais paru aussi lourdes et où elles constituent, tout le monde en convient, un frein à l’emploi !  Dire que l’on aurait pu promouvoir un tel système  en 1945  une chose, envisager sérieusement de le faire aujourd’hui,   c’est nager  en pleine utopie.

 

L’objection démographique

 

Le système de retraite par capitalisation se heurte à deux autres objections.

L’une est démographique. Toutes les études montrent que la capacité d’épargne décroit avec le nombre d’enfants. Or ce sont ces enfants qui , par leur travail,  soutiendront  demain les retraités. Combien injuste serait un système qui donnerait les retraites maximum à ceux qui auront fait le moins de sacrifices pour  préparer la relève des générations ! La retraite par capitalisation est antifamiliale par essence.

L’autres est économique : si le versement d ‘une retraite se traduit par un pouvoir d’achat réel, c’est que, au moment de ce versement,  les magasins sont achalandés. Et par qui le sont-ils, sinon par  le travail des actifs contemporains ?   Certes, parmi les facteurs de production, figure  aussi , à côté du travail , le capital et donc l’épargne des vingt ou trente dernières années. C’est la seule légitimité qu’aurait en définitive l’introduction d’une part de capitalisation dans nos systèmes mutualisés.

Mais  il faut   choisir le bon moment  pour cela. Dans les années  soixante ou soixante-dix, quand les retraites étaient encore faibles et la croissance de la population forte,  c’eut été plus facile qu’aujourd’hui. Las ! La génération des baby-boomers, peu généreuse pour ses anciens (au moins jusqu’en 1975,  a préféré « jouir sans entraves ». Aujourd’hui, c’est un peu tard.

A moins que la Bourse ne connaisse un très grave effondrement, plus  grave encore que  celui de 2009.  Dans ce cas, il faudrait en profiter pour constituer un fond de retraite  à bas prix. Si,  entretemps, la possibilité en a été restaurée, comme cela sera un jour inévitable, un emprunt massif de l’Etat ou des Caisses de retraite à la Banque centrale  pourrait financer cet investissement de départ.  

 

Roland HUREAUX

 

Repost 0
Published by france
commenter cet article
14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 09:03

Les Français, toujours enclins à se laisser impressionner par l’Allemagne,   imaginent Angela Merkel en chancelière de fer imposant la rigueur allemande  à   l’Europe.

Tel n’est point le regard que les Allemands portent sur elle : 63 % d’entre eux estiment qu’elle manque d’autorité. La coalition CDU-CSU-FDP (chrétiens-démocrates, chrétiens-sociaux et libéraux ) qu’elle conduit est au bord du délitement,  tant par  la  mésentente de ses composantes  que  par l’indiscipline  des barons de la CDU.  

Angela Merkel a essuyé ces derniers mois  toute une série d’  échecs : les élections du principal  land, la Rhénanie Nord-Westphalie , en mai,  ont été un désastre pour la coalition au  pouvoir et lui ont  fait perdre la majorité au Bundesrat (Sénat).  Après la démission, l’an dernier, d’un ancien ministre de la défense et  du chef d’état major des armées, au sujet de l’Afghanistan,  c’est le tour, fin mai, à la suite de déclarations sur le même sujet, du  président de la Fédération Horst Köhler  que la chancelière avait choisi personnellement et qui a révélé  cette occasion sa  maladresse.  Faute d’avoir pu imposer la candidature  à la tête de l’Etat  de son amie Ursula von der Leyen, elle a dû soutenir un baron du parti, Christian Wülf,  lui-même élu  difficilement  le 30 juin. Trois ministres-présidents de land CDU, dont celui de Hambourg le 18 juillet,  ont également démissionné.  Dans un contexte aussi chaotique, beaucoup pensent qu’Angela Merkel  n’est plus en fonction  pour très longtemps.

Dans un entretien pour  le magazine Cicero  reproduit  par Marianne 2, l’ancien chancelier Helmut Schmidt, autorité toujours reconnue en Allemagne,    va jusqu’à mettre en mettre en doute les compétences  économique de la chancelière, ainsi que celles de la plupart des ministres  de la coalition : « une politique à se tordre de rire » dit-il, se référant à l’interdiction, vaine, selon lui,  des ventes  à découvert.

C’est peut-être en raison de cette faiblesse intérieure qu’Angela Merkel est contrainte de suivre l’opinion allemande, dominée par les personnes âgées,  qui exige toujours plus de rigueur pour l’Allemagne et pour  ses partenaires, alors  que beaucoup estiment, même en Allemagne,  que cette politique plongera l’Europe  dans la récession.  C’est encore Helmut Schmidt qui pointe le risque « d’ exagérer l’assainissement budgétaire et, ce faisant,  de pousser l’ensemble du marché commun dans la déflation. » Selon lui, « l’assainissement du budget ne saurait être  l’impératif suprême. »

Il n’est pas sûr qu’en cédant,  sur le terrain de la rigueur, à presque toutes les exigences  de l’Allemagne,  ses partenaires, en premier lieu la France, rendent service au reste du monde. L’Allemagne, première économie du continent,  entraîne l’Europe ;  l’Europe, première puissance commerciale, pèse dans le monde.  Dirigée par un gouvernement sans marge de manoeuvre,  l’Allemagne  pourrait devenir  « le trou noir »  de l’économie mondiale.   

 

Roland HUREAUX

 

 

Repost 0
Published by france
commenter cet article
14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 09:02

Depuis que le général de Gaulle et le chancelier Adenauer instituèrent,  en 1963,  une relation privilégiée entre la France et l’Allemagne, les observateurs sont à l’affut de la moindre tension entre les gouvernements des  deux pays pour souligner les fissures dans le partenariat (1), parfois pour prédire avec quelque schadenfreude (joie mauvaise) sa prochaine rupture, en tous les cas pour juger chaque fois  qui a du s’incliner devant  l’autre : en général,  la France.

La dernière crise de l’euro  n’a pas échappé à ce scénario et les observateurs ont assez largement estimé que l’Allemagne avait , une fois de plus, « gagné » en  imposant, face à une position plus flexible de la France,  une cure d’austérité à toute l’Europe.

Cette lecture des événements laisse supposer que nous ayons affaire à deux gouvernements clairement conscients de leurs intérêts  et les défendant avec détermination.

 

Le biais de l’idéologie

 

Ces serait oublier combien l’ idéologie  européenne biaise les choses.

Le gouvernement français se présente dans cette affaire comme le chevalier blanc décidé à défendre l’euro coûte que coûte,  demandant des sacrifices aux Etats du Sud et  la  solidarité à  l’Allemagne. Mais la France a-t-elle vraiment intérêt à défendre l’euro ? On sait – et ce qui ne le savent pas peuvent lire le petit livre  que vient de publier à ce sujet  Alain Cotta : « Sortir de l’euro ou mourir à petit feu » (2), combien l’euro , tel qu’il est géré depuis dix ans, est devenu asphyxiant pour l’économie française, surtout depuis  que l’Allemagne a pris des  mesures  internes (réduction de salaires, TVA sociale)  pour prendre  un avantage compétitif sur ses concurrents : même  l’agriculture allemande taille aujourd’hui des croupières à   la française par  l’effet du différentiel de hausse de prix !  Que dire de l’industrie !  Cet avantage est encore  plus net vis-à-vis des autres partenaires de la zone euro.  Mais on sait aussi combien l’euro surévalué,  imposé jusqu’à une date récente par les Allemands et  Monsieur Trichet,  nous  a coûté  en perte d’emplois industriels et de services au bénéfice du reste du monde.  En fait, c’est  toute l’économie française qui meurt à petit feu  de ce régime  que pourtant  notre gouvernement s’évertue à défendre bec et ongles dans les négociations européennes comme s’il  y trouvait un avantage décisif.

Ajoutons  que les statuts de la Banque centrale européenne interdisent de monétiser la dette publique et donc ferment la voie à la seule manière de régler la question de la dette  souveraine sans casser la croissance.

 

L’intérêt des classes dirigeantes allemandes

 

Mais l’Allemagne elle-même a-t-elle vraiment intérêt au maintien de l’euro ? Oui,  si on fait la part de la névrose qui la pousse  à accumuler des excédents,  parce que cela correspond à la fois à  la psychologie d’un pays vieilli,  anxieux de l’avenir,  et à l’intérêt de ses classes dirigeantes qui n’obtiennent ce résultat qu’en bridant les salaires et le pouvoir d’achat des   salariés  allemands tout en engrangeant à l’exportation des  profits   massifs.

On peut cependant douter de cet intérêt si on considère que les excédents  ainsi accumulés par l’ Allemagne au sein de la zone euro ne l’empêchent pas,  elle aussi,  de se désindustrialiser. Si  dans la microéconomie de Jean de la Fontaine , la fourmi peut épargner sans être   prêteuse , dans la macroéconomie internationale, elle est bien obligée de l’être,  car que faire de ses excédents sinon de les prêter et les prêter à qui ?  Aux cigales précisément, soit les pays déficitaires  d’Europe et  les  Etats-Unis. Et comme on n’a  jamais vu les cigales se transformer en fourmis, ces prêts, jamais remboursés,   ne profiteront guère aux Allemands.

 

Vers une dépression généralisée

 

Et même si l’euro profitait vraiment à nos voisins d’outre-Rhin, en voulant le maintenir par une cure d’austérité imposée à toute l’Europe, à quoi arriveront-ils, sinon à  une dépression  généralisée ?   L’économie allemande qui ,  faute de vivre du pouvoir d’achat  de ses propres salariés  pressurés sans merci,  vit surtout  de celui  de ses voisins,  ne s’effondrera-t-elle pas à son tour  si ce pouvoir d’achat  se résorbe sous l’effet de la rigueur  qu’elle leur prêche. Il se résorberait aussi, dira-t-on,  s’ils dévaluaient – ce qui implique l’éclatement  de l’euro -  , sauf que dans le cas de l ’austérité sans dévaluation, le  cercle vicieux de la récession est sans fin :   effondrement de la consommation, effondrement de la production et des recettes fiscales, nouveaux déficits etc., alors qu’une dévaluation permet de redémarrer sur un bon pied.

C’est l’ancien chancelier Schmidt lui-même, lequel pourtant n’a jamais passé pour  un laxiste qui, tout en dénonçant l’incompétence économique de l’ équipe Merkel, rappelle que  « l’assainissement du budget ne saurait être  l’impératif suprême. »

La propension des élites françaises à l’idéologie, privilégiant les intérêts de  la construction européenne sur  ceux du pays, et   la névrose accumulatrice   allemande se conjuguent ainsi  en  une partie  de  bras de fer étrange où chacun se bat pour autre chose que son véritable intérêt. L’obscurcissement  des esprits est tel, des deux côtés du Rhin,  que l’on n’hésitera  pas à comparer cette empoignade à  un  « combat de nègres dans un tunnel ».

Mais elle fait une victime  encore plus importante que la France et l’Allemagne, c’est l’Europe elle-même, non pas l’Europe comme appareil institutionnel mais l’Europe comme réalité  : - hommes, femmes, champs, usines  - qui , faute  d’avoir encore une perception  réaliste de ses intérêts,  face à la conjugaison de concurrents qui, eux,  l’ont ( Etats-Unis, Chine, Inde, Russie ),  glisse  chaque jour un peu plus sur la pente du  déclin.  

 

Roland HUREAUX

 

1.                 Nous évitons le terme de « couple »  dont on sait combien  les Allemands l’ont en horreur

2.                 Plon , 2010

 

 

Repost 0
Published by france
commenter cet article
14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 09:00

 

Au vu de la synthèse rendue publique, le  rapport Roussely sur l’avenir de la filière française du nucléaire civil   rompt  avec  les  idées dominantes jusque là en matière industrielle.

D’abord parce qu’après deux décennies de désengagement public, il n’hésite pas à affirmer que « L’Etat devra continuer à assumer un rôle central dans l’organisation de la filière nucléaire française », apportant au passage cette précision importante : «  comme le font tous les Etats dans le monde ayant une industrie nucléaire ». 

Ensuite parce qu’il prend comme objet de sa réflexion l’industrie nationale, sans exclure pour autant l’appel à des capitaux privés ou à des partenariats étrangers.

Enfin parce qu’il pose le principe de l’intégration de la filière électronucléaire, proposant qu’un chef de file national, en l’occurrence EDF, soit chargé de fédérer les champions français du secteur,  alors que la tendance dominante était au contraire dans ce domaine comme dans d’autres la « désintégration».

Que l’intégration, de pair avec l’appui de l’Etat, soit préférable dès lors qu’il est question d’investissements lourds,  de technologies complexes exigeant des retours d’expérience suivis au plus près,  c’est l’évidence. C’est ainsi que la France a pu développer ses magnifiques fleurons que sont Airbus, l’industrie spatiale, l’industrie nucléaire, le TGV, devenus autant d’atouts pour l’Europe,  et se placer ensuite avantageusement sur les marchés mondiaux.

Telle n’est pas, pourtant, la philosophie dominante à Bruxelles. La commission de a imposé aux Etats, trop facilement consentants, au motif d’une « concurrence libre et non faussée », la « désintégration » des filières, en particulier de la filière électrique. D’abord avec la séparation des réseaux de transport (RTE) d’EDF imposée par la loi du 10 février 2000, puis la séparation EDF-GDF, enfin par l’ouverture du marché de la distribution d’électricité et la création d’une filiale dédiée (ERDF).

Cette tendance n’est  pas propre au secteur électrique : un peu partout,   la désétatisation, l’externalisation, la spécialisation sont   promues.

A partir de 1995,  le législateur français a du transposer les différentes directives  européennes organisant la concurrence sur le marché électrique.

Certes, des adaptations ont été ménagées : c’est ainsi que RTE et ERDF sont, pour le moment, des filiales à 100 % d’EDF, mais dans l’esprit des instances européennes, cette situation est tenue pour provisoire.

Dernier né de la série, le projet de loi NOME (Nouvelle organisation du marché de l’électricité) vise à imposer à  EDF de vendre à un prix déterminé par la Commission de régulation de l’électricité, environ un quart de sa production (et sans doute davantage ultérieurement) à ses concurrents qui ne sont pas en mesure de produire. Ce projet de loi, déjà adopté par l’Assemblée nationale, sera  soumis au Sénat à l’automne.

Il s’en faut cependant de beaucoup que la politique européenne de l’énergie ait obtenu les résultats escomptés.

Quand la commission de Bruxelles commença, au milieu des années quatre-vingt,  sous l’impulsion  du chancelier Kohl,  à promouvoir  libéralisation du marché de l’électricité en Europe, son but était d’en  faire baisser le prix.  Or c’est le contraire que l’on a vu : dans toute l’Europe, depuis que la libéralisation du marché a commencé, les prix de l’électricité ont augmenté et vont continuer d’augmenter.

Autre  paradoxe : les directives européennes devaient améliorer la fluidité du marché européen. Mais le transport de l’électricité est  un  monopole naturel : dès lors qu’il est   géré par des entités indépendantes, dont l’intérêt n’est pas nécessairement de multiplier les interconnexions mais de prélever une rente en profitant de leur  rareté,  on aboutit là aussi à l’effet inverse.

C’est le propre de l’idéologie  d’aboutir toujours, par l’application d’un principe unique érigé en absolu, en l’occurrence celui de la concurrence généralisée, aux effets inverses de ceux qui sont visés.  

Le contraire du pragmatisme, c’est l’idéologie.

C’est ce  pragmatisme qui inspire les nouvelles orientations de  notre industrie électronucléaire.

Il donne à soi seul un beau coup de vieux aux principes étriqués qui inspirent la loi NOME,   témoin d’un dogmatisme stérile et   déjà dépassé.

On peut se demander si la  nouvelle politique électronucléaire que la France s’apprête à se donner n’  implique pas  une remise en cause de l’ensemble de la politique énergétique européenne.

 

Roland HUREAUX

 

 

Repost 0
Published by france
commenter cet article
14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 08:58

 

Pour qui douterait que l’Europe de Bruxelles  présente une dimension idéologique, la  nouvelle organisation du marché du l’électricité qu’elle impose à la France  en est une illustration exemplaire.

Parmi les nombreux caractères de la démarche idéologique, telle que l’ont décrite ceux qui, comme Hannah Arendt ou Raymond Aron,  analysèrent  les régimes marxistes, deux s’appliquent  particulièrement  en l’espèce.

Le premier est de s’attacher à résoudre les problèmes qui ne se posent pas -  tout en laissant sans réponse les vraies questions.

Electricité de France est pour notre pays un atout magnifique. Premier producteur mondial d’électricité, historiquement en pointe dans la technique nucléaire, cette société d’Etat assure à notre pays une balance excédentaire d’environ 12 % par rapport au reste de l’Europe   et  des prix de l’électricité sensiblement plus faibles. Loin de lui coûter, cette entreprise rapporte à l’Etat.

Tout esprit raisonnable, on  dira même tout vrai libéral partisan d’une action publique sobre, proposerait de laisser les choses en l’état. Or telle  n’est pas  la politique dictée par Bruxelles : son but avoué est de casser le monopole d’EDF en France tenu pour « politiquement incorrect ». Après avoir, par la loi  du 10 février 2000 , littéralement  « désintégré »  l’entreprise, l’obligeant en particulier à confier à une filiale son activité de transport, une nouvelle loi,  déjà votée par l’Assemblée nationale mais pas encore par le Sénat , en vue de transposer les directives européennes qui se succèdent depuis 1996, s’attache à casser son monopole de distribution : EDF devra vendre à un prix déterminé par la Commission de régulation de l’électricité, environ un quart de sa production (et sans doute davantage ultérieurement) à des concurrents , incapables de produire mais désireux de s’approprier une partie du marché  de la distribution.  

On se souvient  qu’en 1928,  grâce à la NEP (Nouvelle politique économique instaurée par Lénine), qui avait  préservé un régime d’exploitation privé, l’agriculture soviétique était  prospère et nourrissait la population. Le régime considéra cette situation  comme un problème car elle ne correspondait pas au dogme de l’ « appropriation collective des moyens de production ». Dès lors fut entreprise à un coût humain et économique considérable la collectivisation des terres. Il fallut plus tard, face  au désastre des kolkhozes et des sovkhozes,  revenir en arrière et  tolérer des lopins individuels.

Un autre caractère constant de l’idéologie est d’avoir toujours des effets contraires au but poursuivi.

Quand la commission de Bruxelles commença, au milieu des années quatre-vingt,  sous l’impulsion  du chancelier Kohl,  à envisager  libéralisation du marché de l’électricité en Europe, son but était d’en  faire baisser le prix.

Or c’est le contraire que l’on voit : il est question d’une hausse de   25 % des tarifs électriques dans les cinq prochaines années. Et cela est présenté, le plus naturellement  du monde comme la conséquence de la nouvelle organisation du marché !

Il existe d’autres paradoxes de la même eau : les directives européennes devaient améliorer la fluidité du marché européen. Que  le transport, monopole naturel, soit géré par des entités indépendantes, dont l’intérêt n’est  pas de multiplier les interconnexions mais de prélever une rente en profitant de leur  rareté,  a  l’ effet inverse.

Pour reprendre la même référence, dans l’ancienne Union soviétique, la collectivisation de l’agriculture devait être le prélude à sa modernisation.  Elle s’accompagna en effet  de la diffusion  des engrais,  de l’utilisation de gros tracteurs etc. Mais  l’effet réel fut inverse de celui qui était attendu   un recul considérable dans la production qui fit que ce pays, d’excédentaire, devint déficitaire.

Voilà deux similitudes patentes entre l’inspiration des directives européennes et la démarche idéologique. On pourrait en trouver bien d ‘autres. A commencer par l’essence  même de cette démarche qui est la généralisation d’un principe abstrait unique  poussé jusqu’à l’absurde. Le communisme tenait la propriété publique pour un absolu, sans ménager d’exceptions, y compris dans des secteurs comme l’agriculture où ce régime ne se justifiait pas.  La Commission de Bruxelles tient  le principe de concurrence pour un absolu , y compris dans les services publics   où il  n’est pas nécessairement adapté.

Un des effets de ce qu’il faut bien appeler ce simplisme (mais ce  n’est qu’une des applications particulières de la théorie des effets pervers) est qu’il entraîne  toutes sortes de  complications. La planification à la  soviétique généra une bureaucratie effroyable ;   s’agissant  du marché européen de l’ électricité, non seulement  des entités comme EDF ont été contraintes d’éclater,  mais le  dispositif institutionnel de gestion  est devenu lui aussi bien plus complexe, du fait de la création d’administrations nouvelles   – comme la commission de régulation de l’électricité.  Le  sommet de la complication est atteint  par la réglementation elle-même : le projet de loi  dit NOME sur  la « nouvelle organisation du marché de l’électricité », actuellement en discussion, comme les différentes directives qu’il est censé transposer, en sont un triste exemple.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

Repost 0
Published by france
commenter cet article