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Roland HUREAUX

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28 avril 2008 1 28 /04 /avril /2008 20:54

 

Tandis que Nicolas Sarkozy règne sans partage sur l’ « Etat UMP », la France des collectivités locales, elle, vire à gauche.

Certes ce partage informel du pouvoir n’est pas nouveau : sous de Gaulle, Pompidou et Giscard, la gauche , PC en tête, écartée du pouvoir national, avait largement investi les collectivités locales , ruminant tout au long des  années soixante-dix le projet de décentralisation. La loi Deferre qui en  fut,   une fois Mitterrand  élu, l’aboutissement, devait pourtant  profiter à la droite, de retour au plan local sous un président de gauche. En 2001, Chirac régnait mais Jospin gouvernait : les élections furent favorables à la droite. En  2003,  sous Raffarin, ardent  décentralisateur lui aussi, la gauche rafla toutes les régions sauf une.

Rien de nouveau sous le soleil, donc ?  Pas tout à fait :   jadis quelques citadelles  aux couleurs indéterminées résistaient aux  mouvements nationaux. On ne savait pas si Louis Pradel,  maire de Lyon,  était de droite ou de gauche. Maurice Faure, maire de Cahors,  à peine davantage. On savait seulement qu’ils étaient indéracinables. Quel qu’ait été le vent, Marseille n’aurait su passer à droite, ni Rodez à gauche.

La nouveauté des élections municipales de 2008, c’est la radicalité du mouvement qui tend à polariser les scrutins locaux – dans les grandes et moyennes villes et même maintes petites – en fonction des enjeux nationaux.

En annonçant de manière bravache  - et fort imprudemment -  que ces élections seraient un test national, le président   a certes a amplifié  le mouvement. Le parti socialiste l’a pris au mot et, profitant de l’effondrement de la popularité du président,  a joué le même jeu  et   emporté la mise.

Mais dans ce mouvement de bipolarisation, le rôle des grands média a été aussi essentiel : rarement ils  ont autant  couvert les  élections locales.  Naturellement simplificateurs,  les  médias ne connaissent que les étiquettes. Comme aux dernières présidentielles, ils ne surent  qu’égrener  les  UMP et  les  PS,   comme d’autres les Pater et les Ave.

Les électeurs sont entrés eux aussi   dans le jeu : dans la plupart des villes, seules  les étiquettes  ont compté. Et la bonne était cette fois celle du PS. Non  que l’électeur ignore l’état lamentable où se trouve aujourd’hui ce parti. Mais il voulait sanctionner Sarkozy, un point c’est tout. Contraint par l’ambiance   d’employer un langage binaire, il comprit que Non à Sarko se disait PS. Un point c’est tout.

Le laminage du facteur personnel, l’impossibilité pour les hommes de troisième force  ou issus de la société civile d’exister dans le débat  fut  le corollaire de cette infernale mécanique. L’échec emblématique de François Bayrou à Pau  (tout comme l’effondrement du radicalisme dans le Lot)  ne furent que  la pointe émergée d’un immense processus  de simplification de l’expression démocratique.

Inconsciemment l’électeur ne s’y est pas trompé : si le taux d’abstention a été plus fort qu’il ne l’est d’habitude dans les scrutins municipaux, c’est que l’enjeu  local gommé, l’élection  perdait de son intérêt propre . Le maire demeure, dit-on,  l’homme politique le plus populaire. Cela est peu apparu. Préférant  l’écran de télévision aux  réunions de quartier,  les électeurs  se sont en fait peu intéressés à ce scrutin. S’abstenir n’était-il pas d’ailleurs   une autre manière  de faire un bras d’honneur au pouvoir en place ?

Certes, à cette règle  il y  eut  quelques exceptions : plus frondeurs, moins légalistes, les habitants des beaux quartiers ont su à Versailles ou à Neuilly récuser des candidats UMP par trop médiocres ou illégitimes. Au contraire, d’excellents  maires UMP comme Antoine Ruffenacht, au Havre,  pourtant ville de gauche,  ont été épargnés par  la vague socialiste. Sans doute aussi pour la même raison Alain Juppé à Bordeaux. Alors que le grand Sud-Ouest presque dans son entier allait vers la  gauche (qui gagne Toulouse, Brive, Périgueux, Rodez , Dax et même, qui l’eut dit ?  les conseils généraux de l’Aveyron et des Pyrénées atlantiques !), Agen vire à droite. La raison ? La gestion calamiteuse de la ville par une équipe de gauche inexpérimentée élue en 2001. Pour les même raisons, le maire sortant UMP de Cahors,   n’atteint pas, fait inouï,  les  20 % au premier tour. A Agen comme à Cahors, les impôts avaient augmenté de plus de 50 %, ce que l’électeur ne pardonne pas en  en pleine stagnation  du pouvoir d’achat.

D’une façon générale, il fallait être très bon pour résister au courant ou très mauvais pour être battu à contre-courant.  Cela n’est arrivé que rarement.

La  bipolarisation, que Bayrou avait failli mettre en  échec aux présidentielles, confirme ainsi son emprise. C’est dommage. Les élections locales y perdent de leur intérêt. Or     les nouveaux maires sont le vivier où se renouvelle en France le personnel politique : s’il suffit pour gagner d’une étiquette délivrée par un parti au bon moment, il y a  peu de chances que la classe  politique  se régénère par là.  Tant pis pour les électeurs qui, d’une certaine manière l’ont bien cherché, en restant, malgré  la proximité de l’enjeu,   aux stéréotypes.

Dernier constat : on savait que les élections régionales et européennes, plus encore que les municipales,  sont conditionnées par l’état d’esprit national. Au moment où tout le monde prophétise  le recul de l’Etat national, n’est-il pas paradoxal de le voir s’affirmer comme  le seul enjeu électoral autonome  et celui qui impose son rythme à  tous les autres, la seule scène encore vivante du jeu  démocratique ?

 

Roland HUREAUX


 

Article publié par    www.Marianne2.fr

 

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28 avril 2008 1 28 /04 /avril /2008 20:52

 

Le rapport Attali, pot-pourri de  ce qui se trouve dans l’air du temps en matière de réformes administrative  a provoqué un beau tollé en proposant de supprimer le département.  

Le lobby des présidents de conseils généraux s’en est ému ;   le département parait si bien ancré dans notre réalité administrative que la proposition a paru une incongruité.

Mais le débat engagé demeurera dans la confusion tant qu’on n’aura pas rappelé que  le terme de  département  recouvre deux réalités différentes.

Il s’agit d’abord d’une circonscription administrative des services de l’Etat, à la tête de laquelle, depuis  Bonaparte,  se trouve  placé un préfet.

Mais le département est aussi devenu dans le courant du XIXe siècle une collectivité locale autoadministrée à l’instar de la commune - et aujourd’hui de la région. Depuis 1983, ce n’est plus le préfet qui en assure l’ exécutif, c’est le président du conseil général à la tête d’un conseil délibérant composé de conseillers généraux élus au scrutin uninominal dans chaque canton. Le département ainsi conçu, généralement appelé « conseil général »,   se consacre d’abord  à l’aide sociale et à l’entretien des  routes départementales  mais il tend à s’occuper aussi de bien d’autres choses, comme le tourisme.

Dans le panorama touffu de notre administration locale, les conseils généraux ont, non sans quelques raisons, mauvaise presse. Leur existence  affaiblit la région et pèse sur les maires de plus en plus pris – à l’exception des plus importants  -  dans un réseau serré de féodalités politiques. Leurs attributions facilitent le clientélisme. Les présidents de conseils généraux  ont plus de poids   au  Sénat   que les présidents de région, moins nombreux. Il est pratiquement impossible de faire carrière dans un parti donné contre le président du conseil général s’il est du même bord.

Proposer comme le fait le rapport Attali de  partager les  attributions de la collectivité départementale entre les communes (aide sociale ) et les régions (routes, développement économique) n’est pas absurde. Encore faudrait-il faire avaliser une telle réforme au Sénat qui  a le dernier mot en matière de libertés  locales, ce qui est une autre affaire.

Faut-il pour autant remettre en cause le département comme échelon de l'Etat ? Créés au moment de la Révolution  dans le but d’harmoniser les découpages et de rapprocher l’administration des citoyens (la taille des départements devait être telle qu’on puisse aller et revenir au chef-lieu à cheval en un jour.), les départements sont devenus au fil des ans une réalité forte de notre paysage administratif. Les grands services régaliens, ceux qui seuls subsisteront quand les autres auront disparu – gendarmerie, services fiscaux – sont organisés à ce niveau. Au demeurant bien des administrations non étatiques (les banques par exemple, mais aussi les diocèses) fonctionnent aussi sur la base du département. La réforme Dati, en concentrant les juridictions au niveau départemental, va dans le même sens. Même si certains  services de l’Etat ont été affaiblis par la décentralisation et tendent donc à se regrouper à l’échelon régional, le préfet de département demeure un point fixe de notre paysage administratif.  

Supprimer le département,  comme échelon de l’Etat était le rêve des maurrassiens hostiles à cet héritage révolutionnaire et favorables au contraire à la région , qui rappelait la province d’Ancien régime. Mais ces considérations sont aujourd’hui bien oubliées. La suppression du département irait surtout dans le sens de ce brouillage systématique  des repères auxquels l’univers libéral  se complait   sans que l’on perçoive encore les économies qui en résulteraient.

Mais peut-on faire l’un sans l’autre : conserver le préfet et supprimer le président du conseil général ? Pourquoi pas ? Les sous-préfets, qu’il est aussi question de supprimer, n’ont pas, eux, de vis-à-vis. Le dogme français qui fait correspondre aux échelons départementaux et régionaux un représentant de l’Etat et une exécutif local, ne se justifie pas. Comme on le voit,  il y a dans le rapport Attali à prendre et à laisser.

 

Roland HUREAUX

 

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28 avril 2008 1 28 /04 /avril /2008 20:50

Quelle mouche a donc piqué Rachida Dati, qui semble  pourtant une fine guêpe, pour qu’elle engage tout son crédit dans la réforme de la carte judiciaire, carte qui n’est pas, c’est le moins qu’on puisse dire, le principal grief des Français à l’égard de leur justice ? 

Il est douteux que le garde des Sceaux (elle préfère le genre masculin et nous lui en donnons acte)  se soit engagé seul dans une entreprise politiquement aussi risquée A-t-elle eu l’aval de Nicolas Sarkozy ?  Sans doute,  mais ce n’est pas faire injure au président que de dire qu’il  connaît mal les problèmes d’administration territoriale. Claude Guéant lui, les connaît. Au moins en principe.

Il est en tous les cas dommage qu’une personnalité aussi originale et aussi prometteuse s’use à grande vitesse sur un aussi mauvais dossier.

 

Un coût politique lourd

 

A supposer que cette réforme soit bonne, était-elle politiquement opportune ? Résolument non.

Les principales  tentatives de refonte des cartes administratives  de ces dernières années ont tourné court. 

Le ministère de l’intérieur  a voulu réduire le nombre des sous-préfectures en ne nommant pas de titulaire dans les plus petites. Il  est revenu en arrière.

La suppression des plus  petites brigades de gendarmerie a été abandonné : après beaucoup de remue-ménage,  celles qui ont disparu se comptent sur les doigts de la main ; cette tentative fut une des raisons pour lesquelles les gendarmes ont défilé en uniforme sur les Champs Elysées en décembre 2002.

Le dessein de réduire sournoisement nos 36 000 communes à 3 ou 4 000, s’est traduit par la création d’échelons supplémentaires,  pompeusement  appelés communautés de communes,  qui ont démultiplié les coûts de structure.

Il faut remonter à la Révolution pour voir une refonte totale de la carte administrative de la France. Mais l’esprit  révolutionnaire  qui veut faire « table rase »  du passé  est-il   aujourd’hui une référence ? Comme le rappela en son temps Mirabeau, l’administration territoriale n’a pas à être « au carré ». Elle intègre  tout un héritage historique, comportant des dissymétries, des inégalités,   qui mérite respect et dont  la sagesse commande de s’accommoder.

Au demeurant, en créant les départements et les arrondissements, au ressort plus restreint que l’ancienne « généralité », l’Assemblée constituante avait rapproché l’administration des citoyens et non l’inverse comme on veut  le faire aujourd’hui.

En   1926 Poincaré réussit  certes à mener à bien  une vraie simplification de   la carte administrative,  supprimant d’un coup le tiers des sous-préfectures. Mais il ne s’agissait de rien moins que de payer les arriérés de la Grande guerre.  Au demeurant les villes touchées sont pour la plupart devenues des bourgades : faut-il sen féliciter ?

En tous les cas, si une réforme de ce genre  réussit, ce sera  avec un  coût politique important : les parlementaires  candidats aux municipales s’en rendent comptent. Il est probable qu’ en mars prochain le gouvernement paiera cher cette réforme.

 

Une réforme inutile

 

Mais même si cette réforme ne posait pas de problème politique, peut-on dire qu’elle est  une bonne réforme ?

Là aussi il faut répondre résolument non.

D’abord elle ne fera faire que des économies de bout de chandelle – si son bilan financier ne s’avère pas finalement négatif :   les frais de déménagement, les mois de désordre qui s’ensuivront, la mise à l’encan de   tribunaux flambant neufs, l’agrandissement de ceux   où se concentreront les affaires  coûteront en effet très cher.

C’est une erreur hélas trop répandue de croire qu’en matière administrative , on fait , comme quand on fabrique des voitures, des « économies d’échelle » : c’est généralement  le contraire.

Surtout  les petits  tribunaux voués à la disparition donnaient l’exemple d’une justice de proximité, celle là même à laquelle tout le monde aspire. Les affaires y étaient plus vite expédiées, les décisions défiant le bon sens plus rares.

Qui imagine une seconde qu’en opérant un regroupement au forceps dans de grandes unités – à moyens inchangés, puisque c’est là le but de la réforme – les délais seront raccourcis ou la justice plus sereine ?

Une fois de plus se trouve à l’oeuvre  le mécanisme pervers  de la réforme « idéologique » : on s’en prend à ce qui  marche et  on laisse en l’état   ce qui ne marche pas.

Cette réforme fait enfin fi du souci, il est vrai bien oublié,  de l’aménagement du territoire. Les victimes en sont les petites villes des régions à dominante rurale. D’autant qu’après les tribunaux, on s’attend à ce qu’y  soient  supprimés  les  hôpitaux de proximité, voire les sous-préfectures.  Ceux qui aiment la France profonde savent qu’un de ses charmes est son réseau de petites et moyenne villes. Le tissu administratif contribue à  les soutenir. Leur disparition amènerait une sorte d’américanisation du territoire : une géographie réduite à de grandes métropoles séparées par de vastes étendues semi désertiques, aux antipodes du génie européen.  

La culture très parisienne de la fusion et du regroupement, au bénéfice de grandes entités généralement inefficaces tend à laminer cette France moyenne  où l’intégration se fait plus facilement, où les valeurs démocratiques sont mieux préservées. Elle est la marque d’esprits superficiels  qui sacrifient à des préjugés sommaires tant l’héritage de l’histoire  que le pragmatisme administratif.

La crise judiciaire, le malaise qui éloignent les Français et leur justice sont bien réels. Qui ne voit que,  pour en venir à bout, il y avait des chantiers bien plus urgents que   cette refonte stupidement technocratique de l’implantation des tribunaux ?

 

 

Roland HUREAUX  

 

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28 avril 2008 1 28 /04 /avril /2008 20:48

 

Il y a quelque chose de fascinant à voir  un homme politique relativement jeune ( 47 ans) et noir  comme Barack Obama  briguer avec quelques chances de succès l’investiture démocrate pour  l’élection présidentielle américaine.

Autant que son audace, frappe l’aisance de ce candidat improbable dans un pays où aucun homme de couleur – à l’exception du général Colin Powell qui, sollicité par le parti républicain, déclara forfait -  n’avait pu  jusqu’ici envisager sérieusement d’entrer dans la course présidentielle.  Une aisance qui le fait même qualifier de  « nouveau Kennedy ».

La vérité est qu’Obama n’est pas un vrai noir !  Il ne l’est que pour ceux qui pensent que la couleur de la peau a de l’importance. Sur le plan culturel, le seul qui importe, Obama est le contraire d’un noir américain. Non par sa mère blanche qui  descendrait du président sudiste Jefferson Davis  - mais aussi, plus classiquement,  de paysans irlandais chassés par la famine de 1846 : aux Etats-Unis, une goutte de sang noir suffit à  vous faire  « black ». C’est de  son père,  Barack Obama Sr, homme politique kenyan de l’ethnie Luo, que le sénateur du Michigan a reçu une empreinte vraiment originale.

Les Luos appartiennent à cette grande famille de peuples pasteurs d’Afrique de l’Est  dits « nilo-hamitiques ». Si l’expression que de Gaulle appliqua une fois aux Juifs  « peuple sûr de lui et dominateur » a un sens, c’est bien dans cette région du monde. Les Nilo-hamitiques sont le contraire d’esclaves ou de descendants d’esclaves. Ces peuples  fiers et guerriers (1)  dominèrent longtemps les Bantous cultivateurs et sédentaires. Ils résistèrent avec succès aux entreprises des marchands d’esclaves arabes de la côte swahilie, quand ils ne collaborèrent pas avec eux.  Eux ou leur cousins sont au pouvoir au Rwanda, au Burundi, en Ouganda, en Ethiopie et au Soudan (quoique les Nilo-Hamitiques soudanais se prétendent Arabes).   De grands hommes politiques de la région comme Julius Nyerere, fondateur du socialisme ujamaa ou Yoweri Museveni actuel président de l’Ouganda en sont. De même l’ancien archevêque de Dar-es-Salaam  Lawrence Rugambwa,  fait premier cardinal africain par une Eglise romaine qui s’y connaît en  chefs.  Kabila, président du Congo est, dit-on,  à moitié tutsi.

Se   rattachent en effet aux peuple nilo-hamitiques  les Tutsis du Rwanda et du Burundi : minorité « noble » pesant entre   5 et 10 % de la population,  qui domina longtemps dans ces deux royaumes la majorité Hutu (lesquels sont des bantous). Renversée au Rwanda en 1960, la minorité tutsi  , aidée par l’ougandais Museveni, est revenue  au pouvoir sous l’égide de Paul Kagame en 1994. L’armée des « ci-devants », exilés depuis plus de trente  ans est rentrée au pays en massacrant à tour de bras. Les tenants du pouvoir majoritaire hutu, pris de panique,  commencèrent alors  à massacrer tous les Tutsis de l’intérieur et leurs amis réels ou supposés: ce fut le grand génocide de 1994. Le pouvoir est aujourd’hui exercé dans ce pays d’une main de fer par une petite minorité de Tutsis de l’étranger – très peu nombreux du fait du massacre des Tutsis de l’intérieur : peut-être 1 % de la population.

La diaspora tutsi en Europe ( particulièrement forte en Belgique ) et dans le monde est depuis lors un relais efficace de la propagande de Paul Kagame :  personne ne conteste le chiffre devenu « canonique » de 900 000 victimes,  pourtant issu d’une source unilatérale ; personne ne parle des massacres de Hutus par les Tutsis qui , quoique moins concentrés dans le temps, ont fait, sur la longue période encore plus de victimes. Tous ceux qui contestent la version officielle propagée par le gouvernement de Kigali sont menacés, où qu’ils se trouvent, de lynchage médiatique ou internautique, ou de procès téléguidés dissuasifs : la France fut ainsi fort injustement mise au banc des accusés dans  l’opération Turquoise  pour complicité avec les génocidaires, jusqu’à ce que Bernard Kouchner aille à Canossa à Kigali (2). Le courageux journaliste Pierre Péan qui a osé contester la version des vainqueurs tutsi et par là  défendre l’honneur de l’armée française dans un livre remarquable (3)  est depuis lors l’objet d’ une persécution sans merci. Agents conscients ou inconscients de l’internationale tutsi, la plupart des journalistes français se sont déchaînés contre son livre. SOS-Racisme a traîné son auteur devant les tribunaux pour racisme et complicité de génocide.

Au Kenya, l’ethnie dominante est au contraire une ethnie bantoue, les Kikouyous, servis par leur majorité relative, leur centralité et surtout  une empreinte anglaise plus forte. L’actuel président kikouyou Mwai Kibaki, usé , s’est vu contesté lors de la dernière présidentielle par une coalition menée par le Luo Rail Odinga,  fils d’Oginga Odinga , homme politique kenyan de la première génération, proche du père d’Obama.  Que Kibaki n’ait été réélu qu’au moyen de fraudes massives est aux origines des graves tensions actuelles de ce pays.

Même si le rôle des Tutsis du Rwanda est sujet à caution, être nilo-hamitique n’a certes rien d’infâmant, bien au contraire.

On comprend cependant, au vu de cet arrière-fond, à quel point le phénomène Obama est singulier, à quel point surtout la culture du candidat démocrate est étrangère à celle du Deep South. Un chef Luo n’a rien à voir avec l’oncle Tom pas plus que les chants guerriers masaï avec les mélopées des cueilleurs de coton du Mississipi !  

C’est ce qui explique sans doute que sa candidature pose si peu de problèmes à l’establishment américain et que, bien qu’il s’agisse, au moins formellement,  d’une candidature « noire », elle paraisse aller de soi. 

C’est ce qui explique aussi peut-être   la difficulté qu’éprouve  la communauté noire américaine à  se reconnaître dans ce candidat issu d’un univers si antithétique au sien. En définitive Obama ne s’en rapproche que par l’action sociale  qu’il a eue  dans les quartiers pauvres de Chicago et par sa femme qui est, elle, une authentique afro-américaine. Son élection éventuelle  ne signifierait pas nécessairement une promotion de la communauté noire.  Il faudrait plutôt l’analyser comme un phénomène sui generis.  

 

 

Roland HUREAUX

 

1.                       Parmi lesquels les célèbres masaïs.

2.                       Pierre Péan, Noires fureurs, blancs menteurs, Mille et Une Nuits

3.                       Ce que pouvait avoir d’incongru cette quasi repentance du ministre des affaires étrangères français a été justement relevé par  l’universitaire belge Filip Reyntjens ( Le Figaro,  30/1/2008 )


 

Article publié dans www.marianne2.fr 

 

 

 

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28 avril 2008 1 28 /04 /avril /2008 20:43

 

La menace bien réelle qui pèse sur la survie de la Belgique, dépourvue de gouvernement depuis bientôt six mois en raison de la mésentente des Flamands et des Wallons  amène certains  à remettre en cause les  Etats dits  artificiels.

Des menaces non moins sérieuses pèsent sur l’Espagne où la revendication des « autonomies » va aujourd’hui de plus en plus loin.

Le thème des Etats artificiels avait un temps fait florès en Afrique où de bonnes âmes   dénonçaient le caractère arbitraire des frontières héritées de la colonisation, qui ne tenaient pas  compte des réalités tribales.

Il existe aujourd’hui en Europe des mouvements,  bien vus en Allemagne mais aussi à Bruxelles  qui, au nom de la défense des cultures et des langues régionales, ou au nom de  l’ « Europe des régions »,  promeuvent sournoisement un redécoupage de l’Europe sur une base ethnique, ce qui aurait pour effet, selon une recette expérimentée en d’autres temps,  de grossir l’Allemagne et d’amoindrir à peu près tous les autres Etats !

Ces discours récurrents  ne tiennent pas compte d’une donnée fondamentale : dans  aucun continent, les Etats modernes – et même ceux qui ont une histoire déjà longue -, ne coïncident, ni près avec des réalités ethniques. Partout dans le monde, et pas seulement en Afrique, des frontières coupent des tribus, des peuples, des civilisations homogènes. Le recensement de ces situations serait long :  les Thaïs se trouvent non seulement en Thaïlande mais aussi au Vietnam, les Malais en Malaisie et en Indonésie, les Patchounes au Pakistan et en Afghanistan, les Kirghiz  en Afghanistan et au Kirghizstan, les Ouzbeks en Afghanistan et  en Ouzbékistan. Il y a des Azéris en Azerbaïdjan et en Iran et, des Russes au Kazakhstan etc.

Le cas le plus problématique et sans doute celui qui mérite aujourd’hui d’être le plus pris au sérieux est celui des Kurdes, dépourvus d’Etat et répartis entre l’Irak, l’Iran, la Turquie et même la Syrie.  

On sait que  la même situation est de règle en Afrique, avec par exemple les  Masaïs éclatés entre les  le Kenya et la Tanzanie, les Tswanas entre l’Afrique du Sud, le Botswana et le Zimbabwe, les Ovimbundus entre l’Angola et la Namibie, ou encore les Sarakolés entre le Mali, la Mauritanie  et le Sénégal. Curieusement un des pays les plus désordonnés de ce continent est la Somalie, ethniquement homogène, celui qui a connu les massacres les plus horribles, le Rwanda,  dont les  frontières, loin d’être artificielles,  sont  bien antérieures à la colonisation.

Le problème se pose différemment en Amérique où l’immigration européenne, la traite des Noirs, le  métissage ont  largement estompé les clivages ethniques antérieurs à la découverte. Au contraire, on chercherait en vain les différences ethniques entre des pays comme l’Argentine, le Chili ou l’Uruguay, voire les Etats-Unis et le Canada anglophone. Ce dernier s’inscrit au contraire dans un ensemble biculturel, contesté mais  qui subsiste toujours.

Pourquoi  donc s’offusquer qu’il y ait des Flamands en Belgique, en France avec des cousins très proches aux Pays-Bas ? Des Flamands et des francophones en Belgique, que l’ethnie basque se trouve répartie entre la France et l’Espagne (9/10 en Espagne, 1/10 en France), la culture catalane également entre la France et l’Espagne, qu’il y ait des francophones en France, en Belgique, en Suisse et en Italie, que les Corses français soient culturellement  proches de l’Italie, les Alsaciens de l’Allemagne. Rappelons qu’il y a des Hongrois en Slovaquie et en Roumanie, des Bulgares et des Albanais en Macédoine.

Les seules  tentatives de créer au XXe siècle des Etats ethniques furent le fait de régimes totalitaires : le régime nazi, bien sûr, le régime soviétique (quoique le découpage des républiques soviétiques selon le critère ethnique : Ouzbékistan, Tadjikistan, Turkménistan etc. n’ait pas été partout parfait ), et l’Afrique du Sud qui créa elle aussi au temps de l’apartheid des Etats artificiels sur une base ethnique, les bantoustans. Peu glorieuses références.

Les opérations de « purification ethnique » visant à créer des Etats homogènes  qui ont eu lieu, au détriment des Allemands en 1945  et  (principalement)  des Serbes en 1995  furent des tragédies qui ne sauraient non plus être érigées en exemples.

C’est dire qu’on aurait tort de regarder avec un a priori systématiquement bienveillant toutes les revendications autonomistes, voire indépendantistes qui se déchaînent aujourd’hui à travers l’Europe – pas seulement en  Belgique -  et le monde. Certaines de ces revendications (nous avons évoqué le cas des  Kurdes) sont compréhensibles du fait de la dimension du peuple concerné et de sa spécificité, beaucoup d’autres portent avec elles le risque  d’une régression ethniciste, laquelle, si elle devait être généralisée replongerait le monde – et  pas seulement l’Afrique – dans le chaos.

L’Afrique après la colonisation s’est, avec sagesse, fixée comme règle  l’intangibilité des frontières tracées à l’indépendance; ce principe  fut longtemps un des fondements de l’ONU, et en Europe un des piliers des accords d’Helsinki. Il  est regrettable que l’on ait fait une exception avec la Yougoslavie et la Tchécoslovaquie, aujourd’hui éclatées. Il est encore plus dommage que les Américains et les Européens, avec une invraisemblable légèreté,   encouragent   l’indépendance au Kosovo qui a la taille de deux départements français !  Une décision qui serait lourde de conséquences, sans doute funestes, à commencer par l’éclatement de la fragile  Bosnie multiethnique.

Si l’on considère ce qui se passe à travers le monde, il y a au total le niveau de l’ethnie – qu’elle soit conçue comme une entité raciale ou seulement culturelle  -, il y a ou il y a eu dans certains cas celui de l’Empire, fédérant par la force  des entités diverses et hétérogènes (Empire romain, Empire britannique, Empire français) ; il y a entre les deux l’Etat national doté généralement  d’une certaine homogénéité mais pas de manière systématique, loin s’en faut. Ce dernier n’est pas, comme la tribu, un produit de la nature, ni comme l’Empire de la conquête et de la contrainte, il résulte de l’histoire  et de la civilisation. Il est à respecter  comme tel.

 

Roland HUREAUX

article publié par www.Marianne2.fr

 

 

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28 novembre 2007 3 28 /11 /novembre /2007 09:52

 

 

 

 

 

 

Il est exagéré de dire que l’affaire de l’ « Arche de Zoé » remet en cause toute la politique d’ingérence humanitaire chère à Bernard Kouchner. Il s’est bien passé des choses horribles au Darfour, plus encore qu’en Côte d’Ivoire,  et envoyer un contingent militaire ne se situe pas sur le même registre  qu’adopter quelques enfants.

Cette affaire un peu lamentable illustre en revanche la dramatique confusion des valeurs dans laquelle baignent trop de nos contemporains.

A supposer qu’il n ‘y ait pas eu   de but  lucratif chez les organisateurs de  cette peu glorieuse équipée, ce qu’on veut bien leur concéder au bénéfice du doute, l’affaire pose à la fois la question de l’adoption et celle de notre rapport au Tiers monde, deux questions qui ne devraient rien à voir entre elles et dont la conjonction en l’espèce est en elle-même suspecte.

Le désir d’avoir des enfants de la part de couples ( hétérosexuels bien entendu) qui n’arrivent pas à en concevoir  par les moyens naturels est évidemment respectable et, dans la mesure où existent à l’inverse  des enfants sans parents , il n’y a rien de choquant à ce que l’on recoure alors  à la vieille procédure romaine de l’adoption (1) .

L’adoption est beaucoup plus ambiguë chez ceux qui renoncent volontairement  à avoir des enfants. Les motivations de ce comportement rare mais  contre-nature ne sauraient être que fallacieux : ne pas aggraver la surpopulation, ne pas accroître encore la souffrance du monde, dit-on généralement . Elles   reposent  sur une vision entièrement négative de la société humaine : l’enfant adopté est alors, en même temps qu’un réfugié,   une sorte de refuge:  « au moins un qui sera heureux ».  

Même si , en l’espèce, les candidats à l’adoption ne sont pas majoritairement dans ce cas, cette idée d’un monde voué au malheur est sous-jacente dans la référence à l’Arche de Noé qui assimile implicitement l’ensemble de l’Afrique au déluge universel (2). Il est dans la nature de l’homme de chercher à se perpétuer par la procréation : le refuser volontairement procède non seulement de la haine du monde mais aussi de la haine de soi. Or il faut aimer les enfants comme nous-mêmes : comment aimer sainement un enfant adopté à partir de  pareilles prémisses ?

 

 

 

L’adoption n’a rien à voir avec l’aide humanitaire

 

 

 

 

Surtout le désir d’adoption, même si nous sommes dans le cas où il est légitime, ne devrait avoir rien à faire avec l’aide humanitaire.

Celle-ci  ne saurait être que désintéressée : elle doit donc être rigoureusement  séparée d’un désir d’enfant nécessairement  autocentré (même quand ce désir  est parfaitement sain) .  Désintéressement ne veut pas dire désintérêt, bien au contraire. Le premier acte de charité, avant de faire quoi que ce soit pour autrui,  est d’essayer de  comprendre  sa situation. De passer d’une préoccupation subjective à une attention objective à autrui. S’ils n’avaient pas été enfermés dans leur narcissisme pseudo-humanitaire, les promoteurs de l’adoption d’enfants du Darfour   auraient d’abord cherché à comprendre l’Afrique, ce que tout laisse à penser qu’ils n’ont pas fait.

L’enfant , pour un Africain, n’est pas une charge mais un don du ciel. Si ses parents naturels  ne peuvent pas s’en occuper, s’ils ont par exemple été massacrés à l’occasion d’une guerre, les liens claniques et tribaux permettent presque toujours de trouver une solution de remplacement au sein de la   parenté élargie. En tout état de cause l’enfant appartient à cette communauté, le prendre , même avec les meilleures intentions, sans le consentement de tout le groupe  est assimilable à un rapt. Des rapts certes il en existe  , au Soudan en particulier où le commerce des esclaves perdure,  ou dans les pays où prospèrent les milices d’enfants soldats. Mais ces pratiques odieuses sont tenues pour des crimes contre l’humanité pas pour des actions humanitaires.

Cela, tous ceux qui ont fréquenté l’Afrique le savent peu ou prou.

Il est à déplorer que l’humanitaire occidental ( collecte de fonds y compris) vive trop souvent  sur   un collection de clichés  qui   témoigne d’une profonde méconnaissance du continent africain et de ses habitants.  Il serait trop long de les recenser dans le présent article. Nous le laissons pour une autre fois.  La première méconnaissance est d’ailleurs de confondre  les problèmes spécifiques aux pays en guerre ( qui ne seraient pas très différents pour nous si nous étions nous-mêmes en conflit ) avec ceux du sous-développement en général,  lesquels ne sont pas du tout du même ordre.

Une autre méconnaissance est d’imaginer que tous les Africains  sont candidats à l’émigration, alors que cette propension est très variable d’un pays à l’autre, d’une région à l’autre et qu’elle dépend  bien plus des tradition locales que du niveau de vie. Est-il nécessaire au demeurant  de s’appesantir sur ce qu’a de   désobligeant et de méprisant  le fait de ne plus considérer l’aide au développement que sous l’angle de la prévention des migrations,  une attitude qui tend à devenir la posture officielle ?  

Nous n’hésiterions pas à dire en outre, au risque de choquer,  que quand il n’y a ni guerre ni calamité agricole exceptionnelle, les Africains réels ont l’air bien moins tristes que nos foules citadines.

Oui, l’acte I de la morale est de chercher à  connaître son prochain et  non pas de projeter sur lui nos fantasmes, désir d’enfant y compris. Le moins qu’on puisse dire est que nous sommes aujourd’hui  loin du compte.

 

 

 

                                                 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

1.                     On rappellera qu’un plus large développement de l’accouchement sous X , comme alternative à l’avortement, permettrait  de trouver plus facilement  des enfants à adopter.

2.                     Cette vision catastrophique de ce « bas-monde », répandue chez les tenants de la deep ecology  a des antécédents dans la gnose et le manichéisme.

 

 

 

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28 novembre 2007 3 28 /11 /novembre /2007 09:50

 

 

L’année du cinquantième anniversaire du traité de Rome, vrai  point de départ de la construction européenne,   se termine sans que le rôle essentiel du général de Gaulle au départ de celle-ci ait été salué comme il convient.

Les partisans de l’intégration européenne se gardent de  mentionner son nom : il n’évoque pour eux  que le refus de la supranationalité,  la dénonciation des « cabris » et  la politique de la  chaise vide. Bref, le général  est le mauvais génie, un homme forcément « dépassé ».

Les souverainistes les plus radicaux, de leur côté,    réduisent son action à la défense de la souveraineté nationale. De manière un peu courte, tout ce qui va contre l’Europe est, pour eux, gaullien.

Seuls des hommes comme l’archiduc Otto de Habsbourg ont rendu hommage au rôle du général aux origines de la construction européenne.

Un rôle essentiel.

Il est même permis de dire que  l’Union européenne, telle que nous la connaissons pour le meilleur et pour le pire, n’existerait sans doute pas si le général de Gaulle ne s’était trouvé au pouvoir pendant  les onze  années qui ont suivi la signature du traité de Rome.

Ce traité, il n’en avait pas été, comment l’ignorer ? enthousiaste. Muré dans un silence hautain  au moment où il était négocié, il ne cacha cependant pas à ses proches les réserves que lui inspirait ce projet, au même titre que    toutes les initiatives des partisans de l’Europe intégrée.

Néanmoins, une fois revenu au pouvoir, il s’attacha à le mettre en œuvre avec ardeur.

D’abord parce qu’il mettait un point d’honneur à respecter la signature toute fraîche de la France.

Ensuite parce qu’il voyait dans ce traité instaurant le marché commun,    au départ   d’abord commercial,  un défi à relever susceptible de stimuler les Français. La baisse des droits industriels, que tout le monde redoutait, même accompagnée d’une importante dévaluation, devait, selon lui, stimuler notre économie et c’est bien ce qui arriva. On  ne saurait oublier que tout au long de la présidence de  ce  prétendu isolationniste, les tarifs douaniers industriels ne cessèrent de baisser : ils furent même  abolis le 1er juillet 1968, peu de temps avant sa retraite.

Les partisans de l’Europe, qui, en France et à l’étranger,  redoutaient  le retour au pouvoir du général, suspect de nationalisme, virent dans ces premiers pas une heureuse surprise.

 

 

La politique agricole commune

 

 

 

Le climat se gâta à partir de 1962, quand il s’agit de mettre en  œuvre le second volet du marché commun : la politique agricole commune, édifice plus complexe parce qu’il supposait toute une mécanique, coûteuse pour les budgets,  de  soutien des marchés et non pas seulement leur libre jeu.

Ce volet avait été signé avec beaucoup de réticences par certains de nos partenaires. Il était considéré d’un mauvais œil par les Etats-Unis qui craignaient le protectionnisme  européen et risquaient, du fait de la préférence communautaire, de perdre  une partie de leurs débouchés agricoles sur le continent. C’est pourquoi  Jean Monnet, toujours proche des intérêts américains, initiateur de la CECA et de la CED  avait été réticent devant le traité de Rome.

Nul doute que si une forte volonté n’avait appuyé la mise en œuvre du marché commun agricole, ce dernier eut été coulé par les pressions américains sur  les Européens les plus vulnérables.  Pour le général de Gaulle aucun  compromis  n’était possible : le volet industriel, favorable disait-on à l’Allemagne, devait être complété par le volet agricole dont la France serait  le grand bénéficiaire. C’est cette volonté qui s’affirma au cours des marathons agricoles successifs, du premier, fin 1961 à la crise de juin 1965 qui se traduisit durant sept mois par la « politique de la chaise vide » et au terme de laquelle   la France finit par imposer son point de vue.  

Comme toujours chez le général, les enjeux de la grande politique ne lui faisaient pas perdre de vue les   intérêts concrets des Français, en l’occurrence des agriculteurs.   

C’est ainsi que  le général imposa la mise en œuvre du marché commun agricole. Quand on sait que ce  dernier représenta pendant une vingtaine d’années environ 80 %  du budget communautaire, on mesure l’importance qu’il eut au démarrage de  la Communauté économique européenne. Jusqu’aux années quatre-vingt, l’Europe, c’est d’abord la politique agricole commune. Nul doute que sans la forte volonté du général,  celle-ci n’eut pas vu le jour.

 

 

Le  rejet de la  candidature du Royaume-Uni

 

 

 

Autre sujet contentieux : l’entrée de  l’Angleterre dans la Communauté. Pour nos partenaires, poussés par les Etats-Unis,  celle-ci allait de soi. Que le gouvernement britannique cachât à peine son intention  d’ y être le  cheval de Troie des Américains, voire de saboter l’entreprise de l’intérieur, leur importait peu. Paradoxalement, sur la scène française, les partisans de l’intégration la plus poussée, SFIO et MRP, qui,  n’en étaient pas à une contradiction près,  étaient aussi  les plus fermes  partisans  de l’entrée du Royaume-Uni. Même contradiction hors de nos frontières chez un Paul-Henri Spaak pour qui l’Europe sera supranationale ou ne sera pas », mais lui aussi fervent partisan de l’entée de l’Angleterre...

On sait comment le général mit son veto, à deux reprises en 1962 et 1967 à cette candidature. Le Royaume-Uni entra dans la  Communauté mais plus tard, après qu’elle ait été  consolidée ; on sait   le  rôle ambigu que ce pays  joua dans l’Union, une fois entré : sa manière propre de garder un pied dedans et un pied dehors, de tirer tous  les avantages et de refuser  les  inconvénients de l’Europe. Tout cela est, on ne le voit que trop, conforme au pronostic du général. Mais  dans les décennies qui ont suivi,  l’Angleterre ne cherchait plus  à démolir l’édifice. Nul doute que si, comme cela aurait  été le cas avec  tout  autre dirigeant que lui, l’Angleterre avait été admise d’emblée, l’entreprise européenne eut fait long feu.

 

 

La réconciliation franco-allemande

 

 

 

A cette Europe en construction, il ne suffisait pas de  se doter d’institutions, il   fallait une âme. Il fallait pour cela surmonter la principale source de conflit : le contentieux franco-allemand. Le traité d’amitié et de coopération  du  22 janvier 1963, passé entre de Gaulle  et Adenauer, acte historique s’il en est,  mettait un terme  à  un siècle d’hostilité entre les deux principales nations continentales de l’Europe de l’Ouest. Désormais la coopération franco-allemande devait être le moteur des avancées européennes, la négociation directe entre les deux grands partenaires permettant à chaque pas de prévenir ou de surmonter les crises.

Cette conception gaullienne de l’Europe fondée sur l’idée d’un bloc continental  solidaire à direction franco-allemande  et émancipé des Anglo-Saxons ne plaisait pas à Washington. L’Amérique tenta de saboter le traité de l’Elysée ou du moins de lui enlever sa portée en assortissant sa ratification par la partie allemande d’une déclaration destinée à  en amoindrir la portée. Le paradoxe est que cette déclaration fut préparée sous les auspices de Jean Monnet, fidèle à ses allégeances américaines et que  l’aveuglement idéologique conduisait ainsi à contrecarrer  l’acte de réconciliation le plus fondamental qui ait été passé en Europe depuis la guerre

Mécontent des positions prises par   la Commission , spécialement par son président Walter Hallstein, de Gaulle obtint au terme de l’ultime crise de 1965-66  qu’elle soit renouvelée dans un sens plus favorable à ses idées. Elle n’eut plus à partir de ce moment et pour quelques années la  prétention de  devenir un super-gouvernement. En même  temps que le rêve supranational était enterré, de Gaulle fit admettre en, janvier 1966  le compromis dit  de Luxembourg selon le quel aucune décision majeure ne saurait être imposée contre son gré à  un des pays composant le marché commun.

En outre l’Euratom était enterré.

Même s’il eut  par la suite quelques mouvements d’impatience hostiles aux institutions européennes, de Gaulle ne remit plus en question l’équilibre ainsi trouvé.

 

 

L’échec du plan Fouché

 

 

 

S’il  mit provisoirement fin au rêve supranational, le général de Gaulle ne parvint cependant pas à imposer sa vision d’une « Europe des patries » : « coopération organisée d’Etats en attendant d’en venir, peut-être, à une puissante confédération. » C’était l’objectif du plan Fouché (1961) refusé par nos partenaires sous la pression des Etats-Unis.

Mais même si  le principe supranational se trouvait  mis en veilleuse, ce que les adversaires du Général ne lui pardonnèrent pas, l’édifice institutionnel de la Communauté économique européenne  était  durablement consolidé. Il était  fondé sur une base solide, le marché commun agricole,  lequel devait être la matrice des futurs développements institutionnels. Il était  d’autre part  à l’abri des tentatives de sabotage anglaises et   se trouvait doté d’un moteur : le tandem franco-allemand au travers duquel la France pouvait imprimer largement sa marque.  Malgré l’éloignement de l’Allemagne au temps du docteur Erhard, successeur aussi médiocre qu’infidèle  d’Adenauer, le traité de coopération franco-allemand porta ses fruits.   

Comme on sait, c’est  le marché commun – et non la CECA ou toute autre initiative - qui est la matrice de tous  les développement    ultérieurs de l’aventure européenne. La formule arrêtée au cours des années soixante : coopération institutionnelle d’Etats, primauté de  l’agriculture, dura jusqu’aux années quatre-vingt.  Moins que l’élargissement, c’est l’inclusion de l’agriculture dans le laminoir du GATT (  aujourd’hui OMC) en 1984  qui  marqua sa fin. Privé de sa base agricole – et même industrielle du fait de l’érosion du tarif extérieur commun, la Communauté devait rechercher d’autres finalités : l’harmonisation des législations, l’union monétaire, la libre circulation des hommes (et des capitaux) , et à terme,  la relance du  projet d’union politique marquent , à partir de 1990 une nouvelle phase dont on peut imaginer sans peine combien le général de Gaulle l’eut désapprouvée .

Mais ces nouveaux  développements se sont greffés sur un édifice qui était au départ celui du marché commun. Nul doute que si  celui-ci, au cours des dix années critiques de sa mise en œuvre, n’avait été comme « mis en couveuse », protégé par  la forte volonté du général de Gaulle, l’entreprise eut  fait long feu.

                                                            Roland HUREAUX

 

 

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20 octobre 2007 6 20 /10 /octobre /2007 19:07

 

Ceux qui s’ enthousiasment aujourd’hui de la « rupture » intervenue dans la politique française  au cours des derniers mois se félicitent que notre diplomatie  soit enfin débarrassée de son « antiaméricanisme viscéral ».

Dès qu’il est question des relations de la France et des Etats-Unis, il est des bons apôtres  aussi prompts à dénoncer l’antiaméricanisme que Georges Marchais l’était autrefois à  couper la parole de ses interlocuteurs en disant:  « ne tombons pas dans l’antisoviétisme primaire ! ».

Il est permis de se demander à ce sujet : de quoi parle-t-on ?  Les Français sont-ils, furent-ils  jamais antiaméricains ?

 

Des divergences…

 

 

Il est vrai que depuis les années cinquante, certaines divergences sont apparues à plusieurs reprises entre les positions  de Paris et celles de Washington. Dès 1956, les Etats-Unis condamnèrent et firent cesser l’engagement militaire des Français et des Britanniques    aux côtés d’Israël  contre l’Egypte. Ils désapprouvèrent à la même époque l’aide discrète de la France à l’armement nucléaire israélien. Ils firent les yeux doux au FLN  algérien.

Mais c’est à la grande époque de la diplomatie gaullienne, entre 1964 et 1969,  qu’éclatèrent  les désaccords les plus fragrants : projet de force multilatérale (visant à contrer  l’armement nucléaire français qui irritait les Américains), reconnaissance de  la Chine de  Pékin, rôle du dollar, discours de Pnom-Penh contre l’intervention américaine au Vietnam, embargo sur les armes à destination d’Israël lors de la guerre des Six Jours.

Les points de friction ouverts furent par la suite bien moins nombreux Malgré les algarades de Michel Jobert, Pompidou et Giscard, puis Mitterrand prirent rarement l’Amérique de front,  d’autant qu’entre 1970 et 1985, la guerre froide s’était durcie. Les frictions principales portèrent sur les négociations commerciales (agriculture  et culture).

La France participa à la première guerre du Golfe, et participe encore aux côtés des Etats-Unis à la plus récente guerre d’Afghanistan. Même  si les efforts des Français à l‘OTAN pour éviter les bombardements de civils serbes irritèrent les Américains (le genre d’irritation que veut désormais éviter Hervé Morin !), la participation de la France à la guerre de Yougoslavie (1999) marque un alignement sans précédent sur l’OTAN: on ne peut oublier le conformisme  obtenu de l’opinion française pendant cette guerre  par une pression médiatique sans égale. Approuvée au Congrès à une courte majorité, cette guerre le fut à la quasi-unanimité au Parlement français.

Dans la période récente,  seul le désaccord du gouvernement Chirac vis-à-vis de la guerre d’Irak (2003) exprimé  avec panache par  Villepin à l’ONU marque une divergence comparable à celles des années soixante.

Tout se passe comme si   cette divergence avait  été d’autant plus mal ressentie qu’elle était devenue exceptionnelle.

Le plus remarquable est que, presque toujours, le gouvernement français ne faisait que partager l’opinion  d’une partie substantielle de l’opinion américaine : sur la guerre d’Irak, une majorité des Américains considère aujourd’hui que la France avait raison. La dissidence  serait-elle permise aux seuls citoyens des Etats-Unis mais pas aux Etats supposés vassaux, comme au temps de la guerre du Péloponnèse, les citoyens d’Athènes avaient voix  au chapitre mais pas ceux de  Délos ?  

Il est également remarquable que tout au long de ces soixante  années, les Etats-Unis n’ont pas eu dans les crises  majeures  d’allié plus solide que la France : ce fut le cas avec l’affaire  des missiles de Cuba , ce le fut avec celle des euromissiles en Allemagne ( au moins après que Mitterrand ait succédé à Giscard) , ce le fut aussi après le 11 septembre (1)  où la coopération policière de la France avec les Occidentaux ( la seule qui importe face à ce genre de menace) fut exemplaire.  Au passage, on notera le contraste entre la solidarité sans faille des Français (opinion publique comprise)   avec les Etats-Unis après les attentats  de New York et la désinvolture avec laquelle le gouvernement américain laissait  ouvert à Washington six ans plus tôt un bureau du FIS algérien au moment où ce dernier faisait sauter des bombes dans le métro parisien  (2) !

Les Etats-Unis devraient avoir appris les leçons d’  Autant en emporte le vent. Dans les véritables épreuves, c’est la fille rebelle, Scarlett O’Hara qui est  l’appui le plus solide du clan.

 

Mais pas d’hostilité de principe

 

 

Mais aux yeux d’un certain atlantisme débridé, même nos divergences passagères témoigneraient d’un antiaméricanisme viscéral.

Divergences on l’accordera, mais y eut-il, y a t-il en France un antiaméricanisme viscéral à quelque niveau que ce soit ?

Un antiaméricanisme comparable par exemple à la vague antifrançaise hystérique qui s’est déchaînée aux Etats-Unis, excitée  par  Fox news et autres média, durant la dernière guerre d’Irak – où l’on envisagea sérieusement de débaptiser les French fries en représailles de l’abstention française !

Nous savons qu’il ne faut pas confondre Anglais et Américains mais y a-t-il  un seul éditeur Français qui accepterait de publier, à l’encontre du monde anglo-saxon, les  tombereaux d’insanités antifrançaises à l’usage des touristes que l’on trouve à  la librairie anglaise de la rue de Rivoli ?

Cet antiaméricanisme viscéral, haineux, irraisonné qu’on nous impute, on le cherche.

Rien en tous cas  dans l’opinion française actuelle de comparable aux sentiments antianglais qui existaient sous   Napoléon ou au temps de Fachoda. Rien non plus qui s’apparente à l’antigermanisme qui a prévalu chez nous durant un siècle.

On peut même penser  que le sentiment antiaméricain était  plus vif dans les années soixante. Même si les événements de mai soixante-huit ont coïncidé avec le souhait américain de déstabiliser le général de Gaulle (3), le sentiment dominant des étudiants était alors, beaucoup plus qu’aujourd’hui, l’hostilité à l’Amérique : le mouvement de mai avait été   préparé, on l’oublie trop,   par une vague de manifestions de grande ampleur contre l’intervention américaine au Vietnam. Le Nouvel Observateur évoqua  une fois  une femme qui   ne pouvait regarder  John Wayne au cinéma car, disait-elle,  le grand acteur de western lui faisait penser  au président Johnson et aux cris des enfants vietnamiens sous le napalm. Qui aujourd’hui refuserait   de voir  une série américaine pour  pareil motif   ?

Entre temps, il est vrai, au cours de  la décennie soixante-dix, la gauche soixante-huitarde fit le pèlerinage Greyhound outre-atlantique et découvrit fascinée, l’Amérique underground. Cette fascination, vite étendue à l’Amérique officielle, a produit la « gauche américaine » de Libé à Bernard-Henri Lévy.

Il est vrai qu’il existe aujourd’hui une extrême gauche antiaméricaine et anti-Bush virulente. Mais nos altermondialistes n’ont jamais été aussi violents que ceux d’Angleterre ou d’Italie. L’Amérique qu’ils haïssent est une Amérique abstraite, tenue pour le symbole du capitalisme mondialisé (à tort car les Etats-Unis sont beaucoup moins mondialistes qu’on le croit dès que leurs intérêts en  jeu), bien plus que l’Amérique concrète que généralement ils ignorent.  Et le déclin du parti communiste a globalement affaibli cette mouvance.

Différent est sans doute le sentiment des pro-palestiniens virulents,  violemment hostiles  à Israël et à l’Amérique de Bush mais ces milieux débordent-ils de beaucoup la sphère de l’islam de France ?

L’antiaméricanisme d’extrême droite tel qu’il  avait pu être cultivé  par le régime de Vichy et la collaboration, n’existe pratiquement plus. Le Pen n’a, à notre connaissance, jamais joué de cette corde.

Il reste un nombre considérable de Français  qui,  tout en ne considérant pas les Américains comme des ennemis,  n’approuvent pas telle ou telle de leur politique. Certains vont jusqu ’à  se méfier, non sans quelques raisons, de  leur ambition hégémonique,  naturelle à toute  grande puissance :  dans la jungle internationale  le petit animal ne regarde pas sans appréhension  le gros, quel qu’il soit,  même s’il est supposé bienveillant.  Mais cela ne veut pas dire que ces Français aient aucune hostilité de principe   vis-à-vis de ce qui vient des Etats-Unis. Certains aiment les westerns et la country. On peut tenir la guerre d’Irak pour une grave erreur et même pour une agression injustifiée et en même temps    reconnaître que le cinéma américain est meilleur que le cinéma français. Cela n’empêche  d’ailleurs pas  non plus de soutenir l’exception culturelle qui permet à ce cinéma français d’exister encore.

La défense de la langue française, comme la défense de l’ensemble de nos intérêts essentiels,  n’implique aucune haine de l’Amérique. Il ne s’agit d’ailleurs nullement d’un  débat transatlantique mais un débat franco-français. L’adversaire, ce ne sont pas les Américains qui se moquent comme une guigne de la langue française (n’hésitant pas à emprunter sans complexes autant de mots  français que nous d’anglais) mais une lutte contre la veulerie de certaines élites françaises qui se refusent  aux obligations  élémentaires  qui furent celles de toute élite en tous temps et en tout lieu : défendre les intérêts et la  culture  de son pays. Quand le baron Seillière parle anglais dans une réunion européenne où figure Jacques Chirac, ce n’est pas l’Amérique qui se montre méprisable, c’est le baron Seillière.

Il est donc parfaitement légitime que des Français et même des dirigeants français (s’il s’en trouve encore d’assez courageux) formulent des divergences vis-à-vis de la politique américaine, ni plus ni moins que les citoyens américains ne le font.

Mais  il convient de rejeter catégoriquement cette rhétorique perverse qui tendrait à culpabiliser les Français pour leur supposé antiaméricanisme viscéral ; c’est les culpabiliser de  leur liberté. C’est le début de la servitude.  Il y a là, qu’on le veuille ou non quelque chose de l’attitude de Big brother  tendant à « purifier le cerveau des mauvaises pensées ». Ceux qui dénoncent le fantôme de l’antiaméricanisme cachent mal une  volonté d’assujettissement total inacceptable pour une nation libre.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

1.                    Et même avant s’il est vrai que les services secrets français ont prévenu les américains de la menace d’attentats.

2.                    Et ces attentats étaient tranquillement préparés à Londres dans l’impunité.

3.                    Au point que certains imaginent que ces événements auraient été, sinon fomentés, du moins excités par les services  américains.

 

 

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20 octobre 2007 6 20 /10 /octobre /2007 19:07

 

 

Ceux qui s' enthousiasment aujourd?hui de la « rupture » intervenue dans la politique française  au cours des derniers mois se félicitent que notre diplomatie  soit enfin débarrassée de son « antiaméricanisme viscéral ».

Dès qu'il est question des relations de la France et des Etats-Unis, il est des bons apôtres  aussi prompts à dénoncer l'antiaméricanisme que Georges Marchais l?était autrefois à  couper la parole de ses interlocuteurs en disant:  « ne tombons pas dans l?antisoviétisme primaire ! ».

Il est permis de se demander à ce sujet : de quoi parle-t-on ?  Les Français sont-ils, furent-ils  jamais antiaméricains ?

 

Des divergences?

 

Il est vrai que depuis les années cinquante, certaines divergences sont apparues à plusieurs reprises entre les positions  de Paris et celles de Washington. Dès 1956, les Etats-Unis condamnèrent et firent cesser l?engagement militaire des Français et des Britanniques    aux côtés d?Israël  contre l?Egypte. Ils désapprouvèrent à la même époque l?aide discrète de la France à l?armement nucléaire israélien. Ils firent les yeux doux au FLN  algérien.

Mais c?est à la grande époque de la diplomatie gaullienne, entre 1964 et 1969,  qu?éclatèrent  les désaccords les plus fragrants : projet de force multilatérale (visant à contrer  l?armement nucléaire français qui irritait les Américains), reconnaissance de  la Chine de  Pékin, rôle du dollar, discours de Pnom-Penh contre l?intervention américaine au Vietnam, embargo sur les armes à destination d?Israël lors de la guerre des Six Jours.

Les points de friction ouverts furent par la suite bien moins nombreux Malgré les algarades de Michel Jobert, Pompidou et Giscard, puis Mitterrand prirent rarement l?Amérique de front,  d?autant qu?entre 1970 et 1985, la guerre froide s?était durcie. Les frictions principales portèrent sur les négociations commerciales (agriculture  et culture).

La France participa à la première guerre du Golfe, et participe encore aux côtés des Etats-Unis à la plus récente guerre d?Afghanistan. Même  si les efforts des Français à l?OTAN pour éviter les bombardements de civils serbes irritèrent les Américains (le genre d?irritation que veut désormais éviter Hervé Morin !), la participation de la France à la guerre de Yougoslavie (1999) marque un alignement sans précédent sur l?OTAN: on ne peut oublier le conformisme  obtenu de l?opinion française pendant cette guerre  par une pression médiatique sans égale. Approuvée au Congrès à une courte majorité, cette guerre le fut à la quasi-unanimité au Parlement français.

Dans la période récente,  seul le désaccord du gouvernement Chirac vis-à-vis de la guerre d?Irak (2003) exprimé  avec panache par  Villepin à l?ONU marque une divergence comparable à celles des années soixante.

Tout se passe comme si   cette divergence avait  été d?autant plus mal ressentie qu?elle était devenue exceptionnelle.

Le plus remarquable est que, presque toujours, le gouvernement français ne faisait que partager l?opinion  d?une partie substantielle de l?opinion américaine : sur la guerre d?Irak, une majorité des Américains considère aujourd?hui que la France avait raison. La dissidence  serait-elle permise aux seuls citoyens des Etats-Unis mais pas aux Etats supposés vassaux, comme au temps de la guerre du Péloponnèse, les citoyens d?Athènes avaient voix  au chapitre mais pas ceux de  Délos ?  

Il est également remarquable que tout au long de ces soixante  années, les Etats-Unis n?ont pas eu dans les crises  majeures  d?allié plus solide que la France: ce fut le cas avec l?affaire  des missiles de Cuba , ce le fut avec celle des euromissiles en Allemagne ( au moins après que Mitterrand ait succédé à Giscard) , ce le fut aussi après le 11 septembre (1)  où la coopération policière de la France avec les Occidentaux ( la seule qui importe face à ce genre de menace) fut exemplaire.  Au passage, on notera le contraste entre la solidarité sans faille des Français (opinion publique comprise)   avec les Etats-Unis après les attentats  de New York et la désinvolture avec laquelle le gouvernement américain laissait  ouvert à Washington six ans plus tôt un bureau du FIS algérien au moment où ce dernier faisait sauter des bombes dans le métro parisien  (2) !

Les Etats-Unis devraient avoir appris les leçons d?  Autant en emporte le vent. Dans les véritables épreuves, c?est la fille rebelle, Scarlett O?Hara qui est  l?appui le plus solide du clan.

 

Mais pas d?hostilité de principe

 

Mais aux yeux d?un certain atlantisme débridé, même nos divergences passagères témoigneraient d?un antiaméricanisme viscéral.

Divergences on l?accordera, mais y eut-il, y a t-il en France un antiaméricanisme viscéral à quelque niveau que ce soit ?

Un antiaméricanisme comparable par exemple à la vague antifrançaise hystérique qui s?est déchaînée aux Etats-Unis, excitée  par  Fox news et autres média, durant la dernière guerre d?Irak ? où l?on envisagea sérieusement de débaptiser les French fries en représailles de l?abstention française !

Nous savons qu?il ne faut pas confondre Anglais et Américains mais y a-t-il  un seul éditeur Français qui accepterait de publier, à l?encontre du monde anglo-saxon, les  tombereaux d?insanités antifrançaises à l?usage des touristes que l?on trouve à  la librairie anglaise de la rue de Rivoli ?

Cet antiaméricanisme viscéral, haineux, irraisonné qu?on nous impute, on le cherche.

Rien en tous cas  dans l?opinion française actuelle de comparable aux sentiments antianglais qui existaient sous   Napoléon ou au temps de Fachoda. Rien non plus qui s?apparente à l?antigermanisme qui a prévalu chez nous durant un siècle.

On peut même penser  que le sentiment antiaméricain était  plus vif dans les années soixante. Même si les événements de mai soixante-huit ont coïncidé avec le souhait américain de déstabiliser le général de Gaulle (3), le sentiment dominant des étudiants était alors, beaucoup plus qu?aujourd?hui, l?hostilité à l?Amérique : le mouvement de mai avait été   préparé, on l?oublie trop,   par une vague de manifestions de grande ampleur contre l?intervention américaine au Vietnam. Le Nouvel Observateur évoqua  une fois  une femme qui   ne pouvait regarder  John Wayne au cinéma car, disait-elle,  le grand acteur de western lui faisait penser  au président Johnson et aux cris des enfants vietnamiens sous le napalm. Qui aujourd?hui refuserait   de voir  une série américaine pour  pareil motif   ?

Entre temps, il est vrai, au cours de  la décennie soixante-dix, la gauche soixante-huitarde fit le pèlerinage Greyhound outre-atlantique et découvrit fascinée, l?Amérique underground. Cette fascination, vite étendue à l?Amérique officielle, a produit la « gauche américaine » de Libé à Bernard-Henri Lévy.

Il est vrai qu?il existe aujourd?hui une extrême gauche antiaméricaine et anti-Bush virulente. Mais nos altermondialistes n?ont jamais été aussi violents que ceux d?Angleterre ou d?Italie. L?Amérique qu?ils haïssent est une Amérique abstraite, tenue pour le symbole du capitalisme mondialisé (à tort car les Etats-Unis sont beaucoup moins mondialistes qu?on le croit dès que leurs intérêts en  jeu), bien plus que l?Amérique concrète que généralement ils ignorent.  Et le déclin du parti communiste a globalement affaibli cette mouvance.

Différent est sans doute le sentiment des pro-palestiniens virulents,  violemment hostiles  à Israël et à l?Amérique de Bush mais ces milieux débordent-ils de beaucoup la sphère de l?islam de France ?

L?antiaméricanisme d?extrême droite tel qu?il  avait pu être cultivé  par le régime de Vichy et la collaboration, n?existe pratiquement plus. Le Pen n?a, à notre connaissance, jamais joué de cette corde.

Il reste un nombre considérable de Français  qui,  tout en ne considérant pas les Américains comme des ennemis,  n?approuvent pas telle ou telle de leur politique. Certains vont jusqu ?à  se méfier, non sans quelques raisons, de  leur ambition hégémonique,  naturelle à toute  grande puissance :  dans la jungle internationale  le petit animal ne regarde pas sans appréhension  le gros, quel qu?il soit,  même s?il est supposé bienveillant.  Mais cela ne veut pas dire que ces Français aient aucune hostilité de principe   vis-à-vis de ce qui vient des Etats-Unis. Certains aiment les westerns et la country. On peut tenir la guerre d?Irak pour une grave erreur et même pour une agression injustifiée et en même temps    reconnaître que le cinéma américain est meilleur que le cinéma français. Cela n?empêche  d?ailleurs pas  non plus de soutenir l?exception culturelle qui permet à ce cinéma français d?exister encore.

La défense de la langue française, comme la défense de l?ensemble de nos intérêts essentiels,  n?implique aucune haine de l?Amérique. Il ne s?agit d?ailleurs nullement d?un  débat transatlantique mais un débat franco-français. L?adversaire, ce ne sont pas les Américains qui se moquent comme une guigne de la langue française (n?hésitant pas à emprunter sans complexes autant de mots  français que nous d?anglais) mais une lutte contre la veulerie de certaines élites françaises qui se refusent  aux obligations  élémentaires  qui furent celles de toute élite en tous temps et en tout lieu : défendre les intérêts et la  culture  de son pays. Quand le baron Seillière parle anglais dans une réunion européenne où figure Jacques Chirac, ce n?est pas l?Amérique qui se montre méprisable, c?est le baron Seillière.

Il est donc parfaitement légitime que des Français et même des dirigeants français (s?il s?en trouve encore d?assez courageux) formulent des divergences vis-à-vis de la politique américaine, ni plus ni moins que les citoyens américains ne le font.

Mais  il convient de rejeter catégoriquement cette rhétorique perverse qui tendrait à culpabiliser les Français pour leur supposé antiaméricanisme viscéral ; c?est les culpabiliser de  leur liberté. C?est le début de la servitude.  Il y a là, qu?on le veuille ou non quelque chose de l?attitude de Big brother  tendant à « purifier le cerveau des mauvaises pensées ». Ceux qui dénoncent le fantôme de l?antiaméricanisme cachent mal une  volonté d?assujettissement total inacceptable pour une nation libre.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

1.                    Et même avant s?il est vrai que les services secrets français ont prévenu les américains de la menace d?attentats.

2.                    Et ces attentats étaient tranquillement préparés à Londres dans l?impunité.

3.                    Au point que certains imaginent que ces événements auraient été, sinon fomentés, du moins excités par les services  américains.

 

 

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30 septembre 2007 7 30 /09 /septembre /2007 16:08

 

Aussi longtemps qu’aucun pays européen ne l’avait essayée, la «  TVA sociale » était tenue pour une lubie réservée aux souverainistes et autres marginaux. On murmurait à Bercy   qu’elle était contraire aux règles de l’OMC et  de l’Union européenne.

Depuis que l’Allemagne l’a  expérimentée, l’idée  est prise au sérieux.    Dominique Strauss-Kahn, qui vient d’être intronisé  directeur général du FMI,  l’a crédibilisée au sein du Parti socialiste. Nicolas Sarkozy l’a évoquée  dans son programme.

Mais aujourd’hui le projet est en panne. Il a été renvoyé aux calendes par un gouvernement navigant au jour le jour et qui semble peu convaincu de son utilité. Il n’est d’ailleurs pas sûr que  tous ses  membres l’aient  compris et   soient  donc capables de l’expliquer aux Français.

Il en est résulté une série de maladresses qui ont au fil des semaines plombé l’idée.

Le nom qu’on lui a donné, quoique juste, n’est  pas très  heureux : lancé tel quel sans explications, il donne l’impression qu’il s’agit d’un impôt supplémentaire venant s’ajouter aux autres. A un moment où on allège l’impôt sur le revenu pour les tranches les plus élevées,     envisager une nouvelle taxe    qui, elle, frapperait  toutes les couches de la population n’est, il est vrai,  pas très habile.  Son  évocation entre les deux tours des législatives aurait coûté cinquante sièges à l’UMP : c’est en tous les cas ce qui se dit…

Autre maladresse : certains officiels  on laissé entendre que la TVA sociale servirait à boucher le trou de la Sécurité sociale, ce qui,  tel quel,  est une idée monstrueuse, totalement étrangère au concept d’origine.

Personne n’a dit en revanche nettement que, bien conçu, le dispositif ne devait se traduire par aucune perte de pouvoir d’achat pour les salariés.

  

L’équivalent d’une dévaluation

 

 

Techniquement, la TVA sociale revient   à  une dévaluation

Rappelons en le principe : il consiste à substituer  à quelques points de charges sociales (ou de CSG) quelques points de TVA pour financer la Sécurité sociale.  Les charges sociales ne sont payées que par les entreprises françaises ; les produits importés y échappent.  La TVA   par contre  est payée par les importateurs et récupérée par les exportateurs ;  elle  renchérit les produits importés et  dégrève d’autant les produits exportés, tout comme une  dévaluation de la monnaie.

La TVA sociale est,  en dehors d’une sortie de l’euro, la seule solution à la crise grave de compétitivité que traverse notre pays.

Cette crise de compétitivité se traduit par un déficit de plus en plus lourd de notre solde extérieur (camouflé  dans le compte global de la zone euro), par la langueur de la croissance et  en conséquence par la lenteur à résorber   le chômage, en dépit d’une conjoncture démographique  favorable.

La cause de cette crise est la  cherté de nos prix, laquelle résulte elle-même de la surévaluation de l’euro. Si ce dernier poursuit sa course au-delà de 1,40 $, c’est tout notre tissu  industriel, aéronautique comprise,  qui va s’effilocher au cours de prochains mois.

C’est dire qu’il  y a péril  en la demeure.  

Autrefois, la solution de ce genre de problème  était simple : on dévaluait le franc et très vite les choses rentraient dans l’ordre. Ainsi, jamais la France n’a été aussi prospère que sous Georges Pompidou, qui avait commencé  son mandat par une  forte  dévaluation.

Aujourd’hui que nous sommes avons adopté l’ euro, les choses sont plus compliquées. Il n’y a en fait que trois solutions :

-                          la première serait que la Banque centrale européenne baisse ses taux pour forcer l’euro à se déprécier vis-à-vis du dollar (et surtout de toutes les monnaies qui sont suspendues au dollar, le yuan chinois en tête). Mais le gouverneur de la BCE ,  M.Trichet,  est un homme obstiné : il n’a nullement l’intention de desserrer la vis. Parce que le  statut  de la Banque centrale européenne lui fait seulement obligation de veiller à la stabilité de la monnaie (qu’une surévaluation favorise en baissant les prix des produits importés) et non à l’emploi. Parce qu’il est attentif à la voix de l’Allemagne , laquelle s’accommode bien de la situation actuelle aussi longtemps  qu’elle peut vendre  à n’importe quel prix ses machines-outils à travers le monde – et aussi parce qu’elle a adopté, elle, à petite dose, la TVA sociale. Parce que M .Trichet est   prisonnier de l’idéologie simpliste de l’Inspection  des finances qui voit l’alpha et l’oméga de la politique économique dans le maintien d’une monnaie forte. Ajoutons que les Etats-Unis ne permettraient sans doute pas une réévaluation trop forte du dollar.  C’est dire que la partie de bras de fer que M.Sarkozy  a fait mine d’engager avec la BCE pour la contraindre à faire baisser l’euro a peu de chances d’aboutir (1).

-                          La seconde solution est une sortie de l’euro.  L’éclatement  de la Tchécoslovaque qui s’est traduit par la rupture de l’union monétaire entre ses deux composantes, montre que, techniquement,  le retour au franc peut se faire rapidement et sans douleur. Nous retrouverions ainsi la possibilité de dévaluer. Il reste que le traumatisme politique serait considérable. Ceux qui redoutent cette issue  ne doivent avoir aucune illusion : si les deux autres options sont exclues, c’est ce qui arrivera – hélas trop tard pour sauver notre tissu industriel.

-                          La troisième solution est l’instauration, même limitée d’une TVA sociale.

 

Aucune des objections faites aujourd’hui à ce mécanisme ne tient :

-                          en imposant moins le travail (que sont donc les charges sociales  sinon un impôt sur le travail ?) on  encourage moins, dit-on,  l’investissement : vieil argument en faveur de la surtaxation des salaires,  qui vaudrait  si nous étions en situation de plein emploi ou si les entreprises françaises n’étaient pas assez équipées, ce qui n’est pas le cas ;

-                          la TVA sociale risque  de relancer la spirale inflationniste,  pas officiellement puisque l’indice des prix est calculé sur les prix hors taxe, mais psychologiquement ; pourtant  la conjoncture monétaire n’étant pas inflationniste, ce risque paraît limité.  

Reste l’objection politique. Les maladresses s’étant accumulées, le mécanisme est tenu pour impopulaire et par là peu opportun.

Il  le sera d’autant plus qu’il sera mal expliqué.

Outre un bon travail pédagogique, la réussite de l’opération repose sur certaines conditions : il est impératif de dissocier radicalement la TVA sociale  de tout plan de rééquilibrage des comptes sociaux ; il convient d’associer étroitement  à sa mise en place les partenaires sociaux et le commerce  afin d’éviter tout dérapage inflationniste.

Il faut enfin veiller  à ce que les employeurs rattrapent  exactement la perte de pouvoir d’achat des salariés, au besoin  par la loi  ou  par des conventions  de branche  ( la TVA sociale peut n’être instaurée que dans certaines branches). Une autre solution est de substituer la TVA sociale aux seules cotisations salariales. Les  salariés doivent y  trouver leur compte  puisque la hausse des prix de détail doit être compensée et au-delà  par une hausse    de leur salaire net (2),

Ces conditions ne devraient pas être difficiles à réunir pour peu que l’on sache où l’on va.

Il n’est en effet  pas de bonne  pédagogie sans conviction : pour que nos dirigeants soient capables de bien expliquer ce mécanisme, il faut qu’ils l’aient   compris, qu’ils soient bien convaincus de sa nécessité, qu’ils aient bien vu  surtout que,  si on veut préserver à la fois l’euro et le tissu industriel français, il n’y a pas d’autre solution.

 

 

Roland HUREAUX

 

  1. En outre une baisse de l’euro ne rétablirait pas la compétitivité de la France à l’intérieur de l’Union européenne.
  2. Dans la mesure où les salaires ne représentent qu’environ 60 % de la valeur ajoutée, il serait possible, grâce à une assiette plus étalée, de compenser la baisse des charges sociales par une moindre hausse de la TVA.

     

 

 

 

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