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Roland HUREAUX

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 23:13

 

POURQUOI PERSONNE N’ARRIVE À CONTENIR LA HAUSSE DES DÉPENSES PUBLIQUES

 

Depuis trente ans, inlassablement, les think tanks libéraux qui occupent le devant de la scène française et tentent d’alimenter les programmes des partis   plaident pour la baisse des dépenses publiques et ils ont raison :  ce devrait être là une priorité nationale. Ces dépenses publiques sont passées de 38, 5 % du PIB en 1970 à 57,7 % en 2015. Elles continuent à s’élever.

Même si la gauche est plus responsable que la droite à cet égard, celle-ci n'a nullement profité de ses passages au pouvoir pour renverser la tendance, au contraire.

Il est même frappant de voir combien les analyses et les propositions des libéraux restent lettre morte. 

On impute cette hausse permanente à différents facteurs : la démagogie, l’incompétence des politiques qui laissent souvent filer les budgets sans y prendre garde ou n'y attachent pas d’importance. Mais beaucoup de nouvelles dépenses sont engagées sans que personne ne les demande !

Même si ces explications ont une part de vérité, les raisons de la hausse des dépenses publiques sont plus profondes.

 

Le rôle de l'idéologie

 

Elles tiennent, pensons-nous, à l’investissement des politiques publiques par l'idéologie.

Ce terme d’idéologie a de nombreuses significations. Nous en retiendrons une : des politiques publiques inspirées par des idées simples, généralement fausses parce que trop simples, fondées sur des clichés qui circulent dans les milieux dirigeants (presse comprise) ou certaines administrations et non sur une analyse fine des réalités.

Ce refus d’analyser de près certaines réalités de terrain avant de décider existe dans tous les pays, mais il est particulièrement répandu en France où la suffisance des décideurs parisiens (et parfois provinciaux) semble les dispenser de s'abaisser à regarder les choses de près ; méprisant les acteurs de terrain, ils les soupçonnent a priori d'être prisonniers de partis pris démagogiques.  A l'origine de ces attitudes se conjuguent curieusement nos deux grands héritages, celui    de l’Ancien régime : une société de cour arrogante et de celui de la Révolution française : une propension inégalée à l’abstraction.

Il a été admis une fois pour toutes sans examen que 36 000[1]  communes étaient source de gaspillage, alors que c’était exactement le contraire : ces petites communes étaient gérées à l'économie, leur regroupement en ensembles intercommunaux s'est avéré au contraire terriblement dispendieux. Mais les think tanks libéraux continuent de répéter comme des perroquets qu'il faut regrouper les communes, les départements, et le gouvernement vient de procéder, sans nécessité, au regroupement des régions, ce qui entraînera sans nul doute des dépenses publiques supplémentaires. On peut en effet tenir pour une loi économique que plus une entité publique est grosse, plus elle entraîne de frais généraux.

Quand nous parlons d'idéologie, nous ne nous référons pas à un grand système totalitaire tel que celui qui a régné en son temps en Union soviétique[2]. Il s'agit d'idéologies sectorielles qui suivent généralement le même modèle simplificateur mais qui ne sont reliées entre elles que de manière lâche. Certaines sont même contradictoires :  par exemple, au ministère de la santé, la tendance est à la fois à fonctionnariser la médecine libérale et à libéraliser le statut des pharmaciens.

 

Des réformes nocives

 

L'idéologie n'est pas seulement une simplification et donc une falsification du regard porté sur le réel, elle inspire d’innombrables réformes plus nocives les unes que les autres. Pour qui veut comprendre la différence entre une réforme "naturelle" et une réforme idéologique, il suffit d'appliquer la règle suivante : une réforme « naturelle » vise seulement à résoudre les problèmes quand ils se posent, ce qui est déjà assez tant il y en a ; une réforme idéologique vise à   résoudre des problèmes qui ne se posent pas, sans résoudre ceux qui se posent vraiment. Simplement, elle veut redresser telle ou telle réalité qui n'entre pas dans les schémas abstraits que les décideurs ont établie en norme.  Il en est ainsi de la plupart des normes européennes : ainsi celles qui ont entraîné le sectionnement d’EDF et de la SNCF en plusieurs entités indépendantes sans autre objectif que de se mettre en conformité avec une théorie de la concurrence généralisée à caractère idéologique (au demeurant contestée dans le cas d'espèce par beaucoup d’économistes) et qui a bien plutôt créé les problèmes qu'elle n'en a réglé. On pourrait ajouter beaucoup d’autres exemples. En matière de réforme de l'État où sans tenir compte de la spécificité de la sphère publique, on a tenté d'imposer de manière artificielle des méthodes de gestion prétendues issues du privé, l'effet a été de créer du désordre et d’affaiblir la motivation des agents : indicateurs d’efficacité manipulés, primes de résultat arbitraires, gestion des carrières lourde et formaliste, regroupements de services aux cultures éloignées etc. L’éducation nationale, de manière plus ancienne, avait imposé le principe du collège unique : on pensait   assurer l'égalité des enfants en imposant le même moule à tous sans   tenir compte de leurs aptitudes différenciées, une idée aussi stupide que si on avait dit que pour égaliser une série de nombres, il fallait les multiplier tous par deux !   Souvent, l'idéologie est l’imitation servile de modèles étrangers : ainsi la réforme de la politique agricole commune de 1992, d’inspiration américaine, qui a alourdi le coût des soutiens ou l’imitation du modèle pédagogique allemand (inefficace) par la multiplication d'exercices interdisciplinaires dans l'enseignement secondaire qui brouillent les repères et démoralisent les enseignants.

 

Le bon sens est la chose là moins partagée

 

Dans cette multiplication   de politiques idéologiques, il est rare que les idées de bon sens arrivent à faire leur chemin : on citera la création des Instituts Carnot dans le domaine de la recherche qui ont été instaurés avec succès en 2006, parce que leurs promoteurs avaient pu travailler hors du feu des projecteurs et des stéréotypes du parisianisme. L'extension du domaine de l'idéologie est facilitée par l'obsession  de la    communication (la com')  : des schémas simples sont plus faciles  à expliquer   aux journalistes ou au grand public ;   fusionner  tous les services de renseignements civils en un seul semble a priori propre à en améliorer l'efficacité même si le désordre entraîné par cette réforme que rien ne nécessitait (  le renseignement intérieur marchait très bien jusque là)  , est une des causes de la perte de contact de nos services avec les milieux terroristes à partir de 2010 et, par là , des attentats de 2015.

 

La dépense publique, variable d'ajustement

 

Quel rapport entre l'idéologie et la dépense publique ? Il est plus grand que l'on croit. On peut dire que chaque fois qu'une réforme est idéologique et donc mauvaise, la dépense publique constitue la variable d'ajustement. Cela de différentes manières :

 

-  D'abord parce que toutes les réformes créent du stress et entrainent une forte dépense d'énergie, spécialement celles qui touchent à l'administration elle-même : pendant plusieurs années, le service est perturbé, les agents étant mobilisés par le changement interne. Une administration en réforme permanente est une administration qui coûte   bien plus cher que celle qui fonctionne normalement sans être chamboulée.  D'autant   que, généralement imposées de haut, comme c'est l'usage en France -  toujours l'esprit de Cour-, ces réformes sont mal reçues par le personnel qui   se démoralise et se démobilise. L'action administrative a besoin de cadres stables ; les déstabiliser en permanence entraîne une perte d'efficacité ; la perte d'efficacité entraîne des besoins de personnel supplémentaires ;  

 

- Ensuite parce que les agents étant naturellement conservateurs (mais qui ne l'est pas ?), les autorités politiques qui souhaitent que la réforme se fasse sans heurts   achètent leur consentement par une large distribution de primes ou d'avantages de carrière. Une première tentative de fusionner les services fiscaux et les services du trésor   avait   échoué face aux résistances. L'administration ne voulant jamais se déjuger est revenue à la charge quelques années après : une seconde réforme a réussi parce qu'une prime de fusion a été généreusement distribuée à un personnel qui était déjà parmi le mieux payé de la sphère publique.  De même, la perspective de fusion (non encore réalisée heureusement) de la police et de la gendarmerie a conduit à aligner les avantages statutaires des uns sur ceux des autres, selon la règle du mieux disant[3]. Pour attirer les élus locaux réticents dans les structures intercommunales, la loi Chevènement leur a permis de multiplier les postes de vice-présidents devenus de coûteuses prébendes et d’augmenter les indemnités ;

 

- Enfin la plupart de ces réformes idéologiques étant mal conçues car inadaptées à la réalité concrète, créent des dysfonctionnements divers et généralement coûteux. La mise en place des communautés de communes et d’agglomération a entraîné la création de 200 000 postes de fonctionnaires en plus de ceux qui existaient déjà : sont en cause, outre le principe lui-même de la course à la dimension, les mécanismes financiers du rapprochement intercommunal comme, par exemple, les distributions de dotations incitant à la dépense, ou la complication plus grande des nouvelles procédures.  Si l'on n'avait rien réformé du tout - et cette réforme est typiquement idéologique puisque personne ne la demandait et qu'aucun problème grave ne la rendait nécessaire - le coût aurait été encore moindre. L'instauration des Agences régionales de santé, selon le même principe de "regrouper pour mieux gérer" a entraîné la création d’une couche bureaucratique supplémentaire dans le monde hospitalier ; par ailleurs les    chefs de pôles sont venus s’ajouter aux chefs de service. De même l'idée absurde que nos universités étaient trop petites, inspirée par les critères très particuliers du classement de Shanghai, a déterminé la création d'organismes fédérateurs, les PRES, qui ne sont eux aussi qu’une strate supplémentaire ;

 

-  Ajoutons, et c'est le plus grave, que le règne de l’idéologie dans certains secteurs clef de l’appareil d’État français fait tant de dégâts que le seul moyen de les réparer est d'engager de nouvelles dépenses publiques. L'exemple le plus patent est l'éducation nationale qui a vu au cours des quarante dernières années l'application du collège unique, des théories pédagogiques pseudo-scientifiques absurdes, notamment dans l'apprentissage de la lecture, des idées de Bourdieu selon lesquelles, pour rendre l'éducation plus égalitaire, il fallait abaisser les exigences en matière de langue, de tenue, d’obéissance, ce qui a eu pour   conséquence un relâchement général de la discipline dans les écoles. Par elles mêmes ces réformes n'alourdissent pas les coûts mais elles ont pour effet une baisse du niveau que l'on tente de compenser en créant de nouveaux postes pour diminuer sans cesse les effectifs des classes, en instaurant de coûteuses ZEP aux crédits renforcés et en allongeant la scolarité etc.  Les libéraux font souvent le procès aux enseignants que leur efficacité est faible, que leurs syndicats "n'en ont jamais assez". Ils proposent un système lui aussi idéologique qui coûtera cher sans résultat :  l'évaluation généralisée. En fait, la raison d’être de ces dysfonctionnements, tient à l’application, et cela dès le niveau le plus élémentaire, des principes faux qu'on a vus. Cette application a été décidée en haut lieu, les enseignants, conscients des inconvénients générés, n'y sont pour rien, sinon qu’ils adhèrent à des syndicats qui ont soutenu ces réformes. On peut dire la même chose de la justice, autre secteur hautement idéologique : les idées perverses du Syndicat de la magistrature y ont pénétré, répandant à tous les niveaux la culture de l'excuse et se traduisant par une augmentation de la délinquance qui rend nécessaire l'augmentation des effectifs de police et de gendarmerie, la création de nombreux postes d’éducateurs généralement inopérants, sans compter des troubles de l'ordre public coûteux. Parallèlement, les procédures n'ont cessé d'être compliquées au nom d'un droit de l'hommisme échevelé (alors même que les atteintes à la vie privée se multiplient sous l'effet de lois antiterroristes). Si la justice se faisait craindre davantage, il faudrait moins de policiers et de gendarmes !  

On pourrait aussi montrer comment la réforme de la PAC de 1992 a coûté beaucoup plus cher au contribuable tout en démoralisant le monde agricole désormais assimilé à un consommateur de subventions. Cela pour faire droit à la théorie libérale prônée par le GATT qui   disqualifiait le soutien des prix.

L'idée que   la plupart des augmentations de la dépense publique depuis 1980 sont imputables à des réformes à caractère idéologique, peut être étendue   à l’explosion des dépenses d'indemnisation du chômage (y compris toutes les formes d'emploi aidé) qui ne sont pas sans lien avec la préférence bien antérieure à l’euro pour une monnaie forte, qui a, elle aussi, un caractère idéologique et est la cause de l’augmentation du chômage.

 

Le libéralisme érigé en système est aussi une idéologie

 

Face à ces mécanismes de pensée (ou de non-pensée), qu'on ne voudrait   cependant pas généraliser pour ne pas nous exposer nous aussi au   soupçon d’idéologie, l’inaptitude des think tanks libéraux à promouvoir, malgré leur hégémonie intellectuelle, une vraie politique d'économies est frappante.  Ils ressassent à chaque échéance électorale des propositions de coupes sombres dans les dépenses sociales dont on ne voit jamais la couleur, des privatisations érigées en système (tantôt opportunes, tantôt pas) alors qu’elles ne concernent que les stocks publics, pas les flux, ou la réforme des statuts des fonctionnaires (qui coûtera très cher elle aussi, n'en doutons pas). Le problème est qu'ils sont eux aussi porteurs d'idéologie, c'est à dire de schémas simplifiés qui semblent les dispenser s'une étude approfondie des réalités. Idéologie nourrie de leur peu d'empathie pour le monde du service public qui n'est pas le meilleur moyen d’en connaître en finesse les mécanismes. Idéologie qui n'est sans doute que le reflet des préjugés sommaires de leurs financeurs (grands groupes) ou de leurs relais (grands médias) qu'ils se doivent de satisfaire en allant dans leur sens.  Ils sont    à l'origine, directe ou indirecte, de nombreuses réformes qui ont abouti à une augmentation des dépenses publiques : ainsi, l'assimilation abusive du management public au management privé d'où résultent la LOLF de 2001 ou le regroupement des communes, dans laquelle des libéraux peu au fait du fonctionnement réel de l'Etat ont imaginé trouver une source d’économies alors que c’était le contraire. L'évaluation généralisée, presque toujours fallacieuse en dehors du critère du profit, est de la même eau. Le libéralisme transformé en système est lui aussi une idéologie et il n’échappe pas à la loi commune des idéologies qui est d'alourdir la dépense publique.

Parmi les raisons qui favorisent l'envahissement de la sphère publique par le mode de pensée idéologique, il y a l'incompétence, les modes internationales, il y a aussi la paresse intellectuelle.  Il est plus facile de proposer des réformes qui se traduisent par la déclinaison mécanique de grands principes éloignés du terrain (la loi Macron est, au moins en partie, assez typique à cet égard) que d'analyser en détail comment fonctionnent réellement les services, ou encore de consulter les gens de la base.  La paresse va généralement avec l’orgueil, celui de savoir sans s'être informé. Les sept péchés capitaux ne sont certes pas tous impliqués au même degré dans ces dérives, mais il est certain que la France n'est pas près de contenir les dépenses publiques tant que ne sera pas opéré dans le mode de pensée de nos gouvernants ce qu’Ernest Renan appelait une grande réforme intellectuelle et morale.

 

                                                           Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

[1] 36 593 exactement en 2015

[2] Encore que le système communiste ait été fondé, lui aussi, sur quelques idées trop simples : la propriété doit être supprimée, l'Etat doit s'occuper de tout.

[3] De la même veine, est le projet récent de fusionner les écoles de police et de gendarmerie qui témoigne d'une parfaite ignorance des cultures spécifiques de ces institutions et qui, s'il était réalisé, coûterait très cher.

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 23:11

 

IL FAUT ACCORDER LA CARTE DU COMBATTANT AUX DJIHADISTES DE RETOUR   DE SYRIE

 

De nombreuses voix s’indignent des avantages consentis aux djihadistes français de retour sur le territoire national, notamment le bénéfice du RSA. Certains voudraient les déchoir de la nationalité française. D'autres les interdire de séjour, les emprisonner ou leur imposer un stage de radicalisation.

Nous pensons au contraire qu’il faut leur accorder le statut d 'ancien combattant.

Pourquoi ?

Parce que dans la guerre de Syrie, ils se sont battus aux côtés de l'armée française.

Depuis 2011, la France a , de facto , fait la  guerre au gouvernement de Syrie  ( dit "régime de Bachar el Assad") . Pour cela, il a livré des armes, fourni de l'entrainement  aux forces djihadistes ( notamment en Jordanie ), au moins à certaines comme Al Qaida ( rebaptisé pour plus de respectabilité  Al Nosra) - mais que ce soit Al Qaida ou d'autres , cela n'a pas d'importance, l'osmose entre les groupes djihadistes, y compris Daech,  étant totale. Nos soldats les ont "conseillés » dans les combats, ce qui veut souvent dire "commandés". Des officiers français impliqués dans les combats ont été faits prisonniers par l'armée syrienne à Homs en 2012.

Certes il s'agissait de "forces spéciales » et notre pays n 'était pas officiellement en guerre avec la Syrie - quoiqu’il ait entièrement rompu les relations diplomatiques avec Damas en 2012.  

 

Ils étaient du même côté que l'armée française

 

Il reste que les djihadistes en cause n'ont pas trahi la France.  Ils se sont toujours trouvés du même côté que l’armée française en tous les cas celle   François Hollande. La cause qu'ils ont servie était officiellement promue par l'Etat français ; c’était la lutte contre le régime de Bachar el Assad et donc la cause des droits de l'homme et de la démocratie.  

Les djihadistes n'étaient pas seulement du côté de la France :    ils étaient du côté du "monde libre ", puisque l’OTAN dans son entier était engagée aux côtés des islamistes syriens (appelés "rebelles", ça fait mieux) : Etats-Unis, Royaume-Uni, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Danemark, Turquie etc.

Que nos volontaires se soient laissé pousser la barbe n'est pas non plus un obstacle :  n'est-ce pas aussi dans les usages de la Légion étrangère ?

La durée de service sur le théâtre des opérations exigée pour obtenir la carte du combattant est de vingt jours : la plupart des djihadistes de nationalité française sont restés plus que cela.  Beaucoup y sont même restés tout court, la mortalité étant particulièrement élevée dans cette guerre.

Il n’est certes pas prouvé que les instructeurs issus de l'armée française chargés de former les rebelles dans les camps d'entrainement aient rencontré les "volontaires" français issus de nos banlieues. Nous n'avons pas encore de témoignages directs à ce sujet. Mais il est bien évident que, pour des raisons pratiques, c’est à des instructeurs français qu’ont dû être confiés les   volontaires francophones.

L'idée de donner la carte du combattant, avec tous les avantages afférents, aux djihadistes de retour au pays n’est donc pas absurde.   

Quoique l'engagement français ait commencé sous Sarkozy et Juppé, il a pris une ampleur encore plus grande sous Hollande. C'est donc à lui, tant qu'il est encore président, de prendre la mesure de justice élémentaire que nous préconisons. 

 

                                                           Roland HUREAUX

 

NB: Ce texte n'a encore pas ét publié, les journaux auquel il a été envoyé n'en ayant apparemment  pas perçu l'ironie...

 

 

 

 

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 23:10

QUELLES SONT ENCORE LES CHANCES DE FILLON ?

Les sondages ne semblent pas favorables à François Fillon. Beaucoup pensent même qu'il n'aurait pas dû maintenir sa candidature après sa mise en examen. Qu'en pensez-vous ?

Il a évidemment eu raison de maintenir sa candidature, mais il aurait dû être plus clair pour expliquer   que    la règle qu'il avait posée, de ne pas être candidat quand on est en examen, ne s’appliquait qu'en temps normal, qu’elle ne valait plus dès lors que nous nous trouvons (pas seulement lui, les Français) confrontés à un coup d’état judicaire sans précédent qui bouscule toutes les règles du jeu et met même en danger la République.

Nous nous trouvons en face d’une violation flagrante de l'article 16 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 :  " Toute Société dans laquelle la séparation des Pouvoirs (n’est pas) déterminée, n'a point de Constitution".

Les premiers auteurs de ce coup d’Etat, ce ne sont pas les juges, mais le président de la République qui a le parquet financier à sa botte et tout son entourage, lequel se confond avec celui de Macron. C'est eux   qu'il faut mettre en cause et avec force.

Je pense même que Fillon aurait dû faire comme Marine Le Pen et ne pas se rendre à la convocation   des juges d’instruction, ou alors en profiter pour faire une attaque en règle contre ceux qui sont à l'origine de cette manipulation, Hollande, ou qui en profitent, Macron. Où de telles attaques auraient-elle plus d'écho qu'au sortir du cabinet du juge d’instruction ?

N’est-il pas scandaleux que toute la vie privée de François Fillon soit épluchée et mise sur la place publique sans retenue alors que personne ne sait ce que Macron a fait des 3 millions d'euros qu'il a gagnés en deux ans chez Rothschild ?

Rien ne l'oblige à le dire, prétend-t-il. Mais nous ne sommes plus sur le seul plan du droit, nous sommes sur le plan de la moralité et de la confiance.  Macron peut prétendre qu’on ne peut pas l'obliger à dire où il a dépensé son argent comme Fillon arguer dire qu’il n’a rien fait d'illégal. Néanmoins, on sait tout sur Fillon et on ne sait rien sur Macron.

Une campagne électorale ne se passe pas seulement   sur le plan du droit.  Macron se doit d’éclaircir les zones d'ombre de son train de vie au cours des dernières années - et de son patrimoine. Encore faut-il que ses concurrents le lui demandent avec   énergie.

 

Pensez-vous que Fillon a, malgré cette mise en examen, encore toutes ses chances ?

Des chances certainement, mais encore faut-il qu'il les exploite.

Sur le papier, il a encore toutes ses chances : si on considère que Marine Le Pen sera, au premier tour, proche des 28 % des voix, les petits candidats autour   de 7 %, ce qui fait 35 % au total. Restent 65 % à se partager à quatre :  Fillon, Macron, Hamon et Mélenchon, les quatre "on" !  La moyenne est de 16,5 %. Tout candidat qui se trouve au -dessus peut espérer être au second tour. Rappelons-nous que Jacques Chirac a été élu deux fois président en dépassant à peine les 19 % au premier tour. Or Fillon est encore près de 20 %. Il a un grand avantage sur tous les autres : un matelas de voix issues de la droite modérée, adhérents ou non aux Républicains mais sympathisants de toujours, qui représente entre 15 et 20 % de l'électorat et qui est à peu près   incompressible. En dehors de Hamon dont le matelas existe aussi mais plus bas, les autres candidats, surtout Macron, sont susceptibles de se dégonfler.  Il reste à Fillon à exploiter ces atouts

Mais comment pourrait-il remonter la pente ? Il ne serait qu’à 19 % ?

Ou 20 ou 22 %, et on sait aujourd'hui ce que valent les sondages.

Le problème de Fillon n'est pas de reprendre 4, 5 ou 6 points, il est d'arriver avant Macron, c'est tout. Et cela au premier tour. Si Fillon gagne le premier tour, il gagnera le second. C'est moins sûr, quoi qu'on prétende, pour Macron ou Hamon.

Pour le moment, les Français savent qui est Fillon et ils savent qui est Marine Le Pen, mais ils ne savent pas qui est Macron et je ne crois pas que les Français l’éliront à leur tête sans chercher à le savoir ; et ce jour-là, l’épreuve de vérité pourrait être dure pour lui : le sémillant candidat devra enfin   ôter le masque.

Seule question donc pour Fillon : comment devancer Macron au premier tour ?

Et comment donc ?

La première chose à faire est d'attaquer (lui ou son entourage) sans merci Macron, de le pousser dans ses retranchements.   C'est certainement moins simple dans la mesure où la majorité de la presse est pour lui et ne répercute que peu les affaires de Macron, alors qu’elle répercute tant qu'elle peut celles de   Fillon. Mais il y a aujourd'hui les réseaux sociaux, les tweets, les forces du parti Les Républicains encore présent partout sur le terrain. Ce n’est pas seulement pour déstabiliser Macron ou altérer son image que Fillon doit l’attaquer, c'est aussi pour montrer qu’il est un chef. La meilleure défense c'est l'attaque. Quelqu'un qui ne se contente pas de s’excuser mais qui est offensif    montre son aptitude au   leadership. Les gens ne voteront pas pour une victime, ils voteront pour un attaquant.   

Par ailleurs le programme de Fillon doit être encore amélioré :   proposer un programme raide comportant une hausse du temps de travail et une baisse des revenus (au moins dans l'immédiat), cela pouvait plaire dans l'électorat de la primaire, mais cela ne plait pas forcément au grand public. Cela ne veut pas dire qu'il faille en rabattre, reculer ; il faut ajouter de nouvelles propositions plus avenantes ; c’est plutôt une affaire de présentation que de fond. Dire par exemple que 500 000 emplois publics en moins, ce n'est pas la mer à boire quand on sait que l'intercommunalité a entrainé la création de 450 000.  Il faut aussi sortir de l'alternative un peu simpliste : programme dur, programme mou :  cela est très réducteur : il y a bien d’autres dimensions dans un programme, notamment le plus ou le moins d’imagination ou encore la distance plus ou moins grande prise par rapport aux pures logiques technocratiques.   On pourrait peut-être dire aussi    que l’assouplissement du code du travail sera   appliqué d'abord aux PME-TPE, et que pour les autres on verra plus tard (quitte à trouver de mécanismes adaptés pour neutraliser les effets de seuil).

Un programme, ce n'est pas seulement un document arrêté une fois pour toutes sur laquelle on campe ; une campagne électorale est une dynamique : il faut au moins une proposition nouvelle chaque semaine et si possible une proposition qui fasse jaser. Il faut   faire preuve d’inventivité. Il faut que ça fuse. 

 

Par exemple ?  

 

Ce n’est pas moi qui suis chargé de faire le programme. Je ne prendrai donc qu’un ou deux   exemples. Tant qu'à être thatchérien, il faut l’être complètement. Dans son programme libéral, Mme Thatcher avait pris une mesure qui avait   beaucoup plu : la vente du parc social à ses occupants, cela d’une manière beaucoup plus systématique qu'on ne l’a jamais fait en France. Ce n'était pas, à ma connaissance, dans le programme initial de Fillon. Cela a été rajouté et c'est bien, mais il faudrait insister plus, instaurer par exemple un droit au rachat, sinon, les résistances étant très fortes, il ne se passera rien

En matière d’éducation, pourquoi ne pas dire clairement que les méthodes globales et semi-globales    d'apprentissage de la lecture seront bannies une fois pour toutes, ou que le dogme du collège unique sera abrogé : c’est ce qu'avait    fait le ministre de Robien en 2006 mais sa réforme avait été ensuite abrogée.

Le problème est que tous ces programmes ont été élaborés   dans des commissions où sont présents des apparatchiks issus des différents ministères : ces gens sont très forts pour expliquer que rien n’est possible sinon des ajustements à la marge ou alors ce qu'ils ont déjà dans les cartons ; ils font le nécessaire pour que n'y figure rien qui contredise la   culture de leur administration.    C'est encore plus vrai pour Macron dont les propositions, à part quelques paillettes démagogiques, sont d'une pauvreté affligeante.

Il reste qu'en un peu plus d'un mois Fillon a encore le temps de surprendre. C'est par l'audace de ses propositions - et pas seulement par leur caractère pénitentiel, qu’il pourra refaire la course en tête.  

 

 

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 23:07

 

L'UNION EUROPEENNE, FACTEUR DE PAIX OU DE GUERRE ?

http://www.libertepolitique.com/Actualite/Decryptage/L-UE-facteur-de-paix-ou-de-guerre2

Il est difficile de savoir à l'avance ce que le pape François dira aux chefs d'Etat européens qui seront à Rome à la fin de cette semaine pour fêter le 60ème anniversaire du traité de Rome.

On peut cependant espérer que le Saint Père saura aller au-delà d'un certain nombre de lieux communs véhiculés depuis des années dès qu'il est question de l'Eglise et de l’Europe, et qui sont trompeurs.

D'abord sur la position l'Eglise catholique elle-même.  Il existe des institutions ecclésiastiques qui sont très favorables au processus de construction européenne :  la Conférence   des évêques de France n’est pas la moindre ;   elle ne manque pas une occasion d’exprimer son soutien à l'Europe de Bruxelles. Ensuite le Conseil des conférences épiscopales d'Europe dont les positions sont analogues.  Pourtant, cela ne se sait pas assez, leurs options ne reflètent pas celle du Saint-Siège, beaucoup plus réservé. Le pape Jean-Paul II, pendant les 27 années de son pontificat, a maintenu sur ce sujet un ligne claire et cohérente : le Saint-Siège soutient tout effort de coopération entre les peuples d'Europe sans se prononcer sur leur expression institutionnelle. Si Pie XII avait paru encourager les débuts de la construction européenne, c'était d’abord dans l'optique de la guerre froide, dans le souci de contenir l'Union soviétique, alors au faîte de son agressivité. Depuis, les choses ont évolué. L'affaire Buttiglione en 2002, ce candidat à un poste de commissaire européen, proche du Vatican, recalé en raison de son attachement à la doctrine de l'Eglise catholique sur les sujets sociétaux, n’a rien fait pour rehausser la cote de Bruxelles à Rome.

 

Un projet pas si catholique qu'on dit

 

Il convient aussi de relativiser le mythe d'une Europe, grand projet chrétien, cofondé par les « Pères de l’Europe » :  Schuman, De Gasperi et Adenauer, tous trois catholiques fervents. Les tenants de cette vision voient   le projet de Bruxelles comme une sorte de grande cathédrale tendant en quelque sorte à reconstituer la chrétienté du Moyen-âge.  Cette vision, il faut bien le dire, plait davantage en terre germanique (d'où étaient issus les trois fondateurs évoqués) que française.  La réalité est moins simple.  Adenauer et De Gasperi étaient tous deux des patriotes placés à la tête de deux pays, l'Allemagne et l’Italie, défaits, ruinés et déshonorés. Leur souci était de reconstruire leur pays et aussi de le réintroduire dans le concert international. Le projet de construction européenne en fut pour eux l'occasion. Quant à Robert Schuman, dont l'envergure réelle ne doit pas être surestimée et qui avait voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain, il était, comme ministre des affaires étrangères de la France, très proche de Jean Monnet, lui-même en cheville avec l'ambassade des Etats-Unis. La fameuse déclaration Schuman du 9 mai 1950 a été préparée par Monnet en liaison étroite avec les Américains ; la levée du secret sur les archives diplomatiques américaines le montre.

Au demeurant, les premières initiatives européennes de la fin des années quarante n'aboutirent à rien (hors le Conseil de l'Europe qui suit une autre démarche) : la CECA a disparu avec la récession des secteurs du charbon et de l'acier   en Europe, la CED (Communauté européenne de défense) est mort-née du fait du refus de la France d'avaliser le réarmement allemand qu'elle impliquait.

Le vrai démarrage de la construction européenne fut le traité de Rome de 1957. Il a constitué la base    de ce qui est aujourd'hui l’Union européene. Mais il s'en fallut de peu qu'il ait lui aussi avorté. Sa principale composante était le marché commun agricole qui instituait une protection commune des productions des six pays fondateurs.    Les Etats-Unis, pourtant favorables à la construction européenne, tentèrent de le vider de sa substance pour que leurs produits continuent à entrer en Europe massivement. Il ne fut sauvé que par l'obstination du général de Gaulle qui, certes ne voulait pas, comme Jean Monnet, d'une Europe supranationale abolissant les nations mais souhaitait une coopération économique et même politique (plan Fouché). Aujourd'hui le marché commun agricole a perdu de sa substance, du fait des accords de l'OMC ; il a été remplacé, pour le meilleur et pour le pire, dans sa fonction fédératrice par la monnaie unique. L'Euratom signé en 1957 n’est non plus jamais sorti des limbes. Compte tenu de son rôle central, le général de Gaulle était considéré par l'archiduc Otto de Habsbourg comme un des Pères de l'Europe.

Des trois   fondateurs précités, seul Adenauer a participé à la négociation du traité de Rome, De Gasperi était mort et Schuman n'était plus aux affaires.

Il faut aussi dire qu'aux origines du processus européen, en particulier du traité de Rome, aux côtés des démocrates-chrétiens, ont joué un rôle au moins aussi important des laïques[1], socialistes, sociaux -démocrates ou radicaux, tels Guy Mollet, Christian Pineau, Maurice Faure, Paul-Henri Spaak ou encore Jean Monnet lui-même. Plus tard, Pietro Nenni. La franc-maçonnerie a poussé très fort en faveur de la construction européenne.

 

L'Europe contre la paix 

 

Troisième erreur à éviter : l'Europe de Bruxelles, facteur de paix. Il faut   renverser la causalité. C'est parce que   l'Europe vivait en paix depuis plus de dix ans que la construction européenne a été rendue possible et non pas l'inverse.

La paix en a-t-elle été renforcée ? Au début, peut-être, mais sûrement pas aujourd'hui.

Le grand acte de réconciliation de l'après-guerre fut le traité franco-allemand du 23 janvier 1963, conclu entre Charles de Gaulle et Konrad Adenauer : Jean Monnet tenta de le saboter car il n'entrait pas dans la logique des traités européens.

Depuis le traité de Maastricht (1992), l'Union européenne est organiquement liée à l'OTAN, organisation militaire et donc coresponsable des initiatives de celle-ci. Bruxelles est directement impliquée dans les conflits armés qui se sont produits sur le continent européen depuis près de 30 ans. D'abord la guerre de Yougoslavie, déclenchée en 1999 où 13 pays, Etats-Unis en tête, se sont jetés sur la petite Serbie pour la bombarder sans mandat des Nations-Unies. Le prétexte en était la mort de 14 civils (ou partisans ?) dans le village de Rack (Kosovo), mais en fait cette opération avait été décidée six mois avant : le bilan, 5 000 victimes presque toutes civiles.   Le pape Jean-Paul II avait condamné cette guerre dès le départ.

Puis vint la guerre d'Ukraine où Bruxelles est plus directement impliquée :  l'Union européenne a voulu à toute force signer un traité d'association avec Kiev, prélude d'une adhésion de l’Ukraine à l'UE et à l'OTAN. Le gouvernement légitime ne le voulant pas, les Etats-Unis ont organisé avec de fortes complicités   en Europe ce que l’ancien président de la République Giscard d'Estaing a appelé le coup d'Etat de la place Maidan (21 février 2014) qui visait à sortir entièrement ce pays de l'orbite russe. La Russie a réagi en soutenant les séparatistes ukrainiens russophones de l'Est et en annexant la Crimée.

    Les sanctions européennes imposées ensuite à la Russie apparaissent à la fois néfastes et dangereuses. Leur effet le plus sûr est d’enfoncer un coin durable entre l’Union européenne et la Russie qui aurait dû être son partenaire naturel. C’était d'ailleurs le principal objectif de Washington, ouvertement affiché par quelqu'un comme Brezinski.

Mais d'autres dangers encore plus graves résultent de cette animosité avec la Russie dans laquelle l'Union européenne a été entrainée. Un homme aussi pondéré que Helmut Schmidt est allé   jusqu'à évoquer le risque d’une   troisième Guerre mondiale. Et l'ancien chancelier allemand n'a pas eu de mots assez sévères pour fustiger dans cette affaire la    commission européenne : il n’hésite pas à dire que   Bruxelles a   "une part de responsabilité dans l'aggravation de la crise ukrainienne". Dénonçant   la tentative de la commission européenne d'intégrer l'Ukraine et la Géorgie, il s’emporte contre les   bureaucrates   qui "comprennent trop peu la politique étrangère". "Ils placent l'Ukraine devant le soi-disant choix de se décider entre l'Est et l'Ouest", estime-t-il. Bruxelles "se mêle trop de politique étrangère, alors que la plupart des commissaires européens la comprennent à peine"[2]

C'est encore le cas avec la guerre de Syrie où l'OTAN et ses composantes (EU, France, Royaume-Uni, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Danemark) ont apporté pendant cinq ans une aide militaire aux djihadistes qui tentaient de renverser le président   Assad. Cette action les rend complices du massacre et de l'exode des chrétiens d’Orient.

L'Union européenne en tant que telle n’est pas directement impliquée sur le plan militaire mais elle relaie activement la propagande d'une violence inouïe menée contre Assad et ses soutiens - à commencer par la Russie. Surtout, elle a décidé en 2012 d'imposer des sanctions très dures à la Syrie, sanctions qui interdisent   les liaisons aériennes, les transactions bancaires et par là l'approvisionnement alimentaire et pharmaceutique à partir de l'Europe. Ce ne sont pas les dirigeants qui en souffrent mais le peuple et en bien des endroits, il en souffre plus que de la guerre elle-même. Ces sanctions sont levées dès que le territoire est repris par les djihadistes (pour lesquels l'UE a aussi levé l'embargo sur les armes). C'est d'abord la misère causée par les sanctions économiques qui a précipité de centaines de milliers de Syriens sur les routes de l'Europe.

L'anniversaire du traité de Rome pourrait être l’occasion pour le Saint Père de demander la levée immédiate de ces sanctions inhumaines par lesquelles l’Europe se   déshonore et qui risquent pourtant d’être reconduites   après le 1er juin 2017.

Il y a bien d’autres sujets sur lesquels l’Union européenne n'est pas à la hauteur des attentes ! L'économie :  le marché unique et la monnaie unique semblent n'avoir apporté que la récession et le chômage, selon des mécanismes que plusieurs Prix Nobel ont mis en évidence. La démographie : Bruxelles ne veut pas entendre parler du déclin démographique de l’Europe, car cela l'amènerait à promouvoir la famille, ce que rejettent les lobbies féministes dominants au point que Bruxelles semble être devenu le sanctuaire de la "culture de mort ». La démocratie :  le refus sourd de la mécanique européenne par les peuples a conduit les dirigeants à s'asseoir sur les résultats des référendums nationaux successifs, tous défavorables à la construction européenne : "il ne saurait y avoir de choix démocratique contre les traités européens" (Jean-Claude Juncker[3]). Un climat d'intolérance à l'égard de mouvements dits "populistes" qui contestent cette entreprise, se répand sur tout le continent. Mais c'est par rapport à l'objectif de la paix que l'Union européenne est le plus gravement en contradiction avec ses promesses. Au rebours   de l'esprit des Pères fondateurs elle pourrait être   aujourd'hui le principal facteur de guerre sur le continent.   

                                                                       Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] Laïque n'est pas ici   le féminin de laïc. Un laïc est un fidèle non clerc, un laïque est un partisan de la laïcité souvent extérieur aux Eglises.

[2] Entretien - Bild 16 mai 2014

[3] Déclaration du 29 janvier 2015

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 23:04

 

PROJET POUR UNE REFORME DE L'ENSEIGNEMENT DES LANGUES EN FRANCE

 

Le projet ci-après s’articule selon les principes suivants:

 

A. Une langue "universelle » obligatoire dès la 8e (ou 7e), soit au choix

- l'anglais d'aéroport ;

- l’espéranto ;

- le latin.

 

B. Une langue de culture en 6e :

   

Le choix pour cette deuxième langue, qui sera en fait la première, comportera toutes les grandes langues vivantes (allemand, espagnol, russe, italien, portugais, arabe, hébreu moderne) mais aussi les langues orientales (chinois, japonais). Des langues plus rares ne seront pas exclues.

Les enfants d'immigrés pourront à ce stade apprendre leur langue maternelle (de manière strictement laïque s'agissant de l'arabe).

Le choix pourra porter aussi sur les langues régionales françaises (dont la survie sera encouragée par un enseignement moins superficiel que celui qui existe aujourd'hui), le latin en option approfondie ou le grec ancien.

On créera à ce niveau de la 6e une option anglais littéraire, en complément de l'anglais de base obligatoire.

Une deuxième langue (en fait une troisième) pourra être choisie en 4e.

Les langues universelles ne seront enseignées que par des méthodes standard éprouvées et efficaces type Assimil), si possible par des répétiteurs passifs. En anglais, pas question de passer des heures à comparer l’usage de small  et little ! Toujours pour l’anglais, on commencera par le vocabulaire et les règles grammaticales de base, puis par le vocabulaire le plus facile, celui qui ressemble au français.

 

L’intérêt de ce projet est multiple :

 

- en traitant à part l'anglais de base, on facilite son apprentissage aujourd'hui très défaillant car il est entre les mains de professeurs du secondaire qui enseignent surtout l’anglais littéraire et sans méthode systématique ;

 

- apparemment privilégié, l'anglais est en fait réduit à sa fonction de sabir international ; il ne faut cependant pas se faire d'illusions, cet anglais sera choisi au titre de la langue universelle par au moins 95 % des élèves ; le latin précoce et l'esperanto sont mentionnés surtout pour mémoire ;   

 

- en même temps, ce projet ouvre au niveau de la sixième le choix des langues étrangères en dehors de l'anglais. Un des avantages de cette ouverture est de permettre à la France de négocier avec toute une série de pays (Allemagne, Espagne, Russie) des accords de partenariat permettant d’y développer l'enseignement du français sur la base de la réciprocité en échappant au diktat du tout-anglais ;  

 

- l'apprentissage de leurs langues maternelles, comme langues étrangère, devrait faciliter l'intégration des jeunes immigrés ; il constituera pour eux une discipline valorisante ;

 

- il y a place pour la préservation voire la relance des langues mortes ou en voie de disparition : latin, grec ancien et, de fait, presque toutes les langues régionales françaises.

 

Les difficultés prévisibles de mise en œuvre vont être de deux ordres :

 

- comment assurer une diversité effective de l'offre en ce qui concerne les langues rares ? Plutôt que de restreindre les choix, il faudra avoir recours, si nécessaire, au téléenseignement sous la surveillance là aussi de répétiteurs.

 

- comment faire accepter le nouveau statut de l'anglais au corps des professeurs d'anglais ? Certains pourront se reconvertir en répétiteurs de 8e mais cela ne saurait être que temporaire. Normalement, ils devront se consacrer à l'anglais littéraire (à partir de la 6e) ou alors choisir une autre langue.  Il faudra donc leur faire accepter la venue de répétiteurs d'anglais basique, en dehors de la filière ordinaire.

 

Ces difficultés ne sont pas insurmontables.

 

Les professeurs des autres langues auront, eux, tout à gagner de cette réforme, voyant leurs effectifs augmenter.

 

                                                         Roland HUREAUX  

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 23:00

FORUM DU 18 JUIN 2016

PEUT-ON ENCORE LIBERER LA FRANCE ?

Discours de clôture de Roland HUREAUX

Je ne me hasarderai pas à résumer les riches contributions des différents orateurs qui se sont succédé à cette tribune :  Hervé Juvin, Richard Layetière, l’amiral Jean Dufourcq, Jean-Michel Quatre point, Vladimir Gozzi, David Mascre et nos deux invités surpris : Guillaume Bigot et Virginie Tellienne. 

Je me contenterai donc d'apporter, moi aussi,  ma contribution sur le thème de l’indépendance de la France.

Francis Choisel a tenté d'approfondir le sens du mot.  Indépendance ou souveraineté ? Je n'entrerai pas dans les subtilités sémantiques : dans le dictionnaire Larousse, à « souveraineté », on trouve « indépendance » ...

On dit "l’indépendance, c’est l’isolement". C'est évidemment le contraire ; ce sont les alliances conclues, quand elles sont trop contraignantes, qui limitent notre souveraineté et donc notre capacité à tendre la main aux autres peuples. Qui pourra dire que la France est aujourd'hui libre de ses relations avec la Russie ?

L’indépendance n'exclut pas la possibilité de commercer, d’échanger, de passer des accords mais ces accords ne sauraient aliéner définitivement notre souveraineté, notamment sous ses quatre dimensions cardinales : la défense, la monnaie, le budget, les lois (et la justice). On voit bien qu'aujourd’hui sur ces quatre chapitres, tout est perdu, l'honneur y compris comme nous le verrons.

Certains mots sont souvent piégés : s'est répandu le terme de "souverainisme » que j'ai du mal à assumer. Il vaudrait mieux parler de "patriotisme" ou même, pourquoi pas ?  De « libéralisme » : après tout c'est de liberté qu’il s’agit, la liberté des peuples complétant la liberté individuelle : vouloir celle-ci sans celle-là est un leurre.

On dit aussi que la souveraineté est incompatible avec la mondialisation. Natacha Polony fait d'ailleurs cet après-midi pas loin d'ici une conférence sur ce sujet sous l'égide du Comité Orwell.  Mais opposer l'une et l'autre est absurde. Les ultralibéraux, adeptes de la struggle for life, ont l'habitude de comparer la compétition mondiale à une jungle impitoyable. C’est vrai. Mais pourquoi voudrait-on alors que la France se lance dans cette jungle toute nue ; n'est-ce pas parce que la mondialisation est impitoyable qu’il nous faut être armés et capables de nous défendre, sachant que personne ne le fera à notre place ?

Enfin, et c'était le sujet principal de ce forum, certains considèrent que l'indépendance serait une sorte de luxe, une gloriole dont après tout un état sérieux devrait savoir faire le deuil pour entrer dans des ensembles économiques de taille pertinente. L'économie (et les solidarités qui vont avec), c'est du solide, la diplomatie pour la diplomatie, l'indépendance pour l'indépendance, ce sont des ronds de jambe, des affaires de drapeau, de cocorico ; il faut savoir, dit-on, sacrifier cela pour être pragmatique.

Il est vrai que se pose la question du niveau pertinent de la souveraineté : le général de Gaulle pensait que, dans l'Europe du XXe siècle, c'était encore la nation. Il ne le pensait pas par choix idéologique ; il aurait admis que depuis la Grèce antique où ce niveau était la cité, les choses avaient changé et pouvaient donc encore changer. Mais il pensait le niveau pertinent ne se décide pas a priori, qu'il émane des réalités, de la sensibilité effective des peuples et que donc, pour le moment et sans doute encore pour longtemps, en Europe comme sur la plus grande partie du monde, ce niveau d'agrégation optimal, en tous les cas dominant, c’est la nation.  

La vie publique n'est pas une cascade de subsidiarités, il y a un niveau dominant, une majeure et des mineures. Pour parler comme saint Thomas d'Aquin, seule la nation est une "communauté parfaite".   

Ce cadre posé, l’indépendance n‘est pas un luxe : elle est une nécessité vitale. Nous n'en voulons   pour preuve que les effets désastreux pour la France de la perte de son indépendance.

 

**

 

En cette période pré-présidentielle, les candidats brassent les problèmes de la France et ils   sont, vous le savez, nombreux et lourds.
Or de ces problèmes, on peut dire ceci : il n'y en a aucun qui ne résulte de manière directe ou indirecte de la perte de notre indépendance.

Cela est presque évident pour la récession et le chômage puisque, vous le savez, avec l'euro nous avons perdu notre souveraineté monétaire, l’instrument capital de la régulation de la croissance et de l'emploi. Dès lors, la marge de manœuvre qui reste à nos gouvernants pour relancer la machine économique est faible. Les candidats des « Républicains » comptent tous   sur la politique dite de l’offre : transférer les charges des entreprises vers les autres acteurs, pour   inciter celles-ci à produire et à investir. Cela suppose des réformes qui ne seront pas populaires. Or quand on voit les difficultés du gouvernement actuel à faire voter la loi Travail dont l'inspiration est analogue (ce qui est normal puisque les uns et les autres la trouvent à Bruxelles), on devine les résistances   qui attendent un gouvernement issu de la droite libérale ne remettant pas en cause l'hypothèse de l'euro, et qui voudrait mettre en œuvre ce genre de politique, à l'efficacité douteuse au demeurant.

La désindustrialisation est à l'avenant : elle devient dramatique et est la conséquence directe de la mondialisation dans laquelle nous nous sommes précipités en renonçant aux armes de la monnaie, de la protection sélective et de la politique industrielle (interdite par le dogme de la concurrence pure et parfaite qui règne à Bruxelles).

Cette désindustrialisation revêt deux aspects.

La disparition progressive de l'industrie rurale, souvent industrie de main d'œuvre, qui irriguait nos petites villes et nos campagnes, assurant les emplois que l'agriculture n'assurait plus. Il en résulte pour la moitié de la France une situation de déréliction absolument dramatique bien décrite par le géographe Christophe Guilluy.

L'autre aspect est la perte par achat étranger de nos industries stratégiques dont nous perdons le contrôle   ou/et qui, peu à peu disparaissent : Usinor, Péchiney, Alsthom et bientôt Areva. Il reste l'aéronautique qui assure avec les sous-traitants le tiers des emplois industriels civils qui nous restent mais même le devenir d'Airbus est aujourd'hui compromis. 

L'affaiblissement de l’autorité de l’État est en apparence un autre sujet que celui de l'indépendance. Mais comment un État qui se comporte de manière servile à l'égard de commanditaires extérieurs (à Bruxelles, à Berlin, à Washington) serait-il respecté à l'intérieur ?  Qui a envie d’obéir à un "prince esclave » selon l'expression que Gaston Fessard, ce jésuite qui se fit le théoricien de la résistance, appliquait à Pétain ? Un prince esclave n'inspire que le mépris puisqu’il n'a que l'apparence du pouvoir.

Il faudrait aussi parler des contraintes que des institutions internationales comme la Cour européenne des droits de l’homme (Strasbourg) ou la Cour de justice de l'Union européenne (Luxembourg) font peser sur notre police et notre justice.

Notre éducation nationale semble en dehors des contraintes internationales. Elle n’a en effet pas eu besoin d'inspiration extérieure   pour se dégrader pendant des années, sous l'effet de méthodes pédagogiques absurdes, d'un égalitarisme qui trouve sa traduction dans le tronc commun poussé jusqu'à l’extrême. Mais qui dit que les acteurs de ces dérives ne sont pas, sans toujours   s’en rendre   compte, inspirés par des forces    internationales, relayées par Bruxelles, dont le but inavoué est de faire un citoyen du monde fongible, sans mémoire, sans culture, sans repères, totalement disponible à ce que veut en faire le marché mondial ? Bourdieu et Meyrieu, des instruments du grand capital ?  Pourquoi pas ?

J'ajoute des modes plus récentes. On savait jusque vers 1980 que le système français, fondé sur l'autorité de vrais spécialistes, capésiens ou agrégés, était plutôt meilleur que ce qu’on trouvait dans le monde occidental, en particulier aux États-Unis, au Royaume-Uni et surtout en Allemagne où la notion de discipline académique s'était diluée. Ne voila-t-il pas qu'aujourd'hui, par une sorte d’incapacité à assumer notre spécificité, même quand elle nous place en situation avantageuse, ces modèles étrangers, qui ont fait la preuve de leur échec, sont tenus pour des références à imiter, au moment même où les autres pays songent à les abandonner !  Je pense au modèle allemand qui inspire largement la réforme Vallaud-Belkacem. Déjà Luc Chatel s’était rendu Outre-Rhin pour étudier le système allemand dont on savait pourtant qu’il marchait très mal !

Un des orateurs a dit qu’il fallait reconquérir notre récit national. Mais pourquoi l'avons-nous perdu ?  Les papiers des Wikileaks ont révélé comment l’ambassadeur des États-Unis en France (en régime démocrate) était chargé par son gouvernement d'étudier l'enseignement de l’histoire en France pour vérifier que l'immigration y avait bien toute sa place ; autrement dit qu’il était suffisamment culpabilisant pour un peuple français malgré tout porté à l'indépendance et qui, même s’il courbe aujourd'hui l’échine, pourrait la relever. Dans ce domaine, un certain gauchisme anticolonialiste fait bon ménage avec les interférences étrangères destinées à nous affaiblir.

Sans que personne ne proteste, ces mêmes ambassades sont chargées de repérer les leaders potentiels de nos banlieues et de les amener aux Etats-Unis pour les formater.

La réforme régionale qui conduit à la création de grandes régions est, en théorie, imitée d'un modèle allemand que l’on connait d'ailleurs mal ; ce sont des länder à la française qu’on a voulu faire, comme si ce système était exemplaire. En fait à part deux ou trois gros länder, qui   sont tels pour des raisons historiques, comme la Bavière, les autres ne sont pas plus grands que nos anciennes régions et suivent, eux, des frontières historiques, ce qui explique leur hétérogénéité.

On sait par ailleurs comment l'Europe de Bruxelles promeut l'Europe des régions pour affaiblir les États, spécialement l'État français.

Avec ou sans contrainte, nous imitons des modèles étrangers inadaptés à nos problèmes, ce qui témoigne d'une servilité intellectuelle qui est   l'expression de la servilité tout court. La servitude volontaire dont parlait La Boétie.

Sur le plan sociétal, la loi Taubira instituant un mariage homosexuel, est la mise en forme de la théorie du gender, venue des États-Unis (et qui n’a rien à voir, contrairement à ce qu’on dit dans les milieux traditionnalistes, avec la Révolution française).  Début 2013, seuls 10 des 50 États des Etats-Unis avaient instauré le mariage homosexuel. Or Obama avait promis, pendant sa campagne électorale, à ses soutiens de Hollywood, George Clone en tête, de le généraliser.  En outre, comme on sait, près de 400 sociétés (dont tout le gratin de la banque et de la communication, Coca Cola etc.) se sont portées Amici curie pour demander à la Cour suprême de rendre obligatoire le same-sex mariage dans tous les Etats.  Ce qu’allait faire la France était capital pour influencer la Cour.

Mitterrand, qui était un politicien à l’ancienne, disait qu'au-dessus de 1million de manifestants, il fallait savoir céder (c'est ce qu’il a fait avec l'école libre). Bien que Frigide Barjot, ici présente, ait fait descendre 1, 5 millions de personnes dans la rue, Hollande, lui, n'a pas cédé. En fait, il n’avait pas le choix ; il avait à l'égard d'Obama une obligation de résultat : la procédure parlementaire normale a même été violée pour faire voter la loi dans la plus grande confusion à main levée au Sénat où le gouvernement n'avait pas de majorité.  Le résultat escompté a été atteint : sitôt la loi adoptée en France, la Cour suprême a rendu cette procédure obligatoire aux Etats-Unis.

 

**

 

Mais, vous n’en serez pas étonnés, c'est en matière diplomatique et militaire que notre dépendance a les effets les plus inquiétants.

Nos alliances, principalement l'OTAN, nous conduisent à des politiques directement contraires à nos intérêts les plus évidents.

Le général De Gaulle nous avait d'ailleurs prévenus : je cite sa conférence de presse du 23 février 1966 :

« (…) D’autre part tandis que se dissipent les perspectives d’une guerre mondiale éclatant à cause de l’Europe, voici que des conflits où l’Amérique s’engage dans d’autres parties du monde comme avant-hier en Corée, hier à Cuba, aujourd’hui au Vietnam, risquent de prendre, en vertu de la fameuse escalade, une expression telle qu’il pourrait en sortir une conflagration générale. Dans ce cas, l’Europe dont la stratégie est, dans l’OTAN, celle de l’Amérique, serait automatiquement impliquée dans la lutte alors même qu’elle ne l’aurait pas voulu. Il en serait ainsi pour la France si l’imbrication de son territoire, de ses communications, de certaines de ses forces, de plusieurs de ses bases aériennes, de tel ou tel de ses ports dans le système militaire sous commandement américain devait subsister plus longtemps. (…) »

 

Vous voyez que depuis la réintégration du dispositif militaire intégré par Sarkozy, c'est ce qui se passe.

Ces jours-ci, est engagée l'opération Anaconda : une manœuvre d’envergure de l’OTAN en Pologne et dans les pays baltes destinée à contenir la Russie au plus près de ses frontières (imaginez ce qu’on dirait si la Russie faisait ce genre de manœuvres au Mexique !). Or il y a à peine deux mois, Hollande a fait voter à la sauvette l'approbation d'un protocole qui renforce encore notre imbrication dans le dispositif de l’OTAN en mettant à la disposition de cette organisation l'ensemble de nos états-majors.

Parallèlement, nous avons été contraints par les Etats-Unis d’imposer des sanctions économiques à la Russie qui lèsent gravement nos intérêts - beaucoup plus que les leurs dont le commerce avec ce pays continue de croître.

S'il peut exister des intérêts communs entre les États-Unis et l'Europe occidentale, il est clair qu’en la matière nos intérêts divergents.

L’Europe occidentale a directement intérêt à développer ses échanges avec la Russie qui ne demande pas mieux ; c'est particulièrement vrai pour la France qui n'a jamais eu de contentieux véritable avec la Russie (en dehors de la menace communiste). Elle a même été sauvée trois fois par les Russes : en 1815, le tsar a exigé que la France vaincue soit ménagée et maintenue dans ses frontières de 1789.  En 1914, l'offensive des forces russes à l’Est qui leur a coûté   200 000 morts, nous a permis de gagner la bataille de la Marne. Et naturellement en 1941-44, l'admirable résistance russe a contribué plus que toute autre à notre libération.

Les Etats-Unis voient les choses différemment : ils croient être engagés, selon la théorie néoconservatrice, dans une guerre à mort avec la Russie dont un des deux sortira un jour anéanti. Pour gagner cette guerre à mort, il leur est nécessaire de creuser un fossé définitif entre l'Europe occidentale et la Russie, il est essentiel pour eux de ne laisser aucune influence aux Russes sur le Heartland, la charnière eurasiatique qui donne, selon les théories de Mackinder, à celui qui la tient, la domination mondiale. 

J'ai cité la théorie néoconservatrice (dont l'expression achevée est aujourd’hui Hillary Clinton). C'est de l‘idéologie. Nous pouvons aimer les États-Unis, ceux d’autrefois, mais ils sont aujourd’hui sous l’emprise d’une idéologie folle qui a déjà mis 10 pays en état de guerre.   Comme nous pouvions aimer la Sainte Russie -  j’aime la Russie -, mais elle s'est trouvée pendant 80 ans sous l'influence d’une idéologie tout aussi folle qui était le marxisme-léninisme et qui en avait fait un danger pour le reste du monde.

Au Proche-Orient, c'est la même chose : nos intérêts ne sont pas ceux des Etats-Unis au moins ceux que les dirigeants de ce pays jugent être leurs intérêts. Les Etats-Unis   ont conclu depuis longtemps une alliance avec les régimes islamistes les plus fondamentalistes (pourvu qu’ils ne menacent   pas de près Israël). D’autre part, les néoconservateurs comptent se servir des fondamentalistes pour défaire les États qu’ils n’aiment pas : les dictatures classiques de type nassérien ou baasiste. Ils veulent démocratiser le Proche-Orient par la force, et peut-être même y appliquer la stratégie du chaos, y semer le désordre pour mieux tirer leur épingle du jeu, en matière pétrolière notamment, en même temps qu’exclure la Russie de toute influence dans la région.

Comme aider les islamistes, c'est armer ceux qui exterminent les chrétiens d’Orient, la France qui avait depuis François Ier la mission de les protéger, dans cette affaire, la France s'est déshonorée.

Nous ne nous sommes pas seulement déshonorés, nous avons commis des crimes. Déclencher la guerre en Libye qui a fait 160 000 morts civils (selon le CICR), contribuer ensuite à déclencher celle de Syrie, qui a fait 250 000 victimes, c'est ce que le droit international appelle des "crimes contre la paix", voire de la complicité de crimes de guerre, dans la mesure où nos alliés sur le terrain, djihadistes principalement, en commettent.

Et les conséquences pour la France ont été catastrophiques. Si on admet que les problèmes les plus immédiats que connait la France aujourd’hui   sont le terrorisme et l'immigration massive, tous les deux viennent de cette politique suiviste. Ces guerres ont alimenté les rancœurs à l'égard de l'Occident et développé les filières terroristes. Celles-ci visent particulièrement la France, qui s'est mise de manière méprisable à la remorque des États-Unis, eux-mêmes détestés par les islamistes qu’ils aident. Enfin, si ces guerres n'avaient pas été allumées par nous, nous ne serions pas confrontés au flot de réfugiés que nous connaissons.

Vous le voyez : on cherche en vain un grand problème national qui n'ait pas, d'une manière ou d'une autre, sa source dans la perte de notre indépendance.

 

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 22:59

 

L'ECHEC D'OBAMA EST D'ABORD DU AUX CONTRADICTIONS DE SA POLITIQUE

 

Rarement un président des Etats-Unis aura quitté le pouvoir avec un bilan international aussi mauvais que Barack Obama, en particulier au Proche-Orient.  

L'élimination du réduit djihadiste d’Alep face à l'offensive des forces gouvernementales (l’armée de Bachar el Assad, comme on dit), appuyée par la Russie, apparaitra   vite pour ce qu'elle est : une déroute en champ clos face à une puissance que les Etats-Unis eux-mêmes avaient désignée comme leur adversaire principal.  Même si on ne sait pas exactement combien d’officiers américains et de l’OTAN se trouvaient du côté des djihadistes, les pays tiers ne manqueront pas d’y voir une terrible humiliation pour la puissance dominante, symboliquement presque aussi grave que celle du Vietnam (1975).  Le Proche-Orient, chasse gardée des Etats-Unis jusqu'à une date récente, est une région où il faut moins qu'ailleurs perdre la face. Désormais   la Russie y apparait comme la puissance dominante.

La gifle est si grande qu'il ne faut pas s'étonner que les éléments les plus bellicistes de l'administration démocrate   aient   envisagé de pousser le conflit aux extrêmes. Alors qu’il ne lui restait qu’un mois de mandat, Obama a levé toutes les   restrictions    aux ventes d'armes aux djihadistes.  Les sanctions prises en janvier 2017 à l'encontre de la Russie, au motif ridicule d'une interférence supposée de Poutine dans la campagne présidentielle, montrent dans quel état de déni se trouve depuis sa défaite le clan Obama-Clinton.

Dans cet affaiblissement américain, il serait erroné de mettre en cause, comme le font les milieux conservateurs, une insuffisance proprement militaire. Même si les Russes ont fait beaucoup de progrès, notamment dans l'anti-aérien ou le brouillage, ce qui a accru leur pouvoir de dissuasion, les Etats-Unis conservent la première armée du monde.

On met aussi en cause la faiblesse d’Obama, son indécision, son manque d'emprise sur les services qu'il est supposé commander (Pentagone, CIA, Département d’Etat). Hollande, Fabius, qui sont, eux, c’est bien connu, des hommes forts, lui ont reproché, à l'unisson des ultraconservateurs, de ne pas avoir profité de l'attaque à l 'arme chimique de la Ghouta (Faubourg de Damas) du 21 août 2013 pour bombarder massivement Damas, ce qui n'aurait pas manqué de susciter une riposte russe.  Encore heureux que le Prix Nobel de la Paix n'ait pas déclenché une guerre mondiale !   Plonger dans la guerre civile deux ou trois pays était déjà bien assez. Il savait au demeurant qu’on ne pouvait imputer l’attaque chimique au gouvernement syrien, mais   à une provocation d’Al Nosra[1].

 

De multiples contradictions

 

Mais derrière les hésitations d'Obama, il est une donnée encore plus fondamentale : les contradictions de la politique étrangère américaine en sont venues non seulement à la rendre illisible mais à la paralyser.

Une première contradiction, imputable, elle, au prédécesseur d’Obama, était apparue   avec la guerre de 2003 contre   l’Irak.  Au motif d'instaurer la démocratie dans ce pays, les Américains y ont donné le pouvoir aux chiites majoritaires :  ils sont donc les premiers responsables de la constitution de l'"arc chiite" qu'ils se sont mis à combattre à partir de 2010 : Iran, Irak, Syrie, Liban (Hezbollah).

Ils ont été ainsi amenés à affronter le chiisme en Iran (par les sanctions imposées jusqu’à l'accord de Washington en 2015), en Syrie (si tant est que l’on puisse assimiler les alaouites dominants en Syrie à des chiites), au Liban et au Yémen et, au contraire, à le soutenir en Irak.

Une autre contradiction : renverser au nom de grand principes démocratiques des gouvernements amis. Ce n 'est certes pas nouveau : on connait les précédents de Ngo Dinh Diem en 1963 ou du shah d'Iran en 2000. Mais cette pratique a   pris une tournure systématique avec les "printemps arabes » :  Ben Ali en Tunisie, Moubarak en Egypte.  Kadhafi n'était pas vraiment un ami mais était devenu un utile stabilisateur de l'Afrique septentrionale. Erdogan, autre ami de l’Amérique laquelle avait appuyé à fond sa candidature à l'Union européenne, a pu, sans être contredit, mettre en cause le rôle de Washington dans la tentative de coup d'Etat du 15 juillet 2016. Le roi du Maroc, autre allié, a vu récemment Ban Ki-Moon, secrétaire général des Nations-Unies et à ce titre proche de Washington   remettre en cause la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental : il s'est immédiatement   précipité à Moscou !  Comment ne pas se dire que les Russes qui n'ont pas lâché Assad malgré une campagne internationale de diabolisation sans précédent sont un allié bien plus fiable que les Américains ?  

Le soutien aux islamistes ne vient pas seulement du souci de trouver des alliés contre les dictatures pro-russes mais s'inscrit aussi dans une longue tradition d’alliance avec l'Arabie saoudite principalement, les   émirats du Golfe accessoirement, qui soutiennent depuis longtemps les mouvements fondamentalistes, y compris terroristes, un peu partout dans le monde arabe, en Afrique et même en Europe.

Contradiction encore plus grave, doublée d’un mensonge : depuis le 11 septembre, l’Amérique proclame à la face du monde qu’elle mène une grande croisade   contre le djihadisme : 119 pays enrôlés dans la coalition contre Daech !    Seule la lutte contre les talibans en Afghanistan, qui n'ont pas, au bout de 13 ans été vaincus et dont l'implication dans l'attentat du 11 septembre demeure hypothétique peut être tenue comme une action anti-islamiste.  Pour le reste, loin de combattre l 'islamisme, le Etats-Unis l 'ont eu sous différents formes comme allié en Libye, en Egypte, en Turquie, et surtout en Irak et en Syrie : Trump lui-même accuse le gouvernement américain d'avoir suscité l’émergence de Daech. 

Le soutien aux islamistes est encore davantage en contradiction avec la volonté affichée de faire avancer, fut-ce par la force, la démocratie et les droits de l'homme au Proche-Orient, dans la cadre de la politique dite de regime change.  Comme plus tôt en Algérie et en Turquie, les élections démocratiques ont fait émerger en Tunisie en Egypte des majorités islamistes[2]. En Syrie, le gouvernement américain , de pair avec les  autres gouvernements occidentaux a été amené à maintenir la fiction d'une rébellion démocratique  respectable et à l'appuyer  contre le "tyran" Bachar el Assad , alors même que la suite devait montrer que l'osmose était telle entre l' opposition dite démocratique et les djihadistes  que les moyens donnés aux uns allaient aux autres et que,  en position de responsabilité , les uns et les autres n'avaient  rien de plus pressé que d'établir la charia.

Ils sont significatifs que les seuls pays à avoir échappé à la vague des printemps arabes soient les monarchies du Golfe (sauf Bahreïn[3]), alors qu’ils ne sont pas, ni près, les moins oppressifs.

Le soutien aux islamistes a d'ailleurs toujours eu ses limites dans la mesure où, tout en leur fournissant des armes et de l’entrainement et même en les conseillant au combat (ce qui veut généralement dire diriger) comme à Alep, ni les Américains, ni les Israéliens, ni les Turcs, ni les autres Occidentaux ne souhaitaient vraiment que Daech - et ses frères jumeaux comme Al Nosra, prennent le pouvoir à Damas. Ce qui veut dire que le soutien qui leur était apporté n'avait d'autre objectif que de faire durer aussi longtemps que possible la guerre.  

Aux confins de la Syrie et de l'Irak et de la Turquie d'autres contradictions sont apparues : soutenir les Kurdes tout en ayant la Turquie pour allié privilégié, soutenir en même temps les Kurdes, Daech et le   gouvernement chiite de Bagdad, qui sont chacun ennemi des deux autres. S’agissant de Daech et des autres mouvements islamistes, la contradiction a atteint son comble au mois de décembre 2016 qui a vu simultanément l’armée américaine les soutenir à Alep (et Palmyre) et les combatte à Mossoul.

Si les Américains aidaient seulement Al Nosra (alias Al Qasida) à Alep-Est, c’est bien Daech qu’ils ont soutenu un peu plus à l'Est, l'aidant à garder     Deir ez-Zor et à reprendre Palmyre. Qui peut y comprendre quelque chose ? Comment s'étonner d'entendre que des mouvements islamistes aidés par la CIA se sont parfois battus avec d'autres soutenus par le Pentagone ?

 

En contraste, la clarté du jeu russe

 

Face à cette accumulation de politiques de gribouille, le positon de Poutine a été depuis le début d'une parfaite clarté :  d'abord face au droit international, puisque la Russie n’est intervenue   en Syrie qu'en   accord avec le gouvernement officiel   de Syrie et donc dans le respect de la légalité internationale   alors que les interventions   occidentales se sont faites presque toutes en violation du principe de non-ingérence.  La Russie a agi en défensive et non en offensive : face à la volonté des Etats-Unis de faire sauter le dernier point d’appui qu’elle avait conservé au Proche-Orient, elle l'a   défendu.

 Au demeurant, comment peut-on promouvoir l’Etat de droit au sein des différents pays alors qu'on ne respecte pas le droit au plan international ?

Légale, la guerre menée par les Russes n’a, non plus, quant à ses objectifs, présenté aucune     ambigüité : elle avait pour but d'assurer le contrôle du territoire syrien dans sa totalité par le gouvernement syrien et donc d'y ramener la paix.

Les Etats-Unis ont-ils au contraire poursuivi   délibérément   une "stratégie du chaos"   comme on leur en a fait grief ? Il le semble parfois   sans que l’on puisse assurer que, dans un pays comme l’Irak, ils l’aient délibérément cherché. Il reste que parmi les nombreuses erreurs des néoconservateurs, se trouve l'idée que pour démocratiser des pays dominés par des    dictatures, qui sont des Etats mais pas forcément de droit, il faut commencer par détruire l'Etat, ce qui est un contresens, l'anarchie étant toujours plus préjudiciable à la vie des peuples que n'importe lequel régime fort. 

En face de cette politique désordonnée, peut-on mettre à l'actif d'Obama, l'accord de Washington (juillet 2015) sur le nucléaire iranien.  Quoique certains, notamment Israël, ne le tiennent pas pour   positif, il a réintégré dans le concert international un grand pays stratégique dans un jeu asiatique appelé à prendre de l'importance.  De moindre portée, l'accord avec Cuba est de la même nature. En revanche Obama n'a ni évité le Brexit, ni pu faire signer   le TAFTA.

Les contradictions de la politique d'Obama   ne tiennent pas seulement à sa personnalité mais à toute la politique menée durant l 'ère néoconservateur qu'on peut faire remonter à l 'élection de Bill Clinton (1992) et qui couvre aussi bien la présidence de Bush fils (n’oublions pas que la seconde guerre du Golfe décidée par celui-ci s'est faite en violation de la légalité internationale alors que la première, décidée par son père, lui était conforme).  Une politique    marquée par l’idée d'un messianisme démocratique fondant les Américains à renverser les dictatures qui ne leur plaisaient pas et, à partir de 2000, de plus en plus hostile à la Russie. Une politique fondée sur l’idéologie, qui est toujours une forme de déraison, bien plus que sur la défense des intérêts américains comme celle que propose Trump.

 

                                                                       Roland HUREAUX

 

 

[1] Deux  documents fondamentaux démontrent  que cette attaque a été opérée  par les rebelles d'Al Nosra cherchant  à provoquer une intervention  des Etats-Unis: un rapport  du MIT publié en  janvier 2014 par  Richard Lloyd,  ancien inspecteur de l'ONU   et Theodore Postol , professeur ( http://www.nytimes.com/2013/12/29/world/middleeast/new-study-refines-view-of-sarin-attack-in-syria.html ),  et un autre de l'   OIAC , organisation pour l’interdiction des armes chimiques  près   l'ONU  basée à La Haye, prix Nobel de la Paix en 2013 , connu par une fuite parvenue à  l'agence Fides  ( Vatican)).. 

[2] Les islamistes gagnent généralement les élections ( Algérie, Egypte, Turquie )  car  ils  sont seuls sur le terrain à  apporter une aide humanitaire aux populations, et non parce que ces populations souhaiteraient le rétablissement de la charia.

[3] La population de Bahrein étant en majorité chiite, toute démocratisation aurait mis en difficulté l'émir sunnite.

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 22:57

 

PEUT-ON SOUTENIR LES CHRÉTIENS D'ORIENT ET RESTER POLITIQUEMENT CORRECT ?

 

http://www.libertepolitique.com/site/Actualite/Decryptage/Peut-on-soutenir-les-chretiens-d-orient-et-rester-politiquement-correct

 

http://www.magistro.fr/index.php/template/lorem-ipsum/avec-l-europe/item/2594-soutenir-les-chretiens-d-orient

 

Il est d'usage dans les milieux catholiques de France de compatir au sort des chrétiens d'Orient, de demander de l'argent, de prier pour eux.  Certains   ont été massacrés, beaucoup ont été contraints de s’exiler, probablement sans retour.  Outre la bien connue Œuvre d'Orient, de nombreuses associations, dont l'Aide à l’Église en détresse ou encore la toute nouvelle SOS Chrétiens d’Orient, animée par des jeunes, se dévouent à leur service, sans pour autant exclure les autres victimes des conflits du Proche-Orient. Témoin de cette compassion, Georges Pontier, président de la Conférence des évêques de France :  " Le drame vécu depuis trop longtemps par les populations du Moyen-Orient, des chrétiens particulièrement, nous affecte plus spécialement depuis plus d'un an" (8/09/2015).

Il est bien connu par ailleurs que le haut-clergé français ou celui d’Europe que fédère le Conseil de conférences épiscopales d'Europe affichent leur soutien à la construction européenne : le même Georges Pontier, de pair avec plusieurs de ses confrères déclarait au moment de la crise grecque : « L’inquiétude est vive chez les citoyens grecs autant que dans les autres pays membres. Face à cette situation, l’Église catholique tient à réaffirmer son soutien à la poursuite du processus de construction européenne » (7/07/2015).  Des personnalités éminentes, tels les cardinaux Taurin ou Kaspar ne manquent pas d'afficher le même soutien, même si le Saint-Siège, particulièrement au temps de Jean-Paul II [1], s'est montré bien plus prudent sur ce chapitre. Bien que les attitudes de l'Eglise vis à vis de l'OTAN soient plus mesurées, on n'a jamais entendu dire que l'alignement des Européens sur Washington (inscrite dans le traité de Maastricht, article J4) ait été ouvertement critiqué.

 

Qui est responsable des souffrances des chrétiens d’Orient ?

 

Qui ne voit combien ces prises de positions sont contradictoires avec le soutien aux chrétiens d'Orient ? Il ne suffit pas en effet de leur apporter un soutien par des prières ou des dons, il faut chercher à comprendre ce qui est la cause de leurs souffrances. Or la réponse ne fait aucun doute. Les États-Unis portent certes la responsabilité la plus lourde, par le désordre qu'ils ont mis en Irak à la suite de leur intervention de 2003 (même Donald Tromp le reconnaît), par leur volonté de renverser le régime d'Assad et d'appuyer toutes les révoltes arabes, dont l'issue s'est avérée chaque fois calamiteuse, et surtout par une alliance historique rarement mise en défaut avec les forces les plus rétrogrades de l'islam, celles-là même qui persécutent les chrétiens. Cette alliance est ancienne, elle remonte au moins au pacte passé le 14 février 1945 sur le croiseur Quincy entre Roosevelt et le roi d'Arabie Ibn Séoul lequel était décidé à répandre le wahhabisme (islam rigoriste) à travers le monde. Elle ne s'est jamais démentie depuis sauf dans l’émoi qui a suivi le 11 septembre, mais qui a abouti à faire la guerre à un État qui précisément était un obstacle à l’islamisme, l'Irak de Saddam Hussein.

Le fait nouveau est que l'Union européenne et ses principaux États membres, au premier chef la France, l'Angleterre et l'Allemagne, ont épousé totalement cette politique depuis 2010 au point de faire de la surenchère. Le résultat est que les trois pays cités ont fourni des armes et de l’entraînement militaire à ceux qui exterminaient les chrétiens d'Orient, principalement les rebelles islamistes en Irak et en Syrie. Cette politique n'a jamais rencontré le moindre obstacle du côté de l’Europe institutionnelle : Commission, Parlement, bien au contraire. Les réfugiés qui affluent de Syrie sont non seulement victimes de la guerre mais aussi dans une situation économique catastrophique. Une des raisons de cette situation est l'embargo décrété par l'Union européenne dès le 10 mai 2011 qui vise en théorie le gouvernement syrien et, de fait, la population syrienne dans son ensemble. L'horreur est dépassée quand on sait que cet embargo, encore renforcé le 6 mars 2015, a pour conséquence d'interdire tout acheminement de médicaments pourtant si nécessaires au blessé et aux enfants qui souffrent de la guerre. On n'a pas entendu dire qu'aucun des éminences qui s'émeuvent du sort des chrétiens d'Orient aient élevé la voix pour demander la levée de ces sanctions.

Au passif de l'Union européenne, comment ne pas mettre les lâches complaisances vis à vis de la Turquie, candidate officielle à une adhésion que Bruxelles soutient ardemment, inondée de subventions et pourtant le principal boutefeu du Proche-Orient et de l'Europe ?  Boutefeu à la fois par son aide à Daesh (de la manière la plus efficace puisqu’elle permet le transit de milliers de volontaires qui vont rejoindre ses rangs, et qu'il suffirait d’arrêter pour arrêter la guerre) et par l'envoi délibéré de centaines milliers de réfugiés vers l’Europe ?  

La seule puissance qui aide militairement les chrétiens d’Orient en combattant ceux qui les exterminent est aujourd’hui la Russie.  Jean-Luc Mélenchon est un des rares hommes politiques français à le reconnaître et ainsi, de facto, un des rares vrais soutiens des chrétiens d'Orient ! Pourtant l’Europe institutionnelle a, au cours des dernières années, multiplié les signes d'hostilité à l' égard de la Russie allant jusqu'à lui imposer , à elle aussi,  des sanctions : un homme aussi pondéré que l'ancien chancelier  Helmut Schmidt, social-démocrate et protestant,  soulignait peu avant sa mort  combien était historiquement absurde le dessein de la Commission européenne de vouloir, avec les encouragements en sous-main des États-Unis, pousser les limites de l'Union - et par là de l'OTAN -  jusqu'à l'Ukraine[2]. Il n'hésitait pas à dire que l’incompétence et la mégalomanie des commissaires faisait courir le risque d'une nouvelle guerre mondiale. C'est le même alignement qui a conduit à alimenter la guerre au    Proche-Orient et à mettre les chrétiens victimes de l'islamisme dans le camp ennemi de l'Europe officielle, celui que soutient la Russie. En rencontrant le patriarche de Moscou Cyrille à La Havane, le pape François a montré qu'il ne faisait pas siens ces antagonismes, mais il s'en faut de beaucoup que toutes ses ouailles en aient tiré les conséquences.  De fait l'Europe est aujourd’hui dans le camp opposé aux chrétiens d'Orient. Un évêque français[3] est allé jusqu'au bout de cette logique en attaquant publiquement le patriarche melkite catholique de Syrie pour son soutien au régime d'Assad, lui suggérant même de manifester plus de compréhension envers les islamistes, une déclaration que l'on peut juger assez honteuse quand on sait ce que souffrent au quotidien, de la part de ces islamistes, les évêques, prêtres et fidèles du patriarche :  enlèvements, massacres, exil. Le prélat en cause ne faisait que s’aligner sur les positions de l'OTAN qui sont aujourd'hui, en ce début du XXe siècle, l'aune du politiquement correct international. Le silence de ses confrères signifiait-il la gêne ou l'acquiescement ? On aurait aimé le savoir.

 

Une logique intrinsèque au projet européen

 

Toutefois l’action de l'Europe au Proche-Orient ne résulte pas seulement de la tutelle de fait qu'exercent les États-Unis sur ses gouvernements ; elle découle de manière intrinsèque de la logique européenne elle-même. Faute d'un intérêt commun clair, les institutions de l'Union européenne ont défini leur politique étrangère en fonction de grands principes : extension d'un certain modèle démocratique, des droits de l’homme etc.  Prétentions largement mensongères quand elles conduisent ces institutions à qualifier en Ukraine de dictature un régime issu du suffrage universel et de démocratique son renversement à la suite d'un coup d'État (c'est le mot qu'emploie Valéry Giscard d'Estaing pour qualifier les fameux événements de la place Maidan de février 2014).  Dès lors que la politique d'un État ou d'un ensemble d’États est conduite par des idées universelles, elle les fonde à s'étendre sans limites dans le monde et les prédispose à habiller ainsi une forme ou une autre d’impérialisme.  C'est cela qui est au fondement des ingérences européennes, prétendues humanitaires, dont on a vu le caractère désastreux en Yougoslavie : 20 000 civils victimes de la guerre de 1999 et en Lybie : pas moins de 160 000 civils morts lors de l'intervention occidentale de 2011[4]. Il faut le savoir : quand des pays du Tiers monde essuient aujourd’hui, de la part des instances européennes ou d’autres, des critiques un peu insistantes en matière de démocratie et de droits de l'homme, ils entendent des bruits de botte qui laissent présager une intervention militaire et   des milliers de victimes.

Certains diront que l'entreprise européenne était fondamentalement bonne mais qu'elle est aujourd'hui affectée de dérives fâcheuses mais passagères et que les choses devraient rentrer dans l'ordre. C'est oublier que l’assujettissement à l'OTAN était dès le départ, dès la constitution de la CECA, au principe de la construction européenne :  c'était en tous les cas ainsi que le voyait un Jean Monnet, dont la proximité avec les milieux américains n'est plus à démontrer et dont le pieux Robert Schumann ne fut jamais que le prête nom. Encore cet assujettissement pouvait-il se justifier au temps où la guerre froide était dans sa phase la plus aiguë. Beaucoup moins nécessaire maintenant que le communisme s'est effondré en Europe, elle n'en est pas moins plus étroite que jamais et conduit à cautionner, voire à participer directement à des politiques criminelles entrainant des guerres terriblement cruelles pour les peuples concernés, et spécialement pour les chrétiens d'Orient.  La rancœur de ces dernières vis à vis de l'Europe en général et de la France en particulier est bien connue de tous ceux qui tentent de rattraper ces immenses lâchetés en allant à leur rencontre.

N'hésitons pas à le dire : les grands pays occidentaux, la plupart des Européens et les institutions européennes de Bruxelles avec eux se sont déshonorés dans leur action au Proche-Orient au cours des dernières années. Pour aider sérieusement les chrétiens d'Orient, les Européens de l'Ouest doivent recouvrer leur liberté, ce qui ne se fera pas dans le cadre institutionnel actuel. Loin de connaître une dérive, l'Union européenne telle qu'elle se construit depuis un demi-siècle a révélé sa nature d’entreprise idéologique et par là potentiellement criminelle. Il est politiquement incorrect de regarder la vérité en face. Tous ceux qui, voulant rester du côté de la bien-pensance, se taisent sur ces sujets sensibles tout en se prétendent   solidaires de leurs frères d'Orient, font preuve d'une grave inconséquence.

                                                                      

                                                           Roland HUREAUX    

 

 

 

 

 

 

 

[1] De même les évêques de Pologne ont pris récemment leurs distances vis à vis des institutions européennes.

[2] Bild, 16 mai 2015

[3] Radio Notre-Dame, 11 septembre 2013

[4] Chiffre donné par la Croix rouge

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 22:56

UN TERRORISME NI BARBARE, NI AVEUGLE, NI INCOMPREHENSIBLE

 

Le souci de se trouver en phase avec des évènements liés au terrorisme, qui ont stupéfié beaucoup de nos compatriotes, doit-il conduire à une escalade de qualificatifs emphatiques qui n'ont pas le seul inconvénient de la répétition, voire de la trivialité, mais aussi celui d’induire en erreur sur la véritable nature du phénomène en cause ?

 

Ni barbare

 

A peu près tous les éditoriaux nous ont dit ainsi   que les attentats de Nice et de Saint Nicolas du Rouvray étaient « barbares ». Pitié pour les barbares qui méritent mieux que ça !  Au moins ceux de l'Antiquité, les vrais.  Le mot signifiait pour les Grecs, des hommes qui balbutiaient, c'est-à-dire   qu'ils ne parlaient pas le grec, ni plus tard le latin.  Aux Ve et VIe siècle de notre ère, ces hommes, Germains ou Asiates, venus du Nord et de l’Est, se sont jetés sur l'Empire romain moribond parce que, refroidissement climatique oblige, ils n’arrivaient plus à vivre chez eux. Ils en ont alors occupé la partie occidentale. Mais quand ces barbares   se jetaient sur une ville, il ne ne se livraient pas à des violences gratuites, ils pillaient les biens (le vase de Soissons !), ils violaient les femmes et même ils s’appropriaient les terres.  Rien qui, d'une certaine manière, ne sorte des bornes de la nature humaine ordinaire.

II est vrai que côté Sud, au VIIe siècles sont venus d'autres barbares, les Arabes du désert, dont les motivations de base n'étaient guère différentes mais qui en avaient une de plus : répandre l'islam. La fureur des combats passés, ils imposaient aux adeptes des religions vaincues le statut de d’imamis, c'est à dire de protégés et les contraignaient à payer un impôt spécial. Très vite, le zèle religieux se refroidissant, beaucoup de ces nouveaux maîtres ont préféré freiner la conversion des   peuples conquis pour préserver les rentrées fiscales.

 

Ni aveugle

 

On nous dit aussi que le terrorisme est "aveugle". Il est vrai qu’il suppose des dommages collatéraux importants. Ainsi   à   Nice près du tiers des victimes de la promenade des Anglais étaye, dit-on, des musulmans. Les dommages collatéraux, frappant la population civile, les Occidentaux connaissent :     20 000 civils en Yougoslavie, 500 000 en Irak, 160 000 en Libye. Les terroristes n'ont pas été les seuls à frapper en aveugles. Pourtant les terroristes - ou leurs commanditaires - ont visé chaque fois des cibles hautement significatives : un journal jugé blasphémateur (Charlie), un lieu d'amusement populaire jugé satanique (le Bataclan), la République elle-même (le 14 juillet à Nice) puis l’Eglise catholique. Le terrorisme est, on le voit, tout   sauf aveugle.

Il est vrai qu'on nous dit généralement que le meurtrier est   un forcené, un déséquilibré, quitte à se raviser ensuite. Les forcenés, les vrais, oui, sont aveugles mais la vague de terrorisme que nous connaissons aujourd'hui n'est pas, pour l’essentiel, le fait de forcenés.

 

Par-delà la haine, l'idéologie   

 

Autre lieu commun : les tueurs seraient mus par la haine la plus absolue. Nous n'avons pas eu leurs confidences puisqu’ils sont généralement morts dans les attentats. Mais depuis l'attentat de Sarajevo (1914), l'Europe a déjà une longue expérience du terrorisme.  Invoquer la haine exacerbée, c'est oublier que la plupart des meurtriers auxquels nous avons affaire ne sont que des exécutants qui se sont engagés pur une cause et ont promis d'obéir aux ordres quels qu’ils soient, même au prix du sacrifice de leur vie. Rien ne dit que les tueurs de Saint Etienne du Rouvray n’avaient pas au fond d'eux-mêmes horreur   de tuer un prêtre ou un vieillard. Derrière, se trouvent des commanditaires mus par une idéologie : le dessein de tuer est pour ceux-ci le terme d'une chaîne de raisonnement logique, trop logique, dont on connait les prémisses :  il y a une lutte morte entre l'islam et ce qui n’est pas l'islam. Gagneront ceux qui n'auront pas peur de tuer. Choisissons donc les cibles qui auront le maximum de retentissement. S'il y a sans doute de la haine dans cette démarche à caractère idéologique, les prémisses en sont d’abord de mauvaises idées

L'idéologie, c'est deux   choses : d'abord une   vision simplifiée du réel qui pose les prémisses d’un raisonnement fou, mais d'un raisonnement quand même    logique, ensuite la maîtrise d'un pouvoir, pouvoir d'Etat ou pouvoir sur une organisation. Hors du pouvoir, les idéologues ne sont que de doux rêveurs. Au pouvoir, ils sont le plus dangereux des hommes.

Plus que de haine, il faudrait parler de possession, dans la mesure où ceux qui entrent dans la logique idéologique, généralement terroriste, sont tenus par cette chaine de raisons à laquelle ils ne voient pas d’échappatoire.  Prisonniers d'une certaine conception du monde, ils n’y voient généralement pas d'alternative sauf à changer complètement leur vision, à se convertir ou reconvertir.

 

Rien d'incompréhensible

 

Il est dès lors absurde de dire que le terrorisme est "incompréhensible". Le mécanisme idéologique tel que nous venons de le décrire n'est pas nouveau : à l’œuvre depuis longtemps, il explique en grande partie les crimes qui ont eu lieu dans les régimes totalitaires du XXe siècle lesquels dépassent largement ceux terrorisme : 40 millions de victimes en Union soviétique, 80 millions en Chine, 50 pour l'Allemagne nazie (en incluant la guerre qu’elle a provoqué) etc.

Dans tous les cas, il est faux d'imaginer que ces crimes ont été commis par des assassins mus par une haine exacerbée, comme le serait celle d’un mari jaloux ou d’un homme voulant se venger d'une offense.    Ce genre de haine reste, elle aussi, dans l’ordre de la nature. Le crime idéologique est, lui, le produit d'une mécanique froide dont il n'est pas exclu que chacun de maillons déteste ce qu'il fait. Il y a des crimes individuels qui partent des tripes. Les grands crimes historiques, eux, partent d’abord d’idées folles.  Haine ou racisme au départ, certes, mais que le mécanisme idéologique élève à la puissance x.   

Comment ont germé ces idées folles, est une autre histoire.  Mais n'oublions pas que le plus grand des péchés est l'orgueil, qui peut échauffer l'esprit hors de toute mesure.

La société ne survivra pas s’il n'y a pas des hommes et des femmes lucides, gardant en toutes circonstances une froide capacité d'analyse, pour      tenter de maitriser l'irrationalité apparente des évènements.  La première chose que nous devons aux victimes de ces crimes atroces (pour le coup l'épithète est justifiée mais elle ne prétend à aucune fonction explicative) est de comprendre, pas pour être "compréhensif " naturellement, mais comprendre pour combatte, combattre pour mettre un terme à ce qui s’apparente à une grave maladie intellectuelle peut-être propre à la modernité.

 

                                                           Roland HUREAUX

 

 

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 22:55

 

POUR UNE EUROPE A GEOMETRIE VARIABLE

 

Publié dans Liberté politique   

 

Qui ne comprend les angoisses des partisans de l'Europe de Bruxelles quand ils ont pris connaissance des déclarations de Donald Trump dans le Times du 17 janvier dernier[1], où il   affirme que "Le Brexit va s’avérer une grande chose », que "l'Union européenne   est basiquement un véhicule de l'Allemagne « et même que "l'OTAN est obsolète".

Les réactions crispées de Merkel " Les Européens ont leur destin en mains" et de Hollande qui lui fait écho, cachent mal un profond désarroi. Depuis son commencement, après la dernière guerre, l'entreprise dite de "construction européenne" avait reçu presque toujours l’appui des Etats-Unis. Que peut être encore son avenir si cet appui vient à lui manquer ?

 

Aux origines de la construction européenne : le rôle du général de Gaulle

 

Sans doute n'va-t-il pas toujours été aussi total que ce que François Asselin eau ou d’autres disent mais il est fondamental.

La Déclaration Schuman du 9 mai 1950   avait été préparée par Jean Monnet en liaison avec l'Ambassade des Etats-Unis. Ce qui   montre au passage que l'inspiration démocrate-chrétienne de la constriction européenne est largement une légende : Schuman a signé ce qu'on lui a présenté, Adenauer et De Gasperi, vrais patriotes, songeaient d’abord à remettre leurs pays, vaincus, dans le concert international.  L'inspiration social-démocrate de la construction européenne à ses débuts : Paul-Henri Spaak, Guy Mollet, Monnet lui-même, est au moins aussi décisive. 

Les premières initiatives, la CECA (1951) et la CED (1952), ont été prises en conformité avec la volonté expresse des Américains ; pas plus que   l'Euratom (1956), elles n’ont eu de suite durable.

Seul le traité de Rome (1957) n’a pas eu l'entier appui de Washington :    instituant une union douanière et un marché commun agricole solidement protégés il ne pouvait pas convenir vraiment aux intérêts américains : d'ailleurs, Jean Monnet, fidèle interprète de ceux-ci, le bouda.

C'est peut-être la raison pour laquelle le général de Gaulle, revenu au pouvoir en 1958, qui n'avait pourtant pas été enthousiaste de cette initiative, poussa très fort pour que le traité soit appliqué, en particulier dans   son volet agricole, alors très favorable aux intérêts français. Or c'est le marché commun agricole (la fameuse Politique agricole commune, première manière), et lui seul, qui est à la base des institutions actuelles. Certes le plan Fouché qui exprimait la vision européenne du général a été refusé par ses partenaires, sur l'instigation de Washington - ou plutôt réduit au seul partenariat franco-allemand.  Il reste que sans l’intervention du général, qui s'est même traduite un moment par la "politique de la chaise vide" (1965-66), ce qui est devenu l’Union européenne aurait fait long feu.

Mais depuis ces commencements l’entreprise européenne a subi une mue.

 

Une mue

 

Ce n'est pas tant l'élargissement qui avait vu passer à partir de 1973 le nombre de membres de 6 à 28   qui constitue cette mue.  Même si  cet élargissement  a renforcé  le pouvoir de la commission  sachant qu' il est plus difficile de s'écarter de  ses  propositions quand on est   nombreux autour de la table et entrainé une politique de développement régional au profit de l'Europe du Sud dont l'euro  a presque entièrement annulé les effets, il   ne nous parait pas aussi décisif qu'on le dit : est-ce d'ailleurs aux Français de regretter  l'extension de l'Union   à des   pays comme  ceux  d'Europe centrale, vieux amis de la France et de civilisation européenne authentique ( Pologne, Roumanie  et même Hongrie et Tchéquie ) ?

Non, ce qui a changé c'est d'abord l'érosion du marché commun, industriel en raison de l'extension du libre-échange mondial sous l'impulsion du GATT et agricole, la politique agricole commune ayant reçu un coup fatal quand Mitterrand céda en 1984 à la vieille exigence des Américains de la faire entrer elle aussi dans la mécanique du GATT. Cela aboutit, d'abord à la réforme de la PAC de 1992 qui en changea complètement le caractère et à l'accord de l'OMC (nouveau nom du GATT) de 1994 qui visait à diluer la PAC dans le marché mondial. De forteresse quelle était au départ, l'Europe communautaire est devenue peu à peu un espace ouvert à tout vent.

Il fallait trouver un nouvel élément fédérateur :  c'est dans la même année charnière 1992 (celle de la réforme de la PAC), que, par le traité de Maastricht, fut instaurée la monnaie unique, entrée en application en 2000.  

 

L'Acte unique : du fédéralisme au centralisme

 

Mais cinq ans avant avait été adoptée, sous l'inspiration de Jacques Delors, une décision peut-être encore plus fondamentale : l'Acte unique de 1987, instaurant non plus un marché commun mais un marché unique, ce qui voulait dire, au-delà de la disparition des barrières douanières, l’unification progressive de toutes les normes de production et des règles professionnelles dans l'ensemble de l’Europe. Le renforcement, jusqu'à l’absurde, de la politique de la concurrence de Bruxelles et le   traité d'Amsterdam (1997), reprenant la Convention de Schengen (1995) instaurant la libre circulation des hommes, en constituaient, de pair avec la monnaie unique, le prolongement, l’objectif final étant un espace européen entièrement homogène.

Tout le monde n’avait   pas saisi sur le moment la portée de l’Acte unique

: cette uniformisation généralisée des règlements économiques ou professionnels transformait un projet fédéral en une entité centralisée   puisque c’est désormais au niveau de Bruxelles que se décide n'importe    quelle norme , y compris   la taille des  bouchons de bouteille ou celle des cages à poule. Ce changement est même  de plus grande portée que l'instauration de la monnaie unique dans la mesure où celle-ci serait facilement réversible alors que le travail normatif qui résulte de l'Acte unique ne le sera sans doute pas.

Dès le départ , l'entreprise européenne avait été comprise  comme  la préparation économique d'une entité qui devait in fine être politique   : un Etat unique , unique entité de droit  international , couvrant l'ensemble du continent.  Unique et unitaire , et non pas  fédéral, comme le  répètent de manière mécanique les "souverainistes"  ( autre mot piégé : le plus sûr moyen de perdre les batailles est de ne pas surveiller son vocabulaire !). Un Etat unitaire de grande envergure, ça s'appelle un empire. Barroso  l'a d'ailleurs dit : l'Union européenne  est  un  "empire non impérial",  cet oxymore désignant ce que Delors appelait de  son côté "un objet politique non identifié".

 

De multiples dysfonctionnements

 

Aujourd’hui, cet édifice est en crise. Une crise qui se manifeste par toute une série de dérives.

D'abord le marché unique a conduit à une interprétation dogmatique des règles de la concurrence. La Commission européenne avait, on s 'en souvient, interdit à Péchiney d'acheter le canadien Alcan mais autorisé Alcan à acheter Péchiney (2003) avec le résultat que l'on sait : la fermeture de la plupart de ses sites en Europe. Ce n’était que l'aspect le plus spectaculaire d'une politique dogmatique ayant pour effet, la corruption aidant, l’affaiblissement industriel de l'Europe.

La même interprétation dogmatique a conduit à imposer à EDF de se scinder en plusieurs   branches : une pour la production d'électricité, une autre pour le transport, une troisième pour la distribution avec de multiples complications et aucun bénéfice pour le consommateur. Mêmes complications à la SNCF.

Le transfert vers Bruxelles d'une grande partie des législations nationales (80 % de la législation économique environ) n'est pas pour rien dans la perte de crédit du personnel politique national qui, comme la noblesse à la fin de l'Ancien régime, donne l’impression de ne plus servir à rien, et plus largement de presque toutes les autorités. Comme Bruxelles n'a pas meilleure réputation, l'Union européenne se traduit ainsi en Europe occidentale par une crise du politique sans précédent.

Conçue pour préserver la paix, l'Union européenne - ou à tout le moins les pays qui la composent -  est   responsable (ou coresponsable avec les Etats-Unis) de deux guerres en Europe : celle de Yougoslavie (1999)   puis celle d'Ukraine (2013). C'est Helmut Schmidt lui-même qui, avant de nous quitter, pointait l'incompétence de l'Union européenne dans l’affaire ukrainienne et sa responsabilité dans la guerre qui a éclaté. La Commission européenne, dit-il, «se mêle trop de politique étrangère, alors que la plupart des commissaires européens la comprennent à peine". Il allait, du fait de ces agissements, jusqu'à évoquer le risque d’une troisième guerre mondiale[2]

Il ne s’agit pas seulement d'incompétence mais d 'impérialisme. Alors qu'un Etat défend ses frontières, un Empire, fondé sur une idéologie et persuadé d'incarner le bien, cherche généralement à s'étendre sans limites : les technocrates de Bruxelles ne comprennent pas pourquoi l'Union européenne n’engloberait pas l'Ukraine. Le prolongement de cette intervention en Ukraine, ce sont   les sanctions économiques prises à l’encontre de la Russie qui ne contriubuent pas peu à l'état de tension existant en Europe.

Dans les guerres du Proche-Orient, certains Etats (France, Royaume-Uni, Allemagne, Pays-Bas, Danemark, Pologne) se sont trouvés   plus engagés que l'Union européenne elle-même. Cela dans le cadre de l'OTAN dont le traité de Maastricht a fait le bras armé de l’Union, aucune décision de celle-ci ne pouvant prévaloir sur une décision prise au sein de l'Alliance. Mais l’Union européenne a contribué directement au chaos syrien en prenant des sanctions très dures à l'encontre des populations de ce pays (dont ne sont exonérés que celles qui sont passées sous contrôle djihadiste).  Des sanctions véritablement criminelles dans la mesure où elles appauvrissent des populations déjà durement frappées par la guerre, provoquant leur exode massif. La complaisance inouïe de l'Union vis-à-vis de la Turquie, pourtant fauteur de trouble infatigable en Syrie et en Irak, est aussi à mettre à son passif.

L'euro est en crise du fait de l'explosion du déséquilibre de balances des paiements internes à la zone et des déficits publics. Pas moins de 20 sommets, mettant en place des mécanismes de plus en plus sophistiqués, ont été organisés entre 2010 et 2015 ; l'euro ne survit   que par la politique inflationniste de la BCE (dite quantitative leasing), sous la conduite de Drag hi, fuite en avant contraire aux statuts. La zone euro, contrainte par une monnaie qui ne convient à vrai dire qu'à l'Allemagne, ne sort pas d'une récession chronique qui se répercute sur l'économie mondiale.

La politique de libre circulation des hommes et de contrôle commun des frontières extérieures communes a révélé sa faiblesse avec la vague migratoire de 2015-2016. Les pays qui appliquent le plus scrupuleusement les règles communautaires de contrôle des frontières externes, comme la Hongrie, sont même stigmatisés par l’Union.

En bref la construction européenne qui avait pour ambition de rendre à l'Europe sa puissance a entrainé son affaiblissement à peu près sur tous les plans.  

 

La sanction d'un projet idéologique

 

Depuis le début, l'Union européenne qui se fondait au départ sur des projets de coopération que nous appellerons naturels comme le marché commun agricole - mise en commun des politiques de soutien des différents états -, avait été parasitée par l'arrière-pensée, présente chez un Monnet, de créer un jour un Etat unique, projet qui présente tous les caractères d'un projet idéologique, fondé sur des idées fausses et simplificatrices.

Idées fausses : celle que les malheurs de l’Europe, notamment les guerres du XXe siècles seraient imputables au fait national, une approche un peu courte car c'est le facteur idéologique et non le facteur national qui a joué le plus grand rôle dans la seconde guerre mondiale et la guerre froide. Il est en outre excessivement sommaire de ramener la riche histoire de l'Europe à son seul côté sombre :  les guerres, le "colonialisme" ou la shoah.  

Simplification : penser que la fusion des trente Etats européens en un seul puisse être en soi une bonne chose est terriblement réductrice, autant que pouvait l’être, dans la doctrine marxiste, l’attribution de tous les malheurs des hommes à la propreté privée et le projet de l'abolir.

Réduisant des réalités complexes à des schémas trop simples, les démarches idéologiques se trouvent naturellement inadaptés à la gestion de ces mêmes réalités. 

Il en résulte deux conséquences que l'on retrouve dans toutes les démarches idéologiques :

 

- les effets pervers : c'est ce que Hayek appelle "la loi des effets contraires au but recherché". Ainsi qu'on l'a vu, au lieu de la prospérité ambitionnée, le marché unique et la monnaie unique, ont amené la récession ; la tentative d'unification politique, au lieu de permette au continent de s'affirmer, a abouti à un   assujettissent sans précédent à la puissance américaine, principalement dans le cadre de l'OTAN, menaçant ainsi la paix ; la libre circulation a conduit à faire des frontières de l'Europe une passoire sans équivalent sur la planète.

 

- le rejet par les peuples, qui sont les victimes directes et les témoins de plus en plus lucides des effets pervers auxquels conduisent des politiques inspirées par l'idéologie : ils sont les premiers à souffrir   de réglementations absurdes, et surtout du chômage, d’une immigration non contrôlée, de l'affaiblissement de l’autorité, résultat du développement continu des instances supranationales.

 

Comme les idéologies s'attirent les unes les autres, la mécanique européenne a appelé en plus de tout cela d'autres idéologies, aujourd'hui confondues dans une même idée de "progrès » : libre-échange universel, antiracisme frénétique et ouverture à l’immigration, théorie du genre, ultra écologisme qui conduit, à coups de directives irréalistes sur l’énergie, à couvrir d'éoliennes le sol européen si riche d'histoire et d’héritages culturels variés. Le problème le plus grave de l’Europe : son effondrement démographique est en revanche tabou car, comme il touche à la famille dont il politiquement incorrect (c’est-à-dire contraire à l’idéologie) de parler.

Chaque fois que les peuples sont consultés par référendum : France et Pays-Bas (2005), Grande Bretagne (2016), ils rejettent l'Union européenne ; les partis anti européens ne cessant de progresser au point d’être au pouvoir ou à ses portes   en Pologne, en Hongrie, en Autriche, aux Pays-Bas, en France. Il en résulte que les partisans de la construction européenne récusent de plus en plus ouvertement la démocratie :  « Il ne saurait y avoir de choix démocratique contre les traités européens»[3] ( Jean-Claude Juncker).

Rien ne témoigne davantage de la fragilité grandissante de l'édifice européen que la dernière crise de l’euro, due aux difficultés de la Grèce (juillet 2015). Un accord à même de permette le maintien de l’euro n’a été trouvé qu'au forceps, à la suite de l'intervention directe dans la négociation, du représentant d'Obama, le secrétaire adjoint au Trésor, venu imposer à une Allemagne réticente de garder à tout prix le Grèce dans la zone euro.  Même si seulement 18 pays sont concernés par la monnaie unique, elle est aujourd’hui la clef de voute du dispositif européen et son éclatement   conduirait   à un ébranlement profond de l'ensemble de l'édifice.

 

Deux chocs : le Brexit, l'élection de Trump

 

C'est   cet édifice fragilisé qui s'est trouvé soumis à deux chocs successifs, tout aussi inattendus l'un que l’autre, au moins par les médias : le Brexit et l’élection de Donald Trump.

Dans les deux cas, c'est le suffrage universel qui s'est exprimé, à l'encontre d'un système médiatique quasi-totalitaire déversant des torrents d'injures sur l’horreur « populiste » que représentaient selon lui   les deux options l'ayant   emporté.

Le propre des édifices idéologiques, on l'a vu avec la fin de l'Union soviétique, est que, comme ans un château de cartes, si un des éléments disparait, c'est tout l'édifice qui s'effondre.  La sortie du Royaume-Uni constitue un démenti à l’idée que la construction européenne s’inscrirait sans retour possible dans le sens de l'histoire.  On comprend par là   l'importance symbolique du Brexit et, de ce fait, le fanatisme que s'est exprimé chez ses opposants   au Royaume-Uni et sur le continent, en même temps que leur amertume qu'il se soit produit, allant jusqu'à la dénégation et le secret espoir d'en annuler les effets par des voies judicaires.   Dans une association normale, on entre et on sort sans que cela provoque de drame, il n’en est pas de même dans un projet idéologique supposé porteur d'une refondation de la condition humaine.

L'Europe connait bien d’autres ébranlements :  associée à la politique étrangère d'Obama, elle est gravement affectée par l’échec cuisant qu’elle vient d’essuyer en Syrie après cinq années d'un absurde soutien aux mouvements djihadistes opposés au régime Assad, les mêmes qui commettent des attentats sur le territoire européen.

L'élection de Trump ne menace pas seulement la construction européenne en raison de l'hostilité que ce dernier a semblé au départ lui témoigner[4] ; elle la menace aussi du fait que le nouveau président   veut se rapprocher avec la Russie, ce qui laisse l’Union comme   orpheline.

 

L'Europe de Bruxelles : un héritage de la guerre froide ?

 

Ce revirement nous fait toucher du doigt une vraie crise existentielle.  A ses origines (1950), la construction européenne était inséparable de la guerre froide : l'appui que lui apporta les Etats-Unis (et aussi le pape Pie XII) était lié à la volonté de consolider le bloc occidental de l’Europe face à la menace communiste.  S'il est vrai que le rideau de fer est tombé en 1990, la politique étrangère américaine, en manque d'ennemis, s'est dépêchée de considérer, de manière absurde, la   Russie chrétienne comme une menace analogue   à celle de l’Union soviétique, voire comme   son pur et simple prolongement.  Les dirigeants de l'Europe occidentale, dépourvus pour la plupart de la moindre vision, se sont dépêchés d'adopter le même point de vue. Dans cette perspective, la construction européenne, élargie aux pays nouvellement émancipés du joug communiste, de l’Estonie à la Bulgarie, conservait sa raison d'être, d'autant que ces pays redoutaient beaucoup la Russie et que   l'OTAN avait été reconnue dans le traité de Maastricht (1992)    comme le prolongement de l'Union européenne.  C'est ainsi que celle-ci en est venue, conformément à la vision géopolitique des think tanks nord-américains pour lesquels il fallait creuser le fossé le plus profond possible   entre l'Europe de l'Ouest et la Russie, à considérer le Russie comme une menace et à s'associer à toutes les gesticulations hostiles à son encontre : appui au régime ukrainien issu du coup d'Etat de 2013, manœuvres militaires dans les pays baltes, sanctions économiques.

Une question se pose à partir de là : quel peut être le sens de cette union si la guerre froide - et son prolongement antirusse -  vient à cesser ?

On mesure par là  le désarroi d'une Union européenne  qui avait lié son sort avec la faction néoconservatrice des Etats-Unis, incarnée par Obama et Hillary Clinton , antirusse hystérique, à la suite de la défaite de celle-ci et de la victoire de Trump lequel a marqué sa volonté d'opérer un rapprochement   positif avec Poutine  Au début de 2017, le conseil européen a décidé de reconduire  les sanctions l 'égard de la Russie , alors même que tout  le monde s'attend à ce que les Etats-Unis les lèvent bientôt , ce qui leur permettra   de prendre les meilleures positions sur le marché russe  au nez et à la barbe des Européens  

Face à ces données radicalement nouvelles : Brexit, retour de la Russie sur la scène internationale, changement de vision aux Etats-Unis, il est urgent de reconfigurer les institutions européennes pour les adapter à la   situation géopolitique qui en résulte. L'Europe doit "ouvrir ses fenêtres" aux partenaires de son environnement proche et sortir d'une opposition frontale entre les "in" et les "out » qui s’avèrerait très vite suicidaire.

 

 

Une réforme indispensable : vers une Europe à la carte  

 

La solution : s'orienter résolument vers un schéma d’Europe à la carte (qui s'applique déjà d'une certaine manière, tous les membres actuels de l'UE n'étant pas dans l’euro) ; remplacer des institutions centrales monolithiques qui, à vouloir concentrer toutes les compétences, pourraient vite devenir un "trou noir », par une "galaxie » d’agences thématiques spécialisées, sur la modèle de l’Agence spatiale européenne ou de l’OCCAR. Les différents sujets d'intérêt européen qui sont aujourd'hui  traités à Bruxelles  pourraient continuer de  l'être , par le même personnel le cas échéant, mais la participation à chacune de ces agences serait "à géométrie variable",  certains membres actuels pouvant s'en retirer et certains pays aujourd'hui à l'extérieur,  comme désormais  le Royaume-Uni, mais aussi  la Russie, la Suisse  et pourquoi pas  la Turquie ou  le Maroc , pouvant adhérer à  l'agence correspondante ou  se joindre à elle pour telle ou telle action. La coopération politique, appuyée sur un secrétariat spécifique, suivrait le même modèle, avec la possibilité d’associer certains pays tiers en fonction de l'ordre du jour.

L'autre solution, aujourd'hui envisagée dans les milieux européens, mène à une impasse. Elle consiste à dire : face aux risques de marginalisation, pour continuer à "peser », l’Union européenne telle qu'elle existe doit serrer les rangs, défendre   très fort l’acquis, s’intégrer si possible davantage.  Concrètement, durcir le Brexit pour punir Londres, maintenir les sanctions envers la Russie, continuer de battre froid Donald Trump au nom des "valeurs » :  droits de l'homme, ouverture de frontières, libre -échange etc.    Ainsi se dessinerait une configuration géopolitique comprenant d'un côté, autour de Merkel, Hollande et Juncker, une sorte de bloc continental, dirigé par l'Allemagne, la France étant désormais dans une position inféodée, et de l’autre, une sorte d’alliance   entre les Etats-Unis, la Russie et le Royaume- Uni. Etonnant clivage pour qui se souvient des "années les plus sombres de notre histoire".  Le plus probable dans un tel schéma est que les Allemands ne seraient plus que la courroie de transmission du nouveau pouvoir intercontinental. On aurait là l'aboutissement paradoxal de soixante années de "construction européenne" : les affaires l’Europe décidées entièrement en dehors d'elle. 

Une Europe à géométrie variable permettrait au contraire, à la fois d'atténuer la rigueur du Brexit et d’éloigner la Russie de la tentation du duopole en la réintroduisant dans quelque chose comme un nouveau « concert européen », de rompre ainsi le front de la mise en tutelle. Même perspective pour la Turquie aujourd'hui contrainte à s'inféoder à Moscou.

Même s'il ne préjuge pas de l'avenir de l'euro avec lequel il n'est pas formellement incompatible, ce schéma obligera les adeptes d’une intégration au sein d'un super-Etat sur le   modèle monnetiste périmant peu à peu les Etats-nations, avec ses frontières, son armée, son drapeau, et pourquoi pas ses timbres, à en faire leur deuil. 

Mais qui ne voit que le modèle de l'Europe bloc contredit le principe de complexité qui est au cœur du génie européen. Comme le dit Jean-Jacques Rosa [5], il s'oppose aux tendances modernes privilégiant, non les constructions monolithiques, mais les   organisations plurielles, souples, interconnectées sans hiérarchie stricte. Ajoutons qu'au moment où la Russie est débarrassée du communisme et les Etats-Unis de cet autre projet mondial qu’était aussi le néo-conservatisme, le monde    s’éloigne, pour le plus grand bien de la paix, des modèles idéologiques du XXe siècle auxquels on peut, même de manière atténuée, assimiler le projet européen de l'après-guerre.

La réorganisation des institutions européennes que nous proposons n’est pas une option. Qui peut croire que l'édifice actuel (ou ce qu'il en reste) pourra se maintenir longtemps en excluant frontalement les deux principaux centres financiers de la planète (New York et Londres) et la première puissance énergétique et militaire du continent ? 

 Si l'Union européenne ne procède pas à une réforme rapide de ses institutions, dont la France pourrait prendre l’initiative, on peut craindre qu'elle ne soit conduite assez vite à une cataclysmique dislocation.

 

                                                           Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

https://www.theguardian.com/us-news/2017/jan/15/trumps-first-uk-post-election-interview-brexit-a-great-thing

 

“You look at the European Union and its Germany. Basically, a vehicle for Germany. That’s why I thought the UK was so smart in getting out,” he told Gove.

 

[1] http://www.thetimes.co.uk/article/full-transcript-of-interview-with-donald-trump-5d39sr09d

 

[2] [2] Entretien - Bild 16 mai 2014

 

[3] Déclaration faite à la suite de la victoire de Syra aux élections de Grèce, 16 janvier 2015

[4] Aux dernières nouvelles, Donald   Trump aurait   évolué : ses dernières déclarations semblent au contraire favorables au maintien de l’Union européenne.

[5] Jean-Jacques Rosa, L'erreur européenne, Grasset.

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Published by Roland HUREAUX
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