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Roland HUREAUX

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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 08:57

 

Pour choisir un nouveau premier ministre, on comprend que le président hésite. Car les institutions telles qu’elles fonctionnent aujourd’hui ne lui laissent qu’une marge de manœuvre étroite.

François Mitterrand, atteint par l’âge et par la maladie, a pu s’offrir  une fantaisie en choisissant Edith Cresson, malgré les conseils de tous ceux qu’il avait consultés. Elle ne fut pas la pire à ce poste, loin s’en fait ; mais faute qu’elle ait pu s’imposer, il dut s’en séparer au bout d’un an. Comme il n’allait pas se représenter, il savait que cet apparent échec n’aurait pas de conséquences pour lui.

Sarkozy, lui, veut se représenter. C’est pourquoi il n’a pas droit à l’erreur. Si  le nouveau premier ministre s’effondre en quelques semaines, c’en est  fait  de l’espoir d’un second quinquennat. Compte tenu de la situation du président dans les sondages, il ne suffit pas que le prochain chef du gouvernement  ne se plante pas ;  pour assurer le  second mandat de son patron,  il faut encore  qu’il soit  excellent.

 

Bon, mais pas trop

 

Mais il en faut pas qu’il le soit trop. Car,  très vite, le groupe parlementaire de l’UMP  le  désignerait, lui,  comme son candidat.

En France, le choix du candidat à la présidence de la République par les deux grands partis ne fait pas l’objet d’une procédure arrêtée comme en Amérique. Le parti socialiste semble s’orienter vers  une primaire à l’américaine. On verra ce que cela donne.

A droite, la règle de fait depuis quelques une vingtaine d’années est que, comme au Royaume-Uni, ce soit le groupe parlementaire qui décide, généralement fonction de sa survie. Mais cela est moins voyant qu’outre-Manche.

Quand les parlementaires tories eurent le sentiment que Margaret Thatcher n’était plus un bon cheval, ils la  remplacèrent  du jour au lendemain par John Major. Même scénario avec Tony Blair écarté  au profit de Gordon Brown.

En France, c’est ce qui serait arrivé à Chirac dès 1994 au bénéfice de Balladur, s’il n’avait conservé avec la rue de Lille et l’Hôtel de Ville deux inexpugnables bastilles.  L’incertitude du match entre les deux  conduisit à la division de la majorité. Chirac l’a  à nouveau échappé  belle en   1999 :   Philippe Séguin, qui apparaissait  comme la solution alternative évidente,    commit l’erreur de se présenter à la mairie de Paris, où il risquait fort d’échouer. Le locataire de l’Elysée, en vrai  tueur,  avait  attiré à dessein son rival dans ce piège à mammouths. Mais Chirac, qui n’aurait sans doute pas craché sur un troisième mandat,  finit par être mis à l’écart, vers 2005, au bénéfice de Sarkozy. La solution  s’étant imposée d’emblée, l’éjection s’est faite sans douleur.

Il ne suffit   pas  au président qu’il  ait dégringolé dans les sondages pour se voir menacé d’éviction. Il faut aussi, comme dans un divorce, qu’il y ait une solution de rechange. Or aujourd’hui, les parlementaires  n’en ont guère. Les limites de Fillon, pourtant apprécié par les députés et les sénateurs, sont patentes. Copé attend son tour. Villepin aurait pu jouer ce rôle s’il ne s’était pas mis les parlementaires   à dos.

Sarkozy peut dire une nouvelle fois merci à Chirac, qui, ayant  bien compris la règle du jeu, s’était efforcé de faire le vide autour de lui. A ce jeu de verrouillage, seul Sarkozy lui était passé entre les jambes. Mais  l’héritage de Chirac est là : exsangue,  la droite n’a, à ce jour,  personne à opposer à Sarkozy.

C’est pourquoi il  importe à ce dernier que le prochain premier ministère ne soit pas non plus trop bon.  Compte tenu de la médiocre prestation de l’actuel présidant, il s'imposerait très vite comme la solution de rechange.

 

Roland HUREAUX 

 

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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 08:55

 

 

Jusqu’à une date récent, l’opinion la plus commune sur le président Sarkozy était : « d’accord,  c’est un médiocre réformateur qui , à force de s’agiter, met plus de désordre dans l’Etat qu’il ne  résout  les problèmes ;  c’est , comme Chirac, un faux dur, un diplomate catastrophique qui multiplie les bourdes à l’étranger, mais tout de même,  il reste une  « bête politique » : c’est ainsi qu’il a   réussi à se faire élire président ; c’est également ainsi  qu’il manœuvre habilement au milieu des difficultés : il a le sens de la communication, de l’opportunité  et il n’a pas  dit son dernier mot. »

Que la ligne présidentielle soit  toute entière dictée par des considérations de communication politique et non par des considérations de fond, on le savait. Mais même  dans ce domaine où on lui reconnait une supériorité sur la plupart de ses rivaux, Sarkozy est-il vraiment aussi habile  qu’on le dit ?

C’est la question qu’on peut  se poser au vu de la gestion calamiteuse de l’affaire Woerth.   

Il semble que dans un premier temps, l’Elysée ait choisi  la ligne de la dénégation et botté en touche : « Eric Woerth est irréprochable ; il reste  à son poste. Un grand remaniement aura  lieu en octobre ; il sera temps alors de faire le ménage ». Puis, que cette ligne soit apparue insuffisante,  ou que les intéressés (au moins l’un des deux) aient pris les devants en présentant leur démission,  le président et son équipe ont  décidé de jeter du lest,  de faire savoir que  Blanc et Joyandet avaient accepté la démission de Blanc et Joyandet, dans l’espoir de préserver Woerth, jugé nécessaire à la poursuite  de la réforme des retraites.

Mais qui ne voit que la position de Woerth se trouve, non point  confortée mais  fragilisée par la démission de  ses deux collègues ?

Sans soute Woerth n’est, à ce jour, pénalement répréhensible  en rien ; il ne s’agit dans son cas que de ce que les Anglais appellent la « common decency ».  Alors que l’achat de 12 500 € de cigares aux frais de l’Etat par le ministre en charge du Grand Paris  peut amener le parquet à se poser des questions. Mais  comme la femme de César, l’homme public ne doit pas seulement être innocent, il  doit aussi  être insoupçonnable. Vu sous cet angle, l’affaire Woerth et la suspicion de sa collusion avec la plus riche héritière de France  - et d’autres généreux donateurs du parti majoritaire – touchent  à des intérêts  autrement plus essentiels que celles, plutôt ridicules,   de  ses collègues. Il y a un fort risque que l’opinion ne soit pas satisfaite des gages qu’on lui donne et que la pression sur Eric Woerth continue d’empoisonner la vie politique. Le  jour où, de guerre lasse,  il faudra le lâcher aussi, le président sera entièrement  sur la défensive ; il donnera  le sentiment fâcheux, non de dominer les événements, mais de s’être laissé acculer dans  les cordes.

Il nous semble qu’il eut été préférable de sacrifier Woerth sans attendre, en ne mettant pas  nécessairement  en cause son honorabilité,  mais dans un souci de clarification. Les deux autres affaires eussent été alors  tenues de manière implicite, non pour des peccadilles, mais pour des affaires de moindre envergure, ne justifiant pas des mesures aussi radicales,   l’expression  d’une vulgarité qui, après tout,  est bien dans l’esprit du temps. Encore qu’il faille distinguer  le cas d’ Alain Joyandet, notable de province, monté dans la hiérarchie par le parti et par sa fidélité sans faille au président,  de celui de celui de Christian Blanc, préfet rocardien tirant au centre,  suffisamment incolore et  dépourvu d’idées dans tous les domaines auxquels il   a touché pour  préserver jusqu’ici,  à droite comme à gauche,  une bonne réputation. La réussite étonnante de l’un et de l’autre profil dans  la  république de basse époque que nous connaissons aujourd’hui,  est sans doute aussi emblématique  que celle d’un Bel-Ami  dans le Paris   du baron Haussmann.

Et les retraites, dira-t-on ? Là aussi,  l’art de la politique n’est-il pas de savoir rebondir sur les difficultés ?  Pour larguer Woerth  sans rien lâcher  sur la réforme des retraites,  Sarkozy n’avait qu’une chose à faire : confier  le dossier au premier ministre. Fillon le connaît bien et  la fonction de premier ministre s’est trouvée, depuis 1987, suffisamment  vidée de  sa substance pour qu’on puisse  faire  de son titulaire ce qu’il a  toujours un peu été  sous la Ve République, un super ministre des affaires sociales.

Biographe présumé de Georges Mandel, le président devrait savoir que quand Clémenceau  constitua  son cabinet de guerre en 1917, il s’attribua,  pour montrer sa détermination face à l’ennemi,  le portefeuille de la guerre.   Et appelé dans la tourmente financière de 1952, Pinay fut non seulement président du conseil mais ministre des finances. Certes la question des retraites n’est pas du même ordre mais ce qui qualifie le leader de crise, ce  ne sont pas ses paroles (surtout quand il tant parlé à tort et à travers que, comme le  Guillot de la fable, on ne l’écoute  plus) mais ses actes.

En ne portant pas,  face aux ambigüités et aux mauvaises manières de ses ministres,   d’emblée le fer dans la plaie, Sarkozy doit  redouter une lente et pénible agonie.

 Roland HUREAUX

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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 08:52

SE PREPARER A L’APRES BRUXELLES

 

Communication au Colloque du 18 juin 2010 à la Sorbonne 

 

Si nous avons décidé de tenir aujourd’hui ce colloque, c’est   que nous avons conscience de vivre un événement historique !

Cet événement : l’ébranlement et sans doute la chute prochaine de l'édifice européen tel qu’il est incarné depuis cinquante ans par les institutions de Bruxelles.

Un événement comparable par son ampleur à la chute du boc de l’Est en 1990 et peut-être même à la Révolution française. 

Jean-Paul Sartre disait en 1955 : « le marxisme est la philosophie indépassable de notre temps  » (il pensait au marxisme soviétique). Les dirigeants européens de la génération actuelle se sont habitués à penser que la construction européenne, à la façon de Bruxelles, était l’horizon indépassable de leur action.

C’est tout cela qui se trouve ébranlé depuis quelques semaines.

Le point de départ de cet ébranlement : la crise grecque, qui agit comme un révélateur. La Grèce apparaît, si j’ose dire, comme le « talon d’Achille » de l’édifice.

Jean-Luc Gréau nous en parlera. C’est pourquoi je n’en dirai  qu’un mot.

Tous les regards se focalisent sur la question de la dette publique de ce pays. Une dette considérable, mais qui n’est pas propre à la Grèce, ni d’ailleurs aux pays d’Europe  et qui est un vrai problème.  Mais il y a plus grave : c’est le déséquilibre des comptes extérieurs de ce pays – et d’autres comme la France. Ce déséquilibre provient  des différences  de  hausse des prix  et donc de compétitivité.

Les prix ont augmenté plus vite depuis la création de l’euro en Grèce qu'en France, en France qu’en Allemagne. Et cela est irréversible : même en imposant à tout le continent la discipline allemande, le problème ne sera pas réglé.

On évoque ces jours ci l’idée que la crise pourrait être l’occasion d’un renforcement de la « gouvernance européenne » au travers par exemple de la tutelle des budgets nationaux par la commission. Je n’y crois guère pour ma part.

Le différentiel de prix entre la Grèce et ses partenaires étant irrattrapable, l’hypothèse la plus probable – et même certaine – est la sortie de la Grèce de l’euro à terme plus ou moins rapproché.

Que la sortie de la Grèce entraine progressivement celle d’autres pays : l’Espagne, le Portugal,  l’Italie et même la France, est plus que  probable.

La chute de l’euro met-elle  en cause tout l’édifice bruxellois ? On peut en discuter mais je pense que oui.

L’Europe institutionnelle fonctionne aujourd’hui comme  un édifice à deux étages ;  le premier étage, c’est  Bruxelles : le marché unique et tout ce qui a suivi – libre circulation des hommes, espace judiciaire commun - ,   avec 27 pays. .

Le second étage, c’est Francfort, c’est  la monnaie unique, avec 16 pays.

Ma conviction est que la chute, aujourd’hui  inéluctable,  du second  étage entrainera celle du premier.

Certes il y aura des résistances.

Résistance sociologique de 50 000 fonctionnaires très bien payés dont ce système est la raison d ‘être.  Et autour d’eux, autant de lobbyistes, de juristes, de correspondants attitrés, de diplomates accrédités etc.

Il y a l’énorme problème des 500 000 pages de législation européenne déjà adoptée : que va-t-elle devenir ?

Mais imaginer que l’édifice bruxellois  pourrait résister en cas d’effondrement de la monnaie unique est une erreur.  Ce serait  oublier le caractère idéologique de la « construction européenne ». 

Quand je dis idéologique, je n’emploie pas ce mot au sens vague on l’emploie souvent, je l’emploi au sens précis  que lui ont  donné Hannah Arendt et d’autres critiques du marxisme : la politique menée par des idées simples, trop simples et donc fausses ; fausses et donc contre-nature, contre-productives ;  artificielles et donc périssables.

Si l’on prend l’exemple du communisme, ces idées trop simples,  c’était : « la propreté c’est  le vol » ; «  « la religion, c’est l’opium du peuple », « l’histoire du monde n’est  que l’histoire  de la lutte des classes ».

Que la propriété  soit le vol, c’est parfois vrai, peut-être même souvent, mais réduire  l’institution fondamentale de la propriété au vol, c’est simplifier outrageusement le réel. Reconstruire toute la société à partir d’idées aussi    simples, ce ne peut être que  catastrophique, comme l’a montré l’histoire du XXe siècle.

Pour l’Europe de Bruxelles, ces idées trop simples, ce sont : « les nations sont dépassées » ;  « les nations sont causes de guerre », elles sont un mal.

C’est  évidemment une illusion de penser que les nations sont dépassées. « Je vois, dit une fois Charles de Gaulle,  l’Europe comme un ensemble de nations indestructibles. A quelle profondeur d’illusions ou de parti pris faudrait il plonger pour croire que les nations européennes forgées au cours des siècles par des efforts ou des douleurs sans nombre, ayant chacune sa géographie et  son histoire, sa langue, ses traditions, ses institutions, pourraient cesser d’être elles-mêmes et n’en former qu’un seule ? » 

L’idéologie a d’autres  caractères.

Un de plus importants est le sens de l’histoire : il fait partie de la croyance idéologique de penser qu’elle doit toujours « aller de l’avant ». Comme la bicyclette, l’idéologie est en équilibre instable et s’effondre si elle arrête d’avancer. Rappelez-vous ce qu’on disait dans le débat sur le référendum européen : si le non l’emporte, c’est toute l’entreprise qui capotera. 

Cela est lié au caractère contre nature de l’idéologie : elle prétend refaire le monde, fonder une ère nouvelle, réaliser une transformation prométhéenne de l’humanité, à tout le moins de l’Europe. Elle vise à surmonter la nature et ce travail est sans fin. Une telle entreprise ne prend son sens que si elle va toujours de l’avant ;

Si advient un recul, c’est le désarroi, la perte de légitimité, le délitement, l’effondrement, comme on l’a vu dans le cas du monde soviétique à partir de 1986.

De cela, les dirigeants européen  qui s’efforcent, de plan de sauvetage en plan de rigueur, de colmater la brèche de la crise grecque sont parfaitement conscients.

Mais comme ils sont enfermés dans leur horizon, qu’ils ne voient aucune issue alternative à la construction européenne telle qu’ils la connaissent,  ils ne peuvent que gagner du temps.

L’Europe de Bruxelles, ne nous y trompons pas, est entrée dans une phase d’acharnement thérapeutique.

Est-il nécessaire de dire que cela ne durera qu’un temps et  que la fin viendra tôt ou tard.

Cette fin, faut-il la déplorer, s’en alarmer ?

A vrai dire, qu’on s’en réjouisse ou qu’on la déplore, ça ne changera rien. Cette fin viendra de toutes les manières.

Mais loin de nous affliger, une telle perspective doit au contraire nous réjouir. Elle doit nous aider à prendre conscience du fait que la mécanique européenne est nuisible, non seulement à la France mais même à l’Europe.

Qu’est-ce en effet que l’Europe aujourd’hui ? L’Europe, c’est :

-        Une récession démographique (à l’exception de la France, et encore) devant laquelle la Commission de Bruxelles n’a rien d’autre à proposer que  plus d’immigration.

-        Une agriculture dans un profond désarroi depuis que  Bruxelles s’est engagée devant l’OMC  à démanteler  la PAC.

-        Une industrie en voie d’extinction  par le fait des délocalisations.

-        des services publics en voie de démantèlement au nom du dogme de la concurrence et de la privatisation.

-        des flux migratoires encore plus mal contrôlés depuis l’entrée en vigueur du traité d’Amsterdam de 1996,  qui en fait une compétence communautaire ;

-        Un effort de défense le plus faible du monde et en diminution alors qu’il augmente dans  tout le  reste de la planète.

-        Une diplomatie de plus en plus inféodée à celle des Etats-Unis.

-        Et naturellement, le doute sur les valeurs, que ce soit l’héritage chrétien ou celui  des  Lumières. Le refus du préfet de police d’autoriser hier l’apéritif républicain de la Goutte d’Or, par crainte des réactions communautaires, est à cet égard significatif.

Les gnomes de Bruxelles sont les grands prêtres, les liturges du déclin  européen sur à peu près tous les plans.

C’est pourquoi, je n’hésite pas à le dire,  cet exondement de l’édifice européen, quand il viendra,  ce sera a pour la France une libération et c’est pourquoi nous avons choisi ce jour emblématique du 18 juin pour en parler.

Le 18 juin 1940 est d’ailleurs un symbole de liberté non seulement pour la France mais pour toute l’Europe : un ami allemand, magistrat à Düsseldorf, a tenu ce matin à m’envoyer un message de sympathie à l’occasion de ce grand jour dont nous fêtons aujourd’hui le 70e anniversaire.

Mais il ne faut pas se voiler la face.

A toute les époques, la fin des empires  a signifié l’anarchie,  la déliquescence,  parfois la guerre civile:   l’exemple de l’URSS, de la Yougoslavie sont là pour nous le rappeler, j’espère que nous n’aurons pas bientôt celui de la Belgique, ou de l’Europe.

 L’Europe qui a fait la leçon  au reste du monde et voulu l’impressionner par une expérience radicalement nouvelle de dépassement des nations (sans équivalent sur aucun autre continent), le jour de l’  échec,  se couvrira de ridicule ; mais qu’importe. Ce sera pour elle l’occasion d’un nouveau départ.

C’est pourquoi  le minimum  que nous devons faire pour préparer cet événement, c’est d’ores et déjà, de réfléchir à une solution alternative ; c’est la grande originalité de  ce colloque : il ‘na pas d’abord un aspect déploratoire ou dénonciatoire mais,   je l’espère, prémonitoire et en tous les cas prospectif. Je tiens à remercier à ce sujet Michel Robatel, sans qui ce colloque n’aurait pas eu lieu,  d’avoir proposé qu’il en soit ainsi.

Et ce colloque se passe à  la Sorbonne, un lieu emblématique de notre culture.

A travers lui, nous voulons prendre date.

Nous ne le faisons pas en pensant seulement à la France  car la France à une responsabilité vis-à-vis de l’Europe et du monde.

Nous ne sommes d’ailleurs pas contre l’Europe mais seulement contre la machinerie bureaucratique  et supranationale de Bruxelles. Il suffit en effet de regarder une carte pour voir que l’Europe, ce bout d’Asie morcelé et dentelé, mais riche de ses diversités, a malgré tout un destin commun.

Mais la nouvelle Europe que nous voulons construire devra reposer sur les réalités et non sur un mythe.

Cette réalité, ce sont les Etats souverains, pas une utopie supranationale.

Ce sont aussi des intérêts réels et non idéologiques : l’important, ce n’est pas de   « sauver l’euro » mais de sauver notre agriculture, notre  industrie, de résorber  le chômage, de préserver l’équilibre social.

Nous verrons dans le courant du colloque si un instrument de ce projet ne pourrait être, au lieu d’une monnaie unique forcément artificielle, une monnaie commune respectueuse des diversités.

Notre conviction, en définitive, celle qui sous-tend cette rencontre, c’est que la liberté de la  France, comme ce fut le cas en 1945, c’est aussi la liberté de l'Europe.  Et le redressement de la France, ce sera aussi le redressement de l’Europe.

Le  grand problème d’aujourd’hui  n’est pas d’abattre l’édifice européen : il s’effondrera de lui-même. Le vrai  problème, c’est que,  dans le séisme que ce changement majeur impliquera,   il y ait des gens qui gardent la tête assez froide pour proposer des solutions réalistes, pour être des  points de repère.

Notre conviction, c’est que la France va continuer , contre les utopies, contre ce que le général de Gaulle appelait les « chimères », contre les menaces, contre l’esprit de déclin, contre la haine de soi , parce que la France est nécessaire à l’Europe et parce que l’Europe  est nécessaire au monde.

Merci de votre attention.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 08:33

 

 

 

 

Par un singulier paradoxe, c’est dans une période où ses effectifs déclinaient à grande vitesse que l’agriculture a été amenée à jouer un rôle essentiel dans le démarrage du Marché commun, ancêtre de l’Union européenne  telle que nous la connaissons aujourd’hui, au point de représenter pendant plusieurs dizaines d’année la principale des politiques communes.

La CECA, inspirée par une  obsolète « priorité à l’industrie lourde » s’est assez vite vidée  de sa substance. L’échec politique de la CED et technique de l’Euratom ne laissait en place que le Marché commun instauré par traité de Rome (1957). Son volet industriel instaurait une suppression progressive des droits de douane intracommunautaires qui eut lieu en dix ans, sans nécessiter un vrai budget. Son volet agricole prévoyait  une  harmonisation des politiques de soutien à l’agriculture qui ne fut acquise  que parce que le général de Gaulle força  la main de ses partenaires. Ces derniers, en effet,  à peine signé le traité de Rome, furent soumis à de fortes pressions américaines pour que la politique  agricole commune (PAC), dont un des effets devait être la préférence communautaire et donc la réduction de leurs exportations en Europe, ne soit pas mis   en œuvre. Cette politique  supposait un budget consistant, à la mesure du poids des interventions publiques préexistantes. Ce fut au départ plus de 90 % du budget européen ; c’est encore près de 30 %.

Pendant des siècles, malgré l’illustre précédent du patriarche Joseph, l’agriculture s’était passée d’interventions publiques,  car les paysans, peu endettés et vivant largement en autarcie, supportaient bon an ml an, comme on dit,  les variations des cours  qu’entraînaient les  variations climatiques. La seule intervention publique était la protection douanière, élevée dans toute l’Europe, sauf au Royaume-Uni, au XIXe siècle.  

La crise agricole, qui précéda  la grande dépression de 1929 et la suivit, sensibilisa  les pays riches au fait qu’il était de plus en plus difficile à un monde agricole  qui commençait à s’intégrer à l’économie monétaire, à investir et à s’endetter, de supporter les variations erratiques de prix. L’agriculture est en effet le seul secteur qui soit à la fois en bout de chaîne et très dispersé – et donc pas en mesure de répercuter en amont ou en aval ces variations ou de les contrôler par de grands monopoles ; paradoxalement, elle est, hors intervention,   le seul marché « pur et parfait » d’une économie avancée, dans ce que celui-ci a d’inhumain !   L’Agricultural adjustment act (AAA) de Roosevelt (1934)   fut suivi par la création en France de l’ONIC (Office national   des céréales, 1936). En 1956, tous les pays d’Europe, sauf la Grande-Bretagne, acquise au libéralisme, avaient des systèmes d’encadrement des marchés agricoles, le plus protecteur étant celui de l’Allemagne. Hors du marché commun, les Etats-Unis, le Japon, la Suisse, les premiers un peu moins, les deux autres beaucoup plus que l’Europe des Six, soutenaient leur agriculture. Cette solidarité publique envers le   monde agricole  était  rendue à la fois nécessaire et possible par un développement déjà avancé. Le reste du monde ne put   guère se le permettre, jusqu’à ce que,  par les Accords de Lomé (1975),   la Communauté européenne ait mis    en place, de manière beaucoup plus légère,  un système analogue pour les anciennes colonies.

La  fusion de ces systèmes de protection dans un marché commun entouré d’une barrière extérieure commune   se traduisit par une amélioration de la protection en France et un léger affaiblissement en Allemagne. Mais,  de même que la France devait acheter davantage allemand en matière industrielle, l’Allemagne avait promis, en compensation,   d’acheter davantage français en matière alimentaire  pour le plus grand bénéfice notre agriculture. Elle  obtint en 1969 que la réévaluation du mark n’ait pas d’incidences sur sa compétitivité grâce aux « montants compensatoires »  qui lui permirent de subventionner ses exportations.  Il était alors acquis que, compte tenu de sa spécificité, le secteur agricole serait tenu en dehors des négociations du GATT tendant à supprimer  les frontières douanières dans le monde.

Au prix de négociations annuelles aussi épuisantes que rituelles    (les fameux « marathons agricoles »), sur le niveau de prix et donc des protections,  et de l’apparition d’excédents réguliers, effet  logique de prix maintenus au-dessus de l’équilibre du  marché, ce système marcha tant bien que mal pendant trente ans. Il assura l’autosuffisance         alimentaire de l’Europe,   une  modernisation rapide de l’agriculture, en même temps qu’une décrue en douceur des effectifs agricoles.  Malgré les craintes qui s’étaient exprimées, il supporta l’épreuve des différentes vagues d’élargissement.

Les Etats-Unis,  qui, face à un bloc d’Européens alors cohérent, avaient du accepter ce système,  n’avaient cependant pas désarmé, même si, en dépit des apparences, ils aidaient déjà leur agriculture, en rapportant cette aide au nombre d’exploitations, davantage que l’Europe.  De coup de boutoir en coup de boutoir, ils obtinrent de Mitterrand en 1984 un accord de principe pour que l’agriculture soit  incluse dans le prochain cycle de négociations du GATT, l’ « Uruguay Round ». C’est sous le gouvernement Chirac, en 1986, que s’engagea la négociation.

 

La révolution de 1992-1993

 

Elle aboutit  à deux décisions fondamentales qui bouleversèrent profondément la politique agricole commune et l’économie agricole en Europe et particulièrement en France.

La première fut la réforme de la politique agricole commune que le gouvernement  imposa aux agriculteurs en 1972. Elle partait du présupposé que le système américain d’aide qui laissait, au moins en apparence, libre le jeu des prix mais versait ensuite des subventions directes aux agriculteurs (deficiency payments) était meilleur que le système européen qui maintenait des prix relativement rémunérateurs grâce à un système de prélèvement à l’import / restitutions à l’export,  à partir d’un prix intérieur fixé à l’avance,  mais ne laissait guère de chances aux concurrents extérieurs. On décida donc alors, au motif de prendre les devants avant de subir les foudres du GATT (étrange méthode de négociation que de faire les concessions à l’avance !) de basculer dans un système de type américain.

Ses inconvénients  étaient multiples :   d’abord il coûtait  beaucoup plus cher aux finances publiques, l’aide à l’agriculture étant auparavant payée de manière insensible par le consommateur. La baisse des prix qui devait s’ensuivre ne profita qu’aux intermédiaires.

Il entraina surtout une disqualification et une démoralisation du monde agricole, dont les    rangs s’étaient en 1992 déjà largement éclaircis. De travailleurs  normaux, vivant d’une production vendue à des prix rémunérateurs, ils vécurent de plus en plus de subventions, à la fois impopulaires dans l’opinion et dégradantes à leur propres yeux.

Le nouveau système ne désarma d’ailleurs nullement les Etats-Unis qui continuèrent à faire pression et obtinrent de l’Europe , par l’accord de Blair House (1993), inclus dans les Accords de Casablanca de 1995,  l’engagement à  un allègement à terme de la PAC et , de fait, à la réouverture du marché européen et surtout des marchés tiers  à leurs produits: limites absolues   et en diminution chaque année des subventions  à l’exportation, ouverture du marché  du lait , jusque là bloqué par les quotas laitiers, généralisation des droits de douane ( en lieu et place des systèmes plus protecteurs)  et réduction progressive de ces droits . Que le grand commis européen  chargé du suivi  de ces négociations de 1986 à 1994, puis de leur mise en œuvre entre 1999 et 2005, Pascal Lamy, ait été un adepte forcené du libre-échange, et soit devenu sans transition en 2005 directeur général de l’OMC ( nouveau nom du GATT) montre qu’il avait bien mérité de sa nouvelle patrie.

La crise agricole de 2009, qui a vu les revenus agricoles diminuer de plus de 56 % (baisse sans équivalent dans aucune profession) se situe à l’extrémité de ces courbes. Les accords de Casablanca, aux effets d’abord insensibles,  se sont appliqués  peu à peu, laissant des secteurs entiers de plus en plus à découvert. Pour la France et d’autres pays, l’évolution différentielle des prix des facteurs de production  au sein de la zone euro  a progressivement  accru, en matière agricole comme en d’autres,  l’avantage compétitif de l’Allemagne qui, aujourd’hui nous taille des croupières même sur ce qui était autrefois notre chasse gardée.  Le développent de marchés à terme mondialisés, qui se prêtent à la spéculation, a eu un rôle non pas stabilisant comme la théorie le voudrait,  mais  au contraire, le plus souvent, déstabilisant.

La commission de Bruxelles a lancé dans la nature en 2009 un mémorandum prévoyant  de réduire encore la part de l’agriculture dans le  budget européen pour consacrer les sommes libérées à d’autres choses (recherche, santé etc.). Le ministre français actuel,   est persuadé, à la différence d’une grande partie de son entourage, que le secteur agricole ne saurait survire sans le  maintien d’une régulation des marchés et donc d’une  PAC forte. Il  tente de résister à la commission, mais la partie de bras de fer engagée ne sera pas facile. D’autant que ce n’est pas seulement la commission  de Bruxelles qui est acquise au libéralisme mais la plus grand partie de l’establishment français : Inspection des finances, INRA, think tanks spécialisées etc. Les réformes de 1992-1993 ne seraient pas passées si facilement si le même establishment ne les avait depuis de nombreuses années appelées de ses vœux. 

Aujourd’hui, l’enjeu est rien de moins que le maintien de quelques dizaines de milliers d’exploitations sur le territoire français  (soit entre 0 et 3 par commune en moyenne)  ou une industrialisation erratique du secteur à la brésilienne qui serait la mort du monde rural français, déjà en catalepsie. A terme : compte tenu des différentiels de coûts de production, une délocalisation massive  que l’agriculture a jusqu’ici évitée (déjà la Chine s’apprête à envahir  le monde de se pommes)  et  qui ferait perdre à notre continent son autonomie alimentaire.

Nul ne peut prédire ce que sera  le devenir de la construction européenne dans son ensemble : longtemps, l’agriculture fut son principal pilier ; il ne l’est plus ; le traité de Maastricht est venu à point nommé en 1992, la même année que la réforme de la PAC,   substituer l’enjeu monétaire à l’enjeu agricole. On en mesure aujourd’hui la fragilité. On ne saurait néanmoins mettre en doute que l’agriculture est un domaine spécial qui nécessite, si on veut traiter avec un minimum d’humanité les producteurs qui s’y  sont engagés, une organisation des marchés. Cette organisation fut considérée comme un progrès à partir de années trente. La tenir pour un archaïsme   75 ans après,  alors que rien de fondamental n’a changé dans les lois de l’économie agricole, est absurde. Les libéraux se félicitent par exemple que le prix de la banane au consommateur (les produits tropicaux  sont entraînés par le même vent de libéralisme) baisse  de 1 € à 0,5 € : est-ce là un grand progrès si c’est au prix de la ruine de nos DOM   ? Mais il faudrait  que ceux qui ont à défendre les régulations sachent expliquer  pourquoi elles sont nécessaires et, pour cela, qu’ils en soient eux mêmes convaincus, ce qui n’est pas le cas de grand monde, à Bruxelles et même à Paris.

Le mieux serait sans doute de revenir à une régulation par les prix,  beaucoup plus respectueuse à  la fois des  agriculteurs et des contribuables. Mais elle suppose le retour à un certain protectionnisme – dont les Etats-Unis eux-mêmes donnent l’exemple en matière de coton. Elle ne saurait se faire que dans l’ensemble de l’Europe : elle suppose au minimum  un accord  avec l’Allemagne. Elle pourrait être gérée par une agence spécialisée, du type de celle qu’a décrit M.Robatel.

Faute d’un tel retour, il faut se souvenir qu’une régulation par les subventions se prête  mieux à une renationalisation que la régulation par les prix. L’Allemagne, qui a longtemps eu dans le Sud une agriculture peu compétitive, ne s’est jamais privée   d’apporter des aides au-delà de la PAC. Cela  suppose évidement que les chiens de garde de la libre concurrence  de Bruxelles et de Luxembourg soient une fois pour toutes muselés. La France a longtemps  tiré un bénéfice net de la politique agricole commune et donc de l’Europe ; aujourd’hui, ce n’est plus le cas : elle est contributeur net ; la renationalisation partielle de la PAC ne devrait donc pas lui poser    de problèmes.   

Là encore la vraie question, ce n’est pas, comme le voudraient les idéologues,  la question philosophique ou institutionnelle : libre-échange ou protection, national ou supranational ; il ne s’agit là que de moyens.   La  vraie question : voulons nous qu’il y ait  encore dans les campagnes d’Europe, au si riche  héritage d’humanisation, et de « culture » à tous les sens  du terme, quelque chose comme une profession agricole ?

 

 

Roland HUREAUX

Ancien conseiller technique à la DATAR

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 16:09

 

 

SORTIR DE LA LOGIQUE DES TRAITES DE WESTPHALIE

 

 

Même si la démographie est  déterminante en dernière instance, la question du Proche -Orient est d’abord  un contentieux territorial puisque deux peuples y  sont en concurrence pour le même territoire, exigu.

Que ce contentieux ne puisse se terminer raisonnablement que par  un compromis  va de soi.

Cela est pourtant récusé par les extrémistes des deux camps. Ceux du camp palestinien  peuvent être aisément contenus – et le sont effectivement aujourd’hui – par le rapport de force.  Même si, pour des raisons de principe, ils ne souhaitent se rallier à aucune proposition raisonnable de partage (1), il est possible qu’ils consentent de fait à une solution unilatérale qui respecte  leur dignité.

 

Entre Josué et les Juges

 

Les extrémistes juifs visent le grand Israël (Eretz Israël), en tous les cas l’annexion de la Cisjordanie. C’est ce qui justifie leur  politique de colonisation obstinée.  Ils font ouvertement leur le programme assigné à  Moïse et Josué : « Tout lieu que foulera  la plante de vos pieds, je vous le donne comme je l’ai déclaré à Moïse. Depuis le désert et le Liban jusqu’au grand fleuve, l’Euphrate et jusqu’à la grande mer, vers le soleil couchant, tel sera votre territoire. Personne, tout le temps de ta vie ne pourra te résister »  (Js  1, 3- 5).

Ils semblent en revanche ignorer  cet autre passage, tiré  du Livre des Juges : « La colère de Dieu s’enflamma alors contre Israël et il dit « Puisque ce peuple a transgressé l’alliance que j’avais prescrite à ses pères et qu’il n’a pas écouté ma voix, désormais je ne chasserai plus devant lui aucune des nations que Josué  a laissé subsister quand il est mort, afin de mettre par elles Israël à l’épreuve , pour voir s’il suivra ou non les chemins de Yahvé comme les ont suivis ses  pères . » C’est pourquoi Yahvé  a laissé subsister ces nations, il ne s’est point hâté de les chasser et ne les a pas livrées aux mains de Josué » (Juges,  2 20-23).

Parmi les juifs qui se veulent les plus  orthodoxes, les uns rêvent du Grand Israël, les autres, à l’inverse,  récusent le projet sioniste parce que le peuple juif n’en serait pas digne. Entre ces deux positions extrêmes, il  y a peut-être place pour la voie médiane suggérée par les Juges !  De fait, à aucun moment de l’histoire antique, le peuple d’Israël n’a  occupé toute la terre de Palestine. Même à son apogée, le  roi Salomon, s’il  exerça,  d’après  la Bible,  son hégémonie sur toute la région, n’en évacua  pas tous  les peuples non-juifs.

Si le compromis est nécessaire, faut-il qu’il prenne  partout la forme classique du partage signifié par une frontière  au sens classique du terme ? Ce n’est pas sûr.

 

Renoncer aux schémas  simples

 

Ce rapport univoque entre  une entité politique et un territoire est une simplification issue de la modernité. Le Moyen Age occidental connaissait des situations plus complexes : ainsi les terres qui sont  actuellement  celles des Landes  étaient gouvernées par le seigneur d’Albret    qui était pratiquement  indépendant. Mais ce seigneur rendait hommage    au roi d’Angleterre en tant que celui-ci avait hérité du duché d’Aquitaine et le roi d’Angleterre était à ce titre, mais à ce titre seulement,  vassal du roi de France. Une ville comme Mont-de-Marsan  ressortissait ainsi à trois formes de souveraineté superposées, ce qui lui permettait d’ailleurs de conserver une large autonomie.

La terre dite sainte a une histoire trop riche, une géographie trop complexe pour se prêter à des schémas simples comme ceux  que, depuis les traités de Westphalie,  le droit international moderne a imposés. Il sera difficile de trouver  les compromis nécessaires  si    on ne s’écarte pas d’une rationalité univoque.

C’est ainsi que les Juifs pourraient être reconnus comme souverains éminents  de Jérusalem  mais, afin de sauver la face des Palestiniens et plus largement du monde musulman attaché au symbole d’Al Qods,  il faut permette à l’Autorité palestinienne de garder un pied  qui soit plus que symbolique à Jérusalem, pas nécessairement dans la vieille ville. Là aussi, il faut revenir au précédent biblique : « Les fils de Juda ne purent chasser les Jébuséens qui habitaient Jérusalem ; aussi les Jébuséens habitent-ils encore aujourd’hui Jérusalem  auprès des fils de Juda » (Josué  15 63).  Une sorte de bail emphytéotique  ou de concession pourrait régler le sort des autres confessions, notamment chrétiennes,  présentes à Jérusalem. Plus qu’un statut international, qui risque d’ être dépassé, c’est vers ce genre de compromis complexe – et nécessairement ambigu -  qu’il faut s’orienter.  C’est le  même genre de compromis qui a permis à  Rome, après soixante ans de contentieux,  d’être la capitale à la  fois du Royaume d’Italie  et d’un Etat du Vatican soucieux de  disposer d’un territoire symbolique.

La droite  israélienne a  certes   de bonnes  raisons de  ne pas croire à la possibilité d’un accord en bonne et due forme. Il se peut que la solution, si solution il y a, résulte d’une prise de position unilatérale d’Israël. Mais l’unilatéralisme est une chose, l’humiliation de la partie adverse en est une autre.  Il y a dans ce genre d’affaires, par un minimum d’équité, moyen d’obtenir un accord de fait d’un adversaire qui, pour ne pas perdre la face ou se déjuger, ne voudra pas le reconnaître en droit. 

C’est pour cette  raison qu’il est essentiel que, sous une forme ou sous une autre, la partie palestinienne  conserve un pied  à Jérusalem. Pour  la même raison, il importe  que l’équilibre territorial de 1967 soit globalement préservé.

La logique qui a conduit  à la construction du mur a assurément un aspect déplaisant,  mais, tous les parents le savent,  quand des enfants se querellent, il faut les séparer.  On peut même penser que ce qui rend la situation aussi insupportable aux Palestiniens est que cette logique de séparation ne soit pas poussée jusqu’au bout, que des milliers de Palestiniens soient obligés de  passer chaque jour des contrôles longs et  humiliants pour gagner leur vie. Si la frontière était vraiment  fermée, les Palestiniens,  avec l’aide internationale nécessaire,  seraient contraints de  s’auto-suffire, ce qui serait plus conforme à leur  dignité.

Mais ce qu’il faut le plus déplorer est que le   mur ne suive pas la ligne de démarcation d’avant  1967, à tout le moins hors de Jérusalem. Bien que sans  valeur en droit international, cette  ligne de démarcation avait fini par entrer dans les habitudes  au point de revêtir, de fait,  un caractère normatif. Or la voilà déstabilisée, au moment où elle commençait à être  admise !

Même  si la muraille a consacré, pour partie,  le grignotage   du  territoire cisjordanien par les colons, il eut mieux valu, pour sauver la face des Palestiniens,  maintenir une surface égale en leur  trouvant des compensations, dans le   Néguev ou ailleurs  (sachant qu’avec les techniques israéliennes et l’aide internationale, il est possible de transformer aujourd’hui    n’importe quel coin du désert en jardin d’Eden). C’est ce que,  paraît-il,  Rabin proposa à Arafat : même si cette proposition ne fut pas acceptée sur le moment (comment exiger du chef palestinien une renonciation ouverte à Jérusalem ?), un compromis de ce genre demeure  la seule issue. 

 

Roland HUREAUX

 

 

1.      Les plus radicaux des Palestiniens proclament  le  droit au retour des descendants de tous les Arabes chassés en 1948 . Mais si l’on considère que ceux qui sont en Occident et une partie de ceux qui sont au Proche-Orient (notamment dans le Golfe persique ) ne veulent pas revenir et que  2,5 millions se trouvent déjà en Jordanie, royaume qui se dit   palestinien , la revendication ne porte en définitive que sur environ 1,5 millions de personnes.

 

 

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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 16:09

Au sujet du conflit Israël-Palestine  (III)

 

 

SORTIR DE LA LOGIQUE DES TRAITES DE WESTPHALIE

 

 

Même si la démographie est  déterminante en dernière instance, la question du Proche -Orient est d’abord  un contentieux territorial puisque deux peuples y  sont en concurrence pour le même territoire, exigu.

Que ce contentieux ne puisse se terminer raisonnablement que par  un compromis  va de soi.

Cela est pourtant récusé par les extrémistes des deux camps. Ceux du camp palestinien  peuvent être aisément contenus – et le sont effectivement aujourd’hui – par le rapport de force.  Même si, pour des raisons de principe, ils ne souhaitent se rallier à aucune proposition raisonnable de partage (1), il est possible qu’ils consentent de fait à une solution unilatérale qui respecte  leur dignité.

 

Entre Josué et les Juges

 

Les extrémistes juifs visent le grand Israël (Eretz Israël), en tous les cas l’annexion de la Cisjordanie. C’est ce qui justifie leur  politique de colonisation obstinée.  Ils font ouvertement leur le programme assigné à  Moïse et Josué : « Tout lieu que foulera  la plante de vos pieds, je vous le donne comme je l’ai déclaré à Moïse. Depuis le désert et le Liban jusqu’au grand fleuve, l’Euphrate et jusqu’à la grande mer, vers le soleil couchant, tel sera votre territoire. Personne, tout le temps de ta vie ne pourra te résister »  (Js  1, 3- 5).

Ils semblent en revanche ignorer  cet autre passage, tiré  du Livre des Juges : « La colère de Dieu s’enflamma alors contre Israël et il dit « Puisque ce peuple a transgressé l’alliance que j’avais prescrite à ses pères et qu’il n’a pas écouté ma voix, désormais je ne chasserai plus devant lui aucune des nations que Josué  a laissé subsister quand il est mort, afin de mettre par elles Israël à l’épreuve , pour voir s’il suivra ou non les chemins de Yahvé comme les ont suivis ses  pères . » C’est pourquoi Yahvé  a laissé subsister ces nations, il ne s’est point hâté de les chasser et ne les a pas livrées aux mains de Josué » (Juges,  2 20-23).

Parmi les juifs qui se veulent les plus  orthodoxes, les uns rêvent du Grand Israël, les autres, à l’inverse,  récusent le projet sioniste parce que le peuple juif n’en serait pas digne. Entre ces deux positions extrêmes, il  y a peut-être place pour la voie médiane suggérée par les Juges !  De fait, à aucun moment de l’histoire antique, le peuple d’Israël n’a  occupé toute la terre de Palestine. Même à son apogée, le  roi Salomon, s’il  exerça,  d’après  la Bible,  son hégémonie sur toute la région, n’en évacua  pas tous  les peuples non-juifs.

Si le compromis est nécessaire, faut-il qu’il prenne  partout la forme classique du partage signifié par une frontière  au sens classique du terme ? Ce n’est pas sûr.

 

Renoncer aux schémas  simples

 

Ce rapport univoque entre  une entité politique et un territoire est une simplification issue de la modernité. Le Moyen Age occidental connaissait des situations plus complexes : ainsi les terres qui sont  actuellement  celles des Landes  étaient gouvernées par le seigneur d’Albret    qui était pratiquement  indépendant. Mais ce seigneur rendait hommage    au roi d’Angleterre en tant que celui-ci avait hérité du duché d’Aquitaine et le roi d’Angleterre était à ce titre, mais à ce titre seulement,  vassal du roi de France. Une ville comme Mont-de-Marsan  ressortissait ainsi à trois formes de souveraineté superposées, ce qui lui permettait d’ailleurs de conserver une large autonomie.

La terre dite sainte a une histoire trop riche, une géographie trop complexe pour se prêter à des schémas simples comme ceux  que, depuis les traités de Westphalie,  le droit international moderne a imposés. Il sera difficile de trouver  les compromis nécessaires  si    on ne s’écarte pas d’une rationalité univoque.

C’est ainsi que les Juifs pourraient être reconnus comme souverains éminents  de Jérusalem  mais, afin de sauver la face des Palestiniens et plus largement du monde musulman attaché au symbole d’Al Qods,  il faut permette à l’Autorité palestinienne de garder un pied  qui soit plus que symbolique à Jérusalem, pas nécessairement dans la vieille ville. Là aussi, il faut revenir au précédent biblique : « Les fils de Juda ne purent chasser les Jébuséens qui habitaient Jérusalem ; aussi les Jébuséens habitent-ils encore aujourd’hui Jérusalem  auprès des fils de Juda » (Josué  15 63).  Une sorte de bail emphytéotique  ou de concession pourrait régler le sort des autres confessions, notamment chrétiennes,  présentes à Jérusalem. Plus qu’un statut international, qui risque d’ être dépassé, c’est vers ce genre de compromis complexe – et nécessairement ambigu -  qu’il faut s’orienter.  C’est le  même genre de compromis qui a permis à  Rome, après soixante ans de contentieux,  d’être la capitale à la  fois du Royaume d’Italie  et d’un Etat du Vatican soucieux de  disposer d’un territoire symbolique.

La droite  israélienne a  certes   de bonnes  raisons de  ne pas croire à la possibilité d’un accord en bonne et due forme. Il se peut que la solution, si solution il y a, résulte d’une prise de position unilatérale d’Israël. Mais l’unilatéralisme est une chose, l’humiliation de la partie adverse en est une autre.  Il y a dans ce genre d’affaires, par un minimum d’équité, moyen d’obtenir un accord de fait d’un adversaire qui, pour ne pas perdre la face ou se déjuger, ne voudra pas le reconnaître en droit. 

C’est pour cette  raison qu’il est essentiel que, sous une forme ou sous une autre, la partie palestinienne  conserve un pied  à Jérusalem. Pour  la même raison, il importe  que l’équilibre territorial de 1967 soit globalement préservé.

La logique qui a conduit  à la construction du mur a assurément un aspect déplaisant,  mais, tous les parents le savent,  quand des enfants se querellent, il faut les séparer.  On peut même penser que ce qui rend la situation aussi insupportable aux Palestiniens est que cette logique de séparation ne soit pas poussée jusqu’au bout, que des milliers de Palestiniens soient obligés de  passer chaque jour des contrôles longs et  humiliants pour gagner leur vie. Si la frontière était vraiment  fermée, les Palestiniens,  avec l’aide internationale nécessaire,  seraient contraints de  s’auto-suffire, ce qui serait plus conforme à leur  dignité.

Mais ce qu’il faut le plus déplorer est que le   mur ne suive pas la ligne de démarcation d’avant  1967, à tout le moins hors de Jérusalem. Bien que sans  valeur en droit international, cette  ligne de démarcation avait fini par entrer dans les habitudes  au point de revêtir, de fait,  un caractère normatif. Or la voilà déstabilisée, au moment où elle commençait à être  admise !

Même  si la muraille a consacré, pour partie,  le grignotage   du  territoire cisjordanien par les colons, il eut mieux valu, pour sauver la face des Palestiniens,  maintenir une surface égale en leur  trouvant des compensations, dans le   Néguev ou ailleurs  (sachant qu’avec les techniques israéliennes et l’aide internationale, il est possible de transformer aujourd’hui    n’importe quel coin du désert en jardin d’Eden). C’est ce que,  paraît-il,  Rabin proposa à Arafat : même si cette proposition ne fut pas acceptée sur le moment (comment exiger du chef palestinien une renonciation ouverte à Jérusalem ?), un compromis de ce genre demeure  la seule issue. 

 

Roland HUREAUX

 

 

1.      Les plus radicaux des Palestiniens proclament  le  droit au retour des descendants de tous les Arabes chassés en 1948 . Mais si l’on considère que ceux qui sont en Occident et une partie de ceux qui sont au Proche-Orient (notamment dans le Golfe persique ) ne veulent pas revenir et que  2,5 millions se trouvent déjà en Jordanie, royaume qui se dit   palestinien , la revendication ne porte en définitive que sur environ 1,5 millions de personnes.

 

 

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14 octobre 2010 4 14 /10 /octobre /2010 20:56

Il n’est pas rare d’entendre dire dans les cercles dirigeants israéliens : « Les Arabes – que ces dirigeants prétendent connaître mieux que personne - ne sont pas un peuple comme les autres. Ils ne connaissent que la loi du plus fort et le seul moyen de les tenir est le bâton. »

De ce préjugé aux relents coloniaux procède la ligne dure de la politique israélienne : l’idée qu’en menant une politique de force (dont l’opération « Plomb durci » de la fin 2008 fut une illustration particulièrement spectaculaire), Israël viendra définitivement à bout de la résistance des Palestiniens. Certains vont même jusqu’à ajouter que l’assistance sociale aidant, ce peuple sera progressivement amolli et se résignera à son sort.

Cette politique vise particulièrement la bande de Gaza où les dirigeants israéliens espèrent susciter la révolte contre le Hamas d’une population qui, de guerre lasse, finira par le rendre responsable de ses privations et de son isolement. Il y a là aussi une dangereuse illusion.

 

Les Arabes sont un peuple comme les autres

 

 D’abord parce qu’il n’y a aucune raison que les Arabes ne soient pas un peuple comme les autres. Si une majorité en leur sein se résigne à son sort, comme le firent pendant des millénaires les fellahs d’Egypte, il existe parmi eux, comme au sein de tous les peuples, une minorité, disons peut-être une élite – qui ne se résignera sans doute jamais. Que la résistance soit le fait d’une minorité fière et non de la masse, c’est ce qu’a par exemple illustré la sociologie d’Al Kaida : en opposition à la rhétorique simpliste sur la « misère, terreau du terrorisme », on a pu voir que les terroristes se réclamant de ce label venaient presque tous de la bourgeoisie arabe, qu’elle soit saoudienne, yéménite ou égyptienne, souvent éduquée en Occident. L’histoire de la décolonisation a d’ailleurs montré que ce genre de raisonnement, destiné à justifier la force et que l’on ressort aujourd’hui , sous d’autres formes, en Afghanistan, n’a jamais tenu : aucune puissance n’a, au XXe siècle, réussi à annihiler un mouvement national, quel qu’il soit, de cette manière. La répression tend au contraire à légitimer la minorité révoltée et à durcir la résistance. Les manuels de guérilla n’enseignaient-ils pas aux « combattants de la liberté » à provoquer une répression aveugle pour mieux rallier la population ? C’est là la force, jamais démentie au XXe siècle, du fait national : dans une situation d’affrontement, la population prend spontanément parti pour ceux de sa race, même si elle ne les aime pas. Au Vietnam, les bombardements avaient renforcé le Viet Cong. De la célèbre conférence de presse du général de Gaulle du 29 novembre 1967, on a retenu la formule très controversée sur le peuple juif, « peuple d’élite, sûr de lui et dominateur » (1) ; on a un peu oublié l’annonce prémonitoire de ce qui devait suivre l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza « Israël ayant attaqué, s'est emparé, en six jours de combat, des objectifs qu'il voulait atteindre. Maintenant, il organise, sur les territoires qu'il a pris, l'occupation qui ne peut aller sans oppression, répression, expulsions, et il s'y manifeste contre lui une résistance, qu'à son tour, il qualifie de terrorisme. (…) Il est bien évident que le conflit n'est que suspendu et qu'il ne peut pas avoir de solution, sauf par la voie internationale. » La répression légitime les plus radicaux Même si l’exemple de l’autorité palestinienne, ainsi que l’évolution de certains pays comme l’Egypte, semblent, pour le moment, donner raison aux dirigeants israéliens, il ne faut pas en conclure que les Palestiniens de Cisjordanie ou les Arabes des pays voisins soient devenus des amis d’Israël (2) ; un incident et les vieux ressentiments remonteront vite à la surface.

Quant à Gaza, la situation y est tout à fait spécifique : tant la concentration de population que l’absence de perspectives ne laissent pas augurer la pacification des esprits. C’est pourquoi attendre, comme prétend le faire le gouvernement israélien, que le Hamas soit chassé du pouvoir à Gaza pour s’engager dans un processus de détente risque ne pas déboucher de si tôt. Le discours radical du Hamas, comme autrefois celui de l’OLP, ne saurait être un obstacle à la recherche d’un accommodement de fait avec lui. La plupart des gouvernements du Tiers monde, encore plus que les Occidentaux, ont une vieille pratique du double langage : rappelons-nous l’immense hypocrisie à laquelle avait donné lieu en son temps le boycott de l’Afrique du Sud. Sans nul doute l’autorité islamiste de Gaza est-elle imprégnée du même état d’ esprit. Le radicalisme verbal assure la légitimité et sauve la face, tandis que le pragmatisme permet de composer avec les réalités . Peut-être ne faut-il pas attendre que la Hamas déclare ouvertement « caducs » telle ou telle de ses prétentions pour prendre langue discrètement avec lui. Israël avait bien su, au temps de l’Irangate, traiter avec les ayatollahs qui pourtant le maudissaient jour après jour.

En privilégiant les interlocuteurs modérés, Israël referait la même erreur qu’en 1970, quand il protégea le royaume hachémite de Jordanie des entreprises de l’OLP, alors radicale. Beaucoup, dont l’ancien ministre Ygal Yadin, ont pensé qu’en permettant alors à Yasser Arafat de prendre le pouvoir à Amman, les Israéliens auraient certes eu, dans l’immédiat, un interlocuteur moins facile, mais facilité à terme la solution de la question palestinienne. Il se peut que l’existence du Hamas constitue même une chance pour l’Etat d’Israël : si l’OLP reprenait, comme on parait en caresser l’espoir, de manière illusoire selon nous, le pouvoir à Gaza, il faudrait reconnaître un seul Etat palestinien qui ne serait de toutes les façons pas viable car jamais les Etats coupés en deux, comme jadis le Pakistan, ne le furent. En revanche, la situation actuelle permet d’envisager deux Etats palestiniens au lieu d’un, entités plus faciles à gérer pour Israël qu’un interlocuteur unique et qui pourraient, le cas échéant, se fédérer avec Israël et, pourquoi pas ? la Jordanie. A situation complexe, solution complexe.

                                                                                                                               Roland HUREAUX

 

 

1. Nous pensons que pour quelqu’un d’aussi élitiste que Charles de Gaulle, cette expression, si elle était provocatrice, n’était cependant pas antisémite, comme il l’a lui-même précisé.

2. D’autant que l’enseignement dispensé aux jeunes générations arabes dans les territoires est violemment antisioniste, voire antisémite.

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16 septembre 2010 4 16 /09 /septembre /2010 08:44

 
     Il est difficile de comprendre l’attitude de l’Etat d’ Israël dans la récente  interception, si peu diplomatique,   d’une flottille  transportant du matériel humanitaire à Gaza, si ce pays   n’était   persuadé que le temps travaille pour lui.
Il y travaille, croit-il, sur le plan diplomatique où Israël a, au fil des ans, éliminé (en dehors du Hezbollah)  les vrais ennemis dans  le premier cercle de pays arabes qui l’entourent, le dernier à avoir été neutralisé étant l’Irak de Saddam Hussein. Israël  se soucie désormais de neutraliser le deuxième cercle de pays hostiles, sinon arabes, du moins musulmans, à commencer par  l’Iran (en attendant la Turquie ?).
     Le temps semble également travailler pour Israël si l’on compare les fameuses cartes  du contrôle politique par l’entité israélienne de 1948 (la partition officielle puis la ligne de cessez-le feu, beaucoup plus avantageuse)  à nos jours, d’où ressort  la réduction progressive des territoires palestiniens du fait de la colonisation de la Cisjordanie.
     Cette   approche purement  territoriale  est pourtant illusoire. Car derrière le  nombre de  kilomètres carrés, il y a celui des habitants.  Or celui là seul  compte.  « Demography is destiny » disent les Anglo-Saxons.  Même si les Palestiniens se trouvent   confinés sur un territoire de plus en plus réduit,   la situation deviendra  intenable pour Israël s’ils  y  sont de plus en plus nombreux.

 

     La loi du nombre

 

     En 2009, Israël comptait 7  millions d’habitants (dont 5,5  millions de Juifs et 1, 5  de non-juifs, principalement arabes) et les territoires palestiniens,  3, 9 millions (2,4  millions en Cisjordanie dont 0,5 millions de colons juifs ; 1,5 million à Gaza) (1). Sous réserve de l’incertitude des chiffres, souvent manipulés dans un sens ou dans l’autre, le total, pour l’ancien mandat britannique est de 6 millions de Juifs et de  4,9 millions d’Arabes, presque tous musulmans aujourd’hui (2). 
     Même si Israël a un taux de natalité de  21 pour mille,   supérieur à celui de tous les pays occidentaux, ce taux demeure   inférieur à celui des habitants des territoires occupés :   33 pour mille, davantage encore  à Gaza.  On aboutit au même résultat en considérant le  taux de fécondité (nombre moyen d’enfants par femme) : en Israël,  2,8  pour les  juifs, 3, 7 pour les non-juifs, 4  en Cisjordanie,  5,4 à Gaza.
     Les Israéliens conscients de ce problème démographique se consolent en considérant  que la fécondité des Arabes diminue sur le moyen terme, même à  Gaza où elle reste cependant très élevée,  et que celle des Juifs, au contraire,  se maintient, voire augmente, du fait du rôle croissant joué par les orthodoxes. En Cisjordanie, le taux de fécondité des 500 000 colons  serait aujourd’hui proche de 5 et donc supérieur à celui des Arabes (3,8) ; les colons pourraient y représenter le quart  de la population en 2025 (3).  Le taux de natalité ne résulte pas de la seule  fécondité actuelle mais aussi de celle de la génération précédente,  laquelle détermine le nombre de femmes en âge de procréer ;  de ce point de vue, les Arabes, beaucoup plus jeunes en moyenne,  ont plus d’une longueur d’avance.
A terme, donc, la population arabe devrait dépasser la population juive sur l’ensemble du territoire mandataire (4). D’où les efforts du gouvernement israélien pour mettre à l’écart la bande de Gaza, où le déséquilibre démographique est le plus aigu. Avec 1,5 million d’habitants, ses 360 km2  (Paris  intra-muros : 105 km 2) ont déjà une des densités  des plus fortes du monde ; or on y prévoit 4 millions d’habitants en 2050 ! 
     Le décalage démographique entre Juifs et Arabes, dira-t-on,  n’est pas nouveau. Certes. Mais Israël avait longtemps compensé un plus faible nombre de naissances par l’immigration. La dernière grande vague est venue de Russie à la chute du communisme. A moins d’une imprévisible  catastrophe quelque part dans le monde, on ne voit pas quelle nouvelle vague Israël pourrait désormais attendre.
     L’installation de colons juifs en Cisjordanie a ceci de paradoxal que d’habitude, dans l’histoire, ce sont les zones à la démographie la plus   dynamique   qui déversent  leur trop plein vers celles où elle l’est moins. Or là,  c’est l’inverse, ce  qui montre combien est artificiel    ce mouvement, fruit d’un volontarisme politique cherchant à contrecarrer les évolutions démographiques fondamentales.  

 

     Une natalité de guerre

 

     Contrairement à ce que beaucoup imaginent, la démographie des Palestiniens  ne  reflète  pas celle du monde musulman en général, désormais en chute libre.  En Iran  le nombre moyen d’enfants par femme est passé de 7 à l’arrivée  des ayatollahs, en 1979,  à moins de 2 aujourd’hui,  sans que le nouveau pouvoir  y soit naturellement pour quelque chose.   En Tunisie,  il   est aussi passé au-dessous du seuil  de renouvellement des générations, en Turquie, il le fera  bientôt. Les autres pays musulmans, avec un retard plus ou moins grand, suivent le mouvement. 
     Les Palestiniens,  historiquement plus développés que  les autres Arabes,  auraient dû être à la pointe de ce mouvement vers  la  modernité. Or ils sont au contraire  à la traine. La bande de Gaza est en passe de devenir  le territoire le plus fécond au monde arabe. 
     Pourquoi ? Parce que cette fécondité est politique. Elle ne résulte pas  seulement de la volonté des autorités palestiniennes, surtout du Hamas qui,  faute de pouvoir jamais   gagner la course aux armements, espère  gagner celle des berceaux.  Elle correspond aussi à une volonté populaire.   Elle  est l’effet d’un instinct  collectif  de survie  -  car aucune politique démographique n’a jamais été efficace sans le soutien de la population.   Cette natalité plus élevée résulte également des conditions de vie : dans  une économie d’assistance comme celle où s’enlisent la  plupart des Palestiniens, le revenu du ménage dépend du nombre de bouches à  nourrir, ce qui n’est pas le cas dans une économie de  production. Il se  peut en outre  que  l’oisiveté qui règne dans les territoires, due pour partie  à un retard objectif de développement et pour une autre au blocus auquel est soumise l’économie,  favorise la procréation : que faire à Gaza hors des enfants ? 
     Le précédent de  l’Afrique du Sud le montre : dans un monde qui révère la  démocratie, la logique du nombre finit toujours pour l’emporter.
     Dans la mesure où il y a un lien direct entre la fécondité des habitants des territoires occupés (colons compris, d’ailleurs) et la tension politique et    militaire, il n’y a aucun espoir   qu’Israël renverse ces tendances, mortelles à  terme pour lui, sans un relâchement de cette tension. Ce relâchement doit déboucher sur une    vraie dynamique de développement,  en particulier à Gaza.  La densité de ce territoire est  encore inférieure à celle de Hong-Kong ; cette ville a, comme Beyrouth, un passé commerçant ; l’argent, européen ou  arabe,  ne manque pas. Le mieux qu’aient à faire les Israéliens est de favoriser au plus vite son décollage.
     Et la sécurité, dira-t-on ?  La technique moderne   offre  sans nul doute à Israël des  moyens moins rustiques de la  garantir  que le blocus inhumain infligé aux habitants de Gaza.  Dans toute situation de  conflit, il faut prendre en compte que la sécurité absolue de l’un est l’insécurité absolue de l’autre ; c’est pourquoi Henry Kissinger, se référant à la guerre froide,  disait que la détente suppose  un certain  « partage de l’insécurité.  Les Européens qui ont vécu quatre décennies sous la menace du feu  nucléaire soviétique,  sans que jamais la protection américaine ait été assurée,  savent qu’il n’y a pas de   sécurité absolue en ce bas monde.
                                                                  

Roland HUREAUX

 

 

 


1. Nous veillons à ne pas compter deux fois les colons juifs de Cisjordanie, qui sont citoyens israéliens et à ce titre, généralement  pris en compte dans la population d’Israël.
2. La minorité chrétienne, importante historiquement, n’a cessé de  fondre tant par l’émigration, due pour une part  à  la pression musulmane, que par une fécondité plus faible  que celle des  Musulmans. Il y aurait aujourd’hui 150 000 chrétiens  en Israël soit  environ  2 % de la population  (mais  selon certains  le double)   et 50 000 en territoire palestinien (soit 1,2 %).  Quoiqu’ ils soient en majorité arabes, leur sort est sans doute meilleur en territoire israélien.
3. Dans les statistiques officielles, cette fécondité supérieure des colons juifs de Cisjordanie est déjà prise en compte  dans celle de la population juive d’Israël, qu’il faut donc diminuer un peu si on  compte à part la Cisjordanie.

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18 juillet 2010 7 18 /07 /juillet /2010 21:25

      Une rhétorique facile, à prétention moralisante, dénonce à tout va dans l’affaire Woerth, le règne de la cupidité, de l’argent-roi, la corruption des mœurs etc. Il serait plus rigoureux de procéder à son analyse idéologique. Le goût de l’argent et la corruption ne datent pas d’hier. Les arrangements fiscaux douteux non plus. Même s’il a augmenté ostensiblement son salaire, le président de la République gagne cinquante fois moins que les présidents des grandes banques. Même si la destination d’un chèque de Mme Bettencourt à sa caisse de campagne (d’un montant légal) reste à éclaircir, il n’est pas sûr qu’Eric Woerth soit tout à fait un malhonnête homme, comme le fut notoirement tel de ses prédécesseurs.

      Mais le fait nouveau, sous le règne de Sarkozy, est une volonté délibérée de « décomplexer » le pouvoir politique par rapport aux puissances d’ argent. Que ça leur plaise ou non, les Français doivent, dans cette perspective, accepter que leur président nouvellement élu rassemble ses amis au Fouquet ‘s, ou aille se reposer sur le yacht de Bolloré. Ils doivent admettre que le président s’invite chez un milliardaire mexicain sulfureux - alors même que la France se mêle de juger le général Noriega ! - . Que l’épouse du ministre du budget gère la première fortune de France, rien là, dès lors, qui doive choquer. Car l’argent n’a rien de honteux, dit-on, et les riches ne doivent pas être tenus pour des pestiférés. Dans la même perspective d’une relation à l’argent décomplexée, Mme Lagarde fut tenue pour compétente simplement parce qu’elle avait gagné beaucoup d’argent en Amérique.

      Cette rhétorique n’est pas nouvelle : un homme comme Pasqua qui ne passe pas pour un ultra-libéral, en usait volontiers dans la chaleur des banquets RPR des Hauts-de-Seine. Mais rien dans tout cela n’est spontané ; tout est idéologique. Par derrière ces attitudes, en effet, se trouve la volonté délibérée d’imiter l’Amérique, tenue pour référence unique de la modernité.

      De même qu’il faut, pour imiter les Etats-Unis et devenir un pays « moderne », supprimer tout ce qui n’existe pas outre-Atlantique : le juge d’instruction, les grandes écoles, le statut de la fonction publique, la séparation des ordonnateurs et des comptables, le premier ministre, la gendarmerie, la francophonie, le brevet des collèges etc. , il faut que nos hommes politiques n’hésitent pas à s’afficher avec des hommes qui ont « réussi », comme en Amérique.

Comme en Amérique !

      Curieuse Amérique d’ailleurs, que l’on n‘a jamais tant prise en exemple que depuis qu’elle est sur la pente du déclin. Et une des dimensions de cette ambition, c’est de liquider ce qu’il nous reste de pudeur s’agissant de l’argent : notre vieux « fond catholique », aussi politiquement incorrect que l’est la position du pape sur la capote ou le latin. Vieux fond aristocratique aussi, qui faisait des riches trop indiscrets des « parvenus ». Vieux fond qui n’a certes jamais empêché les pays latins de manier de l’argent – n’est-ce pas les Italiens qui inventèrent la banque ? - mais qui dictait une certaine pudeur vis-à-vis de cette question, comme vis-à-vis du sexe ou de la politique. Vieux fond qui imposait au pouvoir politique, s’il voulait paraître le pouvoir de tous, de garder une certaine distance vis-à-vis de ce que le général de Gaulle appelait la « corbeille».

      Ce vieux fond, qui marque encore les mentalités française, l’idéologie « bling bling » se propose de le liquider, car il est jugé ringard, archaïque, dans un monde dominé par la langue anglaise et les valeurs anglo-saxonnes et protestantes - encore qu’une certaine distinction britannique – ou bostonienne -, sensible à ce qu’ Orwell appelait la common decency, préconise la même discrétion à l’égard de l’ argent. Pourtant ce vieux fond résiste. Il s’exprime par l’indignation de l’opinion qui pourrait finir par contraindre Woerth, quelque idéologie dont il se réclame, à la démission. Il se manifeste parce que si les Français savent que le pouvoir politique, n’a, en régime capitaliste, jamais été vraiment indépendant des puissances d’argent, ils aiment que les apparences soient sauves. Ce vieux fond qui résiste à l’américanisation à tout va qu’on veut nous imposer, ce n’est pas seulement celui d’une latinité ringarde, d’une catholicité désuète, il se peut que ce vieux fond, ce soit tout simplement la civilisation.

                                                                                      Roland HUREAUX

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23 mai 2010 7 23 /05 /mai /2010 06:58

 (publié dans Le Figaro, 24 mai 2010)

 

La posture actuelle de l’Allemagne : des excédents commerciaux sur tout le reste de la zone euro, l’exigence  austère que tous imitent sa rigueur,  ne peut que  raviver les vieux complexes vis-à-vis d ’une Allemagne tenue pour un  modèle de vertu , alors que « nous Français », «nous latins » sommes  si  facilement  portés au dévergondage, à l’indiscipline  et au péché suprême :  l’inflation. Et, ajoute-t-on, quitter  l’euro serait   la solution de facilité, le retour aux  dévaluations  calamiteuses  d’antan. 

Combien ce discours tient de la mythologie ou du fantasme, c’est ce que nous voudrions démontrer.

La puissance économique allemande est avérée depuis longtemps, mais le rapport entre l’Allemagne et la France n’a pas bougé depuis  1958.  En gros, la France a les 2/3 du PIB allemand et la  moitié  de son industrie. Les taux de croissance à long terme  sont  plutôt  meilleurs  en  France ou en   Italie, au moins jusqu’à   l’entrée dans l’euro. Mais globalement, nos économies voguent de conserve et  leur rapport demeure grosso mode celui de leur population. Or c’est  cela qui compte : l’économie réelle.  Les signes monétaires ne sont qu’un instrument.  Ne vaut-il pas  mieux, cela va de soi, un pays à la croissance  forte et à l’inflation à deux chiffres, comme  le Japon des trente glorieuses,  à un pays à la monnaie forte  mais stagnant comme  le Portugal de Salazar. 

 Que faites-vous, dira-t-on,  de ces   dévaluations incessantes  d’antan ?   Si l’on considère  toujours  la longue  durée, le franc  ne s ‘est dévalué que par rapport  au mark, il s’est maintenu ou réévalué par rapport à toutes les   autres grandes  monnaies : le dollar -, la livre sterling,  la lire, la pesta, le yen.  Par rapport à ce groupe de monnaies  dont l’évolution  est à peu près parallèle,  il y a une évolution aberrante – au sens statistique  -, celle du mark.

Le discours commun est que cela tient à la vertu   allemande. Non : nous disons qu’il s’agit d’une névrose allemande, une obsession de la sécurité   propre à ce peuple, la  même crainte de l’avenir qui explique sa  natalité catastrophique. Cette crainte   s’explique   par les   drames que l’Allemagne a   traversés  mais surtout par le fait que,  seule des grands pays d’Europe, elle  a connu au XXe siècle , à deux reprises,  en 1923 et en 1947,  l’inflation galopante. La France, elle,  a vu  une inflation soutenue,  parfois à deux chiffres,  mais c’est tout à fait différent. Nous  n’avons  plus connu l’inflation galopante   depuis  le Directoire  - et, d’ailleurs cet épisode  explique  l’exceptionnelle stabilité du franc germinal au XIXe siècle.

Si l’on compare l’inflation à l’alcool, l’Allemagne est  l’alcoolique repenti  qui  a du faire une  cure de désintoxication et ne peut donc  se permettre aucun écart, là où les autres peuvent prendre un peu de vin tous les jours sans risquer de sombrer. Comme le vin, l’inflation n’est pas forcément mauvaise à dose modérée !  

 

L’euro aggrave   les inégalités

 

 

Loin d’aplanir les  singularités  nationales, l’euro  les a exacerbées. Le taux d’inflation « naturel » est, on l’aura compris,  une  donnée culturelle profonde propre à chaque peuple, qui ne préjuge pas de son  économie réelle.  Comme  dans une course cycliste,  imposer à  tous les  coureurs   le même braquet  est le meilleur moyen de faire éclater le peloton.

En   principe tous les pays d’Europe sont entrés dans l’euro  à égalité, mais l’Allemagne,  s’est imposée d’emblée une politique de déflation (5 % environ de baisse des alaires réels et 5 % de TVA sociale) qui lui  a permis de gagner  un avantage compétitif  substantiel sur ses  partenaires.  

Jusqu’en 200O, chaque fois que la rigueur allemande lui conférait  une balance positive, la dévaluation rendait à ses partenaires  la compétitivité et permettait de rétablir l’équilibre. Ce mécanisme n’existe plus. Les déséquilibres s’accroissent non seulement au détriment  de la Grèce mais de tous les autres pays.  Et avec  ces déséquilibres l’amertume réciproque : celle des pays  déficitaires vis-à-vis de  l’Allemagne, mais encore davantage  celle de l’Allemagne vis-à-vis des pays  qu’elle appelait  le  Club Méditerranée,  et qu’elle appelle maintenant, de façon  encore plus méprisante,  les Piges ( Portugal, Irlande, Grèce, Espagne ).  Il est évidemment illusoire de croire que la rigueur    généralisée rétablira l’équilibre : pour continuer dans la métaphore sportive, dans un  marathon, ceux qui ont pris du retard  à mi-course    le rattrapent rarement.

L’Allemagne suit son intérêt,  dira-t-on,  elle  peut ainsi  accumuler  des réserves. Mais qu’en fait-t-elle ? Les prêter à ses partenaires  - ou aux Etats-Unis qui ne les lui rendront  jamais En réalité, ce ne sont pas ses intérêts  qui la guident, c’est sa  névrose. 

« Pour l’Allemagne, la culture de la stabilité n’est  pas négociable » (Angela Meckel).  Moins  que jamais, l’Allemagne ne semble  prête  à  modifier son comportement, différent, non seulement de celui de la France mais de tous les pays du monde – Chine exceptée. Qui peut croire que l’euro y survivra ?

 

Roland HUREAUX

 

 

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