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Roland HUREAUX

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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 19:57

 

Les  hommes politiques  de la Troisième République, républicains intraitables,    étaient    aussi  de  grands   pragmatiques.  La rigueur de leurs  convictions pour ce qui était de l’hexagone ne les empêcha   pas  de maintenir et même de consolider le régime monarchique au Maroc, en Tunisie,   au Cambodge,   au Laos et   dans l’Annam. Le parti pris dissuada  seulement  Galliéni de le faire à Madagascar et ce fut dommage.

Le même pragmatisme doit  prévaloir dans la solution du problème libyen.

L’intervention des forces de l’OTAN, sévèrement bridée par la résolution du Conseil de sécurité, risque de tourner à la déconfiture politique si les adversaires de Kadhafi ne  présentent  pas rapidement  une   alternative crédible au régime actuel.

Le totalitarisme kadhafiste qui règne depuis plus de quarante ans n’ayant pas été la meilleure propédeutique à la démocratie, il convient de considérer l’option du retour à la monarchie.

Colonie italienne de 1911 à   1951, la Libye   avait adopté à l’indépendance le régime monarchique. Le roi Idris Ier était issu de la confrérie   des Sénoussis   qui exerçait depuis plusieurs décennies une forte influence sur le Fezzan ( désert libyen). Cette monarchie se déclara  constitutionnelle peu après et n’était donc pas, au moins en principe, incompatible avec la démocratie.

Le coup d’Etat de Kadhafi en 1969   mit fin au règne du roi Idris.   

Son petit-fils, Mohammed el Senoussi,  vit actuellement  à Londres et a des partisans dans la rébellion.  

On ne voit pas quelle considération pourrait dissuader la  coalition  d’envisager son retour.

Encore faut-il qu’il ose lui-même sortir du bois, peut-être même qu’il débarque en Cyrénaïque : attendre la fin des événements pour venir faire un tour de piste n’est sûrement pas pour lui la solution. Craindrait-il  d’apparaître comme l’homme des Occidentaux ? A-t-il le choix ?  L’histoire ne repasse pas les plats. La  dynastie senoussite ne trouvera pas  de si tôt une telle occasion de revenir en  Libye.

  Il est difficile de dire quel degré de consensus il rencontrerait. Que le drapeau de la monarchie ait surgi ici ou là n’est pas nécessairement significatif. Tout dépend sans doute de ses capacités. Mais les   insurgés   dépendent trop de l’appui extérieur pour s’opposer  à une solution qui leur serait clairement suggérée par leurs  alliés.

Heureusement, il est célibataire et donc disponible. Dans ce pays où l’esprit de clan domine, les mariages sont de longue date le moyen de sceller les alliances de clan à clan. Kadhafi sut user du procédé pour consolider son pouvoir.  Le prétendant pourrait par exemple se rapprocher des Mégahras, clan stratégique au dire des experts.

Outre le manque d’imagination des chancelleries, cette solution se heurte à un obstacle : quoique fieffés réactionnaires en bien des matières, les Américains demeurent des républicains  plus hostiles au principe monarchique que l’on imagine.

Cette hostilité de principe a fait manquer en Afghanistan une belle occasion d’organiser la réconciliation nationale. Le vieux roi Mohammed Zaher Shah, qui avait déjà régné sur le pays de 1933 à 1973 était, à la chute des talibans en 2001, plus légitime que quiconque pour prendre la relève. Les Américains n’en ont pas voulu, préférant le douteux Hamid Karzaï. Faute du soutien américain, Zaher Shah s’est contenté de présider l’assemblée constituante des chefs de tribu, la Loya Jirga.  

En Irak, la monarchie  hachémite, issue comme celle de Jordanie  des anciens chérifs de la Mecque,  avait été renversée en 1958. Un des héritiers  du trône, le  chérif Ali Ben Hussein,  a, dans la période troublée qui a suivi la guerre de 1983 ouvert un site internet, sans succès. Même si ce prétendant avait sans doute  moins de légitimité que d’autres, son élévation à la tête de l’Etat, dans le cadre d’une monarchie constitutionnelle, aurait permis de mieux équilibrer la direction du pays entre les sunnites qui gouvernent l’Irak  depuis des siècles et se résignent mal à  ne plus le faire,   et les chiites, désormais majoritaires.

En tentant de remettre l’héritier du trône libyen dans le jeu, la coalition se doterait d’une carte supplémentaire. Elle pourrait au moins présenter une solution ayant une apparence de légitimité historique, plus en tous cas que  celle d’un clan opposé se substituant à  un autre clan,  d’un colonel succédant à un autre colonel. La monarchie a longtemps fait  rétrograde et à ce titre représenté une cause risquée, mais depuis 1990, qui sait où est le sens de l’histoire ?  

 

Roland HUREAUX

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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 19:47

Réflexions  sur la  Passion du Christ

 

 

Le jour du Vendredi saint, tous les chrétiens fêtent la passion du Christ.

Passion, vient de pâtir, souffrir, du grec pathein qui a donné pathétique.

C’est le jour où sont remémorés  l’arrestation, le procès, les supplices et la mort de Jésus Christ,  qui ont eu lieu probablement le  vendredi 7 avril de l’an 30,  à Jérusalem, sous   l’empereur Tibère  représenté sur place par le préfet Ponce Pilate.

Cet événement est rappelé dans toute la chrétienté par l’image de la Croix, devenue le symbole du christianisme. Depuis des siècles, les terres chrétiennes sont parsemées de crucifix.

 

Qu’est-ce qui fait que cet événement  est si  important ?

On pourrait en effet objecter: des gens qui se prenaient pour des prophètes ou des agitateurs de foule arrêtés, condamnés et exécutés, il y en a eu beaucoup dans l’histoire.

 

Ce qui fait de la mort  de Jésus Christ un événement unique est :

 

-                    d’abord le caractère particulièrement atroce des supplices  (passage à tabac par les soldats, flagellation, couronne d’épines,  portement de croix, mise en croix et mort lente sur cette croix) et du contexte (condamnation par les autorités légitimes, caractère infâmant de ce  supplice réservé aux esclaves, haine de la foule, quolibets, lâchage par les proches – sauf les femmes - , mise à nu  publique).  A-t-on infligé des supplices pires à d’autres ? Peut-être mais ce n’est pas sûr.

 

-                    ensuite par  le caractère particulier de la  victime qui apparaît dans les Evangiles comme un homme absolument innocent,  d’une parfaite bonté qui va même jusqu’à pardonner à ses bourreaux,  mais aussi un grand homme : d’une intelligence supérieure,  d’une exceptionnelle autorité, d’une grande force d’âme. Il avait l’étoffe d’un grand chef. En inscrivait sur la croix « Jésus de Nazareth, roi des Juifs », Ponce Pilate le reconnait comme digne d’être roi ; il serait le descendant en ligne directe du roi David.

 

Cet événement est plus qu’émouvant. Il est un des sommets de ce que peut avoir l’humanité d’injuste et d’absurde. L’homme le plus parfait qui ait existé, ses contemporains ne trouvent rien d’autre à faire que de le mettre à mort dans des conditions abjectes dans la force de l’âge : 30-33 ans environ !

La littérature,  l’histoire et l’actualité  nous font connaître de nombreuses  victimes de l’injustice. Mais soit le supplice est plus doux (Socrate empoisonné), soit il s’agit de gens qui n’étaient pas irréprochables, soit   il s’agit de    « pauvres types » comme les innombrables victimes des guerres : des faibles, dirait Nietzsche, un philosophe antichrétien qui pense qu’il est normal que les forts écrasent les faibles. Beaucoup, à tort, se figurent le Christ  ainsi : un « pauvre diable » trop gentil : à tort,  car les évangiles nous montrent  au contraire un homme qui respire la force et l’autorité, un type accompli d’humanité.

Cet événement est-il invraisemblable ? Hélas non ! L’histoire, la littérature, l’expérience de  la vie   nous montrent   qu’il  n’est que trop en conformité avec ce que sont  les hommes. Les plus méchants sont ceux qui vous doivent le plus, les plus détestés sont les meilleurs, de parfaites canailles ont la Légion d’honneur et toutes les réussites terrestres etc.

On pense en général que les qualités, humaines ou morales sont récompensées. C’est vrai au premier niveau. Mais pas au niveau le plus élevé :   il est inévitable que ceux qui approchent les sommets de  la perfection rencontrent une hostilité, sournoise ou ouverte, plus grande que les autres. Cela semble être malheureusement la règle plutôt que l’exception.

Les juifs de l’Ancien Testament pensèrent, dans  un premier temps, que les justes qui respectaient la Loi de Moïse, réussissaient mieux que les autres. Le Psaume 1 exprime cette confiance naïve : «Heureux est l’homme  qui se plait dans la loi de Yahvé… tout ce qu’il fait réussit ». C’est ce qui arrive aux patriarches : Abraham, Isaac, Jacob, Joseph. Les premiers rois, Saül, David et Salomon sont punis parce qu’ils ont péché. Mais à mesure que le peuple juif approfondit sa foi  et qu’on avance dans la Bible, on voit de plus en plus de figures de justes persécutés : Job, les prophètes Isaïe ou Zacharie qui sont mis à mort. Puis Jean-Baptiste, le dernier des prophètes. Tous annoncent le Christ.

C’est la profondeur humaine du récit de la Passion, supérieure à celle de toutes les tragédies antiques ou modernes,  que nous devons ressentir en méditant dessus. Ce point est absolument  capital.

Inutile de dire qu’on ne trouve l’équivalent dans aucune autre religion : Hercule est mis à mort après avoir fait des travaux utiles à l’humanité mais ce sont des travaux de force, généralement guerriers et qui n’ont aucun caractère historique. Le prophète Mahomet, prêche une religion nouvelle, constitue une armée, gagne des batailles, commet des massacres et finit ses jours entouré de richesses et du symbole de la réussite, de nombreuses épouses…Il meurt dans son lit.

 

Le Vendredi Saint est-il  donc le jour le plus triste du monde ?  En un sens oui et la liturgie de ce jour exprime une infinie tristesse, en reprenant en particulier les admirables lamentations de Jérémie. Mais en un autre sens, c’est le contraire.

L’Evangile de saint Jean nous relate  en détail, aux chapitres 14à 17, ce que dit Jésus Christ à ses disciples la veille de sa mort : il répète à plusieurs reprises  «Le temps vient où  je serai glorifié », « Mon père me glorifiera et je glorifierai mon père »,   «  En étant glorifié, je vous glorifierai ».

La gloire est une notion politique : le signe de la victoire au combat contre l’ennemi.

La gloire est aussi une notion esthétique : le sommet de la beauté. La gloire de dieu, cela signifie la splendeur de Dieu.

Un roi glorieux, c’est un roi jeune et beau, qui  triomphe de ses ennemis.

Soit, en apparence,  le contraire du  Christ lors de sa  Passion.

On pourrait dire que l’Evangile de saint Jean parle de la gloire de la résurrection.  Non, en lisant le texte de  près, on voit que la glorification du Fils, c’est déjà  la Croix.

Ainsi, ce qui, aux yeux des hommes passe  pour le plus grand des échecs, est  pour l’Evangile, la plus grande gloire, la suprême victoire.

C’est là le centre du mystère chrétien.

Cette victoire, ce n’est pas le supplice en tant que tel, c’est le fait que ce supplice n’altère en rien la perfection du Christ, ni son amour des hommes. Il va même jusqu’à dire :   « Père pardonne leur, parce qu'ils ne  savent pas ce qu'ils font » ; il n’en veut pas à ses ennemis ; il n’en veut pas non plus à Dieu :   malgré un moment de désespoir  « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? »,  il ne se rebelle pas    « Que non pas ma volonté,  mais  ta volonté soit faite ». Et il  dit à la fin : « Tout est consommé », ce qu’on peut comprendre comme :   «malgré tout, tout est bien ».

De ce seul fait, il « sauve »  le monde, puisque même lui, qui a connu le comble de l’injustice et de la souffrance, a échappé à la  tentation de penser que le monde était radicalement mauvais, de le condamner. 

Longtemps les  théologiens ont été sensibles à la dimension morale de cet événement.  Au XXe siècle, un grand théologien suisse,  Hans Urs  von Balthazar a écrit une   œuvre magistrale qui s'appelle « La gloire et la croix »  et qui  met   l’accent sur la dimension esthétique de ce drame : la plus grande tragédie est aussi la plus sublime histoire. La tragédie et la beauté réunies, superposées, identifiées  sur la croix.

On ne sera pas étonné que, pendant des siècles, la Passion du Christ ait  inspiré des milliers d’artistes : peintres, sculpteurs, musiciens.

Par une extraordinaire coïncidence, un photographe a fait en 1899 pour  la première fois une photo  d’une vielle relique jaune qui se trouvait  à Turin  et qu'on identifiait au  Linceul  ayant  enveloppé le Christ après sa mort. Par la double technique du  négatif et de la surexposition qui accuse les contrastes, il a trouvé sur le cliché, sans l’avoir prémédité, une admirable image du Christ mort  sur la Croix, une image à la fois profondément pathétique et profondément belle.

Ce Linceul est il authentique ? Qu’importe : il date au minimum du Moyen-âge,  une époque où personne ne connaissait ni la photographie, ni le négatif, ni la surexposition. Mais l’essentiel n’est pas  là, c’est la qualité de l’image  qui résume à elle seule le drame de la Passion et qui est un signe pour notre temps.

Face au drame de la Croix,  on pense à la mort de Molière. Il est mort en jouant Le malade imaginaire. Le public  trouvait qu’il jouait si bien qu’on se disait : « ce n'est pas possible qu'on puisse jouer si bien, il doit être  vraiment malade ». Et en effet, il l’était.

Face au  drame du  Vendredi saint, on dira : un tel drame, ce n’est pas possible  qu’il ait été inventé comme un récit littéraire : il contient tellement de vérité humaine,  tellement de profondeur morale et  spirituelle, tellement de beauté  qu’il ne peut être que véridique.

C’est ce que ressent le centurion romain  Longus  qui a assisté à tout le drame et donné le dernier coup de lance pour achever le supplicié. Juste après que le Christ ait rendu le dernier souffle,  il ne dit pas : « Maintenant, c’est fini, on n’entendra plus parler de cet imposteur »,  mais il dit au contraire, ému par ce qu’il a vu :   «  Oui, cet homme était vraiment le fils de Dieu ».

 

Roland HUREAUX

  

 

 

 

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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 15:01

 

 

Ce qui s’est passé à Caillac (Lot) le 18 avril dernier  a sans doute son pendant en bien des départements de France mais n’a pas encore attiré l’attention de la presse nationale.

Les élus de Cahors et des environs, soit une trentaine de communes ont refusé à l’unanimité le « schéma départemental de coopération intercommunale » que leur présentait le préfet.

Ce schéma  prévoyait de regrouper les structures de coopération intercommunales du département en sept ensembles, parmi lesquels  celui de Cahors représenterait 60 communes et un bon tiers de la population du Lot.

Les  grands notables socialistes  du département qui, en principe,  sont opposés  à un projet émanant du gouvernement, mais en réalité sont  favorables à ces regroupements  dont ils attendent des pouvoirs accrus,   donnent  des explications embarrassées : Martin Malvy, président du conseil régional et Gérard Miquel, président  du conseil général se contentent de dire qu’il ne faut  rien faire sans l’accord des élus de base. Aurélien Pradié, seul conseiller général UMP, lui,  est enthousiaste.

Pourquoi ces débats qui passent, il faut bien le dire, par dessus la  tête du grand public ?  Parce que la loi  du 16 décembre 2010 dite de  « réforme des collectivités territoriales » a   prévu, à l’article 16, l’ « achèvement et la rationalisation de la coopération intercommunale » passant notamment par  la disparition des communes isolées et des enclaves, le « renforcement de la solidarité financière »  et une taille minimale de 5000 habitants ?

Pourquoi cette rationalisation ? Parce que pour mieux  encourager  les communes à se regrouper,  les gouvernements successifs les  avaient laissées  libres, dans un premier temps, de le faire selon leurs affinités, culturelles ou politiques. Or  cette liberté a abouti parfois à des périmètres compliqués.

Mais au-delà de la loi, l’administration a fait, comme souvent, du zèle : le but que s’assignent beaucoup de préfets est d’aboutir au nombre minimum de structures.

La même loi prévoit à l’article 8  que les communes vivant en communauté pourront  fusionner en devenant des « communes nouvelles ». Ce n’est en principe qu’une option mais, là aussi, il faut attendre du zèle administratif des pressions discrètes en faveur des  fusions.

Au terme du processus, dans un département comme le Lot,  au lieu  des 340 communes,  aujourd’hui fédérées en une vingtaine de communautés, il n’y aurait plus que 7 communes. Au niveau national, en gardant la même proportion, on passerait de 36 682 communes à environ 700.

Résultat : la haute technocratie française, qui à travers les rapports Attali, Balladur etc. donne  des idées au gouvernement et l’opinion « éclairée » dans son ensemble, celle qui  se forme autour  du bois de Boulogne,  n’auront  plus honte de vivre dans un pays à 36 000 communes, comme autrefois on avait honte,   à l’école,  de perler patois.

Ce n’est pas là une question de gauche et de droite : l’apôtre infatigable de ces regroupement est un obscur idéologue socialiste, Jean-Louis Guigou ; les lois s’enchaînent depuis 20  ans,  promues tantôt par des ministres   de gauche tantôt par  des ministres de droite (Joxe et Chevènement aussi bien que Pasqua et Marleix )  et toutes ont le même but : réaliser au fil des ans une euthanasie des petites communes au travers  de toute une série de dispositifs insidieux et  en usant d’une   rhétorique moralisante : la  nécessité de coopérer, de ne pas rester en dehors du mouvement général, de sortir de l’esprit de clocher. Faute d’oser  contraindre ouvertement les communes, on multiplie les incitations : subventions proportionnelles au degré d’intégration, multiplication de vice-présidences porteuses d’indemnités, chantage aux subventions.

Après avoir proclamé bruyamment la rupture, l’actuel président a avalisé sans le moindre recul, dans ce domaine comme dans d’autres,  les projets que lui présentait la technocratie, le même qui inspire toutes  les réformes depuis vingt ans.

Pourquoi cette obstination ? Cela est dans le sens de l’histoire, cela permettra de faire des économies, dit-on.  

Sens de l’histoire ?  Il est vrai que le manifeste du Parti communiste   de Karl Marx prévoyait dès 1848   de « supprimer progressivement l’opposition ville-campagne ».  Ceaucescu avait prévu pour ce faire de raser les villages antiques pour les remplacer par des ensembles de type HLM.  Aujourd’hui, l’administration voudrait, au travers de ces regroupements, enfermer des milliers  de villages dans des structures de type urbain.  

Mais où est aujourd’hui le sens de l’histoire ? Nos communes, héritières  du  village gaulois et de la   paroisse médiévale, sont comme des familles. Il y a en France environ 20 millions de familles : est-ce le sens de l’histoire de les regrouper pour  qu’il n’y en ait plus que   500 000 ? 

Faire des économies ?  Mais  l’expérience des trente dernières années montre  que les regroupements dans la  sphère publique, comme  souvent dans la sphère privée, aboutissent toujours à une couche bureaucratique supplémentaire et à des frais de structure plus lourds  – en même temps qu’une perte en ligne de la vie démocratique.

Malgré ces faits avérés, la haute technocratie poursuit depuis vingt ans l’objectif de regrouper les communes de France, soi disant pour les moderniser.

Cela au rebours de la vraie modernité, qui suppose, comme l’a bien montré Jean-Jacques Rosa,  la petite dimension, la  flexibilité, l’autonomie : on sait , par exemple, que les PME créent des emplois là où les grands groupes les suppriment.

C’est dire que, depuis longtemps, cette entreprise de regroupement  est à contre-sens de l’histoire.

Alors pourquoi, pourquoi cette obstination ?

C’est bien sûr une question d’idéologie : celle du déracinement selon laquelle la modernité passe par la rupture des liens  traditionnels,   celle de la concentration, de la dimension, fondée sur l’idée simpliste que l’efficacité va avec la taille. Les gens qui dirigent la France depuis vingt ans appliquent ce schéma à tous les secteurs de la vie publique,  multipliant partout les désordres et  accroissant les charges de fonctionnement.

Mais par derrière l’idéologie, il y a, comme toujours,  des intérêts. Et pour percevoir lesquels  il faut regarder les choses en finesse, plus qu’on ne le fait généralement dans les bureaux parisiens : les intérêts en cause  ne sont pas ceux  des élus locaux en général  mais seulement  de leur strate supérieure : parlementaires, conseillers généraux, exécutifs locaux, ceux que Yvan Stéfanovitch appelle  la « caste des 500 » (1).  Le développement de l’intercommunalité depuis vingt ans  ne s’est pas seulement  traduite par un accroissement des dépenses – et des impôts - , mais aussi par un contrôle  beaucoup plus étroit exercé par ces « féodaux » sur les petits élus, en premier lieu les maires de communes  petites et moyennes dépossédés de presque toutes leurs prérogatives  au bénéfice des grands élus – et aussi de la technocratie locale.

C’est pourquoi le Parlement, expression de ces grands élus, a très peu combattu le volet communal des projets du gouvernement, alors qu’il a résisté des quatre fers  à la suppression du département.

Les petits élus ont toujours traîné les pieds face aux réformes. Mais on a su chaque fois les cajoler, les  circonvenir, les intimider et ils ont fini,  à reculons, par entrer dans le corral.

L’épisode de Caillac est significatif : en dépit des apparences, ce n’est pas le préfet qui est en cause, c’est le sénateur-président du conseil général, mis en difficulté aux élections cantonales et dont un des proches a été battu par un candidat de droite parce qu’il voulait intégrer le célèbre  bourg moyenâgeux de Saint Circq-Lapopie  dans  une  communauté d’agglomération !  

Il se peut  que, cette fois, les élus de terrain  ne se laissent plus faire. Parce que s’ils ne résistent pas enfin,  c’en sera fait définitivement de la commune. Parce que l'idéologie de la décentralisation, qui n’a en fait bénéficié qu’à une minorité de grands élus, longtemps incontestée, prend l’eau. Parce que dans la confusion qui règne aujourd’hui personne ne soit plus où est le sens de l’histoire !

Il se peut que le projet d’effacer les communes comme centre de décision automne dans notre pays qui est  l’alpha et l’oméga de la pensée administrative depuis trente ans,  apparaisse avec le recul aussi fou que le projet léniniste  d’abolir  la propriété privée !

 

Roland HUREAUX

 

 

1. Yvan Stéfanovitch, La  caste des 500, Lattès, 2010

 

 

 

 

 

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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 14:54

 

La lettre de Marine le Pen aux préfets  apparaît moins choquante dans son contenu que terriblement maladroite.

Contrairement à Yannick Blanc, j’ai du mal à croire qu’elle ait été écrite par un membre du corps préfectoral, à moins que ce ne soit quelque  jeune  au fait des préoccupations de la maison intérieur mais  sans expérience.  On peut penser au contraire que si Marine le Pen avait consulté n’importe quel  préfet hors cadre ou en retraite, aucun ne lui aurait conseillé de l’écrire.

Si la présidente du FN voulait envoyer un message aux préfets, elle avait mille manières plus habiles de le faire : deux phrases lors d’un passage à la télévision, une formule bien frappée, un  article.

Les préfets auront horreur, c’est évident, qu’on ait  tenté ainsi de les compromettre, eux qui, sans cesse pris en sandwich entre les élus locaux et le gouvernement, pour ne rien dire des médias, se trouvent si  exposés au quotidien.

Ajoutons, que longtemps complexés par une propagande qui en faisait les représentants d’un Etat supposé archaïque, ils  ont  aujourd’hui  tendance à en rajouter dans le zèle en faveur de tout  ce que Marine le Pen dénonce : la décentralisation, la modernisation de l’Etat, la RGPP. Même si beaucoup n’en pensent pas moins, ils n’ont pas besoin de Marine Le Pen pour cela.

Si elle n’a trouvé aucun préfet pour la mettre en garde contre une démarche aussi évidemment  contre-productive,   c’est que sans doute elle n’en connaît pas.

Moins que son sens de l’Etat, la candidate aura ainsi révélé la principale faiblesse de son mouvement :   sa quasi-absence de l’appareil d’Etat. Et d’abord dans ses sphères les plus élevées. Tous les sondages faits au cours des dernières années chez les élèves de l’ENA montrent le niveau bas  de la représentation des extrêmes parmi eux. Il en est  à peu près  de même chez les polytechniciens et autres grands corps.

L’oligarchie française aime la modération. 15 à 20 % des intentions de vote sont sans doute pour le FN  un début de légitimité. Mais cela  ne suffit pas. Pour devenir un parti de gouvernement, il  faut aussi être pris eu sérieux par les gens sérieux, ou tenus pour tels. D’où les efforts que fait Marine le Pen pour mettre en avant ou laisser deviner la présence autour d’elle d’ experts de haut niveau. Sur le plan économique, elle a sans doute, à l’entendre,  fait quelques progrès. Sur la connaissance des subtilités de  l’appareil d’Etat, elle  a encore du chemin à faire.

Or cela compte : qu’on aime la chose ou pas, nous sommes, comme le dit Alain Cotta, au « temps des oligarchies ».

Il y a la grande oligarchie financière nationale ou internationale, le monde du CAC 40, des traders, du show business. Nicolas Sarkozy a été d’abord l’homme de ces gens là.

Mais il  y a,  par derrière, l’oligarchie moyenne, celle qui tient l’appareil d’Etat et nombre de postes importants dans le secteur privé. Elle vote   UMP ou PS, éventuellement  MODEM, guère au-delà.

Elle  est ce qu’Alain Minc appelle le « cercle de raison. »

Que ce cercle de raison soit devenu un cercle de déraison et cela sur beaucoup de sujets : la réforme de l’Etat, la réforme territoriale,  la politique économique et même la plupart des politiques publiques, c’est un fait.  Sinon les extrêmes n’existeraient pas. La dite oligarchie, qu’elle soit de droite ou de gauche -  à ce niveau là  ça n’a pas d’importance - ,   a   cautionné, et même se  trouve  à  l’origine des idées les plus folles du sarkozysme.   

Emmanuel Todd n’a pas tort de lier la montée  du Front national au maintien de l’euro. Mais au-delà de ses défauts économiques  que tous ceux qui ont une vraie culture économique - et donc très peu d’énarques - ,  connaissent,    la machine européenne semble avoir  un effet décérébrant sur notre élite,  aussi décérébrant  peut-être qu’autrefois la « diamat » sur la nomenklatura   soviétique, empêchée par l’idéologie de raisonner juste, au moins en public. 

Qu’ainsi  s’ouvre un espace pour le Front national, qui s’en étonnera ?  Il n’est pas bon que les gens raisonnables  se mettent à déraisonner, laissant ainsi, pour parler comme Michèle Tribalat, le « monopole du réel » aux extrêmes.

Mais quoi  qu’on  pense de ses errances, l’  oligarchie existe et  s’il faut espérer sur bien des sujets, à commencer sur le plan  économique et  social,  une autre politique,   elle ne viendra pas de son contournement, seulement de  sa conversion. Et cette conversion, ce sont les événements – par exemple l’ultime crise de l’euro - , qui la provoquera, non les appels  du pied de partis  qui demeurent culturellement éloignés d’elle.

 

Roland HUREAUX

 

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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 14:52

L’été n’est pas seulement le temps des vacances. Il est pour beaucoup de fonctionnaires civils ou militaires et  même de cadres de grandes entreprises, celui  des trains de mutations et parfois, sinon pour les intéressés eux-mêmes, du moins pour leurs enfants, des déchirements.

Au fil des ans, curieusement, l’Eglise catholique elle-même a pris l’habitude de gérer son personnel de semblable manière. Pour les curés de paroisses, voire pour les évêques, l’été est aussi le temps des mutations, parfois  espéré, plus généralement redouté.

Manifestement, un certain modèle administratif de la gestion du personnel a ainsi, au fil des ans, déteint sur l’institution ecclésiastique.  On peut se demander si cette imitation est bien légitime et si, au contraire, l’Eglise n’a pas,  en la matière, plutôt que de s’inspirer passivement de ce que font l’Etat ou les multinationales, à affirmer  son particularisme.

Qu’il y ait osmose entre le modèle administratif civil et le modèle ecclésiastique n’est certes pas nouveau. N’oublions pas que les diocèses étaient au départ  des circonscriptions  civiles, l’équivalent de nos départements dans l’Empire romain réorganisé par  Constantin. A partir du moment où, dans presque tous l’Occident, la désignation des évêques est passée des chapitres aux rois, au XVIe siècle, il était prévisible que ces derniers procèderaient  de manière analogue  aux nominations civiles et ecclésiastiques. A la Révolution française, les nouveaux diocèses, reconnus par le Concordat, se calquèrent presque tous sur les départements.

Il  est vrai  que le modèle administratif tel qu’il existait jusqu’à une époque récente était moins rigide que ce qu’il est devenu.  Les charges territoriales de comtes, de vicomtes ou de marquis, instituées par Charlemagne tendirent vite à devenir des charges à vie et même des fiefs héréditaires.  La monarchie moderne dut les doubler d’intendants ou  de lieutenants généraux  révocables mais qui  pouvaient, eux aussi, demeurer longtemps en place. Au XIXe siècle, un préfet de la Marne resta à son poste 38 ans.  De même certains  grands officiers civils ou militaires.

Dans la deuxième moitié du XXe siècle, la rotation s’est partout accélérée. Pour plusieurs raisons : d’abord des exigences de carrière. Pour que le maximum de sous-préfets puissent devenir préfets ou le maximum d’officiers supérieurs officiers généraux, il importe qu’un   roulement assez rapide soit assuré dans les fonctions de commandement. Comme on exclut que les fonctionnaires de rang N soient remplacés par des fonctionnaires de rang N-3 ou 4, seulement N -1,  chaque vague de départs en retraite entraîne toute la pyramide dans une cascade de promotions et donc de mutations. La règle est aujourd’hui de deux ans par poste pour le corps miliaire, y compris les chefs d’état-major.  Pour les préfets, la durée d’un poste est moins stricte mais elle a été généralement  ramenée de   trois à deux ans. De même pour les ambassadeurs. Cela au mépris de la voix  unanime des administrés qui déplorent cette brièveté et du sentiment largement partagé que ces fonctions gagneraient en prestige et en efficacité si elles étaient tenues plus longtemps par les mêmes hommes.

Les considérations de carrière ne sont pas tout. L’Etat a toujours aimé les serviteurs dévoués. Mais, aujourd’hui, s’affirme    une conception de plus en plus impersonnelle  de l’Etat  dont on considère que les grands serviteurs ne doivent pas s’attacher à telle ou telle province, et s’agissant des ambassadeurs,  à  tel ou el pays. Dès qu’ils s’incrustent, on craint qu’ils ne se lient trop aux intérêts locaux, qu’ils prennent de mauvaises habitudes, qu’ils cessent d’être les exécutants transparents et  totalement fongibles d’une  politique qui ne   décidée  au niveau central. On ne veut pas que, sous l’uniforme civil ou miliaire,  l’homme apparaisse.

A cette discipline d’Etat est venue s’ajouter  une conception apparemment  aux antipodes  mais aux effets analogues : celle de la philosophie   ultralibérale selon laquelle l’efficacité est  liée à la mobilité. Une grande mobilité, tant dans le secteur public que dans le secteur  privé, est, dans cette perspective,  un gage de faculté d’adaptation, de capacité à jeter un regard neuf sur les choses. A tous les niveaux,  une mobilité que nous n’hésiteront  pas à qualifier de vibrionnaire est aujourd’hui  encouragée. Cette mobilité va de pair avec la disponibilité mais aussi avec le détachement, la capacité à rompre.

On ne sera pas étonné de certaines affinités entre cette conception  moderne des responsabilités professionnelles et un nouveau  modèle familial où la fidélité n’est plus la valeur sacrée. On considère communément dans certains milieux que,  de même qu'une carrière accomplie passe par plusieurs changements d’entreprise, une vie accomplie passe par deux ou trois divorces.

Est-cl nécessaire de dire que la fidélité, est,  dans cette optique, la  valeur la moins prisée ? Certes, la plus stricte discipline est exigée des cadres  tant publics que privés: les bureaucraties sont de plus en plus contraignantes et des agents doivent être, peut-être davantage qu’autrefois,   des exécutants irréprochables : le service à la bonne franquette à la manière du sous-préfet d’Alphonse Daudet est mal vu au temps de la « culture de l’évaluation».  Mais si les mêmes cadres trouvent un autre poste, plus rémunérateur, dans une autre entreprise, si les hauts fonctionnaires  « pantouflent »  dans le privé, nul ne leur en fera   grief. Sur ce terrain comme sur d’autres,  l’infidélité est tenue pour un signe de dynamisme.

 

L’Eglise n‘a pas à suivre les modèles civils

 

Est-il vraiment dans la vocation de l’Eglise de s’inspirer d’un tel modèle, en mutant par exemple les curés  tous les trois ou quatre ans ? Parfois avec une froideur et une inhumanité  que les pires bureaucrates eux mêmes ne pratiquent pas.

Nous ne le pensons pas. 

Il n’y a  pas seulement  là une question d’efficacité  ou d’humanité.  Il y a d’abord  une question théologique. La théologie du sacerdoce diffère de la théorie  du fonctionnaire de bien des manières. Le prêtre n’est pas d’abord quelqu’un qui transmet des directives ou qui applique un programme. Il n’est que secondairement un « agissant » ; il est d’abord un «étant », le témoin de l’amour de Dieu pour son peuple. S’il s’inscrit dans une chaîne, le relais qu’il passe, ce ne sont pas d’abord des consignes, c’est  la charité. Pas n’importe quelle charité, celle du Père, du Père pour le Fils, du Fils pour les apôtres, des apôtres pour les disciples et les fidèles.  L’évêque de manière principale,  les curés de manière subsidiaire,  sont  successeurs des apôtres, et donc du Christ. L’ « administration »  des sacrements n’a rien à voir avec celle d’un service administratif ; le sacrement est la forme concrète de la charité de Dieu, des dons qu’il fait à son Eglise ; communion, pardon, guérison etc. Le  prêtre n’est pas seulement dans un rapport fonctionnel   à son troupeau mais aussi dans un rapport d’amour.  

Or le Christ est, par rapport à l’Eglise, dans le même rapport,  nous dit saint Paul, que l’époux à l’égard de l’épouse. « Maris,  aimez vos femmes comme le Christ a aimé l’Eglise » (Ep,  5 25). C’est ce type de rapport, véritablement nuptial qui doit  inspirer celui du pasteur à ses ouailles. La disponibilité à un lien aussi exigeant est d’ailleurs la principale  justification du célibat ecclésiastique.

L’image du mariage comme symbole de l’union de Dieu à son peuple, présente tout au long de la Bible, notamment chez le prophète Osée et dans le  Cantique des cantiques interprété par la tradition,  ainsi que dans plusieurs passages du Nouveau Testament, nous incite à penser que la fidélité constitue un caractère essentiel de cette relation.  

Certes le modèle du mariage, qui s’applique parfaitement à  l’union du Christ et de son Eglise, n’est qu’une image imparfaite du lien de l’évêque à son diocèse ou du curé et de sa paroisse. Le droit canon n’a,  pour cette raison, jamais dit qu’il était  indissoluble : seuls sont liés à vie à leur siège, et encore pas de manière absolue,  les papes et les abbés bénédictins. Mais   ce lien n’est pas pour autant passager. Il implique, sinon la fidélité absolue, du moins un minimum de stabilité.   Il n’est pas non plus impersonnel. De même que dans le mariage  l’homme n’aime pas une femme abstraite et interchangeable, le curé qui aime sa paroisse  l’aime dans sa particularité. Le sentiment  d’un curé pour sa paroisse n’a pas  à être plus impersonnel que celui d’un mari pour sa femme. L’affection du curé pour ses ouailles   n’a donc rien de blâmable comme pourrait l’être l’attachement  excessif d’un  préfet à son département ou d’un ambassadeur au pays-hôte. Qu’un curé de paroisse s’attache à elle,   qu’il y prenne d’habitudes de la même manière qu'un homme et une femme s’habituent l’un à l’autre au sein de leur ménage, ne saurait donc être  tenu pour une faiblesse, mais au contraire pour une valeur positive conforme à une donnée essentielle de la Bible et de l’ecclésiologie. Les évêques managers qui se croient obligés de briser systématiquement ces liens, comme le  ferait  un gouvernement pour ses grands commis  ou un patron de grande entreprise pour les directeurs de ses filiales feraient bien d’y réfléchir à  deux fois avant de décider leurs « trains de mutations ».

Ce caractère charnel du rapport entre le responsable et la communauté qu’il a  en charge n’est d’ailleurs pas propre à l’ordre ecclésiastique. Il se peut que, dans l’ordre civil lui-même, l’impersonnalité propre à l’Etat moderne ait le caractère  d’une regrettable dérive.

 

Une  double dérive ?

 

Même si elle n’a pas de valeur historique, la célèbre tirade  du  Soulier de satin de Claudel  dans laquelle le Roi d’Espagne fait le portrait robot du vice-roi des Indes qu’il appelle de ses vœux  mérite d’être rappelée :

« Qu’ai-je à faire  d’un homme raisonnable et juste, est-ce pour lui que j’ arracherai cette Amérique  et ces Indes prodigieuses dans le soleil couchant s’il ne les aime de cet amour injuste et jaloux,

Est-ce dans la raison et la justice qu’il épousera  cette terre sauvage et cruelle,  et qu’il la prendra toute glissante entre ses bras, pleine de refus et de poison ?

Mais celui que je veux, quand il a passé ce seuil que nul homme avant lui n’a traversé,

D’un seul éclair il a su  que c’est à lui, et cette sierra toute bleue il y a longtemps quelle se dressait à l’horizon de son âme ; il n’y a rien dans cette carte, sous ses pieds qui se déploie, qu’il ne reconnaisse et que d’avance je ne lui aie donné par écrit » [1]

 

Il se peut en définitive que le caractère charnel de la relation  du chef à son peuple ou à son territoire ait autant sa place dans l’Etat que dans l’Eglise.  La dérive dépersonnalisante que  l’on observe aujourd’hui ne tiendrait pas seulement à une contagion indue du modèle civil sur le modèle ecclésiastique  mais à une commune dérive de l’une et l’autre institution.

Saint Rémi fut évêque de Reims pendant 74 ans. Ordonné à vingt-deux ans, il mourut presque centenaire. On n’a jamais entendu dire que l’Eglise de Gaule s’en soit plus mal portée. Son disciple Clovis régna moins longtemps mais la monarchie véhiculait avec  elle  un idéal de stabilité et de fidélité. Cet idéal n’est  plus  d’actualité, dira-t-on. Voire :   l’actuelle  reine d’Angleterre règne déjà depuis 58 ans.  Mais elle ne gouverne pas, il est vrai !  Il est en revanche remarquable que l’instabilité croissante des fonctions n’affecte que celles qui procèdent de la désignation par une autorité hiérarchique. Cette instabilité va de pair avec l’alourdissement des bureaucraties de toutes sortes, qui n’est pas forcément le signe du progrès . Malgré la rhétorique réactionnaire sur le caractère volage  des peuples, on observe au contraire que, dès qu’on leur demande leur avis, ils peuvent reconduire pendant un temps très long des responsables locaux : Edouard Herriot, fut maire de Lyon 49 ans, Jacques Chaban-Delmas fut maire de Bordeaux  48 ans.  Dans bien des cas, les mutations inconsidérées sont ressenties comme une blessure par ceux que l’on mute mais aussi par le peuple chrétien.

Ce dernier ressent certaines décisions comme une absurdité. Il n’est pas exclu  qu’il en ressente aussi parfois la perversité. Jacques Lacan[2], dans un article célèbre, avait montré la secrète connivence qu’il percevait entre la froideur inhumaine de la règle kantienne – on pourrait en  dire autant de toute règle administrative – et la philosophie du marquis de Sade.  Passe encore pour l’Etat moderne, mais est-il vraiment dans la vocation de l’Eglise  de se faire « le plus froid des monstres froids » ?

Au cœur du message chrétien se trouve le primat absolu   de la relation entre des personnes,   relation singulière entre  des personnes singulières,   relation qui transcende toute considération fonctionnaliste ou  utilitariste. Cette relation, qu’elle soit celle des personnes de la Trinité, de Dieu avec son peuple, des pères (et des mères) avec leurs enfants, du mari et de la femme, des chefs avec leurs nations, des pasteurs avec leurs ouailles, n’est en aucune manière le moyen de réaliser quelque chose d’ autre que cette relation elle-même , que ce soit  une œuvre, le  développement d’une institution,  la réalisation d’un programme,   elle est une fin en soi, et à vrai dire la seule fin : tout le reste, notamment la dimension institutionnelle des choses,    les règles de droit, les instructions, et même les sacrements,  ne sont  que le moyen de cette fin . Car à la fin des fins, le ciel et la terre passeront mais la charité, autre nom de la relation, elle,  ne passera pas.

 

 Roland HUREAUX



[1] Paul Claudel, Théâtre complet, tome 2, Pléiade, p. 675.

[2] Jacques Lacan, Ecrits II, Points- Seuil,  1971, p.119.

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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 14:49

 

Article publié dans Marianne2

Cela fait tout drôle de se trouver pour une fois d’accord avec Nicolas Sarkozy, Bernard-Henri Lévy et Joschka Fischer sur le principe d’une intervention armée en Lybie,  quand on a désapprouvé celles qui ont eu lieu en Yougoslavie, en Irak et en Afghanistan !

Pour une fois, une « guerre juste »… 

Pour la première fois, en effet, en Lybie,  les conditions d’une « guerre juste » semblent réunies.  Pourquoi ?  

 D’abord parce qu’il y avait, il y a toujours, une menace immédiate sur  les habitants des villes révoltées si  le régime les reconquiert : compte tenu de l’état d’esprit du despote vieillissant, des représailles en forme de massacres de masse y sont à craindre.  

Parce que  le  régime  de Kadhafi  est  de nature véritablement totalitaire, ce qui est finalement  rare  aujourd’hui.  Seuls en Afrique, le Rwanda de Kagame et l’Erythrée  d’Afeworki  contrôlent  au même degré leurs  populations.   

Parce que depuis quarante ans qu’il existe, ce régime  n’a cessé d’étendre sa malfaisance à l’extérieur : en tentant de renverser presque tous les autres régimes arabes (qui ne s’attristent pas de ses malheurs !), en suscitant de multiples guerres en Afrique, notamment au Tchad,  en détenant illégalement les malheureuses infirmières bulgares et en soutenant des actions terroristes. Les deux plus spectaculaires furent l’attentat de Lockerbie du 21 décembre 1988 contre le Boeing 747 de la Pan Am, Londres-New York (270 victimes) et  l’attentat du Ténéré  du 19 septembre 1989 contre le DC-10 d’UTA Brazzaville-Paris (170 victimes),  mais il y en eut sûrement  d’autres.

L’esprit évangélique n’ayant pas sa place dans les relations entre Etats, il n’est pas mauvais que les trois pays visés par ces attentats : la France,  le Royaume-Uni et les Etats-Unis se  vengent, même si c’est à retardement : ils n’en seront que plus respectés. Il est seulement regrettable que leurs dirigeants, en tous les cas les Français et les Anglais aient eu, entre temps, des complaisances coupables envers le guide de la Jamahiriya libyenne :   on se souvient de la ridicule parade qu'on lui permit de faire à Paris en décembre 2007. Le souci de jauger un futur ennemi en serait la seule excuse.

En définitive, c’est au régime nazi que celui de Kadhafi s’apparente le plus. Il ne saurait donc  être mis sur le même plan que ceux de Moubarak en Egypte et de Ben Ali en Tunisie qui avaient le caractère de dictatures  classiques, mais  sans complaisance pour le terrorisme et sans agressivité extérieure. On peut, comme nous l’avons fait, recommander la plus grande réserve vis-à-vis des affaires intérieures de ces pays et, au contraire, approuver le principe d’  une intervention armée en Libye. Dernière raison  qui justifie une  intervention en Libye : bien davantage que celui l’Afghanistan, hôte très hypothétique d’Al Kaida,   le devenir de la Lybie nous importe parce qu’elle se situe, elle, à nos portes et que les agissements de  Kadhafi ont à plusieurs reprise interféré avec nos intérêts directs.

Compte tenu de ces arguments, on ne pourra que se féliciter de l’esprit d’initiative du président français,   d’autant que pour la première fois depuis  son élection, il ose prendre, nettement,  ses distances avec  l’Allemagne d’ Angela Meckel dont le comportement dans cette affaire est rien moins qu’inquiétant : quelles obscures collusions cachent donc  ces réticences à approuver l’intervention  en Lybie (réticences que ne partage pas l’ancien ministre vert,  Fischer) ? On se le demande.    Müll Pacha, le personnage emblématique de « Tintin au pays d’or noir »,  serait-il de retour ?   

…mais bien mal engagée  

Fondée dans son principe, l’intervention n’en est pas moins plombée dans sa réalisation par plusieurs difficultés.

D’abord par les termes de la résolution 1973 du Conseil de sécurité,  extrêmement restrictive,   car il a fallu, pour qu’elle soit votée, composer  avec les réticences de la Russie, de la Chine, de l’Allemagne  et d'autres. Elle ne permet d’intervenir que pour protéger les civils, imposer une zone d’exclusion aérienne ou faire respecter l’embargo sur les armes. Elle interdit  en particulier  « le déploiement d'une force d'occupation étrangère sous quelque forme que ce soit et sur n'importe quelle partie du territoire libyen ».

Or si le vrai but de guerre  est de détruire le régime de Kadhafi (que pourrait-il être d’autre ? Imagine-on un seul instant de lui demander, sans ridicule, de  le  « démocratiser » ? ),  seule une opération chirurgicale à Tripoli, avec des troupes terrestres,  le permettrait dans un délai rapide. Ce serait d’ailleurs le meilleur moyen d’éviter de couvrir le pays de bombes aux effets durables sur l’environnement. Non-ingérence, non-ingérence !   Encore une fois, il s’avère que l’enfer est pavé de bonnes intentions et qu’en l’occurrence, il risque de l’être de milliers d’obus et de missiles occidentaux. Sans compter la  possibilité  d’un enlisement qui serait déjà une victoire de Kadhafi.

Faute d’un feu vert franc de l’ONU, les « Alliés » ne peuvent compter , pour venir à bout du « Guide » que sur les insurgés : hélas, la  désorganisation politique et militaire de ceux-ci  est par trop patente.

On dira légitimement que l’on  ne s’était pas tant soucié de respecter  le droit international pour bombarder la Yougoslavie en 1999 ! Mais alors, les dirigeant  occidentaux étaient solidaires ( une explication qui n’est nullement une excuse ! ), ce qui n’est pas le cas dans l’affaire libyenne : les hésitations américaines (qui effectuent cependant la majorité des  « frappes »), le refus de l’Allemagne, les réticences de la Turquie, de l’Italie et de bien de pays arabes laissent en définitive la France et l’Angleterre seules en première ligne. Avec le risque que, si elles étaient  prématurément désavouées comme elles l’avaient été en 1956 à Suez, l’opération ne tourne court.

Car le temps joue contre nous  dans cette affaire.

Fortes de l’appui allemand, la Russie et la  Chine pourraient  hausser assez vite le ton.

Les pressions pour y impliquer  l’OTAN risquent de donner  une allure de « guerre des civilisations » à une opération qui serait sans doute  mieux passée auprès du monde arabe si elle était restée sous direction française. Que des ministres français mal inspirés parlent de « croisade » n’arrange rien.

Si les pouvoirs arabes (à l’exception de l’Algérie) n’ont aucune raison d’avoir la moindre indulgence envers Kadhafi, les foules arabes verront en lui, si le conflit se prolonge,    un héros de la lutte contre l’Occident.

Dans  cette entreprise,  Sarkozy   n’a pas droit à l’erreur. L’affaire étant engagée, il lui  faut, coûte que coûte,  la finir vite et bien.

 Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 14:46

 Intervention prononcée à l'Institut pour la démocratie et la coopération

 

La question du multiculturalisme est au cœur du débat politique en France et en Europe.  Le 17 octobre 2010,  la  chancelière allemande Angela Merkel  faisait  une déclaration très remarquée pour dire  que le multiculturalisme en Allemagne était un échec.  Thilo Sarrazin,  qui est, lui,   social-démocrate a écrit un livre-choc allant dans le même sens.  Une  série d’affaires   a défrayé la chronique: la question des minarets en Suisse, le refus d’autoriser   des mosquées en Norvège – il est intéressant de voir que ces deux pays, qui ne sont pas membres de l’Union européenne, se comportent de manière différente des pays qui en sont membres– ;  en France se pose  la question de la burqa , de la viande hallal  et il y en a beaucoup d’autres.  Tout cela semble montrer la remise en cause d’un modèle  multiculturel en vigueur depuis 20 ou 30 ans et qui est encore dominant, en particulier parce qu’il a l’appui de la pensée « politiquement correcte »  et qu’il  exerce toujours une  très forte emprise sur la classe dirigeante politique, médiatique et même économique. 

 

Ce modèle multiculturel, on peut le décrire assez rapidement. Il comporte d’abord   l’acceptation sur le territoire de l’Europe occidentale d’une immigration massive en provenance des pays du Sud  (je ne parle pas des Roms qui sont du folklore !) : on en a la preuve avec la déclaration récente de Jean-Paul Delevoye,  qui n’est pas n’importe qui puisqu’il était médiateur de la République,  et il  n’est pas de gauche -  il vient de l’UMP  : il  a déclaré il y a quelques jours qu’il fallait 4 ou 5 millions d’immigrés supplémentaires en France pour équilibrer les comptes de la Sécurité sociale.  Ce modèle comporte en même temps  l’opprobre jeté sur toute revendication d’identité  nationale ou européenne, qu’elle soit culturelle, religieuse ou  nationale.  Il est ainsi plutôt mal vu d’être en France un défenseur de la francophonie.  Sur le plan religieux nous connaissons tous les débats qui ont eu lieu sur les racines chrétiennes de l’Europe, lesquelles ne sont finalement pas  mentionnées dans le traité de Lisbonne.  On évoquera, dans la même veine, des  affaires plus récentes comme l’affaire Lautsi soumise à  la Cour européenne des droits de l’homme,  et où  l’intervention de la Fédération de Russie a sans doute été décisive pour qu’on n’interdise pas les crucifix dans les lieux publics en Italie et dans le  reste de l’Europe comme cela avait été décidé en première instance.

 

Il y a une autre affaire, plus récente,  qui est tout à fait extraordinaire qui est celle  du calendrier   que la Commission européenne a diffusé à plusieurs millions d’exemplaires dans les écoles d’Europe : un calendrier avec l’estampille de l’Europe  et où sont mentionnées toutes les fêtes religieuses de la planète ou presque, y compris les fêtes sikhs - et musulmanes bien entendu-,   à l’exception des fêtes religieuses chrétiennes !   Monsieur Barroso s’est excusé en disant que c’était  une erreur de secrétariat !   Il n’y a évidemment que les naïfs qui peuvent croire que c’était là une erreur de secrétariat :   il y a derrière  cette affaire une volonté claire de pédagogie, et qui dit pédagogie en la matière dit idéologie, de formater les esprits à l’absence totale, à l’arasement   de l’identité européenne, et,  comme on soupçonne que cette identité est tout de même un peu chrétienne, et bien ,   on fait comprendre aux gens que cette identité doit disparaître : on laisse les autres fêtes religieuses mais on enlève les fêtes chrétiennes.

Le corollaire de cet effacement de l’identité nationale et européenne est, au contraire, la tolérance, voire l’encouragement à l’affirmation des  identités issues de l’immigration. Les modalités de cette pratique multiculturelle ont varié d’un pays à l’autre.  En Allemagne pendant longtemps, l’immigration turque, tout en étant promue dans ses valeurs propres,  a été tenue à l’écart de la citoyenneté ;  ce n’est que depuis une dizaine d’années qu’elle y a un accès beaucoup plus facile.  Je suis allé à Berlin il y a pas très longtemps et j’ai pu constater que, à la différence de ce qui se passe à Paris, vous avez une espèce d’apartheid : des quartiers qui sont exclusivement allemands où il n’y a pas de Turcs et des quartiers turcs où il n’y a pas d’Allemands, ni d’autres immigrés ou de musulmans.  En France, il y a un certain mélange même s’il y a des spécificités de quartiers.  En revanche, vous avez en Angleterre une propension au communautarisme qui est sans doute beaucoup plus forte que chez nous et qui est conforme, paraît-il,  à  une certaine  tradition britannique ; ainsi  on a pu  entendre l’archevêque de Cantorbéry,  chef de l’Eglise anglicane,       prôner  la reconnaissance de la  charia par les tribunaux britanniques.   De même, dans les statistiques, la police est contrainte à veiller à ce qu’il n’y ait pas trop de personnes de couleur arrêtées ou inculpées : malgré l’affaire  Zemmour, nous n’en sommes pas encore là en France. 

 

La France a en effet une certaine spécificité.  D’abord certains auteurs, et non les moindres,   comme Emmanuel Todd, disent qu’il y a chez nous une plus grande accoutumance historique à la diversité.  C’est vrai pour les modèles de famille :    la France est le pays d’Europe qui a les modèles familiaux les plus hétérogènes alors qu’ils sont plus homogènes dans les îles britanniques, en Allemagne et en Russie (ils sont également assez hétérogènes en Italie mais c’est une autre question).  D’autre part nous avons conservé de notre ancienne puissance coloniale un certain nombre de départements et territoires d’outre-mer,  qui  relèvent du   droit français de manière presque totale  mais dont la majorité  des habitants  est composée de gens de couleur ou de métis , territoires  que l’on considère depuis plusieurs siècles comme  français à part entière,  alors que l’Angleterre, par exemple, a largué tous les territoires analogues qu’elle possédait   aux quatre  coins de la planète.  Parenthèse : ces territoires permettent  à la France d’être aujourd’hui la première puissance mondiale, à égalité avec les Etats-Unis,    en termes de surface de la  zone économique  maritime.  Nous avons envisagé d’ailleurs à un moment que l’Algérie aurait pu être, elle aussi, une espèce d’exception à la décolonisation et   on y avait créé des départements  avec des préfets et des sous-préfets et instauré un droit public entièrement  identique à celui de la métropole,   mais cela a échoué.  En tout cas,  cette prétention de la France a été une des causes de l’âpreté de la guerre d’Algérie dans sa phase ultime.

 

D’autre part, il y a une résistance au multiculturalisme qui s’est traduite par l’interdiction de la burqa qui, à ma connaissance, est une singularité française ; l’interdiction des statistiques ethniques et religieuses, qui a des avantages puisqu’ elle  interdit d’établir les quotas de manière systématique,  qui ne seraient  pas forcément favorables à ce que j’appelle les « indigènes »,  mais aussi des gros inconvénients, puisque  elle favorise  la    « politique de l’autruche ».  Nous avons une exaltation de la laïcité qui n’a pas toujours eu le même sens.  Sous la Troisième République, la laïcité était exaltée  comme une machine de guerre contre la puissance jugée excessive de l’Eglise catholique ;  aujourd’hui nous assistons à un retournement sémantique où la laïcité  est devenue une arme contre l’islam.  Il est vrai que l’étendard de la laïcité est beaucoup plus politiquement correct que ne le serait l’exaltation des racines chrétiennes ou de la tradition catholique.   Il y   a aujourd’hui, pour cette raison, en France,  des gens qui, en réalité,  défendent la tradition chrétienne  mais qui se réclament de la laïcité. Pour combien de temps ?  La laïcité   avait été  pendant longtemps un thème de gauche ;  on peut se demander si dans deux ou trois ans  elle ne sera pas devenue un thème de l’extrême droite !  On est, sur ce sujet comme sur d’autres, en train d’assister à une mutation assez étonnante des grands repères idéologiques de la société française. 

 

D’autre part, il faut le dire, nous sommes, nous les Français, mais aussi tous les Européens, sous l’influence de la politique des Etats-Unis qui vise, surtout depuis que le gouvernement américain est démocrate, à encourager systématiquement le multiculturalisme en Europe.   J’ai écrit il y a deux ou trois semaines un article dans Valeurs actuelles qui montre comment  l’ambassade des Etats Unis à Paris a tout un programme de promotion des minorités ethniques de France, fondé sur l’idée que  la France est un pays raciste et que le « grand frère » doit faire   le travail d’intégration que le « petit frère » ne fait pas ! Les Américains ont même l’intention  d’influencer  les programmes d’histoire pour s’assurer que les minorités y aient davantage de  place :     l’ambassade des Etats-Unis  à Paris a ainsi l’ambition de modifier notre mémoire nationale !  Ce n’est pas propre à la France,  car je crois que dans le cabinet de Tony Blair il y avait des gens qui travaillaient dans le même sens –   des notes rendues publiques  montraient   qu’il y avait un plan  pour encourager le maximum d’immigration en vue de mieux  détruire les traditions britanniques Tout  cela ne se sait pas encore.  Inutile de vous dire que  le jour où les Français comprendront que les Américains les poussent à combattre l’islam en Afghanistan,  tout en encourageant l’islamisme dans les banlieues françaises,  l’opinion française  réagira  très mal.  Ce n’est pas nouveau d’ailleurs : dans les affaires yougoslaves, les Américains ont systématiquement soutenu les musulmans contre les majorités chrétiennes, en particulier les chrétiens orthodoxes.  Ils ont poussé, systématiquement, la Turquie à rentrer dans l’Union européenne pour qu’il y ait une grande présence musulmane dans l’espace européen, pour que cet espace européen perde donc son identité historique.

 

Tout cela est fondé, s’agissant de la France, sur un préjugé qui règne dans les médias et dans l’opinion publique américains - du moins chez ceux qui savent où est la France, c’est–à–dire environ 20 % de la population ! - qui consiste à croire que la France est un pays particulièrement raciste,  alors que l’Amérique ne le serait pas !  C’est  ignorer des faits fondamentaux.  Il y a beaucoup plus de mariages mixtes en France, et je me réfère encore  à Emmanuel Todd, qu’ils n’y a entre blancs et noirs aux Etats-Unis ou qu’il n’y en  a entre Allemands et Turcs en Allemagne.   D’autre part nous avons un système social extrêmement généreux qui ne fait  aucune discrimination entre nationaux et étrangers sur la plupart des prestations sociales.  Comme il est beaucoup plus généreux que la plupart des autres systèmes sociaux, et donc beaucoup moins raciste, il suscite des frustrations beaucoup plus grandes  parmi les classes populaires.  Je vous dis tout cela pour vous montrer que les préjugés sur lesquels est fondée la politique américaine à l’égard de la France sont des préjugés complètement infondés et extrêmement inquiétants.  La société française reste éminemment fragile sur ces questions et donc souffler sur des braises qui peuvent s’allumer n’est pas convenable de la part d’un pays que l’on considère comme un allié. 

 

Là où les partisans du multiculturalisme ont raison,  c’est que, si on regarde l’histoire, le multiculturalisme dans les sociétés est plutôt la règle que l’exception.  Je pourrais citer beaucoup d’exemples.  L’empire romain était assurément multiculturel, l’empire arabe dans ses origines était multiculturel parce que les populations n’y ont été converties à l’islam que progressivement – l’Egypte quand elle a été conquise par les Arabes est restée à majorité chrétienne pendant deux ou trois  siècles.  Vous prenez la Turquie  en 1910 : un tiers de la population y  était encore chrétienne.  L’Espagne de la Reconquista était mélangée, la Russie a été longtemps une puissance multiculturelle. Et bien entendu l’Empire des Habsbourg.  C’est avec la construction de l’Etat moderne, à partir des XIVe et XVe  siècle, que sont venues les politiques de « purification ethnique », en tous les cas religieuses et culturelles.  Dès 1492, l’Etat espagnol, qui est en train de se constituer,  exclut les juifs et les musulmans de son territoire.  La France de 1789 affiche des principes universalistes admirables mais notre  pays,  à cette époque,  était entièrement homogène sur le plan culturel et religieux puisqu’il n’y avait  pas de musulmans, bien entendu, et que les juifs qui avaient  été chassés de France par les Valois, par Philippe le Bel et Charles V,    n’étaient  pas encore, sauf exceptions,  revenus.  La Turquie en 1916, au moment où elle accède à la modernité, détruit sa minorité chrétienne, que cela soit par l’ exode forcé    quand il s’agit  de grecs orthodoxes ou que ce soit par le massacre quand il s’agit de chrétiens  arméniens mais pas seulement arméniens – ce qu’on appelle le génocide arménien, c’est le génocide des chrétiens, à l’exception de catholiques et des protestants parce qu’ils étaient très peu nombreux et parce que   la France et l’Angleterre  n’ auraient pas laissé faire n’importe quoi !   Mais pour le reste c’est une opération extraordinaire de purification ethnique.  Il y en a d’autres.  Vous avez l’Algérie de 1962 qui chasse les chrétiens et les juifs pour assurer que le pays soit entièrement  musulman   et, bien entendu, nous avons le cas de l’Allemagne nazie qui a cherché par des moyens sinistres que vous savez d’appliquer la « solution finale »  à la seule minorité qui existait en Allemagne (et d’ailleurs pas seulement en Allemagne) qui était la minorité juive. 

 

Mais la plupart du temps,  le multiculturalisme dans l’histoire s’inscrit dans un modèle non pas national mais impérial.  L’empire romain était d’autant plus tolérant qu’il était un empire, les empire coloniaux, anglais ou français, étaient d’autant plus tolérants à la diversité qu’ils étaient des empires et qu’il y avait donc une culture dominante, hégémonique, et une culture dominée qui était la culture des colonies. La distinction entre la culture dominante (disons de référence) et les autres  n’est pas d’abord  une affaire de nombre.  Le statut de dhimmi, dans les premiers temps de la conquête  arabe,  était conféré à une population chrétienne majoritaire mais qui n’avait plus le pouvoir. En Côte d’Ivoire où  la moitié de la population   est chrétienne et l’autre moitié musulmane,  au temps  d’Houphouët-Boigny, du fait  que les chrétiens étaient beaucoup plus instruits, tout le pouvoir leur revenait.  Les musulmans étaient dans une situation de dhimmitude  de fait,   mais ils n’étaient pas minoritaires.  Vous avez aussi des  exemples  d’une très forte minorité qui impose de fait  sa culture.  Aux  Etats Unis, vous avez, depuis l’origine, de très fortes minorités, les noirs, les indiens - qui d’ailleurs étaient la majorité il y a trois siècles -, vous avez aussi les différentes vagues d’immigrés, mais vous avez un noyau dur, les WASPS (White anglo-saxon protestants)  , qui ne sont pas majoritaires mais qui ont une  culture dominante. Il y a   un lien intrinsèque entre l’ouverture de la société américaine et la suprématie incontestée de l’american way of life porté par la minorité WASP.

L’hégémonie d’une culture n’est pas une affaire de nombre ; elle n’est pas non plus une affaire de  lois. Le monde musulman (et, jusqu’à un certain point,  la chrétienté médiévale) est le seul à avoir codifié cette relation de dominance avec le concept de dhimmitude.  Mais vous avez aussi des exemples de dhimmis qui ne sont pas inscrits dans les textes, les noirs aux Etats-Unis par exemple entre la guerre de sécession et l’émancipation des années soixante  et peut-être encore aujourd’hui, malgré le phénomène Obama.   En URSS, il n’était écrit nulle part que les Russes étaient plus soviétiques que les autres, il n’en demeure pas moins qu’il y avait une hégémonie dans l’espace soviétique de la culture russe comme il y a toujours une hégémonie de la culture WASP aux Etats Unis.

 

Alors, où est le problème aujourd’hui puisque le multiculturalisme existe dans l’histoire ?  En Europe occidentale, et même en Russie, d’après ce que je viens d’entendre dans la bouche du premier intervenant, le procès qui est fait au peuple originel, ce n’est pas d’abord d’être xénophobe, c’est d’être hégémonique tout simplement.  Or,   ce que craint  une partie des populations occidentales, ce n’est pas tellement l’étranger en tant que tel ou l’immigration en tant que telle, c’est la crainte d’être réduite à une situation de dhimmitude, non pas numériquement, ni juridiquement  mais dans la conscience collective.  C’est là que réside, à mon sens,  le problème.  Mais si ce n’est ni le nombre ni la loi qui définit le rapport entre la majorité et la minorité, c’est quoi ?  Ce  qui fait la distinction, c’est un peu l’argent mais c’est surtout l’appui des médias, c’est-à-dire le nouveau pouvoir spirituel qui a remplacé le pouvoir du pape et celui des évêques, et même celui des intellectuels à l’ancienne comme il y en avait en France et en Russie au XIXe siècle.  On a vu avec l’affaire Zemmour que les minorités, même si elles ne représentent que 5 % ou 10 % de la population, dès qu’il y a une situation conflictuelle quelque part, bénéficient de  l’appui massif,  non pas de tous les médias mais de 90% d’entre eux, à droite comme à gauche.  Cela a pour effet  une profonde déstabilisation et un sentiment d’insécurité  de la partie dite indigène   de la population, car les médias, c’est la classe dominante.

Les classes dirigeantes, les « chefs du peuple » comme dit la Bible,  ont la mission historique, et même anthropologique, de protéger les droits élémentaires de ceux qu’ils dirigent. Le droit à un minimum d’identité et de fierté  en fait partie. Or, face à un mondialisme qui tend à détruire toute identité (de manière significative, l’islam est soutenu  en Europe où il est désintégrateur et combattu en Afghanistan où il est intégrateur), les gens de la  base ont l’impression que leurs dirigeants, en tous les cas, ceux qui font l’opinion dominante, prennent parti contre eux, pire,  qu’ils infligent une condamnation morale à  un  sentiment naturel.  Leur désarroi est profond. 

Vous ajoutez à cela la déchristianisation.  Il est clair que si l’Eglise catholique en France était pleine  de dynamisme,  il n’y aurait pas ce sentiment d’insécurité qui existe dans une partie de la population française.  Entre nous, un revival catholique    rassurerait aussi  un certain nombre de laïques qui sont en train de perdre le punching ball  qu’ils trouvaient dans l’Eglise catholique et qui en  cherchent  un autre dans l’islam. 

Vous avez aussi  les évolutions démographiques qui sont un peu moins dramatiques en France qu’elles ne le sont en Russie ou en Allemagne mais qui sont très défavorables à la population originaire. Vous ajoutez par-dessus cela la crise économique,  qui n’a jamais rendu les gens très heureux,  et enfin   un certain discours islamiste qui ne représente peut-être pas l’opinion majoritaire des musulmans mais qui fait beaucoup de bruit et cause beaucoup d’anxiété. Il y  en France une  minorité  chinoise,  mais il n’y a  pas de représentant de cette minorité qui dise que les Chinois vont bientôt être majoritaires en France,  alors qu’il y a des islamistes qui le disent : or,  il suffit de quelques uns  pour susciter un profond  sentiment d’insécurité et d’anxiété  dans une partie de la population.  Vous ajoutez à cela le fait que ceux qui sont angoissés sont dénoncés par les pouvoirs dominants comme racistes, comme xénophobes ou comme populistes et vous avez un cercle vicieux, c’est-à-dire que cette dénonciation les renforce dans leur angoisse et dans leur sentiment de marginalité.  J’oserais dire que la principale source de la xénophobie en France aujourd’hui, ce ne sont pas les immigrés, ce sont les lobbies prétendus antiracistes mais qui ne sont pas seulement des lobbies nationaux -  j’ai évoqué tout  l’heure la dimension internationale.  Il est d’ailleurs  assez logique qu’il y ait  un lien entre la haine de soi – la haine de son patrimoine et de sa mémoire – qui existe dans  une partie de la classe dirigeante et la haine des autres qui  peut s’exprimer   dans une partie des classes populaires – mais aussi dans la classe dirigeante. La   haine est une et elle ne se divise pas.  On n’a jamais vu un peuple qui ne s’aimait pas lui-même être capable d’aimer les autres.  L’Evangile dit « Aimez votre prochain comme vous vous aimez vous même »,  mais si vous vous détestez vous–même, comme l’opinion dominante vous y incite,  vous êtes totalement impuissant à aimer les autres. 

 

En conclusion, l’Europe multiculturelle me paraît inévitable de quelque manière qu’on s’y prenne.  Le problème ne me paraît pas tellement résider entre la majorité et les minorités, il me paraît interne à la majorité, interne plus particulièrement à la classe dirigeante. Je parle de classe dirigeante au sens large : pas tant  une classe politique largement discréditée que les hommes de média, les artistes, les people, qui se tiennent sur le devant de la scène  et les grands intérêts dont ils sont le plus souvent les interprètes.  Quand les classes populaires européennes auront le sentiment d’être appuyées par leur classe dirigeante, comme cela se passe en Russie, ou la majorité de la classe dirigeante ne semble pas douter des racines  slaves et orthodoxes de la Russie -  alors que si vous dites que la France a des racines gallo-romaines  et chrétiennes,  vous êtes tout de suite voué à l’anathème  - , je pense que, ce jour là, le peuple français acceptera beaucoup plus facilement les minorités et le multiculturalisme.  La question du multiculturalisme, ce n’est pas d’abord  le problème des minorités, c’est celui de   nos élites.    

 

Roland HUREAUX

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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 14:43

 Article publié dans Marianne2

 

S’il fallait une confirmation de la grave incompétence des dirigeants de la majorité actuelle, la cacophonie qui a régné autour des résultats du Front national au premier tour des cantonales  en est  une  irrécusable.

D’abord parce que la montée du Front national  ne sanctionne pas seulement, comme on le dit trop, l’impuissance du gouvernement en matière d’immigration ou de sécurité, il sanctionne  un maque de crédibilité plus général  et qui touche notamment les questions économiques et sociales : combien de petits salariés, y compris immigrés, votent pour le Front national par colère de voir qu’un  système d’assistance, qu’ils jugent trop généreux, permet à ceux qui en exploitent toutes les ficelles de gagner autant  qu’eux ? Combien  de    retraités   expriment leur   rage  d’avoir à vivre avec  475 € par mois alors que le coût de la vie augmente ?  Il n’est pas nécessaire qu’on leur explique  que les demandeurs d’asile reçoivent plus pour qu’ils   se portent  aux extrêmes. L’extrême droite n’existe pratiquement pas au Royaume-Uni et en Allemagne,  parce que la classe politique y est plus crédible. Si la démocratie française marchait normalement, ces gens en colère se reporteraient sur l’opposition. Mais le   parti socialiste  n’étant guère plus crédible, il ne parvient à  canaliser qu’une petite partie de l’immense frustration que suscite légitimement la majorité actuelle. Ce manque de crédibilité s’exprime aussi dans la montée conjointe du Front de gauche et des Verts qui  totalisent ensemble 17 % des voix, presque autant que l’extrême droite. Ils ne sont pas loin, ensemble , des 20 % du PC en 1981.

Plus techniquement, la question du Front national est un retour de bâton mérité pour l’UMP  qui a cru malin de réformer le scrutin cantonal en plaçant très haut (12, 5 % des inscrits, soit quand les abstentions sont nombreuses, entre 25 et 30 % des suffrages exprimés) la barre à franchir pour pouvoir se présenter au second tour. Manœuvre particulièrement foireuse puisque elle avait pour but d’empêcher les candidats du Front national de se maintenir, et qu’elle a eu l’effet inverse : elle permet en bien des cas à ce dernier de rester au second tour,  alors que les candidats de l’UMP s’en trouvent empêchés. Nouvel exemple de l’effet boomerang bien connu des reformes électorales destinées à favoriser son camp.

Compte tenu des sondages, la situation actuelle était largement prévisible. C’est dire que l’UMP avait des semaines pour peaufiner une position en vue de ce second tour, en instruire les ministres et les députés et leur demander de faire front commun autour de cette position. Mais  rien n’ayant été préparé, on a assisté à l’incroyable cacophonie que l’on sait.

Quelle position fallait-il prendre donc ? A la décharge de l’UMP, il faut dire que la réponse n’est pas si facile.  Les tenants de la vertu républicaine pure et dure préconiseront avec Fillon le Front républicain  en toutes circonstances. Au risque que cette pause vertueuse  suscite l’ironie, come le ferait une veille catin jouant les vierges effarouchées.  Surtout,  cette vertu a aussi ses risques : celui d’alimenter la propagande du Front national contre une classe politique discréditée et qui apparaît alors  solidaire dans ses turpitudes. Le théâtre démocratique, dans sa version bipartisane,  a pour vocation d’exprimer les passions internes à la cité. Le plus déterminé adversaire de la majorité, ce doit être l’opposition et personne d’autre. Avec la  stratégie du  « Front républicain »  la césure principale ne sépare plus la droite et la gauche, mais le Front et les autres. Le FN  accède ainsi à la dignité de  seule véritable opposition.  Et toute opposition n’a-t-elle pas vocation à devenir majoritaire un jour ?

Alors que faire ?  Sachant que le destin du pays n’est pas en cause, non seulement parce qu’il ne s’agit que de cantonales mais aussi parce que les cas embarrassants sont en tout état de cause limités, la moindre des choses eut été de  prendre de la hauteur, de laisser par exemple  les fédérations locales décider au cas par cas mais  en  fonction de règles générales.

De toutes les façons, les électeurs, surtout ceux de droite se fichent   comme d’une guigne des consignes de vote.

L’accumulation d’incompétence du côté de l’UMP – et jusqu’à un certain point du parti socialiste - , aura eu cet effet  paradoxal qu’on n’aura parlé cette semaine d’entre deux tours que du Front national. Quel plus beau cadeau pouvait-on lui faire ?

 

Roland HUREAUX

 

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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 14:39

           LES AVATARS DE LA CULTURE CHRETIENNE DANS L’ENSEIGNEMENT DE L’HISTOIRE AU LYCEE

 

             Article paru dans Liberté politique

 Jusqu’en 1992, les lycéens commençaient  en seconde un cycle approfondi d’histoire contemporaine, débutant  avec la Révolution  de 1789 et rattrapant l’actualité  en terminale.

Le programme de 1992   introduisit en seconde  une rétrospective utile  de l’Ancien régime.

Mais c’est en 1995 que fut réalisée  une réforme fondamentale consacrant l’année de seconde, au prix d’un survol plus sommaire  du XIXe siècle,  à une récapitulation  de l’histoire occidentale  à partir de thèmes : le premier était « Le citoyen et la Cité à Athènes au Ve siècle avant JC et la citoyenneté dans l’Empire romain au IIe siècle ».

Le second : « Naissance et diffusion du christianisme » est ainsi précisé dans la circulaire du 29 juin 1995 : « On prendra pour point de départ une présentation de la Bible, ce qui permettra à la fois d’évoquer le contexte religieux et historique de la naissance du christianisme et de caractériser son message. Une carte de l’Empire romain accompagnera l’étude de l’organisation de l’Eglise des premiers siècles et de la diffusion du christianisme, de l’époque de persécutions à celle du statut de religion officielle. On conduira l’étude jusqu’à la fin du IVe siècle (4 à 5 heures au total) ».

Cette introduction d’un enseignement sur les origines du  christianisme au lycée  était apparu d’autant plus nécessaire qu’à la même époque, un certain nombre de personnalités s’étaient alarmées  de la  montée de l’inculture religieuse chez les jeunes et de l’incapacité qui en résultait de comprendre à peu près tout  l’art occidental, à commencer par la peinture.  On demanda à Régis Debray un rapport  à ce sujet qui proposa d’incorporer  un enseignement sur les religions au programme d’histoire.  

Même si certains professeurs que le fait religieux rebutait firent l’impasse sur cette partie du programme, il y avait là la base d’une approche scientifique du christianisme comme fait de civilisation essentiel.

Tout cela a été remis en cause en 2010. Dans le nouveau programme d’histoire de seconde, les origines du christianisme ( et donc la Bible) passent à la  trappe. Le christianisme ne disparait pas entièrement,  mais il est intégré à une étude de  la chrétienté médiévale,  et cela dans une formulation ambigüe : « La question traite de la place fondamentale de la chrétienté dans l’Europe médiévale en prenant appui sur deux études :

- un élément de patrimoine religieux au choix (église, cathédrale, abbaye, œuvre d’art…), replacé dans son contexte historique;

- un exemple au choix pour éclairer les dimensions de la christianisation en Europe (évangélisation, intégration, exclusion, répression…). »

On notera que, dans l’énoncé même du programme, des quatre termes qui caractérisent la christianisation, deux sont négatifs : « exclusion, répression ». Le nouveau programme, non seulement fait l’impasse sur les origines bibliques du christianisme,  mais ouvre la porte à une lecture largement critique de son influence sur la civilisation. Connaissant les préjugés qui règnent à ce sujet dans une  partie du monde enseignant – comme dans  l’opinion -, on peut craindre le pire : le libellé du programme ouvre la porte à une réduction du fait chrétien à l’inquisition…  

On notera aussi que ce n’est pas le manque de temps qui a contraint de  réduire la place du christianisme dans le programme puisque la question de la citoyenneté se trouve  désormais dédoublée en deux : une pour la Grèce, une pour Rome ;  était-ce bien nécessaire ?

Ce changement est passé complètement inaperçu.

Est-il nécessaire de dire qu’il n’a rien à voir avec un quelconque  retour du « laïcisme à la française ». Il suffit de considérer les vieux manuels d’histoire d’Ernest Lavisse,  emblématiques de l’école de Jules Ferry, pour y  voir que, même si  la Révolution française  et la IIIe République y était présentées de manière très positives, l’histoire chrétienne de  la France, de sainte Blandine à saint Vincent de Paul en passant par le baptême de Clovis, saint Louis, Jeanne d’Arc  avait tout autant  la part belle.

Il se peut que, par rapport au sujet dont nous traitons,  le fait important de la rentrée 2010  n’ait pas été le pèlerinage du chef de l’Etat à l’autel de sainte Pétronille à la basilique saint Pierre de Rome,  mais l’escamotage du christianisme comme question autonome dans l’enseignement du second cycle, pour le plus grand dommage de la mémoire de   notre pays. 

 

Roland HUREAUX

 

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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 14:37

 Les bonnes âmes qui, avec une incommensurable naïveté,  ont toujours pensé que le projet européen, enfant du vénéré (sinon encore vénérable) Robert Schuman et auréolé de la couronne d’étoiles de la Femme de l’Apocalypse est un projet « au fond » chrétien,  ont dû  être   bien gênés par l’invraisemblable publication, sous les auspices de la Commission européenne, d’un calendrier à l‘usage des écoles, produit à plusieurs millions d’exemplaires et mentionnant les fêtes religieuses juives, musulmanes, sikh, hindoues, mais pas les fêtes chrétiennes !

Ces bonnes âmes se sont vite consolées quand on leur a dit qu’il s’agissait d’une erreur et que le Commission avait  retiré le calendrier avec des excuses.

On peut certes admettre  que Barroso  n’était pas au courant (mais quel piètre patron fait-il alors !), encore moins van Rompuy, qui est un authentique homme de foi. Mais quelle naïveté d’imaginer que le service de communication qui a produit ce calendrier a tout simplement « oublié » les fêtes chrétiennes, comme cela, par erreur , par l’étourderie d’une secrétaire !

On ne saurait mettre cet oubli sur le compte du simple laïcisme, notre bon laïcisme à la française qui aurait fait des émules à Bruxelles.   Si tel était le cas, le calendrier n’aurait mentionné aucune fête religieuse[1]. Non, regardons les choses en face : il exprime un  antichristianisme radical.

Il ne nous revient pas de faire une enquête approfondie sur les processus décisionnels qui ont abouti à une telle production. Il est étonnant d’ailleurs que la presse, d’ordinaire si curieuse, ne nous ait guère  renseignés sur ce sujet.

Il nous est permis en revanche de tenter de comprendre le mécanisme idéologique qui a abouti à cette occultation. Nous comprendrons par là même que l‘attitude antichrétienne qui est exprimée par ce calendrier est, n’en déplaise aux bonnes âmes que nous évoquions, intrinsèque au processus européen.

 

Le caractère idéologique de la construction européenne

 

Notre hypothèse est que la construction européenne, conçue non point comme un simple renforcement de la coopération entre les nations d’Europe,  mais comme un projet de les fusionner à terme en une seule entité étatique, fédérale ou pas, est un projet idéologique.

Les penseurs libéraux qui ont analysé le communisme et le nazisme : Souvarine, Orwell, Arendt,  Aron, Papaioannou, Besançon, Baechler,  Popper, Hayek etc., nous ont  instruits sur ce qu’avait de spécifique le phénomène idéologique, dans sa version totalitaire, à  l’origine des tyrannies et des crimes  que nous savons.

Retenons en deux définitions : « l’utopie (notion proche de l’idéologie) se caractérise par la volonté d’organiser les  activités sociales jusque dans leur détail   à partir d’un principe unique « (Jean Baechler) ; « les idéologies sont des ismes qui peuvent tout expliquer en le déduisant d’une seule prémisse » (Hannah Arendt). Ces prémisses, ce sont par exemple  l’université de la lutte des classes, la suppression de la propriété privée et de la religion, le primat de la race etc. Hannah Arendt  dit aussi que l’idéologie est la « logique d’une idée », le fait de partir d’une idée et d’en tirer toutes les conséquences, sans plus se préoccuper de la réalité.

Cette idée simple qui inspire la politique idéologique  est généralement la négation d’une constante anthropologique  forte, comme la propriété ou la religion. L’échec lamentable du communisme a confirmé, s’il en était besoin, que l’entreprise était  contre nature.

Même si elle ne comporte ni goulag, ni terreur de masse, la construction européenne est fondée sur une  négation : celle  du fait national, à tout le moins de l’idée d’Etat-nation telle qu’elle prévaut en Europe depuis le Moyen Age.

 Et cette négation,   idée simple elle aussi,  inspire la plupart des politiques menées depuis cinquante ans au nom de l’Europe : marché unique, uniformisation des normes de toutes sortes, libre circulation des hommes, centralisation de plus en plus grande des pouvoirs à Bruxelles et bien entendu monnaie unique.

Elle est fondée sur une analyse  également simplifiée de l’histoire européenne récente.  L’expérience de la Seconde guerre mondiale a laissé croire à une partie des élites européennes, persuadée à juste titre que la cause de la guerre était l’idéologie nazie, que le nazisme n’était qu’une forme exacerbée du fascisme, ce qui était déjà en partie faux, que le fascisme était une forme exagérée du nationalisme, le nationalisme, une hypertrophie de l’esprit national et donc du patriotisme.  Un raisonnement dont le pape Jean Paul II a pris l’exact contrepied en disant  en 1995 : « Cinquante ans après la fin de la seconde guerre mondiale, il importait de rappeler  que ce conflit a eu lieu à cause de la violation du droit des nations ». Charles de Gaulle ne dit pas autre chose : «La nation n’est pas source de conflits.  En revanche, la négation de la nation est à l’origine de toutes les guerres ».

C’est pourtant  sur la base de ce raisonnement, dont à peu près tous les maillons sont contestables, qu’a été   entreprise la construction européenne.

L’idéologie ne fausse pas seulement le  rapport au réel, elle fausse aussi le  rapport au temps. Cette idée simple que personne n’avait eu jusque là, abolir la propriété hier, abolir les nations aujourd’hui,   est si neuve qu’elle semble révolutionnaire. L’histoire se divise désormais entre   l’avant – où l’Europe n’avait pas encore saisi l’idée géniale  et simplificatrice qui doit faire son bonheur -,  et l’après  qui s’organisera  sur la  base de cette idée. Karl Marx  disait qu’avec le socialisme, l’humanité sortirait de  la préhistoire pour entrer dans  la véritable histoire. Un rapport au temps que Rémi Brague[2] assimile à la gnose de Marcion pour qui le Nouveau Testament abolissait entièrement l’Ancien.

Ce n’est pas seulement tel ou tel trait du passé qui, dans le mode de pensée idéologique, se trouve  disqualifié, c’est  le passé en général. A partir du moment où elle prétend organiser l’Europe en gommant le fait national, la démarche européenne tend à considérer les siècles où les nations existaient comme des siècles barbares, où   presque tout était mauvais : des siècles  de guerre, d’obscurantisme, de haine, marqués par la traite des nègres, le racisme, mais aussi l’intolérance religieuse.  C’est pourquoi la mémoire ou les racines – en particulier les racines chrétiennes – sont, du point de vue de l’idéologie,   disqualifiées puisque elles renvoient à un âge de fer que l’on pense avoir dépassé.

Pour les porteurs de l’idéologie européiste - ou du mondialisme qui en est difficilement séparable - ,  aimer sa patrie, un sentiment qui, dans toutes les civilisations est, ainsi que le rappelle Léo Strauss, le plus naturel qui soit, c’est être nationaliste, donc fasciste, donc nazi, donc, en puissance,  kapo dans un camp de concentration. A fortiori si on souhaite que son pays demeure indépendant, ce qui est pourtant bien normal. D’où la haine qui anime ces gens là   vis-à-vis de toute affirmation identitaire, pour timide quelle soit.

Cette affirmation identitaire vouée aux gémonies, ce n’est pas seulement celle des différentes composantes nationales de l’Europe, c’est aussi celle de l’Europe elle-même et en particulier celle de  son identité chrétienne dont les idéologues redoutent toujours qu’elle porte en germe le racisme ou la xénophobie, sentiments aussi condamnables entre Européens  qu’à l’égard des non européens. D’une certaine manière, ce ne son pas les seules  racines chrétiennes qui se trouvent récusées, c’est toutes les  formes de racines.

Et comme ces forces que l’on veut combattre, hier la propriété privée ou la religion, aujourd’hui le sentiment national et celui  d’une identité européenne, quelque part  résistent ;  puisque elles sont dans l’ordre de la nature,  les idéologues se sentent investis d’une mission d’éducation pour les éradiquer, en venir  à bout. Mission d’éducation et même de rééducation avec tout ce que ce mot  implique d’inquiétant.

Ne doutons pas que les communicants qui ont fait le calendrier de la commission ne se soient sentis investis d’une telle  mission. Tout sentiment identitaire doit être banni en Europe et donc en premier lieu celui d’une identité chrétienne puisque il est porteur de racisme, de xénophobie et pourquoi pas ? du retour des nationalismes. Diffusons un calendrier dont toute fête chrétienne sera exclue pour que les enfants des écoles comprennent bien  ce qu'ont de relatifs les repères identitaires chrétiens sur lesquels ils se fondaient jusque là. Inculquons-leur l’idée de la relativité de leur culture vis-à-vis des autres cultures du monde.

Cette démarche nous instruit d’une autre dimension de l’idéologie : son universalisme. Puisque elle se veut une rupture radicale avec la passé, fondée sur des concepts nouveaux, il n’y a aucune raison que ses recettes ne soient valables que pour un pays ou un groupe de pays. Elles sont valables pour le monde entier. « La Communauté (européenne) n’est qu’une étape vers les formes d’organisation du monde de demain » (Jean Monnet). Cette propension à l’universalité mine la construction européenne depuis son commencement. L’union douanière s’est fondue dans l’espace de libre-échange mondial voulu par l’OMC, la préférence communautaire, fondement de la Politique agricole commune est, elle aussi, en voie de dilution, le programme Erasmus, excellente chose au départ, a été élargi  à l’Asie, les valeurs qui définissent l’Europe, dit-on, si on exclut l’héritage judéo-chrétien ou gréco-latin, ce sont  la démocratie, la bonne gouvernance, l’antiracisme, toutes choses dont on ne voit pas ce qu’elles ont aujourd’hui, de spécifiquement européen.

Armé de ces « valeurs », la diplomatie européenne ne sait   plus que donner des   leçons au monde entier, comme elle le fait à ses propres peuples. Et comment ferait-elle autrement puisque, faute de s’aimer elle-même, elle n’a plus d’intérêts propres à défendre ?  

On n’aurait en effet pas fait le tour des effets de l’idéologie si   on ne faisait sa part à la haine de soi.  Celui qui s’accommode du monde tel qu’il est et qu’  à bien des égards il a toujours été, n’éprouve nullement  le besoin de trouver une clef qui en permettra la transformation radicale. Cette philosophie simpliste qui doit permettre de transformer le monde existant en un monde meilleur  implique au contraire  un regard largement négatif sur le monde tel qu’il est et, dans le cas d’espèce sur  l’Europe  telle qu’elle est. 

C’est pourquoi l’Europe, dans la seule guerre qu’elle ait entreprise, a fait le choix des Kosovars musulmans contre les Serbes chrétiens, qu’elle préfère à l’évidence  la Turquie, longtemps choyée par Bruxelles, à la Grèce très mal considérée (l’héritage grec est aussi peu considéré  que l’héritage chrétien) . Les attitudes qui tendent à donner, d’un bout à l’autre de l’Europe, au motif de protéger les minorités, un privilège culturel à l’islam ou à d’autres confessions étrangères à l’héritage européen  sont ouvertement encouragées par l’Union européenne. C’est ainsi qu’une conception dévoyée du dépassement des nations conduit à la « préférence pour l’autre » systématique. Les  transgressions de l’héritage moral judéo-chrétien, telles l’avortement plus facile  ou la promotion de l’homosexualité, ouvertement encouragées par Bruxelles, vont dans le même sens.

 

Toutes les idéologies sont antichrétiennes

 

Enfin, pour qui douterait encore du caractère idéologique de la construction européenne, l’antichristianisme qui l’anime devrait en être un symptôme décisif. Toutes les idéologies sont antichrétiennes. La haine du marxisme-léninisme à l’égard de toutes les religions mais particulièrement du christianisme, pourchassé pendant 70 ans, n’est que trop connue. La haine du nazisme pour les juifs a fait passer au second plan sa haine tout aussi profonde, selon les confidences d’Hitler lui-même[3], des chrétiens, haine mise cependant en veilleuse par l’exigence tactique de ménager en temps de guerre la  religion de la plupart  des Allemands.

Ce n’est pas seulement en tant qu'héritage de l’histoire que les idéologues détestent les religions. C’est aussi parce que les religions, spécialement le   christianisme, portent en elles de dangereux ferments de liberté.  Pour ceux qui veulent refaire le monde  à partir de concepts abstraits, nécessairement globalisants, voire totalisants pour ne pas dire totalitaires, l’existence d’individus ou de peuples se référant directement à  une loi transcendante constitue  un danger potentiel. Que les pays les plus rétifs à la construction européenne au cours des dernières années aient été la Pologne et l’Irlande, vieilles nations catholiques,  est d’ailleurs significatif.  

La dérive idéologique nous paraît un facteur bien plus décisif de l’évolution antireligieuse de la construction européenne que le basculement du centre de gravité de l’Europe vers le Nord, et donc vers   le protestantisme,  auquel  on l’impute souvent  - même si un certain protestantisme  sécularisé constitue un terrain de prédilection pour les idéologies de tout acabit. 

L’épisode du calendrier européen devrait enfin ouvrir les yeux de tous les bien-pensants  qui croyaient que l’entreprise européenne avait « malgré tout » un caractère chrétien ou encore de ceux qui, en France, ont envisagé naïvement de  s’appuyer sur le levier européen pour contourner une laïcité à la française, somme toute  moins dangereuse que la logique idéologique  qui anime  la  sphère bruxelloises. Le rejet violent de la candidature de Rocco Buttiglione, catholique poche du pape,  en 2004,  à un poste de commissaire européen aurait déjà du ouvrir les yeux de ces  bien-pensants, la condamnation des crucifix dans les écoles italiennes par la Cour de justice de Strasbourg (autre démarche institutionnelle mais même universalisme idéologique) aussi , mais il n’y  a pire sourd que ceux qui ne veulent  pas entendre. Il est temps que ce qui reste de  chrétiens en Europe comprenne que la construction européenne telle qu’elle se déroule sous nos yeux depuis plusieurs décennies,   à l’instar de la tour de Babel, symbole de toutes les entreprises  prométhéennes, a cessé depuis belle lurette, si elle le fut jamais, d’être l’œuvre des enfants du Bon Dieu.  

 

Roland HUREAUX

 

 



[1] C’est d’ailleurs à cette solution que la commission s’est finalement résolue

[2] Rémi Brague, Europe, la voie romaine, Folio

[3] Hermann Rauscning, Hitler m’a dit, Pluriel , 1975

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