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Roland HUREAUX

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18 avril 2017 2 18 /04 /avril /2017 22:55

LA DERADICALISATION NE MARCHE PAS. TANT MIEUX !

 

http://www.causeur.fr/deradicalisation-islamisme-terrorisme-echec-43886.html

 

Il parait que les stages de déradicalisation ont échoué. Tant mieux. Cela prouve que l’homme est libre.

Les stages de déradicalisation :  une invention lumineuse du gouvernement Hollande en janvier 2015 après les attentats de Charlie et de l’hyper casher de Vincennes visant à faire renoncer à leurs convictions les jeunes musulmans ayant adhéré aux idées fondamentalistes et susceptibles de commettre des actes terroristes, voire en ayant commis.

Ces stages ont mal tourné.

Fondés sur le volontariat (encore heureux !) ils ont abouti à toutes sortes de déconvenues : locaux saccagés, violences des stagiaires, formateurs tournés en dérision, désertion.

Ces déconvenues ont fait l’objet d’un rapport de deux sénatrices, Benbassa et Troendlé, qui pointent l’amateurisme des associations agrées par le ministère pour mettre en place les « cellules de déradicalisation ». Comment n’y aurait-il pas eu amateurisme puisqu’il n’avait pas de précédent en la matière ?  

 

Djihad academy ?

 

Le centre de Pontourmy (Indre-et Loire) avait été mal accueilli par le voisinage qui y avait vu une « djihad academy » : on peut en effet se demander si mettre des radicaux ensemble est bien    le meilleur moyen de les déradicaliser. Ils l’ont été si bien qu’au bout de quelques jours,   tous se sont envolés.  Les « formateurs » ( comment faut-il les appeler ? ) sont piteusement restés seuls.

A Aulnay-sous-Bois, la fondatrice d’un centre vient d’être condamnée à quatre mois de prison avec sursis, pour détournement de fonds publics, blanchiment et travail clandestin : elle aurait pris pour elle 60 000 € de subventions.

Désemparé mais sommé après les attentats, comme toujours, par l’opinion de « faire quelque chose », c‘est à dire n’importe quoi, le gouvernement a lancé cette expérience. Y déverser l’argent public sans compter pouvait lui donner l’illusion de l’efficacité, ce  qui ne pouvait manquer d’attirer des aigrefins.

 

Orange mécanique

 

Mais par-delà ces péripéties, comment les grands humanistes   qui ont inventé un tel concept n’ont-ils pas   vu son côté « Orange mécanique ». On sait que dans le célèbre film de Stanley Kubrick, la police tente de guérir des délinquants à coup de chocs électriques.  

Tout cela repose sur une vison scientiste et déterministe de l’homme dont on pense que même les convictions peuvent être modifiées par des méthodes adéquates.

Mêmes si nos centres sont plus confortables que le goulag ou le laogai, ils ne font pas moins penser, au moins dans le principe, aux techniques de lavage de cerveau dont ont usé les communistes  soviétique et  chinois.

A quand la déradicalisation des « politiquement incorrects » ?

Les convictions des djihadistes sont sans doute perverses mais ce sont des convictions, religieuses qui plus est, et par  là, sortant du champ du déterminisme.    

Une politique naturelle consiste à respecter leur liberté. Si leurs convictions les conduisent à commettre des actes délictueux voire criminels, on doit regarder l’acte, pas les convictions. La justice doit les punir, et bien sûr très sévèrement  mais pas aire joujou avec leur âme. Le châtiment est le corollaire de la liberté.    

Si on traite les fanatiques comme des malades susceptibles d’une thérapie, comment s’étonner que, leur liberté   niée, ils ne  se rebiffent ? Pour le pire généralement.

 

Roland HUREAUX

 

 

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18 avril 2017 2 18 /04 /avril /2017 22:54

ALERTE ROUGE POUR LES CLASSES MOYENNES : MACRON VEUT LEUR MORT

http://www.bvoltaire.fr/alerte-rouge-classes-moyennes-macron-veut-mort/

Sous ses allures de jeune premier, Emmanuel Macron n’a pas « un problème avec les classes moyennes », il veut tout simplement leur mort.

Nommé ministre des finances le 26 août 2014, il avait commencé fort : moins de quatre mois après, le temps de préparer la loi de financement de la sécurité sociale, il leur sucrait les prestations familiales. C’est-à-dire qu’il les modulait en fonction du revenu et les supprimait   au-dessus d’un certain seuil. Au point que certains ont pu dire qu’elles étaient désormais réservées aux populations immigrées (les populations indigènes à faible revenu n’ayant, hélas, plus guère d’enfants).  Le plafond du quotient familial avait déjà été baissé par Ayrault.  Pour la première fois depuis la Libération qui avait mis en place notre système d’allocation familiales, longtemps tenu pour un modèle, les Français n’y avaient plus tous droit.  L’Etat a ainsi économisé un milliard. Ce projet avait déjà été agité par Juppé puis Jospin mais jusque-là, il s’était heurté à la résistance du mouvement familial. Fatigue face à des assauts répétés ? Cette fois il est passé sans difficulté. Il est vrai qu’il s’agissait d’une proposition parlementaire mais on sait que, en ces matières, le Parlement ne peut rien faire sans l’accord de Bercy. Derrière le quarteron de députées féministes qui avaient pris cette initiative, il y avait bien sûr Macron.

Son programme comporte deux allègement fiscaux majeurs : la suppression de l’ISF (pour les patrimoines financiers seulement) et celui de la taxe d’habitation, que presque  tout le monde paye, mais qui, pour une moitié de la population qui ne paye pas l’impôt sur le revenu, est le seul impôt.

Par quoi remplacer ces allègements ?  Cela n’est pas dit dans le programme qui a un caractère démagogique, mais on le sait par ailleurs : par un alourdissement de la taxe foncière, soit directe (il faudrait alors la doubler), soit sous la forme d’un loyer fictif venant s’ajouter au revenu imposable.  Inutile de dire que cet aloutdissment serait prohibitif pour certains foyers, dont beaucoup de retraités ayant laborieusement   acquis leur petit pavillon tout au long de leur vie et qui sont déjà si lourdement imposés dans certaines communes qu’ils doivent consacrer à l’impôt foncier 3 ou 4 mois de leur retraite.

Cela ne gêne pas les promoteurs d’un tel projet, notamment Jean Pisani-Ferry, issu de France Stratégies, boîte à idées du candidat : c‘est délibérément, qu’on veut par-là   obliger les Français à se détourner de l’immobilier pour les orienter vers les placements financiers. Les retraités évoqués devront donc vendre leur pavillon, redevenir locataires et acheter des actions. Il leur faudra « bouger ». En marche !

Il s’agit en théorie de réorienter l’épargne vers la production mais est-ce bien utile dans   un pays comme la France qui regorge d’épargne ? 

L’autre grande forme de patrimoine populaire est l’assurance vie. Là aussi le candidat Macron se propose d’en abroger les avantages fiscaux pour l’imposer au taux unique de 30 %.

Exonérations aux deux extrémités de l’échelle sociale, alourdissement au milieu, ce sont bien les classes moyennes qui sont visées par le candidat Macron. La définition des classes moyennes a évolué avec le temps. Nous proposons d’y inclure tous les Français ayant un patrimoine, faut-il modeste, composé principalement d’immobilier (en général la maison d’habitation). Cela représente environ 58 % de la population dont une partie de la classe ouvrière, la majorité des natifs et, de fait, très peu d’immigrés. Tous ceux qui travaillent ou ont travaillé, excluant ceux qui sont assez riches pour ne pas avoir à le faire ou ceux qui vivent d’assistance. Comme dans la réduction des allocations familiales, on voit bien de quel côté penche Macron. 

Déjà la loi Macron, transposant des directives européennes dont la philosophie est analogue, commençait à laminer les professions à statut (notaires, huissiers en attendant les pharmaciens), qui, dans bien des banlieues, assurent encore un encadrement social minimum.

 

Contre ceux qui « sont nés quelque part »

 

Il a là plus qu’un choix politique   ou social, il y a un choix de civilisation. Macron s’en prend à tous ceux, comme disait Brassens « qui sont nés quelque part « (le chanteur en faisait partie !). A ceux qui ont une attache territoriale, un héritage reçu et à transmettre. Par derrière, le projet d’une société telle qu’en rêvent les élites mondialisées : des individus mobiles, sans culture, sans patrie, sans repères, sans attaches, « en marche » certes mais, comme les enfants qu’entrainait le joueur de flûte de Harlem, en marche vers l’abîme.

Il vaut mieux que tous les gens de droite (ou même de gauche) appartenant à la classe moyenne et qui envisagent de voter Macron aient   cela dans l’esprit.

 

Roland HUREAUX

  

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2 avril 2017 7 02 /04 /avril /2017 15:28

LE GRAND SECRET DE L’ALLIANCE DE L'AMERIQUE ET DE L'ISLAMISME

 

http://www.atlantico.fr/decryptage/grand-tabou-ces-etranges-et-persistants-interets-communs-entre-etats-unis-et-islamisme-roland-hureaux-2777072.html

 

Après   la vague d'attentats qui frappe les Etats-Unis et   l’Europe depuis quelques mois, on peut se demander si Bahar-el-Assad est toujours l’ennemi principal des Etats-Unis au Proche-Orient. Hélas, la réponse est claire : c’est oui.

Que juste après l'attentat d’Orlando, les plus hauts fonctionnaires du département d'État se soient plaints dans un manifeste[1]  que le président n'en faisait pas assez contre le chef d'État syrien en dit long sur l'état d'esprit qui règne aujourd'hui à Washington. Le président Barack Obama à beau condamner avec emphase comme "un acte de terreur et de haine " ce qu'il qualifie de «la pire fusillade de l’histoire des Etats-Unis", qui a fait 50 morts et 53 blessés, il sait très bien que la politique américaine ne changera pas pour autant.

Les présidents américains successifs ont clamé les uns après les autres   au son des trompettes qu'ils partaient en guerre contre le terrorisme, principalement islamique. Mais ils n’en ont jamais tiré les conséquences : on ne comprend rien au Proche-Orient si on n'a pas intégré que l'alliance entre les Etats-Unis et l'islamisme radical est une des données géopolitiques les plus fondamentales des 70 dernières années. Une alliance qui s’est même renforcée au cours de la toute dernière période.

L'attentat du 11 septembre, revendiqué par l'organisation Al Qasida, avait semblé la remettre en cause. Le golem islamiste avait échappé des mains de son artisan.  Il a donné lieu à des torrents de littérature emphatique sur la guerre planétaire sans merci que le "monde libre" devrait    désormais livrer au terrorisme, proclamé ennemi mondial numéro 1. Mais il n'en a rien été : comme le chien retourne à ses vomissements, les États-Unis ont très vite délaissé ces bonnes intentions pour déclarer la guerre à un ennemi qui n'avait qu’un lointain rapport avec l'attentat, si tant est qu’il en ait eu vraiment un, le régime de talibans en Afghanistan, et surtout un autre qui n'en avait strictement aucun, et qui constituait même dans sa zone un rempart contre l'islamisme, l'Irak de Saddam Hussein.

 

L'attentat d'Orlando ne changera pas la donne

 

Pour horrible qu’il soit, l'attentat d’Orlando risque encore moins de changer la donne, en tous les cas tant que le clan néoconservateur imposera ses vues à Washington.

L'alliance américano-islamique a commencé avec le pacte passé le 14 février 1945 sur le croiseur américain Quincy, au large de la péninsule arabique, entre le   président Roosevelt et le roi Ibn Séoul. Quand on sait comment le riche royaume saoudien, Etat ayant pignon sur rue   mais adepte de la doctrine fanatique du wahhabisme, a financé année après année   les mouvements islamistes, y compris terroristes, on mesure la portée de l'engagement américain.

On retrouve les États-Unis soutenant les Frères musulmans contre l'Egypte de Nasser au cours des années cinquante et soixante. Quoique rivaux des wahhabites, ces derniers professent la même doctrine, ayant pour objectif final le règne de l’islam sur le monde entier. Ils ont bénéficié des mêmes complicités occidentales équivoques : les Frères n'étaient-ils pas nés en 1928 dans le giron de la colonisation britannique ?

Les tenants de l'islam pur et dur n'ayant pas de doctrine économique s'accommodent facilement du libéralisme :  cela suffit à l’Américain.

A partir de 1979, les États-Unis se sont appuyés sur l'Arabie saoudite et sur les rebelles islamistes pour rendre la vie impossible aux Soviétiques qui avaient envahi l'Afghanistan. Ils fournirent en particulier à ceux-ci des missiles Stringer terriblement meurtriers pour l'aviation russe. Au moins l'alibi de la lutte contre le communisme était-il défendable.

Quand le Front islamique du salut (et le GIA) algérien tentait de prendre le pouvoir à Alger et commettait des attentats sanglants à Paris, il n’avait pas eu de difficulté à ouvrir à Washington un bureau qui ressemblait fort à une représentation diplomatique. La répression de l’islamisme en Algérie (1990-2000) a fait plus de 200 000 morts (Il est étonnant que   personne n'osa alors faire des reproches au gouvernement algérien, alors qu’on s'acharne sur celui de Bachar el Assad dont la position, face à une rébellion également islamiste, est analogue.)

Gulbuddin Hekmatyar, un protégé de Washington qui contrôlait le   sud-est de l'Afghanistan, s'étant trouvé impliqué de loin dans le premier attentat du WTC (1993), les Américains, par Pakistanais interposés, suscitèrent pour le punir et pour le remplacer le mouvement taliban, le plus radical qui ait existé, quitte à   le combattre à son tour à partir de 2001.

Dans les Balkans entre 1990 et 1999, l 'OTAN a   pris parti pour les musulmans (Bosnie, Kosovo), aidés par des djihadistes, contre les chrétiens orthodoxes.

La destruction du régime de Saddam Hussein en 2003 ne pouvait que plaire aux islamistes qui détestaient ce dictateur trop tolérant pour les minorités et, quoique musulman sincère, aux manières de mécréant. Il menaçait les monarchies du Golfe protégées par les États-Unis et adeptes d'un islam bien plus radical. La nature ayant horreur du vide, sa chute attira en Irak les islamistes de tout poil qui s’implantèrent dans le nord de la Mésopotamie. Servi par des complaisances anglo-américaines, turques, saoudiennes, qatari et autres, ce mouvement conduisit en 2013 à la création de Daesh.   

 

Les printemps arabes : de la démocratie à islamisme  

 

Depuis son accession à la tête de la Turquie en 2003, Récup Redorant, frère musulman lui aussi, a bénéficié de toutes les faveurs de Washington. Sa candidature à l'entrée dans l'Union Européenne l'a protégé d'un coup d’Etat militaire kémaliste (c'est-à-dire laïque) et lui a permis de renforcer l'islamisation du pays, tout en lui offrant une base arrière à la rébellion islamiste en   Syrie et en Irak. Daesh n'a pas d'allié plus solide aujourd'hui que la Turquie, membre de OTAN. Il suffirait que ce soutien lui soit retiré pour qu'il retourne dans les sables, mais personne n’exige d’Erdogan qu'il le retire.  

Ce soutien aux islamistes s'est déchainé à partir de 2011, notamment sous l’influence d'Hillary Clinton. On savait depuis toujours que démocratiser un pays arabe, c’était donner le pouvoir aux Frères musulmans, non que le peuple adhère à leurs doctrines mais parce que, seuls, ils sont présents sur le terrain pour soulager sa misère.  L’Occident se prit néanmoins d'enthousiasme pour les "printemps arabes" au point d'appuyer tantôt politiquement, tantôt militairement l'émergence de pouvoirs islamistes en Egypte, en Libye, en Tunisie, au Yémen avant de tenter de le faire en Syrie. Morsi et Erdogan, frères musulmans tous les deux, étaient les favoris d'Hillary Clinton.

Cette politique a failli réussir en Syrie où la dynastie Assad, pouvoir laïque fort, adapté à un pays religieusement pluraliste, se trouvait confrontée depuis des années à une opposition islamiste. Sans l'aide massive apportée aux opposants à Assad, il n’y aurait sans doute pas eu de guerre en Syrie. Ces opposants sont, quoi qu’on dise, idéologiquement proches de Daesh, même quand on feint, comme c'est le cas d’Al Nosra, branche syrienne d'Al Qasida ou d'Arar-el-Shama, de leur trouver des vertus démocratiques. Cette offensive anti-Assad s’est heurtée à la détermination des Russes à garder le seul point d'appui qu’ils avaient encore dans la région et à celle de la minorité alaouite dont sont issus les Assad, laquelle n’avait d'autre alternative que de rester au pouvoir ou d'être exterminée.

Pas plus que les attentats du 11 septembre, cette politique n'a été infléchie par les attentats de Paris et de Bruxelles ; seule la France semble s'être mise à l’écart. Et encore :  il y a quelques semaines, l'armée syrienne aurait   capturé des soldats d'Al Qaida encadrés par des conseillers techniques américains, anglais, français et saoudiens. Washington ne décolère pas que les bombardements russes   n'épargnent pas Al Qaida.  Al Qaida ! [2]

Contre qui cette alliance entre Washington et la mouvance islamiste ? Au Proche-Orient même contre tout ce qui avait encore apparence d'État sous la seule forme que l'on connaisse dans cette région : une dictature militaire plus ou moins laïque, fondée sur un parti unique de type baasiste ou nassérien. Bien que fort peu agressifs à l'extérieur (  la Syrie a certes tenté de faire valoir ses droits sur le Liban et l'Irak sur le Koweït mais il ne s'agissait que d'objectifs limités ), n'ayant jamais sérieusement menacé Israël, ces régimes furent pris en  grippe par les néo-conservateurs, qui pensaient que pour faire   un Etat  de droit, il fallait s'abord détruire  l'État et qui auraient voulu redécouper (reshape) le Proche-Orient selon des lignes ethnico-religieuses, mieux à même d’entretenir le chaos.

 

Contre la Russie

 

Mais cette politique est surtout dirigée contre la Russie instaurée en ennemie historique quand bien même elle n'est plus communiste ; une Russie plus vulnérable à l'islamisme par sa proximité et la présence de 15 % de musulmans sur son sol, alors que, malgré les Twain Towers et Orlando, la menace islamique est beaucoup plus lointaine en Amérique. Que l'islamisme qu'elle nourrit doive pourrir la vie aux Russes et aux Européens   lui importe peu.  Bien que menacée en première ligne, l’Europe s’est laissé entraîner avec une rare inconscience   à soutenir les États-Unis dans cette entreprise de déstabilisation contraire à ses intérêts. La France l’a fait au mépris d’alliés historiques qui avaient toujours bénéficié de sa protection comme les chrétiens d’Orient, premières victimes de l'appui apporté aux islamistes. La question proche-orientale est un moyen d'arrimer l'Europe occidentale au char américain, contre la Russie. Que le terrorisme et les flux de migrants déstabilisent les États d'Europe est plutôt bien vu dans certains cercles washingtoniens, où l'on compte que   ces États, une fois affaiblis par le multiculturalisme, seront plus dociles à l'instauration d'un espace euro-atlantique unifié.

Au vu de ces   collusions, nous ne cèderons pas à la tentation de dire des attentats : "les Américains les ont bien cherchés". Ce serait indécent : les victimes d'Orlando ne sont pas les mêmes que ceux qui élaborent à Washington les politiques de déstabilisation. D’ailleurs, il ne faut pas imaginer   que le terrorisme soit tenu pour un grave problème par les grands qui dirigent le monde. Malgré la rhétorique dont ils usent à l'usage du peuple, les attentats terroristes sont d'abord pour eux un moyen de déstabiliser l’adversaire (le seul qui compte, la Russie) ou de coaliser les opinions publiques autour d’eux, éventuellement de restreindre les libertés. Orlando, à cette échelle, est un non-évènement.

Aujourd'hui alliée à l'islamisme contre la Russie, l 'Amérique aurait l'option alternative de s'allier à la Russie contre l'islamisme. C'est plus ou moins le programme de Trump. Le laissera-t-on faire ? En tous les cas se serait là une rupture avec 70 ans de politique pro-islamiste :  on comprend qu’elle suscite des inquiétudes à Washington.

                                                           Roland HUREAUX

 

 

 

 

[1]  Le Monde, 20/06/2016

[2] Al Qaida (dont la branche syrienne s'appelle Al Nosra) est désignée comme une organisation terroriste à combattre dans   la Résolution de l'ONU du 18 décembre 2015 et a sinon revendiqué, du moins approuvé l'attentat du Bataclan, ce qui n'est pas le cas d'Arar-el-Shama.  Voilà ce que les forces spéciales françaises continuent à soutenir ! 

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 23:34

 

COMMENT AIRBUS A CESSE D'ETRE FRANCAIS

 

                http://www.causeur.fr/airbus-eads-tom-enders-paul-eremenko-39318.html  

En ce mois de juillet, un nouveau directeur technique a pris ses fonctions au sein d’Airbus Group.  C'est un Américain de 36 ans, Paul Eremenko, qui a fait jusqu'ici l'essentiel de sa carrière dans une annexe du Pentagone, la DARPA (Défense Advanced resarci program agence), chargée des techniques de pointe en matière d’armement :  robotique, drones, satellites.

Cette nomination appelle plusieurs   questions :

 

-    n'y a-t-il   en Europe aucun   ingénieur qualifié pour occuper ce poste ?

 

- la réciproque est-elle concevable : Boeing nommant un directeur technique ayant travaillé dans son pays dans le domaine de la défense ? Rappelons que l'armement est dans le périmètre du groupe Airbus, comme de Boeing.

 

On peut   douter de cette réciprocité au vu d’une récente loi américaine qui prescrit qu’en cas de prise de contrôle d'une entreprise stratégique par un groupe étranger (même venu d’un pays de l’OTAN, bien évidemment), le gouvernement américain se réserve de nommer l'ensemble des membres du conseil d'administration et de la direction, les nouveaux actionnaires n'ayant d’autre droit que de connaître les comptes et de percevoir des dividendes.

Voilà un pays où l'"intelligence économique" est un vrai souci, pas un sujet de colloques !

Mais le fait le plus remarquable est qu’avec cette nomination, aucun Français n’occupera désormais une des cinq fonctions majeures de la direction du groupe Airbus :

Direction générale : un allemand (Tom Enders), Finances : un autre allemand ; Affaires juridiques : un britannique ; Marketing : un américain, Technique, désormais un autre américain.

Les postes de directeur de la stratégie et de président d'Airbus Industrie, encore détenus par des Français, ont perdu beaucoup de leur contenu depuis la réorganisation du groupe opérée par Tom Enders en 2014.

Cette réorganisation comprenant la fusion de la direction générale d’EADS et de celle d’Airbus industrie au sein d'Airbus Group, s'est accompagnée du transfert du siège à   Toulouse, ce qui a fait illusion aux Français, toujours plus sensibles aux symboles qu'aux réalités et qui n'ont pas vu que les deux postes évoqués passaient désormais sous le contrôle étroit du PDG.

Dans la foulée, le même Enders a créé Airbus Défense & Sace (ADS), réunion d’Astrium et Cassidian dont le siège a été installé à Munich avec un management presque 100% allemand.   Décision d'autant plus étonnante, elle aussi, que les poids lourds dans le domaine considéré sont la France et la Grande Bretagne.  La partie électronique de cette entité vient d'être cédée, sans que personne en France ait eu son mot à dire, au fonds KKR, notoirement proche de la CIA (alors même que Thalès était candidat).

Une telle situation est d'autant plus paradoxale que l'Etat français est encore actionnaire du groupe à hauteur de 11 % et surtout qu'Airbus est historiquement une création française qui doit son essor, au sortir de la guerre et pratiquement jusqu'à la privatisation, à des investissements publics très importants, payés par le contribuable français.

Rien non plus pour l’Espagne actionnaire à 4 %.

Ne nous étonnons pas qu'aujourd'hui en Chine, on tienne l’Airbus, créé en France par des ingénieurs français pour un avion allemand !

Il est aujourd'hui politiquement incorrect   dans les sphères dirigeantes françaises et au sein du groupe, "à l'heure de la mondialisation », d’entrer dans ce genre de considérations jugées chauvines et reflétant un nationalisme dépassé.  

Pourtant, savoir qui a le pouvoir dans le groupe Airbus intéresse au premier chef notre pays : la désindustrialisation aidant, l'aéronautique représente aujourd’hui, avec ses sous-traitants, le tiers de l'emploi industriel civil.

Par ailleurs les opérations d'internationalisation du groupe semblent s’être traduites par une diminution continue de la part de l'emploi français (à périmètre constant, c'est à dire sans compter les apports initiaux allemands ou autres) dans l'emploi total du groupe. Une voix syndicale autorisée nous dit que depuis quinze ans les plans sociaux touchent principalement la France et le Royaume-Uni, très peu l'Allemagne. 

On aimerait que ces considérations, jugées chauvines et déplacées dans la classe dirigeante française, soient jugées aussi dépassées   à Washington et à Berlin.  Mais, entre le nationalisme implacable de l'un et celui, plus rampant de l'autre, on en doute.

Peut-être serait-il temps que la France fasse valoir ses intérêts au sein d’Airbus Group ?

 

                                                           Roland HUREAUX

 

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 23:33

LA FRANCE DOIT PROTEGER SES INDUSTRIES DE SOUVERAINETE

 

http://www.voxpop.pro/2016/04/la-france-doit-proteger-ses-industries-de-souverainete.html

 

http://www.magistro.fr/index.php/template/lorem-ipsum/en-france/item/2657-proteger-ses-industries-de-souverainete

 

Qui se soucie de la prise de contrôle progressive par des intérêts étrangers de nos principales industries stratégiques ? 

La plus spectaculaire est l'électronique d’Airbus qui vient d'être rachetée par le fond américain KKR, notoirement proche des services de renseignement.  Interrogé sur ce sujet, le ministre de la défense français allègue que l'essentiel de ses activités se trouvent en Allemagne et que le gouvernement allemand n'a pas objecté.  Comme s'il ne s'agissait que d'un problème d'emploi et comme si Berlin était en mesure de s'opposer à Washington ! 

La récente mésaventure du Rafale dont l'administration américaine s’estime en droit d’interdire toute exploration dès lors que s'y trouverait une seule pièce détachée américaine, aurait dû nous mettre en garde. 

Et n'oublions pas Alsthom qui, cédée à General Electric, emporte avec lui une partie de notre savoir-faire nucléaire, par ailleurs mis à mal par le naufrage d'Areva.

Le député Jacques Myard s'est ému récemment   du projet de cession, par Safran de sa filiale à 100 % Morpho qui détient des compétences dans deux domaines essentiels à la sécurité de la France : la biométrie et la détection d’explosifs.

 La biométrie est un secteur clé qui doit beaucoup au talent des ingénieurs français qui ont fait de Morpho un leader mondial dans ce domaine, présent sur tous les continents. Ainsi Morpho est le principal partenaire de l’Inde qui veut doter tous les Indiens, soit 1,5 milliards de personnes, d’une identité sur une base biométrique !

La détection d’explosifs dans les bagages est aussi un secteur rentable, en pleine expansion, Morpho a fait l’acquisition il y a 3 ans d’une société spécialisée. Il n’y a aucune raison de faire marche arrière aujourd’hui.

Dans sa réponse à Myard, insolemment désinvolte, le ministre de la défense Le Drian prétend que Morpho n'est pas dans le périmètre du ministère de la défense. Il sembla oublier que Safran, important fournisseur du ministère de la défense, lui, y est.

Dans tous les cas, ces deux entités doivent rester françaises.

Safran, entreprise prospère n’a nullement besoin d’une telle cession vivement souhaitée en revanche par de puissants intérêts anglo-saxons, alors même que des solutions françaises de reprise existent.

On ne peut que s’interroger sur la précipitation mise à engager une telle opération.  Hasard ? Certains ont relevé que si la vente envisagée devait se conclure, elle aurait pour effet de provoquer une augmentation du cours de bourse de Safran et par voie de conséquence de la valeur des stock-options détenues par ses   dirigeants.

 

Un libéralisme à sens unique

 

S'émouvoir de ces projets de cession est, dira-t-on, contraire au dogme libéral qui désormais semble régner sans partage dans les sphères dirigeantes européennes.

C'est ignorer que le libéralisme est aujourd'hui à sens unique. Aux Etats Unis   le dispositif CFIUS ou Proxy permet au président   d’imposer des contraintes extrêmement fortes à tout acheteur étranger d’une entreprise américaine jugée stratégique, et ceci quel que soit le secteur économique concerné. Il peut aller jusqu’à fixer de manière unilatérale la composition du conseil d’administration en y imposant en partie ou en totalité des citoyens américains, choisis par le gouvernement. L'actionnaire n'aura dès   lors droit qu’aux informations financières à l'exclusion de tout droit de regard sur l’orientation stratégique ou technologique.

Morpho a eu à connaître des rigueurs de cette réglementation lors de l’achat de l’entreprise L 1, éditeur des permis de conduire américains, qui ont la valeur de titre d’identité fédéral, et à ce titre a été jugée stratégique.

Nous voyons au contraire chez nous l’Etat mettre en vente les parts qu’il possède dans des entreprises essentielles à l’exercice de sa souveraineté sans prendre les moyens d’exercer un contrôle. Le décret Montebourg qui donne un droit de veto à l'Etat représente un progrès mais c'est tout ou rien.   Le dispositif CFIUS, plus pragmatique, permet de doser l’intervention et n’est pas coûteux pour la puissance publique. Il peut être mise en œuvre sans texte de loi (un décret suffit) et les traités européens ne peuvent lui être opposés dans le domaine de la défense.

Il est temps que notre pays se ressaisisse avant d'être dépouillé de tout pouvoir    sur ses industries de souveraineté. L'affaire Morpho a valeur de test.

 

                                                           Roland HUREAUX

 

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 23:32

 

LA VIe REPUBLIQUE :  UNE IDEE   DANGEREUSE

 

Les candidats de gauche à la présidentielle ont réintroduit, faute d'autre sans doute, l’idée de passer de la Ve à la VIe République. Il s'en faut de beaucoup que le contenu de cette proposition   soit clair : on comprend cependant qu'ils voudraient revenir au régime d'assemblée de type IVe République : élection des députés à la proportionnelle, affaiblissement du pouvoir exécutif par la suppression de l'article 49-3 (ou de ce qu'il en reste après la réforme Sarkozy qui avait fait la moitié du chemin). 

Naturellement personne parmi les promoteurs de la VIe République n’est capable de faire un lien clair entre tout ce qui ne va pas dans la France actuelle (chômage et récession, insécurité, migrations mal contrôlées, déclin de l'éducation nationale, justice de plus en plus arbitraire) et la constitution de la Ve République. Pas davantage ils se sauraient démontrer pourquoi les choses iraient mieux si on changeait de République

On pourrait plus facilement montrer le contraire : comment la plupart des   problèmes évoqués résultent de l'abâtardissement de la Ve République par les nombreuses révisions votées depuis 1962 et qui tendent presque toutes, au motif de faire des concessions à l'air du temps, à affaiblir le pouvoir de l'Etat au bénéfice d'autres acteurs :  l’Europe, les collectivités locales, les juridictions les plus diverses.   

Le général de Gaulle pensait que quand les hommes sont médiocres, les institutions n'avaient guère d’importance : la politique sera de toutes les façons médiocres.  Dès lors, le principal mérite d'une bonne constitution était pour lui de ne pas mettre d'entraves à l'action de l’homme providentiel en mesure de   redresser le pays, quand il s'en trouve un. Ces entraves sont aujourd'hui nombreuses :   le bicamérisme originel a été renforcé par l'affaiblissement de la question de confiance et la quasi-obsolescence des ordonnances, le Conseil constitutionnel n'a cessé de monter en puissance, une   primauté absolue a été conférée au droit européen, ce que l'Allemagne s'est bien gardée de faire etc.  La VIe République, telle que la conçoivent ses promoteurs serait un régime où ces entraves seraient encore plus contraignantes au point que   la France ne pourrait plus être redressée par qui que ce soit.  Voilà un projet qui illustre à merveille le   théorème de Guy Debord[1] , que les faiseurs de programme n'ont pas tous intégré : dans la société de spectacle « avancée " (c’est à dire en état de décomposition avancée !), où seuls les mots ont encore de l’importance, toute réforme tend à aggraver les choses.  

Ce n'est pas nouveau : tant qu'à vouloir modifier la constitution, peut-être vaudrait-il mieux abroger toutes la plupart des révisions intervenues depuis le début ?

 

Le risque de l'instabilité institutionnelle

 

Autre risque, encore plus grave : celui de ramener la France à l’instabilité institutionnelle.  Qui ne se souvient qu’avant 1958, le professeur de droit ou d’histoire se   lamentaient régulièrement sur cette instabilité ?  Pas moins de 13 constitutions depuis 1791 alors que les Etats-Unis ont la même depuis 1787 et la Grande-Bretagne depuis la nuit des temps.  Personne n'était fier de cette singularité française que certains tenaient pour une malédiction par laquelle la France expiait la mort de Louis XVI. 

La Ve République, au fur et à mesure qu'elle s’est consolidée, a semblé nous guérir de ce vice. N'entrant pas dans une catégorie déterminée, la constitution du 4 octobre 1958 opère une   synthèse équilibrée et pragmatique de notre esprit monarchique et du parlementarisme.  Ayant survécu à la victoire de la gauche (nul n’a fait plus pour la consolider que Mitterrand qui pourtant l'avait qualifiée de « coup d'Etat permanent" !), puis, pour le meilleur et pour le pire, à la cohabitation, elle semblait définitivement installée, la France rejoignant ainsi le peloton de tête des pays sérieux qui ne bouleversent pas sans cesse leur cadre institutionnel.

Avec l'idée d'une VIe République (les chiffres ont en l'espèce une   haute signification : il serait moins grave de modifier les institutions sans changer de numéro), la France retomberait dans l’ornière. Car qui peut croire que la nouvelle république serait la dernière ?  Après elle, viendrait la VIIe, puis la VIIIe etc.

Changer de République n’apparait pas seulement comme une idée dangereuse, c’est aussi une idée vulgaire. Même si des évolutions à la marge sont normales, le cadre institutionnel doit avoir quelque chose de sacré : à lui s'applique de manière éminente la maxime de Montesquieu : « Il ne faut toucher aux lois que la main tremblante ».    Au lieu d'agir dans le cadre existant, chacun se prenant pur un nouveau Lycurgue veut apporter sa touche aux lois fondamentales. Habitude détestable quand il s'agit d'en alourdir le texte pour y introduire toutes sortes d'affirmations de principe ou de "reconnaissances" qui n'y ont pas leur place, la constitution étant d'abord un règlement : langues régionales, environnement, décentralisation, définition du mariage, adjonctions susceptibles d'être   abrogées ou dépassés à leur tour.  Habitude encore plus détestable quand il s'agit de changer la règle au bénéfice de tel ou tel intérêt.  

Oublions l'idée d'une VIe République : elle nous mènerait sur une pente fatale.

 

                                                                                   Roland HUREAUX

       

 

[1] Guy Debord, La société du spectacle, 1966

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 23:31

LE BREXIT A SAUVE LE BIPARTISME AU ROYAUME-UNI, MAIS PAS DANS LE RESTE DE L'EUROPE

 

http://www.causeur.fr/brexit-nigel-farage-grece-espagne-39547.html

 

Dieu sait combien on a entendu dans les milieux de la bienpensance européenne que David Cameron avait été irresponsable d'organiser un référendum sur le Brexit. "Quelle idée de consulter le peuple sur une affaire aussi grave !  Nous n'en serions pas arrivés là s’il ne l'avait pas eue".

Cameron a certes défendu le Remain mais le Brexit l'a emporté. Or pas de référendum, pas de Brexit.

C'est oublier dans quel contexte a été prise la décision de consulter   le peuple britannique sur le maintien dans l'Union européenne. David Cameron n'avait pas le choix. S'il n'avait pas promis un référendum lors des dernières élections, l’UKIP de Nigel Farage, parti nationaliste, risquait de prendre peu à peu l'ascendant sur le    parti conservateur. Et dans le système électoral britannique, uninominal à un tour, il ne faut qu’un léger effet de balancier pour que tous les sièges   soient perdus pour le parti qui se laisse dépasser, menacé alors de sombrer. En raison de ce système, l’UKIP, presque partout devancé par le parti conservateur ne pouvait avoir de députés qu’au Parlement européen, élu, lui, à la proportionnelle. Farage n’avait réussi à arracher pour lui-même aucune circonscription. Ils les auraient toutes eues si la promesse du référendum n'avait relâché la pression qui s’exerçait en faveur de son mouvement.

C'est ainsi qu'a été sauvé le parti conservateur dit tory, le plus vieux parti du monde, puisqu'il   existe depuis le XVIIIe siècle.

C’est aussi ainsi qu'a été sauvé le bipartisme à la britannique. Ce système n'a connu en trois siècles qu’une mutation : dans l'entre-deux guerres, alors que les tories se maintenaient, les   travaillistes ont   supplanté les libéraux, qui ne sont plus aujourd’hui qu'une survivance.  

Après la victoire du Brexit, on a pu voir comment le parti conservateur a refait rapidement son unité derrière le nouveau premier ministre Teresa May.

La force du parti conservateur a été de laisse subsister en son sein (et même au sein du   gouvernement) des européistes et des eurosceptiques, et cela malgré le climat de quasi-guerre civile qui a régné entre les deux camps, comme toujours sur les enjeux européens, pendant le référendum.

 

L'Europe fait éclater le paysage politique

 

S'il n'y avait pas eu de référendum, nul doute que serait arrivé au Royaume-Uni ce qui est déjà arrivé en Italie, en Espagne, en Autriche, en Grèce : l'éclatement du bipartisme traditionnel au bénéfice de nouveaux partis. En Italie, la démocratie chrétienne et le parti communiste ont pratiquement disparu. En Espagne, le PSOE et l'Alliance populaire sont très affaiblis. L'Autriche avait vu depuis la guerre une alternance régulière des sociaux-démocrates et des chrétiens-sociaux. On a pu voir comment ces deux partis se sont effondrés aux dernières élections présidentielles pour ne laisser face à face au second tour qu’un candidat nationaliste et un candidat écologiste.

On disait que l’Europe de Bruxelles   faisait éclater toutes les structures préexistantes : les Etats au bénéfice de régions, la démocratie au bénéfice de la technocratie ; il se peut qu’elle soit à présent en train de faire éclater, les uns après les autres, les systèmes politiques des différents pays membres, ce à quoi la Grande- Bretagne a voulu échapper.

Et c'est ce à quoi la France n'échappera pas tôt ou tard, dès lors que le processus européen poursuit sa course et que les partis qui ont   dominé jusqu'ici la scène politique   française, l'UMP et le PS, à la différence du parti conservateur britannique (et dans une certaine mesure du parti travailliste), ne tolèrent pas en leur sein de divergences au sujet de l'euro et de l’Europe.

C'est bien en effet ce qui se passe en France. Mélenchon, eurocritique, se trouve depuis longtemps relégué à l'extrême gauche.  Chez les Républicains, un Jacques Myard, eurocritique aussi, a été éliminé des instances dirigeantes lors de leur dernier renouvellement. Sur les six candidats principaux à la primaire des Républicains, Sarkozy, Juppé, Fillon, Le Maire, Mariton, Kosciusko-Morizet, aucun ne remet véritablement en cause le cadre européen. Myard et Poisson qui le remettent en cause   ne jouent pas le premier rôle.  Alors même que les militants, eux, sont très partagés entre les deux options, sur une base d’environ moitié-moitié.

En ne tolérant pas les minorités eurocritiques en leur sein, les partis dominants ont cru renforcer l’Europe de Bruxelles.  En réalité, ils l’ont affaiblie. Le résultat de leur attitude est que la critique de la construction européenne, très populaire, faute d'exutoire dans les partis classiques, s'est cristallisée dans les partis hors-système, Front national en tête, ce qui pourrait bien faire éclater le système.

Ce que le Royaume-Uni a évité par le référendum sur l'Union européenne, c'est aujourd'hui ce qui pend au nez de la France mais aussi sans doute de l'Allemagne et d'autres. Pour ces pays, les échéances de 2017 pourraient bien signifier un profond renouvellement du panorama politique, tel qu'il existe depuis un demi-siècle.

 

                                                                       Roland HUREAUX

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 23:30

 

L'UNION EUROPEENNE TOMBERA D’UN COUP

 

http://www.causeur.fr/union-europeenne-brexit-euro-schengen-37056.html

http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/2016/03/lunion-europ%C3%A9enne-tombera-dun-coup-comme-un-ch%C3%A2teau-de-cartes.html

 

Comme toutes les œuvres humaines, de la tour de Babel aux empires coloniaux, l'Union européenne aura un jour fait son temps.  

Les craquements que l'on entend aujourd'hui : crises de l’euro, vagues migratoires hors de contrôle, guerre en Ukraine, récession, peuvent laisser présager que cette échéance est proche. Quel facteur sera fatal à l'édifice dont les bases, jetées dans le courant des années cinquante, semblent vermoulues : crise économique ou événement militaire ou encore l'élection d'une majorité hostile dans un grand pays membre ? On ne sait.

Ce que l'on peut affirmer en revanche sans crainte de se tromper, est que cette chute se fera d'un coup, comme celle de l'Union soviétique.

Même si l'Union européenne n’a, bien entendu, jamais généré à ce jour les horreurs du système communiste[1],  elle n'en est pas moins elle aussi un système idéologique, d'une sorte différente. On pourrait dire un système utopique ou encore, selon l’expression de Hayek, constructiviste.  De Gaulle disait une "chimère".

 

Des effets contraires aux buts poursuivis

 

Pour le décrire, nous pourrions commencer par ses effets : toujours le contraire de ceux qui sont   recherchés. Lénine avait promis "le pain, la paix, la liberté", l'URSS eut la famine, une économie de guerre et l'esclavage. Les promesses des pères fondateurs de la construction européenne : la prospérité, une influence mondiale, la fraternité, la paix sont les unes après les autres démenties. La récession, la désindustrialisation, la crise agricole ; la vassalisation au sein de l’OTAN, l’ignorance de plus en plus grande des cultures et des langues des partenaires (au bénéfice du basic english )  disqualifient chaque jour ces promesses. Il n'est jusqu'à la guerre en Yougoslavie et en Ukraine, où la Commission de Bruxelles, comme l'a dit Helmut Schmidt[2],  a eu sa part de responsabilisé, qui ne démente l'idée que la construction européenne pourrait être une entreprise de paix. On ajoutera : pensée pour contrôler l'Allemagne, elle lui a assuré la suprématie.

Il en résulte un sentiment d'absurdité suscité non seulement par ces contreperformances mais aussi par l'accumulation de règles qui paraissent arbitraires (et qui ont conduit, par exemple, par pur dogmatisme, au démantèlement d’EDF), un sentiment qui n'est pas sans rappeler celui qui prévalait au sein du système soviétique. Les anciens dissidents de ce dernier (Soljenitsyne, Zinoviev, Boukovski) furent d’ailleurs unanimes à souligner les ressemblances.   Chez les nouveaux adhérents de l'Est, les mêmes qui soutenaient le communisme sont devenus les meilleurs partisans de l'intégration européenne et ceux qui résistaient résistent toujours.

On pourra trouver notre tableau noir. Ceux qui ont étudié le processus idéologique ont abouti à un constat sans appel : il n’en sort jamais rien de bon. Ce qui semble prospérer et qu'on met de manière fallacieuse sur le compte de l'Europe de Bruxelles s'est en réalité développé en dehors, sous la forme d'une coopération naturelle sans caractère idéologique : Airbus, Ariane, l'OCCAR[3] . A l'inverse, Galileo, pur produit de l'Europe de Bruxelles ne sort pas des limbes.

 

Un principe unique

 

Le processus idéologique a été défini par Hannah Arendt[4] ou Jean Baechler[5] :   il consiste à gouverner à partir d'une idée simple, trop simple, et par là fausse, réductrice du réel, dont toutes les conséquences y compris les plus folles sont tirées (puisque aucune idée concurrente ne vient se mettre en travers). Le communisme disait : les hommes sont aliénés par la propriété, supprimons la propriété et ils seront heureux. Les partisans d'l'Europe supranationale disent : la guerre a ravagé l'Europe, c'est la faute des Etats-nations, supprimons les Etats-nations pour ne faire qu'un seul Etat continental, ce sera la paix perpétuelle et par la grâce de la concurrence et de la monnaie unique, la prospérité. Tout le reste en découle.  On ne se demande pas su si la guerre ne proviendrait   pas plutôt des idéologies que des nations.

Ceux qui fondent leur politique sur une seule idée pensent qu'elle est géniale et qu'elle apportera le salut. Si elle s'oppose à certaines tendances naturelles de l'homme (le sens de la propriété, le sens national), il faut passer en force, au besoin contre le peuples : le jeu en vaut la chandelle.  On le voit : chez les idéologues de l'Europe supranationale, la confiance ne règne pas ; ils se sentent assiégés par le chauvinisme, le protectionnisme, le nationalisme, le populisme assimilés depuis peu au racisme.  D'où le déficit démocratique (Junker : "il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens" [6]), l'intolérance à toute opposition, la pensée unique, la bureaucratie et il faut bien le dire le centralisme (l’Europe qui s’est construite, en particulier depuis l'Acte unique de 1987, est tout sauf fédérale).  

Les idéologues pensent que l’idée simple qu'ils professent doit transformer la condition humaine ; ils diviseront dès lors l'histoire entre un avant fait de guerres, d’affrontements, de fanatisme et un après plus ou moins paradisiaque.

Mais si cette entreprise, fondée sur une   idée, est bonne pour les Européens, elle le sera pour les autres hommes. Toute entreprise idéologique a une vocation universelle. Le socialisme ne pouvait s'établir dans un seul pays. L’Europe de Bruxelles doit répandre son idéal dans toutes ses périphéries :  l'Ukraine, la Turquie et pourquoi pas demain le Maghreb et le Machrek ?  Elle fait déjà la morale à l'Afrique.  Idéaliste, elle est de fait   impérialiste. 

Méfiante de la nature (où subsistent les instincts mauvais), l'idéologie    se méfie aussi de la culture. Produit d'un passé rempli d'horreurs, que l'on veut précisément dépasser, elle est suspecte.  On ne dit pas à Bruxelles "du passé faisons table rase" mais la politique culturelle et éducative qui y est promue, à base de repentance et de promotion du libéralisme libertaire (gender, ultraféminisme), tend à dévaluer les immenses richesses que ce passé a produites. Par méfiance du passé, et parce que toute idéologie est, de fait, une   religion séculière concurrente, l'idéologie ne pouvait qu’être hostile à la reconnaissance des racines chrétiennes de l’Europe. Des racines chrétiennes dont un   ami agnostique nous disait que leur négation est contraire à la laïcité puisque la laïcité est fondée sur le respect de la vérité, scientifique ou historique.  

 

Un château de cartes

 

Ce que porte le mot de "construction » (du socialisme, de l’Europe) est une entreprise prométhéenne dont la preuve du bien fondé est non point le bon fonctionnement mais la marche en avant.  Elle est donc irréversible.  Comme la bicyclette, elle chute si elle s’arrête, un principe qui a été opposé à satiété aux opposants des traités soumis à référendum en France en 1992 et 2005 : ne pas aller plus loin, disait-on, c’est mettre en danger tout l'édifice. Cette marche en avant signifie à la fois l'approfondissement (« vers une union toujours plus étroite" comme le dit le traité) et l'élargissement.

Le principe d'irréversibilité, qui s’appliquait déjà au socialisme est le talon d'Achille de l'entreprise, un facteur de vulnérabilité. On peut prendre une autre comparaison, celle du château de cartes où il suffit d'en enlever une seule pour qu'il s'effondre. C'est pourquoi tout a été fait pour maintenir Chypre puis la Grèce dans la zone euro, malgré le peu qu'ils représentent dans   l'économie du continent (respectivement 0,1 et 1,2 % du PIB européen). L'enjeu n’était pas économique mais idéologique.

C'est pourquoi le Brexit qui pourrait résulter du référendum britannique de juin 1996   engage l’avenir de la construction européenne. Techniquement elle pourrait continuer sans le Royaume-Uni qui n’est pas partie prenante aux deux politiques les plus importantes (la monnaie unique et la libre circulation). Mais dès lors que l'Europe de Bruxelles est une construction idéologique qui doit toujours aller de l'avant, cet échec lui serait insupportable et pourrait précipiter la fin :  qui osera, après une sécession britannique, imposer quoi que ce soit à la Grèce, quand se produira la prochaine crise monétaire ?  

Il faut donc s’attendre à ce que les pressions les plus fantastiques soient exercées sur le peuple britannique d'ici juin. A moins que les promoteurs de l'utopie aient cessé d’y croire, comme le pouvoir soviétique au temps de Gorbatchev. Tout était alors allé très vite. Il faut espérer dès lors que l'Europe qui est déjà tombée bien bas n'ait pas à subir encore dix ou quinze ans d'ère Eltsine, avec tous les désordres que cela suppose, avant de repartir de l’avant, les égarements surmontés, sur des bases assainies, c'est à dire libérées de toute idéologie.

                                                           Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

[1]  Mais l'Union européenne peut encore déclencher une guerre continentale

[2] Bild, 16 mai 2014

[3] Organisation de coopération conjointe en matière d 'armement dont le siège est à Bonn

[4] Hannah Arendt, Le système totalitaire, Seuil, Collection Points, 1972

[5] Jean Baechler Qu’est-ce que l’idéologie ? Idées-Gallimard, 1976

[6] Le Figaro, 29 janvier 2014

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 23:28

 

 

LE CREUX PROGRAMME DE MACRON

 

Creux mais dangereux pour les classes moyennes et les libertés

 

L'annonce en fanfare du programme de Macron avait tout pour impressionner :  500 experts, 3000 ateliers avec, paraît-il, la participation de 30 000 Françaises et Français. Il s'est même dit que le document final avait été mis au point par un think tank de 15 personnes super confidentiel et super qualifié basé à Londres.

Le moins qu'on puisse dire est que les résultats ne sont pas à la hauteur de tels travaux, réels ou pas.

Il suffit d'écouter les Français pour connaitre leurs principales préoccupations, finalement assez simples : en sus de la crainte du   chômage et la baisse de leurs   revenus, on citera : l'immigration, l’éducation, la justice et la sécurité, la lourdeur de la pression fiscale et donc des dépenses publiques, le sentiment d'une injustice du système de redistribution sociale (pas tant les retraites, seules évoquées dans le document, que les prestations de toute nature).  Il faut y ajouter la question de la démographie   et donc de la politique familiale : si les Français y sont moins sensibles, c’est la plus importante car elle conditionne non seulement les retraites à   venir mais la survie du pays lui-même.  Et aussi la question de notre politique étrangère, celle de Hollande nous ayant valu le mépris universel. 

 

Les problèmes majeurs de la France sont peu ou pas pris en compte

 

Sur tous ces sujets majeurs, peu ou pas de propositions sérieuses.  Rien , absolument rien sur la famille et la politique familiale   ( et donc aucune perspective de revenir sur sa destruction  par les socialistes[1] ),  rien sur la justice , rien sur l'immigration  sinon une défausse sur l'Europe par le  recrutement de 5000 gardes-frontières européens  (  et comment  cela intéresserait-il Macron qui a félicité Merkel d'avoir ouvert largement ses frontières ? ), aucune réponse  véritable à cette revendication populaire essentielle qui est de mettre plus  de justice dans les systèmes sociaux de telle manière que ceux qui qu'on appelle  les "travailleurs pauvres" , immigrés compris, n'aient pas le sentiment frustrant d'être moins bien traités que les  assistés.  Macron qui n'a jamais fait campagne ne serait-ce que pour une élection cantonale en a-t-il seulement conscience ?

Sur la sécurité, les   rares    propositions sont d'une pauvreté affligeante : développent de la police de proximité (dite " police de sécurité quotidienne"), "ne plus tolérer les incivilités », plus vite dit que fait. Il est certes proposé que "toute peine prononcée sera exécutée" (ce qui est techniquement difficile même si on construit 15 000 places de prison), mais encore faut-il qu'elles soient prononcées, ce qui n'est pas évident aujourd’hui vu les dérives de la justice, dont Macron ne s’émeut pas[2] . En lieu et place d'une politique pénale ferme, la police pourra envoyer un délinquant dans un autre quartier...

Sur l'éducation, il ne sert à rien de proclamer que l'on donnera «la priorité à l'école primaire" si on n'en change pas les méthodes, de quoi il n'est nullement question. Inutile aussi de donner plus d'autonomie aux établissements, tarte à la crème des programmes de gauche et surtout de droite qui sert de cache-sexe à la pauvreté de la réflexion, comme si des chefs d'établissement livrés à eux-mêmes et habitués à ne pas faire de vagues allaient faire preuve d'imagination.  Ne sont remis en cause ni les méthodes pédagogiques aberrantes, ni le tronc commun, ni la réforme désastreuse du collège par Najat Vallaud, ni celle des rythmes scolaires. Sur le sujet de l’éducation, Macron est apparemment aussi sec que l'était le rapport Attali dont il était le rédacteur (et qui citait en exemple de pays organisé la Grèce !).

Il n 'est guère question de politique étrangère, sauf pour annoncer l'installation d'un "quartier général européen" : pour faire la guerre à qui ? Même s'il n'en parle pas dans son programme, Macron ne met nullement en cause la diplomatie néoconservatrice, antirusse, pro-islamiste et droit de l’hommiste menée durant les dernières années et dont on connait les résultats   catastrophiques.

Pas question non plus de "la France périphérique", provinciale et rurale, qui souffre et dépérit : on peut imaginer que le 1/4 des départements qu'il projette de supprimer sont de cette France-là. 

Les Français croulent sous les impôts : le programme prévoit la suppression de la taxe d'habitation, la seule que tous les résidents ou presque, Français et étrangers, payent. Il prévoit aussi la baisse de l'impôt sur les sociétés de 33 % à 20 % et, comme Fillon, l'abrogation de l’ISF. Par quoi remplacer ces allègements ?  Le programme ne le dit pas. Mais cela aussi, on le sait par ailleurs :   par un super-impôt foncier, qui ne sera payé que par les propriétaires. Moins d'impôts pour le haut et le bas de l'échelle, encore plus pour les classes moyennes (c 'est à dire les 58 % de Français, principalement indigènes, qui ont un patrimoine surtout foncier).

 

 

Dépenses publiques à tire larigot

 

Comment attendre d'un tel programme une réduction des dépenses publiques ?  Sur les 96 propositions, 27 annoncent une augmentation des dépenses, presque aucune ne tend à les réduire ; il est seulement question de « lutter davantage contre la fraude fiscale ou sociale", ce qui laisse supposer que    le ministre Macron ne le faisait pas assez. Les propositions dépensières fusent allègrement de  toute part : augmenter le minimum  vieillesse de 100 € par mois ( mais rien sur les  retraites des  artisans ou des agriculteurs  souvent plus faibles : il est vrai qu'il s'agit de propriétaires ) , augmentation de  l'allocation d' adulte handicapé de 100 € aussi,  rénovation d'1 million de   logements, plus construction de 100 000 logements  d'étudiants,  extension  du  bénéfice de l'assurance  chômage  à ceux qui démissionnent  volontairement,  remboursement à 100 % des lunettes  et des prothèses dentaires,  plan de   5 milliards pour la santé, de 5 milliards pour l'agriculture,   grand plan d'investissement de 50 milliards , 2 % du PIB pour la défense nationale  (comme par hasard, l'objectif fixé par l'OTAN dont  Macron est bon élève ), soit au moins 20 milliards de plus. Et il est dit en prime "Nous augmenterons les salaires de tous les travailleurs, des ouvriers, des employés » d’un 13e mois.   Le Fonds pour l'industrie et l'innovation qui s'ajoute à tout cela est certes financé mais de manière inquiétante : par la vente des participations   de l'Etat dans les industries   stratégiques, ce qui va encore affaiblir sa capacité de manœuvre. De politique industrielle, il est à peine question chez celui qui a autorisé la cession à General Electric, ordonné lé démantèlement d'Areva et ne pense qu’ubérisation.

Ajoutons que comme le programme de Marine Le Pen et à la différence de celui de Fillon, Macron maintient la retraite à 60 ans, sans même exiger comme elle 40 ans de cotisation.

Cette masse de propositions dépensières pourrait être interprétée comme un convergence entre les deux candidats, qui contraste avec l’austérité du programme de Fillon, mais il y a   tout de même une différence : Macron qui se dit très favorable au processus européen et au maintien l’euro - il n'en parle pas tant ça va de soi pour lui -, devra respecter le critère de convergence européens (dits de Maastricht). On se demande comment.

 

 

Une approche contradictoire de l'Europe

 

Macron à beau promettre de "construire une Europe qui développe nos emplois et nos économies", qui "protège nos industries stratégiques », on sait bien qu'elle a fait le contraire jusqu’ici. Il ne servira donc à rien   de réunir "des conventions citoyennes pour redonner un sens au projet européen" (toujours le peuple à qui on a mal expliqué les choses !) si le logiciel de l'Europe de Bruxelles n'est pas revu en profondeur.  Fillon est pour le maintien de l'euro mais il intègre à son programme les disciplines que cela implique (abrogation des 35 heures, retraite à 65 ans, réduction de la fonction publique). Macron est pour l'euro mais sans les disciplines qu'implique son maintien. Marine Le Pen refuse, comme Macron, ces disciplines mais se propose de mettre fin à l'euro.  Fillon et Le Pen, chacun à sa manière, sont cohérents. Macron, lui, est incohérent : si son programme était appliqué, il ne lui resterait qu'à faire comme Hollande : attendre la croissance pendant cinq en regardant d’un air désolé   grimper la courbe du chômage et les déficits. Il sait faire   puisqu’il a été pendant cinq ans le principal conseiller économique de Hollande.  

Ce ne sont pas les seules contradictions qu’entraine   l'engagement européen de Macron : il propose que les agriculteurs vivent de leurs ventes (« soient payés au prix juste") et non point de subventions, alors même que c'est Bruxelles qui a imposé en 1992 la réforme de la PAC qui a remplacé la rémunération par les prix par une rémunération par les primes. Comment d’ailleurs concilier ces intentions avec la volonté d’étendre le libre-échange à travers le CETA, traité euro-canadien qu'il est le seul candidat à soutenir et qui fera encore baisser les prix ?   

 

Politiquement correct : toujours plus 

 

Loin de laisser espérer plus de liberté, le programme de Macon annonce en outre entre les lignes le resserrement de toutes les contraintes bureaucratiques et idéologiques liées au politiquement correct : environnement (50 % de produits bios dans les cantines : qui va contrôler ?  Mise à la casse des vieilles voitures : qui va payer ?), parité à tous les étages, non discrimination à tout va : "Nous ferons de la lutte contre la discrimination une priorité nationale" : bonjour l’ambiance, et même discrimination positive sous la forme d'"emplois francs » pour les ressortissants de certaine banlieue. Le nom des entreprises ne respectant pas la parité homme/femmes sera rendu public. Macron prévoit même de diminuer le financent public des partis qui auraient une représentation non paritaire, oubliant que ce dispositif existe déjà… - il est significatif que Macron promette ce que Hollande a déjà fait Autre obsession, l’évaluation généralisée, des services publics, du travail parlementaire et bien sûr des résultats de l'enseignement - à partir de mesures dont on connait l'arbitraire et la lourdeur.  Quels critères dans une tel environnement pour choisir les bénéficiaires des "accélérateurs d’associations » (c'est-à-dire en bon français des aides supplémentaires) :   leur "correction politique" ? On peut le craindre.   En perspective, une société où les   pressions sociales de toutes sortes, que les gens supportent déjà mal, pèseront   encore davantage. Bonjour le candidat jeune et libéral ! 

Beaucoup de formation (encore le rapport Attali !)  Comme si c'était là la panacée alors même que la France   dépense déjà 40 milliards à cet effet sans qu’on sache bien ce qui en sort.

"Donner au préfets la capacité d'adapter l'organisation des services de l'Etat   aux besoins de chaque région aux situations locales » : M. Macron ne le sait pas mais on en parle depuis quarante ans.  Autrefois, ils le faisaient sans qu'on le leur dise mais la conception germanique du droit ayant, via l'Europe, envahi l'administration française (ce qui ne saurait déplaire à Macron), il n'y a plus guère d’espace pour ce genre d'assouplissements.

 

La "société du spectacle" en marche

 

Tout cela est assorti, ficelle un peu grosse, de quelques propositions ponctuelles clinquantes :  interdiction de téléphones portables à l'école primaire et au collège (et au lycée ?), ouverture des bibliothèques le soir et les week-end - mais n'est ce pas déjà le cas ? -, un Pass culturel (ce que font déjà beaucoup de maires), remboursement des lunettes et des prothèses dentaires à 100%.   Les collectivités locales seront encouragées voter des "budgets participatifs », ce qui plaira à    Ségolène Royal.  De ces propositions démagogiques, on aurait pu en faite beaucoup d'autres et de plus originales : manque d'inspiration ?   

Ajoutons tout   un catalogue de propositions destinées à "moraliser la vie politique », le grand dada de Bayrou qui l'a exigé :  différentes mesures qui vont encore compliquer l'exercice de la fonction de parlementaire : ils ne pourront plus faire du conseil, ni embaucher leur femme (ni leur maîtresse ?), sans rien résoudre.  Y a-t-il une réponse institutionnelle à un problème qui est d'abord de civilisation ?  

Les propositions vraiment positives sont rares : le rétablissement de classes bilingues, promis aussi par Fillon, la limitation des sessions parlementaires. L'enseignement du fait religieux à l'école, vieille lune là aussi, fait craindre bien des abus.

En résumé , ce programme, souvent flou et toujours démagogique  laisse apparaitre, malgré son clinquant,    le prolongement et même l'aggravation des tendances majeures du quinquennat Hollande : immigration non contrôlée, dégénérescence du système éducatif, explosion  de la délinquance , sacrifice des familles et dénatalité, alourdissement des dépenses publiques  et de la fiscalité , persistance d'un volant  de chômage ,  aides publiques  donnant un vif sentiment d'injustice , police du politiquement  correct omniprésente.

Cette continuité par rapport au quinquennat qui se finit explique en partie la pauvreté du programme Macron : faute de rien innover quant au fond, il ne lui restait qu’à proposer du clinquant : la société du spectacle, chère à Guy Debord, est plus que jamais en marche. Et la méthode participative n'a rien arrangé : Marcel Dassault disait qu'un chameau était un cheval dessiné par un comité : nous y voilà bien ! A tout le moins est-il rare que les groupes de travail trouvent d'autre terrain d'entente que ce qui se trouve dans l’air du temps. Ajoutons la patte personnelle du candidat qui apparaît ici où là : lui aussi respire le même air mais il révèle au passage les lacunes encore nombreuses de sa connaissance   de la société française, par exemple de sa démographie.  Et peut-être n'est-il pas entouré d'autant d'experts, des vrais, qu’il prétend.

Quant à la philosophie générale, elle est claire : plus d'Europe, plus d'ouverture des frontières (aux hommes et aux marchandises), « en marche" vers une société mondialisée où la France, coupable de crimes contre l'humanité et qui n'a pas de culture propre, ne pèsera guère.  Tout ce dont rêvent les Français…

De ces tendances, la plus inquiétante est sans doute le laminage accéléré des classes moyennes que laisse pressentir l'allègement de la fiscalité sur le capital financier, et son alourdissement corrélatif sur le capital immobilier, complétés par ce qu'exige l'Europe de la concurrence comme la banalisation de professions à statut (notaires, pharmaciens) qui ne figure pas dans le programme mais qui avait été amorcée par la loi Macron et va sans doute se poursuivre.

L'autre motif d’inquiétude, encore plus grave, est que la victoire de Macron nous fasse   entrer dans une société où l'empire de la pensée politiquement correcte, en manière d’environnement (destruction irréversible du paysage par les éoliennes), d'antiracisme, de non-discrimination, d'ultra- féminisme, de libéralisme économique et sociétal, d’européisme, de soi-disant ouverture au monde, soit encore plus oppressif : la fin de la démocratie ?

 

                                                           Roland HUREAUX

 

 

 

 

[1] Sauf les familles immigrées principales bénéficiaires des allocations "ciblées sur ceux qui en ont le plus besoin", les natifs pauvres n'ayant plus guère d'enfants.

[2] Il est vrai que l'institution judicaire est bien plus indulgente pour Macron que pour Fillon.

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 23:26

DEUX MOIS APRES LE NAUFRAGE DE 400 MIGRANTS, L'EPOUVANTABLE   CAFOUILLAGE  MEDITERRANEEN  SE POURSUIT

 

 http://roland.hureaux.over-blog.com/2015/06/un-mois-apres-le-naufrage-de-400-migrants-l-epouvantable-cafouillage-mediterraneen-se-poursuit.html

 

Après le  naufrage qui avait  entraîné la mort de près de 366 migrants clandestins au large de l'île italienne de Lampedusa le 3 octobre 2013 , les Etats membres avaient prévu   lors du Conseil européen des 24 et 25 octobre, d'adopter des mesures communes  comportant le renforcement  des moyens de Frontex et du bureau européen d’appui en matière d’asile.

Après le naufrage de plus de 400 autres migrants au large de la Sicile en le 12 avril 2014 , les chefs d'Etats et de gouvernement de l'Union européenne se sont réunis en urgence pour un  sommet exceptionnel le  23 avril . Ils ont décidé  de tripler les moyens de l'opération de surveillance Triton, menée par Frontex ,  de saisir et détruire les embarcations transportant des migrants,   d'intervenir militairement en Libye contre les réseaux de passeurs  et de répartir 5 000 réfugiés syriens sur le territoire européen.

Depuis lors, la commission européenne a précisé la mise en œuvre de certaines de ces mesures.  Mais  300 personnes ont encore sombré le 18 mai.  

On peut s'attendre d'ores et déjà à ce que d'ici quelque temps , à la suite d'une nouvelle noyade, le conseil européen se réunisse à nouveau pour prendre de nouvelles mesures. Etc.

Il y a en effet peu de chances  qu'une solution de fond  soit trouvée  dans un délai proche à l'immense question de la poussée migratoire à partir de la Lybie, au moins aussi longtemps  qu'elle  sera traitée par l'Europe  institutionnelle.

 

Une affaire embrouillée

 

L'affaire est embrouillée  à plusieurs nivaux.

D'abord  dans la compréhension du problème. L'égoïsme des uns se conjugue avec  les bons sentiments des autres pour que nous ne cherchions pas à comprendre ce qui se passe au Sud de la Méditerranée . Les uns détournent le regard, les autres ne voient que de l'aspect moral , pas des faits.

D'où viennent ces migrants ? On entend un peu tout sur ce sujet. Il semble qu'une majorité viendrait de l'Erythrée  et du Sud-Soudan. Si c'était vrai, il seraient à moitié chrétiens. L'Erythrée est composée d'une moitié de chrétiens et connait, hors de toute considération religieuse,  une dictature effroyable qui a mis toute la nation sur le pied de guerre pour  défendre le pays contre  l'Ethiopie  ennemie, dix fois plus peuplée. Les Erythréens , chrétiens ou musulmans, sont  un peuple intelligent et instruit qui ne poserait pas de gros problème d'intégration.

Le Sud-Soudan est la partie chrétienne ( en tous les cas non-musulmane) du Soudan, devenue  indépendante en 2009 après cinquante ans  de guerre  . Libérés du joug islamique, les Sud-Soudanais sont entrés en guerre civile sur une base non plus  religieuse mais ethnique.

Si ces gens là étaient bien  la majorité de migrants, il n'y aurait pas lieu de craindre une invasion musulmane ( quoique  des migrants musulmans aient récemment  jeté à l'eau les chrétiens embarqués avec  eux) . Le mouvement migratoire ne serait pas non plus le  trop plein indifférencié  d'un continent en pleine croissance démographique mais la  conséquence  de la guerre  qui sévit  dans plusieurs   pays, ce qui n'est pas la même chose.

Mais il se dit aussi que beaucoup d'immigrants viennent du reste du Sahel, jusqu'au Sénégal ,  voire de l' Afrique profonde. Combien ? On ne sait  pas.

Et puis, il y a aussi en attente dans les îles italiennes et en Grèce beaucoup de réfugiés de Syrie , un pays que la diplomatie de certains Etats européens ( dont la France et la Grande-Bretagne) n'a pas peu contribué à déstabiliser. Si les efforts de M. Fabius pour renverser le régime d'Assad, sont couronnés de succès, ce ne sont pas 20 ou 30 000 Syriens qu'il faudra accueillir mais deux ou trois millions.

Ce n'est pas seulement la compréhension du problème qui est embrouillée, c'est aussi la recherche de  solutions.

La  plus simple serait que l'Europe prenne le contrôle des principaux ports de départ sur la côte nord de la Libye.  Cela aurait pu se faire dans la foulée de l'intervention qui a renversé Kadhafi en 2011, et qui a plongé ce pays dans le plus grand chaos , mais on ne l'a pas fait.

Parmi les mesures  qui ont été évoquées par le Conseil européen  le 23 avril, la principale   est  une nouvelle  intervention militaire en Libye. Une telle action  supposerait l'aval du Conseil de sécurité . Mais la Russie et la Chine   ont eu l'impression d'avoir  été trompées par les Occidentaux  lorsqu' elles ont donné cet  aval à l'intervention de 2011. Il n'était prévu au départ que de sauver des populations ; or l'intervention a largement dépassé les termes du mandat , aboutissant au  renversement et à l'assassinat de Kadhafi. Russie et Chine ont depuis le sentiment d'avoir été bernées  et    sont ne sont absolument pas   prêtes à lever  leur veto au Conseil de sécurité à toute entreprise du même genre.  Il faudrait peut-être  négocier avec la Russie,  notamment  en relâchant  la pression sur l'Ukraine. Mais l'Europe ne semble pas prête à faire  sur ce front  la moindre   concession susceptible de  rendre les Russes plus coopératifs. 

On pourrait aussi encourager un pays voisin redevenu stable comme l'Egypte à intervenir, si elle le veut bien. Ce service vaut bien quelque Rafales à prix bradé. D'autant que l'Egypte a, depuis le temps des pharaons, des revendications sur le désert libyen.

Une autre solution serait  que les forces spéciales de  tel ou tel pays mettent hors d'état de nuire les passeurs. Si on procède cette manière, on ne le dira pas. Mais c'est peu probable. En tout état de cause, il ne saurait s'agir d'une décision européenne, seulement d'un  Etat.

Les  sommets  européens successifs  auraient pu être l'occasion de poser le principe que , en cas de guerre ou d'oppression, ce sont le pays voisins qui ont les premiers vocation à recevoir  les réfugiés ,non l'Europe,    mais que celle-ci serait prête à soutenir  généreusement ces politiques d'accueil. On ne l'a pas fait. Cela  serait contraire, dit-on,  au principe de l'universalité du droit d'asile. Fort bien, en  attendant, les réfugiés se noient.

Embrumée de bureaucratie et de grands principes, la Commission de Bruxelles n'est pas prête à trouver une solution. Pas davantage que , quand elle a pris en main l'immigration à  l'échelle européenne, elle n'a fait la preuve de la moindre efficacité.

Confronté à sa propre impuissance, M. Juncker s’est donc contenté de proposer de répartir les réfugiés entre les pays d'Europe en suivant des quotas : la Commission de Bruxelles a demandé mercredi 27 mai aux Etats de l'Union européenne de prendre en charge 40.000 candidats à l'asile syriens et érythréens arrivés en Grèce et en Italie, dont 20 000 immédiatement.  Le quota français est de 6752.

 

Idéologie, bureaucratie , inefficacité

 

Au temps de l' Union soviétique, on savait que toute décision partant d'un a priori  idéologique  serait stérile. Rien ne sortait jamais des  décisions du parti. Ce qui marchait, industrie de défense, lopins agricoles individuels, marchés kolkhoziens   se faisait en marge ou en dehors de l'idéologie, voire contre elle.

A Bruxelles, c'est la même chose: le mieux qu'on  puisse attendre d'une politique commune est qu'elle ne fasse pas trop de dégâts. Mais généralement, elle en fait. Ce qui marche , Airbus, Ariane, se fait en dehors des politiques européennes officielles et généralement sur la base de coopérations  intergouvenrnementales à géométrie variable.

Il est  probable que la question des migrations méditerranéennes ne sera résolue que quand les deux ou trois pays les plus concernés, parmi lesquels  l'Italie, principal lieu  de passage  et   la France,   destination la plus attractive  se concerteront pour traiter la question et cela  liaison avec les Etats africains les plus impliqués.  Il est clair qu'on  n'en est pas encore là.   Roland HUREAUX

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