Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Roland HUREAUX

MrHureaux

Recherche

Articles Récents

Liens

31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 22:10

POURQUOI L'OPERATION BARBARIN A FAIT LONG FEU

 http://www.atlantico.fr/decryptage/pourquoi-operation-barbarin-fait-long-feu-roland-hureaux-pedophilie-pretres-cardinal-non-information-atteintes-sexuelles-mineurs-2669648.html

Si le but de l'opération Barbarin était de jeter un peu plus de trouble dans une France déjà gravement déboussolée, dont l'Eglise affaiblie et intimidée par le "monde" ne semble plus à même d'offrir une alternative à l’islamisation, alors l'opération a réussi. Si le but était, par contre, comme il est probable, de faire démissionner le cardinal, elle semble faire long feu.

Les initiateurs de l'affaire, dont nul ne doute quelle ait été en partie montée, comme le démontre l’article brillant d’Éric Verhaegen,[1] avaient décidé de régler leurs comptes aux principales figures de proue de la Manif pour tous. Virginie Telenne (alias Frigide Barjot), après avoir perdu sa place dans le monde du spectacle, a été, avec ses enfants, expulsée de son appartement à la demande de la   Ville de Paris pour un motif très léger, sur fond de campagne de presse unilatérale. D'autres dirigeants connus ne trouvent pas de travail. Dans le clergé, le cardinal Philippe Barbarin était le plus en vue tant par ses prises de position que par sa    participation aux manifestations, lesquelles ne faisaient pas peur à ce sportif.  Les initiateurs de l’affaire, sans doute proches de la LGBT et partie prenante à une opération internationale de déstabilisation de l'Eglise catholique dans son ensemble, rayent sans doute les noms, à mesure, sur leur liste. 

Ceux qui font pression sur Mgr Barbarin s'imaginent qu'on fait tomber un prélat comme on fait tomber un ministre : à coup de sondages, de pétitions ou de campagnes de presse (en    l'espèce, certaines agences de presse, largement relayées par les médias, y compris catholiques, ne chôment pas). Ces initiateurs n’imaginent pas qu’avant de prendre une telle décision, quelqu’un comme l’archevêque de Lyon se recueillera   quelques heures devant le Saint-Sacrement, se souvenant du dernier verset des Béatitudes :

 

"Heureux êtes vous si l'on vous insulte si l'on vous persécute, et si l'on vous calomnie de toute manière à cause de moi. Soyez dans la joie et l'allégresse car votre récompense sera grande dans les cieux" (Mt 5 11-12).

 

Le cardinal Barbarin n'est peut-être pas dans la joie et l'allégresse mais il est certain que les conseils de l'Esprit-Saint auront pour lui plus de poids que ceux de M. Valls. 

Le recul de la civilisation chrétienne ne se marque pas d'abord au recul du nombre de prêtres ou de pratiquants, mais à l’ignorance croissante de choses de l'Eglise. Le petit père Combes n'aimait pas le catholicisme mais il le connaissait. On peut en douter des socialistes d'aujourd'hui (et pas que d'eux). Personne n'a peut-être rien écrit d’aussi sévère pour le milieu clérical que L'imposture de Bernanos mais lui savait de quoi il parlait.    Cette ignorance est pénible aux croyants car elle témoigne d'un profond mépris pour une réalité sur laquelle il ne parait même plus utile à leurs adversaires de s'informer. Mais elle est surtout le signe d’un recul de la civilisation où les mille et une subtilités auxquelles l'Eglise catholique a formé l’Occident, Voltaire compris, cèdent la place   à la grossièreté, aux simplifications idéologiques et, à terme, à la barbarie.

Le cardinal-archevêque de Lyon a reçu l'appui d'un nombre impressionnant de personnalités, dont plusieurs académiciens et professeurs d'université qui, l’ayant approché, en connaissent les immenses qualités.

 

De quoi se mêle Valls ?

 

Les résultats mitigés de l'opération de déstabilisation tiennent aussi au     nombre de gens, pas forcément croyants, qui ont été choqués par la déclaration du premier ministre   Manuel Valls demandant au cardinal de "prendre ses responsabilités".   Cette déclaration    constitue   une entorse tant au principe de séparation de l’Eglise et de l’Etat qu’à celui de la présomption d'innocence [2]. Mais s'agissant de Valls, n'est-ce pas plutôt le ridicule qu'il faut retenir !  

Présomption d'innocence ?   Le cardinal s'est excusé auprès des victimes.  Peut-être en effet a t-il été imprudent ?   Mais aucun juriste sérieux ne croit qu'une des enquêtes en cours conduira à autre chose qu’un non-lieu.

Et comment ne pas s'étonner que, dans ces affaires, le nom des accusés, dont un seul a été condamné, soit livré en pâture au public, alors que celui de leurs accusateurs est tenu secret. 

Etranges affaires au demeurant : les plus assurées ont précédé de plusieurs années la nomination de Barbarin à Lyon (2002) et elles portent sur des prêtres dont la conduite a été irréprochable au cours des années où il a été archevêque. Dans les deux   qui se sont présentées sous son ministère, il avait été notoirement impitoyable. Il a immédiatement conseillé à la jeune journaliste de Mag2Lyon qui, en août dernier, lui faisait croire de manière mensongère, pour le tester, qu'elle avait été violée par un prêtre, de porter plainte, sans se douter que c'était peut-être là le signe qu'une machination se tramait.

Nous n'aimons pas beaucoup l'appellation de pédophilie, la philia étant tenue par les Grecs pour un des sentiments les plus élevés.  S 'agissant plutôt d'eros, il faudrait dire pédérastie, si le terme n’était déjà préempté. On se contentera de pédomanie. Pourtant une seule des   trois ou quatre des affaires évoquées relève de cette espèce, les autres, dont toutes ne sont pas avérées, ne concernent pas des mineurs de moins de 15 ans, seuls protégés par la loi (Dieu sait combien la gauche a lutté pour abaisser cette limite).  Il s’agit, disons -le tout net, d’homosexualité pure et simple.  La drague homosexuelle est sans doute une faute grave au regard de la discipline ecclésiastique. Mais depuis quand le lobby LGBT et ses sympathisants la tiennent-ils pour criminelle ? A moins qu'on ait eu affaire à un viol, ce qui supposerait chez   le prévenu la carrure du Gérard Depardieu des Valseuses !  

Un seul fait concerne des mineurs, scouts ayant fait l'objet d’attouchements et elle s'est produite il y a 25 ans. Le père Preynat, dénoncé puis réintégré par le cardinal Decourtray, alors archevêque de Lyon, a ensuite rempli, ses anciens paroissiens de la région de Roanne en témoignent, son ministère de manière exemplaire.  Il a été mis à l’écart en 2015.

 

Un dossier bien mince

 

Au total, les faits que l'on pourrait reprocher au cardinal sont bien minces  et on ne peut  que  s'étonner que parmi ces  plaignants  qui se réveillent au bout d'un quart de siècle, figure un haut-fonctionnaire  ,  victime respectable peut-être,   mais  chargé de la communication (c'est à dire de la propagande) dans un   gouvernement connu pour son hostilité à l 'Eglise catholique : le ministre de l'intérieur, son patron ,  n'est-il pas  allé jusqu'à dire que l'évocation de racines chrétiennes de la France lui paraissait  "nauséeuse" ?  Cette hostilité s’est étendue aux chrétiens d'Orient   pour lesquels Barbarin s'est plus   que tout autre démené et dont les assassins ont reçu pendant quatre ans armes et entrainement du gouvernement français.

Quelque horreur qu'inspire un acte de pédomanie commis   par un prêtre, le cardinal est d’abord victime de l’air du temps. Un temps qui, malgré les appels du pape François, ignore la miséricorde. Certes la doctrine officielle   prônée par    Christiane Taubira est de préserver   la possibilité d’amendement et de tout mettre en œuvre pour la réhabilitation des coupables, ce qui suppose une certaine confiance.  Mais il est clair que notre époque, si indulgente à l'homosexualité, tient par un étonnant paradoxe     la pédomanie pour le crime de crimes auquel cette possibilité de réhabilitation ne s'applique pas.  Le cardinal Decourtray, en 1991, n'avait   pas tenu le prêtre incriminé pour irrécupérable, lui   laissant une seconde chance, ratifiée par Barbarin quand il a eu connaissance de l'affaire, soit cinq ans après sa prise de fonctions. La suite a montré qu'ils avaient eu raison, l'un et l'autre, de faire confiance.  Peut-être ont-ils été imprudents mais que dire des juges qui remettent en liberté tant de criminels au repentir douteux ou de l’Education nationale qui se contente généralement de déplacer les enseignants pédomanes ?  Valls a-t-il demandé à Najat Vallaud Belkacem de démissionner ? Le recteurde Grenoble et l'inspecteur d'académie qui ont laissé en place l'instituteur de Villefontaine, condamné en 2008 et accusé de viols d'enfants en 2015, ont -ils été sanctionnés ?

Les encycliques sur ce sujet n’ont pas précisé, à notre connaissance, que si la miséricorde est gratuite pour celui qui en bénéficie, elle peut coûter cher à celui qui la dispense, ce que   les évangiles nous avaient appris depuis longtemps. 

 

                                                           Roland HUREAUX

 

 

 

 

[1] Atlantico, 5 avril 2015

[2] Et même de la séparation des pouvoirs.

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article
31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 22:08

ENTRETIEN AVEC ROLAND HUREAUX SUR LE MOYEN-ORIENT

 

M.T. : Merci Roland Hureaux d’avoir accepté de répondre à nos questions pour faire un point sur « l’Orient compliqué ». A quelle époque récente faut-il remonter pour comprendre les enjeux actuels ?

 

Roland Hureaux : Il faut au moins remonter à la fin de la guerre froide. A cette époque, il y avait deux blocs. D’un côté l’URSS, qui avait sous son influence l’Irak, la Syrie, la Lybie, l’Algérie, le Sud-Yémen, la Somalie et aussi l’OLP  . De l’autre, les Etats-Unis qui avaient pour alliés, Israël, la Jordanie, le Liban, les monarchies du Golfe, la Turquie et le Pakistan. Ces deux blocs étaient à peu près stables même si le Président Sadate fit passer l’Egypte, pro-russe depuis 1956, dans le camp américain et si l’Ayatollah Khomeiny  sortit l’Iran d’influence  américaine.

 

MT : Est-ce que l’Afghanistan a joué un rôle dans l’effondrement de l’URSS ?

 

RH : Oui, essentiel. Mais ce ne fut pas la seule raison de la chute. Le pape Jean-Paul II eut également un rôle majeur, notamment au travers de la révolte des Polonais autour de Lech Walesa. Ronald Reagan   lança  la "guerre des étoiles" qui asphyxia économiquement l’URSS   ;   l’accident de Tchernobyl fut à la fois un révélateur de la désorganisation du monde soviétique et le déclencheur de l’effondrement. L’intervention en Afghanistan fut un terrible  revers pour les Soviétiques. Les Américains, aidés des services secrets pakistanais et saoudiens, aidèrent les rebelles afghans, encadrés par des islamistes à  mettre en échec l’armée rouge. Ce fut le début de la gangrène islamiste qui frappe aujourd’hui en plein cœur l’Occident.

 

MT : Y eut-il d’autres événements préparateurs de la situation actuelle ?

 

RH : Bien sûr. Il y eut la guerre Iran-Irak entre 1980 et 1988, prolongement du conflit séculaire entre Arabes et Perses et entre Sunnites et Chiites. Elle laissa l'Irak très affaibli.    Ensuite il y eut la première guerre du Golfe (2010) à la suite de l’invasion du Koweït par Saddam Hussein (peut-être suggérée par l'ambassadrice américaine à Bagdad pour lui tendre un piège). 34 pays se sont ligués  autour des Etats-Unis contre l’Irak. Après la victoire de la coalition, les sanctions économiques qui continuèrent à être infligées à ce pays provoquèrent probablement le décès d’un million d’Irakiens dont 500.000 enfants.  

 

MT : Derrière les récentes évolutions, y a-t-il une réflexion stratégique d’ensemble, un courant intellectuel ?

 

RH : A la fin des années 1990,  on a vu l’émergence du courant néoconservateur aux Etats-Unis. On les appelle néo, car beaucoup venaient du   trotskysme et ils développaient une approche systématique et idéologique du conservatisme, très différente de l'approche traditionnelle et pragmatique, celle d'un Nixon par exemple. Cette doctrine a inspiré aussi bien  des républicains comme Bush père et fils que des démocrates comme les Clinton, mari et femme.  Comme Francis Fukuyama, ils croient à la "fin de l’histoire". La démocratie capitaliste l’a emporté sur le communisme. Ce mouvement doit dès lors, selon eux, se poursuivre dans le monde entier grâce aux Etats-Unis. Comment ? Ils croient que la force peut tout. Et même que tout Etat est un ennemi (hors l'Etat américain et probablement celui d’Israël). Ils souhaitent en tous les cas la destruction des Etats qui ne seraient pas démocratiques, ce qui fait tout de même beaucoup.   Ils ont aussi le projet de réorganiser le Proche-Orient sur une base tribale ou religieuse (division de l'Irak entre sunnites et chiites, création d'un Kurdistan etc.)  "Change of regime", « Reshaping the Middle East » : tels sont leurs mots d’ordre.  Il y a là, à mon sens une erreur de conception majeure : l'Etat peut n'être pas démocratique mais il reste la condition de la démocratie : si on détruit l'Etat, la démocratie ne s'y substitue pas, c'est le chaos, qui est pire que toutes les dictatures. C'est ainsi que ces idéologues ont mis à feu et sang près d'une dizaine d'Etats : Irak, Afghanistan, Libye, Syrie, Yemen. On peut ajouter à leur palmarès la Somalie, le Sud-Soudan, le Rwanda et naturellement l’Ukraine (sans compter les Balkans).  L'Egypte et la Tunisie ont échappé au chaos complet mais sont très affaiblis.  D'autres Etats sont dans leur collimateur comme l’Algérie.  C'est monstrueux.   

 

MT : Ces idéologues sont-ils uniquement intéressés par les idées ?

 

RH : Non, ils veulent faire passer, comme tous les idéologues, leurs idées dans la réalité. Et pour cela, ils   n’hésitent pas à s’allier aux pires des islamistes , voire, sous d'autres cieux, aux narcotrafiquants. En Europe, l'arme d’affaiblissement des Etats est plus policée, c'est l'Europe de Bruxelles qu’ils appuient aussi. C’est la stratégie du chaos. Semons le chaos chez l’ennemi pour éviter qu’il ne s’organise. De la même façon que les Etats-Unis avaient aidé les islamistes en Afghanistan ce qui donna les Talibans, puis les attentats du 11 septembre 2001.  Comme le golem, la créature échappe à son créateur.

 

MT : Les attentats du 11 septembre 2001 ont-ils accéléré le mouvement ?

 

RH : Oui. Ce fut l’occasion rêvée pour les néo-conservateurs de se lancer dans un nouveau cycle de guerres au Proche-Orient afin de le refonder sur de nouvelles bases . Les Américains commencèrent par bombarder et occuper l’Afghanistan, pour renverser les Talibans qui étaient pourtant, au départ, une créature  des Pakistanais et d'eux-mêmes. Puis ils décidèrent de liquider le régime de Saddam Hussein qui se tenait pourtant tranquille en prétextant des préparatifs nucléaires qui se sont avérés faux. La deuxième guerre du Golfe où les Américains envahirent cette fois l'Irak à le tête d'une coalition tout aussi formidable que la première - à laquelle les Français, à leur honneur, refusèrent de se joindre, fit des ravages considérables.

 Elle a entraîné l’éclatement de fait de ce pays en trois entités :  chiite, kurde, et sunnite. Il y eut aussi la formidable erreur de Paul Bremer, premier administrateur américain de l’Irak, qui licencia sans solde tous les militaires de Saddam Hussein (sunnites en majorité), mais sans  confisquer leurs armes. Ils dirigent aujourd’hui l’Etat Islamique.

 

- MT : Quel fut le rôle des « printemps arabes » ?

 

- RH : Les printemps arabes furent apparemment spontanés. Mais ces « printemps » débouchèrent partout sur des automnes islamistes.  Généralement parce que    les partis islamistes, presque tous issus des Frères musulmans, sont seuls à gérer  des réseaux de bienfaisance qui les rapprochent des populations, et non pas, comme on croit, en raison du fanatisme de celles-ci. Dans les pays arabes il n’y a que deux forces organisées : les militaires et les religieux. Si vous renversez les militaires, les religieux prennent la place.

 

- MT : La France qui s’était judicieusement opposée à la deuxième guerre d’Irak n’a-t-elle pas ensuite commis des erreurs ?

 

- RH : Si. La première grande erreur fut l’intervention en Lybie. Pour éviter soi-disant 2000 égorgements par l’armée de Kadhafi, les forces anglo-françaises ont   fait au moins 50 000 morts, presque tous civils et installé le chaos. Beau résultat ! Et l’Arsenal de Kadhafi s’est retrouvé dispersé au Mali, au Niger et ailleurs pour renforcer les islamistes (AKMI, Boko Haram).

 

- MT : Que dire de la situation en Syrie ?

 

- RH : La Syrie était le dernier pion russe au Moyen-Orient. Les Russes y  tiennent la base navale de Tartous. Les Russes ne la laisseront jamais tomber. Or les adversaires du gouvernement syrien que dirige Bach-el-Assad, sont tous des islamistes.  Des islamistes que les gouvernements français arment et entrainent depuis cinq ans, en premier lieu Al Nosra que rejoignent presque tous les djihadistes français qui partent en Syrie. Invoquer l'existence de "rebelles modérés », voire d'"islamistes modérés" est une imposture.  Un mensonge de nos gouvernements. Et demander aujourd'hui un cessez le feu au motif d’épargner les civils du dernier quartier d'Alep encore occupé par les islamistes, c’est empêcher les Russes et les loyalistes d’en finir avec  eux. Sous les apparences humanitaires, c'est une position criminelle. C'est comme si on avait demandé en janvier 1945 d’épargner Berlin pour des raisons humanitaires !   

La guerre de Syrie ne fut pas seulement une erreur : elle a déshonoré la France qui était depuis des siècles la protectrice des chrétiens d’Orient : cette guerre, comme on pouvait le prévoir, a entraîné le massacre et l'exode des chrétiens (et pas seulement d’eux).     

 

 

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article
31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 22:06

A propos du Vade mecum de l'Association des maires de France

 

L'ULTRALAÏCISME N'EST PAS L'ANTIDOTE AU FANATISME

 

http://www.atlantico.fr/decryptage/pourquoi-ultralaicisme-ne-peut-pas-etre-antidote-au-fanatisme-religieux-roland-hureaux-2471200.html

 

Par quelle aberration, l'Association des Maires de France, que l'on croyait être le temple de cette sagesse propre aux élus locaux, a-t-elle pu avaliser un "Vade mecum de la laïcité" qui suggère aux magistrats municipaux d'éradiquer de la vie publique les dernières traces de nos racines chrétiennes, comme la mise en place de crèches dans des mairies ?  Laïcité contre démocratie : confondant les élus et les fonctionnaires, seuls assujettis à l'obligation de réserve, il les invite, dans leur action publique, à "s’abstenir de faire montre de leurs propres convictions religieuses ou philosophiques", alors même que ces maires, élus tels qu'ils sont, ne répondent que devant leurs électeurs.

Electeurs ? Les auteurs de ce guide semblent ignorer   que les électeurs musulmans de nos quartiers préfèrent et respectent bien davantage un chrétien pratiquant qu'un laïque, surtout dans la version libertaire qui prévaut aujourd'hui. Jésus et Marie, fêtés à Noël, sont révérés aussi par les musulmans.  On voit combien, malgré des assauts de démagogie qui sont autant d'atteintes à   la laïcité (financement de mosquées, réceptions en mairie à l'occasion de l'Aïd el Kébir, tolérance du niqab etc.), le parti socialiste peine à reconquérir un électorat musulman éloigné par le « mariage pour tous".

 

Pas d'amalgame !

 

A la suite des attentats du 13 décembre, la plupart des médias ont répété en boucle, avec raison sans doute :  "pas d'amalgame" entre les musulmans ordinaires, dits modérés, et les terroristes.  Est-ce pour que la France officielle opère au contraire   tous les amalgames entre   terroristes et tenants de n'importe quelle religion, la religion chrétienne d'abord ?     

Sans doute l 'histoire de l'Europe chrétienne, comme celle de tous les peuples, de toutes les religions et de tous les régimes, républiques comprises (Terreur, répression de la Commune), est-elle parcourue de violences, mais aucune de la sorte que nous avons vue à l’œuvre ces   jours-ci.  Il n'y a dans le monde actuel aucun terrorisme chrétien d'aucune sorte, a fortiori sous une forme aveugle et suicidaire. Il est vrai que dans le très catholique Pays basque, les familles nombreuses d'où sortaient autrefois des dizaines de prêtres et religieuses, ont produit à un moment donné autant de terroristes de l'ETA ; mais entretemps, la foi s'était perdue, ce qui ne fait pas une mince différence.

Emblématique de cette propension à l’amalgame, Jean-Paul Brighelli généralement mieux inspiré, évoque dans un article récent[1]   "la confraternité des totems du monothéisme » et, dénonçant l’obscurantisme, croit utile de préciser : " il y a un siècle ou deux, c’eut été le jésuitisme des congrégations. Aujourd’hui, c’est le salafisme (dont il décrit la scabreuse théologie du viol dont on se demande où il a vu l’équivalent dans les autres religions).  Dans leur inculture, nos contemporains ignorent généralement que   les jésuites ont inventé le collège secondaire, où, délibérément, la culture profane, gréco-latine et scientifique, prévalait sur l’enseignement strictement religieux. Le lycée napoléonien ne fit qu’y remplacer la cloche par le son du clairon !  L'Europe chrétienne a ainsi produit, non seulement le lycée (XVIe siècle) mais aussi l'Université (XIIIe siècle) et l’école primaire (XVIIe siècle). Voltaire, comme à peu près tout ce qui compte dans la culture française, en est issu.

Ce genre d'amalgame emporte des risques considérables. Loin d'ouvrir l'espace aux Lumières, l'affaiblissement du christianisme    crée un vide spirituel dans lequel n'importe quoi peut s’engouffrer y compris aujourd'hui    le salafisme. A preuve, le nombre de convertis en perte de repères   parmi les terroristes. Apprenti sinon sorcier, du moins jardinier, un certain ultra-laïcisme (à mille lieues de la laïcité de Jules Ferry), ardente à désherber à tout va, fait du passé table rase au risque de faire prospérer les plus mauvaises herbes.  

Un autre risque est que la déchristianisation rende l’Occident encore plus haïssable aux islamistes.   Tout en dénonçant les croisés (encore l'inculture !), les gens de Daesh condamnent bien davantage la dérive libertaire de nos sociétés que leurs racines chrétiennes.  Sans compter que, renonçant volontairement à des symboles ancestraux, nous leur donnons l'apparence   de la faiblesse, peu propre à les amadouer

C'est donc une grave illusion que l’ultralaïcisme intégriste, qui est d'abord un antichristianisme, voire un anticatholicisme, serait le remède à l'extrémisme salafiste.  

Mais certains ne voudraient-ils pas, sciemment, instrumentaliser l’islam pour liquider les derniers vestiges du christianisme en Europe ?   Aujourd’hui, interdiction des crèches, demain suppression des crucifix aux carrefours (on a déjà commencé) et sécularisation des   églises ? Si tel est le cas, on peut douter qu'aucun musulman entre dans ce jeu. Ou que le "vivre-ensemble » gagne à la disparition des quelques rares lieux où on enseigne encore le respect d'autrui et, osons le mot, la charité. Il est douteux que les Lumières, produit dialectique de l'Europe chrétienne, survivent à cet arasement. Les esprits forts qui espèrent se tirer vivants de l’effondrement de la cathédrale s’illusionnent. Ceux qui, au nom de Charlie, dénoncent toutes les religions peuvent craindre d’être, selon l'expression de Serge Federbusch[2], comme les lemmings qui marchent sans le savoir à leur propre mort.

 Les nombreux maires qui ont protesté contre les initiatives douteuses de leurs dirigeants, certains allant jusqu'à se retirer de l’association, montrent que, dans ses profondeurs, la France a compris cela.

 

                                                           Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] http://www.causeur.fr/etat-islamique-et-la-theologie-du-viol-34214.html

 

[2] Serge Federbusch, La marche des lemmings, Ixelles Editions, 2015

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article
31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 22:05

RESEAUX MEDIATIQUES ET IDEOLOGIE : L'EXEMPLE DE CRISTEROS

http://www.bvoltaire.fr/rolandhureaux/reseaux-mediatiques-ideologie-lexemple-de-cristeros,181081

 

Après avoir été projeté dans près de 300 salles de cinéma, un peu partout en France, Cristeros, le film de Dean Wright qui relate la révolte des catholiques du Mexique contre un gouvernement persécuteur (1926-1930) aura finalement franchi le cap des 80.000 entrées, ce qui est un résultat honorable. Il s'inscrit ainsi dans le petit nombre de films amortis avant même leur sortie en DVD.

Pourtant sa diffusion en France aura été plus que laborieuse.

Les réseaux normaux ne voulaient pas en entendra parler. Il a fallu un lobbying intense des milieux catholiques, pour qu'une petite société  se risque à en assurer la distribution.

Première leçon  : le catholicisme  est politiquement incorrect en France. Un film qui relate leur persécution et leur révolte sent le souffre dans le pays des droits de l'homme , spécialement dans le milieu su show business et des médias. On en a eu une confirmation récente    quand la direction de la RATP a  refusé de diffuser une affiche mentionnant  qu'un concert était donné en faveur des chrétiens d'Orient. Qu'elle ait été obligé de faire machine arrière  ne change rien à la signification de l'incident. Le syndicat CGT de la Bibliothèque nationale a eu une   réaction analogue vis à  vis d'une exposition à la Bibliothèque nationale au sujet des chrétiens d'Orient.

Deuxième leçon : les réseaux du capitalisme médiatique sont tout sauf neutres. Du temps de la Révolution d'octobre, Lénine disait que les capitalistes étaient  prêts, pour gagner  de l'argent,  à vendre tout ,  "même la corde qui servira  à  les pendre". On  considérait , en  ce temps là, que l'argent n'avait ni odeur ni couleur polique . Si une bonne affaire était possible, le capitaliste ne regardait pas à quel parti elle  allait profiter, au risque même  de favoriser les ennemis du capitalisme.

Mais  les temps ont changé. Les publicitaires  font aujourd'hui une sélection des médias auxquels il vont apporter la manne qu'ils gèrent . Cette sélection est politique et  idéologique. Elle  ne sera pas faite en fonction des intérêts directs du capitalisme mais de l'idéologie dominante "politiquement correcte". Dans ce cadre, un film  faisant l'apologie de la religion catholique comme Cristeros est suspect. Il en   serait  de même d'un film qui serait critique du  mariage homosexuel  ou encore favorable à un pays auquel l'Occident est hostile.

Ce climat nouveau traduit une mutation très profonde de la société.   L'intolérance est inséparable d'une idéologie à la fois manichéenne et prométhéenne , comme l'était le marxisme-léninisme , comme l'est aujourd'hui un certain libéralisme libertaire . Ceux qui s'attellent à l'entreprise de construire un monde nouveau  acceptent mal qu'on se mette en travers. 

Au XIXe siècle, la bourgeoisie dominante n'était pas idéologue, quoi qu'en ait dit Marx. Elle gérait la société en fonction de ses intérêts, certes,  mais avec pragmatisme. C'est la gauche et l'extrême gauche qui avaient dû alors , pour résister  à la classe dominante , s'arc-bouter sur une idéologie rigide, le socialisme.

Aujourd'hui, l'idéologie, libérale et mondialiste en l'occurrence,  n'est plus à la périphérie de la société. Elle est au centre. Les classes dirigeantes sont devenues idéologues . Ceux  qui contrôlent la planète ne le  font plus seulement par le pouvoir de l'argent et de la force armée. Ils  le font de en imposant un mode de pensée  aussi exclusif et intolérant que l'était l'idéologie  socialiste à ses débuts. Paradoxalement, c'est une idéologie de gauche fondée sur les bons sentiments :  l'antiracisme, la promotion libertaire de l'homosexualité, la condamnation du nationalisme et de  toutes  les frontières. Idéologie très peu subversive en fait sur le plan social  dans laquelle  rien ne contredit la liberté  d'action des grands groupes qui dominent le  marché mondial.  Comme toutes les idéologies , celle qui domine aujourd'hui est d'une manière plus ou moins ouverte  hostile au fait religieux. Le contrôle des médias constitue  pour les groupes dominants  ou leurs truchements idéologiques un  enjeu  fondamental . La maîtrise  des canaux   publicitaires ou ceux de la diffusion  sont  un moyen essentiel de ce contrôle. Tout organisme qui se voudrait libre par rapport à l'idéologie dominante est   tenu de renoncer aux ressources de la publicité  et à trouver d'autres formes de financement.

 

 

Le fait d'être en position dominante dans la société donne toujours un prestige et des moyens que n'ont pas les opposants. Mais  l'idéologie a une force propre, par son caractère de construction logique, sa promesse eschatologique  (le progrès sous telle ou telle forme) et l'intolérance à toute forme de débat qui renforce beaucoup les positions de ceux qui combattent sous  son pavillon. Cette force se conjugue avec la puissance   que le progrès technique donne désormais aux médias.  Que le mode  de fonctionnement  idéologique soit passé de la périphérie de la société où il était apparu, à son centre de commandement, est  inséparable d'un contrôle sur la société globale par les forces dominantes sans proportion avec ce qu'il était dans le passé.

Ce qui est arrivé au film Cristeros qui,  malgré son caractère éminemment rentable, a eu beaucoup de mal à être distribué , confirme  que dans notre société mondialisée, le contrôle des opinions est plus étroit que jamais il ne l' été.

 

                                                                       Roland HUREAUX

 

 

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article
31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 22:04

HILLARY CLINTON N'EST PAS LA PLUS RASSURANTE DES CANDIDATS A L'ELECTION PRESIDENTELLE AMERICAINE

 

http://www.atlantico.fr/decryptage/hillary-clinton-candidate-maison-blanche-pas-rassurante-que-roland-hureaux-2766971.html

 

http://www.libertepolitique.com/Convaincre/Dossiers-thematiques/Hillary-Clinton

 

Au moment où l'élection présidentielle américaine entre dans sa dernière ligne droite, beaucoup d'observateurs s’alarment des foucades apparemment hasardeuses de Donald Tromp et redoutent son accession à la présidence des Etats-Unis. Il y a pourtant des raisons être au moins aussi inquiet de celle de Hillary Clinton.

Certains vont jusqu'à dire que l’élection de la sénatrice de New York nous entraînerait dans une guerre mondiale.

Dire que l'ancienne première dame, puis secrétaire d'Etat est, selon la terminologie américaine, un faucon (Hawk) est faible. Il n'y a pas eu de crise au cours des dernières années où elle n'ait pris le parti de la guerre avec une particulière détermination. Elle a toujours été, comme disent les Américains, du côté des warmongers.

 

Toujours du côté de la guerre 

 

Passons vite sur les entreprises militaires de son mari, Bill Clinton, indirectes comme l’invasion du Rwanda (1994) par ses protégés, cause première de tragédies en chaîne, ou directes comme la guerre de Yougoslavie (1999). De ces entreprises, Hillary n’est pas formellement responsable quoiqu' elle se soit vantée   d'avoir poussé le président, qui hésitait, à bombarder la Yougoslavie.  Passée dans l'opposition et élue au Sénat, elle a voté pour les expéditions militaires lancées par George Bush Jr en Afghanistan et en Irak.

Secrétaire d'Etat de 2009 à 2013, elle a été une enthousiaste des printemps arabes, dont elle ne pouvait ignorer que les services secrets américains s'étaient évertués, sinon à les déclencher, du moins à les attiser, ni que les révoltés étaient presque tous islamistes.  Elle a eu l'initiative, sous Obama, de la malheureuse expédition en Libye dont on sait combien les effets ont été catastrophiques, et des manœuvres pour renverser le président Assad en Syrie, à l’origine d’une guerre qui a déjà fait 250 000 morts. Quoique de manière occulte, les Etats-Unis ont soutenu l’essor du radicalisme islamique en Syrie et en Irak qui a abouti à l’émergence de Daesh et donc encouragé   les réseaux terroristes.

Au total, Mme Clinton s'est trouvée directement impliquée dans les manœuvres qui ont plongé dans la guerre civile trois pays : Lybie, Yemen, Syrie, et qui s'ajoutent à deux autres où avait opéré son prédécesseur avec son approbation, l’Afghanistan et l’Irak   soit cinq pays toujours en guerre. Ont été en outre ruinées l'Egypte et la Tunisie.    Ça fait beaucoup pour une seule femme.

Les relations de la secrétaire d’Etat avec les présidents Morsi et Erdogan, tous deux frères musulmans, furent particulièrement étroites et elle ne cache guère aujourd'hui qu'elle verrait d'un bon œil le renversement du régime du maréchal Sissi en Egypte qui a pourtant a stabilisé le pays et ramené la tolérance entre les communautés religieuses. On peut craindre que, si elle était élue présidente, elle ne cherche à nouveau à répandre la démocratie par la force dans le monde arabe avec l'effet presque assuré de ramener au pouvoir les islamistes. Compte tenu de la situation incertaine qui est aujourd'hui celle de l'Algérie, dont le président est à l’agonie, une telle politique y aurait des effets gravement déstabilisants où la France serait en première ligne. 

Le rapprochement des Etats-Unis avec l'Iran et Cuba a été opéré par Barack Obama avec son successur John Kerry. Tout laisse penser quelle n'y était pas favorable.

Son agressivité face à la Russie ne fait pas de doute non plus. Bill Clinton avait favorisé, dans le but d'encercler au plus près la Russie, l’extension de l'OTAN à l’Est de l’Europe contraire aux engagements pris en 1989 par Bush père à l'égard de Gorbatchev. Une politique que George Kennan, vétéran de la guerre froide, avait qualifiée   de "tragique erreur". Hillary Clinton a soutenu le travail de sape antirusse opéré par les ONG américaines (au premier chef   la Fondation Soros) en Ukraine.  Leur l’aboutissement fut le coup d'état de la place Maidan en 2013[1],  fomenté  par sa protégée Victoria Nuland, femme de Robert Kagan, l'idéologue néo-con qu’elle avait chargée auprès d’elle des affaires européennes. Elle est allée jusqu'à comparer Poutine à Hitler, ce qui n’a pas peu contribué au retour de la guerre froide.

Lors d'une récente soirée de fund-raising, elle s'est laissé aller à déclarer que si Israël devait tuer encore 200 000 habitants de Gaza pour avoir la paix, elle l'y aiderait. Devant le tollé soulevé, elle a déclaré ensuite qu’elle voulait dire 20 000, ce qui n'est déjà pas si mal.

De fait , rien ne sépare sur le plan de la politique internationale Hillary Clinton de positions  du clan néoconservateur  qui avait déjà sévi sous  Bush et qui  est animé d'une double conviction : 1) que tout étant rapport de forces, dès lors que  deux puissances comme  les Etats-Unis et la Russie se font face, il faut que l'une élimine l'autre, 2) que les Etats-Unis ont la mission  de répandre par les armes la démocratie libérale et l'économie de marché dans le monde ,  fut-ce au prix de  la destruction des Etats , comme cela a été le cas en Irak, en Libye et au Yemen ou comme on a  tenté de le faire en Syrie jusqu'à l'intervention russe.

Dans un tel schéma, l’Europe occidentale a, pour les gens de cette école, peu de place. Ils la tiennent pour décadente :  elle est face aux Etats-Unis, comme Vénus face à Mars[2].   De plus en plus intégrée à l’OTAN, elle a vocation à obéir sans sourciller aux directives de Washington. Ceux qui, dans les différents pays, ne seraient pas sur cette ligne sont éliminés.

Nous avons évoqué les idées d’Hillary Clinton. Il faudrait considérer aussi son caractère, de plus en plus colérique et imprévisible.

 

Remise en cause des clivages traditionnels

 

Face aux positions de Hillary Clinton, celles de Donald Trump en politique internationale apparaissent étonnamment modérées : il considère que l'invasion de l’Irak en 2003 fut une grave erreur, il prône une politique de détente avec la Russie de Poutine, il souhaite un certain désengagement des Etats-Unis dans le monde : c'est dans cette perspective qu'il faut comprendre sa proposition que le Japon se défende   lui-même, y compris en se dotant de l’arme nucléaire.  Affirmation contestée par tous ceux qui craignent à juste titre la prolifération mais les Etats-Unis ont-ils vocation à s'interposer entre les deux géants que sont la Chine et le Japon ?

L'opinion de Clinton est celle de la bulle washingtonienne où spéculent en circuit fermé géopoliticiens de haut vol, agents des services, militaires, industriels de l'armement, financiers, lobbies, think tanks, journalistes, s’excitant les uns les autres dans une   vision obsidionale et paranoïde du reste du monde. Trump, prétend, lui, représenter le peuple américain, de plus en plus conscient du coût exorbitant de la politique étrangère.

L'opposition Trump-Clinton ne recoupe donc pas les oppositions traditionnelles où les Républicains apparaissaient comme les faucons et les Démocrates comme les colombes.  C'est que, aux Etats-Unis comme en France, une mutation de la vie politique est en cours, qui périme les clivages traditionnels.

Le 28 mai 1952, le parti communiste défilait à Paris contre la venue du commandant en chef de l'OTAN qu'il appelait "Ridgway la guerre" [3]. Slogan alors douteux, mais, par contre l'expression "Hilary Clinton la guerre" pourrait, elle, être aujourd’hui   fondée.

En tous les cas, après la période ambigüe mais globalement modérée du second mandat de Obama, on peut se demander si, dans un monde éminemment instable, l’élection d'une idéologue comme Hillary Clinton ne représenterait    pas une menace sérieuse pour la paix du monde. 

 

                                                           Roland HUREAUX

 

 

[1] Valéry Giscard d'Estaing lui-même a reconnu  que les événements de la place Maidan avaient été un "coup d'Etat" de la CIA contre un gouvenrment légitime.

[2] Robert Kagan, La puissance et la faiblesse, Hachette-Littératures, 2006

[3] On disait aussi "Ridgay la peste", une expression que nous ne reprendrons pas

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article
31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 21:57

REFUSER DE FETER LE 19 MARS N'EST PAS CELEBRER l'ALGERIE FRANCAISE

http://www.bvoltaire.fr/refuser-de-feter-le-19-mars-nest-pas-celebrer-lalgerie-francaise/

 

En attaquant bille en tête Robert Ménard pour avoir renommé à Béziers la rue du 19 mars 1962 rue du commandant Hélie Denoix de Saint-Marc, Manuel Vals n’a pas peu contribué à obscurcir la mémoire des évènements de la fin de la guerre d'Algérie.  

N'était la personnalité exceptionnelle de celui qui a été ainsi honoré, condamné certes par le Haut Tribunal militaire en 1961, mais gracié dès 1966, unanimement respecté et, au soir de sa vie, couvert d'honneurs par tous les gouvernements, on pourrait certes tenir non le changement lui-même mais le nouveau nom pour une provocation.

Mais en ne voyant en Denoix de Saint-Marc que le participant du putsch d'Alger (ou plutôt celui qui ne voulait pas trahir sa parole d’officier), Vals ramène la question à un face à face absurde entre les tenants du 19 mars et ceux de l'Algérie française, comme s'il n'y avait pas d'autre position possible.

 

La pression du parti communiste

 

Est-il nécessaire de rappeler d'où vient que tant de rues en France portent aujourd'hui le nom du 19 mars ?

Les signataires des accords d'Evian n'y sont pour rien : le général de Gaulle aurait été le premier choqué que l'on appelât de ce nom une rue en France, a fortiori qu'on   fasse de cette date une fête nationale.  Tenant les accords d'Evian pour une douloureux pis-aller, il savait que ce jour là les Algériens fêtaient, non sans arranger l'histoire, une victoire.  De même que le 1er novembre, jour qui commémore le peu glorieux assassinat d'un couple d’instituteurs français en 1954, tenu pour le début de la révolte du FLN, qui n'est certes pas devenu une fête française, encore heureux, mais que nos ambassadeurs honorent pourtant de leur présence dans toutes les capitales du monde. Ni Pompidou, ni Giscard n'envisagèrent non plus de fêter le 19 mars 1962.   François Mitterrand lui-même résista des quatre fers à la pression de la base socialiste pour faire de ce jour une fête nationale. Jacques Chirac   ne céda pas non plus à cette démagogie. Ni Nicolas Sarkozy. Mais l'Assemblée socialiste ayant voté un texte dans ce sens en 2002, il a été avalisé par le Sénat dix ans plus tard, délai d’ailleurs discutable sur le plan constitutionnel.  François Hollande aurait pu s'y opposer ; il ne l’a pas fait. 

Derrière tout cela, la pression inlassable du parti communiste qui avait fondé le principal mouvement d'anciens combattants de la guerre d'Algérie, la FNACA. Beaucoup d'adhérents de celle-ci n'étaient pas communistes mais voulaient à toute force « leur » fête, frustrés que les poilus aient le 11 novembre, les combattants de la Seconde guerre le 8 Mai et eux rien.  La FNACA organisa, bien avant que cela fut officiel, des cérémonies aux monuments aux morts le 19 mars. La plupart des élus, pas seulement de gauche, prirent l'habitude de s'y rendre.   En même temps, cette association harcelait les   municipalités   pour qu'elles instaurent un peu partout des rues du 19 mars.

J'ai assisté à la réunion d'un conseil municipal de droite, qui vota à l’unanimité (sauf une voix, la mienne), une motion demandant que le 19 mars devienne une fête nationale. Autour de la table, personne ne savait exactement ce qui s'était passé ce jour-là et encore moins dans les tragiques semaines qui suivirent. On savait tout au plus   vaguement que c'était le jour de la "paix en Algérie".

Pour le Parti communiste, grand amateur de symboles, la signification du 19 mars était beaucoup plus perverse : les aventures coloniales n'ayant été qu'une mauvaise chose de bout en bout, le jour où elles se sont terminées, qu'importe dans quelles conditions, devait être célébré. Les malheureux anciens combattants qui entrèrent dans ce jeu n'avaient, pour la plupart, pas conscience que cette fête disqualifiait   entièrement   leurs efforts et leurs souffrances.

Il est vrai que ni le mouvement concurrent, l’UNC, ni les hommes politiques qui refusaient d'entrer dans ce jeu, ne firent beaucoup d’efforts pour trouver un autre jour, rappelant tel ou tel fait mémorable de notre histoire coloniale, qui leur aurait donné satisfaction.   On s’avisa bien tard    de leur donner le 5 décembre, jour à la signification bien pauvre puisqu' il célèbre depuis 2003   l'érection    quai Branly d’un monument commémoratif de la guerre d'Algérie et des combats de Tunisie et du Maroc.

Cette affaire illustre une fois de plus que, si l'on laisse de côté les questions économiques et sociales, si contraintes par l’extérieur qu’elles ne sont plus significatives, et ne considère que les questions de mémoire et de   société, la France est aujourd’hui gouvernée à l'extrème gauche.      

 

                                                                                   Roland HUREAUX 

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article
31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 21:56

LES ASSASSINS DE CHARLIE N'ONT PAS MANQUE LEUR CIBLE

http://www.bvoltaire.fr/rolandhureaux/numero-anniversaire-de-charlie-acte-de-soumission,231736

Il y a peu de chances que Charlie écoule le   numéro spécial tiré à un million d’exemplaires, à l'occasion du premier anniversaire de l'attentat.   Sauf le respect que nous devons aux victimes du 7 janvier, qui ne sont plus là pour donner leur avis (on aurait aimé connaître celui de Charb), ce bide ne nous attristera pas.

L’attentat a été commis par des islamistes et des islamistes seuls, mais pas d'amalgame !  Le numéro   s'en prend au Dieu des chrétiens et lui seul.   Il faut   en tirer les conséquences : les chrétiens sont responsables de l’attentat contre Charlie.

Au premier abord, ce sont, au travers de ce vieux barbu familier, désigné comme l'assassin qui "court toujours ", les trois religions monothéistes qui sont mises en cause.

C'est le Dieu unique qui est coupable des attentats terroristes. Sans doute l’était-il    aussi des 40 millions de victimes de Staline et des 60 millions de Mao Tsé Toung, éliminées au nom d'une idéologie athée ?

Il est vrai que les trois religions du Livre, comme on dit, se méfient de la représentation de Dieu, donc en un sens ce dessin ne vise personne. Mais le christianisme est plus souple. Et ce Dieu assassin porte derrière la tête le triangle qui signifie la Trinité : il ne peut donc être que celui du Nouveau Testament.

On dira que les Français ignorent ces détails et que d'ailleurs ils s’en moquent. Peut-être, mais les islamistes, eux, ne les ignorent pas. Les musulmans abhorrent la Trinité :  le Coran n’a pas de mots assez durs pour dénoncer les "associateurs", comme il appelle ceux qui y croient. Et ils auront parfaitement compris à ce signe discret que cette caricature ne les vise pas.

Ils auront compris en même temps qu’on a eu le souci de les ménager et que donc ils font désormais assez peur pour dissuader les attaques frontales. En ce sens, ils ont réussi leur coup du 7 janvier dernier.   Les journalistes de Charlie ont-ils compris ce qu'ils faisaient ? A moins de les croire complètement incultes, bien sûr. Courageux mais pas téméraires, ils ne s'en prennent désormais plus frontalement aux musulmans. Comme ils sont aussi très prudents aussi avec le judaïsme, leur seule cible est désormais la religion chrétienne.  

Messieurs les assassins du 7 janvier 2015, vous avez atteint votre objectif, bravo. D’une certaine manière, c'est à vous que ce numéro spécial rend hommage.

 

                                                                       Roland HUREAUX  

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article
31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 21:55

BEZIERS : EN ATTENDANT VILLIERS ?

http://www.libertepolitique.com/Actualite/Decryptage/Beziers-en-attendant-Villiers

Incontestablement, Robert Ménard a réussi son pari : réunir à Béziers ce qu’Eric Zemmour a appelé la "droite hors les murs" : tous les conservateurs qui ne se reconnaissent pas dans les grands partis   se réclamant de la droite : Les Républicains, le Front national principalement.  

Les idées de droite aujourd'hui : l'attachement à la France, non seulement, comme idée abstraite mais comme civilisation, héritage chrétien compris, et réalité charnelle, un attachement de plus en plus tenu par les médias dominants pour du fascisme.  Il y a 50 ans, on aurait dit que la patrie n'était ni de droite et de gauche, aujourd'hui l'essentiel de la gauche - et une partie de la droite -  sont ralliés au mondialisme euro-atlantique pour lesquels cette idée est surannée et même fasciste.  Cette gauche est adepte, dans un domaine ou une autre, et   le plus souvent tous, d’idéologies simplificatrices, que beaucoup jugent destructrices.  

Plus de 2000 participants, plus de 100 intervenants dans une vingtaine d'ateliers sur des thèmes recouvrant l'ensemble des domaines de l'action publique. Les plus suivis de ces ateliers furent, on n'en sera pas étonné, ceux qui concernaient l'immigration, la justice ou l’éducation.

Ce qui   frappait : la qualité exceptionnelle des intervenants, à commencer par Denis Tillinac chargé de prononcer le discours d 'ouverture, une qualité que ne reconnaîtront sans doute pas les idéologues qui tiennent lieu d'intellectuels à la gauche, mais qui était pourtant bien réelle.

Parmi les nombreux intervenants, certains très à droite, tel Alain de Benoist, aujourd'hui parti en guerre contre le TAFTA, ou Renaud Camus, dénonçant inlassablement le "grand remplacement", d'autres pas vraiment comme Jean-Paul Brighelli ou l’inclassable Jean-Paul Gourévitch, qui étaient là plutôt comme techniciens respectivement de l'éducation et de l'immigration, tout comme Xavier Raufer l’était de la sécurité. A côté d'eux,    une pléiade de personnalités ayant  occupé des responsabilités importantes : ministérielles comme François Guillaume , professionnelles comme Charles Beigbeder , municipales comme Xavier Lemoine, judicaires comme Philippe Bilger ,    militaires  comme le Général Antoine Martinez ou associatives comme Jacques Bichot , François Billot de  Lochner ou  Ludovine de la Rochère, Karim Ouchikh , président du CIEL,   et bien d'autres ayant au minimum  écrit des  livres  hors des sentiers de la  pensée  unique  : Charles Gave,  Hervé Juvin,  Chantal Millon,  Serge Federbusch,  Frédéric Pons, Gilles-William Goldnadel,  Béatrice Bourges,  Daniel Fédou. 

 

Le changement ne peut venir que de droite

 

La droite, de qui seule à l'évidence, peut venir aujourd'hui le changement que les Français attendent, apparait composée de deux grandes forces politiques :  les Républicains et le Front national, très séparées idéologiquement au niveau de leurs dirigeants, beaucoup moins au niveau de leurs militants.  Entre les deux, la galaxie de Béziers où il y avait de quoi composer un conseil des ministres de meilleure tenue que dans certains partis.

Mais comment aboutir à une vraie synergie de ces forces ?   Béziers pourrait être comparé au boson de Higgs, qui donne du poids (de la masse) aux autres particules qui sans lui n'en ont pas. Mais là où la nature se charge de faire les amalgames, la politique a plus de mal.

Malgré l'extrême diversité des tempéraments et des engagements, presque tous les participants de Béziers n’avaient pas, sur la plupart des sujets, des idées franchement incompatibles. Seul l'euro auquel certains, tel Robert Ménard lui-même à ce qu'on a compris, demeurent attachés, constituait un clivage, rapidement évacué.

Il reste difficile de   trouver à ce rassemblement un débauché politique.    Eloignés des idées des candidats républicains (sauf Jean-Frédéric Poisson qui était présent et Jaques Myard) les participants se méfient pour la plupart du Front national : ne murmure-t-on pas qu'il attendrait 2022, ce qui indigne Robert Ménard pour qui le changement c’est   2017. Il est jugé par beaucoup trop endogamique et peu ouvert.

Un incident a confirmé ce défaut ouverture : l'ordre donné le samedi par Marine Le Pen à ses cadres, Marion Maréchal comprise, de quitter le forum à la suite d’une déclaration de Robert Ménard qui ne lui avait pas plu.   Tempête dans un verre d'eau.    

Quelle stratégie dès lors pour les "Biterrois" ? Si une centaine de propositions a été présentée en fin de colloque, de manière hâtive à notre gré, cette stratégie n'est pas    apparue clairement. Aucun candidat à la présidentielle   ne s'est déclaré.   Nul doute que la plupart de ceux qui étaient là se rallieraient à un Philippe de Villiers qui résume à peu près leurs positions, mais, quoique représenté, il n'était pas là, et il reste silencieux.

Alors quoi ? Fonder un nouveau parti ? il n'en est pas question non plus pour le moment. Peut-être un programme plus élaboré, ou alors une sorte de contre-gouvernement    mettant en valeur les compétences nombreuses que Robert Ménard a su réunir. Béziers est encore une affaire à suivre.  

 

                                                                       Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article
31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 21:53

LE BILAN TRES CONTESTABLE D'ANGELA MERKEL

Paru dans la Revue politique et parlementaire

http://www.france-audace.fr/le-bilan-tres-contestable-dangela-merkel/

 

Le magazine Time a cru bon de décerner à Angela Merkel le titre de personnalité   de l'année 2015. Il n'est pas sûr pour autant que l'actuelle chancelière reste dans les annales comme    une grande des grandes figures de l'histoire de l'Allemagne.

Depuis les dramatiques incidents qui ont marqué la nuit de la Saint-Sylvestre à Cologne et dans la plupart des villes allemandes, la cote de la chancelière est tombée outre-Rhin où toutefois elle n'avait jamais été aussi haute qu'en France.

Au pouvoir depuis dix ans, on cherche en vain quelle grande réforme elle a accomplie, en dehors de l'institution d'un Smic sensiblement plus faible que le notre (8,5 € de l'heure) et d'une amélioration de la prise en charge du chômage partiel.

Dès son arrivée au pouvoir, elle avait décidé la fermeture de la filière nucléaire, répondant sans doute au vœu d'une partie de l'opinion, mais hypothéquant l'avenir énergétique de son pays. A l'heure où la planète cherche à réduire le taux de carbone dans l’atmosphère, cette décision ne pouvait qu'entrainer l'ouverture de nouvelles centrales thermiques grosses émettrices. Le poids de l'exemple allemand a affaibli la filière nucléaire dans toute l’Europe, spécialement en France où elle constituait un de nos atouts majeurs.

 

Une rigueur allemande qui met en péril l'euro

 

Son prédécesseur Gerhard   Schröder, quoique issu de la gauche, avait mené, au moment précis du lancement de l’euro, une politique féroce de diminution du coût du travail passant par des coupes sombres dans le budget social et la baisse du pouvoir d'achat d'une partie de la population allemande qui a abouti, certes, à une baisse du chômage, mais aussi à la paupérisation d'une partie du pays. Cette politique faite sans concertation   européenne a hypothéqué gravement l’expérience de l’euro.  L’Allemagne, qui se trouve, au terme de cette "dévaluation interne" en position avantageuse par rapport à tous ses concurrents de la zone euro a vu son excédent commercial croître année après année à l'égard de tous les autres pays, en particulier la France qui se trouve, elle, au contraire, de plus en plus déficitaire. Il aurait fallu qu’en concertation, tous les pays fassent de même mais ce ne fut pas le cas.

On rappellera au demeurant que cette politique, admirée mais non imitée en France, n’a été possible que par la dénatalité qui diminue toute une série de charges : scolaires, sportives, de logement, réduit (hors immigration) les flux d’entrée sur le marché du travail et s’est traduite par lé dégradation tant du réseau routier que de la force armée.

Héritière de cette situation, Angela Merkel ne l'a certes pas aggravée mais elle n'a rien fait non plus pour la corriger.  Joseph Krugman, Prix Nobel d'économie dit que le seul moyen de sauver l'euro à terme, en restaurant les équilibres internes de la zone, serait que l'Allemagne se fasse   plus dépensière, mais on en est loin. L'opinion allemande ne s'y résoudrait d'ailleurs pas.

Angela Merkel, tout en conservant cet avantage, s'est   contentée faire année après année les gros yeux à tous les dépensiers de l'Europe, à commencer par la France, qui n’arrivaient pas à suivre l’Allemagne, pour des raisons culturelles fortes, dans ses exigences d'austérité.   A chaque crise, après avoir résisté au maximum aux demandes laxistes des pays du Sud, elle a fini par faire les concessions nécessaires pour éviter la rupture, sans doute à la demande d'Obama. Mais le résultat est catastrophique pour certains pays comme la Grèce, tenue   de céder la plupart de ses actifs publics à l'étranger - en particulier à des Allemands :  contraint à des engagements intenables, ce pays est aujourd'hui en voie rapide de sous-développement. Le Portugal ne va guère mieux ; la France et l'Italie sont à la peine. La stagnation à laquelle l’austérité allemande contraint l'Europe, pèse sur toute la planète.

 

 

Des relations troubles avec Erdogan

 

En matière diplomatique, Angela Merkel, sans rien innover, n'a rien aggravé non plus.   Schröder et Fisher, son ministre "national-vert" des affaires étrangères avaient joué un rôle néfaste dans les affaires des Balkans, plus préoccupés, dans la guerre de 1999, de prendre une revanche sur un ennemi historique de l’Allemagne, la Serbie, qui lui avait donné bien du fil à retordre à chacune des deux guerres mondiales, que de préserver la paix. Quoique le rôle de ses services y demeure obscur, rien ne prouve que Merkel ait, elle, soufflé sur les braises de l'affaire ukrainienne. Elle aurait même joué un rôle positif dans l'accord de Kiev (12 février 1995).

En revanche son rôle au Proche-Orient demeure obscur. Si le rôle de l'Allemagne y a été plus discret que celui de la France ou de l'Angleterre, elle en a partagé les turpitudes fournissant, en bonne élève de l’OTAN, à partir de 2011, armes et entrainement aux rebelles syriens qui étaient en fait des djihadistes.    

Stupéfiante, en revanche, est sa position vis à vis d’Erdogan, président de la Turquie. Alors que ce dernier, très proche des Frères musulmans et admirateur avoué d’Hitler, est le principal fauteur de troubles en Irak et en Syrie, notamment en laissant passer les djihadistes qui viennent du monde entier alimenter la guerre, et en favorisant (ou organisant ?) l'exode des réfugiés vers l'Europe, qu'avait-elle besoin d'aller lui apporter un soutien électoral appuyé fin octobre ? Aurait-elle trouvé son maître ?  La personnalité la plus influente   d'Europe, ce ne serait pas elle, ce serait le président turc ? En tous les cas, celui qui aura percé les secrets des liens entre l'Allemagne et la Turquie comprendra sans doute mieux ce qui s'est passé au cours des derniers mois   en Europe et au Proche-Orient.

Même si une partie des Allemands reconnait plutôt sa capacité manœuvrière pour gagner les élections, que sa capacité de porter une vision, Merkel avait gardé une bonne cote jusqu’à l'afflux des immigrés qui a commencé à la fin du printemps 2015.

 

L'accueil des migrants

 

L'accueil positif qu’elle leur a fait au début aurait certes pu être son apothéose :  cette femme élue par la droite allait dans le sens de toute la gauche européenne - et même occidentale - pour qui les frontières sont chose dépassée et l'avenir de l'Europe réside dans le multiculturalisme et le métissage, tournant le dos à une histoire tenue pour plus infâme que glorieuse. Certains la voyaient même recevoir le Prix Nobel de la paix.

Le retour du réel a été cinglant. Il est vite apparu que, malgré l'appui du patronat et des Eglises, cette politique de large accueil    rencontrait une opposition de plus en plus grande dans la population allemande.  L’entrée de près de 800 000 immigrants, non préparée, presque tous de confession musulmane et en grande majorité jeunes et de sexe masculin en un peu plus de six mois, s'est finalement traduite par un grave traumatisme.   Il s'est avéré que la différence des mœurs rendait l’intégration très difficile, sans compter les soupçons d’infiltration par les islamistes désireux non seulement de faire leur place en Europe mais même d'intimider et abaisser leurs hôtes : le viol collectif est le signe de la supériorité, une forme d'humiliation imposée à un peuple que l'on estime vaincu.

La chancelière aurait été surprise par la tournure des choses. C’est pourtant elle qui avait constaté en 2010 que « le modèle multiculturel allemand a totalement échoué ». Et comment peut-on arriver à un tel niveau de pouvoir sans un minimum de culture historique et d'expérience humaine qui aurait dû prévenir toute surprise. Ce qui s'est passé en Allemagne en décembre n’était-il pas tout à fait prévisible ?  Les Allemands   ne devraient-ils pas savoir, autant que quiconque, que la cohabitation de peuples hétérogènes n'est pas donnée d’emblée. A fortiori quand ils sont de religion différente. Un pays qui a connu la guerre de Trente ans peut-il imaginer que le pluralisme religieux pourrait ne pas causer des tensions ?    Cette luthérienne n’aurait-elle pas du savoir se qu'est le péché originel ?

Même si l’essentiel des réfugiés est accueilli en Allemagne, c'est toute l'Europe qui se trouve ébranlée. Si le pays de Beethoven sombre dans le chaos, aucun de ses voisins ne saurait s'en réjouir.

On aurait pu pardonner à la chancelière d’avoir pratiqué seulement une hospitalité passive : apprenant que des réfugiés entraient en masse en Europe, elle pouvait, faisant contre mauvaise fortune bon cœur (dans tous les sens du terme), préconiser une attitude humaine, mais les signaux exagérément positifs qu'elle a lancés au début de l’été ne pouvaient qu'alimenter de faux espoirs et contribuer à développer le flux. Un flux dont ses services ne pouvaient ignorer qu’ils étaient largement organisés par la mafia turque et sans doute par son ami Erdogan. Et si la chancelière estimait, pour des raisons démographiques ou autres, que l'Allemagne avait besoin de cette main d'œuvre, alors il fallait aller jusqu' au bout :   envoyer   aux candidats un visa et un billet d’avion à 200 € au lieu de les laisser se faire rançonner à hauteur de 5 à 10 000 euros tout en risquant leur vie. Quelque part, l 'attitude irresponsable de la chancelière qui appelle les migrants sur son sol sans leur donner    les moyens d'y venir dans des conditions normales n’est-elle pas très coupable ?  La politique allemande n'est-elle pas responsable à sa manière, de la mort pathétique du petit Aylan ?

La politique d'austérité économique de l'Allemagne, ne tenant aucun compte des pesanteurs propres à ses partenaires, a déjà hypothéqué l'avenir de l'euro - dont les observateurs lucides s'accordent à penser qu'il est en sursis.  La politique migratoire de la même Allemagne a largement compromis le traité de Schengen, l’Allemagne n'étant pas la dernière aujourd'hui à fermer ses frontières.   

 

Pourquoi ?

 

Il est très difficile de dire ce qui a motivé Angela Merkel dans cette affaire. Cette protestante a-t-elle laissé au vestiaire l'esprit de responsabilité (verantwortlichkeit) si prisé en   l'Allemagne du Nord ? Donald Trump va jusqu'à émettre des doutes sur sa santé mentale ; certains regardent du côté de son mystérieux passé est-allemand : antinucléaire et immigrationniste, ne serait-elle pas en réalité une femme de gauche infiltrée à la CDU ?  Il se peut aussi qu'elle ait été jusque là surestimée et que l'affaire de migrants révèle ses limites.  On peut cependant penser que la chancelière ne fait que mettre au jour   la    "bulle" dans laquelle la mécanique européenne et la complexité croissante   de l'exercice du pouvoir enferment les dirigeants d'aujourd'hui.   Trop occupés à se parler entre eux, à gérer la mécanique techno-médiatico-électorale dans laquelle ils excellent pour trouver le temps de lire ou de parler avec les "simples gens" (hors des caméras), ils perdent le sens du réel. Cela est vrai dans le monde entier, mais particulièrement au sein de   l'Union européenne où la caste dirigeante, absorbée par sa cuisine interne, s'est mise à dos presque partout les peuples.

S'il faut célébrer un grand chancelier allemand en ce début d'année, comment ne pas évoquer Helmut Schmidt qui vient de mourir ?  On peut ne pas partager sa sensibilité sociale-démocrate ; on peut ne pas approuver la tournure intégrée qu'il a donnée à l’Europe, de pair avec son compère Valéry Giscard d’Estaing. Mais il fut, de bout en bout, un homme responsable, allant jusqu’à braver son opinion publique et spécialement celle de son camp en demandant à Washington d'installer des euromissiles en Allemagne pour faire pièce à une menace soviétique montante, ou construisant avec le président français une relation véritablement partenariale et donc égalitaire.

Lucide jusqu'à ses deniers jours, il n’avait pas de mots assez durs   pour fustiger l'incompétence économique de l'équipe Merkel et l'aventurisme diplomatique de la Commission européenne dans l’affaire ukrainienne.  

 

                                                                       Roland HUREAUX

 

 

  

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article
31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 21:52

FILLON : UNE DESTABILISATION PREVISIBLE, DES CONSEQUENCES IMPREVISIBLES

 

http://www.magistro.fr/index.php/template/lorem-ipsum/du-cote-des-elites/item/2990-une-destabilisation-previsible

 

Il était tout sauf imprévisible qu’une opération de déstabilisation de magnitude élevée allait se produire à l'encontre de François Fillon pendant la campagne présidentielle. Si le prétexte n’avait pas été la question des emplois controversés de son épouse, n'en doutons pas, un autre aurait été trouvé. 

L'élection présidentielle française occupe en effet une place décisive dans la géopolitique mondiale. Trump a battu Clinton et projette de se rapprocher de Poutine. Mme May, exécutrice du Br exit, s’apprête à leur emboîter le pas. Mais la moitié des Américains, le président Obama en tête, n’ont pas accepté la défaite d'Hillary Clinton. Ils pensent qu'elle n'a été battue que grâce à une manœuvre déloyale de Poutine.  Pour eux, Poutine, c'est Hitler, rien de moins ; il faut donc, pensent-ils, se préparer à lui faire la guerre.  Trump est un traitre acquis au président russe et ils espèrent le destituer. Ce camp a des relais politiques puissants en Europe : Hollande, Merkel, Juncker. Leur projet : faire bloc, renforcer l’intégration de ce qui reste de l’Union européenne après le Br exit et camper sur des positions hostiles vis-à-vis de la Russie. La plus grande partie de l’oligarchie et la quasi-totalité de médias, des deux côtés de l'Atlantique, sont dans ce camp.

De quel côté penchera le prochain président français ? On comprend que c’est là un enjeu capital qui n'intéresse pas que les Français.    Naturellement, l’élection de Marine Le Pen, hostile à l’euro et présumée   pro-Tromp et pro-Poutine serait pour eux une catastrophe. Mais du simple fait que Fillon a témoigné quelques sympathies et une volonté d'ouverture à   la Russie, il n'est pas non plus tenu par les milieux euro-mondialistes pour un homme sûr.  L'affaire éclate, est-ce un hasard ? au lendemain de sa visite à Berlin où se sont confirmées ses divergences avec Angela Merkel au sujet des sanctions imposées à la Russie :   Fillon veut les lever, Merkel pas.  Malgré les gages qu'il s'évertue de donner, telles ses professions de foi européennes ou ses étonnants coups de patte à Trump et Poutine lors de son   discours de la porte de la Villette, Fillon demeure suspect de "non-alignement". Comme Mélenchon et peut-être Hamon.

Emmanuel Macron est par contre l’incarnation emblématique du président que   le clan mondialiste pro-Bruxelles, pro-OTAN, pro-Clinton veut voir accéder à la tête de la France. La volonté d'une plus grande   intégration européenne, fut-ce sous gouverne allemande, l’hostilité à la Russie, une vigilance sourcilleuse sur les droits de l’homme sans le moindre remord    pour les cruelles guerres "humanitaires" menées au Proche-Orient en leur nom, ont tout pour rassurer ce clan.  Les propos tenus par Macron au Liban sont clairs :  il reste sur la ligne Sarkozy-Hollande exigeant le départ de Bahar-el-Assad, voie aujourd’hui sans issue et belligène s'il en est.

Si l’on croit que Marine Le Pen sera présente au second tour de la présidentielle, la seule question est :  contre qui ?  Il y a trois semaines, il n’y avait que deux réponses possibles :   Fillon ou Macron.

Il était donc clair que Fillon était l'homme à abattre. Une guerre invisible lui avait été faite durant la primaire de la droite : il n'était pas innocent que, face à deux candidats atlantistes pro-Clinton, Juppé et Sarkozy, les médias aient longtemps feint de l’ignorer, le reléguant au rang d'outsider. Fillon a néanmoins été élu, l'histoire dira par quel subterfuge.

Il ne restait qu’à l’abattre pendant la campagne électorale, si possible avant la date limite   de dépôt des candidatures de telle manière que les Républicains aient le temps de lui substituer un candidat mondialiste (ce que sont peu ou prou tous ceux à qui on pense pour le remplacer). Mais le but est de mettre Macron au second tour. Ceux qui font ce plan ne doutent pas qu'il gagnera contre Marine Le Pen.

 

Macron face à Le Pen : un résultat incertain

 

Est-ce si sûr ? Sans nul doute François Fillon battrait   Marine Le Pen. Mais pour Emmanuel Macron, ce n'est pas certain. On peut à première vue penser que, par ses ambiguïtés de    toutes sortes, par son profil jeune et décalé, issu de la gauche mais séduisant la droite, Macron    rassemblerait facilement l’ « arc  républicain" qui va de la  droite non-frontiste à ce qui reste du    parti communiste . Or il y a selon nous de sérieuses raisons d'en douter :  la gauche de la gauche aurait peut-être voté plus facilement pour Fillon que pour Macron, homme de la haute banque, incarnation achevée des trahisons de la   social-démocratie. Dès que les origines du complot contre Fillon viendront à la lumière, il risque d'en être de même à droite.

Mais le second tour de l'élection présidentielle ne se réduit pas à une arithmétique, il est un affrontement de deux personnalités et une   confrontation de chacune avec les Français « les yeux dans les yeux ». Le choc Macron contre Le Pen serait d'une extrême violence.  D'un côté une   incarnation caricaturale de l'oligarchie mondialiste (il a fait son discours de Berlin en anglais !), dont toutes les positions :  Europe, immigration, ultralibéralisme, libre-échange, vont à l'encontre de celles des Français de base. De l’autre, une figure, certes très contestée, mais dans laquelle une partie du peuple se reconnait. Dans une excellent article[1],  Jérôme Sainte-Marie a montré que, dans la situation de crise identitaire que les Français traversent, l’immigration, sur laquelle Macron, à la différence de Fillon, correction politique exige, n'offre aucune perspective, sera un enjeu central des présidentielles. L'affrontement entre les deux aurait le même caractère que celui de Clinton et de Trump : le déchaînement unilatéral d'une grande partie des médias et de la classe politique avec, malgré cela, la   même incertitude quant au résultat.  Et comme aujourd'hui aux Etats-Unis, celui qui l’emportera, quel qu'il soit, risque de pas être accepté par l'autre camp.

Les mondialistes qui ont fait les difficiles face à la perspective de la victoire de Fillon, jugé insuffisamment inféodé à l'ordre européen et mondialiste et qui ont cherché en la personne de Macron quelqu’un de totalement fiable, risquent une amère désillusion. Alors que la victoire de Fillon au second tour de la présidentielle   ne faisait pas de doute, celle de Macron est bien plus aléatoire que ce qu'on imagine.   

 

                                                                       Roland HUREAUX

.

 

[1] Le Figaro , 17/01/2017

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article