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Roland HUREAUX

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24 septembre 2008 3 24 /09 /septembre /2008 16:38

 

 

Nul doute  que la pape Benoît XVI  soit le chef d’Etat le plus cultivé: ce n’est pas  très difficile. Mais il est sans doute aussi un des hommes les plus instruits de la planète, non seulement dans les sciences théologiques mais encore la philosophie, les arts et même  les sciences. Cet homme qui dialogue  avec Habermas, joue Mozart et aime la latin ne manque en tous cas pas de ressources. Il est vrai qu’élu à près de quatre-vingt ans, il avait eu le temps d’en apprendre des choses !

L’épisode le plus original de son   voyage en France fut  une conférence au tout nouveau centre culturel des Bernardins,  initiative de Jean-Marie Lustiger destinée à rapprocher la  foi et la culture. Y ont accouru , non seulement  l’Institut de France, dont il est membre associé,  , mais aussi la fine fleur de la culture, de l’édition, des arts et des lettres. Les intellectuels catholiques de la nouvelle génération, comme Rémi Brague ou Jean-Luc Marion mais aussi Regis Debray, Frederic Mitterrand et bien d’autres. De cette conférence, beaucoup, telle Julia Kristeva sont sortis enthousiastes. Insistant sur la nécessité d’interpréter les textes, inscrite au cœur de la   tradition juive aussi bien juive que  chrétienne, le pape a longuement montré  comment il y a là  la source d’une science du langage fondatrice de la culture européenne et l’antidote à tous les fondamentalismes.

 

Une religion d’intellectuels ?

 

Ce succès intellectuel de l’Eglise catholique forme un contraste cruel  avec la chute de son influence mise en relief par tous les sondages. Si 75 % de Français se déclarent encore catholiques, 50 % seulement croient  en Dieu,  25 %à une vie dans  l’au-delà et à peine plus de 5 % pratiquent.

Le critère le plus significatif de la crise est le  nombre d’ordination de nouveaux prêtres. Un parcours qui se résume  un brutal décrochage en 1975 d’environ 800   à 100 par an. A partir de là un palier qui dure encore aujourd’hui. Un flux d’entrée qui correspond à celui des énarques ! Encore de quoi avoir quelque influence d’autant que les nouveaux prêtres, eux, sont cultivés.  Les spécialistes du calcul intégral montreront toutefois  comment ce décrochage très situé dans le temps  entraîne pendant quarante ans le sentiment  déprimant d’une diminution continue des effectifs du clergé.  Un nouveau décrochage est-il intervenu vers 2005 ? Cela reste à confirmer.

Les autres critères d’influence sont à l’avenant : diminution du nombre d’ enfants baptisés puis catéchisés, des mariages religieux. Seul indicateur au vert positif : le nombre des  baptêmes d’adultes, dont l’augmentation ne compense  cependant pas celle des enfants.

Cette crise touche l’Eglise catholique dans toute l’Europe.  Elle y touche  aussi les Eglises protestantes établies. Le reste du monde, Etats-Unis et Russie compris, vit, par rapport au fait religieux, à  un autre rythme.

Il semble don qu’il ne serve à rien à l’Eglise catholique d’avoir un pape instruit et subtil.   Les seules religions qui progressent semblent  celles qui véhiculent un message simple, voire simpliste . Pour les islamistes,  le Koran et rien que le Koran. Pour les  évangélistes américains , la Bible et rien que la Bible   y compris quand elle contredit la théorie de l’évolution ( acceptée par le papes) , y compris quand elle permet d’assimiler  la lutte des Etats-Unis et d’Israël  contre  le reste du  monde à la bataille finale du bien et du mal , la fameuse bataille  d’Armageddon  décrite dans l’Apocalypse.

L’Eglise catholique  va-t-elle, au moins en Europe,  mourir  de sa subtilité ? Sans doute celle-ci n’est-elle pas nouvelle. Ses dogmes fondamentaux : la trinité, la double nature du Christ  ne sont pas choses simples. Pas davantage  la distinction du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel, fondement historique d’une laïcité dans laquelle Nicolas Sarkozy se prend les pieds avec ses gros sabots, Sans doute le catholicisme a-t-il d’autres ressources : à côté de  ceux qui raffinent  les concepts, il y a aussi ceux qui brûlent les cierges à Lourdes ;  quelquefois ce sont les mêmes !  Masi tout se passe comme si, confrontée au choc de la  modernité, les religions ne résistaient que dans ce qu’elles ont de brutal et de simpliste. Il  semble  , en ce début du IIIe millénaire, plus facile à l’Eglise catholique de susciter  le respect des intellectuels que de reconquérir des masses !

 

 

                                                           Roland HUREAUX

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2 septembre 2008 2 02 /09 /septembre /2008 20:14

dans ses relations avec les pays d'Europe centrale et orientale

 

Dès l’entrée des troupes russes en Géorgie, les Etats-Unis, après avoir émis de vigoureuses protestations, ce qui ne coûte rien, ont fait savoir qu’ils excluaient une riposte proprement militaire  dans le Caucase. Vu de Moscou, c’est là le plus important.

Les « sanctions » qu’envisage de prendre l’Europe occidentale,  si dépendante de la Russie pour ses approvisionnements énergétiques, ne sauraient, en  tout état de cause, avoir qu’un caractère symbolique. 

De telles  positions peuvent choquer. Elles ne devraient pas nous surprendre.

Parmi les motifs  qui poussèrent  en son temps le général de Gaulle à construire une force de dissuasion indépendante, se trouvait sa conviction, maintes fois exprimée, qu’à partir du moment où l’URSS s’était dotée d’une force nucléaire, jamais les Etats-Unis ne  risqueraient un affrontement direct  avec une autre puissance nucléaire pour assurer la protection de l’Europe occidentale. C’est dans cette logique que Washington inventait   de  la protection de la France et de l’Allemagne, pas de la Lituanie et de la Géorgie ! dès 1956, la théorie prudente de la « riposte graduée ». Et il était alors question

 

L’imprudence des Etats-Unis

 

Ce qui surprend en revanche est que les Etats-Unis et certains de leurs alliés aient, depuis plusieurs années laissé croire si inconsidérément aux petits pays d’Europe de l’Est, les  anciennes démocraties  populaires aussi bien que les  ex-républiques soviétiques,  qu’ils leur apportaient une garantie si  sérieuse de sécurité  qu’ils pouvaient se risquer à provoquer allègrement  leur  grand voisin russe.

 Non seulement les Etats-Unis, malgré les réticences de la France et de l’Allemagne, ont poussé à   l’entrée de l’Ukraine et de la Géorgie dans l’OTAN, mais ils ont  apporté  une assistance militaire importante à la Géorgie,  contribuant même à ce qu’il semble, au travers de la fourniture d’un armement ultramoderne et de quelques centaines d’instructeurs,  à préparer l’imprudent   coup de force du président Saakatchvili contre  l’Ossétie du Sud. Comment ce dernier n’aurait-il pas été convaincu, au vu d’un  appui technique aussi sensationnel, que les Américains enverraient des troupes pour le soutenir ?  Avec autant de légèreté, l’Ukraine  menace d’  exclure les Russes de la base navale de Sébastopol.

Accepter sur leur sol  des éléments du bouclier antimissile américain, dont on aura du mal à faire comprendre aux Russes qu’il n’est pas dirigé contre eux,  est tout aussi aventuré  de la part de la Pologne et de la Bohême, alors même que l’OTAN ne comporte aucune obligation de solidarité militaire en cas d’agression.

Tout à leur rêve américain, ces pays ont dans la période récente réécrit l’histoire des années trente de manière fantasmagorique. A les en croire les Etats-Unis auraient volé à leur secours en 1939, en 1956, en 1968 ou en 1981 !  Forts de cette protection supposée, ils croient pouvoir  narguer non seulement la Russie mais l’Union européenne (à qui on ne s’est jamais soucié de demander son aval  pour recevoir le bouclier antimissile). Certes   pour défendre la Tchécoslovaquie et n’eurent  pas non plus la   stratégie la plus avisée pour protéger la Pologne (1).  Mais enfin,  la  France a risqué son existence en faisant  jouer la solidarité avec celle-ci. Les  Etats-Unis, eux, faut-il encore le rappeler ?  ne bougèrent que deux ans plus tard, à la suite de l’attaque  de Pearl Harbour, pour ensuite les lâcher à  Yalta.    Quelle que soit la détermination du président Reagan ( beaucoup plus prudent  que Bush, père et fils, dans ses engagements militaires), c’est d’abord à leurs  propres efforts que les Polonais, les Tchèques  - et  les Russes eux-mêmes (2) - doivent d’avoir secoué le joug du communisme. la France et la Grande-Bretagne ne s’illustrèrent pas en 1938

 

Qui parle de Munich ?

 

Tous ceux qui aujourd’hui  évoquent  Munich à tort et à travers, devraient en outre se souvenir qu’une des grandes leçons des années trente est qu’on ne bafoue  pas ou ne laisse pas bafouer impunément le droit international. Même si les conséquences funestes d’une rupture de l’ordre juridique n’apparaissent pas immédiatement,  toute entorse ouvre  la boite de Pandore. Or qui ne se souvent de l’euphorie  avec laquelle Américains  et Européens l’ont piétiné , au nom des droits de l’homme,  en agressant la Serbie en 1999 puis, plus récemment en reconnaissant l’ indépendance du Kosovo. Le consensus des grandes démocraties, disait-on avec une inconcevable légèreté, vaut toutes les résolutions du Conseil de sécurité ! Il est douteux que le reste du monde l’ait vu de cette façon. Moscou en tous cas n’a pas oublié. Les avertissements pourtant clairs par lesquels le  que la reconnaissance du Kosovo constituait  un  affront grave à son égard (3), ont été négligés. En Géorgie, où elle  viole à son tour le droit international (mais ni plus ni moins que nous au Kosovo),  elle nous rend la monnaie de notre pièce. La pente est assurément dangereuse. Russie a signifié

La nouvelle politique du « cordon sanitaire » signifiée par un l’élargissement indéfini de l’OTAN vers l’Est était doublement absurde.  Elle négligeait le fait pourtant capital que depuis 1990 la Russie ne cherchait  plus à exporter aucune idéologie. Elle promettait aux pays concernés un appui qu’en réalité, dès le départ, aucun Occidental n’était prêt à apporter.

 

La nécessaire modération

 

Doit-on aujourd’hui se contenter de contempler  le désastre ?

Il est des imprudences qui ne se rattrapent guère : on peut craindre que celles qui ont été commises dans les Balkans en fassent  partie.

Mais les « Occidentaux » (on se demande à quoi correspond encore cette expression depuis la chute du communisme ! ) doivent aujourd’hui clairement admettre que la paix en Europe ne proviendra pas de l’écrasement d’un camp , si camp il y a,  par un autre, par une réduction de la Russie à l’état de pays  de seconde zone, ce que l’immense  espace dont elle dispose interdit de toutes les façons , à moins d’y  rappeler les Tartares.

La paix en Europe ne proviendra que d’un compromis fondé sur  la modération,  la reconnaissance  du partenaire et un minimum d’égards pour  ses préoccupations. 

Peut-être même  faudrait-il passer de nouveaux accords d’Helsinki.  Sur quelles bases ?  Sans doute    l’intangibilité des frontières, ce qui supposerait qu’on ne reconnaisse, si c’est encore possible, contrôler. ni le Kossovo, ni l’Abkhazie (ni demain la Flandre !). Il faut aussi s’interroger sur l’avenir de l’OTAN qui  de fait  protège si peu et, ressentie comme une menace par  les Russes,  n’est plus pour ses membres européens  qu’un  moyen de les  La Russie n’a sans doute pas le droit d’attenter  à  la  souveraineté de ses voisins, anciennes républiques soviétiques comprises. Mais pas plus que la France ne supporterait que quelque puissance lointaine  vienne exciter la Belgique  ou le Luxembourg contre elle,  on peut comprendre qu’elle exige d’eux en échange  une certaine neutralité. Qu’elle  ne  souhaite pas que la Géorgie,  pays natal de Joseph  Staline ou l’Ukraine, berceau historique de la Russie, lui deviennent antagonistes, est après tout compréhensible. A des degrés divers, que cela leur plaise ou non, la  sécurité des pays de l’Europe centrale et orientale -  et celle de l’Europe en général -  passe par une forme ou une autre de  modération vis-à-vis du  grand voisin de l’Est. 

 

 

                                                              Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

1. Mais au moins n’avaient-ils pas encouragé ces pays à provoquer l’Allemagne !

2. Et les Afghans !

3. La Russie pouvait estimer être   impliquée dans les Balkans à un double titre :  comme protecteur traditionnel des Chrétiens orthodoxes et comme membre permanent du Conseil de sécurité.

 

 

 

 

 

 

 

 

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24 août 2008 7 24 /08 /août /2008 21:10

Et si le palmarès olympique n'était pas ce que l'on croit ? La Chine a certes remporté  un grand succès - autant par l'organisation impeccable que par les performances -   mais peut-être pas aussi éclatant qu'elle     l'epérait.

Au décompte total des médailles, elle est devancée par les Etats-Unis (100 contre 110) même si elle mène pour  les seules médailles d’or (51 contre 36).

Des médailles d’or  concentrées dans certaines disciplines  traditionnelles (tennis de table) ou dans les concours faisant appel à une  jeunesse très disciplinée (gymnastique, plongeon). Malgré ses espoirs et  ses efforts, la Chine n’a pu décrocher de médaille d’or en athlétisme, la discipline reine des jeux.

A-t-on  noté que si l’URSS existait encore, elle devancerait très largement le reste du monde par le nombre des médailles : 171, dont  43 d’or. C’est le résultat auquel on arrive en additionnant ceux de toutes les ex-républiques soviétiques, Russie en tête,  un calcul que, n’en doutons pas, on aura fait à Moscou.

Toujours en comptant l’ensemble des médailles et pas seulement les médailles d’or, la France arrive à une 7e place   très honorable. C’est mieux que dans bien des jeux du passé, notamment au cours du passage à vide des années soixante et soixante-dix ;  c’est à peu près le rang qu’elle occupe dans la plupart des classements, économiques, militaires etc. (à l’exception du stupide classement de Shanghai des  universités !).

La surprenante quatrième place de la Grande Bretagne (47 médailles dont 19 d’or) reflète moins le redressement  économique du pays qu’un habile investissement dans des disciplines, comme le cyclisme sur piste (8 médailles d’or !), où la mise en œuvre de puissants moyens techniques et financiers permet de se hisser assez facilement au premier rang. Ne doutons pas que dans ce pays réputé libéral, cela  ne soit  le résultat d’une volonté délibérée. Investir  très fort  certaines spécialités, c’est curieusement la même politique que la Chine ! 

La France reste faible en athlétisme : il n’y a là aucune fatalité.  Le désordre qui règne dans cette fédération  appelle des réformes en profondeur. Notre pays reste mieux  placé  au nombre total de médailles (7e) qu’à celui des médailles d’or (10e). Pourquoi ? L’incapacité des Français à donner le coup de rein final qui permet de l’emporter ? On en  doute. Les arbitrages ? Parfois. Le stress  entretenu par une  presse chauvine qui transforme aisément en des vedettes de premier rang des  athlètes seulement bons ? Ou  moins de tricheries, pharmacologiques notamment ? Peut-être.

Moins que le résultat d’une politique, le palmarès français semble  une collection  de réussites  - et donc de passions - individuelles, dans les grands classiques  (100 nage libre, hand-ball) mais plutôt dans certaines spécialités attendues (escrime) ou moins attendues (BMX, VTT ). Nous remontons en natation, nous maintenons dans les sports de combat, mais n’existons plus guère en  équitation.

Au total la France défend un peu mieux son rang que l’Allemagne -  dont la réunification,  et sans doute le vieillissement démographique, ont  dégonflé les palmarès aussi sûrement que les biceps artificiels des nageuses de la RDA. -, l’Italie, le Japon, le Canada (largement devancé par l’Australie) ou les pays scandinaves (aucune médaille d’or pour la Suède, nation sportive s’il en est).

Le Brésil, la Thaïlande, les pays d’Europe centrale et orientale et même l’Afrique noire prise dans son ensemble  tiennent leur rang. La Corée du Sud fait beaucoup mieux.

Derrière les grandes nations pluridisciplinaires, les résultats confirment des spécialités régionales  déjà connues : l’Afrique le l’Est pour les courses de fond, les Caraïbes (dont la surprenante Jamaïque)  pour le sprint.

Si le classement olympique  reflète grosso  modo  la place des différents pays dans le monde, certaines nations pourtant importantes demeurent étrangement absentes des podiums : l’Inde et le Pakistan,  le Vietnam, Israël et  la plupart des pays arabes.  A quand les Jeux Olympiques à Bombay ?

 

                                                                         Roland HUREAUX


 

 

 

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24 août 2008 7 24 /08 /août /2008 15:58

 

L’incroyable autisme des démocraties occidentales  les a empêchées  de se mettre à la place des Russes pour essayer de comprendre  comment ces derniers pouvaient avoir vécu les événements des vingt dernières années.

 

Les Russes ont été patients

Le recul territorial d’abord : si on ne peut que se féliciter que les pays d’Europe centrale et orientale aient été libérés du joug communiste  et de l’emprise de leur grand voisin,   le mouvement est allé plus loin : avec l’éclatement de l’Union soviétique, la Russie a  vu son emprise territoriale rétrécie en deçà même de la frontière de Brest-Litovsk (1918). Avec l’indépendance de la Biélorussie, Moscou se trouve à moins de mille kilomètres de la frontière. En réduisant, par des moyens il est vrai  hautement  contestables,  la dissidence tchétchène, la fédération de Russie a évité in extremis d’aller plus  avant dans le délitement. 

Les humiliations : la guerre de Yougoslavie de 1999, vit les Etats-Unis et l’Europe prendre parti comme un seul homme et en violation complète du droit international contre les Serbes orthodoxes amis traditionnels des Russes,  et en faveur  des Bosniaques et des Albanais du Kosovo musulmans. Un choix congruent avec le  statut de partenaire privilégié (et plus si affinités...) conféré à la  Turquie,  pourtant bien moins européenne.

Les menaces : comment, vu de Moscou l’entrée des pays baltes déjà réalisée et celle de l’Ukraine et  de la Géorgie promise dans l’OTAN,  une alliance  qui, historiquement, s’est constituée contre eux,  n’apparaîtrait elle pas comme telle ? Comment l’installation d’un bouclier  antimissiles  et de rampes de lancement de fusées en Pologne et en Bohême  ne les confirmeraient-ils pas dans  ce sentiment ? De même que la volonté d’évacuer le pétrole de la Mer noire en contournant leur  territoire.

N’oublions pas non plus  les vexations  infligées il y a quelques années par le FMI imposant à ce pays où la natalité est au plus bas d’abolir toute politique familiale : singuliers géo-stratèges qui voient d’un bon œil, face à  une Chine surpeuplée, la Sibérie continuer à se vider !

 

Du containment à l’abaissement systématique

Quelle autre solution d’ailleurs pour  qui veut réduire la puissance russe à sa plus simple expression que d’y  faire revenir  les Tartares ? Pour les tenants de cette ligne, il n’est  probablement  de bonne Russie que réduite aux dimensions de la  Moscovie. Ils sont en tous les cas passés fort imprudemment du containment à l’abaissement systématique.

Les faucons qui des deux côtés de l’Atlantiques brandissaient encore la menace russe après la chute du communisme et au plus profond de la dépression  de ce pays n’évoquent-ils pas ces  anciens soldats devenus fous qui continuent à voir l’ennemi bien longtemps après le retour de la paix ?  

Si vraiment il y avait menace,  il était alors bien imprudent de la part des Etats-Unis de dénoncer  unilatéralement le traité ABM,  ou de vider de sa substance, en refusant toute vérification, le traité START,  conclus avec l’Union soviétique. 

Ajoutons le dénigrement systématique du régime russe auquel se livrent sans mesure  certains médias occidentaux.  Sans doute la démocratie est loin d’y être parfaite : certes l’emprisonnement d’un Mikhaïl Khodorkovski ou l’assassinat hautement suspect d’une  Anna Politkovskaïa sont-ils  inacceptables, mais nous sommes néanmoins à des années lumières du Goulag. La Russie a infiniment   progressé depuis le temps de Staline et même de Brejnev ; ce pays  se trouve si l’on veut dans une situation de transition comparable à celle du Brésil des années soixante-dix ou du  Japon de l’après-guerre, qui, s’en souvient-on ? a  réélu le même parti pendant trente  ans sans que personne  y trouve à redire. Mettre la Russie, comme on l’entend  ici ou là,  sur le même plan  que la Chine, objet de tant de complaisances et où persistent  à un degré inouï  les structures totalitaire et  le mépris de l’homme,  relève d’une singulière absence de discernement.  Et que  dirait-on  si la Russie entretenait en dehors de ses frontières quelque chose comme Guantanamo ?  On peut trouver la question incongrue mais comment empêcher que les Russes la posent ?

Dans le même veine, les partis pro-occidentaux en Ukraine ou en Géorgie étaient tenus pour libéraux et les pro-russes pour autoritaires, corrompus  et mafieux alors qu’on sait aujourd’hui que si leurs allégeances sont différentes, les méthodes et la moralité  des uns et des autres sont comparables.

Même si la classe dirigeante russe n’a pas été bouleversée depuis 1990, qu’elle n’ait plus l’ambition de sauver le monde par une idéologie à vocation universelle est plus qu’une nuance ou alors toute la littérature libérale  du XXe siècle montrant de manière si éclairante  le  rôle pernicieux de l’idéologie est  à jeter à la poubelle.   

 

Pas de quoi s’étonner

Que dans ce contexte, l’Etat russe requinqué par les  bénéfices du gaz et du pétrole et le retour de la croissance,  ait saisi l’occasion que lui offrait l’insigne  maladresse du président géorgien  Saakatchvili   pour mettre les pendules à l’heure, on peut s’en indigner, on ne saurait s’en étonner.

Sans doute les Russes, quant au fond, se moquent-ils des Ossètes et des Abkhazes (en tout 7 % de la population de la Géorgie), mais les Etats-Unis s’intéressent-ils vraiment aux Albanais du Kosovo ou à libérer les femmes afghanes de la  bourka ?

Sans doute l’entrée des  troupes russes en Géorgie constitue-t-elle une violation flagrante de la souveraineté internationale de ce pays mais quelle leçon peuvent donner en la matière les Occidentaux qui ont ouvert la boîte de Pandore en bombardant Belgrade ?

Sans doute la Géorgie, même petite,  est-elle libre de sa politique extérieure. Elle n’est cependant, comme tout le monde,  pas dispensée du  devoir de modération. Le pays de Joseph Staline peut-il se transformer sérieusement en ennemi de la Russie ? De son côté,  l’Ukraine, berceau historique de l’Etat russe,  peut-elle  tourner le dos durablement à  ce dernier ?  

Au demeurant que dirions- nous si des puissances lointaines, les Chinois par exemple,  venaient exciter la Belgique ou le  Luxembourg contre nous ?

On dira que la Russie, pays  qui manque de mesure, est  naturellement dangereuse. Mais en abusant de sa faiblesse après  la chute du communisme, les Occidentaux ont démontré qu’eux aussi en manquaient singulièrement. En voyant la paille dans l’œil de leur vis-à-vis, ils n’ont pas vu la poutre dans le leur. Ils ont en tous les cas perdu une belle occasion de démontrer aux Russes leur volonté de paix.

 

Vigilance quand-même

Le général de Gaulle  aimait à dire qu’un Etat  n’a pas d’ami. La Russie pas,  plus que toute autre puissance,  ne saurait être considérée a priori comme un pays ami. Mais on ne saurait lui faire le grief  d’avoir de l’amour-propre (n’est-ce pas au fond ce que lui reprochent certains Européens de l’Ouest que ronge  la haine de  soi : d’être un peuple qui s’aime encore lui-même ?)

Même si  la réaction de la Russie à l’affaire géorgienne est compréhensible, rien ne garantit qu’ayant réussi  ce  coup,   elle ne cherchera pas ultérieurement à pousser plus avant ses avantages. Une bonne raison pour que les Européens réfléchissent aux moyens de   lui faire une place honorable dans le concert européen. Cela passe sans doute par une parfaite intransigeance sur l’intangibilité  de toutes les frontières et, malgré l’imprudence du bouclier antimissile,  l’indépendance des anciens satellites de l’Europe de l’Est,  Pologne en tête. Mais de leur côté  les Russes  ont droit,  nous semble-t-il, à des égards au moins égaux à ceux de la Turquie, à ce que  les affaires balkaniques ne soient pas réglées de manière unilatérale ou  encore que les anciennes républiques soviétiques observent à son égard une sage neutralité.

Il n’est pas d’autre recette au maintien de la paix que la modération. Dans les affaires de l’Europe de l’Est, ce n’est pas, jusqu’à preuve du contraire, les Russes qui en ont manqué le plus. Mais s’il en allait différemment dans l’avenir, sans doute faudra-t-il alors réagir en   conséquence.

 

                                            Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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24 août 2008 7 24 /08 /août /2008 12:26


            Avec l’embuscade tragique qui a coûté la vie à dix de ses soldats, la France a compris brusquement qu’elle était engagée en Afghanistan dans une vraie guerre.

Avant tout, ces soldats méritent notre hommage et, avec leur famille,  notre compassion. Ils sont vraiment « morts pour la France. » Honneur à eux. My coutry, right or wrong disent les Américains.

Mais l’émotion n’interdira  pas longtemps de  poser la question de la  justesse de l’engagement de 3000  soldats français dans la guerre d’Afghanistan.

Quelles peuvent en être les justifications ?

Pour les Etats-Unis, il s’agissait au départ de « punir » et de  chasser du pouvoir les complices de l’attentat du  11 septembre : le régime taliban du mollah Omar, lequel  abritait  Ben Laden et les camps d’entraînement d’Al Qaida.

Gent fort  ingrate  au demeurant puisque le mouvement taliban avait été créé de toutes pièces par les Américains en 1994  afin, déjà, de punir et chasser du pouvoir un de leurs  protégés, Gulbuddin Hekmatyar maladroitement  compromis dans un premier attentat contre le World trade center.

L’objectif  de chasser les talibans fut très vite atteint, à un prix il est vrai lourd : pour les 3000 victimes du 11 septembre, plus de 100 000  victimes civiles et militaires afghanes environ, dont la quasi totalité n’était impliquée ni de près ni de loin dans l’attentat de New York. « Œil pour œil, dent pour dent », dit l’antique adage biblique, finalement point si inhumain: on est, on le voit, dans cette affaire,  très  au-delà du compte.

L’incapacité des Américains  à installer un pouvoir stable à Kaboul ( leur  refus d’une  restauration du roi Zaher Chah  n’a pas facilité les choses) et la haine  bien naturelle de l’occupation étrangère ont vite permis aux talibans de reprendre du poil de la bête au point qu’ils seraient déjà revenus à Kaboul si celle-ci n’était défendue par les Occidentaux.

 

La « guerre des civilisations » ?

 

On arrive au second but de la guerre : empêcher  une faction  susceptible de protéger les terroristes islamiques de reprendre le pouvoir.  La guerre en Afghanistan ne serait dans cette perspective que la pointe avancée de la lutte de l’Occident contre le terrorisme, singulièrement islamique, un avatar de la nécessaire « guerre des civilisations ».

Ce but de guerre s’inscrit dans une conception aujourd’hui répandue – et qui a largement inspiré  le récent Livre blanc de la défense nationale -,   de « stratégie globale », selon laquelle   le concept de défense du territoire national  au sens classique serait périmé, à la fois parce que territorial  et parce que national. 

L’idée de contrer  un parti pro-terroriste  semble  tenir la route sur le papier. Elle ne prend cependant pas en compte un certain nombre de données concrètes :

- la base afghane n’a joué qu’un rôle accessoire dans le 11 septembre : loin d’être un coordonnateur tout-puissant, Ben Laden  a surtout labellisé  cet attentat - et d’autres ; si les « camps afghans »   ont permis une mise en condition idéologique de certains comparses,   l’attentat du 11 septembre a d’abord  été préparé en Occident  par des éléments  occidentalisés, arabes et non afghans ;   

- de toutes les façons, les talibans contrôlent aujourd’hui suffisamment de territoire pour protéger Ben Laden ; est-il vrai, comme le disent  certains militaires français,  que les Américains à qui ils  avaient signalé sa position,  ont  refusé de l’arrêter ? Comme si  le méchant devait rester vivant jusqu’à la fin du film !   

- il n’y a plus eu d’attentat significatif aux Etats-Unis et dans la plupart des pays d’Europe depuis 2001 ;

- l’efficacité de la coordination policière entre les partenaires occidentaux,  singulièrement entre les Etats-Unis et la France,  est   la cause principale de ce reflux du terrorisme : c’est là un facteur    autrement sérieux,   dans la lutte contre le terrorisme, que d’obscurs  combats dans les vallées du Panshir ; 

- les talibans  se préoccupent peu de Ben Laden : ils ont d’abord le sentiment de se battre pour défendre leur patrie et   leur foi ; c’est d’ailleurs leur force ;

- si les talibans revenaient au pouvoir, il y aurait moyen par des frappes ciblées de les dissuader d’apporter un concours aux terroristes, concours qui, de toutes les façons, vu leur position géographique, ne pourrait être que modeste ;

- le vivier des talibans est la tribu des Pachtounes à cheval sur la frontière du  Pakistan : ce pays immense, bien plus peuplé que l’Afghanistan, à la « gouvernance » catastrophique, travaillé par les intégrismes, disposant de l’arme nucléaire  et pourtant protégé par les Etats-Unis, représente un risque autrement grave  pour la paix que ne le serait un Afghanistan islamiste ;

- le concept de « sécurité globale », dépassant le seul cadre militaire,  est à la mode : malgré ses défauts,  le régime taliban avait supprimé la culture du pavot ; sept ans après l’Afghanistan fournit 93 % de l’opium consommé en Occident !

A supposer que malgré ces considérations, on accepte encore la logique « guerre contre les talibans = guerre contre le terrorisme », il faudrait pour que notre engagement  soit justifié,    qu’on ait l’espoir de  gagner cette guerre.

Or aucun stratège raisonnable n’imagine aujourd’hui une telle victoire possible. Comment croire  qu’un engagement en définitive assez limité viendra à bout de milices aguerries et bien armées, recrutées dans des tribus aux fortes traditions guerrières,  se battant dans un terrain particulièrement difficile qu’elles seules connaissent, et qui, après avoir résisté à la colonisation, ont tenu pendant dix ans la dragée haute aux  Russes, voisins directs engagés avec des moyens autrement puissants ?  Cette guerre est, de l’avis commun, encore bien plus mal emmanchée que ne l’était celle du Vietnam.

On dira en désespoir de cause que,  même s’il ne peut gagner la guerre, l’Occident  se doit d’être présent à cet endroit là pour marquer une attitude offensive dans la  guerre générale qui  est menée contre l’islamisme. Mais à quel coût et jusqu’à quand ?

De plus cyniques, - il en est dans nos états-majors -, avouent en privé que peu importe la légitimité de cette guerre : elle est un utile    terrain de manœuvre en  en vraie grandeur, permettant  aux armées de l’OTAN  de rester aguerries. C’est faire bien peu de cas des   victimes civiles afghanes, d’autant plus nombreuses que les  bombardements indiscriminés, aussi habituels en ces circonstances que contre-productifs, sont  pratiqués à grande échelle.

 

La défense est d’abord nationale

 

Mais par-delà les considérations d’opportunité se pose la question de principe de la « stratégie globale »

Qui ne voit que les  considérations géostratégiques fumeuses peuvent  justifier n’importe quelle expédition lointaine ?

Elles vont  en tous les cas à l’encontre de la conception traditionnelle, capétienne si l’on veut (mais  aussi bien républicaine) de la défense nationale : dans cette conception, la guerre est tenue pour une chose grave qui ne se justifie que quand se trouve en  jeu pour un pays un intérêt à la fois essentiel,  spécifique, et certain. Si la lutte contre le terrorisme est assurément un intérêt essentiel, il s’en faut de beaucoup qu’il soit certain  ni spécifique.

Nous avons montré le caractère incertain du lien entre la lutte contre le terrorisme et la guerre civile d’Afghanistan. 

Même si les Etats-Unis furent bien peu solidaires de la France au temps où celle-ci subissait de plein fouet le terrorisme tout aussi islamiste du FIS algérien, on veut bien admettre que par son ampleur, l’attentat du 11 septembre mérite notre solidarité, mais pas au point   que l’intérêt de la France soit entièrement  fondu dans  un intérêt occidental unique.

Un pays n’est pas une entité abstraite perdue dans le champ de la mondialisation : il  a une géographie et une histoire particulières qui déterminent  ses intérêts propres.  Même si ses frontières nationales ne sont pas pour le moment menacées, la France a des intérêts spécifiques, notamment  en Afrique, qui ne sauraient être sacrifiés,  comme on s’apprête à le faire, à des considérations de « stratégie globale. » Empêcher les milices Jandjaouies d’entrer au Tchad est   aussi   important pour nous que fermer la route de Kaboul aux talibans.  L’Afghanistan se trouve   très clairement en dehors des zones d’intérêt traditionnelles de la France.  

Cette conception  de la défense nationale  fut celle du général de Gaulle qui, lui, savait combien la guerre est une chose grave : c’est peut être pourquoi il termina deux guerres et n’en commença aucune ; il fut aussi, on l’ignore trop, à partir de 1962, plus avare d’expéditions outre-mer qu’aucun de ses successeurs.

La vertu  qui gouverne  cette conception  est la  prudence,  laquelle ne signifie nullement une quelconque   pusillanimité munichoise mais implique au contraire de savoir frapper fort quand il  le faut, c’est à dire rarement.

Le faut-il dans le cas de  l’Afghanistan ? Les considérations qui précèdent montrent clairement que non.

 

 

 

                                                                Roland HUREAUX

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24 août 2008 7 24 /08 /août /2008 12:24

A la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Pékin, Nicolas Sarkozy était le seul chef d’Etat  présent, parmi ceux des  grands pays d’Europe occidentale.   Il est aussi le seul à n’avoir jamais  rencontré le dalaï lama ( qui a déjà  été reçu à Washington, à Londres, à Berlin). En bonne logique,  France devait donc être au cours des  prochains mois le partenaire privilégié de Pékin.

A ce qu’il semble, il  n’en est  rien. Il se murmure dans les milieux diplomatiques pékinois qu’une fois le temps des politesses olympiques passé, la France va payer au prix fort son attitude envers l’Empire du milieu.

Non seulement le président s’est mis à dos les Chinois mais en paraissant s’incliner devant le  diktat de Pékin, il a déçu les défenseurs des droits de l’homme.

Tels sont les effets  de l’invraisemblable accumulation de maladresses  qui a marqué les relations franco-chinoises depuis un an.

La première   fut de laisser  présenter la participation du président  français comme un enjeu politique majeur.  Boycotterait-il  ou non les Jeux Olympiques ?   se  demandait-on il y a un an, sans que personne en haut lieu n’ait la prudence  de désamorcer la question.   Le terme de boycott avait jusque là une signification pour les  athlètes, on ignorait qu’il en eut pour les invités. Mais si les seconds veulent voler la vedette aux premiers...

Quand les Jeux Olympiques eurent lieu à Rome en 1964, le général de Gaulle, chef de l’Etat ne s’y rendit pas sans que cela ait revêtu une quelconque  signification pour les relations franco-italiennes. Voilà ce qu’on aurait pu rappeler, le  président se réservant de se déterminer au dernier moment « en fonction de son emploi du temps ». Silvio Berlusconi a bien su invoquer la météo pour ne pas aller à Pékin.  Déconnection d’autant plus nécessaire que Nicolas Sarkozy était sans doute  décidé dès le départ, avec son fils, à ne pas manquer l’événement.

Soit-dit en passant, ceux  qui tiennent les Jeux olympiques pour une manifestation purement sportive noteront  que la question de la participation des autorités politiques à la  cérémonie d’ouverture ne se pose pas quand les jeux ont lieu dans Etat démocratique, à Atlanta ou à Sydney. Ce n’est que quand ils  ont lieu dans un Etat non-démocratique que la question se pose : cela seul suffit à faire la différence entre les pays d’accueil (1).

Pour durcir encore l’enjeu, la France préside cette saison l’Union européenne et à travers elle, c’est l’attitude de l’Europe entière qui a semblé en cause, alors même que le  gouvernement français, sur cette question, en droit, n’engageait que lui. Cela non plus n’a jamais fait l’objet d’une mise au point.

A cette première erreur s’ajoute l’incroyable  réaction de soumission intervenue lorsque le gouvernement chinois a élevé  la voix contre les manifestations ayant accompagné en avril le parcours de la flamme olympique sur notre territoire. Là où il eut fallu rappeler sèchement que dans un pays comme la France, à la différence d’autres,  les manifestations de rue ne sont pas téléguidées par le gouvernement, on envoya au contraire une délégation de haut niveau, le président du Sénat et un ancien premier ministre, rien de moins, pour  « renouer le dialogue ». Tout cela avait, qu’on le veuille ou non,  l’air  d’une  repentance et donc d’un aveu de culpabilité. Alors même que notre police avait fait plus que du zèle contre les manifestants,  laissant même agir sur notre territoire, au mépris de toutes les règles de souveraineté, un obscur service d’ordre chinois. 

Enfin comment ne pas trouver insupportables les avertissements arrogants de Pékin mettant en demeure le gouvernement français de ne pas accueillir le dalaï lama lequel, on l’a dit, l’a déjà été  dans les grandes capitales occidentales ? Bernard Kouchner heureusement l’a rappelé. Mais ces avertissements ont eu leur effet : Nicolas Sarkozy a annoncé  à la veille de son départ pour Pékin qu’il ne recevrait pas le chef religieux tibétain  immédiatement. Là aussi coup double : d’un côté on paraît    s’incliner devant les dirigeants chinois, de l’autre on  les mécontente en  laissant supposer que le dalaï lama sera reçu un peu plus tard.

Comment ces dirigeants n’auront-ils pas eu  l’impression tout au long de cette histoire qu’on les prenait pour des imbéciles ?

La question chinoise illustre les limites de la méthode Sarkozy.  On peut penser beaucoup de mal  des hommes qui gouvernent à  Pékin mais  à la différence des militants UMP, on ne peut pas leur faire gober  tout et son contraire.

C’est la même chose des autres grands dirigeants étrangers. Mais  le dommage est là moins apparent : Washington se réjouit trop d’un alignement inconditionnel pour faire le difficile. Les Européens sont déjà habitués à nos pitreries – et d’ailleurs ils  en ont déjà vu avec ces autres grands communicants qui ont nom  Blair ou Berlusconi. Poutine, pour des raisons qui restent à expliquer, s’accommode bien du caractère de  notre président. Bien des dégâts ont déjà été  faits en Afrique et en Amérique latine, mais qui s’en préoccupe aujourd’hui ?

Avec la Chine, on est tombé sur un os. La somptueuse ouverture  des jeux a montré, s’il en était besoin, que ce pays tient aujourd’hui son rang. Sans doute fallait-il marquer le coup au sujet du Tibet mais pas avec tant de légèreté, Monsieur le président !  Car ces gens là  ne rigolent pas ! 

 

 

                                                              Roland HUREAUX

 

1. Une exception : Los Angeles en 1984 mais il s’agissait pour les Soviétiques de prendre leur revanche sur Moscou.

 

 

 

 

 

 

 

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24 août 2008 7 24 /08 /août /2008 12:22

 

Le 30 janvier 1875, l’amendement Wallon  adopté à une voix de majorité avait fait sortir la République de l’ambiguïté.

Le 21 juillet 2008, à une voix de majorité, Nicolas Sarkozy a fait  entrer la France   dans l’ambiguïté.

Le député Henri Wallon, catholique et  conservateur, n’avait certes pas de sympathie particulière pour le régime républicain,  mais il appartenait à cette génération  de  bourgeois, formés aux humanités classiques,  qui ne se payaient  pas de mots et ignoraient    la « novlangue ». Il lui fallait appeler un chat un chat.  Puisque la France n’était ni en monarchie, ni en régime impérial, c‘est qu’elle était en république : voilà l’évidence qu’il fit reconnaître à une Assemblée  réactionnaire qui n’en avait pas trop envie.

La réforme constitutionnelle de grande ampleur qu’a si laborieusement  et en ne ménageant aucun moyen pour convaincre les récalcitrants ( audiences, menaces, promesses, sondages bidon),  fait adopter Nicolas Sarkozy en ce lundi de juillet où la France court après Bison futé,  laisse un grand malaise.

La gauche  qui escomptait une victoire politique et les gaullistes  comme Nicolas Dupont-Aignan qui, voyaient   dans cette réforme,  un coup décisif  porté   l’héritage du général de Gaulle,  sont amers d’être  passés si près du succès. Le président, lui,  aura senti le vent du boulet et vu les limites de ses manœuvres.

Au parti socialiste tous ceux qui rêvaient d’une VIe république peuvent se dire qu’ils s’en rapprochent même si la discipline  de parti leur  dictait de voter non. A l’UMP,  la centaine de députés  qui voyait clairement les dangers de la réforme mais ne voulait pas courir le risque de se mettre à dos le président,  aurait sans doute préféré qu’elle ne passât pas.

Les rancoeurs vont rester : du parti socialiste  à l’égard de Jack Lang et Jean-Michel Baylet – qui n’a rien d’autre désormais à faire que de basculer  à droite - , des sarkozystes  à l’égard de ceux qui ont voté non , et parmi ceux-ci,  de ceux qui n’ont pas calé à l’égard de ceux qui se sont laissé circonvenir. 

L’ambiguïté est aussi du côté des nouvelles instituions. La Ve République était une belle mécanique, comparable à ces  montres suisses qu’affectionne, paraît-il,  le président. Elle est désormais  une montre molle à la Salvador Dali.

Le président, tout  en se voyant conférer  le pouvoir de s’adresser  au  Parlement à l’instar du grand frère Bush, ce qui semble le renforcer,   a organisé la confusion de pouvoirs. S’il y garde sa position  d’arbitre – à condition d’avoir une majorité  -    il perd, en affaiblissant le gouvernement,  une partie de ses moyens  d’action. Lui qui se plaignait que la France ne veuille pas bouger assez vite, n’a à présent pas fini de ramer.

L’Assemblée se voit doter de nouveaux pouvoirs, mais qu’en fera-t-elle, elle qui utilise si peu ceux qu’elle avait déjà ?

Ce n’est plus tout à fait la Ve République, ce n’est pas vraiment  le retour à la IVe. On s’est rapproché de la Constitution américaine mais sans aller jusqu’au bout de la démarche, ce qui eut supposé de supprimer le premier ministre. Coïtus interruptus.

D’une façon générale, tout va devenir plus compliqué : le vote des lois, les nominations, les procédures judicaires. Moderniser, c’est ça.

Après ce vote, la  France a la gueule de bois.

Il est probable qu’ elle entre dans une période de   grand malaise,  celui  de la horde primitive désemparée, que décrit  Freud (1), où les frères viennent de tuer le Père ( le général ! bien sûr ),  pire,  ne l’ont  fait qu’à moitié.    

Il est  probable aussi que Nicolas Sarkozy a perdu  dans l’affaire ses dernières chances de réélection. Le quinquennat ne lui  en laissait déjà pas beaucoup,  interdisant au président de se refaire une virginité par la cohabitation. Non seulement  la réforme votée grille définitivement le premier ministre, nécessaire paratonnerre par temps d’orage, mais encore   le président  qui voulait tant bouger la France  sans rien respecter,  même pas la Constitution , s’est  ce faisant coupé les mains, comme  un gosse qui  vient de casser son jouet.  

 

                                                                         Roland HUREAUX

 

1. Sigmund Freud, Totem et tabou, Payot.  

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24 août 2008 7 24 /08 /août /2008 12:21

 

Il y a eu de Gaulle, le fondateur de la Ve République, il faut qu’il y ait  Sarkozy le refondateur.

Nicolas Sarkozy ne saurait se contenter d’être le  sixième président de la Ve République, il veut accéder à la dignité de fondateur,  être un Solon, un Washington, un de Gaulle.

En modifiant près de la moitié des articles de la constitution actuelle, sous le prétexte  de la « moderniser », telle est l’ambition que notre  président  affiche.  

A l’heure où nous écrivons, il n’est pas encore sûr qu’il y parvienne. Les socialistes ayant l’heureuse idée de refuser en  bloc  la révision, il aura du mal à obtenir la majorité des 3/5 du Congrès pour peu que les députés de la majorité réticents, en sus de  Nicolas Dupont-Aignan,  aient le courage de voter non  et pas seulement de s’abstenir.

Pour faire passer sa réforme, Sarkozy téléphone à tour de bras et  reçoit à l’Elysée un à un les récalcitrants.

Ce faisant il aura un bon entrainement pour la suite : c’est ce qu’il devra faire désormais, si la révision est adoptée quand il voudra faire adopter une politique.

C’est ce à quoi s’usent  depuis longtemps déjà  les présidents des Etats-Unis quand ils veulent surmonter les réticences des congressistes  à leurs projets et encore pas toujours avec succès : ainsi Clinton ne réussit jamais à faire adopter son projet de sécurité sociale.

Car s’il y a une idée derrière le projet de révision – en dehors de celle de changer pour changer - , c’est bien de se rapprocher de la constitution des Etats-Unis. On ne va   pas encore jusqu’à abolir  la fonction de premier ministre mais  entre un président toujours aussi monarchique – plus  à cause du quinquennat  que de la constitution originelle  d’ailleurs ! – et un parlement aux pouvoir élargis, la marge de manœuvre du gouvernement se trouvera  singulièrement rétrécie.

Il ne pourra pas faire discuter tels quels ses projets de loi : seront débattus en séance plénière  les projets déjà retravaillés  - et éventuellement dénaturés – par les commissions. Il perdra la maîtrise d’une partie de l’ordre  du jour et  ne disposera plus qu’à très petite dose de la possibilité du  vote bloqué ( le fameux article 49-3). Désormais libres de  redevenir députés, les ministres pourront démissionner sur un coup de tête, comme sous la IVe République.

 Singulier président qui,  plein d’ardeur pour  faire « bouger » la France , au point de saturer plus que jamais le Parlement de projets plus ou moins réfléchis,  veut couper les mains de son gouvernement  et donc aussi les siennes propres. Cela , alors même que le gouvernement français  est déjà, parmi les grandes démocraties occidentales,  un de ceux qui doivent  vaincre le plus d’obstacles ( Sénat, Conseil constitutionnel, sans compter la rue ) pour mener à leur terme ses projet de réforme, bien plus qu’au Royaume-Uni par exemple.

Sans doute Sarkozy s’imagine-t-il s’en tirer en négociant au coup par coup, par-dessus le premier ministre,  avec les principales personnalités de la majorité, comme il le fait d’ailleurs déjà. Organisant le désordre institutionnel, il compte cependant demeurer plus que jamais au centre du système.

 Le reste du projet de révision est un pot-pourri des idées, bonnes ou mauvaises,  qui traînent depuis de nombreuses années dans les sphères où se prennent les décisions , comme l’idée du quinquennat traînait jusqu’à ce qu’on  finisse par y venir. Ces idées  ont presque toutes l’effet de compliquer les procédures : intervention du parlement dans les nominations ( encore le modèle américain ! ) , saisine du conseil constitutionnel par les justiciables, réforme du Conseil supérieur de la magistrature qui aboutit à mettre le corps judiciaire en autogestion, institution d’un Ombudsan ( on croyait qu’il y avait déjà le médiateur !), reconnaissance des langues régionales etc. Seul changement d’une utilité incontestable : la nécessité de faire approuver les interventions militaires extérieures par le parlement.

Parmi ces idées, il en est une parfaitement inutile : celle d’interdire plus de deux   mandats présidentiels consécutifs. Inutile car qui ne voit que le président  de la  république  ne peut désormais plus être réélu, même une fois ?  Dans un pays versatile où le désir de changement s’exprime si facilement, le quinquennat a  déjà  ôté au chef de l’Etat la possibilité de se refaire une virginité au travers de la cohabitation ( sans cela  ni Mitterrand, ni Chirac n’eussent jamais été réélus) .En dévalorisant la fonction de premier ministre, le président se prive en outre d’un indispensable fusible qui seul permettait  à ses prédécesseurs de tenir sur la durée.

Singulier président qui s’applique avec tant de soin  à réunir les conditions de sa non réélection !

Il est une maxime de Montesquieu  dont on a oublié de s’inspirer et  qui s’applique au carré aux constitutions : « Il ne faut toucher aux lois que la main tremblante ». Il en est une autre , du général de Gaulle,  qui peut servir de mot de la fin : « en aucun temps et dans aucun domaine, ce que l’infirmité du chef a, en soi, d’irrémédiable, ne saurait être compensé par la valeur de l’institution . »

 

                                                              Roland HUREAUX

 

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13 juillet 2008 7 13 /07 /juillet /2008 11:48

Depuis le VIIe siècle, la  Méditerranée, qui jusque là, en dépit de sa diversité ethnique avait été une communauté politique et culturelle, en particulier  au sein de l’Empire romain,  est devenue une frontière entre le monde européen et chrétien  au Nord  et le monde musulman au Sud. Même la période coloniale qui vit pourtant  durant cinquante ans les mêmes pouvoirs régner sur les deux rives ne réussit pas à abolir la césure.

Loin de nous l’idée que le monde serait  voué à la guerre des grandes aires culturelles et religieuses, à un inévitable « choc des civilisations ».  Mais  entre le bon voisinage et le mariage, il y a un pas que le sens des réalités  interdit de franchir. En un sens le projet d’Union méditerranéenne, qui prétend  faire tomber les barrières entre les cultures de la Méditerranée,  est encore plus utopique que celui de l’Union européenne dont l’ambition était   « seulement »  de surmonter les différences nationales !

Au demeurant la méthode envisagée  n’est pas très différente de la méthode Monnet qui devait  faire avancer l’Europe supranationale:   rapprocher les peuples au moyen de coopérations concrètes, principalement économiques,  conduites au travers d’institutions de plus en plus contraignantes. 

Malgré ces réserves, l’Union méditerranéenne, après tout,   pourquoi pas ?

Pourquoi pas si le France, première puissance méditerranéenne,  doit s’en trouver renforcée.

Il est vrai qu’à cet égard,   le projet est déjà largement plombé par la prétention des vingt-sept, Allemagne en tête et Finlande comprise, d’y participer. C’est  un ministre français, Jean-Pierre Jouyet, illustre membre du groupe de Bilderberg,  qui aurait  remonté les Allemands contre le projet de Nicolas Sarkozy, comme c’était Jean Monnet qui avait remonté une partie du Bundestag  contre le traité d’amitié franco-allemand du 23 janvier 1963. Dans les deux cas, le motif  est  de préserver  l’Europe supranationale – et sans doute les intérêts américains. Il est vrai que Jean Monnet, lui, n’était pas ministre en 1963 et  que, s’il l’avait été, le général de Gaulle, qui savait se faire respecter, n’aurait pas toléré qu’il le demeurât.

Pourquoi pas l’Union méditerranéenne,  à condition que pour faire avancer sa « grande idée », la « grande nation »  ne sacrifie pas, une fois de plus,  ses intérêts moraux et matériels   comme elle le fait chaque fois qu’elle veut promouvoir une  nouvelle lubie. Comme ses élites ont,  chaque fois qu’elles l’ont cru nécessaire,  sacrifié les intérêts français, sous le regard narquois de nos partenaires,  pour faire aboutir les projets européens, à commencer  par la monnaie unique, projet français d’emblée aligné sur le mark au mépris des intérêts de l’économie française ou encore EADS où, en partie par idéalisme européen, la France a, sans contrepartie,  partagé son  savoir-faire aéronautique.

A voir ce qui se passe depuis un an, ce  risque apparaît  bien réel :    nous nous sommes  ridiculisés à recevoir Kadhafi à  Paris dans les conditions que l’on sait,  un Kadhafi  qui finalement ne marche pas : « Oignez vilain  etc. » !  N’allons nous pas, pour continuer sur cette voie,   reconnaître de facto la tutelle de la Syrie sur le Liban ?   Triste spectacle en tous cas que celui du président Assad  fils assistant au défilé du 14 juillet quand on sait la responsabilité de son régime dans l’assassinat de notre ambassadeur  Louis Delamarre, grand artisan de paix s’il en fut,  le 4 septembre 1981 et celui de 58 soldats français lors de l’attentat du   « Drakkar » le  23 octobre 1983 ! De même avons nous été conduits  à donner un douteux  satisfecit en matière de droits de l’homme au président Ben Ali, à consentir une semi-repentance à l’Algérie,  et pour avoir trop cherché à séduire celle-ci,  à nous aliéner le  Maroc. Pendant ce  temps étaient  mises  en veilleuse les réserves électorales du candidat Sarkozy vis-à-vis de l’entrée  de la Turquie dans l’Union.  Sur le plan économique, on ne peut que craindre que quelques uns de nos intérêts ne soient aussi  mis à mal pour faire aboutir ce grand projet qui pourrait   s’avérer   in fine  n’être que du vent.

Mais, dira-t-on, n’est ce pas en cela que Nicolas Sarkozy est fidèle au génie de la France tel qu’il fut incarné le général de Gaulle : promouvoir de grandes idées, mettre de l’idéalisme  donner de l’  élan, dépasser  la  froideur de rapports internationaux ?

Justement non.

Car si le général de Gaulle avait le souci de la grandeur de la France, il n’ignorait pas que le premier devoir des dirigeants,  avant de faire briller  leur pays,  est de défendre le  pain quotidien des dirigés. Ce qui impliquait, pour ce pourfendeur infatigable de ce qu’il appelait les  « chimères »,  de savoir conjuguer les grandes idées  avec le plus froid des réalismes. Jamais il ne sacrifia les intérêts des agriculteurs français sur l’autel de l’Europe : bien au contraire, sa politique intransigeante  sauva le marché commun agricole  qui nous était très favorable. Ses attaques contre le dollar, si mai 68 ne les avait  empêchées  d’aboutir, auraient   enrichi  la France qui avait accumulé des réserves en or. Ses réticences à l’entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché commun  étaient aussi fondées sur des raisons  d’intérêt : il ne voulait pas que nous ayons à payer les « balances sterling ». Toujours ardent à coopérer, il sut ne pas le faire quand l’avance technique française était en jeu, comme dans le nucléaire.

L’idéalisme bien français  des grands projets est destructeur – on le voit bien avec l’euro – quand il n’est pas accompagné de ce réalisme terre à terre qui conduit  préserver non seulement nos intérêts matériels et moraux, mais aussi nos amitiés, partant notre honneur et  notre crédibilité.

                                                                    Roland HUREAUX

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13 juillet 2008 7 13 /07 /juillet /2008 11:43

L’ imbroglio  franco-chinois relatif à la participation de Nicolas Sarkozy à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques résulte d’une accumulation invraisemblable de maladresses.  

La première   fut de laisser  présenter cette participation comme un enjeu politique majeur. Le président français boycotterait-il  ou non les Jeux Olympiques  se  demandait-on il y a un an, sans que personne en haut lieu n’ait la prudence  de désamorcer la question ?  Le terme de boycott avait jusque là une signification pour les athlètes, on ignorait qu’il en eut pour les invités. Mais si les seconds veulent voler la vedette aux premiers...

Quand les Jeux Olympiques eurent lieu à Rome en 1964, le général de Gaulle, chef de l’Etat ne s’y rendit pas sans que cela ait revêtu une quelconque  signification pour les relations franco-italiennes. Voilà ce qu’on aurait pu rappeler  alors, le  président se réservant de se déterminer au dernier moment « en fonction de son emploi du temps ».

Or on ne l’a pas dit : soit-dit en passant, ceux  qui tiennent les Jeux olympiques pour une manifestation purement sportive noteront  que la question de la participation des autorités politiques à la  cérémonie d’ouverture ne se pose jamais quand les jeux ont lieu dans Etat démocratique, à Atlanta ou à Sydney. Ce n’est que quand ils  ont lieu dans un Etat non-démocratique que la question se pose : cela seul suffit à faire la différence entre les pays d’accueil.

Pour durcir encore l’enjeu, il se trouve que la France préside l’Union européenne cette saison et qu’à travers elle, c’est l’attitude de l’Europe entière qui semble en cause, alors même que le  gouvernement français décidera seul de sa position. Cela non plus n’a jamais fait l’objet d’une mise au point.

A cette première erreur s’ajoute l’incroyable  réaction de soumission lorsque le gouvernement chinois a élevé  la voix contre les manifestations ayant accompagné en avril le parcours de la flamme olympique sur notre territoire. Là où il eut fallu rappeler sèchement que dans un pays comme la France, à la différence d’autres,  les manifestations de rue ne sont pas téléguidées par le gouvernement, on envoya au contraire une délégation de haut niveau , le président du Sénat et un ancien premier ministre, rien de moins, pour  « renouer le dialogue ». Tout cela avait, qu’on le veuille ou non,  l’air  d’une  repentance. Alors même que notre police avait fait plus que du zèle contre les manifestants,  laissant même agir sur notre territoire, au mépris de toutes les règles de souveraineté, un obscur service d’ordre chinois. 

Enfin comment ne pas trouver insupportables les avertissements arrogants de Pékin mettant en demeure le gouvernement français de ne pas accueillir le dalaï lama , alors que   ce dernier a déjà  été accueilli à Washington, à Londres,  à Berlin  suscitant certes chaque fois  l’ire prévisible de Pékin  mais sans qu’on  ait osé alors parler  sur ce ton à ces pays pourtant plus impliqués  que nous dans le commerce avec la Chine ? Bernard Kouchner heureusement l’a rappelé mais en ne recevant pas le dalaï lama  après l’ avoir envisagé, on donne encore une fois l’impression de s’incliner.

Le résultat est une impasse totale : si le président n’allait pas  à Pékin, il provoquait ,  compte tenu des  postures prises, un incident diplomatique sérieux lequel , en effet,  n’aurait pas manqué   d’avoir un impact lourd et peut-être durable sur les relations franco-chinoises.

Allant  néanmoins à Pékin malgré  l’aggravation prévisible de la situation au Tibet ,  il  donne   l’impression , comme n’a pas manqué de le souligner Daniel Cohn-Bendit,  de céder au diktat  des dirigeants chinois , ce dont il est douteux que dans ce monde où on ne respecte que les forts , ce pays lui en soit vraiment reconnaissant.

 

 

                                                              Roland HUREAUX

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