Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Roland HUREAUX

MrHureaux

Recherche

Articles Récents

Liens

26 mai 2016 4 26 /05 /mai /2016 14:21

Le profil des trois familles ramenées par le pape François de l'île de Lesbos confirme ce qu'on croyait savoir des réfugiés syriens qui passent de Turquie en Grèce : ils appartiennent surtout à la petite bourgeoisie du Sud de la Syrie : enseignants , artisans, qui seule a les moyens de payer les sommes considérables exigées par les passeurs ( alors qu'il serait si simple de leur permettre d'acheter un billet d'avion d'Istamboul à Berlin , si vraiment les Allemands sont prêts à les recevoir ! ). Deux de ces familles viennent de Damas qui est aujourd'hui relativement sécurisée. Les mafieux qui organisent les transferts vont les chercher , en leur faisant miroiter l'espoir d'une vie meilleure, et les emmènent d'abord vers le Liban , puis du Liban à la Turquie occidentale en bateau ou en avion.

Les scandaleuses sanctions européennes

Il est vrai que la sécurité n'est pas tout : la population syrienne vit dans une pauvreté considérable. A côté de la guerre, la grande cause de cette pauvreté, ce sont les sanctions économiques que l'Union européenne inflige à la Syrie et qui interdisent entre autres d'y envoyer nourriture ou médicaments. Le pape François, à qui vient d'être remis le prix Charlemagne, s'élèvera-t-il contre ce scandale absolu ?

Les réfugiés syriens qui ont quitté le pays de force se trouvent parqués dans des conditions innommables à la frontière de la Turquie et , faute d'avoir les moyens de payer, la plupart ne partent pas.

Le Saint-Siège a fait savoir que s'il n'y avait pas de familles chrétiennes parmi celles qu'il a recueillies, c'est qu'aucune n'avait les papiers en règle. Pour avoir un dossier en règle, il faut passer, au Liban ou en Turquie, par des officines d'interprètes arabes qui, de manière notoire, privilégient les musulmans. Une raison plus compréhensible de l'absence de réfugiés chrétiens serait la crainte d'encourager les départs des chrétiens hors du Proche-Orient partagée par tous les chefs religieux d'Orient et d'Occident. Mais pourquoi dès lors encourager le départ des autres ?

Nous ne reprendrons pas à notre compte les accusations de ceux qui suspectent le Saint-Père de démagogie. Comment pourrait-il faire autrement , compte tenu de ce qu'il est, que d'encourager l'accueil des individus par des individus , ou celui des familles par des familles ?

Ethique de conviction et éthique de responsabilité

Mais il ne s'agit pas seulement de cela : la question est de savoir s'il faut accueillir des populations entières, arrivées en Europe dans des conditions qui sont loin d'être claires. Le jeu d'Erdogan , président de la Turquie, est le plus trouble qui soit : maîtrisant les flux de réfugiés ou assimilés vers l' Europe, il n'a rien fait pour les retenir . Volonté d'islamiser par ce biais le vieux continent européen, qu'il n'a pas cachée en d'autres temps , chantage pour recueillir des milliards ou bien pour obtenir le libre accès des Turcs en Europe ? Le mouvement des migrants , comme le rappelait récemment le roi Abdallah de Jordanie, n'a en tous les cas rien de spontané.

On soupçonne même le président turc de vouloir se servir de cette facilité pour expulser les Kurdes vers l'Europe et la Syrie et les remplacer par les réfugiés syriens de l'Est qui , eux, ne partent pas.

Dès lors , la décision d'accueillir ou de ne pas accueillir ces populations n'est plus de l' ordre de la charité individuelle mais de la décision politique. Elle ne ressortit plus, pour reprendre la célèbre distinction de Max Weber, à l' éthique de conviction, mais à l'éthique de responsabilité. S'il ne s'agissait que de moyens financiers, on pourrait penser que l'Europe a encore les moyens d'accueillir beaucoup de monde malgré le chômage qui y règne presque partout, sauf en Allemagne ; mais il ne s'agit pas que de cela : les chefs d'Etat européens ont-ils le droit de mettre en cause la sécurité de leurs populations : sécurité au quotidien mais aussi, à terme, sécurité de tout le pays, sachant que le multiculturalisme ou le pluralisme religieux, on ne le répètera jamais assez, ont toujours produit, un jour ou l'autre, la guerre civile ( Liban, Bosnie, Ceylan ) ?

Porter un jugement sur ce sujet est l'affaire des chefs d'Etat et de gouvernement et de personne d'autre. Le pape n'a en la matière aucune autorité. Il peut même arriver que des responsables politiques catholiques aient des opinions différentes de la sienne: c'est arrivé souvent dans l'histoire . La très catholique ville de Florence a longtemps fait la guerre à la papauté : Dante s'en fait l'écho. Charles Quint , qui se voulait pourtant le champion de l'Eglise catholique , a laissé sa soldatesque ravager la ville de Rome (1525) . La bataille de La Boyne (1690) oppose le parti protestant d'Angleterre et les catholiques d'Angleterre et d'Irlande soutenus par Louis XIV. Le pape était du côté de protestants et a fait chanter le Te Deum à la basilique Saint-Pierre quand les protestants eurent écrasé les catholiques.

Depuis la Révolution de 1789 , les catholiques de France ont pris l'habitude intellectuellement confortable d'être ultramontains ( ce qui veut dire prendre le parti de la papauté non seulement sur le plan religieux mais aussi sur le plan politique). Au XXe siècle, il s'est trouvé que les causes défendues par la papauté , hostilité au communisme en particulier, coïncidaient avec les intérêts l'Europe occidentale . La question migratoire peut être l'occasion pour les catholiques européens de retrouver en matière politique la saine indépendance d'esprit qui a longtemps fait le génie de l'Europe . Les Polonais et les Hongrois leur montrent l'exemple.

C'est en vain en effet qu' on culpabilise les catholiques , en cette année de la miséricorde, en disant qu'ils manquent de générosité ou qu'ils doivent surmonter leurs peurs. Il est vrai qu'ils ont peur et pas seulement que leurs filles soient violées, ce qui serait après tout légitime pour des pères de famille. Ils ont d'abord peur que l'Europe cesse d'être chrétienne, qu' il lui arrive ce qui est arrivé à l'Asie mineure au cours des siècles : jadis première terre chrétienne, aujourd'hui vidée de ses chrétiens , les massacres de 1916 leur ayant porté le coup final. La population musulmane est en passe d'être majoritaire à Londres et à Bruxelles . Le nouveau maire de Londres est musulman. En prolongeant avec lucidité les courbes actuelles de l'immigration, de la natalité et , il faut bien le dire, de la déchristianisation, c'est toute l'Europe qui le sera à terme plus ou moins rapproché. Sauf miracle sur lequel un homme d'Eglise peut certes miser mais pas un homme d'Etat.

Etre attaché à son pays, à sa patrie, à sa civilisation est le sentiment le plus noble qui soit. Il est aussi le plus puissant : jamais dans l'histoire le sentiment religieux ne l'a emporté sur le sentiment national ou identitaire. Le catholicisme en Pologne ou en Irlande , l'orthodoxie en Russie ou en Serbie, l'islam dans le monde arabe et au Pakistan n'ont eu tant de force , comme l'avait si bien compris Jean Paul II, que parce qu'ils s' identifiaient à la nation. Il est vrai que le chrétien se doit d'être " tout à Dieu" et donc , croit-on, d'être prêt à tout lui sacrifier , y compris sa patrie . Mais sacrifier sa patrie , n'est ce pas cesser d'être ? Et avant d'être chrétien , ne faut-il pas être tout court ? Malgré les Lumières, une partie de l'Europe sent que son identité est inséparable de l'héritage chrétien. L'idée que ce sentiment, parfaitement naturel, le mette en contradiction avec ses pasteurs qui ne verraient là, fort injustement, qu'une forme d'égoïsme, risque de gravement les détourner d'eux.

Roland HUREAUX

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article
26 mai 2016 4 26 /05 /mai /2016 14:19

Paru dans Liberté politique

Que le Saint Père aille dans l'île de Lesbos rencontrer des refugiés - ou simples migrants - du Proche-Orient , qui le lui reprocherait ? N'est-il pas dans son rôle de témoin de la miséricorde ?

Le pape François se veut par là prophète . Etre prophète , c'est dire la vérité, y compris quand elle déplait.

Mais c'est aussi dire toute la vérité.

Il ne suffit pas de reprocher aux Européens leur peu enthousiasme à accueillir ces réfugiés, il faut aussi dire pourquoi il sont là.

Ils sont là parce que l'Occident, Etats-Unis , France, Angleterre, Allemagne et leurs alliés orientaux, Turquie en tête, ont fomenté la guerre depuis de nombreuses années en Irak, en Afghanistan, en Libye, en Syrie, au Yemen et cela avec le monstrueux alibi d'aller y défendre les droits de l'homme - ce explique par parenthèse que les Européens commencent à se méfier des bons sentiments, tant ils ont couvert de crimes au cours des dernières années.

Faut-il laisser à un militant athée, Michel Onfray, le soin de dire haut et fort que les Occidentaux ont tué près de 4 millions de personnes au Proche-Orient depuis 1990 ?

Les réfugiés sont là où ils sont à cause de ces guerres, mais aussi parce que les mafias, principalement turque, organisent leur transit en avion depuis l'Irak et la Syrie , via le Liban, puis, au lieu de leur permettre de continuer en avion - le vol Istamboul-Berlin coûte 170 € - leur font payer 10 000 € par personne pour prendre le bateau, les dites mafias étant notoirement proches du gouvenrment turc.

Si le pape François osait proclamer tout cela, il remplirait de joie et d'espérance les chrétiens d'Orient qui le savent depuis longtemps et instruirait les chrétiens d'Europe qui ne le savent généralement pas . Si le pape François osait dire ce que Mme Merkel n'ose pas dire : l'écrasante responsabilité de M. Erdogan , tant dans le déclenchement et la poursuite des guerres de Syrie que dans le transfert organisé des réfugiés vers l 'Europe, dans un but explicite d'islamisation, il rendrait service à l'Europe aujourd'hui tétanisée par le nouveau sultan . Si les musulmans doivent être tenus pour des hommes comme les autres quand il s'agit de les accueillir, ils sont aussi des hommes comme les autres quand il s'agit de mettre en cause la responsabilité de certains d'entre eux.

Aller jusqu'au bout de son rôle prophétique, c 'est aussi pour François aimer jusqu'au bout les refugiés. Les aimer jusqu'au bout, c'est vouloir pour eux ce qu'il y a de meilleur, le Christ, c'est donc dire qu'ils ont eux aussi le droit de connaître le Christ. C'est rappeler aux épiscopats nationaux qu'ils ont le droit et même le devoir d'évangéliser les migrants. Trop de musulmans que le christianisme intéresse ont le sentiment que les évêques d'Europe, au moins ceux de France , tout en pressant les gouvernements d'ouvrir les portes de leur pays aux musulmans , ne semblent guère pressés de leur ouvrir les portes de leurs églises.

L' exhortation apostolique Laetitia amoris cite la relation synodale qui dit que

L’accompagnement des migrants exige une pastorale spécifique pour les familles en migration, mais aussi pour les membres du foyer familial qui sont demeurés sur leurs lieux d’origine. Cela doit se faire dans le respect de leurs cultures, de la formation religieuse et humaine d’où ils proviennent, de la richesse spirituelle de leurs rites et de leurs traditions, notamment par le biais d’une pastorale spécifique. (ibid.)

Le "respect de cultures", de "la formation religieuse et humaine" , "la richesse spirituelle" supposée des rites et des traditions des migrants signifieraient-il qu'ils n'aient pas à connaître le Christ ? A moins que ce passage ne concerne que les seuls chrétiens d'Orient dont le respect des rites va évidemment de soi ?

La récente vague de migrations a suscité en Europe une immense crise morale dont nous ne connaissons sans doute que le commencement . Ce serait faire injure aux Européens que de tenir leur réticence à accueillir les migrants pour de l'égoïsme.

Dès qu'il s' agit d' accueillir des individus ou des familles isolées, les chrétiens d'Europe sont , n'en doutons pas, plus généreux que quiconque . Mais si l'accueil doit porter sur des populations entières, l'enjeu est tout autre. Ce n'est plus d'égoïsme qu'il s'agit mais d'une immense et douloureuse inquiétude identitaire , le souci de préserver leur identité collective, lequel, quoi qu'on prétende, est un sentiment noble . Comme l'avait montré le pape Jean Paul II, le patriotisme , autre nom du sentiment identitaire, se rapporte au 5e commandement, "Honore ton père et ta mère". Il est le souci de transmettre à ses enfants l'héritage reçu de ses parents et ancêtres, une Europe chrétienne en l'occurrence.

Les Européens, spécialement les catholiques, ont l'inquiétude légitime que leur continent ne bascule dans une autre civilisation, dont ils seraient un jour exclus, comme c' est arrivé au Proche-Orient et à l'Asie mineure.

Cette inquiétude va de pair avec une immense souffrance. Ce serait manquer gravement à la miséricorde que d'ignorer cette souffrance et d'accabler ce peuple en détresse en le taxant d'égoïsme. Là encore , c'est un philosophe juif et athée, Alain Finkielkraut qui a le mieux fait preuve de miséricorde et d'empathie quand il a parlé de l'"identité malheureuse" de nos compatriotes.

Cette identité malheureuse, ce ne sont pas des leçons de morale qui l'apaisera , c'est le sentiment que l'accueil des migrants s'inscrit dans une dynamique d'évangélisation.

En effet, l'inquiétude identitaire des Européens est d'abord due à la déchristianisation et à son corollaire, la dénatalité . Plaie envenimée par les récentes vagues migratoires . Tout ce qui peut rendre cette inquiétude plus aigue ne peut qu'aggraver les réactions de rejet vis à vis des nouveaux venus. D'autant que la condamnation du sentiment identitaire par des autorités d'Eglise semble rejoindre , pour le plus grand désarroi des fidèles, celle de médias généralement hostiles à l'héritage chrétien et acharnés à détruire ce qui reste de la civilisation européenne. Quelle détresse pour un troupeau qui se sent en perdition , d'entendre ses pasteurs tenir le même langage que les loups qui veulent sa mort ! Le même langage que Grorgrs Soros, parrain des fémens.

Le souci de l'identité est non seulement un sentiment noble, valorisé dans toutes les sociétés antiques, en particulier dans les cités grecques mais il est dans l' histoire le plus fondamental qui soit. Les pays d'Europe où l'Eglise catholique a le mieux prospéré sont ceux où elle a pu s' identifier au sentiment national comme la Pologne ou l'Irlande. Elle s'est bien moins enracinée partout ailleurs.

Chaque fois que, dans l'histoire, le sentiment identitaire et le catholicisme se sont trouvés au contraire en contradiction, comme par exemple dans l'Europe du Nord au temps de la Réforme, le sentiment identitaire l'a toujours emporté. Il ne faudrait pas qu'il en aille de même dans l'Europe de demain.

Roland HUREAUX

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article
26 mai 2016 4 26 /05 /mai /2016 14:16

Paru dans Boulevard Voltaire

Dans sa campagne de drague électorale tout azimut, Emmanuel Macron ne se contente pas d'en appeler aux libéraux , laissant entendre qu'en réalité il est des leurs .

Il pousse l'audace jusqu'à faire des clins d'œil à la droite de la droite : ô pas le peuple "populiste" qui a vote FN - il est l'antipopuliste par excellence - , mais , mais la droite bourgeoise catholique, traditionnelle, qui a la nostalgie du Roi et révère Jeanne d'Arc.

Comment ne pas voir là l'imposture absolue ?

Certes il n'y a plus d'évêque Cauchon pour juger du haut de son estrade , en s'appuyant sur la toute puissance de l'occupant anglais , la jeune bergère de Lorraine. Mais il y a pire.

Plus que jamais, la France est sous la botte : pas d'Henri VI roi d'Angleterre , mais de l'OTAN, des réseaux tissés à partir de tout ce qui à Washington à travaille à renforcer l'Empire , ceux qui nous ont embarqués dans une guerre de déshonneur contre les intérêts des chrétiens au Proche-Orient, qui veillent à ce que nous restions sans moufter sous la férule de Bruxelles et acceptions les millions de réfugiés dont leurs alliés turcs organisent l'exode, toutes obligations que l'empereur Obama est venu rappeler dans sa tournée récente en Europe , sans daigner faire étape à Paris. Les mêmes ont obtenu d'un gouvernement servile que, au mépris de la parole de la France, il ne livre pas les Mistral à la Russie. Ils obtiendront bientôt que malgré les réticences d'une majorité de l'opinion publique, notre pays accepte le TTIC ( Partenariat commercial transatlantique). Que Macron soit un des rares hommes politiques français à n'avoir exprimé aucune réserve sur le TTIC est plus qu'un symbole.

Certes, ce ne sont plus les Anglais qui dictent leur loi mais les Américains. C'est bien plus grave, parce que le rapport de forces est plus inégal, mais surtout parce qu'il ne s'agit plus d'une querelle dynastique mais d'une véritable guerre de civilisation. La subversion de la civilisation européenne par le multiculturalisme est en effet dans l'agenda ( comme ils disent) des réservoirs de pensée ( think tanks) de Washington. Et derrière Washington, New York et sa finance dont l'ancien associé-gérant de la Banque Rothschild n'ignore rien de la puissance.

Dans la droite et la gauche "classiques", il est encore quelques personnalités atypiques qui sont à l'écoute du peuple et qui , dans leurs prises de prises de position , se font à l'occasion l'écho de son océanique mécontentement : un Jacques Myard, candidat à la primaire d'UMP, un Jean-Luc Mélenchon et même un Jean Lassalle, tous deux candidats à la présidentielle . Mais ce que les Français rejettent absolument , c'est précisément ce qui se trouve à intersection de la droite et de la gauche. Or c'est précisément de ce lieu que parle Macron. Quand il appelle à Orléans, sous la bannière usurpée de Jeanne, au rassemblement national, Macron ne s'adresse en réalité qu'à ce qu'Alain Minc appelait le "cercle de raison" , cette droite et cette gauche qui jouent depuis longtemps la même partition, celle de l'assujettissement.

Ce n'est plus un tribunal ecclésiastique qui juge, mais c'est bien pire : au nom de la pensée unique occidentale, un tribunal occulte jette ses sentences impitoyables sur tout ce qui conteste le nouvel ordre mondial, tout ce qui par exemple pourrait suggérer que la France, pour rester fidèle à son destin, doit redevenir libre.

Or le même tribunal médiatique , le même tribunal de l'étranger version moderne ce celui qui avait condamné Jeanne au bûcher, a décidé de promouvoir Macron , de le "faire " littéralement.

Neuf avec des idées vieilles

En cas de défaillance, aujourd'hui probable, de Hollande, il fallait aux forces dominantes quelqu'un qui ait l'air neuf : voilà Macron.

Neuf avec des idées vieilles : celles qui dominent et inspirent toutes les politiques gouvernementales en Europe occidentale depuis trente ans, celles que les Français rejettent avec le plus de dégoût, celles qui le font fait souffrir depuis si longtemps.

Et encore faut-il parler d'idées ? Qui peut citer une idée nouvelle que Macron qui prétend apporter du sang neuf à la politique française, aurait versée au débat . Qui peut dire quelle proposition il a jamais faite qui ne soit la "transposition" d'une norme internationale, généralement bruxelloise ?

Les modérés qui ont un faible pour lui vous disent qu'il n'est pas vraiment de gauche. Mais alors que fait-il , comme le rappelait justement Nicolas Sarkozy, dans une équipe qui a instauré le mariage des homosexuels, poursuivi une politique étrangère d'assujettissent à l' l'OTAN, réformé le collège pour accélérer l'oubli de leur propre histoire par les jeunes Français, qui oriente une justice d'une partialité politique sans précédent, qui s'apprête à mettre en place le divorce à 50 € et poursuit , au travers de la réforme des notaires voulue à Bruxelles , le laminage des classe moyennes ? Dans cette oeuvre impitoyable de destruction que mène le gouvernement Valls-Macron, nous n'avons retenu bien entendu que quelques points saillants.

Et que l'on nous explique pourquoi quand Areva vend des actifs à l'EDF, d' entreprise d'Etat à entreprise d'Etat , il faut passer par l'intermédiaire de la banque Rothschild ? Il n'y aurait plus personne de compétent à Bercy pour faire ce genre d'opération .

Pauvre Jeanne, si savez-vous ce que nous sommes devenus ! Ce ne sont plus seulement les Anglais qu'il faut bouter hors de France, c'est bien pire. Et encore : de votre temps chacun jouait sa partition. Aujourd'hui l'imposture est partout et de tous les moyens de l'assujettissement de votre "doulce France", il est le plus redoutable.

Roland HUREAUX

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article
26 mai 2016 4 26 /05 /mai /2016 14:15

Paru dans Causeur

En considérant la tournée quasi-impériale que Barack Obama vient de faire en Europe, comment n'aurait on pas du mal à comprendre les critiques des conservateurs américains à l'encontre de ce président qu'ils tiennent pour responsable de l' affaiblissement de la puissance américaine ?

Impériale, la tournée européenne du président en avait l'allure : venu à Londres dire son hostilité au Brexit, à Berlin plaider en faveur de l'approbation du TTIP ( Partenariat transatlantique pour le commerce et l'investissement) et féliciter Merkel pour son large accueil des migrants , il a chaque fois parlé en maître. On note au passage que l'étape de Paris ne lui a pas paru nécessaire : la France de Hollande ne compte plus: elle est à la botte.

C'est la première fois d'ailleurs que l'actuel président semble s'intéresser autant à l' Europe . Etrange Obama : métis aux allures de patricien qui n'a pas un seul ancêtre esclave[1], descendant par sa mère de Jefferson Davis, président de la Confédération sudiste durant la guerre de sécession, de saint Louis et de Guillaume le conquérant[2], il a semblé longtemps donner la priorité au Pacifique, où il a passé sa jeunesse. L'Amérique commence-t-elle à s'inquiéter de la dislocation possible de l'Europe ?

Pourtant que de griefs chez les conservateurs ! Obama aurait présidé à l'affaiblissement des Etats-Unis, voire l'aurait souhaité, il serait secrètement musulman et par là ennemi de son propre pays.

Sa politique étrangère est en tous les cas bien difficile à suivre. Il a certes fait la paix avec Cuba dont l 'importance stratégique n'est cependant plus ce qu'elle était. Plus décisif : l'accord de Washington avec l'Iran ( 14 juillet 2015) qui fait hurler Israël. Obama a évacué l'Irak comme il l'avait promis mais pas pour y ramener la paix. Il continue à bombarder l'Afghanistan même s'il y a réduit les effectifs . Il n'a pas non plus, contrairement à ses promesses, fermé la prison de Guantanamo.

Ses ennemis conservateurs mettent ces avancées au compte de sa qualité de Prix Nobel de la paix, supposé colombe. Ses soutiens de gauche aussi d'ailleurs.

Un maître de l'ambiguïté

Pourtant que d'entreprises douteuses chez ce maître de l'ambigüité ! A bien le considérer, son passif est lourd : c'est bien le gouvernement Obama qui a présidé , avec le secrétaire d'Etat Hillary Clinton, aux printemps arabes dont nous savons aujourd'hui combien ils ont été manipulés et comment ils ont mal tourné et à la destruction de la Libye, qui a tenté celle de la Syrie en soutenant les rebelles djihadistes (prétendus démocrates) qui combattaient le président Assad, et qui a de manière occulte aidé à la constitution de Daesh au nord d'Irak et dans l'est de la Syrie tout en soutenant les Kurdes. Alimentant les guerres qui sont à leur origine, il a encouragé les migrations de réfugiés vers l'Europe .

Le monde est passé très près de la guerre en août 2013 quand des armes chimiques ont été utilisées dans la banlieue de Damas. Les Etats-Unis étaient prêts à bombarder la Syrie quand Obama a reculé , acceptant la médiation de Poutine. Est-ce le président qui a sauvé la paix ou, comme on le dit aussi, l'état-major qui l'a dissuadé d'attaquer, sachant la capacité de riposte russe ? Il ne pouvait en tous les cas ignorer ce que tout le monde sait aujourd'hui : qu'il s 'agissait d'un coup monté par les rebelles[3].

Plus grave: la présidence Obama coïncide avec la montée des périls en Europe de l'Est : la évènements de la place Maidan à Kiev ( 22 février 2014) furent en réalité, selon l'expression de Valéry Giscard d'Estaing, un "coup d'état de la CIA" contre un président, Victor Ianoukovitch , régulièrement élu mais qui avait le défaut d'être pro-russe au bénéfice d'un pouvoir insurrectionnel pro-américain. La guerre qui a éclaté immédiatement dans l'est de l'Ukraine et la tension qui y demeure forte en sont les conséquences . Nul doute que cette opération n'aurait pas pu être conduite sans le feu vert du Prix Nobel de la paix. L'accord avec l'Iran, qui passe pour une œuvre de paix , n'a-t-il pas pour but principal d'encercler la Russie ?

Même si le remplacement en 2013 d' Hillary Clinton par John Kerry , beaucoup moins belliciste, a permis un certain apaisement, l'OTAN a décidé début 1996, d'augmenter sensiblement sa présence militaire en Europe de l'Est et , tout en appelant à une large coalition contre Daesh, le président Obama poursuit en sous-main la fourniture d'armes sinon à Daesh, qu'il avait aidé à ses débuts, du moins à d'autres mouvements djihadistes, avec la volonté délibérée de ne pas permettre aux Russes de parvenir à une victoire totale, seul moyen de rétablir la paix dans ce malheureux pays.

La méthode qui consiste à dresser chaque semaine une liste de personnes à exécuter sans procès aux quatre coins du monde , Ben Laden ayant été la victime la plus spectaculaire, est devenue d'usage courant à la Maison blanche sous Obama.

L'Amérique paye le prix de ses équivoques

Les conservateurs ont cependant raison de dénoncer une perte de prestige des Etats-Unis , au Proche-Orient et dans le monde. Mais cette perte de prestige n'est-elle pas due précisément à ces méthodes qu'il faut bien appeler hypocrites ?

L'Amérique d'Obama joue sur presque tous les fronts un double jeu : elle appelle le monde musulman à la démocratie et soutient les Frères musulmans , elle organise des coalitions contre le djihadisme et l'arme en secret, elle s'entend avec l'Iran tout en prétendant continuer de soutenir Israël et l'Arabie saoudite, elle soutient les Turcs et les Kurdes, elle s'entend directement avec Moscou tout en soufflant sur les braises, o combien dangereuses, de Europe de l'Est, elle pousse les Européens à sanctionner les Russes tout en développant son commerce avec eux .

On dit que la faiblesse d'Obama a ouvert les portes du Proche-Orient à Poutine. Mais n'est-ce pas plutôt ce double jeu qui, en faisant du Proche-Orient un vaste brasier, a rendu nécessaire l'intervention d'une puissance tierce dont beaucoup attendent qu'elle ramène la paix sur la seule base réaliste : la victoire unilatérale sur les islamistes et donc le maintien d'Assad ? Les Russes ont-ils fait autre chose que de prendre au mot, presque seuls, l'appel l'Obama à une coalition contre Daesh en août 2015 pour revenir en toute légalité sur la scène du Proche-Orient.

Un Empire a beaucoup d'inconvénients pour les peuples épris de liberté mais à tout le moins attend-t-on de lui qu'il préserve la paix : pax romana jadis, pax americana hier. C'est là sa légitimité. Pour cela l'Empire doit parler haut et clair, style Trump si l'on veut . Avec l'Amérique d 'Obama, on est loin du compte.

N'excluons certes pas les contractions apparentes de la politique américaine soient dus à des tirages entre ses services: la rumeur d'actions divergentes sur le terrain entre l'U.S. Army d'un côté, la CIA de l'autre, dans le Nord de l'Irak n'est peut-être pas infondée. Ce serait dès lors, non le double jeu mais une authentique faiblesse de l'exécutif qu'il faudrait mettre en cause.

Quoi qu'il en soit , le résultat est le même: à l'encontre des schémas simplistes qui opposent sommairement faucons et colombes, Barack Obama a montré que par la combinaison de ce qui est peut-être en effet une faiblesse et sûrement d'un double jeu presque systématique, une politique trop sophistiquée pouvait constituer une véritable menace pour la paix.

Roland HUREAUX

[1] Obama descend par son père d'une lignée de chefs est-africains et par sa mère de l' aristocratie sudiste.

[2] http://www.capedia.fr/

[3] Deux études indépendantes vont dans ce sens : https://www.rt.com/news/study-challenges-syria-chemical-attack-681/ et http://www.comite-valmy.org/spip.php?article6837

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article
26 mai 2016 4 26 /05 /mai /2016 14:14

Pas de semaine sans qu'un organe de presse ne mette en vedette Emmanuel Macron, ministre de l'économie et des finances, lequel se tient parmi les premiers des classements de popularité, suivis de près en ces temps de pré-élection présidentielle.

Pour alimenter un peu plus la chronique, il vient de lancer un parti : "En avant" qui aurait déjà 13 000 adhérents.

Que cela agace prodigieusement ses collègues du gouvernement, et d'abord Manuel Valls ne fait pas de doute. Les socialistes de gauche sont, eux, furieux de la montée de ce traître qui n'est même pas social.

Il reste que Macron est aujourd’hui la coqueluche d'une partie de l'opinion : socialistes modérés qui comptent sur sa popularité pour échapper au désastre annoncé di PS , patronat (M.Gattaz ne tarit pas d'éloges), centristes, hommes de la droite modérée qui veulent montrer qu'ils ont l'esprit large en ralliant un ministre de Hollande.

Or rarement on a vu un emballement aussi illusoire.

Un emballement illusoire

Il tient certes pour une part à la popularité artificielle de ceux qui sont aux lisières de la droite et de la gauche et recueillent des suffrages des deux bords: Simone Veil, Bernard Kouchner, Jean-Louis Borloo en profitèrent sans que cela ait eu jamais le moindre débouché politique.

Il plait certes à la droite. Il en gagnerait même, dit-on, la primaire ! Il est vrai qu'il fut le rédacteur du rapport Attali, commandé par Sarkozy , où la Grèce était présentée comme un modèle de bonne gestion...

Tout enflé de termes comme élan, audace, réformes radicales, levée des blocages dont il précise rarement le contenu, son discours peut illusionner. Mais espère-t-il vraiment conquérir le peuple en promettant plus d'Europe, au moment où Anglais et Néerlandais songent à quitter le navire ? Il ne s'est jamais présenté à une élection, cela se voit.

Par derrière ce succès, une idée aussi répandue que fallacieuse : si les choses vont si mal, c'est que la droite et la gauche se chamaillent. Qu'elles s’endentent donc pour nous faire une bonne politique. Mais pourquoi espérer qu'une droite et une gauche qui n'ont pas résolu les problèmes le feraient mieux ensemble que séparément ? Cela marque les limites d'une opération comme celle de Raffarin qui se dit d'accord à 99 % avec Macron[1] et qui rêve d' un plan UMP-PS contre le chômage !

On peut aller plus loin : ce que le peuple refuse avec le plus de véhémence, sans toujours s'en rendre compte, c'est précisément ce qui constitue la zone de recouvrement de l'UMP et du PS : alignement sur l'Europe jusqu'à l'oubli des intérêts français , mondialisation "heureuse", rigueur budgétaire supposée, politiquement correct à tous les étages. Les sujets consensuels sont, à y regarder de près, les plus inquiétants. On se rapprocherait davantage des aspirations populaires avec les franges des grands partis qui précisément ne se recouvrent pas : la droite populaire et Dupont-Aignan[2] d'un côté, Mélenchon de l'autre, ouverts à des thèmes comme la remise en cause du libéralisme ou de l'Alliance atlantique, le souci de tempérer le mondialisme et de protéger les travailleurs français. Il y a une droite populaire, une gauche populaire, mais guère de centre populaire , en dehors du singulier et sympathique Jean Lassalle, l'antithèse absolue de Macron.

Comment s'étonner, au vu de ce positionnement, de la pauvreté des propositions de Macron ? Il a récemment fait un tabac en disant qu'il fallait rémunérer les fonctionnaires aux résultats ; il devait pourtant savoir qu'une grande loi a été votée en 2001, celle que les technocrates comme lui appellent la LOLF (Loi organique sur les lois des finances) qui prévoit précisément cela. En dix ans d'application, elle a montré toute sa nocivité : difficulté de trouver de bons indicateurs de résultats, tricheries, découragement et démobilisation sans précédent des services.

L' action d'Emmanuel Macron est de la même eau. La loi pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques dite loi Macron du 6 août 2015 n'est pas inutile ; avec ses 316 pages, contribue-t-elle vraiment à simplifier notre législation ? A vrai dire, dans ce qu'elle a d'utile, elle est essentiellement une loi administrative : notre législation est devenue tellement compliquée qu'il y a toujours à la marge des améliorations techniques à y apporter. C'est le cas en matière d'urbanisme, de permis de conduire, ou d'épargne salariale. Mais elle a aussi une dimension idéologique : ouverture des magasins le dimanche (pour un pouvoir d'achat en stagnation), tentative de libéraliser le statut des notaires, volonté d'ouvrir grand le transport ferroviaire à la concurrence de la route au risque d'affaiblir la SNCF - ce qui réjouit une certaine droite hostile au rail , plus par réflexes que par réflexion, mais quelle vision stratégique derrière, sinon d'américaniser un peu plus notre territoire entre un rail étiolé et des lignes de type Greyhound ?

Bien que le projet de loi El Khomri soit dans sa ligne politique, Macron l'a critiqué pour son manque d'audace avant de faire machine arrière devant la montée de la protestation. Ce projet est inspiré par une vision libérale du marché du travail où, mondialisation oblige, les garanties des salariés doivent céder la place à la flexibilité. C'est la politique de l'offre. L'emploi s'en portera-t-il mieux ? Ne dépend-t-il pas davantage des variables macroéconomiques que de la fluidité de la main d’œuvre ?

Des idées stéréotypées

Ce qui frappe dans les idées de Macron, dans la prétendue audace de Macron, c'est leur caractère stéréotypé à l'image de son profil de bande dessinée : sa première source d'inspiration est le rapport Rueff-Armand de 1958 qui préconisait de faire sauter tous les obstacles à la concurrence existant dans la société française (taxis, professions réglementées, pharmacies etc.) par l'application mécanique des principes du libéralisme pur et dur . Si une grande partie de ces dispositions n'a jamais été appliquée, c 'est peut-être qu'il y avait à cela de bonnes raisons. Cela n'a pas empêché les trente glorieuses. Mais pour deux générations d'énarques, déplorer le manque de courage des gouvernements français à appliquer ces recommandations a été le sésame des premières places. Il ne fallait pas être très intelligent pour cela. Manque de courage ou sens des réalités ?

Là où un pouvoir national pourrait tempérer l'esprit de système au contact du réel , rien n'arrête l'Europe de Bruxelles. L'autre source d'inspiration de Macron, dont l’orientation idéologique est analogue, ce sont les directives européennes . Là aussi il ne faut pas être très subtil pour transposer de manière systématique, voire bestiale, ces directives en droit français. Notre administration ayant cessé d'être indépendante, a aussi cessé de réfléchir. Quand un haut fonctionnaire doit préparer un projet de loi, il ne cherche plus les meilleures solutions, il "transpose".

Comme le rapport Rueff, le droit européen issu de l'Acte unique de 1987 prescrivant l'uniformisation de toutes les normes de tous les pays européens, obéit à un principe simple : la loi de la libre concurrence entendue sans aucune nuance. Mais sournoisement, elle répond aussi à un projet de gommer les spécificités européennes ou françaises : entreprises publiques puissantes, labels de qualité, poids historique des classes moyennes (leur laminage au nom de la lutte contre le corporatisme va de pair avec leur écrasement fiscal).

L'introduction de méthodes managériales dans la fonction publique, prônée par Macron - et comme on le sait, déjà introduites - , suit les mêmes modes européennes, relais de l’idéologie mondialiste pour qui tout ce qu'a de spécifique la sphère publique est obsolète.

L'inspiration de Macron est idéologique, c'est à dire simpliste. Toute idéologie part de la simplification du réel . Cette idéologie est à l’œuvre quand il s'engage, plus que tout autre dirigeant français, pour dissuader la Grande-Bretagne de sortir de l'Union européenne, la menaçant de manière assez grossière d'ouvrir la porte aux migrants.

Nul doute qu'il est favorable au TAFTA voulu par les Américains pour les Américains, passivement négocié par Bruxelles et qui aboutira à subordonner la législation des États à des arbitrages habituellement réservés au droit privé sans doute pour en finir avec la démocratie.

Cette idéologie n'avait pas attendu que Macron soit ministre de l’Économie, pour marquer la France de son empreinte et, point par point, on pourrait démontrer qu' à peu près tout ce que rejettent les Français résulte des politiques qu'elle inspire : chamboulement du cadre administratif, délocalisations, désindustrialisation, crise de l'éducation nationale, dépérissement d'une partie de notre agriculture, ouverture sans limites des frontières, insécurité croissante de l'emploi.

Mais qui incarne mieux tout cela que Macron, issu du sérail le plus classique : l'ENA, le prestigieux corps de l’Inspection des finances qui a inspiré à peu près toutes les réformes depuis trente ans, avec le succès que l'on sait ? Ajoutons y la haute banque pour pénétrer le saint du saint de ce que les Français rejettent.

Dans une France gravement en perte de repères et de ressort, Macron, jeune avec des idées vieilles, est, de manière emblématique, et même caricaturale celui dont il ne faut rien attendre. La popularité transitoire d'un tel personnage représente l'illusion parfaite.

Roland HUREAUX

[1] La Croix, 31/03/2016

[2] Pour ne pas parler de Marine Le Pen qui ne fait pas partie de ce cercle

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article
26 mai 2016 4 26 /05 /mai /2016 14:12

Paru dans Atlantico

Une polémique grotesque a opposé, il a quelques jours, le journaliste-écrivain algérien Kamel Daoud, auteur d'une chronique dans le Monde du 31 janvier intitulée « Cologne, lieu de fantasmes » et 19 prétendus intellectuels peu connus, qui l'ont accusé, lui l'intellectuel de gauche algérien, de rien moins que d'islamophobie et de racisme, "recyclant, disaient-ils , les clichés orientalistes les plus éculés" , sans nous dire d'ailleurs si ces clichés sont ou ne sont pas fondés, ce qui est tout de même le plus important.

Selon une habitude qui se répand dans notre pays, on agonit d'injures l'adversaire, on l'amalgame, on en fait un raciste (que veut dire au demeurant l'appellation de raciste, inexacte s'agissant d'une religion dont la plus grande majorité des adeptes appartiennent à la race dite "caucasienne" ?), on le réduit ad hitlerum.

L’ignominie dans cette attaque est que, vivant en Algérie et faisant l'objet d'une fatwa des fondamentalistes (à laquelle s'ajoute désormais une fatwa des progressistes ! ), sur le point d'être jugé par un tribunal algérien, Daoud risque sa vie , alors que ceux qui l'injurient, confortablement installés dans l'université française, eux, ne la risquent pas .

La réaction des pétitionnaires nous rappelle le lynchage tout aussi grotesque en 2008 de l'historien Sylvain Gouguenheim, coupable d'avoir découvert que la connaissance d'Aristote dans l'Occident médiéval ne venait pas que des Arabes.

Heureusement, Daoud a trouvé beaucoup de défenseurs, notamment Manuel Valls, pour une fois bien inspiré.

Mais la question n'est pas épuisée quand on a dit que l'écrivain algérien a fait preuve de liberté en dénonçant « Le rapport à la femme (...) nœud gordien de la névrose musulmane qui pourrait expliquer les viols de Cologne (...) La femme est niée, refusée, tuée, voilée, enfermée ou possédée. Cela dénote un rapport trouble à l’imaginaire, au désir de vivre , à la création et à la liberté. » Il conseille aux Occidentaux : « Il faut offrir l’asile au corps mais aussi convaincre l’âme de changer . » Et pour la changer, l' éduquer.

Le même Daoud avait cru d'ailleurs bon de donner en introduction quelques gages en disant d'entrée que le « fait » des viols de Cologne en lui-même correspond on ne peut mieux " au jeu d’images que l’Occidental se fait de l’« autre », le réfugié-immigré : angélisme, terreur, réactivation des peurs d’invasions barbares anciennes et base du binôme barbare-civilisé (...) Cela correspond à l’idée que la droite et l’extrême droite ont toujours construite dans les discours contre l’accueil des réfugiés."

Mais les « faits », le journaliste qu'il est le sait, ne se mettent pas entre guillemets. Dans l'espèce, les viols de Cologne et d'ailleurs sont un fait incontestable. Il n'est pas sûr cependant qu'ils viennent, comme beaucoup le suggèrent (le propos de Daoud est plus nuancé), de la libido déchaînée de musulmans que leur civilisation a bridée.

D'abord, le contrôle des pulsions est une nécessité dans le monde musulman comme ailleurs : dans la société traditionnelle, la polygamie et le mariage précoce assortis des menaces terribles qui pesaient sur l'adultère féminin, mais aussi masculin, multipliaient les jeunes gens privés de vie sexuelle, notamment tous ceux qui n'avaient pas assez d'argent pour s'acheter une épouse. Certains spécialistes disent que Mahomet le voulait ainsi pour rendre ces jeunes plus disponibles pour la guerre, mais la guerre (le djihad) n'a duré qu'un siècle. Ensuite, pendant près de dix-sept siècles, les occasions de la faire n'étaient pas si fréquentes ; on ne voit donc pas pourquoi des jeunes gens habitués à se contenir ne l'auraient pas fait aussi en Europe, surtout s'il s'agit de Syriens, un pays où le statut de la femme est supérieur au reste du monde arabe (c'est la raison pour laquelle beaucoup de femmes sunnites préfèrent Bachar el Assad à Daesh ! ).

Un signe de victoire

Pour analyser les faits, il faut plutôt écouter le ministre allemand de la Justice Heiko Maas qui, dès le 6 janvier, annonçait sur la chaîne télévisée ZDF que « Le tout semble avoir été coordonné» et que, selon lui, il est peu probable que ces événements se soient produits « par hasard ».

Le viol des femmes par les vainqueurs après la bataille est une vieille pratique liée de manière ancestrale à la guerre à peu près sous toutes les latitudes. Il peut s’expliquer par l'extraordinaire dépense d'adrénaline qui , comme le rappelle le théoricien Ardant du Picq[1], accompagne la bataille, spécialement à l'arme blanche. La chose était jadis si habituelle que Montaigne cite ce trait : « Dieu soit loué, dit une femme passée par les mains de quelques soldats, qu'au moins une fois dans ma vie, je m'en sois soûlée sans péché ! »[2].

Il est faux cependant de dire que les femmes aient été les principales victimes des guerres car si elles couraient le risque d’être violées, les hommes et les jeunes gens étaient, eux, en cas de sac, le plus souvent tués .

Dès le Moye Âge, l'idéal de la chevalerie avait tenté de brider les instincts des guerriers, au moins de certains .

Mais le passage à l' arme à feu, qui a changé la nature du combat, a sans doute contribué , lui aussi, à ce que cette pratique ait reculé , ce qui n'empêche pas que, rare sous la première guerre mondiale, elle soit réapparue de manière très large au cours de la seconde et pas seulement de la part des Russes.

Si les chefs ont le plus souvent laissé faire, ce n'est pas forcément parce que la troupe était incontrôlable, c'est aussi parce que le viol avait une valeur symbolique : il était un signe de victoire et d'humiliation de l'adversaire.

Si la vague de viols qui a eu lieu en Allemagne et dans quelques autres pays (Suède, Autriche) à la veille du Nouvel An parait coordonnée, c'est que fort probablement nous nous situons dans cette logique. Quelqu'un a donné l'ordre pour bien marquer que, au moment où la vague migratoire battait son plein, les soldats de l'Islam avaient gagné une bataille contre l'Europe décadente et dépravée.

Et ce symbole n'est pas gratuit, il est opératoire. Célébrer une victoire, c'est donner le moral aux vainqueurs et humilier les vaincus. Or, comme on le sait, les idées ne se répandent pas toujours parce qu'elles sont plus intelligentes ou plus aimables , elles ont aussi le prestige de la force qui les porte. Nous ne savons si les hommes sont des veaux, mais beaucoup d'entre eux se laissent convaincre davantage par la force que par le raisonnement. C'est ce qui se passa aux premiers jours l'Hégire où l'islam se répandit comme une trainée de poudre grâce à ses victoires . Et si elle n'amène pas forcément de nouveaux adeptes, la victoire conforte au moins le camp qui se reconnaît en elle . Le message de Cologne s'adressait non seulement aux Syriens et autres immigrés mais aussi aux musulmans déjà installés : "Vous êtes peut-être complexés par votre religion, peu crédible dans un environnement rationaliste, ou par votre position sociale humble dans une société riche, mais hauts les cœurs, vous êtes du côté des forts." Même en terre d'Islam, la raison, surtout s'il s'agit de celle du plus fort, commande aux instincts.

Roland HUREAUX

[1] Charles Ardant du Picq, Etudes sur le combat, 1872

[2] Montaigne, Essais, Livre second, chapitre III

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article
26 mai 2016 4 26 /05 /mai /2016 14:10

POURQUOI PERSONNE N'ARRIVE À CONTENIR LA HAUSSE DES DÉPENSES PUBLIQUES

Depuis trente ans, inlassablement, les think tanks libéraux qui occupent le devant de la scène française plaident pour la baisse des dépenses publiques et ils ont raison : ce devrait être là une priorité nationale. Ces dépenses publiques sont passées de 38, 5 % du PIB en 1970 à 57,7 % en 2015 . Elles continuent de s'élever.

Même si la gauche est plus responsable que la droite à cet égard, celle-ci n'a nullement profité de ses passages au pouvoir pour renverser la tendance, au contraire .

Il est même frappant de voir combien les analyses et les propositions des libéraux restent lettre morte.

On impute cette hausse permanente à différents facteurs : la démagogie, l'incompétence des politiques qui laissent souvent filer les budgets sans y prendre garde ou n'y attachent pas d’importance. Mais beaucoup de nouvelles dépenses sont engagées sans que personne les demande !

Même si ces explications ont une part de vérité, les raisons de la hausse des dépenses publiques sont plus profondes.

Le rôle de l'idéologie

Elles tiennent, pensons nous, à l'investissement des politiques publiques par l'idéologie.

Ce terme d’idéologie a de nombreuses significations. Nous en retiendrons une : des politiques publiques inspirées par des idées simples, généralement fausses parce que trop simples, fondées sur des clichés qui circulent dans les milieux dirigeants ( presse comprise ) ou certaines administration et non sur une analyse fine des réalités.

Ce refus d'analyser de près certaines réalités de terrain avant de décider existe dans tous les pays , mais il est particulièrement répandu en France où la suffisance des décideurs parisiens (et parfois provinciaux) semble les dispenser de s'abaisser à regarder les choses de près; méprisant les acteurs de terrain, ils les soupçonnent a priori d'être prisonniers de partis pris démagogiques. A l'origine de ces attitudes se conjuguent curieusement nos deux grands héritages , celui de l' Ancien régime : une société de cour arrogante et de celui de la Révolution française : une propension inégalée à l' abstraction.

Il a été admis une fois pour toutes sans examen que 36 000[1] communes étaient source de gaspillage, alors que c'était exactement le contraire : ces petites communes étaient gérées à l'économie, leur regroupement en ensembles intercommunaux s'est avéré au contraire terriblement dispendieux. Mais les think tanks libéraux continuent de répéter comme des perroquets qu'il faut regrouper les communes, les départements, et le gouvernement vient de procéder, sans nécessité, au regroupement des régions, ce qui entraînera sans nul doute des dépenses publiques supplémentaires. On peut en effet tenir pour une loi économique que plus une entité publique est grosse, plus elle entraîne de frais généraux.

Quand nous parlons d'idéologie, nous ne nous référons pas à un grand système totalitaire tel que celui qui a régné en son temps en Union soviétique. Il s'agit d'idéologies sectorielles qui suivent généralement le même modèle simplificateur mais qui ne sont reliées entre elles que de manière lâche. Certaines sont même contradictoires : par exemple, au ministère de la santé, la tendance est à la fois à fonctionnariser la médecine libérale et à libéraliser le statut des pharmaciens .

Des réformes nocives

L'idéologie n'est pas seulement une simplification et donc une falsification du regard porté sur le réel, elle inspire d’innombrables réformes plus nocives les unes que les autres. Pour qui veut comprendre la différence entre une réforme "naturelle" et une réforme idéologique, il suffit d'appliquer la règle suivante : une réforme "naturelle" vise seulement à résoudre les problèmes quand ils se posent , ce qui est déjà assez tant il y en a ; une réforme idéologique vise à résoudre des problèmes qui ne se posent pas, sans résoudre ceux qui se posent vraiment. Simplement, elle veut redresser telle ou telle réalité qui n'entre pas dans les schémas abstraits que les décideurs ont établie en norme. Il en est ainsi de la plupart des normes européennes : ainsi celles qui ont entraîné le sectionnement d'EDF et de la SNCF en plusieurs entités indépendantes qui n'avait pas d'autre objectif que de se mettre en conformité avec une théorie de la concurrence généralisée à caractère idéologique ( au demeurant contestée dans le cas d'espèce par beaucoup d'économistes ) et qui a bien plutôt créé les problèmes qu'elle n'en a réglé. On pourrait ajouter beaucoup d'autres exemples. En matière de réforme de l'État où sans tenir compte de la spécificité de la sphère publique, on a tenté d'imposer de manière artificielle les méthodes de gestion , l'effet a été de créer du désordre et d' affaiblir la motivation des agents : indicateurs d'efficacité manipulés, primes de résultat arbitraires, gestion des carrières lourde et formaliste , regroupements de services aux cultures éloignées etc. L’éducation nationale , de manière plus ancienne, avait imposé le principe du collège unique : on pensait assurer l'égalité des enfants en imposant le même moule à tous sans tenir compte de leurs aptitudes différenciées , une idée aussi stupide que si on avait dit que pour égaliser une série de nombres, il fallait les multiplier tous par deux ! Souvent, l'idéologie est l'imitation servile de modèles étrangers : ainsi la réforme de la politique agricole commune de 1992, d'inspiration américaine, qui a alourdi le coût des soutiens ou l'imitation du modèle pédagogique allemand (inefficace) par la multiplication d'exercices interdisciplinaires dans l'enseignement secondaire qui brouillent les repères et démoralisent les enseignants.

Le bon sens est la chose la moins partagée

Dans cette multiplication de politiques idéologiques, il est rare que les idées de bon sens arrivent à faire leur chemin : on citera la création des Instituts Carnot dans le domaine de la recherche qui ont été instaurés avec succès en 2006 , parce que leurs promoteurs avaient pu travailler hors du feu des projecteurs et des stéréotypes du parisianisme. L'extension du domaine de l'idéologie est facilitée par l'obsession de la communication (la com') : des schémas simples sont plus faciles à expliquer aux journalistes ou au grand public ; fusionner tous les services de renseignements civils en un seul semble a priori propre à améliorer l'efficacité même si le désordre entraîné par cette réforme que rien ne nécessitait ( le renseignement intérieur marchait très bien jusque là) , est une des causes de la perte de contact de nos services avec les milieux terroristes à partir de 2010 et, par là , des attentats de 2015.

La dépense publique, variable d'ajustement

Quel rapport entre l'idéologie et la dépense publique ? Il est plus grand que l'on croit . On peut dire que chaque fois qu'une réforme est idéologique et donc mauvaise, la dépense publique constitue la variable d'ajustement. Cela de différentes manières :

- D'abord parce que toutes les réformes créent du stress et entrainent une forte dépense d'énergie, spécialement celles qui touchent à l'administration elle-même: pendant plusieurs années, le service est perturbé, les agents étant mobilisés par le changement interne. Une administration en réforme permanente est une administration qui coûte bien plus cher que celle qui fonctionne normalement sans être chamboulée. D'autant que, généralement imposées de haut, comme c'est l'usage en France, toujours l'esprit de Cour, ces réformes sont mal reçues par le personnel qui se démoralise et se démobilise. L'action administrative a besoin de cadres stables; les déstabiliser en permanence entraîne une perte d'efficacité ;. la perte d'efficacité entraîne des besoins de personnel ;

- Ensuite parce que les agents étant naturellement conservateurs (mais qui ne l'est pas ? ), les autorités politiques qui souhaitent que la réforme se fasse sans heurts achètent leur consentement par une large distribution de primes. Une première tentative de fusionner les services fiscaux et les services du trésor avait échoué face aux résistances. L'administration ne voulant jamais se déjuger est revenue à la charge quelques années après : une seconde réforme a réussi parce qu'une prime de fusion a été généreusement distribuée à un personnel qui était déjà parmi le mieux payé de la sphère publique. De même, la perspective de fusion (non encore réalisée heureusement) de la police et de la gendarmerie a conduit à aligner les avantages statutaires des uns sur ceux des autres, selon la règle du mieux disant. Pour attirer les élus locaux réticents dans les structures intercommunales, la loi Chevènement leur a permis de multiplier les postes de vice-présidents devenus de coûteuses prébendes et d' augmenter les indemnités ;

- Enfin la plupart de ces réformes idéologiques étant mal conçues car inadaptées à la réalité concrète, créent des dysfonctionnements divers et généralement coûteux. La mise en place des communautés de communes et d'agglomération a entraîné la création de 200 000 postes de fonctionnaires en plus de ceux qui existaient déjà : sont en cause outre le principe lui-même de la course à la dimension, les mécanismes financiers du rapprochement intercommunal comme, par exemple, les distributions de dotations incitant à la dépense, ou la complication plus grande des nouvelles procédures . Si l'on n'avait rien réformé du tout - et cette réforme est typiquement idéologique puisque personne ne la demandait et qu'aucun problème grave ne la rendait nécessaire - le coût aurait été encore moindre. L'instauration des Agences régionales de santé, selon le même principe de "regrouper pour mieux gérer" a entraîné la création d'une couche bureaucratique supplémentaire dans le monde hospitalier ; par ailleurs les chefs de pôles sont venus s' ajouter aux chefs de service. De même l'idée absurde que nos universités étaient trop petites,, inspirée par les critères très particuliers du classement de Shanghai, a déterminé la création d'organismes fédérateurs, les PRES, qui ne sont eux aussi qu'une strate supplémentaire ;

- Ajoutons , et c'est le plus grave, que le règne de l’idéologie dans certains secteurs clef de l'appareil d'État français fait tant de dégâts que le seul moyen de les réparer est d'engager de nouvelles dépenses publiques. L'exemple le plus patent est l'éducation nationale qui a vu au cours des quarante dernières années l'application du collège unique , des théories pédagogiques pseudo-scientifiques absurdes, notamment dans l'apprentissage de la lecture, des idées de Bourdieu selon lesquelles, pour rendre l'éducation plus égalitaire, il fallait abaisser les exigences en matière de langue, de tenue, d'obéissance , ce qui a eu pour conséquence un relâchement général de la discipline dans les écoles. Par elles mêmes ces réformes n'alourdissent pas les coûts mais elles ont pour effet une baisse du niveau que l'on tente de compenser en créant de nouveaux postes pour diminuer sans cesse les effectifs des classes, en instaurant de coûteuses ZEP aux crédits renforcés et en allongeant la scolarité etc. Les libéraux font souvent le procès aux enseignants que leur efficacité est faible, que leurs syndicats "n'en ont jamais assez". Ils proposent un système lui aussi idéologique qui coûtera cher sans résultat : l'évaluation généralisée. En fait, la raison d'être de ces dysfonctionnements, tient à l'application , et cela dès le niveau le plus élémentaire des principes faux qu'on a vus. Cette application a été décidée en haut lieu , les enseignants , conscients des inconvénients générés, n'y sont pour rien, sinon qu'ils adhèrent à des syndicats qui ont soutenu ces réformes. On peut dire la même chose de la justice, autre secteur hautement idéologique : les idées perverses du Syndicat de la magistrature y ont pénétré, répandant à tous les niveaux la culture de l'excuse et se traduisant par une augmentation de la délinquance qui rend nécessaire l'augmentation des effectifs de police et de gendarmerie, la création de nombreux postes d'éducateurs généralement inopérants, sans compter des troubles de l'ordre public coûteux. Parallèlement, les procédures n'ont cessé d'être compliquées au nom d'un droit de l'hommisme échevelé (alors même que les atteintes à la vie privée se multiplient sous l'effet de lois antiterroristes). Si la justice se faisait craindre davantage, il faudrait moins de policiers et de gendarmes !

On pourrait aussi montrer comment la réforme de la PAC de 1992 a coûté beaucoup plus cher au contribuable tout en démoralisant le monde agricole désormais assimilé à un consommateur de subventions. Cela pour faire droit à la théorie libérale prônée par le GATT qui disqualifiait le soutien des prix.

L'idée que la plupart des augmentations de la dépense publique depuis 1980 sont imputables à des réformes à caractère idéologique, peut être étendue à l'explosion des dépenses d'indemnisation du chômage (y compris toutes les formes d'emploi aidé ) qui ne sont pas sans lien avec la préférence bien antérieure à l'euro pour une monnaie forte , qui a, elle aussi, un caractère idéologique et est la cause de l’augmentation du chômage.

Le libéralisme érigé en système est aussi une idéologie

Face à ces mécanismes de pensée ( ou de non-pensée) , qu'on ne voudrait cependant pas généraliser pour ne pas nous exposer nous aussi au soupçon d' idéologie, l'inaptitude des think tanks libéraux à promouvoir , malgré leur hégémonie intellectuelle, une vraie politique d'économies est frappante. Ils ressassent à chaque échéance électorale des propositions de coupes sombres dans les dépenses sociales dont on ne voit jamais la couleur , des privatisations érigées en système (tantôt opportunes, tantôt pas) alors qu'elle ne concernent que les stocks publics, pas les flux , ou la réforme des statuts des fonctionnaires ( qui coûtera très cher elle aussi, n'en doutons pas ). Le problème est qu'ils sont eux aussi porteurs d'idéologie, c'est à dire de schémas simplifiés qui semblent les dispenser s'une étude approfondie des réalités . Idéologie nourrie de leur peu d'empathie pour le monde du servi public qui n'est pas le meilleur moyen d'en connaître en finesse les mécanismes. Ils sont à l'origine, directe ou indirecte, de nombreuses réformes qui ont abouti à une augmentation des dépenses publiques : ainsi, l'assimilation abusive du management public au management privé d'où résultent la LOLF de 2001 ou le regroupement des communes, dans laquelle des libéraux peu au fait du fonctionnement réel de l'Etat ont imaginé trouver une source d’économies alors que c’était le contraire. L'évaluation généralisée, presque toujours fallacieuse en dehors de la loi du profit, est de la même eau. Le libéralisme transformé en système est lui aussi une idéologie et il n’échappe pas à la loi commune des idéologies qui est d'alourdir la dépense publique.

Parmi les raisons qui favorisent l'envahissement de la sphère publique par le mode de pensée idéologique , il y a l'incompétence, les modes internationales, il y a aussi la paresse intellectuelle. Il est plus facile de proposer des réformes qui se traduisent par la déclinaison mécanique de grands principes éloignés du terrain (la loi Macron est , au moins en partie, assez typique à cet égard ) que d'analyser en détail comment fonctionnent réellement les services, ou encore de consulter les gens de la base. La paresse va généralement avec l'orgueil, celui de savoir sans s'être informé. Les sept péchés capitaux ne sont certes pas impliqués dans ces dérives, mais il est certain que la France n'est pas près de contenir les dépenses publiques tant que ne sera pas opéré dans le mode de pensée de nos gouvernants ce qu' Ernest Renan appelait une grande réforme intellectuelle et morale.

Roland HUREAUX

[1] 36 593 exactement en 2015

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article
3 mai 2016 2 03 /05 /mai /2016 14:15
Je n'ai pas l'habitude de publier des articles de tiers mais cette fois, ça suffit. La bataille d'Alep donne lieu à un déluge de mensonges au détriment de l'armée régulière syrienne qui est en train de reprendre la ville aux islamistes ( les mêmes qui posent des bombes à Paris). La partialité des radios officielles françaises et de Médecins sans frontières devient insupportable. Je laisse la parole au Dr Antaki :

Alep – L’information mensongère continue. Par Nabil Antaki

Par Nabil Antaki le 01 mai 2016

Crises Décryptage Désinformation Droit international Propagande Religion Syrie

Nous avons demandé au Dr. Nabil Antaki si les informations rapportées depuis une semaine dans les pays francophones sur la situation à Alep correspondaient à ce qu’il constate sur place. Voici sa réponse.

Par Dr Nabil Antaki

Au sujet des récents événements, je constate que les médias [traditionnels, ndlr] continuent de mentir par omission. Depuis le début de la guerre à Alep il y a 4 ans, ils ne rapportent pas du tout les faits dans leur ensemble.

Alep est bombardée tous les jours depuis 2012 par des groupes terroristes causant des morts et des blessés. Personne n’en a jamais eu cure; si ce n’est pour se féliciter du « bon boulot qu’ils font» [allusion à la déclaration de Laurent Fabius, ndlr]. Il est temps que l’Occident se réveille et arrête de soutenir ces terroristes.

Nous sommes très révoltés ici à Alep par le manque d’impartialité et d’objectivité des médias. Ils ne parlent que des souffrances et des pertes humaines dans la zone Est de la ville contrôlée par al-Nosra, un groupe terroriste affilié à al-Qaïda, qu’ils qualifient toujours de « rebelle » ce qui est une manière de le rendre respectable. Et ils restent muets sur les pertes et les souffrances endurées quotidiennement dans nos quartiers de l’Ouest d’Alep à cause des tirs d’obus lancés par ces terroristes. Ils ne parlent pas davantage du blocus et des coupures totales d’eau et d’électricité qu’ils nous infligent…

Les médias n’ont rien dit des bombardements continus et des carnages qui ont eu lieu depuis une semaine, dans la partie Ouest de la ville [où habite le Dr. Nabil], où aucun quartier n’a été épargné et où il y a tous les jours des dizaines de morts. Ces omissions sont d’autant plus révoltantes que ces quartiers représentent 75 % de la superficie d’Alep et comptent 1.5 millions d’habitants – contre 300.000 dans la partie Est occupée par les groupes terroristes.

Cette information tronquée laisse entendre que les groupes terroristes qui nous attaquent sont les victimes. Pire, les médias ont détourné notre appel « SAUVER ALEP » en laissant croire que cet appel exigeait l’arrêt des hostilités par « les forces d’Assad ». Ce qui est faux. D’ailleurs, il n’y a pas de «forces d’Assad » : il y a les forces de l’armée régulière syrienne qui défendent l’Etat syrien.

Ils [les médias traditionnels, ndlr] auraient pu au moins avoir la décence de mentionner les carnages causés par les bombardements des terroristes qui ont fait de nombreux morts. Comme cela s’est encore produit hier, vendredi, où un de leurs tirs a frappé une mosquée à l’heure de la prière faisant 15 morts et 50 blessés parmi les civils. Les attaques et les pertes dont nous souffrons sont présentées [par les médias, ndlr] de manière à laisser le public dans le flou quant aux véritables responsables de ces crimes (1) (2).

Depuis trois jours les médias accusent le « régime Assad » et les Russes d’avoir bombardé et détruit un hôpital soutenu par l’ONG Médecins sans Frontières à l’Est de la ville. Ils affirment que le « dernier pédiatre d’Alep » a été tué dans ce bombardement (3). Nous avons encore de nombreux pédiatres à Alep. Cela montre bien que, pour les médias, seule compte cette partie Est occupée par les rebelles, et que les trois quarts de la ville d’Alep administrée par l’Etat syrien, où pratiquent encore de nombreux pédiatres, ne comptent pas.

L’hôpital mentionné n’est pas sur la liste des hôpitaux de Syrie établie avant la guerre par le ministère de la santé. Donc, s’il existe, il a été installé dans un immeuble après la guerre (4). Je ne crois pas que les forces gouvernementales ou l’aviation russe bombardent délibérément un hôpital. Il n’y va pas de leur intérêt.

Nous avions constaté la même partialité quand le plus grand hôpital d’Alep Al Kindi, avait été frappé par les obus terroristes d’al-Nosra, puis incendié intentionnellement en 2013. Les médias n’avaient pas prêté attention à cet acte criminel. Nous sommes écœurés et révoltés par cette désinformation permanente.

Nabil Antaki, 30 avril 2016 –

Propos recueillis par Silvia Cattori | Mis à jour le 2 mai à 12.45

La destruction du vrai hôpital Al Kindi par le Front al-Nosra, en décembre 2013, n’avait pas fait la Une des médias traditionnels, contrairement au faux « hôpital de MSF » – Voir la Vidéo

La brutalité du « régime syrien ». Vraiment ?

Par Silvia Cattori

Les deux exemples, ci-dessous illustrent l’information déséquilibrée dénoncée par le Dr Antaki.

(1)TJ, 19.30 de la RTS (Radio suisse romande) le 28 avril

Les commentaires illustrent le biais que dénonce le Dr Nabil Antaki.

Journaliste: « La trêve en vigueur depuis le 27 février est en train de voler en éclats. Les forces d’Assad préparent une offensive majeure pour reprendre les quartiers rebelles d’Alep. C’est ce qui explique ces bombardements meurtriers qui ont fait plus de cent morts en une semaine« .

Un homme, qui de toute évidence sert la propagande des gentils « rebelles », dit : « Les missiles russes ainsi que ceux d’Assad ont perpétré deux massacres. Ces attaques ont pris pour cible des civils femmes et enfants et ont fait des dizaines de martyrs… ».

Journaliste: « De leur côté les rebelles répliquent au mortier, comme ici dans ce village au nord d’Alep». Les « rebelles répliquent ». Il n’est pas précisé que les gentils « rebelles » bombardent les quartiers d’Alep où vivent 1,5 millions de Syriens. Les groupes armés -composés, faut-il le rappeler, essentiellement de mercenaires financés par les monarchies du Golfe qui agressent l’Etat syrien, ils ne feraient que de « riposter » selon la rédaction de la RTS. http://www.rts.ch/play/tv/19h30/video/syrie-la-treve-nest-plus-du-tout-respectee?id=7684776_

Si on compare les commentaires de la RTS et de France culture avec le commentaire M. Nabil on se rend compte que les journalistes donnent une version très approximative et unilatérale des faits qui conduit les téléspectateurs à penser que les Russes et le président Assad sont des meurtriers qui massacrent délibérément les civils; en fait, les sympathisants et les familles des terroristes. Les Syriens qui n’avaient pas de lien avec les groupes armés se sont enfuis depuis longtemps dans les parties contrôlées par le gouvernement.

(2)France culture, le 29 avril 2016.

Les commentaires se fondent uniquement sur la version des faits propagés par des acteurs qui parlent de la partie Est d’Alep. L’accent est mis sur « la grande brutalité d’Assad« . C’est uniquement « l’Est d’Alep contrôlé par les rebelles » qui est soumis à « des bombardements incessants depuis une semaine« . On évoque la mort du « dernier pédiatre de la ville« , ce qui revient à faire croire que c’est toute la ville d’Alep qui est privée de pédiatre. Le journaliste Omar Ouamane y va de sa propagande pro-rebelles dont il est coutumier depuis le début de la crise.

Tout est imprécis, à charge contre l’Etat syrien. La population qui en grande majorité a fui l’Est d’Alep, et se sont rendus dans la partie de la ville qui est administrée par le gouvernement, frappée par les obus des groupes terroristes, ne sont pratiquement pas évoqués. Comme le souligne le Dr Nabil tout est flou, rien ne permet au public de voir que le peuple syrien ne souffre pas à cause de Damas mais à cause de ces bandes armées que la télévision RTS ou France Culture, veulent épargner. L’objectif est toujours le même. Provoquer l’indignation contre l’Etat syrien.

(3) Le conseiller spécial de l’ONU, Jan Egeland, a déclaré que le « dernier pédiatre d’Alep a été« . C’esst énorme. Avec tout le personnel qu’à l’ONU. Va-t-il rectifier? Cela montre le peu de sérieux de ces fonctionnaires onusiens censés avoir un point de vue équidistant.

(4) Ici (en arabe) de la liste de tous les hôpitaux publics ou privés de la province d’Alep. http://www.qenshrin.com/servers/useful_num/t_hospital.php

Sur le rôle de Médecins sans Frontières (MSF) dans cette guerre voir:

http://www.sibialiria.org/wordpress/?p=3146

http://arretsurinfo.ch/syrie-nabil-antaki-decrit-ce-qui-se-passe-reellement-a-alep-et-refute-les-propos-de-msf/

http://arretsurinfo.ch/msf-sest-engage-au-cote-des-groupes-terroristes-contre-letat-et-le-peuple-syrien/

http://arretsurinfo.ch/destruction-du-systeme-de-sante-syrien-qui-sont-les-veritables-responsables/

http://arretsurinfo.ch/terroristes-djihadistes-de-misrata-nous-sommes-venus-en-syrie-libre/

English version:http://21stcenturywire.com/2016/05/01/exclusive-aleppo-doctor-attacks-western-media-for-bias-censorship-and-lies/

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article
3 mai 2016 2 03 /05 /mai /2016 07:01
Entretien de Roland Hureaux avec Atlantico
Atlantico : Entre l'interventionnisme affiché d'Hillary Clinton et le programme économique guerrier de Donald Trump, la France et l'Europe risquent-ils de pâtir de l'accession au pouvoir de l'un ou l'autre de ces deux candidats ? Si oui, sur quels domaines les conséquences de l'élection de l'un ou l'autre pourraient être négatives ?
La question de la paix en Europe est fondamentale. Elle dépend d'abord des relations de l'Europe occidentale avec la Russie. La politique américaine, spécialement celle d'Obama, a tendu à mettre en œuvre le programme défini par Zbignew Brezinski dès 1997 : enfoncer un coin entre l'Europe et la Russie, les empêcher de faire bloc pour que l'Amérique ne soit pas isolée . Inutile de dire que les Européens se sont jetés tête baissée dans le piège, en particulier en appliquant les sanctions à la Russie ( alors que le commerce russo-américain est en expansion ! ) . Les événements de la place Maidan qui furent , à l'évidence, un coup monté par Washington, comme l'a justement dit Valéry Giscard d'Estaing, ont entrainé une situation de guerre en Ukraine et une grande tension dans toute l'Europe de l'Est . Hillary Clinton ne propose rien d'autre que la continuation, voire l'aggravation de cette tension. C'est très dangereux.
Trump a prononcé il y a quelques jours un important discours de politique étrangère , démontrant qu'il maîtrise désormais le sujet . Il propose de tendre la main à Poutine pour essayer de trouver un terrain d'entente avec lui, sans lui faire naturellement de cadeau . On peut craindre que cette entente ne se fasse sur le dos des Européens , surtout si on prend en compte la forte personnalité de l'un et de l'autre qui contraste cruellement avec l'inconsistance de la plupart des dirigeants européens actuels. Mais qu'importe : l'enjeu de la guerre et de la paix est le plus important. A nous de nous défendre par ailleurs.
Trump veut faire contribuer davantage les Européens ( et les Japonais) à leur défense. Je rappelle qu'on dit cela depuis trente ans sans résultat. Mais il offre une porte de sortie : si vous ne voulez pas payer ( 2 % du PIB lui paraît un minimum, et il a raison ), vous vous débrouillerez seuls. Je dirai : et pourquoi pas ? Il est clair en effet qu'il y a un lien direct entre la subordination des Européens au sein l'OTAN et leur refus de payer pour leur défense: ce lien est précisément ce que le général de Gaulle avait mis en avant en 1966 : un pays qui n'est pas indépendant ne veut plus payer pour une défense qui a cessé d'être la sienne, devenant inutile à ses alliés mêmes.
Je ne vois non plus rien de négatif quand Trump annonce la fin de la négociation du TAFTA qui n'est pas, selon lui, dans l'intérêt des Américains, mais qui n 'est pas forcément non plus , à mon sens, dans celui des Européens. Pas davantage on ne saurait s'offusquer de son éloge de l' Etat nation qui lui semble la seule réalité solide dans la sphère internationale : ça ne fait pas plaisir à Bruxelles, mais ce ne sont pas des idées très différentes de celle du général de Gaulle et en plus , c'est vrai. .
Il met par ailleurs l'accent sur la lutte contre l'islamisme et la maîtrise de l'immigration. Là aussi, qui pourrait s'en plaindre en Europe ? Il dit que Hillary Clinton est ,elle, partisane de l'accueil des réfugiés et, par là , dangereuse, ce qui est peut-être vrai mais peut être aussi tenu pur un propos électoral. Sur ces deux chapitres, il taxe de faiblesse Obama. Mais il ne va pas assez loin : non seulement la politique étrangère des Etats-Unis sous Obama - et même sous ses prédécesseurs - a été faible vis à vis de ce que les Américains appellent ISIS ( en arabe Daesh ) mais Trump ne dit pas qu'elle a même tendu à le promouvoir : les Etats-Unis ont fourni des armes à Daesh. Encore, ces derniers jours les Etats-Unis ont envoyé des armes sinon à Daesh , du moins à d'autres groupes islamistes de la même eau . Si Trump avait voulu faire une critique radicale de ses prédécesseurs, il aurait du dire qu' ISIS est une créature des Etats-Unis.
Pour parler brutalement la politique américaine était jusqu'ici une alliance de fait avec l'islamisme contre la Russie ( Afghanistan, Tchétchénie, Bosnie, Syrie ) et tant pis pour les dommages collatéraux infligés aux Européens; tandis que Trump propose quelque chose comme une alliance avec les Russes contre les islamistes.
Dès lors qu'il annonce une politique claire fondée non sur des idéaux prétendus universels (en réalité fondée sur idéologie), mais sur des intérêts partagés entre les Etats-Unis et leurs alliés, on ne peut que s'en réjouir... s'il tient parole. Les idéaux ne se prêtent à aucun compromis et conduisent à se mêler des affaires de la terre entière - et en définitive à mettre le feu partout. Les intérêts sont nécessairement circonscrits et se prêtent au compromis. Une politique des intérêts est finalement beaucoup plus morale qu'une politique de idéaux.
S'il y a quelque chose à redouter de la part de Trump, ce ne sont pas ses idées mais la force de sa personnalité qui laisse craindre que sur les sujets, notamment économiques, qu'il considérera être d'un intérêt vital pour les Etats-Unis, il ne sera pas un interlocuteur facile.
J'ajouterai que la force de l'appareil washingtonien est telle qu'il n'est pas exclu que, malgré se intentions affichées , il ne soit conduit à revenir à un impérialisme classique de type néoconservateur car il est possible qu'on ne lui laisse pas le choix. Ce sera là probablement l'orientation du Sénat.

Qu'est-ce qui différencie fondamentalement les programmes de M. Trump et Mme Clinton dans leur vision des relations entre les Etats-Unis et l'Europe ?
Tous les candidats pensent que le Etats-Unis doivent rester au premier rang et , n'en déplaise à la réputation d'isolationnisme qu' on lui fait, Trump n 'envisage nullement de se détourner des affaires du monde. Simplement, il interviendra avec beaucoup plus de prudence et c'est très bien comme ça .
Ceci dit, les différences entre Trump et Clinton sont nombreuses, non seulement vis à vis de l'Europe mais vis à vis du reste du monde :
- Trump veut trouver un modus vivendi avec la Russie , alors que Hillary Clinton n'en parle pas et veut sans doute continuer la politique d'isolement voire d'agressivité à l'égard de la Russie.
- Trump connait d'abord les Etats nationaux; Clinton , par sa culture privilégie le multilatéral, au moins pour les autres pays que les Etats-Unis : Union européenne et l'OTAN.
- Trump voudra que les Européens contribuent davantage à leur défense : leur laissera-t-il pour autant plus d'autonomie ? Il semble laisser l'option du retrait de l' OTAN ouverte alors que jusqu'ici , les Américains diabolisaient tous ceux qui , en Europe , voulaient sortir ; mais il n'est pas sûr qu'il tiendra cette ligne.
- Hillary Clinton maintient que la politique des Etats-Unis doit été conditionnée par la propagation d'idéaux universels, auxquels les Européens doivent être naturellement associés sans qu'on leur laisse le choix . Trump parle d'intérêts partagés , laissant entendre que tous les intérêts ne sont pas communs, ce qui est après tout assez sain.
- Le protectionnisme de Trump gênera plus l'Allemagne qui exporte plus aux Etats-Unis que la France. Clinton est , elle, favorable au Traité transatlantique dont Berlin a plus à attendre , semble-t-il, que Paris.
- Sur un sujet qui nous éloigne de l'Europe mais la concerne au premier chef par ses effets: terrorisme, migrations, Trump critique de manière impitoyable la politique américaine au Proche-Orient de ces dernières années, non seulement celle des Démocrates mais aussi celle des Républicains, qui a conduit à de nombreuses interventions armées ou actions de déstabilisation pour y répandre la démocratie ( la position de néoconservateurs) ; il dit ce que la majorité des Européens pense : que ces interventions n' ont abouti qu'à des dépenses inutiles et à des destructions considérables. Au contraire, Clinton a été plus que quiconque associée à cette politique, même au temps de Bush dont elle a approuvé les entreprises militaires ( Irak, Afghanistan);
- Trump est contre l'immigration incontrôlée aux Etats-Unis et , s'il est logique, en Europe aussi alors que Hillary Clinton est favorable à l 'accueil des immigrés par les Européens. On peut même dire que le gouvernement Obama a poussé de toutes ses forces pour faire entrer des réfugiés en Europe, dans le cadre de promotion délibérée du multiculturalisme et peut-être pour affaiblir le vieux continent.
Hillary Clinton n'a pas hésité à souvent tenir des propos durs à l'égard de la Russie et de son président Vladimir Poutine. Elle défend également une diplomatie particulièrement offensive à leur égard. De son côté, Donald Trump est plutôt sur une ligne d'apaisement des relations américano-russes. Laquelle de ces deux politiques aurait un effet le plus positif sur les intérêts français et européens ?
Evidemment la seconde ligne est meilleure pour nous . L'Europe n'a rien gagner à un affrontement avec la Russie et , au contraire , des perspectives de coopération considérables en cas d'apaisement.
De manière très cynique, les idéologues d'Outre-Atlantique qui prônent une politique agressive vis à vis de la Russie disent que leur but est d'isoler la Russie mais aussi d'affaiblir l'Europe occidentale. Pour ce qui est d'isoler la Russie, ce n'est pas franchement une réussite : elle s'est rapprochée de la Chine et de l'Inde , mais aussi de l'Iran, du Brésil , comme jamais auparavant.
Il peut venir un jour où la Russie sera si forte qu' elle portera ombrage à l'Europe occidentale, mais nous en sommes loin. Pour le moment, c'est l'Empire américain qui pèse de manière très lourde sur les pays de l'Europe occidentale jusqu'à leur donner le sentiment qu'ils ne sont plus indépendants.
Dans des décisions capitales comme le fait de forcer la Grèce à rester dans l'euro ou encore d'accueillir un million de réfugiés ou assimilés, Obama a pesé très lourd, de manière discrète mais effective, notamment en s'appuyant sur Merkel dont on peut se demander si elle est autre chose qu'un relais passif de la volonté américaine.
Si l'Europe , dans la perspective d'une élection de Trump , a le loisir de s'ouvrir à la Russie, il est clair que cet étau sera desserré. Ce serait une vison très étroite de intérêts des Etats-Unis que de penser qu'ils n' ont pas intérêt à la détente . Trump semble revenir à une vision plus traditionnelle des intérêts américains ( celle qui a inspiré par exemple le plan Marshall), à l'idée que la promotion des intérêts américains ne passe pas nécessairement par l'affaiblissement de leurs alliés ou partenaires . Cette idée folle qu'il fallait , pour rester fort, affaiblir même ses alliés de toujours, Royaume-Uni compris, inspirée par les idéologues "néo-cons", a prévalu au cours de ces dernières années, aussi bien avec les Démocrates qu'avec les Républicains et elle est aujourd'hui profondément ancrée dans le milieu washingtonien. C'est pourquoi les prises de position de Trump y font grincer les dents. Mais ce sont pourtant les plus raisonnables.

Pour en savoir plus :

Le discours de Donald Trump sur la politique étrangère américaine (40 minutes) :

https://www.youtube.com/watch?v=XW8RqLN3Qao

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article
13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 07:10

Si beaucoup d'observateurs s' alarment des foucades apparemment hasardeuses de Donald Trump et redoutent son accession à la présidence des Etats-Unis, il y a de quoi être au moins aussi inquiet de celle de Hillary Clinton.

Certains vont jusqu'à dire que l' élection de la sénatrice de New York nous entraînerait dans une guerre mondiale.

Dire que l'ancienne première dame , puis secrétaire d'Etat est , selon la terminologie américaine, un faucon (hawk) est faible. Il n'y a pas eu de crise au cours des dernières années où elle n'ait pris le parti de la guerre avec une particulière frénésie. Elle a toujours été, comme disent les Américains, du côté des warmongers.

Toujours du côté de la guerre

Passons vite sur les entreprises militaires de son mari , Bill Clinton , indirectes comme l'invasion du Rwanda (1994) par ses protégés , cause première de tragédies en chaîne, ou directes comme la guerre de Yougoslavie (1999) . De ces entreprises, Hillary n' est pas formellement responsable quoiqu' elle se soit vantée d'avoir poussé le président , qui hésitait, à bombarder la Yougoslavie. Passée dans l'opposition et élue au Sénat, elle a voté pour les expéditions militaires lancées par George Bush Jr en Afghanistan et en Irak .

Secrétaire d'Etat de 2009 à 2013, elle a été une enthousiaste des printemps arabes, dont elle ne pouvait ignorer que les servies secrets américains s'étaient évertués, sinon à les déclencher, du moins les attiser , ni que les révoltés étaient presque tous islamistes. Elle a eu l'initiative, sous Obama, de la malheureuse expédition en Libye dont on sait combien les effets ont été catastrophiques, et des manœuvres pour renverser le président Assad en Syrie, à l'origine d'une guerre qui a déjà fait 250 000 morts. Quoique de manière occulte, les Etats-Unis ont soutenu le développement du radicalisme islamique en Syrie et en Irak qui a abouti à l'émergence de Daesh et donc encouragé les réseaux terroristes.

Au total , Mme Clinton s'est trouvée directement impliquée dans les manœuvres qui ont plongé dans la guerre civile trois pays : Lybie , Yemen, Syrie, et qui s'ajoutent à deux autres qu'avait opérées son prédécesseur avec son approbation , l'Afghanistan et la l'Irak soit cinq pays toujours en guerre . Ont été en outre ruinées l'Egypte et la Tunisie. Ca fait beaucoup pour une seule femme.

Les relations de la secrétaire d'Etat avec les présidents Morsi et Erdogan, tous deux frères musulmans, furent particulièrement étroites et elle ne cache guère aujourd'hui qu'elle verrait d'un bon œil le renversement du régime du maréchal Sissi en Egypte qui pourtant a stabilisé le pays et ramené la tolérance entre les communautés religieuses. On peut craindre que, si elle était élue présidente, elle ne cherche à nouveau à répandre la démocratie par la force dans le monde arabe avec l'effet presque assuré de ramener au pouvoir les islamistes. Compte tenu de la situation incertaine qui est aujourd'hui celle de l'Algérie, dont le président est à l'agonie, on peut redouter qu'une telle politique y ait des effets gravement déstabilisants où la France serait en première ligne.

Le rapprochement des Etats-Unis avec l'Iran et Cuba a été opéré par Barack Obama avec son successur John Kerry. Tout laisse penser quelle n'y était pas favorable.

Sa agressivité face à la Russie ne fait pas de doute non plus. Bill Clinton avait favorisé l'extension de l'OTAN à l'Est de l'Europe contraire aux engagements pris en 1989 par Bush père à l'égard de Gorbatchev, dans le but d'encercler au plus près la Russie. Une politique que George Kennan , vétéran de la guerre froide, avait qualifiée de "tragique erreur". Hillary Clinton a soutenu le travail de sape antirusse opéré par les ONG américaines ( au premier chef la Fondation Soros) en Ukraine. Leur l'aboutissement fut le coup d'état de la place Maidan en 2013, fomenté par sa protégée Victoria Nuland, femme de Robert Kagan , l'idéologue néo-con qu'elle avait chargée auprès d'elle des affaires européennes. Elle est allée jusqu'à comparer Poutine à Hitler, ce qui n'a pas peu contribué au retour de la guerre froide.

Lors d'une récente soirée de fund-raising, elle s'est laissé aller à déclarer que si Israël devait tuer encore 200 000 habitants de Gaza pour avoir la paix, elle l'y aiderait. Devant le tollé soulevé, elle a déclaré ensuite qu' elle voulait dire 20 000, ce qui n'est déjà pas si mal.

De fait , rien ne sépare sur le plan de la politique internationale Hillary Clinton de positions du clan néoconservateur qui avait déjà sévi sous Bush et qui est animé d'une double conviction : 1) que tout est rapport de forces et que dès lors que deux puissances comme les Etats-Unis et la Russie se font face, il faut que l'une élimine l'autre, 2) que les Etats-Unis ont la mission de répandre par les armes la démocratie libérale et le marché dans le monde , fut-ce au prix de la destruction des Etats , comme cela a été le cas en Irak, en Libye et au Yemen ou comme on a tenté de le faire jusqu'à l'intervention russe en Syrie.

Dans un tel schéma, l'Europe occidentale a , pour les gens de cette école, peu de place. Ils la tiennent pour décadente : elle est face aux Etats-Unis, comme Vénus face à Mars[1]. De plus en plus intégrée à l'OTAN, elle a vocation à obéir sans sourciller aux directives des Etats-Unis. Ceux qui, dans les différents pays, ne seraient pas sur cette ligne sont éliminés.

Nous avons évoqué les idées de Hillary Clinton . Il faudrait considérer aussi son caractère, de plus en plus colérique et imprévisible.

Remise en cause des clivages traditionnels

Face aux postions de Hillary Clinton, celles de Donald Trump en politique internationale apparaissent étonnamment modérées : il considère que l'invasion de l'Irak en 2003 fut une grave erreur , il prône une politique de détente avec la Russie de Poutine, il souhaite un certain désengagement des Etats-Unis dans le monde : c'est dans cette perspective qu'il faut comprendre sa proposition que le Japon se défende lui-même, y compris en se dotant de l'arme nucléaire. Affirmation contestée par tous ceux qui craignent à juste titre la prolifération mais les Etats-Unis ont-ils vocation à s'interposer entre les deux géants que sont la Chine et le Japon ?

L'opinion de Clinton est celle de la bulle washingtonienne où spéculent en circuit fermé , géopoliticiens de haut vol, agents des services, militaires, industriels de l'armement, financiers, lobbies, think tanks, journalistes , s'excitant les uns les autres dans une vision obsidionale et paranoïde du reste du monde. Trump, prétend , lui , représenter le peuple américain , de plus en plus conscient du coût exorbitant de la politique étrangère américaine.

L'opposition Trump-Clinton ne recoupe donc pas les oppositions traditionnelles où les Républicains apparaissent comme les faucons et les Démocrates comme les colombes. C'est que, aux Etats-Unis comme en France, une mutation de la vie politique est en cours, qui périme les clivages traditionnels.

Le 28 mai 1952, le parti communiste défilait à Paris contre la venue du commandant en chef de l'OTAN qu'il appelait "Ridgway la guerre". Slogan alors douteux , mais , par contre l'expression "Hilary Clinton la guerre" pourrait , elle, être aujourd'hui fondée.

En tous les cas, après la période ambigüe mais globalement modérée du second mandat de Obama, on peut se demander si, dans un monde éminemment instable, l'élection d'une idéologue comme Hillary Clinton ne représenterait pas une menace sérieuse pour la paix du monde.

Roland HUREAUX

[1] Robert Kagan, La puissance et la faiblesse, Hachette-Littératures, 2006

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article