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Roland HUREAUX

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27 janvier 2016 3 27 /01 /janvier /2016 15:07

Le magazine Time a cru bon de décerner à Angela Merkel le titre de personnalité de l'année 2015. Il n'est pas sûr pour autant que l'actuelle chancelière reste dans les annales comme une grande des grandes figures de l'histoire de l'Allemagne.

Depuis les dramatiques incidents qui ont marqué la nuit de la Saint-Sylvestre à Cologne et dans la plupart des villes allemandes, la cote de la chancelière est tombée outre-Rhin où toutefois elle n'avait jamais été aussi haute qu'en France.

Au pouvoir depuis dix ans, on cherche en vain quelle grande réforme elle a accomplie, en dehors de l'institution d'un Smic sensiblement plus faible que le notre (8,5 € de l'heure) et d'une amélioration de la prise en charge du chômage partiel.

Dès son arrivée au pouvoir, elle avait décidé la fermeture de la filière nucléaire , répondant sans doute au vœu d'une partie de l'opinion, mais hypothéquant l'avenir énergétique de son pays. A l'heure où la planète cherche à réduire le taux de carbone dans l'atmosphère, cette décision ne pouvait qu'entrainer l'ouverture de nouvelles centrales thermiques grosses émettrices. Le poids de l'exemple allemand a affaibli la filière nucléaire dans toute l'Europe, spécialement en France où elle constituait un de nos atouts majeurs.

Son prédécesseur Gerhard Schröder , quoique issu de la gauche, avait mené , au moment précis du lancement de l'euro , une politique féroce de diminution du coût du travail passant par des coupes sombres dans le budget social et la baisse du pouvoir d'achat d'une partie de la population allemande qui a abouti, certes, à une baisse du chômage, mais aussi à la paupérisation d'une partie du pays. Cette politique faite sans concertation européenne a hypothéqué gravement l'expérience de l'euro. L'Allemagne , qui se trouve , au terme de cette "dévaluation interne" en position avantageuse par rapport à tous ses concurrents de la zone euro a vu son excédent commercial croître année après année à l'égard de tous les autres pays , en particulier la France qui se trouve, elle, au contraire, de plus en plus déficitaire. Il aurait fallu qu'en concertation , tous les pays fassent de même mais ce ne fut pas le cas.

On rappellera au demeurant que cette politique, admirée mais non imitée en France, n'a été possible que par la dénatalité qui diminue toute une série de charges : scolaires, sportives, de logement , réduit (hors immigration) les flux d'entrée sur le marché du travail et s'est traduite par lé dégradation tant du réseau routier que de la force armée.

Héritière de cette situation, Angela Merkel ne l'a certes pas aggravée mais elle n'a rien fait non plus pour la corriger. Joseph Krugman, Prix Nobel d'économie dit que le seul moyen de sauver l'euro à terme , en restaurant les équilibres internes de la zone, serait que l'Allemagne se fasse plus dépensière, mais on en est loin. L'opinion allemande ne s'y résoudrait d'ailleurs pas.

Angela Merkel, tout en conservant cet avantage , s'est contentée faire année après année les gros yeux à tous les dépensiers de l'Europe, à commencer par la France, qui n'arrivaient pas à suivre l'Allemagne , pour des raisons culturelles fortes, dans ses exigences d'austérité. A chaque crise, après avoir résisté au maximum aux demandes laxistes des pays du Sud , elle a fini par faire les concessions nécessaires pour éviter la rupture, sans doute à la demande d'Obama. Mais le résultat est catastrophique pour certains pays comme la Grèce, tenue de céder la plupart de ses actifs publics à l'étranger - en particulier à des Allemands : contraint à des engagements intenables, ce pays est aujourd'hui en voie rapide de sous-développement. Le Portugal ne va guère mieux ; la France et l'Italie sont à la peine. La stagnation à laquelle l'austérité allemande contraint l'Europe, pèse sur toute la planète.

En matière diplomatique , Angela Merkel, sans rien innover, n'a rien aggravé non plus. Schröder et Fisher, son ministre "national-vert" des affaires étrangères avaient joué un rôle néfaste dans les affaires des Balkans, plus préoccupés , dans la guerre de 1999, de prendre une revanche sur un ennemi historique de l'Allemagne , la Serbie, qui lui avait donné bien du fil à retordre à chacune des deux guerres mondiales, que de préserver la paix . Quoique le rôle de ses services y demeure obscur , rien ne prouve que Merkel ait, elle, soufflé sur les braises de l'affaire ukrainienne. Elle aurait même joué un rôle positif dans l'accord de Kiev (12 février 1995).

En revanche son rôle au Proche-Orient demeure obscur. Si le rôle de l'Allemagne y a été plus discret que celui de la France ou de l'Angleterre, elle en a partagé les turpitudes fournissant, en bonne élève de l'OTAN, à partir de 2011, armes et entrainement aux rebelles syriens qui étaient en fait des djihadistes.

Stupéfiante , en revanche, est sa position vis à vis d'Erdogan , président de la Turquie. Alors que ce dernier, très proche des Frères musulmans et admirateur avoué d'Hitler, est le principal fauteur de troubles en Irak et en Syrie, notamment en laissant passer les djihadistes qui viennent du monde entier alimenter la guerre, et en favorisant ( ou organisant ?) l'exode des réfugiés vers l'Europe, qu'avait-elle besoin d'aller lui apporter un soutien électoral appuyé fin octobre ? Aurait-elle trouvé son maître ? La personnalité la plus influente d'Europe, ce ne serait pas elle, ce serait le président turc ? En tous les cas, celui qui aura percé les secrets des liens entre l'Allemagne et la Turquie comprendra sans doute mieux ce qui s'est passé au cours des derniers mois en Europe et au Proche-Orient.

Même si une partie des Allemands reconnait plutôt sa capacité manœuvrière pour gagner les élections, que sa capacité de porter une vision, Merkel avait gardé une bonne cote jusqu'à l'afflux des immigrés qui a commencé à la fin du printemps 2015.

L'accueil positif qu' elle leur a fait au début aurait certes pu être son apothéose : cette femme élue par la droite allait dans le sens de toute la gauche européenne - et même occidentale - pour qui les frontières sont chose dépassée et l'avenir de l'Europe réside dans le multiculturalisme et le métissage, tournant le dos à une histoire tenue pour plus infâme que glorieuse . Certains la voyaient même recevoir le Prix Nobel de la paix.

Le retour du réel a été cinglant. Il est vite apparu que, malgré l'appui du patronat et des Eglises , cette politique de large accueil rencontrait une opposition de plus en plus grande dans la population allemande. L'entrée de près de 800 000 immigrants, non préparée , presque tous de confession musulmane et en grande majorité jeunes et de sexe masculin en un peu plus de six mois, s'est finalement traduite par un grave traumatisme. Il s'est avéré que la différence des mœurs rendait l'intégration très difficile, sans compter les soupçons d' infiltration par les islamistes désireux non seulement de faire leur place en Europe mais même d'intimider et abaisser leurs hôtes: le viol collectif est le signe de la supériorité, une forme d'humiliation imposée à un peuple que l'on estime vaincu.

La chancelière aurait été surprise par la tournure des choses. C' est pourtant elle qui avait constaté en 2010 que « le modèle multiculturel allemand a totalement échoué" . Et comment peut-on arriver à un tel niveau de pouvoir sans un minimum de culture historique et d'expérience humaine qui aurait du prévenir toute surprise. Ce qui s'est passé en Allemagne en décembre n'était-il pas tout à fait prévisible ? Les Allemands ne devraient-ils pas savoir, autant que quiconque, que la cohabitation de peuples hétérogènes n'est pas donnée d'emblée. A fortiori quand ils sont de religion différente. Un pays qui a connu la guerre de Trente ans peut-il imaginer que le pluralisme religieux pourrait ne pas causer des tensions? Cette chrétienne aurait-elle pas du savoir ce qu'est le péché originel ?

Même si l'essentiel des réfugiés est accueilli en Allemagne, c'est toute l'Europe qui se trouve ébranlée. Si le pays de Beethoven sombre dans le chaos, aucun de ses voisins ne saurait s'en réjouir.

On aurait pu pardonner à la chancelière d'avoir pratiqué seulement une hospitalité passive: apprenant que des réfugiés entraient en masse en Europe , elle pouvait, faisant contre mauvaise fortune bon cœur ( dans tous les sens du terme), préconiser une attitude humaine, mais les signaux exagérément positifs qu'elle a lancés au début de l'été ne pouvaient qu'alimenter de faux espoirs et contribuer à développer le flux. Un flux dont ses services ne pouvaient ignorer qu'ils étaient largement organisés par la mafia turque et sans doute son ami Erdogan. Et si la chancelière estimait, pour des raisons démographiques ou autres, que l'Allemagne avait besoin de cette main d'œuvre, alors il fallait aller jusqu' au bout : envoyer aux candidats un visa et un billet d'avion à 200 € au lieu de les laisser se faire rançonner à hauteur de 5 à 10 000 euros tout en risquant leur vie. Quelque part, l 'attitude irresponsable de la chancelière qui appelle les migrants sur son sol sans leur donner les moyens d'y venir dans des conditions normales n'est-elle pas très coupable ? La politique allemande n'est-elle pas responsable à sa manière, de la mort pathétique du petit Aylan ?

La politique d'austérité économique de l'Allemagne, ne tenant aucun compte des pesanteurs propres à ses partenaires, a déjà hypothéqué l'avenir de l'euro - dont les observateurs lucides s'accordent à penser qu'il est en sursis. La politique migratoire de la même Allemagne a largement compromis le traité de Schengen, l'Allemagne n'étant pas la dernière aujourd'hui à fermer ses frontières.

Il est très difficile de dire ce qui a motivé Angela Merkel dans cette affaire . Cette protestante a-t-elle laissé au vestiaire l'esprit de responsabilité ( verantwortlichkeit) si prisé en l'Allemagne du Nord ? Donald Trump va jusqu'à émettre des doutes sur sa santé mentale ; certains regardent du côté de son mystérieux passé est-allemand : antinucléaire et immigrationniste, ne serait-elle pas en réalité une femme de gauche infiltrée à la CDU ? Il se peut aussi qu'elle ait été jusque là surestimée et que l'affaire de migrants révèle ses limites. On peut cependant penser que la chancelière ne fait que mettre au jour la "bulle" dans laquelle la mécanique européenne et la complexité croissante de l'exercice du pouvoir enferment les dirigeants d'aujourd'hui. Trop occupés à se parler entre eux, à gérer la mécanique techno-médiatico-électorale dans laquelle ils excellent pour trouver le temps de lire ou de parler avec les "simples gens" ( hors des caméras) , ils perdent le sens du réel . Cela est vrai dans le monde entier, mais particulièrement au sein de l'Union européenne où la caste dirigeante, absorbée par sa cuisine interne, s'est mise à dos presque partout les peuples .

S'il faut célébrer un grand chancelier allemand en ce début d'année, comment ne pas évoquer Helmut Schmidt qui vient de mourir ? On peut ne pas partager sa sensibilité social-démocrate; on peut ne pas approuver la tournure intégrée qu'il a donnée à l'Europe, de pair avec son compère Valéry Giscard d'Estaing . Mais il fut , de bout en bout, un homme responsable , allant jusqu'à braver son opinion publique et spécialement celle de son camp en demandant à Washington d'installer des euromissiles en Allemagne pour faire pièce à une menace soviétique montante, ou construisant avec le président français une relation véritablement partenariale et donc égalitaire.

Lucide jusqu'à ses deniers jours , il n'avait pas de mots assez durs pour fustiger l'incompétence économique de l'équipe Merkel et l'aventurisme diplomatique de la Commission européenne dans l'affaire ukrainienne.

Roland HUREAUX

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15 janvier 2016 5 15 /01 /janvier /2016 20:01

Entretien avec Samuel Pruvot de Famille chrétienne

Pourquoi la gnose rejette-t-elle la foi en l’Incarnation et ses conséquences ?

La gnose antique et médiévale , illustrée par des figures comme Basilide, Valentin , Marcion (IIe siècle), Mani (IIIe siècle) jusqu'aux cathares (XIIe-XIIIe siècles), rejette en effet l'incarnation ; elle est ce que on appelle "docète" : Jésus Christ - qui n'est pas reconnu comme Dieu - ne s'est incarné qu'en apparence, il n'a été crucifié qu'en apparence ou alors c'est quelqu'un d'autre, comme Simon de Cyrène qui l'a été à sa place. Il ne ressuscite pas non plus vraiment puisqu' il n'est pas vraiment mort.

Mais par derrière ce refus de l'incarnation, il y a un refus plus radical du monde présent, du monde sensible et matériel qui est pour les gnostiques fondamentalement mauvais. Dieu , appelé souvent le Premier principe, ne saurait être l'auteur d'un pareil monde . Qui est alors cet auteur ? Pour les uns, c'est un démiurge ( ou pour Valentin, la Sagesse), émanation lointaine de Dieu qui se serait fourvoyé ; pour les plus radicaux, comme Marcion, Mani, à l'origine des manichéens, ou les cathares , c'est un deuxième dieu coéternel au premier et mauvais, théorie qu'on appelle le dualisme.

Le philosophe païen Plotin, qui a combattu les gnostiques, les définissait: "ceux qui pensent que le monde est mauvais et qu'il a été créé par un démiurge mauvais" , une bonne définition.

La matière étant mauvaise, le bien réside dans l'esprit seul dont la connaissance des secrets mène les initiés au salut dans le Plérôme, réalité purent spirituelle assez proche du nirvâna des bouddhistes . Le salut s'obtient donc par la connaissance ( gnose) et non, comme le pensent les chrétiens par la foi, la vertu et l'amour. Les gnostiques croient à la suite de Pythagore et de Platon, à la réincarnation.

Mais les gnostiques ne renoncent pas ouvertement au christianisme : divisant l'homme, comme saint Paul, entre l'esprit, l'âme et le corps, ils divisent la société entre les pneumatiques (esprit) , soit eux, les initiés, les psychiques (âme) , qui sont les chrétiens ordinaires qui n'ont qu'une part de la vérité et les hyliques (matière ) , soit tous les autres, voués à la mort définitive.

C'est ce qui rend les gnostiques dangereux, comme saint Irénée l'a bien vu : ils se prétendent chrétiens et ils ont l'air de l'être mais ils cultivent secrètement des théories qui ne le sont pas . Et qui ne le sont même pas du tout: vous voyez bien que cette conception d'un monde radicalement mauvais , quoique enrobée dans des théories séduisantes, est comme une "mauvaise nouvelle" opposée à la "bonne nouvelle" de l'Evangile. On peut en dire autant des cathares.

Mais saint Paul, saint Irénée et saint Clément d'Alexandrie ont dit qu'ils ne s'en prenaient qu' à une "fausse gnose" , qu'il y en avait aussi une vraie conforme la doctrine de l'Eglise qui est simplement la théologie. Benoît XVI l'a redit. Par commodité, on a pris cependant l'habitude d'appeler gnose tout court la "fausse gnose".

En quoi notre climat culturel est-il proche de celui de la naissance des courants gnostiques

Le monde où fleurit la gnose est le même qui a vu le développement du christianisme. Je ne pense en effet pas qu'elle vienne de l'Iran ou de l'Inde comme il a été à la mode de le dire. On en trouve des traces dans le Nouveau testament: la légende attribue sa fondation à Simon le magicien, mais elle s'épanouit au IIe siècle . Elle recule ensuite en Occident et se développe vers l'Orient avec le manichéisme qui atteint même la Chine.

Le monde romain est alors à son apogée . Il vit en paix , ce qui n'était presque jamais arrivé jusque là . Mais les vieux cultes païens sont discrédités. Ce monde ignore l'idée moderne du progrès : l'avenir ne lui réserve rien . Il est inquiet.

C'est une différence importante avec notre monde où l'idée de progrès est omniprésente même si elle est critiquée pour son ambigüité , voire ses risques. En revanche nous nous trouvons, comme au IIe siècle , dans un monde cosmopolite, un peu perdu, où les religions traditionnelles sont en crise.

Au temps des Romains, beaucoup se tournent vers les cultes orientaux : Cybèle, Isis, Mithra, cultes sans vraie doctrine, beaucoup plus grossiers, il faut le dire, que le christianisme.

Aujourd'hui aussi les cultes orientaux attirent, surtout le bouddhisme qui a sans doute subi une forte influence de la gnose manichéenne, fondée par Mani au IIIe siècle, lequel connaissait bien le christianisme.

Pourquoi les gnostiques sont-ils fâchés avec le mariage et la sexualité ?

Refusant le monde, refusant la chair , les principaux gnostiques sont conduits à un refus radical de la sexualité qu'on a appelé l'encratisme.

Mais à l'inverse ,certains gnostiques, en Egypte et à Rome, ont dit: puisque la chair est mauvaise, elle n'a pas d'importance , donc jouissons sans entrave. A côté de la gnose encratique, il y a donc une gnose libertine qu'admire un Michel Onfray. Mais les deux expriment le mépris de la chair .

Les gnostiques refusent, pour la plupart, la loi de Moïse qui prescrit le mariage. Le mariage peut être fécond et reproduit donc un univers mauvais. Il n'est toléré que pour le peuple, les simples auditeurs qui ne font pas partie des grands initiés . La gnose ne trouve pas le point d'équilibre , au travers d' une sexualité ordonnée voire sacramentelle, entre le refus total et la licence totale.

Au Moyen-âge est apparue la kabbale juive , peut-être sous l'influence de la gnose, mais qui n'est pas complètement une gnose car elle a une vision beaucoup plus positive du mariage.

Depuis la Renaissance ceux que l'on tient pour les continuateurs de la gnose , alchimistes, mages, théosophes, ont aussi une vision généralement positive du mariage. Cette attitude vis à vis du mariage est un bon test pour savoir si on est ou pas dans une démarche gnostique.

Il est donc clair que le refus du mariage depuis la deuxième moitié du XXe siècle exprime une attitude gnostique. Le corps est tenu pour le pur instrument d'un moi hypertrophié. Comme dans les gnoses antiques, l'esprit et le corps redeviennent indépendants : le contrôle artificiel des naissances ignore les rythmes naturels, la théorie du genre pose que le sexe physique ne détermine plus le masculin et féminin tenus pour des réalités purement psychologiques. L'orthodoxie promeut au contraire une vision intégrée de l'âme et du corps.

Qui sont les héritiers de cette gnose aujourd’hui ? Peut-on être gnostique sans le savoir ?

La gnose est aujourd'hui plus diffuse que dans l'Antiquité, mais elle n'en est pas moins omniprésente. L' idéologie qui réduit la réalité sociale à des idées simplifiées, n'est-elle pas la forme moderne de la gnose ? Les Slovènes, échaudés autant qu' instruits par 45 ans de communisme , en refusant le mariage homosexuel, en ont reconnu, mieux que nous, le caractère idéologique.

De plus en plus notre mentalité post-démocratique oppose les sachants supposés aptes à diriger le monde et les autres. Les sachants sont les idéologues.

L'idée que l'homme est mauvais ressort d'une hyper-écologie qui tient l'humanité toute entière pour une nuisance et voudrait réduire la population mondiale à toute force. D'autres considèrent que l'homme est, à peu près sous tous les rapports, à réformer : il est spontanément chauvin, raciste, sexiste, homophobe , pollueur, etc. Le pouvoir politique s'attache dès lors à le libérer de tous ces penchants mauvais , transformant la société en un vaste camp de rééducation.

Même si les théories de Basilide et de Valentin de sont plus à l'ordre du jour , il se peut que nous soyons aujourd'hui , plus que jamais tributaires d'une vision gnostique du monde.

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6 janvier 2016 3 06 /01 /janvier /2016 19:12

Il y a peu de chances que Charlie écoule le numéro spécial qu'il a tiré à un million d'exemplaires, à l'occasion du premier anniversaire de l'attentat. Sauf le respect que nous devons aux victimes du 7 janvier, qui ne sont plus là pour donner leur avis (on aurait aimé connaître celui de Charb), ce bide ne nous attristera pas.

L'attentat a été commis par des islamistes et des islamistes seuls, mais pas d'amalgame ! Le numéro s'en prend au Dieu des chrétiens et à lui seul. Il faut en tirer les conséquences : les chrétiens sont responsables de l'attentat contre Charlie .

Au premier abord, ce sont , au travers de ce vieux barbu familier, désigné comme l'assassin qui "court toujours ", les trois religions monothéistes qui sont mises en cause.

C'est le Dieu unique qui est coupable des attentats terroristes . Sans doute l' était-il aussi des 40 millions de victimes de Staline et des 60 millions de Mao tsé Toung, éliminées au nom d'une idéologie athée ?

Il est vrai que les trois religions du Livre, comme on dit, se méfient de la représentation de Dieu , donc en un sens ce dessin ne vise personne. Mais le christianisme est plus souple. Et ce Dieu assassin porte derrière la tête le triangle qui signifie la Trinité : il ne peut donc être que celui du Nouveau Testament.

On dira que les Français ignorent ces détails et que d'ailleurs ils s'en moquent. Peut-être, mais les islamistes , eux, ne les ignorent pas. Les musulmans abhorrent la Trinité : le Coran n' a pas de mots assez durs pour dénoncer les "associateurs", comme il appelle ceux qui y croient. Et ils auront parfaitement compris à ce signe discret que cette caricature ne les vise pas .

Ils auront compris en même temps qu'on a eu le souci de les ménager et que donc ils font désormais assez peur pour dissuader les attaques frontales. En ce sens , ils ont réussi leur coup du 7 janvier dernier. Les journalistes de Charlie ont-ils compris ce qu'ils faisaient ? A moins de les croire complètement incultes, bien sûr. Courageux mais pas téméraires, ils ne s'en prennent désormais plus frontalement aux musulmans . Comme ils sont aussi très prudents aussi avec le judaïsme, leur seule cible est désormais la religion chrétienne.

Messieurs les assassins du 7 janvier 2015, vous avez atteint votre objectif, bravo. D'un certaine manière, c'est à vous que ce numéro spécial rend hommage.

Roland HUREAUX

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2 janvier 2016 6 02 /01 /janvier /2016 15:15

Quand je me suis rendu en Syrie en août, je ne soupçonnais pas que l'histoire de ce malheureux pays se trouvait à un tournant.

Le spectacle des embouteillages de Damas , des restaurants de bord de mer pleins à Lattaquié , la visite du krak des Chevaliers aujourd'hui sécurisé, ne laissent pas imaginer l'ampleur de la tragédie que la Syrie traverse. Elle se résume à quelques chiffres forcément approximatifs : il est en effet difficile de faire des comptes exacts tant les propagandes croisées obscurcissent le débat.

Une tragédie

Depuis 2011, début de la guerre civile - une guerre aujourd'hui largement internationalisée - , la population du pays aurait fondu de 23 à seulement 16 millions d'habitants, essentiellement par l'exode de réfugiés : 2 ou 3 millions en Turquie, 1 million en Jordanie, 1 à 2 millions au Liban et maintenant 1,5 million en Europe. Mais au sein même du pays, 11 millions de personnes ont été déplacées , principalement en direction des zones tenues par le gouvernement , surtout Damas dont la population a doublé passant de 3 à 6 millions.

Le confit a fait environ 250 000 morts . Ce ne sont pas tous des victimes du régime d'Assad comme on le dit . 100 000 environ sont des soldats de l'armée syrienne défendant le gouvernement. C'est un taux très élevé qui montre une guerre d'autant plus meurtrière qu'elle est menée contre des djihadistes suicidaires. Beaucoup de réfugiés affluant en Europe depuis le mois de juillet sont des jeunes que leur famille fait partir avant qu'ils ne soient mobilisés, pas nécessairement par refus du régime, seulement en raison du caractère très meurtrier des combats qui ne leur laisse que peu de chances d'en revenir vivants. Il y a au moins autant de morts du côté des djihadistes . Le reste , dans un calcul très approximatif, serait des civils. Quand un pays envahit ou en bombarde un autre et qu'il y a des victimes civiles, on parle de "dommages collatéraux" : au moins 40 000 en Libye en 2011. Quand il s'agit d'une guerre civile, on dira que le gouvernent bombarde "son propre peuple". Mais, de fait, les responsabilités des débordements en direction des civils sont partagées entre tous les belligérants.

Les causes de la guerre civile

Les origines du conflit ont fait l'objet d'une doxa manichéenne largement propagée en Occident et qui a longtemps fait l'unanimité dans les médias. La guerre a commencé au moment des printemps arabes : alors que les forces démocratiques ont rapidement renversé les régimes en place en Egypte, au Yémen, en Lybie ( grâce à une intervention occidentale ), en Tunisie , ils se sont heurtés en Syrie à une résistance inattendue du gouvernement de Bachar el Assad, jugée d'autant plus scandaleuse que ce régime était tenu pour encore pire que les autres. C'est la répression féroce des premières manifestations démocratiques, pacifiques, qui aurait, dit-on, créé l'enchainement fatal. Il ne fait pas bon avoir les puissants de ce monde contre soi. Dans ce schéma, c'est la seule cruauté du gouvernement Assad qui aurait suscité la résistance au régime et donc la guerre civile. La diabolisation du régime Assad par les médias occidentaux a très vite atteint un point de non retour où tout compromis avec lui devenait inenvisageable.

Il est difficile de porter un jugement équitable sur le régime en place dans ce pays. Sans doute n'est-il pas tendre avec ses opposants , comme beaucoup de régimes qui pourtant bénéficient des faveurs de l'Occident et, par là, de la bienveillance de la presse internationale. Il est difficile de se faire une opinion sur ce qui s'est passé lors des premières manifestations. On remarque cependant que plusieurs chefs accusation à l' encontre du régime demeurent douteux : peu d'observateurs tiennent pour certain par exemple que l'assassinat du premier ministre libanais Rafic Hariri (2005) lui soit imputable, encore moins le massacre de plus d' une centaine de civils dont beaucoup d'enfants à Homs (2011) ou encore l'utilisation d'armes chimiques dans les environs de Damas (2013), qui semble aujourd'hui une provocation des rebelles. Pourtant ces événements n'ont pas peu contribué à sa diabolisation. Quant aux révélations sur des tortures à grande échelle d'un supposé transfuge de la police syrienne dénommé César qui a justifié la l'inculpation récente d'Assad pour crime contre l'humanité devant les tribunaux français, là aussi il est difficile de se prononcer tant la guerre psychologique a atteint dans cette affaire un degré élevé d'intensité.

Il reste étonnant que la source quasi exclusive de l'information des médias occidentaux ( AFP comprise ) soit depuis quatre ans un Observatoire syrien des droits de l'homme basé à Londres , animé par un membre des Frères musulmans , la principale force d' opposition militaire ou politique.

De fait la dureté , incontestable, de la dictature d'Assad dont les deux piliers sont l'Armée et la police politique, s'inscrit dans la sociologie d'un pays marqué par une grande diversité religieuse ( sunnites majoritaires, alaouites, druses, chrétiens) et ethnique ( arabes, kurdes). La Syrie , terre de contacts depuis l'Antiquité, au carrefour des routes les plus fréquentées du Proche-Orient, constituée en Etat à la suite du le mandat français, ne pouvait garder sa cohésion que sous une poigne de fer. C'est ce qui explique les traits du régime d'Assad, père et fils : un modèle administratif français, une police politique de type soviétique, une authentique laïcité : les droits des chrétiens sont mieux respectés en Syrie que dans tout autre Etat de la région, y compris la Turquie kémaliste, l' Irak de Saddam Hussein, l'Egypte ou les territoires palestiniens . De fait, c'est l'état le plus laïque de la région. Pour atteindre ce résultat, Hafez el Assad , le père, avait compris qu'il lui fallait être impitoyable face à toute dérive fondamentaliste susceptible de mettre en cause la paix religieuse; c'est pourquoi que la révolte islamiste de la ville de Hama avait été sauvagement réprimée en 1982. Mais les forces centrifuges n'étaient pas éteintes et ont profité du printemps arabe pour relever la tête.

A vrai dire, Bachar el Assad serait venu rapidement à bout , au prix d'une répression ferme mais limitée, des révoltes de 2011, si de nombreuses puissances aux motivations diverses n'étaient intervenues pour soutenir militairement les opposants au régime et entretenir la guerre.

L'intervention des puissances

Les Etats-Unis d'abord pour qui faire tomber un des derniers dictateurs classiques du Proche-Orient, venu du Baas comme Saddam Hussein , était dans l'agenda défini par les néoconservateurs. Mais il y avait d'autres raisons à leur hostilité : faire sauter un pion pro-russe garantissant des facilités d'accostage à la flotte russe à la base de Tartous. Les Etats-Unis tenaient aussi au départ, à détruire un pays allié à l'Iran des ayatollahs.

Pour la France et l'Angleterre - voire l'Allemagne qui a aussi aidé les opposants syriens , la principale motivation était de suivre les Etats-Unis, avec une frénésie particulière de la part de la France ( Juppé d'abord Fabius ensuite) du fait sans doute que la France, patrie des droits de l'homme, se devait de parler sur ce sujet un ton au dessus des autres. Mais Paris voulait surtout complaire à l'Arabie saoudite et au Qatar, bons clients et partenaires financiers importants.

Israël voulait affaiblir un régime allié à la force libanaise chiite du Hezbollah, la plus menaçante qu' il y ait sur ses frontières et à l'Iran, tenu pour son principal ennemi.

Faire pièce à l'Iran , rival géopolitique était aussi une motivation forte de l'Arabie saoudite même si le royaume avait quinze ans auparavant apporté une aide considérable à Assad père pour qu'il mette la main au nom de l'islam sur le Liban tenu pour chrétien.

Motivation supplémentaire pour le Qatar - mais aussi pour les Etats-Unis, soucieux d'affaiblir la Russie : disposant d'une des plus grandes réserves de gaz naturel du monde, découverte vers 2000, il compte l'évacuer par un gazoduc transitant vers l 'Europe par la Syrie et la Turquie. Veto de la Syrie, inspiré par les Russes qui ne veulent pas favoriser un concurrent sur le marché de l' Europe occidentale.

Enfin il faut considérer le jeu trouble du président de la Turquie , Erdogan, frère musulman, qui double sa haine du régime laïque et hérétique d'Assad d'une ambition féroce de voir les Turcs reprendre pied dans la monde arabe, comme jadis sous les Sultans , au travers d'un régime syrien inféodé qui remplacerait celui d'Assad.

Face à cette coalition , Damas n'était aidé que par l'Iran dont les pasdarans sont présents sur le terrain, le Hezbollah et la Russie , au départ prudente dans son soutien militaire . On peut aussi mentionner la sympathie discrète mais peu opérationnelle de l'Algérie, pourtant sunnite, et depuis le renversement des Frères musulmans, de l 'Egypte du maréchal Sissi , l'armée égyptienne entretenant depuis Nasser des liens forts avec l'armée syrienne. On peut y ajouter une partie des dirigeants actuels de l'Irak, chiites eux aussi, même s'ils ont été mis en place et sont soutenus (en théorie) par les Etats-Unis.

Les Kurdes de Syrie , comme d'Irak, à la fois par hostilité à la Turquie et hostilité à Daesh en sont venus à être les alliés objectifs du gouvernement de Damas qui continue à verser les soldes à leurs milices.

L'aide internationale considérable reçue par la rébellion lui a permis de prendre le contrôle d' une partie importante du territorien syrien, environ les 2/3 mais seulement d' 1/3 de la population, l'essentiel de celle-ci étant concentré dans la région de Damas.

Le gouvernement tient la capitale ( malgré des bombardements sporadiques ) , la zone alaouite le long de la côte méditerranéenne et a reconquis l'axe qui relie ces deux pôles. L'appui efficace du Hezbollah a permis de sécuriser la frontière libanaise. Toutes les autres frontières séparent la Syrie de puissances hostiles. L'Est , en partie désertique il est vrai, est tenu aujourd'hui par les djihadistes de Daesh, le Nord étant, autour d'Alep deuxième ville du pays, et des zones kurdes, âprement disputé. Des rebelles sont présents aussi au Sud de Damas appuyés sur la Jordanie et Israël par le plateau du Golan.

L'aide des Occidentaux aux djihadistes

Depuis trois ans la situation était ainsi bloquée. Leur hostilité totale au gouvenrment Assad a conduit les Occidentaux à favoriser le développement des seules forces rebelles conséquentes: les islamistes. La France avait ainsi quelque dizaines d'officiers aux côtés des rebelles qui avaient pris la ville de Homs en 2011. Quand le gouvernement la reprit, ces soldats français, engagés sur le terrain mais pas du côté qu'on imagine, furent faits prisonniers et ultérieurement relâchés.

Cet engagement français du côté islamiste ne résulte pas seulement de préoccupations idéologiques ( du point de vue des droits de l'homme, Al Qaida semblait à certains préférable à Assad... ) , ou financières, il résulte aussi d'une erreur grossière d'analyse: la Syrie a été considérée avec les lunettes des autres printemps arabes sans qu'on ait tenu compte de deux spécificités : le fait que la minorité alaouite qui tient l'armée, se trouvait le dos au mur, les islamistes lui ayant promis l'extermination , la présence de la Russie qui n'a pas l'habitude, à la différence de l'Occident, de lâcher ceux qu'elle soutient.

L'aide considérable apportée , avec l'argent des monarchies pétrolières, par les Etats-Unis, l'Angleterre, la France et la Turque aux djihadistes de tout poil, en Syrie et en Irak, a permis à une faction de prendre le dessus à partir de 2013. S'autoproclamant Etat islamique au Levant ( Daesh) et même khalifat, elle contrôle aujourd'hui un territoire important au nord de l'Irak et à l'est de la Syrie où elle se livre aux exactions que l'on sait.

Mais à ses côtés se trouvent d'autres forces islamiques, comme Al Nosra, branche Syrienne d'Al Qaida, qui menace directement Damas.

Tout comme Daesh, ces groupes rebelles se réclament du fondamentalisme des Frères musulmans. Voulant garder un caractère discret à leur soutien à ces groupes djihadistes, les gouvernements occidentaux ont entretenu leurs opinions publiques dans l' illusion qu'ils aidaient une prétendue "Armée syrienne libre", démocratique et non islamiste. Il n 'est pas certain que cette Armée existe et en tous les cas , si elle existe, qu'elle ne soit pas islamiste.

L'exode des réfugiés

A cette situation bloquée et totalement catastrophique pour la majorité des Syriens ( en particulier les 2 millions de chrétiens , cible prioritaire des islamistes ), l'été 2015 est venu apporter des éléments nouveaux, pas tous de bon augure.

D'abord le phénomène des migrants. Est-ce en raison d'une certain découragement du camp gouvernemental et de la population syrienne civile qu'a eu lieu un exode massif se Syriens ( avec d'autres: Irakiens, Afghans etc.) vers l'Europe à partir de juillet ? Un million et demi de Syriens auraient fui , dont l'Allemagne aurait accueilli une bonne partie.

Précision importante : ce ne sont pas les réfugiés de Turquie ( qui sont parqués dans de vrais camps de concentration ) , ni ceux de Jordanie, ni même ceux du Liban qui partent, ce sont de nouveaux réfugiés, pour la plupart venus de Damas et de sa région. Ayant appris, au vu des déclarations de Mme Merkel, que l'Europe se ferait accueillante , ils gagnent la côté libanaise ( Tripoli ) en autobus, puis la Turque occidentale en avion, puis tentent leur chance sur des embarcations de fortune affrétées par des réseaux mafieux en direction de la Grèce pour ensuite gagner les Balkans et tenter d'arriver en Allemagne. Un nombre plus limité a gagné le Canada.

Ce flux , où l'élément syrien est dominant, continue aujourd'hui à raison de près de 3 000 passagers par jour. Rien ne dit qu'il va se tarir. De la part de l'Allemagne qui vient ainsi pomper les ressources humaines des pays en guerre, il est d'autant plus scabreux que si Mme Merkel a vraiment besoin de ces gens, il lui suffirait de leur envoyer un visa et un biller d'avion à 200 € plutôt que de les laisser payer 8000 € et risquer leur vie en mer.

L'exode est provoqué non seulement par le guerre , mais aussi par la situation économique désastreuse de la Syrie, une situation due en partie à l'embargo total ( qui touche même les médicaments) décrété par l'Union européenne . L'embargo interdit les liaisons aériennes qui permettraient aux déçus de rentrer chez eux.

Dans cette situation désespérante, l'été 2015 a apporté cependant quelques raisons d'espérer.

La nouvelle donne diplomatique : l'accord de Washington

L'évènement décisif a été l'Accord de Washington conclu le 14 juillet 2015 entre les Etats-Unis et l'Iran mettant fin à un long contentieux portant principalement sur les ambitions nucléaires de l'Iran, désormais gelées. Cet accord résulte essentiellement de la volonté du président Obama, qui a su l'imposer à une partie de son administration, au Congrès et aux idéologues néoconservateurs hostiles.

L'accord de Washington a cependant eu des conséquences sur d'autres terrains et d'abord en Syrie où Washington et Téhéran ont sans doute convenu de laisser encore quelque temps en place le président Bachar-el-Assad.

Que, en aidant les djihadistes contre le président Assad, les Occidentaux aient nourri un serpent dans leur sein qui n'aspirait qu'à les dévorer, est apparu dans toute sa netteté avec les attentats de Paris du 13 novembre, ouvertement revendiqués par Daesh. Ces attentats on contribué à débloquer à son tour la position française jusque là figée dans la configuration antérieure : hostilité radicale au régime Assad et soutien sinon à Daesh , du moins à Al Nosra. La France a été ainsi conduite à s'engager dans la guerre de Syrie du bon côté cette fois, celui qui combat les djihadistes , opérant une volte face non seulement vis à vis de la Syrie mais aussi vis à vis de la Russie. La France a dû ainsi se rapprocher de Moscou pour coordonner ses opérations en Syrie .

Mais les Américains n'avaient pas attendu l' attentat de Paris pour évoluer sur la question du Proche-Orient: dès le mois d'août, Obama avait appelé à la constitution d'une coalition élargie contre Daesh. La Russie avait saisi immédiatement cette perche, déclarant se joindre à la coalition pour en prendre , de fait, la tête au cours du second semestre. La Russie s'engageait largement dans le conflit dès septembre, par une campagne de bombardements massifs des positions islamistes et un soutien accru à l'armée syrienne. Un soutien particulièrement bien venu au moment où le régime d'Assad, assiégé dans Damas et sur la côte, et voyant ses jeunes recrues fuir en Europe, se trouvait en difficulté.

La Résolution du Conseil de sécurité du 18 décembre 2015

Au départ, les Occidentaux , singulièrement les Etats-Unis et la France, ont vu avec des réticences cet engagement russe. Avec les réserves d'usage, on peut penser que ces réticences sont levées au vu de la Résolution du Conseil de sécurité votée à l'unanimité le 18 décembre dernier qui lance un processus de paix pour la Syrie ne mentionnant pas le départ d'Assad et incluant le Front Al Nosra ( dont Fabius disait qu'"il fait du bon boulot") parmi les terroristes à combattre au même titre que Daesh.

Il s'en faut cependant de beaucoup que la résolution du 18 décembre résolve tous le problèmes. La négociation entre le parties en présence en Syrie promet d'être difficile.

Si l'on exclut Daesh et Al Nosra voués la destruction, que reste-t-il ? Des groupes rebelles mal définis, tel Ahrar Al Sham. Et surtout les opposants civils qui se sont réunis à Riyad le 10 décembre et dont la force principale est les Frères musulmans.

Certains , tel Renaud Girard[1], envisagent que la solution passerait par la libanisation de la Syrie, un découpage sur une base ethnico-religieuse. Ce serait accorder une importance excessive aux clivages religieux , moins pertinents sans doute qu'on le croit . Assad ne représente pas les Chiites et Daesh les Sunnites. D'abord parce qu' Assad est alaouite, ce qui n'est pas la même chose, sa femme est sunnite et la majorité des sunnites syriens ne veut pas tomber sous la coupe de Daesh surtout les femmes, influentes dans la société syrienne. Le recrutement de Daesh est en outre de plus en plus international.

Par ailleurs la Russie mène désormais le jeu. Et il n'est pas dans sa manière de se contenter d'une demi-victoire. Son but est de rétablir pleinement l'Etat syrien quitte le réformer ultérieurement.

Le rôle toujours aussi trouble de la Turquie

Si la France et sans doute les Etats-Unis semblent désormais décidés à faire la paix en Syrie, il s'en faut de beaucoup que la Turquie, où Erdogan vient d'être confirmé par les élections du 1er novembre, soit , elle, décidée à favoriser ce processus.

Nourrissant depuis plusieurs années le conflit en laissant passer les djihadistes vers la Syrie et l'Irak , envoyant en contrepartie des centaines de milliers de refugiés vers l'Europe qui transitent par son territoire, bombardant lui aussi son propre peuple au Kurdistan, Erdogan ne bénéficie pas moins des faveurs insignes de la communauté internationale laquelle s'est rendue à son invitation au sommet du G20 à Antalya le 16 novembre 2015. Une réunion de l'élite mondiale chez un soutien de Daesh, le lendemain même de l'attentat de Paris revendiqué par le même Daesh ! Beau témoignage de l'inconséquence de cette communauté internationale, singulièrement des Européens, en première ligne face à ces agissements hostiles. Angela Merkel, comme sidérée, était même allée le soutenir à une semaine des élections. Les sanctions lourdes prises par la Russie à la suite de la destruction d'un avion russe par le Turcs montrent cependant que tout le monde n'est pas dupe du jeu d' Erdogan . Mais de quelque manière qu'on le prenne , le problème syrien ne sera pas réglé tant que la Turquie ne sera pas définitivement neutralisée.

Roland HUREAUX

[1] Le Figaro , 21 décembre 3015

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2 janvier 2016 6 02 /01 /janvier /2016 13:40

Publié par Atlantico


Il est rare que les affaires du monde connaissent, à froid, un tournant décisif qui débloque des situations depuis longtemps gelées.

C'est ce qui s'est passé en 2015 dans les affaires du Proche-Orient et par voie de conséquence dans les rapports entre les Occidentaux et la Russie

L'acte décisif a été l'Accord de Washington conclu le 14 juillet 2015 entre les Etats-Unis et l'Iran mettant fin à un long contentieux portant principalement sur les ambitions nucléaires de l'Iran. Ces ambitions sont apparemment gelées, l'Iran se contentant d'être ce qu'on appelle un "pays du seuil", soit un pays disposant de la technique nucléaire mais renonçant à la mettre en œuvre et donc à se doter de l'arme nucléaire.

Cet accord résulte essentiellement de la volonté du président Obama, qui a su l'imposer à une partie son administration, au Congrès et aux idéologues néoconservateurs hostiles.

Sa première conséquence est la levée des lourdes sanctions économiques qui frappaient l'Iran . Il devrait en résulter un décollage rapide de ce pays de vieille civilisation qui possède les principaux atouts pour devenir rapidement un pays émergent: une population éduquée ( malgré la chape de plomb du régime des ayatollahs), des ressources minérales abondantes. Les entreprises américaines n'ont pas attendu l' accord pour se ruer sur le marché iranien laissant derrière elles les entreprises européennes qui avaient sacrifié leurs intérêts pour appliquer les sanctions ( le cas le plus emblématique est celui de Peugeot qui a perdu absurdement un marché de 600 000 véhicules au bénéfice de Général Motors).

Israël et l'Arabie saoudite ne sont pas satisfaits de cet accord : Tel Aviv considère que le régime iranien rêve toujours de puissance, plus que de développement économique, et que, à la première occasion, il le violera pour se doter de l'arme nucléaire, ce qui entrainera une guerre entre Israël et l'Iran, à laquelle on se prépare dans l' Etat hébreu. L'Arabie saoudite a le sentiment que les Etats-Unis pourraient opérer un changement de pied autour du Golfe persique risquant de choisir désormais comme allié privilégié l'Iran au lieu du royaume wahhabite. Est-ce parce qu'il craint de se trouver ainsi abandonné que le roi d'Arabie renoue avec Moscou ?

Un accord qui modifie sensiblement la géopolitique du Proche-Orient

L'accord de Washington s'est avéré cependant avoir des conséquences sur d'autres terrains et d'abord en Syrie où Washington et Téhéran ont sans doute décidé de laisser en place encore quelque temps le président Bachar-el-Assad.

C'est ainsi que toute la géopolitique de la région s'est trouvée débloquée.

Jusque là , la situation était figée dans une configuration désespérante. D'un côté, les Etats-Unis, la France, l'Angleterre, Israël, l'Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie ; de l'autre la Russie, l'Iran et la Syrie . Cette configuration a conduit les Occidentaux à tenir les mouvants djihadistes de Syrie et d'Irak pour des alliés objectifs et à leur fournir pendant quatre ans des armes et un entrainement, quand ils ne sont pas intervenus directement en leur faveur.

Que, ce faisant, ils aient nourri un serpent dans leur sein qui n'aspirait qu'à les dévorer, est apparu dans toute sa netteté avec les attentats de Paris du 13 novembre ouvertement revendiqués par Daesh. Ces attentats on contribué à débloquer la position française jusque là bloquée dans la configuration antérieure : hostilité radicale au régime Assad et soutien sinon à Daesh , du moins à son frère jumeau Al Nosra. La France a été ainsi conduite à s'engager dans les affaires de Syrie du bon côté cette fois, soit du côté qui combat les djihadistes , opérant une volte face non seulement en Syrie mais vis à vis de la Russie. Après avoir refusé de livrer les Mistral commandés par Poutine à Sarkozy, ce qui témoignait d'un degré élevé d' hostilité, la France a été conduite à se rapprocher de Moscou pour coordonner ses opérations en Syrie; c'est le but du voyage du ministre de la défense Jean-Yves Le Drian, à Moscou en décembre.

Mais les Américains n'avaient pas attendu l' attentat de Paris pour évoluer sur la question du Proche-Orient: dès le mois d'août, Obama avait appelé à la constitution d'une grande coalition contre Daesh. La Russie avait saisi immédiatement cette perche, déclarant se joindre à la coalition pour en prendre , de fait, la tête au cours du second semestre. La Russie s'engageait largement dans le conflit, dès septembre, par une campagne de bombardements massifs des positions islamistes et un soutien accru à l'armée syrienne. Un soutien particulièrement bien venu au moment où le régime d'Assad, assiégé à Damas et sur la côte et voyant ses jeunes recrues fuir en Europe, se trouvait en difficulté.

Au départ, les Occidentaux , singulièrement les Etats-Unis et la France, ont vu avec réticence cet engagement russe. Avec les réserves d'usage, on peut penser que ces réticences sont levées au vu de la Résolution du Conseil de sécurité votée à l'unanimité le 18 décembre dernier qui lance un processus de paix pour la Syrie ne mentionnant pas le départ d'Assad et incluant le Front Al Nosra ( dont Fabius disait qu'"il fait du bon boulot") parmi les terroristes à combattre au même titre que Daesh.

De pair avec une certaine coopération sur le front syrien entre Occidentaux et Russes, va l'apaisement au moins temporaire du conflit ukrainien , sinon résolu, du moins provisoirement gelé.

Mais qui ne résout pas tous les problèmes de l'Europe , tant s'en faut

La résolution du 18 décembre ne résout pas tous le problèmes. La négociation entre le parties en présence en Syrie promet d'être difficile. Si la France et sans doute les Etats-Unis semblent désormais décidés à faire la paix en Syrie, il s'en faut de beaucoup que la Turquie, où Erdogan vient d'être confirmé par les élections du 1er novembre, soit décidée à favoriser ce processus.

Nourrissant depuis plusieurs années le conflit en laissant passer les djihadistes vers la Syrie et l'Irak , envoyant en contrepartie des centaines de milliers de refugiés vers l'Europe transitant par son territoire, Erdogan ne bénéficie pas moins de faveurs insignes de la part de la communauté internationale laquelle s'est rendue à son invitation au sommet du G20 à Antalya le 16 novembre 2015. Une réunion de l'élite mondiale chez un soutien de Daesh, le lendemain même de l'attentat de Paris revendiqué par le même Daesh ! Beau témoignage de l'inconséquence de cette communauté internationale, singulièrement des Européens en première ligne face à ces agissements hostiles. Les sanctions lourdes prise par la Russie à la suite de la destruction d'un avion russe par le Turcs montre cependant qu' Erdogan a trouvé à qui parler.

S'agissant l'Europe, les évolutions au Proche-Orient ne résolvent pas non plus la question de l'arrivée massive de réfugiés ou immigrés clandestins venus de Libye tout au long de l'année et de Turquie depuis l'été. Le million est largement dépassé et le flux continue sans fléchir.

Mais il faut bien voir que ce flux de se serait pas établi si certains Européens, principalement les autorités de Bruxelles et le gouvenrment Merkel ne l'avaient expressément voulu . Si pour les populations européennes - et sans doute les pays de départ dont il vide la substance, comme le rappelait récemment Mgr Youssouf Thomas Mirkis, archevêque de Kirkouk ( Irak ), il apparaît comme un problème, pour la commission de Bruxelles et Mme Merkel, il apparait comme une solution, solution à un problème démographique qui leur semble désespéré. Il est vain d'attendre des évolutions du Proche-Orient un tarissement de ces flux tant que les principaux responsables de l'Europe ne seront pas fermement décidés à y mettre un terme.

La position allemande dans cette affaire n'est pas sans rapport avec celle qu'elle a sur l'affaire grecque , soit l'extrême dureté du régime économique qu'elle impose à la Grèce en proie à une crise insurmontable du fait de son appartenance à un euro pas vraiment taillé à sa mesure. Haine de soi d'un côté pour une partie de l'élite dirigeante allemande qui accepte sans sourciller la perspective d'un remplacement partiel de sa population et des lourdes difficultés intercommunautaires qui vont avec. Psychorigidité à la limite du sadisme dans la défense de l'euro, de autre, cela au détriment de presque tous les pays du reste de l'Europe mais singulièrement de la Grèce. Une Grèce dont les problèmes ne sont pas près d'être réglés : la troïka qui la dirige de fait a récemment refusé que le gouvenrment Tsipras mette en place des soupes populaires pour les indigents !

Si les affaires du Proche-Orient et les relatons avec la Russie semblent avoir connu en 2015 un tournant important, il s'en faut de beaucoup que les problèmes graves de l'Europe occidentale aient, eux, trouvé un commencement de solution, au contraire: la crise grecque, l'afflux d'immigrés et les attentats de Paris montrent qu'ils sont au contraire sur la pente de l'aggravation. Le vote de rejet des électeurs français aux dernières élections régionales montre qu'ils en sont tout à fait conscients.

Roland HUREAUX

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25 décembre 2015 5 25 /12 /décembre /2015 15:17

Publié dans Le FigaroVox

Assurément la crèche s'inscrit dans l'héritage chrétien. Que l'enfant Jésus ait été placé dans une crèche (ou une mangeoire) est mentionné à trois reprises dans l'Evangile selon saint Luc .

Pour les musulmans, Jésus (Issa) et Marie (Myriam) sont tenus pour des figures très importantes, tout comme l'ange Gabriel (Jibril) . L'islam croit en la conception virginale. La sourate XIX ( verset 22) du Coran, dite sourate de Marie, raconte la naissance de Jésus qui est désigné comme un prophète "ni violent, ni malheureux" (verset 32) . Même s' il est précisé un peu plus loin que Dieu ne saurait avoir un fils , il a la dignité du dernier des prophètes avant Mahomet et sa mère fait l'objet d'un grand respect, tout comme son cousin Jean le Baptiste dont le tombeau est vénéré dans la grande mosquée de Damas.

C'est dire combien s'égarent ceux qui voudraient interdire les crèches dans l'espace public pour ne pas offenser les musulmans.

Sous un palmier

Il est vrai que dans le Coran , Jésus nait sous un palmier. Mais cela ne contredit nullement la tradition chrétienne. Seuls en effet des écrits apocryphes tardifs (Evangile du Pseudo-Mattieu, Protoévangile de Jacques, Vie de Jésus en arabe) mentionnent que cette crèche se trouve dans une grotte, un élément symbolique sur lesquels les psychanalystes ont sans doute beaucoup à dire. Un autre apocryphe, la Vie de Joseph le charpentier précise que la naissance a eu lieu près du tombeau de Rachel femme du patriarche Jacob. Mais qui dit mangeoire dit point d'eau, qui dit point d'eau dit palmier, en tous les cas au Proche-Orient. Jésus a pu naitre sous un palmier et être placé ensuite dans une crèche, laquelle pouvait se trouver en plein air comme c'est généralement le cas aux lisières du désert.

Il est donc possible de faire une crèche œcuménique en ajoutant un palmier, sans trahir le texte biblique.

Cela vaudrait assurément mieux que d'ajouter un sapin. Non seulement le sapin est absent de la Bible, et pour cause, mais c'est à tort qu'on en a fait un symbole chrétien . Il procède plutôt des cultes de la nature issus du Nord de l'Europe . Symbole de vie éternelle car son feuillage est pérenne, il évoque, bien plus que la Nativité, le culte du solstice issu du vieux fond païen indo-européen .

Il est remarquable que ceux qui, par ultra-laïcisme, promeuvent l'effacement des fêtes chrétiennes du calendrier ne trouvent à se rabattre que sur ces symboles naturistes néo-païens se référant au calendrier solaire : solstice d'hiver; solstice d'été, équinoxes. Revenir à une symbolique païenne après vingt siècles de judéo-christianisme , il y a eu des précédents à ces tentatives dans l 'Europe des années trente. Les intellectuels hostiles au christianisme de cette époque avaient mieux compris que nos laïcistes que ce n'est pas dans l'humanisme de gauche que se trouve la contradiction la plus radicale à l'héritage chrétien. Ils tentèrent d'en tirer, de la manière que l'on sait, les conséquences.

La fête de Noël rassemble de nombreux personnages : notamment les mages , dont l'Evangile selon saint Matthieu qui seul en parle, ne dit ni qu'ils étaient trois, ni qu'ils étaient rois. Là encore ce sont les apocryphes qui ont fixé cette tradition. Une légende a propagé qu'ils venaient l'un d'Asie, l' autre d'Europe (ou d'Arabie) , le troisième d'Afrique , et tous les trois vinrent s'incliner devant un enfant juif. Mais l'Ecriture parle de "mages venus d'Orient" et le nom de mage , sage ( μάγοι ) en grec désigne alors un prêtre zoroastrien ( ou mazdéen) d'Iran.

Passons de la légende à l'histoire : quand le roi de Perse Chosroês II, mazdéen, envahit la Palestine en 614 après sa victoire sur les Byzantins, il commence à démolir les églises, mais il épargne la basilique de Bethléem en reconnaissant sur la coupole la figure des trois mages habillés à la manière de son pays. Au passage, on rappellera que le même entreprend ensuite de réinstaller les Juifs à Jérusalem.

Même s'il ne faut pas sur-interpréter ces convergences, Il est peu probable que la disparition des crèches de Noël de l'espace public, écoles comprises, favorise la paix religieuse en Europe , bien au contraire.

Roland HUREAUX*

* auteur de Gnose et gnostiques des origines à nos jours , Desclée de Brouwer, 2015

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18 décembre 2015 5 18 /12 /décembre /2015 09:12

COMMENT FRANCOIS HOLLANDE SERT LES INTERETS DE MARINE LE PEN

François Hollande voudrait favoriser l'accession au pouvoir de Marine Le Pen en 2017 qu' il ne s'y pendrait pas autrement.

Parlant de Hollande et Valls, Le Parisien évoque "leur plan pour dynamiter la droite", "un plan diabolique pour torpiller l'opposition" [1].

Ce plan? Rebondir sur l'idée du Front républicain que la gauche a imposé aux régionales pour attirer dans l' orbite du président une partie de l'UMP , celle qui est la plus éloignée au Front national : Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin, Nathalie Kosciusko-Morizet , Xavier Bertrand et même Christian Estrosi auquel le PS a permis d'accéder à la tête de la région PACA. Le résultat prévu : faire voler en éclat "Les Républicains", marginaliser Nicolas Sarkozy, campé sur le ni-ni : ni alliance avec le Front national, ni avec le Parti socialiste. François Hollande , n'ayant plus aucun espoir d'être réélu comme candidat du PS, veut l' être comme celui de l'UMPS

Pour le Front national, le bénéfice serait triple:

D'abord, François Hollande l'installe dans le rôle du seul grand parti d'opposition. Car le Front républicain n'est qu'un autre nom de l'UMPS , dénoncée par le Front national. Rapprocher la droite et la gauche "républicaines" , c'est cautionner ce que dit Marine le Pen : que rien d'essentiel ne les sépare. La seule alternative à leur politique commune serait donc le Front national. Certes l'opposition ne gouverne pas . Pas encore : il est dans la nature de la démocratie que le grand parti d'opposition accède un jour au pouvoir. On peut barrer la route à un parti marginal , on ne peut pas le faire à la principale force d'opposition. Même en Suède, même au Japon, même au Mexique (et demain sans doute en Russie) où le même parti s'était installé au pouvoir pendant des dizaines d'années , l'alternance a fini par avoir lieu. L'élection de Marine Le Pen en 2017 paraît monstrueuse à beaucoup et par là inimaginable. Mais, qui s'en souvient ? après vingt-trois ans de gaullisme et de giscardisme, celle de François Mitterrand en 2001, surtout lesté de ministres communistes, ne le paraissait pas moins à beaucoup. Après son élection, beaucoup écarquillaient les yeux car ils avaient du mal à y croire. Le même François Mitterrand , parlant de Jaques Chirac , dit vers 1994 : "C'est le tour de Chirac". Le peuple français ne raisonne pas autrement : il dira "C'est le tour de Marine Le Pen".

Ensuite , même si la manoeuvre aboutissait à marginaliser Nicolas Sarkozy, une partie de l'UMP , autour de lui ou d'un autre, ne l'acceptera pas . Et , isolée, elle ne manquera pas de durcir ses positions. François Hollande souhaite qu'aucun candidat de la droite classique n'accède au second tour de la présidentielle . Mais obtenir alors le ralliement d'une UMP en bon ordre de marche est une chose, l'avoir démembrée avant l'élection en est une autre. On a dit que le Front n'avait pu passer la barre du succès au second tour dans les régions où il était en tête pare qu'il lui manquait une "réserve". Cette réserve, le président , par ses manouvres, la lui prépare !

Enfin, quand on se gargarise sur les zones de recouvrement entre la droite du PS et la gauche de l'UMP ( avec l'UDI, le MODEM etc.), recouvrement qui permettrait de prendre des initiatives communes, sur l'emploi par exemple, qui ne voit que c'est dans cette zone de recouvrement que se trouvent les politiques les plus honnies du peuple français, celles qui le poussent le plus à voter pour les extrêmes ?

A la gauche de la gauche, il y aurait des thèses propres à plaire au peuple : la justice fiscale, la limitation des inégalités.

A la droite de l'UMP, un souci accentué de la sécurité ou de l'identité nationale sont également propres à maintenir une certaine ancrage populaire à ce parti.

Mais si l'on devait résumer tout ce qui pousse les Français à se détourner des partis classiques, c'est précisément dans la zone de recouvrement de la droite et de la gauche classiques qu'on le trouverait : un attachement sans le moindre recul aux logiques européennes, à l'atlantisme et au libre-échange, probablement l'adhésion au TAFTA , contre lequel se dressent Jaques Myard et Jean-Luc Mélenchon mais sûrement pas Jean-Pierre Raffarin et Emmanuel Macron, un droit-de l'hommisme paralysant pour toute politique efficace contre la délinquance ou l'immigration clandestine et surtout le conformisme technocratique en toutes matières: suppression de la commune, des professions à statut comme les notaires et les pharmaciens , suppression du repos le dimanche , cher à Macron , bref tout ce qui déconstruit et par là désespère, au nom d'un libéralisme mal compris, la société française.

Quant à l'emploi, parlons en : s'il est une convergence entre Macron et Juppé ou Kosciuszko-Morizet, c'est un attachement sans faille à l' euro. Mais l'euro , au moins tel qu'il est géré, n'est-il pas le principal obstacle à la solution au problème de l'emploi ? Quelle initiative commune pourraient donc prendre les convergents pour faire mieux , dans le cadre étriqué des contraintes imposées par Bruxelles, que ce qu'ont déjà tenté successivement et sans succès Sarkozy puis Hollande ?

Les centristes sont on le sait, gens arrangeants, entre eux certes, mais surtout à l'égard de toutes les logiques internationales ou technocratiques, précisément celles qui révoltent le peuple. Si l'on s'en tenait aux critères du XIXe siècle où l'extrême droite désignait alors le parti le plus éloigné du peuple, la vraie extrême droite, aujourd'hui, tel est le paradoxe de notre temps, c'est le centre ! Comme , chacun à sa manière, Nicolas Sarkozy et Martine Aubry l'ont compris, le meilleur moyen de rendre un peu plus haïssables les partis de gouvenrment est de s'en tenir à leur dénominateur commun.

Il est clair que l'actuel chef de l'Etat , qui se drape si volontiers dans la toge républicaine de l'opposition intransigeante au Front national, fait tout, par intérêt personnel, pour le rapprocher du pouvoir.

Roland HUREAUX

[1] 16 décembre 2015

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18 décembre 2015 5 18 /12 /décembre /2015 09:09

Phénomène fascinant, aux lisières du christianisme , la gnose n'est pas facile à définir.

On s'accorde généralement sur le fait qu'elle connaît sa période "classique" au IIe siècle au sein de l'Empire romain: Antioche, Alexandrie et Rome. Certains savants proposent même de parler pour cette période de gnosticisme, réservant le mot gnose à un phénomène plus général.

Les figures marquantes de la gnose primitive sont bien connues, au moins de nom: Ménandre et Saturnin à Antioche, Basilide et Carpocrate à Alexandrie, Valentin et Marcion , eux aussi originaires d'Orient mais qui "montèrent à la capitale" et répandirent leur doctrine à Rome. Tous ceux-là eurent des disciples et beaucoup d'autres gnostiques ont laissé au moins leur nom à la postérité. Assez vite des sectes étranges comme les ophites s'adonnant au culte du serpent ou les caïnites vénérant Caïn apparaissent dans les marges du courant gnostique , notamment en Egypte.

A cette gnose gréco-latine originaire, il faut ajouter l'importante figure de Mani (ou Manès), apparu en Mésopotamie un siècle plus tard (vers 240) mais dont la doctrine complexe se situe entièrement dans le sillage de Marcion, à la suite duquel il oppose un dieu du bien et un dieu du mal, et de Basilide dont il pousse encore plus loin la métaphysique complexe. Il a , lui, à la différence de ses prédécesseurs, construit une Eglise manichéenne qui s'est étendue de Rome à la Chine.

Les caractères de la gnose antique

Quoi de commun entre ces différents personnages ? Un certain nombre de caractères que l'on retrouve chez eux avec des variantes:

- d'abord, ils font tous référence au Christ, ce qui a amené certains à les considérer comme des chrétiens . Mais le Christ des gnostiques est docète (de dokein , en grec, apparaître) , c'est à dire qu'il ne s'est incarné qu'en apparence , qu'il n'a pas été crucifié lui-même et qu'il n'est pas Dieu, seulement une émanation plus ou moins lointaine du Premier principe;

- ils professent que le salut s'obtient par la connaissance (gnosis) et non par la foi, la vertu ou l'amour comme le pensent les chrétiens orthodoxes;

- cela suppose un processus initiatique qui réserve ce salut (et les connaissances qu'il implique) aux seuls initiés. Ils tiennent les croyances chrétiennes ordinaires pour une religion à l'usage des simples , exotérique, se réservant les secrets, ésotériques, de la gnose;

- l'esprit a la primauté absolue sur la matière et seules, à la fin des temps , subsisteront les âmes , vouées à s'unir au Plérôme ( le Premier principe et tout ce qui l'entoure : éons, anges etc.) Ceux qui n'arrivent pas au plérôme pourront le cas échéant, être réincarnés , bénéficiant ainsi d'une deuxième chance ;

- la matière est mauvaise; le monde sensible, tel que nous le connaissons, est radicalement mauvais et voué à la destruction ;

- le Dieu suprême, quand son existence est admise ( Basilide parle du Dieu néant) ne saurait être le créateur du monde sensible puisque celui-ci est mauvais, ce qui justifie une vision en cascade extrêmement complexe du monde céleste ( 365 cieux pour Basilide ). Le monde présent a été créé par des êtres intermédiaires qui se seraient fourvoyées : l'éon Sophia pour Valentin, le démiurge pour d'autres ou carrément par un Dieu mauvais symétrique du Dieu bon ( Marcion, Mani)

- le Nouveau testament est accepté , au moins en partie, par les gnostiques, mais pas l'Ancien : ce rejet que l'on croit souvent propre à Marcion se retrouve à des degrés divers chez tous les gnostiques de l'Antiquité ; au Dieu vengeur de la Bible juive, ils opposent le Dieu bon annoncé par Jésus.

- le rejet de l'Ancien testament implique chez la plupart des gnostiques ( pas chez Valentin, semble-t-il ) le rejet de la loi de Moïse donnée par le Dieu mauvais. Soit ils ne trouvent pas cette loi assez exigeante et tombent dans l'encratisme : refus absolu de la sexualité comme de tous autres plaisirs matériels , soit au contraire ils s' adonnent au plaisir de manière désordonnée, considérant que tout ce qui concerne la chair n'a pas d'importance : deux manières de nier le corps que l'orthodoxie , au travers des dogmes de l' Incarnation et de la Résurrection de la chair , tient au contraire en haute estime: Tertullien écrit contre les gnostiques un "Traité de la chair du Christ".

Ces différents caractères de la gnose antique sont inégalement spécifiques.

Le processus initiatique existe dans beaucoup de religions. On peut même se demander pourquoi le Christ dit à ses disciples "à vous, il est donné de connaître les mystères du Royaume des cieux tandis qu'à ces gens là, cela n'est pas donné." (Mt 13, 10). Les cultes à mystères venus d'Orient (Déméter, Isis, Mithra ), florissant dans l'Empire romain, procédaient aussi à des initiations, mais il ne semble pas que ces initiations aient comporté la transmission d'une doctrine, qu'elle aient été autres que rituelles.

Le dualisme ne se trouve que chez certains gnostiques, pas tous. Mais au fur et mesure de son évolution, la gnose tend, surtout avec Mani, à le généraliser.

La dévalorisation de la matière au bénéfice de l'esprit pourrait être un héritage de Platon, mais ce dernier n'est jamais allé jusqu'a dire que le monde sensible était l'œuvre du démon ou d'un Dieu du mal.

En fait la marque distinctive de la gnose antique est sans doute cette définition, formulée par Plotin, un disciple de Platon, contemporain des gnostiques : "ceux qui disent que le démiurge de ce monde est mauvais et que le Cosmos est mauvais" . Formulée aussi radicalement, cette affirmation ne se trouve nulle part ailleurs que dans la gnose antique ( et le bouddhisme sur lequel nous reviendrons ) et elle est partagée par tous les courants.

Gnose et christianisme

Le rapport de la gnose au christianisme fait l'objet de débats : que penser de la légende rapportée par saint Irénée selon laquelle la gnose aurait été inventée par Simon le magicien , qui apparait dans le Nouveau Testament comme un concurrent des apôtres ? Il ne faut pas l'exclure et plusieurs indices laissent à penser que la gnose existait dès le Ier siècle dans l'environnement de la première annonce du message chrétien. Renan parle à son propos d'"une maladie infantile, un croup " du christianisme, ce que récusent, sans beaucoup d'arguments , les érudits allemands comme Hans Jonas, qui pensent que la gnose, si elle a interféré avec le christianisme, demeure un phénomène autonome.

Un Père de l'Eglise comme Saint Clément d'Alexandrie ( fin du IIe siècle) pense même qu'il y a une gnose chrétienne légitime, dans la mesure où elle est subordonnée à la foi, et que ce qu'on appelle habituellement la gnose n'est qu'une "fausse gnose" . Le pape Benoît XVI a confirmé cette doctrine.

L'origine juive de la gnose , souvent alléguée, est problématique compte tenu de l'antijudaïsme de tous les gnostiques de l'Antiquité.

L'origine orientale est également sujette à caution : le fameux dualisme iranien qu'on invoque est-il vraiment antérieur au manichéisme , lui-même issu de la gnose gréco-latine ? C'est douteux car le dualisme n'est pas seulement une opposition entre le bien et le mal , que l'on trouve dans toutes les religions, mais l'identification au mal au monde sensible. Or cette identification n'apparait pas dans le zoroastrisme, ni dans sa continuation, le mazdéisme.

L'influence de l'hellénisme

Nous suggérons pour notre part que la gnose , contemporaine de l'expansion du christianisme, qui connait un succès grandissant aux IIe et IIIe siècles, reflète la réaction d'une partie du monde grec à une doctrine qui exerce une forte séduction , qui parait alors en avance sur les autres, mais dont ils refusent l'élément sémitique, notamment son sens de la positivité fondamentale du monde et la loi de Moïse.

Face à la prolifération des doctrine gnostiques au Ier et surtout au IIe siècle, l'Eglise que l'on appelle déjà catholique, réagit . Saint Irénée et Tertullien démontent patiemment les mécanismes de la pensée gnostique avant de les réfuter. Ils furent longtemps notre source principale sur elles, jusqu'à ce que soient découverts à Nag Hammadi, dans le désert égyptien, des manuscrits originaux de type gnostique aujourd'hui publiés par la Pléiade. Parmi eux l'Evangile de Marie (Madeleine), l'Evangile de Thomas et par ailleurs celui de Judas, textes assez courts et sans doute plus tardifs que les évangiles canoniques : malgré leur contenu assez mince, ils suscitent beaucoup de curiosité.

La vigueur de la réaction de l'Eglise occidentale a permis de séparer très tôt les gnostiques des orthodoxes. C'est peut-être ce qui explique le déclin de la gnose occidentale , concomitant de l'essor du manichéisme en Orient. Toutefois certaines sectes gnostiques demeurent vivaces jusqu'au IVe siècle : Epiphane de Salamine en dresse le catalogue vers 380 ; il n'en repère pas moins de quatre-vingt variétés.

Influences gnostiques

En Perse et en Mésopotamie, le manichéisme est balayé par l'islam au VII siècle . Si l'islam ne saurait être considéré à proprement parler comme une gnose , puisque il préserve l'idée d'un Dieu unique créateur du monde et la valeur positive de celui-ci, et qu'il ne revêt pas, au moins dans sa forme sunnite , de caractère initiatique, il est probable que la gnose a inspiré certaines sectes périphériques à l'islam comme les alaouites, les alévis, les druses , les haschischins, ancêtres des Ismaéliens, les yézidis . Les mandéens présents en Irak depuis les temps les plus reculés pourraient descendre des disciples de Jean le Baptiste d'où est issu Mani , mais leur orientation gnostique nous semble davantage l'effet de l'influence manichéenne qu'un caractère originel.

Plus mystérieuse est l'influence possible du manichéisme sur le bouddhisme. Les deux doctrines se ressemblent beaucoup ( jusqu'au végétarisme et à la réincarnation). Sur certains sites archéologiques chinois du VIIe siècle, les noms de Mani et de Bouddha semblent interchangeables. Si Bouddha est , en théorie, une figure beaucoup plus ancienne, les premiers écrits bouddhiques sont postérieurs à l'apparition du manichéisme. On a longtemps considéré que l'influence était en sens inverse, de l'Orient vers l'Occident, mais cela semble aujourd'hui moins probable que l'inverse. La question demeure en tous cas ouverte.

Si le manichéisme , soumis presque partout à une rude persécution, s'efface peut à peu à la fin du Ier millénaire, ses idées perdurent et se transmettent sans que leurs adeptes soient toujours conscients d'une filiation vis à vis de Mani dont les nombreux écrits sont perdus. C'est ainsi que les Pauliciens en Arménie ( VIIIe - IX e siècle), ou les Bogomiles dans les Balkans ( Xe - XIIe siècle ) reprennent l'essentiel de l'héritage manichéen.

Les cathares

On peut en dire autant des cathares du Midi de la France, actifs à partir du XIIe siècle et jusqu'à leur extinction au début du XIVe siècle. Bien que leur doctrine ressemble étrangement, jusqu' au dualisme ou la réincarnation, à celle des manichéens, que leur morale soit tout aussi austère, beaucoup d'érudits locaux pensent qu'elle serait un produit du milieu occitan, une controverse difficile à trancher. L'influence des bogomiles, même si les documents manquent pour l'établir, semble cependant l'hypothèse la plus vraisemblable.

C'est à la suite de la crise cathare et peut-être en réaction contre cette doctrine, que l'Eglise officielle découvre au cours du XIIIe siècle l'intérêt de la philosophie d'Aristote , dont la conception du monde sensible est beaucoup plus positive que celle de Platon lequel, jusque là faisait autorité et qui fait toujours autorité dans les Eglises orientales. Dans la grande synthèse qu'il édifie entre Aristote et la révélation chrétienne, saint Thomas d' Aquin réhabilite , plus nettement qu'on ne l'avait jamais fait jusque là , la sexualité et la société terrestre, ce qui n'empêche pas des relents gnostiques dans leur dimension encratique ( condamnation absolue de la sexualité) de persister au sein du christianisme, le jansénisme qui sévit partir du XVIIe siècle en étant une manifestation parmi les plus manifestes.

Les formes modernes de la gnose

Si la fin du catharisme marque un tournant , celui de l'épuisement de la veine de Basilide, Valentin , Marcion et Mani , que nous appelons la gnose classique, l'esprit gnostique a perduré sous différentes avatars jusqu'à nos jours.

Pourtant les gnoses qui se succèdent depuis le XIIIe siècle sont à bien des égards différentes de celles de l'Antiquité : elles ne constituent plus des églises organisées ayant pignon sur rue comme pouvait l'avoir eu le manichéisme. Elles se structurent autour de figures charismatiques : mages, théosophes, inspirés de différentes sortes, les uns profonds et respectables, les autres à la limite du charlatanisme. C'est une gnose de salon ou de conventicules qui se réclame d'une Tradition mais qui présente des formes variées.

Parmi les théosophes, on citera des humanistes comme Pic de la Mirandole, Roechlin, le docteur Faust dont on connait la destinée littéraire et lyrique, Jacob Böehme, Lavater , Swedenborg, Claude de Saint-Martin et bien d'autres. René Guénon (1886-1951) se situe dans cette lignée.

Le romancier J.K.Huysmans nous a montré comment certains groupes occultistes du XIXe siècle ont repris les pratiques sulfureuses des ophites ou des naassènes.

La franc-maçonnerie qui apparait en Angleterre au début du XVIIIe siècle, apparait comme une tentative de fédérer les courants théosophiques mais elle se scinde très vite entre des fidèles des traditions ésotériques et ceux qui leur préfèrent le rationalisme des Lumières soutenu par l'essor de la pensée scientifique.

Différences avec la gnose antique

Les gnoses modernes ont perdu puiseurs éléments fondamentaux des gnoses antiques.

Le dualisme ou les métaphysiques alambiquées à la manière de Basilide ou de Mani , qui mettent à distance Dieu et les créatures mauvaises, disparaissent de l'horizon.

En revanche réapparaissent les tendances que l'on observait chez Simon le magicien lequel voulait acheter leur pouvoir miraculeux aux apôtres : transformer en un savoir transmissible ce qui chez le Christ relève de la gratuité de la relation interpersonnelle ; c'est ainsi que la Christian science fondée par Mary Baker Eddy aux Etats-Unis au XIXe siècle, propose d'utiliser le savoir occulte qui sous-tendrait selon elle les Evangiles en vue d'un meilleur accomplissement personnel.

La kabbale

Dans le courant du Moyen Age s'était développé en Languedoc et dans le Nord de l'Espagne une sorte de gnose juive appelée la kabbale dont on ne sait pas exactement ce qu'elle doit à la gnose chrétienne. Si la kabbale use d' un riche symbolisme et se livre à des spéculations métaphysiques et mystiques complexes, elle préserve l'idée d'un Dieu créateur et surtout la positivité du monde. Dans la fidélité au judaïsme, elle tient en haute estime la sexualité dans le mariage. L'influence de la kabbale sur les courants chrétiens humanistes est avérée à la Renaissance. C'est une des raisons pour lesquelles l'héritage juif est considéré dans le milieu gnostique moderne de manière beaucoup plus positive que dans l'Antiquité.

A la différence des gnoses antiques et , dans la continuité de la kabbale qui est une de leurs sources d'inspiration, les gnostiques modernes tiennent généralement que le monde sensible n'est pas intrinsèquement mauvais (à l'exception du philosophe Schopenhauer que l'on peut rattacher à la filiation gnostique). Beaucoup virent pour cela à une sorte de panthéisme, voyant Dieu non comme un être lointain à la manière de Basilide ou Valentin mais comme une sorte d'âme du monde. A tort on confond ce panthéisme avec la gnose proprement dite.

Les gnoses modernes doivent en outre, sauf à se marginaliser, tenir compte des progrès de la science positive qui étudie le monde réel et prendre leurs distances avec les pratiques magiques qui étaient répandues dans les milieux gnostiques de l'Antiquité.

Comment la modernité est gnostique

Il reste que, malgré ces différences, le monde moderne présente une série de traits qui le situent dans la continuité de la gnose.

D'abord la conviction qu'il y a d'un côté les sachants aptes à diriger le monde et les autres , conviction en opposition au principe démocratique pour lequel, au contraire, la voix de la multitude prévaut. On peut qualifier cette conviction de technocratique mais, en fait , loin de reposer sur une vraie technique, elle est sous-tendue par l'idéologie. L'idéologie , qui réduit la réalité sociale à des idées exagérément simplifiées, est sans doute la forme moderne de la gnose.

L'idée que , sinon le monde, du moins l'homme est mauvais , ressort d'une hyper-écologie qui tient l'humanité toute entière pour une nuisance et voudrait réduire la population mondiale des neuf dixièmes. D'autres idéologues considèrent que l'homme est, sous tous les rapports, à réformer : il est spontanément chauvin, raciste, xénophobe, homophobe , pollueur, etc. A partir de là, le pouvoir politique s'attache à le libérer de tous ces penchants mauvais , quitte à transformer la société en un vaste camp de rééducation. La théorie du réchauffement de la planète semble venir à point nommé pour imposer une révision de tous nos comportements.

Dans l'idée très répandue , notamment chez Marx et ses disciples, que le passé n'est qu'une logue préhistoire remplie de calamités, se trouve quelque chose comme le rejet radical du passé juif par Marcion. Ce qui fait dire à Rémi Brague que le monde moderne est marcionien.

Si l'antijudaïsme des gnostiques antiques a , on l'a vu, disparu, le rejet de la morale, en particulier sexuelle, et spécifiquement du mariage , apparu dans les années soixante, n'est pas sans rapport , comme l'a bien vu Michel Onfray, avec certaines attitudes des premiers gnostiques.

Plus que jamais le savoir est tenu pour salvateur. Même si la matière est réhabilitée, l'univers , y compris l'homme lui-même, est désormais considéré comme un vaste champ d'expérience ouvert à l'esprit humain pour qu'il le maitrise, comme s'il était extérieur à lui. La théorie du genre , fondée sur la césure entre les données physiques relatives au sexe et le vécu psychologique ou encore le transhumanisme se situent dans cette lignée.

Les idéologies contemporaines ont mené cette domination de l'idée , jugée apte à tout réformer, à une logique de destruction dont on sait jusqu'où, dans certains cas extrêmes, elle a pu aller .

Même si les théories de Basilide et de Valentin de sont plus à l'ordre du jour , il se peut que nous soyons aujourd'hui , plus que jamais tributaires d'une vision gnostique du monde.

Roland HUREAUX

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18 décembre 2015 5 18 /12 /décembre /2015 09:08

APRES LES ELECTIONS REGIONALES,

NICOLAS SARKOZY MERITE-T-IL TANT D'INDIGNITE ?

Beaucoup de commentateurs s' accordent pour dire que le grand perdant des élections régionales a été "les Républicains" et, dans la foulée, d'en faire porter la responsabilité à leur chef, Nicolas Sarkozy.

Bien qu'elle gagne 6 régions sur 13 ( 7 avec la Réunion), dont 5 prises à la gauche , l'ex-UMP parait en deçà de ce qu'elle pouvait espérer. Le Parti socialiste, grâce notamment à ses victoires inespérées en Normandie, Centre, Bourgogne-Franche-Comté est au contraire au-delà. Sa défaite cuisante peut donc passer pour une victoire.

Certains ajoutent que les succès de la droite classique dans le Nord et PACA sont dus au désistement des socialistes dans le cadre d'un Front républicain décidé unilatéralement par François Hollande pour barrer la route aux dames Le Pen, fille et petite-fille, et ne seraient donc pas à porter au crédit de la droite. Pourtant, en se désistant, le PS n'a-t-il pas reconnu à l'UMP un rôle de leader dans son entreprise de "barrer la route au FN " ?

Le PS a certes le bénéfice symbolique d'avoir paru seul à la manœuvre, mais à quel prix ? En disparaissant de plusieurs de ses fiefs historiques !

N'oublions pas non plus les résultats en voix du second tour : 40, 24 % pur LR , 28, 66 % por le PS ( il est vrai absent de deux régions) , 27,10 % pour le FN.

On peut aussi mettre à l'actif de l'UMP la belle victoire de Varie Pécresse obtenue à l'arraché en Ile-de-France.

Quant au FN , donné vainqueur au 1er tour de manière excessive, et donné battu au second, de manière tout aussi excessive, parce qu'il n'a pu conquérir aucune région, on invoque le "plafond de verre" qui désormais, le barrerait définitivement de la route du pouvoir. C'est oublier que seule a été testée au second tour des régionales l'hypothèse Républicains/ FN et non PS/FN, qu'il faut envisager aussi.

C'est une ligne vieille de plus de trente ans qui est remise en cause

En admettant qu'il y ait un échec relatif de l'ex-UMP, thèse qu'accréditent d'ailleurs les changements décidés dans sa direction , doit-on en faire porter la responsabilité au seul Nicolas Sarkozy.

Il est difficile d'aller jusque là car ce qui est en cause, plus que la gestion d'un homme, c' est une ligne politique vieille de plus de trente ans.

La ligne suivie aux régionales : large ouverture au centre pour éviter qu'il ne fasse ses propres listes et pour montrer l'exemple d'un grand rassemblement de la droite dite "républicaine", allant jusqu'au Modem, n'était pas spécialement la ligne Sarkozy. Elle était celle de tout le mouvement depuis Chirac, lequel, à tort ou à raison, avait pensé qu'il n'y avait pas de majorité possible au second tour d'une élection présidentielle sans l'appui du centre et donc sans de larges concessions à ce dernier sur différents sujets , notamment l'Europe. Des concessions qui vont jusqu'au souci de ne pas prendre systématiquement le contrepied de la gauche. Le parrain de cette ligne fut longtemps Jean-Pierre Raffarin , gardien vigilant de l'orthodoxie centriste de l'UMP, dont la mise à l'écart à soi seul est significative.

On peut se demander a postériori si cette ligne, qui conditionne la politique française depuis trente ans - et qui a notamment eu pour effet l'incapacité de la droite classique de répondre aux préoccupations de Français dans tout une série de domaines ( école, justice, immigration) où leurs problèmes n'ont de solution qu'à droite, et même dans les autres, était bien légitime.

Quoi qu'il en soit, la ligne suivie à ces régionales était davantage celle de Juppé ou de Nathalie Koszuisko-Morizet que celle de Sarkozy, dont le seul tort fut de s'y rallier.

Etait-on pour autant obligé d'aller jusqu'a investir en Midi-Pyrénées, un Dominique Reynié dont les positions sur certains sujets critiques (entée de la Turquie dan l'Union européenne, GPA) tenaient de la provocation à l'égard des électeurs de droite et qui a été sanctionné en recueillant pour son camp le moins de voix des 13 régions ? Ou encore de laisser tant des têtes de listes à des centristes ? Comme nous le disait il y a peu un élu UMP "le centre n'est qu'un parti d'élus : ceux que nous leur concédons". Il aurait pu ajouter que la plupart des militants , car il en existe tout de même quelques uns , sont d'anciens du RPR ou de l'UMP en bisbille avec les caciques de ce parti dans leurs départements respectifs. Investis UDI ou Modem, beaucoup se croient obligés , pour se trouver une particularité, de se rapprocher de la gauche dans ce qui est plus un jeu de rôles que l'expression d'une véritable conviction. Ce rapprochement est particulièrement facile sur les questions sociétales, y compris aux héritiers déchristianisés ( Todd dit "zombies") de la démocratie chrétienne.

L'autre handicap de l' UMP , qui n'est pas propre à Nicolas Sarkozy, est l'absence de lisibilité de sa ligne politique . Disons le : quant au fond - et notamment sur les questions européennes - , la France est divisée en deux et non en trois: le PS , qui a marginalisé son extrême gauche représente l'option de soumission aux contraintes de la monnaie unique et plus largement de toutes les directives venues de Bruxelles, voire de Washington. Ce qui explique l'absence de marge de manœuvre de Hollande. Il est rejoint dans cette posture par le centre et par l'essentiel de la direction des Républicains. En face, la positon euro-critique est celle de la majorité des électeurs de la droite classique et d'une pléiade de mouvements qui tout en se méfiant de l'héritage sulfureux de la famille Le Pen tiennent des positions analogues sur l'Europe ( DLF, UPR , gaullistes divers etc. ) . Cette position est, de fait, interdite d' expression au sein du RPR et de l'UMP : le seul candidat à l'investiture des Républicains qui l'assume est Jean-Frédéric Poisson. C'est ainsi qu' elle a fini par trouver son principal porte-voix dans le Front national.

Entre ces deux tendances fondamentales qui se sont exprimées pleinement lors du référendum du 29 mai 2005, les "oui" et les "non", le RPR de Jacques Chirac puis l' UMP de Nicolas Sarkozy s'en étaient sortis en vendant un discours musclé à leur base militante et à leurs électeurs et en menant, une fois élus, une politique proche du centre, voire de la gauche, avec pour effet de ne résoudre aucun des grands problèmes du pays, faute d'oser braver les tabous du politiquement correct dont la gauche fixe seule les normes. Cette méthode passant de plus en plus mal, le mouvement se trouve aujourd'hui écartelé.

Pour passer de l 'écartèlement à la synthèse, pour trouver et oser poser une doctrine transversale au deux camps qui se partagent la France, il ne suffit plus d'acrobatie, il faut une forme de génie. L'UMP , et pas seulement Nicolas Sarkozy, sont voués à la disparition s'ils ne trouvent pas cette synthèse.

Roland HUREAUX

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18 décembre 2015 5 18 /12 /décembre /2015 09:05

Le concert de lamentations et de déclarations indignées , qui a suivi l'annonce des bons résultats du Front national au premier tour ( et même au second, bien qu'il n'ait remporté aucune région) des élections régionales de décembre 2015 nous a fait revivre avec peu de changements le scénario qui avait suivi le fameux 21 avril 2002 où Jean-Marie Le Pen avait pu être présent au second tour de l'élection présidentielle .

Premier thème: comment cela a-t-il été possible ? Comment en est-on arrivé là ? Une question qui, chez certains éditorialistes, du seul fait qu'ils la posent, témoigne d'une singulière méconnaissance de l'immense souffrance du peuple français.

Un souffrance qui ne se résume pas à l'immigration et à la délinquance comme l'imaginent ceux qui, précisément, se contentent de clichés au lieu de faire l'effort de comprendre de l'intérieur cette souffrance. Clichés dont le Front national lui-même n'est pas exempt.

Le département de la Haute-Saône est un de ceux qui, dans l'Est, ont voté le plus pour le parti de Marine Le Pen : 38,5 % . Le FN ne fait mieux, dans cette partie de la France, que dans deux autres départements ruraux, la Meuse et les Vosges. Que la Haute-Saône soit aussi le département où le foncier a le plus baissé depuis dix ans ( et donc où l'activité économique est tombée le plus bas) n'est sans doute pas un hasard. Or dans ce département rural, ce sont les villes qui ont le mieux résisté à la vague bleue marine, soit au bénéfice de l'UMP ( Vesoul) soit du PS (Héricourt) alors que la plupart des communes rurales ont mis le Front national en tête. Or les immigrés sont concentrés dans les villes et peu présents dans les campagnes. Mais ces campagnes sont composées de près de 600 petites communes , vieilles de mille ou deux mille ans et promises selon le discours officiel de la droite comme de la gauche de gouvernement, à la disparition. Les cantons ruraux ont été regroupés, la région Franche-Comté et la région Bourgogne, deux vieilles régions historiques aux caractères très différents ont été fusionnées . Les communautés de communes sont poussées à se regrouper, le département est remis en cause etc. Bref les gens sont "paumés" et gravement. Le repère territorial, une des structures anthropologiques les plus fondamentales de l'homme, est sans cesse bousculé, sur fond de crise de l' agriculture et de l'industrie. Depuis des temps immémoriaux des repères stables sont nécessaires à l'homme . Il ne fallait pas moins que ces bouleversements pour désespérer les gens. Or aucune de ces réformes n'est utile . Aucune économie n'est à en attendre, au contraire. Les réforme menées en matière d'école, de justice, d'administration de l'Etat sont aussi destructrices. Dire cela n'a rien de politiquement incorrect. Tous ceux qui n 'ont pas mesuré à quel point notre pays est pris d'un mouvement de folie ne peuvent rien comprendre à la souffrance de nos compatriotes.

Le deuxième thème : "maintenant il faut nous reprendre" :"si nous ne devenons pas enfin sérieux pour saisir à bras le corps les problèmes que les gens se posent , la "bête immonde" l'emportera, le Front national sera au pouvoir " .

Déjà nous avions entendu cette antienne en 2001. Et rien ne fut fait.

Pour résoudre les problèmes des Français, le couple Chirac-Raffarin ne trouva rien de mieux qu' une nouvelle couche de décentralisation, soit un peu plus de pouvoir et de prébendes à des élus déjà honnis ! Exactement le contraire de ce qu'il fallait faire.

Et cette fois ? Non sans une pointe d'ironie, le journal Le Monde annonce clairement la couleur: " François Hollande ne change rien malgré le choc des régionales".

Que le Front national n'ait finalement gagné aucune région peut hélas servir d'alibi à cette inertie.

Prisonniers du texte

Comportement prévisible : François Hollande est , come le parti socialiste dans son ensemble, entièrement prisonnier des logiques idéologiques. Or le propre de l'idéologie est la mise entre parenthèses du réel pour suivre la logique, une logique folle. Le vote du peuple français, expression intermittente de son état d'esprit, c 'est le réel. L'idéologie n'en a cure. Nous ne disons pas les idéologues mais bien l'idéologie car, en la matière, l'acteur est prisonnier de son texte. C'est, pour parler comme les structuralistes, le texte idéologique qui littéralement "possède" la classe politique et non l'inverse. Une possession au sens fort du terme.

Or pour véritablement aller à la rencontre des Français qui ont voté FN ou qui se sont abstenus , il faudrait prendre à bras le corps toute une série de problèmes lourds qui sont la cause de leur souffrance: le chômage, l'immigration, mais aussi la justice ( et par là la sécurité ), l'école, les abus du système social ressentis comme injuste, une administration pléthorique (et qui croît encore: 40 000 fonctionnaires de plus en 2015 ), des impôts écrasants etc.

Or si on prend ces problèmes un par un , les solutions qui permettraient de les résoudre ont presque toutes la caractéristique d'être politiquement incorrectes , c'est à dire d'aller à l'encontre de l'idéologie dominante. Le contrôle de l'immigration contre l'universalisme, l'amélioration de école contre le pédagogisme, la réforme de la justice contre la culture de l'excuse, expression d'une philosophe déterministe négatrice de la liberté etc. Dans des sujets apparemment neutres , comme l'administration territoriale , s'opposer aux politique officielles ne fait certes pas courir le risque de l'infamie , mais tout de même celui de la marginalisation ou de l'insignifiance : "comment, vous voulez garder 36 000 communes ? Mais pourquoi donc ? Ne voyez bien que c'est complètement archaïque ? ".

Pour aller enfin à la rencontre des attentes des Français, il n'y a pas d'autre solution que de briser toute une série de tabous entretenus par la plupart des médias , ce à quoi se refusent les partis qui se qualifient de républicains - on se demanda pourquoi d'ailleurs , la République n'ayant rien à voir avec tout cela, bien au contraire : elle commanderait plutôt le maintien de sa cellule fondamentale, qui est la commune ou du département créé de 1789, le contrôle des frontières, une école qui ressemble un peu plus à celle de Jules Ferry, un Code pénal qui soit appliqué etc.

Et bien entendu nous ne parlons pas de l'euro et d' autres contraintes européennes qui ne sont sans doute pas étrangers eux non plus au désespoir de nos compatriotes.

Il y a hélas tout à parier que rien ne change , que l 'avertissement des élections de décembre n'ait pas plus d'effet que n'en eurent les premières émeutes révolutionnaires sur le petit monde festif de Versailles et que nous soyons partis pour attendre , après le premier avertissement, puis le second, le troisième s'il y a un troisième .

Roland HUREAUX

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