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Roland HUREAUX

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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 21:14

Un sommet Union européenne -Turquie doit se tenir le 9 mars.

Si l'Europe occidentale veut reprendre en main son destin, ne plus subir mais agir, ce sommet est capital.

Recep Erdogan, président de la Turquie, est en effet aujourd'hui un homme clef qui commande l'avenir du Proche Orient , celui de l'Europe et même, jusqu'à un certain point, celui du monde.

Un mot suffirait

Il lui suffit de dire que dès demain, il ne laissera plus passer des djihadistes en Syrie et en Irak pour que la guerre effroyable qui s'y déroule s'arrête vite faute de combattants. Ces djihadistes viennent du monde entier, y compris de pays comme le Japon qui ne savent même pas ce qu'est l'islam. Ils fuient un vide intérieur , effet d 'un nihilisme radical entretenu par l'idéologie libertaire euro-atlantique. Dès qu'ils passent la frontière de la Syrie, ils ont six mois d’espérance de vie. La guerre suicidaire où on les mène est en effet terriblement meurtrière. Elle cesserait très vite s'il n'y avait l’afflux continu de ces troupes fraîches qui n'ont rien de syriennes. Inutile de dire que ce flux est non seulement permis par Erdogan mais probablement encouragé.

Ajoutons que la Turquie sert toujours de base de transit d'armes et offre des camps d’entraînement aux hommes de Daesh que de manière mensongère Erdogan prétend combattre.

Il suffirait de même que demain Erdogan dise "stop, on ne passe plus" pour que cesse immédiatement le flux de réfugiés ou assimilés venus de Syrie, mais aussi d'Irak ou d’Afghanistan qui transitent par la Turquie puis traversent, grâce à des passeurs, la Mer Égée vers les îles grecques avant de tenter leur chance en Europe. 850 000 personnes sont passées par là en 2015. Il y en aura au moins un million cette année. Les "migrants" payent très cher (au moins 5000 euros) ce transit aléatoire par mer organisé par la mafia turque, en liaison probable avec les services secrets turcs et peut-être d'autres. Les réfugiés trop pauvres pour payer les passeurs, comme les deux millions de Syriens qui végètent dans des conditions concentrationnaires à la frontière syro-turque, n'ayant pas les moyens de payer, ne partent pas.

Il est faux, comme il tente de le faire croire de manière fallacieuse, qu'Erdogan est obsédé par le problème kurde. Ce problème était presque résolu, quand le président turc l'a réveillé en bombardant sans raison les zones kurdes de Turquie (son propre peuple !) pour exciter l'animosité de la majorité turque contre la dissidence kurde et ainsi gagner les élections du 1er novembre 2015. S'il est vrai qu'a émergé en Syrie et en Irak une force kurde vaillante contre Daesh, c'est bien parce qu'Erdogan y avait, avec d'autres, fomenté le désordre La dissidence kurde serait, sinon, moins redoutable.

Un projet impérial

De fait, Erdogan n'agit pas ainsi pour résoudre un problème intérieur. Il n'a jamais caché ses ambitions internationales : en Syrie et en Irak, reconstituer la zone d’influence qui fut jusqu'en 1917 celle du sultan de Constantinople , en Europe, étendre l'influence de l'islam à la fois par la perspective d'une intégration à l'Union européenne et par l'augmentation du poids des musulmans dans les différents pays qui la composent. C'est un projet d'expansion idéologique dans la ligne des frères musulmans auxquels il appartient.

Ajoutons qu’aujourd’hui Erdogan est un homme frustré qui s'impatiente de voir ses projets tenus en échec. Même si Washington et Bruxelles y poussent , les opinions occidentales s'opposent à l’intégration de la Turquie dans l'Union européenne. Mais cette perspective aura permis de protéger le gouvernement islamiste contre une armée kémaliste susceptible de faire un coup d'état. En intervenant massivement en Syrie depuis l'été 2015, la Russie fait obstacle aux projets turcs et risque chaque jour un affrontement dans le Nord de la Syrie. Erdogan a imprudemment abattu un avion russe, probablement sur le territoire syrien: il a essuyé aussitôt de très lourdes sanctions économiques de la part de Moscou . Si Erdogan a gagné les élections du 1er novembre dernier, sans doute par des manipulations électorales et en emprisonnant de nombreux journalistes, il ne se heurte pas moins à de nombreuses oppositions : outre les Kurdes, la partie occidentale de la Turquie demeurée kémaliste et la puissante minorité alévie proche des alaouites de Syrie, soutien du président Assad. Mis ainsi en difficulté sur tous les fronts, Erdogan, à la tête d'une Turquie dont la situation économique se dégrade, pourrait être tenté par la fuite en avant : provoquer des incidents face aux Russes pour entraîner l'OTAN avec lui dans ce qui ne pourrait être qu'un nouveau conflit mondial.

Erdogan s'étant récemment comparé à Hitler (qui en commettant la Shoah, s'est explicitement référé au précédent du génocide arménien), on ne peut que mettre en parallèle la passivité de l'Europe face à ses agissements avec celle de l’Europe des années trente face au nazisme.

Une des grandes forces d'Erdogan est que les États-Unis le soutiennent : parce qu'il est membre de l'OTAN et un rempart contre la Russie, peut-être même parce qu'ils sont secrètement complices de son projet de déstabilisation de l'Europe (comme ils avaient fait obstacle dans l'entre-deux-guerres à toute politique tendant à contenir l'Allemagne).

La faiblesse des Européens face à Erdogan

Jusqu'ici, la position de l'Europe face aux manoeuvres funestes de l'actuel gouvernement turc (que nous ne confondons nullement avec le peuple turc) a été d'une étonnante faiblesse.

Quand, toute pudeur écartée, Erdogan est venu à l'automne haranguer ses compatriotes à Strasbourg et à Bruxelles, en insultant l'Europe et les pays hôtes, personne n'a réagi.

Quand il s'est trouvé en difficulté électorale l'an dernier, devant la montée de son opposition interne, Angela Merkel est allée le soutenir, lui faisant , au nom de l'Europe qui ne l'avait pourtant pas mandatée pour cela, des promesses mirifiques. Des dernières rencontres , Erdogan a gagné à la fois la reprise des négociations d'intégration à l'Union européenne, la promesse d'une libre circulation des citoyens turcs dans l'espace Schengen et une aide de 4 milliards d'Euros en échange de promesses de contrôle des flux dont on ne voit pas le premier commencement de réalisation.

Ces 4 milliards s'ajoutent à tous ceux que la Turquie reçoit comme candidat à l'entrée et aux facilités commerciales dont elle dispose sur le marché européen, sa situation étant aujourd'hui de bénéficier de tous les avantages de l'Union en étant exonérée de ses inconvénients.

Si l'Europe veut continuer à exister, elle n'a qu'un seul discours à tenir lors de la rencontre du 9 mars : "Monsieur Erdogan, ou vous arrêtez immédiatement les transferts de djihadistes vers la Syrie et les flux de réfugiés, vrais ou faux, vers l'Europe , ou vous perdez les multiples avantages que l'Union européenne vous a si généreusement concédés jusqu'à aujourd'hui."

Roland HUREAUX

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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 21:12

ERDOGAN ET POUTINE NE SONT PAS COMPARABLES

Au moment où les armées turque et russe se font face dans le Nord de la Syrie, au risque de déclencher un conflit de première magnitude, l'OTAN pouvant en cas d'accrochage, se solidariser avec la Turquie qui en est membre, bien des éditorialistes rapprochent Poutine et Erdogan comme deux nationalistes, hommes d'autorité, plus ou moins dangereux.

En réalité les positions des deux hommes ne sont pas comparables.

Régime nationaliste et régime idéologique

On ne saurait confondre un régime national, voire nationaliste, plus ou moins autoritaire et un régime idéologique. Le premier suit une politique étrangère classique de défense des intérêts nationaux et rien d'autre. Quand il s'agit d'une grande puissance, ce souci des intérêts nationaux peut s'étendre au voisinage immédiat (l'Ukraine s'agissant de la Russie) mais ce genre de régime n'a pas de plan de conquête du monde, tout simplement parce qu'il n'a pas d’idéologie à répandre.

Un régime idéologique, c'est autre chose. Le moteur profond de son action politique n'est pas la défense des intérêts nationaux, même s'il s'en préoccupe aussi, il est d'étendre une certaine idéologie au monde entier, ou en tous les cas à d'autres pays. L'idéologie pour cette raison est inséparable de l'impérialisme. Comme une idée peut s’étendre indéfiniment, l'impérialisme d'un régime idéologique n'a pas de limite, en dehors de celle que lui assigne la résistance des autres pays.

Pour dire les choses simplement, si la Russie était un régime idéologique au temps du communisme, elle s'est transformée depuis lors en régime nationaliste classique. On peut la considérer comme un pays qui a été totalitaire et qui ne l'est plus , en marche vers la démocratie, celle-ci étant encore sous Poutine très imparfaite.

La Turquie a suivi le chemin exactement inverse : du temps de Mustafa Kemal et de ses successeurs, elle avait un régime nationaliste classique. Avec Erdogan, elle est en train de se transformer en régime idéologique. Cette idéologie n'a naturellement rien à voir avec le marxisme-léninisme qui était le moteur de l'Union soviétique. Erdogan est un frère musulman qui considère que l’islam a vocation à devenir la religion mondiale et que cette religion doit s'étendre au besoin par la force. Il a aussi la nostalgie du sultanat ottoman qui s’étendait très loin dans les Balkans et qui dominait à la fois la péninsule arabique et le nord de l'Afrique, soit presque tout le monde arabe. Le projet ottoman de conquête de l'Europe a subi plusieurs coups d’arrêt : la bataille de Lépante contre les Espagnols (1571) , les sièges de Vienne successifs (1521 et 1683) . Au cours du XIXe siècle, les Turcs durent se retirer de la Grèce, puis des Balkans ; Erdogan a le désir secret de venger ces revers. Il pense le faire de deux manières: en entrant dans l'Union Européenne où son poids démographique de 80 millions d'habitants et la sidération de ses partenaires le mettraient vite en position hégémonique, en s'appuyant sur les communautés immigrées musulmanes présentes dans tous les pays d'Europe. On connaît sa fameuse déclaration de 1999 : « Les minarets seront nos baïonnettes, les coupoles nos casques, les mosquées seront nos casernes et les croyants nos soldats ». L'envoi délibéré de plusieurs centaines de migrants musulmans vers l'Europe à partir de l'été 2015, s'inscrit dans cette stratégie.

Lors de la première guerre mondiale, l'empire turc a été amputé de l'ensemble de ses possessions arabes : Erdogan rêve aussi de reprendre pied dans le monde arabe, à commencer par la Syrie voisine où il aurait aimé installer un gouvernement islamiste proche de lui et pour cela renverser le régime "hérétique" (alaouite) de la famille Assad . Si le régime turc a encore l'apparence démocratique, il ne cesse de se durcir : une partie de l'état major de l'armée , restée kémaliste, a été emprisonné. Des journalistes le sont également en grand nombre. Que ne dirait la presse occidentale si Poutine faisait la même chose ?

Poutine , lui, n'a aucune idéologie à répandre. Il ne rêve pas que le monde entier, ni même l'Europe, se rallient à la religion orthodoxe ou au culte de la terre russe. Si la démocratie russe est encore insuffisante, elle a fait d'immenses progrès depuis l'époque communiste, alors que, si le régime kémaliste n'était pas vraiment démocratique, il est douteux que la Turquie le soit devenue davantage , quoi qu'on en pense à Bruxelles, depuis la prise de pouvoir par Erdogan (2003).

Un conflit asymétrique

Sur le plan de la politique internationale, le conflit entre les Turcs et les Russes en Syrie n'est nullement symétrique. La Russie intervient en Syrie en plein accord avec le droit international, à la demande du gouvernement syrien légitime, celui de Bachar el Assad, alors que les interventions de la Turquie dans le Nord de la Syrie, notamment contre les Kurdes de Syrie, se font en violation de la légalité internationale. D'autre part, si la Russie défend le régime syrien , elle n'envoie pas de djihadistes comme la Turquie en envoie en Syrie ni des centaines de milliers des réfugiés en Europe occidentale comme le fait Erdogan, un afflux ravageur incontrôlé qui pourrait avoir un effet profondément déstabilisateur.

Des deux régimes, il est clair que l'un est en position défensive et que l'autre est au contraire en position d'agresseur.

Il est vrai que des experts prétendent souvent que le grand problème d'Erdogan est celui des Kurdes. Certes, le tiers oriental de son territoire est occupé par une population musulmane sunnite qui ne se sent pas turque et dont beaucoup rêvent de rejoindre leurs frères kurdes d'Irak, d'Iran et de Syrie pour constituer un Kurdistan indépendant. Si cela se faisait, la Turquie se trouverait réduite à la portion congrue. Mais si la guerre n'avait pas éclaté dans le nord de l'Irak et en Syrie, guerre dont Erdogan est largement responsable par l'appui qu'il a apporté à Daesh et à d'autres milices islamiques, il est probable que les Kurdes se seraient tenus tranquilles. Les Kurdes de Turquie ne se sont rebellés en 1995 qu'à la suite de bombardements du gouvernement turc. Cela s'est fait peu de temps avant les élections législatives ; sachant que la majorité de la population turque est hostile aux Kurdes, le réveil du séparatisme kurde a permis à Erdogan de resserrer les rangs autour de lui et de remporter une victoire électorale qui était loin d'être assurée.

Contrairement à ce qui se raconte, Poutine ne représente nullement une menace pour la paix en Europe. Comme l'a rappelé récemment Valéry Giscard d'Estaing, la question ukrainienne s'est envenimée au lendemain du coup d'État organisé par les Occidentaux sur la place Maidan en février 2014, lui même issu de la volonté de Bruxelles et de Washington d'englober l'Ukraine dans l'Union européenne et l'OTAN.

Si l'on peut lui reprocher de se mêler des affaires du Proche-Orient, Poutine n'y fait cependant que défendre une position que la Russie avait en Syrie depuis 1954 et que les Etats-Unis ont ouvertement voulu lui reprendre, mais il ne cherche apparemment pas à en conquérir de nouvelles.

Même si les deux sont de vrais chefs , comme on n'en rencontre plus guère en Occident, mettre dans la même catégorie Poutine et Erdogan, est fallacieux. Non seulement parce que Poutine est dans son pays plus populaire qu'Erdogan dans le sien, mais surtout parce que les logiques auxquelles ils obéissent ne sont pas les mêmes. Même si Erdogan est dans l'OTAN, il est le plus dangereux des deux.

Roland HUREAUX

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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 21:09

Comme toutes les œuvres humaines, de la tour de Babel aux empires coloniaux, l'Union européenne aura un jour fait son temps.

Les craquements que l'on entend aujourd'hui : crises de l'euro, vagues migratoires hors de contrôle , guerre en Ukraine , récession, peuvent laisser présager que cette échéance est proche. Quel facteur sera fatal à l'édifice dont les bases , jetées dans le courant des années cinquante, semblent vermoulues: crise économique ou événement militaire ou encore l'élection d'une majorité hostile dans un grand pays membre ? On ne sait.

Ce que l'on peut affirmer en revanche sans crainte de se tromper , est que cette chute se fera d'un coup, comme celle de l'Union soviétique .

Même si l'Union européenne n'a, bien entendu, jamais généré à ce jour les horreurs du système communiste[1], elle n'en est pas moins elle aussi un système idéologique, d'une sorte différente. On pourrait dire un système utopique ou encore , selon l'expression de Hayek, constructiviste. De Gaulle disait une "chimère".

Des effets contraires aux buts poursuivis

Pour le décrire, nous pourrions commencer par ses effets : toujours le contraire de ceux qui sont recherchés. Lénine avait promis "le pain , la paix, la liberté", l'URSS eut la famine, une économie de guerre et l'esclavage. Les promesses des pères fondateurs de la construction européenne : la prospérité, une influence mondiale, la fraternité, la paix sont les unes après les autres démenties. La récession , la désindustrialisation , la crise agricole; la vassalisation au sein de l'OTAN, l'ignorance de plus en plus grande des cultures et des langues des partenaires ( au bénéfice du basic english ) disqualifient chaque jour ces promesses. Il n'est jusqu'à la guerre en Yougoslavie et en Ukraine, où la Commission de Bruxelles , comme l'a dit Helmut Schmidt[2], a eu sa part de responsabilisé, qui ne démente l'idée que la construction européenne pourrait être une entreprise de paix. On ajoutera : pensée pour contrôler l'Allemagne, elle lui a assuré la suprématie.

Il en résulte un sentiment d'absurdité suscité non seulement par ces contreperformances mais aussi par l'accumulation de règles qui paraissent arbitraires ( et qui ont conduit, par exemple, par pur dogmatisme, au démantèlement d'EDF ), un sentiment qui n'est pas sans rappeler celui qui prévalait au sein du système soviétique. Les ancien dissidents de ce dernier (Soljenitsyne, Zinoviev, Boukovski ) furent d'ailleurs unanimes à souligner les ressemblances. Chez les nouveaux adhérents de l'Est, les mêmes qui soutenaient le communisme sont devenus les meilleurs partisans de l'intégration européenne et ceux qui résistaient résistent toujours.

On pourra trouver notre tableau noir. Ceux qui ont étudié le processus idéologique ont abouti à un constat sans appel : il n'en sort jamais rien de bon. Ce qui semble prospérer et qu'on met de manière fallacieuse sur le compte de l'Europe de Bruxelles s'est en réalité développé en dehors, sous la forme d'une coopération naturelle sans caractère idéologique: Airbus, Ariane, l'OCCAR[3] . A l'inverse, Galileo, pur produit de l'Europe de Bruxelles ne sort pas des limbes.

Un principe unique

Le processus idéologique a été défini par Hannah Arendt[4] ou Jean Baechler[5] : il consiste à gouverner à partir d'une idée simple, trop simple, et par là fausse, réductrice du réel, dont toutes les conséquences y compris les plus folles sont tirées (puisque aucune idée concurrente ne vient se mettre en travers ) . Le communisme disait : les hommes sont aliénés par la propriété, supprimons la propriété et ils seront heureux. Les partisans d'l'Europe supranationale disent : la guerre a ravagé l'Europe, c'est la faute des Etats-nations , supprimons les Etats-nations pour ne faire qu'un seul Etat continental, ce sera la paix perpétuelle et par la grâce de la concurrence et de la monnaie unique, la prospérité . Tout le reste en découle. On ne se demande pas su si la guerre ne proviendrait pas plutôt des idéologies que des nations.

Ceux qui fondent leur politique sur une seule idée pensent qu'elle est géniale et qu'elle apportera le salut. Si elle s'oppose à certaines tendances naturelles de l'homme ( le sens de la propriété , le sens national ), il faut passer en force, au besoin contre le peuples: le jeu en vaut la chandelle. On le voit : chez les idéologues de l'Europe supranationale, la confiance ne règne pas; ils se sentent assiégés par le chauvinisme, le protectionnisme, le nationalisme, le populisme assimilés depuis peu au racisme. D'où le déficit démocratique (Junker : "il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens" [6]), l'intolérance à toute opposition, la pensée unique, la bureaucratie et il faut bien le dire le centralisme ( l'Europe qui s'est construite, en particulier depuis l'Acte unique de 1987, est tout sauf fédérale).

Les idéologues pensent que l' idée simple qu'ils professent doit transformer la condition humaine ; ils diviseront dès lors l'histoire entre un avant fait de guerres, d'affrontements , de fanatisme et un après plus ou moins paradisiaque.

Mais si cette entreprise , fondée sur une idée, est bonne pour les Européens, elle le sera pour les autres hommes. Toute entreprise idéologique a une vocation universelle. Le socialisme ne pouvait s'établir dans un seul pays. L' Europe de Bruxelles doit répandre son idéal dans toutes ses périphéries: l'Ukraine, la Turquie et pourquoi pas demain le Maghreb et le Machrek ? Elle fait déjà la morale à l'Afrique. Idéaliste, elle est de fait impérialiste.

Méfiante de la nature ( où subsistent les instincts mauvais ), l'idéologie se méfie aussi de la culture. Produit d'un passé rempli d'horreurs, que l'on veut précisément dépasser, elle est suspecte. On ne dit pas à Bruxelles "du passé faisons table rase" mais la politique culturelle et éducative qui y est promue , à base de repentance et de promotion du libéralisme libertaire (gender, ultraféminisme) , tend à dévaluer les immenses richesses que ce passé a produites. Par méfiance du passé, et parce que toute idéologie est, de fait, une religion séculière concurrente , l'idéologie ne pouvait qu'être hostile à la reconnaissance des racines chrétiennes de l'Europe . Des racines chrétiennes dont un ami agnostique nous disait que leur négation est contraire à la laïcité puisque la laïcité est fondée sur le respect de la vérité, scientifique ou historique.

Un château de cartes

Ce que porte le mot de "construction"( du socialisme, de l'Europe) est une entreprise prométhéenne dont la preuve du bien fondé est non point le bon fonctionnement mais la marche en avant. Elle est donc irréversible. Comme la bicyclette, elle chute si elle s' arrête, un principe qui a été opposé à satiété aux opposants des traités soumis à référendum en France en 1992 et 2005: ne pas aller plus loin, disait-on, c'est mettre en danger tout l'édifice. Cette marche en avant signifie à la fois l'approfondissement ( "vers une union toujours plus étroite" comme le dit le traité) et l'élargissement.

Le principe d'irréversibilité, qui s' appliquait déjà au socialisme est le talon d'Achille de l'entreprise, un facteur de vulnérabilité. On peut prendre une autre comparaison, celle du château de cartes où il suffit d'en enlever une seule pour qu'il s'effondre. C'est pourquoi tout a été fait pour maintenir Chypre puis la Grèce dans la zone euro, malgré le peu qu'ils représentent dans l'économie du continent (respectivement 0,1 et 1,2 % du PIB européen) . L'enjeu n'était pas économique mais idéologique.

C'est pourquoi le Brexit qui pourrait résulter du référendum britannique de juin 1996 engage l'avenir de la construction européenne. Techniquement elle pourrait continuer sans le Royaume-Uni qui n'est pas partie prenante aux deux politiques les plus importantes (la monnaie unique et la libre circulation) . Mais dès lors que l'Europe de Bruxelles est une construction idéologique qui doit toujours aller de l'avant, cet échec lui serait insupportable et pourrait précipiter la fin : qui osera, après une sécession britannique, imposer quoi que ce soit à la Grèce, quand se produira la prochaine crise monétaire ?

Il faut donc s'attendre à ce que les pressions les plus fantastiques soient exercées sur le peuple britannique d'ici juin. A moins que les promoteurs de l'utopie aient cessé d' y croire, comme le pouvoir soviétique au temps de Gorbatchev. Tout était alors allé très vite. Il faut espérer dès lors que l'Europe qui est déjà tombée bien bas n'ait pas à subir encore dix ou quinze ans d'ère Eltsine, avec tous les désordres que cela suppose, avant de repartir de l'avant , les égarements surmontés, sur des bases assainies, c'est à dire libérées de toute idéologie.

Roland HUREAUX

[1] Mais l'Union européenne peut encore déclencher une guerre continentale

[2] Bild, 16 mai 2014

[3] Organisation de coopération conjointe en matière d 'armement dont le siège est à Bonn

[4] Hannah Arendt , Le système totalitaire, Seuil , Collection Points, 1972

[5] Jean Baechler Qu’est-ce que l’idéologie? Idées-Gallimard, 1976

[6] Le Figaro, 29 janvier 2014

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27 février 2016 6 27 /02 /février /2016 15:12

Artice paru dans FigaroVox 26/02/26

Jamais le monde rural français dans son ensemble, pas seulement les agriculteurs, n' aura eu autant qu'aujourd'hui le sentiment de la déréliction. C'est la conséquence de quarante ans d'abandon où il faut bien dire que la gauche aura eu plus que sa part.

Depuis que celle-ci s'est "boboïsée", les hautes sphères du parti socialiste sont persuadées , de manière aussi sotte qu'injuste, que le monde rural est, dans son ensemble, incurablement pétainiste et de droite - ils ne sont jamais allés en Ariège ! - et que le moteur du développement de la France ne saurait être que les grandes métropoles , cela au rebours de la politique d'aménagement du territoire qui avait si bien réussi, dans les années 60 et 70, à maintenir un tissu économique étalé. Significatif de cet état d'esprit: le déménagement récente de la DATAR à Saint-Denis.

En 1984, Mitterrand céda aux pressions américaines d'inclure l'agriculture dans les négociations du GATT, dont elle avait été préservée jusque là, ce qui avait permis l'instauration par le traité de Rome (1957) , au grand dépit de Washington et de Jean Monnet, de la politique agricole commune première manière poussée par le général de Gaulle car très favorable à la France.

Le tournant de 1992

A partir de 1984, la main est dans l 'engrenage . Fait sans précédent dans les négociations internationales , l'Europe ( et spécialement la technocratie française) réformèrent la PAC en 1992 pour anticiper les demandes de la partie adverse: remplacement les soutien des prix agricole par des subventions, système jugé plus moderne parce qu'il était américain. Ce fut pour la vieille France paysanne le "coup du lapin": la déconnection prix-revenu les frappa dans leur honneur , ce système beaucoup plus cher pour les finances publiques, les faisant apparaître désormais, aux yeux du reste de la société, comme des assistés, avant qu'ils ne soient aussi tenus pour des pollueurs. La baisse de prix corrélative profita plus à l'industrie agro-alimentaire qu'aux consommateurs.

Le même année 1992 était votée la loi Joxe dont le but avoué était la disparition à terme des 36 000 communes rurales jugées archaïques parce quelle ne coûtaient pas assez cher.

Face à la complaisance des négociateurs européens, la partie américaine tordit le bras de la commission de Bruxelles pour lui faire accepter les accords de Blair House (1993) , consolidés par l'Accord de Casablanca (1995) prévoyant le démantèlement des politiques européennes de soutien ( pas plus lourdes pourtant que les américaines, moins que les suisses ou les japonaises ). L'habileté de nos adversaires fut d'introduire une "clause de paix " qui ne rendait les décisions exécutoires qu'au terme d'un délai d'environ dix ans. Etaient particulièrement touchées les céréales et l'élevage ( notamment laitier).

Le renversement de la balance France-Allemagne

Le délai passé, il fallut bien appliquer l'accord . L'affaiblissement de la PAC deuxième manière qui en résulta au milieu des années deux mille coïncida avec la mise en place de l'euro où l'Allemagne se tailla d'emblée un fort avantage compétitif particulièrement sensible dans l'agriculture. La mise en valeur des anciens kolkhozes de la RDA, le recours à une main d'œuvre bon marché venue de l'Est (pas de SMIC agricole !) , la sous-traitance polonaise et le coût plus faible des facteurs permirent très vite à l'agriculture allemande, qui avait toujours été déficitaire par rapport à la française, de devenir excédentaire, particulièrement pour le porc, la viande bovine et le lait. Quand les taux de change avaient désavantagé l'Allemagne, la France était venue à son secours par les "montants compensatoires" (1969-1986) ; aucun geste en sens inverse cette fois de la part de l'Allemagne; il est vrai que les gouvernements français ne lui ont rien demandé ! Les prix tirés comme jamais vers le bas provoquent le désespoir de nombreux éleveurs (un suicide tous les deux jours ! ) , par ailleurs harcelés par des contrôle sanitaires et environementaux de plus en plus tatillons et, pour les plus endettés, un Crédit agricole impitoyable.

Le monde rural dans son ensemble était au même moment frappé par la crise des industries rurales touchées plus que les autres par les délocalisations, le déprise des servies publics victimes d'une gestion de plus en plus libérale et le bouleversement incessant des structures administratives, tendant à faire disparaitre à peu près tous les repères qui avaient si longtemps structuré nos campagnes : la commune (héritière de l'ancienne paroisse) , le canton, le département et même les régions bien inutilement fusionnées : plus de capitale régionale désormais entre la Loire, la Garonne et le Rhône , soit un tiers de la France. Si la population rurale se développe dans la périphérie des grandes villes, elle continue à vieillir et à se raréfier, souvent misérable, dans de larges espaces ( Massif central, Plateaux de l' Est). Tandis que les gendarmeries ferment, la délinquance se répand dans les campagnes. Bien plus que l'immigration, c'est le sentiment d'abandon et la perte des repères , du fait de réformes aussi coûteuses qu'absurdes, qui a favorisé le montée du vote du Front national , jadis plus faible dans les petites communes, aujourd'hui plus fort.

Seul un renversement complet des politiques menées depuis une génération, permettra d'éviter un complet dépérissement de la plus grande partie de notre territoire et la perte sans retour d'un des grands atouts de la France.

Roland HUREAUX

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7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 13:57

J'ai pensé intéressant, de manière exceptionnelle, de publier sur mon blog, avec son accord, ce texte très important de Michel Pinton, ancien conseiller de Valéry Giscard d'Estaing et député au Parlement européen, qui traite de la Syrie. On n'en sera pas étonné : il a été refusé par les grands journaux français, notamment Le Monde.

Les faits que je vais évoquer ici, ne sont pas anciens. Ils se sont produits il y a un peu plus de deux ans. Mais, après avoir fait la « une » de la presse, ils sont tombés dans un puits de silence et d’oubli. Ramenons-les brièvement à la vie.

En juin 2013, notre gouvernement, emboîtant le pas à Washington et Londres, lance soudain une mise en garde à Bachar El Assad. Il lui fait savoir solennellement que la retenue que la France s’est imposée depuis le début de la guerre civile, n’est pas intangible. Si le « dictateur syrien » s’avise à réprimer le soulèvement populaire par l’emploi d’armes chimiques, une « ligne rouge » sera franchie. En représailles, nos « Rafales » bombarderont les bases et dépôts de son armée, ce qui conduira à son effondrement rapide.

Deux mois plus tard, le 21 août 2013, les médias annoncent que Ghouta, un faubourg de Damas tenu par les insurgés, vient d’être attaqué au gaz sarin. On compte, selon les sources d’information, de 280 à 1720 victimes, presque toutes civiles.

Des commentaires horrifiés s’étalent dans la presse parisienne. L’opinion générale des éditorialistes, universitaires et porte-paroles de partis est que le « boucher de Damas » a voulu narguer la conscience universelle. Sa provocation est insupportable. Dans un appel retentissant, la directrice du journal « Le Monde » réclame une riposte armée. François Hollande fait aussitôt connaître sa détermination : il convoque nos chefs militaires à l’Elysée, approuve le plan de bombardements qu’ils ont établi et ordonne aux pilotes de Rafales de se tenir prêts à voler vers la Syrie en coordination avec les avions de nos alliés.

Mais l’expédition ne parvient pas à décoller. Les députés britanniques, qui n’ont pas oublié que Tony Blair leur avait menti dix ans plus tôt pour leur arracher l’autorisation d’envahir l’Irak, flairent la manipulation et refusent la participation anglaise. Barack Obama tergiverse. Le pape François, qui en sait plus long qu’il ne peut le dire, s’oppose à l’attaque occidentale avec vigueur. Finalement les Américains renoncent à la guerre. Hollande et Fabius se retrouvent seuls. Ne pouvant plus infliger à Bachar El Assad le châtiment promis, ils multiplient contre lui les condamnations morales et les sanctions politiques.

Pourquoi rappeler cet épisode ? Parce que l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OPCW), instance internationale qui regroupe la quasi totalité des Etats du monde, vient de terminer son rapport officiel sur le massacre de Ghouta. Il est le fruit de deux ans de travail. Les experts de l’OPCW ont analysé la nature du gaz qui a tué tant d’innocents, notamment par des prélèvements sur les corps des victimes. Leur conclusion est formelle : la composition de ce gaz est différente de celle que l’on trouve dans les stocks de l’armée syrienne. Bachar El Assad est innocent du crime qui lui a été imputé.

Le rapport ne s’arrête pas à ce constat. Il en fait un autre. Il s’intéresse aux armes chimiques que le colonel Kadhafi avait jadis fabriquées et entreposées dans le désert libyen. Une importante partie de son stock a été, après sa mort, vendue à des « groupes anti-Assad », transportée en bateau vers des ports turcs puis acheminée par la route jusqu’aux fiefs rebelles de Syrie. La composition du sarin libyen est la même que celle du sarin jeté sur Ghouta.

Voici nos dirigeants pris à contre pied. Non seulement ils se sont trompés sur l’identité du coupable mais ils sont dans une position moralement intenable. Si vraiment l’utilisation d’armes chimiques contre des civils est un crime contre l’humanité et si vraiment celui qui s’en rend responsable franchit la ligne rouge de la punition, qu’attend notre gouvernement pour châtier les rebelles syriens ? N’ont-ils pas aggravé leur responsabilité en empoisonnant une population qui était sous leur autorité dans le but cynique de nous entraîner à nous battre à leur profit ?

Mais notre gouvernement semble n’être au courant de rien. Hollande et Fabius continuent de reconnaître les chefs des insurgés comme seuls représentants légitimes du peuple syrien ; ils les reçoivent chaleureusement à Paris et leur prodiguent un soutien sans faille. Peut-être sont-ils trop accaparés par des tâches pressantes pour lire le rapport de l’OPCW ; peut-être estiment-ils qu’ils n’ont pas de temps à perdre dans une affaire presque oubliée ; peut-être jugent-ils inutile de lire ce document parce qu’il ne leur apprend rien : ils ont su à quoi s’en tenir depuis le début. En toute hypothèse, il est clair que, pour eux, la vérité et la justice n’ont pas leur place dans la politique étrangère de la France.

Quant à l’opinion publique de notre pays, elle reste dans l’ignorance de ce qui s’est réellement passé à Ghouta en août 2013. Les éditorialistes qui appelaient à la guerre contre Assad, se gardent bien de publier la moindre information sur les conclusions de l’enquête internationale. Ainsi protégées, les accusations de nos dirigeants, devenues mensonge d’Etat, continuent de prospérer. Tant pis pour la démocratie.

Michel Pinton

Ancien député au Parlement européen

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6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 18:57

http://www.atlantico.fr/decryptage/abrogation-loi-taubira-apres-revirement-sarkozy-quelle-force-retorsion-manif-pour-tous-est-elle-capable-aligner-roland-hureaux-2556600.html

Nicolas Sarkozy annonce dans son prochain livre ne pas être favorable à un retour sur la loi sur le mariage homosexuel. Ne risque-t-il pas, avec cette posture, de se mettre à dos la partie conservatrice de l’électorat de droite ?

Je ne crois pas que ce soit une question d'électorat : même si les foules qui ont manifesté contre la loi Taubira étaient nombreuses, ceux qui se détermineront uniquement sur ce sujet le sont moins. Mais parmi eux se trouvent beaucoup de militants, pour ne pas dire d'activistes, dont une partie était entrée à l'UMP sous le label de Sens commun. D'autres y sont sous celui du Parti démocrate-chrétien.

Un sondage fait à l' automne dernier avait montré que l'opinion n'était pas aussi fermée que certains le pensent à la remise en cause de la loi Taubira: seuls 46 % souhaitaient la conserver telle quelle , 22 % voulaient l'abroger, mais 32 % des Français se prononçaient pour une “réécriture dans le sens d’une union civile en mairie pour les couples homosexuels". Si on ne considère que les électeurs de droite, une large majorité souhaite aujourd'hui une réécriture (40 %) ou une abrogation (36 %)», soit 76 % d' hostiles au maintien en l'état.

Il y a aussi, par-delà la question propre du mariage des homosexuels, l'image que va donner Nicolas Sarkozy en prenant cette position : celle d'un homme qui ne tient pas parole ou pire encore celle d'un homme qui se "dégonfle" devant le "politiquement correct", qui rentre dans le rang en quelque sorte. Les gens de la Manif pour tous ne sont pas les derniers ces jours ci à répandre cette opinion . On peut d'ailleurs regretter que le "buzz" fait autour de cette question ait un peu brouillé la sortie d'un livre qui contient par ailleurs d'excellentes choses. Mais n'était-ce pas prévisible ?

Or rien n'obligeait Nicolas Sarkozy (à moins qu'il ait fait l'objet d'un chantage de certaines forces ) de parler de cela dans son livre.

Je récuse par ailleurs l'expression "la partie la plus conservatrice de l'électorat de droite". Il est vrai qu'on ne sait plus très bien ce que des mots comme "conservateur" veulent dire aujourd'hui. Mais si vous entendez la partie la plus à droite de l'électorat , non : les gens qui ont manifesté en 2012-2013 sous la bannière de La Manif pour tous votent plutôt "Républicain " que Front national. Parlez en à Frigide Barjot.

2) Quel est le réel poids électoral d’un mouvement comme la Manif Pour Tous, qui a fait de la lutte contre la loi Taubira son cheval de bataille ?

Les homme politiques de droite ont tendance à penser que c'est quantité négligeable. Ou alors ils disent que se mettre à dos les gens de cette sensibilité n'a pas d' importance puisque de toutes les façons ils leur reviendront, n'ayant pas d'autre choix au second tour.

Ils auraient pourtant dû être attentifs à certains épisodes électoraux qui montrent que La Manif pour tous pèse plus qu'ils ne pensent. Les échecs à la mairie de Strasbourg de la sénatrice UMP Fabienne Keller qui avait voté, on se demande pourquoi, la loi Taubira ou, à la mairie de Paris, celui de Nathalie Kosciusko-Morizet, dont la simple abstention avait choqué beaucoup d'électeurs de la droite parisienne, ne sont certainement pas étrangers à leurs prises de position.

Le sénateur Jean-Pierre Michel (PS) , un des plus ardents promoteurs du mariage homosexuel - et fondateur du Syndicat de la magistrature, ce qui n' a rien arrangé - a perdu son siège en 2014 quand les maires ruraux de la Haute-Saône ont appris ce que leur élu faisait de son mandat.

Aux dernières régionales , La Manif pour tous a encore frappé . La liste UMP qui a fait le plus faible score, la seule au-dessous de 20 % au premier tour, est celle qu'a conduite en Midi-Pyrénées Dominique Reynié , président de la Fondation pour l'innovation politique, professeur à Sciences Po Paris et ardent promoteur du mariage homosexuel et même de la gestation pour autrui. Il eut beau, pour se défendre, prendre des représentants de LMPT sur sa liste, personne ne fut dupe.

Dans ces affaires, il ne faut pas voir seulement l'effet du nombre.

Les gens qui ont milité dans La Manif pur tous, même si certains les jugent ringards, ont généralement une intense vie sociale : dans les paroisses, les associations de parents d'élèves, voire les partis politiques ou tout simplement dans les dîners en ville. Bref , ils causent. Ils ne disant pas nécessairement : je suis contre Untel parce qu'il a voté pour La loi Taubira ou qu'il s'est abstenu, ou qu'il ne l'abrogera pas. Eux aussi font attention à rester politiquement corrects. Mais ils le critiqueront sur d'autres plans , ils répandront, ce qui est pire que l'opposition franche, un climat de scepticisme, ils diront à la cantonade qu'il est nul, en tous les cas ils ne militeront pas activement pour lui . Or à quoi sert de voter pour X quand on en a dit du mal chez le boulanger pendant des mois ? Dans le résultat final, il faut faire la part de ce genre de dénigrement au quotidien dans les mois qui précèdent le vote. Le résultat, c'est une campagne plombée: on a pu voir ça avec Nathalie Kosciusko-Morizet à Paris ou Dominique Reynié à Toulouse. Leur campagne démarrait mal, comme si les candidats avaient des semelles de plomb. Valérie Pécresse , elle , a évité cet écueil en votant contre la loi Taubira : heureusement, sinon je pense qu'elle n'aurait pas été élue à la région.

Il est important de prendre en compte ces facteurs invisibles qui font qu'une campagne électorale prend ou ne prend pas. Et je pense qu'en l'espèce La Manif pour tous a joué et peut encore jouer un rôle très important pour soutenir ou au contraire plomber un candidat.

Nicolas Sarkozy perd aussi de vue une donnée de marketing commercial : il faut se différencier. En s'alignant, sur ce sujet très dramatisé, sur Juppé, Le Maire, Kosciusko-Morizet , peut-être Fillon quoique ce dernier ne se soit pas prononcé , il aura plus de mal à se distinguer d'eux , d'autant que les programmes économiques des uns et des autres vont nécessairement se ressembler.

Pourquoi le mariage homosexuel, que l'on peut juger être un enjeu mineur, est-il un sujet qui fait la différence ? Parce qu'il suppose une transgression : vouloir réviser la loi Taubira, c'est être politiquement incorrect vis à vis de la force idéologique dominante. Une idéologie portée par les medias qui en ont fait un enjeu sacré au sens religieux du terme, ce que ne sera pas par exemple un taux de TVA.

Or c'est très difficile d'être transgressif. Où voulez-vous que la droite le soit ? Sur le programme économique ? Mais , jour après jour, Macron se positionne comme le champion d'un libéralisme bon chic bon genre. Sur la lutte antiterroriste ? Mais ce terrain là aussi , Valls l' a préempté. Se contenter de dire: nous ferons la même chose mais en mieux, c'est un peu court.

Je vois bien ce qui a pu se passer. Les conseillers en communication divers et variés qui entourent les grands candidats vivent tous en osmose avec les grands médias . Ils ont dit à leurs patrons ( et même à Marine Le Pen, on dit cela ! ) : si vous parlez de réviser la loi Taubira, ce sera une grande maladresse; vous vous mettrez tout le milieu médiatique à dos. Surtout dites que vous ne reviendrez pas dessus.

Quand vous êtes dans ce milieu il y une sorte d'évidence: il ne faut pas revenir dessus sous peine de se ringardiser , d'être un rétrograde, de sortir de l'histoire.

Mais il ne faut pas oublier que dans l'autre camp, pas seulement les catholiques, mais aussi les musulmans, les classes populaires sans attache religieuse, éloignées du milieu bobo, les anciens communistes par exemple, il y a une évidence inverse : marier les homosexuels, mais c'est complètent absurde ! Entre les deux camps, pas de moyen terme possible : il faut choisir et le choix est difficile . Si on va contre la médiasphère (ou bobosphère), il y a le risque d'attaques véhémentes, ou de la marginalisation, mais tous ceux qui n'aiment pas cette sphère, et il sont nombreux, iront au contraire vers ceux qu'elle attaquera : c'est un peu ce qui se passe avec le FN. Or c'est en définitive le peuple qui vote.

3) La Manif Pour Tous, si elle n’est pas entendue comme elle le souhaiterait, peut-elle avoir un vrai pouvoir de nuisance sur la droite et Nicolas Sarkozy ?

J'ai déjà répondu . La réponse est oui. Mais pas spécialement sur Nicolas Sarkozy. Il est vrai que, dans la primaire de droite, certains opposants au mariage homosexuel pourraient aujourd'hui préférer Juppé qui lui , ne leur a pas donné de faux espoir. A moins qu'ils n'obliquent vers le FN, ce qui n'était pas forcément écrit à l'avance .

4) Pourquoi est-ce une erreur, selon vous, de ne pas vouloir revenir sur la loi Taubira ?

Pour plusieurs raisons .

La première est celle d'une certaine logique historique. La loi Taubira fut la réforme emblématique de la présidence Hollande. La Manif pour tous fut le plus grand mouvement social qui s'y opposa et s'opposa donc au gouvernement Hollande. Ce fut aussi dans l'histoire de France et avant "Charlie" ( dont personne n'a vraiment compté les effectifs ), les manifestations les plus nombreuses de toute notre histoire.

Alors faire comme si ce mouvement n'avait jamais existé, s'asseoir sur la sensibilité qu'il représente, c'est, avouons-le, quand on est de droite, ne pas faire preuve d'une grande intelligence historique. En politique il ne faut certes pas être superstitieux: on ne dira donc pas que cet aveuglement portera malheur. Mais le manque d'intelligence, lui, porte rarement chance.

Parmi les raisons invoquées pour se justifier par Sarkozy mais aussi Juppé, Le Maire, il y a qu'"il ne faut pas diviser les Français" en tentant de revenir sur la loi Taubira. Louable scrupule. Mais les socialistes ont-ils eu ce scrupule quand ils ont imposé cette loi à une opinion globalement réticente ( en tous les cas pas aussi unanime qu'il aurait fallu pour une réforme sociétale de cette importance) ? Or, en politique, ce ne sont pas toujours le plus scrupuleux qui gagnent ! Les uns respectent leurs troupes, les autres ne les respectent pas.

Je veux bien que la réunion de Sens commun à laquelle Sarkozy a participé lui ait paru , comme il l'a dit, tempétueuse: certains candidats favorables au maintien de la loi ont bravé , assez crânement d'ailleurs, une foule hostile au mariage homosexuel et ça ne s 'est pas très bien passé ; mais que se serait-il passé si Ludovine de la Rochère était allé parler devant une foule socialiste ? Sarkozy croit-il que là cela aurait été consensuel ? Le sectarisme n'est pas d'un seul côté et , il le sait mieux que personne, la politique c'est d'abord l'affrontement.

Dernier point: le débat n'est pas seulement électoraliste, il est aussi philosophique . Ceux qui pensent qu'il ne faut pas revenir sur la loi Taubira se réfèrent implicitement à la théorie du sens de l'histoire. Essayer de revenir sur le mariage homosexuel, ce serait aller contre le sens de l'histoire , ce serait être réactionnaire, rétrograde. C'est ce que dit la gauche . Mais quel mauvais rôle joue dans ce cas la droite réduite qu'elle est à n'être que le mauvais coucheur qui dit non, non, non et qui finalement dit oui. Quelle crédibilité lui reste-il ?

A ce jeu la droite ne peut être que perdante : l'idée d'un sens de l'histoire est inséparable de l'idéologie. Or aujourd'hui , la gauche est presque entièrement idéologique ( sur tous les sujets, par exemple le méthode pédagogiques absurdes auxquelles elle s'accroche ). Se rallier à ce qu'on dit être le sens de l'histoire, c'est, de fait, se rallier à la gauche. Si la droite fait cela, elle ne perd pas seulement sa crédibilité, elle perd , de fait, son utilité.

Mais ce sens de l'histoire est lui-même problématique. Il va de pair depuis deux siècles, avec la science et la technique qui , elles, progressent vraiment. La République elle-même était inséparable de la science. La science, la vraie science, a toujours eu partie liée avec la République, la vraie république. C'est parce qu'ils pensaient, à tort ou à raison, que l'Eglise pouvait faire obstacle à l'enseignement de la science à l'école, et donc mettre le pays en retard par rapport à la Prusse, que Jules Ferry et les siens s'évertuèrent à lui enlever tout pouvoir sur l'enseignement. Pour eux, Science et République c'était tout un.

Or de quelque manière que l'on considère la question du mariage homosexuel, la République ne saurait accepter dans son ordre juridique une loi qui confère une valeur officielle à une théorie scientifiquement fausse.

La loi Taubira est bien plus qu'une cérémonie en mairie ou l'instauration de nouveaux droits à l'usage des homosexuels. A chacune de ses lignes, elle pose en dogme officiel la théorie du genre.

Or cette théorie n'est pas scientifique. Les études menées à Cambridge et ailleurs ont montré qu'il était erroné de penser que la différence somatique de l'homme et de la femme n'avait aucune conséquence sur leur psychisme. Comment en serait-il autrement à moins de revenir aux vieilles gnoses qui instauraient une césure radicale de l'âme et du corps ? Fonder une loi de la République sur la théorie du genre, c'est comme si on fondait une loi sur l'astrologie ou sur le créationnisme. Il y a un précédent, mais c'était au temps de Staline: la théorie de l'hérédité des caractères acquis , contredite déjà à l'époque par toute la communauté scientifique, avait été imposée par le pouvoir soviétique, par le canal de deux biologistes complaisants ( ou terrorisés) Lyssenko et Mitchourine. Quoique fausse, on la jugeait seule compatible avec le marxisme. Mais il y a une différence entre les vraies théories scientifiques comme la relativité ou la théorie quantique qui ont représenté un vrai progrès et des théories comme le marxisme, la biologie de Lyssenko ou encore les théories raciales des nazis, c 'est que celles-ci sont de la fausse science ( la fausse science, c'est l'idéologie) et qu'un jour on s'en aperçoit et qu'on revient dessus.

Je crois que la théorie du genre appartient à cette seconde catégorie , ce que le chefs de l'UMP devraient voir s'ils avaient un peu de hauteur de vue.

Hayek a dit : "En manière d'évolution sociale, il n'y a d'inévitable que les choses qu'on pense être inévitables".

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6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 18:15

Cet article paru dans Atlantico le 13 novembre mais qui n'avait pas été transféré immédidatement sur le blog est plus que jamais d' actualité

http://www.atlantico.fr/decryptage/mais-quand-europe-se-rendra-t-elle-compte-qu-elle-probleme-avec-erdogan-au-moins-aussi-grave-qu-avec-bachar-el-assad-roland-2439604.html

Les conditions troubles de la victoire du parti de Recep Tayyip Erdogan aux récentes élections législatives en Turquie ont choqué les opinions publiques occidentales. Pourtant le Président turc semble continuer à donner le tempo à l'Union européenne (sur la question des migrants par exemple) et plus largement à la communauté internationale (le prochain G20 aura lieu à Antalya). Pourquoi ? Qu'est-ce qui fait du Président turc un interlocuteur apparemment incontournable ?

Le victoire du parti d'Erdogan apparaît d'autant plus surprenante qu'il était devenu très impopulaire dans son pays et que les pronostics ne lui étaient pas favorables. On peut donc soupçonner que l'élection a été irrégulière , ou à tout le moins que l'appareil d'Etat et l'appareil religieux qui en dépend on été massivement mobilisés pour renverser le résultat.

Dans la mesure où Erdogan est un des grands obstacles à la paix dans cette région, on peut en effet être choqué et surtout inquiet de ce résultat.

Mais une partie du peuple turc qui s'apprêtait à fêter sa défaite l'est également.

Ce résultat présente par ailleurs des risques pour la Turquie: un vieux turc d'Anatolie nous disait récemment que, avec cette élection, La Turquie allait devenir l'Arabie saoudite !

Mais je suis pour ma part encore plus choqué que le coup de pouce décisif à la victoire ait été apporté par Angela Merkel qui, quelques jours avant le scrutin, est allée à Ankara promettre à Erdogan toutes sortes de choses: reprise des négations pour l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne, libre circulation des Turcs dans l 'espace Schengen, aide financière renforcée.

Cet appui est ahurissant quand on sait le rôle pernicieux joué par la Turquie dans les conflits du Proche-Orient: en bref, le sud de la Turquie voit passer deux flux contraires mais également dangereux. De l'Ouest vers l'Est, passent les milliers de djihadistes qui viennent du monde entier et qui s'en vont renforcer Daesh. De l'Est vers l'Ouest vont de milliers de réfugiés syriens ou irakiens qui rejoignent la côte d Asie Mineure pour tenter de passer en bateau en Grèce. Non seulement Erdogan les laisse passer mais on a de sérieuses raisons de croire qu'il encourage ces passages en liaison avec a puissante Mafia turque. Le Sud de la Turquie, disait récemment un journaliste turc critique d'Erdogan, est devenu un "boulevard pour djihadistes".

Si le premier flux, celui des djihadistes se tarissait, la paix reviendrait vite en Syrie. Et si le second flux se tarissait, l'Europe ne serait plus confrontée à l'immense problème des réfugiés. C'est dire combien Erdogan est un personnage toxique. Et Mme Merkel va l'aider à se faire réélire !

Je précise que ce ne sont pas les 2 millions de syriens réfugiés à la frontière turco-syrienne qui viennent chez nous car ceux-là, parqués dans de vrais camps de concentration, n'ont pas le premier sou à donner aux passeurs, sauf à être passeurs eux-mêmes comme l'était, semble-t-il, le père du petit Aylan. Les Syriens qui viennent en Europe sont issus pour une partie de la petite bourgeoisie de Damas : ils vont prendre un bus à la frontière syrienne (des lignes spéciales sont organisées) pour le port de Tripoli au Liban et ensuite , ils prennent un bateau pour la Turquie occidentale et tentent après cela de passer en Europe. Cela leur coûte entre 5000 et 10000 euros alors que si Mme Merkel, qui semble demandeur, levait les sanctions à l'encontre de la Syrie et leur accordait des visas, les Syriens pourraient prendre sans risques pour 170 € un avion direct pour Berlin. C'est dire combien derrière la prétendue ouverture de la chancelière, se cache d'inhumanité.

Ce flux n'existait pas avant l'été. Il a démarré cet été: il est organisé par des mafias de passeurs mais protégées , dit-on, par les services secrets turcs - et d'autres.

Au passif du président turc on peut aussi mette les discours injurieux qu'il est venu faire sur le territoire français à ses compatriotes émigrés à Strasbourg et à Bruxelles; injurieux pour la France et injurieux pour l'Europe.

Pourquoi le président turc semble-t-il , malgré son hostilité viscérale à notre égard, donner le tempo à l'Europe et même à l'OTAN ? Il faut faire bien sûr la part de la lâcheté européenne dont les effet sont en tous domaines de plus en plus graves. Vous avez vu l'inconséquence de Merkel, vous connaissez la mollesse de Hollande. Il faut le dire: il n'y a plus de pilote dans l'avion en Europe occidentale.

Mais Erdogan n'aurait pas tant d'assurance s'il n'avait l'appui discret mais, semble t-il, déterminé des Etats-Unis. Ses intérêts convergent avec ceux de Washington : il est ( pas toujours mais le plus souvent) contre les Russes, il est contre la Syrie de Bachar el Assad. Il joue aussi contre l'Europe, mais croyez-vous que les Etats-Unis veuillent tant de bien à celle-ci ? Les ambassadeurs américains prêchent pour que l' Europe assume sa diversité religieuse et culturelle : Erdogan qui nous envoie des migrants est un bon instrument de cette politique.

Ajoutons que Washington tient à garder La Turquie dans l'OTAN et, pour cela, la ménage.

Que le sommet du G20 se tienne en Turquie est un signe fort de l'appui que Washington apporte à Erdogan.

L'alliance de la Turquie et d'Israël a longtemps été solide, même si au fond de lui-même Erdogan déteste l'Etat hébreu et qu'elle a pris du plomb dans l'aile. Mais il se peut qu'il en reste quelque chose. Erdogan a aussi l'appui des monarchies du golfe.



Quels sont les risques à court, moyen et long terme pour l'Europe de maintenir son alliance avec une personnalité comme M.Erdogan. Est-ce outrancier de considérer que l'Europe a au moins autant de contradictions avec M. Erdogan qu'avec Bachar Al-Assad ?

Il est évident que Bachar el Assad nous pose beaucoup moins de problèmes que Recep Erdogan. Certes le régime d'Assad, comme jadis celui de Saddam Hussein ou comme aujourd'hui celui de Sissi en Egypte est une dictature ; mais il y en a d'autres et je ne suis pas sûr qu'elle soit pire que les autres, notamment par le respect des minorités religieuses qui a toujours existé en Syrie.

Surtout, depuis que la Syrie a retiré ses troupes du Liban, Assad n'a pas d'ambitions hors de ses frontières. Il ne prétend pas à l'empire du monde. Dans la période récente, il ne nous a jamais créé le moindre problème (ce nous inclut Israël), c'est au contraire nous qui lui en avons créés , en premier lieu Washington mais Paris aussi.

Erdogan a au contraire des visées impérialistes affichées. Avant d'être au pouvoir , en 1999, il avait repris ces déclarations d'un poète turc : « Les minarets seront nos baïonnettes, les coupoles nos casques, les mosquées seront nos casernes et les croyants nos soldats ». Cela pour partir à la reconquête de l'Europe. Erdogan a le vif sentiment de l'humiliation qu'avaient subie les sultans de Turquie partis à la conquête de l'Europe après la prise de Constantinople (1453) , aux XVIe et XVIIe siècles, quand ils avaient été arrêtés à Lépante (1571) puis sous les remparts de Vienne (1683) . C'était la deuxième tentative d'islamisation de l'Europe après celle de 711 qui avait échoué en 732 à Poitiers. Erdogan veut mener une troisième tentative: en entrant dans l'Union européenne et en encourageant l'entrée massive de musulmans, et en comptant sut notre veulerie qui n'a pas de secret pour lui, il espère que l'Islam sera dominant en Europe. Le Turcs ne s'étaient pas seulement répandus en Europe, ils tenaient aussi une grande partie du monde arabe: renverser Assad et placer un protégé à Damas, serait pour Erdogan une manière de venger la défaite infligée aux Trucs en 1918, quand le colonel Lawrence et le chérif de la Mecque Hussein ont reconquis Damas au bénéfice des arabes.

Mais ce ne serait pas la première fois que l'Europe se trompera d'ennemi. Savoir reconnaitre son vrai ennemi, c'est l'art politique par excellence. Ceux qui se trompent sur leur ennemi se préparent à de singulier malheurs.



L'Europe a-t-elle le choix ? Y-a-t-il une autre stratégie possible que celle qui consiste à s'en remettre à M. Erdogan ?

Bien sûr qu'il y a une autre stratégie possible.

Cela suppose de la part des Européens un plus grand courage pour regarder en face les agissements du personnage et aussi de ne pas se laisser aller aux actions de corruption qui sont menées dans certaines capitales occidentales.

Cela suppose surtout une émancipation vis à vis des Etats-Unis qui sont sans aucun doute complices d'Erdogan. Mais là aussi il faut du courage.

On peut imaginer que pour contrer les menées d'Erdogan, l'Europe s'appui un peu plus sur Poutine qui, malgré les tentatives avortées de rapprochement Moscou-Ankara qui ont eu lieu l'an dernier, a toute les raisons de se méfier de la Turquie, ennemi séculaire de la Russie.

Que faire ? C'est simple. Au lieu de promettre comme Merkel ( en échange d'autres promesses d'Erdogan comme celle de combattre Daesh, qui ne seront évidemment pas tenues ), il faut menacer . Dire simplement : si vous n'arrêtez pas les deux flux, de djihadistes d'un côté, de réfugiés de l'autre et nous savons que vous en avez les moyens , nous suspendrons tout les avantages que votre situation de pays en préadhésion vous ont valu de la part de l' Union européenne: tarifs préférentiels, subventions abondantes etc.

Mais pour tenir ce langage , encore faudrait- il que ceux qui dirigent l'Europe, à Bruxelles, Berlin et à Paris, ainsi que les dirigeants de Washington ne soient pas secrètement en phase avec les visées d'Erdogan: soutenir Daesh et Al Nosra ( alias Al Qaida) en Syrie pour renverser Assad, faire venir une main d' œuvre pas chère en Europe et particulièrement en Allemagne. Or je ne suis pas sûr du tout qu'ils ne le soient pas.

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6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 17:55

Article paru dans Atlantico

http://www.atlantico.fr/decryptage/quand-forum-davos-se-penche-immigration-oublie-question-fondamentale-pourquoi-europe-ne-fait-plus-enfants-roland-hureaux-2552861.html

Ce mercredi 20 janvier s'est ouverte la première journée des travaux du Forum économique mondial. Dès ce premier jour, la question de l'immigration a été abordée. Pour autant, le risque que celle-ci ne soit traitée que sous l'angle économique existe. Quel serait-il concrètement ? Quels sont les enjeux que nous risquerions de manquer ?

Traiter la question de l'immigration en Europe sur le plan strictement démographique, c'est ce que fait depuis de lustres tout ce qui compte dans le monde : la division de la population de l'ONU, la Commission de Bruxelles, l'OCDE, la Banque mondiale etc. Les discours que tiennent ces institutions est simple: la dénatalité en Europe crée un déséquilibre dans la pyramide des âges : il n'y a pas assez de jeunes. Il manquera des actifs pour payer les retraites. Il faut donc aller les chercher ailleurs . Il faut que l'Europe se mette à "importer" des actifs en provenance de pays où la natalité est au contraire forte : certains pays musulmans surtout l'Afrique subsaharienne.

Pour ces augures qui sont en gros les mêmes qui font la pluie et le beau temps au Forum de Davos, il faudrait faire venir 30 ou 40 millions d'immigrés en Europe.

A force de le dire, on finit part le faire. C'est sans doute ce qu'a compris Angela Merkel ; cet exode de refugiés est, pense-t-elle, une aubaine pour l'Allemagne: accueillons en quelques millions, d'autant que , venant de Syrie et d'Irak pour partie, on peut penser que leur niveau d'études est meilleur que s'ils venaient du Congo.

En disant cela, on élude la question de la dénatalité en Europe: n'a-t-elle aucun remède ? Evoquer ce sujet est tabou parce qu'on finirait par parler de la politique familiale qui est la bête noire des lobbies féministes maîtres du politiquement correct international . La dénatalité européenne est considéré comme une donnée intangible . Pourtant la Russie de Poutine montre que quand un gouvernement veut faire remonter la natalité, il y arrive.

En disant cela , on évite surtout de poser le problème culturel. Une nation ce ne sont pas seulement des chiffres de population, des tranches d'âge etc. ,c'est aussi une certaine homogénéité culturelle. Sinon , on va vers une société multiculturelle qui ne peut être , contrairement à ce que croient les bonnes âmes, qu'une société d'apartheid probablement autoritaire ; il faudra une autorité forte pour éviter la guerre civile: on le voit en France avec la réforme constitutionnelle et l'état d'urgence qui préfigurent ce que sera l'Europe de demain.

En disant cela, surtout, on ignore délibérément la question identitaire. On tient pour rien l'angoisse qui traverse aujourd'hui l'Europe sur l'avenir de sa civilisation. Or le sentiment d'un peuple, même si on ne le juge pas légitime ( je crois pour ma part qu'il l'est) , doit être pris en compte. La capacité d'accueil , pas financière mais politique, de nos pays est limitée. Un petit nombre d'immigrés est facile à intégrer , voire à assimiler. Au-delà d'un certain seuil , l'intégration ne se fait pas. C'est ce qu'on voit aujourd'hui.

Avant même l'invitation d'Angela Merkel , prête à accueillir les migrants, le patronat allemand avait fait savoir son besoin de main d'œuvre et sa volonté de conserver un faible niveau de salaire. Jusqu'à présent, en dehors de l'opinion publique, des acteurs étatiques ont-ils pensé la crise des migrants autrement qu'économiquement ? Avec quels résultats ?

Je suppose que les acteurs étatiques, qui ne sont pas complètement bornés, voient la dimension sociale et culturelle de l'immigation. Et s'ils ne la voient pas, les récents événements de Paris et de Cologne devraient leur ouvrir les yeux. Mais la plupart sont coincés par la pensée unique. Poser le problème en termes culturels ou religieux est tenu pour politiquement incorrect. Donc ils se réfugient dans la froideur des chiffres comme les technocrates de la globalisation que l'évoquais.

Quant au patronat allemand, il peut en effet espérer faire baisser les salaires ( qui ont déjà beaucoup baissé ) par l'afflux des immigrés. C'était aussi le cas du patronat français des années soixante-dix. Cela permettra à l'Allemagne de continuer à être la championne des exportations. Mais ce n'est pas le patronat qui devrait avoir le dernier mot dans ce genre d'affaires qui engage l'avenir d'un pays en profondeur et dans toutes ses dimensions

En tous les cas les hommes politiques de l'Europe de l'Est, Pologne, Hongrie, Tchéquie, Slovaquie, Slovénie, Croatie , eux, voient le problème en d'autres termes - alors que ces pays ont un problème démographique aussi grave que l'Allemagne . Il est vrai que le nihilisme autodestructeur, ils l'ont connu sous la férule soviétique. Ils ont une volonté de vivre que beaucoup à l'Ouest n'ont plus. Ne nous y trompons pas , les adeptes de l'immigration tout prix, hors de toute autre considération, sont des idéologues. L'idéologie qui est une forme de nihilisme, les pays de l'Est savent ce que c'est. Ils sont descendus aux enfers et en sont remontés . Nous, nous y descendons seulement. Nous sommes en retard.

Les chercheurs du FMI et de l'OCDE soulignent que le travail est une source potentielle d'intégration qui, si elle est rapide, permet plusieurs effets positifs sur le PIB. Dans quelle mesure Est-ce qu'un tel raisonnement oublie l'impact que l'immigration peut avoir sur le pays de départ ? N'y a-t-il pas le risque de ruiner d'autres pays, pour certains futurs partenaires commerciaux potentiels ?

Il y a deux parties dans votre question. Le travail est-il intégrateur ? Sûrement plus que le chômage mais tout dépend des conditions. L'intégration - ou l'assimilation - est chose complexe: tout dépend de qui on veut intégrer et dans quel contexte , surtout tout dépend du rapport de forces : à la RATP où on a embauché beaucoup de musulmans , il ne semble pas qu'il y ait intégration : les femmes y sont de plus en plus mal vues. Comme le FMI et l'OCDE veulent pousser les mouvements migratoires, à l'instar de presque toutes les organisations internationales, il est normal qu'ils tiennent ce genre de discours un peu béat.

Mais il faut aussi penser aux pays de départ. Les humanistes ou humanitaires qui prônent l'accueil à tout prix font souvent preuve d'un égoïsme absolu vis à vis des pays de départ et des migrants eux-mêmes. Nous nous comportons comme des femmes stériles qui iraient voler les enfants des autres. Le politiquement correct interdit de se demander pourquoi ces gens là viennent chez nous. Poser ce genre de question serait signifier, au gré de certains, qu' on ne les veut pas. Et pourtant , s'ils nous intéressent vraiment comme hommes, c'est bien le genre de question qu'il faut se poser. Ce qui nous amène à considérer les raisons de la guerre au Proche-Orient - où il y aurait beaucoup de choses à dire, notamment sur la responsabilité occidentale, les filières , les stratégies de ceux qui sont dernière ces mouvements migratoires. Je pense par exemple à la stratégie de la Turquie qui est délibérément engagée dans l'envoi des migrants en Europe. En tous les cas , si Erdogan, le président turc, voulait arrêter ce flux, il le pourrait. Peut-être est-il de mèche avec Angela Merkel qui est venue le soutenir fin octobre dans sa campagne électorale ? Mais si les elle veulent vraiment ces migrants pourquoi les laisse-t-elle se faire "arnaquer" pour payer aux passeurs 10 000 euros pour un transport en mauvais rafiot très risqué vers une île grecque, alors qu'un vol Istanbul-Berlin coûte 170 euros ?

Il va de soi que pour le pays de départ qui sont en guerre ( c'est le cas de presque tous), ce sera une catastrophe: ces pays seront , la paix revenue, à reconstruire . Des millions de logements y ont été détruits ; si la meilleure partie de leur jeunesse s'en va qui reconstruira ? D'où ma proposition : qu'on apprenne à ces immigrés (tous ne sont pas de vrais réfugiés) les métiers du bâtiment afin qu'ils puissent, le jour venu, rentrer chez eux pour reconstruire leur pays. Ce jour là , l'industrie du bâtiment s'y portera sans doute mieux que chez nous.

Enfin, que révèle cette volonté de considérer l'ensemble des problèmes par leur prisme économique en premier lieu ? Quelle traduction de notre société faut-il y lire ?

Au premier abord, on y verra une sorte d'esprit technocratique , d'économisme un peu sec , d'ignorance des réalités sociales et culturelles. C'est peut-être le signe d'une inculture croissante de notre classe politique. Je ne crois pas par exemple que Angela Merkel soit très cultivée. Mais par-derrière on peut y voir aussi le signe d'un malaise profond, d'une indifférence des dirigeants de l'Europe à l'avenir de la civilisation européenne. Ce qui, selon Spinoza, est la moteur fondamental de tout ce qui compose l'univers : vouloir persévérer dans l'être, est perdu de vue, voire diabolisé comme une forme d'égoïsme , de fascisme. Signe d'une étrange maladie psychologique qui s'apparente à une forme de décadence. Il ne faut pas imaginer que cette fausse générosité abstraite nous rend populaires dans le monde. "Il faut aimer son prochain comme soi-même". Ceux qui ne s'aiment plus sont incapables d'aimer vraiment les autres . Au lieu de leur dire merci, on les méprise et on les hait. D'où peut-être les incidents de Cologne. Heureusement tous les Européens ne sont pas atteints par cette maladie dégénérative, du moins j'espère.

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6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 17:38

Paru dans Atlantico

http://www.atlantico.fr/decryptage/pourquoi-laurent-fabius-aura-ete-tres-mauvais-ministre-affaires-etrangeres-pour-france-roland-hureaux-2572570.html

1. Quel bilan global peut-on faire de l'action de Laurent Fabius au quai d'Orsay ? Quels adjectifs qualifieraient le mieux son bilan ?

Désastreux. Il suffit de comparer l'image de la diplomatie française avant lui et aujourd'hui. Elle avait certes pris du plomb dans l'aile avant son arrivée mais depuis quatre ans, rien ne s'est arrangé. A l'alignement euro-atlantique s'est ajouté une impression de servilité qui ne grandit pas l'image de la France.

La seule question est : quelle est dans cette dérive la part de Fabius et la part de Hollande. Il ne faut pas dédouaner trop facilement le président qui, dans cet affaiblissement de la diplomatie française, a la première responsabilité . Mais sur tous les sujets , il semble que Fabius ait plutôt aggravé les choses.

On pouvait pourtant espérer en 2012 que dans un gouvenrment médiocre et inexpérimenté, Fabius, surdiplômé qui avait été premier ministre, qui avait été à l'école de Mitterrand, qui avait fait preuve d'une belle indépendance d'esprit en appelant à voter non au référendum du 29 mai 2005 , porterait avec une certaine dignité l'image de la France. Il n'en a rien été.

Sur le fond, notre politique s'est volontairement privée de ce qui pouvait lui rester de marge de manœuvre vis à vis des conditionnements euro-atlantiques.

L'affaire clef a été celle des Mistral que Sarkozy avait vendus aux Russes et que, au détriment du crédit de la France, nous avons , sous pression bien entendu, refusé de livrer. Il était pourtant facile de dire " je déplore cette affaire mais c'est mon prédécesseur qui l 'a engagée , la France ne peut plus se dédire". Nous avons offert là le spectacle affligeant de l'inféodation la plus servile. Même inféodation dans les affaires de l'Ukraine où la France n' a pas joué le rôle modérateur qui aurait pu être le sien, laissent ce rôle à Mme Merkel, et dans les affaires de Syrie où nous n'avons cessé de verser de l'huile sur le feu. De même Laurent Fabius n'a cessé de vouloir faire échouer la négociation ente les Etats-Unis et l'Iran : qu'elle ait abouti malgré lui montre bien la piteuse place qui est désormais celle de la France. Il n'aura été finalement que la mouche du coche. Dans les affaires européennes , on ne se souvient pas d'une affaire où la France aurait infléchi la position allemande , même dans l'affaire grecque ou , ne nous y trompons pas, c'est Obama qui a joué le rôle décisif pour parvenir à un accord.

Sur la forme, il y a eu cette parole malheureuse à l'ONU en 1992 : "Bachar el Assad n'a pas mérité pas d'être sur la terre". Ce ne sont pas des choses qui se disent. Quel mépris ! Un chef d'Etat , bon ou mauvais, représente toujours un peuple. Roosevelt n'a jamais parlé ainsi d'Hitler, ni Truman de Staline. Par derrière, une erreur grossière d'analyse sur la longévité de ce régime et un comportement qui a contribué à faire durer une guerre atroce. Il y a aussi le reniement de ce qui était tenu, y compris par la République laïque de 1905 pour une mission historique de la France: protéger les chrétiens d'Orient. Fabius a eu beau aller se balader dans leurs camps en Irak, il a armé, avec d'autres, leurs bourreaux.

2. En quoi peut-on dire que son programme vis-à-vis de la Russie a-t-il été l'un des gros points noirs de son passage aux affaires étrangères ? Son préjugé anti Assad dans le conflit syrien n'a-t-il pas été une erreur ? La propagande sur le site du Ministère au départ en faveur d'un front anti-Assad n'a-t-il pas favorisé le renforcement de l'EI (notamment avec l'engagement de jeunes français comme en a parlé M. Kappel) ?

Il est clair que puisque la priorité française dans le conflit syrien était la défaite et le départ d'Assad, notre allié naturel ne pouvait être que les islamistes. C'est ainsi : dans une guerre totale comme celle qui a lieu , les clivages se simplifient, même en Orient. Si vous voulez défaire l'un, c'est que vous êtes l'allié de l'autre. Les soi-disant Armée syrienne libre et autres organisations "modérées" , qui sont au mieux des forces islamistes camouflées, n'étaient que des alibis. Quand Fabius dit en 2012 que "le Front Al Nosra fait du bon boulot", il faut savoir que ce Front al Nosra est plus particulièrement responsable d'atrocités contre les chrétiens - et pas seulement les chrétiens, - qu'il a l'idéologie des Frères musulmans fondée sur la haine de l'Occident. Aujourd'hui il a été désigné par le résolution du Conseil de sécurité du 18 décembre 2015 comme une organisation terroriste à l'égal de Daesh.

Quand en août 2013, la rumeur s'est répandue qu' Assad avait utilisé des armes chimiques (nous savons aujourd'hui que c'est un groupe islamiste qui l'a fait ) , les Occidentaux voulaient intervenir, ce qui aurait pu déclencher une guerre mondiale. Là encore Fabius a été en flèche. Heureusement qu' Obama , qui a un peu plus de plomb dans la cervelle, a arrêté les frais à temps.

A des positions géopolitiques discutables , mais après tout on peut les trouver défendables , s'est ajouté chez Laurent Fabius un parti pris tout à fait en dehors de habitudes de la diplomatie française. On a eu le sentiment que le Quai d'Orsay s'était transformé en une officine de propagande grossière, contre Poutine et surtout contre Assad. Ce faisant, nos dirigeants se sont auto-intoxiqués: il est bien connu que les diplomates et autres agents tremblaient à l'idée de faire remonter des informations n'allant pas dans le sens de la propagande officielle. Les choses ont eu peu changé depuis l'affaire du Bataclan , du moins à ce qu'il semble, mais il y a deux mois encore, la propagande française ne cessait d'accabler Assad bien au-delà de ce que faisaient nos alliés occidentaux.

Comme je vous le disais, l'ennemi de mon ennemi , c'est notre ami. Et l'ami en l'occurrence, c'était Daesh.

Une des raisons de cet aveuglement, c'est l'idéologie qui semble désormais dominer le Quai d'Orsay . Pour l'idéologie, spécialement celle des droits de l'homme, la diplomatie n'est pas un jeu d'intérêts complexes mais la lutte du bien contre le mal. On oublie de se demander où sont nos véritables intérêts : quels que soient les défauts bien réels du régime d'Assad ( mais est-ce que ça nous regarde ?), il y avait une différence très grande entre lui qui ne posait pas de bombes à Paris et ses adversaires islamistes qui se sont vantés de le faire et qui vont sans doute continuer à essayer de le faire.

3. A trop vouloir se montrer lors de la COP 21, n'a-t-il pas délaissé des points importants pour la diplomatie française ?

Il valait mieux au contraire qu'il s'occupe de la COP 21 qui était un terrain moins miné que le Proche-Orient et où il ne pouvait pas vraiment faire trop de mal.

En définitive cette COP 21 n'a pas été une mauvaise affaire en matière de communication. Il ne s'y est rien passé, les résultats tangibles sont très minces mais notre gouvernement, Fabius en tête, a laissé croire que c'était un événement considérable.

Je ne sais s'il faut saluer la performance de communicant du ministre des affaires étrangères - qui s'est tenu au premier plan - ou la servilité de notre presse qui a joué les thuriféraires emphatiques.

4. La politique de Laurent Fabius a-t-elle pêché aussi par suivisme vis-à-vis des Etats-Unis ?

Absolument. Mais pas seulement vis à vis des Etats-Unis, il y a aussi la Turquie, Israël, et surtout l'Arabie saoudite et le Qatar qui voulaient la peau de Bachar el Assad , au point que notre diplomatie laisse, s'agissant de ces deux derniers pays , une impression fâcheuse d'affairisme . Et sur les questions économiques, il y a eu suivisme par rapport à l'Allemagne.

Depuis que nous avons réintégré complètement l'OTAN, sous Nicolas Sarkozy , la France s'était alignée, mais Sarkozy qui avait maintenu des relations convenables avec Poutine et lui avait vendu les Mistral préservait une apparence d'autonomie. Maintenant, c'est fini.

Notez que le suivisme, ce n'est pas seulement par rapport au gouvernement américain en tant que tel mais par rapport aux milieux les plus conservateurs de Washington ( les néo-cons comme on dit) , sachant qu' Obama est plus modéré qu'eux.

Il fut un temps où la France , tout en étant dans les grands intérêts, un allié loyal, se démarquait de la position de Washington, en étant plus modéré, en gardant plusieurs fers au feu, ce qui lui permettait à l'occasion de jouer un rôle de médiateur . Avec Fabius, il semble que notre pays ne se soit distingué que dans la surenchère belliqueuse, sans doute pour complaire aux monarchies pétrolières. Quel rôle voulez vous jouer après cela ? Vous ne servez plus à rien. Vous êtes simplement ridicule , comme dans l'affaire iranienne, quand les grands se sont mis d'accord en vous laissant de côté. Ridicule, Fabius l'a été aussi quand il a tenté en 2015 une médiation ente Israël et la Palestine, sans disposer d'aucun poids politique.

5. Au-delà de ce constat, en quoi peut-on parler d'une certaine continuité dans la diplomatie française ? Est-ce donc la faute de Fabius ou celle de ses conseillers ?

Il y a sans doute une certaine continuité dans l'alignement atlantique de notre pays qui s'est beaucoup rapproché de la ligne américaine depuis 1981. Le dernier président qui ait affronté vraiment les Etats-Unis, c'est Valéry Giscard d'Estaing; cela lui a sans doute coûté sa réélection. Mitterrand savait sauver les apparences. Et Chirac sut faire, au moins une fois, preuve d'indépendance de manière retentissante dans la deuxième guerre d'Irak, ce qui valut à notre pays une grande impopularité aux Etats-Unis et une grande popularité dans le reste du monde. Sarkozy a navigué selon sa manière, parfois imprévisible ( ce qui n'est pas forcément un défaut en diplomatie) . Avec Hollande et Fabius, au contraire, nous somme à la fois parfaitement prévisibles et profondément méprisés.
Une seule action vraiment positive: l' intervention au Mali, mais il semble que Hollande et Le Drian - et bien entendu nos militaires - y aient joué un rôle plus important que Fabius.

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2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 18:07

Publié dans Boulevard Voltaire

La visite du président de la République iranienne Hassan Rohani a affolé les boussoles européennes.

Les Italiens se sont ridiculisés au-delà de tout ce qu'on pouvait imaginer en couvrent de panneaux les statues antiques nues que l'on trouve dans les rues de Rome, pour ménager la pudeur du visiteur. Apparemment, les feuilles de vigne ne suffisaient pas !

Les Français ne sont pas en reste, mais en sens inverse. Contrairement à tous les usages, la visite du président iranien n'a pas donné lieu à un déjeuner officiel parce que le président Hollande voulait qu'il y ait du vin à table. Cette exigence nous parait contraire aux lois de l'hospitalité qui commandaient que le président s'adapte à son hôte.

Edouard VII, modèle de bonnes manières royales, s'était mis à manger un pigeon avec les doigts pour se mettre au diapason du maradjah qu'il recevait et qui ne savait pas faire autrement.

Qui imagine que le général de Gaulle , modèle de courtoisie lui aussi , quand il recevait Ben Gourion, président israélien, lui aurait imposé un repas non casher ?

Mais il semble que le laïcisme passe avant les lois de l'hospitalité.

Pourtant le même Hollande, quand il s'était rendu Riyad en début de mandat, y avait fait un éloge aussi excessif que ridicule de la religion musulmane. Plus récemment Valls y est allé en visite , sans faire la fine bouche, en pleine vague de décapitations.

On est étonné des scrupules œnologiques du président français quand on sait que tant de mairies socialistes servent des repas hallal à tous . Et quand Anne Hidalgo reçoit des centaines de musulmans à la Maire de Paris pour la fête de l' Aïd el-Fitr, y sert- elle aussi du vin ?

Et si le président français voulait marquer ses distance vis à vis de l'Iran au sujet des droits de l'homme, n'avait-il pas d'autres moyens que de mettre des boissons alcoolisées au menu ?

Donald Trump a pu récemment s'interroger sans être démenti sur la santé mentale d' Angela Merkel , au vu de sa politique migratoire . Mais il est clair que la visite de Hassan Rohani en a fait disjoncter d'autres .

Jupiter dementat quos vult perdere. Jupiter rend fous , disaient les Latins, ceux qu'il veut perdre. Jean Paul II a laissé entendre que la où, il n'y avait plus la foi, la raison aussi pouvait se perdre.

Il est clair que l'Europe a aujourd'hui, pas seulement en matière protocolaire , des problèmes d'orientation.

Roland HUREAUX

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