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Roland HUREAUX

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 22:21

IL FAUT AIMER L'IMMIGRE...JUSQU'AU BOUT  

http://www.libertepolitique.com/Actualite/Decryptage/Il-faut-aimer-l-immigre-jusqu-au-bout

Beaucoup de catholiques français ont du mal à suivre la hiérarchie catholique quand ses membres les appellent à se faire accueillants aux immigrés, notamment ceux qui traversent clandestinement la Méditerranée et arrivent jour après jour en Italie du Sud ou en Grèce.

Non que les chrétiens n'aient pas le sens de l’hospitalité, mais parce que, témoins de la déchristianisation, ils sont légitimement inquiets du devenir de l'identité chrétienne de la France, sentiment parfaitement légitime. Le succès de la pétition de Denis Tillinac demandant que les églises de France demeurent réservées au culte catholique et qui avait été signée aussi bien par des juifs que des musulmans et des incroyants   et approuvée selon un sondage par 75 % des Français témoignait de l'intensité de cette angoisse dans le peuple français.

Pourtant, on ne saurait attendre d’évêques catholiques, se référant au Christ, autre chose qu’une attitude de compréhension et d'accueil aux étrangers qui viennent sur notre sol. Le 17 juin 2015, le Conseil permanent de l'épiscopat français avait publié un texte dans ce sens. Au même moment, trois évêques faisaient une déclaration fondée sur le Livre du Deutéronome : « Aimez donc l’immigré, car au pays d’Égypte vous étiez des immigrés » (Ddt 10, 19). " Sans aller jusqu'à dire que tout clandestin doit être accueilli, ils revendiquent « une attitude humaine à l’égard des immigrés et réfugiés qui sont nos frères".

Il est difficile de demander aux évêques de France de ne pas aimer les immigrés, comme on doit aimer tous les hommes. Il est difficile de s'offusquer qu'ils invitent les fidèles et par-delà tous les Français à faire de même.

Mais s'il est légitime que les évêques catholiques aiment les immigrés, disons-le tout net, ils doivent les aimer jusque ' au   bout. Ce ne devrait pas être difficile pour les réfugiés chrétiens, en particulier ceux qui viennent de Syrie ou d'Irak.  Ce le sera peut-être plus pour les musulmans.

Or quel est, pour un chrétien, le bien le plus précieux ?  C'est évidemment Jésus-Christ.

 

A temps et à contre temps

 

Aimer les immigrés jusqu’au bout, c'est "à temps et à contretemps" (2 Tim 3, 14) leur annoncer Jésus Christ.

Il ne s'agit pas de les convertir car on ne peut convertir personne de force   mais de leur annoncer l'Evangile, c'est à dire une « bonne nouvelle" qui s'adresse à eux aussi. Cette annonce n’est pas pour l'Eglise une option, elle est une obligation. Même si ce devoir concerne aussi les laïcs et les simples prêtres, l'obligation s’applique particulièrement à ceux qui dirigent l’Eglise :   les évêques, successeurs de Pierre à   qui il a été dit "Allez de toutes les nations, faites des disciples et baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit" (Mt 28, 19).  Commandement auquel répond en leur nom saint Paul :   "Malheur à moi si je n'annonce pas l’évangile » (1 Co, 9, 16).

Or sur ce plan, il faut bien dire que l'Eglise a encore bien du chemin à faire tant est que la question de l'évangélisation des musulmans y demeure un tabou. Un converti de l’islam livre un verdict sans   appel :  selon lui, dans les milieux catholiques, 40 % sont hostiles vis à vis des conversions, 40 % réservés, et 20 % seulement franchement favorables. Il déplore en particulier que les grands médias catholiques soient muets sur le sujet. L'impression générale des musulmans qui veulent se faire baptiser est que, sauf exceptions, ils ne sont pas attendus. Il faut deux ou trois ans de catéchuménat pour être baptisé alors que cinq minutes suffisent pour prononcer le charabia qui fait de vous un musulman. Ces exigences et ces délais tirés du droit canon et qui visent les catéchumènes venant d'un milieu païen n'ayant jamais entendu parler de l’Eglise, s’appliquent-ils à des gens vivant au milieu de chrétiens, qui courent des risques en demandant le baptême et ont donc déjà mûri leur choix ? On peut se le demander.

Certains vont même jusqu'à dire que l'Eglise catholique est, sauf exceptions, plus portée à ouvrir les portes de la France au musulman que les portes des églises à ceux d'entre eux qui voudraient se convertir.  Singulier paradoxe.

On pourrait voir là l’écho de ce qui fut l’attitude des pouvoirs publics dans l’univers colonial, singulièrement en Algérie. Il y était permis de convertir les païens mais pas les musulmans et les missionnaires avaient plus ou moins adopté ce positon. En théorie, ce n'était   la position officielle ni de l'Etat ni de l'Eglise, mais c'était la position de fait de l'un et de l'autre. A la rigueur les missionnaires pouvaient-ils contribuer, par leurs écoles, à ce que les élèves musulmans deviennent de meilleurs musulmans, mais pas plus. Comme si le christianisme, bon pour les Européens, ne l’était pas pour les "indigènes" qui pouvaient bien se contenter d'une religion de seconde zone. Le Père de Foucault avait averti que cette politique conduirait à de grands malheurs : c'est ce qui est arrivé avec la guerre d'Algérie.

On rappellera que les évangéliques, très actifs dans les banlieues françaises, comme ils le sont dans certains pays musulmans, n'ont pas tant de scrupules. Est-il nécessaire de leur laisse le champ libre, au motif que là aussi leur message simplifié conviendrait seul à "ces populations" ?

D'autant que la jeunesse musulmane des pays occidentaux, même si elle ne le montre pas, est remplie d'une immense curiosité pour le catholicisme.  Ce qu'elle rejette d'abord de l’Occident c’est un laïcisme libertaire ignorant voire hostile au fait religieux. Ne rompant pas avec un fait religieux qui demeure pour eux essentiel mais paraissant mieux compatible avec la modernité, le catholicisme apparaît comme un moyen terme.

Il importe enfin qu'un christianisme tonique propose un chemin d 'absolu à une jeunesse déboussolée tentée par le djihad.   Cela ne vaut pas que pour les jeunes musulmans mais aussi pour tous ceux, d'origine chrétienne et éloignés de l'Eglise, que ce genre d'aventure tente aussi.  

 

Une rupture inévitable

 

Il est vrai que la conversion à l'islam suppose presque toujours une rupture du prosélyte avec sa famille, rupture qui peut être dangereuse pour lui et pour la paix civile. Que la conversion suppose une rupture avec la famille va tout à fait dans le sens de l'Evangile " qui aimera son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi". "N'allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais bien l'épée. Oui, je suis venu séparer l'homme de son père, la fille de sa mère, la belle-fille de sa belle-mère, on aura pour ennemis les gens de sa maison" (Mt 10, 34-35) et    "Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi" (Mt 10, 37). Par leur prudence, certains pasteurs voudraient néanmoins épargner aux   musulmans attirés par le baptême, le risque de ces antagonismes, points différents pourtant de ceux que courraient les prosélytes gréco-romains des premiers siècles.

Mais il se peut que ce soit l’idée même d’une rupture avec la famille qui   remplisse ces pasteurs de scrupules.   On peut se demander si, à force de parler (depuis un siècle seulement !) de la famille, l'Eglise catholique n’a pas fini par sacraliser à l'excès dans ce qu'elle a d’holiste, de captateur pour l'individu et si elle ne se trouve pas dès lors pleine de déférence pour la famille musulmane, au point de ne pas y encourager les ruptures.    C'est oublier que l'adhésion au christianisme est toujours un acte de rupture et que la vision holiste de la famille qui prévaut chez le musulman n'est pas du tout celle du christianisme qui, dans les affaires de foi, a toujours donné la priorité à l’individu sur le groupe. Loin d'être admirable, la famille musulmane résulte de la pétrification de la société archaïque, avec laquelle la Bible invite à rompre : "l'homme quitte son père et sa mère » (Gnu 1,24).

Au demeurant, la famille musulmane qui, au temps des colonies, se présentait comme un bloc compact imperméable à tout effort d'évangélisation, est aujourd'hui en crise : loin d'être le clan ancestral dirigé par le patriarche, elle est le plus souvent une famille monoparentale d'où le référent masculin a disparu où les enfants sont livrés à eux-mêmes.

 

Pour la paix civile

 

Evangéliser les musulmans n'est pas seulement un devoir et la plus grande forme d’amour à leur égard, c’est aussi une responsabilité vis à vis de la communauté française, par rapport à la paix civile.

Prêcher l'accueil le plus large et le plus fraternel aux immigrés et être pressé ensuite de leur donner ce qu’on a de meilleur, l’Evangile, est une attitude chrétienne cohérente.

Etre fermé à l'immigration et aussi à la conversion n’est pas forcément une attitude chrétienne mais c'est une attitude cohérente, qui pourrait refléter une vision tribale du christianisme et de la France.

Etre ouvert à l'immigration et réticent à la conversion, c’est, n'hésitons pas à le dire, gravement irresponsable. 

Le premier devoir de tout dirigeant est de préserver la paix civile car la guerre civile est sans doute la chose la plus horrible qui puisse arriver à un peuple.

Le pluralisme religieux dans un Etat est parfois   source de dialogue culturel et d’enrichissement réciproque. Mais si deux religions sont de poids, sinon égal du moins comparable dans un pays, comme pourraient l'être le christianisme et l'islam en France, si le premier continue dépérir et le second à prospérer, c’est la certitude de la guerre civile. Il n’y a pas d'exception à cette règle.  Il n'y en a pas dans l’histoire : la France du XVIe siècle, l’Allemagne du XVIIe siècle n'y ont pas échappé. Seules à l'époque moderne ont évité la guerre de religion dans les monarchies où s’appliquait la règle cujus région, eus religion. Voltaire dit sans ironie que   l’Inquisition épargna à l’Espagne les   guerres de religion.   Plus près de nous le massacre des Arméniens (en fait de tous les chrétiens sauf les protestants et les catholiques protégés par les Occidentaux) dans l'Empire ottoman de 1916 fut l'aboutissement tragique de siècles de coexistence entre chrétiens et musulmans.  La guerre d'Algérie (1954-1962) fut aussi une guerre de religion, sanction de l'attitude   évoquée plus haut ; elle   se termina par l'expulsion d'un million de juifs et de chrétiens en 1962.  Le Liban et la Bosnie, états multiconfessionnels où chrétiens et musulmans étaient à peu près de force égale ont connu deux atroces guerres civiles, le premier entre 1975 et 1990, la seconde entre 1991 et 1995. Jusque-là, pourtant, on vantait benoîtement l’harmonie qui y régnait entre les religions. 

Les religions orientales ne sont pas plus tendres : le Sri Lanka, divisé entre indigènes bouddhistes et immigrés hindouistes connait lui aussi la guerre civile.

C'est dire que laisser s'instaurer en France une situation où chrétiens et musulmans pèseraient d’un poids analogue serait une imprudence grave.

Il faut avoir la foi, dira-t-on, et se fier à la Providence. Sûrement pas pour éluder un devoir évangélique. Sûrement pas pour évacuer la vertu de prudence - au sens rigoureux de cette vertu :  non pas la prudence du bureaucrate qui ne veut "pas d'histoires", mais celle de l’homme accompli   qui voit loin et prend ses décisions en toute lucidité sans se bercer d’illusions. Pour Aristote, repris par saint Thomas d’Aquin, la prudence n'est rien d'autre que "la droite raison des actions à faire"[1]. Dans cette perspective, l'excès de lenteur peut être aussi coupable que l'excès de hâte.[2]

Il faut être clair : le prolongement naturel de l'esprit d'accueil à l'égard des musulmans qui viennent sur le sol français, ce n'est pas l'abstention de toute effort d'évangélisation au nom d'un respect de l'autre mal compris ou de la crainte des remous. L’appel cité plus haut est suivi d'une prière qui dit "Remplis nos cœurs de ton Esprit Saint, pour que nous vivions comme tes enfants, unis dans la diversité de nos cultures" ; on suppose que culture ne veut pas dire ici religion et que cet appel ne saurait signifier un acquiescement définitif à la différence religieuse.  Annoncer l’évangile aux immigrés, c’est   aller jusqu’au bout de l'amour, en souhaitant leur apporter ce que nous avons de meilleur. Toute autre attitude serait lâche, hypocrite et pleine de périls.

 

                                                           Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

[1] Somme théologique 2a - 2ae, qu’Est. 47, art. 1 & 2 

[2] Somme théologique 2a - 2ae, qu’Est.  53, art. 3

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 22:20

L'EX-PRESIDENT OBAMA TOUJOURS AUSSI  HYPOCRITE

https://www.ndf.fr/poing-de-vue/13-02-2017/lex-president-obama-toujours-aussi-hypocrite/

"Le président Obama est fondamentalement en désaccord avec l'idée de discriminer des individus à  cause de leur foi ou de leur religion" a dit le  porte-parole de l'ancien président  Obama en réponse au  décret pris  par Donald Trump interdisant l'accès aux Etats-Unis aux ressortissants de sept  pays à majorité musulmane.

Le même Obama apporte son soutien  aux manifestants qui protestent contre ce décret.

Ce qu'il y a d'inouï dans cette  prise de position est qu'elle se produit à peine dix jours après la prise de fonction  du nouveau président. Elle va  ainsi  à l'encontre de toutes les traditions des Etats-Unis  où,  à la fois par  respect de la démocratie , par patriotisme  ( souci de la continuité nationale)  et aussi  par élégance,  un ancien président savait s'effacer devant son successeur.

Elle porte sur un sujet plus banal qu'on ne croit :  presque tous les prédécesseurs de Trump ont ordonné la fermeture temporaire de l'Union aux ressortissants  de certains  pays : Reagan, 4  fois, Clinton  6 fois, Bush Jr 6 fois et Obama lui-même a interdit pendait 6 mois l'entrée des Irakiens. C'est dire à quel point la réception qui est faite   au décret de Trump témoigne du  climat d'hystérie qui règne aujourd'hui outre-Atlantique.

L'hypocrisie d'Obama dénonçant toute discrimination fondée  sur  la  religion prend un singulier relief quand on sait que,  lors de la constitution  de son cabinet et de son  administration en 2007, il avait été demandé   par son collaborateurs John Podesta (ultérieurement directeur de la campagne d'Hilary Clinton) , selon les messages interceptés par Wikileaks[1],  que ne soient  recrutés que des Américains d'origine arabe  de religion musulmane  à l'exclusion des chrétiens.

 

L'homme aux 26 000 bombes

 

Il est vrai que  ce Prix Nobel de la paix  au nom de qui ont été lancées  26 000 bombes sur 6 pays dans la seule dernière année de son mandat, n'en est pas ça  près. Certains lui confèreraient  même le  prix Nobel  de la guerre !  Il aurait certes été inadmissible  qu' Obama ait pris la même  mesure à l'égard de pays comme la Libye et la Syrie , plongés dans une  guerre civile dont l'ancien président américain est directement responsable. Déclencher des guerres et refuser ensuite les réfugiés qui fuient à cause d'elles aurait été abject. Mais on ne saurait faire le même  grief à Trump qui s'est engagé  à cesser de déclencher ce genre de guerre ayant pour but  le changement de régime (  regime change).  C'est une caractéristique de notre temps dont on n'a pas assez noté combien elle est sans précédent :  ceux qui revendiquent haut et  fort , comme le clan Obama-Clinton, les droits de l' homme déclenchent  des  guerres et  ceux qui, comme Trump,  sont condamnés  par les bienpensants au nom de ces mêmes droits , font  la paix.

 

                                              Roland HUREAUX

 

 

[1] [1]  https://wikileaks.org/podesta-emails/emailid

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 22:18

 

L’ENTREE EN SCENE DE TRUMP OBLIGE A UNE REFORME RADICALE DES INSTITUTIONS EUROPEENNES

Pour une Europe à géométrie variable

http://www.causeur.fr/trump-europe-changement-russie-brexit-42601.html

Les critiques retentissantes de Donald Tromp à l'égard de l’Union européenne et même de l’OTAN et son appui au Br exit ont suscité l'indignation et le désarroi de la plupart des responsables politiques de l'Europe occidentale, le premier ministre britannique Teresa May exceptée.

Il était pourtant clair, avant même cette déclaration, que, du seul fait de l'élection du nouveau président américain et de sa volonté affichée de s’entendre avec Poutine, l'Union européenne   se trouvait   remise en cause dans son fonctionnement actuel tel qu'il résulte du Traité de Lisbonne de 2008.

Elle se voit désormais confrontée à un double défi :

- Le Royaume-Uni n'est plus en position marginale mais retrouve au contraire son rôle traditionnel de partenaire privilégié des Etats-Unis ;

- La Russie de Poutine sera elle aussi, d'une autre manière, réintégrée dans le jeu    international, y compris européen, avec le risque que s’établisse un duopole américano-russe sur l'Europe occidentale.  

On ajoutera qu'en cas de crise, analogue à la crise grecque, rien n'assure que Washington viendra à la rescousse de Bruxelles pour forcer un accord de dernière minute, comme cela fut le cas en juillet 2015.

Face à ces données radicalement nouvelles, il est urgent de reconfigurer les institutions européennes pour les adapter à la   situation géopolitique qui en résulte. L'Europe doit "ouvrir ses fenêtres" aux partenaires de son environnement proche et sortir d'une opposition frontale entre les "in" et les "out » qui s'avèrera très vite suicidaire.

 

Au lieu d'un trou noir, une galaxie

 

La solution : s'orienter résolument vers un schéma d’Europe à la carte (qui s'applique déjà d'une certaine manière, tous les membres actuels de l'UE n'étant pas dans l'euro). Remplacer des institutions centrales monolithiques qui, à vouloir concentrer toutes les compétences, pourraient vite devenir un "trou noir », par une galaxie d’agences thématiques spécialisées, sur la modèle de l’Agence spatiale européenne ou de l’OCCAR. Les différents sujets d'intérêt européen qui sont aujourd'hui  traités à Bruxelles  pourraient continuer de  l'être , par le même personnel le cas échéant, mais la participation à chacune de ces agences serait "à géométrie variable",  certains membres actuels pouvant s'en retirer et certains pays aujourd'hui à l'extérieur,  comme désormais  le Royaume-Uni, mais aussi  la Russie et pourquoi pas  la Turquie ou  le Maroc , pouvant adhérer à  l'agence correspondante ou  se joindre à elle pour telle ou telle action. La coopération politique, appuyée sur un secrétariat spécifique, suivrait le même modèle, avec la possibilité d’associer certains pays tiers en fonction de l'ordre du jour.

L'autre solution, aujourd'hui envisagée dans les milieux européens, mène à une impasse. Elle consiste à dire : face aux risques de marginalisation, pour continuer à "peser », l’Union européenne telle qu'elle existe doit serrer les rangs, défendre   très fort l’acquis, s’intégrer si possible davantage.  Concrètement, durcir le Brexit pour punir Londres, maintenir les sanctions envers la Russie (alors même que les Etats-Unis vont les lever bientôt !), continuer de battre froid Donald Trump au nom des "valeurs ».  Qui ne voit que cette voie est une impasse ?   Elle conduirait à placer l'Ouest du continent sous un contrôle encore plus étroit de l'Allemagne, dont la chancelière est affaiblie par ses frasques migratoires   et mal vue par Trump. Qui imaginerait d'ailleurs que l’Allemagne, bordée par une France nécessairement inféodée et donc sans poids, pourrait résister à    Washington, Londres et Moscou coalisés ? Comme aux "heures les plus sombres de notre histoire » !  Le plus probable dans un tel schéma est que les Allemands ne seraient plus que la courroie de transmission du nouveau pouvoir international. On aurait là l'aboutissement paradoxal de soixante ans de "construction européenne : les affaires l’Europe décidées entièrement en dehors d'elle. 

Une Europe à géométrie variable permettrait au contraire, à la fois d'atténuer la rigueur du Brexit et d’éloigner la Russie de la tentation du duopole en la réintroduisant dans quelque chose comme un nouveau « concert européen », de rompre ainsi le front de la mise en tutelle. Même perspective pour la Turquie aujourd'hui contrainte à s'inféoder à Moscou.

Même s'il ne préjuge pas de l'avenir de l'euro avec lequel il n'est pas formellement incompatible, ce schéma obligera les adeptes d’une intégration sur le   modèle monnetiste au sein d'un super-Etat périmant peu à peu les Etats-nations, avec ses frontières, son armée, son drapeau, et pourquoi pas ses timbres, à en faire leur deuil. 

Mais qui ne voit que le modèle de l'Europe bloc contredit la complexité qui est au cœur du génie européen. Comme le dit Jean-Jacques Rosa [1], il s'oppose aux tendances modernes privilégiant, non les constructions monolithiques, mais les   organisations plurielles, souples, interconnectées sans hiérarchie stricte. Ajoutons qu'au moment où la Russie est débarrassée du communisme et les Etats-Unis de ce projet mondial qu’était aussi le néo-conservatisme, le monde    s’éloigne, pour le plus grand bien de la paix, des modèles idéologiques du XXe siècle auxquels on peut, même de manière atténuée, assimiler le projet européen de l'après-guerre.

La réorganisation des institutions européennes que nous proposons n’est pas une option. Qui peut croire que l'édifice actuel (ou ce qu'il en reste) pourra se maintenir longtemps en excluant frontalement les deux principaux centres financiers de la planète (New York et Londres) et la première puissance énergétique et militaire du continent ? 

 Si l'Union européenne ne procède pas à une réforme rapide de ses institutions, dont la France pourrait prendre l’initiative, on peut craindre qu'elle ne coure à une cataclysmique dislocation.

 

                                                           Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

[1] Jean-Jacques Rosa, L'erreur européenne, Grasset.

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 22:17

 

VERS UNE EUROPE   AUTORITAIRE ET GHETTOÏSEE

 http://www.causeur.fr/vers-une-europe-autoritaire-et-ghettoisee-36846.html

La conjonction de vagues migratoires hors de contrôle, d'attentats terroristes de grande ampleur et d'une restriction des libertés (loi sur les écoutes, état d'urgence) allant jusqu'à une réforme de la constitution qui   inquiète même le Conseil de l'Europe, pourrait bien dessiner les traits de l'Europe vers laquelle nous allons : ghettoïsée, conflictuelle et autoritaire.

Les tenants de la société multiculturelle pensent que la diversité des communautés allogènes implantées dans les pays européens constituera un enrichissement pour le pays d'accueil par la multiplication de échanges et le croisement des cultures qu'elle suscitera, pouvant aller jusqu'au métissage. Cela est vrai, au moins en partie, quand les dites communautés ne sont qu'une petite minorité, trop réduite pour rester dans l'entre-soi et pour apparaître comme une menace.  Chacun de ses membres a de fortes chances de rencontrer, à l’école, sur les stades ou au travail des autochtones et de s'assimiler à leur mode de vie. Les autochtones ne sentant pas leur primauté remis en cause, se montrent accueillants et ouverts aux échanges.  Il n'en est plus de même quand les dites communautés se font   nombreuses. Les nationaux ont moins envie d’échanger. Les immigrés ou fils d'immigrés ont moins de chances de les rencontrer notamment dans des écoles devenues monocolores. En France, la reprise de la fécondité immigrée depuis quinze ans laquelle s'était jusque là plus ou moins normalisée, est un marqueur de la communautarisation, de pair avec la préférence des mâles pour des femmes qu'ils font venir du pays, plus dociles que leurs voisines de palier.  Au terme :  une société d'apartheid telle que l'Allemagne en montre l'exemple depuis longtemps : à Berlin il n'y a pas d'Allemands dans les quartiers turcs et très peu de Turcs dans les quartiers allemands. Plus les populations immigrées seront importantes, plus la séparation sera grande.

 

 

Des tensions prévisbles

 

Les relations de ces communautés seront, qu'on le veuille ou non, conflictuelles. Sans doute, le nombre de musulmans impliqués dans les actes terroristes est-il infime par rapport à leur nombre total :   1 sur 1000 si on se réfère au fichier S, lui-même très extensif et qui comprend d'ailleurs aussi des convertis. Mais ces actes auront statistiquement et toutes choses égales par ailleurs deux fois plus de chances de se produire si la population allogène devient deux fois plus nombreuse. Ils contribuent et contribueront à durcir les relations intercommunautaires, à entretenir la méfiance et l'hostilité dont les effets seront seulement tempérés par la séparation des communautés.  En outre le terrorisme n'est pas la seule forme de l’agressivité réciproque des communautés : la délinquance ordinaire, les "incivilités » ou alors les réflexes d'autodéfense des autochtones y contribueront aussi.

Malgré les exemples de pays comme le Liban, la Bosnie, Ceylan qui montrent que des communautés religieuses d’importance comparable[1] ne peuvent coexister longtemps de manière pacifique, on peut penser que ce n'est pas ce genre de guerre ouverte qui menace immédiatement l'Europe. Mais, comme l'a montré Pierre Manent [2] , la démocratie ne peut prospérer que dans une communauté relativement homogène On peut craindre que l'hétérogénéité au contraire lui soit fatale. C'est une loi historique que plus une société est hétérogène, plus il faut un pouvoir fort pour y maintenir la paix civile.

 

Menaces sur les libertés

 

On ne voit que trop comment un pouvoir socialiste qui proclame à tout va son attachement aux valeurs républicaines, conforte chaque jour sa légitimité par une gesticulation sécuritaire qui entretient la psychose de l’attentat et habitue insensiblement les esprits à un régime d'exception. S'il est vrai que des failles dans le dispositif policier ont fait obstacle à ce que les attentats de Charlie et du Bataclan aient été détecté à temps, personne n'a considéré que ces failles provenaient de lacunes juridiques, seulement de dysfonctionnements des services. Il est probable que leur vigilance ayant été aiguisée par les évènements, ils mettront un point d'honneur à mieux prévenir les attentats et donc à diminuer les risques que court la population. Il reste qu'avec l'état d’urgence, tout citoyen français peut craindre de voir au milieu de la nuit débarquer la police chez lui pour y effectuer une perquisition sans mandat judicaire.  Il est aussi vrai que depuis la loi du 24 juillet 2015 sur le renseignement, la plupart des gens font attention au contenu de leurs courriels craignant qu'ils ne soient interceptés et utilisés contre eux. Ces moyens juridiques d'exception ont été notoirement utilisés contre des personnes, écologistes, identitaires ou autres qui n'avaient rien à voir avec les réseaux terroristes. Sans aucune nécessité, on veut réformer la constitution alors même qu'une démocratie forte devrait garder ses lois fondamentales sauves quelles que soient les circonstances[3].

S'il est vrai, comme on le dit, que les évènements que nous avons vécus ne sont rien à côté de ceux qui nous attendent (il faut espérer le contraire !), alors les restrictions de libertés que nous aurons à connaitre dans le futur seront encore plus considérables.

Cela ne concerne pas que la France. Une fois l’euphorie de la politique d'accueil de Merkel passée, qui sait ce que nous réserve ce pays dont les oscillations extrêmes ont déjà ébranlé l'Europe ?  

Il est des gens, en France et en Europe, qui imaginent qu'une politique d’accueil large et généreuse rendra les gens meilleurs et la société plus prospère et démocratique, qu'elle fera progresser les droits de tous à commencer par ceux des migrants. Certains sont même prêts à faire émerger cette société vertueuse par la force d'une loi impitoyable au moindre écart de langage.  Ils devraient être refroidis par les perspectives qui se dessinent. Ce n'est pas la première fois dans l'histoire contemporaine que les bons sentiments amènent des catastrophes ; c’est même plutôt là la règle que l'exception.  Nos anticipations ne découlent de rien d'autre que d’une connaissance objective de la dynamique des sociétés de tous les temps et de l'extrapolation de ce qui se passe sur notre sol depuis quelques mois.

 

                                               Roland HUREAUX

 

 

 

 

[1] Ce qui ne veut pas dire un poids démographique équivalent.  Le nombre d'adeptes actifs de chaque groupe, ses appuis extérieurs, importent aussi

[2] Pierre Manent, La Raison des nations : Réflexions sur la démocratie en Europe. Gallimard, collection "l'esprit de la cité", 2006. 

[3] Ce qui fut le cas de la IIIe République en guerre de 1914 à 1918 ou des Etats-Unis jusqu'au 11 septembre 2001

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 22:16

EURO : FIN DE PARTIE REMISE

http://www.causeur.fr/grece-euro-merkel-obama-33817.html/comment-page-1

 

"Cette fois l'euro est sauvé, la crise grecque est terminée ". Un concert de satisfaction a salué, tant dans    les sphères du pouvoir que dans  la sphère médiatique, l'accord qui a été trouvé le 13 juillet à Bruxelles entre le gouvenrment Tsipras et les instances européennes - et  à travers elles,  les grands pays, Allemagne en tête .

Etonnante illusion : comme si la diplomatie pouvait venir à bout  du réel. N'est ce pas Philippe Muray qui a dit un jour : "Le réel est reporté à une date ultérieure " ?  

Il n'y a en effet aucune chance que cet accord résolve quoi que ce soit.

Passons sur le revirement étonnant d'Alexis Tsipras qui organise un référendum  où le "non" au plan de rigueur de l'Europe est plébiscité avec plus de 62 % de voix  et qui, immédiatement après,  propose  un plan presque aussi rigoureux.  

 

Aide contre sacrifices

 

Ce plan  a trois volets : les dettes de la Grèce doivent être étalées ; jusqu'où ?  On ne sait pas encore, cela ne sera décidé qu'en octobre . La Grèce recevra de nouvelles facilités à hauteur  de 53 milliards d'euros (remboursables), plus le déblocage de 25 milliards de  crédits du plan Juncker (non remboursables). Elle doit en contrepartie faire voter sans délai un certain nombre de réformes : augmentation de la TVA, recul de l'âge de la retraite , lutte renforcée contre la fraude fiscale etc.

Le volet réforme correspond-t-il à une vraie logique économique ?  Appliquées immédiatement,  ces mesures plomberont un peu plus l'activité , comme toutes celles que l'on inflige à la Grèce depuis quatre ans. Ne vaudrait-il pas mieux que  ce pays  consacre les ressources nouvelles à l'investissement et ne soit tenu de revenir  à l'équilibre qu' au moment où la croissance , grâce à ces investissements, repartira. Quel  pays a jamais restauré ses grands  équilibres dans la récession ?  

Moins que de considérations techniques, cette exigence de réformes ne s'inspire-t-elle pas plutôt du vieux moralisme  protestant :   aider les pauvres , soit mais seulement s'ils font des efforts pour s'en sortir; quels efforts ? peu importe  pourvu qu'ils en bavent !

Quoi qu'il en soit,  pour redevenir solvable et donc rembourser un peu de ce qu'elle doit, la  Grèce doit avoir des comptes extérieurs non  seulement  en équilibre  mais excédentaires. Pour cela elle doit exporter.

Pourquoi n'exporte-t-elle pas aujourd'hui , et même achète-t-elle  des produits comme les olives? Parce que ses coûts sont trop élevés. Pourquoi sont-ils trop élevés ? Parce qu'ils   ont dérivé  plus que dans les autres pays de la zone euro  depuis quinze ans. Et quoi que prétendent  certains experts, cela est irréversible.

 

 

Aucun espoir sans sortie de l'euro

 

La Grèce a-t-elle  un espoir de devenir excédentaire en restant dans l'euro ?  Aucun.

Seule une  dévaluation  et donc une sortie de l'euro qui diminuerait ses  prix internationaux d'environ un tiers   lui permettrait de reprendre pied sur les marchés.

C'est dire que l'accord qui a été trouvé , à supposer que tous les Etats l'approuvent, sera remis en  cause dans quelques mois quand on s'apercevra que l'économie grecque ( à ne pas confondre avec le budget de l'Etat grec) demeure déficitaire  et qu'en conséquence, elle  ne rembourse toujours rien.    

On le lui a assez dit  : cette sortie-dévaluation sera dure au peuple grec, du fait de l'augmentation des produits importés, mais elle lui permettra au bout  de quelques mois de  redémarrer.  Sans sortie de l'euro, il y aura aussi des sacrifices mais pas d' espoir.

Nous pouvons supposer que les experts qui se sont réunis  à Bruxelles savent tout cela. Ceux du FMI l'ont dit, presque en ces termes.  Les uns et les autres  ont quand même signé. 

Les Allemands qui ont déjà beaucoup prêté à la Grèce et  savent  qu'ils ne récupéreront rien de leurs créances, réformes ou pas,   ne voulaient pas s'engager d'avantage . Ils ont signé quand-même . Bien plus que l'attitude plus flexible  de François Hollande, c'est une pression aussi ferme que discrète des Etats-Unis qui a contraint Angela Merkel à accepter un accord, envers et contre une opinion allemande remontée contre les Grecs.

Quant à Tsipras, a t-il dû lui aussi céder aux mêmes pressions ( de quelle manière est-il tenu ?) ou joue-il double jeu pour grappiller encore quelques avantages avant une rupture définitive - qui verrait sans doute le retour de    Yannis Varoufakis.  Le prochains jours nous le diront. 

 

Le médiateur discret

 

On ne comprend rien à l'histoire de cette crise si on ne prend pas en compte , derrière la scène, le médiateur discret de Washington     qui,  pour des raisons  géopolitiques autant qu'économiques, ne souhaite ni la rupture de la Grèce,  ni l'éclatement de l'euro.

Cette donnée relativise tous ce qu'on a pu dire  sur les tensions du  "couple franco-allemand" ( ça fait cinquante ans que le Allemands nous font  savoir qu'ils n'aiment  pas cette expression de "couple"  mais la presse continue inlassablement de  l'utiliser  ! ) . Au dictionnaire des idées reçues : Merkel la dure contre Hollande le mou. Merkel , chancelière de fer,  qui tient entre  ses mains le destin de l'Europe  et qui  a imposé son diktat à la Grèce. Il est certes important de savoir que les choses sont vues de cette manière (  et une  fois de plus notre piteux Hollande a le mauvais rôle !). Mais la réalité est toute autre. Ce que l'Allemagne voulait imposer n'est rien d'autre  qu'un principe de cohérence conforme aux traités qui ont fondé l'euro. Ce que Tsipras a concédé, c'est ce qu'il  ne tiendra de toutes les façons pas  parce qu'il ne peut pas le tenir .  Merkel a été contrainte à l'accord par Obama contre son opinion publique. La "victoire de l'Allemagne" est doublement illusoire :    elle ne défendait pas d'abord  ses intérêts  mais la logique  de l'euro;  cette logique, elle ne l'a imposée que sur le papier .

Mais pourquoi donc tant d'obstination de la part de l'Europe de Bruxelles, de la France et de l'Allemagne   ( et sans doute de l'Amérique) à trouver une solution à ce qui dès le départ était la quadrature du cercle ? Pourquoi tant de hargne vis à vis des Grecs et de tous ceux qui ont plus ou moins pris leur défense , au point d'anesthésier tout débat économique sérieux ?  

Le Monde  a vendu la mèche en titrant en grand: "L'Europe évite l'implosion en gardant la Grèce dans l'euro"  . Nous avons bien lu : l'Europe et pas seulement l'euro.  Bien que la Grèce ne représente que 2 % du PIB de la zone euro, son maintien dans cette zone conditionne la survie  de l'euro. Mais par delà l'euro , c'est toute la construction européenne qui semble devoir être  remise en cause si la Grèce sortait et     si, du fait de la Grèce,  la zone euro éclatait. Là encore le paradoxe est grand :  comment de si petites causes peuvent-elles  avoir de si grands effets ? Ce simple constat montre , s'il en était besoin, la fragilité de l'édifice européen. Cette fragilité réapparaitra qu'on le veuille ou non,  jusqu'à la chute de ce qui s'avère  de plus en plus n'être qu'un château de cartes.

Devant une telle perspective, les Européens, ont dit " de grâce, encore une minute,  Monsieur le bourreau" . Une minute ou quelques mois mais  pas beaucoup plus.

 

                                                           Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 22:15

L'INCONSCIENCE DES REPUBLICAINS

http://www.causeur.fr/primaire-lr-presidentielle-2017-sarkozy-juppe-fillon-38602.html

Etonnants républicains : au moment où le gouvernement rencontre les pires difficultés à faire passer la loi El Khomri  qui réforme le Code du travail a minima, les candidats à la primaire de droite se livrent à une surenchère libérale annonçant une révolution qu'ils veulent  sans précédent : retour aux  39 heures, retraite à 65 ans,  fin des régimes spéciaux, refonte en profondeur   du Code du travail,   réduction drastique des  effectifs de fonctionnaires, 100  milliards d'économies budgétaires et hausse de la TVA ( donc baisse des salaires réels  ! ) , mesures accompagnées  d'autres  qui ne toucheront pas au niveau de vie populaire,  telle la suppression de l'ISF,  mais ne feront pas nécessairement plaisir  à l'immense majorité qui ne le paye pas :   un Fouquet's programmatique en quelque sorte.      

Beaucoup de ces réformes à prétention libérale ont un air de déjà vu : sélection à l’entrée des universités (qui avait, bien inutilement, mis le feu au pays en 1986), nouvelles refontes territoriales (dont il ne semble pas que les candidats mesurent la lassitude et   le désarroi qu’elles suscitent chez les Français) etc.    

Dans cette surenchère, Juppé semble aujourd'hui en pointe mais Sarkozy et Fillon et ne sont pas en reste. La tonalité des campagnes de Le Maire ou Copé n’est pas différente.

Nous ne ferons pas aux uns et aux autres l'injure de penser qu'il ne s’agit là que de poses pour séduire à la primaire un électorat de droite   largement conditionné par des prescripteurs à qui cette rhétorique libérale plait : patronat petit et grand, think tanks libéraux de tout poil, sans oublier nos partenaires européens. Non, les candidats y croient vraiment.  Mais il  est une question à laquelle ils  ne répondent pas :  comment feront-ils pour faire passer de telles réformes  alors que la gauche elle-même n'y arrive pas ?  

Fillon compte sur l'"état de grâce" qui lui permettra, pense-t-il, de faire adopter certaines   par référendum. La règle d'or par exemple. Juppé veut commencer son quinquennat par un "choc".

 

Quelle légitimité ?

 

Tout cela est bien joli.  Mais quelle légitimité auront-ils ?

Les politologues l'observent : le fameux état de grâce est de plus en plus court.

Il est plus que probable que le candidat de la droite classique sera élu au second tour contre un candidat du Front national avec un écart assez faible, témoignant à lui seul d’un profond mécontentement du pays.    Il le sera avec des voix de gauche. Cela devrait, en théorie, lui permettre de s'appuyer sur tout l'"arc républicain" pour entreprendre des réformes vigoureuses, mais l'expérience du passé montre que c'est le contraire qui se passe. Jacques Chirac, élu en 2002 avec 80 % des voix, ne se crut pas pour autant autorisé à faire des réformes en profondeur car il ne voulait pas contrarier la gauche dont il avait recueilli les voix.  Les présidents de région élus récemment dans des    conditions analogues se sont sentis tenus, à tort ou à raison, de faire tout de suite des concessions à la gauche pour lui marquer leur reconnaissance.

La gauche, malgré sa faiblesse actuelle, dispose dans le pays réel, de relais qui lui permettent de contrôler en partie au moins les remous sociaux occasionnés par ses tentatives de réformes. On la soupçonne même de   se servir de ces relais extrémistes, antifas et autres, pour discréditer, en entretenant des   violences, l’opposition syndicale. Qu'importe !  Si la droite, au temps de Pasqua, eut autrefois de tels relais, elle n’en a plus aucun aujourd'hui.

Il fut un temps où la grande presse se partageait, certes inégalement, entre la droite et la gauche. Aujourd’hui, elle semble presque entièrement acquise à la gauche.  Cela ne la conduit certes pas   à faire preuve d'indulgence pour un Hollande au bout du rouleau, mais ne nous leurrons pas : très vite, elle en aurait encore moins pour un gouvernement affiché à droite.

Reagan et Thatcher purent faire des réformes libérales profondes mais ils n'étaient pas que libéraux, ils jouaient aussi sur la fibre nationale, voire nationaliste.  Nulle orientation de ce genre chez les candidats LR dont aucun (sauf Myard et Poisson qui ne font pas la course en tête) ne remet en cause la dépendance actuelle à l'égard des contraintes euro-atlantiques.  En définitive qu'offrent-ils en échange d'une remise en cause de ce que beaucoup tiennent encore pour des acquis sociaux : un peu plus de sécurité publique, un meilleur contrôle de l'immigration : avec quelle crédibilité ?  Une réforme en profondeur de l 'école ?  Même pas. Une remise en cause des dérives sociétales :  surtout pas, politiquement correct oblige.  D’ailleurs, la plupart des réformes promises par la droite sont-elles autre chose que la transposition de directives de Bruxelles ? Tout comme d’ailleurs les rares propositions qui émanent d'un Macron.

Or c'est là que le bat blesse. Pour exiger des gens des sacrifices courageux, il faut soi-même donner le sentiment de faire preuve de courage. Quoiqu' ils n'en    soient pas toujours   conscients, les Français sentent bien que les réformes libérales, même si certaines sont nécessaires, visent à satisfaire des donneurs d'ordres étrangers (Bruxelles, Berlin ou d’autres), que ces ordres sont répercutés par des "princes esclaves" selon l'expression de Gaston Fessard. Piètre posture pour exiger "du sang et des larmes".     

Ajoutons que les réformes libérales sont plus faciles à faire en période de croissance : il est plus aisé par exemple de rétablir l'équilibre budgétaire quand les rentrées fiscales augmentent, de supprimer des postes de fonctionnaires quand le secteur privé recrute, d'augmenter le temps de travail quand on peut en même temps augmenter les salaires. Rien de tel ne se profile à l'horizon 2017. L'assouplissement du Code du travail a lui-même peu de chances de se traduire par des recrutements   massifs si les conditions macroéconomiques d'une reprise ne sont pas au rendez-vous.  

La convergence des propositions des candidats républicains   ne tient pas seulement au conformisme technocratique :   ne remettant évidemment pas en cause l’euro, ils n’envisagent pas non plus des solutions alternatives comme un vigoureux transfert des charges sociales sur la TVA dite "TVA sociale" (assortie d'une hausse des salaires à due proportion, sinon la mesure apparaitra elle aussi pénitentielle). A l'intérieur des   contraintes dans lesquelles ils inscrivent leur projet, la seule solution qu'ils voient pour relancer la croissance est la politique dite de l'offre : faciliter l’initiative des chefs d'entreprise en améliorant leur situation financière et réglementaire vis à vis du reste de la population. Une telle politique serait sans doute acceptée par les Français s’ils étaient sûrs de son efficacité, ce qui n'est évidemment pas le cas, non sans raisons. Sans compter le risque qu'une compression brutale des dépenses publiques et privées n'enfonce davantage encore le pays dans la récession.

Le plus probable à ce jour est que le prochain président soit issu des rangs des Républicains. La règle à suivre par ceux qui conseillent les candidats à la primaire de ce parti ne devrait pas être seulement "plus libéral que moi tu meurs », mais :  "comment éviter que la nouvelle majorité ne soit carbonisée en trois mois ?"  Autrement dit, comment ne pas réitérer les mésaventures de 1986 et 1995 : toute la population dans la rue aux premières réformes ?  Mais qui s'en souvient ? C'est alors en effet qu'aurait   lieu l'explosion que tout le monde attend depuis des mois, voire des années.  Les réformes en seraient définitivement discréditées et la gauche, malgré son épuisement idéologique, se trouverait une fois de plus, remise   en selle.

 

                                                                                   Roland HUREAUX   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 22:14

CE QUE N'A PAS VU TODD : LES CATHOLIQUES QUI NE SONT PAS "CHARLIE"

http://www.atlantico.fr/decryptage/que-pas-vu-todd-catholiques-qui-ne-sont-pas-charlie-roland-hureaux-2180458.html

Les familiers des travaux d'Emanuel Todd savent ce qu'est pour lui un catholique "zombie » : quelqu'un qui a eu une éducation catholique, qui n'a plus la foi, mais en garde cependant des structures de comportement inconscientes.  Voltaire, Diderot, Ernest Renan, Emile Combes étaient en ce sens des catholiques zombies : tout le contraire, on le voit, d’enfants de Marie !

Il y a aussi des protestants zombies, des juifs zombies (et pas n'importe qui : Marx, Freud, Husserl, Marcuse, Derrida et tant d'autres figures fondatrices de la culture contemporaine) et déjà, modernité oblige, Todd pense qu'il y en aura de plus en plus, des musulmans zombies.

La particularité des catholiques zombies est que c'est parmi eux que se recrutent les plus fanatiques adversaires du catholicisme, ce qui n'est, semble-t-il, pas le cas pour les autres groupes. Même en comptant Marx, il ne semble pas que les juifs émancipés aient jamais été les pires antisémites ! 

C'est dire que le dernier essai de Todd qui insiste tant sur les "catholiques zombies » crispera sans doute autant les dits zombies que ceux qui ne le sont pas et qui prendront mal d'avoir à porter les errements de leurs ennemis. Nous éviterons donc cette expression.

Dans le détail, on pourrait trouve quelques approximations dans l’essai de Todd. Il semble oublier que la plus grande manifestation et de loin a eu lieu à Paris, dans ce qui n'est pas précisément un vieux fief de catholicité (au moins depuis le XVIIIe siècle). Comme nous le disait un lecteur critique : "il semble oublier que Paris est dans le Bassin parisien". Ramener le monde catholique de jadis à un Ouest supposé hiérarchique est très simplificateur. Si on se réfère à ses travaux antérieurs, l'Ouest est bien moins hiérarchique que le Pays basque ou le Sud du Massif central qui, après avoir été des fiefs huguenots au XVIe siècle sont devenus des fiefs catholiques au XIXe. Au demeurant la Gascogne précocement républicaine (et malthusienne : cf. Armengaud) est tout autant que le Pays basque un pays de famille souche. Toujours selon ses travaux antérieurs, la Vendée a la même anthropologie individualiste et égalitaire que le Bassin parisien mais dans l’attachement de celle-ci à la religion, l'histoire, une histoire tragique, a compté davantage que l'anthropologie, laquelle explique beaucoup de choses mais pas tout. Quant au raccourci culture inégalitaire, région catholique, pétainisme, antisémitisme, il vient tout droit du dictionnaire des idées reçues. Todd ignore visiblement les travaux de Simon Epstein. Il ignore aussi que l'antisémitisme des années trente était un phénomène parisien ou à la rigueur urbain : comment les paysans de France qui n'avaient jamais vu un juif de leur vie (à la différence de ceux d’Allemagne et de Pologne) auraient-ils pu être antisémites ?  On pourrait être inquiet de telles approximations si on ne faisait confiance à la rigueur scientifique de l'auteur.

A ces nuances près, il n'y a rien à objecter à la thèse centrale de Todd : le groupe dominant en France aujourd’hui est celui des classes moyennes issues du monde catholique, que ce soit en termes sociaux ou géographiques (le grand Ouest), mais déchristianisées. Qu'on les appelle "bobos" ou "deuxième gauche", ils tiennent le parti socialiste et ont soutenu le choix de l'euro ;     tributaires d’une culture catholique désormais inconsciente, ils imposent une austérité doloriste (et deloriste !)  Et un néo-libéralisme à l'anglo-saxonne à caractère inégalitaire. Quoique brandissant les valeurs de la République, ce sont de faux républicains. François Hollande, de parents catholiques mais qui a viré au laïcisme le plus raide (souvenons nous de son refus de dire que les Egyptiens massacrés en Libye étaient des chrétiens) en est une figure emblématique.

Chesterton disait que "le monde moderne est rempli de valeurs chrétiennes devenues folles ». Tout ce qui fait aujourd’hui la sensibilité de   gauche : l'Europe, l'écologie, l'ouverture à l’homosexualité, les langues régionales, le multiculturalisme peut être en effet assigné à une sensibilité chrétienne dégénérée.

Que les manifestants de janvier aient profité de l'affaire Charlie pour exprimer un anti islamisme inavoué, refoulé par les bons sentiments de gauche, est aussi probable, mais cela ne vaut pas seulement pour la deuxième gauche.

Todd n'a pas non plus tort de penser que la grande manifestation « Je suis Charlie" du 11 janvier 2011 a été faite principalement par les pro-euro. Une manifestation de dominants qui laisse de côté deux groupes dominés : la vieille classe ouvrière française et l'immigration musulmane et qui ne réclame rien moins que le droit pour le groupe dominant de blasphémer la religion d'un groupe plus faible !  

Ces pro-euro sont des ex-chrétiens, soit, mais que pourraient-il être d'autre ? Pierre Chaunu aimait à dire que de la France cléricale qui   représentait   la moitié de la population en 1905, descendaient les trois quarts de la France de 1960 du fait du différentiel de natalité entre une France catholique féconde et une France républicaine malthusienne (cf. le triste Paris sans enfants des années trente dans les romans de Simenon). Le grand historien appelait cela la "sélection spirituelle". Mais une partie des catholiques, transfuges, venait à mesure reconstituer le vivier   républicain   dans une France où les Lumières étaient toujours hégémoniques, au sens gramscien du terme. Deux générations après, et l 'accélération de la déchristianisation dans le dernier tiers du XXe siècle aidant, les néo-républicains n'ont pas seulement pris la place des anciens dans la rue, ils l'ont prise dans la France elle-même. La classe ouvrière où Todd voit le reste des républicains d'autrefois est en fait le résultat d’un brassage complexe où l'immigration ancienne a sa part. Même ralliée au Front national, elle est une survivance.

 

Les catholiques qui ne sont pas Charlie

 

Persuadé que le catholicisme est en voie d'extinction en France (les constituants de 1789 le pensaient déjà !), Todd, cependant, ignore ou sous-estime l’existence d'une frange de catholiques qui ne sont pas "zombies » et dont la plupart ne s’est nullement reconnue dans Charlie, beaucoup ayant perçu au contraire dans la manifestation du 11 janvier un rejet subliminal, non seulement de l'islam mais de toutes les religions. Eux aussi ressentent ce que Todd dénonce à juste titre : "cette nouvelle menace à la liberté de croyance qu'est le laïcisme radical".

Cette frange de catholiques "non zombies", de plus en plus nombreuse à chaque génération, d’autant que les déperditions y sont sans doute plus limitées aujourd'hui qu'en Mai 68, explique l ' ampleur de La Manif pour tous, sans équivalent dans le reste de l'Europe : en réduisant, par vengeance, les prestations familiales des classes moyennes, Valls ne s'est pas trompé de cible. Mais cette frange explique surtout   le différentiel qui fait de la France le seul grand pays d'Europe où la population se renouvelle encore à peu près (taux de fécondité : 2 pour une moyenne de 1,6 en Europe).   

Les Français ne font en effet pas exception à la règle posée par Adolphe Landry :  les sociétés athées sont vouées à l'extinction. Ils ne sont pas, contrairement à ce que pense Todd, des athées heureux qui "font » des enfants quand-même.  La population française se perpétue mieux que d'autres par des minorités religieuses arc-boutées sur un sentiment identitaire fort, en particulier une minorité catholique, qui fournit d’ailleurs l’essentiel des cadres de son Eglise et de son armée et, avec ou sans apostasie, une bonne partie de ses élites, même de gauche. 

Il y a donc bien trois pôles dans la société française mais pas tout à fait ceux que voit Todd : le pole dominant, post (et anti) -catholique, pro-euro, pro-homo et antirusse, un pole catholique persistant, généralement prorusse, pro ou anti-euro, selon sa position sociale, et un pole musulman. Si les musulmans de France s’intègrent plus qu'on ne croit, il faut le confirmer par d’autres indicateurs que les mariages mixtes : un jeune Français issu de l'immigration qui épouse sa voisine de palier étudiante en jean moulant, c'est un mariage franco-français ; s'il préfère, comme cela se fait de plus en plus, aller chercher au bled une cousine vierge, c'est un mariage mixte ! Lequel intègre mieux ?

Les musulmans de France, qui avaient voté à 90 % Hollande, se sont abstenus massivement   aux municipales, révulsés par le mariage unisexe et l'ambigüité des socialistes à leur égard. Seule la maladresse insigne de l'UMP - qui vient d'organiser un bien inutile colloque sur   l'Islam -, pourrait empêcher qu'ils finissent à la droite modérée.   

Dommage car c'est de ce groupe désormais central de la politique française, qui va de DLF au MODEM en passant par "les Républicains », que dépend l’issue du dilemme justement posé en conclusion par Emmanuel Todd :  une confrontation suicidaire excitée par l'ultra-laïcisme ou un compromis fondé sur l'acceptation, dans les limites de la paix civile, du fait religieux.   

 

                                                           Roland HUR

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 22:13

ET SI LES TERRORISTES ALLAIENT EN ENFER ?

http://www.bvoltaire.fr/rolandhureaux/et-si-les-terroristes-allaient-en-enfer,27514

Pour se faire entendre des terroristes ou candidats au terrorisme, peut-être faudrait-il parler le même langage qu'eux ?

Apparemment, ces gens croient à une vie après la mort.

Jusqu'ici ils n'ont entendu que les promesses de Daesh, peut-être relayées par quelque imam salafiste : s'ils meurent en tuant   un mécréant, ils iront   tout droit au paradis.   

Cela, quel que soit leur comportement sur cette terre : délinquance (le Coran condamne les voleurs à avoir la main coupée : c'est donc un péché !), alcool, tabac, fornication, consommation de porc sont effacés d'un coup par le sacrifice ultime.  

Peut-être faudrait-il leur rappeler que la religion chrétienne, singulièrement la catholique, est d'un autre avis : qui meurt en commettant un meurtre, sans avoir donc eu le temps de se repentir, risque fort d'aller en enfer.

L'Eglise ne l'affirme certes pas comme une certitude (elle ne préjuge jamais de ce qui arrive dans l'au-delà) mais elle en signale très fort le risque.

A cela les Conciles n’ont rien changé : c'est toujours le dogme.

Qui peut le leur dire ? Pourquoi pas les évêques, avec tout l'autorité qui est la leur.

On dira qu’ils ne le croiront pas : ils sont musulmans et seul compte pour eux, pense-t-on, le Coran (qu'ils n'ont généralement pas lu).

Ce n'est pas certain.

D'abord le Coran parle de l’enfer à presque chaque page. C’est une notion qu'ils connaissent bien. Une autorité religieuse qui leur en parlerait aussi gagnerait auprès d'eux en crédit. Plus en tous cas que par des paroles onctueuses du le dialogue des religions.

Ensuite les vrais musulmans ont une déférence superstitieuse pour toute autorité religieuse, même et surtout chrétienne.

Pas ceux qui ont tué le père Hamel dira-t-on. Qu'en sait-on ? Ils ont probablement exécuté un ordre, peut-être en se forçant.

La menace de l'enfer contribuerait au moins à semer chez eux le doute :  "Et si je me trompais ? Et si ce monsieur en habit chamarré portant mitre, si c'était lui qui avait raison ? ".   Alors adieu les 72 vierges :   en lieu et place, une éternité à griller. C'est tout de même un risque.

Surtout si une partie de leurs imams relayaient cette menace de l'enfer.

Quand le leur dire ?

L'invitation faite aux musulmans à leur initiative d'assister à la messe dimanche dernier aurait pu être une occasion. Mais ils n'étaient pas très nombreux : en cette saison, la plupart sont en vacances dans leur pays d'origine. Il y en aura sans doute d'autres.

En tous les cas, il n'y a aucun risque à dire que ceux qui meurent en tuant risquent l’enfer. Et principe de précaution oblige, peut-être que certains candidats au djihad y regarderont à deux fois avant de commettre un nouvel attentat.

 

                                                                       Roland HUREAUX

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 22:12

 

LIBRE ENTREE DES TURCS EN EUROPE : EN ECHANGE DE QUOI ?

http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2016/05/20/31002-20160520ARTFIG00209-libre-entree-des-turcs-en-europe-o-est-la-contrepartie.php

L'Union européenne a accordé à la Turquie le droit d 'entrée sans visa de ses ressortissants sur le territoire de l’Union européenne à partir du 1er juin.

En échange de quoi ?

Le 18 mars, au moment  de la réunion du Conseil  européen, le président Erdogan prononçait un discours violent contre la Belgique: « Il n’y a aucune raison que la bombe qui a explosé à Ankara (une bombe venait d'exploser en effet le 14 mars, Erdogan accusant les Kurdes) , n’explose pas à Bruxelles ou dans une autre ville européenne (…) Là, je lance un appel aux États qui leur ouvrent les bras qui, directement ou indirectement, soutiennent les organisations terroristes. Vous nourrissez un serpent dans votre lit. Et ce serpent que vous nourrissez peut à tout moment vous mordre (...) quand les bombes commenceront à exploser dans vos villes, vous comprendrez certainement ce que nous ressentons. Mais alors, il sera trop tard. »

Le 20 mars,  le gouvernement turc convoquait  l'ambassadeur de Belgique pour  demander  que la Belgique  ferme  le pavillon installé par des   manifestants kurdes face au Conseil européen, à la station de métro Maelbeek. Pendant la nuit, les tentes ont été saccagées, avant d’être incendiées on ne sait par qui.

Quatre jours après le discours d'Erdogan, le 22 mars, des attentats frappaient Bruxelles, faisant 34 morts et 260 blessés. Un des deux attentats avait  lieu à la même station de métro Maelbeek.

Le  matin de cet attentat , le quotidien Star, organe officieux du régime d'   Erdogan, ouvrait sa "une"  sous le titre « La Belgique,  État terroriste ».  

Le  23 mars  la presse turque gouvernementale se réjouissait de la punition infligée à la Belgique . Le même Star faisait  une édition spéciale intitulée : "Le serpent que nourrissait la Belgique en son sein l’a mordue »,   référence explicite au discours du   président Erdogan du 18 mars Un autre journal  pro-Erdogan titrait  : « Celui qui dort avec le terrorisme, se réveille avec lui.» Le même jour, le journal islamiste Akita, un des organes du Parti de la Justice  (gouvernemental) reprenait  le même argument en une: « La Belgique soutient  les terroristes (...) Le  gouvernement belge, en soutenant les Forces de défense populaire (YPG) ( Kurdes qui luttent contre Daesh  en Irak et en Syrie)  a agi comme s’il disait aux djihadistes:  "Venez me mettre des bombes ».

En octobre 2015  , Erdogan venu faire   campagne à Strasbourg auprès des Turcs émigrés,  pour les élections législatives du 1er novembre,  avait  attaqué avec violence   l'Union européenne. Il  présentait  la Turquie comme le défenseur de « la vraie civilisation » face à une Europe affectée par « la xénophobie, l’islamophobie et le racisme ». Des bagarres eurent même  lieu à Bruxelles entre services de sécurité belges et turcs.

Le 11 janvier dernier, le roi Abdallah de Jordanie, à Washington, devant une commission sénatoriale,    avait    accusé le président Erdogan d’avoir organisé la vague de migrants vers l’Europe et d’y avoir intentionnellement infiltré  des djihadistes. On voit mal en effet comment un million de migrants auraient pu quitter la Turquie sans que le gouvenrment  turc y soit pour quelque chose. Il faut savoir que ces migrants, pour  la plupart, sont non les vrais réfugiés de l'Est de la Turquie mais d'autres que les passeurs sont allé chercher via le Liban dans la région de Damas . Ces derniers seuls peuvent  payer entre 5000 et 10 000 € le passage en mer Egée . Réputé proche des Frères musulmans,  Erdogan, alors Premier ministre  rêvait en   1999 de conquérir  l'Europe par l'immigration : «Les minarets seront nos baïonnettes, les coupoles nos casques, les mosquées nos casernes et les croyants nos soldats.»

 

Proximité d' Erdogan et de Daesh

 

De manière notoire, Erdogan continue à aider Daesh . Les 7500 camions qui font la force du khalifat autoproclamé , et la plupart de ses  armes, ont transité par la Turquie. Daesh se finance en vendant au marché noir du  pétrole par la Turquie, le fils de Recip Erdogan étant une des intermédiaires. Par la Turquie transitent aussi  les dizaines de milliers de djihadistes venus du monde entier renforcer les groupes rebelles .  Erdogan  a ainsi contribué plus  que quiconque à déclencher   la guerre civile en Syrie puis à faire émerger Daesh . S'il  cessait de le soutenir, du jour au lendemain,  Daesh cesserait  d'exister. Daesh qui a revendiqué les attentats de Paris  et de Bruxelles.

Pour récompenser Erdogan de toutes  ces bonnes manières , Angela Merkel est venue l'aider  juste avant les élections du 1er novembre 1995 qu'il  risquait de  perdre. Elle lui a promis à cette occasion  3 milliards d'euros, la reprise des négociations d'entrée de la Turquie dans l'Union européenne et la libre entrée des Turcs sur son territoire .

C'est exactement ce que la même  Merkel, négociant  au nom de l'Union européenne  a   concédé à Erdogan dans l'accord passé  le 18 mars.  Avec encore 3  milliards d'euros en prime.

Contrepartie : une vague promesse de cessation de l'afflux de réfugiés, la possibilité pour les Grecs de renvoyer  jusqu'à   72 000    réfugiés tenus pour faux en échange de vrais.  Cette seule clause,  sans incidence sur le flux total a néanmoins valu de toutes parts  aux Européens  un déluge d'opprobre.

Avec la libre entrée de ses ressortissants, la Turquie,  qui bénéficie déjà de la libre entrée de ses  marchandises et d'aides considérables,  est devenue de facto  membre de l'Union européenne, au nez et à la barbe des peuples qui n'en voulaient pas.   Merci Madame Merkel, merci  l'Europe.

 

                                                                       Roland HUREAUX         

 

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 22:12

ERDOGAN ET POUTINE NE SONT PAS COMPARABLES

 http://www.causeur.fr/erdogan-poutine-turquie-russie-syrie-38697.html

Les personnalités de premier plan ne se bousculant pas aujourd'hui dans les sommets des chefs d'Etat de l'Union européenne, il est habituel qu'on se tourne avec un mélange d'envie et de crainte vers les marges Est du continent, où, il faut bien le dire, deux figures exceptionnelles émergent : Poutine et Erdogan. Deux ennemis dont les armées se font face dans le nord de la Syrie, le premier appuyant les forces gouvernementales, le second les rebellions islamistes. Tous deux sont présentés comme des nationalistes, hommes d’autorité, plus ou moins dangereux.

En réalité les positions des deux hommes ne sont pas comparables.

 

Régime nationaliste et régime idéologique

 

On ne saurait confondre un régime national, voire nationaliste, plus ou moins autoritaire et un régime idéologique. Le premier suit une politique étrangère classique de défense des intérêts nationaux et rien d'autre. Quand il s'agit d'une grande puissance, ce souci des intérêts nationaux peut s'étendre au voisinage immédiat (l'Ukraine s'agissant de la Russie) mais ce genre de régime n'a pas de plan de conquête du monde, tout simplement parce qu'il n'a pas d’idéologie à répandre.

Un régime idéologique, c'est autre chose. Le moteur profond de son action politique n'est pas la défense des intérêts nationaux, même s'il s'en préoccupe aussi, il est d'étendre une certaine idéologie au monde entier, ou en tous les cas à d'autres pays. L'idéologie pour cette raison est inséparable de l'impérialisme. Comme une idée peut s’étendre indéfiniment, l'impérialisme d'un régime idéologique n’a pas   de limite, en dehors de celle que lui assigne la résistance des autres pays.

Pour dire les choses simplement, si la Russie était un régime idéologique au temps du communisme, elle s'est transformée depuis lors en régime nationaliste classique. On peut la considérer comme un   pays qui a été totalitaire et qui ne l’est plus, en marche vers la démocratie, celle-ci étant encore sous Poutine très imparfaite.  

La Turquie a suivi le chemin exactement inverse : du temps de Mustafa Kemal et de ses successeurs, elle avait un régime nationaliste classique.  Avec Erdogan, elle est en train de se transformer en régime idéologique. Cette idéologie n'a naturellement rien à voir avec le marxisme-léninisme qui était le moteur de l'Union soviétique. Erdogan est un frère musulman qui considère que l’islam a vocation à devenir la religion mondiale et que cette religion doit s'étendre au besoin par la force. Il a aussi la nostalgie du sultanat ottoman qui s’étendait très loin dans les Balkans et qui dominait à la fois la péninsule arabique et le nord de l'Afrique, soit presque tout le monde arabe. Le projet ottoman de conquête de l’Europe a subi plusieurs coups d’arrêt : la bataille de Lépante contre les Espagnols (1571), les sièges de Vienne successifs (1521 et 1683). Au cours du XIXe siècle, les Turcs durent   se retirer de la Grèce, puis des Balkans ; Erdogan a le désir secret de venger ces revers. Il pense le faire de deux manières : en entrant dans l'Union Européenne où son poids démographique de 80 millions d'habitants et la sidération de ses partenaires, que l’attitude d’Angela Merkel anticipe, le mettraient vite en position hégémonique, en s'appuyant sur les communautés immigrées musulmanes présentes dans tous les pays d'Europe. On connaît sa fameuse déclaration de 1999 : « Les minarets seront nos baïonnettes, les coupoles nos casques, les mosquées seront nos casernes et les croyants nos soldats ». L'envoi délibéré de plusieurs centaines de migrants musulmans vers l'Europe à partir de l'été 2015, s'inscrit dans cette stratégie.  L'appel récent visant à détourner les communautés turques d’Europe du planning familial le confirme.

Lors de la première guerre mondiale, l'empire turc a été amputé de l'ensemble de ses possessions arabes : Erdogan rêve aussi de reprendre pied dans le monde arabe, à commencer par la Syrie voisine où il aurait aimé installer un gouvernement islamiste proche de lui et pour cela renverser le régime "hérétique" (alaouite) de la famille Assad. Si le régime turc a encore l'apparence démocratique, il ne cesse de se durcir : une partie de l'état-major de l’armée, restée kémaliste, a été emprisonné. Des journalistes le sont également en grand nombre. Que ne dirait la presse occidentale si Poutine faisait la même chose ?

 Poutine, lui, n'a   aucune idéologie à répandre. Il ne rêve pas que le monde entier, ni même l’Europe, se rallient à la religion orthodoxe ou au culte de la terre russe. Si la démocratie russe est encore insuffisante, elle a fait d'immenses progrès depuis l'époque communiste, alors que, si le régime kémaliste n'était pas vraiment démocratique, il est douteux que la Turquie le soit devenue davantage, quoi qu'on en pense à Bruxelles, depuis la venue au    pouvoir d’Erdogan (2003).

 

Une concurrence asymétrique

 

Sur le plan de la politique internationale, le conflit entre les Turcs et les Russes en Syrie n'est nullement symétrique. La Russie intervient en Syrie en plein accord avec le droit international, à la demande du gouvernement syrien légitime, celui de Bachar el Assad, alors que les interventions de la Turquie dans le Nord de la Syrie, notamment contre les Kurdes de Syrie, se font en violation de la légalité internationale. D'autre part, si la Russie défend le régime syrien, elle n'envoie pas de djihadistes comme la Turquie en envoie en Syrie ni des centaines de milliers des réfugiés en Europe occidentale comme le fait Erdogan, un afflux ravageur incontrôlé   qui pourrait avoir un effet profondément déstabilisateur.

Des deux régimes, il est clair que l'un est en position défensive et que l'autre est au contraire en position d'agresseur.

Il est vrai que des experts prétendent souvent que le grand problème d'Erdogan est celui des Kurdes. Certes, le tiers oriental de son territoire est occupé par des musulmans sunnites qui ne se sentent pas turcs et dont beaucoup rêvent de rejoindre leurs frères kurdes d'Irak, d'Iran et de Syrie pour constituer un Kurdistan indépendant. Si cela se faisait, la Turquie se trouverait réduite à la portion congrue. Mais si la guerre n'avait pas éclaté dans le nord de l'Irak et en Syrie, guerre dont Erdogan est largement responsable, il est probable que les Kurdes se seraient tenus tranquilles. Les Kurdes de Turquie ne se sont rebellés en 1995 qu'à la suite de bombardements du gouvernement turc. Cela s'est fait peu de temps avant les élections législatives ; sachant que la majorité de la population turque est très hostile aux Kurdes, le réveil du séparatisme kurde a permis à Erdogan de resserrer les rangs autour de lui et de remporter une victoire électorale qui était loin d'être assurée.

Contrairement à ce qui se raconte, Poutine ne représente nullement une menace pour la paix en Europe. Comme l'a rappelé récemment Valéry Giscard d'Estaing, la question ukrainienne s'est envenimée au lendemain du coup d'État organisé par les Occidentaux sur la place Madian en février 2014, lui-même issu de la volonté de Bruxelles et de Washington d'englober l'Ukraine dans l'Union européenne et l'OTAN. Comme en ont convenu des hommes comme George Kennan (un des faucons de la guerre froide), Henry Kissinger, Helmut Schmidt, la volonté occidentale d'intégrer la Géorgie et l'Ukraine dans une alliance aux objectifs ouvertement antirusse ne pouvait apparaître que comme une   provocation. 

Si l'on peut lui reprocher de se mêler des affaires du Proche-Orient, Poutine n’y fait cependant que défendre une position que la Russie avait en   Syrie depuis 1954 et que les Etats-Unis ont ouvertement voulu lui reprendre, mais rien n'indique qu'il cherche   à en conquérir de nouvelles.     

Même si les deux sont de vrais chefs, mettre dans la même catégorie Poutine et Erdogan, est fallacieux. Non seulement parce que Poutine est dans son pays   plus populaire qu'Erdogan dans le sien, mais surtout parce que les logiques auxquelles ils obéissent ne sont pas les mêmes.   Même si Erdogan est dans l'OTAN, il est aujourd’hui   le plus dangereux des deux.

 

                                                           Roland HUREAUX

 

 

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