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Roland HUREAUX

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4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 15:30

 

Les innombrables commentateurs de la victoire d’Obama ont, sans crainte de saturer auditeurs et lecteurs, ressassé  l’antienne que celle-ci était  la grande revanche des Afro-Américains si longtemps humiliés. Les uns ajoutaient  qu’il y avait là le témoignage de la vitalité et de la capacité de renouvellement de la grande démocratie américaine, ce qui est sans doute  vrai ; d’autres en profitaient pour faire  la leçon à la France supposée engoncée dans ses préjugés racistes. Leçon d’autant plus insupportable qu’elle se fonde sur l’ignorance des vrais ressorts qui ont permis la victoire de Barack Obama.

Le plus étonnant est que cette insistance sur la couleur de la peau du nouveau président intervient à une époque où toute référence raciale, voire seulement ethnique ou culturelle, est tenue pour politiquement incorrecte.    

Pourquoi ne pas dire que Barack Obama est un américain comme les autres –  ce qu’il revendique d’ailleurs – et  reconnaître que dans l’état de discrédit où la présidence Bush a plongé le camp républicain, à peu près n’importe quel démocrate aurait été élu ?

Mais puisque tant de commentateurs ne se gênent pas pour évoquer les racines du nouveau président, n’hésitons pas, tout en mesurant les limites de ces considérations ethniques, à  regarder de plus près  le  cas Obama.

Un cas assurément singulier. Etrange afro-américain en effet que ce président métis qui ne compte pas un seul esclave parmi ses ancêtres. Sa mère blanche descend, paraît-il, de  Jefferson Davis président de la   Confédération sudiste – et donc des partisans de l’esclavage dans  la guerre de sécession. Son père Barack Obama Sr – qui n’a jamais vécu aux Etats-Unis : c’est donc à tort que l’on fait du nouveau président un fils d’immigré – ne fut pas seulement un homme politique kényan en vue mais il appartient à l’ethnie Luo. Cela ne dira rien à ceux qui ignorent les réalités de   l’Afrique de l’Est. Mais les Luo et les Masaï du Kenya, comme les Tutsi du Rwanda, les Hayas de Tanzanie – on pourrait ajouter  les Amhara d’Ethiopie - figurent parmi les tribus  les plus  aristocratiques de l’Afrique subsaharienne, celles que l’on désignait autrefois sous le nom de « nilo-hamitiques » par opposition aux « bantous » qui peuplent le reste de l’Afrique. Composées d’éleveurs et de guerriers, elles ont toujours méprisé l’agriculture et les peuples qui s’y adonnaient, Européens compris. Elles sont aussi connues pour leurs dons politiques extraordinaires qui suscitent la méfiance des autres tribus : le génocide du Rwanda n’a pas d’autre cause ; le New York Times  a rappelé  qu’Obama, parce que Luo, n’aurait pas pu être élu au Kenya (1). Pour l’anecdote, on rappellera que c’est dans ces  groupes ethniques  aguerris que se recrutent les champions olympiques du 10 000 m et du marathon, alors que les Afro-Américains authentiques, des Etats-Unis ou des Caraïbes, préfèrent le sprint.  On objectera qu’Obama n’a guère connu son père, mais on sait depuis Jacques Lacan que le père imaginaire – ou imaginé -  importe souvent plus que le père réel !   

 

Plus qu’un noir, un  patricien

 

Ajoutons que Barack Obama a un parcours universitaire plus prestigieux qu’aucun de ses prédécesseurs.  On comprend mieux que,  plus que la couleur de sa peau, donnée en définitive bien relative, frappe   l’aisance patricienne du nouveau président qui  n’a, à cet égard, rien à envier à un  Roosevelt ou un  Kennedy, pourtant bien plus fortunés. C’est sans ironie qu’ Hilary Clinton, sa rivale malheureuse à l’investiture démocrate, accusa Obama  d’ « élitisme » ! Ce n’est en définitive que par sa femme qu’Obama se rattache à la communauté afro-américaine. Les réticences d’un Jesse Jackson – et d’autres - en début de campagne s’expliquent par ce background.

Ces réticences furent assez vite surmontées : les noirs américains ont très vite compris l’intérêt qu’ils trouveraient  à la promotion d’un homme de couleur, même atypique. La base démocrate a joué le jeu, au point que la carte du vote Obama  recouvre largement   celle des fiefs   traditionnels du parti démocrate, notamment le Nord-Est des blue collars blancs. Les   Républicains n’avaient nullement intérêt à souligner qu’Obama était un noir  atypique.

Ceci dit, l’élection d’Obama, ressemble fort à celles de  beaucoup de présidents   démocrates : Roosevelt, Carter, Clinton. Elle témoigne d’abord du rejet violent d’une présidence républicaine   trop usée ou dépassée par la crise,  à quoi s’ajoute le  parcours sans faute  d’un candidat exceptionnellement intelligent. Comme dans le cas de Clinton et de Carter, eux aussi candidats exemplaires, on cherche en vain un programme précis dans les annonces d’Obama en cours de campagne.

Les difficultés qu’il aura à gérer sont  énormes : des engagements militaires aventurés, un déficit budgétaire et  extérieur record, une récession sévère qui s’amorce. Dans une situation analogue, Roosevelt, avec son immense charisme avait su rendre l’espoir aux Américains, sans vraiment résoudre les problèmes au fond. Carter,  après une campagne remarquable  avait, faute de ce charisme, lamentablement échoué. Clinton avait navigué à vue, ne rompant pas franchement avec les orientations conservatrices de ses prédécesseurs républicains.

On ne peut que souhaiter le succès à Barack Obama, non seulement parce qu’il semble malgré tout un homme sympathique mais aussi parce que le monde n’a aucun intérêt, quoi qu’on dise,  à un échec des Etats-Unis.

 

                                                              Roland HUREAUX

 

 

1. Il est vrai que l’actuel président du Kenya Mwai Kibaki, usé, s’est vu contesté lors de la dernière présidentielle par le Luo Rail Odinga,  fils d’Oginga Odinga, homme politique kenyan de la première génération, proche du père d’Obama.  Kibaki n’a été réélu qu’au moyen de fraudes massives qui sont aux origines des graves tensions actuelles de ce pays.

 

 

 

 

 

 

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4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 15:27

   

Il y a quelque chose de fascinant à voir  un homme politique relativement jeune ( 47 ans) et noir  comme Barack Obama  briguer avec quelques chances de succès l’investiture démocrate pour  l’élection présidentielle américaine.

Autant que son audace, frappe l’aisance de ce candidat improbable dans un pays où aucun homme de couleur – à l’exception du général Colin Powell qui, sollicité par le parti républicain, déclara forfait -  n’avait pu  jusqu’ici envisager sérieusement d’entrer dans la course présidentielle.  Une aisance qui le fait même qualifier de  « nouveau Kennedy ».

La vérité est qu’Obama n’est pas un vrai noir !  Il ne l’est que pour ceux qui pensent que la couleur de la peau a de l’importance. Sur le plan culturel, le seul qui importe, Obama est le contraire d’un noir américain. Non par sa mère blanche qui  descendrait du président sudiste Jefferson Davis  - mais aussi, plus classiquement,  de paysans irlandais chassés par la famine de 1846 : aux Etats-Unis, une goutte de sang noir suffit à  vous faire  « black ». C’est de  son père,  Barack Obama Sr, homme politique kenyan de l’ethnie Luo, que le sénateur du Michigan a reçu une empreinte vraiment originale.

Les Luos appartiennent à cette grande famille de peuples pasteurs d’Afrique de l’Est  dits « nilo-hamitiques ». Si l’expression que de Gaulle appliqua une fois aux Juifs  « peuple sûr de lui et dominateur » a un sens, c’est bien dans cette région du monde. Les Nilo-hamitiques sont le contraire d’esclaves ou de descendants d’esclaves. Ces peuples  fiers et guerriers (1)  dominèrent longtemps les Bantous cultivateurs et sédentaires. Ils résistèrent avec succès aux entreprises des marchands d’esclaves arabes de la côte swahilie, quand ils ne collaborèrent pas avec eux.  Eux ou leur cousins sont au pouvoir au Rwanda, au Burundi, en Ouganda, en Ethiopie et au Soudan (quoique les Nilo-Hamitiques soudanais se prétendent Arabes).   De grands hommes politiques de la région comme Julius Nyerere, fondateur du socialisme ujamaa ou Yoweri Museveni actuel président de l’Ouganda en sont. De même l’ancien archevêque de Dar-es-Salaam  Lawrence Rugambwa,  fait premier cardinal africain par une Eglise romaine qui s’y connaît en  chefs.  Kabila, président du Congo est, dit-on,  à moitié tutsi.

Se   rattachent en effet aux peuple nilo-hamitiques  les Tutsis du Rwanda et du Burundi : minorité « noble » pesant entre   5 et 10 % de la population,  qui domina longtemps dans ces deux royaumes la majorité Hutu (lesquels sont des bantous). Renversée au Rwanda en 1960, la minorité tutsi  , aidée par l’ougandais Museveni, est revenue  au pouvoir sous l’égide de Paul Kagame en 1994. L’armée des « ci-devants », exilés depuis plus de trente  ans est rentrée au pays en massacrant à tour de bras. Les tenants du pouvoir majoritaire hutu, pris de panique,  commencèrent alors  à massacrer tous les Tutsis de l’intérieur et leurs amis réels ou supposés: ce fut le grand génocide de 1994. Le pouvoir est aujourd’hui exercé dans ce pays d’une main de fer par une petite minorité de Tutsis de l’étranger – très peu nombreux du fait du massacre des Tutsis de l’intérieur : peut-être 1 % de la population.

La diaspora tutsi en Europe ( particulièrement forte en Belgique ) et dans le monde est depuis lors un relais efficace de la propagande de Paul Kagame :  personne ne conteste le chiffre devenu « canonique » de 900 000 victimes,  pourtant issu d’une source unilatérale ; personne ne parle des massacres de Hutus par les Tutsis qui , quoique moins concentrés dans le temps, ont fait, sur la longue période encore plus de victimes. Tous ceux qui contestent la version officielle propagée par le gouvernement de Kigali sont menacés, où qu’ils se trouvent, de lynchage médiatique ou internautique, ou de procès téléguidés dissuasifs : la France fut ainsi fort injustement mise au banc des accusés dans  l’opération Turquoise  pour complicité avec les génocidaires, jusqu’à ce que Bernard Kouchner aille à Canossa à Kigali (2). Le courageux journaliste Pierre Péan qui a osé contester la version des vainqueurs tutsi et par là  défendre l’honneur de l’armée française dans un livre remarquable (3)  est depuis lors l’objet d’ une persécution sans merci. Agents conscients ou inconscients de l’internationale tutsi, la plupart des journalistes français se sont déchaînés contre son livre. SOS-Racisme a traîné son auteur devant les tribunaux pour racisme et complicité de génocide.

Au Kenya, l’ethnie dominante est au contraire une ethnie bantoue, les Kikouyous, servis par leur majorité relative, leur centralité et surtout  une empreinte anglaise plus forte. L’actuel président kikouyou Mwai Kibaki, usé , s’est vu contesté lors de la dernière présidentielle par une coalition menée par le Luo Rail Odinga,  fils d’Oginga Odinga , homme politique kenyan de la première génération, proche du père d’Obama.  Que Kibaki n’ait été réélu qu’au moyen de fraudes massives est aux origines des graves tensions actuelles de ce pays.

Même si le rôle des Tutsis du Rwanda est sujet à caution, être nilo-hamitique n’a certes rien d’infâmant, bien au contraire.

On comprend cependant, au vu de cet arrière-fond, à quel point le phénomène Obama est singulier, à quel point surtout la culture du candidat démocrate est étrangère à celle du Deep South. Un chef Luo n’a rien à voir avec l’oncle Tom pas plus que les chants guerriers masaï avec les mélopées des cueilleurs de coton du Mississipi !  

C’est ce qui explique sans doute que sa candidature pose si peu de problèmes à l’establishment américain et que, bien qu’il s’agisse, au moins formellement,  d’une candidature « noire », elle paraisse aller de soi. 

C’est ce qui explique aussi peut-être   la difficulté qu’éprouve  la communauté noire américaine à  se reconnaître dans ce candidat issu d’un univers si antithétique au sien. En définitive Obama ne s’en rapproche que par l’action sociale  qu’il a eue  dans les quartiers pauvres de Chicago et par sa femme qui est, elle, une authentique afro-américaine. Son élection éventuelle  ne signifierait pas nécessairement une promotion de la communauté noire.  Il faudrait plutôt l’analyser comme un phénomène sui generis.  

 

 

Roland HUREAUX

 

1.                       Parmi lesquels les célèbres masaïs.

2.                       Pierre Péan, Noires fureurs, blancs menteurs, Mille et Une Nuits

3.                       Ce que pouvait avoir d’incongru cette quasi repentance du ministre des affaires étrangères français a été justement relevé par  l’universitaire belge Filip Reyntjens ( Le Figaro,  30/1/2008 )

 

 

 

 

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4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 15:06

 
CRISE FINANCIERE : ET SI  TOUT REDEVENAIT COMME AVANT...EN PIRE  ?  



Tout le monde connaît le mécanisme psychologique à l’œuvre dans l’alcoolisme – et dans toutes les addictions d’ailleurs : l’alcool  produit une euphorie qui dure un certain temps, puis, l’effet passé,  vient le temps de la dépression, de la « gueule de bois » comme on dit. Les soulographes du  petit matin savent comment guérir la gueule de bois : recommencer vite à boire autant et même un peu plus. Le mécanisme de l’addiction veut en effet qu’il faut  des doses de plus en plus fortes de drogue pour accéder au même état d’euphorie.

N’est-ce pas ce qui est en train de se passer dans l’économie mondiale ?  Après une phase d’euphorie  marquée par les subprimes, la bulle financière, les profits record,   l’argent roi, nous avons depuis quelques semaines la  gueule de bois.

Le climat de catastrophe qui règne dans l’opinion et la grande presse ne doit pas nous leurrer : même si la dépression dure un certain temps, elle finira bien par se terminer.

Il arrive parfois à Alain Minc de ne pas se tromper : il n’a pas tort  de dire que si  en 1929,  les Etats étaient venus au secours du système bancaire avec la même détermination qu’ils le font aujourd’hui, nous n’aurions pas eu Hitler.

La leçon de 1929 n’ayant pas été oubliée, la réaction a été cette fois vigoureuse,  malgré les hésitations de certains pays comme l’Allemagne. Son effet ne sera  bien entendu pas immédiat. Les bourses peuvent encore baisser mais enfin vient toujours un moment où les spéculateurs se rappellent que derrière les titres, il y a des biens réels : des usines, des champs, des immeubles et une activité économique qui ne s’est pas encore complètement arrêtée, Dieu merci,  et que donc ces titres conservent  une valeur intrinsèque au-dessous de laquelle il n’est plus  raisonnable de les vendre.

Mais ne nous leurrons pas. La cause du mal, c’est l’inflation : du crédit et donc de la  monnaie (deux fois la valeur de la fortune  mondiale  se trouve aujourd’hui en circulation !).

Le remède qu’ont trouvé les Etats à la crise, sous l’habillage  technique, c’est ni plus ni moins qu’un surcroît d’inflation.

Contrairement  à ce qui se dit, ce ne sont pas les contribuables américains qui vont payer les 850 milliards de dollars du plan Paulson, c’est la création monétaire. L’Etat prête aux banques  pour garantir les déposants. Pour cela il va aggraver le  déficit public et donc émettre des bons du Trésor. Qui achètera ces bons du trésor ? Ceux qui en possèdent déjà : les grands créanciers mondiaux : la Chine, le Japon, les pays pétroliers.

Et s’ils refusent ? Ils ne refuseront pas parce qu’alors, leurs réserves en dollar ne vaudraient plus  rien.

Ainsi  la situation actuelle était marquée par l’inflation et les grands déséquilibres mondiaux ; le résultat des mesures prises pour  enrayer la crise est une plus grande inflation et les mêmes  déséquilibres en plus grand.

Ce n’est  pas le seul domaine où on peut s’attendre à une aggravation : si la cause de la  quasi-faillite de certaines banques était l’irresponsabilité de leur gestion, combien plus irresponsable encore risque d’être cette gestion maintenant que l’on sait  que les banques ne peuvent pas faire faillite car les Etats ne les laisseront jamais tomber ?

Tous ceux qui ne se laissent pas aller à l’emphase catastrophiste qui règne aujourd’hui savent que l’économie, le crédit, la bourse repartiront  un jour, un peu plus tôt un peu plus tard mais pas sur de nouvelles bases : sur les mêmes en pire !

Ce qui changera : un contrôle plus étroit du système bancaire malgré tout (mais pas trop si l’on veut éviter une récession économique), un redémarrage de la hausse de prix  aussi    : c’est le seul moyen réaliste d’absorber le gonflement considérable de la masse monétaire mondiale. Et il n’est même pas certain que les salariés profiteront de cette inflation, aussi longtemps  que la mondialisation des échanges de biens tire  les salaires vers le bas.

L’euro risque d’être ébranlé : les ensembles de ce type ne résistent aux « chocs asymétriques » que s’ils sont faibles, or celui-ci est fort : il n’y aura plus d’alternative au dollar.

Pour le reste : les mêmes dérives, les mêmes déséquilibres, en pire.

Jusqu’à quand ? Les seuls facteurs  qui puissent  changer la donne mondiale seraient que la Chine n’accepte plus de financer les déficits américains ; nous avons vu qu’elle n’a pas  encore le choix,  ou encore que les Etats-Unis acceptent un retour à l’étalon-or : cela supposerait qu’ils remboursent leur énorme dette, quitte à être les premiers bénéficiaires de la formidable réévaluation de l’or qui en résulterait : ne rêvons pas.

L’économie mondiale  repose sur le couple pervers Chine–Etats-Unis, la première ultra excédentaire, la seconde ultra déficitaire. Tant que ces deux acteurs majeurs (nous ne parlons pas des pays pétroliers, tenus en laisse) ne décideront pas de changer radicalement la règle du jeu, l’économie mondiale pourra bien repartir mais elle ne sera pas assainie.

 

                                            Roland  HUREAUX

 

 

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3 octobre 2008 5 03 /10 /octobre /2008 19:42


La  crise financière actuelle est, dit-on, due aux  « subprimes», curieux nom qui désigne des crédits aventurés, généralement immobiliers, faits par les banques américaines à des particuliers  peu solvables et donc pauvres.

En quoi l’Europe est-elle concernée ? Pour plusieurs raisons. D’abord,  parce que dans certains pays comme l’Espagne ou le Royaume-Uni, on a  fait à un moindre degré  la même chose ; dans d’autres comme la France ou l’Allemagne où les banques, mieux surveillées, ont été   plus prudentes, elles  ont néanmoins acheté des titres sur le marché américain comprenant pour partie, camouflées au sein d’un cocktail complexe,   ces créances douteuses appelées « subprimes ». Ensuite parce que les banques se prêtant entre elles de l’argent de manière quotidienne, si certaines font faillite pour avoir fait  des prêts risqués, c’est l’ensemble du système bancaire international qui, de proche en proche risque de s’effondrer. Enfin, plus généralement, parce que si l’économie se ralentit dans certains pays, ils achètent moins et cela aussi diffuse la crise d’un pays à l’autre.

Mais alors, dira-t-on, pourquoi les banques américaines ont–elles prêté de manière si légère ? 

 

Les effets de la mondialisation  

Pour le comprendre, il faut revenir à ce qui s’est passé dans le monde occidental  depuis trente ans, sous l’effet de ce qu’il est convenu d’appeler la  « mondialisation » (en anglais, globalization). Ce terme désigne en fait  beaucoup de choses disparates,  à commencer par la diffusion des informations sur internet ou la multiplication des voyages en avion à travers le monde,  mais il désigne plus particulièrement  la levée progressive des restrictions (droits de douane, contingents) aux mouvements de marchandises et de capitaux (1). Cette levée n’est pas  un effet technique du progrès, elle résulte d’une volonté politique : elle s’est faite sous l’aiguillon des grandes institutions internationales : OMC, FMI (deux institutions dirigées aujourd’hui par des membres du parti socialiste français !), mais aussi Commission européenne et naturellement avec le consentement des grandes puissances, Etats-Unis en tête.

Les  mouvements de capitaux et les échanges n’ont pas été libérés seulement parce qu’on pensait que c’était là le sésame de la prospérité. Par une simplification outrancière de l’histoire, la génération de l’après-guerre a sommairement identifié protectionnisme, autarcie, nationalisme, fascisme. Libérer les échanges, c’était au contraire travailler pour la paix. Lancé dès l’après-guerre, le mouvement de libéralisation fut longtemps tempéré par les  interventions de l’Etat de type keynésien. Il a  eu  son plein effet  que dans  les  années quatre-vingt.

Que ce mouvement, animé d’idéaux progressistes et  dont on pensait  qu’il apporterait la prospérité générale, ait été dans tous les pays plus favorable globalement aux riches qu’aux pauvres, s’explique par plusieurs mécanismes :

-  les capitaux étant plus mobiles  trouvent plus vite  les endroits les plus rentables ; ils échappent plus facilement à l’impôt ;

-  la possibilité d’importer des marchandises en provenance des pays à bas salaires tire à la baisse  les salaires dans les pays avancés, en même temps que la possibilité de trouver dans les supermarchés des produits à bas prix rend cette baisse  supportable aux classes populaires; la spirale prix/salaire qui marchait  à  la hausse sous les « trente glorieuses » marche à la baisse depuis trente-cinq ans ;

-  renforcement du capital, affaiblissement du travail, accroissement des marges : le résultat est que dans tous les pays occidentaux, mais spécialement en France,  le rapport des profits et des salaires dans le partage de la valeur ajoutée a été de plus en  plus  favorable aux premiers  80 % pour les salaires (2) avant 1980, 65 % aujourd’hui.   Depuis vingt ans, alors que les salaires stagnent, la bourse monte ( les baisses récentes étant encore loin d’annuler les hausses antérieures) ; les deux mouvements  - déflation des  salaires et des prix, inflation boursière -  pourraient  se dérouler  sur de sphères différentes, chacun y retrouvant son  compte, s’ils n’interféraient dans l’immobilier ; recherché par les hauts revenus, à la fois comme bien d’usage et comme placement, il augmente lui aussi  et cette augmentation devient insupportable aux petits revenus, spécialement les jeunes,  qui ne peuvent plus acheter ou doivent payer des loyers trop élevés.

-  le mécanisme est aggravé par l’inversion des taux d’intérêts intervenue depuis 1980 : la concurrence internationale sur les salaires assurant la stabilité des prix,  les taux d’intérêts réels (taux d’intérêt nominal moins taux d’inflation) qui étaient négatifs depuis la guerre,  sont devenus positifs ; l’accession à la propriété est devenue  plus difficile pour les jeunes.

Cette évolution, plus favorable aux riches qu’aux pauvres,  aux vieux qu’aux jeunes,   se trouve aggravée de plusieurs manières :

-  en Europe par la politique restrictive de la Banque centrale européenne qui, soucieuse avant tout de la stabilité des prix et de faire de l’euro une monnaie forte, freine la croissance et accroît encore la difficulté des jeunes à accéder à la propriété ;

-  en Chine, par  le régime  communiste et l’existence d’un immense réservoir de population rurale encore sous-employée, qui  permet de maintenir les salaires très bas, voire de ne payer qu’irrégulièrement les travailleurs ;

-  aux Etats-Unis, par la politique fiscale des républicains, atténuée mais non  inversée par les démocrates, qui favorise  depuis trente ans  les revenus les plus élevés.

 

            Le goulot d’étranglement de la consommation

Une telle évolution, dont les nantis  de tous pays pourraient se réjouir,  se heurte cependant à un goulot d’étranglement : pour que la production de masse fonctionne, il faut, en régime capitaliste, de la consommation de masse et donc une élévation du  pouvoir d’achat. Sinon, le moteur s’étouffe : moins de consommateurs (ou des consommateurs appauvris), moins de croissance, moins d’investissement , situation dramatique pour des bénéficiaires des revenus du capital qui, parallèlement,  ont de plus en plus d’argent à placer et de moins en mois de placements  rentables.

Face à ce goulot d’étranglement déjà apparu à la fin des années vingt, trois réactions possibles :

-  celle de l’Europe (tous les pays avec des nuances ; l’Espagne ayant suivi davantage le modèle américain) : sous la gouverne de la banque centrale européenne qui privilégie la stabilité des prix coûte que coûte, on se résigne à moins de croissance ;  le salaire réel, contenu à la baisse  par un système serré de  statuts ou de convenions collectives,  est cependant érodé  au fil des ans ;

-  celle de la Chine : faute d’un développement suffisant du marché domestique, le pays, grâce à une monnaie violemment sous-évaluée (d’environ 50 %), se tourne massivement vers l’exportation,  facilitant le maintien des salaires à un  niveau très bas  mais, aggravant le recul industriel  dans les pays avancés (3). Il est à noter que cette stratégie austère de croissance par les exportations  avait été aussi celle du Japon et  fut  celle de l’Allemagne jusqu’à  Schroeder ; le général de Gaulle avait tenté de l’imposer, de manière il est vrai très atténuée,  à la France des années soixante ; il en était résulté l’explosion de mai 68.

-  celle enfin des Etats-Unis qui a l’impact que l’on sait sur le reste du monde : pour maintenir le pouvoir d’achat de la masse dont le revenu diminue, on facilite le crédit : l’argent qu’on  ne donne pas aux petits salariés, on le leur prête ! Cette solution a dans l’immédiat plusieurs avantages : elle maintient de manière factice la consommation (l’immobilier, d’abord concerné par les subprimes, ayant des répercussions sur la plupart des secteurs : « quand le bâtiment va, tout va »), elle permet aux rentiers bénéficiaires de l’explosion des profits de trouver des placements d’autant plus lucratifs qu’en raison du risque encouru, les intérêts demandés sont plus élevés.

Il est aisé de comprendre qu’un système où la croissance est maintenue non point par une élévation du pouvoir d'achat mais par des crédits de plus en plus risqués faits aux ménages pauvres  ne pouvait pas continuer indéfiniment.

Mais avant de donner des leçons, n’oublions pas qu’une politique plus rigoureuse se serait traduite de l’autre côté de l’Atlantique et sans doute ailleurs par une croissance plus faible.

 

Gagnants et perdants, créanciers et débiteurs

La vie économique, nationale ou internationale, est comparable à une  grande partie de cartes : chance ou talent, certains  réussissent mieux  que d’autres  A supposer que le capital de départ dont disposent les joueurs pour miser soit égal   (ce qui n’est pas le cas dans la vie réelle), il arrive un moment où quelques joueurs plus doués ou plus favorisés par la chance ont « plumé » les autres. Dès lors deux solutions : ou le jeu s’arrête ou, pour qu’il continue, les premiers prêtent aux seconds, lesquels s’endettent de plus en plus à mesure que la partie se prolonge. Mais on comprend que le jeu  ne puisse pas continuer indéfiniment.

On peut formuler la chose autrement : dans la vie économique, les uns sont structurellement excédentaires – ou créanciers, d’autres sont structurellement  déficitaires et donc débiteurs. Ce clivage s’applique aux  différents pays : sont créanciers structurels les pays pétroliers (dont aujourd’hui la Russie), la Chine, le Japon  et les autres  les pays du Sud-Est asiatique,  l’Allemagne ; sont débiteurs structurels  les Etats-Unis et   les pays d’Afrique noire ; la France et la plupart de autres pays d’Europe, eux aussi portés au déficit, n’arrivaient à redresser leurs comptes avant la mise en place de l’euro que grâce à des  dévaluations périodiques. Le clivage s’applique aussi aux catégories d’agents économiques : sont structurellement créanciers  les entreprises qui marchent, les riches, les  retraités (en majorité), les classes moyennes et moyens salariés ; sont structurellement débiteurs les petits   salariés, les jeunes ...et la plupart des Etats et  des autres  acteurs publics.  La vie économique continue autant que les premiers prêtent aux seconds  en conservant un espoir raisonnable de récupérer leur mise. Il arrive parfois que ceux qui ont beaucoup emprunté deviennent excédentaires pour pouvoir rembourser leurs dettes: c’est arrivé à la Russie depuis 2000, grâce au gaz et au pétrole ; c’était  arrivé à la France au temps du général de Gaulle puis entre 1992 et 2004 (4), mais depuis, le naturel est revenu et notre pays se trouve à nouveau déficitaires. Cette inversion des situations se rencontre aussi chez les ménages et les entreprises. Mais généralement   les déficitaires restent déficitaires et les excédentaires restent  excédentaires. Le  cycle économique s’arrête le jour où il devient évident que les créanciers ne seront pas remboursés, les premières faillites non seulement de débiteurs mais d’  établissements prêteurs  trop imprudemment engagés donnant l’alerte. C’est ce qui arrive aujourd’hui.

 

 

Que faire ?

Que faire alors pour relancer la machine ? 

De quelque manière que l’on considère le problème, les solutions sont en nombre limité.

Les prêteurs peuvent continuer à prêter indéfiniment ; c’est ce qui se passe avec certains Etats comme les Etats-Unis dont la dette à l’égard du reste du monde continue à s’alourdir  sans que personne ne parle de les mettre ne faillite ; que le dollar soit une monnaie internationale ( d’échange et de réserve) n’y est pas indifférent ;  qu’ils soient la plus grande puissance militaire du monde encore moins : plus que leur compétitivité,  déclinante, c’est cela qui garantit le billet vert. Leur principal créancier, la Chine est également, pour de raisons qui restent à approfondir (souci de continuer à accumuler les technologies, crainte des effets politiques qu’aurait sur la société chinoise une augmentation du niveau de vie ?) disposés à continuer à leur prêter.  Mais les autres pays débiteurs ne pourront faire comme les Etats-Unis, même si certains   comme la France et l’Italie  peuvent  aujourd’hui  envisager, aussi longtemps que l’euro existe, de « vendre » de l’euro  comme les Etats-Unis « vendent » du dollar.

Encore moins les ménages américains surendettés  pourront-ils accumuler les dettes impunément, ne serait-ce que pour des raisons juridiques.

Cette solution trouve ainsi ses limites.

L’autre solution serait l’abolition générale des dettes.

Elle se produit en temps de guerre ou d’inflation généralisée. Elle est aujourd’hui  difficilement concevable entre Etats sauf pour certains  pays pauvres, africains généralement, qui bénéficient de remises de dettes périodiques. Elle n’est pas non plus concevable pour les  particuliers, sauf le cas de faillite.

C’est cependant  ce qui se va se faire aux Etats-Unis, au bénéfice non point des débiteurs finaux  à qui on ne fera pas de  cadeaux, mais des banques les plus engagées. Les  700 milliards de dollars débloqués par le Trésor américain pour leur venir en aide n’ont pas d’autre sens. On peut déplorer que les banques, qui ont abondamment « privatisé » leurs profits, nationalisent leurs pertes. On peut  ironiser sur le fait  que la terre élue du libéralisme recoure massivement à l’intervention de l’Etat pour faire face à la tourmente. Mais il faut  surtout se demander où mène cet expédient. Qui va   payer ?  Le contribuable, dit-on. Lequel ? Le pauvre, au risque d’aggraver encore le goulot d’étranglement décrit ci-dessus ? Le riche, au risque d’aller à l’encontre de la politique suivie depuis trente ans ? Le plus vraisemblable est  que l’argent sera  trouvé grâce à la création monétaire (sous la forme de bons du trésor  jamais  remboursés). Et comme le déficit budgétaire et commercial  américain s’en trouvera aggravé, c’est en définitive le reste du monde qui continuera à prêter un peu plus aux Américains,  singulièrement à leurs banques défaillantes. On revient ainsi  en partie à la première solution : continuer à prêter. Le risque de relance de l'inflation est bien réel puisque on aura injecté dans l’économie de grandes masses d’argent frais sans que la production ait augmenté.  Si  on évite ainsi le cataclysme qui résulterait de la faillite de l’ensemble du système bancaire international à la suite de  la défaillance de quelques banques américaines, on n’assure pas pour autant le redémarrage de la machine : parce que les causes structurelles qui l’ont grippée demeurent, parce qu’un climat de prudence, voir de méfiance  généralisé va demeurer.

Reste  la  troisième solution : une redistribution massive du pouvoir d’achat, des actionnaires vers les salariés (ne serait-ce que pour revenir aux ratios de partage de la valeur ajoutée des années 1950-1980), des plus riches vers les classes moyennes et inférieures, des vieux vers les jeunes.

Cela passe au minimum par une augmentation générale des salaires.

Il y a des précédents. Les années folles du premier après-guerre virent une prospérité factice assez analogue à celle que nous venons de connaître : hausse des bourses, développement  incontrôlé du crédit aux particuliers, sans que les salaires, quoique en augmentation, aient suivi à  due proportion, aux Etats-Unis notamment. La grande crise qui s'en suivit ne se débloqua que par une vigoureuse politique de redistribution du revenu : ce fut le sens du New deal, ce fut le sens de la politique du  Front populaire  (l’autre solution  étant la seule augmentation des dépenses d’armement, pratiquée dans les régimes totalitaires – ou l’ouverture de grands chantiers de travaux publics). C’est ce qui continua à se passer dans l’après guerre, l’existence de barrières douanières renforcées dans les années trente et encore en place dans l’immédiat après guerre permettant un peu partout de stimuler la production en élevant les salaires ouvriers, sans déperdition excessive vers l'extérieur.

C’est encore selon ce mécanisme que les hausses de salaires importantes qui furent consenties en mai 68, quoique tenues sur le moment pour une catastrophe par le patronat, entraînèrent, combinées à une dévaluation réussie,  l’exceptionnelle prospérité des années Pompidou,  les plus glorieuses  des glorieuses.

Mais ce mécanisme est-il  encore envisageable dans un contexte de libre concurrence internationale ? Sans doute pas. Le corollaire est donc, qu’on le veuille ou non,  le retour à un certain protectionnisme national ou continental (à l’échelle de l’Europe des Vingt-sept par exemple) dont une des modalités peut être une sous-évaluation de la monnaie sur le modèle chinois. Sinon l’injection de pouvoir d’achat se traduit par des faillites et de la désindustrialisation, des importations supplémentaires, des déficits aggravés. Un autre corollaire est sans doute le retour à un certain niveau d’inflation inséparable d’une spirale salaires/prix positive.

Les chantres de l’ouverture aux quatre vents doivent en prendre conscience : on ne peut pas regonfler un pneu troué de tous les côtés. Il faut que le pneu soit à peu près étanche pour que la pompe ait de l’effet.

Le paradigme des années 1930-1980 que d’aucuns appelleront keynésien, encore que cette expression soit discutable, était assez clair : de sas entre les différentes économies  permettant à l’action publique d’être efficace , une hausse constante des salaires ( nominaux et en partie réels) entraînant une hausse de la consommation et partant de la production domestique, une inflation plus ou moins modérée, une croissance rapide de l’économie occidentale, un partage de la plus-value plutôt favorable aux salariés, un resserrement relatif des écarts de revenus.

Celui des années 1980-2000 est à peu près  l’inverse : une ouverture générale des frontières rendant inopérante les politiques de relance nationales, une baisse des salaires  réels entraînant une stagnation de la consommation et partant de la production, la stabilité des prix, la récession, un partage de la plus-value favorable au capital, un élargissement des écarts de revenus.

Il est probable que la seule manière de sortir de la crise soit un rebasculement du second paradigme vers le premier. Elle implique  la remise en cause des principaux dogmes sur lesquels repose la pensée économique depuis trente ans.

 

 

                                                                   Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

1.                      La libéralisation des échanges et des mouvements de capitaux s’est accompagnée au cours des années quatre-vingt de la fin de l’encadrement du crédit,  pour partie responsable de la crise actuelle.

2.                      Le taux de rémunération du capital était il est vrai tombé particulièrement bas  à la suite du premier choc pétrolier, de même que les taux d’intérêts réels. 

3.                      Les salaires chinois augmentent mais pas en proportion de l’enrichissement du pays : du fait de la sous-évaluation du yuan, les produits étrangers demeurent hors de prix.

4.                      La politique rigoureuse du  général de Gaulle avait rendu la France  excédentaire. La réunification allemande a eu le même effet, rendant au contraire l’Allemagne provisoirement déficitaire. 

 

 

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24 septembre 2008 3 24 /09 /septembre /2008 16:38

 

 

Nul doute  que la pape Benoît XVI  soit le chef d’Etat le plus cultivé: ce n’est pas  très difficile. Mais il est sans doute aussi un des hommes les plus instruits de la planète, non seulement dans les sciences théologiques mais encore la philosophie, les arts et même  les sciences. Cet homme qui dialogue  avec Habermas, joue Mozart et aime la latin ne manque en tous cas pas de ressources. Il est vrai qu’élu à près de quatre-vingt ans, il avait eu le temps d’en apprendre des choses !

L’épisode le plus original de son   voyage en France fut  une conférence au tout nouveau centre culturel des Bernardins,  initiative de Jean-Marie Lustiger destinée à rapprocher la  foi et la culture. Y ont accouru , non seulement  l’Institut de France, dont il est membre associé,  , mais aussi la fine fleur de la culture, de l’édition, des arts et des lettres. Les intellectuels catholiques de la nouvelle génération, comme Rémi Brague ou Jean-Luc Marion mais aussi Regis Debray, Frederic Mitterrand et bien d’autres. De cette conférence, beaucoup, telle Julia Kristeva sont sortis enthousiastes. Insistant sur la nécessité d’interpréter les textes, inscrite au cœur de la   tradition juive aussi bien juive que  chrétienne, le pape a longuement montré  comment il y a là  la source d’une science du langage fondatrice de la culture européenne et l’antidote à tous les fondamentalismes.

 

Une religion d’intellectuels ?

 

Ce succès intellectuel de l’Eglise catholique forme un contraste cruel  avec la chute de son influence mise en relief par tous les sondages. Si 75 % de Français se déclarent encore catholiques, 50 % seulement croient  en Dieu,  25 %à une vie dans  l’au-delà et à peine plus de 5 % pratiquent.

Le critère le plus significatif de la crise est le  nombre d’ordination de nouveaux prêtres. Un parcours qui se résume  un brutal décrochage en 1975 d’environ 800   à 100 par an. A partir de là un palier qui dure encore aujourd’hui. Un flux d’entrée qui correspond à celui des énarques ! Encore de quoi avoir quelque influence d’autant que les nouveaux prêtres, eux, sont cultivés.  Les spécialistes du calcul intégral montreront toutefois  comment ce décrochage très situé dans le temps  entraîne pendant quarante ans le sentiment  déprimant d’une diminution continue des effectifs du clergé.  Un nouveau décrochage est-il intervenu vers 2005 ? Cela reste à confirmer.

Les autres critères d’influence sont à l’avenant : diminution du nombre d’ enfants baptisés puis catéchisés, des mariages religieux. Seul indicateur au vert positif : le nombre des  baptêmes d’adultes, dont l’augmentation ne compense  cependant pas celle des enfants.

Cette crise touche l’Eglise catholique dans toute l’Europe.  Elle y touche  aussi les Eglises protestantes établies. Le reste du monde, Etats-Unis et Russie compris, vit, par rapport au fait religieux, à  un autre rythme.

Il semble don qu’il ne serve à rien à l’Eglise catholique d’avoir un pape instruit et subtil.   Les seules religions qui progressent semblent  celles qui véhiculent un message simple, voire simpliste . Pour les islamistes,  le Koran et rien que le Koran. Pour les  évangélistes américains , la Bible et rien que la Bible   y compris quand elle contredit la théorie de l’évolution ( acceptée par le papes) , y compris quand elle permet d’assimiler  la lutte des Etats-Unis et d’Israël  contre  le reste du  monde à la bataille finale du bien et du mal , la fameuse bataille  d’Armageddon  décrite dans l’Apocalypse.

L’Eglise catholique  va-t-elle, au moins en Europe,  mourir  de sa subtilité ? Sans doute celle-ci n’est-elle pas nouvelle. Ses dogmes fondamentaux : la trinité, la double nature du Christ  ne sont pas choses simples. Pas davantage  la distinction du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel, fondement historique d’une laïcité dans laquelle Nicolas Sarkozy se prend les pieds avec ses gros sabots, Sans doute le catholicisme a-t-il d’autres ressources : à côté de  ceux qui raffinent  les concepts, il y a aussi ceux qui brûlent les cierges à Lourdes ;  quelquefois ce sont les mêmes !  Masi tout se passe comme si, confrontée au choc de la  modernité, les religions ne résistaient que dans ce qu’elles ont de brutal et de simpliste. Il  semble  , en ce début du IIIe millénaire, plus facile à l’Eglise catholique de susciter  le respect des intellectuels que de reconquérir des masses !

 

 

                                                           Roland HUREAUX

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2 septembre 2008 2 02 /09 /septembre /2008 20:14

dans ses relations avec les pays d'Europe centrale et orientale

 

Dès l’entrée des troupes russes en Géorgie, les Etats-Unis, après avoir émis de vigoureuses protestations, ce qui ne coûte rien, ont fait savoir qu’ils excluaient une riposte proprement militaire  dans le Caucase. Vu de Moscou, c’est là le plus important.

Les « sanctions » qu’envisage de prendre l’Europe occidentale,  si dépendante de la Russie pour ses approvisionnements énergétiques, ne sauraient, en  tout état de cause, avoir qu’un caractère symbolique. 

De telles  positions peuvent choquer. Elles ne devraient pas nous surprendre.

Parmi les motifs  qui poussèrent  en son temps le général de Gaulle à construire une force de dissuasion indépendante, se trouvait sa conviction, maintes fois exprimée, qu’à partir du moment où l’URSS s’était dotée d’une force nucléaire, jamais les Etats-Unis ne  risqueraient un affrontement direct  avec une autre puissance nucléaire pour assurer la protection de l’Europe occidentale. C’est dans cette logique que Washington inventait   de  la protection de la France et de l’Allemagne, pas de la Lituanie et de la Géorgie ! dès 1956, la théorie prudente de la « riposte graduée ». Et il était alors question

 

L’imprudence des Etats-Unis

 

Ce qui surprend en revanche est que les Etats-Unis et certains de leurs alliés aient, depuis plusieurs années laissé croire si inconsidérément aux petits pays d’Europe de l’Est, les  anciennes démocraties  populaires aussi bien que les  ex-républiques soviétiques,  qu’ils leur apportaient une garantie si  sérieuse de sécurité  qu’ils pouvaient se risquer à provoquer allègrement  leur  grand voisin russe.

 Non seulement les Etats-Unis, malgré les réticences de la France et de l’Allemagne, ont poussé à   l’entrée de l’Ukraine et de la Géorgie dans l’OTAN, mais ils ont  apporté  une assistance militaire importante à la Géorgie,  contribuant même à ce qu’il semble, au travers de la fourniture d’un armement ultramoderne et de quelques centaines d’instructeurs,  à préparer l’imprudent   coup de force du président Saakatchvili contre  l’Ossétie du Sud. Comment ce dernier n’aurait-il pas été convaincu, au vu d’un  appui technique aussi sensationnel, que les Américains enverraient des troupes pour le soutenir ?  Avec autant de légèreté, l’Ukraine  menace d’  exclure les Russes de la base navale de Sébastopol.

Accepter sur leur sol  des éléments du bouclier antimissile américain, dont on aura du mal à faire comprendre aux Russes qu’il n’est pas dirigé contre eux,  est tout aussi aventuré  de la part de la Pologne et de la Bohême, alors même que l’OTAN ne comporte aucune obligation de solidarité militaire en cas d’agression.

Tout à leur rêve américain, ces pays ont dans la période récente réécrit l’histoire des années trente de manière fantasmagorique. A les en croire les Etats-Unis auraient volé à leur secours en 1939, en 1956, en 1968 ou en 1981 !  Forts de cette protection supposée, ils croient pouvoir  narguer non seulement la Russie mais l’Union européenne (à qui on ne s’est jamais soucié de demander son aval  pour recevoir le bouclier antimissile). Certes   pour défendre la Tchécoslovaquie et n’eurent  pas non plus la   stratégie la plus avisée pour protéger la Pologne (1).  Mais enfin,  la  France a risqué son existence en faisant  jouer la solidarité avec celle-ci. Les  Etats-Unis, eux, faut-il encore le rappeler ?  ne bougèrent que deux ans plus tard, à la suite de l’attaque  de Pearl Harbour, pour ensuite les lâcher à  Yalta.    Quelle que soit la détermination du président Reagan ( beaucoup plus prudent  que Bush, père et fils, dans ses engagements militaires), c’est d’abord à leurs  propres efforts que les Polonais, les Tchèques  - et  les Russes eux-mêmes (2) - doivent d’avoir secoué le joug du communisme. la France et la Grande-Bretagne ne s’illustrèrent pas en 1938

 

Qui parle de Munich ?

 

Tous ceux qui aujourd’hui  évoquent  Munich à tort et à travers, devraient en outre se souvenir qu’une des grandes leçons des années trente est qu’on ne bafoue  pas ou ne laisse pas bafouer impunément le droit international. Même si les conséquences funestes d’une rupture de l’ordre juridique n’apparaissent pas immédiatement,  toute entorse ouvre  la boite de Pandore. Or qui ne se souvent de l’euphorie  avec laquelle Américains  et Européens l’ont piétiné , au nom des droits de l’homme,  en agressant la Serbie en 1999 puis, plus récemment en reconnaissant l’ indépendance du Kosovo. Le consensus des grandes démocraties, disait-on avec une inconcevable légèreté, vaut toutes les résolutions du Conseil de sécurité ! Il est douteux que le reste du monde l’ait vu de cette façon. Moscou en tous cas n’a pas oublié. Les avertissements pourtant clairs par lesquels le  que la reconnaissance du Kosovo constituait  un  affront grave à son égard (3), ont été négligés. En Géorgie, où elle  viole à son tour le droit international (mais ni plus ni moins que nous au Kosovo),  elle nous rend la monnaie de notre pièce. La pente est assurément dangereuse. Russie a signifié

La nouvelle politique du « cordon sanitaire » signifiée par un l’élargissement indéfini de l’OTAN vers l’Est était doublement absurde.  Elle négligeait le fait pourtant capital que depuis 1990 la Russie ne cherchait  plus à exporter aucune idéologie. Elle promettait aux pays concernés un appui qu’en réalité, dès le départ, aucun Occidental n’était prêt à apporter.

 

La nécessaire modération

 

Doit-on aujourd’hui se contenter de contempler  le désastre ?

Il est des imprudences qui ne se rattrapent guère : on peut craindre que celles qui ont été commises dans les Balkans en fassent  partie.

Mais les « Occidentaux » (on se demande à quoi correspond encore cette expression depuis la chute du communisme ! ) doivent aujourd’hui clairement admettre que la paix en Europe ne proviendra pas de l’écrasement d’un camp , si camp il y a,  par un autre, par une réduction de la Russie à l’état de pays  de seconde zone, ce que l’immense  espace dont elle dispose interdit de toutes les façons , à moins d’y  rappeler les Tartares.

La paix en Europe ne proviendra que d’un compromis fondé sur  la modération,  la reconnaissance  du partenaire et un minimum d’égards pour  ses préoccupations. 

Peut-être même  faudrait-il passer de nouveaux accords d’Helsinki.  Sur quelles bases ?  Sans doute    l’intangibilité des frontières, ce qui supposerait qu’on ne reconnaisse, si c’est encore possible, contrôler. ni le Kossovo, ni l’Abkhazie (ni demain la Flandre !). Il faut aussi s’interroger sur l’avenir de l’OTAN qui  de fait  protège si peu et, ressentie comme une menace par  les Russes,  n’est plus pour ses membres européens  qu’un  moyen de les  La Russie n’a sans doute pas le droit d’attenter  à  la  souveraineté de ses voisins, anciennes républiques soviétiques comprises. Mais pas plus que la France ne supporterait que quelque puissance lointaine  vienne exciter la Belgique  ou le Luxembourg contre elle,  on peut comprendre qu’elle exige d’eux en échange  une certaine neutralité. Qu’elle  ne  souhaite pas que la Géorgie,  pays natal de Joseph  Staline ou l’Ukraine, berceau historique de la Russie, lui deviennent antagonistes, est après tout compréhensible. A des degrés divers, que cela leur plaise ou non, la  sécurité des pays de l’Europe centrale et orientale -  et celle de l’Europe en général -  passe par une forme ou une autre de  modération vis-à-vis du  grand voisin de l’Est. 

 

 

                                                              Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

1. Mais au moins n’avaient-ils pas encouragé ces pays à provoquer l’Allemagne !

2. Et les Afghans !

3. La Russie pouvait estimer être   impliquée dans les Balkans à un double titre :  comme protecteur traditionnel des Chrétiens orthodoxes et comme membre permanent du Conseil de sécurité.

 

 

 

 

 

 

 

 

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24 août 2008 7 24 /08 /août /2008 21:10

Et si le palmarès olympique n'était pas ce que l'on croit ? La Chine a certes remporté  un grand succès - autant par l'organisation impeccable que par les performances -   mais peut-être pas aussi éclatant qu'elle     l'epérait.

Au décompte total des médailles, elle est devancée par les Etats-Unis (100 contre 110) même si elle mène pour  les seules médailles d’or (51 contre 36).

Des médailles d’or  concentrées dans certaines disciplines  traditionnelles (tennis de table) ou dans les concours faisant appel à une  jeunesse très disciplinée (gymnastique, plongeon). Malgré ses espoirs et  ses efforts, la Chine n’a pu décrocher de médaille d’or en athlétisme, la discipline reine des jeux.

A-t-on  noté que si l’URSS existait encore, elle devancerait très largement le reste du monde par le nombre des médailles : 171, dont  43 d’or. C’est le résultat auquel on arrive en additionnant ceux de toutes les ex-républiques soviétiques, Russie en tête,  un calcul que, n’en doutons pas, on aura fait à Moscou.

Toujours en comptant l’ensemble des médailles et pas seulement les médailles d’or, la France arrive à une 7e place   très honorable. C’est mieux que dans bien des jeux du passé, notamment au cours du passage à vide des années soixante et soixante-dix ;  c’est à peu près le rang qu’elle occupe dans la plupart des classements, économiques, militaires etc. (à l’exception du stupide classement de Shanghai des  universités !).

La surprenante quatrième place de la Grande Bretagne (47 médailles dont 19 d’or) reflète moins le redressement  économique du pays qu’un habile investissement dans des disciplines, comme le cyclisme sur piste (8 médailles d’or !), où la mise en œuvre de puissants moyens techniques et financiers permet de se hisser assez facilement au premier rang. Ne doutons pas que dans ce pays réputé libéral, cela  ne soit  le résultat d’une volonté délibérée. Investir  très fort  certaines spécialités, c’est curieusement la même politique que la Chine ! 

La France reste faible en athlétisme : il n’y a là aucune fatalité.  Le désordre qui règne dans cette fédération  appelle des réformes en profondeur. Notre pays reste mieux  placé  au nombre total de médailles (7e) qu’à celui des médailles d’or (10e). Pourquoi ? L’incapacité des Français à donner le coup de rein final qui permet de l’emporter ? On en  doute. Les arbitrages ? Parfois. Le stress  entretenu par une  presse chauvine qui transforme aisément en des vedettes de premier rang des  athlètes seulement bons ? Ou  moins de tricheries, pharmacologiques notamment ? Peut-être.

Moins que le résultat d’une politique, le palmarès français semble  une collection  de réussites  - et donc de passions - individuelles, dans les grands classiques  (100 nage libre, hand-ball) mais plutôt dans certaines spécialités attendues (escrime) ou moins attendues (BMX, VTT ). Nous remontons en natation, nous maintenons dans les sports de combat, mais n’existons plus guère en  équitation.

Au total la France défend un peu mieux son rang que l’Allemagne -  dont la réunification,  et sans doute le vieillissement démographique, ont  dégonflé les palmarès aussi sûrement que les biceps artificiels des nageuses de la RDA. -, l’Italie, le Japon, le Canada (largement devancé par l’Australie) ou les pays scandinaves (aucune médaille d’or pour la Suède, nation sportive s’il en est).

Le Brésil, la Thaïlande, les pays d’Europe centrale et orientale et même l’Afrique noire prise dans son ensemble  tiennent leur rang. La Corée du Sud fait beaucoup mieux.

Derrière les grandes nations pluridisciplinaires, les résultats confirment des spécialités régionales  déjà connues : l’Afrique le l’Est pour les courses de fond, les Caraïbes (dont la surprenante Jamaïque)  pour le sprint.

Si le classement olympique  reflète grosso  modo  la place des différents pays dans le monde, certaines nations pourtant importantes demeurent étrangement absentes des podiums : l’Inde et le Pakistan,  le Vietnam, Israël et  la plupart des pays arabes.  A quand les Jeux Olympiques à Bombay ?

 

                                                                         Roland HUREAUX


 

 

 

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24 août 2008 7 24 /08 /août /2008 15:58

 

L’incroyable autisme des démocraties occidentales  les a empêchées  de se mettre à la place des Russes pour essayer de comprendre  comment ces derniers pouvaient avoir vécu les événements des vingt dernières années.

 

Les Russes ont été patients

Le recul territorial d’abord : si on ne peut que se féliciter que les pays d’Europe centrale et orientale aient été libérés du joug communiste  et de l’emprise de leur grand voisin,   le mouvement est allé plus loin : avec l’éclatement de l’Union soviétique, la Russie a  vu son emprise territoriale rétrécie en deçà même de la frontière de Brest-Litovsk (1918). Avec l’indépendance de la Biélorussie, Moscou se trouve à moins de mille kilomètres de la frontière. En réduisant, par des moyens il est vrai  hautement  contestables,  la dissidence tchétchène, la fédération de Russie a évité in extremis d’aller plus  avant dans le délitement. 

Les humiliations : la guerre de Yougoslavie de 1999, vit les Etats-Unis et l’Europe prendre parti comme un seul homme et en violation complète du droit international contre les Serbes orthodoxes amis traditionnels des Russes,  et en faveur  des Bosniaques et des Albanais du Kosovo musulmans. Un choix congruent avec le  statut de partenaire privilégié (et plus si affinités...) conféré à la  Turquie,  pourtant bien moins européenne.

Les menaces : comment, vu de Moscou l’entrée des pays baltes déjà réalisée et celle de l’Ukraine et  de la Géorgie promise dans l’OTAN,  une alliance  qui, historiquement, s’est constituée contre eux,  n’apparaîtrait elle pas comme telle ? Comment l’installation d’un bouclier  antimissiles  et de rampes de lancement de fusées en Pologne et en Bohême  ne les confirmeraient-ils pas dans  ce sentiment ? De même que la volonté d’évacuer le pétrole de la Mer noire en contournant leur  territoire.

N’oublions pas non plus  les vexations  infligées il y a quelques années par le FMI imposant à ce pays où la natalité est au plus bas d’abolir toute politique familiale : singuliers géo-stratèges qui voient d’un bon œil, face à  une Chine surpeuplée, la Sibérie continuer à se vider !

 

Du containment à l’abaissement systématique

Quelle autre solution d’ailleurs pour  qui veut réduire la puissance russe à sa plus simple expression que d’y  faire revenir  les Tartares ? Pour les tenants de cette ligne, il n’est  probablement  de bonne Russie que réduite aux dimensions de la  Moscovie. Ils sont en tous les cas passés fort imprudemment du containment à l’abaissement systématique.

Les faucons qui des deux côtés de l’Atlantiques brandissaient encore la menace russe après la chute du communisme et au plus profond de la dépression  de ce pays n’évoquent-ils pas ces  anciens soldats devenus fous qui continuent à voir l’ennemi bien longtemps après le retour de la paix ?  

Si vraiment il y avait menace,  il était alors bien imprudent de la part des Etats-Unis de dénoncer  unilatéralement le traité ABM,  ou de vider de sa substance, en refusant toute vérification, le traité START,  conclus avec l’Union soviétique. 

Ajoutons le dénigrement systématique du régime russe auquel se livrent sans mesure  certains médias occidentaux.  Sans doute la démocratie est loin d’y être parfaite : certes l’emprisonnement d’un Mikhaïl Khodorkovski ou l’assassinat hautement suspect d’une  Anna Politkovskaïa sont-ils  inacceptables, mais nous sommes néanmoins à des années lumières du Goulag. La Russie a infiniment   progressé depuis le temps de Staline et même de Brejnev ; ce pays  se trouve si l’on veut dans une situation de transition comparable à celle du Brésil des années soixante-dix ou du  Japon de l’après-guerre, qui, s’en souvient-on ? a  réélu le même parti pendant trente  ans sans que personne  y trouve à redire. Mettre la Russie, comme on l’entend  ici ou là,  sur le même plan  que la Chine, objet de tant de complaisances et où persistent  à un degré inouï  les structures totalitaire et  le mépris de l’homme,  relève d’une singulière absence de discernement.  Et que  dirait-on  si la Russie entretenait en dehors de ses frontières quelque chose comme Guantanamo ?  On peut trouver la question incongrue mais comment empêcher que les Russes la posent ?

Dans le même veine, les partis pro-occidentaux en Ukraine ou en Géorgie étaient tenus pour libéraux et les pro-russes pour autoritaires, corrompus  et mafieux alors qu’on sait aujourd’hui que si leurs allégeances sont différentes, les méthodes et la moralité  des uns et des autres sont comparables.

Même si la classe dirigeante russe n’a pas été bouleversée depuis 1990, qu’elle n’ait plus l’ambition de sauver le monde par une idéologie à vocation universelle est plus qu’une nuance ou alors toute la littérature libérale  du XXe siècle montrant de manière si éclairante  le  rôle pernicieux de l’idéologie est  à jeter à la poubelle.   

 

Pas de quoi s’étonner

Que dans ce contexte, l’Etat russe requinqué par les  bénéfices du gaz et du pétrole et le retour de la croissance,  ait saisi l’occasion que lui offrait l’insigne  maladresse du président géorgien  Saakatchvili   pour mettre les pendules à l’heure, on peut s’en indigner, on ne saurait s’en étonner.

Sans doute les Russes, quant au fond, se moquent-ils des Ossètes et des Abkhazes (en tout 7 % de la population de la Géorgie), mais les Etats-Unis s’intéressent-ils vraiment aux Albanais du Kosovo ou à libérer les femmes afghanes de la  bourka ?

Sans doute l’entrée des  troupes russes en Géorgie constitue-t-elle une violation flagrante de la souveraineté internationale de ce pays mais quelle leçon peuvent donner en la matière les Occidentaux qui ont ouvert la boîte de Pandore en bombardant Belgrade ?

Sans doute la Géorgie, même petite,  est-elle libre de sa politique extérieure. Elle n’est cependant, comme tout le monde,  pas dispensée du  devoir de modération. Le pays de Joseph Staline peut-il se transformer sérieusement en ennemi de la Russie ? De son côté,  l’Ukraine, berceau historique de l’Etat russe,  peut-elle  tourner le dos durablement à  ce dernier ?  

Au demeurant que dirions- nous si des puissances lointaines, les Chinois par exemple,  venaient exciter la Belgique ou le  Luxembourg contre nous ?

On dira que la Russie, pays  qui manque de mesure, est  naturellement dangereuse. Mais en abusant de sa faiblesse après  la chute du communisme, les Occidentaux ont démontré qu’eux aussi en manquaient singulièrement. En voyant la paille dans l’œil de leur vis-à-vis, ils n’ont pas vu la poutre dans le leur. Ils ont en tous les cas perdu une belle occasion de démontrer aux Russes leur volonté de paix.

 

Vigilance quand-même

Le général de Gaulle  aimait à dire qu’un Etat  n’a pas d’ami. La Russie pas,  plus que toute autre puissance,  ne saurait être considérée a priori comme un pays ami. Mais on ne saurait lui faire le grief  d’avoir de l’amour-propre (n’est-ce pas au fond ce que lui reprochent certains Européens de l’Ouest que ronge  la haine de  soi : d’être un peuple qui s’aime encore lui-même ?)

Même si  la réaction de la Russie à l’affaire géorgienne est compréhensible, rien ne garantit qu’ayant réussi  ce  coup,   elle ne cherchera pas ultérieurement à pousser plus avant ses avantages. Une bonne raison pour que les Européens réfléchissent aux moyens de   lui faire une place honorable dans le concert européen. Cela passe sans doute par une parfaite intransigeance sur l’intangibilité  de toutes les frontières et, malgré l’imprudence du bouclier antimissile,  l’indépendance des anciens satellites de l’Europe de l’Est,  Pologne en tête. Mais de leur côté  les Russes  ont droit,  nous semble-t-il, à des égards au moins égaux à ceux de la Turquie, à ce que  les affaires balkaniques ne soient pas réglées de manière unilatérale ou  encore que les anciennes républiques soviétiques observent à son égard une sage neutralité.

Il n’est pas d’autre recette au maintien de la paix que la modération. Dans les affaires de l’Europe de l’Est, ce n’est pas, jusqu’à preuve du contraire, les Russes qui en ont manqué le plus. Mais s’il en allait différemment dans l’avenir, sans doute faudra-t-il alors réagir en   conséquence.

 

                                            Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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24 août 2008 7 24 /08 /août /2008 12:26


            Avec l’embuscade tragique qui a coûté la vie à dix de ses soldats, la France a compris brusquement qu’elle était engagée en Afghanistan dans une vraie guerre.

Avant tout, ces soldats méritent notre hommage et, avec leur famille,  notre compassion. Ils sont vraiment « morts pour la France. » Honneur à eux. My coutry, right or wrong disent les Américains.

Mais l’émotion n’interdira  pas longtemps de  poser la question de la  justesse de l’engagement de 3000  soldats français dans la guerre d’Afghanistan.

Quelles peuvent en être les justifications ?

Pour les Etats-Unis, il s’agissait au départ de « punir » et de  chasser du pouvoir les complices de l’attentat du  11 septembre : le régime taliban du mollah Omar, lequel  abritait  Ben Laden et les camps d’entraînement d’Al Qaida.

Gent fort  ingrate  au demeurant puisque le mouvement taliban avait été créé de toutes pièces par les Américains en 1994  afin, déjà, de punir et chasser du pouvoir un de leurs  protégés, Gulbuddin Hekmatyar maladroitement  compromis dans un premier attentat contre le World trade center.

L’objectif  de chasser les talibans fut très vite atteint, à un prix il est vrai lourd : pour les 3000 victimes du 11 septembre, plus de 100 000  victimes civiles et militaires afghanes environ, dont la quasi totalité n’était impliquée ni de près ni de loin dans l’attentat de New York. « Œil pour œil, dent pour dent », dit l’antique adage biblique, finalement point si inhumain: on est, on le voit, dans cette affaire,  très  au-delà du compte.

L’incapacité des Américains  à installer un pouvoir stable à Kaboul ( leur  refus d’une  restauration du roi Zaher Chah  n’a pas facilité les choses) et la haine  bien naturelle de l’occupation étrangère ont vite permis aux talibans de reprendre du poil de la bête au point qu’ils seraient déjà revenus à Kaboul si celle-ci n’était défendue par les Occidentaux.

 

La « guerre des civilisations » ?

 

On arrive au second but de la guerre : empêcher  une faction  susceptible de protéger les terroristes islamiques de reprendre le pouvoir.  La guerre en Afghanistan ne serait dans cette perspective que la pointe avancée de la lutte de l’Occident contre le terrorisme, singulièrement islamique, un avatar de la nécessaire « guerre des civilisations ».

Ce but de guerre s’inscrit dans une conception aujourd’hui répandue – et qui a largement inspiré  le récent Livre blanc de la défense nationale -,   de « stratégie globale », selon laquelle   le concept de défense du territoire national  au sens classique serait périmé, à la fois parce que territorial  et parce que national. 

L’idée de contrer  un parti pro-terroriste  semble  tenir la route sur le papier. Elle ne prend cependant pas en compte un certain nombre de données concrètes :

- la base afghane n’a joué qu’un rôle accessoire dans le 11 septembre : loin d’être un coordonnateur tout-puissant, Ben Laden  a surtout labellisé  cet attentat - et d’autres ; si les « camps afghans »   ont permis une mise en condition idéologique de certains comparses,   l’attentat du 11 septembre a d’abord  été préparé en Occident  par des éléments  occidentalisés, arabes et non afghans ;   

- de toutes les façons, les talibans contrôlent aujourd’hui suffisamment de territoire pour protéger Ben Laden ; est-il vrai, comme le disent  certains militaires français,  que les Américains à qui ils  avaient signalé sa position,  ont  refusé de l’arrêter ? Comme si  le méchant devait rester vivant jusqu’à la fin du film !   

- il n’y a plus eu d’attentat significatif aux Etats-Unis et dans la plupart des pays d’Europe depuis 2001 ;

- l’efficacité de la coordination policière entre les partenaires occidentaux,  singulièrement entre les Etats-Unis et la France,  est   la cause principale de ce reflux du terrorisme : c’est là un facteur    autrement sérieux,   dans la lutte contre le terrorisme, que d’obscurs  combats dans les vallées du Panshir ; 

- les talibans  se préoccupent peu de Ben Laden : ils ont d’abord le sentiment de se battre pour défendre leur patrie et   leur foi ; c’est d’ailleurs leur force ;

- si les talibans revenaient au pouvoir, il y aurait moyen par des frappes ciblées de les dissuader d’apporter un concours aux terroristes, concours qui, de toutes les façons, vu leur position géographique, ne pourrait être que modeste ;

- le vivier des talibans est la tribu des Pachtounes à cheval sur la frontière du  Pakistan : ce pays immense, bien plus peuplé que l’Afghanistan, à la « gouvernance » catastrophique, travaillé par les intégrismes, disposant de l’arme nucléaire  et pourtant protégé par les Etats-Unis, représente un risque autrement grave  pour la paix que ne le serait un Afghanistan islamiste ;

- le concept de « sécurité globale », dépassant le seul cadre militaire,  est à la mode : malgré ses défauts,  le régime taliban avait supprimé la culture du pavot ; sept ans après l’Afghanistan fournit 93 % de l’opium consommé en Occident !

A supposer que malgré ces considérations, on accepte encore la logique « guerre contre les talibans = guerre contre le terrorisme », il faudrait pour que notre engagement  soit justifié,    qu’on ait l’espoir de  gagner cette guerre.

Or aucun stratège raisonnable n’imagine aujourd’hui une telle victoire possible. Comment croire  qu’un engagement en définitive assez limité viendra à bout de milices aguerries et bien armées, recrutées dans des tribus aux fortes traditions guerrières,  se battant dans un terrain particulièrement difficile qu’elles seules connaissent, et qui, après avoir résisté à la colonisation, ont tenu pendant dix ans la dragée haute aux  Russes, voisins directs engagés avec des moyens autrement puissants ?  Cette guerre est, de l’avis commun, encore bien plus mal emmanchée que ne l’était celle du Vietnam.

On dira en désespoir de cause que,  même s’il ne peut gagner la guerre, l’Occident  se doit d’être présent à cet endroit là pour marquer une attitude offensive dans la  guerre générale qui  est menée contre l’islamisme. Mais à quel coût et jusqu’à quand ?

De plus cyniques, - il en est dans nos états-majors -, avouent en privé que peu importe la légitimité de cette guerre : elle est un utile    terrain de manœuvre en  en vraie grandeur, permettant  aux armées de l’OTAN  de rester aguerries. C’est faire bien peu de cas des   victimes civiles afghanes, d’autant plus nombreuses que les  bombardements indiscriminés, aussi habituels en ces circonstances que contre-productifs, sont  pratiqués à grande échelle.

 

La défense est d’abord nationale

 

Mais par-delà les considérations d’opportunité se pose la question de principe de la « stratégie globale »

Qui ne voit que les  considérations géostratégiques fumeuses peuvent  justifier n’importe quelle expédition lointaine ?

Elles vont  en tous les cas à l’encontre de la conception traditionnelle, capétienne si l’on veut (mais  aussi bien républicaine) de la défense nationale : dans cette conception, la guerre est tenue pour une chose grave qui ne se justifie que quand se trouve en  jeu pour un pays un intérêt à la fois essentiel,  spécifique, et certain. Si la lutte contre le terrorisme est assurément un intérêt essentiel, il s’en faut de beaucoup qu’il soit certain  ni spécifique.

Nous avons montré le caractère incertain du lien entre la lutte contre le terrorisme et la guerre civile d’Afghanistan. 

Même si les Etats-Unis furent bien peu solidaires de la France au temps où celle-ci subissait de plein fouet le terrorisme tout aussi islamiste du FIS algérien, on veut bien admettre que par son ampleur, l’attentat du 11 septembre mérite notre solidarité, mais pas au point   que l’intérêt de la France soit entièrement  fondu dans  un intérêt occidental unique.

Un pays n’est pas une entité abstraite perdue dans le champ de la mondialisation : il  a une géographie et une histoire particulières qui déterminent  ses intérêts propres.  Même si ses frontières nationales ne sont pas pour le moment menacées, la France a des intérêts spécifiques, notamment  en Afrique, qui ne sauraient être sacrifiés,  comme on s’apprête à le faire, à des considérations de « stratégie globale. » Empêcher les milices Jandjaouies d’entrer au Tchad est   aussi   important pour nous que fermer la route de Kaboul aux talibans.  L’Afghanistan se trouve   très clairement en dehors des zones d’intérêt traditionnelles de la France.  

Cette conception  de la défense nationale  fut celle du général de Gaulle qui, lui, savait combien la guerre est une chose grave : c’est peut être pourquoi il termina deux guerres et n’en commença aucune ; il fut aussi, on l’ignore trop, à partir de 1962, plus avare d’expéditions outre-mer qu’aucun de ses successeurs.

La vertu  qui gouverne  cette conception  est la  prudence,  laquelle ne signifie nullement une quelconque   pusillanimité munichoise mais implique au contraire de savoir frapper fort quand il  le faut, c’est à dire rarement.

Le faut-il dans le cas de  l’Afghanistan ? Les considérations qui précèdent montrent clairement que non.

 

 

 

                                                                Roland HUREAUX

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24 août 2008 7 24 /08 /août /2008 12:24

A la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Pékin, Nicolas Sarkozy était le seul chef d’Etat  présent, parmi ceux des  grands pays d’Europe occidentale.   Il est aussi le seul à n’avoir jamais  rencontré le dalaï lama ( qui a déjà  été reçu à Washington, à Londres, à Berlin). En bonne logique,  France devait donc être au cours des  prochains mois le partenaire privilégié de Pékin.

A ce qu’il semble, il  n’en est  rien. Il se murmure dans les milieux diplomatiques pékinois qu’une fois le temps des politesses olympiques passé, la France va payer au prix fort son attitude envers l’Empire du milieu.

Non seulement le président s’est mis à dos les Chinois mais en paraissant s’incliner devant le  diktat de Pékin, il a déçu les défenseurs des droits de l’homme.

Tels sont les effets  de l’invraisemblable accumulation de maladresses  qui a marqué les relations franco-chinoises depuis un an.

La première   fut de laisser  présenter la participation du président  français comme un enjeu politique majeur.  Boycotterait-il  ou non les Jeux Olympiques ?   se  demandait-on il y a un an, sans que personne en haut lieu n’ait la prudence  de désamorcer la question.   Le terme de boycott avait jusque là une signification pour les  athlètes, on ignorait qu’il en eut pour les invités. Mais si les seconds veulent voler la vedette aux premiers...

Quand les Jeux Olympiques eurent lieu à Rome en 1964, le général de Gaulle, chef de l’Etat ne s’y rendit pas sans que cela ait revêtu une quelconque  signification pour les relations franco-italiennes. Voilà ce qu’on aurait pu rappeler, le  président se réservant de se déterminer au dernier moment « en fonction de son emploi du temps ». Silvio Berlusconi a bien su invoquer la météo pour ne pas aller à Pékin.  Déconnection d’autant plus nécessaire que Nicolas Sarkozy était sans doute  décidé dès le départ, avec son fils, à ne pas manquer l’événement.

Soit-dit en passant, ceux  qui tiennent les Jeux olympiques pour une manifestation purement sportive noteront  que la question de la participation des autorités politiques à la  cérémonie d’ouverture ne se pose pas quand les jeux ont lieu dans Etat démocratique, à Atlanta ou à Sydney. Ce n’est que quand ils  ont lieu dans un Etat non-démocratique que la question se pose : cela seul suffit à faire la différence entre les pays d’accueil (1).

Pour durcir encore l’enjeu, la France préside cette saison l’Union européenne et à travers elle, c’est l’attitude de l’Europe entière qui a semblé en cause, alors même que le  gouvernement français, sur cette question, en droit, n’engageait que lui. Cela non plus n’a jamais fait l’objet d’une mise au point.

A cette première erreur s’ajoute l’incroyable  réaction de soumission intervenue lorsque le gouvernement chinois a élevé  la voix contre les manifestations ayant accompagné en avril le parcours de la flamme olympique sur notre territoire. Là où il eut fallu rappeler sèchement que dans un pays comme la France, à la différence d’autres,  les manifestations de rue ne sont pas téléguidées par le gouvernement, on envoya au contraire une délégation de haut niveau, le président du Sénat et un ancien premier ministre, rien de moins, pour  « renouer le dialogue ». Tout cela avait, qu’on le veuille ou non,  l’air  d’une  repentance et donc d’un aveu de culpabilité. Alors même que notre police avait fait plus que du zèle contre les manifestants,  laissant même agir sur notre territoire, au mépris de toutes les règles de souveraineté, un obscur service d’ordre chinois. 

Enfin comment ne pas trouver insupportables les avertissements arrogants de Pékin mettant en demeure le gouvernement français de ne pas accueillir le dalaï lama lequel, on l’a dit, l’a déjà été  dans les grandes capitales occidentales ? Bernard Kouchner heureusement l’a rappelé. Mais ces avertissements ont eu leur effet : Nicolas Sarkozy a annoncé  à la veille de son départ pour Pékin qu’il ne recevrait pas le chef religieux tibétain  immédiatement. Là aussi coup double : d’un côté on paraît    s’incliner devant les dirigeants chinois, de l’autre on  les mécontente en  laissant supposer que le dalaï lama sera reçu un peu plus tard.

Comment ces dirigeants n’auront-ils pas eu  l’impression tout au long de cette histoire qu’on les prenait pour des imbéciles ?

La question chinoise illustre les limites de la méthode Sarkozy.  On peut penser beaucoup de mal  des hommes qui gouvernent à  Pékin mais  à la différence des militants UMP, on ne peut pas leur faire gober  tout et son contraire.

C’est la même chose des autres grands dirigeants étrangers. Mais  le dommage est là moins apparent : Washington se réjouit trop d’un alignement inconditionnel pour faire le difficile. Les Européens sont déjà habitués à nos pitreries – et d’ailleurs ils  en ont déjà vu avec ces autres grands communicants qui ont nom  Blair ou Berlusconi. Poutine, pour des raisons qui restent à expliquer, s’accommode bien du caractère de  notre président. Bien des dégâts ont déjà été  faits en Afrique et en Amérique latine, mais qui s’en préoccupe aujourd’hui ?

Avec la Chine, on est tombé sur un os. La somptueuse ouverture  des jeux a montré, s’il en était besoin, que ce pays tient aujourd’hui son rang. Sans doute fallait-il marquer le coup au sujet du Tibet mais pas avec tant de légèreté, Monsieur le président !  Car ces gens là  ne rigolent pas ! 

 

 

                                                              Roland HUREAUX

 

1. Une exception : Los Angeles en 1984 mais il s’agissait pour les Soviétiques de prendre leur revanche sur Moscou.

 

 

 

 

 

 

 

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