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Roland HUREAUX

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22 septembre 2012 6 22 /09 /septembre /2012 17:35

 Publié par Liberté politique 


Mariano Rajoy, président du gouvernement espagnol depuis novembre 2011 est un homme sérieux, trop sérieux.

Après une victoire très large de la droite lassée d’un gouvernement  socialiste touché par la crise et qui avait totalement renié sa vocation sociale  pour appliquer les directives européennes, Rajoy avait annoncé qu’il concentrerait son action sur la gestion économique : rééquilibrer les comptes publics pour maintenir l’Espagne dans l’euro, sauver le système bancaire et si possible relancer la machine économique.

Comme si le gouvernement conservateur pouvait mieux faire sur ce sujet que le gouvernement socialiste, comme si les grands débats qui  divisaient la gauche et la droite au cours des années précédentes n’avaient pas été plutôt le mariage homosexuel, l’avortement, la mémoire de la guerre civile, tous sujets sur lesquels le socialiste Zapatero avait pris le risque de diviser gravement le pays.

Le choix de Mariano Rajoy : l’économie, rien que l’économie,  était d’autant plus audacieux, en un sens,  qu’il n’avait aucune chance de réussir sur ce terrain !  

Il ne faut pas être un grand expert  pour voir que si, à la rigueur,  la France pourrait encore survivre quelques temps dans l’euro, l’Espagne subit aujourd’hui un préjudice tellement lourd que, plus le temps  passe, plus ses chances de redressement se trouvent obérées.

Certes les taux auxquels elle  emprunte sont repassés au-dessous de la barre des 6 % , mais son endettement public, au départ  moindre que celui d’autres pays européens, y compris l’Allemagne, s’envole. La   situation des banques privées est très dégradée et la hausse des prix de revient au cours des dernières années a enlevé toute compétitivité aux produits espagnols.

Ne pouvant plus guère vendre, le pays est conduit à un taux de chômage record qui avoisine les 25 % de la population active,  50% des plus jeunes !

 

Une équation impossible

 

Toujours bon élève, Marian Rajoy a choisi de rester dans l’euro. Régler les problèmes économiques de l’Espagne et rester dans l’euro, c’est ce que les mathématiciens appellent une équation impossible.

La récession, réduisant les recettes,  empêche de rééquilibrer les comptes publics ; si les dépenses publiques sont réduites, ce que préconisent d’une seule voix Berlin, Bruxelles et Francfort, la récession s’aggravera, aggravant le chômage et réduisant encore les rentrées fiscales et, du coup, le déficit s’aggravera. L’Espagne est déjà entrée dans cette spirale récessive.

Seule une sortie de l’euro, assortie d’une dévaluation de 40  ou 50 % permettrait une issue à la crise. Dans un tel scénario,  l’effort immédiat serait certes encore plus dur : les prix importés augmenteraient et les prix intérieurs aussi,  le pouvoir d’achat des Espagnols voyageant à l’étranger se trouverait  amoindri. Mais très vite, comme il advient toujours en cas de dévaluation, l’économie repartirait, alors que dans la situation actuelle, ce redémarrage n’a aucune chance de se produire.

Ajoutons que, rétablissant  sa souveraineté sur la banque d’Espagne, le gouvernement espagnol réglerait  plus facilement le problème de ses banques commerciales  et celui de sa dette propre.

Si l’Espagne s’acharne encore  à rester dans l’euro, nul doute que toutes ses difficultés présentes s’aggraveront.

Encore quelques années de ce régime et l’Espagne perdra le bénéfice de 50 ans de croissance économique : elle se retrouvera au niveau préindustriel du début  du franquisme.

Pour une Espagne récemment industrialisée, l’Europe et l’euro ont représenté une sorte de promotion sociale. Il est donc peu probable que ce pays prenne de lui-même l’initiative d’en sortir,  alors même que c’est son intérêt le plus évident.

Néanmoins, en bon espagnol, Rajoy reste fier. Il répugne à accepter l’aide que lui proposent ses partenaires européens sachant que cela signifierait une mise en tutelle de l‘Espagne. Il a raison. Mais quel autre choix, dans la logique qui est la sienne ?

Les seuls qui trouvent leur compte à cette politique suicidaire sont les Indignés. Ce mouvement de protestation contre l’austérité imposée par les institutions européennes était parti d’Espagne. Mais il était, à ses débuts, gêné aux entournures  de trouver  en face de lui un  gouvernement de gauche, celui de Zapatero. Maintenant que la même politique impopulaire est menée par la droite, dans ce mouvement où la sensibilité progressiste  domine, les choses se remettent en ordre. Avec un gouvernement de droite, chacun est à sa place : ceux qui imposent la rigueur et ceux qui protestent !

En se concentrant sur l’économie, Rajoy avait voulu éviter de s’engager sur le terrain politiquement incorrect des questions de société ou de mémoire. Il a probablement pensé que le vent de l’histoire étant ce qu’il est, les réformes hasardeuses menées par les socialistes, comme le mariage homosexuel, ne sauraient être remises en cause, malgré les millions de personnes qui avaient manifesté contre et qui l’avaient porté au pouvoir.

Il n’est pour le moment pas question de revenir sur  le mariage homosexuel, malgré le peu de succès qu’il rencontre. Cependant un projet de loi récent tend à restreindre le droit à l’avortement (dans des proportions au demeurant très raisonnables) : l’Espagne était devenue le pays où il était le plus facile en Europe.  Peut-être  le sage Rajoy a-t-il  compris que, contrairement aux apparences, il avait plus de chances de l’emporter sur ce terrain apparemment miné que sur celui de l’économie. Et que peut-être il touchait  là, en termes de civilisation,  un enjeu plus important que le sauvetage de l’euro, entreprise aujourd’hui sans espoir.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

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22 septembre 2012 6 22 /09 /septembre /2012 17:33

 

L’attentant de Benghazi qui a coûté la vie à l’ambassadeur des Etats-Unis en Libye   est une tragédie pour lui et pour sa famille que l’on ne saurait condamner avec assez de force.

Très inquiétante est en outre la vague antiaméricaine, antioccidentale et antichrétienne qui balaye le monde musulman à la suite de  la diffusion sur la toile d’un film insignifiant mais jugé blasphématoire pour l’islam.

Sans nullement se réjouir de leur malheur , on peut cependant imaginer que ces  événements amèneront les Etats-Unis  à réviser la politique qu’ils mènent depuis des années à l’égard du monde musulman et que  l’on ne simplifie guère en disant qu’elle consiste à en soutenir de manière presque systématique les tendances les plus radicales  (quelque forme qu’elles prennent  : wahabisme, salafisme, frères musulmans)  –, au détriment de l’islam modéré, souvent laïque, et au risque de mettre en danger les minorités, notamment chrétiennes.

Cette orientation  n’est pas récente : dès 1945, le roi d’Arabie Ibn Séoud, wahabite, avait conclu un pacte, toujours en vigueur,  avec les Etats-Unis d‘Amérique, sur fond de pétrole, bien sûr, mais aussi de méfiance à l’égard des puissances européennes, Royaume-Uni et France,  encore influentes  au Proche-Orient. On peut ensuite égrener les nombreux cas où cette alliance s’est exprimée : soutien au FLN contre la France puis, plus discret, aux islamistes algériens, soutien aux Frères musulmans en Egypte, au gouvernement soudanais  en guerre contre les chrétiens avant 1990,  Afghanistan (où la création du  mouvement taliban par le Pakistan fut encouragée par les Etats-Unis en 1993) , Bosnie et Kosovo, soutien au régime turc actuel (dont les arrière-pensées islamistes sont de plus en plus transparentes), Pakistan, Indonésie, Libye. Les rebelles tchétchènes bénéficièrent de la  sympathie  constante de l’opinion  occidentale. Le drame du 11 septembre 2001 a à peine mis un bémol temporaire à cette politique.

Aujourd’hui ce soutien se manifeste  à l’égard de l’opposition syrienne, dominée comme on sait par les islamistes et dont la victoire se traduirait sans doute  par les pires représailles contre  les minorités alaouite ou chrétienne. Les régimes laïcs, Nasser hier, Saddam Hussein, Assad, furent au contraire toujours tenus en suspicion par Washington.

Ce n’est que quand ils se trouvent dans la périphérie trop proche d’Israël que les musulmans extrémistes ne bénéficient pas de ce soutien : Hezbollah, Hamas, encore que ce dernier soit tenu, à tort ou à raison,  par certains analystes,  pour une création d’Israël visant à affaiblir  l’OLP.

Dans la lignée de ce soutien, les récentes déclarations du Département d’Etat américain critiquant l’interdiction du voile en France, ingérence insupportable dans les affaires d’un pays allié et encouragement à tous ceux qui refusent l’intégration sur notre sol.

Même si aujourd’hui les Américains semblent avoir pris en grippe les chiites, c’est bien de leur aile la plus radicale que les Etats-Unis firent le jeu au travers de  l’Irangate qui sauva le régime des ayatollahs de la déroute  en 1980-88,  ou en renversant le Baath en Irak en 2003.

 

Quelle rationalité stratégique ?

 

Cette collusion pouvait se comprendre au temps de la guerre froide : l’islam représentait un allié  à la fois parce qu’il se positionnait  contre l’athéisme marxiste  et qu’il  n’était pas incompatible avec l’économie libérale.

Aujourd’hui, il faut bien dire  qu’elle apparait comme un mystère à beaucoup d’analystes qui cherchent à comprendre la rationalité stratégique des Etats-Unis. 

Les hypothèses les plus diverses sont émises : on dit que les Etats-Unis expriment là leur caractère, déjà décrit  par Tocqueville, de grande nation religieuse. On évoque les intérêts croisés des rois du pétrole texans et saoudiens. On dit que les Etats-Unis  veulent affaiblir l’Europe et la Russie sur leur flanc sud  ( et la Chine, s’agissant du soutien aux islamistes indonésiens) . On allègue qu’ils cherchent   à se faire pardonner leur soutien inconditionnel à Israël. Mais quel serait l’intérêt d’Israël à se trouver isolé au milieu d’un monde musulman fanatisé dont  toutes les minorités auraient été évacuées ? Les incidents du Sinaï consécutifs à la révolution égyptienne sont à cet égard une première alerte.

La vague d’extrémisme  qui déferle aujourd’hui  sur le monde musulman et qui touche au premier chef les diplomates américains a-t-elle des chances de ramener la grande puissance à une approche plus pragmatique des problèmes du Moyen-Orient et plus lucide des  risques  de l’islamisme ? On ne peut que le souhaiter.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

 

Le FIS (Front islamique du salut) qui perpétrait des attentats en Algérie et en France avait pu ouvrir un bureau à Washington

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22 septembre 2012 6 22 /09 /septembre /2012 17:31

 

L’ancienne Afrique occidentale française  a eu,  depuis 1960,  son lot de coup d’états,  de dictatures, d’entorses aux normes démocratiques -  pas seulement dans  la Guinée de Sekou Touré, seul pays à avoir coupé les liens avec la France dès l’indépendance et où la répression fut la plus féroce . De même, les problèmes économiques y ont été et y demeurent immenses.

Mais les pays de cette zone ont bénéficié de deux grandes chances. La décolonisation y a été partout pacifique.   Depuis l’ indépendance,  dans les huit pays qui la composent, aucun drame  majeur ne s’ était produit, jusqu’à la  récente guerre civile de Côte d’Ivoire. Mais même celle-ci,   qui  a fait  environ 15 000 victimes, n’est pas  comparable aux immenses massacres qui se sont produits au Nigéria, en Sierra Leone, au Libéria pour s’en tenir aux pays anglophones de la même région.

Plus encore qu’elle ne l’a été en Côte d’Ivoire, cette relative réussite est  aujourd’hui  remise en cause par les événements du Mali (et du Niger).

En renversant Kadhafi avec l’aide  de milices islamistes, les Occidentaux ont ouvert la boite de Pandore. Les armes du dictateur, pillées, circulent largement dans  l’Afrique subsaharienne.   

Le Mali,  havre de paix exemplaire dans les quarante premières années de l’indépendance,  avait commencé d’être déstabilisé par l’irruption en 2007  dans le Sahara,  d’un soi-disant Al Qaida au Maghreb islamique (AQMI) qui a déjà procédé à l’enlèvement  et  à l’exécution  d’otages français et étrangers. Mais ce mouvement était resté jusqu’à une date récente  cantonné au  désert.

L’affaire s’est aggravée après la guerre de Libye.  La rébellion a désormais pris de l’ampleur au Mali, la  rébellion ethnique des Targui ( Touaregs)  doublant la  rébellion islamiste.

Celle-ci vise à imposer un islam pur et dur à  une Afrique occidentale où, l’islam,  présent depuis le Moyen Age,  s’était  largement imprégné  des traditions africaines, en particulier par le   culte des saints ( marabouts).

La destruction des tombeaux de saints à Tombouctou est d’autant plus scandaleuse que cette ville, classée par l’UNESCO au patrimoine  l’humanité  témoignait d’une civilisation africaine déjà évoluée antérieure à la colonisation. Elle démontrait que, contrairement aux allégations de Sarkozy à Dakar, l’Afrique noire n’avait pas attendu le XXe siècle pour entrer dans l’histoire.

Le Mali est gravement déstabilisé. Le Niger est menacé. Les  réfugiés maliens affluent au Burkina Faso.

Les  chrétiens  sont peu nombreux au Mali et au Niger. Ils le sont beaucoup plus   au  Burkina et au Sénégal,  et bien entendu au Nigéria. Sans avoir été  le motif officiel des conflit, le  facteur religieux était  à l’arrière-plan des guerres civiles qu’ont  connues le Nigéria,   la Côte d’Ivoire – et avec beaucoup moins de gravité,  le Sénégal. Toute la région, où chrétiens et musulmans cohabitent,  pourrait se trouver rapidement embrasée.

 

La responsabilité de la France

 

L’opinion française  a beau considérer que la Françafrique est finie et faire mine de regarder de loin ces événements, un tel embrasement apparaîtrait comme un grave échec  pour notre pays.

La Françafrique (nous entendons par ce mot l’existence de liens privilégiés entre la France, ses anciennes colonies et d’autres pays d’Afrique)  a été continuellement dénigrée depuis trente ans. Une de ses grandes réussites,  insuffisamment  connue, est pourtant d’avoir préservé une paix relative dans nos anciennes colonies.

Une étude  du Quai d’Orsay de 1997 faisait la comparaison du  nombre de victimes des guerres ( y compris les victimes collatérales : famines, épidémies, ayant causé des décès) des anciens domaines coloniaux . Cete comparaison démontrait que   les anciennes colonies françaises, malgré la guerre du Tchad, s’étaient trouvées  bien plus favorisées que les autres :

Anciennes colonies françaises :     50 000 victimes   pour 115 Mh soit      0,35/1000h  ( la population prise en compte au dénominateur était celle de 1997 )

Anciennes colonies britanniques :   2 500 000 victimes pour 315 Mh,        soit     7,9 /1000  h

Anciennes colonies belges :    2 000 000 victimes  pour   60 Mh,     soit     33   /1000  h

Anciennes colonies portugaises :     1 200 000 victimes pour  30 Mh,     soit    40  / 1000  h 

Autres pays (anciennes colonies italiennes  ou espagnole, Ethiopie, Liberia):       1 000 000 victimes  pour   73 Mh     soit    13,6  /1000  h 

 

Depuis lors, le bilan des anciennes colonies françaises s’est dégradé, du fait des guerres civiles du Congo-Brazzaville et de Côte d’Ivoire mais ces dernières n’ ont pas fait, chacune,  plus de 20 000 victimes,  à comparer avec les désastres du Soudan ( Darfour : plusieurs centaines de milliers ) et du Congo –Kinshasa( 4 millions de morts  au Kivu) .

Les pires massacres africains : Biafra,  Soudan, Ethiopie, Ouganda, Rwanda, Zaïre, Angola, Mozambique, Sierra Leone, Libéria, Guinée équatoriale ont tous eu lieu  hors   de l’ancien domaine français.  Ceux que l’on a reprochés à un Bokassa, furent, à côté, anecdotiques.

Depuis l’indépendance, les anciennes colonies françaises ont pu, en raison des accords de défense conclus avec la France, réduire a minima leurs dépenses miliaires  (environ  1 % du PIB) alors que les autres pays dépensaient entre 2 et 4 % : autant de gagné pour le développement.

Même si ces chiffres sont nécessairement approximatifs, ils expriment une tendance irrécusable.

 

Un travail de sape qui n’a jamais cessé

 

Malheureusement la « Françafrique » – une expression que l’on pourrait trouver sympathique en soi mais qui est généralement utilisée de manière péjorative, fait  l’objet depuis quelque trente ans d’un  travail de sape incessant qui a fini par atteindre  sa cible

Ceux qui ont critiqué cette collusion, selon eux malsaine, entre la France et ses anciennes colonies, se sont d’abord  fondés sur la corruption des nouveaux Etats africains.  Comme s’il n’ y en avait pas autant  dans le reste de l’Afrique,  ou même  dans le reste du monde, y compris en  Europe.   Les affaires Elf et d’autres ont montré que cette corruption pouvait gangréner la vie politique française mais, pour ce qui est de financer les campagnes électorales, l’argent de Loréal  vaudrait–il mieux que celui d’Omar Bongo ?

Ne vaut-il d’ailleurs pas mieux aimer l’argent et les femmes que de massacrer à tour de bras ? 

L’évocation insistante  de la corruption a permis de passer sous silence les bienfaits de la Françafrique  pour  les pays concernés, dont les chiffres cités plus haut témoignent clairement.

La critique  systématique des liens privilégiés entre la France et l’Afrique a paru venir  au premier  abord des milieux français anti-colonialistes et anti-néocolonialistes (une association comme Survie par exemple en a fait son fonds de commerce). Mais cette critique  a toujours eu un  large retentissement dans le monde anglo-saxon. Elle y a peut-être même son origine. La collusion jamais démentie, autour de bons sentiments hypocrites, de  l’hégémonisme américain et du gauchisme français constitue, dans les affaires africaines,  une des grandes données des quarante dernières années. Le but des Etats-Unis (au moins de certains courants  influents à Washington) était clairement l’éviction de la France de l’Afrique. Les accusations portées contre nous ont eu  d’autant plus d’impact que  nos gouvernements, tétanisés, n’ont  jamais cru devoir y répondre. Ces accusations furent    largement relayées dans la presse, y compris de droite. La plupart des africanistes universitaires ou gens de presse ont ainsi  baigné pendant des années  dans le marigot américano- gauchiste.

La critique de  la Françafrique est devenue un thème  « politiquement correct » en France même : aujourd’hui la justice  française  intente des procédures pour « bien mal acquis » à  l’encontre de  tel ou tel  chef d’Etat africain  mais quel procureur osera s’en prendre à l’émir du Qatar ?   Ces poursuites  ont entraîné une méfiance des chefs d’Etat africains à l’égard de la France. Houphouët était une personnalité du tout Paris,  mais Bongo est mort à Barcelone, et Biya se retire en Suisse.

On a aussi critiqué les interventions militaires de la France au cours des quarante dernières années, interventions qui ne furent jamais aussi nombreuses qu’  au temps de Mitterrand. Mais ces interventions militaires,  de pair avec les accords de défense,  furent globalement  un facteur  de stabilité. Et, avec le recul, il est clair que si la France n’avait pas reculé devant des interventions limitées au Rwanda (1994)  et au Kivu (1996), près de cinq millions de vies africaines eussent  été sauvées. Le travail d’intimidation avait déjà  fait son effet.

 Aujourd’hui  la France  hésite à  entreprendre des  interventions directes même là où elles  seraient éminemment  utiles.  Les bases qu’elle possédait sur  le continent africain ont été en partie fermées mais nous en construisons une à Abu Dhabi !  A  l’ heure  où les Américains font la guerre en Afghanistan , en Irak , en Libye et maintenant en Syrie, et nous y entrainent à leur suite, seules  les interventions françaises en Afrique seraient  immorales ! 

La seule manière pour le France  d’échapper à la critique  est désormais  de faire les guerres des autres mais surtout pas  les siennes ou celles de ses amis africains.  Certes, on ne  refera pas l’histoire à l’envers :  les liens entre la France et ses anciennes colonies se devaient d’évoluer . Mais faut-il que remplie de culpabilité, la France laisse  le  champ libre en Afrique subsaharienne aux Etats-Unis, à la Chine  voire à  Al Qaida ?  Faut-il qu’elle liquide les intérêts qu’elle avait sur ce continent  au moment   où il intéresse plus que jamais  les grandes puissances ?

 

 

Revenir en Afrique

 

Il  nous paraît  clair  qu’au lieu d’attiser  la guerre civile en Syrie, la France ferait  mieux de s’engager pour l’arrêter au Mali . Au lieu d’aider les islamistes les plus fanatiques à Alep, elle ferait mieux de les combattre à Tombouctou. Et l’Algérie, grande puissance  saharienne avec laquelle nos relations sont toujours restées ambiguës, dûment associée  et ménagée,  y trouverait sans doute   bien des avantages.

Hélas beaucoup de temps a déjà été perdu. AQMI était facile à détruire à ses  débuts. Depuis la guerre de Libye, le mouvement a pris de l’ampleur et ce sera beaucoup plus difficile. Si la France ne  prend pas rapidement, en concertation avec ses partenaires habituels bien entendu,  ses responsabilités dans ce  secteur où nul autre ne les  prendra   à sa place, un incendie de très grande ampleur,  pourrait éclater.  Nos dirigeants doivent le prendre pleinement en compte.

 

Roland HUREAUX

 

 

Nous rappelons que le Tchad, le pays le plus troublé, relevait de l’Afrique équatoriale française

Le rôle d’un  Patrick de Saint-Exupéry ,longtemps expert des affaires africaines au Figaro serait ainsi à éclaircir.

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22 septembre 2012 6 22 /09 /septembre /2012 17:29

Article paru dans Valeurs actuelles 

 

Après des semaines d’emballement manichéen, plusieurs organes de presse expriment des doutes sur l’intérêt de l’engagement de la France au côté des rebelles syriens. Il était temps.

Dans cette affaire,  Laurent Fabius poursuit strictement la politique d’Alain Juppé,  caractérisée par un parfait  alignement sur le  Etats-Unis et  la volonté de jouer un rôle en pointe, tant à l’ONU que sur le terrain,  pour renverser le régime du président Assad. Comme s’il  fallait à tout prix que la France soit,  en avant de la meute,   le plus rapide des chiens courants. Tout cela pourquoi ?

Les droits de l’homme  ne sont, bien sûr, qu’un alibi.   La dictature de la famille Assad existe depuis 40 ans sans qu’on s’en soit jamais ému ; elle  s’était plutôt libéralisée ces derniers temps.  Des dictatures, au demeurant, il  y en a beaucoup dans le monde et  des pires, à  commencer par l’Arabie saoudite et le Qatar, nos alliés dans le conflit syrien.  Des atrocités, il y en aurait eu bien moins si la prétendue rébellion n’avait été renforcée par des éléments étrangers, notamment d’Al Qaida, dotés d’armes sophistiquées par l’OTAN et les pays arabes. Les méthodes des rebelles : pénétrer dans les quartiers centraux pour y prendre en otage la population, y contribuent particulièrement. Les  massacres  ne sont évidemment pas tous  à mettre sur le seul compte du régime.

La France aurait-elle là un intérêt particulier ? Elle avait certes reçu un mandat de   la SDN en   Syrie de 1919 à 1945. Or la  mission multiséculaire qui justifiait sa présence dans la région, était la protection des minorités chrétiennes. Reniant cette mission historique,  elle s’évertue aujourd’hui à  détruire le seul régime arabe qui les protège encore et  beaucoup fuient déjà les atrocités des  rebelles à leur encontre. Un changement de régime à Damas  signifierait l’accession au pouvoir des islamistes, et donc, comme en Irak, l’exode des deux millions de chrétiens et d’ autres minorités.

Allons  plus loin : quels  sont les intérêts d’Israël et des Etats-Unis ? Il  en existe, certes, mais aucun de décisif au point de justifier les risques ultimes. Détruire un allié de l’Iran ? Le contentieux avec l’Iran est essentiellement  nucléaire, un sujet sur lequel l’alliance syrienne n’a guère d’  impact.  Isoler le Hezbollah ? Mais faut-il mettre tout un pays à feu et à sang pour cela ? L’intérêt d’Israël est-il de voir la Syrie entre les mains des  islamistes ?   Est-il de laisser s’approcher des Lieux saints les Turcs qui les ont contrôlés pendant  700 ans et ne l’ont pas oublié ?

Quelque bon motif que l’on puisse trouver à l’intervention indirecte, et peut-être demain directe,  des Etats-Unis  et de la France dans cette affaire, aucun ne paraît à la hauteur  du risque encouru.

Ce risque est très clairement celui d’un conflit majeur avec la Russie.

 

Ne pas se méprendre sur l’attitude de Moscou

 

Avec quelle naïveté, les capitales occidentales espèrent  « contourner le véto » russe à une action du Conseil de sécurité (dont la France vient de prendre la présidence) en Syrie ! Il est vrai que  Moscou   avait  envoyé, en début de conflit, des signaux ambigus, laissant entendre par exemple que  Bachir-el-Assad n’était pas irremplaçable. Mais ce qu’on a pris pour de la modération était-il autre chose  que de la politesse diplomatique ?   Pour dissiper toute équivoque,  la Russie  adresse  depuis quelques  semaines des signaux clairs  qui montrent qu’avec l’appui de la Chine – et aussi des autres BRICs -,  elle  ne lâchera pas  le régime Assad :  envois  d’armes et de conseillers militaires, gesticulations maritimes, dernières déclarations de Poutine lui-même.

La Russie,  géographiquement proche du Proche-Orient et qui a, elle, le souci de défendre les  chrétiens orthodoxes, s’accroche très fort à sa dernière position  dans la région. Comment s’en étonner ? Le port de Tartous, sa  seule base en Méditerranée, a pour elle un caractère vital.   C’est avec beaucoup de légèreté que Washington,  Paris et Londres espèrent la faire céder.   

On ne mesure  pas par ailleurs  à quel point  l’affaire libyenne a été vécue comme une humiliation et une tromperie par les Russes et les Chinois. Ils considèrent que les Occidentaux ont largement outrepassé le mandat que l’ONU, avec leur accord, avait donné et qu’on ne les y reprendra pas.

L’acharnement  mis par Washington à vouloir à tout prix renverser le régime Asssad ne semble plus relever d’une rationalité ordinaire mais de l’hybris d’une  grande puissance irascible  qui ne supporte pas qu’on lui résiste.  Celui de la France à lui emboîter le pas est, lui,  parfaitement  incompréhensible.

Au temps de la guerre froide, on savait que la divergence des points de vue entre les deux blocs  ne devait pas laisser  place aux malentendus. Si la paix a  pu être alors  préservée, c’est que personne n’était dupe de sa propre propagande. Acceptant  leurs différences,  les uns  les autres pouvaient pratiquer le crisis control.  Le manichéisme hystérique, illustré par les récentes déclarations de Juppé, traitant l’attitude des Russes de « criminelle », le permet-il encore ?

« Jupiter rend fous ceux qu’il veut perdre ».  Est-ce ce qui arrive aujourd’hui  à l’Occident ?   

En poursuivant avec tant d’insistance leur offensive en Syrie  par mercenaires interposés, par des sanctions  et  par une campagne médiatique sans précédent en temps de paix, les Américains et les Français se sont mis eux-mêmes devant  le risque de n’avoir bientôt plus à choisir qu’entre une reculade humiliante et un conflit frontal  avec la Russie dont  les conséquences seraient  incalculables.

 

Roland HUREAUX

 

 

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22 septembre 2012 6 22 /09 /septembre /2012 17:22

 Article paru dans Marianne2  

La révolte des étudiants du Québec contre le premier ministre libéral Jean Charest s’inscrit dans un vieux débat relatif à ce que les technocrates français appellent le « ciblage » des politiques sociales.

Le principe en est simple : pour limiter le coût de ces politiques devenu très  lourd dans la plupart des pays occidentaux, on dit : réservons en l’avantage à « ceux qui en ont le plus besoin », c’est-à-dire, les plus déshérités. Par exemple, on plafonnera les avantages familiaux (allocations familiales, quotient familial) à un certain niveau de revenu, au lieu de les distribuer à tous les enfants. Les universités seront payées à leur vrai coût, généralement très élevé, par tous les étudiants et on attribuera des bourses à ceux qui ne pourront pas payer.

On peut décliner ce principe dans la plupart des domaines : en  matière de protection sociale, le jargon en vogue distinguera la dimension « assurancielle » (les salariés contractent une assurance-maladie  normale) et une dimension « de solidarité » réservée à ceux pour qui n’auront pu cotiser. En  matère de retraite, les mêmes préconisent des retraites par capitalisation pour tous et un minimum vieillesse pour  ceux qui n’auraient pu  capitaliser assez.

Dès 1967, le célèbre rapport Nora prônait en France l’équilibre financier des services publics : chemin de fer, métro,  pour mettre fin aux subventions d’Etat qui, en comblant les déficits,  aidaient de façon indiscriminée ceux qui pouvaient payer le tarif normal et les autres.

 

La vulgate des doctrinaires libéraux

 

Depuis lors, cette logique est devenue la vulgate de tous les gouvernements libéraux de la terre et de la plupart des  organisations internationales qui poussent en faveur de la rationalité économique libérale : OCDE, Union européenne, Banque mondiale, FMI etc.

Le problème est que l’application de ces principes apparemment rationnels a  déclenché un peu partout les  remous sociaux les plus importants  des trente dernières années: dès 1987, le gouvernement Chirac fut déstabilisé par un projet de réforme qui comportait, non seulement la sélection à l’entrée aux universités mais l’augmentation des droits ( très faibles en France) assortie de plus de bourses ; les projets de réforme des allocations familiers de Juppé (1995)  et de  Jospin (1997), comportant leur allègement pour les hauts revenus sous le mode du plafonnement ou de l’imposition, provoquèrent aussi des manifestations importantes : ces projets furent abandonnés. Les projets de réformes des retraites de 1995, de 2003 et de 2010 eurent le même effet. Bien qu’ils aient été dictés  surtout par une logique démographique, ils contenaient en filigrane la menace d’une mise sous conditions de ressources des soins ou de la remise en cause des retraites par répartition.

Même en Angleterre, les plus imposantes manifestations d’étudiants qui  aient  jamais eu lieu suivirent la proposition du gouvernement Cameron en 2011 de relever sensiblement les droits d’inscription dans les universités.

Dans certains cas, des réformes inspirées par  le principe du ciblage ont pu passer, mais de manière subreptice : ainsi l’imposition des allocations familiales, non à la CSG (taxe proportionnelle universelle destinée à financer la protection sociale) mais au seul RDS (remboursement de la dette sociale, au départ marginal, aujourd’hui très lourd) en 1996. L’ancien directeur de l’Institut d’études politiques de Paris, Richard Descoings, sut  envelopper la multiplication par dix des frais de scolarité (et par cinq de son propre traitement !) sous une rhétorique avant-gardiste : de plus en en plus de cours en anglais et de moins  en moins en français, cours de gender obligatoires supposés imiter le modèle anglo-saxon.

Mais globalement, ces réformes, en dépit de leur apparence rationnelle ont échoué ; les gouvernements durent presque chaque fois  reculer. Pourquoi ? De fait les inconvénients du ciblage     sont plus nombreux que ne l’imaginent les experts aux idées courtes.

Pour ses bénéficiaires, les plus défavorisés,  l’accès aux prestations signifie la production de dossiers complexes (attestations du  revenu des parents etc.) Comme tous les systèmes bureaucratiques, ces systèmes ouvrent la porte aux tricheries.

Les « défavorisés », au lieu de bénéficier d’une prestation sociale universelle, liée à la seule citoyenneté, se voient cantonner dans le   ghetto, même s’il n’est administratif,  des « assistés » ; pour la même  raison, les zones d’éducation prioritaire faites pour aider les enfants des quartiers défavorisés en France sont très mal vues des étudiants  de ces quartiers qui les considèrent comme des zones de ségrégation. La réforme Boutin tendant à chasser du parc HLM, par des surloyers prohibitifs, ceux qui ont acquis (postérieurement à  leur entrée où les conditions de ressources sont strictes) des revenus trop élevés,  a le même effet de renforcement des ghettos.

Mais la principale victime de ces dispositifs, ce sont les classes moyennes. Dans les sociétés occidentales (surtout en Europe et dans les dominions britanniques), elles supportent l’essentiel d’une charge fiscale devenue très lourde et admettent mal que, sans aucun véritable espoir d’allègement de cette charge,  elles ne reçoivent pas en retour une partie des avantages sociaux et services publics y afférents. D’autant que les frais universitaires calculés au coût réel, sont devenus si élevés, que seuls les très riches pourront les payer sans difficultés. Beaucoup craignent de tomber dans une trappe fatale : trop pauvres pour payer les droits d’inscription,  trop riches pour avoir des bourses… mais assez pour payer des impôts. 

Ces mesures arrivent au moment où ces classes moyennes, en raison de la crise,  craignent  une dégradation du statut social de leurs enfants et admettent mal qu’une barrière financière très élevée soit mise à leur accès à  l’université.

Dans certains domaines, la discrimination selon le revenu aboutit à des effets pervers générateurs de grandes frustrations : en France, un petit salarié qui ne peut pas se payer une mutuelle n’est remboursé qu’à hauteur d’environ 60 % de ses  dépenses de santé alors qu’un chômeur sans ressources aura droit, grâce à la CMU,  à 100 %. Le premier ira au dortoir, le second aura une chambre individuelle !

On ajoutera qu’en définitive, les économies réalisées par ce genre de réformes sont faibles.

Dernier argument, peut-être le principal : la plupart du temps, le ciblage n’est que le préalable au démantèlement pur et simple de la politique sociale en cause : c’est ainsi que dans l’Europe du Sud,  la mise sous conditions de ressources des allocations familiales fut  le prélude à leur quasi-disparition avec, comme suite, un effondrement de la natalité.

De fait, on ne saurait citer un seul pays où fonctionne un système de solidarité sociale  ou de services publics strictement réservés aux plus pauvres. Les Etats-Unis  qui sont allés le plus loin dans ce sens, n’ont simplement pas  de vraie politique sociale, en particulier pas de protection universelle en matière de santé, en dépit des efforts du président Obama. Si le Canada anglophone est perméable à ce modèle,  le reste du monde occidental le refuse.

En se dressant avec détermination contre les projets de leur gouvernement tendant entre autres   à augmenter considérablement les droits universitaires, les étudiants québécois et la large fraction de la population qui les soutient montrent   leur attachement à un  modèle social qui demeure largement dominant dans le monde occidental, en particulier en Europe.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

 

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22 septembre 2012 6 22 /09 /septembre /2012 17:20

 

Depuis la conférence de La Havane,  qui s’est tenue à  l’issue de la seconde guerre mondiale (novembre 1947-mars 1948), et qui a abouti  la création du GATT (devenu OMC  en  1995), le libre-échange a été tenu pour le dogme le plus intangible de la nouvelle organisation du monde. Non que le commerce ait été immédiatement libéralisé : pendant encore trente  années, lesquelles correspondent aux « Trente glorieuses »,   les pays membres continuèrent à se protéger, de moins en moins il est vrai.  Il fallut attendre le début des années quatre-vingt pour que les Etats aient levé entre eux  la plupart des barrières tarifaires ou contingentaires. 

Le libre-échange paraissait comme un idéal tellement évident qu’il figura, à l’intérieur et à l’extérieur, parmi les objectifs des organisations régionales comme  le Marché commun. Il  fut propagé comme un dogme par les écoles où se formait l’élite, tel l’Institut d’études politiques de Paris, tandis que se trouvait  discréditée et marginalisée   toute intervention dans le débat de  ce qu’il  aurait pu rester de protectionnistes.

Le fondement théorique de cette suprématie du libre-échange  est d’abord la célèbre loi de Ricardo  qui tend à montrer que tout pays,  quel que soit son niveau de compétitivité ou de développement,  trouvera un avantage comparatif quelque part   et que donc le développement des échanges est un avantage pour tous les partenaires, sans exception.

Mais cette loi est connue depuis presque près de deux cent ans.  Elle n’aurait pas suffi à imposer le libre-échange si la théorie économique  ne s’était doublée d’une lecture rétrospective de l’histoire  qui contribua largement à conforter le dogme.

Au motif que Mussolini et Hitler avaient décrété l’autarcie, forme exacerbée, si l’on veut,  du protectionnisme (et surtout préparation à la guerre !), on décréta que le protectionnisme, c’était le fascisme, voire le nazisme.

Le débat – ou l’absence de débat sur le libre-échange depuis 1945 ne se comprendrait pas sans cette petite musique de fond, quasi subliminale.

On retrouvait d’ailleurs là la vieille doctrine de Saint-Simon selon laquelle le  commerce  éloigne la guerre.

 

Fausses leçons d’une histoire mal connue  le XIXe siècle

 

Assimiler protectionnisme et fascisme, était pourtant  faire bon marché de ce qui s’était passé tout au long du XIXe siècle, un siècle qui vit – et cela jusqu’aux aux années trente -  le protectionnisme  accompagner tout au long, la première et la deuxième révolution industrielle.

Seule l’Angleterre tenta à partir de 1846 d’imposer au reste du monde le libre-échange:   comme elle était en avance sur les autres  pays,  elle y avait, seule, avantage. La France la suivit de 1860 à 1873, assez pour que  cette expérience inspirée de l’anglomanie  de Napoléon III et du saint-simonisme, lui laisse un goût amer.

Ensuite prévalut chez nous le protectionnisme, renforcé en matière agricole par les lois Méline de 1892.

Un commentateur dénonçait récemment le « protectionnisme maurassien », expression assez typique de l’atmosphère idéologique qui prévaut aujourd’hui à ce sujet, quoique absurde : d’abord parce que Maurras ne s’est jamais beaucoup  intéressé à l’économie, ensuite parce qu’en France, c’est la République qui fut, bien plus que l’Empire, protectionniste.

En fait, face à l’avance anglaise, toutes les grandes puissances comprirent que le seul moyen de la rattraper était d’instaurer  des barrières douanières. L’Allemagne est à cet égard un cas emblématique. Le grand économiste allemand, Friedrich List en a fait la théorie. C’est à l’abri du tarif Bismarck de 1879  que, au tournant du XXe siècle, l’Allemagne rattrape l’Angleterre,    au point  de devenir en 1914  la première puissance industrielle du continent.

Singulier contraste avec la destinée de l’Inde que rappelle Paul Bairoch : vers 1800, l’industrie allemande et l’industrie indienne sont à peu près à égalité. Mais tandis que l’Allemagne, pays souverain,   prend son essor à l’abri de protections douanières, l’Angleterre impose à l’Inde un libre-échange ruineux qui, cent ans après, avait  fait disparaitre toute industrie du sous-continent au bénéfice des importations   britanniques.

Comme l’Allemagne,  les Etats-Unis rattrapent leur retard sur l’Angleterre à l’abri de barrières douanières, au point, eux aussi,  de la dépasser. Les positions britanniques se trouvant menacées, un mouvement  protectionniste se développe dans le royaume à partir de 1895 autour de Joe Chamberlain qui propose – sans succès – de substituer le fair trade au free trade.

 .

L’entre-deux guerres et la grande dépression

 

Le régime douanier, généralement protecteur,  qui régissait les relations entre les grands pays ne fut pas  fondamentalement bouleversé après la première guerre mondiale. Mais la disparition de l’étalon-or a remis  les taux de change  à l’arbitraire des gouvernements. Ils ne tardèrent pas à voir dans ceux-ci un nouveau moyen, plus discret mais non moins  efficace,  de protéger leur économie.

C’est ce que comprirent, dès le début de la grande crise de 1929, le Royaume-Uni  et  les Etats-Unis et, pays où la culture économique fut toujours mieux diffusée que sur le continent. La livre sterling est dévaluée en 1931 et le dollar en 1933 et 1934 dans le but de rendre aux produits de ces  pays leur compétitivité.

A l’inverse, l’Allemagne  et la France, se refusent à modifier les parités. La   dévaluation leur rappelait  les désordres monétaires de l’immédiat après-guerre.  L’Allemagne était traumatisée par l’inflation galopante de 1923. Ce refus de s’aligner sur des comportements des Anglo-saxons, notamment le refus du chancelier chrétien démocrate (Zentrum), Brüning, entre 1930 et 1932, de dévaluer le mark, assorti d’  une politique de déflation féroce,  aggrava la crise en Allemagne et ne fit pas peu pour  amener Hitler au pouvoir.  Nul ne doute que si ce pays avait été un peu plus protectionniste – au moins par les  taux de change -  entre 1930 et 1933, Hitler aurait sans doute échoué.

En France, la politique de déflation destinée à défendre la valeur du franc Poincaré, si difficilement stabilisé en 1926, étouffa l’économie de notre pays. Il n’est  sorti de sa léthargie que quand le Front populaire se décida à dévaluer en 1936.

A l’encontre de ce se dit un peu partout, l’aggravation de la crise économique se produisit avant l’instauration de l’autarcie dans les régimes autoritaires. Jacques Sapir l’a montré : le protectionnisme des années trente n’a pas aggravé  la crise.  

Comment ne pas établir une comparaison entre la volonté obstinée de sauver à tout prix la monnaie qui fut celle des derniers gouvernements de la République de Weimar, au prix d’une récession aggravée, et la politique de l’euro, conduite aujourd’hui par Berlin et Bruxelles et suivie par Paris ? Aura-t-elle les mêmes conséquences ?

Contrairement au dogme idéologique propagé depuis 1945 et reçu partout sans examen, ce  n’est pas le protectionnisme qui fut, dans les années trente,  fatal à la liberté, c’est d’abord  le dogmatisme monétaire.

 

Roland HUREAUX

 

Cette loi fut formulée en 1817 dans l’ouvrage majeur de David Ricardo : Des principes de l'économie politique et de l'impôt (1817)

Le Débat, octobre 2010, page 218.

Système national d'économie politique, trad. Gallimard, 2007, préface d’Emmanuel Todd

Commerce extérieur et développement économique de l'Europe au XIX siècle. Mouton, 1976.

Jacques Sapir, Le Monde diplomatique, mars 2009, Dossier : Le protectionnisme et ses ennemis, « Ignorants ou faussaires », page 19

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22 septembre 2012 6 22 /09 /septembre /2012 17:18

 

 

Libéralisme ! Il est convenu que le monde vit depuis trente ans – disons depuis le tournant des années quatre-vingt – sous le règne du libéralisme (néo ou ultra, qu’importe) sans que l’on se soucie vraiment de  le définir.

Pour s’en tenir à l’économie, le libéralisme recouvre au moins le libre-échange, qui n’a cessé de progresser  depuis que la  Conférence de la Havane (1947-1948), une des grandes conférences de l’après-guerre l’a  posé comme  l’  idéal à atteindre dans le monde entier. II a fait de considérables progrès sous l’impulsion du GATT, créé à cette occasion, devenu OMC  qui, de cycle en cycle,  s’est efforcé avec un succès croissant d’effacer un peu partout les protections douanières.

La liberté de circulation des capitaux, tout aussi importante, a connu un développement plus  tardif, à partir de 1985. Elle est aussi devenue un dogme de l’économie mondialisée.

Le contrôle des prix a à peu près partout disparu.

D’autres dimensions du libéralisme comme la liberté du marché du travail rencontrent plus d’obstacles, notamment en Europe.

La privatisation des services publics,  et a fortiori du reste de l’économie, a aussi beaucoup progressé.

 

Augmentation générale des prélèvements publics

 

Mais si un peu partout le patrimoine public s’est rétréci, les flux économiques, transitant par les entités publique (Etat, collectivités locales, Sécurité sociale), qu’on les mesure en termes de prélèvements obligatoires ou de dépenses publiques rapportés au PIB, n’ont cessé de croître dans la plupart des pays industriels. Jamais ils n’ont, en France,  été aussi élevés qu’en 2011 : dépenses publiques et transferts représentent aujourd’hui, après trente ans de politique supposée libérale,  plus de 56 % du PIB. Compte tenu des déficits et des recettes non fiscales de l’Etat,  les prélèvements publics sont à un niveau inférieur mais tout de même très élevé  46 % du PIB.  

Même si d’autres pays  ont connu une certaine orientation à la baisse depuis 1995, ils sont très au-dessus du point  où ils étaient au milieu du XXe siècle.  Si les prélèvements publics n’augmentent plus depuis environ quinze ans dans la plupart des pays industriels, ils n’ont cependant diminué que  peu, en dépit des gesticulations néo-libérales des Reagan, Thatcher et autres.

Pensons qu’en 1960, ils se situaient en moyenne à environ 15 points de PIB plus bas qu’aujourd’hui : en France, 30 % en 1960,  45 % en 2010.

Or quoi de plus significatif en regard de la vie quotidienne des citoyens que le curseur qui sépare l’économie publique de l’économie privée, soit  le taux de dépenses publiques et des transferts ?  Comment ne pas voir dans le fait que celles-ci représentent plus  de la moitié de la production  nationale le signe d’une ingérence toujours plus grande de la puissance publique dans la sphère privée ? Un indice autrement significatif dans la vie  quotidienne des citoyens que le niveau des droits de douanes ou des contingents !

Quel singulier paradoxe donc que les trente dernières années que l’on place sous le signe du libéralisme économique aient vu, en termes de flux, l’économie publique prendre une part  sans précédent dans la vie de la plupart des Etats !

Certains se féliciteront de cette socialisation croissante de l’économie. Pourtant, au-delà d’un certain seuil, les effets pervers se multiplient ; fraudes de toutes sortes (évasion fiscale, travail au noir), pouvoirs disproportionnés entre les mains de la puissance publique – dans certaines villes moyennes, les citoyens n’osent pas s’opposer à la mairie qui est la fois le premier employeur et le premier client de la ville-, et donc menace sur la démocratie, découragement des initiatives, mauvaise régulation et gaspillages. Trop lourds, les prélèvements perdent leur légitimité et minent la démocratie.

 

Un lien de cause à effet avec le libre-échange ?

 

Paradoxe ou évolution concomitante ? Notre soupçon est que, au rebours de toutes les théories néo-libérales en vogue, il  a un lien de cause à effet entre le développement  du libre-échange et l’inflation de la sphère publique au sein des Etats.

Pourquoi ? Parce que le libéralisme absolu n’est pas dans la nature de l'homme lequel a besoin d’une certaine stabilité, d’une certaine visibilité de l’avenir. La sécurité que les hommes ne trouvent   plus dans une sphère privée tributaire du marché mondial, ils la cherchent  dans la sphère publique : l’emploi public apparait ainsi comme une variable d’ajustement à la montée du chômage frictionnel – ou meme structurel. On en voit en France l’enchaînement dans la multiplication,  en cas de crise,  d’emplois aidés  sur financement public. Ces emplois sont financés par les collectivités locales mais généralement aboutissent à  une titularisation. D’autres pays ont des mécanismes analogues. Le chômage développe l’obligation d’assistance. Sa montée entraîne une inflation des budgets sociaux. En matière de marchés publics, malgré les directives qui ordonnent d’ouvrir les appels d’offres à toute l’Europe, règne notoirement un protectionnisme régional voire départemental bien ancré. Bref dans ce monde que le libre-échange rend imprévisible, la tendance naturelle des populations, dont  le pouvoir politique se fait l’écho conscient ou inconscient, est de préserver voire  de développer une sphère publique échappant aux lois du marché.

Le lien entre mondialisation et développement de la sphère publique est particulièrement patent dès que l’on considère les politiques de relance. Dans l’économie cloisonnée d’autrefois, celles des années cinquante par exemple, une politique keynésienne  pouvait  prendre la forme d’une hausse générale des salaires : cette hausse suscitait une demande portant d’abord sur la production domestique. La spirale vertueuse était particulièrement patente s’agissant de l’automobile : une augmentation de 10 % des salaires chez Renault, entreprise nationale de référence, était suivie très vite par une augmentation équivalente dans toute l’industrie française. La vente d’automobiles Renault s’en trouvait stimulée bien au-delà de ces 10 % et c’était  bénéfice pour tout  le monde.

Aujourd’hui une hausse de salaires a de fortes chances de gonfler  les seules importations de biens manufacturés et de se traduire donc par un déséquilibre accru de la balance de paiements, sans contribuer d’aucune manière à relancer la production nationale.

La seule relance keynésienne qui tienne encore, dans un contexte mondialisé,  est celle des dépenses publiques, en particulier celles qui, comme les travaux publics ou l’embauche de fonctionnaires, échappent à la concurrence internationale. C’est ainsi que procédèrent Reagan et ses successeurs  au travers du gonflement des budgets de défense.  C’est également ce qu'a fait  le gouvernement Sarkozy avec le  grand emprunt. Ainsi l’économie mondialisée, privant les gouvernements du levier du pouvoir d’achat, les pousse, de différentes manières,  à enfler toujours un peu plus la sphère publique.

La vérité est que, contrairement à ce que croient ses idéologues,  le libéralisme n’est pas un bloc. Il peut progresser sur certains plans et régresser sur d’autres et cela de manière corrélative.  Les libéraux de toutes obédiences qui chantent les louanges du libre-échange généralisé feraient bien   de prendre garde à ces mécanismes paradoxaux qui font que le libéralisme joue contre le libéralisme dès lors que, poussé à l’extrême, il tend  à ignorer  un des fondamentaux  de la nature humaine qui est la recherche de la  sécurité.

Autant qu’il est tenu pour un instrument de politique économique parmi d’autres, et non comme un absolu, le libre-échange a assurément un rôle à jouer. Tenu unilatéralement pour un absolu, on  découvrira un  jour qu’il aura fait reculer la vraie liberté.   

 

Roland HUREAUX

General agreement on tariffs and trade

Organisation mondiale du commerce

Cycles (en anglais round) appelés  successivement du nom de leur initiateur ou de la conférence de lancement : Dillon, Kennedy, Nixon, Tokyo, Uruguay, Doha.

Les dépenses publiques représentaient, dans   la zone euro 50,4 % du PIB en 1990 à 46,1 % en 2008. La Suède qui avait atteint 72 % a particulièrement baissé.

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22 septembre 2012 6 22 /09 /septembre /2012 17:15

 

Il est plus facile de s’opposer que de gouverner, dit-on.

On pouvait donc penser que la droite, principalement l’UMP, après  avoir gouverné médiocrement, ferait une bonne opposante.

On peut en douter en la voyant demander  aujourd’hui bruyamment , l’abrogation des 35 heures.

Non pas que l’idée soit mauvaise en soi. Une semaine de travail aussi  courte constitue une exception en Europe et, assurément,   un handicap pour notre compétitivité.

Les salariés français ont  payé très cher cette mesure improvisée par une gauche en mal d’idées et  qui les avait promises d’autant plus facilement qu’elle ne s’attendait pas à gagner l’élection législative de 1997 : la hausse des salaires fut interrompue plusieurs années, ce qui s’est traduit par une perte nette d’au moins 10 %, jamais rattrapée, le patronat a obtenu, en contrepartie, une plus grande flexibilité des horaires. Moins de présence, plus de flexibilité : les salariés  se croisent et  s’ignorent, la communauté de travail se délite, le stress augmente.  Voir France-Télécom.

Elle a coûté aussi beaucoup à l’Etat qui a  aidé à grands frais les entreprises à passer le cap.

Il reste que la droite qui, depuis 1997,   a  critiqué les 35 heures à chaque  campagne électorale  a été, entre temps, au pouvoir dix ans : de 2002 à 2012. Durant tout ce temps, elle n’a pas osé revenir dessus. Même le Figaro dit que la droite « tire à retardement » sur les  35 heures.

Elle s’est contentée de coups d’épingle : lundi de Pentecôte non chômé (une idée lumineuse de Raffarin qui  a fait long feu), aménagement puis défiscalisation des heures supplémentaires.

On peut certes comprendre la logique financière de la demande de l’UMP, sans doute inspirée par le patronat :  les heures supplémentaires n’étaient pas seulement défiscalisées mais exonérées de charges ; la rétablissement de ces charges par le gouvernement actuel    alourdit   le coût du travail. 

Mais il n’est pas question pour la droite, à juste titre,  de repasser de 35 à 37 ou 38 heures de manière « sèche » : les salaires seraient augmentés  à due concurrence, ce que les salariés verraient d’un bon jour. Or  dans la situation où se trouve l’euro , plombé par les différentiels de compétitivité , dont celui de la France par rapport  à l’Allemagne, est-ce bien le moment d’effectuer cette opération ?

Et sur le plan politique, lancer un tel débat paraît bien peu opportun ! Une des mesures qui ont fait chuter le plus la popularité de François Hollande est la refiscalisation des heures supplémentaires (preuve, soit dit en passant, que la défiscalisation n’était pas une si mauvaise idée). Jouant pour une fois le beau rôle, la droite ne trouve rien d’autre à faire que de se précipiter sur le mauvais. Au lieu de de capitaliser sur les erreurs du PS, elle  enfourche une cause  sinon douteuse, du moins peu sympathique.

Cette charge vient après d’autres maladresses, comme l’acharnement  à défendre les privilèges accordés par Sarkozy aux plus grosses  successions, comme si l’UMP  craignait de perdre les voix des héritiers concernés.   

Certes Estrosi, porteur de la proposition de loi,  ne passe  pour un aigle, mais il est probable que d’autres lui ont soufflé cette offensive contre les 35 heures..

Elle augure mal de la manière dont l’UMP va jouer son rôle d’opposant, un rôle pourtant  bien nécessaire.

 

Roland HUREAUX

 

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22 septembre 2012 6 22 /09 /septembre /2012 17:12

 

 

Toujours la suprématie américaine : les Etats-Unis sont, aux Jeux de Londres, comme d’habitude premiers au classement des médailles, devant la Chine.

Portant, si l’URSS existait encore, elle serait passée devant : en additionnant les résultats de tous les pays  qui la constituaient, on se trouve à égalité avec les Etats Unis pour les médailles d’or : 46,   et nettement en tête pour les médailles tout court : 164 contre 104.

Peu apparente en début de jeux, la  force de frappe russe  a fait reculer la France, bien partie avec ses beaux résultats de natation, à la 7e place du classement. L’Allemagne, qui n’est pourtant plus  que l’ombre de ce qu’elle était du temps des succès frelatés de la RDA, nous a aussi dépassés, de peu, mais nous  sommes   à égalité pour les   médailles d’or : 11. 

Des nations petites et moyennes ont confirmé leur vocation sportive, plus ou moins ancienne : Corée du Sud (entraînée dans une course de prestige avec la Corée du Nord), Australie, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Hongrie, Cuba.

Grâce au Brésil, l’Amérique latine figure honorablement (mais rien pour le Chili et le Pérou).

Même si les noirs sont très présents sur les podiums, en particulier dans les sprints, épreuves reines de l’athlétisme, illustrées par l’étonnante Jamaïque, l’Afrique elle-même serait demeurée en retrait, n’était  la suprématie spectaculaire de l’Afrique de l ‘Est dans les courses de fond : Ethiopie, Kenya et même Ouganda d’où vient le brillant vainqueur du marathon.  

Le monde arabe est encore moins présent malgré un succès ponctuel comme la  médaille d'or de l’Algérie au 1500 m. L’Iran seul fait bien mieux : 12 médailles, dont 4 d’or.

 

Grands absents

 

Les grands absents, au regard de leur population, demeurent, aujourd’hui comme hier,  l’Inde (2 médailles d’argent 3 de bronze pour plus d’un  milliard d’habitants), l’Indonésie (2 médailles de bronze),  le Pakistan,  le Bengladesh,  le Vietnam (0).

Autre anomalie qui demanderait un approfondissement : Israël  revient bredouille alors que ses moyens humains et techniques sont largement comparables à ceux des Pays-Bas ou de la Corée du Sud. Les problèmes de sécurité de ses athlètes n’expliquent pas tout.   Apparemment,  ce pays a d’autres priorités que le sport.

Reste le cas particulier du Royaume-Uni, bon  troisième  avec 65 médailles dont 29 d’or. Ce palmarès  témoigne de l’effort considérable accompli par ce pays, non seulement pour organiser, sans faute, les jeux,  mais pour y figurer au plus haut niveau, grâce notamment  au cyclisme (ignoré outre-manche il y a une génération). Pour atteindre ce prestigieux résultat, on soupçonne chez  cette nation libérale un fort investissement de l’Etat.

Par une organisation impeccable et des résultats exceptionnels, la Grande-Bretagne a ainsi eu son heure de gloire : Londres, où, en temps ordinaire,  les poubelles ne sont pas ramassées tous les jours,  pour l’occasion  s’est faite belle.

Les Anglais, tenus pour froids, sont aussi très bon public. Cela est d’ailleurs vrai dans tous les domaines : Pierre Boulez à ses débuts avait quitté Paris pour Londres. Au lieu d’un public français difficile et snob, toujours prêt à siffler, le maître avait trouvé un public britannique   ne marchandant  jamais ses applaudissements.

Visiblement ce pays a voulu rappeler que, malgré ses difficultés économiques lourdes  (pour mémoire, PIB par habitant de la France en 1992 : 44 401 $,  du Royaume-Uni : 36 119 $),  il restait une grande nation.

 

La fête des nations

 

Car cette fête universelle est aussi un festival des nations, avec leurs couleurs, leurs hymnes. Presque trop, en tous les cas chez nous. Adieu Europe, adieu, mondialisation : la presse ne s’intéresse, sauf exceptions,  qu’aux disciplines  où une médaille française est en jeu. Etonnant rétrécissement !

Il s’en faut en effet de beaucoup que les rivalités nationales soient dépassées : qui se rappelle  que, lors du choix de la ville, Londres,  avait à Singapour en 2005   volé in extrémis le succès à Paris, favori au départ ; il s’était dit que les Anglais avaient été moins regardants sur les moyens de convaincre  certains membres du comité olympique. En tous cas, certaines élites françaises ne s’étaient pas beaucoup mobilisées. Quatre jours avant le choix, Ernest Seillière, président du MEDEF, sur une page pleine du Figaro,  disait tout le bien qu’il pensait de l’Angleterre  de Tony Blair  et tout le mal qu’il voyait dans  la France de  Jacques Chirac. Nul doute que cet article fut diligemment distribué par nos concurrents aux membres du comité !

A quand la revanche ? Le pays de Pierre de Coubertin n’a pas organisé de jeux depuis 1924.  C’est un peu long !


Roland HUREAUX

 

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22 septembre 2012 6 22 /09 /septembre /2012 07:15

 

« Criminelle », rien de moins : c’est ainsi que Joseph Stiglitz[1], prix Nobel d’économie, qualifie la politique actuelle de l’Europe visant à  sauver l’euro et basée sur toujours plus de rigueur : politique d’Angela Merkel  comme de François Hollande, malgré les  velléités de politique de  croissance  de ce dernier,  politique de   Draghi, de  van Rompouy et de  Barroso.

Le raisonnement est clair : les politiques menées par  l’Europe et particulièrement celles qui sont imposées aux pays fables ne peuvent qu’entraîner l’Europe dans la récession :   « Les conséquences de cette précipitation de l’Europe vers l'austérité seront durables et probablement sévères. Si l'euro survit, ce sera au prix d'un chômage élevé et d’une énorme souffrance, notamment dans les pays en crise. »

Il ajoute que « la souffrance que l’Europe, notamment celle des jeunes et des pauvres, est en train de subir, n'est pas nécessaire ».  « C'est ainsi que le plus grand atout d'une société, son capital humain, est en train d'être gaspillé voire anéanti. ». « Il n'est aucun exemple d'une grande économie – et celle d’Europe est la plus grande au monde – qui se redresse grâce à l'austérité. »

C’est ainsi que l’illustre économiste va jusqu’à  dire que « l'obstination de ses dirigeants dans l'ignorance des leçons du passé est criminelle. »’

De quelles leçons du passé parle-t-il ? Celle  des années trente  évidemment : voulant à tout prix sauver le mark, l’Allemagne  s’engagea  à partir de 1930 dans une politique de déflation qui aggrava le chômage et conduisit où on sait. Contrairement à ce qu’on croit, l’euro  n’est  pas  aujourd’hui  ce  qui sauve la  paix en Europe ; bien  au contraire,  la volonté de le sauver à tout prix   la met en péril.

Paul Krugman[2], autre Prix Nobel , est à peine plus modéré. Pour lui, la relance de la croissance en Europe est urgente. Elle passe par un minimum d’inflation, surtout en Allemagne et non une austérité renforcée. A la question « Que pensez-vous des programmes de croissance qui sont actuellement débattus au sein de la zone euro ? », il répond : « c’est  un pistolet à eau contre un rhinocéros qui charge. Ce sont des choses ridicules et insignifiantes ». François Hollande appréciera.

 

L’Europe, trou noir du monde

 

Ce n’est pas seulement Stiglitz et Krugman qui  regardent avec un œil  sévère et angoissé  les politiques européennes. C’est le monde entier.

Le cycle fou dans lequel   l’Europe s’engage : déficit, rigueur, récession, encore plus de déficits, préoccupe le reste de la planète.

Le continent européen  représente le premier marché mondial. La récession dans le vieux continent signifierait la baisse des ventes pour  le reste du monde : déjà l’économie chinoise est au point mort ;  Obama,  inquiet pour  sa réélection,  voit avec  appréhension la récession européenne annihiler ses efforts de relance.

L’Europe est analogue au trou noir de la cosmologie : s’effondrant  sur lui-même, l’astre vieillissant,  dans son cataclysme, aspire tout ce qui se trouve à proximité.

Y a-t-il d’autre solution à ce cycle infernal que la fin de l’expérience de l’euro ? Paul Krugman, qui ne veut sans doute pas désespérer ses interlocuteurs en propose une :    que l’Allemagne relance l’inflation chez elle. Le comportement de Mme Merkel montre qu’on en est loin.  Toute l’histoire de l’Allemagne contemporaine montre qu’attendre une politique inflationniste  de ce pays  est totalement irréaliste.

On ne change pas en un tournemain la psychologie des peuples. Si l’euro est en train d’échouer sous nos  yeux, c’est précisément parce que le facteur  psychologique a été mis entre parenthèses. Avec une incroyable légèreté, on a cru que la mise en commun de la monnaie allait effacer en cinq ou dix ans  les  particularités nationales.  C’est même le contraire qui s’est passé : comme l’application d’un exposant en arithmétique, l’euro a  aggravé les divergences !  Un projet fondé sur l’ignorance des réalités, cela  s’appelle une utopie. La plupart se sont avérées, d’une manière ou d’une autre,  criminelles. C’est précisément ce que  Joseph Stiglitz dit de l’euro. C’est pourquoi il est   urgent de mettre un terme à l’expérience.

Roland HUREAUX

 

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Published by Roland HUREAUX
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