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Roland HUREAUX

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29 décembre 2008 1 29 /12 /décembre /2008 10:28

Le nouveau président du Sénat Gérard Larcher, qui il est vrai n’est pas théologien,  ne s’est trompé que de mille ans quand il a dit que la règle du repos hebdomadaire datait du Nouveau Testament.  Mais il a eu raison de dire que c’était la  plus vielle des conquêtes sociales puisque la loi de Moïse l’étend à l’esclave et même à l’âne et au bœuf !   .

Faisant  obligation au peuple juif de se reposer le septième jour, l’Ancien Testament l’invite ainsi  à offrir un jour de la semaine à Yahvé, sachant  que le temps qu’il perdrait ce jour là lui serait rendu par un surcroît d’efficacité les six autres jours.

De même, les peuples de l’Antiquité, juifs et païens étaient invités à offrir les prémisses des récoltes et les pus belles pièces de leurs troupeaux sachant que le reste de leur bétail ne s’en porterait que mieux.

Le sens de la circoncision est du même ordre.

 

 

Un fondement anthropologique

 

Mais la théologie aurait dans le raisonnement  peu de poids si elle ne s’appuyait sur l’anthropologie.
         La nécessité d’un jour de repos par semaine – au moins - fait partie d’une hygiène élémentaire. Elle permet non seulement de se reposer mais de mieux réfléchir à l’organisation des  autres jours.

On voit combien il manque à nos ministres qui, travaillant pour la plupart sept jours sur sept, avancent  le nez dans le guidon. Devant répondre à l’injonction du président de trouver un projet de réforme par jour, ils  n’ont plus même le loisir d’ en trouver un   bon de temps en temps  !  

Personne n’a jamais prétendu que l’obligation du sabbat avait  fait des Juifs un peuple plus nonchalant ou moins efficace que les autres. L’Occident chrétien a déplacé l’obligation du repos du shabbat vers le dimanche, mais le principe est le même.   Parmi les chrétiens, les dissidents du protestantisme anglais ont  au XVIIe siècle imposé une interprétation particulièrement rigoureuse de ce précepte au point que le dimanche anglais est devenu   un symbole universel de tristesse et d’ennui.   

C’est pourtant l’Angleterre  qui fut à l’origine de la révolution industrielle.

Les puritains du Mayflower ont importé ce rigorisme aux Etats-Unis et là aussi, on peut difficilement dire que cette journée d’abstention de toute œuvre servile ait porté tort à l’efficacité économique du peuple  américain.

On dira que le repos du dimanche doit rester un choix individuel, notamment dans un pays laïque.  Il a été justement répondu à cela  que les choix du petit personnel sont rarement libres dans les entreprises. Mais  a-t-on rappelé  aussi  quel bonheur éprouvent   tous ceux qui habitent au bord des routes ou des rues  de ne pas être réveillés par les bruits de la circulation le dimanche matin ?  La question n’est donc pas seulement individuelle.

La nécessité n’est pas en cause puisque la règle est en France entourée de suffisamment d’exceptions pour que chacun puisse avoir accès, même le dimanche, aux produits de première nécessité, comme le pain ou un médicament.

Alors pourquoi  le président s’obstine t-il tant à remettre en cause le repos dominical ?

Faut-il y voir la main de certains lobbies, comme les chaînes de supermarché ? On ne les savait pas si pressants sur ce sujet.

L’idéologie du « travailler plus pour gagner plus », qui semble au  point de départ du projet, sonne  particulièrement faux   dans un contexte de récession. Aucun économiste sérieux ne soutient que l’ouverture des magasins un jour de plus va accroître la consommation d’une population qui voit jour après jour son pouvoir d’achat réel se réduire.

 

 

Abolir les repères

 

Comment s’empêcher dès lors de voir là, une fois de plus,  le signe d’un libéralisme brouillon  qui poursuit  son œuvre  historique d’abolition des repères, celui  du temps en l’occurrence. L’ouverture généralisée  des frontières rend l’espace national sans signification. La modification de la constitution affaiblit les repères institutionnels. L’ouverture politique rend le clivage droite-gauche obsolète.  Le laminage des droits sociaux affaiblit  les solidarités traditionnelles et donc les repères collectifs. Le lycée à la carte et la polyvalence des professeurs (un projet heureusement suspendu) dévalorisent les  spécialités académiques. Les révolutionnaires de 1792 avaient  remis en cause le calendrier, le régime ultra-capitaliste lui  emboîte le pas. Le capitalisme, dont Marx a montré qu’il  était le plus efficace des révolutionnaires refuse toute distinction, tout repère, tout relief (hors celui de l’argent), y compris entre les jours de la semaine. Les révolutionnaires haïssent toute distinction, celle des hommes comme celle des institutions. Le dimanche était à la fois un point de repère et un jour pas comme les autres. Il faut lui couper la tête. Il faut que le dimanche cesse d’être un jour « distingué » pour devenir un jour « ordinaire ».

Le contraire de la distinction, c’est la vulgarité. Comment ne pas voir là  le triomphe d’une certaine forme de vulgarité ?  Peut-être même la vulgarité est-elle en définitive le vrai  ressort des promoteurs de cette affaire. Dans le climat d’affaissement des repères religieux et civiques, le dimanche ne sera plus le jour du culte ou de la vie sociale, il sera plus que jamais  celui  de la grande glandouille sur ces nouveaux espaces sacrés que sont les centres commerciaux, temples d’un nouveau culte, d’un  nouvel opium  du peuple où brillent face à une jeunesse désœuvrée, désargentée et sans repères,  les néons illusoires  d’une société de consommation ayant tout  détruit en dehors d’elle.

 

 

                                                      Roland HUREAUX

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29 décembre 2008 1 29 /12 /décembre /2008 10:26

Au début, il ne s’agissait que d’une pointe ici ou là au détour d’un article ou  d’une émission. Les critiques du général de Gaulle portaient sur les terrains habituels de l’extrême droite : Vichy, l’indépendance de l’Algérie,   ou du clan  libéral : son hostilité à l’Europe de Jean Monnet, son antiaméricanisme supposé hystérique, la politique arabe de la France. Rien de bien nouveau.

Mais depuis quelques mois, les attaques sournoises  ou ouvertes visant l’œuvre du général de Gaulle se sont multipliées, plus à droite qu’à gauche, il faut bien le dire. Leur nouveauté  est de porter sur les questions économiques et sociales ou sur l’éducation nationale, terrains où le général avait été jusque là peu mis en cause.

 

Nouvelles critiques 

 

Ainsi Denis Kessler, un temps éminence grise du MEDEF se  proposait il y a quelques mois de casser  ce qui était à ses yeux aux origines de toutes les tares de la France : le programme du Conseil national de la Résistance, l’auteur désignant pêle-mêle  sous ce vocable, la Sécurité sociale, le Code du travail, le rôle de l’Etat dans l’économie, la toute-puissance de l’éducation nationale etc. Ce programme  résultait, disait-il, d’un compromis entre gaullistes et communistes.

Le même courant de pensée  fait grief à de Gaulle d’avoir promu la planification en 1945, l’économie dirigée et la politique industrielle après 1958, d’une façon générale le rôle excessif de l’Etat.

Plus inédite encore, l’idée que le général  aurait livré l’éducation nationale aux communistes : en mettant en place la commission Langevin-Wallon, en promouvant l’éducation de masse et les réforme  pédagogiques, en conférant l’autonomie aux universités.

Derrière ces critiques économiques ou sociales, une critique politique plus fondamentale : de Gaulle aurait passé dès 1943 un pacte  avec les communistes, à la fois contre Giraud et  contre les Anglo-Saxons. Ce pacte, payé de nombreuses concessions à l’idéologie communiste,  n’aurait eu d’autre but que de lui permettre de se maintenir. Il  aurait entraîné la France de 1945   trop à gauche et aurait  creusé le fossé entre   les partisans de Vichy et ceux de la Résistance.

Ce pacte scellé par le voyage à Moscou du chef du gouvernement provisoire en décembre 1944   aurait été renouvelé par un pacte secret passé  avec le commandant en chef des forces soviétiques en Allemagne  à Baden-Baden le 29 mai 1968 tendant à  s’assurer de la neutralité des  communistes avant d’ écraser la révolte étudiante.

On peut s’étonner que ce tissu de fadaises trouve quelque crédit , y compris auprès de personnalités qui ne viennent pas de l’extrême-droite comme Philippe Nemo qui s’en fait l’écho  dans un ouvrage récent (1),   n’hésitant  pas devant des énormités du genre :  « au début de la guerre, de Gaulle n’était pas plus hostile aux communistes russes qu’aux capitalistes anglo-saxons »  ou encore  « il ne comprendra la vraie nature du communisme qu’à partir de 1944 quand les communistes voudront lui imposer leurs volontés et surtout  au début de la guerre froide »,  ce qui est véritablement prendre le chef de la France libre, ancien compagnon de captivité de Toukhatchevski pour un benêt.

Pourquoi ce renouveau des attaques contre le général de Gaulle ? Un certain nombre d’ouvrages récents, tel ceux  qu’a commis le petit-fils du général Giraud, se sont avérés des succès de librairie,  Si la veine de la gauche antigaulliste est tarie, une certaine extrême-droite antigaulliste produit toujours et trouve des échos dans la droite modérée et le centre.  Surtout la génération des grands témoins du gaullisme venant progressivement  à l’extinction, il est à nouveau permis  de dire n’importe quoi.

Prenons une à une ces allégations.

 

Economie et société

 

D’abord le programme du Conseil national de  la résistance – et sa mise en œuvre  par les gouvernements de la Libération. A supposer que ce programme ait été mauvais, ce qui reste à démontrer, la république sociale qu’il promouvait était dans le strict prolongement  de ce qui avait commencé avant guerre (assurances sociales,  allocations familiales, mesures sociales et nationalisations du Front populaire etc.) et même des idées  du régime « national-corporatiste » de Vichy et  à l’unisson de ce  qui devait rester l’idéologie dominante  en Occident  jusque vers 1970. Il n’en allait pas différemment en Allemagne (économie sociale de marché), aux Etats-Unis (New Deal, nouvelle frontière) et même en Angleterre : sait-on que la prégnance de l’idéologie marxiste  fut au sortir de la guerre au moins aussi forte de l’autre côté de la Manche que chez nous ?  La médecine y fut entièrement nationalisée, ce que nous n’osâmes pas faire, un George Orwell ne trouvait pas d’éditeur dans l’Angleterre de 1946 ! De Gaulle qui n’avait pas d’idées bien arrêtées en matière économique et sociale, sinon une  référence générale à  la doctrine sociale de l’Eglise,  ne se démarqua jamais sur ces sujets de l’air du temps – sauf quand plus tard il tenta d’imposer la participation. A supposer qu’il ait eu en la matière une politique propre,   il n’eut pas trouvé jusqu’en 1947 de force politique pour l’appuyer. On ne saurait oublier en effet que dans les assemblées de la Libération, il n’y a pas de parti gaulliste. Contrairement à ce que dit Denis Kessler, le pacte national de la résistance ne fut pas l’effet d’une entente directe entre gaullistes et communistes ; les  deux forces politiques dominantes étaient dès 1944 le MRP et la SFIO ; le parti communiste était aussi puissant qu’eux dans les urnes   mais il avait été  (grâce à de Gaulle !) écarté  des postes clef.; or ces deux là s’entendirent comme larrons en foire jusqu’en 1958, non seulement pour écarter de Gaulle mais  pour imposer une économie mixte à fort contenu social. Les années soixante marquent par rapport à cette tendance  plutôt un  retour vers le  libéralisme. Non seulement de Gaulle ne fut jamais critiqué par les libéraux de son temps mais son principal conseiller économique à partir de 1958, Jacques Rueff, passait pour un libéral pur et dur. 

Qui ne voit  au demeurant que les principales réalisations qui font la force de l’Europe d’aujourd’hui : industrie aéronautique, armement, nucléaire, TGV, espace,  pétrole, sont le produit direct de la politique industrielle française des années cinquante et soixante ? Rien de tout cela n’existerait si on avait alors appliqué les principes du  libéralisme strict.

 

L’Education nationale

 

Passons à l’Education nationale : la commission Langevin (auquel Wallon succède à sa mort) destinée à réfléchir à une réforme de l’éducation nationale   est bien mise en place en novembre 1944.  L’un et l’autre sont communistes. Mais la commission  ne rendit son rapport qu’en 1947, quand le général avait quitté le pouvoir. Et il ne s’agissait que d’un rapport,  que personne ne se sentit tenu d’appliquer. Les premières années, il resta lettre morte.

Au demeurant le modèle de tronc commun qu’il promouvait s’inscrivait ans un contexte tout à fait différent  de celui d’aujourd’hui. Avant 1950, 95 % des enfants d’une  classe d’âge n’avait pas accès à l’enseignement secondaire. Démocratiser, c’était permettre à tous ces enfants d’avoir une chance de faire « les mêmes études » que les fils de notaire. Ce principe de démocratisation faisait alors l’unanimité. Que ce système  ait ensuite posé des problèmes du fait qu’il conduisait à imposer  le même moule aux enfants quelle que soit, non plus leur classe sociale mais  leurs  capacités, au détriment des meilleurs, c’est sans doute une vraie question mais que personne n’avait encore perçue dans les années cinquante et qui était tempérée au cours des années soixante par l’existence  de filières.au sein du collège. On sait combien certains antigaullistes patentés crurent trouver leur revanche avec la victoire de Giscard. Or c’est un ministre de Giscard, René Haby, membre du parti républicain,  qui mit en œuvre en 1976 la réforme destinée à pousser jusqu’à leurs extrémités les plus absurdes (la suppression des filières internes au collège) les idées du plan Langevin-Wallon. Les giscardiens qui critiquent la politique gaullienne de l’éducation nationale feraient mieux de s’en souvenir. 

Même chose pour les  critiques faites à la   loi d’orientation de l’enseignement supérieur d’Edgar Faure votée  dans foulée  de  mai 68 en vue de conférer une certaine  autonomie aux universités. On donnait ainsi, dit-on,  le pouvoir à la gauche. Comme si elle ne l’avait pas eu déjà  au sein des facultés !  Les mêmes, curieusement, se  pâment devant les modèles anglo-saxons décentralisés   ou chantent les louanges  de la réforme Sarkozy qui donne encore plus d’autonomie aux universités.  

Plus fondée sans doute est le reproche fait au général de Gaulle d’avoir sous le ministère Peyrefitte promu au sein de l’école primaire les méthodes dites globales, emblématiques de ce qu’il est convenu d’appeler le   « pédagogisme ». On sait aujourd’hui ce qu’ont de désastreux ces méthodes. Il est bien vrai que le général, peu familier des affaires de l’éducation nationale, avait tendance à faire confiance aux spécialistes. Alain Peyrefitte que sa  culture humaniste aurait du prévenir contre ces innovations idéologiques, se fit au contraire le porte-parole zélé des technocrates de  la  rue de Grenelle. Pompidou, homme de bon sens,  était plus critique mais il n’eut pas le dernier mot. Il suffisait, dans les sujets qu’il ne  se réservait pas,   que l’on parlât  au général de  « rénovation » de « modernisation » pour qu’il dise « allez-y ! ». Mais aucun de ses successeurs n’a à cet égard redressé la barre, y compris ceux qui ont fait carrière sur le « oui, mais » ou le « non » au général !  Il n’y avait en tous   cas là nulle volonté de livrer l’école aux communistes, bien au contraire.

 

Un pacte avec les communistes ?

 

Venons-en au grief politique : celui d’un pacte diabolique   avec le parti communiste. Il est vrai qu’une fois entré dans la Résistance, le PC eut sa place à Londres. Tant que l’ennemi à abattre   était le nazisme, le général ne pouvait évidemment  pas se permettre d’ouvrir un second front contre le parti communiste. Une telle démarche  eut conduit tout droit à  la légion Charlemagne ! Qui ne voit surtout que le « pacte », si pacte il y eut entre le général et le PC,  n’était que l’exacte reproduction sur la scène intérieure française de l’alliance mondiale passée entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni avec  l’URSS, alliance qui dura jusqu’à ce que l’hydre nazie soit abattue. Pourquoi de si stupides griefs à l’égard de De Gaulle de la part de gens qui ne le  trouvent par ailleurs pas assez docile aux diktats de Roosevelt. Un Roosevelt bien plus naïf que ne le fut jamais de Gaulle sur la véritable nature du communisme. 

Qui ne voit que si De Gaulle avait cédé  le pouvoir à Giraud en 1943, l’AMGOT (2) eut été imposée à la France, ce qui aurait fait  le lit du communisme ainsi promu porte-parole exclusif  du sentiment national français.

La raideur du général vis à vis des FTP en 1945, son souci prioritaire de rétablir l’Etat contre les factions, sont  dans toutes les mémoires. Conscient de la menace communiste, il fit du RPF le principal mole de résistance au parti communiste en France, lequel ne s’y trompa pas, abreuvant d’injures le nouveau mouvement gaulliste. De 1947 à 1969,  pour le sentiment populaire, gaullisme et communisme représentaient bien deux pôles opposés. C’est encore le parti communiste qu’il désigne comme le principal adversaire dans son discours de combat du 30 mai 1968. La boutade de Malraux « entre les communistes et nous, il n’y a rien » était d’abord une arme de combat électoral qui exclut patelle-même toute idée de pacte et il est bien vrai que si le gaullisme n’avait pas existé, le parti communiste français aurait rencontré bien moins de résistance.

Quant au  supposé accord de  Baden-Baden entre le général et  le commandant en chef des forces soviétiques en Allemagne,  colporté par Henri-Christian Giraud, il tient du roman. Si tant est qu’ils s’y soient rencontrés, ce fut par hasard et  très brièvement. De Gaulle n’avait évidemment pas besoin d’aller à Baden-Baden pour connaître les sentiments du pouvoir soviétique vis à vis de la révolte de mai 68. Imaginer qu’il eut pu envisager de s’inféoder  aux Soviétiques pour réduire  une révolte française est une allégation  monstrueuse. La négociation avec la CGT durait depuis plusieurs jours  et  on connaissait sa position,  très hostile au mouvement étudiant, il y avait un ambassadeur d’URSS à Paris, un ambassadeur de France à Moscou.  S’il était préférable pour que de Gaulle reprenne la main que les Soviétiques n’envisagent pas d’instaurer le communisme en France, l’hypothèse paraissait alors tellement éloignée qu’imaginer que le chef de l’Etat aurait du aller en Allemagne chercher des assurances sur ce sujet tient de l’enfantillage.    

 

                                                         Roland HUREAUX

 

1.      Philippe Nemo, Les deux républiques françaises, PUF, 2008

2.      Projet d’administration directe de la France libérée par les Américains.

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29 décembre 2008 1 29 /12 /décembre /2008 10:07

Malgré une agitation qui a pu laisser croire que la France  jouait le jeu anglo-saxon face à l’inertie allemande, c’est en définitive au modèle allemand que Nicolas Sarkozy s’est rallié dans la gestion de la crise.

 

Le dernier  sommet européen de Bruxelles qui devait terminer en fanfare la présidence française, est passé relativement inaperçu.

Hors la  décision fort peu démocratique  de refaire voter les Irlandais, il a été question d’un plan climat adopté à l’unanimité mais qui n’est, on le sait, qu’un plan a minima.

Le projet de relance européenne est, lui, passé à la trappe sans que cet échec ait fait la une d’aucun journal. Chaque pays fera dans son coin son petit plan de relance.

Pourtant que n’avait-on entendu au cours des semaines qui avaient précédé ? Sarkozy menait tambour battant, en accord avec le Royaume-Uni et avec l’appui de  la plupart des autres pays et même de la commission une offensive pour contraindre les Allemands à se rallier à une politique de relance de grande envergure, analogue à celle des Anglo-Saxons.   

On ne peut être il est vrai que frappé du contraste entre le comportement des Anglo-Saxons et celui des Européens su continent, Allemagne en tête, dans la crise.

La responsabilité des Anglo-Saxons est sans nul doute beaucoup plus lourde que celle des Européens. On ne l’a pas assez dit : les subprimes furent  d’abord un phénomène du marché intérieur américain. Sur leur propre marché intérieur, les banques européennes (Anglais et Espagnols mis à part) furent au cours des années qui ont précédé la crise extrêmement prudentes. C’est l’excès de liquidité qu’elles ont placé sur le marché américain des produits dérivés qui les a impliquées dans la crise.

Même si les Américains sont bien plus responsables de la crise que les Européens, dès qu’il s’agit de rebondir, le contraste est en sens inverse :   d’un côté des Anglo-Saxons d’une réactivité surprenante engageant des sommes considérables à la fois pour secourir le système bancaire et pour relancer la production. Des mesures drastiques telles la dévaluation de 30 % de la livre sterling. Les Anglo-Saxons n’ont même pas hésité, du jour au lendemain,  pour faire front à renier leurs principes   séculaires : larges prises de participation de l’Etat  dans les banques aux Etats-Unis, prise de contrôle à 50 % au Royaume-Uni.

Le contraste est cruel avec ce qui se passe sur le continent. Certes si les montants en jeu pour sauver les banques sont moins importants, c’est qu’elles sont moins atteintes par la crise. Mais s’agissant de la relance de l’économie, les sommes avancées  par la France sont faibles : 26 milliards  d’euros et encore ne s’agit-il pour une partie que de l’habillage de crédits déjà programmés. Le plan allemand se réduit à presque rien en dehors de la volonté bien réelle de sauver ce symbole national qu’est l’industrie automobile. On tient pour une grande audace que la BCE ait, pour la première fois de son histoire baissé ses taux d’intervention de 0,75 % (une baisse qui soit dit en passant n’est nullement répercutée par le système bancaire français) pour les ramener à 2,5 %. Mais c’est bien peu auprès   de la Fed descendue à 0 %.

Face à ces réactions totalement dissymétriques, reflet de deux tempéraments économiques très différents, où se situe la France de Sarkozy ?  A entendre les médias, à considérer les gesticulations du président : nul doute,  sa mobilité, sa réactivité sont de type anglo-saxon. « Mme Merkel réfléchit, moi, j’agis », dit-il. Il aurait ainsi réussi à isoler   l’Allemagne.

Oui, mais l’Allemagne n’a pas cédé. Et si l’on considère, non pas les discours mais  les actes,  à quelques  habillages près, c’est sur l’Allemagne que la France s’est alignée. 

Pour qu’il en aille autrement, il eut fallu faire plier significativement la politique de la banque centrale européenne ou celle du gouvernement de Berlin. Si Trichet s’est un peu assoupli - un peu seulement -  il n’en a rien été de Mme Merkel qui a ignoré les gesticulations françaises.  Faute d’arriver à  faire plier les Allemands, les Français pourraient menacer de sortir de l’euro. Mais de cela non plus il n’a pas été question.

Nicolas Sarkozy n’a même pas utilisé la marge de manœuvre que lui laissait l’Europe : assortir l’appui aux banques d’un contrôle plus strict de celles-ci  pour les inciter à prêter. Bien au contraire, les facilités qui leur ont été consenties ne sont assorties chez nous ni d’une prise de contrôle ni même d’une obligation de remboursement. Idéologie, copinage, timidité : Sarkozy reste, dans ce domaine à des années lumières des audaces d’un Gordon Brown à qui rien pourtant  rien ne l’empêchait d’emboîter le pas.  Comment contraindre les banques françaises de prêter davantage aux PME et aux particuliers afin d’éviter la récession ? La nomination d’un médiateur, l’appel à l’intervention des préfets apparaissent comme des palliatifs dérisoires  par rapport à l’ampleur du problème.

Sans doute les audaces anglo-saxonnes recèlent-elles des dangers : celui de relancer l’inflation au niveau mondial. Mais la timidité de la zone euro en recèle   un au moins aussi grave : que l’Europe continentale  s’embourbe dans une récession  à la japonaise,  trainant pendant des années une économie essoufflée, incapable de trouver un nouveau ressort, pendant que s’y poursuivrait la désindustrialisation. 

Il ne servait à rien de tant s’agiter si c’était pour demeurer, quant au fond, le toutou  discipliné de l’Allemagne.

 

                                                      Roland HUREAUX

 

 

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29 décembre 2008 1 29 /12 /décembre /2008 10:05

Alors que le président a sans états d’âme renvoyé aux calendes le projet de réforme des lycées, dont il est vrai personne n’avait compris ni le sens ni l’utilité,  il veut au contraire faire passer en force l’ouverture des commerces le dimanche.

La révolte de  60 députés de la majorité, provisoirement apaisée par une large atténuation du projet,  est apparue   clairement pour lui comme une menace grave qu’il lui fallait à tout prix conjurer.

Cette révolte, on la comprend : tant de projets mal ficelés, inadaptés ou carrément impopulaires sont soumis à la représentation nationale qu’on ne s’étonne pas qu’à la fin elle se rebiffe. C’est le fruit d’un système absurde où le chef exige une réforme par jour sans se demander si elles sont bonnes ou mauvaises. Cette fronde n’est pas isolée :  après Nicolas Dupont-Aignan, c’est au tour de Daniel Garrigue (appuyé en sous-main par Alain Juppé) de quitter l’UMP en invoquant, contre le retour à l’OTAN, la fidélité au gaullisme. D’autres pourraient suivre au fur et à mesure que les députés comprendront que leur destin politique ne dépend d’ores et déjà plus de Nicolas Sarkozy. .

Qu’est-ce qui tient un député dans le giron majoritaire ? Pour quelques uns, l’espoir d’un maroquin ministériel ou  d’une subvention. Pour tous,   la crainte de ne pas être réinvesti par leur parti aux  prochaines  élections. Point d’investiture, point d’étiquette: c’est le passage à la trappe  assuré. D’autant que les élections législatives venant immédiatement après l’élection présidentielle, l’impact de celle-ci éclipse complètement la personnalité des candidats.

 

Un effet du quinquennat : le président ne peut être réélu

 

Or un des effets  méconnus du quinquennat est que  le président en place est quasiment inéligible ; il ne sert à rien que la révision de la constitution ait prévu d’interdire plus de deux mandats consécutifs. Il n’y en aura pas plus d’un.  Pourquoi ?

Dans l’état de frustration où se trouve l’opinion française depuis trente ans, les majorités sortantes sont presque systématiquement désavouées  par le peuple.

De Gaulle est en fait le seul président de la Ve république qui ait été vraiment réélu. C’était en 1965 et ce fut avec une majorité bien plus courte que prévu : 55 % contre 45 %. Ensuite ? Pompidou mourut avant d’être soumis à réélection. Giscard d’Estaing fut battu au bout d’un mandat. Quant à Mitterrand et Chirac qui furent l’un et l’autre réélus une fois, on oublie que cela  ne leur fut possible que parce qu’ ils  « bénéficièrent », si l’on peut dire, d’un temps de cohabitation avec un premier ministre du bord opposé où, privés de l’essentiel de leur pouvoir, ils purent se refaire une virginité,  devenant  de facto, tout en demeurant sous les lambris de l’Elysée, le chef de l’opposition. Sinon, il ne fait aucun doute qu’ils eussent été balayés à la fin de leur premier mandat.   

En raison du septennat, dont un des buts était de faire coïncider le mandat   présidentiel et le mandat législatif, Nicolas Sarkozy ne bénéficiera pas (sauf à provoquer une dissolution difficilement compréhensible)  d’un temps de cohabitation. Malgré le redoux de la présidence européenne, sa cote de popularité demeure basse et, la crise économique s’approfondissant,  s’abaissera encore. Cela sans espoir de retour : la partie de l’opinion  qu’il a déçue ne veut plus entendre parler de lui    et il n’a aucune chance de se la réconcilier.

Donc pour Sarkozy, on peut le dire aujourd’hui : aucune chance de réélection.

Comment cela se passera ? Qu’importe. En pleine pantalonnade  du Congrès de Reims, Arcachon, une des circonscriptions les plus à droite d’Aquitaine  a élu un socialiste. Il y a de fortes chances qu’en 2012, n’importe quel socialiste, batte le président sortant. A moins qu’il ne soit pas présent au second tour : soit parce qu’il aura été éliminé au premier  par un rival de son camp : Bayrou, Dupont-Aignan ou quelque autre  dissident.  Soit que la majorité, dans un réflexe de survie   ne le laisse pas se représenter comme elle le fit  avec Chirac la dernière fois.

Le scénario importe peu. Dès que les députés de l’UMP auront tous compris que leur destin politique ne dépendra pas de Nicolas Sarkozy lors du prochain renouvellement de l’Assemblée, il y a fort à parier que la vie du président ne sera pas une partie de plaisir. 

Cela sans compter   les effets de la réforme constitutionnelle  qui a vu l’élargissement des pouvoirs de l’assemblée (en permettant au Parlement de  ne discuter qu’un projet gouvernemental revu en commission et en renonçant presque aux facilités su vote bloqué,  dit   49-3), dont le caractère imprudent ne s’explique que parce que le président était sûr de tenir sa majorité, ce qui sera de moins en moins le cas.  

 

 

                                                   Roland HUREAUX

 

 

 

 

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4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 15:38

 

Entretien avec Roland Hureaux

 

Roland Hureaux, ne croyez-vous pas, comme beaucoup le disent, que la référence au général de Gaulle soit un peu dépassée aujourd’hui, trente huit ans après sa mort ?

 

A ceux qui posent cette question,  que l’on entend  en effet souvent,  je voudrais rappeler qu’au temps où le général de Gaulle exerçait le pouvoir, soit dans les années soixante, on le disait déjà. La gauche le disait, Lecanuet et les centristes le disaient, les révoltés de mai 68 le disaient encore plus.

On le disait pour toute une série de raisons : le fait qu’au lieu de l’URSS, il disait le plus souvent la Russie, ce qui paraissait d’un autre âge, sa volonté  de revenir à l’étalon-or, son attachement à l’Etat, qui faisait un peu louis-quatorzien. D’ ailleurs Le Canard enchaîné le représentait en Louis XIV.

 

Et alors, qu’en tirez-vous ?

 

Que sur tous les points ou presque où on le considérait alors comme dépassé, il s’est avéré être au contraire très en avance sur son temps.  La Russie s’ appelle  à nouveau la Russie et Léningrad, qui l’eut cru ? Saint-Petersbourg. L’étalon-or  n’a certes pas été encore rétabli    mais on en parle ; surtout on sait que l’effroyable crise mondiale que nous connaissons est due pour l’essentiel à ce que de Gaulle dénonçait : l’étalon dollar, le privilège insigne que les Etats-Unis se sont arrogés depuis la guerre de fournir au monde sa monnaie en achetant des denrées aux autres pays sans rien leur donner en échange que des billets verts ( ou plutôt des lignes de crédit électroniques !) . S’agissant de l’Etat, après trente ans de libéralisme sans frein, voilà que tout le monde nous parle de son retour !

 

L’histoire serait donc cyclique : c’est l’ « éternel retour » comme disait Nietzsche

 

Je ne le crois pas. Ce qui faisait la force de De Gaulle, ce qui explique qu’il ait pu à la fois avoir raison avant tout le monde – sur les sujets que je viens d’évoquer et aussi sur bien d’autres comme la défaite ultime de l’Allemagne en 1940  ou   la décolonisation en 1958 - et rester d’actualité quarante ans après sa mort, c’est qu’il a fondé  toute sa réflexion politique, non  pas sur les changements et les modes mais sur ce qu’il y  a de permanent dans l’histoire. Je dis bien sa réflexion politique parce que dans d’autres domaines, comme l’art militaire ou l’économie, il fut au contraire très conscient des nécessités du progrès technique. Qu’est-ce qui est permanent ?  Peu de choses à vrai dire mais des choses essentielles : les nations ou plus généralement les groupes humains, les peuples  auxquels  il pensait qu’on n’arrive jamais à  imposer durablement une volonté étrangère : voyez ce qu’il disait des Vietnamiens à Pnom Penh et appliquez le  aujourd’hui aux Afghans, ce qu’il disait des Palestiniens  et qui vaut toujours  ; voyez ce qu’il disait de  l’Europe : l’impossibilité de l’unir  en voulant faire table des nations et qui explique en partie la crise actuelle de la construction européenne,  le caractère passager des idéologies comme on l’a vu en Russie.

Autres permanences : le rôle du chef, qu’il soit un roi , un premier ministre ou un président démocratiquement élu,  qui est selon lui de  défendre  bec et ongles l’honneur et les intérêts de son peuple sans se fixer à une idéologie, surtout sans donner la priorité à l’idéologie qu’elle soit  la Révolution nationale, le socialisme, le libéralisme ou... l’européisme  sur ces intérêts fondamentaux.

Permanence encore : que les Etats sont des monstres froids et qu’il ne faut jamais compter que sur soi-même  pour défendre ses intérêts vitaux, la nécessité donc de préserver à tout prix l’indépendance nationale.

 

Cela reste très général.

 

Certes, et c’est pour cela que le gaullisme sera toujours d’actualité parce qu’il s’attache à des principes généraux et permanents.  Mais ne croyez pas que pour autant , il s’agisse d’ évidences. La preuve : rappeler ces principes  gêne encore beaucoup de monde. Et si on vous dit que ces principes sont dépassés, c’est qu’en réalité on en a peur, on n’en veut pas. Il y a ceux qui vous disent que la France  est devenue trop petite, qu’elle doit rentrer dans l’OTAN ( alors que l’OTAN a moins que jamais de raison d’être, la guerre froide terminée). Il y a ceux qui vous disent que construire une grande œuvre – parfaitement  idéologique selon moi – comme l’Europe vaut bien que l’on sacrifie notre intérêt national supposé « étroit » ou égoïste ».  Il y a ceux enfin qui vous disent que l’Etat « régalien » est dépassé , qu’il doit se faire « modeste » , que le laissez faire généralisé , dans le champ économique et même social  assure spontanément les équilibres . On voit où nous mène aujourd’hui, par exemple  en matière bancaire, la déréglementation généralisée...

 

De Gaulle n’avait pas que des idées générales ; il avait aussi une « certaine idée de la France ». C’est à partir de sa politique que l’on a construit l’idée d’ « exception française. »

 

On peut débattre pour savoir si De Gaulle partait d’abord d’une idée de la France ou bien d’une philosophie  générale sur le rôle des nations. Mais comme il n’était pas un philosophe de métier mais un homme d’action et un chef  et qu’il parlait aux Français,  il leur a d’abord parlé de la France. « La France n’est elle-même qu’au premier rang » a t-il dit par exemple . On en rit aujourd’hui mais je pense qu’il ya bien là une permanence du tempérament français – analogue à celle de certains individus d’ailleurs -   : dès que la France veut rentrer dans le rang,  quand elle commence à s’auto-dénigrer, à se repentir de tout, elle  se divise, elle déprime et , ajoutons que loin d’être mieux aimée des étrangers, elle l’est encore moins : on le voit aujourd’hui où malgré – ou à cause - des  tortillements du président actuel  pour faire rentrer notre pays dans le rang, les Français  n’ont jamais été  aussi mal vus dans le monde et leurs dirigeants plus méprisés.

Mais de Gaulle savait aussi se faire entendre comme personne des autres peuples. Parce qu’il s’appliquait à saisir leur génie propre. Je note au passage qu’il parlait mieux les langues étrangères que  la plupart de ses successeurs qui se veulent modernes et ouverts au monde. S’il pensait qu’il y avait une exception française, il n’eut pas, je pense, renié l’idée qu’il y  avait une exception de chaque pays.  

 

Mais alors pourquoi se référer à de Gaulle. Pourquoi pas à une philosophie politique plus générale ?

 

Pourquoi pas en effet ? Après tout je pense que saint Louis, François Ier, Henri IV, Richelieu et peut-être aussi le Gambetta de 1870 ou  le Clémenceau de 1918 ont été gaullistes avant la lettre.

Un philosophe très à la mode en Amérique comme Léo Strauss propose de refonder la politique sur certaines permanences qui   transcendent les époques. Il  recherche ces permanences dans les  auteurs grecs, Platon et surtout  Aristote. La notion de « bien commun » que saint Thomas d’Aquin nous a transmise vient d’Aristote. Le rôle premier du chef politique, dans cette perspective, c’ est de rechercher le  « bien commun » d’une cité, d’une nation, d’un groupe humain particulier. Cette formule, assez proche de la res publica, de Gaulle ne l’eut certainement  pas reniée à condition de ne pas lui donner un sens étroit, purement économique. Il  pensait   que chaque peuple devait non seulement prospérer mais être fier de lui, cultiver son génie  propre, faire rayonner ses valeurs, de manière pacifique certes mais active. Le gaullisme, c’est la défense du  bien commun mais pas dans la grisaille d’un conseil d’administration, avec de la couleur et du panache. Ce bien commun au sens large, c’est au chef qu’il convient de le  promouvoir. Avec la foire aux intérêts particuliers qu’est devenue notre  République, sur fond s’abaissement national, on est, vous le voyez, loin du compte.     

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4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 15:30

 

Les innombrables commentateurs de la victoire d’Obama ont, sans crainte de saturer auditeurs et lecteurs, ressassé  l’antienne que celle-ci était  la grande revanche des Afro-Américains si longtemps humiliés. Les uns ajoutaient  qu’il y avait là le témoignage de la vitalité et de la capacité de renouvellement de la grande démocratie américaine, ce qui est sans doute  vrai ; d’autres en profitaient pour faire  la leçon à la France supposée engoncée dans ses préjugés racistes. Leçon d’autant plus insupportable qu’elle se fonde sur l’ignorance des vrais ressorts qui ont permis la victoire de Barack Obama.

Le plus étonnant est que cette insistance sur la couleur de la peau du nouveau président intervient à une époque où toute référence raciale, voire seulement ethnique ou culturelle, est tenue pour politiquement incorrecte.    

Pourquoi ne pas dire que Barack Obama est un américain comme les autres –  ce qu’il revendique d’ailleurs – et  reconnaître que dans l’état de discrédit où la présidence Bush a plongé le camp républicain, à peu près n’importe quel démocrate aurait été élu ?

Mais puisque tant de commentateurs ne se gênent pas pour évoquer les racines du nouveau président, n’hésitons pas, tout en mesurant les limites de ces considérations ethniques, à  regarder de plus près  le  cas Obama.

Un cas assurément singulier. Etrange afro-américain en effet que ce président métis qui ne compte pas un seul esclave parmi ses ancêtres. Sa mère blanche descend, paraît-il, de  Jefferson Davis président de la   Confédération sudiste – et donc des partisans de l’esclavage dans  la guerre de sécession. Son père Barack Obama Sr – qui n’a jamais vécu aux Etats-Unis : c’est donc à tort que l’on fait du nouveau président un fils d’immigré – ne fut pas seulement un homme politique kényan en vue mais il appartient à l’ethnie Luo. Cela ne dira rien à ceux qui ignorent les réalités de   l’Afrique de l’Est. Mais les Luo et les Masaï du Kenya, comme les Tutsi du Rwanda, les Hayas de Tanzanie – on pourrait ajouter  les Amhara d’Ethiopie - figurent parmi les tribus  les plus  aristocratiques de l’Afrique subsaharienne, celles que l’on désignait autrefois sous le nom de « nilo-hamitiques » par opposition aux « bantous » qui peuplent le reste de l’Afrique. Composées d’éleveurs et de guerriers, elles ont toujours méprisé l’agriculture et les peuples qui s’y adonnaient, Européens compris. Elles sont aussi connues pour leurs dons politiques extraordinaires qui suscitent la méfiance des autres tribus : le génocide du Rwanda n’a pas d’autre cause ; le New York Times  a rappelé  qu’Obama, parce que Luo, n’aurait pas pu être élu au Kenya (1). Pour l’anecdote, on rappellera que c’est dans ces  groupes ethniques  aguerris que se recrutent les champions olympiques du 10 000 m et du marathon, alors que les Afro-Américains authentiques, des Etats-Unis ou des Caraïbes, préfèrent le sprint.  On objectera qu’Obama n’a guère connu son père, mais on sait depuis Jacques Lacan que le père imaginaire – ou imaginé -  importe souvent plus que le père réel !   

 

Plus qu’un noir, un  patricien

 

Ajoutons que Barack Obama a un parcours universitaire plus prestigieux qu’aucun de ses prédécesseurs.  On comprend mieux que,  plus que la couleur de sa peau, donnée en définitive bien relative, frappe   l’aisance patricienne du nouveau président qui  n’a, à cet égard, rien à envier à un  Roosevelt ou un  Kennedy, pourtant bien plus fortunés. C’est sans ironie qu’ Hilary Clinton, sa rivale malheureuse à l’investiture démocrate, accusa Obama  d’ « élitisme » ! Ce n’est en définitive que par sa femme qu’Obama se rattache à la communauté afro-américaine. Les réticences d’un Jesse Jackson – et d’autres - en début de campagne s’expliquent par ce background.

Ces réticences furent assez vite surmontées : les noirs américains ont très vite compris l’intérêt qu’ils trouveraient  à la promotion d’un homme de couleur, même atypique. La base démocrate a joué le jeu, au point que la carte du vote Obama  recouvre largement   celle des fiefs   traditionnels du parti démocrate, notamment le Nord-Est des blue collars blancs. Les   Républicains n’avaient nullement intérêt à souligner qu’Obama était un noir  atypique.

Ceci dit, l’élection d’Obama, ressemble fort à celles de  beaucoup de présidents   démocrates : Roosevelt, Carter, Clinton. Elle témoigne d’abord du rejet violent d’une présidence républicaine   trop usée ou dépassée par la crise,  à quoi s’ajoute le  parcours sans faute  d’un candidat exceptionnellement intelligent. Comme dans le cas de Clinton et de Carter, eux aussi candidats exemplaires, on cherche en vain un programme précis dans les annonces d’Obama en cours de campagne.

Les difficultés qu’il aura à gérer sont  énormes : des engagements militaires aventurés, un déficit budgétaire et  extérieur record, une récession sévère qui s’amorce. Dans une situation analogue, Roosevelt, avec son immense charisme avait su rendre l’espoir aux Américains, sans vraiment résoudre les problèmes au fond. Carter,  après une campagne remarquable  avait, faute de ce charisme, lamentablement échoué. Clinton avait navigué à vue, ne rompant pas franchement avec les orientations conservatrices de ses prédécesseurs républicains.

On ne peut que souhaiter le succès à Barack Obama, non seulement parce qu’il semble malgré tout un homme sympathique mais aussi parce que le monde n’a aucun intérêt, quoi qu’on dise,  à un échec des Etats-Unis.

 

                                                              Roland HUREAUX

 

 

1. Il est vrai que l’actuel président du Kenya Mwai Kibaki, usé, s’est vu contesté lors de la dernière présidentielle par le Luo Rail Odinga,  fils d’Oginga Odinga, homme politique kenyan de la première génération, proche du père d’Obama.  Kibaki n’a été réélu qu’au moyen de fraudes massives qui sont aux origines des graves tensions actuelles de ce pays.

 

 

 

 

 

 

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4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 15:27

   

Il y a quelque chose de fascinant à voir  un homme politique relativement jeune ( 47 ans) et noir  comme Barack Obama  briguer avec quelques chances de succès l’investiture démocrate pour  l’élection présidentielle américaine.

Autant que son audace, frappe l’aisance de ce candidat improbable dans un pays où aucun homme de couleur – à l’exception du général Colin Powell qui, sollicité par le parti républicain, déclara forfait -  n’avait pu  jusqu’ici envisager sérieusement d’entrer dans la course présidentielle.  Une aisance qui le fait même qualifier de  « nouveau Kennedy ».

La vérité est qu’Obama n’est pas un vrai noir !  Il ne l’est que pour ceux qui pensent que la couleur de la peau a de l’importance. Sur le plan culturel, le seul qui importe, Obama est le contraire d’un noir américain. Non par sa mère blanche qui  descendrait du président sudiste Jefferson Davis  - mais aussi, plus classiquement,  de paysans irlandais chassés par la famine de 1846 : aux Etats-Unis, une goutte de sang noir suffit à  vous faire  « black ». C’est de  son père,  Barack Obama Sr, homme politique kenyan de l’ethnie Luo, que le sénateur du Michigan a reçu une empreinte vraiment originale.

Les Luos appartiennent à cette grande famille de peuples pasteurs d’Afrique de l’Est  dits « nilo-hamitiques ». Si l’expression que de Gaulle appliqua une fois aux Juifs  « peuple sûr de lui et dominateur » a un sens, c’est bien dans cette région du monde. Les Nilo-hamitiques sont le contraire d’esclaves ou de descendants d’esclaves. Ces peuples  fiers et guerriers (1)  dominèrent longtemps les Bantous cultivateurs et sédentaires. Ils résistèrent avec succès aux entreprises des marchands d’esclaves arabes de la côte swahilie, quand ils ne collaborèrent pas avec eux.  Eux ou leur cousins sont au pouvoir au Rwanda, au Burundi, en Ouganda, en Ethiopie et au Soudan (quoique les Nilo-Hamitiques soudanais se prétendent Arabes).   De grands hommes politiques de la région comme Julius Nyerere, fondateur du socialisme ujamaa ou Yoweri Museveni actuel président de l’Ouganda en sont. De même l’ancien archevêque de Dar-es-Salaam  Lawrence Rugambwa,  fait premier cardinal africain par une Eglise romaine qui s’y connaît en  chefs.  Kabila, président du Congo est, dit-on,  à moitié tutsi.

Se   rattachent en effet aux peuple nilo-hamitiques  les Tutsis du Rwanda et du Burundi : minorité « noble » pesant entre   5 et 10 % de la population,  qui domina longtemps dans ces deux royaumes la majorité Hutu (lesquels sont des bantous). Renversée au Rwanda en 1960, la minorité tutsi  , aidée par l’ougandais Museveni, est revenue  au pouvoir sous l’égide de Paul Kagame en 1994. L’armée des « ci-devants », exilés depuis plus de trente  ans est rentrée au pays en massacrant à tour de bras. Les tenants du pouvoir majoritaire hutu, pris de panique,  commencèrent alors  à massacrer tous les Tutsis de l’intérieur et leurs amis réels ou supposés: ce fut le grand génocide de 1994. Le pouvoir est aujourd’hui exercé dans ce pays d’une main de fer par une petite minorité de Tutsis de l’étranger – très peu nombreux du fait du massacre des Tutsis de l’intérieur : peut-être 1 % de la population.

La diaspora tutsi en Europe ( particulièrement forte en Belgique ) et dans le monde est depuis lors un relais efficace de la propagande de Paul Kagame :  personne ne conteste le chiffre devenu « canonique » de 900 000 victimes,  pourtant issu d’une source unilatérale ; personne ne parle des massacres de Hutus par les Tutsis qui , quoique moins concentrés dans le temps, ont fait, sur la longue période encore plus de victimes. Tous ceux qui contestent la version officielle propagée par le gouvernement de Kigali sont menacés, où qu’ils se trouvent, de lynchage médiatique ou internautique, ou de procès téléguidés dissuasifs : la France fut ainsi fort injustement mise au banc des accusés dans  l’opération Turquoise  pour complicité avec les génocidaires, jusqu’à ce que Bernard Kouchner aille à Canossa à Kigali (2). Le courageux journaliste Pierre Péan qui a osé contester la version des vainqueurs tutsi et par là  défendre l’honneur de l’armée française dans un livre remarquable (3)  est depuis lors l’objet d’ une persécution sans merci. Agents conscients ou inconscients de l’internationale tutsi, la plupart des journalistes français se sont déchaînés contre son livre. SOS-Racisme a traîné son auteur devant les tribunaux pour racisme et complicité de génocide.

Au Kenya, l’ethnie dominante est au contraire une ethnie bantoue, les Kikouyous, servis par leur majorité relative, leur centralité et surtout  une empreinte anglaise plus forte. L’actuel président kikouyou Mwai Kibaki, usé , s’est vu contesté lors de la dernière présidentielle par une coalition menée par le Luo Rail Odinga,  fils d’Oginga Odinga , homme politique kenyan de la première génération, proche du père d’Obama.  Que Kibaki n’ait été réélu qu’au moyen de fraudes massives est aux origines des graves tensions actuelles de ce pays.

Même si le rôle des Tutsis du Rwanda est sujet à caution, être nilo-hamitique n’a certes rien d’infâmant, bien au contraire.

On comprend cependant, au vu de cet arrière-fond, à quel point le phénomène Obama est singulier, à quel point surtout la culture du candidat démocrate est étrangère à celle du Deep South. Un chef Luo n’a rien à voir avec l’oncle Tom pas plus que les chants guerriers masaï avec les mélopées des cueilleurs de coton du Mississipi !  

C’est ce qui explique sans doute que sa candidature pose si peu de problèmes à l’establishment américain et que, bien qu’il s’agisse, au moins formellement,  d’une candidature « noire », elle paraisse aller de soi. 

C’est ce qui explique aussi peut-être   la difficulté qu’éprouve  la communauté noire américaine à  se reconnaître dans ce candidat issu d’un univers si antithétique au sien. En définitive Obama ne s’en rapproche que par l’action sociale  qu’il a eue  dans les quartiers pauvres de Chicago et par sa femme qui est, elle, une authentique afro-américaine. Son élection éventuelle  ne signifierait pas nécessairement une promotion de la communauté noire.  Il faudrait plutôt l’analyser comme un phénomène sui generis.  

 

 

Roland HUREAUX

 

1.                       Parmi lesquels les célèbres masaïs.

2.                       Pierre Péan, Noires fureurs, blancs menteurs, Mille et Une Nuits

3.                       Ce que pouvait avoir d’incongru cette quasi repentance du ministre des affaires étrangères français a été justement relevé par  l’universitaire belge Filip Reyntjens ( Le Figaro,  30/1/2008 )

 

 

 

 

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4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 15:06

 
CRISE FINANCIERE : ET SI  TOUT REDEVENAIT COMME AVANT...EN PIRE  ?  



Tout le monde connaît le mécanisme psychologique à l’œuvre dans l’alcoolisme – et dans toutes les addictions d’ailleurs : l’alcool  produit une euphorie qui dure un certain temps, puis, l’effet passé,  vient le temps de la dépression, de la « gueule de bois » comme on dit. Les soulographes du  petit matin savent comment guérir la gueule de bois : recommencer vite à boire autant et même un peu plus. Le mécanisme de l’addiction veut en effet qu’il faut  des doses de plus en plus fortes de drogue pour accéder au même état d’euphorie.

N’est-ce pas ce qui est en train de se passer dans l’économie mondiale ?  Après une phase d’euphorie  marquée par les subprimes, la bulle financière, les profits record,   l’argent roi, nous avons depuis quelques semaines la  gueule de bois.

Le climat de catastrophe qui règne dans l’opinion et la grande presse ne doit pas nous leurrer : même si la dépression dure un certain temps, elle finira bien par se terminer.

Il arrive parfois à Alain Minc de ne pas se tromper : il n’a pas tort  de dire que si  en 1929,  les Etats étaient venus au secours du système bancaire avec la même détermination qu’ils le font aujourd’hui, nous n’aurions pas eu Hitler.

La leçon de 1929 n’ayant pas été oubliée, la réaction a été cette fois vigoureuse,  malgré les hésitations de certains pays comme l’Allemagne. Son effet ne sera  bien entendu pas immédiat. Les bourses peuvent encore baisser mais enfin vient toujours un moment où les spéculateurs se rappellent que derrière les titres, il y a des biens réels : des usines, des champs, des immeubles et une activité économique qui ne s’est pas encore complètement arrêtée, Dieu merci,  et que donc ces titres conservent  une valeur intrinsèque au-dessous de laquelle il n’est plus  raisonnable de les vendre.

Mais ne nous leurrons pas. La cause du mal, c’est l’inflation : du crédit et donc de la  monnaie (deux fois la valeur de la fortune  mondiale  se trouve aujourd’hui en circulation !).

Le remède qu’ont trouvé les Etats à la crise, sous l’habillage  technique, c’est ni plus ni moins qu’un surcroît d’inflation.

Contrairement  à ce qui se dit, ce ne sont pas les contribuables américains qui vont payer les 850 milliards de dollars du plan Paulson, c’est la création monétaire. L’Etat prête aux banques  pour garantir les déposants. Pour cela il va aggraver le  déficit public et donc émettre des bons du Trésor. Qui achètera ces bons du trésor ? Ceux qui en possèdent déjà : les grands créanciers mondiaux : la Chine, le Japon, les pays pétroliers.

Et s’ils refusent ? Ils ne refuseront pas parce qu’alors, leurs réserves en dollar ne vaudraient plus  rien.

Ainsi  la situation actuelle était marquée par l’inflation et les grands déséquilibres mondiaux ; le résultat des mesures prises pour  enrayer la crise est une plus grande inflation et les mêmes  déséquilibres en plus grand.

Ce n’est  pas le seul domaine où on peut s’attendre à une aggravation : si la cause de la  quasi-faillite de certaines banques était l’irresponsabilité de leur gestion, combien plus irresponsable encore risque d’être cette gestion maintenant que l’on sait  que les banques ne peuvent pas faire faillite car les Etats ne les laisseront jamais tomber ?

Tous ceux qui ne se laissent pas aller à l’emphase catastrophiste qui règne aujourd’hui savent que l’économie, le crédit, la bourse repartiront  un jour, un peu plus tôt un peu plus tard mais pas sur de nouvelles bases : sur les mêmes en pire !

Ce qui changera : un contrôle plus étroit du système bancaire malgré tout (mais pas trop si l’on veut éviter une récession économique), un redémarrage de la hausse de prix  aussi    : c’est le seul moyen réaliste d’absorber le gonflement considérable de la masse monétaire mondiale. Et il n’est même pas certain que les salariés profiteront de cette inflation, aussi longtemps  que la mondialisation des échanges de biens tire  les salaires vers le bas.

L’euro risque d’être ébranlé : les ensembles de ce type ne résistent aux « chocs asymétriques » que s’ils sont faibles, or celui-ci est fort : il n’y aura plus d’alternative au dollar.

Pour le reste : les mêmes dérives, les mêmes déséquilibres, en pire.

Jusqu’à quand ? Les seuls facteurs  qui puissent  changer la donne mondiale seraient que la Chine n’accepte plus de financer les déficits américains ; nous avons vu qu’elle n’a pas  encore le choix,  ou encore que les Etats-Unis acceptent un retour à l’étalon-or : cela supposerait qu’ils remboursent leur énorme dette, quitte à être les premiers bénéficiaires de la formidable réévaluation de l’or qui en résulterait : ne rêvons pas.

L’économie mondiale  repose sur le couple pervers Chine–Etats-Unis, la première ultra excédentaire, la seconde ultra déficitaire. Tant que ces deux acteurs majeurs (nous ne parlons pas des pays pétroliers, tenus en laisse) ne décideront pas de changer radicalement la règle du jeu, l’économie mondiale pourra bien repartir mais elle ne sera pas assainie.

 

                                            Roland  HUREAUX

 

 

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3 octobre 2008 5 03 /10 /octobre /2008 19:42


La  crise financière actuelle est, dit-on, due aux  « subprimes», curieux nom qui désigne des crédits aventurés, généralement immobiliers, faits par les banques américaines à des particuliers  peu solvables et donc pauvres.

En quoi l’Europe est-elle concernée ? Pour plusieurs raisons. D’abord,  parce que dans certains pays comme l’Espagne ou le Royaume-Uni, on a  fait à un moindre degré  la même chose ; dans d’autres comme la France ou l’Allemagne où les banques, mieux surveillées, ont été   plus prudentes, elles  ont néanmoins acheté des titres sur le marché américain comprenant pour partie, camouflées au sein d’un cocktail complexe,   ces créances douteuses appelées « subprimes ». Ensuite parce que les banques se prêtant entre elles de l’argent de manière quotidienne, si certaines font faillite pour avoir fait  des prêts risqués, c’est l’ensemble du système bancaire international qui, de proche en proche risque de s’effondrer. Enfin, plus généralement, parce que si l’économie se ralentit dans certains pays, ils achètent moins et cela aussi diffuse la crise d’un pays à l’autre.

Mais alors, dira-t-on, pourquoi les banques américaines ont–elles prêté de manière si légère ? 

 

Les effets de la mondialisation  

Pour le comprendre, il faut revenir à ce qui s’est passé dans le monde occidental  depuis trente ans, sous l’effet de ce qu’il est convenu d’appeler la  « mondialisation » (en anglais, globalization). Ce terme désigne en fait  beaucoup de choses disparates,  à commencer par la diffusion des informations sur internet ou la multiplication des voyages en avion à travers le monde,  mais il désigne plus particulièrement  la levée progressive des restrictions (droits de douane, contingents) aux mouvements de marchandises et de capitaux (1). Cette levée n’est pas  un effet technique du progrès, elle résulte d’une volonté politique : elle s’est faite sous l’aiguillon des grandes institutions internationales : OMC, FMI (deux institutions dirigées aujourd’hui par des membres du parti socialiste français !), mais aussi Commission européenne et naturellement avec le consentement des grandes puissances, Etats-Unis en tête.

Les  mouvements de capitaux et les échanges n’ont pas été libérés seulement parce qu’on pensait que c’était là le sésame de la prospérité. Par une simplification outrancière de l’histoire, la génération de l’après-guerre a sommairement identifié protectionnisme, autarcie, nationalisme, fascisme. Libérer les échanges, c’était au contraire travailler pour la paix. Lancé dès l’après-guerre, le mouvement de libéralisation fut longtemps tempéré par les  interventions de l’Etat de type keynésien. Il a  eu  son plein effet  que dans  les  années quatre-vingt.

Que ce mouvement, animé d’idéaux progressistes et  dont on pensait  qu’il apporterait la prospérité générale, ait été dans tous les pays plus favorable globalement aux riches qu’aux pauvres, s’explique par plusieurs mécanismes :

-  les capitaux étant plus mobiles  trouvent plus vite  les endroits les plus rentables ; ils échappent plus facilement à l’impôt ;

-  la possibilité d’importer des marchandises en provenance des pays à bas salaires tire à la baisse  les salaires dans les pays avancés, en même temps que la possibilité de trouver dans les supermarchés des produits à bas prix rend cette baisse  supportable aux classes populaires; la spirale prix/salaire qui marchait  à  la hausse sous les « trente glorieuses » marche à la baisse depuis trente-cinq ans ;

-  renforcement du capital, affaiblissement du travail, accroissement des marges : le résultat est que dans tous les pays occidentaux, mais spécialement en France,  le rapport des profits et des salaires dans le partage de la valeur ajoutée a été de plus en  plus  favorable aux premiers  80 % pour les salaires (2) avant 1980, 65 % aujourd’hui.   Depuis vingt ans, alors que les salaires stagnent, la bourse monte ( les baisses récentes étant encore loin d’annuler les hausses antérieures) ; les deux mouvements  - déflation des  salaires et des prix, inflation boursière -  pourraient  se dérouler  sur de sphères différentes, chacun y retrouvant son  compte, s’ils n’interféraient dans l’immobilier ; recherché par les hauts revenus, à la fois comme bien d’usage et comme placement, il augmente lui aussi  et cette augmentation devient insupportable aux petits revenus, spécialement les jeunes,  qui ne peuvent plus acheter ou doivent payer des loyers trop élevés.

-  le mécanisme est aggravé par l’inversion des taux d’intérêts intervenue depuis 1980 : la concurrence internationale sur les salaires assurant la stabilité des prix,  les taux d’intérêts réels (taux d’intérêt nominal moins taux d’inflation) qui étaient négatifs depuis la guerre,  sont devenus positifs ; l’accession à la propriété est devenue  plus difficile pour les jeunes.

Cette évolution, plus favorable aux riches qu’aux pauvres,  aux vieux qu’aux jeunes,   se trouve aggravée de plusieurs manières :

-  en Europe par la politique restrictive de la Banque centrale européenne qui, soucieuse avant tout de la stabilité des prix et de faire de l’euro une monnaie forte, freine la croissance et accroît encore la difficulté des jeunes à accéder à la propriété ;

-  en Chine, par  le régime  communiste et l’existence d’un immense réservoir de population rurale encore sous-employée, qui  permet de maintenir les salaires très bas, voire de ne payer qu’irrégulièrement les travailleurs ;

-  aux Etats-Unis, par la politique fiscale des républicains, atténuée mais non  inversée par les démocrates, qui favorise  depuis trente ans  les revenus les plus élevés.

 

            Le goulot d’étranglement de la consommation

Une telle évolution, dont les nantis  de tous pays pourraient se réjouir,  se heurte cependant à un goulot d’étranglement : pour que la production de masse fonctionne, il faut, en régime capitaliste, de la consommation de masse et donc une élévation du  pouvoir d’achat. Sinon, le moteur s’étouffe : moins de consommateurs (ou des consommateurs appauvris), moins de croissance, moins d’investissement , situation dramatique pour des bénéficiaires des revenus du capital qui, parallèlement,  ont de plus en plus d’argent à placer et de moins en mois de placements  rentables.

Face à ce goulot d’étranglement déjà apparu à la fin des années vingt, trois réactions possibles :

-  celle de l’Europe (tous les pays avec des nuances ; l’Espagne ayant suivi davantage le modèle américain) : sous la gouverne de la banque centrale européenne qui privilégie la stabilité des prix coûte que coûte, on se résigne à moins de croissance ;  le salaire réel, contenu à la baisse  par un système serré de  statuts ou de convenions collectives,  est cependant érodé  au fil des ans ;

-  celle de la Chine : faute d’un développement suffisant du marché domestique, le pays, grâce à une monnaie violemment sous-évaluée (d’environ 50 %), se tourne massivement vers l’exportation,  facilitant le maintien des salaires à un  niveau très bas  mais, aggravant le recul industriel  dans les pays avancés (3). Il est à noter que cette stratégie austère de croissance par les exportations  avait été aussi celle du Japon et  fut  celle de l’Allemagne jusqu’à  Schroeder ; le général de Gaulle avait tenté de l’imposer, de manière il est vrai très atténuée,  à la France des années soixante ; il en était résulté l’explosion de mai 68.

-  celle enfin des Etats-Unis qui a l’impact que l’on sait sur le reste du monde : pour maintenir le pouvoir d’achat de la masse dont le revenu diminue, on facilite le crédit : l’argent qu’on  ne donne pas aux petits salariés, on le leur prête ! Cette solution a dans l’immédiat plusieurs avantages : elle maintient de manière factice la consommation (l’immobilier, d’abord concerné par les subprimes, ayant des répercussions sur la plupart des secteurs : « quand le bâtiment va, tout va »), elle permet aux rentiers bénéficiaires de l’explosion des profits de trouver des placements d’autant plus lucratifs qu’en raison du risque encouru, les intérêts demandés sont plus élevés.

Il est aisé de comprendre qu’un système où la croissance est maintenue non point par une élévation du pouvoir d'achat mais par des crédits de plus en plus risqués faits aux ménages pauvres  ne pouvait pas continuer indéfiniment.

Mais avant de donner des leçons, n’oublions pas qu’une politique plus rigoureuse se serait traduite de l’autre côté de l’Atlantique et sans doute ailleurs par une croissance plus faible.

 

Gagnants et perdants, créanciers et débiteurs

La vie économique, nationale ou internationale, est comparable à une  grande partie de cartes : chance ou talent, certains  réussissent mieux  que d’autres  A supposer que le capital de départ dont disposent les joueurs pour miser soit égal   (ce qui n’est pas le cas dans la vie réelle), il arrive un moment où quelques joueurs plus doués ou plus favorisés par la chance ont « plumé » les autres. Dès lors deux solutions : ou le jeu s’arrête ou, pour qu’il continue, les premiers prêtent aux seconds, lesquels s’endettent de plus en plus à mesure que la partie se prolonge. Mais on comprend que le jeu  ne puisse pas continuer indéfiniment.

On peut formuler la chose autrement : dans la vie économique, les uns sont structurellement excédentaires – ou créanciers, d’autres sont structurellement  déficitaires et donc débiteurs. Ce clivage s’applique aux  différents pays : sont créanciers structurels les pays pétroliers (dont aujourd’hui la Russie), la Chine, le Japon  et les autres  les pays du Sud-Est asiatique,  l’Allemagne ; sont débiteurs structurels  les Etats-Unis et   les pays d’Afrique noire ; la France et la plupart de autres pays d’Europe, eux aussi portés au déficit, n’arrivaient à redresser leurs comptes avant la mise en place de l’euro que grâce à des  dévaluations périodiques. Le clivage s’applique aussi aux catégories d’agents économiques : sont structurellement créanciers  les entreprises qui marchent, les riches, les  retraités (en majorité), les classes moyennes et moyens salariés ; sont structurellement débiteurs les petits   salariés, les jeunes ...et la plupart des Etats et  des autres  acteurs publics.  La vie économique continue autant que les premiers prêtent aux seconds  en conservant un espoir raisonnable de récupérer leur mise. Il arrive parfois que ceux qui ont beaucoup emprunté deviennent excédentaires pour pouvoir rembourser leurs dettes: c’est arrivé à la Russie depuis 2000, grâce au gaz et au pétrole ; c’était  arrivé à la France au temps du général de Gaulle puis entre 1992 et 2004 (4), mais depuis, le naturel est revenu et notre pays se trouve à nouveau déficitaires. Cette inversion des situations se rencontre aussi chez les ménages et les entreprises. Mais généralement   les déficitaires restent déficitaires et les excédentaires restent  excédentaires. Le  cycle économique s’arrête le jour où il devient évident que les créanciers ne seront pas remboursés, les premières faillites non seulement de débiteurs mais d’  établissements prêteurs  trop imprudemment engagés donnant l’alerte. C’est ce qui arrive aujourd’hui.

 

 

Que faire ?

Que faire alors pour relancer la machine ? 

De quelque manière que l’on considère le problème, les solutions sont en nombre limité.

Les prêteurs peuvent continuer à prêter indéfiniment ; c’est ce qui se passe avec certains Etats comme les Etats-Unis dont la dette à l’égard du reste du monde continue à s’alourdir  sans que personne ne parle de les mettre ne faillite ; que le dollar soit une monnaie internationale ( d’échange et de réserve) n’y est pas indifférent ;  qu’ils soient la plus grande puissance militaire du monde encore moins : plus que leur compétitivité,  déclinante, c’est cela qui garantit le billet vert. Leur principal créancier, la Chine est également, pour de raisons qui restent à approfondir (souci de continuer à accumuler les technologies, crainte des effets politiques qu’aurait sur la société chinoise une augmentation du niveau de vie ?) disposés à continuer à leur prêter.  Mais les autres pays débiteurs ne pourront faire comme les Etats-Unis, même si certains   comme la France et l’Italie  peuvent  aujourd’hui  envisager, aussi longtemps que l’euro existe, de « vendre » de l’euro  comme les Etats-Unis « vendent » du dollar.

Encore moins les ménages américains surendettés  pourront-ils accumuler les dettes impunément, ne serait-ce que pour des raisons juridiques.

Cette solution trouve ainsi ses limites.

L’autre solution serait l’abolition générale des dettes.

Elle se produit en temps de guerre ou d’inflation généralisée. Elle est aujourd’hui  difficilement concevable entre Etats sauf pour certains  pays pauvres, africains généralement, qui bénéficient de remises de dettes périodiques. Elle n’est pas non plus concevable pour les  particuliers, sauf le cas de faillite.

C’est cependant  ce qui se va se faire aux Etats-Unis, au bénéfice non point des débiteurs finaux  à qui on ne fera pas de  cadeaux, mais des banques les plus engagées. Les  700 milliards de dollars débloqués par le Trésor américain pour leur venir en aide n’ont pas d’autre sens. On peut déplorer que les banques, qui ont abondamment « privatisé » leurs profits, nationalisent leurs pertes. On peut  ironiser sur le fait  que la terre élue du libéralisme recoure massivement à l’intervention de l’Etat pour faire face à la tourmente. Mais il faut  surtout se demander où mène cet expédient. Qui va   payer ?  Le contribuable, dit-on. Lequel ? Le pauvre, au risque d’aggraver encore le goulot d’étranglement décrit ci-dessus ? Le riche, au risque d’aller à l’encontre de la politique suivie depuis trente ans ? Le plus vraisemblable est  que l’argent sera  trouvé grâce à la création monétaire (sous la forme de bons du trésor  jamais  remboursés). Et comme le déficit budgétaire et commercial  américain s’en trouvera aggravé, c’est en définitive le reste du monde qui continuera à prêter un peu plus aux Américains,  singulièrement à leurs banques défaillantes. On revient ainsi  en partie à la première solution : continuer à prêter. Le risque de relance de l'inflation est bien réel puisque on aura injecté dans l’économie de grandes masses d’argent frais sans que la production ait augmenté.  Si  on évite ainsi le cataclysme qui résulterait de la faillite de l’ensemble du système bancaire international à la suite de  la défaillance de quelques banques américaines, on n’assure pas pour autant le redémarrage de la machine : parce que les causes structurelles qui l’ont grippée demeurent, parce qu’un climat de prudence, voir de méfiance  généralisé va demeurer.

Reste  la  troisième solution : une redistribution massive du pouvoir d’achat, des actionnaires vers les salariés (ne serait-ce que pour revenir aux ratios de partage de la valeur ajoutée des années 1950-1980), des plus riches vers les classes moyennes et inférieures, des vieux vers les jeunes.

Cela passe au minimum par une augmentation générale des salaires.

Il y a des précédents. Les années folles du premier après-guerre virent une prospérité factice assez analogue à celle que nous venons de connaître : hausse des bourses, développement  incontrôlé du crédit aux particuliers, sans que les salaires, quoique en augmentation, aient suivi à  due proportion, aux Etats-Unis notamment. La grande crise qui s'en suivit ne se débloqua que par une vigoureuse politique de redistribution du revenu : ce fut le sens du New deal, ce fut le sens de la politique du  Front populaire  (l’autre solution  étant la seule augmentation des dépenses d’armement, pratiquée dans les régimes totalitaires – ou l’ouverture de grands chantiers de travaux publics). C’est ce qui continua à se passer dans l’après guerre, l’existence de barrières douanières renforcées dans les années trente et encore en place dans l’immédiat après guerre permettant un peu partout de stimuler la production en élevant les salaires ouvriers, sans déperdition excessive vers l'extérieur.

C’est encore selon ce mécanisme que les hausses de salaires importantes qui furent consenties en mai 68, quoique tenues sur le moment pour une catastrophe par le patronat, entraînèrent, combinées à une dévaluation réussie,  l’exceptionnelle prospérité des années Pompidou,  les plus glorieuses  des glorieuses.

Mais ce mécanisme est-il  encore envisageable dans un contexte de libre concurrence internationale ? Sans doute pas. Le corollaire est donc, qu’on le veuille ou non,  le retour à un certain protectionnisme national ou continental (à l’échelle de l’Europe des Vingt-sept par exemple) dont une des modalités peut être une sous-évaluation de la monnaie sur le modèle chinois. Sinon l’injection de pouvoir d’achat se traduit par des faillites et de la désindustrialisation, des importations supplémentaires, des déficits aggravés. Un autre corollaire est sans doute le retour à un certain niveau d’inflation inséparable d’une spirale salaires/prix positive.

Les chantres de l’ouverture aux quatre vents doivent en prendre conscience : on ne peut pas regonfler un pneu troué de tous les côtés. Il faut que le pneu soit à peu près étanche pour que la pompe ait de l’effet.

Le paradigme des années 1930-1980 que d’aucuns appelleront keynésien, encore que cette expression soit discutable, était assez clair : de sas entre les différentes économies  permettant à l’action publique d’être efficace , une hausse constante des salaires ( nominaux et en partie réels) entraînant une hausse de la consommation et partant de la production domestique, une inflation plus ou moins modérée, une croissance rapide de l’économie occidentale, un partage de la plus-value plutôt favorable aux salariés, un resserrement relatif des écarts de revenus.

Celui des années 1980-2000 est à peu près  l’inverse : une ouverture générale des frontières rendant inopérante les politiques de relance nationales, une baisse des salaires  réels entraînant une stagnation de la consommation et partant de la production, la stabilité des prix, la récession, un partage de la plus-value favorable au capital, un élargissement des écarts de revenus.

Il est probable que la seule manière de sortir de la crise soit un rebasculement du second paradigme vers le premier. Elle implique  la remise en cause des principaux dogmes sur lesquels repose la pensée économique depuis trente ans.

 

 

                                                                   Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

1.                      La libéralisation des échanges et des mouvements de capitaux s’est accompagnée au cours des années quatre-vingt de la fin de l’encadrement du crédit,  pour partie responsable de la crise actuelle.

2.                      Le taux de rémunération du capital était il est vrai tombé particulièrement bas  à la suite du premier choc pétrolier, de même que les taux d’intérêts réels. 

3.                      Les salaires chinois augmentent mais pas en proportion de l’enrichissement du pays : du fait de la sous-évaluation du yuan, les produits étrangers demeurent hors de prix.

4.                      La politique rigoureuse du  général de Gaulle avait rendu la France  excédentaire. La réunification allemande a eu le même effet, rendant au contraire l’Allemagne provisoirement déficitaire. 

 

 

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24 septembre 2008 3 24 /09 /septembre /2008 16:38

 

 

Nul doute  que la pape Benoît XVI  soit le chef d’Etat le plus cultivé: ce n’est pas  très difficile. Mais il est sans doute aussi un des hommes les plus instruits de la planète, non seulement dans les sciences théologiques mais encore la philosophie, les arts et même  les sciences. Cet homme qui dialogue  avec Habermas, joue Mozart et aime la latin ne manque en tous cas pas de ressources. Il est vrai qu’élu à près de quatre-vingt ans, il avait eu le temps d’en apprendre des choses !

L’épisode le plus original de son   voyage en France fut  une conférence au tout nouveau centre culturel des Bernardins,  initiative de Jean-Marie Lustiger destinée à rapprocher la  foi et la culture. Y ont accouru , non seulement  l’Institut de France, dont il est membre associé,  , mais aussi la fine fleur de la culture, de l’édition, des arts et des lettres. Les intellectuels catholiques de la nouvelle génération, comme Rémi Brague ou Jean-Luc Marion mais aussi Regis Debray, Frederic Mitterrand et bien d’autres. De cette conférence, beaucoup, telle Julia Kristeva sont sortis enthousiastes. Insistant sur la nécessité d’interpréter les textes, inscrite au cœur de la   tradition juive aussi bien juive que  chrétienne, le pape a longuement montré  comment il y a là  la source d’une science du langage fondatrice de la culture européenne et l’antidote à tous les fondamentalismes.

 

Une religion d’intellectuels ?

 

Ce succès intellectuel de l’Eglise catholique forme un contraste cruel  avec la chute de son influence mise en relief par tous les sondages. Si 75 % de Français se déclarent encore catholiques, 50 % seulement croient  en Dieu,  25 %à une vie dans  l’au-delà et à peine plus de 5 % pratiquent.

Le critère le plus significatif de la crise est le  nombre d’ordination de nouveaux prêtres. Un parcours qui se résume  un brutal décrochage en 1975 d’environ 800   à 100 par an. A partir de là un palier qui dure encore aujourd’hui. Un flux d’entrée qui correspond à celui des énarques ! Encore de quoi avoir quelque influence d’autant que les nouveaux prêtres, eux, sont cultivés.  Les spécialistes du calcul intégral montreront toutefois  comment ce décrochage très situé dans le temps  entraîne pendant quarante ans le sentiment  déprimant d’une diminution continue des effectifs du clergé.  Un nouveau décrochage est-il intervenu vers 2005 ? Cela reste à confirmer.

Les autres critères d’influence sont à l’avenant : diminution du nombre d’ enfants baptisés puis catéchisés, des mariages religieux. Seul indicateur au vert positif : le nombre des  baptêmes d’adultes, dont l’augmentation ne compense  cependant pas celle des enfants.

Cette crise touche l’Eglise catholique dans toute l’Europe.  Elle y touche  aussi les Eglises protestantes établies. Le reste du monde, Etats-Unis et Russie compris, vit, par rapport au fait religieux, à  un autre rythme.

Il semble don qu’il ne serve à rien à l’Eglise catholique d’avoir un pape instruit et subtil.   Les seules religions qui progressent semblent  celles qui véhiculent un message simple, voire simpliste . Pour les islamistes,  le Koran et rien que le Koran. Pour les  évangélistes américains , la Bible et rien que la Bible   y compris quand elle contredit la théorie de l’évolution ( acceptée par le papes) , y compris quand elle permet d’assimiler  la lutte des Etats-Unis et d’Israël  contre  le reste du  monde à la bataille finale du bien et du mal , la fameuse bataille  d’Armageddon  décrite dans l’Apocalypse.

L’Eglise catholique  va-t-elle, au moins en Europe,  mourir  de sa subtilité ? Sans doute celle-ci n’est-elle pas nouvelle. Ses dogmes fondamentaux : la trinité, la double nature du Christ  ne sont pas choses simples. Pas davantage  la distinction du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel, fondement historique d’une laïcité dans laquelle Nicolas Sarkozy se prend les pieds avec ses gros sabots, Sans doute le catholicisme a-t-il d’autres ressources : à côté de  ceux qui raffinent  les concepts, il y a aussi ceux qui brûlent les cierges à Lourdes ;  quelquefois ce sont les mêmes !  Masi tout se passe comme si, confrontée au choc de la  modernité, les religions ne résistaient que dans ce qu’elles ont de brutal et de simpliste. Il  semble  , en ce début du IIIe millénaire, plus facile à l’Eglise catholique de susciter  le respect des intellectuels que de reconquérir des masses !

 

 

                                                           Roland HUREAUX

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