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Roland HUREAUX

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18 juin 2012 1 18 /06 /juin /2012 00:20

Au vu du niveau d’impopularité atteint par Nicolas Sarkozy dans les mois qui ont précédé l’élection présidentielle, c’est par une marge de 60% - 40%  qu’il aurait dû été battu. C’est d’ailleurs ce qu’annonçaient la plupart des sondages.

N’être défait que d’une courte tête : 51,6 % - 48,4% relève pour le président sortant de l’exploit. A l’origine de ce redressement, d’abord son extraordinaire talent pour mener une campagne électorale. Ses derniers discours furent particulièrement flamboyants. Surtout, son énergie est demeurée intacte jusqu’au bout, l’énergie du désespoir peut-être, contrastant avec la relative placidité du candidat Hollande (sauf dans le débat final où, marqué par ces efforts, Sarkozy a accusé la fatigue).

On sait que Napoléon gagna ses plus belles batailles  lors de la campagne de France de 1814, acculé et avec des moyens diminués,    mettant tout son talent à retarder l’inévitable  défaite. Pour une fois, la comparaison des deux personnages n’est pas absurde.

Le président sortant aurait-il pu aller plus loin et gagner malgré tout, ne serait-ce que de justesse ?

Ceux qui le pensent mettront en cause  la « trahison » de tel ou tel, à commencer par François Bayrou dont l’impact sur un électorat centriste de toutes les façons appelé à se diviser est cependant difficile à mesurer.

Tout aussi difficile à mesurer : l’effet des discours (innocents ?) de certains lieutenants de Sarkozy qui, entre les deux tours, répétaient que l’UMP ne conclurait jamais d’accord avec le Front national : la langue française est pourtant  assez riche pour contourner  la question (comme sut le faire   le candidat lui-même) pour ne pas paraître cracher sur des électeurs dont on quémande par ailleurs les voix.

D’autres mettront en cause l’attitude de la presse, en grande majorité  acquise au candidat socialiste dans la  dernière phase  de la campagne. Surtout dans les chaînes publiques que l’on a tant accusé le « petit César » de vouloir mettre à sa botte. Mais cette partialité, aux limites de la démocratie,   n’a-t-elle pas contribué aussi à mobiliser la droite, comme jamais sans doute elle ne l’avait été depuis 1981 ?  Il se peut que la  droitisation de la campagne, reprochée au conseiller Patrick Buisson ait eu moins un effet direct qu’un effet en retour, le caractère manifestement excessif de certaines attaques contre le président sortant ayant conduit la plus grande partie de la droite, au départ réticente,  à resserrer les rangs. Cette ultime mobilisation s’est, semble-t-il, faite d’avantage sur des thèmes identitaires (droit de vote des étrangers) ou   les questions de société  (mariage homosexuel, légalisation du cannabis) que, comme en 1981, sur le risque du bolchevisme ou de la confiscation des richesses. Il n’est pas sûr, à cet égard,  que la propagande de l’UMP sur l’irresponsabilité financière des socialistes ait beaucoup porté, d’autant que le président sortant n’a jamais été sur  le plan de la rigueur, une référence.

Par le même effet boomerang, le candidat du Modem a largement perdu sa crédibilité en pointant le doigt, avant toute enquête, à la suite des attentats de Toulouse,  vers Marine le Pen et Sarkozy.

Du Front national, le candidat Sarkozy a récupéré à peu près tout ce qui était vraiment de droite.  En revanche la composante « nihiliste » du vote Le Pen - le  chômeur de longue durée rivé à son canapé depuis quinze ans ( il ne  le sait pas,  mais s’il en est là, c’est  à cause de choix économiques comme le franc fort puis l’euro fort où les responsabilités de la droite et de la gauche sont largement partagées ! ) -  fut sans doute peu portée au report vers l’homme au pouvoir.

 

Le prix de l’incompétence

 

Mais plus décisif, nous semble-t-il,  dans le déficit final de Sarkozy furent  les griefs de certaines catégories sociales déterminées que sa campagne du second tour n’a pu que très partiellement apaiser.

Magnifique candidat, Sarkozy fut en effet, il faut bien le dire, un piètre président.

On pourrait admettre à la rigueur que des réformes jugées nécessaires eussent  entrainé une impopularité qu’il aurait dû payer : par exemple la réforme des retraites (pourtant faite à minima). Les bienveillants diront  alors  que gouvernement a payé le prix de son courage. Mais les réformes de ce genre ont été rares et   plutôt  bien comprises.

Dans l’impopularité du président, il   y a davantage : combien de réformes  ont été  à la fois, inutiles voire  nuisibles  quant au fond et  désastreuses sur le plan électoral ?  La liste en est longue. Le remue-ménage brouillon des structures de l’ Etat (qu’il ne faut pas confondre avec la RGPP, non remplacement d’un fonctionnaire sur deux, qu’à la rigueur on pouvait comprendre dans un pays où les charges publiques ont atteint 56 % du PIB,  quasi record mondial). L’extension irréfléchie de méthodes supposée managériales au secteur public. La réforme de l’administration territoriale (inutile et qui avait déjà fait basculer le Sénat). Une réforme brouillonne de la gendarmerie qui a fait que ce corps,  généralement de droite, a largement voté à gauche. L’incapacité malgré ces réformes  de maitriser les dépenses publiques. D’inutiles camouflets infligés  aux armées (affaire du Rwanda). L’abolition des circulaires Robien à  l’éducation nationale, l’introduction de la théorie du  gender dans le programme scientifique des lycées – sans que le ministre concerné ait vraiment compris, à ce qu’il semble, de quoi il retournait ;  le lycée à la carte que personne ne demandait. Une réforme syndicale tendant à  ne laisser subsister que les deux grands syndicats de gauche (CGT et CFDT) et à faire disparaitre les trois syndicats de droite (CGC, CFTC, FO) : pour remercier le président sortant, la CGT a ouvertement appelé à  voter Hollande !   

On pourrait continuer longtemps à égrener les réformes ni faites ni à faire, génératrices de mécontentement et qui n’ont  pas fait avancer d’un pouce la « modernisation de la France ».

Paradoxe : certaines de ces réformes n’étaient que l’application de décisions prises par la gauche (ainsi la « LOLF »  loi de finances votée sous Jospin qui préconise le contrôle quantifié de l’activité de tous les fonctionnaires ou la fusion des corps supposés proches) ou  étaient tributaires d’une idéologie de gauche dominante dans certains ministères :  ainsi la  non-application de peines de moins de deux ans, en contradiction flagrante avec les promesses sécuritaires du candidat Sarkozy et qui, semble-t-il, a remonté la filière hiérarchique sans que personne  y trouve à redire. Mais dans bien des cas, c’est à des experts de gauche qu’on s’est adressé pour  réformer: ainsi  Richard Descoings pour la réforme des lycées. Reconnaissant ainsi  sa propre incompétence, la droite ne  signait-elle pas,  par anticipation, sa défaite ?

Cette incompétence ne fut naturellement pas seulement celle du président, mais aussi  d’une partie substantielle de son entourage.  A l’inverse dans les rares cas où  un ministre compétent a bien géré son département, par exemple, à l’agriculture,  Bruno Le Maire (ancien élève de l’Ecole normale supérieure et non d’HEC, soit dit en passant), le président  a fait le plein des voix – alors que les affinités de Nicolas Sarkozy avec le monde paysan étaient rien moins qu’ évidentes.

Cette incompétence a continué à régner jusque dans la campagne électorale : en proposant  stupidement  de  contraindre les professeurs à rester 26 heures au lycée, le président cautionnait le    préjugé répandu dans certains milieux selon lesquels « les profs ne fichent rien », et s’est aliéné ainsi  le tiers des enseignants qui votent habituellement à droite.

Le plus inquiétant est que le nouveau président ne remet pas en cause la plupart de ces réformes contre-productives à cause desquelles  des  professions entières ont voté pour lui. Lui aussi semble prisonnier du même moule idéologique qui mène à tous les niveaux d’ l’Etat, un  processus réformateur devenu fou, tributaire de schémas simplistes, de préjugés ambiants non vérifiés ou  de modes nationales ou transnationales.

Ainsi apparaît finalement Sarkozy : à l’instar de Chirac, dont il fut en réalité le véritable fils spirituel, un grand professionnel de la campagne électorale, un amateur de la gestion publique,  comme  si l’une et l’autre  exigeaient  des compétences si pointues que  plus personne désormais ne pouvait être à la fois un bon candidat et un bon président.  Inquiétante dérive de la démocratie élective.   

 

Roland HUREAUX *

 

 

  * Auteur de La grande démolition  La France cassée par les réformes – Buchet-Chastel – janvier 2012

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14 juin 2012 4 14 /06 /juin /2012 10:13

 

Intitulé La gauche contre le réel, le dernier  essai d’  Elisabeth Lévy pourrait laisser penser qu’il est question de la gauche politique, celle qui vient de gagner l’élection présidentielle, confrontée aux réalités économiques, vieux sujet de polémique, selon nous obsolète,  sauf pour quelques sous-ministres  UMP à la rhétorique attardée.

Non, la gauche dont il est question est la gauche médiatique, d’ailleurs en large symbiose avec le partis socialiste, dont elle a favorisé le succès et le réel, c’est tout simplement le peuple français. Il s’agit, on l’aura deviné,  d’un ouvrage de combat.

Fille de feu, ferrailleuse infatigable, écrit, comme elle parle,  pour se battre, en défense mais aussi, en contre-attaque. 

Ecrit de passion,  mais aussi, quoi qu’on pense,  de compassion. Pas d’abord pour elle-même contrairement à ce que prétendent ses censeurs, ni pour  ceux qu’elle  défend, non sans imprudence, les   Zemmour, les  Vanneste,  livrés aux rigueurs de la   justice et à la vindicte de l’opinion pour… avoir  pris le parti  du réel.  « Ne jetez pas à la pierre à la femme adultère, chantait Brassens, je suis derrière ». Derrière les personnalités précitées et quelques autres, Elisabeth Lévy n’oublie pas en effet que se trouve le peuple français, le vrai, en tous les cas sa partie la plus malheureuse, la plus en déréliction puisque elle a le   nouveau pouvoir spirituel, c’est-à-dire les médias,  contre elle. Ce peuple, fait d’autochtones et aussi de plus d’immigrés qu’on ne croit (mais pas les bons !)  ne vote pas nécessairement  pour le Front national, mais il en est suspect ( la « loi des suspects » !) et  les  idées , « populistes », qu’on lui suppose le  rendent « nauséabond»  à la gauche médiatique dont  traite  le livre. Une gauche dont s petits marquis moralisants on le nez de plus en plus délicat,  adeptes de la pince à linge et du déodorant devant les vapeurs fétides que, du haut de leur Olympe, ils sentent  s’élever de la France réelle.

Le sentiment d’humiliation de beaucoup d’ immigrés est sans nul doute bien réel, mais est-on vraiment au bas de l’échelle quand on dispose de l’appui des médias, de la solidarité communautaire et, quoi qu’on dise, d’un mouvement d’ascension sociale (la confiance que vos enfants feront mieux que vous), trois atouts que n’ont plus des millions de « petits blancs » ?  Sans vouloir opposer pauvre à pauvre, reconnaissons que certains sont  moins  à la mode que d’autres.

La mode, certains la font. Elisabeth Lévy les décrit. Qu’elle  ait sa place parmi eux ne  saurait réduire son combat à un règlement de comptes car elle n’a jamais demandé, elle, ni ses compagnons d’incorrection politique, les Zemmour, les Ménard, les Brunet,  qu’on fasse taire ses contradicteurs.  

 

Le phénomène idéologique au cœur de la sphère médiatique

 

Prolongeons l’analyse : la  dérive dont il est question a  un nom, c’est l’idéologie, au sens de Hannah Arendt (déraison collective), mais aussi  de  Marx (bonne conscience et fausse conscience). De  l’idéologie, les attitudes que l’auteur dénonce a   tous les caractères. La simplification outrancière : avant être nié, le réel est en effet violemment simplifié : le métissage généralisé, seule alternative au racisme, la frontière = repli sur soi = fascisme, la famille = pétainisme (rappelons qu’Elisabeth Lévy dut  quitter Europe 1 en 2004 pour n’avoir pas trouvé blâmable en soi un couple marié ayant beaucoup d’enfants !)

Ces simplifications sont  dans « sens de l’histoire ».  Que veut dire « réactionnaire »  pour les idéologues sinon d’aller contre ce sens supposé ?  M.Pigasse, milliardaire de gauche - la seule manière intelligente d’être milliardaire, soit dit en passant -, qui vient de s’offrir Le Monde,  assène à   Jean-Luc Gréau, économiste viré du Medef pour avoir prévu une crise financière,   qu’il est « réactionnaire » en prédisant   la fin  de l’euro ! Et oui,  l’idée d’un sens de l’histoire ne fait pas encore s’esclaffer de  rire à une époque où Leningrad d’appelle à nouveau Saint-Pétersbourg !

Simplification, pseudo-progrès, donc  négation du passé, avènement d’une ère nouvelle,    commencement absolu où la morale, les traditions, l’histoire héritées sont frappées d’obsolescence : voilà l’idéologie.

L’idéologie,  c’est  aussi le manichéisme. Il y a pour les idéologues un camp du bien (celui qui va dans le bons sens) et un camp  du mal (celui qui s’y oppose, par exemple celui qui s’oppose au mariage homosexuel, supposé figurer la modernité,  autre nom du  sens de l’histoire). Cette conviction explique l’intolérance véhémente qui règne dans la sphère médiatique,   principal sujet du livre d’Elisabeth Lévy,   une intolérance qui, croyons-nous, va souvent de pair avec le doute : comme l’intégriste, l’idéologue sent confusément, au fond de lui-même, qu’il se trompe. La véhémence lui sert de pare-doute. Tout idéologue  a   besoin de vipères lubriques. Ce fut, entre autres, comme dirait  Lacan,  la fonction symbolique du Front national, fascisme de théâtre.

L’idéologie a aussi besoin d’une police politique.  « Dénoncer » est devenu un verbe positif  dans la gauche morale, ce qui la distingue des cours de récréation. Il lui faut des cafteurs, rôle dévolu, nous ont montré les dissidents soviétiques, aux sous-intellectuels.  Dans quelle autre rubrique que policière ranger la liste de Lindenberg  consacrée aux « nouveaux réacs »  à  laquelle  Elisabeth Levy consacre bien généreusement un plein chapitre ?

Cela nous conduit à la vraie définition du « réac » : le « réac »  est quelqu’un qui échappe au  mode de pensée idéologique.  C’est quelqu’un qui est  pour la complexité, contre le simplisme, c’est-à-dire pour le réel qui est nécessairement  complexe. Il est pour  la civilisation qui l’est aussi. Il ne croit pas forcément au sens d’histoire   (sauf naturellement  en matière scientifique et technique) et ne pense en tous les cas pas que toute mode promue de manière terroriste en procède.  Contre l’idéologie, il tient  aussi à  la politesse : dès lors que les adversaires ne sont pas forcément des « salauds » (un qualificatif auquel Sartre, pris lui aussi  du prurit idéologique,  avait donné ses lettres de créance philosophiques), ils y ont droit : c’est en cela que Elisabeth retrouve Philippe Muray, défenseur  désespéré d’une certaine  civilisation.

Il est différents types d’idéologie. Celle qui règne aujourd’hui dans les médias et maintenant  dans l’Etat, est doublement singulière. D’abord parce qu’elle  est au centre du système social, du  triangle d’or qui assure aujourd’hui le vrai pouvoir : l’argent,   les médias et une réputation de gauche,  alors qu’au XIXe siècle, au temps des socialismes utopiques,  l’idéologie  était  reléguée à la périphérie, dans les banlieues ouvrières.  Ensuite parce qu’elle  vise à l’attrition du sentiment national  alors que le stalinisme  et le nazisme  hier, comme    le néo-conservatisme américain aujourd’hui,  l’exacerbèrent  (tout en  le dénaturant).  

La centralité  du phénomène idéologique nous conduit à la question essentielle. Y a-t-il d’autre problème que lui ?    Par exemple,  l’immigration, le supposé racisme seraient-ils   un problème si l’idéologie  n’avait pas opéré une cristallisation dessus ? Si, sur ces sujets,  une partie majeure de la classe  dirigeante   n’avait, par  idéologie, fait  sécession du peuple ? La Russie a 15 % de musulmans, environ deux fois plus que nous : ils y posent peu  de problèmes (hors la Tchétchénie, question plus nationale que religieuse)   car la classe dirigeante russe, vaccinée par un siècle de communisme,  n’est pas rongée par le virus idéologique ; le peuple se sentant soutenu en haut lieu dans son sentiment identitaire accepte la différence (1). Aux Etats-Unis, plus discrètement, les Wasps veillent  à ce que l’Amérique reste l’Amérique, ce qui permet à ce pays de demeurer plus ouvert  (du moins à ce qu’on dit). Si   les  migrations , réalités naturelle , le fait corrélatif tout aussi naturel qu’elles provoquent  des frictions , que, sans être pour autant xénophobe, tout  peuple  est attaché à son identité, que les plus anciennement  installés peuvent tenir à   des droits spécifiques, que  la sécurité vaut mieux que la délinquance , si tout cela était tenu pour normal, si l’idéologie n’en faisait pas autant de problèmes métaphysiques,  nul doute que les tensions seraient moindres dans la société française et l’intégration plus facile. Tout cela serait géré au jour le jour  sans crispation, sachant que la vraie politique est de trouver les compromis entre   de nombreuses  tendances dont  aucune n’est en soi illégitime. L’idéologie d’auto-attrition qui enveloppe une partie importante de la classe dirigeante française (et européenne d’ailleurs) plonge les peuples dans l’insécurité. Pour reprendre la vieille  image biblique, les brebis ont le sentiment  que les pasteurs,  au lieu de les défendre,  leurs crachent dessus :   c’est cela qui  exacerbe les tensions.  En bref  l’idéologie antiraciste  crée  le racisme. Plus encore qu’elle   ne croit, Elisabeth Lévy a traité  un  problème de fond.

Quand l’idéologie est dominante, il faut faire naturellement la part  de l’intimidation, de l’esprit grégaire, du carriérisme.  Tous ceux qu’Elisabeth Lévy dénonce ne sont pas également sincères. Les citations de certains, tel Laurent Joffrin, témoignent d’une étonnante lucidité.  Depuis Simon Epstein (2), on sait    comment les bureaux de Vichy furent massivement investis par la gauche antiraciste, membres de la LICA compris (3) ; on est effrayé à l’idée que  l’idéologie aujourd’hui  dominante  se retourne : le conformisme et le carriérisme joueront  alors en sens inverse ;  Elisabeth Lévy, qui n’est pas du genre à suivre le troupeau,  apparaîtra alors pour ce qu’elle est : une véritable humaniste.

 

(1) On pourrait aussi citer le cas de la Corse où des Musulmans, plus nombreux que sur le continent, se heurtent à une identité corse que personne ne met en doute.

(2) Simon Epstein, Le paradoxe français, Pacifistes à Vichy, antisémites dans la résistance, Albin Michel, 2008.

(3) Sauf les juifs naturellement.

 

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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 14:33

S’il n’était qu’un motif de refuser l’élection de François Hollande, ce serait  le sectarisme qui a toujours caractérisé la gauche française.

Malgré les criailleries dont il a été l’objet, notamment l’accusation de vouloir mettre les médias à sa botte, Nicolas Sarkozy, comme avant lui Jacques Chirac, n’a cessé de nommer des gens de gauche à des postes importants. Ce fut d’abord le gouvernement d’ouverture avec  Bernard Kouchner, Eric Besson, Fadela Amara,  qui suscita des remous compréhensibles dans la majorité. Ce fut le recours aux compétences de Jacques Attali pour l’économie, de Martin Hirsch pour le RSA,  de Jack Lang pour la réforme constitutionnelle, ce furent des nominations à des postes clefs, comme   Didier Migaud   à la tête de la Cour des Comptes, de Philippe Val à France-Inter etc. 

Si l’on excepte le partage forcé des nominations en temps de cohabitation, la gauche ne renvoie jamais l’ascenseur. Un haut fonctionnaire compétent issu de la gauche a toujours l’espoir de trouver un grand emploi sous la droite, le même,  coloré à droite, n’a, c’est  bien connu, aucun espoir d’en trouver un sous un gouvernement de gauche.

Qu’en sera-t-il si, François Hollande vainqueur, la gauche contrôle l’Elysée, Matignon, l’Assemblée nationale, le Sénat, 21 régions sur 22, 60 départements, Paris, Lyon, Toulouse, Lille ?  Ajoutons que 80 % des journalistes sont à gauche : leur partialité se déchaînant au cours de l’élection présidentielle, en particulier  dans les chaînes publiques, qu’en sera-t-il si la gauche est au pouvoir ?

Certains départements, certaines petites villes font l’expérience de ce  monolithisme local, les monopoles de la presse régionale aidant : la crainte d’être écarté des marchés publics, de trouver un emploi à la mairie, d’un contrôle fiscal (car il est des administrations  qui subissent l’osmose du milieu local : nous connaissons des villes où tout engagement à droite est suivi d’un contrôle fiscal , d’autres où les parquets enterrent systématiquement tout ce qui met en cause les pouvoirs locaux !), tout cela y  rend les gens  prudents, au point qu’il est parfois  difficile de constituer des listes d’opposition. !  

Que sera-ce si cette chape de plomb est étendue à tout le pays ?

Si François Hollande est élu, ce ne pourrait-être  qu’avec l’aide des électeurs du Front national ou du Modem. Savent-ils qu’ils n’ont aucune gratitude à en attendre ?  La gauche, c’est bien connu, ne fait pas de cadeaux.  Si le vote de ces électeurs s’égarait fâcheusement au second  tour , ils en feraient la cruelle expérience. Et la  France avec eux.

 

Roland HUREAUX

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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 14:32

Pourquoi le parti socialiste n’est plus capable de gouverner

 

 

La dernière fois que le parti socialiste a été au pouvoir, de 1997 à 2002, Lionel Jospin, premier ministre sortant, ne put même pas être qualifié pour le second tour. C’est dire l’ampleur du mécontentement que généra cette expérience.

Il est à craindre qu’une nouvelle  expérience socialiste ne  soit encore plus décevante.

Cela tient à l’évolution du parti socialiste français, de moins à moins à même de gouverner, cela pour deux raisons.

La première est connue, nous ne nous y attarderons pas ; acceptant la mondialisation et la construction suropéenne, les socialistes voient leur marge de manœuvre pour développer  un projet social propre, réduite au  strict minimum. Au moins sur le plan économique et social, de plus en plus la gauche et la droite présentent des programmes qui se ressemblent. Sarkozy et Hollande sont ainsi à peu  près d’accord pour appliquer la règle d’austérité décidée à Bruxelles.

Mais il est une autre raison, plus profonde, à cette impuissance, c’est la perte de contact des socialistes avec le réel, en raison  de l’envahissement idéologique.

Cette évolution explique l’éloignement de la gauche et du peuple. Du temps où le socialisme représentait vraiment un contre-pouvoir populaire, il amenait avec lui, quand il était aux affaires, des avancées sociales qui étaient des réalités, pas de chimères. Les congés payés, les assurances sociales étaient des réalités. Quand Guy Mollet, peut-être le dernier socialiste français authentique, instaure la minimum vieillesse ou prend des mesures décisives pour démocratiser l’enseignement secondaire et supérieur (IPES, bourses), il ne joue pas avec les symboles mais il traite des réalités : vingt ans après, cette démocratisation a considérablement avancé. Les mots lui sont si indifférents qu’il remplace en 1956 l’"allocation de salaire unique", conçue par le régime de Vichy, par une "allocation de la mère au foyer" à l’assise plus large (oui, nous avons bien dit Pétain : salaire unique ; Mollet : mère au foyer, une évolution sémantique impensable aujourd’hui). La mise en place en 1983 de l’allocation parentale d’éducation est sans doute la dernière mesure de cette veine : une mesure utile hors de toute considération idéologique ; elle se trouve aujourd’hui, qui s’en étonnera, contestée par le mouvement féministe qui y voit, à tort, un encouragement au maintien de la mère au foyer.

Le mondialisme interdisant tout projet social d’envergure, les socialistes en sont dramatiquement réduits à jouer avec les symboles. Il y a dans les sections socialistes, des mots chargés positivement, d’autres négativement. Plus rien de réfléchi là, seulement des réflexes pavloviens issus d’une idéologie fatiguée. Ou  d’un cocktail d’idéologies : un peu d’écologie, du féminisme, de l’antiracisme et peut-être même, qui sait ? encore un peu de social. Ces charges sémantiques sont bien connues des initiés:  banlieues : + ; monde rural : -, homosexualité : + ; famille : -, méthodes pédagogiques +, immigration : +, armée : -, police : -, catholicisme : -, islam +, nucléaire : -, nouvelles énergies : +, bio : + ; formation : +, apprentissage : - etc. La valeur de certains mots a changé au cours du temps : la défense des langues régionales était portée au début du XXe siècle par les "Félibriges", proches de l’Action française, l’homosexualité au temps de Proust paraissait l’apanage d’une aristocratie décadente, ce sont aujourd’hui des "marqueurs" de gauche particulièrement forts ! Le travail fut longtemps la valeur de gauche, la valeur ouvrière par excellence ; dans la gauche bobo qui rêve de la fin du travail, le mot est devenu suspect. La laïcité était à gauche autant qu’il s’agissait de combattre l’Église catholique ; elle vire à droite dès lors qu’elle veut s’opposer aux prétentions de l’islam.

Quelles peuvent être les réalités derrière ces mots ? Cela n’a aucune importance. Savoir si les méthodes pédagogiques dites modernes , promues par Philippe Meirieu, sont efficaces  pour élever le niveau des élèves n’est pas une question : être pour ces méthodes,  c’est être de gauche, contre, de droite. Savoir s’il est bon ou mal pour le pays que la population soit  plus ou moins dispersée n’est pas  en cause : être pour le rural, c’est être pétainiste, et cela parce qu’un porte-plume de génie, issu de la gauche, Emmanuel Berl,  mit dans la bouche du vieux maréchal  que « la terre, elle, ne ment pas ». Est-il vraiment nécessaire de donner le droit de vote aux étrangers ?  Peu importe : le mot étranger est connoté  positivement. Que représente psychologiquement un avortement pour une femme, cela n’a pas d’importance.  Poser la question, c’est déjà être réactionnaire  et ainsi de suite. Il y a longtemps qu’au parti socialiste on a cessé de penser aux problèmes réels. Celui qui maîtrise les mots n’a aucun mal à faire son chemin dans le parti. Dès lors que le programme socialiste est l’œuvre de comités, d’un travail collectif - et dans toute démarche collective, c’est le conformisme qui prévaut -, il n’est pas difficile de deviner ce qui en sortira : une combinatoire de symboles sans rapport avec les vrais problèmes. La dynamique interne du parti socialiste, à coup de motions que ne sépare qu’une scolastique comprise des seuls initiés,   ne repose que sur les symboles

Cette situation explique le caractère affligeant du programme de François Hollande : que ses arêtes saillantes soient une augmentation, sans doute irréalisable, des postes d’enseignants (un signal plus qu’un vrai projet) , le mariage homosexuel, les emplois-jeunes (association de mots magique, pur produit de communication dont il ne sort généralement rien), la remise en cause du quotient familial – pourtant voté par toute la gauche à la Libération mais déjà écorné en 1981, l’intégration de la charte des langues régionales à la constitution, le droit de vote des immigrés, tout cela n’étonnera personne. Une fois la charge des mots entrée dans la machine, un ordinateur aurait pu bâtir le programme socialiste !

Et malheur aux membres de ce parti qui rompraient avec cette sémantique ! Quand Ségolène Royal (un des rares esprits libres qui y subsiste) proposa d’impliquer l’armée dans les banlieues, elle jouait certes elle aussi sur les symboles : l’armée est symbole de discipline mais tout à fait inadaptée à ce genre de mission ; elle désignait cependant un vrai problème, connu du vrai peuple : il y a bien une question de la sécurité dans les banlieues et c’est largement une affaire de discipline, scolaire pour commencer. Évoquant un vrai problème et utilisant les mauvais mots, elle s’est trouvée assez vite marginalisée par le parti socialiste.  

L’empire que les mots ont pris au parti socialiste explique que presque toutes les réformes qu’il a engagées au cours des trente dernières années aient été mauvaises ou aient eu des effets pervers. La vraie politique consiste à résoudre les problèmes réels  et, si possible, à ne pas toucher à ce qui marche. La politique idéologique, qui se paye seulement de mots, crée des problèmes là où il n’y en avait pas. Problèmes : les réformes purement idéologiques, comme la volonté de fusionner des communes, l’application de principes absolus comme la médecine gratuite (génératrice d’abus et de frustrations dès lors que les petits salariés n’en bénéficient pas), la concurrence pure et parfaite, y compris dans les services publics, ou la libre circulation des hommes (idées venues de Bruxelles et pas particulièrement  socialistes à l’origine, certes, mais où le socialiste Jacques Delors joua un rôle clef), le maintien du tronc commun au collège, demain une euthanasie que l’on imposera au corps médical pourtant très satisfait du juste équilibre trouvé avec la loi Léonetti.

Que le programme socialiste ne prenne en compte pratiquement aucune des préoccupations profondes des Français, telles que nous les évoquions en commençant, qui s’en étonnerait ?

 Le programme de François Hollande montre que, non seulement le parti socialiste ne s’est pas remis en cause depuis sa défaite cuisante de 2002,  mais encore que le virus de l’idéologie a fait des progrès en son sein. Irréel, le programme socialiste est aussi inactuel : aucune mesure vraiment nouvelle, tout vient du vieux fonds du parti socialiste.

Ce programme est à mille lieues mille lieux de s’attaquer à  aucun de problèmes de la société française car il se situe dans une autre logique que celle de la politique classique, laquelle vise à résoudre des problèmes réels et non à agiter des chimères. Que cette déconnection du parti socialiste avec le réel  le rende incapable de gouverner, les Français le sentent confusément. Et même certains  électeurs socialistes !

 

Roland HUREAUX

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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 14:27

Si elle advenait, la victoire du candidat socialiste serait un non-sens.

Pourquoi ? Parce que sur à peu près tous les sujets importants, le parti socialiste se situe aux antipodes des    attentes des Français.

Allons plus loin. Si l’on regarde une à une les causes de leur mécontentement, pour presque toutes, la politique menée par le parti socialiste quand il a été au pouvoir porte une large part de responsabilité, la faute de la droite, bien réelle, ayant d’abord  été de ne pas avoir su ou osé remettre en cause ces politiques.

Immigration ? Comment attendre autre chose de la gauche qu’un relâchement des contrôles et une plus grande tolérance à l’immigration clandestine. François Hollande promet des  quotas, soit  la certitude d’ajouter aux clandestins un contingent  de réguliers. Et on sait ce que veulent dire pour les socialistes  les régularisations « au cas par cas » !

Éducation nationale ? La plus totale absence d’imagination caractérise le programme socialiste ; seul élément concret : la promesse irréalisable de 60 000 postes supplémentaires. Mais aucune remise en cause des motifs du déclin de l’institution : le "pédagogisme", le tronc unique, le relâchement des exigences que la gauche a introduits dans notre système éducatif depuis plus de 60 ans, aggravés par la loi Jospin de 1989.

Impôts ? À une France qui, parmi les grands pays, bat tous les records de prélèvements obligatoires, François Hollande promet une couche supplémentaire d’impôts. On sait qu’il est plus difficile de baisser les prélèvements obligatoires en période de croissance. C’est ce que n’a pas fait la gauche qui, chance pour elle, malchance pour le pays, s’est trouvée aux commandes, sous Rocard, puis sous Jospin, quand l’économie allait mieux. La droite, elle, revenue aux affaires au temps des vaches maigres, n’a pu le faire.

Social ? La France a un système social congestionné : si les classes supérieures, auxquelles il donne bonne conscience, s’en accommodent, sait-on que le principal motif de frustration de la classe ouvrière, celle qui travaille pour un salaire modeste, est de voir que beaucoup, qui ne travaillent pas, s’en sortent aussi bien qu’eux, voire mieux dans certains cas ? Comment cette situation pourrait-elle être remise en cause par ceux-là même qui sont à l’origine de ces avantages, lesquels peuvent se justifier dans leur principe mais qui sont, le plus souvent, distribués à l’aveuglette ? Non seulement le PS ne reviendra pas sur ces avantages qui révulsent une bonne  partie du peuple français, mais il est probable qu’il les développera encore.

Emploi ? Ce que certains observateurs appellent la "préférence française pour le chômage", le fait que la France traîne un volant de 2 à 3 millions de chômeurs structurels, est inséparable de la politique du franc fort, puis de l’euro fort, choix faits par le gouvernement Bérégovoy de 1992. Hollande ne remet pas en cause ces choix.

On pourrait continuer ainsi : comment les agriculteurs attendraient-ils que le PS, qui a promu la désastreuse réforme de la politique agricole commune de 1992, et qui compte dans ses rangs le directeur général de l’OMC, Pascal Lamy, remette en cause des orientations qui ont entraîné un effondrement dramatique des effectifs agricoles ?

Affaires ? Mais qui ne se souvient que les plus importantes ont éclaté au temps de Mitterrand ? Aucune n’a jamais  n’atteint en gravité l’affaire des frégates de Taïwan,  étouffée  par le secret-défense. N’oublions pas Elf, le Crédit Lyonnais, Saint-Gobain, les Irlandais de Vincennes, les écoutes de l’Elysée. Il est vrai que certaines affaires récentes pour lesquelles des instructions sont en cours (affaire Woerth, affaire de Karachi, etc.) entachent aussi  la réputation de la droite. Mais comment attendre une moralisation de la vie politique d’un secrétaire général du parti socialiste, François Hollande, qui a couvert les turpitudes que l’on sait dans les fédérations socialistes du Nord ou des Bouches-du-Rhône ? Aujourd’hui, 57 élus socialistes, maires de grandes villes, parlementaires ou présidents de conseils généraux, qui ont été mis en examen ou condamnés,  continuent à occuper d'éminentes fonctions

Les Français, même de gauche, auxquels les sondages promettent une   victoire du candidat socialiste, ont le blues... La perspective de cette victoire, donnée  pour acquise par certains sondages, les déprime.

Elle les déprime parce qu’ils savent qu’une grande partie de ce qu’ils reprochent à Sarkozy, plus ou moins consciemment, ne pourra qu’être aggravé par la gauche.

Elle les déprime parce que, la plupart des sondages, confirmés par les résultats du premier tour,  le montrent, sur la plupart des questions de société, la France est plus à droite qu’elle ne l’a jamais été, si tant est que ces étiquettes aient encore un sens aujourd’hui.

Une France de droite prête à élire un candidat de gauche, une France qui rejette d’avance tout ce que le candidat socialiste promet ? Comment est-ce possible ?

Des considérations personnelles liées aux maladresses du président sortant ou de sa politique, peuvent certes l’expliquer. Mais faut-il pour autant que la France tombe de Charybde en Scylla ?  Pour l’honneur de la démocratie, osons croire que les électeurs de France sauront se ressaisir à temps.

 

Roland HUREAUX *

 

*Ces arguments sont développés dans Roland Hureaux, Les épines du rosier,  www.atlantico.fr/

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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 14:26

La modernité a bon dos.

Pour beaucoup de réformateurs, elle implique la liquidation des institutions les plus solides et les plus vénérables qui structurent la vie sociale.

Le gouvernement Sarkozy, dans la continuité de  ses prédécesseurs de droite ou de gauche, dans son souci de moderniser la France,  n’a pas échappé à ce travers. C’est ainsi qu'ont été remis en cause la commune, la plupart des corps de l’Etat, les ponts et chaussées  fusionnés avec le  génie rural,  la gendarmerie, rapprochée de la police. Les instituteurs avaient déjà  été fusionnés avec les professeurs, le département est voué à l’effacement : la disparition des numéros sur les plaques d’immatriculation au bénéfice de chiffres sans signification géographique en est e  prélude.  Sous l’impulsion de Bruxelles, France-Télécom a été démantelée, EDF est  en passe de l’être.

Il n’est pas sûr qu’aucune de ces réformes  prépare, comme on le prétend, la France à mieux affronter la mondialisation.

Bien au contraire, elles ne se traduisent par aucune économie supplémentaire et, au contraire par des coûts aggravés,   une perte d’efficacité et, l’exemple de France-Télécom le montre, une grave démoralisation des agents.

L’institution  monarchique, que l’on peut juger dépassée, empêche-t-elle au demeurant le Royaume-Uni  d’être un pays ouvert au monde ?

C’est à tort que certains, excédés par ces changements souvent brouillons, espèrent qu’une présidence Hollande les leur épargnerait. La gauche n’a récusé aucune des réformes en cours. La charte de la réforme de l'Etat est la loi du 1er août 2000, votée sous Jospin. Elle est à l’origine des fusions de corps, des primes de résultat, du contrôle chiffré des activités qui excèdent tant les fonctionnaires. Hollande ne remet en cause que la RGPP qui  porte  sur les effectifs, non  les structures.

Ce  mouvement de déstabilisation des repères fondamentaux de la société connaîtrait une nouvelle accélération avec un pouvoir socialiste.

La déstabilisation porte projetée  sur des questions encore plus fondamentales que la gendarmerie : même si elle ne figure pas explicitement dans le programme de Hollande, le passage à la VIe République est un leitmotiv de beaucoup de socialistes , conférer le droit de vote aux étrangers, fut-ce aux seules  élections locales , serait une atteinte grave au principe de la citoyenneté, fondement de toute République organisée. La  citoyenneté perdrait ainsi peu à peu   sa signification, comme les frontières  dans l’Union européenne.

Mais le programme socialiste nous promet une déstabilisation de bien plus grande envergure encore, puisque elle porte sur les réalités anthropologiques les plus fondamentales  de la sexualité et de la mort. Le mariage homosexuel, qui figure en tête de ce programme,  a-t-il   un autre but que la déstabilisation  d’une institution immémoriale ? L’euthanasie changerait fondamentalement le rapport de notre société à la mort. Ni l’une ni l’autre de ces réformes de répond à une vraie revendication. Bien peu d’homosexuels désirent réellement se marier. La loi Léonetti avait réglé les questions liées à la fin de vie et la plupart des intervenants, à commencer par le corps médical, s’en satisfont. Le but véritable de ces réformes est une déstabilisation idéologique de deux repères fondamentaux.

Le projet de légaliser le cannabis remet en cause un tabou de notre civilisation.

Au terme de cette œuvre de destruction, un homo oeconomicus sans culture, sans morale, sans repères et, par là  sans esprit critique car pour se rebeller contre  une situation existante , il faut s’appuyer sur une éthique, une culture : faute de cela, point de revendication articulable.

C’est pourquoi cette destruction de repères fait, selon certains, le jeu de puissances mondiales désireuses d’effacer les repères nationaux pour n’avoir affaire qu’à une masse fongible disposée à accepte les conditions qu’on lui dictera.

En proposant la destruction des repères fondamentaux qui structurent une vie vraiment humaine, le parti socialiste  fait le lit d’un règne sans partage du grand capital.

 

Roland HUREAUX

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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 14:25

Rarement notre pays a connu une échéance électorale aussi décisive que celle du  6 mai prochain.

Décisive par l’ampleur de la crise qui frappe la France, par l’étendue des sujets de mécontentement, par la gravité du fossé qui sépare les groupes sociaux et  les tenants des différentes  idéologies, principalement   ceux pour qui la France a encore un sens et ceux qui  répondent par des anathèmes  haineux  à  toute  évocation de son  identité.

Les  socialistes promeuvent une  France promise au métissage culturel sur fond de repentance et de dénigrement du passé national. Ils nous promettent, contrairement aux illusions de certains,  un assujettissement aggravé à Bruxelles et à l’OTAN. 

Est-il nécessaire de rappeler que, pris  un a un, les sujets de mécontentement des Français sont ,pour la plupart,  la conséquence directe  de politiques dont  la gauche est à l’origine :  dégradation de l’éducation nationale,  chômage de masse et   régression du pouvoir d’achat , effet du franc fort , cher à Bérégovoy  et des 35 heures,  laxisme migratoire,  lourdeur des impôts,   désastreuse réforme de la politique agricole commune ( 1992),  assistanat désordonné, dégradation du service public  etc.   La faute de la droite est surtout de ne pas avoir su remettre en cause ces politiques, voire de les avoir , faute d’idées,  poursuivies : la loi Raffarin de décentralisation  poursuit la loi Defferre, la loi Marleix sur les collectivités locales prolonge la loi Joxe. Au point que la droite en porte aujourd’hui la responsabilité devant l’opinion. Ainsi le contrôle chiffré généralisé par laquelle Sarkozy s’est gravement aliéné les fonctionnaires est l’effet directe de la  loi du 1er août 2000 ( dite LOLF pour les initiés) votée sous Jospin.

Ceux qui pensent qu’ à cette France gravement menacée d’un délitement fatal, l’application du  programme de Hollande porterait  le coup de grâce  n’ont pas tort .   

Tout ce qui fait encore la force de notre pays : politique familiale, armée moderne, programme nucléaire civil, siège permanent au conseil de sécurité est remis en cause. Ce qui reste de nos repères fondamentaux est promis à l’arasement : le mariage (qui serait ouvert aux homosexuels), la mort (euthanasie), le bien et le mal (légalisation du cannabis) la citoyenneté (droit de vote aux étrangers), la constitution (perspective inquiétante d’une VIe République). L’Etat  républicain lui-même  est  voué  à la dilution dans une « Europe socialiste des régions ».

L’immigration et la pression fiscale qui pèse particulièrement sur les classes moyennes,   seraient aggravées.

Mais  il est  des secteurs de la droite qui ne redoutent pas cette perspective. La victoire de Hollande se traduirait, croient-ils, par une « recomposition ». L’échec prévisible des socialistes entraînerait une réaction de rejet qui favoriserait l’accession de Marine Le Pen au pouvoir dans cinq ans.  Et alors, sur les décombres,  tout pourrait être rebâti.

De telles espérances sont  très blâmables.

D’abord parce que les prévisions à cinq ans, en politique plus qu’ailleurs, sont hautement conjecturales. Ensuite parce qu’en bon français, cette perspective s’appelle la politique du pire.

Pour un   vrai patriote, la politique du pire est  inacceptable.

Elle serait une  grave faute  contre la France.  

Le point de rupture est atteint. Plus qu’en 1981,  plus qu’en 2007, l’avènement des socialistes, plus égarés  par l’idéologie, plus éloignés des vraies préoccupations du peuple que jamais,  représente une menace pour  la survie de la France  en tant que nation.

Face à cette menace et, quelles que soit les erreurs, bien réelles, de la droite, l’abstention n’est pas permise.

 Ceux dont le souci de la France a,  d’une manière ou d’une autre, inspiré le vote du premier tour, doivent faire tout ce qui est en  leur  pouvoir pour que   le  candidat du parti socialiste soit battu.  

 

Roland HUREAUX

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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 14:17

A en croire beaucoup de commentateurs, le second tour de l’élection  présidentielle serait, au vu des résultats du premier,  déjà gagné  pour François Hollande .

Cela ne va pourtant pas de soi  et l’espoir qui semble persister  dans le camp du président sortant n’est peut-être pas  sans  fondement.

Paradoxe : une analyse serrée des chiffres montre que la droite est en léger progrès  : de   45,29  % en 2007 avec   Sarkozy, Le Pen (père)  Villiers et Nihous ( Chasse pêche) à  47,12 %  en 2012  avec  Sarkozy,   Le Pen (fille), Dupont-Aignan et même  Cheminade ( qui, comme Nihous  capte aussi  des voix de gauche) .

La gauche  est, il est vrai, elle aussi,  et  bien davantage  en progrès de 36, 44 %  à  43, 75 %.

La  montée de l’une et de l’autre  s’expliquent  entièrement par la baisse de François Bayrou qui chute de 18,57 %   à 9,13 %.  

La montée du Front national  de 10,44 % à 17,90  %  est apparue comme un des principaux traits de ce scrutin et, pour une part, pur un désaveu du président sortant.

Il faut en revanche relativiser   la montée de l ‘extrême gauche ( à laquelle, à tort ou à raison, on peut assimiler les Verts) : en 2007,  11,38 %  (Besancenot, Voynet, Buffet, Bové, Schivardi),  en 2012, 15,12 %  (Mélenchon, Joly, Putois, Arthaud). Ce vote est surtout plus concentré autour de Mélenchon. 

Compte tenu de ces données,  l’électorat, dans son ensemble,  s’est plutôt droitisé.

Les deux transferts majeurs, qui résument presque tout le scrutin,  sont  celui  de  l’UMP vers le Front national et celui du MODEM vers le PS.   Aucun de ces transferts  ne permet de préjuger du second tour. Le  premier s’explique  par la crise et  par  la déception causée par le président sortant à  ceux que   son  discours  musclé de  2007 avait séduits, le second   par la situation particulière de 2007 :    la faiblesse relative de la candidate Ségolène Royal, très atypique dans une gauche où les valeurs machistes n’avaient pas complétement disparu,  avait attiré vers Bayrou une partie du centre-gauche: avec Hollande,  candidat « normal »,  les électeurs socialistes sont revenus au bercail.  

Les électeurs de l’UMP qui ont voté pour le FN,   après avoir donné à Sarkozy l’avertissement qu’ils pensaient devoir lui donner, reviendront probablement, pour une bonne part,  à leur point de départ.   L’électorat que Bayrou a perdu, c’est son   électorat socialiste de 2007 ; il a  gardé en revanche l’électorat centriste traditionnel qui, dans sa grande majorité, penche à droite : s’il existait en 2007, et encore un peu en 2011  un vote  Bayrou  « bobo », au fond des provinces, tout le monde sait que les centristes sont des « culs-blancs »   et non pas des « culs-rouges ». Il est donc probable que les reports du FN et du MODEM vers Sarkozy seront meilleurs que ce qu’ils furent en 2007 .  Tout le monde admet que les reports de l’extrême gauche vers Hollande seront bons, mais  pas complets pour autant. 

En 2007, la participation au premier tour avait été de 83, 7 %. Elle n’a été que de 79,5  % en 2012. Il reste une marge de presque 4  % des électeurs  dont personne ne sait ce qu’elle fera . On peut  supposer cependant que la perspective d’un scrutin serré la mobilisera au maximum.

La superstition selon laquelle le  premier tour est déterminant, que Sarkozy et Hollande ont  volontairement entretenue pour susciter le vote utile, a ses limites : si elle  avait quelque fondement, Mitterrand aurait été élu en 1974 et Jospin en 1995 !

Personne  ne sait  ce que fera Bayrou ( qui aura du mal à garder son siège de député, sans l’appui de l’UMP) ; il est connu que,  dans les hautes sphères du Front national, spécialement parmi les experts recrutés récemment par Marine le Pen, certains rêvent d’une victoire de Hollande, qui serait suivie, pensent-ils,   d’un quinquennat catastrophique des socialistes  , à la grecque,  où , l’UMP s’effondrant, la FN serait la seule véritable alternative ,  le tout  débouchant sur sa   victoire en 1997. Ce scénario inquiétant n’est pas invraisemblable, mais, du point de vue de la droite, il revient à   la politique du pire. Il n’est pas certain que   ces spéculations d’intellectuels rencontrent un écho très large chez  l’électeur de base du Front.

Compte tenu de ces données, les chances des deux candidats au second tour nous semblent  plus proches que ce que l’on croit généralement.

Le scrutin sera, en tout état de cause, serré. Dans un tel cas de figure, c’est généralement le plus déterminé qui l’emporte.

Roland HUREAUX

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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 14:15

Le  vote  maladroit de la loi du 23 janvier 2012 tendant à  pénaliser la négation du  génocide arménien (il faudrait dire chrétien, car un tiers des victimes furent des  chrétiens non arméniens !) a eu au moins le mérite de montrer que la Turquie n’était  toujours pas  européenne.

Pas seulement par la géographie.

Seuls les naïfs se sont étonnés que, dans cette affaire, elle ne réagisse pas comme un pays européen « normal » : par la reconnaissance de sa culpabilité, la repentance, même hypocrite,  la  mauvaise conscience, mais qu’elle multiplie au contraire des manifestations d’orgueil outragé,  des  condamnations sans réplique de la France et des autres pays d’Europe qui voudraient se mêler de son histoire. Ce n’est pas, selon ses gouvernants, la Turquie qui est coupable mais nous qui faisons preuve, en rappelant ce qui  s’est passé en 1915-1916,  d’islamophobie et de racisme !

Aussi décalées sont les expressions de cette colère : manifestations monstres  couvertes de nuées de drapeaux turcs rouges  à Paris et dans plusieurs grandes villes.  Qui imaginerait  une manifestation d’une telle ampleur  d’Anglais contre la France en France, de Français contre l’Allemagne en Allemagne etc. ? Entre Européens, cela ne se fait pas.

Mais ce ne sont pas les bonnes manières qui font l’Europe, c’est la culpabilité. Culpabilité allemande en raison des crimes nazis,  au départ,  bien légitime,  mais qui, au fil des ans,  est devenue une culpabilité de toute l’Europe pour sa participation ou à tout le moins  sa passivité devant la Shoah, voire pour une culture qui y aurait tout entière conduit.  N’est-il pas significatif que la première manifestation d’européanité, si l’on ose dire,  qu’on a réclamé des pays des Balkans pour leur ouvrir la porte de l’Union, c’est la livraison de leurs présumés génocidaires au Tribunal pénal international de La Haye. Ce faisant, c’est  tout le peuple en cause qui  se reconnait coupable.

Inutile de dire que hors d’Europe, une telle mauvaise conscience n’a pas cours : on n’a jamais vu la Chine, l’Inde, le Pakistan, l’Algérie, pour ne retenir que des pays où ont été commis d’immenses massacres, se repentir de quoi que ce soit. Même si, à l’occasion, ils s’en préoccupent, les Etats-Unis et le Brésil ne semblent pas obsédés par le traitement infligé aux Indiens. 

Beaucoup voudraient que la Russie de Poutine batte sa coulpe pour les crimes de Staline comme les Allemands le font  sur ceux de  Hitler ; c’est oublier que les   victimes les plus nombreuses de Hitler n’étaient  pas allemandes, alors que la plupart de celles de Staline étaient soviétiques. En tous les cas, les dirigeants actuels de la Russie n’entendent pas, eux non plus, faire repentance de  quoi que ce soit.

La Turquie n’aurait guère de raisons de se plaindre de l’esprit de repentance européen, au contraire, aussi longtemps qu’on ne veut pas le lui faire  partager. Désireuse d’expier un passé supposé d’intolérance et de racisme, l’Europe  a pris parti dans les Balkans  pour les musulmans, alliés des Turcs,  contre les chrétiens orthodoxes. Elle fait les yeux doux à la Turquie, forte de son dynamisme économique et  méprise  la Grèce, pourtant matrice de la civilisation occidentale.  La  mauvaise conscience conduit à choisir presque toujours le   différent contre le semblable : la Turquie en  profite  aujourd’hui  largement.

Non seulement la Turquie a un comportement qui l’apparente à l’ensemble des puissances  non-européennes, mais elle se trouve à un tournant de son histoire. Pesant de plus en plus sur le plan tant  démographique qu’économique, elle ambitionne de  prendre sa revanche sur son passé d’ « homme malade de l’Europe » comme on la qualifiait  au  XIXe siècle; elle aspire à recouvrer le double héritage dont elle se sent dépositaire : celui du Khalifat, soit le commandement de tous les Musulmans, celui de l’Empire romain dont la dernière capitale fut Constantinople, d’où dérive Istanbul.  La révolte contre le président Assad  devrait lui  permettre de prendre pied en Syrie et donc de se rapprocher les Lieux saints qu’elle a dû abandonner en 1918.  Et cela avec l’aide des   Occidentaux ! Qui lui parle de repentance ?

L’Europe a  des racines chrétiennes, dira-t-on, c’est pourquoi elle se repent.  Mais la repentance moderne n’a pas grand-chose à voir avec le repentir chrétien. Le repentir chrétien, analogue au repentir juif tel qu’il est évoqué par exemple dans le psaume 103 : «  Comme est loin l’Orient de  l’Occident, Dieu éloigne de nous nos péchés  »  ne s’exprime qu’une fois ; la faute avouée  est pardonnée et on n’en parle plus.  Là où le  repentir met fin à la culpabilité, la repentance consiste au contraire  à l’entretenir.

Elle est une partie du mal européen contemporain, comme la récession démographique,   l’atrophie progressive du sentiment  national  et religieux, la réduction a minima des dépenses militaires et  une  désindustrialisation plus ou moins voulue.

La Turquie, elle, n’est évidemment  pas une civilisation aussi avancée. Elle ne se repent de rien, elle n’est  pas  encore européenne.

 

Roland  HUREAUX*

 

Auteur de La grande démolition, la France cassée par les réformes, Buchet-Chastel, janvier 2012 – 355 pages, 21 €

La décision  du  Conseil constitutionnel du  27 février 2012 a  annulé cette loi sur des considérations qui touchent toutes les lois mémorielles , sans  rapport direct avec la réaction turque.

Les estimations les plus courantes du nombre des victimes sont de 1 à 1,5 millions d’Arméniens, 0,5 million de Grecs pontiques (orthodoxes) et 0,5 million de chrétiens assyriens. Furent épargnés les habitants d’Istambul et de Smyrne où les exactions eussent été top voyantes, les catholiques et les protestants, peu nombreux et protégés de fait par la France et l’Allemagne.

Les Etats-Unis se préoccupent   en revanche de  la mémoire de l’esclavage noir.

Les fameux « bains turcs » ne sont que les thermes romains.

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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 14:15

Le plus extraordinaire dans le « traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance  dans l’Union économique et monétaire » préparé par ce que les Allemands appellent la « Merkozie »,  ce n’est pas d’abord qu’on ne le trouve qu’en version anglaise.

Le plus extraordinaire n’est pas non plus qu’après sa ratification, les Etats d’Europe auront moins de marge de manœuvre que les Etats fédérés des Etats-Unis d’Amérique pour établir  leur budget, ou qu’ils pourront être mis à l’amende  en cas d’infraction comme jamais l’Etat français dit jacobin n’osa  mettre à l’amende ses collectivités locales. Excessivement lourdes, ces amendes ressembleront,  en bien pire,  aux agios que les des banquiers imposent  aux entreprises ou aux particuliers déjà en difficulté, comme pour les enfoncer davantage. Qui peut croire que ce dispositif  marchera jamais ?

Non, le plus extraordinaire dans ce nouveau traité, que le MES (mécanisme européen de solidarité, déjà voté par le Parlement français) vient compléter,  est qu’il ne sert à rien. Il ne  sert à rien en tous les cas par rapport à la finalité que les politiques et les médias lui assignent :   sauver  l’euro.

D’abord parce que les problèmes de la zone euro sont immédiats et qu’ils se posent en premier lieu à des pays en déséquilibre budgétaire grave comme la Grèce et le  Portugal : la perspective que ces pays retrouvent  l’équilibre dans deux ou  trois ans, au demeurant douteuse,   ne saurait constituer une solution.

Ensuite parce que ce traité ne règle nullement la question centrale de la plupart des pays de la zone euro : la perte de compétitivité due à une hausse des prix intérieurs sur dix ans supérieure à celle de l’Allemagne. Elle entraîne, pour les pays où la hausse des prix a été la plus forte, un déficit de la balance de paiements  qui ne cesse de  s’aggraver.

Rétablir l’équilibre budgétaire,  à supposer qu’on y arrive,   ne résoudrait  donc nullement  pour eux  la question de la compétitivité  ; il faudrait pour cela opérer une gigantesque déflation , diminuer brutalement et concomitamment  non seulement les dépenses publiques et les salaires,  mais aussi  les  prix, une opération qui n’a jamais marché comme l’a montré la France des années trente.

Avec ou sans déflation, des économies budgétaires féroces plongent les pays les plus touchés dans une spirale récessive  sans issue : baisse des dépenses publiques, basse de la demande intérieure baisse de la production intérieure (déjà affaiblie par la perte de compétitivité),  baisse des rentrées fiscales, nouveau déséquilibre etc. Une spirale qui pourrait être demain celle de toute l’Europe.

Que le  nouveau traité   ne règle nullement le problème de l’euro comme on le laisse accroire, les principaux responsables européens le savent sans doute. A quel jeu jouent-ils donc ? A cela plusieurs réponses possibles dont aucune  ne se suffit.

 

A quoi jouent les dirigeants européens ?

 

La première est idéologique : les classes dirigeantes des pays de la zone euro ont, depuis vingt ans engagé toute leur crédibilité dans la réussite de  la monnaie unique. Reconnaître l’échec de celle-ci la ruinerait. Il leur faut donc  gagner du temps et, pour cela, avoir l’air  d’agir   pour  la prolonger, y compris en prenant des mesures  inopérantes. Ajoutons que , intellectuellement, ils se sont si  longtemps habitués à penser dans l’horizon de l’euro que toute autre perspective les trouverait largement désorientés, un peu comme les apparatchiks communistes à la fin de l’ère soviétique, habitués à ne penser qu’à l’intérieur de la dialectique marxiste et qui, jusqu’à la chute finale,  ne pouvaient que colmater les brèches.

Mais les plus enragés de ces idéologues vont plus loin. Ils se fondent sur   la théorie du rebond : l’intégration européenne, disent-ils,  a toujours progressé en rebondissant sur les difficultés, en   transformant les obstacles en leviers. De manière cynique, l’oligarchie européenne profite donc de la crise de l’euro  pour centraliser encore plus l’édifice, dépouiller un peu plus les souverainetés nationales. Il est pourtant   clair que, dès lors  que le problème de l’euro ne  sera pas résolu par le nouveau traité, cet édifice renforcé sera encore plus  en porte à faux.  Si la fuite en avant consiste à élever encore le château de cartes, on devine la fin de l’histoire.

Mais on peut aussi bien se contenter de faire de cette fuite en avant un analyse politique : ce plan de rigueur général n’est qu’un signal de plus que Mme Merkel est obligée d’envoyer  à l’opinion allemande pour obtenir son consentement au sauvetage de l’euro. L’Allemagne veut qu’on  saigne un peu plus les cochons ( PIIGS) !   En échange de quoi ? D’un  transfert budgétaire,  comme le voudrait la théorie fédérale   selon laquelle il n’est pas de communauté politique sans solidarité interrégionale ?  Il n’en est nullement question.  En échange d’un   étalement de la dette grecque et surtout d’un consentement à ce que  la BCE ait  recours, au rebours  de l’orthodoxie financière si prisée outre-Rhin,  à la planche à billets ?  C’est ce que la BCE vient de faire  en débloquant 500 milliards d’euros. Mais au bénéfice de qui ?  Des Etats en    difficulté ?  Non, au bénéfice des banques, lesquelles  prêtent aux Etats, entre 3 % et 25 %,  des fonds que la BCE leur avance à 1 % !   

 

A qui profite le statu quo ?

 

C’est pourquoi, il ne faut pas négliger un troisième ordre de raisons. A qui le « crime »  profite ? Même si certaines  banques privées ont dû abandonner la moitié de leurs créances vis-à-vis de l’Etat grec, la situation actuelle profite globalement au système bancaire. La fin de l’euro pourrait en même temps  sonner le glas d’un système où  les banques empruntent à 1 % à la banque centrale et reprêtent à des taux sensiblement   plus élevés aux Etats, profitant au passage d’une rente qui s’apparente à un enrichissement sans cause.  Pour pouvoir exiger  d’eux des intérêts élevés, il ne suffit pas  que ces Etats  soient  en difficulté, il faut aussi qu’ils ne meurent pas  et entretiennent l’illusion  qu’ils rétabliront leurs comptes.  La monétisation directe des dettes publiques qui suivrait l’éclatement de l’euro  tuerait sans doute la poule aux œufs d’or.

D’autres grands intérêts sont en jeu : ainsi celui des multinationales qui achètent à moindre prix  des actifs dans des pays tiers en s’appuyant sur un euro fort , quitte à laisser se dégrader jour après jour le tissu industriel du continent.

Le traité de stabilité ne résout  pas, quant au fond,  le problème de l’euro mais il permet de   prolonger l’illusion. Une illusion qui rapporte beaucoup à certains.

 

Roland HUREAUX*

 

Auteur de La grande démolition, la France cassée par les réformes,

Buchet-Chastel, janvier 2012 – 355 pages, 21 €

Et d’ailleurs des traités européens

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Published by Roland HUREAUX
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