Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Roland HUREAUX

MrHureaux

Recherche

Articles Récents

Liens

31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 23:32

 

LA VIe REPUBLIQUE :  UNE IDEE   DANGEREUSE

 

Les candidats de gauche à la présidentielle ont réintroduit, faute d'autre sans doute, l’idée de passer de la Ve à la VIe République. Il s'en faut de beaucoup que le contenu de cette proposition   soit clair : on comprend cependant qu'ils voudraient revenir au régime d'assemblée de type IVe République : élection des députés à la proportionnelle, affaiblissement du pouvoir exécutif par la suppression de l'article 49-3 (ou de ce qu'il en reste après la réforme Sarkozy qui avait fait la moitié du chemin). 

Naturellement personne parmi les promoteurs de la VIe République n’est capable de faire un lien clair entre tout ce qui ne va pas dans la France actuelle (chômage et récession, insécurité, migrations mal contrôlées, déclin de l'éducation nationale, justice de plus en plus arbitraire) et la constitution de la Ve République. Pas davantage ils se sauraient démontrer pourquoi les choses iraient mieux si on changeait de République

On pourrait plus facilement montrer le contraire : comment la plupart des   problèmes évoqués résultent de l'abâtardissement de la Ve République par les nombreuses révisions votées depuis 1962 et qui tendent presque toutes, au motif de faire des concessions à l'air du temps, à affaiblir le pouvoir de l'Etat au bénéfice d'autres acteurs :  l’Europe, les collectivités locales, les juridictions les plus diverses.   

Le général de Gaulle pensait que quand les hommes sont médiocres, les institutions n'avaient guère d’importance : la politique sera de toutes les façons médiocres.  Dès lors, le principal mérite d'une bonne constitution était pour lui de ne pas mettre d'entraves à l'action de l’homme providentiel en mesure de   redresser le pays, quand il s'en trouve un. Ces entraves sont aujourd'hui nombreuses :   le bicamérisme originel a été renforcé par l'affaiblissement de la question de confiance et la quasi-obsolescence des ordonnances, le Conseil constitutionnel n'a cessé de monter en puissance, une   primauté absolue a été conférée au droit européen, ce que l'Allemagne s'est bien gardée de faire etc.  La VIe République, telle que la conçoivent ses promoteurs serait un régime où ces entraves seraient encore plus contraignantes au point que   la France ne pourrait plus être redressée par qui que ce soit.  Voilà un projet qui illustre à merveille le   théorème de Guy Debord[1] , que les faiseurs de programme n'ont pas tous intégré : dans la société de spectacle « avancée " (c’est à dire en état de décomposition avancée !), où seuls les mots ont encore de l’importance, toute réforme tend à aggraver les choses.  

Ce n'est pas nouveau : tant qu'à vouloir modifier la constitution, peut-être vaudrait-il mieux abroger toutes la plupart des révisions intervenues depuis le début ?

 

Le risque de l'instabilité institutionnelle

 

Autre risque, encore plus grave : celui de ramener la France à l’instabilité institutionnelle.  Qui ne se souvient qu’avant 1958, le professeur de droit ou d’histoire se   lamentaient régulièrement sur cette instabilité ?  Pas moins de 13 constitutions depuis 1791 alors que les Etats-Unis ont la même depuis 1787 et la Grande-Bretagne depuis la nuit des temps.  Personne n'était fier de cette singularité française que certains tenaient pour une malédiction par laquelle la France expiait la mort de Louis XVI. 

La Ve République, au fur et à mesure qu'elle s’est consolidée, a semblé nous guérir de ce vice. N'entrant pas dans une catégorie déterminée, la constitution du 4 octobre 1958 opère une   synthèse équilibrée et pragmatique de notre esprit monarchique et du parlementarisme.  Ayant survécu à la victoire de la gauche (nul n’a fait plus pour la consolider que Mitterrand qui pourtant l'avait qualifiée de « coup d'Etat permanent" !), puis, pour le meilleur et pour le pire, à la cohabitation, elle semblait définitivement installée, la France rejoignant ainsi le peloton de tête des pays sérieux qui ne bouleversent pas sans cesse leur cadre institutionnel.

Avec l'idée d'une VIe République (les chiffres ont en l'espèce une   haute signification : il serait moins grave de modifier les institutions sans changer de numéro), la France retomberait dans l’ornière. Car qui peut croire que la nouvelle république serait la dernière ?  Après elle, viendrait la VIIe, puis la VIIIe etc.

Changer de République n’apparait pas seulement comme une idée dangereuse, c’est aussi une idée vulgaire. Même si des évolutions à la marge sont normales, le cadre institutionnel doit avoir quelque chose de sacré : à lui s'applique de manière éminente la maxime de Montesquieu : « Il ne faut toucher aux lois que la main tremblante ».    Au lieu d'agir dans le cadre existant, chacun se prenant pur un nouveau Lycurgue veut apporter sa touche aux lois fondamentales. Habitude détestable quand il s'agit d'en alourdir le texte pour y introduire toutes sortes d'affirmations de principe ou de "reconnaissances" qui n'y ont pas leur place, la constitution étant d'abord un règlement : langues régionales, environnement, décentralisation, définition du mariage, adjonctions susceptibles d'être   abrogées ou dépassés à leur tour.  Habitude encore plus détestable quand il s'agit de changer la règle au bénéfice de tel ou tel intérêt.  

Oublions l'idée d'une VIe République : elle nous mènerait sur une pente fatale.

 

                                                                                   Roland HUREAUX

       

 

[1] Guy Debord, La société du spectacle, 1966

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article
31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 23:31

LE BREXIT A SAUVE LE BIPARTISME AU ROYAUME-UNI, MAIS PAS DANS LE RESTE DE L'EUROPE

 

http://www.causeur.fr/brexit-nigel-farage-grece-espagne-39547.html

 

Dieu sait combien on a entendu dans les milieux de la bienpensance européenne que David Cameron avait été irresponsable d'organiser un référendum sur le Brexit. "Quelle idée de consulter le peuple sur une affaire aussi grave !  Nous n'en serions pas arrivés là s’il ne l'avait pas eue".

Cameron a certes défendu le Remain mais le Brexit l'a emporté. Or pas de référendum, pas de Brexit.

C'est oublier dans quel contexte a été prise la décision de consulter   le peuple britannique sur le maintien dans l'Union européenne. David Cameron n'avait pas le choix. S'il n'avait pas promis un référendum lors des dernières élections, l’UKIP de Nigel Farage, parti nationaliste, risquait de prendre peu à peu l'ascendant sur le    parti conservateur. Et dans le système électoral britannique, uninominal à un tour, il ne faut qu’un léger effet de balancier pour que tous les sièges   soient perdus pour le parti qui se laisse dépasser, menacé alors de sombrer. En raison de ce système, l’UKIP, presque partout devancé par le parti conservateur ne pouvait avoir de députés qu’au Parlement européen, élu, lui, à la proportionnelle. Farage n’avait réussi à arracher pour lui-même aucune circonscription. Ils les auraient toutes eues si la promesse du référendum n'avait relâché la pression qui s’exerçait en faveur de son mouvement.

C'est ainsi qu'a été sauvé le parti conservateur dit tory, le plus vieux parti du monde, puisqu'il   existe depuis le XVIIIe siècle.

C’est aussi ainsi qu'a été sauvé le bipartisme à la britannique. Ce système n'a connu en trois siècles qu’une mutation : dans l'entre-deux guerres, alors que les tories se maintenaient, les   travaillistes ont   supplanté les libéraux, qui ne sont plus aujourd’hui qu'une survivance.  

Après la victoire du Brexit, on a pu voir comment le parti conservateur a refait rapidement son unité derrière le nouveau premier ministre Teresa May.

La force du parti conservateur a été de laisse subsister en son sein (et même au sein du   gouvernement) des européistes et des eurosceptiques, et cela malgré le climat de quasi-guerre civile qui a régné entre les deux camps, comme toujours sur les enjeux européens, pendant le référendum.

 

L'Europe fait éclater le paysage politique

 

S'il n'y avait pas eu de référendum, nul doute que serait arrivé au Royaume-Uni ce qui est déjà arrivé en Italie, en Espagne, en Autriche, en Grèce : l'éclatement du bipartisme traditionnel au bénéfice de nouveaux partis. En Italie, la démocratie chrétienne et le parti communiste ont pratiquement disparu. En Espagne, le PSOE et l'Alliance populaire sont très affaiblis. L'Autriche avait vu depuis la guerre une alternance régulière des sociaux-démocrates et des chrétiens-sociaux. On a pu voir comment ces deux partis se sont effondrés aux dernières élections présidentielles pour ne laisser face à face au second tour qu’un candidat nationaliste et un candidat écologiste.

On disait que l’Europe de Bruxelles   faisait éclater toutes les structures préexistantes : les Etats au bénéfice de régions, la démocratie au bénéfice de la technocratie ; il se peut qu’elle soit à présent en train de faire éclater, les uns après les autres, les systèmes politiques des différents pays membres, ce à quoi la Grande- Bretagne a voulu échapper.

Et c'est ce à quoi la France n'échappera pas tôt ou tard, dès lors que le processus européen poursuit sa course et que les partis qui ont   dominé jusqu'ici la scène politique   française, l'UMP et le PS, à la différence du parti conservateur britannique (et dans une certaine mesure du parti travailliste), ne tolèrent pas en leur sein de divergences au sujet de l'euro et de l’Europe.

C'est bien en effet ce qui se passe en France. Mélenchon, eurocritique, se trouve depuis longtemps relégué à l'extrême gauche.  Chez les Républicains, un Jacques Myard, eurocritique aussi, a été éliminé des instances dirigeantes lors de leur dernier renouvellement. Sur les six candidats principaux à la primaire des Républicains, Sarkozy, Juppé, Fillon, Le Maire, Mariton, Kosciusko-Morizet, aucun ne remet véritablement en cause le cadre européen. Myard et Poisson qui le remettent en cause   ne jouent pas le premier rôle.  Alors même que les militants, eux, sont très partagés entre les deux options, sur une base d’environ moitié-moitié.

En ne tolérant pas les minorités eurocritiques en leur sein, les partis dominants ont cru renforcer l’Europe de Bruxelles.  En réalité, ils l’ont affaiblie. Le résultat de leur attitude est que la critique de la construction européenne, très populaire, faute d'exutoire dans les partis classiques, s'est cristallisée dans les partis hors-système, Front national en tête, ce qui pourrait bien faire éclater le système.

Ce que le Royaume-Uni a évité par le référendum sur l'Union européenne, c'est aujourd'hui ce qui pend au nez de la France mais aussi sans doute de l'Allemagne et d'autres. Pour ces pays, les échéances de 2017 pourraient bien signifier un profond renouvellement du panorama politique, tel qu'il existe depuis un demi-siècle.

 

                                                                       Roland HUREAUX

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article
31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 23:30

 

L'UNION EUROPEENNE TOMBERA D’UN COUP

 

http://www.causeur.fr/union-europeenne-brexit-euro-schengen-37056.html

http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/2016/03/lunion-europ%C3%A9enne-tombera-dun-coup-comme-un-ch%C3%A2teau-de-cartes.html

 

Comme toutes les œuvres humaines, de la tour de Babel aux empires coloniaux, l'Union européenne aura un jour fait son temps.  

Les craquements que l'on entend aujourd'hui : crises de l’euro, vagues migratoires hors de contrôle, guerre en Ukraine, récession, peuvent laisser présager que cette échéance est proche. Quel facteur sera fatal à l'édifice dont les bases, jetées dans le courant des années cinquante, semblent vermoulues : crise économique ou événement militaire ou encore l'élection d'une majorité hostile dans un grand pays membre ? On ne sait.

Ce que l'on peut affirmer en revanche sans crainte de se tromper, est que cette chute se fera d'un coup, comme celle de l'Union soviétique.

Même si l'Union européenne n’a, bien entendu, jamais généré à ce jour les horreurs du système communiste[1],  elle n'en est pas moins elle aussi un système idéologique, d'une sorte différente. On pourrait dire un système utopique ou encore, selon l’expression de Hayek, constructiviste.  De Gaulle disait une "chimère".

 

Des effets contraires aux buts poursuivis

 

Pour le décrire, nous pourrions commencer par ses effets : toujours le contraire de ceux qui sont   recherchés. Lénine avait promis "le pain, la paix, la liberté", l'URSS eut la famine, une économie de guerre et l'esclavage. Les promesses des pères fondateurs de la construction européenne : la prospérité, une influence mondiale, la fraternité, la paix sont les unes après les autres démenties. La récession, la désindustrialisation, la crise agricole ; la vassalisation au sein de l’OTAN, l’ignorance de plus en plus grande des cultures et des langues des partenaires (au bénéfice du basic english )  disqualifient chaque jour ces promesses. Il n'est jusqu'à la guerre en Yougoslavie et en Ukraine, où la Commission de Bruxelles, comme l'a dit Helmut Schmidt[2],  a eu sa part de responsabilisé, qui ne démente l'idée que la construction européenne pourrait être une entreprise de paix. On ajoutera : pensée pour contrôler l'Allemagne, elle lui a assuré la suprématie.

Il en résulte un sentiment d'absurdité suscité non seulement par ces contreperformances mais aussi par l'accumulation de règles qui paraissent arbitraires (et qui ont conduit, par exemple, par pur dogmatisme, au démantèlement d’EDF), un sentiment qui n'est pas sans rappeler celui qui prévalait au sein du système soviétique. Les anciens dissidents de ce dernier (Soljenitsyne, Zinoviev, Boukovski) furent d’ailleurs unanimes à souligner les ressemblances.   Chez les nouveaux adhérents de l'Est, les mêmes qui soutenaient le communisme sont devenus les meilleurs partisans de l'intégration européenne et ceux qui résistaient résistent toujours.

On pourra trouver notre tableau noir. Ceux qui ont étudié le processus idéologique ont abouti à un constat sans appel : il n’en sort jamais rien de bon. Ce qui semble prospérer et qu'on met de manière fallacieuse sur le compte de l'Europe de Bruxelles s'est en réalité développé en dehors, sous la forme d'une coopération naturelle sans caractère idéologique : Airbus, Ariane, l'OCCAR[3] . A l'inverse, Galileo, pur produit de l'Europe de Bruxelles ne sort pas des limbes.

 

Un principe unique

 

Le processus idéologique a été défini par Hannah Arendt[4] ou Jean Baechler[5] :   il consiste à gouverner à partir d'une idée simple, trop simple, et par là fausse, réductrice du réel, dont toutes les conséquences y compris les plus folles sont tirées (puisque aucune idée concurrente ne vient se mettre en travers). Le communisme disait : les hommes sont aliénés par la propriété, supprimons la propriété et ils seront heureux. Les partisans d'l'Europe supranationale disent : la guerre a ravagé l'Europe, c'est la faute des Etats-nations, supprimons les Etats-nations pour ne faire qu'un seul Etat continental, ce sera la paix perpétuelle et par la grâce de la concurrence et de la monnaie unique, la prospérité. Tout le reste en découle.  On ne se demande pas su si la guerre ne proviendrait   pas plutôt des idéologies que des nations.

Ceux qui fondent leur politique sur une seule idée pensent qu'elle est géniale et qu'elle apportera le salut. Si elle s'oppose à certaines tendances naturelles de l'homme (le sens de la propriété, le sens national), il faut passer en force, au besoin contre le peuples : le jeu en vaut la chandelle.  On le voit : chez les idéologues de l'Europe supranationale, la confiance ne règne pas ; ils se sentent assiégés par le chauvinisme, le protectionnisme, le nationalisme, le populisme assimilés depuis peu au racisme.  D'où le déficit démocratique (Junker : "il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens" [6]), l'intolérance à toute opposition, la pensée unique, la bureaucratie et il faut bien le dire le centralisme (l’Europe qui s’est construite, en particulier depuis l'Acte unique de 1987, est tout sauf fédérale).  

Les idéologues pensent que l’idée simple qu'ils professent doit transformer la condition humaine ; ils diviseront dès lors l'histoire entre un avant fait de guerres, d’affrontements, de fanatisme et un après plus ou moins paradisiaque.

Mais si cette entreprise, fondée sur une   idée, est bonne pour les Européens, elle le sera pour les autres hommes. Toute entreprise idéologique a une vocation universelle. Le socialisme ne pouvait s'établir dans un seul pays. L’Europe de Bruxelles doit répandre son idéal dans toutes ses périphéries :  l'Ukraine, la Turquie et pourquoi pas demain le Maghreb et le Machrek ?  Elle fait déjà la morale à l'Afrique.  Idéaliste, elle est de fait   impérialiste. 

Méfiante de la nature (où subsistent les instincts mauvais), l'idéologie    se méfie aussi de la culture. Produit d'un passé rempli d'horreurs, que l'on veut précisément dépasser, elle est suspecte.  On ne dit pas à Bruxelles "du passé faisons table rase" mais la politique culturelle et éducative qui y est promue, à base de repentance et de promotion du libéralisme libertaire (gender, ultraféminisme), tend à dévaluer les immenses richesses que ce passé a produites. Par méfiance du passé, et parce que toute idéologie est, de fait, une   religion séculière concurrente, l'idéologie ne pouvait qu’être hostile à la reconnaissance des racines chrétiennes de l’Europe. Des racines chrétiennes dont un   ami agnostique nous disait que leur négation est contraire à la laïcité puisque la laïcité est fondée sur le respect de la vérité, scientifique ou historique.  

 

Un château de cartes

 

Ce que porte le mot de "construction » (du socialisme, de l’Europe) est une entreprise prométhéenne dont la preuve du bien fondé est non point le bon fonctionnement mais la marche en avant.  Elle est donc irréversible.  Comme la bicyclette, elle chute si elle s’arrête, un principe qui a été opposé à satiété aux opposants des traités soumis à référendum en France en 1992 et 2005 : ne pas aller plus loin, disait-on, c’est mettre en danger tout l'édifice. Cette marche en avant signifie à la fois l'approfondissement (« vers une union toujours plus étroite" comme le dit le traité) et l'élargissement.

Le principe d'irréversibilité, qui s’appliquait déjà au socialisme est le talon d'Achille de l'entreprise, un facteur de vulnérabilité. On peut prendre une autre comparaison, celle du château de cartes où il suffit d'en enlever une seule pour qu'il s'effondre. C'est pourquoi tout a été fait pour maintenir Chypre puis la Grèce dans la zone euro, malgré le peu qu'ils représentent dans   l'économie du continent (respectivement 0,1 et 1,2 % du PIB européen). L'enjeu n’était pas économique mais idéologique.

C'est pourquoi le Brexit qui pourrait résulter du référendum britannique de juin 1996   engage l’avenir de la construction européenne. Techniquement elle pourrait continuer sans le Royaume-Uni qui n’est pas partie prenante aux deux politiques les plus importantes (la monnaie unique et la libre circulation). Mais dès lors que l'Europe de Bruxelles est une construction idéologique qui doit toujours aller de l'avant, cet échec lui serait insupportable et pourrait précipiter la fin :  qui osera, après une sécession britannique, imposer quoi que ce soit à la Grèce, quand se produira la prochaine crise monétaire ?  

Il faut donc s’attendre à ce que les pressions les plus fantastiques soient exercées sur le peuple britannique d'ici juin. A moins que les promoteurs de l'utopie aient cessé d’y croire, comme le pouvoir soviétique au temps de Gorbatchev. Tout était alors allé très vite. Il faut espérer dès lors que l'Europe qui est déjà tombée bien bas n'ait pas à subir encore dix ou quinze ans d'ère Eltsine, avec tous les désordres que cela suppose, avant de repartir de l’avant, les égarements surmontés, sur des bases assainies, c'est à dire libérées de toute idéologie.

                                                           Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

[1]  Mais l'Union européenne peut encore déclencher une guerre continentale

[2] Bild, 16 mai 2014

[3] Organisation de coopération conjointe en matière d 'armement dont le siège est à Bonn

[4] Hannah Arendt, Le système totalitaire, Seuil, Collection Points, 1972

[5] Jean Baechler Qu’est-ce que l’idéologie ? Idées-Gallimard, 1976

[6] Le Figaro, 29 janvier 2014

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article
31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 23:28

 

 

LE CREUX PROGRAMME DE MACRON

 

Creux mais dangereux pour les classes moyennes et les libertés

 

L'annonce en fanfare du programme de Macron avait tout pour impressionner :  500 experts, 3000 ateliers avec, paraît-il, la participation de 30 000 Françaises et Français. Il s'est même dit que le document final avait été mis au point par un think tank de 15 personnes super confidentiel et super qualifié basé à Londres.

Le moins qu'on puisse dire est que les résultats ne sont pas à la hauteur de tels travaux, réels ou pas.

Il suffit d'écouter les Français pour connaitre leurs principales préoccupations, finalement assez simples : en sus de la crainte du   chômage et la baisse de leurs   revenus, on citera : l'immigration, l’éducation, la justice et la sécurité, la lourdeur de la pression fiscale et donc des dépenses publiques, le sentiment d'une injustice du système de redistribution sociale (pas tant les retraites, seules évoquées dans le document, que les prestations de toute nature).  Il faut y ajouter la question de la démographie   et donc de la politique familiale : si les Français y sont moins sensibles, c’est la plus importante car elle conditionne non seulement les retraites à   venir mais la survie du pays lui-même.  Et aussi la question de notre politique étrangère, celle de Hollande nous ayant valu le mépris universel. 

 

Les problèmes majeurs de la France sont peu ou pas pris en compte

 

Sur tous ces sujets majeurs, peu ou pas de propositions sérieuses.  Rien , absolument rien sur la famille et la politique familiale   ( et donc aucune perspective de revenir sur sa destruction  par les socialistes[1] ),  rien sur la justice , rien sur l'immigration  sinon une défausse sur l'Europe par le  recrutement de 5000 gardes-frontières européens  (  et comment  cela intéresserait-il Macron qui a félicité Merkel d'avoir ouvert largement ses frontières ? ), aucune réponse  véritable à cette revendication populaire essentielle qui est de mettre plus  de justice dans les systèmes sociaux de telle manière que ceux qui qu'on appelle  les "travailleurs pauvres" , immigrés compris, n'aient pas le sentiment frustrant d'être moins bien traités que les  assistés.  Macron qui n'a jamais fait campagne ne serait-ce que pour une élection cantonale en a-t-il seulement conscience ?

Sur la sécurité, les   rares    propositions sont d'une pauvreté affligeante : développent de la police de proximité (dite " police de sécurité quotidienne"), "ne plus tolérer les incivilités », plus vite dit que fait. Il est certes proposé que "toute peine prononcée sera exécutée" (ce qui est techniquement difficile même si on construit 15 000 places de prison), mais encore faut-il qu'elles soient prononcées, ce qui n'est pas évident aujourd’hui vu les dérives de la justice, dont Macron ne s’émeut pas[2] . En lieu et place d'une politique pénale ferme, la police pourra envoyer un délinquant dans un autre quartier...

Sur l'éducation, il ne sert à rien de proclamer que l'on donnera «la priorité à l'école primaire" si on n'en change pas les méthodes, de quoi il n'est nullement question. Inutile aussi de donner plus d'autonomie aux établissements, tarte à la crème des programmes de gauche et surtout de droite qui sert de cache-sexe à la pauvreté de la réflexion, comme si des chefs d'établissement livrés à eux-mêmes et habitués à ne pas faire de vagues allaient faire preuve d'imagination.  Ne sont remis en cause ni les méthodes pédagogiques aberrantes, ni le tronc commun, ni la réforme désastreuse du collège par Najat Vallaud, ni celle des rythmes scolaires. Sur le sujet de l’éducation, Macron est apparemment aussi sec que l'était le rapport Attali dont il était le rédacteur (et qui citait en exemple de pays organisé la Grèce !).

Il n 'est guère question de politique étrangère, sauf pour annoncer l'installation d'un "quartier général européen" : pour faire la guerre à qui ? Même s'il n'en parle pas dans son programme, Macron ne met nullement en cause la diplomatie néoconservatrice, antirusse, pro-islamiste et droit de l’hommiste menée durant les dernières années et dont on connait les résultats   catastrophiques.

Pas question non plus de "la France périphérique", provinciale et rurale, qui souffre et dépérit : on peut imaginer que le 1/4 des départements qu'il projette de supprimer sont de cette France-là. 

Les Français croulent sous les impôts : le programme prévoit la suppression de la taxe d'habitation, la seule que tous les résidents ou presque, Français et étrangers, payent. Il prévoit aussi la baisse de l'impôt sur les sociétés de 33 % à 20 % et, comme Fillon, l'abrogation de l’ISF. Par quoi remplacer ces allègements ?  Le programme ne le dit pas. Mais cela aussi, on le sait par ailleurs :   par un super-impôt foncier, qui ne sera payé que par les propriétaires. Moins d'impôts pour le haut et le bas de l'échelle, encore plus pour les classes moyennes (c 'est à dire les 58 % de Français, principalement indigènes, qui ont un patrimoine surtout foncier).

 

 

Dépenses publiques à tire larigot

 

Comment attendre d'un tel programme une réduction des dépenses publiques ?  Sur les 96 propositions, 27 annoncent une augmentation des dépenses, presque aucune ne tend à les réduire ; il est seulement question de « lutter davantage contre la fraude fiscale ou sociale", ce qui laisse supposer que    le ministre Macron ne le faisait pas assez. Les propositions dépensières fusent allègrement de  toute part : augmenter le minimum  vieillesse de 100 € par mois ( mais rien sur les  retraites des  artisans ou des agriculteurs  souvent plus faibles : il est vrai qu'il s'agit de propriétaires ) , augmentation de  l'allocation d' adulte handicapé de 100 € aussi,  rénovation d'1 million de   logements, plus construction de 100 000 logements  d'étudiants,  extension  du  bénéfice de l'assurance  chômage  à ceux qui démissionnent  volontairement,  remboursement à 100 % des lunettes  et des prothèses dentaires,  plan de   5 milliards pour la santé, de 5 milliards pour l'agriculture,   grand plan d'investissement de 50 milliards , 2 % du PIB pour la défense nationale  (comme par hasard, l'objectif fixé par l'OTAN dont  Macron est bon élève ), soit au moins 20 milliards de plus. Et il est dit en prime "Nous augmenterons les salaires de tous les travailleurs, des ouvriers, des employés » d’un 13e mois.   Le Fonds pour l'industrie et l'innovation qui s'ajoute à tout cela est certes financé mais de manière inquiétante : par la vente des participations   de l'Etat dans les industries   stratégiques, ce qui va encore affaiblir sa capacité de manœuvre. De politique industrielle, il est à peine question chez celui qui a autorisé la cession à General Electric, ordonné lé démantèlement d'Areva et ne pense qu’ubérisation.

Ajoutons que comme le programme de Marine Le Pen et à la différence de celui de Fillon, Macron maintient la retraite à 60 ans, sans même exiger comme elle 40 ans de cotisation.

Cette masse de propositions dépensières pourrait être interprétée comme un convergence entre les deux candidats, qui contraste avec l’austérité du programme de Fillon, mais il y a   tout de même une différence : Macron qui se dit très favorable au processus européen et au maintien l’euro - il n'en parle pas tant ça va de soi pour lui -, devra respecter le critère de convergence européens (dits de Maastricht). On se demande comment.

 

 

Une approche contradictoire de l'Europe

 

Macron à beau promettre de "construire une Europe qui développe nos emplois et nos économies", qui "protège nos industries stratégiques », on sait bien qu'elle a fait le contraire jusqu’ici. Il ne servira donc à rien   de réunir "des conventions citoyennes pour redonner un sens au projet européen" (toujours le peuple à qui on a mal expliqué les choses !) si le logiciel de l'Europe de Bruxelles n'est pas revu en profondeur.  Fillon est pour le maintien de l'euro mais il intègre à son programme les disciplines que cela implique (abrogation des 35 heures, retraite à 65 ans, réduction de la fonction publique). Macron est pour l'euro mais sans les disciplines qu'implique son maintien. Marine Le Pen refuse, comme Macron, ces disciplines mais se propose de mettre fin à l'euro.  Fillon et Le Pen, chacun à sa manière, sont cohérents. Macron, lui, est incohérent : si son programme était appliqué, il ne lui resterait qu'à faire comme Hollande : attendre la croissance pendant cinq en regardant d’un air désolé   grimper la courbe du chômage et les déficits. Il sait faire   puisqu’il a été pendant cinq ans le principal conseiller économique de Hollande.  

Ce ne sont pas les seules contradictions qu’entraine   l'engagement européen de Macron : il propose que les agriculteurs vivent de leurs ventes (« soient payés au prix juste") et non point de subventions, alors même que c'est Bruxelles qui a imposé en 1992 la réforme de la PAC qui a remplacé la rémunération par les prix par une rémunération par les primes. Comment d’ailleurs concilier ces intentions avec la volonté d’étendre le libre-échange à travers le CETA, traité euro-canadien qu'il est le seul candidat à soutenir et qui fera encore baisser les prix ?   

 

Politiquement correct : toujours plus 

 

Loin de laisser espérer plus de liberté, le programme de Macon annonce en outre entre les lignes le resserrement de toutes les contraintes bureaucratiques et idéologiques liées au politiquement correct : environnement (50 % de produits bios dans les cantines : qui va contrôler ?  Mise à la casse des vieilles voitures : qui va payer ?), parité à tous les étages, non discrimination à tout va : "Nous ferons de la lutte contre la discrimination une priorité nationale" : bonjour l’ambiance, et même discrimination positive sous la forme d'"emplois francs » pour les ressortissants de certaine banlieue. Le nom des entreprises ne respectant pas la parité homme/femmes sera rendu public. Macron prévoit même de diminuer le financent public des partis qui auraient une représentation non paritaire, oubliant que ce dispositif existe déjà… - il est significatif que Macron promette ce que Hollande a déjà fait Autre obsession, l’évaluation généralisée, des services publics, du travail parlementaire et bien sûr des résultats de l'enseignement - à partir de mesures dont on connait l'arbitraire et la lourdeur.  Quels critères dans une tel environnement pour choisir les bénéficiaires des "accélérateurs d’associations » (c'est-à-dire en bon français des aides supplémentaires) :   leur "correction politique" ? On peut le craindre.   En perspective, une société où les   pressions sociales de toutes sortes, que les gens supportent déjà mal, pèseront   encore davantage. Bonjour le candidat jeune et libéral ! 

Beaucoup de formation (encore le rapport Attali !)  Comme si c'était là la panacée alors même que la France   dépense déjà 40 milliards à cet effet sans qu’on sache bien ce qui en sort.

"Donner au préfets la capacité d'adapter l'organisation des services de l'Etat   aux besoins de chaque région aux situations locales » : M. Macron ne le sait pas mais on en parle depuis quarante ans.  Autrefois, ils le faisaient sans qu'on le leur dise mais la conception germanique du droit ayant, via l'Europe, envahi l'administration française (ce qui ne saurait déplaire à Macron), il n'y a plus guère d’espace pour ce genre d'assouplissements.

 

La "société du spectacle" en marche

 

Tout cela est assorti, ficelle un peu grosse, de quelques propositions ponctuelles clinquantes :  interdiction de téléphones portables à l'école primaire et au collège (et au lycée ?), ouverture des bibliothèques le soir et les week-end - mais n'est ce pas déjà le cas ? -, un Pass culturel (ce que font déjà beaucoup de maires), remboursement des lunettes et des prothèses dentaires à 100%.   Les collectivités locales seront encouragées voter des "budgets participatifs », ce qui plaira à    Ségolène Royal.  De ces propositions démagogiques, on aurait pu en faite beaucoup d'autres et de plus originales : manque d'inspiration ?   

Ajoutons tout   un catalogue de propositions destinées à "moraliser la vie politique », le grand dada de Bayrou qui l'a exigé :  différentes mesures qui vont encore compliquer l'exercice de la fonction de parlementaire : ils ne pourront plus faire du conseil, ni embaucher leur femme (ni leur maîtresse ?), sans rien résoudre.  Y a-t-il une réponse institutionnelle à un problème qui est d'abord de civilisation ?  

Les propositions vraiment positives sont rares : le rétablissement de classes bilingues, promis aussi par Fillon, la limitation des sessions parlementaires. L'enseignement du fait religieux à l'école, vieille lune là aussi, fait craindre bien des abus.

En résumé , ce programme, souvent flou et toujours démagogique  laisse apparaitre, malgré son clinquant,    le prolongement et même l'aggravation des tendances majeures du quinquennat Hollande : immigration non contrôlée, dégénérescence du système éducatif, explosion  de la délinquance , sacrifice des familles et dénatalité, alourdissement des dépenses publiques  et de la fiscalité , persistance d'un volant  de chômage ,  aides publiques  donnant un vif sentiment d'injustice , police du politiquement  correct omniprésente.

Cette continuité par rapport au quinquennat qui se finit explique en partie la pauvreté du programme Macron : faute de rien innover quant au fond, il ne lui restait qu’à proposer du clinquant : la société du spectacle, chère à Guy Debord, est plus que jamais en marche. Et la méthode participative n'a rien arrangé : Marcel Dassault disait qu'un chameau était un cheval dessiné par un comité : nous y voilà bien ! A tout le moins est-il rare que les groupes de travail trouvent d'autre terrain d'entente que ce qui se trouve dans l’air du temps. Ajoutons la patte personnelle du candidat qui apparaît ici où là : lui aussi respire le même air mais il révèle au passage les lacunes encore nombreuses de sa connaissance   de la société française, par exemple de sa démographie.  Et peut-être n'est-il pas entouré d'autant d'experts, des vrais, qu’il prétend.

Quant à la philosophie générale, elle est claire : plus d'Europe, plus d'ouverture des frontières (aux hommes et aux marchandises), « en marche" vers une société mondialisée où la France, coupable de crimes contre l'humanité et qui n'a pas de culture propre, ne pèsera guère.  Tout ce dont rêvent les Français…

De ces tendances, la plus inquiétante est sans doute le laminage accéléré des classes moyennes que laisse pressentir l'allègement de la fiscalité sur le capital financier, et son alourdissement corrélatif sur le capital immobilier, complétés par ce qu'exige l'Europe de la concurrence comme la banalisation de professions à statut (notaires, pharmaciens) qui ne figure pas dans le programme mais qui avait été amorcée par la loi Macron et va sans doute se poursuivre.

L'autre motif d’inquiétude, encore plus grave, est que la victoire de Macron nous fasse   entrer dans une société où l'empire de la pensée politiquement correcte, en manière d’environnement (destruction irréversible du paysage par les éoliennes), d'antiracisme, de non-discrimination, d'ultra- féminisme, de libéralisme économique et sociétal, d’européisme, de soi-disant ouverture au monde, soit encore plus oppressif : la fin de la démocratie ?

 

                                                           Roland HUREAUX

 

 

 

 

[1] Sauf les familles immigrées principales bénéficiaires des allocations "ciblées sur ceux qui en ont le plus besoin", les natifs pauvres n'ayant plus guère d'enfants.

[2] Il est vrai que l'institution judicaire est bien plus indulgente pour Macron que pour Fillon.

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article
31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 23:26

DEUX MOIS APRES LE NAUFRAGE DE 400 MIGRANTS, L'EPOUVANTABLE   CAFOUILLAGE  MEDITERRANEEN  SE POURSUIT

 

 http://roland.hureaux.over-blog.com/2015/06/un-mois-apres-le-naufrage-de-400-migrants-l-epouvantable-cafouillage-mediterraneen-se-poursuit.html

 

Après le  naufrage qui avait  entraîné la mort de près de 366 migrants clandestins au large de l'île italienne de Lampedusa le 3 octobre 2013 , les Etats membres avaient prévu   lors du Conseil européen des 24 et 25 octobre, d'adopter des mesures communes  comportant le renforcement  des moyens de Frontex et du bureau européen d’appui en matière d’asile.

Après le naufrage de plus de 400 autres migrants au large de la Sicile en le 12 avril 2014 , les chefs d'Etats et de gouvernement de l'Union européenne se sont réunis en urgence pour un  sommet exceptionnel le  23 avril . Ils ont décidé  de tripler les moyens de l'opération de surveillance Triton, menée par Frontex ,  de saisir et détruire les embarcations transportant des migrants,   d'intervenir militairement en Libye contre les réseaux de passeurs  et de répartir 5 000 réfugiés syriens sur le territoire européen.

Depuis lors, la commission européenne a précisé la mise en œuvre de certaines de ces mesures.  Mais  300 personnes ont encore sombré le 18 mai.  

On peut s'attendre d'ores et déjà à ce que d'ici quelque temps , à la suite d'une nouvelle noyade, le conseil européen se réunisse à nouveau pour prendre de nouvelles mesures. Etc.

Il y a en effet peu de chances  qu'une solution de fond  soit trouvée  dans un délai proche à l'immense question de la poussée migratoire à partir de la Lybie, au moins aussi longtemps  qu'elle  sera traitée par l'Europe  institutionnelle.

 

Une affaire embrouillée

 

L'affaire est embrouillée  à plusieurs nivaux.

D'abord  dans la compréhension du problème. L'égoïsme des uns se conjugue avec  les bons sentiments des autres pour que nous ne cherchions pas à comprendre ce qui se passe au Sud de la Méditerranée . Les uns détournent le regard, les autres ne voient que de l'aspect moral , pas des faits.

D'où viennent ces migrants ? On entend un peu tout sur ce sujet. Il semble qu'une majorité viendrait de l'Erythrée  et du Sud-Soudan. Si c'était vrai, il seraient à moitié chrétiens. L'Erythrée est composée d'une moitié de chrétiens et connait, hors de toute considération religieuse,  une dictature effroyable qui a mis toute la nation sur le pied de guerre pour  défendre le pays contre  l'Ethiopie  ennemie, dix fois plus peuplée. Les Erythréens , chrétiens ou musulmans, sont  un peuple intelligent et instruit qui ne poserait pas de gros problème d'intégration.

Le Sud-Soudan est la partie chrétienne ( en tous les cas non-musulmane) du Soudan, devenue  indépendante en 2009 après cinquante ans  de guerre  . Libérés du joug islamique, les Sud-Soudanais sont entrés en guerre civile sur une base non plus  religieuse mais ethnique.

Si ces gens là étaient bien  la majorité de migrants, il n'y aurait pas lieu de craindre une invasion musulmane ( quoique  des migrants musulmans aient récemment  jeté à l'eau les chrétiens embarqués avec  eux) . Le mouvement migratoire ne serait pas non plus le  trop plein indifférencié  d'un continent en pleine croissance démographique mais la  conséquence  de la guerre  qui sévit  dans plusieurs   pays, ce qui n'est pas la même chose.

Mais il se dit aussi que beaucoup d'immigrants viennent du reste du Sahel, jusqu'au Sénégal ,  voire de l' Afrique profonde. Combien ? On ne sait  pas.

Et puis, il y a aussi en attente dans les îles italiennes et en Grèce beaucoup de réfugiés de Syrie , un pays que la diplomatie de certains Etats européens ( dont la France et la Grande-Bretagne) n'a pas peu contribué à déstabiliser. Si les efforts de M. Fabius pour renverser le régime d'Assad, sont couronnés de succès, ce ne sont pas 20 ou 30 000 Syriens qu'il faudra accueillir mais deux ou trois millions.

Ce n'est pas seulement la compréhension du problème qui est embrouillée, c'est aussi la recherche de  solutions.

La  plus simple serait que l'Europe prenne le contrôle des principaux ports de départ sur la côte nord de la Libye.  Cela aurait pu se faire dans la foulée de l'intervention qui a renversé Kadhafi en 2011, et qui a plongé ce pays dans le plus grand chaos , mais on ne l'a pas fait.

Parmi les mesures  qui ont été évoquées par le Conseil européen  le 23 avril, la principale   est  une nouvelle  intervention militaire en Libye. Une telle action  supposerait l'aval du Conseil de sécurité . Mais la Russie et la Chine   ont eu l'impression d'avoir  été trompées par les Occidentaux  lorsqu' elles ont donné cet  aval à l'intervention de 2011. Il n'était prévu au départ que de sauver des populations ; or l'intervention a largement dépassé les termes du mandat , aboutissant au  renversement et à l'assassinat de Kadhafi. Russie et Chine ont depuis le sentiment d'avoir été bernées  et    sont ne sont absolument pas   prêtes à lever  leur veto au Conseil de sécurité à toute entreprise du même genre.  Il faudrait peut-être  négocier avec la Russie,  notamment  en relâchant  la pression sur l'Ukraine. Mais l'Europe ne semble pas prête à faire  sur ce front  la moindre   concession susceptible de  rendre les Russes plus coopératifs. 

On pourrait aussi encourager un pays voisin redevenu stable comme l'Egypte à intervenir, si elle le veut bien. Ce service vaut bien quelque Rafales à prix bradé. D'autant que l'Egypte a, depuis le temps des pharaons, des revendications sur le désert libyen.

Une autre solution serait  que les forces spéciales de  tel ou tel pays mettent hors d'état de nuire les passeurs. Si on procède cette manière, on ne le dira pas. Mais c'est peu probable. En tout état de cause, il ne saurait s'agir d'une décision européenne, seulement d'un  Etat.

Les  sommets  européens successifs  auraient pu être l'occasion de poser le principe que , en cas de guerre ou d'oppression, ce sont le pays voisins qui ont les premiers vocation à recevoir  les réfugiés ,non l'Europe,    mais que celle-ci serait prête à soutenir  généreusement ces politiques d'accueil. On ne l'a pas fait. Cela  serait contraire, dit-on,  au principe de l'universalité du droit d'asile. Fort bien, en  attendant, les réfugiés se noient.

Embrumée de bureaucratie et de grands principes, la Commission de Bruxelles n'est pas prête à trouver une solution. Pas davantage que , quand elle a pris en main l'immigration à  l'échelle européenne, elle n'a fait la preuve de la moindre efficacité.

Confronté à sa propre impuissance, M. Juncker s’est donc contenté de proposer de répartir les réfugiés entre les pays d'Europe en suivant des quotas : la Commission de Bruxelles a demandé mercredi 27 mai aux Etats de l'Union européenne de prendre en charge 40.000 candidats à l'asile syriens et érythréens arrivés en Grèce et en Italie, dont 20 000 immédiatement.  Le quota français est de 6752.

 

Idéologie, bureaucratie , inefficacité

 

Au temps de l' Union soviétique, on savait que toute décision partant d'un a priori  idéologique  serait stérile. Rien ne sortait jamais des  décisions du parti. Ce qui marchait, industrie de défense, lopins agricoles individuels, marchés kolkhoziens   se faisait en marge ou en dehors de l'idéologie, voire contre elle.

A Bruxelles, c'est la même chose: le mieux qu'on  puisse attendre d'une politique commune est qu'elle ne fasse pas trop de dégâts. Mais généralement, elle en fait. Ce qui marche , Airbus, Ariane, se fait en dehors des politiques européennes officielles et généralement sur la base de coopérations  intergouvenrnementales à géométrie variable.

Il est  probable que la question des migrations méditerranéennes ne sera résolue que quand les deux ou trois pays les plus concernés, parmi lesquels  l'Italie, principal lieu  de passage  et   la France,   destination la plus attractive  se concerteront pour traiter la question et cela  liaison avec les Etats africains les plus impliqués.  Il est clair qu'on  n'en est pas encore là.   Roland HUREAUX

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article
31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 23:26

LA LAICITE EST UNE CONSTRUCTION PRAGMATIQUE

 

 

La loi du 9 décembre 1905 sur la séparation des Eglises et de l'Etat n'a jamais aussi invoquée que depuis les dramatiques attentats du 7 janvier dernier et les tentatives d'attentat avortées qui ont suivi.

Dans le feu de l'indignation contre un acte qui prétendait   punir un "blasphème", beaucoup à gauche, mais aussi à droite, proclament la nécessité de revenir aux valeurs fondamentales de la laïcité : inscrire la loi de séparation dans la constitution (c’était au programme de Hollande), l’afficher dans toutes les écoles, faire des cours spéciaux d’éducation, voire de rééducation à la laïcité. Certains vont même jusqu'à suggérer de supprimer les fêtes chrétiennes du calendrier ou les saints de la toponymie.    

Le danger de cette escalade est qu’elle provoque une réaction de rejet chez les populations que l'on vise d'abord, tels les jeunes musulmans   rétifs à crier "Je suis Charlie ». Il est aussi   que cette surenchère laïciste affaiblisse encore le christianisme, élargissant ainsi la friche où pourra être semé l’islamisme le plus radical.

 

Une loi de compromis

 

Surtout elle méconnait ce qu'est la réalité de la loi de 1905 et de ses suites. Loin d'être    marquée du sceau de la radicalité, elle était, sinon dans son principe, du moins dans son application, une loi de compromis. Elle n'a réussi qu'à ce prix à rétablir la paix religieuse à la veille de la première guerre mondiale et à fonder un   mode d'insertion durable du fait religieux dans la République.  

Un compromis qui fut trouvé par tâtonnements et qui était nécessaire car la logique laïciste excluant sans réserve le fait religieux de l'espace public aurait tourné à la guerre antireligieuse telle qu’elle fut menée en Union soviétique ou au Mexique.

Le compromis se trouve à tous les niveaux : les églises deviennent propriété publique (et donc leur entretien est une charge publique) mais les cultes, principalement le culte catholique, continue de s'y pratiquer. Ce culte est régi non par les lois de la République mais par les « règles d'organisation générale propres à chaque culte" (article 4), donc le droit canon ; les processions   ou autres manifestations publiques sont permises mais à titre exceptionnel pourvu qu’elles ne troublent pas l'ordre public. Il n'y a plus de religion d'Etat, mais des aumôneries subsistent dans les casernes, les hôpitaux, les lycées, les prisons. Dans l’armée, elles sont rémunérées par l'Etat. L’enseignement public est entièrement laïque mais il était interrompu un jour par semaine pour permettre le catéchisme. La loi concernait au départ tout le territoire national     mais les anciennes dispositions concordataires furent préservées, non sans débat, en Alsace-Moselle et en Guyane.

Certaines dispositions dérogatoires sont une contrainte pour les églises : ainsi l'interdiction de célébrer un mariage religieux avant le mariage civil, acte cultuel que la loi devrait en théorie ignorer. De même, en interdisant l'enseignement primaire et secondaire -  pas supérieur -  aux ministres du culte, la République reconnait le sacrement de l'ordre.

Les textes protocolaires font leur place aux représentants des cultes.

Depuis la dernière guerre, d'autres inflexions ont été apportées au régime de séparation stricte, la principale étant la loi Debré qui permet à l'Etat d'aider les établissements religieux sous contrat.

Il ne faut surtout pas chercher dans tout cela une   logique stricte. Le compromis évoqué est forcément boiteux car fondé sur l'intersection entre deux logiques antinomiques tenant compte de manière pragmatique des réalités. Ce compromis a cependant le poids que lui donnent   des années d'habitude.

 

Un compromis du même genre à trouver avec l'islam

 

Entre la logique totalitaire de l'islam et la logique de la République, il ne faut pas rechercher autre chose qu’un compromis du même genre.

Le culte musulman bénéficie déjà de certains avantages du régime  actuel: ainsi les avantages  de la loi Debré ont  été offert à certains établissements musulmans; de aumôniers musulmans sont  rémunérés au sein des armées etc. On peut même penser que l'ingérence de l'Etat au travers du caractère quasi-officiel conféré Conseil français du culte musulman va beaucoup pus loin que ce qu'une interprétation même atténuée de la loi de 1905 pourrait autoriser, pour ne pas parler de certains financements occultes de mosquées par les communes.

Dès lors que le bon sens et la bonne volonté sont au rendez-vous (c’est devenu difficile en notre âge idéologique !), on peut imaginer ce que pourrait être un compromis tout aussi peu systématique entre   religion musulmane et Etat laïque :  l'usage du voile intégral doit être prohibé sur la place publique, celui de l’hidjab autorisé mais pas aux agents publics en activité. Il peut difficilement être toléré pour les élèves de l’enseignement primaire et secondaire mais, sauf à ignorer l'ambiance des Universités, on ne voit pas comment l'interdire aux étudiantes. 

Les repas des cantines municipales ou scolaires doivent   prévoir une option sans porc   mais on ne saurait accepter que cette option soit, par facilité ou lâcheté, imposée aux non-musulmans ou que les cantines publiques entrent dans le détail de toute les prescriptions de la loi coranique : cuisines et vaisselle spéciale. Il faut protéger de toute forme de pressions les élèves ne suivant pas les prescriptions islamiques.

La culture européenne est fondée sur la représentation ; il ne saurait donc être question d'interdire la représentation de qui que ce soit, dès lors qu'elle est respectueuse ; mais sans rétablir une loi contre le blasphème, les communautés qui se sentiraient offensées par une représentation gravement injurieuse   doivent pouvoir obtenir une réparation devant les juridictions civiles : il vaut mieux en effet que les affaires de ce genre relèvent des juridictions civiles et non pénales.

L'enseignement public doit être, selon les prescriptions de Jules Ferry, respectueux de toutes les croyances y compris chrétiennes, mais ce respect ne saurait conduire à faire leur place à des théories non scientifiques comme le créationnisme - ou la théorie du genre. 

Le culte dans la rue peut être toléré s'il n'a pas pas de lieu de culte à proximité mais il ne saurait l’être s'il y en a un, surtout s'il est, par provocation, déserté. 

Aucune théorie générale ne permettra de déterminer les contours exacts du compromis à établir mais, devant chaque problème, au cas par cas, il est aisé de déterminer la solution de bon sens qui   préserve la paix civile. Ce travail d'approche pragmatique qui a été fait avec la religion catholique reste   à faire pour la religion musulmane. Il nous fera davantage progresser que des proclamations aussi emphatiques que péremptoires telles que on les a vu fleurir ces derniers temps.

 

                                                                                   Roland HUREAUX

 

 

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article
31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 23:25

 

UN MONDE NOUVEAU

 

http://www.libertepolitique.com/Actualite/Decryptage/Nous-entrons-dans-un-monde-nouveau3

 

http://www.magistro.fr/index.php/template/lorem-ipsum/de-par-le-monde/item/2939-nous-entrons-dans-un-monde-nouveau

 

Quand l'ambassadeur de France à Washington, dépité, tweete après l'élection de Donald Trump : « un monde s'effondre devant nos yeux », c'est "la fin d'une époque, celle du néolibéralisme", il contrevient certes aux usages diplomatiques, mais il dit la vérité.

Un monde nouveau était né en 1945, qui devait devenir bientôt celui de la guerre froide : une confrontation idéologique sur fond de menace nucléaire ;   les États-Unis et l'URSS ont su heureusement éviter un affrontement majeur.

Le monde a connu un premier grand changement avec la fin du communisme en 1990.

Il vient d'en connaître un second.

Ivres de leur victoire sur le marxisme, les cercles dirigeants américains ont, après la chute du rideau de fer, rêvé de la « fin de l’histoire » par le triomphe univesel de la ddémocratie libérale et du libéralisme économique. C'est là l’émergence de l'école néo-conservatrice (qu'on peut aussi bien appeler néo-libérale) une idéologie qui se joue du clivage gauche-droite :   elle a inspiré autant l’action d'un démocrate comme Bill Clinton (et surtout d ‘Hillary Clinton entièrement acquise à cette idéologie) que d’un républicain comme George Bush fils et, à un moindre degré, de Barack Obama. Elle s'impose de fait aux classes dirigeantes européennes, avec l’appui des médias dont l'unanimité (le "politiquement correct ») n’est pas sans rappeler celle des régimes totalitaires.

Partisans de la démocratie libérale, du libre-échange, y compris des capitaux, les néoconservateurs en vue vont plus loin : ils préconisent aussi la libre circulation des hommes, au point d'encourger les migrations et la disparition à terme des États au bénéfice d'une gouvernance mondiale.  Ils prônent non seulement la liberté politique mais le libertarisme dont le symbole est le mariage homosexuel, aujourd'hui imposé de force aux pays du Tiers monde par un chantage aux subventions.  

Les résistances des peuples à ce monde nouveau sont diabolisées coMme du "populisme". L'Union européenne, selon le vœu de Jean Monnet lui-même, est conçue de plus en plus comme le banc d'essai de ce monde nouveau.

Beaucoup de néoconservateurs   considèrent que ce modèle doit s'imposer par la force, à tout le moins par des actions de dstabilisation délibérées contre tout ce qui lui résiste, au besoin en violation du droit international. Ces actions de déstabilisation sont accompagnées d'une propagande planétaire destinée à diaboliser le récalctirant en l'accusant des pires crimes.  La première victime fut , en 1999,  le président de la Yougoslavie ,  Slobodan Milosevic  , dont le Tribunal prénal international vient pourtant de reconnaître  qu'il n' avait aucune charge contre lui… mais il est  mort  en prison entretemps . Après dix ans de chaos où elle ne semblait menacer personne (période Eltsine : 1990-1999), la Russie est remise en ordre et se relève avec Vladimir Poutine à partir de 2000 autour d'un Etat fort et du retour aux valeurs traditionnelles que combattait le communisme, en premier lieu le christianisme orthodoxe.  Elle est à son tour diabolisée. Les « révolutions orange » fomentées par l’Occident (Géorgie, Ukraine) visaient à   encercler la Russie d’États hostiles selon le plan décrit par le géopoliticien américain Bigne Brezinski[1]. La dernière est celle de la place Maïan en Ukraine que Valéry Giscard d'Estaing qualifie de "coup d'état de la CIA " et qui a entraîné la guerre d'Ukraine.

L'attentat  du 11 septembre 2001 avait donné un motif aux États-Unis pour appliquer  la  politique de démocratisation par la force (régime change) au Proche-Orient : invasion de l'AfghanIstvan, puis de l'Irak. A partir de 2011, les printemps arabes (qui s’en prenaient à des régimes souvent impopulaires mais aussi excitées de l'extérieur) entrainèrent le renversement des gouvernements en Tunisie, en Égypte et au Yémen. Non au bénéfice de vrais ddémocrates mais des islamistes. Cela n'était pas pour déplaire aux Etats-Unis, qui, depuis le pacte passé en 1945 entre le président Roosevelt et le roi d'Arabiee Ibn Séoud[2], avaient toujours favorisé les islamistes dans le monde musulman pour y faire pièce à l’influence du communisme athée. Cette alliance a été reprise contre la Russie chrétienne.

Des dictateurs qui résistèrent aux printemps arabes, et, de fait, à l'islamisme, le premier fut renversé par une intervention occidentale : Kadhafi en Libye, le second, Assad en Syrie fit l'objet d'une déstabilisation totale de son pays :  la Russie et la Chine qui n'avaient approuvé que du bout des lèvres à l’ONU l’intervention occidentale en Libye, mirent leur véto à celle qui était projetée en Syrie. Néanmoins une coalition composée des pays d'OTAN, des monarchies pétrolières arabes et de la Turquie apporta un soutien militaire et financier aux djihadistes qui voulaient renverser le régime d'Assad. Les chrétiens d'Orient ont été les premières victimes, mais pas les seules, de leur action. Trump a reconnu lui-même que Daech était une création des États-Unis.

Sur un autre registre, le TAFTA (traité de libre-échange transatlantique), répond à l’idéal d'un monde commercialement unifié où les États eux-mêmes seraient passibles de tribunaux en principe indépendants.

Alors qu’au temps de la guerre froide, les États-Unis avaient été toujours sur la défensive face à l’idéologie communiste (Corée, Vietnam, Afghanistan), ils se sont trouvés, devenus idéologues à leur tour, presque partout en position offensive depuis 1990.   

Au total la politique néoconservatrice est responsable de la guerre civile dans au moins six pays :  Afghanistan, Irak, Libye, Syrie, Yémen, Ukraine. Les vagues de migrants et l'extension du terrorisme en Europe occidentale en sont la conséquence directe ou indirecte.

Cette politique avait eu des résultats aussi désastreux au Rwanda et dans certains autres pays d'Afrique noire.

Les États-Unis ne pouvaient cependant prétendre étendre leur modèle à des mastodontes comme la Chine ou le Pakistan, sachant que l'Inde pouvait être tenue pour un pays démocratique et le Japon, entièrement inféodé aux États-Unis, aussi. Toujours communiste en théorie, capitaliste en fait et fort peu démocratique, la Chine, au nom d’un idéal de libre-échange généralisé, fut admise à l’OMC [3] en 2000 : trichant alors avec les règles non écrites du marché mondial, elle en profita pour déstabiliser les économies occidentales grâce à une monnaie largement sous-évaluée qui lui a permis de vendre ses produits très bon marché.  Ses excédents gigantesques sont le revers des déficits tout aussi gigantesques des Etats-Unis et, en partie, de la désindustrialisation de l'Europe. L'attitude peu amène des Américains, dont les bases surveillent de près son environnement immédiat, a amené la Chine à se rapprocher   de la Russie, alors même que leur commune adhésion au communisme les avait jadis opposées

La politique américaine des 25 dernières années s'est appuyée sur des dizaines  d'institutions  tendant à répandre la doctrine néoconservatrice : think tanks richement dotés par les grandes banques ou les grandes entreprises, forums internationaux  (Davos, Bilderberg),  Trilatérale, CFN,   et  aussi des initiatives personnelles  comme celle du milliardaire George Soros , qui finance la Foundation for an open society , dont les objectifs (chute de Poutine, révolutions oranges, soutien aux femens, promotion de la LGBT et de l'avortement, encouragement aux migrations, etc.) correspondent à peu près à ceux  des néoconservateurs,  ou encore de Bill Gates, plus orienté, lui,  vers la lutte contre le réchauffement climatique et le contrôle des naissances ( il veut réduire la population de la planète des 9/10e sans dire cependant  qui il gardera ). L'Union européenne et presque tous les Etats  qui la composent  se sont peu à peu inféodés à Washington  , comme le montre l'exemple des sanctions imposées à la Russie,  destructrices pour l’agriculture française. Depuis le refus de Jacques Chirac de s’engager dans la guerre d'Irak que les Américains avaient presque tenu pour un crime, aucun gouvernement d'Europe occidentale n'a osé résister à la politique néoconservatrice.

Dans cette configuration, l'Église catholique est tenue en suspicion. Alliée choyée contre le communisme jusqu’en 1990, elle est aujourd'hui ressentie par une partie des forces dominantes de la planète comme un lieu de résistance à l'ordre nouveau, en particulier par ses positions sociétales :  opposition à l'avortement, défense de la famille, mais aussi sociales :  la doctrine sociale de l'Eglise n'est pas l'ultralibéralisme.  Des révélations récentes de Wikileaks ont mis à jour des courriels de Sors où il déclare vouloir subventionner certaines tendances de l'Église catholique pour la faire évoluer et la diviser.  Il n’est pas exclu que certains gestes du pape François qui ont désorienté beaucoup de catholiques mais plu aux médias,  soient inspirés par le souci de se protéger de ces tentatives de déstabilisation.  Très discret sur la politique occidentale au Proche-Orient que les chrétiens jugent cependant responsable de leurs malheurs, il a signé à La Havane une audacieuse déclaration commune avec le patriarche Cyrille de Moscou (12 février 2016) qui laisse espérer un rapprochement avec l’orthodoxie.

La pointe extrême du néo-conservatisme se trouvait dans les projets d'Hillary Clinton : pousser la Russie dans ses retranchements, y compris par la menace d'une guerre nucléaire "limitée", pour l'affaiblir définitivement, intervenir massivement en Syrie pour empêcher la défaite des djihadistes.

 

L'échec du néo-conservatisme  

 

Pourquoi donc cette immense mécanique s'est-elle grippée ?

D'abord par la résistance de la Russie. Dirigée par un chef exceptionnel, Vladimir Poutine, elle a su déjouer les tentatives de déstabilisation, quitte à exercer des représailles comme l'annexion de la Crimée. Elle a aussitôt mis un terme à la série des « changements de régime » voulus  par Washington en défendant avec tous ses les moyens le gouvernement Assad en Syrie. Malgré les turpitudes dont on l'accuse[4], ce gouvernement demeure  le seul légitime en droit international, ce qui fait que  l'intervention russe, faite à sa demande, est légale, alors que  les actions de soutien aux djihadistes menées par les Occidentaux  depuis 2011 (dont celles des Français,  pourtant confrontés au terrorisme chez eux) sont  illégales.   

La  Russie et les États-Unis jouent en quelque sorte à front renversé puisque désormais la Russie n'a aucune idéologie à répandre . Elle se contente de défendre son intérêt national - conçu il est vrai largement,  comme il sied à  une grande puissance. Les Etats-Unis ont depuis 1990 la volonté d'étendre leur modèle ( ou celui de leurs alliés comme les islamistes ) au monde entier.

La Turquie, dirigée par un islamiste, Erdogan, un moment candidate à l'entrée dans l’Union européenne et alliée de l'Occident en Syrie, a jeté le masque après  la récente tentative de coup d’État, qui l'a conduite à  afficher ouvertement son despotisme et  à  se rapprocher de la Russie,  laquelle ne se mêle pas de son régime intérieur.

Le néo-libéralisme s'est surtout heurté au réveil des peuples, vilipendé sous le nom de "populisme". Loin d'être un idéal à attendre, le monde tel que l’ambitionnaient les libéraux est apparu  à  ces peuples ,  en Europe et aussi  aux États-Unis,  comme un  symbole de  délocalisations, d'immigration massive, de chômage , d'inégalités croissantes,   à quoi s’ajoutaient d’autres effets plus ou moins liés à la même idéologie :  atomisation de la société, perte des repères (nationaux, familiaux, en France communaux, de genre, déclin de l'enseignement), désespérance de l'individu écrasé par une machine mondiale sur laquelle il  n'a aucune prise.  

Certains modèles économiques (Bairoch, Todd) voient , au rebours de la pensée dominante, dans la libéralisation des échanges, une cause de la stagnation économique et du chômage, par disparition du moteur étatique de relance, dit keynésien, qui n'est efficace qu'à l'intérieur d'un espace protégé. Les idées protectionnistes reviennent à l'ordre du jour.

Les résistances à la pensée  dominante  se sont aussi exprimées  en Europe : en Pologne, en Hongrie et surtout au Royaume-Uni (Brexit) et en Italie (dernier référendumm qui exprimait en fait un refus de l'Europe de Bruxelles).

Mais la grande révolution est venue de l'élection de Donald  Trump, le 7 novembre 2016  contre son propre parti et contre  la totalité de l'establishment politique, médiatique, bancaire , des deux côtés de l’Atlantique.

Malgré une démagogie grossière, le nouveau président a une pensée en matière de politique étrangère  pas très différente de celle de Poutine ( ou autrefois de Nixon) : les États-Unis doivent être   forts,   mais pas pour répandre leur idéologie ou changer les régimes , pour défendre sans concession leurs intérêts . Il n'exclut pas un certain retour au protectionnisme, refuse  le TAFTA  et veut dialoguer  avec Poutine. Sa priorité n’est plus l'affrontement avec la Russie,  mais la défaite de l’islamisme. D'une alliance Etats-Unis - Islamistes contre la Russie, on pourrait passer à une alliance Etats-Unis -Russie contre l'islamisme. Rien  ne devrait changer pour autant   dans l'appui américain à Israël.

Trump s'est montré en revanche plus offensif  avec la Chine. Le rétablissement de la balance commerciale  américaine, nécessaire à l'assainissement de l'économie mondiale, passera sans doute par une épreuve de force avec la Chine, sinon militaire, du moins monétaire. 

Il est difficile de dire si Trump tiendra ses promesses de non-intervention. Il reste que, souhaitant renforcer la puissance de l’Amérique, il ne sera   un interlocuteur facile pour personne.

Que deviendra dans ce monde nouveau l'Europe de Bruxelles, déjà en situation de crise profonde, en particulier sur le plan monétaire ?  Il y a peu   de chances  qu’elle échappe  à un retour du fait  national,   qui n'est pas nécessairement à craindre.  Jean-Paul II disait que la cause des guerres n'était pas les  nations  mais la violation des droits des nations[5].  Si Trump leur donne le feu vert,  les pays d'Europe auront  de meilleures relations  avec  la Russie, ce qui  est une bonne nouvelle.  Trouveront-ils  pour autant,  habitués qu'ils sont depuis longtemps à la soumission ,  des hommes d'Etat à  même de peser entre Trump et Poutine ?   Peut-être.

Ce  ne sont pas les nations  mais les idéologies qui sont facteurs de guerre. Le néo-conservatisme libéral libertaire qui a mis à feu et à sang une partie de la planète vient de le démontrer. Pour la première fois depuis 1945, le monde est dominé par deux puissances n'ayant pas la prétention d'exporter un modèle idéologique. C'est de  bon  augure pour la paix.

 

                                                           Roland HUREAUX

 

 

 

 

[1] Zbigniew Brzeziński, Le grand échiquier, 1977.

[2] Dit pacte de Quincy car il fut scellé sur le croiseur Quincy au large de l'Arabie

[3] Organisation mondiale du commerce

[4] Souvent sans fondement : ainsi, il fait peu de doutes que l'attaque aux armes chimiques de la Ghouta (21 août 2013) a été une provocation des djihadistes pour susciter l’intervention américaine (cf. Rapport du Massachussetts Institute of Technology).

[5] Discours pour le 50e anniversaire de la fin de la 2de guerre mondiale, 8 mai 1995.

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article
31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 23:21

 

POUQUOI LA LOI TAUBIRA N'EST PAS REPUBLICAINE

 

 

Les controverses autour du changement de pied de Nicolas Sarkozy le montrent : la droite française est loin d'être au claire sur la loi Taubira. En privé, la plupart des chefs des Républicains préfèreraient escamoter le sujet en n'y revenant pas. Tout au plus proposent-ils d'interdire la gestation pour autrui. Cette position   pose un problème de cohérence, l'adoption par les couples homosexuels découlant logiquement de la loi Taubira dont le principe est la stricte équivalence des droits des couples de toutes sortes.  Elle est en particulier la position d'Alain Juppé de Bruno Le Maire et maintenant de l'ancien président. D'autres   pensent la même chose sans le dire. Le Front national aussi est ambigu.

Pourtant, on s'en souvient, un sondage fait à l’automne dernier avait montré que l'opinion n'était pas aussi fermée que certains le pensaient à la remise en cause de la loi Taubira : seuls 46 % souhaitaient la conserver telle quelle, 22 % voulaient l'abroger, mais 32 % des Français se prononçaient pour une “réécriture dans le sens d’une union civile en mairie pour les couples homosexuels avec droits égaux aux couples hétérosexuels sans adoption plénière”.

Si on ne considère que les électeurs de droite, une large majorité   souhaite aujourd’hui une réécriture (40 %) ou une abrogation (36 %) », soit 76 % hostiles au maintien en l'état.

 

L'impact électoral de la Manif pour tous

 

Les homme politiques de tout bord auraient du aussi être attentifs à certains épisodes électoraux qui montrent que La Manif pour tous pèse plus qu'ils ne pensent. L'échec à la mairie de Strasbourg de   la sénatrice UMP Fabienne Keller qui avait voté la loi Taubira ou, à la mairie de Paris, celui de Nathalie Kosciusko-Morizet dont la simple abstention avait choqué beaucoup d’électeurs de droite, ne sont certainement pas étrangers à leurs prises de position. Le sénateur Jean-Pierre Michel (PS), un des plus ardents promoteurs du mariage homosexuel - et   fondateur du Syndicat de la magistrature, ce qui n'arrange rien - a perdu son siège en 2014 quand les maires ruraux de la Haute-Saône ont appris ce que leur élu faisait de son mandat.

Aux dernières régionales, la liste UMP qui a fait le plus faible score, est celle qu'a conduite Dominique Reynié, président de la Fondation pour l'innovation politique, professeur à Sciences Po Paris et ardent promoteur du mariage homosexuel et même de la gestation pure autrui. Il eut beau, pour se défendre, prendre des représentants de LMPT sur sa liste, personne ne fut dupe.

C'est dire que les élus de droite qui pensent que la manifestation que conduisit Frigide Barjot en 2012-2013 constitue une parenthèse dont les politiques sérieux ne doivent pas tenir compte, se trompent.  D'ailleurs, comment imaginer que la droite revenue au pouvoir puisse faire comme si le plus grand mouvement social de droite qui ait jamais été, et d'une droite proche de l’UMP, n’avait jamais eu lieu. Imaginer cela, n'est-ce pas manquer singulièrement de sens historique ?  Et se préparer à de nouveaux revers ?

 

République et science

 

Mais il est au moins une raison pour laquelle cette loi doit absolument être remise en cause, c'est qu'elle n'est pas, n'hésitons pas à le dire, conforme aux principes de la République.  Pourquoi ?

Parce que cette loi est bien plus que l'institution d'une cérémonie en mairie à l'usage des homosexuels ou l’instauration de nouveaux droits. A chacune de ses lignes, elle pose en dogme officiel la théorie du genre.

Or cette théorie n'est pas scientifique. Les études menées à Cambridge et ailleurs ont montré qu'il était erroné de penser que la différence somatique de l'homme et de la femme n'avait aucune conséquence sur leur psychisme. Comment en serait-il autrement à moins de revenir aux vieilles gnoses qui instauraient une césure radicale de l'âme et du corps ? Fonder une loi de la République sur la théorie du genre, c’est comme si on fondait une loi sur l'astrologie ou sur le créationnisme. Il y a un précédent mais c'était au temps de Staline : la théorie de l'hérédité des caractères acquis, contredite déjà à l'époque par toute la science moderne, avait été imposée par le pouvoir soviétique, par le canal de deux biologistes complaisants (ou terrorisés) Lyssenko et Mitchourine.  Quoique fausse, on la jugeait seule compatible avec le marxisme.

La science, la vraie science, a partie liée avec la République. C'est parce qu'ils pensaient, à tort ou à raison, que l'Eglise pouvait faire obstacle à l'enseignement de la science à l'école, et donc mettre le pays en retard par rapport à la Prusse, que Jules Ferry et les siens s'évertuèrent à lui enlever tout pouvoir sur l'enseignement. Pour eux, Science et République c'était tout un.

De quelque manière que l'on considère la question du mariage homosexuel, la République ne saurait accepter dans son ordre juridique une loi qui confère une valeur officielle à une théorie scientifiquement fausse.

 

                                  Roland HUREAUX

 

 

 

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article
31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 23:20

 

L'AVORTEMENT ENTRE L'IDEOLOGIE ET LE REEL

 

Une jeune femme qui se trouve enceinte confrontée aux pressions de son employeur ou de son chef de service qui lui laissent entendre ou font dire qu'encore un congé de maternité, ce n'est plus supportable pour l'entreprise :  gare au prochain "plan social".

Une autre menacée par son compagnon que la paternité affole    d'être plaquée si elle garde l'enfant.

Une troisième, lycéenne mineure que ses parents veulent à toute force faire avorter :  "Tu es trop jeune pour te charger d’enfant. Ce n'est pas raisonnable". Tout le monde lui dit qu'elle risque de gâcher ses études et donc son avenir.  Les professeurs, au moins ceux qui sont au courant, aussi.   Elle n'avait d'ailleurs pas osé au départ avouer sa grossesse.

Ces pauvres femmes se retrouvent seules ; elles ne savent, face à tous ces gens qui les poussent à avorter, à qui se confier.  Les collègues de bureau sont de l'avis de tout le monde, à l'hôpital on ne "juge" pas et donc on ne fait rien pour la dissuader, au contraire. Heureusement la lycéenne   a quelques copines de classe, secrètement admiratives de   sa promotion de fille en femme, pour comprendre son désir de garder l'enfant. Mais feront-elles le poids ?  

Ces cas ne sont pas isolés. Tous ceux qui connaissent la "vrai vie" savent qu’ils sont très répandus, probablement majoritaires.

Le drame des avortements sous pression laisse parfois des traces, intermittentes, dans la rubrique des faits divers. Il y a quelques années, du côté de Bordeaux, un   adolescente était allé voir un avocat pour attaquer en justice ses parents qui l'avaient forcée à avorter. En Bretagne, le petit ami de la fille assassine ses beaux-parents après l'avortement auquel ils l'avaient contrainte et qui avait entraîné leur rupture[1].

N'y a-t-il pas là une bonne cause à défendre pour les associations féministes ?  Ces femmes subissent dans ce qu’elles ont de plus intime des pressions extérieures. Des pressions qui, pour la plupart, viennent d’hommes, d'hommes qui, en la circonstance, refusent d'assumer leur rôle de père et   font la preuve de leur lâcheté, n'illustrant ainsi que trop bien une certaine imagerie féministe.  

Ceux qui exercent ces pressions sont presque tous en position hiérarchique : les parents, l'employeur, le médecin, on n’ose plus dire le chef de famille.

 

La Barbe et ivg.net, même combat ?

 

A quand donc l'union sacrée de La Barbe ou des Tumultueuses avec   IVG.net ?

Ce serait possible si les réalités avaient encore une place en politique. Hélas les idéologies on tout envahi.

Loin de défendre les femmes victimes de ces pressions bien réelles, bien plus réelles aujourd’hui que les inhibitions ou interdits qui viendraient de la vieille morale (un fantôme évanoui depuis longtemps), les mouvements féministes ont fait pression sur le gouvernement pour qu'il   confère un caractère délictueux aux publications des sites qui tenteraient de donner aux femmes des raisons pour résister à ces pressions. En les informant par exemple à la fois des risques de l'avortement, bien réels eux aussi, et des solutions alternatives (accouchement sous X par exemple). Le délit   d'entrave à l'IVG   instauré à la sauvette en 1992 a été étendu "en urgence" en décembre 2016 aux sites, principalement catholiques, dédiés aux femmes qui s’interrogent. Parlons d'une urgence !

Les pressions que nous évoquons sont d’une légalité douteuse, mais comme elles ne sont jamais sanctionnées, personne ne se gêne pour les exercer. Inciter la femme qui hésite à résister à ces pressions est au contraire puni très sévèrement par la loi. Pire : avec la nouvelle loi  , une femme pour qui l’avortement aura été une expérience douloureuse (et il y en a tant !)    N’aura   pas   le droit de s'exprimer publiquement, par exemple sur Youtube. Elle doit garder sa souffrance pour elle.

La douleur est censurée comme a été censurée par le CSA, puis par le Conseil d'Etat la joie d'une mère qui avait gardé son enfant trisomique.

Car ce n'est pas le réel qui compte, c'est l’idéologie ; ce ne sont pas les souffrances des femmes soumises à des pressions de leur entourage, c'est la symbolique, une symbolique figée, schématique : plus d’avortement, de gauche ; moins d’avortement, de droite et même très politiquement incorrect :  la Marche pour la vie sera bientôt plus compromettante qu'une manifestation néo-nazie.

On peut aussi bien dire : pour la méthode globale, de gauche ; pour les méthodes classiques :  de droite. Pour Castro, de gauche, pour Poutine, de droite etc.  

 

Un champ symbolique simplifié

 

Cette sémiologie simplifiée à l’extrême a envahi tout le champ politique   au point d'interdire non seulement le débat, mais le réel.

La victime de la dégénérescence idéologique, c’est en effet le réel. Le réel qui se trouve forclos (verwerft), selon l'expression de Jacques Lacan, comme le sont   les souffrances de femmes ayant été contraintes à avorter - une souffrance si   politiquement incorrecte que non seulement elle ne doit pas s'exprimer mais que, pire, elle n’est pas supposée exister.  

Les opposants à l'avortement ne sont pas exempts non plus de ce déni du réel :  quand fut abrogée l'obligation de l'autorité parentale, ils poussèrent des hauts cris, ignorant apparemment que dans la majorité des cas, ce sont les parents qui poussent leurs filles mineures à avorter et elles qui résistent.  

En ce domaine, comme dans d’autres, c’est le réel qui se trouve perdant à ce jeu absurde.

L 'autre nom de l'idéologie est l’absurdité. Mais par derrière, beaucoup de souffrances comme celles que nous évoquions au début de cet article. 

Les féministes se mettront-elles à défendre les femmes vraiment en détresse ? Les changements de pied sont déjà arrivés en politique : la défense des langues régionales était cataloguée autrefois à l'extrême droite : Mistral était un ami de Maurras. Quand l'auteur de cet article s'était    pointé il y a quelques années à un gala de poésie occitane, il fut pris à partie   par des écolos barbus selon qui, étant de droite, il n’avait rien à faire là !  

L’homosexualité était au temps de Proust associée à une vieille aristocratie décadente et réactionnaire. Encore en mai 68, qui s'en souvient ?  Les homosexuels ou ceux qui en avaient l’air étaient catalogués à droite : ils étaient tenus pour des « esthètes », amateurs d'une culture raffinée donc bourgeoise, tolérés parce qu’insignifiants. Les groupuscules de gauche (PC) ou gauchistes (Ligue communiste, UJCML etc.) cultivaient au contraire un style macho, à l’imitation de l'idée qu’ils se faisaient de la virilité ouvrière genre Stakhanov. Comme on voit, les choses ont bien changé. Tout est donc possible.

 

                                                           Roland HUREAUX

 

 

[1] Ces faits, déjà anciens, ont été mentionnés le premier dans Marianne, le second dans Ouest-France.  

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article
31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 23:19

 

POURQUOI IL NE FAUT PAS SE TROMPER SUR LA NATURE DES REGIMES

 

 

Beaucoup d’erreurs diplomatiques auraient   été évitées ces dernières années si la classe politique avait encore une idée claire de la typologie des régimes politiques telle qu'elle avait été élaborée au milieu du dernier siècle par des auteurs comme George Orwell, Hannah Arendt, Raymond Aron.

Aux catégories habituelles venues d'Aristote : monarchie, aristocratie, démocratie, et leur perversion en tyrannie, oligarchie et démagogie, ou aux classifications plus communes distinguant tout simplement démocratie et dictature, les tragiques expériences que l'on sait ont amené ces auteurs à ajouter la catégorie jusque-là inédite du totalitarisme. Hannah Arendt y inclut le communisme soviétique et le régime nazi. Elle y aurait ajouté d’autres régimes communistes apparus ultérieurement, notamment celui de Chine. Elle pensait que le régime totalitaire n'était possible que dans de grands pays comme la Russie ou l'Allemagne : les cas du Cambodge et de la Corée du Nord, seul prototype existant encore à l'état pur de ce type régime, lui ont apporté un démenti. En revanche, elle n'avait pas tort de considérer que l'Italie fasciste avait laissé trop d'espace à des forces étrangères à son idéologie, en premier lieu à l'Eglise catholique et   pratiquait trop peu la terreur pour mériter le qualificatif de totalitaire. Tout au plus s'agissait-il d'un régime idéologique. De même, elle faisait basculer, au grand dam des antifascistes d'alors, l'Espagne franquiste ou le Portugal de Salazar du côté des dictatures classiques de type sud-américain.

 

 

 

Dictature et régime totalitaire

 

La différence entre système totalitaire et   dictature classique ne tient pas seulement à la place beaucoup plus grande que prend l’idéologie dans le premier, conduisant au mensonge généralisé, bien décrit par Soljenitsyne. Elle tient aussi au fait que la dictature ne s’en prend qu'à ses opposants leur réservant généralement le sort le plus dur, tandis que le totalitarisme pratique la terreur de masse, sans considérer de près ce qu’a fait ou n'ont pas fait   les uns et les autres.  Alors que la dictature ordinaire ne demande qu’une allégeance passive sous la forme d'une soumission craintive, le régime totalitaire exige en outre une mobilisation permanente des citoyens en sa faveur. 

Entre la dictature et la démocratie des degrés existent. Certains pays comme l'Espagne, le Portugal, le Chili sont passés d'un coup de l'une à l’autre. D'autres tels le Brésil, le Mexique, la Turquie, Taïwan ont suivi des degrés non sans conserver quelques imperfections. On peut considérer aussi la Russie d'aujourd'hui comme une démocratie imparfaite et sûrement pas comme une dictature au sens habituel. Que l'alternace y semble difficile, c'est ce qu'on avait déjà vu en son temps au Mexique, en Suède, au Japon sans que personne ne trouve à redire du caractère démocratique de ces pays, au moins s'agissant des deux derniers. Et que dire de nos démocraties occidentales où ce qui distingue les grands partis qui alternent au pouvoir est devenu bien ténu tandis que ceux qui s'écartent du consensus sont impitoyablement voués à la diabolisation ou à la marginalité ?

Le XXIe siècle a produit de nouveau types de régime inédits jusqu'ici.  La Chine d’aujourd’hui a conservé une enveloppe totalitaire :   parti unique, Etat fort, police politique redoutable mais l'idéologie s'y est affadie au bénéfice d'un système économique capitaliste très éloigné du communisme des origines. Elle est une sorte de totalitarisme schizophrène. On dit que le régime s'est libéralisé mais les milliers d'exécutions capitales (80 % de celles qui ont lieu dans le monde), les millions d'incarcérations dans les camps (laogais) et les prisons frappent-elles seulement les condamnés de droit commun ? Il est permis d'en douter. Comment suivre Pascal Lamy quand il prétend que la Chine de Xi Jinping serait plus démocratique que la Russie de Poutine ?  

Faut-il qualifier de totalitaires des régimes islamiques comme l'Iran des ayatollah ou l'Arabie Saoudite, sans compter le nouvel Etat islamique (Daesh) ?  La référence religieuse les distingue des grands totalitarismes du XXe siècle ou de l’actuelle Corée du Nord qui sont athées. L'intrusion de l'Etat dans la vie privée y va cependant loin. Aucune liberté religieuse n'existe en Arabie ou sous le khalifat de Mossoul. Comme l'Irak et l'Iran, ils ordonnent des centaines d'exécutions par an.  Mais dès lors que la loi islamique y est respectée, ces pays ne connaissent ni la mobilisation permanente (l’Iran s'est bien calmé à cet égard), ni la terreur de masse des régimes communistes.

Il reste que ces régimes religieux apparaissent bien plus oppressifs que les dictatures arabes classiques (de type nassérien, baasiste ou assimilé) : Algérie, Tunisie, Libye, Irak avant 2003, Egypte, Syrie. C’est par ignorance des catégories fondamentales que nous avons évoquées que certains de ces régimes (notamment ceux de l'Irak, de la Libye et de la Syrie) ont été diabolisés comme s'il n'y avait jamais eu rien de pire sur la terre. C'est sur la base de ces analyses erronées et d'une projet utopique de "démocratisation" du Proche-Orient, que l’Occident, au travers des printemps arabes, s ' est évertué à aider à leur renversement : la plupart des pays concernés ont alors plongé dans le chaos. Il s'agissait de dictatures classiques, un peu rudes pour certaines (Syrie, Libye) mais de rien d'autre.  Leur caractère dictatorial témoignait d'un Etat encore peu sûr de lui. Mais pour faire un Etat démocratique, il faut d'abord un Etat et non pas détruire l'Etat.  Dans la longue voie vers la démocratie, l’Etat n'est pas un obstacle, il est une première étape et une condition nécessaire. Sa destruction ne pouvait amener qu’une grave régression.

 

                                               Roland HUREAUX

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article