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Roland HUREAUX

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29 décembre 2008 1 29 /12 /décembre /2008 10:05

Alors que le président a sans états d’âme renvoyé aux calendes le projet de réforme des lycées, dont il est vrai personne n’avait compris ni le sens ni l’utilité,  il veut au contraire faire passer en force l’ouverture des commerces le dimanche.

La révolte de  60 députés de la majorité, provisoirement apaisée par une large atténuation du projet,  est apparue   clairement pour lui comme une menace grave qu’il lui fallait à tout prix conjurer.

Cette révolte, on la comprend : tant de projets mal ficelés, inadaptés ou carrément impopulaires sont soumis à la représentation nationale qu’on ne s’étonne pas qu’à la fin elle se rebiffe. C’est le fruit d’un système absurde où le chef exige une réforme par jour sans se demander si elles sont bonnes ou mauvaises. Cette fronde n’est pas isolée :  après Nicolas Dupont-Aignan, c’est au tour de Daniel Garrigue (appuyé en sous-main par Alain Juppé) de quitter l’UMP en invoquant, contre le retour à l’OTAN, la fidélité au gaullisme. D’autres pourraient suivre au fur et à mesure que les députés comprendront que leur destin politique ne dépend d’ores et déjà plus de Nicolas Sarkozy. .

Qu’est-ce qui tient un député dans le giron majoritaire ? Pour quelques uns, l’espoir d’un maroquin ministériel ou  d’une subvention. Pour tous,   la crainte de ne pas être réinvesti par leur parti aux  prochaines  élections. Point d’investiture, point d’étiquette: c’est le passage à la trappe  assuré. D’autant que les élections législatives venant immédiatement après l’élection présidentielle, l’impact de celle-ci éclipse complètement la personnalité des candidats.

 

Un effet du quinquennat : le président ne peut être réélu

 

Or un des effets  méconnus du quinquennat est que  le président en place est quasiment inéligible ; il ne sert à rien que la révision de la constitution ait prévu d’interdire plus de deux mandats consécutifs. Il n’y en aura pas plus d’un.  Pourquoi ?

Dans l’état de frustration où se trouve l’opinion française depuis trente ans, les majorités sortantes sont presque systématiquement désavouées  par le peuple.

De Gaulle est en fait le seul président de la Ve république qui ait été vraiment réélu. C’était en 1965 et ce fut avec une majorité bien plus courte que prévu : 55 % contre 45 %. Ensuite ? Pompidou mourut avant d’être soumis à réélection. Giscard d’Estaing fut battu au bout d’un mandat. Quant à Mitterrand et Chirac qui furent l’un et l’autre réélus une fois, on oublie que cela  ne leur fut possible que parce qu’ ils  « bénéficièrent », si l’on peut dire, d’un temps de cohabitation avec un premier ministre du bord opposé où, privés de l’essentiel de leur pouvoir, ils purent se refaire une virginité,  devenant  de facto, tout en demeurant sous les lambris de l’Elysée, le chef de l’opposition. Sinon, il ne fait aucun doute qu’ils eussent été balayés à la fin de leur premier mandat.   

En raison du septennat, dont un des buts était de faire coïncider le mandat   présidentiel et le mandat législatif, Nicolas Sarkozy ne bénéficiera pas (sauf à provoquer une dissolution difficilement compréhensible)  d’un temps de cohabitation. Malgré le redoux de la présidence européenne, sa cote de popularité demeure basse et, la crise économique s’approfondissant,  s’abaissera encore. Cela sans espoir de retour : la partie de l’opinion  qu’il a déçue ne veut plus entendre parler de lui    et il n’a aucune chance de se la réconcilier.

Donc pour Sarkozy, on peut le dire aujourd’hui : aucune chance de réélection.

Comment cela se passera ? Qu’importe. En pleine pantalonnade  du Congrès de Reims, Arcachon, une des circonscriptions les plus à droite d’Aquitaine  a élu un socialiste. Il y a de fortes chances qu’en 2012, n’importe quel socialiste, batte le président sortant. A moins qu’il ne soit pas présent au second tour : soit parce qu’il aura été éliminé au premier  par un rival de son camp : Bayrou, Dupont-Aignan ou quelque autre  dissident.  Soit que la majorité, dans un réflexe de survie   ne le laisse pas se représenter comme elle le fit  avec Chirac la dernière fois.

Le scénario importe peu. Dès que les députés de l’UMP auront tous compris que leur destin politique ne dépendra pas de Nicolas Sarkozy lors du prochain renouvellement de l’Assemblée, il y a fort à parier que la vie du président ne sera pas une partie de plaisir. 

Cela sans compter   les effets de la réforme constitutionnelle  qui a vu l’élargissement des pouvoirs de l’assemblée (en permettant au Parlement de  ne discuter qu’un projet gouvernemental revu en commission et en renonçant presque aux facilités su vote bloqué,  dit   49-3), dont le caractère imprudent ne s’explique que parce que le président était sûr de tenir sa majorité, ce qui sera de moins en moins le cas.  

 

 

                                                   Roland HUREAUX

 

 

 

 

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4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 15:38

 

Entretien avec Roland Hureaux

 

Roland Hureaux, ne croyez-vous pas, comme beaucoup le disent, que la référence au général de Gaulle soit un peu dépassée aujourd’hui, trente huit ans après sa mort ?

 

A ceux qui posent cette question,  que l’on entend  en effet souvent,  je voudrais rappeler qu’au temps où le général de Gaulle exerçait le pouvoir, soit dans les années soixante, on le disait déjà. La gauche le disait, Lecanuet et les centristes le disaient, les révoltés de mai 68 le disaient encore plus.

On le disait pour toute une série de raisons : le fait qu’au lieu de l’URSS, il disait le plus souvent la Russie, ce qui paraissait d’un autre âge, sa volonté  de revenir à l’étalon-or, son attachement à l’Etat, qui faisait un peu louis-quatorzien. D’ ailleurs Le Canard enchaîné le représentait en Louis XIV.

 

Et alors, qu’en tirez-vous ?

 

Que sur tous les points ou presque où on le considérait alors comme dépassé, il s’est avéré être au contraire très en avance sur son temps.  La Russie s’ appelle  à nouveau la Russie et Léningrad, qui l’eut cru ? Saint-Petersbourg. L’étalon-or  n’a certes pas été encore rétabli    mais on en parle ; surtout on sait que l’effroyable crise mondiale que nous connaissons est due pour l’essentiel à ce que de Gaulle dénonçait : l’étalon dollar, le privilège insigne que les Etats-Unis se sont arrogés depuis la guerre de fournir au monde sa monnaie en achetant des denrées aux autres pays sans rien leur donner en échange que des billets verts ( ou plutôt des lignes de crédit électroniques !) . S’agissant de l’Etat, après trente ans de libéralisme sans frein, voilà que tout le monde nous parle de son retour !

 

L’histoire serait donc cyclique : c’est l’ « éternel retour » comme disait Nietzsche

 

Je ne le crois pas. Ce qui faisait la force de De Gaulle, ce qui explique qu’il ait pu à la fois avoir raison avant tout le monde – sur les sujets que je viens d’évoquer et aussi sur bien d’autres comme la défaite ultime de l’Allemagne en 1940  ou   la décolonisation en 1958 - et rester d’actualité quarante ans après sa mort, c’est qu’il a fondé  toute sa réflexion politique, non  pas sur les changements et les modes mais sur ce qu’il y  a de permanent dans l’histoire. Je dis bien sa réflexion politique parce que dans d’autres domaines, comme l’art militaire ou l’économie, il fut au contraire très conscient des nécessités du progrès technique. Qu’est-ce qui est permanent ?  Peu de choses à vrai dire mais des choses essentielles : les nations ou plus généralement les groupes humains, les peuples  auxquels  il pensait qu’on n’arrive jamais à  imposer durablement une volonté étrangère : voyez ce qu’il disait des Vietnamiens à Pnom Penh et appliquez le  aujourd’hui aux Afghans, ce qu’il disait des Palestiniens  et qui vaut toujours  ; voyez ce qu’il disait de  l’Europe : l’impossibilité de l’unir  en voulant faire table des nations et qui explique en partie la crise actuelle de la construction européenne,  le caractère passager des idéologies comme on l’a vu en Russie.

Autres permanences : le rôle du chef, qu’il soit un roi , un premier ministre ou un président démocratiquement élu,  qui est selon lui de  défendre  bec et ongles l’honneur et les intérêts de son peuple sans se fixer à une idéologie, surtout sans donner la priorité à l’idéologie qu’elle soit  la Révolution nationale, le socialisme, le libéralisme ou... l’européisme  sur ces intérêts fondamentaux.

Permanence encore : que les Etats sont des monstres froids et qu’il ne faut jamais compter que sur soi-même  pour défendre ses intérêts vitaux, la nécessité donc de préserver à tout prix l’indépendance nationale.

 

Cela reste très général.

 

Certes, et c’est pour cela que le gaullisme sera toujours d’actualité parce qu’il s’attache à des principes généraux et permanents.  Mais ne croyez pas que pour autant , il s’agisse d’ évidences. La preuve : rappeler ces principes  gêne encore beaucoup de monde. Et si on vous dit que ces principes sont dépassés, c’est qu’en réalité on en a peur, on n’en veut pas. Il y a ceux qui vous disent que la France  est devenue trop petite, qu’elle doit rentrer dans l’OTAN ( alors que l’OTAN a moins que jamais de raison d’être, la guerre froide terminée). Il y a ceux qui vous disent que construire une grande œuvre – parfaitement  idéologique selon moi – comme l’Europe vaut bien que l’on sacrifie notre intérêt national supposé « étroit » ou égoïste ».  Il y a ceux enfin qui vous disent que l’Etat « régalien » est dépassé , qu’il doit se faire « modeste » , que le laissez faire généralisé , dans le champ économique et même social  assure spontanément les équilibres . On voit où nous mène aujourd’hui, par exemple  en matière bancaire, la déréglementation généralisée...

 

De Gaulle n’avait pas que des idées générales ; il avait aussi une « certaine idée de la France ». C’est à partir de sa politique que l’on a construit l’idée d’ « exception française. »

 

On peut débattre pour savoir si De Gaulle partait d’abord d’une idée de la France ou bien d’une philosophie  générale sur le rôle des nations. Mais comme il n’était pas un philosophe de métier mais un homme d’action et un chef  et qu’il parlait aux Français,  il leur a d’abord parlé de la France. « La France n’est elle-même qu’au premier rang » a t-il dit par exemple . On en rit aujourd’hui mais je pense qu’il ya bien là une permanence du tempérament français – analogue à celle de certains individus d’ailleurs -   : dès que la France veut rentrer dans le rang,  quand elle commence à s’auto-dénigrer, à se repentir de tout, elle  se divise, elle déprime et , ajoutons que loin d’être mieux aimée des étrangers, elle l’est encore moins : on le voit aujourd’hui où malgré – ou à cause - des  tortillements du président actuel  pour faire rentrer notre pays dans le rang, les Français  n’ont jamais été  aussi mal vus dans le monde et leurs dirigeants plus méprisés.

Mais de Gaulle savait aussi se faire entendre comme personne des autres peuples. Parce qu’il s’appliquait à saisir leur génie propre. Je note au passage qu’il parlait mieux les langues étrangères que  la plupart de ses successeurs qui se veulent modernes et ouverts au monde. S’il pensait qu’il y avait une exception française, il n’eut pas, je pense, renié l’idée qu’il y  avait une exception de chaque pays.  

 

Mais alors pourquoi se référer à de Gaulle. Pourquoi pas à une philosophie politique plus générale ?

 

Pourquoi pas en effet ? Après tout je pense que saint Louis, François Ier, Henri IV, Richelieu et peut-être aussi le Gambetta de 1870 ou  le Clémenceau de 1918 ont été gaullistes avant la lettre.

Un philosophe très à la mode en Amérique comme Léo Strauss propose de refonder la politique sur certaines permanences qui   transcendent les époques. Il  recherche ces permanences dans les  auteurs grecs, Platon et surtout  Aristote. La notion de « bien commun » que saint Thomas d’Aquin nous a transmise vient d’Aristote. Le rôle premier du chef politique, dans cette perspective, c’ est de rechercher le  « bien commun » d’une cité, d’une nation, d’un groupe humain particulier. Cette formule, assez proche de la res publica, de Gaulle ne l’eut certainement  pas reniée à condition de ne pas lui donner un sens étroit, purement économique. Il  pensait   que chaque peuple devait non seulement prospérer mais être fier de lui, cultiver son génie  propre, faire rayonner ses valeurs, de manière pacifique certes mais active. Le gaullisme, c’est la défense du  bien commun mais pas dans la grisaille d’un conseil d’administration, avec de la couleur et du panache. Ce bien commun au sens large, c’est au chef qu’il convient de le  promouvoir. Avec la foire aux intérêts particuliers qu’est devenue notre  République, sur fond s’abaissement national, on est, vous le voyez, loin du compte.     

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4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 15:30

 

Les innombrables commentateurs de la victoire d’Obama ont, sans crainte de saturer auditeurs et lecteurs, ressassé  l’antienne que celle-ci était  la grande revanche des Afro-Américains si longtemps humiliés. Les uns ajoutaient  qu’il y avait là le témoignage de la vitalité et de la capacité de renouvellement de la grande démocratie américaine, ce qui est sans doute  vrai ; d’autres en profitaient pour faire  la leçon à la France supposée engoncée dans ses préjugés racistes. Leçon d’autant plus insupportable qu’elle se fonde sur l’ignorance des vrais ressorts qui ont permis la victoire de Barack Obama.

Le plus étonnant est que cette insistance sur la couleur de la peau du nouveau président intervient à une époque où toute référence raciale, voire seulement ethnique ou culturelle, est tenue pour politiquement incorrecte.    

Pourquoi ne pas dire que Barack Obama est un américain comme les autres –  ce qu’il revendique d’ailleurs – et  reconnaître que dans l’état de discrédit où la présidence Bush a plongé le camp républicain, à peu près n’importe quel démocrate aurait été élu ?

Mais puisque tant de commentateurs ne se gênent pas pour évoquer les racines du nouveau président, n’hésitons pas, tout en mesurant les limites de ces considérations ethniques, à  regarder de plus près  le  cas Obama.

Un cas assurément singulier. Etrange afro-américain en effet que ce président métis qui ne compte pas un seul esclave parmi ses ancêtres. Sa mère blanche descend, paraît-il, de  Jefferson Davis président de la   Confédération sudiste – et donc des partisans de l’esclavage dans  la guerre de sécession. Son père Barack Obama Sr – qui n’a jamais vécu aux Etats-Unis : c’est donc à tort que l’on fait du nouveau président un fils d’immigré – ne fut pas seulement un homme politique kényan en vue mais il appartient à l’ethnie Luo. Cela ne dira rien à ceux qui ignorent les réalités de   l’Afrique de l’Est. Mais les Luo et les Masaï du Kenya, comme les Tutsi du Rwanda, les Hayas de Tanzanie – on pourrait ajouter  les Amhara d’Ethiopie - figurent parmi les tribus  les plus  aristocratiques de l’Afrique subsaharienne, celles que l’on désignait autrefois sous le nom de « nilo-hamitiques » par opposition aux « bantous » qui peuplent le reste de l’Afrique. Composées d’éleveurs et de guerriers, elles ont toujours méprisé l’agriculture et les peuples qui s’y adonnaient, Européens compris. Elles sont aussi connues pour leurs dons politiques extraordinaires qui suscitent la méfiance des autres tribus : le génocide du Rwanda n’a pas d’autre cause ; le New York Times  a rappelé  qu’Obama, parce que Luo, n’aurait pas pu être élu au Kenya (1). Pour l’anecdote, on rappellera que c’est dans ces  groupes ethniques  aguerris que se recrutent les champions olympiques du 10 000 m et du marathon, alors que les Afro-Américains authentiques, des Etats-Unis ou des Caraïbes, préfèrent le sprint.  On objectera qu’Obama n’a guère connu son père, mais on sait depuis Jacques Lacan que le père imaginaire – ou imaginé -  importe souvent plus que le père réel !   

 

Plus qu’un noir, un  patricien

 

Ajoutons que Barack Obama a un parcours universitaire plus prestigieux qu’aucun de ses prédécesseurs.  On comprend mieux que,  plus que la couleur de sa peau, donnée en définitive bien relative, frappe   l’aisance patricienne du nouveau président qui  n’a, à cet égard, rien à envier à un  Roosevelt ou un  Kennedy, pourtant bien plus fortunés. C’est sans ironie qu’ Hilary Clinton, sa rivale malheureuse à l’investiture démocrate, accusa Obama  d’ « élitisme » ! Ce n’est en définitive que par sa femme qu’Obama se rattache à la communauté afro-américaine. Les réticences d’un Jesse Jackson – et d’autres - en début de campagne s’expliquent par ce background.

Ces réticences furent assez vite surmontées : les noirs américains ont très vite compris l’intérêt qu’ils trouveraient  à la promotion d’un homme de couleur, même atypique. La base démocrate a joué le jeu, au point que la carte du vote Obama  recouvre largement   celle des fiefs   traditionnels du parti démocrate, notamment le Nord-Est des blue collars blancs. Les   Républicains n’avaient nullement intérêt à souligner qu’Obama était un noir  atypique.

Ceci dit, l’élection d’Obama, ressemble fort à celles de  beaucoup de présidents   démocrates : Roosevelt, Carter, Clinton. Elle témoigne d’abord du rejet violent d’une présidence républicaine   trop usée ou dépassée par la crise,  à quoi s’ajoute le  parcours sans faute  d’un candidat exceptionnellement intelligent. Comme dans le cas de Clinton et de Carter, eux aussi candidats exemplaires, on cherche en vain un programme précis dans les annonces d’Obama en cours de campagne.

Les difficultés qu’il aura à gérer sont  énormes : des engagements militaires aventurés, un déficit budgétaire et  extérieur record, une récession sévère qui s’amorce. Dans une situation analogue, Roosevelt, avec son immense charisme avait su rendre l’espoir aux Américains, sans vraiment résoudre les problèmes au fond. Carter,  après une campagne remarquable  avait, faute de ce charisme, lamentablement échoué. Clinton avait navigué à vue, ne rompant pas franchement avec les orientations conservatrices de ses prédécesseurs républicains.

On ne peut que souhaiter le succès à Barack Obama, non seulement parce qu’il semble malgré tout un homme sympathique mais aussi parce que le monde n’a aucun intérêt, quoi qu’on dise,  à un échec des Etats-Unis.

 

                                                              Roland HUREAUX

 

 

1. Il est vrai que l’actuel président du Kenya Mwai Kibaki, usé, s’est vu contesté lors de la dernière présidentielle par le Luo Rail Odinga,  fils d’Oginga Odinga, homme politique kenyan de la première génération, proche du père d’Obama.  Kibaki n’a été réélu qu’au moyen de fraudes massives qui sont aux origines des graves tensions actuelles de ce pays.

 

 

 

 

 

 

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4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 15:27

   

Il y a quelque chose de fascinant à voir  un homme politique relativement jeune ( 47 ans) et noir  comme Barack Obama  briguer avec quelques chances de succès l’investiture démocrate pour  l’élection présidentielle américaine.

Autant que son audace, frappe l’aisance de ce candidat improbable dans un pays où aucun homme de couleur – à l’exception du général Colin Powell qui, sollicité par le parti républicain, déclara forfait -  n’avait pu  jusqu’ici envisager sérieusement d’entrer dans la course présidentielle.  Une aisance qui le fait même qualifier de  « nouveau Kennedy ».

La vérité est qu’Obama n’est pas un vrai noir !  Il ne l’est que pour ceux qui pensent que la couleur de la peau a de l’importance. Sur le plan culturel, le seul qui importe, Obama est le contraire d’un noir américain. Non par sa mère blanche qui  descendrait du président sudiste Jefferson Davis  - mais aussi, plus classiquement,  de paysans irlandais chassés par la famine de 1846 : aux Etats-Unis, une goutte de sang noir suffit à  vous faire  « black ». C’est de  son père,  Barack Obama Sr, homme politique kenyan de l’ethnie Luo, que le sénateur du Michigan a reçu une empreinte vraiment originale.

Les Luos appartiennent à cette grande famille de peuples pasteurs d’Afrique de l’Est  dits « nilo-hamitiques ». Si l’expression que de Gaulle appliqua une fois aux Juifs  « peuple sûr de lui et dominateur » a un sens, c’est bien dans cette région du monde. Les Nilo-hamitiques sont le contraire d’esclaves ou de descendants d’esclaves. Ces peuples  fiers et guerriers (1)  dominèrent longtemps les Bantous cultivateurs et sédentaires. Ils résistèrent avec succès aux entreprises des marchands d’esclaves arabes de la côte swahilie, quand ils ne collaborèrent pas avec eux.  Eux ou leur cousins sont au pouvoir au Rwanda, au Burundi, en Ouganda, en Ethiopie et au Soudan (quoique les Nilo-Hamitiques soudanais se prétendent Arabes).   De grands hommes politiques de la région comme Julius Nyerere, fondateur du socialisme ujamaa ou Yoweri Museveni actuel président de l’Ouganda en sont. De même l’ancien archevêque de Dar-es-Salaam  Lawrence Rugambwa,  fait premier cardinal africain par une Eglise romaine qui s’y connaît en  chefs.  Kabila, président du Congo est, dit-on,  à moitié tutsi.

Se   rattachent en effet aux peuple nilo-hamitiques  les Tutsis du Rwanda et du Burundi : minorité « noble » pesant entre   5 et 10 % de la population,  qui domina longtemps dans ces deux royaumes la majorité Hutu (lesquels sont des bantous). Renversée au Rwanda en 1960, la minorité tutsi  , aidée par l’ougandais Museveni, est revenue  au pouvoir sous l’égide de Paul Kagame en 1994. L’armée des « ci-devants », exilés depuis plus de trente  ans est rentrée au pays en massacrant à tour de bras. Les tenants du pouvoir majoritaire hutu, pris de panique,  commencèrent alors  à massacrer tous les Tutsis de l’intérieur et leurs amis réels ou supposés: ce fut le grand génocide de 1994. Le pouvoir est aujourd’hui exercé dans ce pays d’une main de fer par une petite minorité de Tutsis de l’étranger – très peu nombreux du fait du massacre des Tutsis de l’intérieur : peut-être 1 % de la population.

La diaspora tutsi en Europe ( particulièrement forte en Belgique ) et dans le monde est depuis lors un relais efficace de la propagande de Paul Kagame :  personne ne conteste le chiffre devenu « canonique » de 900 000 victimes,  pourtant issu d’une source unilatérale ; personne ne parle des massacres de Hutus par les Tutsis qui , quoique moins concentrés dans le temps, ont fait, sur la longue période encore plus de victimes. Tous ceux qui contestent la version officielle propagée par le gouvernement de Kigali sont menacés, où qu’ils se trouvent, de lynchage médiatique ou internautique, ou de procès téléguidés dissuasifs : la France fut ainsi fort injustement mise au banc des accusés dans  l’opération Turquoise  pour complicité avec les génocidaires, jusqu’à ce que Bernard Kouchner aille à Canossa à Kigali (2). Le courageux journaliste Pierre Péan qui a osé contester la version des vainqueurs tutsi et par là  défendre l’honneur de l’armée française dans un livre remarquable (3)  est depuis lors l’objet d’ une persécution sans merci. Agents conscients ou inconscients de l’internationale tutsi, la plupart des journalistes français se sont déchaînés contre son livre. SOS-Racisme a traîné son auteur devant les tribunaux pour racisme et complicité de génocide.

Au Kenya, l’ethnie dominante est au contraire une ethnie bantoue, les Kikouyous, servis par leur majorité relative, leur centralité et surtout  une empreinte anglaise plus forte. L’actuel président kikouyou Mwai Kibaki, usé , s’est vu contesté lors de la dernière présidentielle par une coalition menée par le Luo Rail Odinga,  fils d’Oginga Odinga , homme politique kenyan de la première génération, proche du père d’Obama.  Que Kibaki n’ait été réélu qu’au moyen de fraudes massives est aux origines des graves tensions actuelles de ce pays.

Même si le rôle des Tutsis du Rwanda est sujet à caution, être nilo-hamitique n’a certes rien d’infâmant, bien au contraire.

On comprend cependant, au vu de cet arrière-fond, à quel point le phénomène Obama est singulier, à quel point surtout la culture du candidat démocrate est étrangère à celle du Deep South. Un chef Luo n’a rien à voir avec l’oncle Tom pas plus que les chants guerriers masaï avec les mélopées des cueilleurs de coton du Mississipi !  

C’est ce qui explique sans doute que sa candidature pose si peu de problèmes à l’establishment américain et que, bien qu’il s’agisse, au moins formellement,  d’une candidature « noire », elle paraisse aller de soi. 

C’est ce qui explique aussi peut-être   la difficulté qu’éprouve  la communauté noire américaine à  se reconnaître dans ce candidat issu d’un univers si antithétique au sien. En définitive Obama ne s’en rapproche que par l’action sociale  qu’il a eue  dans les quartiers pauvres de Chicago et par sa femme qui est, elle, une authentique afro-américaine. Son élection éventuelle  ne signifierait pas nécessairement une promotion de la communauté noire.  Il faudrait plutôt l’analyser comme un phénomène sui generis.  

 

 

Roland HUREAUX

 

1.                       Parmi lesquels les célèbres masaïs.

2.                       Pierre Péan, Noires fureurs, blancs menteurs, Mille et Une Nuits

3.                       Ce que pouvait avoir d’incongru cette quasi repentance du ministre des affaires étrangères français a été justement relevé par  l’universitaire belge Filip Reyntjens ( Le Figaro,  30/1/2008 )

 

 

 

 

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4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 15:06

 
CRISE FINANCIERE : ET SI  TOUT REDEVENAIT COMME AVANT...EN PIRE  ?  



Tout le monde connaît le mécanisme psychologique à l’œuvre dans l’alcoolisme – et dans toutes les addictions d’ailleurs : l’alcool  produit une euphorie qui dure un certain temps, puis, l’effet passé,  vient le temps de la dépression, de la « gueule de bois » comme on dit. Les soulographes du  petit matin savent comment guérir la gueule de bois : recommencer vite à boire autant et même un peu plus. Le mécanisme de l’addiction veut en effet qu’il faut  des doses de plus en plus fortes de drogue pour accéder au même état d’euphorie.

N’est-ce pas ce qui est en train de se passer dans l’économie mondiale ?  Après une phase d’euphorie  marquée par les subprimes, la bulle financière, les profits record,   l’argent roi, nous avons depuis quelques semaines la  gueule de bois.

Le climat de catastrophe qui règne dans l’opinion et la grande presse ne doit pas nous leurrer : même si la dépression dure un certain temps, elle finira bien par se terminer.

Il arrive parfois à Alain Minc de ne pas se tromper : il n’a pas tort  de dire que si  en 1929,  les Etats étaient venus au secours du système bancaire avec la même détermination qu’ils le font aujourd’hui, nous n’aurions pas eu Hitler.

La leçon de 1929 n’ayant pas été oubliée, la réaction a été cette fois vigoureuse,  malgré les hésitations de certains pays comme l’Allemagne. Son effet ne sera  bien entendu pas immédiat. Les bourses peuvent encore baisser mais enfin vient toujours un moment où les spéculateurs se rappellent que derrière les titres, il y a des biens réels : des usines, des champs, des immeubles et une activité économique qui ne s’est pas encore complètement arrêtée, Dieu merci,  et que donc ces titres conservent  une valeur intrinsèque au-dessous de laquelle il n’est plus  raisonnable de les vendre.

Mais ne nous leurrons pas. La cause du mal, c’est l’inflation : du crédit et donc de la  monnaie (deux fois la valeur de la fortune  mondiale  se trouve aujourd’hui en circulation !).

Le remède qu’ont trouvé les Etats à la crise, sous l’habillage  technique, c’est ni plus ni moins qu’un surcroît d’inflation.

Contrairement  à ce qui se dit, ce ne sont pas les contribuables américains qui vont payer les 850 milliards de dollars du plan Paulson, c’est la création monétaire. L’Etat prête aux banques  pour garantir les déposants. Pour cela il va aggraver le  déficit public et donc émettre des bons du Trésor. Qui achètera ces bons du trésor ? Ceux qui en possèdent déjà : les grands créanciers mondiaux : la Chine, le Japon, les pays pétroliers.

Et s’ils refusent ? Ils ne refuseront pas parce qu’alors, leurs réserves en dollar ne vaudraient plus  rien.

Ainsi  la situation actuelle était marquée par l’inflation et les grands déséquilibres mondiaux ; le résultat des mesures prises pour  enrayer la crise est une plus grande inflation et les mêmes  déséquilibres en plus grand.

Ce n’est  pas le seul domaine où on peut s’attendre à une aggravation : si la cause de la  quasi-faillite de certaines banques était l’irresponsabilité de leur gestion, combien plus irresponsable encore risque d’être cette gestion maintenant que l’on sait  que les banques ne peuvent pas faire faillite car les Etats ne les laisseront jamais tomber ?

Tous ceux qui ne se laissent pas aller à l’emphase catastrophiste qui règne aujourd’hui savent que l’économie, le crédit, la bourse repartiront  un jour, un peu plus tôt un peu plus tard mais pas sur de nouvelles bases : sur les mêmes en pire !

Ce qui changera : un contrôle plus étroit du système bancaire malgré tout (mais pas trop si l’on veut éviter une récession économique), un redémarrage de la hausse de prix  aussi    : c’est le seul moyen réaliste d’absorber le gonflement considérable de la masse monétaire mondiale. Et il n’est même pas certain que les salariés profiteront de cette inflation, aussi longtemps  que la mondialisation des échanges de biens tire  les salaires vers le bas.

L’euro risque d’être ébranlé : les ensembles de ce type ne résistent aux « chocs asymétriques » que s’ils sont faibles, or celui-ci est fort : il n’y aura plus d’alternative au dollar.

Pour le reste : les mêmes dérives, les mêmes déséquilibres, en pire.

Jusqu’à quand ? Les seuls facteurs  qui puissent  changer la donne mondiale seraient que la Chine n’accepte plus de financer les déficits américains ; nous avons vu qu’elle n’a pas  encore le choix,  ou encore que les Etats-Unis acceptent un retour à l’étalon-or : cela supposerait qu’ils remboursent leur énorme dette, quitte à être les premiers bénéficiaires de la formidable réévaluation de l’or qui en résulterait : ne rêvons pas.

L’économie mondiale  repose sur le couple pervers Chine–Etats-Unis, la première ultra excédentaire, la seconde ultra déficitaire. Tant que ces deux acteurs majeurs (nous ne parlons pas des pays pétroliers, tenus en laisse) ne décideront pas de changer radicalement la règle du jeu, l’économie mondiale pourra bien repartir mais elle ne sera pas assainie.

 

                                            Roland  HUREAUX

 

 

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3 octobre 2008 5 03 /10 /octobre /2008 19:42


La  crise financière actuelle est, dit-on, due aux  « subprimes», curieux nom qui désigne des crédits aventurés, généralement immobiliers, faits par les banques américaines à des particuliers  peu solvables et donc pauvres.

En quoi l’Europe est-elle concernée ? Pour plusieurs raisons. D’abord,  parce que dans certains pays comme l’Espagne ou le Royaume-Uni, on a  fait à un moindre degré  la même chose ; dans d’autres comme la France ou l’Allemagne où les banques, mieux surveillées, ont été   plus prudentes, elles  ont néanmoins acheté des titres sur le marché américain comprenant pour partie, camouflées au sein d’un cocktail complexe,   ces créances douteuses appelées « subprimes ». Ensuite parce que les banques se prêtant entre elles de l’argent de manière quotidienne, si certaines font faillite pour avoir fait  des prêts risqués, c’est l’ensemble du système bancaire international qui, de proche en proche risque de s’effondrer. Enfin, plus généralement, parce que si l’économie se ralentit dans certains pays, ils achètent moins et cela aussi diffuse la crise d’un pays à l’autre.

Mais alors, dira-t-on, pourquoi les banques américaines ont–elles prêté de manière si légère ? 

 

Les effets de la mondialisation  

Pour le comprendre, il faut revenir à ce qui s’est passé dans le monde occidental  depuis trente ans, sous l’effet de ce qu’il est convenu d’appeler la  « mondialisation » (en anglais, globalization). Ce terme désigne en fait  beaucoup de choses disparates,  à commencer par la diffusion des informations sur internet ou la multiplication des voyages en avion à travers le monde,  mais il désigne plus particulièrement  la levée progressive des restrictions (droits de douane, contingents) aux mouvements de marchandises et de capitaux (1). Cette levée n’est pas  un effet technique du progrès, elle résulte d’une volonté politique : elle s’est faite sous l’aiguillon des grandes institutions internationales : OMC, FMI (deux institutions dirigées aujourd’hui par des membres du parti socialiste français !), mais aussi Commission européenne et naturellement avec le consentement des grandes puissances, Etats-Unis en tête.

Les  mouvements de capitaux et les échanges n’ont pas été libérés seulement parce qu’on pensait que c’était là le sésame de la prospérité. Par une simplification outrancière de l’histoire, la génération de l’après-guerre a sommairement identifié protectionnisme, autarcie, nationalisme, fascisme. Libérer les échanges, c’était au contraire travailler pour la paix. Lancé dès l’après-guerre, le mouvement de libéralisation fut longtemps tempéré par les  interventions de l’Etat de type keynésien. Il a  eu  son plein effet  que dans  les  années quatre-vingt.

Que ce mouvement, animé d’idéaux progressistes et  dont on pensait  qu’il apporterait la prospérité générale, ait été dans tous les pays plus favorable globalement aux riches qu’aux pauvres, s’explique par plusieurs mécanismes :

-  les capitaux étant plus mobiles  trouvent plus vite  les endroits les plus rentables ; ils échappent plus facilement à l’impôt ;

-  la possibilité d’importer des marchandises en provenance des pays à bas salaires tire à la baisse  les salaires dans les pays avancés, en même temps que la possibilité de trouver dans les supermarchés des produits à bas prix rend cette baisse  supportable aux classes populaires; la spirale prix/salaire qui marchait  à  la hausse sous les « trente glorieuses » marche à la baisse depuis trente-cinq ans ;

-  renforcement du capital, affaiblissement du travail, accroissement des marges : le résultat est que dans tous les pays occidentaux, mais spécialement en France,  le rapport des profits et des salaires dans le partage de la valeur ajoutée a été de plus en  plus  favorable aux premiers  80 % pour les salaires (2) avant 1980, 65 % aujourd’hui.   Depuis vingt ans, alors que les salaires stagnent, la bourse monte ( les baisses récentes étant encore loin d’annuler les hausses antérieures) ; les deux mouvements  - déflation des  salaires et des prix, inflation boursière -  pourraient  se dérouler  sur de sphères différentes, chacun y retrouvant son  compte, s’ils n’interféraient dans l’immobilier ; recherché par les hauts revenus, à la fois comme bien d’usage et comme placement, il augmente lui aussi  et cette augmentation devient insupportable aux petits revenus, spécialement les jeunes,  qui ne peuvent plus acheter ou doivent payer des loyers trop élevés.

-  le mécanisme est aggravé par l’inversion des taux d’intérêts intervenue depuis 1980 : la concurrence internationale sur les salaires assurant la stabilité des prix,  les taux d’intérêts réels (taux d’intérêt nominal moins taux d’inflation) qui étaient négatifs depuis la guerre,  sont devenus positifs ; l’accession à la propriété est devenue  plus difficile pour les jeunes.

Cette évolution, plus favorable aux riches qu’aux pauvres,  aux vieux qu’aux jeunes,   se trouve aggravée de plusieurs manières :

-  en Europe par la politique restrictive de la Banque centrale européenne qui, soucieuse avant tout de la stabilité des prix et de faire de l’euro une monnaie forte, freine la croissance et accroît encore la difficulté des jeunes à accéder à la propriété ;

-  en Chine, par  le régime  communiste et l’existence d’un immense réservoir de population rurale encore sous-employée, qui  permet de maintenir les salaires très bas, voire de ne payer qu’irrégulièrement les travailleurs ;

-  aux Etats-Unis, par la politique fiscale des républicains, atténuée mais non  inversée par les démocrates, qui favorise  depuis trente ans  les revenus les plus élevés.

 

            Le goulot d’étranglement de la consommation

Une telle évolution, dont les nantis  de tous pays pourraient se réjouir,  se heurte cependant à un goulot d’étranglement : pour que la production de masse fonctionne, il faut, en régime capitaliste, de la consommation de masse et donc une élévation du  pouvoir d’achat. Sinon, le moteur s’étouffe : moins de consommateurs (ou des consommateurs appauvris), moins de croissance, moins d’investissement , situation dramatique pour des bénéficiaires des revenus du capital qui, parallèlement,  ont de plus en plus d’argent à placer et de moins en mois de placements  rentables.

Face à ce goulot d’étranglement déjà apparu à la fin des années vingt, trois réactions possibles :

-  celle de l’Europe (tous les pays avec des nuances ; l’Espagne ayant suivi davantage le modèle américain) : sous la gouverne de la banque centrale européenne qui privilégie la stabilité des prix coûte que coûte, on se résigne à moins de croissance ;  le salaire réel, contenu à la baisse  par un système serré de  statuts ou de convenions collectives,  est cependant érodé  au fil des ans ;

-  celle de la Chine : faute d’un développement suffisant du marché domestique, le pays, grâce à une monnaie violemment sous-évaluée (d’environ 50 %), se tourne massivement vers l’exportation,  facilitant le maintien des salaires à un  niveau très bas  mais, aggravant le recul industriel  dans les pays avancés (3). Il est à noter que cette stratégie austère de croissance par les exportations  avait été aussi celle du Japon et  fut  celle de l’Allemagne jusqu’à  Schroeder ; le général de Gaulle avait tenté de l’imposer, de manière il est vrai très atténuée,  à la France des années soixante ; il en était résulté l’explosion de mai 68.

-  celle enfin des Etats-Unis qui a l’impact que l’on sait sur le reste du monde : pour maintenir le pouvoir d’achat de la masse dont le revenu diminue, on facilite le crédit : l’argent qu’on  ne donne pas aux petits salariés, on le leur prête ! Cette solution a dans l’immédiat plusieurs avantages : elle maintient de manière factice la consommation (l’immobilier, d’abord concerné par les subprimes, ayant des répercussions sur la plupart des secteurs : « quand le bâtiment va, tout va »), elle permet aux rentiers bénéficiaires de l’explosion des profits de trouver des placements d’autant plus lucratifs qu’en raison du risque encouru, les intérêts demandés sont plus élevés.

Il est aisé de comprendre qu’un système où la croissance est maintenue non point par une élévation du pouvoir d'achat mais par des crédits de plus en plus risqués faits aux ménages pauvres  ne pouvait pas continuer indéfiniment.

Mais avant de donner des leçons, n’oublions pas qu’une politique plus rigoureuse se serait traduite de l’autre côté de l’Atlantique et sans doute ailleurs par une croissance plus faible.

 

Gagnants et perdants, créanciers et débiteurs

La vie économique, nationale ou internationale, est comparable à une  grande partie de cartes : chance ou talent, certains  réussissent mieux  que d’autres  A supposer que le capital de départ dont disposent les joueurs pour miser soit égal   (ce qui n’est pas le cas dans la vie réelle), il arrive un moment où quelques joueurs plus doués ou plus favorisés par la chance ont « plumé » les autres. Dès lors deux solutions : ou le jeu s’arrête ou, pour qu’il continue, les premiers prêtent aux seconds, lesquels s’endettent de plus en plus à mesure que la partie se prolonge. Mais on comprend que le jeu  ne puisse pas continuer indéfiniment.

On peut formuler la chose autrement : dans la vie économique, les uns sont structurellement excédentaires – ou créanciers, d’autres sont structurellement  déficitaires et donc débiteurs. Ce clivage s’applique aux  différents pays : sont créanciers structurels les pays pétroliers (dont aujourd’hui la Russie), la Chine, le Japon  et les autres  les pays du Sud-Est asiatique,  l’Allemagne ; sont débiteurs structurels  les Etats-Unis et   les pays d’Afrique noire ; la France et la plupart de autres pays d’Europe, eux aussi portés au déficit, n’arrivaient à redresser leurs comptes avant la mise en place de l’euro que grâce à des  dévaluations périodiques. Le clivage s’applique aussi aux catégories d’agents économiques : sont structurellement créanciers  les entreprises qui marchent, les riches, les  retraités (en majorité), les classes moyennes et moyens salariés ; sont structurellement débiteurs les petits   salariés, les jeunes ...et la plupart des Etats et  des autres  acteurs publics.  La vie économique continue autant que les premiers prêtent aux seconds  en conservant un espoir raisonnable de récupérer leur mise. Il arrive parfois que ceux qui ont beaucoup emprunté deviennent excédentaires pour pouvoir rembourser leurs dettes: c’est arrivé à la Russie depuis 2000, grâce au gaz et au pétrole ; c’était  arrivé à la France au temps du général de Gaulle puis entre 1992 et 2004 (4), mais depuis, le naturel est revenu et notre pays se trouve à nouveau déficitaires. Cette inversion des situations se rencontre aussi chez les ménages et les entreprises. Mais généralement   les déficitaires restent déficitaires et les excédentaires restent  excédentaires. Le  cycle économique s’arrête le jour où il devient évident que les créanciers ne seront pas remboursés, les premières faillites non seulement de débiteurs mais d’  établissements prêteurs  trop imprudemment engagés donnant l’alerte. C’est ce qui arrive aujourd’hui.

 

 

Que faire ?

Que faire alors pour relancer la machine ? 

De quelque manière que l’on considère le problème, les solutions sont en nombre limité.

Les prêteurs peuvent continuer à prêter indéfiniment ; c’est ce qui se passe avec certains Etats comme les Etats-Unis dont la dette à l’égard du reste du monde continue à s’alourdir  sans que personne ne parle de les mettre ne faillite ; que le dollar soit une monnaie internationale ( d’échange et de réserve) n’y est pas indifférent ;  qu’ils soient la plus grande puissance militaire du monde encore moins : plus que leur compétitivité,  déclinante, c’est cela qui garantit le billet vert. Leur principal créancier, la Chine est également, pour de raisons qui restent à approfondir (souci de continuer à accumuler les technologies, crainte des effets politiques qu’aurait sur la société chinoise une augmentation du niveau de vie ?) disposés à continuer à leur prêter.  Mais les autres pays débiteurs ne pourront faire comme les Etats-Unis, même si certains   comme la France et l’Italie  peuvent  aujourd’hui  envisager, aussi longtemps que l’euro existe, de « vendre » de l’euro  comme les Etats-Unis « vendent » du dollar.

Encore moins les ménages américains surendettés  pourront-ils accumuler les dettes impunément, ne serait-ce que pour des raisons juridiques.

Cette solution trouve ainsi ses limites.

L’autre solution serait l’abolition générale des dettes.

Elle se produit en temps de guerre ou d’inflation généralisée. Elle est aujourd’hui  difficilement concevable entre Etats sauf pour certains  pays pauvres, africains généralement, qui bénéficient de remises de dettes périodiques. Elle n’est pas non plus concevable pour les  particuliers, sauf le cas de faillite.

C’est cependant  ce qui se va se faire aux Etats-Unis, au bénéfice non point des débiteurs finaux  à qui on ne fera pas de  cadeaux, mais des banques les plus engagées. Les  700 milliards de dollars débloqués par le Trésor américain pour leur venir en aide n’ont pas d’autre sens. On peut déplorer que les banques, qui ont abondamment « privatisé » leurs profits, nationalisent leurs pertes. On peut  ironiser sur le fait  que la terre élue du libéralisme recoure massivement à l’intervention de l’Etat pour faire face à la tourmente. Mais il faut  surtout se demander où mène cet expédient. Qui va   payer ?  Le contribuable, dit-on. Lequel ? Le pauvre, au risque d’aggraver encore le goulot d’étranglement décrit ci-dessus ? Le riche, au risque d’aller à l’encontre de la politique suivie depuis trente ans ? Le plus vraisemblable est  que l’argent sera  trouvé grâce à la création monétaire (sous la forme de bons du trésor  jamais  remboursés). Et comme le déficit budgétaire et commercial  américain s’en trouvera aggravé, c’est en définitive le reste du monde qui continuera à prêter un peu plus aux Américains,  singulièrement à leurs banques défaillantes. On revient ainsi  en partie à la première solution : continuer à prêter. Le risque de relance de l'inflation est bien réel puisque on aura injecté dans l’économie de grandes masses d’argent frais sans que la production ait augmenté.  Si  on évite ainsi le cataclysme qui résulterait de la faillite de l’ensemble du système bancaire international à la suite de  la défaillance de quelques banques américaines, on n’assure pas pour autant le redémarrage de la machine : parce que les causes structurelles qui l’ont grippée demeurent, parce qu’un climat de prudence, voir de méfiance  généralisé va demeurer.

Reste  la  troisième solution : une redistribution massive du pouvoir d’achat, des actionnaires vers les salariés (ne serait-ce que pour revenir aux ratios de partage de la valeur ajoutée des années 1950-1980), des plus riches vers les classes moyennes et inférieures, des vieux vers les jeunes.

Cela passe au minimum par une augmentation générale des salaires.

Il y a des précédents. Les années folles du premier après-guerre virent une prospérité factice assez analogue à celle que nous venons de connaître : hausse des bourses, développement  incontrôlé du crédit aux particuliers, sans que les salaires, quoique en augmentation, aient suivi à  due proportion, aux Etats-Unis notamment. La grande crise qui s'en suivit ne se débloqua que par une vigoureuse politique de redistribution du revenu : ce fut le sens du New deal, ce fut le sens de la politique du  Front populaire  (l’autre solution  étant la seule augmentation des dépenses d’armement, pratiquée dans les régimes totalitaires – ou l’ouverture de grands chantiers de travaux publics). C’est ce qui continua à se passer dans l’après guerre, l’existence de barrières douanières renforcées dans les années trente et encore en place dans l’immédiat après guerre permettant un peu partout de stimuler la production en élevant les salaires ouvriers, sans déperdition excessive vers l'extérieur.

C’est encore selon ce mécanisme que les hausses de salaires importantes qui furent consenties en mai 68, quoique tenues sur le moment pour une catastrophe par le patronat, entraînèrent, combinées à une dévaluation réussie,  l’exceptionnelle prospérité des années Pompidou,  les plus glorieuses  des glorieuses.

Mais ce mécanisme est-il  encore envisageable dans un contexte de libre concurrence internationale ? Sans doute pas. Le corollaire est donc, qu’on le veuille ou non,  le retour à un certain protectionnisme national ou continental (à l’échelle de l’Europe des Vingt-sept par exemple) dont une des modalités peut être une sous-évaluation de la monnaie sur le modèle chinois. Sinon l’injection de pouvoir d’achat se traduit par des faillites et de la désindustrialisation, des importations supplémentaires, des déficits aggravés. Un autre corollaire est sans doute le retour à un certain niveau d’inflation inséparable d’une spirale salaires/prix positive.

Les chantres de l’ouverture aux quatre vents doivent en prendre conscience : on ne peut pas regonfler un pneu troué de tous les côtés. Il faut que le pneu soit à peu près étanche pour que la pompe ait de l’effet.

Le paradigme des années 1930-1980 que d’aucuns appelleront keynésien, encore que cette expression soit discutable, était assez clair : de sas entre les différentes économies  permettant à l’action publique d’être efficace , une hausse constante des salaires ( nominaux et en partie réels) entraînant une hausse de la consommation et partant de la production domestique, une inflation plus ou moins modérée, une croissance rapide de l’économie occidentale, un partage de la plus-value plutôt favorable aux salariés, un resserrement relatif des écarts de revenus.

Celui des années 1980-2000 est à peu près  l’inverse : une ouverture générale des frontières rendant inopérante les politiques de relance nationales, une baisse des salaires  réels entraînant une stagnation de la consommation et partant de la production, la stabilité des prix, la récession, un partage de la plus-value favorable au capital, un élargissement des écarts de revenus.

Il est probable que la seule manière de sortir de la crise soit un rebasculement du second paradigme vers le premier. Elle implique  la remise en cause des principaux dogmes sur lesquels repose la pensée économique depuis trente ans.

 

 

                                                                   Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

1.                      La libéralisation des échanges et des mouvements de capitaux s’est accompagnée au cours des années quatre-vingt de la fin de l’encadrement du crédit,  pour partie responsable de la crise actuelle.

2.                      Le taux de rémunération du capital était il est vrai tombé particulièrement bas  à la suite du premier choc pétrolier, de même que les taux d’intérêts réels. 

3.                      Les salaires chinois augmentent mais pas en proportion de l’enrichissement du pays : du fait de la sous-évaluation du yuan, les produits étrangers demeurent hors de prix.

4.                      La politique rigoureuse du  général de Gaulle avait rendu la France  excédentaire. La réunification allemande a eu le même effet, rendant au contraire l’Allemagne provisoirement déficitaire. 

 

 

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24 septembre 2008 3 24 /09 /septembre /2008 16:38

 

 

Nul doute  que la pape Benoît XVI  soit le chef d’Etat le plus cultivé: ce n’est pas  très difficile. Mais il est sans doute aussi un des hommes les plus instruits de la planète, non seulement dans les sciences théologiques mais encore la philosophie, les arts et même  les sciences. Cet homme qui dialogue  avec Habermas, joue Mozart et aime la latin ne manque en tous cas pas de ressources. Il est vrai qu’élu à près de quatre-vingt ans, il avait eu le temps d’en apprendre des choses !

L’épisode le plus original de son   voyage en France fut  une conférence au tout nouveau centre culturel des Bernardins,  initiative de Jean-Marie Lustiger destinée à rapprocher la  foi et la culture. Y ont accouru , non seulement  l’Institut de France, dont il est membre associé,  , mais aussi la fine fleur de la culture, de l’édition, des arts et des lettres. Les intellectuels catholiques de la nouvelle génération, comme Rémi Brague ou Jean-Luc Marion mais aussi Regis Debray, Frederic Mitterrand et bien d’autres. De cette conférence, beaucoup, telle Julia Kristeva sont sortis enthousiastes. Insistant sur la nécessité d’interpréter les textes, inscrite au cœur de la   tradition juive aussi bien juive que  chrétienne, le pape a longuement montré  comment il y a là  la source d’une science du langage fondatrice de la culture européenne et l’antidote à tous les fondamentalismes.

 

Une religion d’intellectuels ?

 

Ce succès intellectuel de l’Eglise catholique forme un contraste cruel  avec la chute de son influence mise en relief par tous les sondages. Si 75 % de Français se déclarent encore catholiques, 50 % seulement croient  en Dieu,  25 %à une vie dans  l’au-delà et à peine plus de 5 % pratiquent.

Le critère le plus significatif de la crise est le  nombre d’ordination de nouveaux prêtres. Un parcours qui se résume  un brutal décrochage en 1975 d’environ 800   à 100 par an. A partir de là un palier qui dure encore aujourd’hui. Un flux d’entrée qui correspond à celui des énarques ! Encore de quoi avoir quelque influence d’autant que les nouveaux prêtres, eux, sont cultivés.  Les spécialistes du calcul intégral montreront toutefois  comment ce décrochage très situé dans le temps  entraîne pendant quarante ans le sentiment  déprimant d’une diminution continue des effectifs du clergé.  Un nouveau décrochage est-il intervenu vers 2005 ? Cela reste à confirmer.

Les autres critères d’influence sont à l’avenant : diminution du nombre d’ enfants baptisés puis catéchisés, des mariages religieux. Seul indicateur au vert positif : le nombre des  baptêmes d’adultes, dont l’augmentation ne compense  cependant pas celle des enfants.

Cette crise touche l’Eglise catholique dans toute l’Europe.  Elle y touche  aussi les Eglises protestantes établies. Le reste du monde, Etats-Unis et Russie compris, vit, par rapport au fait religieux, à  un autre rythme.

Il semble don qu’il ne serve à rien à l’Eglise catholique d’avoir un pape instruit et subtil.   Les seules religions qui progressent semblent  celles qui véhiculent un message simple, voire simpliste . Pour les islamistes,  le Koran et rien que le Koran. Pour les  évangélistes américains , la Bible et rien que la Bible   y compris quand elle contredit la théorie de l’évolution ( acceptée par le papes) , y compris quand elle permet d’assimiler  la lutte des Etats-Unis et d’Israël  contre  le reste du  monde à la bataille finale du bien et du mal , la fameuse bataille  d’Armageddon  décrite dans l’Apocalypse.

L’Eglise catholique  va-t-elle, au moins en Europe,  mourir  de sa subtilité ? Sans doute celle-ci n’est-elle pas nouvelle. Ses dogmes fondamentaux : la trinité, la double nature du Christ  ne sont pas choses simples. Pas davantage  la distinction du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel, fondement historique d’une laïcité dans laquelle Nicolas Sarkozy se prend les pieds avec ses gros sabots, Sans doute le catholicisme a-t-il d’autres ressources : à côté de  ceux qui raffinent  les concepts, il y a aussi ceux qui brûlent les cierges à Lourdes ;  quelquefois ce sont les mêmes !  Masi tout se passe comme si, confrontée au choc de la  modernité, les religions ne résistaient que dans ce qu’elles ont de brutal et de simpliste. Il  semble  , en ce début du IIIe millénaire, plus facile à l’Eglise catholique de susciter  le respect des intellectuels que de reconquérir des masses !

 

 

                                                           Roland HUREAUX

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2 septembre 2008 2 02 /09 /septembre /2008 20:14

dans ses relations avec les pays d'Europe centrale et orientale

 

Dès l’entrée des troupes russes en Géorgie, les Etats-Unis, après avoir émis de vigoureuses protestations, ce qui ne coûte rien, ont fait savoir qu’ils excluaient une riposte proprement militaire  dans le Caucase. Vu de Moscou, c’est là le plus important.

Les « sanctions » qu’envisage de prendre l’Europe occidentale,  si dépendante de la Russie pour ses approvisionnements énergétiques, ne sauraient, en  tout état de cause, avoir qu’un caractère symbolique. 

De telles  positions peuvent choquer. Elles ne devraient pas nous surprendre.

Parmi les motifs  qui poussèrent  en son temps le général de Gaulle à construire une force de dissuasion indépendante, se trouvait sa conviction, maintes fois exprimée, qu’à partir du moment où l’URSS s’était dotée d’une force nucléaire, jamais les Etats-Unis ne  risqueraient un affrontement direct  avec une autre puissance nucléaire pour assurer la protection de l’Europe occidentale. C’est dans cette logique que Washington inventait   de  la protection de la France et de l’Allemagne, pas de la Lituanie et de la Géorgie ! dès 1956, la théorie prudente de la « riposte graduée ». Et il était alors question

 

L’imprudence des Etats-Unis

 

Ce qui surprend en revanche est que les Etats-Unis et certains de leurs alliés aient, depuis plusieurs années laissé croire si inconsidérément aux petits pays d’Europe de l’Est, les  anciennes démocraties  populaires aussi bien que les  ex-républiques soviétiques,  qu’ils leur apportaient une garantie si  sérieuse de sécurité  qu’ils pouvaient se risquer à provoquer allègrement  leur  grand voisin russe.

 Non seulement les Etats-Unis, malgré les réticences de la France et de l’Allemagne, ont poussé à   l’entrée de l’Ukraine et de la Géorgie dans l’OTAN, mais ils ont  apporté  une assistance militaire importante à la Géorgie,  contribuant même à ce qu’il semble, au travers de la fourniture d’un armement ultramoderne et de quelques centaines d’instructeurs,  à préparer l’imprudent   coup de force du président Saakatchvili contre  l’Ossétie du Sud. Comment ce dernier n’aurait-il pas été convaincu, au vu d’un  appui technique aussi sensationnel, que les Américains enverraient des troupes pour le soutenir ?  Avec autant de légèreté, l’Ukraine  menace d’  exclure les Russes de la base navale de Sébastopol.

Accepter sur leur sol  des éléments du bouclier antimissile américain, dont on aura du mal à faire comprendre aux Russes qu’il n’est pas dirigé contre eux,  est tout aussi aventuré  de la part de la Pologne et de la Bohême, alors même que l’OTAN ne comporte aucune obligation de solidarité militaire en cas d’agression.

Tout à leur rêve américain, ces pays ont dans la période récente réécrit l’histoire des années trente de manière fantasmagorique. A les en croire les Etats-Unis auraient volé à leur secours en 1939, en 1956, en 1968 ou en 1981 !  Forts de cette protection supposée, ils croient pouvoir  narguer non seulement la Russie mais l’Union européenne (à qui on ne s’est jamais soucié de demander son aval  pour recevoir le bouclier antimissile). Certes   pour défendre la Tchécoslovaquie et n’eurent  pas non plus la   stratégie la plus avisée pour protéger la Pologne (1).  Mais enfin,  la  France a risqué son existence en faisant  jouer la solidarité avec celle-ci. Les  Etats-Unis, eux, faut-il encore le rappeler ?  ne bougèrent que deux ans plus tard, à la suite de l’attaque  de Pearl Harbour, pour ensuite les lâcher à  Yalta.    Quelle que soit la détermination du président Reagan ( beaucoup plus prudent  que Bush, père et fils, dans ses engagements militaires), c’est d’abord à leurs  propres efforts que les Polonais, les Tchèques  - et  les Russes eux-mêmes (2) - doivent d’avoir secoué le joug du communisme. la France et la Grande-Bretagne ne s’illustrèrent pas en 1938

 

Qui parle de Munich ?

 

Tous ceux qui aujourd’hui  évoquent  Munich à tort et à travers, devraient en outre se souvenir qu’une des grandes leçons des années trente est qu’on ne bafoue  pas ou ne laisse pas bafouer impunément le droit international. Même si les conséquences funestes d’une rupture de l’ordre juridique n’apparaissent pas immédiatement,  toute entorse ouvre  la boite de Pandore. Or qui ne se souvent de l’euphorie  avec laquelle Américains  et Européens l’ont piétiné , au nom des droits de l’homme,  en agressant la Serbie en 1999 puis, plus récemment en reconnaissant l’ indépendance du Kosovo. Le consensus des grandes démocraties, disait-on avec une inconcevable légèreté, vaut toutes les résolutions du Conseil de sécurité ! Il est douteux que le reste du monde l’ait vu de cette façon. Moscou en tous cas n’a pas oublié. Les avertissements pourtant clairs par lesquels le  que la reconnaissance du Kosovo constituait  un  affront grave à son égard (3), ont été négligés. En Géorgie, où elle  viole à son tour le droit international (mais ni plus ni moins que nous au Kosovo),  elle nous rend la monnaie de notre pièce. La pente est assurément dangereuse. Russie a signifié

La nouvelle politique du « cordon sanitaire » signifiée par un l’élargissement indéfini de l’OTAN vers l’Est était doublement absurde.  Elle négligeait le fait pourtant capital que depuis 1990 la Russie ne cherchait  plus à exporter aucune idéologie. Elle promettait aux pays concernés un appui qu’en réalité, dès le départ, aucun Occidental n’était prêt à apporter.

 

La nécessaire modération

 

Doit-on aujourd’hui se contenter de contempler  le désastre ?

Il est des imprudences qui ne se rattrapent guère : on peut craindre que celles qui ont été commises dans les Balkans en fassent  partie.

Mais les « Occidentaux » (on se demande à quoi correspond encore cette expression depuis la chute du communisme ! ) doivent aujourd’hui clairement admettre que la paix en Europe ne proviendra pas de l’écrasement d’un camp , si camp il y a,  par un autre, par une réduction de la Russie à l’état de pays  de seconde zone, ce que l’immense  espace dont elle dispose interdit de toutes les façons , à moins d’y  rappeler les Tartares.

La paix en Europe ne proviendra que d’un compromis fondé sur  la modération,  la reconnaissance  du partenaire et un minimum d’égards pour  ses préoccupations. 

Peut-être même  faudrait-il passer de nouveaux accords d’Helsinki.  Sur quelles bases ?  Sans doute    l’intangibilité des frontières, ce qui supposerait qu’on ne reconnaisse, si c’est encore possible, contrôler. ni le Kossovo, ni l’Abkhazie (ni demain la Flandre !). Il faut aussi s’interroger sur l’avenir de l’OTAN qui  de fait  protège si peu et, ressentie comme une menace par  les Russes,  n’est plus pour ses membres européens  qu’un  moyen de les  La Russie n’a sans doute pas le droit d’attenter  à  la  souveraineté de ses voisins, anciennes républiques soviétiques comprises. Mais pas plus que la France ne supporterait que quelque puissance lointaine  vienne exciter la Belgique  ou le Luxembourg contre elle,  on peut comprendre qu’elle exige d’eux en échange  une certaine neutralité. Qu’elle  ne  souhaite pas que la Géorgie,  pays natal de Joseph  Staline ou l’Ukraine, berceau historique de la Russie, lui deviennent antagonistes, est après tout compréhensible. A des degrés divers, que cela leur plaise ou non, la  sécurité des pays de l’Europe centrale et orientale -  et celle de l’Europe en général -  passe par une forme ou une autre de  modération vis-à-vis du  grand voisin de l’Est. 

 

 

                                                              Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

1. Mais au moins n’avaient-ils pas encouragé ces pays à provoquer l’Allemagne !

2. Et les Afghans !

3. La Russie pouvait estimer être   impliquée dans les Balkans à un double titre :  comme protecteur traditionnel des Chrétiens orthodoxes et comme membre permanent du Conseil de sécurité.

 

 

 

 

 

 

 

 

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24 août 2008 7 24 /08 /août /2008 21:10

Et si le palmarès olympique n'était pas ce que l'on croit ? La Chine a certes remporté  un grand succès - autant par l'organisation impeccable que par les performances -   mais peut-être pas aussi éclatant qu'elle     l'epérait.

Au décompte total des médailles, elle est devancée par les Etats-Unis (100 contre 110) même si elle mène pour  les seules médailles d’or (51 contre 36).

Des médailles d’or  concentrées dans certaines disciplines  traditionnelles (tennis de table) ou dans les concours faisant appel à une  jeunesse très disciplinée (gymnastique, plongeon). Malgré ses espoirs et  ses efforts, la Chine n’a pu décrocher de médaille d’or en athlétisme, la discipline reine des jeux.

A-t-on  noté que si l’URSS existait encore, elle devancerait très largement le reste du monde par le nombre des médailles : 171, dont  43 d’or. C’est le résultat auquel on arrive en additionnant ceux de toutes les ex-républiques soviétiques, Russie en tête,  un calcul que, n’en doutons pas, on aura fait à Moscou.

Toujours en comptant l’ensemble des médailles et pas seulement les médailles d’or, la France arrive à une 7e place   très honorable. C’est mieux que dans bien des jeux du passé, notamment au cours du passage à vide des années soixante et soixante-dix ;  c’est à peu près le rang qu’elle occupe dans la plupart des classements, économiques, militaires etc. (à l’exception du stupide classement de Shanghai des  universités !).

La surprenante quatrième place de la Grande Bretagne (47 médailles dont 19 d’or) reflète moins le redressement  économique du pays qu’un habile investissement dans des disciplines, comme le cyclisme sur piste (8 médailles d’or !), où la mise en œuvre de puissants moyens techniques et financiers permet de se hisser assez facilement au premier rang. Ne doutons pas que dans ce pays réputé libéral, cela  ne soit  le résultat d’une volonté délibérée. Investir  très fort  certaines spécialités, c’est curieusement la même politique que la Chine ! 

La France reste faible en athlétisme : il n’y a là aucune fatalité.  Le désordre qui règne dans cette fédération  appelle des réformes en profondeur. Notre pays reste mieux  placé  au nombre total de médailles (7e) qu’à celui des médailles d’or (10e). Pourquoi ? L’incapacité des Français à donner le coup de rein final qui permet de l’emporter ? On en  doute. Les arbitrages ? Parfois. Le stress  entretenu par une  presse chauvine qui transforme aisément en des vedettes de premier rang des  athlètes seulement bons ? Ou  moins de tricheries, pharmacologiques notamment ? Peut-être.

Moins que le résultat d’une politique, le palmarès français semble  une collection  de réussites  - et donc de passions - individuelles, dans les grands classiques  (100 nage libre, hand-ball) mais plutôt dans certaines spécialités attendues (escrime) ou moins attendues (BMX, VTT ). Nous remontons en natation, nous maintenons dans les sports de combat, mais n’existons plus guère en  équitation.

Au total la France défend un peu mieux son rang que l’Allemagne -  dont la réunification,  et sans doute le vieillissement démographique, ont  dégonflé les palmarès aussi sûrement que les biceps artificiels des nageuses de la RDA. -, l’Italie, le Japon, le Canada (largement devancé par l’Australie) ou les pays scandinaves (aucune médaille d’or pour la Suède, nation sportive s’il en est).

Le Brésil, la Thaïlande, les pays d’Europe centrale et orientale et même l’Afrique noire prise dans son ensemble  tiennent leur rang. La Corée du Sud fait beaucoup mieux.

Derrière les grandes nations pluridisciplinaires, les résultats confirment des spécialités régionales  déjà connues : l’Afrique le l’Est pour les courses de fond, les Caraïbes (dont la surprenante Jamaïque)  pour le sprint.

Si le classement olympique  reflète grosso  modo  la place des différents pays dans le monde, certaines nations pourtant importantes demeurent étrangement absentes des podiums : l’Inde et le Pakistan,  le Vietnam, Israël et  la plupart des pays arabes.  A quand les Jeux Olympiques à Bombay ?

 

                                                                         Roland HUREAUX


 

 

 

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24 août 2008 7 24 /08 /août /2008 15:58

 

L’incroyable autisme des démocraties occidentales  les a empêchées  de se mettre à la place des Russes pour essayer de comprendre  comment ces derniers pouvaient avoir vécu les événements des vingt dernières années.

 

Les Russes ont été patients

Le recul territorial d’abord : si on ne peut que se féliciter que les pays d’Europe centrale et orientale aient été libérés du joug communiste  et de l’emprise de leur grand voisin,   le mouvement est allé plus loin : avec l’éclatement de l’Union soviétique, la Russie a  vu son emprise territoriale rétrécie en deçà même de la frontière de Brest-Litovsk (1918). Avec l’indépendance de la Biélorussie, Moscou se trouve à moins de mille kilomètres de la frontière. En réduisant, par des moyens il est vrai  hautement  contestables,  la dissidence tchétchène, la fédération de Russie a évité in extremis d’aller plus  avant dans le délitement. 

Les humiliations : la guerre de Yougoslavie de 1999, vit les Etats-Unis et l’Europe prendre parti comme un seul homme et en violation complète du droit international contre les Serbes orthodoxes amis traditionnels des Russes,  et en faveur  des Bosniaques et des Albanais du Kosovo musulmans. Un choix congruent avec le  statut de partenaire privilégié (et plus si affinités...) conféré à la  Turquie,  pourtant bien moins européenne.

Les menaces : comment, vu de Moscou l’entrée des pays baltes déjà réalisée et celle de l’Ukraine et  de la Géorgie promise dans l’OTAN,  une alliance  qui, historiquement, s’est constituée contre eux,  n’apparaîtrait elle pas comme telle ? Comment l’installation d’un bouclier  antimissiles  et de rampes de lancement de fusées en Pologne et en Bohême  ne les confirmeraient-ils pas dans  ce sentiment ? De même que la volonté d’évacuer le pétrole de la Mer noire en contournant leur  territoire.

N’oublions pas non plus  les vexations  infligées il y a quelques années par le FMI imposant à ce pays où la natalité est au plus bas d’abolir toute politique familiale : singuliers géo-stratèges qui voient d’un bon œil, face à  une Chine surpeuplée, la Sibérie continuer à se vider !

 

Du containment à l’abaissement systématique

Quelle autre solution d’ailleurs pour  qui veut réduire la puissance russe à sa plus simple expression que d’y  faire revenir  les Tartares ? Pour les tenants de cette ligne, il n’est  probablement  de bonne Russie que réduite aux dimensions de la  Moscovie. Ils sont en tous les cas passés fort imprudemment du containment à l’abaissement systématique.

Les faucons qui des deux côtés de l’Atlantiques brandissaient encore la menace russe après la chute du communisme et au plus profond de la dépression  de ce pays n’évoquent-ils pas ces  anciens soldats devenus fous qui continuent à voir l’ennemi bien longtemps après le retour de la paix ?  

Si vraiment il y avait menace,  il était alors bien imprudent de la part des Etats-Unis de dénoncer  unilatéralement le traité ABM,  ou de vider de sa substance, en refusant toute vérification, le traité START,  conclus avec l’Union soviétique. 

Ajoutons le dénigrement systématique du régime russe auquel se livrent sans mesure  certains médias occidentaux.  Sans doute la démocratie est loin d’y être parfaite : certes l’emprisonnement d’un Mikhaïl Khodorkovski ou l’assassinat hautement suspect d’une  Anna Politkovskaïa sont-ils  inacceptables, mais nous sommes néanmoins à des années lumières du Goulag. La Russie a infiniment   progressé depuis le temps de Staline et même de Brejnev ; ce pays  se trouve si l’on veut dans une situation de transition comparable à celle du Brésil des années soixante-dix ou du  Japon de l’après-guerre, qui, s’en souvient-on ? a  réélu le même parti pendant trente  ans sans que personne  y trouve à redire. Mettre la Russie, comme on l’entend  ici ou là,  sur le même plan  que la Chine, objet de tant de complaisances et où persistent  à un degré inouï  les structures totalitaire et  le mépris de l’homme,  relève d’une singulière absence de discernement.  Et que  dirait-on  si la Russie entretenait en dehors de ses frontières quelque chose comme Guantanamo ?  On peut trouver la question incongrue mais comment empêcher que les Russes la posent ?

Dans le même veine, les partis pro-occidentaux en Ukraine ou en Géorgie étaient tenus pour libéraux et les pro-russes pour autoritaires, corrompus  et mafieux alors qu’on sait aujourd’hui que si leurs allégeances sont différentes, les méthodes et la moralité  des uns et des autres sont comparables.

Même si la classe dirigeante russe n’a pas été bouleversée depuis 1990, qu’elle n’ait plus l’ambition de sauver le monde par une idéologie à vocation universelle est plus qu’une nuance ou alors toute la littérature libérale  du XXe siècle montrant de manière si éclairante  le  rôle pernicieux de l’idéologie est  à jeter à la poubelle.   

 

Pas de quoi s’étonner

Que dans ce contexte, l’Etat russe requinqué par les  bénéfices du gaz et du pétrole et le retour de la croissance,  ait saisi l’occasion que lui offrait l’insigne  maladresse du président géorgien  Saakatchvili   pour mettre les pendules à l’heure, on peut s’en indigner, on ne saurait s’en étonner.

Sans doute les Russes, quant au fond, se moquent-ils des Ossètes et des Abkhazes (en tout 7 % de la population de la Géorgie), mais les Etats-Unis s’intéressent-ils vraiment aux Albanais du Kosovo ou à libérer les femmes afghanes de la  bourka ?

Sans doute l’entrée des  troupes russes en Géorgie constitue-t-elle une violation flagrante de la souveraineté internationale de ce pays mais quelle leçon peuvent donner en la matière les Occidentaux qui ont ouvert la boîte de Pandore en bombardant Belgrade ?

Sans doute la Géorgie, même petite,  est-elle libre de sa politique extérieure. Elle n’est cependant, comme tout le monde,  pas dispensée du  devoir de modération. Le pays de Joseph Staline peut-il se transformer sérieusement en ennemi de la Russie ? De son côté,  l’Ukraine, berceau historique de l’Etat russe,  peut-elle  tourner le dos durablement à  ce dernier ?  

Au demeurant que dirions- nous si des puissances lointaines, les Chinois par exemple,  venaient exciter la Belgique ou le  Luxembourg contre nous ?

On dira que la Russie, pays  qui manque de mesure, est  naturellement dangereuse. Mais en abusant de sa faiblesse après  la chute du communisme, les Occidentaux ont démontré qu’eux aussi en manquaient singulièrement. En voyant la paille dans l’œil de leur vis-à-vis, ils n’ont pas vu la poutre dans le leur. Ils ont en tous les cas perdu une belle occasion de démontrer aux Russes leur volonté de paix.

 

Vigilance quand-même

Le général de Gaulle  aimait à dire qu’un Etat  n’a pas d’ami. La Russie pas,  plus que toute autre puissance,  ne saurait être considérée a priori comme un pays ami. Mais on ne saurait lui faire le grief  d’avoir de l’amour-propre (n’est-ce pas au fond ce que lui reprochent certains Européens de l’Ouest que ronge  la haine de  soi : d’être un peuple qui s’aime encore lui-même ?)

Même si  la réaction de la Russie à l’affaire géorgienne est compréhensible, rien ne garantit qu’ayant réussi  ce  coup,   elle ne cherchera pas ultérieurement à pousser plus avant ses avantages. Une bonne raison pour que les Européens réfléchissent aux moyens de   lui faire une place honorable dans le concert européen. Cela passe sans doute par une parfaite intransigeance sur l’intangibilité  de toutes les frontières et, malgré l’imprudence du bouclier antimissile,  l’indépendance des anciens satellites de l’Europe de l’Est,  Pologne en tête. Mais de leur côté  les Russes  ont droit,  nous semble-t-il, à des égards au moins égaux à ceux de la Turquie, à ce que  les affaires balkaniques ne soient pas réglées de manière unilatérale ou  encore que les anciennes républiques soviétiques observent à son égard une sage neutralité.

Il n’est pas d’autre recette au maintien de la paix que la modération. Dans les affaires de l’Europe de l’Est, ce n’est pas, jusqu’à preuve du contraire, les Russes qui en ont manqué le plus. Mais s’il en allait différemment dans l’avenir, sans doute faudra-t-il alors réagir en   conséquence.

 

                                            Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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