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Roland HUREAUX

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28 avril 2008 1 28 /04 /avril /2008 21:03

      

Il fut un temps où la France était connue pour la qualité de ses fonctionnaires, un peu trop nombreux certes,  mais généralement tenus  pour compétents, désintéressés, consciencieux. Cette époque est-elle révolue ?

Une  révolution, à la fois peu  médiatisée et porteuse de graves périls,  est en train de se produire: la profonde démoralisation  de la fonction publique française. Elle touche  la plupart de ces piliers de l’Etat que sont les fonctionnaires des finances, des préfectures,  des hôpitaux, les policiers et les gendarmes, sans parler des  enseignants ou des juges etc. 

On l’imputera au libéralisme ambiant qui cultive la méfiance systématique vis-à-vis de la sphère publique. Mais ne dire que cela, c’est  rester dans la généralité, mettre sur le problème une étiquette facile. Les orientations du gouvernement Sarkozy ne sont pas seules en cause non plus car la dérive  avait commencé  avant lui. Ni la réduction des effectifs, proclamée fort  mais très peu effective, ni la stagnation du pouvoir d’achat qui ne frappe pas davantage les fonctionnaires que les autres salariés,   ne suffisent non plus par eux-mêmes à expliquer ce qui est en tain de se passer.

La vérité est que ce  sont  les réformes internes du fonctionnement  des services qui se trouvent  d’abord en cause.

Un des volets  importants est l’introduction de la supposée « culture du résultat » généralisée par la « LOLF ». De quoi s’agit-il ? Ce terme barbare  désigne la  « loi organique sur les lois des finances »  votée sous le gouvernement Jospin  et  qui est depuis bientôt huit ans   la bible de la réforme de l’Etat  ( un député socialiste, Didier Migaud, a même fondé  un « club des amis de la LOLF »). Outre une réforme profonde de la comptabilité publique – dans le sens de la complication,  bien sûr -  elle institue  un « pilotage par objectifs » des services fondé sur des résultats chiffrés ayant l’ambition de « mesurer la performance ». Ces résultats peuvent être  le taux de dépistage positif d’alcoolémie  ou le nombre annuel de déplacement des escadrons mobiles pour la gendarmerie,   le nombre  de  reconduites à la frontière d’étrangers en situation irrégulière  ou le taux global d’élucidation des crimes et délits pour les policiers,  le taux de troupeaux de poules pondeuses d’œufs pour lesquels un germe de salmonella a été identifié pour certains services du ministère de l’agriculture, le nombre de retombées de presse pour la maison de France à l’étranger, le nombre de dossiers traités pour les services    de l’environnement etc.  

Présentée ainsi, la « culture du résultat » paraît un excellent principe. La vérité est qu’elle ne porte remède à aucun vrai problème et au contraire en crée beaucoup.

Cette réforme  qui fait illusion aux yeux de l’opinion  repose en effet  sur plusieurs  erreurs.

D’abord la plupart de ces indices de résultats peuvent être manipulés et, n’en doutons pas, le sont déjà. Les gendarmes savent depuis belle lurette comment se placer au bord des routes pour faire le plus de PV possible tout en laissant à découvert des endroits plus dangereux mais où il est difficile de « coincer » les automobilistes. On peut   reconduire dix fois par an à la frontière les irréguliers les plus faciles à intercepter, par exemple les Roms de Roumanie ; ils reviennent  aussitôt et, à nouveau expulsés, compteront plusieurs fois dans la statistique alors que des flux plus importants et plus déstabilisateurs resteront hors de contrôle. Un conducteur en excès de vitesse reconnu par un  radar viendra améliorer les statistiques des faits de  délinquance « élucidés ». On dissuadera les plaintes des particuliers ou on ne  les enregistrera pas si elles risquent de peser sur les statistiques. Les dossiers d’installations classées  seront bâclés etc.

On ne saurait comparer l’activité de l’Etat dont les finalités sont multiples et dont l’efficacité ne peut  se juger que par des critères complexes  pas toujours quantifiables et celle d’une entreprise dont  un indicateur unique, le profit , dit si elle marche bien ou mal.

Au demeurant, il est erroné d’assimiler l’Etat à une série de programmes ou à des « actions » : il est d’abord le garant de la stabilité, de l’ordre et de la justice : à quel « programme » se rattachait saint Louis rendant la justice sous un chêne, prototype il est vrai bien lointain,  de la puissance  régalienne ...et de la justice de proximité ?   

Réduite à quelques  indicateurs, l’activité d’un  organisme sera infléchie en fonction de ceux-ci :    par exemple un commissariat de police laissera tomber les multiples petits services qui assurent ses bonnes relations avec la population parce qu’ils ne sont pas pris en compte dans les statistiques. Les directeurs  intelligents qui voudront  piloter leur service en fonction d’une conception globale de leur mission, et en ne se polarisant pas sur les seuls indicateurs,  seront mal considérés par leur hiérarchie. « On ne nous demande plus de faire un travail intelligent, il n’y a plus que le chiffre qui compte », entend-on de plus en plus.  La culture du résultat est, en matière publique, nécessairement réductrice. Inutile de dire combien était absurde et dégradante l’idée de juger à partir d’indicateurs chiffrés  des ministres dont l’action s’inscrit nécessairement sur le long terme. Les ministres de l’éducation nationale qui se sont succédés entre 1965 et 1968 ont vu les effectifs universitaires croître à grande vitesse : sans doute eussent-ils été très bien notés !

Le corollaire de la mise en place d’indicateurs est le développement des primes de résultat ou de rendement. Partant de l’idée discutable que les fonctionnaires ne travaillaient pas assez, on a  étendu le principe de la rémunération au mérite.

Une partie de ces primes est  indexée sur les résultats, mais généralement à l’échelle du service dans son ensemble et non pas des individus, ce qui  accroît un peu partout  les tensions.

Surtout le pouvoir discrétionnaire de  la  hiérarchie, jusque là limité par les règles d’ancienneté ou le contrôle des commissions paritaires, est élargi. Les   fonctionnaires ont le sentiment d’être livrés pieds et poings liés à l’arbitraire de leurs  chefs, petits ou moyens, cela  à une époque où bien peu de gens apprennent encore dans leur famille ou à l’école ce  principe éthique élémentaire que l’exercice d’un  pouvoir quel qu’il soit est subordonné à un souci de justice, cette ascèse dont on sait combien elle est difficile, selon laquelle il faut savoir faire abstraction de ses sentiments personnels.  La multiplication des affaires de harcèlement moral ou autres ( et les arrêts de maladie à répétition qui vont avec),  sont un « indicateur » parmi d’autres de la dégradation de l’atmosphère de travail dans la plupart  des services publics.  

L’introduction de cette forme  d’intéressement  aux supposés  résultats  témoigne surtout d’une ignorance profonde de la culture du fonctionnaire français : à côté de 20 % de tire-au-flanc, de toute les façons irrécupérables, culture du résultat ou pas,   80 % étaient jusqu’à une date récente, des gens consciencieux et motivés qui n’avaient pas besoin d’incitations financières pour bien faire leur travail.  Qui n’a pas vu le zèle d’une jeune attachée sortie des IRA ou   de certains vieux commis de préfecture, l’esprit serviable de certains secrétaires de mairie, ne sait pas ce qu’est le servie public à la française. Quel contribuable s’est d’ailleurs jamais plaint du manque de zèle des agents des impôts affectés au contrôle ? Quel chef d’entreprise déplore que les inspecteurs du travail ne fassent pas assez de   « chiffre » quand ils dressent des contraventions ? Ce zèle généralement spontané de nos agents publics  est aux antipodes de la mentalité anglo-saxonne où l’intérêt est culturellement  le   moteur principal des individus. Plus que de qualités nationales propres,  il résulte  du   mode de sélection des fonctionnaires par des concours qui attiraient généralement les meilleurs élèves, les plus sages en tous cas, les plus consciencieux, une tendance que la féminisation a encore accentuée.

Il faut le savoir : tous ces gens là sont aujourd’hui profondément découragés. Les réformes en cours sont en train de détruire le meilleur de nos traditions administratives.  

Le découragement  se trouve aggravé par une réformite tout azimut,  fondée sur l’idée  qu’une  structure dynamique  se doit de  bouger pour bouger, sans considération de la nécessité réelle des réformes. Après la « rationalisation des choix budgétaires », la déconcentration, l’évaluation,  le dernier gadget à la mode est la « révision générale des politiques publiques » :    des cabinets d’audit privés, très peu au fait de la culture et des spécificités du secteur public mais  payés très chers, déstabilisent les uns après les autres les services en remettant systématiquement en cause leur utilité (alors qu’un décorticage empirique des procédures eut suffi à faire des économies). L’idée sommaire que l’on réforme l’administration par  des fusions et des regroupements comme  le monde économique se restructure par des « fusions-acquisitions » est un autre élément de déstabilisation. Deux grandes directions des finances ont fusionné après des années d’efforts,  pour des bénéfices encore incertains.

Les récriminations de la base, assommée de réunions stériles où elle a l’impression qu’on lui fait perdre du temps sans vraiment l’écouter, sont mises par une haute administration autiste sur le compte du seul conservatisme, le péché mortel de l’époque.

Et ce n’est pas la loi en préparation,  destinée à favoriser la mobilité  des fonctionnaires,   rendue nécessaire par les nombreuses restructurations que l’on prévoit,   qui va  apaiser les esprits, déjà au bord de la rupture. Beaucoup y voient non sans raison une remise en cause grave des garanties du statut de la fonction publique et donc un signe supplémentaire de méfiance.

A ce jeu, il est douteux que le seul bénéfice qu’un vrai libéral pourrait attendre  de telles réformes, l’allègement des effectifs,  soit au rendez-vous. Toutes les  procédures de réforme consomment du temps. Moins les services ont le moral, plus ils demandent  à être renforcés. Au début, on leur dit non : il est au contraire question de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant en retraite ( un objectif affiché depuis quinze ans et jamais atteint). Mais  quand la crise éclate, la seule réponse de l’Etat paniqué est  l’accroissement des effectifs et des budgets. Quand les gendarmes se révoltèrent en 2001, exaspérés par beaucoup de choses mais d’abord par l’excès de réformes brouillonnes, c’est ce qui arriva. 

Cette dérive résulte d’une erreur d’analyse fondamentale. Il y avait bien, il y a toujours un problème de la fonction publique française : non point sa qualité ou  l’efficacité de ses agents pris individuellement, plutôt meilleurs qu’ailleurs :  d’abord son poids global et la complexité des procédures qu’elle gère.   Mais ce ne sont pas les fonctionnaires de base, ni même ceux des échelons intermédiaires qui déterminent les effectifs (même si leurs syndicats en réclament toujours davantage, on n’était pas obligé de les suivre comme on l’a fait par exemple au fil de ans pour la police). Ce ne sont pas eux non plus  qui déterminent l’organisation, puisque pour l’essentiel, les procédures qu’ils appliquent ont une origine législative ou réglementaire et sont donc décidées au plus haut niveau.  Un effort global de rationalisation et de simplification des procès est sans nul doute nécessaire mais ce n’est pas en donnant des primes de rendement aux fonctionnaires qui font les meilleurs chiffres qu’on y arrivera !  Ce serait déjà bien que chaque année qui passe n’amène pas son lot de complications, d’institutions nouvelles ou de procédures supplémentaires : on croit rêver en apprenant  que  le projet de loi Borloo , produit final    du « Grenelle de l’environnement », fait  plus de cent pages !

Erreur totale de conception, ignorance profonde de la spécificité de l’organisation de l’Etat, de la culture propre à la fonction publique française, inefficacité par  rapport au principal objectif qu’une politique authentiquement libérale  doit d’abord s’assigner,   la diminution de la charge fiscale : tels sont les ressorts de la dérive inquiétante à laquelle nous assistons. Tous les penseurs libéraux ont dit que l’économie de marché exige un Etat sobre mais solide garantissant au moindre coût  les règles du jeu. C’est en sens inverse  que l’on va : un Etat  mou et démotivé, toujours obèse et de moins en moins efficace.  Voilà à quoi mène le pseudo-libéralisme brouillon de nos  élites politico-admistratives.

 
Roland HUREAUX

 

Article publié dans www.marianne2.fr

 

 

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28 avril 2008 1 28 /04 /avril /2008 20:59

 

   La question, de l’euthanasie revient à l’ordre du jour.

Comme il arrive souvent, les défenseurs des bonnes  causes ne trouvent pas toujours les bons arguments.

   Il est sans doute plus que jamais nécessaire de rappeler  que la vie humaine est sacrée, que, sous aucun prétexte, on ne saurait y mettre un terme ou aider un malade à y mettre un terme volontairement. «Tu ne tueras pas »  est tenu pour un absolu de l’héritage judéo-chrétien. Sous le serment d’Hippocrate,  les  futurs médecins disent  à peu près la même chose.

   Mais si c'était là le seul argument des adversaires de l'euthanasie, comment se cacher les objections auxquelles il se heurte : toute l’histoire de l’Occident n’a-t-elle pas consisté, quoiqu’on dise,  à organiser des exceptions à ce principe qui en principe n’en souffre pas ?  La légitime défense,  le droit de la guerre qui en procède, la peine de mort, incontestée pendant des siècles, sont de ces exceptions. Sans doute les condamnés à mort n'étaient-ils pas innocents, mais ils n'étaient pas non plus volontaires !

            C'est pourquoi il convient de compléter cet argument par d'autres :  même si le droit a toujours admis des exceptions au précepte « Tu ne tueras pas », au moins faut-il que ces exceptions soient bornées par une limite claire.  Il est douteux que la légalisation  de l’euthanasie  permette de marquer une telle limite, même si elle prenait la forme hautement ambiguë  d'  une «exception d' euthanasie » aujourd'hui envisagée par le législateur. Si le droit d’accélérer la fin de moribonds qui le demandent ( ou  paraissent le demander) était admis, comment éviter les abus  dans une société où les progrès de la médecine aidant , le nombre de grands vieillards en état de dépendance ne cesse de s’accroître. Il n’est pas toujours facile de savoir ce que veulent ces personnes (dont beaucoup sont privées de la capacité juridique par  la mise sous tutelle) mais la tentation est de les tenir pour  encombrantes. Comment dès lors  éviter que, une fois l’habitude prise d’abréger leurs jours à leur demande,  on n’en arrive vite à le faire avec un semblant de consentement ou pas de consentement du tout . Surtout si notre société s’appauvrissait au point de ne plus supporter le poids des dépenses sociales les plus lourdes. C’est ce qui arriva en Union soviétique à la fin du communisme où le taux de mortalité s’éleva très vite au milieu de la dégradation générale des systèmes de santé. L’expérience de pays comme les Pays-Bas qui  ont légalisé l’euthanasie n’est pas pour nous rassurer sur le risque de telles dérives. Le cas Humbert non plus si l’on en croit le kinésithérapeute de ce malheureux selon lequel il ne voulait en réalité pas mourir. Les militants de l’euthanasie qui ont voulu en faire un cas  emblématique sont bien mal tombés.

Si la ligne rouge venait ainsi à être fréquemment transgressée, on n’ose imaginer ce que serait l’état d’esprit des malades hospitalisés, toujours aux aguets de crainte d’être « euthanasiés ». Comme le communisme, qui avait voulu apporter « le pain, la paix, la liberté », entraîna au contraire  la famine, la militarisation et l’esclavage, le souci peu éclairé d’adoucir les derniers jours des grands malades  plongerait au contraire ceux-ci  dans une angoisse dramatique. Cette inversion des résultats est  le destin, désormais bien connu,  de tous  les  partis  pris  idéologiques.

 

Lutter contre la mort est au cœur de la condition humaine

 

Mais nous pensons qu’il faut prendre aussi la question sous un autre angle. Même si la fin de vie se traduit par de grandes souffrances, toute la noblesse de la condition humaine historique n’est-elle pas dans ce combat sans espoir contre la mort ? Cela est vrai au niveau de l’espèce laquelle a traversé dans des conditions de précarité incroyable des centaines de milliers d’année, luttant avec acharnement contre la menace de l’extinction.    S’il est vrai que le commandement « Choisis la vie » (Dt 31,19) par lequel se termine le Pentateuque est, aux dires de Pierre Chaunu, le plus important de la Bible, il faut croire qu’il fut ardemment mis en œuvre tout  au long de l’histoire humaine pour que celle-ci malgré les multiples menaces qui pesaient sur les hommes se prolonge jusqu’à nous.

Le confort exceptionnel dont jouissent nos contemporains (au moins la majorité d’entre eux dans les pays développés), bien qu’il ne soit que le fruit de ces luttes  multiséculaires,   amortit  la perception que  la vie est une lutte acharnée contre la mort, que celle-ci prenne le visage de la guerre, de la famine, de la maladie. A ces menaces  de toujours, il faut sans doute ajouter celle du    désespoir, de la perte de sens individuelle ou collective. .

Il s’agit d’une une lutte sans espoir. Car à la fin, au moins en ce bas monde, c’est la mort qui gagne. Comme dit Heidegger, l’homme est dès le départ un « être pour la mort ». Même sains de corps et d’esprit,  nous sommes tous des morts en sursis, au même titre que ceux qui sont frappés d’une maladie mortelle à évolution lente. Cela n’a jamais été une raison pour ne pas combattre.

Le combat contre la mort porte sa part de souffrances : le travail,  l’  accouchement - qui n’est pas  la seule blessure de l’amour, la   lutte contre la maladie, parfois la guerre. Pourquoi ce combat ne se prolongerait-il pas dans un ultime affrontement contre la mort ? L’agonie, étymologiquement, ne signifie-t-elle pas le combat ? Combattre jusqu’au bout, n’est-ce pas en définitive cela,  « mourir dans la dignité » ?

Vouloir faire l’économie  de cet ultime combat  (nous ne remettons évidemment pas en cause la légitimité et la nécessité des soins palliatifs), n’est ce pas risquer de briser le ressort par lequel notre espèce a traversé les siècles, en tous les cas mettre la mettre dans un engrenage  allant à contre-sens ?

Cette perte de ressort  n’est-ce pas ce dont souffrirent des civilisations déclinantes, comme l’Empire romain ou d’autres où, au moins dans les hautes classes,  le recours au suicide se banalisa ? Heureusement pour l’espèce, d’autres civilisations prirent le relais.

On dira que cette vision héroïque de l’existence humaine ne saurait s’appliquer  à tous,  et aussi  qu’il existe des souffrances si grandes que, devant elles, de tels propos ne tiennent pas. Notre société a certes beaucoup fait pour limiter les souffrances. Elle supporte d’autant moins celles qui restent.  La compassion pour ceux qui souffrent encore, notamment  certains grands malades, est plus forte que dans les sociétés plus aguerries d’autrefois.

Nous ne supportons pas davantage la souffrance des animaux à l’égard desquels la pratique de l’euthanasie est généralisée. Or l’imprégnation floue de certaines  philosophies orientales, la mode du végétarisme et certaines considérations scientifiques plus ou moins légitimes ont  brouillé les repères qui séparaient en Occident  l’humanité de  l’animalité.

Cette compassion « animale » que nous éprouvons envers nos frères inférieurs peut-elle être étendue à des moribonds qui  demanderaient qu’on abrège leurs souffrances? Non,  l’homme n’est pas un   chat ou un chien. Plus important que la compassion, il y a  le respect, non point seulement le respect de la vie mais le respect de cette éminente dignité qui est le propre de l’homme, le droit pour chacun, même les petits et les sans grade, de mener jusqu’au bout le combat qui fait la grandeur de leur destinée.  Éventuellement contre lui-même, contre les demandes que le désespoir ou des souffrances trop aiguës pourraient le conduire à formuler.

Si la morale chrétienne - la morale tout court - n’étaient que  ce que disait Nietzsche, une pitié animale, une compassion primaire, une sorte de  sensiblerie   , rien ne devrait s’opposer à l’euthanasie. Mais la morale  est justement plus que cela : la reconnaissance de l’éminente noblesse de tout homme  - de  toute femme -, quelle que soit sa condition.  Ce n’est pas seulement  la vie qui doit être respectée, c’est la personne vivante.

 

Le risque de l’acharnement thérapeutique

 

Reste à trancher la question de l’euthanasie dite passive, ou plutôt de l’acharnement thérapeutique. Bien que  la distinction entre euthanasie active (donner la mort par un acte positif) et passive (laisser advenir la mort par la cessation de certains soins devenus déraisonnables) soit à peu près claire, les partisans de l’euthanasie active cherchent à mêler les deux problèmes.

 Les progrès de la médecine, s’ils ont permis le développement des soins palliatifs qui, dans la plupart des cas, permettent d’atténuer les souffrances des grands malades, ont aussi donné les moyens de prolonger   la vie par des soins sophistiqués et lourds, lors même qu’il n’y a plus  d’espoir de guérison ou de retour à la conscience. Cela pose un problème  nouveau. Le zèle médical aidant, la tentation de ce qu’il est convenu d’appeler l’ « acharnement thérapeutique » est grande. N’est-ce pas d’ailleurs le même esprit technicien qui inspire  l’euthanasie active et  l’acharnement  thérapeutique ? L’homme moderne, fort de sa technique,  veut être maître absolu de la vie et de la mort.

Indépendamment de son coût qui ne saurait entrer en considération, l’acharnement  thérapeutique est aujourd’hui un vrai problème de société. Nous connaissons des personnes qui se sont suicidées non point par crainte de  la maladie et de la mort, mais de l’acharnement thérapeutique. Un brave homme de nos provinces nous dit une fois: « Heureusement, l’ambulance est arrivée trop tard : ma mère a pu mourir dans sa maison ». Cet homme, n’en doutons pas,  aimait beaucoup sa mère. La maison dont il parlait, ses ancêtres y avaient vécu et y étaient morts, de génération en génération, depuis trois siècles. A une époque où , en France, 80 % des gens meurent à l’hôpital, généralement dans les services dits de réanimation, ne faudrait-il pas reconnaître aux grands vieillards le droit de mourir chez eux , quitte à les y mieux soigner ? En Italie, pays de développement comparable, 80 % des décès ont lieu au contraire au domicile.  Le matin de sa mort, le pape Jean Paul II refusa  une ultime hospitalisation   pour rendre son dernier soupir au Vatican: n’y a-t-il pas là un exemple à méditer ?

Cela ne veut pas dire que les soins intensifs soient illégitimes. D’autant que, ainsi que le rappelle  le beau film de Pedro Almodovar  Parle avec elle (2002),   le destin du  comateux le plus lourd peut encore s’inscrire dans une socialité. En outre, des retours à la conscience quasi-miraculeux ont été observés. 

Mais si la  césure entre euthanasie active et passive est à peu près claire, il faut bien admettre que la frontière entre soins intensifs légitimes et acharnement thérapeutique ne l’est pas toujours. Nous entrons là dans le domaine prudentiel. Les moralistes comme les médecins qui  voudraient trouver  une règle parfaitement logique auront du mal: en toutes choses,  la logique conduit aux excès. La vertu de prudence est, en la matière, plus que jamais nécessaire. 

C'est le grand mérite de  la loi Léonetti d'avoir refusé l'euthanasie tout permettant de mettre un frein à l'acharnement thérapeutique. Les bonnes lois sont rares. Quand il en existe, la sagesse est de n'y pas toucher.

 
Roland HUREAUX


Article paru dans Décryptage

 

 

 

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28 avril 2008 1 28 /04 /avril /2008 20:57

 

 

Le président Sarkozy  revenu des fastes de Buckingham Palace, il est temps de faire le bilan d’un voyage où il a voulu signifier ostensiblement ses  affinités  pour  le monde anglo-saxon.

L’axe atlantique Wahington-Londres-Paris  convient assurément mieux au  nouveau président que l’axe  continental Paris-Berlin-Moscou, rêvé par certains, ce dont témoignent  tant la multiplication des malentendus avec l’Allemagne que la méfiance ostensible vis-à-vis de la Russie, dont la reconnaissance du Kosovo n’est pas le moindre signe.

On peut certes regretter  que ce voyage officiel  ait été cavalièrement  raccourci par la partie française, comme si, par-delà le symbole,  l’Angleterre réelle n’intéressait guère le président,  ou encore le manque d’imagination des projets communs : à quand la  BBC  sur la bande FM française  et RFI sur la britannique, ce qui serait la moindre des choses ?

On peut aussi redouter la contamination d’un libéralisme anglo-saxon dont la réalité (protectionnisme au moins monétaire, centralisme thatchérien, défense implacable des intérêts nationaux) ne correspond d’ailleurs guère  avec  l’idée sommaire que s’en font les anglomanes parisiens.

Mais tous ceux qui sont attachés à un certain modèle de démocratie libérale ne sauraient que se réjouir de voir conforter nos liens avec  un grand voisin  européen  avec lequel  nous avons partagé au cours du siècle dernier,  et pour les meilleures causes,  tant  d’angoissantes épreuves. Un pays qui, malgré tout,  nous ressemble plus qu’aucun autre: par la dimension , par sa qualité d’ancien  pays industriel et de  vieil Etat nation  attaché aux libertés et à la démocratie,  le seul à pleinement  posséder comme  nous l’expérience singulière de l’ ancienne puissance coloniale. Le seul aussi, comme cette visite officielle l’a confirmé,  avec qui une coopération militaire ait un sens du fait  qu’ il consent encore comme la  France  ( et à la différence des autres pays européens) à un effort de défense significatif.

Au demeurant de Louis-Philippe à Napoléon III, de Delcassé à Guy Mollet, en passant par le commun engagement dans deux guerres mondiales, l’alliance anglaise demeure une des données fondamentales de la politique étrangère française, même si elle n’est pas la seule.

Ces affinités ne sont donc pas blâmables par elles-mêmes. 

Mais la volonté ostensible du président de tendre la main au monde anglo-saxon ne fait que rendre plus criante la contradiction entre ces affinités politiques et des choix économiques qui ont au contraire arrimé durablement l’économie française au continent et singulièrement à  l’Allemagne. Il ne sert à rien que le président français plaide à Westminster pour un plus grand engagement britannique dans la construction européenne : il ne l’obtiendra pas. Toute  à son égoïsme sacré, l’Angleterre continuera à prendre dans l’Europe ce qui l’arrange et à laisser  le reste aux autres. Il n’y a en particulier  aucune chance qu’elle se décide à rejoindre l’union monétaire.

L’arrimage continental de l’économie française  est d’autant plus paradoxal que les  fondamentaux de celle-ci  la rendent bien plus solidaire des économies anglo-saxonnes que de l’économie allemande. On entend dire : l’euro nous protège des dévaluations en cascade qui nous ont porté tant de préjudice. Quel préjudice ? L’économie française ne fut jamais aussi prospère qu’en ce temps là.  Mais surtout quelles dévaluations ? De 1958 à 1999, le franc et le dollar ont vogué de conserve, avec des hauts et des bas,  dans un rapport à peu près constant de 1 à 5 . Et c’est bien normal :  les structures industrielles de la France et des Etats-Unis, toutes proportions gardées, se ressemblent : agriculture, aéronautique, armement, automobile ( les quatre A !) en furent, en sont encore pour partie les points forts, tous secteurs largement ouverts à la concurrence internationale. Par rapport à la livre, le  parallélisme est analogue. Compte tenu que la lire et la peseta furent encore plus inflationnistes, seul le mark a connu au cours des trente dernières années une évolution aberrante (au sens  statistique du mot ), étant le seul à se réévaluer d’un facteur 3  par rapport au franc mais aussi  par rapport  à la livre et  au dollar, en somme par rapport aux monnaies « normales ». Reflet d’une puissance industrielle atypique (monopole des machines-outils) mais aussi d’une histoire monétaire traumatique.

C’est dire que l’économie française serait aujourd’hui vêtue bien plus à l’aise   si l’union monétaire avait été faite avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni,  au lieu de l’Allemagne et aux conditions de l’Allemagne.

Même si bien des considérations politiques plaident contre cette option,  elle avait  sa cohérence. N’était-ce pas, peu ou prou, la ligne de Pierre Mendès-France aussi anglophile qu’il était europhobe ?

Si l’euro avait été géré, ce qui eut pu se concevoir, comme la moyenne arithmétique de ses composantes, le problème se serait trouvé amorti mais chacun sait qu’il n’en a rien été : sous le rigorisme de M.Trichet  se cache la mise en oeuvre du  pacte implicite imposé par l’Allemagne selon lequel l’euro serait  le mark  ou ne serait pas. 

Les conséquences dramatiques de cette situation sont bien connues : la balance extérieure de la France est de plus en plus déficitaire, le rétablissement des comptes publics quasi impossible, le mouvement de délocalisation et de désindustrialisation de plus en plus inexorable . Nicolas Sarkozy le sait, il a  critiqué publiquement la gestion de M.Trichet mais il n’a rien obtenu. Prisonnier de ses engagements européens, il ne prendra pas l’initiative de quitter l’euro ou de menacer de le faire pour en assouplir la gestion.

En sacrifiant sa défense, la France aurait  peut-être  pu conserver sa compétitivité   au sein de la zone euro mais ne pourrait plus proposer de concours militaire significatif aux  Anglo-Saxons. Pour payer son effort de défense, il faudrait qu’elle quitte l’euro. Mais écartelée entre sa solidarité politique avec les Anglo-Saxons et sa solidarité économique avec le continent, elle  est en passe de  perdre sur les deux tableaux :   la perte d’indépendance  et les sollicitations militaires aventureuses d’un côté,  la déflation et la désindustrialisation de l’autre.

N’est-ce pas l’inverse qui eut été préférable ? Garder notre liberté économique  pour mieux défendre nos intérêts au jour le jour comme   les Anglais savent si bien le faire, et en même temps garder  notre indépendance diplomatique, ce qui n’est sans doute possible qu’en ménageant nos solidarités continentales.

 

Roland HUREAUX


 

Article publié par www.marianne2.fr et par Décryptage
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28 avril 2008 1 28 /04 /avril /2008 20:54

 

Tandis que Nicolas Sarkozy règne sans partage sur l’ « Etat UMP », la France des collectivités locales, elle, vire à gauche.

Certes ce partage informel du pouvoir n’est pas nouveau : sous de Gaulle, Pompidou et Giscard, la gauche , PC en tête, écartée du pouvoir national, avait largement investi les collectivités locales , ruminant tout au long des  années soixante-dix le projet de décentralisation. La loi Deferre qui en  fut,   une fois Mitterrand  élu, l’aboutissement, devait pourtant  profiter à la droite, de retour au plan local sous un président de gauche. En 2001, Chirac régnait mais Jospin gouvernait : les élections furent favorables à la droite. En  2003,  sous Raffarin, ardent  décentralisateur lui aussi, la gauche rafla toutes les régions sauf une.

Rien de nouveau sous le soleil, donc ?  Pas tout à fait :   jadis quelques citadelles  aux couleurs indéterminées résistaient aux  mouvements nationaux. On ne savait pas si Louis Pradel,  maire de Lyon,  était de droite ou de gauche. Maurice Faure, maire de Cahors,  à peine davantage. On savait seulement qu’ils étaient indéracinables. Quel qu’ait été le vent, Marseille n’aurait su passer à droite, ni Rodez à gauche.

La nouveauté des élections municipales de 2008, c’est la radicalité du mouvement qui tend à polariser les scrutins locaux – dans les grandes et moyennes villes et même maintes petites – en fonction des enjeux nationaux.

En annonçant de manière bravache  - et fort imprudemment -  que ces élections seraient un test national, le président   a certes a amplifié  le mouvement. Le parti socialiste l’a pris au mot et, profitant de l’effondrement de la popularité du président,  a joué le même jeu  et   emporté la mise.

Mais dans ce mouvement de bipolarisation, le rôle des grands média a été aussi essentiel : rarement ils  ont autant  couvert les  élections locales.  Naturellement simplificateurs,  les  médias ne connaissent que les étiquettes. Comme aux dernières présidentielles, ils ne surent  qu’égrener  les  UMP et  les  PS,   comme d’autres les Pater et les Ave.

Les électeurs sont entrés eux aussi   dans le jeu : dans la plupart des villes, seules  les étiquettes  ont compté. Et la bonne était cette fois celle du PS. Non  que l’électeur ignore l’état lamentable où se trouve aujourd’hui ce parti. Mais il voulait sanctionner Sarkozy, un point c’est tout. Contraint par l’ambiance   d’employer un langage binaire, il comprit que Non à Sarko se disait PS. Un point c’est tout.

Le laminage du facteur personnel, l’impossibilité pour les hommes de troisième force  ou issus de la société civile d’exister dans le débat  fut  le corollaire de cette infernale mécanique. L’échec emblématique de François Bayrou à Pau  (tout comme l’effondrement du radicalisme dans le Lot)  ne furent que  la pointe émergée d’un immense processus  de simplification de l’expression démocratique.

Inconsciemment l’électeur ne s’y est pas trompé : si le taux d’abstention a été plus fort qu’il ne l’est d’habitude dans les scrutins municipaux, c’est que l’enjeu  local gommé, l’élection  perdait de son intérêt propre . Le maire demeure, dit-on,  l’homme politique le plus populaire. Cela est peu apparu. Préférant  l’écran de télévision aux  réunions de quartier,  les électeurs  se sont en fait peu intéressés à ce scrutin. S’abstenir n’était-il pas d’ailleurs   une autre manière  de faire un bras d’honneur au pouvoir en place ?

Certes, à cette règle  il y  eut  quelques exceptions : plus frondeurs, moins légalistes, les habitants des beaux quartiers ont su à Versailles ou à Neuilly récuser des candidats UMP par trop médiocres ou illégitimes. Au contraire, d’excellents  maires UMP comme Antoine Ruffenacht, au Havre,  pourtant ville de gauche,  ont été épargnés par  la vague socialiste. Sans doute aussi pour la même raison Alain Juppé à Bordeaux. Alors que le grand Sud-Ouest presque dans son entier allait vers la  gauche (qui gagne Toulouse, Brive, Périgueux, Rodez , Dax et même, qui l’eut dit ?  les conseils généraux de l’Aveyron et des Pyrénées atlantiques !), Agen vire à droite. La raison ? La gestion calamiteuse de la ville par une équipe de gauche inexpérimentée élue en 2001. Pour les même raisons, le maire sortant UMP de Cahors,   n’atteint pas, fait inouï,  les  20 % au premier tour. A Agen comme à Cahors, les impôts avaient augmenté de plus de 50 %, ce que l’électeur ne pardonne pas en  en pleine stagnation  du pouvoir d’achat.

D’une façon générale, il fallait être très bon pour résister au courant ou très mauvais pour être battu à contre-courant.  Cela n’est arrivé que rarement.

La  bipolarisation, que Bayrou avait failli mettre en  échec aux présidentielles, confirme ainsi son emprise. C’est dommage. Les élections locales y perdent de leur intérêt. Or     les nouveaux maires sont le vivier où se renouvelle en France le personnel politique : s’il suffit pour gagner d’une étiquette délivrée par un parti au bon moment, il y a  peu de chances que la classe  politique  se régénère par là.  Tant pis pour les électeurs qui, d’une certaine manière l’ont bien cherché, en restant, malgré  la proximité de l’enjeu,   aux stéréotypes.

Dernier constat : on savait que les élections régionales et européennes, plus encore que les municipales,  sont conditionnées par l’état d’esprit national. Au moment où tout le monde prophétise  le recul de l’Etat national, n’est-il pas paradoxal de le voir s’affirmer comme  le seul enjeu électoral autonome  et celui qui impose son rythme à  tous les autres, la seule scène encore vivante du jeu  démocratique ?

 

Roland HUREAUX


 

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28 avril 2008 1 28 /04 /avril /2008 20:52

 

Le rapport Attali, pot-pourri de  ce qui se trouve dans l’air du temps en matière de réformes administrative  a provoqué un beau tollé en proposant de supprimer le département.  

Le lobby des présidents de conseils généraux s’en est ému ;   le département parait si bien ancré dans notre réalité administrative que la proposition a paru une incongruité.

Mais le débat engagé demeurera dans la confusion tant qu’on n’aura pas rappelé que  le terme de  département  recouvre deux réalités différentes.

Il s’agit d’abord d’une circonscription administrative des services de l’Etat, à la tête de laquelle, depuis  Bonaparte,  se trouve  placé un préfet.

Mais le département est aussi devenu dans le courant du XIXe siècle une collectivité locale autoadministrée à l’instar de la commune - et aujourd’hui de la région. Depuis 1983, ce n’est plus le préfet qui en assure l’ exécutif, c’est le président du conseil général à la tête d’un conseil délibérant composé de conseillers généraux élus au scrutin uninominal dans chaque canton. Le département ainsi conçu, généralement appelé « conseil général »,   se consacre d’abord  à l’aide sociale et à l’entretien des  routes départementales  mais il tend à s’occuper aussi de bien d’autres choses, comme le tourisme.

Dans le panorama touffu de notre administration locale, les conseils généraux ont, non sans quelques raisons, mauvaise presse. Leur existence  affaiblit la région et pèse sur les maires de plus en plus pris – à l’exception des plus importants  -  dans un réseau serré de féodalités politiques. Leurs attributions facilitent le clientélisme. Les présidents de conseils généraux  ont plus de poids   au  Sénat   que les présidents de région, moins nombreux. Il est pratiquement impossible de faire carrière dans un parti donné contre le président du conseil général s’il est du même bord.

Proposer comme le fait le rapport Attali de  partager les  attributions de la collectivité départementale entre les communes (aide sociale ) et les régions (routes, développement économique) n’est pas absurde. Encore faudrait-il faire avaliser une telle réforme au Sénat qui  a le dernier mot en matière de libertés  locales, ce qui est une autre affaire.

Faut-il pour autant remettre en cause le département comme échelon de l'Etat ? Créés au moment de la Révolution  dans le but d’harmoniser les découpages et de rapprocher l’administration des citoyens (la taille des départements devait être telle qu’on puisse aller et revenir au chef-lieu à cheval en un jour.), les départements sont devenus au fil des ans une réalité forte de notre paysage administratif. Les grands services régaliens, ceux qui seuls subsisteront quand les autres auront disparu – gendarmerie, services fiscaux – sont organisés à ce niveau. Au demeurant bien des administrations non étatiques (les banques par exemple, mais aussi les diocèses) fonctionnent aussi sur la base du département. La réforme Dati, en concentrant les juridictions au niveau départemental, va dans le même sens. Même si certains  services de l’Etat ont été affaiblis par la décentralisation et tendent donc à se regrouper à l’échelon régional, le préfet de département demeure un point fixe de notre paysage administratif.  

Supprimer le département,  comme échelon de l’Etat était le rêve des maurrassiens hostiles à cet héritage révolutionnaire et favorables au contraire à la région , qui rappelait la province d’Ancien régime. Mais ces considérations sont aujourd’hui bien oubliées. La suppression du département irait surtout dans le sens de ce brouillage systématique  des repères auxquels l’univers libéral  se complait   sans que l’on perçoive encore les économies qui en résulteraient.

Mais peut-on faire l’un sans l’autre : conserver le préfet et supprimer le président du conseil général ? Pourquoi pas ? Les sous-préfets, qu’il est aussi question de supprimer, n’ont pas, eux, de vis-à-vis. Le dogme français qui fait correspondre aux échelons départementaux et régionaux un représentant de l’Etat et une exécutif local, ne se justifie pas. Comme on le voit,  il y a dans le rapport Attali à prendre et à laisser.

 

Roland HUREAUX

 

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28 avril 2008 1 28 /04 /avril /2008 20:50

Quelle mouche a donc piqué Rachida Dati, qui semble  pourtant une fine guêpe, pour qu’elle engage tout son crédit dans la réforme de la carte judiciaire, carte qui n’est pas, c’est le moins qu’on puisse dire, le principal grief des Français à l’égard de leur justice ? 

Il est douteux que le garde des Sceaux (elle préfère le genre masculin et nous lui en donnons acte)  se soit engagé seul dans une entreprise politiquement aussi risquée A-t-elle eu l’aval de Nicolas Sarkozy ?  Sans doute,  mais ce n’est pas faire injure au président que de dire qu’il  connaît mal les problèmes d’administration territoriale. Claude Guéant lui, les connaît. Au moins en principe.

Il est en tous les cas dommage qu’une personnalité aussi originale et aussi prometteuse s’use à grande vitesse sur un aussi mauvais dossier.

 

Un coût politique lourd

 

A supposer que cette réforme soit bonne, était-elle politiquement opportune ? Résolument non.

Les principales  tentatives de refonte des cartes administratives  de ces dernières années ont tourné court. 

Le ministère de l’intérieur  a voulu réduire le nombre des sous-préfectures en ne nommant pas de titulaire dans les plus petites. Il  est revenu en arrière.

La suppression des plus  petites brigades de gendarmerie a été abandonné : après beaucoup de remue-ménage,  celles qui ont disparu se comptent sur les doigts de la main ; cette tentative fut une des raisons pour lesquelles les gendarmes ont défilé en uniforme sur les Champs Elysées en décembre 2002.

Le dessein de réduire sournoisement nos 36 000 communes à 3 ou 4 000, s’est traduit par la création d’échelons supplémentaires,  pompeusement  appelés communautés de communes,  qui ont démultiplié les coûts de structure.

Il faut remonter à la Révolution pour voir une refonte totale de la carte administrative de la France. Mais l’esprit  révolutionnaire  qui veut faire « table rase »  du passé  est-il   aujourd’hui une référence ? Comme le rappela en son temps Mirabeau, l’administration territoriale n’a pas à être « au carré ». Elle intègre  tout un héritage historique, comportant des dissymétries, des inégalités,   qui mérite respect et dont  la sagesse commande de s’accommoder.

Au demeurant, en créant les départements et les arrondissements, au ressort plus restreint que l’ancienne « généralité », l’Assemblée constituante avait rapproché l’administration des citoyens et non l’inverse comme on veut  le faire aujourd’hui.

En   1926 Poincaré réussit  certes à mener à bien  une vraie simplification de   la carte administrative,  supprimant d’un coup le tiers des sous-préfectures. Mais il ne s’agissait de rien moins que de payer les arriérés de la Grande guerre.  Au demeurant les villes touchées sont pour la plupart devenues des bourgades : faut-il sen féliciter ?

En tous les cas, si une réforme de ce genre  réussit, ce sera  avec un  coût politique important : les parlementaires  candidats aux municipales s’en rendent comptent. Il est probable qu’ en mars prochain le gouvernement paiera cher cette réforme.

 

Une réforme inutile

 

Mais même si cette réforme ne posait pas de problème politique, peut-on dire qu’elle est  une bonne réforme ?

Là aussi il faut répondre résolument non.

D’abord elle ne fera faire que des économies de bout de chandelle – si son bilan financier ne s’avère pas finalement négatif :   les frais de déménagement, les mois de désordre qui s’ensuivront, la mise à l’encan de   tribunaux flambant neufs, l’agrandissement de ceux   où se concentreront les affaires  coûteront en effet très cher.

C’est une erreur hélas trop répandue de croire qu’en matière administrative , on fait , comme quand on fabrique des voitures, des « économies d’échelle » : c’est généralement  le contraire.

Surtout  les petits  tribunaux voués à la disparition donnaient l’exemple d’une justice de proximité, celle là même à laquelle tout le monde aspire. Les affaires y étaient plus vite expédiées, les décisions défiant le bon sens plus rares.

Qui imagine une seconde qu’en opérant un regroupement au forceps dans de grandes unités – à moyens inchangés, puisque c’est là le but de la réforme – les délais seront raccourcis ou la justice plus sereine ?

Une fois de plus se trouve à l’oeuvre  le mécanisme pervers  de la réforme « idéologique » : on s’en prend à ce qui  marche et  on laisse en l’état   ce qui ne marche pas.

Cette réforme fait enfin fi du souci, il est vrai bien oublié,  de l’aménagement du territoire. Les victimes en sont les petites villes des régions à dominante rurale. D’autant qu’après les tribunaux, on s’attend à ce qu’y  soient  supprimés  les  hôpitaux de proximité, voire les sous-préfectures.  Ceux qui aiment la France profonde savent qu’un de ses charmes est son réseau de petites et moyenne villes. Le tissu administratif contribue à  les soutenir. Leur disparition amènerait une sorte d’américanisation du territoire : une géographie réduite à de grandes métropoles séparées par de vastes étendues semi désertiques, aux antipodes du génie européen.  

La culture très parisienne de la fusion et du regroupement, au bénéfice de grandes entités généralement inefficaces tend à laminer cette France moyenne  où l’intégration se fait plus facilement, où les valeurs démocratiques sont mieux préservées. Elle est la marque d’esprits superficiels  qui sacrifient à des préjugés sommaires tant l’héritage de l’histoire  que le pragmatisme administratif.

La crise judiciaire, le malaise qui éloignent les Français et leur justice sont bien réels. Qui ne voit que,  pour en venir à bout, il y avait des chantiers bien plus urgents que   cette refonte stupidement technocratique de l’implantation des tribunaux ?

 

 

Roland HUREAUX  

 

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28 avril 2008 1 28 /04 /avril /2008 20:48

 

Il y a quelque chose de fascinant à voir  un homme politique relativement jeune ( 47 ans) et noir  comme Barack Obama  briguer avec quelques chances de succès l’investiture démocrate pour  l’élection présidentielle américaine.

Autant que son audace, frappe l’aisance de ce candidat improbable dans un pays où aucun homme de couleur – à l’exception du général Colin Powell qui, sollicité par le parti républicain, déclara forfait -  n’avait pu  jusqu’ici envisager sérieusement d’entrer dans la course présidentielle.  Une aisance qui le fait même qualifier de  « nouveau Kennedy ».

La vérité est qu’Obama n’est pas un vrai noir !  Il ne l’est que pour ceux qui pensent que la couleur de la peau a de l’importance. Sur le plan culturel, le seul qui importe, Obama est le contraire d’un noir américain. Non par sa mère blanche qui  descendrait du président sudiste Jefferson Davis  - mais aussi, plus classiquement,  de paysans irlandais chassés par la famine de 1846 : aux Etats-Unis, une goutte de sang noir suffit à  vous faire  « black ». C’est de  son père,  Barack Obama Sr, homme politique kenyan de l’ethnie Luo, que le sénateur du Michigan a reçu une empreinte vraiment originale.

Les Luos appartiennent à cette grande famille de peuples pasteurs d’Afrique de l’Est  dits « nilo-hamitiques ». Si l’expression que de Gaulle appliqua une fois aux Juifs  « peuple sûr de lui et dominateur » a un sens, c’est bien dans cette région du monde. Les Nilo-hamitiques sont le contraire d’esclaves ou de descendants d’esclaves. Ces peuples  fiers et guerriers (1)  dominèrent longtemps les Bantous cultivateurs et sédentaires. Ils résistèrent avec succès aux entreprises des marchands d’esclaves arabes de la côte swahilie, quand ils ne collaborèrent pas avec eux.  Eux ou leur cousins sont au pouvoir au Rwanda, au Burundi, en Ouganda, en Ethiopie et au Soudan (quoique les Nilo-Hamitiques soudanais se prétendent Arabes).   De grands hommes politiques de la région comme Julius Nyerere, fondateur du socialisme ujamaa ou Yoweri Museveni actuel président de l’Ouganda en sont. De même l’ancien archevêque de Dar-es-Salaam  Lawrence Rugambwa,  fait premier cardinal africain par une Eglise romaine qui s’y connaît en  chefs.  Kabila, président du Congo est, dit-on,  à moitié tutsi.

Se   rattachent en effet aux peuple nilo-hamitiques  les Tutsis du Rwanda et du Burundi : minorité « noble » pesant entre   5 et 10 % de la population,  qui domina longtemps dans ces deux royaumes la majorité Hutu (lesquels sont des bantous). Renversée au Rwanda en 1960, la minorité tutsi  , aidée par l’ougandais Museveni, est revenue  au pouvoir sous l’égide de Paul Kagame en 1994. L’armée des « ci-devants », exilés depuis plus de trente  ans est rentrée au pays en massacrant à tour de bras. Les tenants du pouvoir majoritaire hutu, pris de panique,  commencèrent alors  à massacrer tous les Tutsis de l’intérieur et leurs amis réels ou supposés: ce fut le grand génocide de 1994. Le pouvoir est aujourd’hui exercé dans ce pays d’une main de fer par une petite minorité de Tutsis de l’étranger – très peu nombreux du fait du massacre des Tutsis de l’intérieur : peut-être 1 % de la population.

La diaspora tutsi en Europe ( particulièrement forte en Belgique ) et dans le monde est depuis lors un relais efficace de la propagande de Paul Kagame :  personne ne conteste le chiffre devenu « canonique » de 900 000 victimes,  pourtant issu d’une source unilatérale ; personne ne parle des massacres de Hutus par les Tutsis qui , quoique moins concentrés dans le temps, ont fait, sur la longue période encore plus de victimes. Tous ceux qui contestent la version officielle propagée par le gouvernement de Kigali sont menacés, où qu’ils se trouvent, de lynchage médiatique ou internautique, ou de procès téléguidés dissuasifs : la France fut ainsi fort injustement mise au banc des accusés dans  l’opération Turquoise  pour complicité avec les génocidaires, jusqu’à ce que Bernard Kouchner aille à Canossa à Kigali (2). Le courageux journaliste Pierre Péan qui a osé contester la version des vainqueurs tutsi et par là  défendre l’honneur de l’armée française dans un livre remarquable (3)  est depuis lors l’objet d’ une persécution sans merci. Agents conscients ou inconscients de l’internationale tutsi, la plupart des journalistes français se sont déchaînés contre son livre. SOS-Racisme a traîné son auteur devant les tribunaux pour racisme et complicité de génocide.

Au Kenya, l’ethnie dominante est au contraire une ethnie bantoue, les Kikouyous, servis par leur majorité relative, leur centralité et surtout  une empreinte anglaise plus forte. L’actuel président kikouyou Mwai Kibaki, usé , s’est vu contesté lors de la dernière présidentielle par une coalition menée par le Luo Rail Odinga,  fils d’Oginga Odinga , homme politique kenyan de la première génération, proche du père d’Obama.  Que Kibaki n’ait été réélu qu’au moyen de fraudes massives est aux origines des graves tensions actuelles de ce pays.

Même si le rôle des Tutsis du Rwanda est sujet à caution, être nilo-hamitique n’a certes rien d’infâmant, bien au contraire.

On comprend cependant, au vu de cet arrière-fond, à quel point le phénomène Obama est singulier, à quel point surtout la culture du candidat démocrate est étrangère à celle du Deep South. Un chef Luo n’a rien à voir avec l’oncle Tom pas plus que les chants guerriers masaï avec les mélopées des cueilleurs de coton du Mississipi !  

C’est ce qui explique sans doute que sa candidature pose si peu de problèmes à l’establishment américain et que, bien qu’il s’agisse, au moins formellement,  d’une candidature « noire », elle paraisse aller de soi. 

C’est ce qui explique aussi peut-être   la difficulté qu’éprouve  la communauté noire américaine à  se reconnaître dans ce candidat issu d’un univers si antithétique au sien. En définitive Obama ne s’en rapproche que par l’action sociale  qu’il a eue  dans les quartiers pauvres de Chicago et par sa femme qui est, elle, une authentique afro-américaine. Son élection éventuelle  ne signifierait pas nécessairement une promotion de la communauté noire.  Il faudrait plutôt l’analyser comme un phénomène sui generis.  

 

 

Roland HUREAUX

 

1.                       Parmi lesquels les célèbres masaïs.

2.                       Pierre Péan, Noires fureurs, blancs menteurs, Mille et Une Nuits

3.                       Ce que pouvait avoir d’incongru cette quasi repentance du ministre des affaires étrangères français a été justement relevé par  l’universitaire belge Filip Reyntjens ( Le Figaro,  30/1/2008 )


 

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28 avril 2008 1 28 /04 /avril /2008 20:43

 

La menace bien réelle qui pèse sur la survie de la Belgique, dépourvue de gouvernement depuis bientôt six mois en raison de la mésentente des Flamands et des Wallons  amène certains  à remettre en cause les  Etats dits  artificiels.

Des menaces non moins sérieuses pèsent sur l’Espagne où la revendication des « autonomies » va aujourd’hui de plus en plus loin.

Le thème des Etats artificiels avait un temps fait florès en Afrique où de bonnes âmes   dénonçaient le caractère arbitraire des frontières héritées de la colonisation, qui ne tenaient pas  compte des réalités tribales.

Il existe aujourd’hui en Europe des mouvements,  bien vus en Allemagne mais aussi à Bruxelles  qui, au nom de la défense des cultures et des langues régionales, ou au nom de  l’ « Europe des régions »,  promeuvent sournoisement un redécoupage de l’Europe sur une base ethnique, ce qui aurait pour effet, selon une recette expérimentée en d’autres temps,  de grossir l’Allemagne et d’amoindrir à peu près tous les autres Etats !

Ces discours récurrents  ne tiennent pas compte d’une donnée fondamentale : dans  aucun continent, les Etats modernes – et même ceux qui ont une histoire déjà longue -, ne coïncident, ni près avec des réalités ethniques. Partout dans le monde, et pas seulement en Afrique, des frontières coupent des tribus, des peuples, des civilisations homogènes. Le recensement de ces situations serait long :  les Thaïs se trouvent non seulement en Thaïlande mais aussi au Vietnam, les Malais en Malaisie et en Indonésie, les Patchounes au Pakistan et en Afghanistan, les Kirghiz  en Afghanistan et au Kirghizstan, les Ouzbeks en Afghanistan et  en Ouzbékistan. Il y a des Azéris en Azerbaïdjan et en Iran et, des Russes au Kazakhstan etc.

Le cas le plus problématique et sans doute celui qui mérite aujourd’hui d’être le plus pris au sérieux est celui des Kurdes, dépourvus d’Etat et répartis entre l’Irak, l’Iran, la Turquie et même la Syrie.  

On sait que  la même situation est de règle en Afrique, avec par exemple les  Masaïs éclatés entre les  le Kenya et la Tanzanie, les Tswanas entre l’Afrique du Sud, le Botswana et le Zimbabwe, les Ovimbundus entre l’Angola et la Namibie, ou encore les Sarakolés entre le Mali, la Mauritanie  et le Sénégal. Curieusement un des pays les plus désordonnés de ce continent est la Somalie, ethniquement homogène, celui qui a connu les massacres les plus horribles, le Rwanda,  dont les  frontières, loin d’être artificielles,  sont  bien antérieures à la colonisation.

Le problème se pose différemment en Amérique où l’immigration européenne, la traite des Noirs, le  métissage ont  largement estompé les clivages ethniques antérieurs à la découverte. Au contraire, on chercherait en vain les différences ethniques entre des pays comme l’Argentine, le Chili ou l’Uruguay, voire les Etats-Unis et le Canada anglophone. Ce dernier s’inscrit au contraire dans un ensemble biculturel, contesté mais  qui subsiste toujours.

Pourquoi  donc s’offusquer qu’il y ait des Flamands en Belgique, en France avec des cousins très proches aux Pays-Bas ? Des Flamands et des francophones en Belgique, que l’ethnie basque se trouve répartie entre la France et l’Espagne (9/10 en Espagne, 1/10 en France), la culture catalane également entre la France et l’Espagne, qu’il y ait des francophones en France, en Belgique, en Suisse et en Italie, que les Corses français soient culturellement  proches de l’Italie, les Alsaciens de l’Allemagne. Rappelons qu’il y a des Hongrois en Slovaquie et en Roumanie, des Bulgares et des Albanais en Macédoine.

Les seules  tentatives de créer au XXe siècle des Etats ethniques furent le fait de régimes totalitaires : le régime nazi, bien sûr, le régime soviétique (quoique le découpage des républiques soviétiques selon le critère ethnique : Ouzbékistan, Tadjikistan, Turkménistan etc. n’ait pas été partout parfait ), et l’Afrique du Sud qui créa elle aussi au temps de l’apartheid des Etats artificiels sur une base ethnique, les bantoustans. Peu glorieuses références.

Les opérations de « purification ethnique » visant à créer des Etats homogènes  qui ont eu lieu, au détriment des Allemands en 1945  et  (principalement)  des Serbes en 1995  furent des tragédies qui ne sauraient non plus être érigées en exemples.

C’est dire qu’on aurait tort de regarder avec un a priori systématiquement bienveillant toutes les revendications autonomistes, voire indépendantistes qui se déchaînent aujourd’hui à travers l’Europe – pas seulement en  Belgique -  et le monde. Certaines de ces revendications (nous avons évoqué le cas des  Kurdes) sont compréhensibles du fait de la dimension du peuple concerné et de sa spécificité, beaucoup d’autres portent avec elles le risque  d’une régression ethniciste, laquelle, si elle devait être généralisée replongerait le monde – et  pas seulement l’Afrique – dans le chaos.

L’Afrique après la colonisation s’est, avec sagesse, fixée comme règle  l’intangibilité des frontières tracées à l’indépendance; ce principe  fut longtemps un des fondements de l’ONU, et en Europe un des piliers des accords d’Helsinki. Il  est regrettable que l’on ait fait une exception avec la Yougoslavie et la Tchécoslovaquie, aujourd’hui éclatées. Il est encore plus dommage que les Américains et les Européens, avec une invraisemblable légèreté,   encouragent   l’indépendance au Kosovo qui a la taille de deux départements français !  Une décision qui serait lourde de conséquences, sans doute funestes, à commencer par l’éclatement de la fragile  Bosnie multiethnique.

Si l’on considère ce qui se passe à travers le monde, il y a au total le niveau de l’ethnie – qu’elle soit conçue comme une entité raciale ou seulement culturelle  -, il y a ou il y a eu dans certains cas celui de l’Empire, fédérant par la force  des entités diverses et hétérogènes (Empire romain, Empire britannique, Empire français) ; il y a entre les deux l’Etat national doté généralement  d’une certaine homogénéité mais pas de manière systématique, loin s’en faut. Ce dernier n’est pas, comme la tribu, un produit de la nature, ni comme l’Empire de la conquête et de la contrainte, il résulte de l’histoire  et de la civilisation. Il est à respecter  comme tel.

 

Roland HUREAUX

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28 novembre 2007 3 28 /11 /novembre /2007 09:52

 

 

 

 

 

 

Il est exagéré de dire que l’affaire de l’ « Arche de Zoé » remet en cause toute la politique d’ingérence humanitaire chère à Bernard Kouchner. Il s’est bien passé des choses horribles au Darfour, plus encore qu’en Côte d’Ivoire,  et envoyer un contingent militaire ne se situe pas sur le même registre  qu’adopter quelques enfants.

Cette affaire un peu lamentable illustre en revanche la dramatique confusion des valeurs dans laquelle baignent trop de nos contemporains.

A supposer qu’il n ‘y ait pas eu   de but  lucratif chez les organisateurs de  cette peu glorieuse équipée, ce qu’on veut bien leur concéder au bénéfice du doute, l’affaire pose à la fois la question de l’adoption et celle de notre rapport au Tiers monde, deux questions qui ne devraient rien à voir entre elles et dont la conjonction en l’espèce est en elle-même suspecte.

Le désir d’avoir des enfants de la part de couples ( hétérosexuels bien entendu) qui n’arrivent pas à en concevoir  par les moyens naturels est évidemment respectable et, dans la mesure où existent à l’inverse  des enfants sans parents , il n’y a rien de choquant à ce que l’on recoure alors  à la vieille procédure romaine de l’adoption (1) .

L’adoption est beaucoup plus ambiguë chez ceux qui renoncent volontairement  à avoir des enfants. Les motivations de ce comportement rare mais  contre-nature ne sauraient être que fallacieux : ne pas aggraver la surpopulation, ne pas accroître encore la souffrance du monde, dit-on généralement . Elles   reposent  sur une vision entièrement négative de la société humaine : l’enfant adopté est alors, en même temps qu’un réfugié,   une sorte de refuge:  « au moins un qui sera heureux ».  

Même si , en l’espèce, les candidats à l’adoption ne sont pas majoritairement dans ce cas, cette idée d’un monde voué au malheur est sous-jacente dans la référence à l’Arche de Noé qui assimile implicitement l’ensemble de l’Afrique au déluge universel (2). Il est dans la nature de l’homme de chercher à se perpétuer par la procréation : le refuser volontairement procède non seulement de la haine du monde mais aussi de la haine de soi. Or il faut aimer les enfants comme nous-mêmes : comment aimer sainement un enfant adopté à partir de  pareilles prémisses ?

 

 

 

L’adoption n’a rien à voir avec l’aide humanitaire

 

 

 

 

Surtout le désir d’adoption, même si nous sommes dans le cas où il est légitime, ne devrait avoir rien à faire avec l’aide humanitaire.

Celle-ci  ne saurait être que désintéressée : elle doit donc être rigoureusement  séparée d’un désir d’enfant nécessairement  autocentré (même quand ce désir  est parfaitement sain) .  Désintéressement ne veut pas dire désintérêt, bien au contraire. Le premier acte de charité, avant de faire quoi que ce soit pour autrui,  est d’essayer de  comprendre  sa situation. De passer d’une préoccupation subjective à une attention objective à autrui. S’ils n’avaient pas été enfermés dans leur narcissisme pseudo-humanitaire, les promoteurs de l’adoption d’enfants du Darfour   auraient d’abord cherché à comprendre l’Afrique, ce que tout laisse à penser qu’ils n’ont pas fait.

L’enfant , pour un Africain, n’est pas une charge mais un don du ciel. Si ses parents naturels  ne peuvent pas s’en occuper, s’ils ont par exemple été massacrés à l’occasion d’une guerre, les liens claniques et tribaux permettent presque toujours de trouver une solution de remplacement au sein de la   parenté élargie. En tout état de cause l’enfant appartient à cette communauté, le prendre , même avec les meilleures intentions, sans le consentement de tout le groupe  est assimilable à un rapt. Des rapts certes il en existe  , au Soudan en particulier où le commerce des esclaves perdure,  ou dans les pays où prospèrent les milices d’enfants soldats. Mais ces pratiques odieuses sont tenues pour des crimes contre l’humanité pas pour des actions humanitaires.

Cela, tous ceux qui ont fréquenté l’Afrique le savent peu ou prou.

Il est à déplorer que l’humanitaire occidental ( collecte de fonds y compris) vive trop souvent  sur   un collection de clichés  qui   témoigne d’une profonde méconnaissance du continent africain et de ses habitants.  Il serait trop long de les recenser dans le présent article. Nous le laissons pour une autre fois.  La première méconnaissance est d’ailleurs de confondre  les problèmes spécifiques aux pays en guerre ( qui ne seraient pas très différents pour nous si nous étions nous-mêmes en conflit ) avec ceux du sous-développement en général,  lesquels ne sont pas du tout du même ordre.

Une autre méconnaissance est d’imaginer que tous les Africains  sont candidats à l’émigration, alors que cette propension est très variable d’un pays à l’autre, d’une région à l’autre et qu’elle dépend  bien plus des tradition locales que du niveau de vie. Est-il nécessaire au demeurant  de s’appesantir sur ce qu’a de   désobligeant et de méprisant  le fait de ne plus considérer l’aide au développement que sous l’angle de la prévention des migrations,  une attitude qui tend à devenir la posture officielle ?  

Nous n’hésiterions pas à dire en outre, au risque de choquer,  que quand il n’y a ni guerre ni calamité agricole exceptionnelle, les Africains réels ont l’air bien moins tristes que nos foules citadines.

Oui, l’acte I de la morale est de chercher à  connaître son prochain et  non pas de projeter sur lui nos fantasmes, désir d’enfant y compris. Le moins qu’on puisse dire est que nous sommes aujourd’hui  loin du compte.

 

 

 

                                                 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

1.                     On rappellera qu’un plus large développement de l’accouchement sous X , comme alternative à l’avortement, permettrait  de trouver plus facilement  des enfants à adopter.

2.                     Cette vision catastrophique de ce « bas-monde », répandue chez les tenants de la deep ecology  a des antécédents dans la gnose et le manichéisme.

 

 

 

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28 novembre 2007 3 28 /11 /novembre /2007 09:50

 

 

L’année du cinquantième anniversaire du traité de Rome, vrai  point de départ de la construction européenne,   se termine sans que le rôle essentiel du général de Gaulle au départ de celle-ci ait été salué comme il convient.

Les partisans de l’intégration européenne se gardent de  mentionner son nom : il n’évoque pour eux  que le refus de la supranationalité,  la dénonciation des « cabris » et  la politique de la  chaise vide. Bref, le général  est le mauvais génie, un homme forcément « dépassé ».

Les souverainistes les plus radicaux, de leur côté,    réduisent son action à la défense de la souveraineté nationale. De manière un peu courte, tout ce qui va contre l’Europe est, pour eux, gaullien.

Seuls des hommes comme l’archiduc Otto de Habsbourg ont rendu hommage au rôle du général aux origines de la construction européenne.

Un rôle essentiel.

Il est même permis de dire que  l’Union européenne, telle que nous la connaissons pour le meilleur et pour le pire, n’existerait sans doute pas si le général de Gaulle ne s’était trouvé au pouvoir pendant  les onze  années qui ont suivi la signature du traité de Rome.

Ce traité, il n’en avait pas été, comment l’ignorer ? enthousiaste. Muré dans un silence hautain  au moment où il était négocié, il ne cacha cependant pas à ses proches les réserves que lui inspirait ce projet, au même titre que    toutes les initiatives des partisans de l’Europe intégrée.

Néanmoins, une fois revenu au pouvoir, il s’attacha à le mettre en œuvre avec ardeur.

D’abord parce qu’il mettait un point d’honneur à respecter la signature toute fraîche de la France.

Ensuite parce qu’il voyait dans ce traité instaurant le marché commun,    au départ   d’abord commercial,  un défi à relever susceptible de stimuler les Français. La baisse des droits industriels, que tout le monde redoutait, même accompagnée d’une importante dévaluation, devait, selon lui, stimuler notre économie et c’est bien ce qui arriva. On  ne saurait oublier que tout au long de la présidence de  ce  prétendu isolationniste, les tarifs douaniers industriels ne cessèrent de baisser : ils furent même  abolis le 1er juillet 1968, peu de temps avant sa retraite.

Les partisans de l’Europe, qui, en France et à l’étranger,  redoutaient  le retour au pouvoir du général, suspect de nationalisme, virent dans ces premiers pas une heureuse surprise.

 

 

La politique agricole commune

 

 

 

Le climat se gâta à partir de 1962, quand il s’agit de mettre en  œuvre le second volet du marché commun : la politique agricole commune, édifice plus complexe parce qu’il supposait toute une mécanique, coûteuse pour les budgets,  de  soutien des marchés et non pas seulement leur libre jeu.

Ce volet avait été signé avec beaucoup de réticences par certains de nos partenaires. Il était considéré d’un mauvais œil par les Etats-Unis qui craignaient le protectionnisme  européen et risquaient, du fait de la préférence communautaire, de perdre  une partie de leurs débouchés agricoles sur le continent. C’est pourquoi  Jean Monnet, toujours proche des intérêts américains, initiateur de la CECA et de la CED  avait été réticent devant le traité de Rome.

Nul doute que si une forte volonté n’avait appuyé la mise en œuvre du marché commun agricole, ce dernier eut été coulé par les pressions américains sur  les Européens les plus vulnérables.  Pour le général de Gaulle aucun  compromis  n’était possible : le volet industriel, favorable disait-on à l’Allemagne, devait être complété par le volet agricole dont la France serait  le grand bénéficiaire. C’est cette volonté qui s’affirma au cours des marathons agricoles successifs, du premier, fin 1961 à la crise de juin 1965 qui se traduisit durant sept mois par la « politique de la chaise vide » et au terme de laquelle   la France finit par imposer son point de vue.  

Comme toujours chez le général, les enjeux de la grande politique ne lui faisaient pas perdre de vue les   intérêts concrets des Français, en l’occurrence des agriculteurs.   

C’est ainsi que  le général imposa la mise en œuvre du marché commun agricole. Quand on sait que ce  dernier représenta pendant une vingtaine d’années environ 80 %  du budget communautaire, on mesure l’importance qu’il eut au démarrage de  la Communauté économique européenne. Jusqu’aux années quatre-vingt, l’Europe, c’est d’abord la politique agricole commune. Nul doute que sans la forte volonté du général,  celle-ci n’eut pas vu le jour.

 

 

Le  rejet de la  candidature du Royaume-Uni

 

 

 

Autre sujet contentieux : l’entrée de  l’Angleterre dans la Communauté. Pour nos partenaires, poussés par les Etats-Unis,  celle-ci allait de soi. Que le gouvernement britannique cachât à peine son intention  d’ y être le  cheval de Troie des Américains, voire de saboter l’entreprise de l’intérieur, leur importait peu. Paradoxalement, sur la scène française, les partisans de l’intégration la plus poussée, SFIO et MRP, qui,  n’en étaient pas à une contradiction près,  étaient aussi  les plus fermes  partisans  de l’entrée du Royaume-Uni. Même contradiction hors de nos frontières chez un Paul-Henri Spaak pour qui l’Europe sera supranationale ou ne sera pas », mais lui aussi fervent partisan de l’entée de l’Angleterre...

On sait comment le général mit son veto, à deux reprises en 1962 et 1967 à cette candidature. Le Royaume-Uni entra dans la  Communauté mais plus tard, après qu’elle ait été  consolidée ; on sait   le  rôle ambigu que ce pays  joua dans l’Union, une fois entré : sa manière propre de garder un pied dedans et un pied dehors, de tirer tous  les avantages et de refuser  les  inconvénients de l’Europe. Tout cela est, on ne le voit que trop, conforme au pronostic du général. Mais  dans les décennies qui ont suivi,  l’Angleterre ne cherchait plus  à démolir l’édifice. Nul doute que si, comme cela aurait  été le cas avec  tout  autre dirigeant que lui, l’Angleterre avait été admise d’emblée, l’entreprise européenne eut fait long feu.

 

 

La réconciliation franco-allemande

 

 

 

A cette Europe en construction, il ne suffisait pas de  se doter d’institutions, il   fallait une âme. Il fallait pour cela surmonter la principale source de conflit : le contentieux franco-allemand. Le traité d’amitié et de coopération  du  22 janvier 1963, passé entre de Gaulle  et Adenauer, acte historique s’il en est,  mettait un terme  à  un siècle d’hostilité entre les deux principales nations continentales de l’Europe de l’Ouest. Désormais la coopération franco-allemande devait être le moteur des avancées européennes, la négociation directe entre les deux grands partenaires permettant à chaque pas de prévenir ou de surmonter les crises.

Cette conception gaullienne de l’Europe fondée sur l’idée d’un bloc continental  solidaire à direction franco-allemande  et émancipé des Anglo-Saxons ne plaisait pas à Washington. L’Amérique tenta de saboter le traité de l’Elysée ou du moins de lui enlever sa portée en assortissant sa ratification par la partie allemande d’une déclaration destinée à  en amoindrir la portée. Le paradoxe est que cette déclaration fut préparée sous les auspices de Jean Monnet, fidèle à ses allégeances américaines et que  l’aveuglement idéologique conduisait ainsi à contrecarrer  l’acte de réconciliation le plus fondamental qui ait été passé en Europe depuis la guerre

Mécontent des positions prises par   la Commission , spécialement par son président Walter Hallstein, de Gaulle obtint au terme de l’ultime crise de 1965-66  qu’elle soit renouvelée dans un sens plus favorable à ses idées. Elle n’eut plus à partir de ce moment et pour quelques années la  prétention de  devenir un super-gouvernement. En même  temps que le rêve supranational était enterré, de Gaulle fit admettre en, janvier 1966  le compromis dit  de Luxembourg selon le quel aucune décision majeure ne saurait être imposée contre son gré à  un des pays composant le marché commun.

En outre l’Euratom était enterré.

Même s’il eut  par la suite quelques mouvements d’impatience hostiles aux institutions européennes, de Gaulle ne remit plus en question l’équilibre ainsi trouvé.

 

 

L’échec du plan Fouché

 

 

 

S’il  mit provisoirement fin au rêve supranational, le général de Gaulle ne parvint cependant pas à imposer sa vision d’une « Europe des patries » : « coopération organisée d’Etats en attendant d’en venir, peut-être, à une puissante confédération. » C’était l’objectif du plan Fouché (1961) refusé par nos partenaires sous la pression des Etats-Unis.

Mais même si  le principe supranational se trouvait  mis en veilleuse, ce que les adversaires du Général ne lui pardonnèrent pas, l’édifice institutionnel de la Communauté économique européenne  était  durablement consolidé. Il était  fondé sur une base solide, le marché commun agricole,  lequel devait être la matrice des futurs développements institutionnels. Il était  d’autre part  à l’abri des tentatives de sabotage anglaises et   se trouvait doté d’un moteur : le tandem franco-allemand au travers duquel la France pouvait imprimer largement sa marque.  Malgré l’éloignement de l’Allemagne au temps du docteur Erhard, successeur aussi médiocre qu’infidèle  d’Adenauer, le traité de coopération franco-allemand porta ses fruits.   

Comme on sait, c’est  le marché commun – et non la CECA ou toute autre initiative - qui est la matrice de tous  les développement    ultérieurs de l’aventure européenne. La formule arrêtée au cours des années soixante : coopération institutionnelle d’Etats, primauté de  l’agriculture, dura jusqu’aux années quatre-vingt.  Moins que l’élargissement, c’est l’inclusion de l’agriculture dans le laminoir du GATT (  aujourd’hui OMC) en 1984  qui  marqua sa fin. Privé de sa base agricole – et même industrielle du fait de l’érosion du tarif extérieur commun, la Communauté devait rechercher d’autres finalités : l’harmonisation des législations, l’union monétaire, la libre circulation des hommes (et des capitaux) , et à terme,  la relance du  projet d’union politique marquent , à partir de 1990 une nouvelle phase dont on peut imaginer sans peine combien le général de Gaulle l’eut désapprouvée .

Mais ces nouveaux  développements se sont greffés sur un édifice qui était au départ celui du marché commun. Nul doute que si  celui-ci, au cours des dix années critiques de sa mise en œuvre, n’avait été comme « mis en couveuse », protégé par  la forte volonté du général de Gaulle, l’entreprise eut  fait long feu.

                                                            Roland HUREAUX

 

 

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