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Roland HUREAUX

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15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 16:36

 

François Hollande a cru bon de proclamer à Dakar la « fin de la Françafrique ». Prise de position  paradoxale  au moment où le monde entier, en particulier les  puissances,  Etats-Unis,   Chine , Russie,  Israël  ( et même Al-Qaida ! ) investit comme jamais l’Afrique et où celle-ci connait, dans  un contexte  de récession mondiale une croissance de 5 % l’an .

La Françafrique (nous entendons par ce mot l’existence de liens privilégiés entre la France, ses anciennes colonies et d’autres pays d’Afrique) , si dénigrée, a  pourtant réussi à préserver longtemps  une paix relative dans nos anciennes colonies subsahariennes.

Rappelons qu’en dehors du Cameroun, la décolonisation  y fut partout  pacifique. Rien de comparable  à ce qui s’est  passé en Algérie, au Kenya, en Rhodésie, Angola, Mozambique etc. Même la Guinée de Sekou Touré , qui voulut  rompre avec la France,  put le faire  sans drame.

 

Une réussite ignorée

 

Une étude  du Quai d’Orsay de 1997, restée de manière étonnante sous le boisseau,  faisait la comparaison du  nombre de victimes des guerres ( y compris les victimes collatérales : famines, épidémies, ayant causé des décès ) par anciens domaines coloniaux. Cette comparaison démontrait que les anciennes colonies françaises s’étaient trouvées  beaucoup  plus favorisées que les autres: 50 000 victimes (essentiellement au Tchad)   pour 115 millions d’habitants   soit      0,35/1000h . A comparer avec les anciennes colonies britanniques :   2 500 000 victimes pour 315 millions d’habitants ,        soit     7,9 /1000  h , les anciennes colonies belges :    2 000 000 victimes  pour   60 millions d’habitants      soit     33   /1000  h ;  les anciennes colonies portugaises :    1 200 000 victimes pour  30 millions d’habitants ,     soit    40  / 1000  h  et les autres pays (anciennes colonies italiennes  ou espagnole, Ethiopie, Liberia):    1 000 000 victimes  pour   73   millions d’habitants  soit    13,6  /1000  h . Même si ces données sont nécessairement imprécises (rien de plus difficile que de connaître le nombre exact de victimes des  guerres ou de  massacres, pas seulement en Afrique), les écarts sont tellement  énormes qu’on ne saurait  les récuser. 

Depuis lors, le bilan des anciennes colonies françaises s’est dégradé, du fait des guerres civiles du Congo-Brazzaville et de Côte d’Ivoire mais ces dernières n’ ont pas fait, chacune,  plus de 20 000 victimes,  à comparer avec les désastres du Soudan ( Darfour : plusieurs centaines de milliers ) et du Congo –Kinshasa( 4 millions de morts  au Kivu à partir de 1995 ) .

Les pires massacres africains : Biafra,  Soudan, Ethiopie, Ouganda, Rwanda, Zaïre, Angola, Mozambique, Sierra Leone, Libéria, Guinée équatoriale ont tous eu lieu  hors   de l’ancien domaine français.  Ceux que l’on a reprochés à un Bokassa, furent, à côté, anecdotiques.

Depuis l’indépendance, les anciennes colonies françaises ont pu, en raison des accords de défense conclus avec la France, réduire a minima leurs dépenses miliaires  (environ  1 % du PIB) alors que les autres pays dépensaient entre 2 et 4 % : autant de gagné pour le développement.

La zone franc, si elle fut  parfois un frein à la croissance, a assuré dans l’ensemble la stabilité économique.

 

Un travail de sape qui n’a jamais cessé

 

Malgré cette réussite, la « Françafrique » – une expression que l’on pourrait trouver sympathique en soi mais qui est généralement utilisée de manière péjorative, fait  l’objet depuis quelque trente ans d’un  travail de sape incessant qui a fini par atteindre  sa cible

Ceux qui ont critiqué cette collusion, selon eux malsaine, entre la France et ses anciennes colonies, se sont d’abord  fondés sur la corruption des nouveaux Etats africains.  Comme s’il n’  y en avait pas autant  dans le reste de l’Afrique,  ou même  du monde ! L’argent africain a parfois  circulé dans la politique française, mais celui d’autres grands intérêts aurait-il meilleure odeur ?

La critique  systématique des liens privilégiés entre la France et l’Afrique a paru venir  au premier  abord des milieux français anticolonialistes et anti-néocolonialistes (une association comme Survie en a fait son fonds de commerce). Mais cette critique  a toujours eu un  large retentissement dans le monde anglo-saxon. Elle y a peut-être même son origine. La collusion jamais démentie, autour de bons sentiments hypocrites, de  l’hégémonisme américain et du gauchisme français constitue, dans les affaires africaines,  une des grandes données des quarante dernières années. Le but des Etats-Unis (au moins de certains courants  influents à Washington) était clairement l’éviction de la France de l’Afrique. Les accusations portées contre nous ont eu  d’autant plus d’impact que  nos gouvernements, tétanisés, n’ont  jamais cru devoir y répondre. Ces accusations furent largement relayées dans la presse. La plupart des africanistes, universitaires ou journalistes, ont ainsi  baigné pendant des années  dans le marigot américano-gauchiste.

La critique de  la Françafrique est devenue un thème  « politiquement correct » en France même : aujourd’hui la justice  française  intente des procédures pour « bien mal acquis » à  l’encontre de  tel ou tel  chef d’Etat africain et François Hollande déclare qu’il n’y fera pas obstacle  mais quel procureur osera s’en prendre aux émirs du Golfe ?   Ces poursuites  ont entraîné une méfiance des présidents africains à l’égard de la France. Houphouët était une personnalité du tout Paris,  mais  Biya préfère la  Suisse. Bongo est mort à Barcelone et son fils se tourne vers l’espace anglophone. Les dégâts de ce moralisme  stupide sont considérables.

On a aussi critiqué les interventions militaires de la France au cours des quarante dernières années. Mais ces interventions,  de pair avec les accords de défense,  furent globalement  un facteur  de stabilité. Et, avec le recul, il est clair que si la France n’avait pas reculé devant des opérations limitées au Rwanda (1994)  et au Kivu (1996), près de cinq millions de vies africaines eussent  été sauvées. Le travail d’intimidation avait déjà  fait, hélas,  son effet.

Au Sahel, si la France ne prend pas ses responsabilités, qui  le fera à sa place ?

Le parti socialiste, qui n’est plus celui  de François Mitterrand, étranger, lui,  à ce dénigrement malsain, est,  avec les Verts,   celui où règnent les idées les plus sommaires sur les relations franco-africaines.  La position de   François Hollande  reflète  ces préjugés.

Non, il est moins opportun que jamais pour la France de relâcher ses liens   avec l’Afrique,  singulièrement ses anciennes colonies. Au moment où  ce continent revient au premier rang du jeu des puissances, ce serait, selon l’expression de Hainalka Vincze,   un « suicide géopolitique ».

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

Chaque fois que le franc CFA était surévalué

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15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 16:28

 

Parmi les nombreuses erreurs qui ont conduit Peugeot, la plus française des marques automobiles depuis que  Renault a délocalisé massivement, à la situation  que l’on sait, il est une erreur stratégique du groupe  déjà ancienne mais fort dommageable : l’abandon de ses positions en Afrique .

Replaçons-nous en 1980 : les voitures Peugeot étaient omniprésentes en Afrique subsaharienne dominant le marché, non seulement des pays francophones mais aussi des pays anglophones. A peu près tous les taxis de brousse en étaient, taxis de brousse que l’on appelait  même  au Kenya les « Pudjot ».

Peugeot avait une usine au Nigéria.

Puis vint l’invasion des  4x4,  anglais pour le haut de gamme, japonais pour le tout-venant. Rien n’était perdu. Peugeot aurait pu  adapter sa gamme, éventuellement lancer son propre 4x4  qui, vu le prestige de l’ enseigne,  aurait sans doute fait un tabac sur  le marché africain et se serait répandu ensuite en Europe,   ce véhicule étant  devenu à la mode dans le milieu bobo.

Mais c’est au contraire à ce moment-là (vers  1985) que Peugeot a choisi de se retirer assez brutalement  de l’Afrique au grand dam de beaucoup d’Africains qui étaient attachés à cette marque. Un  grand homme d’affaires indien d’Afrique orientale  fit même alors  le déplacement à Montbéliard pour   demander à Peugeot  de rester, proposant  de diffuser lui-même  la marque de Nairobi au Cap.  Rien n’y fit.

Pourquoi ? C’est difficile de le dire. L’Afrique n’était pas alors à la mode. Elle stagnait. Le FMI avait mis en tutelle la plupart des Etats. Les élites parisiennes n’avaient que mépris pour l’Afrique. Faire un séjour en Afrique pouvait vous gâcher une carrière, soit dans les grands groupes, soit même au Quai d’Orsay. L’Afrique était salissante pour une réputation. Qu’un séjour sur ce continent démontre au contraire  une grande capacité d’adaptation n’était pas pris en compte ; il valait mieux faire carrière au siège, dans le confort douillet des bureaux européens.  

Ces  réflexes très parisiens ont dû  jouer mais peut-être aussi  d’autres considérations que la firme de Sochaux  a gardée dans ses secrets.

Au même moment Accor plaçait ses billes dans les hôtels tanzaniens alors en pleine décrépitude, mais ce sont  aujourd’hui un des fleurons du tourisme mondial. Accor avait une vision à long terme ; Peugeot pas.

Le résultat : Peugeot a pratiquement disparu de ce continent à un moment où le monde entier s’y intéresse à nouveau : les Américains, les  Chinois, les  Israéliens. La croissance de l’Afrique est aujourd’hui  de 5 % par an, les consommateurs y sont de  plus en plus nombreux.

Que dire devant ces occasions gâchées. Rien. Le chagrin et la pitié !

Est-ce rattrapable ? On ne sait, cela sera de toutes  les façons difficile.   

Autre information entendue. La production de l’usine d’ Aulnay-sous-bois que le groupe va fermer correspond à peu près au montant de voitures que nous vendions à l’Iran,  où la firme sochalienne était   bien implantée aussi. En raison des sanctions  prises par l’Union européenne à l’encontre de ce pays , ce marché est désormais fermé.  Mais il se dit qu’en  revanche on peut encore  acheter des Chrysler ou  des Ford neuves  à Téhéran. A vérifier. 

 

Roland HUREAUX 

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30 septembre 2012 7 30 /09 /septembre /2012 22:21

 

 

Marcel Gauchet, Roland Hureaux :

un échange sur l’actualité politique française

Publié dans la revue Le Débat, septembre-octobre 2012

 

Le Débat. – Il nous faut partir de l’événement majeur de l’année: l’élection présidentielle qui a vu la défaite de Nicolas Sarkozy dont on a beau­coup parlé mais qui n’a pas été analysée en profondeur, et la victoire concomitante de Fran­çois Hollande avec son lot d’inconnues.

Roland Hureaux.– Je soulignerai, pour commencer, l’immense paradoxe de cette élec­tion présidentielle dont on n’a pas encore mesuré toutes les conséquences: le fait que l’élection de François Hollande, complétée par celle d’une Assemblée qui lui est largement acquise, qui s’ajoute au contrôle préexistant du Sénat et de la majorité des collectivités locales, est le corollaire non pas d’un glissement de l’opinion vers la gauche, mais d’un glissement de l’opinion vers la droite, ce qui est assez extraordinaire. Ce glis­sement à droite se lit dans les chiffres du premier tour: l’UMP plus le Front national plus Debout la République, Chasse-pêche et d’autres sont passés, de 2007 à 2012, de 45,29 % à 47,12 %; ce n’est pas un immense progrès mais c’est significatif. Le Front national, à lui seul, a gagné 7,5 %. Non seulement il y a un renforcement de la droite mais il y a, en plus, une droitisation de cette droite.

Et puis, aux élections législatives, on a vu ce qui paraissait encore il y a peu impensable: l’élection au suffrage uninominal de deux députés du Front national. Il est vrai que cela est compensé, aux présidentielles, par la hausse du parti socialiste, mais celle-ci s’est faite surtout au détriment de Bayrou qui a perdu plus de la moitié de son électorat.

Bien entendu, ce paradoxe s’explique d’abord par le rejet de la personne de Nicolas Sarkozy. Mais s’il n’y avait eu que cela, le résultat aurait dû être, à en juger par l’état de l’opinion au commencement de la campagne, de l’ordre de 60/40. Or, dans la dernière phase de la campagne, le Président sortant a fait une remontée tout à fait inattendue puisque le résultat final est étonnamment serré: 51,6 % contre 48,4 %. Pourquoi? Non pas pour des motifs économi­ques et sociaux, mais pour des motifs identi­taires. C’est le problème de l’identité et des frontières qui s’est trouvé au cœur de la dernière phase de la campagne: les derniers discours de Sarkozy, inspirés par Henri Guaino et orientés dans ce sens, sont des morceaux d’anthologie. Ce n’est pas la question des impôts qui a suscité l’ultime mobilisation de la droite, ce n’est pas la peur pour les patrimoines que l’on considère généralement comme le mobile principal des votes de droite. C’est principalement, si ce n’est uniquement, l’inquiétude identitaire.

Nous sommes donc dans une situation extrê­mement paradoxale, dont personne ne sait ce qui peut sortir. Ajoutons, pour aller jusqu’au bout de cette analyse, les 2,1 millions de votes blancs ou nuls du second tour. Il ne s’agit aucu­nement d’abstentionnistes qui ne s’intéresse­raient pas aux élections et seraient allés à la pêche. Les gens qui déposent un bulletin blanc laissent entendre qu’ils sont mécontents du choix qui leur est offert, qu’ils rejettent les deux candidats. Or, il est clair qu’il s’agissait majori­tairement d’électeurs de droite. Et leur nombre est à rapporter à une différence Sarkozy/Hollande qui n’est que de 1,1 million de voix. C’est donc bien une défaillance de la droite et non un virage à gauche qui a causé l’élection de Fran­çois Hollande.

Certains critiquent la droitisation de la campagne et affirment que c’est elle qui aurait provoqué la défaite du Président sortant. Je ne le crois pas. Le problème de cette droitisation, c’est qu’elle n’était pas crédible. Elle était en contradiction avec une grande partie de ce que Nicolas Sarkozy avait fait (ou n’avait pas fait) pendant cinq ans.

Nous sommes donc dans une situation inédite. En 1981, François Mitterrand était élu sur un mouvement certes limité de l’opinion, mais tout de même un mouvement vers la gauche. Et puis, on n’abordait pas alors les questions aussi existentielles que les questions d’identité. N’en déplaise au marxisme dont j’ai, comme tout le monde, subi en son temps l’influence, les guerres civiles sont moins des guerres de classe que des guerres d’identité; on le voit aujourd’hui en Syrie et dans bien d’autres endroits dans le monde. Ce sont les questions d’identité qui alimentent puissamment les passions, surtout quand elles sont surdéterminées par les ques­tions religieuses.

Ajoutons à cela que le nouveau quinquennat aura à affronter d’énormes difficultés. La première, c’est le programme économique et social de François Hollande. Son Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, assure qu’il ne transigera sur aucune de ces promesses: emplois jeunes, créa­tion de nouveaux postes d’enseignants, de poli­ciers et de gendarmes, cessation de la réduction des effectifs de l’État que Sarkozy avait esquissée mais qui n’a été effective qu’au cours de la dernière année. Si vous considérez cela en tenant compte de la contrainte européenne, de la volonté de rester dans l’euro et de l’obligation de réduire la dette, vous avez une équation impossible à résoudre. Mettez toutes ces données dans un calculateur et il vous dira qu’il n’y a pas de solution!

J’ajoute que ce qui diminue encore la marge de manœuvre, déjà réduite par l’euro et l’Eu­rope, c’est que la France, avec 56 % du PIB de dépenses publiques, a atteint, sous le gouverne­ment libéral de M. Sarkozy, un record non seulement dans l’histoire de France mais dans le monde, puisque nous avons désormais dépassé la Suède, et que notre pays n’a plus raisonnable­ment la possibilité d’aller au-delà, de porter la part de la dépense publique à 59 % ou à 60 %. Si un gouvernement socialiste vient après des années de politique libérale ayant réduit la dépense publique, il peut l’augmenter un peu, ce qui permet de réaliser une politique sociale-démocrate; c’est ce qu’a pu faire peu ou prou Tony Blair, même si la dépense publique n’avait pas été aussi diminuée par Margaret Thatcher qu’on l’a prétendu. Aucune perspective de cette sorte pour François Hollande.

Et n’oublions pas l’euro dont l’avenir, après dix-neuf sommets européens, est incertain: on ne sait pas s’il va survivre, ni combien de temps tout cela va durer. François Hollande est, par toute sa culture, attaché à l’euro et n’a pas du tout envie qu’il disparaisse. Il devrait néanmoins envisager une telle hypothèse. Or, on a l’impres­sion que personne dans son entourage ne se pose la question: que faire si l’euro explose? Et que se passerait-il si les marchés étaient pris d’une frénésie telle que la défense de l’euro ne serait plus possible?

Le Débat.– Revenons encore sur le rejet de Sarkozy et sur la profondeur de ce rejet qui a fait que, malgré sa remontée dans l’opinion, il a perdu en fin de compte l’élection.

Marcel Gauchet.– Le rejet de Sarkozy est un phénomène pas ordinaire qui mérite qu’on s’y arrête. Il est plus complexe qu’il n’en a l’air. Je ne crois pas que l’on puisse dire qu’il s’agit simplement d’un rejet de sa personne, même si c’est un élément dont il faut tenir compte. Cela va beaucoup plus loin et engage l’avenir de la droite française.

La composante personnelle du rejet de Sarkozy a cristallisé tardivement, en fait seule­ment, me semble-t‑il, au moment où s’est ouverte la primaire socialiste. L’année dernière, dans l’entretien avec Claude Imbert, j’avais soulevé cette question. On sentait déjà la force de ce rejet, mais il n’était pas irrévocable. Et, surtout, le point crucial restait en suspens: est-ce que cette appréciation négative du person­nage allait emporter la décision politique, ce qui n’est pas nécessairement le cas, puisqu’on a toujours affaire à une comparaison entre les avantages du challenger et les inconvénients du champion. C’est ce qui s’est finalement passé et il faut essayer de comprendre pourquoi.

Il y a, en effet, un élément personnel assez spécifique à la base de ce rejet. Il tient moins à l’individu Sarkozy dans sa singularité qu’au type de personnalité dont il relève et qui avait tout pour heurter un principe non écrit, mais central, dans la tradition politique française et particulièrement important dans le cadre des institu­tions de la Ve République. On parle volontiers de «monarchie républicaine» à propos de celle-ci. L’expression ne me paraît pas très adéquate mais acceptons-la par commodité. Elle permet de bien faire ressortir le problème. Sarkozy est une personnalité autoritaire, certes, mais cela ne suffit pas à lui donner la personnalité d’un monarque et surtout pas celle d’un monarque républicain. Ce qui lui était le plus impossible, c’était de représenter cette impersonnalité de l’État qui est l’âme de la république. Il y a eu à cet égard un malentendu prodigieux. Il avait fait naître beaucoup d’espoir, au-delà même de son camp, en créant l’impression, par son énergie et sa détermination, d’être l’homme capable de redonner une direction ferme au pays. Bref, les Français attendaient un homme d’État, et ils ont vu surgir à la place un personnage typique de son temps, c’est-à-dire un homme avant tout privé ayant une difficulté considérable à conce­voir et à assumer la dimension publique de sa charge. C’est ce qui m’a fait parler d’une person­nalité exemplairement post-moderne. Nicolas Sarkozy nous a offert de ce point de vue un échantillon sur lequel il y aurait beaucoup à dire. Ce n’est pas le lieu d’entrer dans cette analyse.

Pour ce qui nous intéresse ici, il suffit d’insister sur ce fait, le plus lourd de conséquences pour l’exercice de sa fonction: l’impossibilité de prendre distance avec un moi envahissant. Sarkozy avait excellé à créer des apparences politiques que l’omniprésence de ce facteur psychologique n’a cessé de miner par différents canaux. La désillusion a été sévère. C’est un premier élément qui a puissamment compté: une partie des Français a développé une véri­table allergie vis-à-vis d’un Président transgressif par rapport à une règle fondamentale de la vie publique française et spécialement française, liée à l’idée de l’État constitutive de l’idée répu­blicaine française.

Il y a évidemment derrière ce rejet un élément politique lié à la manière dont Sarkozy a exercé sa fonction. Il s’est noyé dans une communica­tion abusive et erratique. On l’a beaucoup dit mais il faut le répéter. Cette omniprésence médiatique mêlant les annonces en rafale, souvent contradictoires ou sans suite, et l’accompa­gnement des émotions collectives, au rythme de l’actualité, a fini par rendre sa politique illisible. Cette foi démesurée dans les pouvoirs de la communication a culminé dans une campagne de 2012 conçue pour répéter celle de 2007 et qui manquait singulièrement de crédibilité de ce fait. Car, entre-temps, le Président avait oublié en route les promesses grâce auxquelles le candidat était parvenu à séduire en particulier une partie des électeurs du Front national. Comment pouvait-il espérer les ramener dans son giron après avoir fait montre d’une parfaite indifférence sur le fond à la plainte qu’ils expri­maient et à laquelle il avait semblé une première fois donner écho? Il y avait quelque chose de très artificiel dans cette campagne placée sous le signe d’un reniement éhonté.

Ajoutons un point crucial – tout le monde le voyait: le citoyen le plus dépolitisé ne pouvait pas ignorer le cynisme d’un discours reprenant sans vergogne des promesses destinées à ne pas être plus suivies d’effets la seconde fois que la première. Cette dimension de cynisme du personnage me paraît avoir joué un rôle décisif dans la campagne. Elle le privait de vraie crédibilité.

Et il y a, enfin, un troisième élément, d’ordre plus structurel, qui tient à l’évolution de la droite française, dont Sarkozy a été un accélérateur. Une évolution qui débouche sur un problème qui va durer. Sans entrer dans le détail de l’ana­lyse historique, on peut dire, en gros, que la droite française depuis de Gaulle unissait une forte composante conservatrice, plaçant au sommet la nation et les valeurs d’ordre et d’auto­rité, avec une vision libérale de la conduite de l’économie. Même si, dans l’épure gaullienne, cette économie était fortement encadrée, le principe libéral était avoué. Toute l’évolution idéologique qui commence dès Pompidou, qui s’affirme chez Giscard, puis qui s’amplifie encore chez Chirac, a consisté en une prise de distance avec la synthèse gaullienne, tout en continuant à se réclamer d’elle. Une prise de distance de plus en plus caractérisée qui fait que la composante libé­rale a pris progressivement le dessus sur la composante conservatrice.

De ce point de vue, Sarkozy a radicalisé le débarquement du gaullisme déjà largement entamé par Chirac mais tempéré par le maintien des apparences, notamment en politique étran­gère – une donnée extrêmement importante sur le plan symbolique. Sarkozy a largué ses dernières amarres pour faire résolument entrer la France dans le giron atlantique sous leadership américain, en même temps qu’il a épousé, au moins verbalement, le discours libéral et «moderne» sur le plan intérieur. Le cas est un peu compliqué, d’abord par l’écart entre les paroles et les actes – à beaucoup d’égards, Sarkozy est resté un chiraquien dans la pratique –, et ensuite par le caractère du person­nage, son autoritarisme en particulier, qui me semble avoir beaucoup trompé les observateurs. L’autorité selon Sarkozy, c’était la sienne, pas celle de l’État. C’est pourquoi je n’ai jamais beaucoup cru à son présumé «bonapartisme». Il était de forme, pas de substance. Toujours est-il qu’à l’arrivée son discours et son action ont eu pour effet de disjoindre profondément les deux éléments, conservateur et libéral, que le moule gaullien permettait de tenir ensemble. Ils sont aujourd’hui dissociés. Il est permis de penser que les deux millions de votes blancs du second tour sont pour une bonne part, à côté des irré­ductibles du Front national, le fait d’électeurs d’une sensibilité conservatrice classique, se refu­sant de voter à gauche, mais ne pouvant pas se reconnaître dans Sarkozy. Cette fracture identi­taire au sein de la droite républicaine s’ajoute à la concurrence du Front national comme l’un des problèmes épineux que les successeurs de Sarkozy, si tant est qu’il y en ait – car, après tout, il peut vouloir revenir dans le jeu –, auront à régler.

Qu’avec de tels handicaps Sarkozy ait réussi à remonter à plus de 48 % au second tour en dit long sur le climat de scepticisme inquiet dans lequel s’est jouée la victoire de Hollande.

R. H.– Je suis d’accord avec Marcel Gauchet. Je pense que Sarkozy a désacralisé la fonction présidentielle comme aucun de ses prédéces­seurs ne l’avait fait, mais beaucoup de ceux qui le lui ont reproché le lui ont sans doute pardonné dans la dernière ligne droite face à la perspective d’avoir Hollande pour Président. Et puis, aujourd’hui, avec le tweet de Mme Trierweiler, cela est visiblement entré dans l’air du temps. Même si j’ai été très sévère à l’égard de Nicolas Sarkozy dans certains de mes écrits, je serai sur un point plus indulgent que Marcel Gauchet. Je ne pense pas qu’il s’agisse de cynisme. Je crois plutôt qu’il y a eu, dans son comportement, une très forte dose d’incompétence. Ainsi, en matière de sécurité, une loi capitale a annulé à peu près tout ce qu’il avait fait auparavant. C’est la loi du 24 novembre 2009 qui ordonne de remettre en liberté, sous différentes formes, tous ceux qui avaient été condamnés à moins de deux ans de prison ferme. Par les temps qui courent, pour récolter deux ans fermes, il faut avoir un palmarès déjà important! Cela fait beaucoup de monde qui s’est retrouvé en rééducation, en liberté surveillée, etc. J’ai essayé de savoir pour­quoi on avait pris une telle décision et j’ai inter­rogé les gens qui avaient suivi la chose de près. On m’a dit d’abord que les prisons débordaient, ce qui est vrai. Mais il y avait aussi la position du ministère de la Justice qui a aujourd’hui une culture assez à gauche, adepte de la prévention plutôt que de la répression, et qui a fait remonter le projet. Rachida Dati l’a transmis à l’Élysée et il ne s’est trouvé personne pour l’arrêter.

On pourrait donner d’autres exemples. On a ainsi imputé à Sarkozy la «culture du chiffre», transposition dans le secteur public des méthodes supposées du secteur privé, jugée logique de la part d’un gouvernement libéral. Or, il s’agit en fait de l’application de la loi appelée «LOLF» par les initiés: loi organique relative aux lois de finances, votée à l’unanimité le 1er août 2001, par la droite et la gauche donc, sous le gouver­nement Jospin, laquelle prévoit, entre autres, une évaluation permanente et généralisée de tous les services de l’État, de haut en bas. Elle devait entrer en application en 2005, mais il y eut des retards et cela ne s’est fait qu’en 2007. Les enseignants, avec juste raison, ont protesté contre l’évaluation généralisée, parfaitement infantilisante, à laquelle ils ont été soumis à partir de 2010. Ils croyaient protester contre la politique libérale de Sarkozy. Ils ne savaient pas que l’éva­luation n’était que l’application d’une politique introduite par le gouvernement Jospin et déjà préconisée par Rocard quand il était Premier ministre! C’est une idée qui circulait depuis vingt ans, particulièrement dans la mouvance de la deuxième gauche, des technocrates socialistes et démocrates-chrétiens. Je suis sûr que Sarkozy ne s’en est jamais rendu compte. Au fond, il est un de ceux qui ont apporté le moins de plus-value politique aux impulsions de la techno­cratie. Lui qui a voulu mettre à l’écart les énarques s’est avéré le Président le plus «techno-dépendant» de la Ve République! Ayant un gouvernement globalement faible, et désireux de multiplier les réformes, il a laissé remonter tout ce que lui proposaient les services, ce qui était «dans les tuyaux» comme on dit. Et comme, pour lui, ce n’était pas la qualité des réformes qui importait mais la quantité – il lui fallait une réforme par semaine –, plus on lui en proposait de bonnes ou de mauvaises, en général de mauvaises, plus il en prenait.

On lui a beaucoup reproché la RGPP (révision générale des politiques publiques) qui fut aussi une accélération des tendances antérieures: ce n’était pas en soi une mauvaise idée que de vouloir réduire les effectifs de la fonction publique mais appliquer le même ratio partout était un peu simpliste. D’autant que ce processus s’est télescopé avec l’évaluation chiffrée systématique, une refonte désordonnée des organigrammes et… une complication toujours croissante des procédures. C’était trop: les gens ont craqué.

C’est ainsi que l’ancien Président s’est mis à dos diverses catégories sociales qui votaient plutôt à droite. Il s’est mis à dos les gendarmes, il s’est  mis à dos l’armée, il s’est mis à dos les ensei­gnants de droite qui représentent un bon tiers du total mais que l’on a bafoués et humiliés et qui ont donc voté Bayrou au premier tour et blanc au second, et ainsi de suite. Je crois que c’est de l’incompétence, à la rigueur de l’impul­sivité. Toujours est-il que la réforme de la gendarmerie a eu pour effet de pousser à voter à gauche une partie de ce corps qui vote habituel­lement à droite. Inversement, là où il y avait un bon ministre – et il n’y en avait qu’un seul de vraiment bon, Bruno Le Maire –, la position de Sarkozy s’est plutôt améliorée, dans le monde agricole en l’occurrence. Mais c’est une exception.

Le Débat.– Passons à l’élection de François Hollande et au rôle qu’y a tenu l’anti-sarko­zysme qui semble avoir été plus important pour les électeurs que le programme positif du candidat.

R. H.– L’élection de François Hollande a marqué une certaine normalisation du processus de l’alternance. Depuis que la crise a éclaté, tous les gouvernements sortants en Europe ont été battus, ce qui relativise la victoire socialiste. Mais on pouvait penser qu’à cause de la crise idéologique considérable de la social-démocratie le PS courait le risque de ne jamais revenir au pouvoir. Or, l’effet de balancier a joué à son profit. Il peut demain jouer au profit de la droite et le problème de celle-ci, c’est qu’il y a, en son sein, des gens qui se disent que, sans avoir besoin de s’améliorer ou de se remettre en ques­tion, ils ont toutes leurs chances en 2017 parce que la gauche perdra forcément les élections.

Je ne suis pas en mesure d’analyser le processus qui a fait que c’est François Hollande qui a percé au sein du parti socialiste et non quelqu’un d’autre. En revanche, il est clair qu’il a bénéficié, au sein de l’ensemble de la gauche, d’une conjoncture politique favorable: l’essoufflement de Bayrou qui n’a été capable de percer ni à droite ni à gauche et qui a d’ailleurs mené une campagne tellement terne qu’elle était inau­dible. À mon avis, Bayrou n’avait de chance de percer qu’à droite à partir du moment où les socialistes avaient un candidat «normal» et où Sarkozy se trouvait au contraire, en février-mars, très affaibli dans son camp. Bayrou pouvait alors devenir le chef de file du centre droit et la situa­tion de Hollande serait devenue difficile. Il a fait le choix inverse et l’a payé. Imaginons, par ailleurs, que les écologistes aient eu un candidat percutant, très médiatique; Hollande aurait été immédiatement affaiblie. Eva Joly a été pour lui une chance considérable. La candidature de celle-ci, soit dite en passant, relativise l’intérêt des primaires. Au parti socialiste, elles ont désigné un bon candidat; chez les écologistes, le résultat fut au contraire désastreux. Bref, Eva Joly n’étant pas très séduisante et Jean-Paul Mélen­chon ayant un électorat particulier, tous ceux qui voulaient voter à gauche, soit parce qu’ils l’avaient toujours fait, soit parce qu’ils voulaient sanctionner Sarkozy de manière efficace, ne pouvaient que se reporter sur Hollande, qu’il leur plût ou pas. Il avait un large créneau, il l’a occupé. Le créneau, c’est ce qui rapproche la politique de la dynamique des gaz: pour léger qu’il soit, un gaz occupe tout l’espace qui lui est imparti. C’est donc un concours de circons­tances qui a placé Hollande en pole position d’abord au sein de la gauche, puis au plan national. A-t‑il les qualités nécessaires pour être un bon président de la République par temps de crise? C’est une autre question.

M. G.– Je voudrais juste insister sur deux points à propos de la victoire de Hollande. Il faut souligner en premier lieu qu’elle est le fruit de la primaire, dont la procédure a révélé son efficacité en la circonstance. Dans un parti tradi­tionnellement divisé en courants, travaillé par des ambitions traduites en écuries présidentielles rivales, on pouvait craindre qu’un tel processus de désignation du candidat n’entraîne des divi­sions laissant des séquelles durables; or c’est le contraire qui s’est produit. C’est là directement le résultat de l’intervention du peuple de gauche qui s’est révélé être un peuple de centre gauche. Dans une procédure interne au parti socialiste, François Hollande n’aurait jamais été désigné, pour cause de «droitisme». Les militants et l’ap­pareil du parti auraient massivement porté leurs suffrages sur Martine Aubry. Le succès popu­laire de ces élections primaires a fait apparaître que la sensibilité majoritaire des électeurs du parti socialiste était bien plus modérée que celle des militants du parti socialiste. C’est un élec­torat du centre gauche qui a mis Hollande en selle, avec un effet d’image qui a été détermi­nant pour la suite de la campagne. Les condi­tions de cette désignation ont fait de Hollande non seulement l’adversaire numéro un de Sarkozy mais aussi, en forçant le trait, un bouclier contre le parti socialiste et ses caciques qui n’ont pas franchement bonne presse dans l’opinion. D’avoir été de la sorte désigné contre le gros de la machine de son parti a donné à Hollande une image d’indépendance qui n’a pas peu contribué à lui forger une stature présidentielle. Beaucoup de son crédit en tant que Président dépendra de sa capacité à entretenir cette indépendance. L’alchimie politicienne qui a guidé la formation du gouvernement Ayrault ne va pas précisément dans ce sens. Admettons qu’elle constituait sans doute un point de passage obligé et attendons la suite.

En second lieu, cette élection est à replacer dans la continuité d’un processus: elle est l’aboutissement d’une longue marche qui a vu la conquête de tous les pouvoirs par le parti socia­liste. Une situation qui nous ramène, pour ainsi dire, aux débuts de la Ve République et à l’hégé­monie gaulliste, à ceci près qu’alors l’opposition gardait le Sénat et détenait plusieurs collectivités territoriales. Ce processus est parti d’en bas, de la conquête des municipalités, des départements, des régions. Il s’est créé une culture de gestion locale qui s’est implantée petit à petit dans l’électorat: c’est particulièrement frappant dans l’ouest de la France qui, a priori, n’était pas la terre d’accueil la plus favorable pour les idées socialistes et où cette implantation s’est confirmée d’élection en élection. Pendant longtemps, on a pu croire qu’il existait une sorte de division du travail entre les familles politiques: la droite dominait la politique nationale au nom du réalisme économique et des impératifs de la compétition internationale, tandis que la gauche représentait le parti de la dépense publique à l’échelon local. Et puis ce style politique construit autour de la gestion territoriale a fini par donner le ton à la société politique française. Il demanderait une analyse en profondeur pour éclaircir la consonance qui s’est établie entre le renouvellement des aspirations des couches moyennes urbaines, les fameux bobos, et le mode d’exercice de ce pouvoir de proximité qui a supplanté l’ancienne figure du notable. À beau­coup d’égards, Hollande en est une incarnation parfaite. Un maire, un président de conseil général, un président de région ne sont pas des idéologues. Ce sont des hommes de compromis, attentifs aux préoccupations et aux besoins de leurs administrés, soucieux de ménager les équi­libres, très désireux en général d’activer la vita­lité économique de leur territoire – et portés à la dépense même quand ils sont de droite. L’élec­tion de Hollande, de ce point de vue, couronne un édifice solidement ancré et consacre un style. Et puis ce style politique construit autour de la gestion territoriale a fini par donner le ton à la société politique française. Il demanderait une analyse en profondeur pour éclaircir la consonance qui s’est établie entre le renouvellement des aspirations des couches moyennes urbaines, les fameux bobos, et le mode d’exercice de ce pouvoir de proximité qui a supplanté l’ancienne figure du notable. À beau­coup d’égards, Hollande en est une incarnation parfaite. Un maire, un président de conseil général, un président de région ne sont pas des idéologues. Ce sont des hommes de compromis, attentifs aux préoccupations et aux besoins de leurs administrés, soucieux de ménager les équi­libres, très désireux en général d’activer la vita­lité économique de leur territoire – et portés à la dépense même quand ils sont de droite. L’élec­tion de Hollande, de ce point de vue, couronne un édifice solidement ancré et consacre un style de direction politique qui s’est imposé comme une référence auprès des citoyens. La question qui se pose maintenant étant de savoir si cette façon de faire et la vision de la politique qui l’ac­compagne sont adaptées au gouvernement du pays, aux urgences de la crise et aux défis de la mondialisation.

Au total, ce qui me frappe dans cette élec­tion, c’est ce qu’elle révèle des transformations profondes en cours à gauche, chez les électeurs comme chez les élus. La candidature de Fran­çois Hollande a favorisé leur expression par le flou prudent où il s’est tenu, en dessinant son programme en creux, par contraste avec l’action du «candidat sortant», selon sa formule bizarre. À la faveur de cette attitude minimaliste, il a opéré un recentrage républicain de l’idée socia­liste, en même temps qu’une réactualisation de cette république. Il a ainsi transformé en force la faiblesse programmatique de son parti – consciemment ou sous la simple pression des circons­tances, la suite le dira. En tout cas, il est digne de remarque que le gros de la troupe socialiste a suivi sans trop rechigner. Bien sûr, les vieux clivages sont toujours là, et ils ne manqueront pas de se manifester à la première occasion. Mais sont-ils encore véritablement significatifs? Ils me semblent en train de s’estomper au profit d’une redéfinition encore passablement inchoa­tive, il est vrai, mêlant retours à la tradition et ouverture à la nouveauté. Étatisme et décentra­lisation, égalité républicaine et diversité multi­culturelle, solidarité sociale et libéralisme moral sont loin d’avoir trouvé leur point d’équilibre. Cette redéfinition se solde pour le moment par beaucoup de confusion, dont l’ahurissant accord électoral avec Europe Écologie Les Verts a été l’illustration la plus spectaculaire. Mais il se pourrait que l’exercice du pouvoir précipite la décantation.

 Le mouvement de recentrage va loin. Il ne s’arrête pas à la gauche classique, il s’étend jusqu’à l’extrême gauche. On crédite Mélenchon d’avoir redonné vie à celle-ci et d’avoir réinventé avec son Front de gauche l’ancienne fonction tribunitienne du parti communiste. C’est ne pas voir que cette réinvention est toute verbale, l’in­cantation historique tenant lieu dans le discours mélenchonien de colonne vertébrale idéologique. La géographie de son électorat en témoigne: elle correspond, notamment dans le Sud, aux anciennes zones de force du radical-socialisme, comme l’a fait remarquer Hervé Le Bras. Il résume cela d’une formule: «La gauche de la gauche “se socialise”» (Le Monde, 25 avril 2012). En réalité, Mélenchon a ramené dans le giron d’une extrême gauche républicaine un électorat protestataire auparavant acquis, au moins rhétorique ment, à la rupture révolutionnaire, avec pour effet de marginaliser complètement les candidats trotskistes. Un électorat qui s’est reporté sans états d’âme sur le candidat socialiste. En un mot, Mélenchon a contribué à l’assèchement du parti de la révolution. Comme quoi le glisse­ment vers la droite diagnostiqué par Roland Hureaux pourrait être d’application très géné­rale. Le «sinistrisme» qui a fait figure pendant longtemps de loi de l’histoire électorale française – le glissement continu vers la gauche amené par le surgissement de nouvelles forma­tions renvoyant les anciennes vers la droite, les socialistes après les républicains, les commu­nistes après les socialistes –, ce sinistrisme serait-il en train de s’inverser?

Le Débat.– Nous en arrivons ainsi aux trans­formations en profondeur de la vie politique française, à gauche avec Mélenchon et à droite avec Marine Le Pen, les deux événements de l’année.

R. H.– La droite est en train de s’enliser dans les discussions sur le point de savoir s’il faut s’entendre ou non avec le Front national. Le vrai problème n’est pas là. La vérité, c’est que la droite française est la seule en Europe, et même dans le monde occidental, à avoir vu émerger sur sa propre droite une formation poli­tique telle que le Front national. J’y vois la marque d’une insigne faiblesse. On peut dire qu’il y eut à l’origine de cette émergence une manipulation du système électoral par François Mitterrand, mais cela ne me paraît pas décisif. Je pense que le Front national est d’abord le signe extérieur de l’incapacité de ce que l’on appelle aujourd’hui l’UMP à rassembler tout l’éventail conservateur français. Et par-derrière, à affronter les vrais problèmes politiques de la France, car je reste persuadé qu’à la plupart des problèmes les plus intensément ressentis aujourd’hui par les gens de la base (sentiment que le système de solidarité est désordonné et injuste, problèmes de la justice et de l’éducation, excès de pression fiscale, de bureau­cratie, immigration/intégration, etc.), ceux-ci attendent la solution plutôt de la droite que de la gauche. Une exception de taille: les inégalités croissantes, mais qu’y peut une gauche qui accepte la mondialisation, hors la gesticulation fiscale?

Un mot à propos du Front national. Certains disent que tôt ou tard on aura Marine Le Pen comme Présidente, surtout si la prestation des socialistes est catastrophique. J’en doute. Ce parti est très largement une apparence qui ne sort de son néant qu’au moment des élections. À cet égard, il est le contraire de ce qu’étaient autrefois les partis fascistes, lesquels méprisaient le processus électoral mais investissaient très fortement la rue ou les forces sociales (mouve­ments de jeunesse, syndicats, etc.). Or le Front national, lui, n’existe pas en dehors des élec­tions: il a très peu de militants et du mal à trouver des candidats. Surtout, à la différence de l’UMP  et du PS, le FN ne s’appuie sur aucun des deux massifs fondamentaux de la vie poli­tique française que sont l’État d’un côté et les collectivités locales de l’autre. Marine Le Pen, c’est 18 % du corps électoral mais ce doit être 2 % à 3 % des anciens de l’ENA  et de Polytech­nique et 2 % à 3 % des 36 791 maires de France. Il y a là une faiblesse congénitale qui ne sera pas surmontée de sitôt.

Il n’en reste pas moins que l’UMP  devrait se poser des questions. Ce parti a eu deux chefs, Chirac et Sarkozy, dont le bilan réformateur est, il faut bien le dire, extrêmement mince. Et cela sur trente ans. Pourquoi? On peut analyser la question de différentes manières. Il y a, peut-être, un certain appauvrissement des talents. Je pense que Hollande est mieux entouré que Sarkozy.

On peut aussi se demander si, en tournant au fil des ans le dos à l’héritage gaulliste, le RPR, puis l’UMP, toujours hégémoniques à droite, n’en ont pas gardé l’aspect le plus contestable: le culte du chef. Il leur faut à tout prix un chef et, quand il n’y a pas de chef, ils se précipitent sur le premier venu. C’était la situation du  RPR en 1976 et celle de l’UMP en 2004. En 1976, le RPR s’était trouvé orphelin et il avait adoubé celui qui s’était présenté le premier en disant «c’est moi le chef», et qui est resté ensuite à sa tête pendant presque trente ans. Ce chef est devenu Premier ministre puis Président grâce au méca­nisme de l’alternance qui permet à une opposi­tion, pour médiocre qu’elle soit, de prendre le pouvoir. On a assisté au même scénario avec Sarkozy qui, pour moi, est le vrai fils spirituel de Chirac. C’est un Chirac en accéléré avec les mêmes réformes creuses, généralement plus nuisibles qu’utiles – à l’exception de la réforme des retraites imposée par la dégradation des comptes et l’évolution démographique –, qui ne contribuent nullement, pour la plupart, à adapter la France à la mondialisation, à libéraliser le pays, mais sont l’expression presque accomplie de ce que Guy Debord a appelé «la société du spectacle».

Aujourd’hui, on est de nouveau dans le même cas de figure: l’UMP est à la recherche d’un chef et c’est à qui sera le plus culotté, le plus auda­cieux pour s’imposer, sans que l’on puisse aucu­nement préjuger de sa capacité et surtout de sa volonté de résoudre enfin les vrais problèmes de la France. Je n’en tire pas la conclusion qu’il faut changer le système: le général de Gaulle disait que, quand les hommes sont mauvais, les institutions ne fonctionnent jamais de manière satisfaisante, mais qu’elles doivent en revanche préserver la chance des bons, quand il s’en trou­vera, pour qu’ils aient alors les moyens d’agir. Mais il faut bien reconnaître que l’élection présidentielle est devenue le point faible de la Ve République. Les campagnes électorales sont désormais tellement compliquées que c’est une profession en soi que de les gagner! Chirac fut un excellent campaigner, comme on dit en anglais; Sarkozy aussi. Mais c’est un métier à temps complet. Et le métier de gouverner le pays, c’est un autre métier. Il n’est pas sûr qu’il soit dans la capacité d’un même homme de bien faire les deux! C’est la raison pour laquelle je m’inquiète de l’avenir de l’UMP. Dans cinq ans, les gens voudront probablement chasser les socialistes. Mais y aura-t‑il alors en face des hommes et un programme pour prendre à bras-le-corps les problèmes de la France, ceux que j’évoquais tout à l’heure, et d’autres? Je n’en suis pas sûr. Je crains que l’on ne continue encore pendant longtemps dans la politique de l’apparence.

M. G. – J’ai parlé de la mue idéologique à gauche. Elle me semble avoir son équivalent à droite et, là aussi, elle touche autant l’extrême droite que la droite de gouvernement. Ce qui est frappant dans le phénomène Marine Le Pen, c’est bien sûr le resurgissement du Front national que Sarkozy s’était vanté un peu trop vite d’avoir tué, mais ce sont aussi ses évolutions. Les dépla­cements de son électorat, dans les campagnes, dans les zones péri-urbaines, dessinent une carte de la société française où le sentiment d’abandon est l’élément fédérateur. Mais il ne faut pas négliger la manière dont Marine Le Pen a repo­sitionné son parti pour comprendre l’écho dont elle a bénéficié. Tout en maintenant la théma­tique essentiellement nationale et xénophobe, hostile aux immigrés, qui constitue le fonds de commerce principal sur lequel son père avait construit son parti, elle a opéré un double glisse­ment pour l’inscrire dans l’orbite républicaine. D’une part, elle a déplacé l’accent du rejet vers l’exigence de respect de la loi commune, compo­sante de l’idée républicaine très sensible dans l’électorat populaire. D’autre part, elle s’est posée en championne de la laïcité, conçue de la manière tout à fait classique comme la sépara­tion entre les croyances personnelles et l’espace public qui doit être neutre par définition. Elle a en ce sens modifié profondément l’angle d’at­taque sous lequel son père abordait les problèmes de l’immigration, ce qui donne à son discours une audience potentielle beaucoup plus large. Et, par ailleurs, elle a intégré une dimension sociale aux antipodes du discours de son père dont les conceptions économiques relevaient d’un folklore ultralibéral à l’américaine pour le moins surprenant dans la bouche d’un nationa­liste. D’une certaine manière, Marine Le Pen se montre beaucoup plus conséquente sur ce plan en liant une forte préoccupation sociale à la recherche de la cohésion nationale. Là aussi, c’est un facteur qui contribue à la rendre davan­tage audible, en la faisant échapper au seul discours de la dénonciation et de la protestation.

Enfin, elle a mis au centre de son dispositif idéologique un élément qui n’était pas absent du discours antérieur du Front national, mais qui n’y faisait pas office de marqueur: le rejet de l’Europe de Bruxelles. Sur ce point, elle a bénéficié du concours de l’actualité. La crise de la construction européenne est devenue une donnée clef du paysage politique. Elle n’a pas réussi, toutefois, à capitaliser sur ce thème. Elle a même dû plus ou moins battre en retraite, faute de réponse crédible aux inquiétudes suscitées jusque dans son public par la perspective de la sortie de l’euro.

R. H.– Marine Le Pen a emprunté son programme économique et certains de ses conseillers à la mouvance gaulliste et chevènementiste mais, même justifiable sur le fond, la sortie de l’euro n’était pas électoralement une bonne idée dans la mesure où elle est apparue anxiogène.

M. G. – C’est juste. L’euro n’a plus beau­coup d’arguments positifs pour lui mais il en garde un décisif, à savoir qu’il est très difficile d’en sortir. Ce recentrage opéré par Marine Le Pen n’est certainement pas étranger à la perméabilité croissante de son électorat avec l’électorat de l’UMP. La droitisation du discours sarkozyen n’explique pas tout. Cela dit, le Front national n’est pas devenu pour autant un parti de gouvernement, loin s’en faut. Il reste un parti d’opinion protestataire destiné à se manifester essentiellement lors des élections présidentielles, et plus modestement, malgré quelques scores importants, lors des élections législatives. Le chemin vers le pouvoir et même la transforma­tion en force d’influence politique permanente ne sont pas à l’ordre du jour.

R. H.– Le Front national n’est pas sorti de son paradoxe: il pose certains vrais problèmes tels qu’ils sont ressentis par la population à la base, tout en demeurant marqué par un héritage idéologique sulfureux. Les sondages le montrent: l’adhésion à certaines idées de Marine Le Pen va au-delà non seulement de son électorat, mais même de celui de la droite. Vous trouverez au fond de nos campagnes ou de nos banlieues tel retraité des chemins de fer qui a voté Hollande et qui n’imaginait même pas de voter pour quelqu’un d’autre, lequel, quand vous lui parlez, ne sort de ses gonds que pour déplorer une immigration excessive. Mais, en même temps, les origines équivoques du Front national, je veux parler de Vichy, voire de la collaboration, restent présentes. Les historiens nous ont montré toute l’importance de la composante de gauche du vichysme. L’accent mis par Marine Le Pen sur la dimension sociale peut être interprété à cet égard comme une sorte de retour aux sources. Je pense que si le Front national a remonté, ce n’est pas à cause du recentrage de Marine Le Pen mais des faiblesses de Nicolas Sarkozy. Si Sarkozy avait été meilleur, elle ne serait pas arrivée à 18 %.

M. G. – J’aimerais avoir votre sentiment, Roland Hureaux, en ce qui concerne l’évolution globale de la droite et, plus particulièrement, en ce qui concerne l’effacement de la fameuse divi­sion tripartite identifiée par René Rémond. Celle-ci ne paraît plus fonctionner. En 2006, alors que la présidentielle de 2007 se profilait, René Rémond, dans le dernier entretien qu’il nous a accordé, constatait lui-même la difficulté qu’il avait à situer Sarkozy dans sa grille de lecture de la droite classique. Mais je tendrais à penser que le phénomène dépasse la personne de Sarkozy. Il tient à une véritable transforma­tion de la droite française dont les caractéristiques ont beaucoup bougé. C’est, par exemple, ce que me semble révéler l’effacement de Bayrou. En 2007 encore, il était possible de prêter une consistance identifiable à un centrisme dont on discernait assez bien la provenance «orléaniste», dans les termes de René Rémond, et, en tout cas, démo-chrétienne. Cette identité-là n’a plus le moindre ancrage dans le pays. Aujourd’hui un centriste comme Borloo n’a plus de liens repérables avec l’orléanisme ou la démocratie chrétienne. Il y avait chez Sarkozy une compo­sante autoritaire qui pouvait passer pour gaul­lienne, aux yeux de certains, le verbe d’Henri Guaino aidant, et le rattacher à la filiation bona­partiste. J’ai dit mes doutes sur le sujet. Mais ce qui est sûr, c’est que ces patronages illustres ont perdu leur portée d’inspiration politique. Je ne reviens pas sur la fracture entre la sensibilité conservatrice et la sensibilité libérale que j’ai pointée plus haut. Tous ces facteurs s’addition­nent pour dessiner un paysage politique en profond renouvellement par rapport aux repères traditionnels. Qu’en pensez-vous?

R. H.– D’abord, je n’ai jamais beaucoup cru à la classification de René Rémond issue du XIXe siècle. Un homme comme le général de Gaulle transcendait largement ces catégories. Elles ne prennent guère en compte des clivages autrement importants, apparus au XXe siècle, comme le clivage résistance/collaboration ou, aujourd’hui, le clivage européen, qui d’ailleurs tous les deux existent aussi à gauche. Avec Nicolas Sarkozy, il se peut que même ces derniers clivages soient à réviser et que nous ayons affaire à une subversion plus en profondeur de la poli­tique, qui ne touche pas que la France, et dont on trouvera davantage les clefs chez Philippe Muray, une subversion où les mots remplacent les choses, la communication l’action, et qui peut-être témoigne de l’impuissance croissante du politique. Le parti socialiste, dont les projets sont de plus en plus des «marqueurs idéologiques» et non, comme au temps de Guy Mollet, des solutions à des problèmes réels, n’évolue sans doute pas différemment.

L’effacement du centrisme résulte, me semble-t‑il, du fait que la plupart des gens de tradition démocrate-chrétienne ont viré au parti socia­liste, le PSU ayant servi en son temps de sas. Il y a quarante ans qu’ils y sont et c’est ce qui explique l’évolution de l’Ouest devenu, ô para­doxe, un des principaux fiefs du parti socia­liste. Le nouveau Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, breton et issu du Mouvement rural de jeunesse chrétienne (MRJC), illustre à merveille cette évolution. Qu’il se propose de faire voter le mariage homosexuel, autre question existentielle plus grave qu’il n’y paraît, comme le montre la division profonde de la société américaine sur ce sujet, témoigne de l’ampleur du retournement. D’autre part, l’UMP, au moins ceux qui la dirigent, a fait le choix européen. On peut même se demander si ce parti n’est pas d’abord une machine à rallier à la construction européenne un électorat conservateur qui lui est majoritaire­ment hostile, c’est-à-dire à le rallier au choix de l’oligarchie. Il lui faut pour cela le truchement d’un chef à l’allure populiste mais dont on sait qu’il n’ira pas à l’encontre de ce choix, tels que purent l’être Chirac et Sarkozy. Le double jeu auquel est ainsi contraint le chef de la droite, jouer du muscle genre droite populaire mais faire une politique du centre, favorise les boni­menteurs mais n’aide pas forcément à la solu­tion des problèmes. De ce fait, des gens comme Raffarin ou Gaudin, issus du centre, ont au sein de l’UMP plus de poids que la simple arithmé­tique ne le laisserait supposer. Cette situation explique à la fois la dégénérescence du centre, devenu largement inutile, et la persistance du Front national. On peut même se demander si les libéraux européistes, c’est-à-dire, en fait, l’establishment, arriveraient aussi facilement à contrôler l’UMP si celle-ci n’avait pas, au travers du Front national, «exfiltré» une partie du peuple de droite. Mais si, comme on peut le prévoir, la crise du processus européen s’ag­grave, on aura à droite un profond bouleverse­ment du paysage, dont il est difficile de dire aujourd’hui ce qu’il sera.

M. G. – Cette question européenne divise aussi très profondément la gauche, au point qu’elle pourrait se révéler la pierre d’achoppe­ment du quinquennat de Hollande. Lui qui a inscrit si fidèlement ses pas dans le chemin tracé par son maître François Mitterrand, il risque d’être le Président qui aura à gérer les consé­quences de l’échec du grand dessein mitterran­dien: compenser le fiasco du projet socialiste par la magie supposée du projet européen.

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Published by Roland HUREAUX
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30 septembre 2012 7 30 /09 /septembre /2012 21:02

 

Paper for the Conference of the EuroMemo Group in the University of Poznan - 28-30 september 2012


It all started with the initiative of a Lyons entrepreneur , Michel Robatel , who wanted to hold a Franco-German Conference of economists with a critical view of the euro , and so out of the mainstream. We, French, we then went in search of German experts meeting this definition and we contacted them.

The Symposium took place as planned at the Institute of political studies of Lyon on October 7, 2011.

The German part has, in turn, invited the French for  a seminar that was held in Düsseldorf on April 27, 2012 in the Industry Club.

This seminar, consisting of six economists and industrialists on each side, has led to the launch of an appeal to the Governments of which you will find the  text hereafter.

Although mixed with the noise  in the French presidential campaign, this call has encountered a certain echo on  both sides of the Rhine.

We expect  to meet again  at Paris in November next to continue our work.

The Germans who participate in this initiative  are simultaneously engaged in the process of referral to the Constitutional Court of Karlsruhe against the recent European decisions relating to the euro.

The French are member of a group called POMONE from the name of the Greek goddess of prosperity.

Both the French delegates and  the  German delegates include men of right and left. There are thus the German side Wilhelm Nölling  former SPD Deputy and  Bruno Bandulet former  Advisor to the president of the CSU. It is even on the French side.

The State of mind that animates the group is concern for successful removal in the order of the euro, to achieve sufficiently methodical way so that the end of this adventure does not have a cataclysmic character. However, our belief is that the worst of the disaster would be to keep the euro a few years more: Europe would end up désindustrialized, with mass unemployment and severe population enpoverishment. The European recession would have fatal consequences for the whole world.

We do not intend neither to break the European link. The Group has attempted to develop a new European monetary system more flexible than the euro and that would keep a common currency as Europe unit of account.

The next meeting should be a deepening of the solutions that we recommend in the call of May 27, 2012 and to give a greater echo to  these proposals made by men whose expertise is unquestionable, at a time of crisis the euro acute.

We are also considering the establishment of a common organization, which would be later open to experts from other countries.

Here is the text of the appeal to the Governments of the 27 April 2012, in its English version (unofficial : only the French and German versions are references ).

 

 

 

 

 

 

Appeal to their Governments of a group of French and German economic experts meeting in Düsseldorf        April  27th 2011  

"Was die Stunde hat geschlagen, sollst deinem Volke sagen"

[When the time has come, you must have the courage to tell your people]

Heinrich Heine

 

Thirteen years after the launch of the euro, it is patent that not only this experience achieved none of his promises, but even that his prosecution may lead to chaos.

Instead of prosperity, a slowdown of growth in the countries of the area, with a large wheel of unemployment.

Instead straight management, ten years of irresponsible increase of public spending and sovereign debt, which a generation of sacrifice is not adequate to clear.

Instead of better economic integration, imbalances between countries which worsen every day. The countries of southern Europe, Greece, but also Portugal, Spain, Italy, and even France have seen their competitiveness    degrading irreversibly for ten years. Drying the purchasing power of each, this situation impedes the growth of the other and therefore the development of the single market.

Instead of a rapprochement of peoples, a growing animosity between creditors and debtors.

Instead of a progress of democracy, the decisions from top imposed on peoples who refuse.

Successive plans intended to "save the euro" are futile because they   address, with little effect, only public deficits and non-what is root difficulty: the different propensity of countries with inflation. The only solution would be deflation of prices in deficit countries: but such a policy never succeeded anywhere (ex: the Germany of 1930, the France of 1934).

Pursuing a goal that it will  anyway not achieve, Europe is driven in a spiral of recession that, with respect to the first market in the world, concerns the whole planet.

The recession goes with inflation: in breach of the statutes, the new head of the European Central Bank, in a desperate tentative to make   the euro survive, has launched massive monetary creation for the benefit of private banks, too happy with the windfall.

It is just as illusory to hope to organize a "Europe of transfers", which would require the sustainable transfer of hundreds of billions of euros to countries in difficulty, i.e. a collectivization of government deficits. This solution is rejected by peoples sought put to contribution while offering no hope of relief to the weakest.

Therapeutic bashing, which is that the short term, cannot avoid the acceleration of the shocks that affect not only the sphere financial but also the real economy.

If  there is not soon put an end to it, the experience of the single currency will end more dramatically: worsening of the economic situation, unemployment soared, social disorders, rise of extremism, the resurgence of old conflicts, destruction of the rule of law: Europe would become ungovernable.

It is clear that only the real devaluations and revaluations, tailored to the circumstances of each country, will be able to put an end to the imbalances between them and then restore growth. History offers many examples of failures of currency unions: it is apparent that not only it is possible to manage them in an orderly fashion, but that they have proved beneficial, and this after only a few months.

This is why German economists and French signatories, who met on 11 and 12 April 2012 in Düsseldorf, urge their respective Governments to agree and to propose to the other European Union Member States, to put an end to the experience of the single currency and, to take on that purpose, the following measures without delay:

 

-replace the euro by new national currencies in each of the States, knowing that some countries may have bilateral or multilateral agreements for pooling their currency;

- create a new European monetary system, with a European unit of account equal to the weighted average of national currency units;

- announce new parities between the new national currencies calculated by reference to the new  unit of account European currencies, in view to limit speculation, restore the competitiveness of all States, ensure balanced trade and reduce unemployment;

-ensure, though a  European Monetary Institute,  that real exchange rates of national currencies are then stabilized, within a margin of fluctuation to determine;

-convert in each country, on the basis of one to one, of the euro in national currency, all of the prices and domestic wage and bank assets;

-convert according to the same rule, the public debt of each country of the euro in their new national currency;

-convert international claims in the European unit of account.

Negotiated arrangements to repay public and private debts may be passed between creditors and debtors, on the basis of the rules set out in the previous two paragraphs

The transition should be as short as possible; it poses no major technical problems. The new rules of the game must be displayed clearly. States will be asked   to ensure, in relying on their central banks national, now independent, that the proposed transition does not leads to destabilization of the financial system European and even  gives them  ways to contribute actively to the return of growth.

By launching this appeal, French and German economists signatories wish not to question the idea of Europe, but  on the contrary, they want to contribute, by their expertise, to the renewal of the European construction on  a renovated and realistic basis, as well as to the economic recovery of Europe.

Langue source

Au lieu d’une meilleure intégration économique, des déséquilibres entre les pays qui s’aggravent chaque jour.

 

Bruno Bandulet,  Rolf Hasse,  Wilhelm Nölling,  Pr .Karl Albrecht Schachtschneider , Pr. Wolf Schäfer,  Dr. Dieter Spethmann,  Joachim Starbatty,

Alain Cotta,  Jean-Pierre Gérard,  Roland Hureaux,  Gérard Lafay,  Philippe Murer,  Michel Robatel,  Jean-Jacques Rosa,  

 

 

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30 septembre 2012 7 30 /09 /septembre /2012 20:59

 

Communication au colloque de l'EuroMémoGroup à l'Université de Poznan 28-30 septembre 2012

 

Tout a commencé avec l’initiative d’un industriel lyonnais, Michel Robatel,  qui a voulu  tenir  à Lyon un colloque franco-allemand  d’économistes ayant une vue critique de l’euro, donc hors du mainstream.

Nous, français, nous sommes  alors mis en recherche d’experts allemands répondant à cette définition et nous les avons contactés.

Le colloque a eu lieu comme prévu à l’Institut d’études politiques de Lyon le 7 octobre 2011.

La partie allemande a, à son tour,  invité la partie française à un séminaire qui a eu lieu à Düsseldorf le 27 avril 2012 à l’Industrie  Club.

Ce séminaire, comprenant six économistes et industriels de chaque côté,  a abouti au lancement d’un appel aux gouvernements dont vous trouverez le texte ci-après.

Bien que mêlé à la campagne présidentielle française, cet appel a rencontré un écho certain des deux côtés du Rhin.

Nous devons nous  retrouver à Paris en novembre prochain pour poursuivre nos travaux.

Les Allemands qui participent à cette initiative sont en même temps engagés dans le processus de saisine du Tribunal constitutionnel de Karslruhe contre es décisions européennes relatives à l’euro.

Les Français sont membres d’un club appelé POMONE du nom de la déesse grecque de la prospérité.

Tant les délégués français que les délégués allemands comprennent  d’hommes de droite comme de gauche. On trouve ainsi du  côté allemand Wilhelm Nölling ancien député  du SPD et Bruno Bandulet qui a été conseiller du président de la CSU. Il en est de même du côté français.

L’état d’esprit qui anime le groupe est le souci de réussir le démontage dans l’ordre de l’euro, de le réaliser de manière suffisamment méthodique pour que la fin de cette aventure  n’ait pas un caractère cataclysmique. Notre conviction est cependant que la pire des catastrophes serait  de vouloir maintenir l’euro encore quelques années de plus : l’Europe se retrouverait désindustrialisée, avec un chômage de masse et un grave appauvrissement de sa population. La récession européenne aurait des conséquences fatales pour   le monde entier.  

Nous ne voulons pas non plus rompre le lien européen. Le groupe a tenté d’élaborer   un nouveau système monétaire européen, plus flexible que l’euro et  qui garderait une monnaie commune servant d’unité de compte à  l’Europe.

La prochaine rencontre doit permettre un approfondissement des solutions que nous préconisons dans l’appel du 27 mai 2012 et de donner un plus grand rayonnement à ces propositions faites par des hommes dont l’expertise est incontestable,  à un moment de crise aigüe de l’euro.

Nous envisageons aussi l’instauration d’une organisation commune qui serait ultérieurement ouverte à des experts d’autres pays.

Voici le texte de l’Appel aux gouvernements du 27 avril 2012 , dans sa version française et dans sa version  allemande :

 

Appel aux gouvernements de douze experts économiques français et allemands pour un démontage concerté  de l’euro

Düsseldorf

27 avril 2012

 

“Was die Stunde hat geschlagen, sollst du deinem Volke sagen“

[Quand  l’heure a sonné, tu dois avoir le courage de  le dire  à ton peuple]

                                                                           Heinrich Heine

 

Treize ans après le lancement de l’euro, il est patent que non seulement cette expérience  n’a tenu aucune de ses promesses,  mais même que sa poursuite risque de  déboucher sur le chaos.

Au lieu de la prospérité, un ralentissement de la croissance dans tous les pays de la zone, avec un  important volant de chômage.

Au lieu de la rigueur, dix années d’augmentation  irresponsable des dépenses publiques et des dettes souveraines, qu’une génération de sacrifices ne suffirait pas à apurer.

Au lieu d’une meilleure intégration économique, des déséquilibres entre les pays qui s’aggravent chaque jour. Les pays d’Europe du Sud, Grèce, mais aussi Portugal, Espagne, Italie, et même France voient  leur  compétitivité se dégrader depuis dix ans de manière continue.  Asséchant le pouvoir d’achat des uns, cette situation fait obstacle à la croissance des autres et donc au développement du marché unique.

Au lieu d’un rapprochement des peuples, une animosité croissante entre créanciers et débiteurs.

Au lieu d’un progrès de la démocratie, des décisions venues de haut  imposées à des peuples qui les refusent.

Les plans successifs destinés à « sauver l 'euro » sont vains car ils ne s’attaquent, d’ailleurs avec peu d’effet, qu’aux seuls déficits publics et non à ce qui est la racine du mal : la propension différente des pays à l’inflation. La seule solution  serait la déflation des prix dans les pays déficitaires : or une telle opération n’a jamais réussi  nulle part (ex : l’Allemagne de 1930,  la France de 1934).

Poursuivant un objectif qu’elle n’atteindra de toutes façons pas, l’Europe est entraînée dans une spirale de récession qui, s’agissant du premier marché mondial,  inquiète la planète toute entière.

À cette récession  s’ajoute le risque d’inflation, d’autant qu’en violation  de ses statuts,  la Banque Centrale Européenne ne voit d’autre issue, pour prolonger l’euro, qu’un recours massif à la création monétaire au bénéfice des banques, trop heureuses de l’aubaine.

Il est tout aussi illusoire d’espérer organiser une « Europe des transferts », qui exigerait le transfert durable de centaines de milliards d’euros vers les pays en difficulté, revenant à une collectivisation des  déficits publics. Solution refusée par les peuples que l’on voudrait mettre à contribution tout en n’offrant aucun espoir de redressement aux  plus mal en point.

Cet acharnement thérapeutique, qui ne vise que le court terme, ne pourra éviter l’accélération des secousses qui touchent non  seulement la sphère  financière mais aussi l’économie réelle.

S’il n’y est pas rapidement mis fin, l’expérience  de la monnaie unique se terminera de la manière la plus dramatique : détérioration de la situation économique, explosion du  chômage, désordres sociaux, montée des extrémismes, résurgence d’anciens conflits,  destruction de l’État de droit : les pays de l’Europe deviendraient ingouvernables.

L’Union européenne ne saurait demeurer la marionnette des oligarchies financières qui visent la destruction de la base même de nos existences. N’est-il pas honteux de les voir soumettre les pouvoir politique et économique au gré de leurs intérêts ?

Il est clair que seules des dévaluations et réévaluations réelles, adaptées à la situation de chaque pays, pourront mettre fin aux déséquilibres entre eux et, par-là, rétablir la croissance. L’histoire nous offre de nombreux  exemples de ruptures d’unions monétaires : il en ressort que non seulement il est possible de les gérer de manière ordonnée sur les plans politique et économique, mais aussi qu’elles se sont révélées bénéfiques, et cela au bout de quelques mois seulement.

C’est pourquoi les économistes allemands et français signataires, réunis à Lyon en octobre 2011 et à Düsseldorf en avril 2012, appellent leurs gouvernements respectifs à convenir et à proposer aux autres États membres de l’Union européenne, de mettre fin à l’expérience de la monnaie unique et, à cet effet, de prendre sans délai les mesures suivantes :   

                            

-        remplacer l’euro par de nouvelles monnaies nationales  disposant de l’ensemble de leurs prérogatives dans chacun des États, sachant que certains pays pourront passer des accords bilatéraux ou multilatéraux pour mettre en commun leur monnaie ;

-        créer un nouveau système monétaire européen, comportant une unité de compte européenne, égale à la moyenne pondérée des unités monétaires nationales ;

-        afficher d’emblée les parités souhaitables des monnaies nationales vis-à-vis de cette unité de compte européenne, calculées de façon à limiter la spéculation, restaurer la compétitivité de tous les États, assurer des échanges équilibrés entre eux et résorber du chômage ;

-        veiller, en s’appuyant sur un Institut monétaire européen, à ce que les taux de change réels des monnaies nationales soient ensuite stabilisés, à l’intérieur d’une marge de fluctuation à déterminer ;    

-        convertir dans chaque pays l’ensemble des prix et salaires intérieurs ainsi que les avoirs bancaires sur la base de un euro pour chaque unité de monnaie nationale ;

-        convertir, selon la même règle, les dettes publiques de tous les pays de l’euro en leur nouvelle monnaie nationale ;

-        convertir les créances et dettes privées internationales dans l’unité de compte européenne.

Le règlement des dettes publiques et privées pourra faire l’objet de négociations bilatérales, entre créanciers et débiteurs, à partir des  règles de base énoncées dans les deux précédents alinéas.

Dans ce contexte, une même priorité doit être donnée aux politiques nationales, celle de développer et d’adapter toutes les forces productives, afin d’accroître la productivité de l’ensemble de l’Europe.

La coopération des institutions responsables doit permettre de réussir une transition en bon ordre.

Cette transition doit être la plus courte possible : elle ne pose pas de problèmes techniques majeurs. Les nouvelles règles doivent être affichées clairement. Il sera demandé aux États de veiller, en s’appuyant sur leurs Banques centrales nationales, désormais autonomes, à ce que la transition décidée n’entraîne aucune déstabilisation du système financier européen et lui donne même les moyens de contribuer activement au retour de la croissance.

En lançant cet appel, les économistes allemands et français signataires souhaitent ardemment contribuer, par leur expertise et leur engagement, à la relance de la construction européenne sur des bases rénovées et réalistes, en même temps qu’au redressement économique  de l’Europe.

 

Le 27 Avril 2012

Liste des signataires :

Bruno Bandulet, ancien conseiller à la présidence du Land de Bavière, éditeur économique à Münich

Rolf Hasse, économiste à l’Institut Fraunhofer de Leipzig

Wilhelm Nölling, ancien député SPD  de Hambourg, économiste,

Pr .Karl Albrecht Schachtschneider, professeur de droit économique à l’Université de Erlangen-Nuremberg

Pr. Wolf Schäfer, directeur de l’Institut pour l’intégration européenne, Hambourg

Dr. Dieter Spethmann, ancien président de Thyssen , Düsseldorf

Joachim Starbatty, professeur d’économie à Tübingen

 

Alain Cotta, professeur émérite d’économie à l’Université de Paris IX-Dauphine

Jean-Pierre Gérard, industriel, ancien membre du Comité de politique monétaire de la Banque de France, président du Club des N° 1 mondiaux français,

Roland Hureaux, essayiste, ancien élève de l’ENA

Gérard Lafay, professeur émérite d’économie à l’Université de Paris II

Philippe Murer, consultant, chargé de cours  en finance à l’Université de Paris I - Sorbonne

Michel Robatel, industriel à Lyon

Jean-Jacques Rosa, professeur émérite d’économie à l’Université de Paris IX-Dauphine

 

 

 

 

 

 

Appell an die Regierungen der Europäischen Union – ausgearbeitet von einer Gruppe deutscher und französischer Wirtschaftsexperten in Düsseldorf 

im April 2012

 

 

“Was die Stunde hat geschlagen, sollst du deinem Volke sagen“

 [Quand  l’heure a sonné, tu dois avoir le courage de  le dire  à ton peuple]

                                                                                              Heinrich Heine

 

Dreizehn Jahre nach Einführung des Euro ist es offensichtlich, dass dieses Experiment nicht nur seine Verheißungen nicht eingelöst hat, sondern dass seine Fortführung sogar in ein Chaos münden wird.

Statt Wohlstand erleben wir einen Wirtschaftsabschwung in fast allen Ländern der Euro-Zone und damit einhergehend eine erheblich steigende Arbeitslosigkeit.

Statt Haushaltsdisziplin haben wir einen verantwortungslosen Anstieg der Staatsschulden erlebt, den eine Reihe schmerzhafter Sparmaßnahmen nicht verringert hat.

Statt einer besseren wirtschaftlichen Integration erleben wir ein sich verschärfendes Gefälle zwischen den jeweiligen Ländern. Die Länder Süd-Europas, allen voran Griechenland aber auch Portugal, Spanien, Italien und sogar Frankreich, erleben seit zehn Jahren eine stete Verschlechterung ihrer Wettbewerbsfähigkeit. Weil das Wechselkursventil verstopft ist, verringert sich die Kaufkraft der einen Länder, während in den anderen Wachstum und Beschäftigung gedrückt werden. So wird die harmonische Entwicklung des europäischen Binnenmarktes beeinträchtigt.

Statt eines Zusammenwachsens der Völker erleben wir eine wachsende Feindseligkeit zwischen Gläubiger- und Schuldnerländern.

Statt einer Weiterentwicklung der Demokratie erleben wir, dass den Völkern von oben Entscheidungen aufgezwungen werden, an denen sie nicht beteiligt sind und die sie ablehnen.

Die verschiedenen Schirme, die aufgespannt werden, um  „den Euro zu retten“, sind vergeblich, denn sie befassen sich ausschließlich mit den Staatsschulden und packen das eigentliche Problem nicht an der Wurzel des Übels - mangelnde Wettbewerbsfähigkeit und defizitäre Leistungsbilanzen der Länder Südeuropas. Der Versuch, den Abwertungsbedarf über interne Deflationsprozesse zu kompensieren, stößt sie noch tiefer in die Rezession (historische Beispiele: Deutschland 1930, Frankreich 1934).

Ein Ziel verfolgend, das ohnehin nicht erreichbar ist, begibt sich Europa in einen Rezessionssog, der den wichtigsten Weltmarkt trifft und die ganze Welt beunruhigt.

Die Europäische Zentralbank (EZB) - ihre Grundsätze und Satzung missachtend - sieht keinen anderen Ausweg, um den Euro zu retten, als massiv Geld zugunsten der Banken zu drucken.

Es ist darüber hinaus genauso so illusorisch zu hoffen, ein  „Europa der Transfers“ würde die Währungsunion stabilisieren. Eine Politik dauerhafter Transfers von Hunderten von Milliarden Euro in die angeschlagenen Länder läuft  auf eine Vergemeinschaftung der Staatsschulden hinaus. Die Völker, die ihren Beitrag dazu leisten müssten, werden diese Lösung auch deshalb ablehnen, weil sie dauerhaft kontraproduktive Anreize für die Schuldnerländer schaffen würde. Eine Palliativhilfe ohne Perspektiven kann die Beschleunigung der Erschütterungen, die nicht nur die Finanzmärkte, sondern auch die Realwirtschaft treffen, nicht verhindern.

Wenn dieser Euro-Rettungspolitik nicht unverzüglich ein Ende gesetzt wird, wird das Abenteuer der Gemeinschaftswährung dramatisch enden: Verschlechterung der wirtschaftlichen Lage, ausufernde Arbeitslosigkeit, soziale Unruhen, zunehmende extremistische Tendenzen,  Wiederaufflammen alter Konflikte,  Auflösung von Demokratie und Rechtsstaatlichkeit –  alle diese negativen Faktoren führen dazu, dass die Länder Europas  unregierbar werden und die Bedeutung Europas in der Welt schweren Schaden nehmen wird.

Die Europäische Union darf nicht weiter Spielball der auf Zerstörung unserer Lebensgrundlagen ausgerichteten globalen Finanzoligarchien bleiben. Ist es nicht beschämend zu sehen, wie sie sich Politik und Wirtschaft untertan machen, und nach ihren Interessen vor sich hertreiben?

Es ist offensichtlich, dass nur reale Ab- und Aufwertungen, die der jeweiligen Situation eines jeden Landes angepasst sein müssen, das Ungleichgewicht zwischen ihnen beenden und somit das Wachstum wiederbeleben können. Die Geschichte liefert zahlreiche Beispiele von Brüchen in Währungsunionen: Es ist möglich, sie politisch und wirtschaftlich geordnet zu steuern, und sie haben sich oft schon nach wenigen Monaten als sinnvoll erwiesen.

Aus all diesen Gründen appellieren deutsche und französische Wirtschaftsexperten, die sich am  7. Oktober 2011 in Lyon und am 11. und am 12. April 2012 in Düsseldorf getroffen haben, an ihre jeweiligen Regierungen, Folgendes zu vereinbaren und den anderen Mitgliedsstaaten der Europäischen Union vorzuschlagen.

 

Das Experiment der Gemeinschaftswährung muss eingestellt werden. Zu diesem Zweck müssen folgende Maßnahmen ergriffen werden:

 

(1)    Wir empfehlen für die Euro-Staaten die Rückkehr zu nationalen Währungen, um nationale Probleme vor allem auf dem Arbeitsmarkt im Sinne nationaler Souveränität lösen zu können.

(2)    Dabei wird durch eine geeignete Institution gewährleistet, dass die Nationalstaaten nach Problemlösungen im Sinne des Europäischen Binnenmarktes suchen.

(3)    Die einzelnen Regierungen können eigenständig ihre Parität zu den Mitgliedsstaaten festlegen, wobei eine solche Neubestimmung sich an Kriterien orientiert, über die im Rahmen einer europäischen Währungskonferenz Einvernehmen hergestellt wurde.

(4)    Um ein höheres Maß an Flexibilität zu ermöglichen, sind Bandbreiten von plus/minus 15% vorgesehen. Zusätzlich können die nationalen Regierungen ihre Parität geänderten wirtschaftlichen Gegebenheiten anpassen.

(5)    Es wird eine Verrechnungseinheit (ECU) eingeführt, in die die nationalen Währungen nach Maßgabe ihres Gewichts (Orientierung am nationalen Bruttoinlandsprodukt) eingehen. Deren Gewicht steigt oder sinkt nach Aufwertung oder Abwertung.

(6)    Es ist den nationalen Regierungen freigestellt, sich auf freiwilliger Basis zu Währungsunionen zusammenzuschließen.

(7)    Während des Übergangs vom Euro in nationale Währungen muss die besondere Aufmerksamkeit dem Bankensektor gelten.

 

 

Während der Übergangsphase werden interne Verträge automatisch von Euro auf die jeweilige nationale Währung umgestellt. Internationale Schulden (privat, öffentlich) werden in der jeweiligen Landeswährung zurückgezahlt, wobei die Gläubiger nach Maßgabe des jeweiligen Abwertungssatzes Verluste zu tragen hätten. Da die Schuldnerstaaten nach Rückkehr zu ihrer nationalen Währung aus dem Teufelskreis von Austerity-Politik und steigender Arbeitslosigkeit ausbrechen werden, würden sich die Gläubiger aber besser als bei einem Verbleiben im Euroraum stellen, weil der  hier zu erwartende Schuldenschnitt weit höher ausfallen würde. Sollten Banken dadurch in Schieflage geraten, so sollen geeigneten Maßnahmen sie einerseits auf eine gesunde finanzielle Basis stellen, andererseits aber eine Tendenz zu „moral hazard“ unterbinden.

 

Der Übergang muss so kurz wie möglich sein, da er in technischer Hinsicht nicht weiter problematisch sein muss. Die neuen Regeln müssen klar angezeigt werden. Von den Staaten wird verlangt, dass sie mit der Unterstützung ihrer von nun an unabhängigen Zentralbanken darauf achten, dass der beschlossene Übergang nicht zu einem Stabilitätsverlust des europäischen Finanzsystems führt und ihm sogar die Mittel gibt, aktiv zu einer Wiederbelegung der Wirtschaft beizutragen.

 

Durch ihr Fachwissen, gepaart mit ihrem Engagement und Verantwortungsbewusstsein, sind die  deutschen und französischen Wirtschaftsexperten mit ihrem Appell bestrebt, dazu beizutragen, den europäischen Gedanken auf einer neuen und realistischen Grundlage wiederzubeleben, gleichzeitig die europäische Wirtschaft wieder zu stärken, und das Vertrauen der Bevölkerung in die Dauer und Funktionsfähigkeit ihrer Währungsordnung wieder herzustellen.

 

Bruno Bandulet,  Rolf Hasse,  Wilhelm Nölling,  Pr .Karl Albrecht Schachtschneider , Pr. Wolf Schäfer,  Dr. Dieter Spethmann,  Joachim Starbatty,

Alain Cotta,  Jean-Pierre Gérard,  Roland Hureaux,  Gérard Lafay,  Philippe Murer,  Michel Robatel,  Jean-Jacques Rosa, 

 

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30 septembre 2012 7 30 /09 /septembre /2012 20:57

 

Cher Monsieur,

Je vous remercie d’avoir pris le temps de répondre à mon article paru dans Valeurs actuelles contre le rapport de l’Institut Montaigne  et dont le titre originel  était plus violent : « Think tanks ou officines idéologiques ? »

Je passerai sur votre plus mauvais argument : ma qualité d’essayiste. C’est une couverture de diverses compétences, dont, je pense, un peu d’économie. Sachez que j’ai signé dans Le Monde du 24 décembre avec des économistes plus renommés que moi  (Alain Cotta, Jacques Sapir, Gérard Lafay, Philippe Villin etc.)  un texte intitulé « pour un démontage concerté de l’euro » que vous trouverez sans peine sur internet.  

Qu’importe : presque tous les prix Nobel d’économie encore vivants  ont pensé dès l’origine que l’euro n’était pas viable, y compris le seul Prix Nobel français, qui vient de nous quitter à 100 ans, Maurice Allais.

C’est dire  que  l’essayiste que je suis, appuyé sur de telles autorités, n’a aucun complexe. 

Votre position n’est pas une illumination pour moi : elle est celle d’à peu près tout l’establishment français depuis des lunes, position fondée sur  une fascination pour l’Allemagne venue sans doute  de la défaite de 1940, une ignorance de ses faiblesses, et une ignorance encore plus grande des problématiques monétaires (que l’on ne trouve pas par exemple en Angleterre où à peu près tout le monde sait  comment fonctionne la monnaie).

Je me souviens d’un jeune inspecteur des finances, aujourd’hui à la tête d’une grande banque, qui   m’avait dit avec cette hautaine simplicité (apparente) qui fait qu’on sort, comme lui,  1er de Polytechnique ou de l’ENA : « L’Allemagne a une monnaie forte  et elle a une économie forte ; il faut donc que nous ayons, nous aussi,  une monnaie forte et nous réussirons tout pareil ».

Comme il avait été mon stagiaire, je ne me laissai pas impressionner et je lui répondis du tac au tac : « Très bien, mon voisin réussit très bien dans les affaires, il a une Porsche ; j’achète une Porsche et je réussirai dans les affaires ».  

Revenons aux fondamentaux : que signifie la valeur d’une monnaie ?  Je répondrai, en assimilant un pays à un grand magasin : c’est le prix moyen auquel sont vendus les produits du pays. Quel commerçant imaginera faire fortune en vendant   10 % plus cher que ses concurrents (autrement dit en surévaluant sa monnaie de 10 %) ?   Il faut être français pour imaginer cela.

Vous dites : c’est la qualité qui compte. Ca dépend pour quel produit. Pas tous. Il y a aussi  la réputation. Elle ne se fait ni ne se refait  en un jour : aujourd’hui les entreprises automobiles ont les mêmes sous-traitants des deux côtés du Rhin et des ingénieurs de montage qui ne sont pas plus bêtes ici que là, mais un handicap de réputation ne se rattrape pas du jour au lendemain. Si les Allemands se lançaient dans la haute couture, ils auraient sans doute le  même handicap en sens inverse.  Et le prix importe aussi, bien entendu.

Mais en réalité vous ne vous référez pas à la valeur absolue de la monnaie à l’instant T mais à la dérive monétaire sous la forme de l’inflation. Car une monnaie peut être stable et sous-évaluée (« faible »), ce que le mark a longtemps été, ou se déprécier et être surévaluée (« forte »),  comme le franc l’a souvent  été et l’est aujourd’hui au travers de l’euro.

Si on oublie le florin et le franc suisse qui appartiennent à de petits pays, le dernier très spécial, rappelons  que le franc, sur le long terme,  ne s’est dévalué que par rapport au DM. Sur 60 ans, il évolue comme le dollar,  mieux que la livre, pour ne pas parler de la lire et de la peseta. En réalité, les grandes monnaies occidentales que je viens de citer évoluent à peu près en parallèle. Seul le DM a une évolution aberrante, au sens statistique – et probablement psychologique.

Ma qualité de généraliste me permet de combiner les considérations économiques, historiques et sociologiques. C’est pourquoi je pense qu’un taux moyen d ‘inflation ne se décide pas en chambre  ou en cabinet. Il  est une composante forte de la culture d’un pays sur lesquelles les politiques volontaristes se cassent le nez : de Gaulle en 1968,  les tenants de l’euro fort aujourd’hui.  Pompidou que vous citez a industrialisé la France mais en commençant par une forte dévaluation et laissant filer un peu l’inflation (comme  le fit le Japon des 30 glorieuses).

Le taux d’inflation n’est en effet pas une donnée décisive de la santé économique d’un pays : la seule qui compte, c’est la croissance ; avec l’Allemagne, nos deux courbes de croissance évoluent en  parallèle depuis 40 ans, avec même un léger avantage pour nous sur le long terme. Le taux de croissance français, presque toujours supérieur à la moyenne européenne auparavant, est inférieur depuis l’entrée dans l’euro. Et à cause de notre volontarisme, nous traînons environ 1 ou 2  millions de chômeurs structurels depuis  près de  20 ans, d’où le poids du social.

Une autre constante, c’est que l’industrie allemande pèse deux fois l’industrie française ; ce n’est pas un scoop : c’est comme ça depuis 40 ans. Nous nous rattrapions sur les services, tourisme compris et, jusqu’à une date récente, l’agriculture. L’avantage allemand a été légèrement amélioré avec la réunification, sans plus ; et aujourd’hui  les deux  pays se désindustrialisent ensemble à vitesse grand V , de manière homothétique,  avec la même inconscience.  Ou plutôt, ceux qui sont conscients n’arrivent pas à se faire entendre. Je suis reçu en avril par la Fondation Thyssen,  opposée à l’euro ; ceux qui la dirigent, dont l’ancien président du patronat allemand, voient avec consternation la désindustrialisation de leur pays (qui  rattrape ses  déficits avec les pays émergents  sur le reste de la zone euro).

L’inconscience de nos dirigeants est telle que nous avons fait en partie cadeau aux Allemands du  seul secteur où nous avions un net avantage :  EADS, par la grâce du gouvernement Jospin –Strauss-Kahn est à 50-50 % alors que les Allemands ne possédaient qu’environ 25 % du savoir-faire. Tous les retards sur Airbus viennent de la  partie allemande mais le politiquement correct interdit à la presse française d’en faire état.  

J’ajoute pour compléter votre information cette citation  d’un responsable du Pôle emploi allemand (Arbeitsagentur) que j’ai sous les yeux  : « Que l’on arrête de parler  de miracle économique. Aujourd’hui le gouvernement répète qu’il y a 3 millions de chômeurs. La réalité est toute autre, 6 millions de personnes touchent le Hartz 4 (sorte de RSA), ce sont tous des chômeurs ou de grands précaires. Le vrai chiffre n’est pas trois millions de chômeurs mais 9 millions de précaires». Vous me direz qu’on peut en dire autant chez nous !

Quant aux dépenses publiques, n’oublions pas que l’Allemagne est aujourd’hui un pays sans enfants (disons il en maque 1/3 par rapport au renouvellement normal, et ce serait ½ sans  les Turcs,  ce qui implique une quasi-disparition du pays en un siècle) : cela    permet de faire des économies de frais d’éducation et autres. Ce qui n’empêche pas l’Etat allemand d’être, en chiffre absolu, le plus endetté de la zone euro.

Non Monsieur, il ne faut pas « coller à l’Allemagne » !  La France est un grand pays qui doit jouer ses propres cartes et aller à son rythme comme un coureur cycliste use du braquet qui correspond le mieux à son physique. C’est précisément en ayant adopté l’euro et accepté qu’il ne soit qu’un double du mark que  nous nous  essoufflons comme un coureur qui s’obstinerait à  monter un col avec un développement qui ne lui est  pas adapté.  C’est avec ce genre de politique, une monnaie inadaptée à l’infrastructure économique, que le dictateur Salazar ruina le Portugal. C’est comme cela que nous nous ruinons aujourd’hui. C’est pourquoi il est absurde de présenter la sortie de l’euro comme une catastrophe  comme le fait l’Institut Montaigne; ce serait au contraire un gros ballon d’oxygène.

Si l’Allemagne et ses deux satellites n’existaient pas, la France serait d’ailleurs  le pays le moins inflationniste du monde. Il faut cesser d’être obsédé par ce pays et voir ailleurs.

Je prends la peine de vous expliquer tout cela. Mais je ne crois pas que je vous convaincrai  parce que tout le  monde parmi les gens que vous fréquentez  pense comme vous. Or c’est une erreur. Et même une erreur qui nous coûte cher.

Le problème des Français, ce n’est pas qu’ils ne travaillent pas assez, c’est qu’ils ont des élites qui déraisonnent avec une rare constance et dont la paresse intellectuelle se nourrit de préjugés sommaires.

Je joins quand même à cette lettre quelques articles parus ici ou là qui explicitent mon point de vue, lequel n’a  d’ailleurs rien d’original parmi les vrais experts.

Avec mes sentiments dévoués.

 

 

Roland HUREAUX

 

 

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30 septembre 2012 7 30 /09 /septembre /2012 20:55

 

Article publié dans Le Figaro 

 

Il  se dit en Corrèze que François Hollande, président du conseil général, avait l’habitude de tenir des réunions où il savait écouter longuement les  points de vue des uns et des autres mais  qui se terminaient sans qu’aucune décision  soit prise.

Est-ce cette non-méthode, méthode de concertation si l’on veut mais non méthode de décision, qui va désormais s’appliquer à l’Etat,  en particulier aux questions sociales ?

C’est ce qu’on pourrait penser en écoutant Jean-Marc Ayrault avertir que la conférence sociale des 9 et 10 juillet ne sera suivie d’aucune mesure.  Deux annonces seulement : la suppression de la  prime dividendes peu efficace  et la promesse d’un projet de loi destiné à contrôler les rémunérations abusives.

Mais pour ce qui est de la concertation, rien de trop : six négociations lancées d’ici fin 2013 : emploi des handicapés, dispositifs d’épargne salariale, reconnaissance  des parcours syndicaux etc. A quoi s’ajoutent les dialogues prévus  sur les méthodes de revalorisation du SMIC ou des  retraites. Outre cela, des évaluations, des plans d’action, des groupes de travail sur toutes sortes de sujets.

Et comme si cela ne suffisait  pas, Ayrault annonce encore l’instauration d’ un commissariat du dialogue  social.

 

Quand un gouvernent ne sait pas où il va…

 

N’en jetez pas !  Quand un gouvernement sait où il va, il agit. Quand il ne le sait pas, il annonce  une large concertation, un état des lieux,  une clarification en profondeur,  des évaluations,  une remise à plat etc.

Il semble que les syndicats aient été satisfaits de cet exercice. Le MEDEF un peu moins car il attendait la poursuite des  négociations sur la flexibilité du travail et une meilleure prise en compte de  la compétitivité des entreprises.

Parmi les idées les plus discutables, a été mise sur la table par le gouvernement, celle d’intégrer à la constitution le principe que  les lois portant sur les rapports sociaux fassent  toujours l’objet d’une négociation préalable entre le patronat et les syndicats. Sur la forme, on n’ajoute qu’un peu plus de solennité à la loi du 31 janvier 2007  voulue   par Chirac à la fin de son mandat,  créant une commission nationale de l’emploi et une commission nationale du dialogue social, rien de moins, et prescrivant  de manière obligatoire ce genre de dialogue social. Sur le fond, cala reste une mauvaise idée : la vie économique et sociale ne se résume pas à un face à face entre employeurs et salariés au travers de leurs représentants : il peut arriver que les partenaires sociaux se mettent d’accord contre d’autres catégories ou même contre l’intérêt général,  en  sacrifiant par exemple la politique familiale. C’est arrivé récemment  pour le rééquilibrage des caisses de retraites complémentaires où les négociations paritaires ont abouti à la décision absurde du 18 mars 2011 de réduire  les bonifications accordées aux parents  qui avaient élevé des enfants ; décision absurde parce que, en définitive, ce ne sont  ni les employeurs, ni les salariés d’aujourd’hui  qui paieront les retraites de demain, ce sont ces enfants !  

De même les chômeurs, certains de leurs représentants autoproclamés s’en sont plaints, ne sont   pas à la table de négociation.

Il est d’autant plus étonnant que les partenaires sociaux soient satisfaits de la  méthode annoncée - qui n’a jusqu’ici porté aucun fruit concret -, que de toutes parts éclatent les mauvaises nouvelles de plans sociaux et de fermetures d’usines, celui de Peugeot n’étant que la plus spectaculaire.

Inutile de se voiler la face : le vrai problème social d’aujourd’hui, il est là : désindustrialisation, délocalisations,  chômage. En écartant aussi bien la remise en cause de l’euro que la TVA sociale, les seules mesures qui pourraient rétablir, au niveau macroéconomique, une certaine compétitivité des industries françaises, en alourdissant  les impôts que devront payer les entreprises qui ont encore des usines en France, le nouveau gouvernement leste comme à dessein une barque qui n’a que trop tendance à s’enfoncer.

Le temps viendra vite où les Français concernés, pas seulement les délégués patronaux et syndicaux, ne se contenteront plus sur ces graves sujets de parlottes sans conclusion.

 

Roland HUREAUX   

Prime créée par Sarkozy en 2010, devant être  distribuées aux  salariés des entreprises de plus de 50 employés ayant versé plus de dividendes  que dans les précédents exercices. 

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22 septembre 2012 6 22 /09 /septembre /2012 18:01

Article publié par Liberté politique 

 

Bill Gates est un des hommes les plus riches du monde.  Il aime l’humanité.

Il  veut en supprimer une partie.

Avec une fortune de plus de 50 milliards de dollars, Bill Gates était classé l’homme le plus riche du monde en 2010. Il a décidé d’en consacrer une partie (déjà 14 milliards) à une « charity» dirigée par sa femme, la Bill et Melinda Gates Foundation, créée en 2000.  

Sa priorité est la santé. Et parmi les actions de santé, la vaccination :   la

GAVI, l'Alliance mondiale pour la vaccination et l'immunisation, a été  lancée   grâce à un don de 750 millions de dollars de la Fondation Gates. Jusque-là,  rien  à dire.

Mais Bill Gates veut aussi réduire la couche de gaz carbonique dans l’atmosphère. Pour cela, il pense  qu’il faut réduire la population humaine. Certains experts estiment  que l’optimum serait une population réduite à 600 millions d’hommes et de femmes, soit des 9/10. Lui ne va pas jusque là mais il croit possible  de réduire très vite la population de 10 à 15 % - en attendant mieux - grâce à un vaccin contraceptif dont  sa fondation finance la mise au point.

Convaincu de leur mission humanitaire, les époux Gates parcourent le monde pour répandre leur message malthusien.

Dans un partenariat public-privé qui se voulait exemplaire, la Fondation Gates, le gouvernement britannique et le Fonds des Nations Unies pour la population ont organisé à Londres un sommet mondial sur le planning familial. Tout en se disant catholique pratiquante, Melinda Gates a pris à partie les positions de l’Eglise catholique en la matière. Campés sur leurs certitudes, les riches de ce monde peuvent toiser de haut les rois et les papes.

 

Eliminer les 9/10 de la population mondiale

 

Bill Gates n’a pas inventé grand-chose. Il ne fait que refléter un large consensus dans l’élite mondialisée selon lequel, les hommes se porteraient mieux si la population était réduite à un demi-milliard. C’est le chiffre que donnent généralement  des personnalités comme David Rockefeller, Mikhaïl Gorbatchev, Ted Turner, Jacques Cousteau etc

Faut-il s’attarder sur le paradoxe moral qui conduit, pour servir les hommes, à mettre en place un plan destiné à en réduire le nombre ?  Si  la personne, comme le disait Kant, est la fin de toute vie morale et ne peut  en être le moyen, l’ajustement du nombre des hommes ne saurait être, de quelque manière qu’on y  procède, tenu pour un moyen du bonheur des survivants.

On peut aussi prendre le problème à l’envers : si la population est réduite des 9/10, la question de savoir si la vie est bonne ou mauvaise ne se posera plus pour 9 hommes sur 10. On pourrait définitivement  résoudre le problème en supprimant le dernier dixième !  

Mais par-delà ces considérations morales, le raisonnement de Bill et Melinda Gates repose sur de graves erreurs.

D’abord le fait, largement établi, que la réduction du nombre des naissances n’est pas d’abord une question technique mais une question de volonté, pas celle des élites, celle des peuples. Avant la guerre de 1939, il n’y avait en France et en Allemagne ni pilule, ni stérilet, ni stérilisation et l’avortement était peu répandu et pourtant les taux de fécondité étaient tombés au-dessous du seuil de reproduction. Dès qu’un vouloir collectif existe dans une population, cette population (que l’élite mondiale tend à considérer comme un troupeau irresponsable) prend les dispositions nécessaires pour réduire la natalité.  De fait, les politiques de contrôle des naissances ne jouent qu’un rôle d‘accompagnement, largement inutile quand la population ne veut pas réduire les naissances, par exemple dans l’Inde des années soixante,  superflu quand cette population veut les réduire, ce qui est le cas à peu près partout dans le monde aujourd’hui.

Le deuxième fait qui invalide largement les projets de la fondation est que, avec ou sans Bill Gates, la population mondiale va atteindre, vers 2040,  un plafond et ensuite diminuer. Quel plafond ? Chaque année, les Nations Unies  révisent  ce plafond à la basse : on le fixe à présent à  9 milliards d’habitants.

Il y en a aujourd’hui 7. On voit qu’il n’y a pas que quoi s’affoler, notamment sur le plan alimentaire. S’il y a de la nourriture pour 7 milliards, il y en aura pour 9 (sachant qu’au moins un milliard est mal alimenté, mais c’est une autre question). Le sait-on ? Les terres encore non ou mal exploitées dans le monde sont  très étendues, notamment en Russie ou en Afrique noire et dans les Amériques.

Le taux de fécondité (nombre moyen d’enfants par femme) qui est l’indice décisif du renouvellement des générations est au-dessous du seuil de reproduction dans une grande partie du monde (en particulier, Chine, Russie, Europe occidentale, dominions britanniques, Iran, Brésil etc.) et dans aucun de ces pays, il ne parait sur la voie d’un redressement, à l’exception de la Russie qui, tombée très bas, a pris des mesures vigoureuses pour redresser sa natalité. Mais ces mesures sont loin d’avoir fait repasser ce pays au-dessus du seuil de reproduction. Il n’est même pas sûr qu’  elles y parviennent jamais.

Et là où la fécondité est au-dessus du seuil de reproduction, elle se trouve partout en baisse : Inde, Pakistan, Monde arabe, Afrique noire. En prolongeant les courbes, on les voit passer au-dessous du seuil  dans les prochaines années (Inde, Algérie) ou les prochaines décennies (Afrique sub-saharienne).

Seuls restent au  niveau d’équilibre, les Etats-Unis.

Ces tendances  ne signifient certes  pas une diminution immédiate de la population comme l’imagine Bill Gates,  car le taux de fécondité s’applique à une population de femmes qui est très  supérieure à celle qu’il y avait sur la terre il y  50 ans. Les phénomènes démographiques ont ainsi un fort moment d’inertie : les effets ne suivent jamais immédiatement les actions tout simplement parce que, même en se fixant des objectifs chiffrés ambitieux, on ne saurait faire disparaître (heureusement !)   les populations déjà nées.

Et de ce fait, le coup de frein qu’envisage Bill Gates n’aurait immédiatement qu’un faible effet à la marge, nullement la réduction de 1 milliard qu’il envisage.

Et réciproquement, sans ce coup de frein, le plafonnement de la population et sa réduction arriveront néanmoins immanquablement.

On peut même se demander si, à long terme, le vrai problème que  devraient se poser  les puissants de ce monde n’est pas d’abord là.  Il n’y a pas d’exemple d’un pays passé au-dessous du seuil de reproduction  (fécondité de 2,1 enfants par femme) qui se soit relevé. Le taux de fécondité peut se stabiliser (généralement entre 1,2 et 1,6) mais même à ce niveau stabilisé, il entraîne  encore une diminution de la population. De ce fait,    toutes les courbes de population prolongées   conduisent non pas à une stabilisation à un niveau raisonnable, ni à un niveau « optimum » de 500 milliards d’hommes  (et de femmes),  mais à une disparition pure et simple de l’humanité à échéance de deux ou trois siècles. Deux ou trois siècles, c’est loin, dira-t-on.  On peut aussi bien dire que compte tenu de la durée déjà accomplie de l’aventure humaine, 2 millions d’années au moins, c’est demain. Les choses pourraient se retourner. Elles le feront probablement,  mais on n’en a pas encore la preuve.

En tous les cas, il n’y aura pas ce jour là de Bill Gates pour nous dire qu’il y a trop d’hommes sur la terre  et l’intéressé pourrait d’ores et déjà penser à d’autres manières de dépenser utilement son argent.

 

Roland HUREAUX *

Auteur de Le temps des derniers hommes, Le devenir de la population mondiale, Hachette, 2000 ?

 

 

 

 

http://endoftheamericandream.com/archives/from-7-billion-people-to-500-million-people-the-sick-population-control-agenda-of-the-global-elite

 

Le régime nazi avait mis en place des mesures natalistes énergiques en 1937 mais elles avaient à peine commencé d’avoir des effets au début de la guerre. En France, le Code de la Famille n’a été établi qu’en  1939. 

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22 septembre 2012 6 22 /09 /septembre /2012 17:57

A l'usage de ceux qui combattent le projet ridicule de marier des personnes du même sexe 

 

 

Objection: Il est réactionnaire de s’opposer au mariage unisexe : cela se fera tôt ou tard.

 

Réponse : Etre réactionnaire veut dire que l’on s’oppose à un mouvement  irréversible de l’histoire, que l’on va contre le  sens de l’histoire. Mais en dehors du progrès scientifique et technique,  qui peut dire ce qu’est aujourd’hui  le  sens de l’histoire ?  On a cru un moment que c’était  le communisme.  Maintenant que l’URSS est redevenue la Russie, on a vu ce qu’il en était. Qualifier telle ou telle position de réactionnaire est un argument terroriste.

 

Les pays avancés ont déjà instauré le mariage homosexuel ; il est temps que la France y vienne.  

 

Au total, 11 Etats sur 200 dans le monde, seulement,  l’ont instauré. 

Aux Etats-Unis, seuls 9 Etats sur 50. Le pays est très divisé sur le sujet, certains Etats comme la Californie ou le Maine,  qui l’avaient instauré, sont revenus à la législation antérieure (on ne dira pas  « en arrière »  car il n’y a en la matière  ni avant ni arrière).  

En Europe, les petites monarchies du Nord et, plus récemment l’Espagne et le Portugal l’ont  institué (sans adoption pour ce dernier). Le Royaume-Uni a une sorte d’union civile très proche du mariage. Mais à ce jour aucune des grandes républiques continentales : France, Allemagne, Italie, Russie n’a instauré le mariage homosexuel.  

 

Vous êtes opposé au mariage unisexe pour des raisons religieuses qui ne regardent que vous.

 

C’est un problème universel qui dépasse largement les considérations purement religieuses.

La reproduction sexuée existe dans le monde végétal et animal depuis un million d’années.

Le caractère sexué de l’espèce humaine est antérieur aux grandes religions. La question est  liée à la nature humaine. Il s’agit d’abord  d’une question de droit naturel ou de morale  naturelle.

Cela n’empêche pas les religions d’avoir une opinion sur ce qu’est le droit naturel. S’agissant du mariage unisexe, elles ont toutes la même : y sont  opposées à ce type de mariage  (sauf les  protestants les plus sécularisés, peu nombreux).

 

Il n’y a pas de droit naturel, ni de morale naturelle.  Seule compte la loi positive.

 

C’est ce qu’ont prétendu les régimes totalitaires : l’homme, disaient-ils,  peut s’affranchir de la nature pour se « modeler » lui-même à son gré, créer le Surhomme. On a vu le résultat.

Si le droit naturel est contesté, au nom de quoi peut-on alors parler des droits de l’homme ?  

 

En vous opposant au mariage homosexuel, vous faites preuve d’homophobie, un sentiment aussi  répréhensible que le racisme.

 

C’est une accusation odieuse. Le mot « phobie » signifie que les positions politiques ne seraient déterminées que par l’irrationnel, par  les sentiments, qu’elles émaneraient du ventre et du bas-ventre. Il serait interdit de raisonner.

Notre opposition au mariage uni sexe n’a rien à voir avec un quelconque sentiment vis-à-vis des homosexuels qui sont  aussi respectables que tout autre. Il s’agit de raison. La raison, un mot qui n’est pas à la mode. Il faut le réhabiliter.

Nous pensons qu’il est déraisonnable, à la fois inutile, antilibéral et destructeur des repères anthropologiques d’instaurer un mariage  unisexe. C’est sur le plan de la raison, des raisonnements et des arguments que des citoyens libres doivent débattre et non sur les accusations de « phobie »  de ceci ou de cela.

Considérer que la revendication de telle ou telle catégorie est excessive ou non justifiée, ce n’est pas de la « phobie ».

Il est odieux que le gouvernement ait  mélangé le projet de loi avec la lutte contre une prétendue homophobie.

 

 

 La population française y est favorable

 

Dans ce cas pourquoi ne pas soumettre la question à référendum ?  

Il s’agit d’une question anthropologique fondamentale  qui déborde même le cadre constitutionnel. La conception qu’une société se fait des rapports de l’homme et de la femme est au moins aussi  importante que celle des rapports entre le gouvernement et le Parlement. C’est donc au peuple de décider directement.

Quand, dans le cadre de sondages,   les gens sont questionnés à froid, ils tendent généralement à répondre en fonction du  courant dominant, sans réfléchir. Six mois avant le référendum sur le traité constitutionnel européen du 29 mai  2005,  70 % des électeurs sondés (comme 95 % des médias) lui  étaient favorables. Après quelques semaines de débat, le résultat s’est inversé : on n’a plus eu que 45 % pour et 55 % contre. Qui donc peut dire ce que pense vraiment le peuple français ?

Aux Etats-Unis, chaque fois que, dans un Etat, la question a été soumise à référendum, le résultat a été  négatif.

 

L’instauration du mariage homosexuel est une mesure qui va dans le sens du   libéralisme

 

Bien au contraire, c’est la première fois que la loi se mêlera directement de sexualité. L’institution du mariage n’a de sens que par rapport à la filiation (même si par  extension elle s’applique aussi à des couples stériles). Si la sexualité n’était qu’un jeu gratuit sans conséquences sur l’engendrement, le mariage n’aurait aucune raison d’être.

Il y a des gens qui se retrouvent tous les soirs au bistrot pour jouer aux cartes sans que la loi  s’en soit jamais mêlée !

A la rigueur la loi peut-elle, dans le mariage,  sans  qu’il y ait des  enfants, reconnaitre une solidarité, mais dans ce cas pourquoi ne pas reconnaitre aussi les couples solidaires (et généralement chastes) que forment un frère et une sœur, une mère et son fils, voire trois frères, un frère et deux sœurs etc. ? 

 

NB : Dans la doctrine chrétienne, la sexualité et surtout l’amour qu’elle exprime, ont  aussi une  valeur propre, reconnue par le sacrement de mariage en dehors de la fécondité. Donc ce dernier argument ne s’applique qu’au  mariage civil. Le mariage civil (ou républicain)   n’a un caractère officiel que parce qu’il implique  des tiers.

 

 

L’individualisme est dans l’air du temps

 

Si l’on en croit Freud, l’homosexualité dérive presque toujours de l’incapacité de  rompre  le lien privilégié de l’individu avec sa mère.  Elle témoignerait donc  d’un déficit d’ individuation. Mais on n’est pas obligé de croire ce que dit Freud…

 

 

Vous représentez les gens qui se sont opposés au divorce, à l’avortement,  à la dépénalisation de l’homosexualité, ceux qui regardent toujours vers le passé.

 

Les questions ne sont pas di tout  comparables. S la société française s’est à un moment donné donné des règles protectrices  contre le divorce ou l’avortement ( qu’on ne saurait en soi considérer  comme un bien, à la rigueur comme un moindre mal ) et les a ensuite assouplies ( sans les faire disparaître) , c’est parce qu’il y avait de vrais problèmes à résoudre :   difficultés dans les couples, avortements clandestins . Rien de tel en matière de mariage homosexuel : il ne s’agit nullement de résoudre un problème. Un nombre infime de gens revendiquent vraiment qu’on le légalise  pour eux. Une politique qi ne vise à régler aucun problème, c’est de l’idéologie.

Les promoteurs de cette idéologie ne cachent  guère que la phase suivante sera de vider le mariage de toutes ses contraintes  et de son contenu : obligation de fidélité, de cohabitation, pour en arriver à sa destruction totale.

 

La manière dont les gens vivent leur sexualité ne regarde pas l’Etat

 

En effet, ce sont les conséquences de la sexualité, principalement la filiation,  accessoirement la solidarité matérielle qui décharge la collectivité,  qui regardent  l’Etat et non la sexualité en tant que telle.   En consacrant une union qui ne génère  pas naturellement d’enfants et qui  exclut les solidarités familiales non homosexuelles, l’Etat,  pour la première fois,  au travers du  mariage homosexuel, se mêle directement de  sexualité.

 

Le mariage civil est tellement dévalué qu’instaurer un mariage homosexuel n’a pas d’importance

 

Cette objection vient de milieux contre-révolutionnaires ou intégristes  pour qui dévaluer  le mariage républicain permet d’affaiblir encore la « gueuse ». C’est une attitude inacceptable de type sectaire. Le mariage républicain intéresse la res publica, il est donc l’affaire de tous. Même si la multiplication des divorces et l’extension des unions de fait  l’ont  altéré, il n’en reste pas moins une institution fondamentale  de la société que tout le  monde, croyant ou incroyant, doit défendre.

 

Ce n’est pas un sujet important : très peu de gens sont concernés

 

Il est vrai que les homosexuels actifs sont peu nombreux (3 % maximum de la population pour les hommes, 1 % pour les femmes, selon les sondages faits dans le monde anglo-saxon) et parmi eux, la plupart  n’ont nullement  l’intention de se marier.

Mais l’enjeu n’est pas là : c’est un certain  ordre symbolique que les partisans du mariage homosexuel  veulent subvertir.

Par là le projet de mariage unisexe a un caractère idéologique et non démagogique. La démagogie consiste à satisfaire (ou promettre de  satisfaire)  des revendications illégitimes ou dangereuses, éventuellement coûteuses. L’idéologie  vise à imposer une théorie  officielle  qui ne va pas de soi, et, pour cause, puisque elle est en général contre nature (suppression de la propriété privée, du marché  etc.).  En l’espèce, la demande  effective de mariages homosexuels  est quasi inexistante. C’est d’idéologie à l’état pur qu’il s’agit.

Mais cela ne veut pas dire que l’affaire n’est pas importante, au contraire.

Il se peut que l’offensive contre le mariage, comme celle qui s’attaque à la différence sexuelle (théorie du gender)  entre dans la stratégie  d’un certain mondialisme qui s’attache à effacer peu à peu tous les repères identitaires : nations, culture, histoire, statuts,  et donc sexe. L’objectif  visé est une société  atomisée, sans  repères, entièrement disponible  aux forces du marché.

 

Vous voulez instaurer  l’ordre moral

 

Le mariage entre un homme et une femme est, à la limite, indépendant de la morale, puisque il vise  à régler la filiation et  à reconnaître des solidarités concrètes. Il est protégé par le Code civil qui prohibe l’adultère (même dépénalisé, l’adultère  demeure une faute civile  à l’égard du  conjoint). Ces dispositions justifient des poursuites.  Jusqu’ici, les relations homosexuelles étaient   à l’abri de ce genre de poursuites ; elles ne le seront plus.

De toutes les façons, la notion d’ordre moral, lancée par Mac-Mahon en 1873,  est un épouvantail qui n’a aucun sens. La loi consiste à introduire  un certain ordre dans la société. Et la morale  (au moins la morale républicaine),  c’est d’abord la prise en considération des intérêts d’autrui (article 4 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 : « La liberté consiste à faire tout ce qui ne nuit pas à autrui ».)

Dans un pays libre, ces obligations légales doivent être  réduites au minimum, pour préserver au maximum la sphère   individuelle.   Ce minimum est ce qui est nécessaire à la survie de la communauté et à la paix civile.

Or l’instauration du mariage homosexuel  aboutit à étendre un certain ordre moral  (en tous les cas légal) sans  aucune utilité sociale.

 

Rien ne dit que l’adoption par des couples homosexuels ait des répercussions sur l’équilibre des enfants

 

Les études qui ont  été faites, notamment aux Etats-Unis,  tendraient à montrer le contraire. Mais elles sont peu nombreuses.

Les cours de récréation sont un milieu féroce : comment sera traité  un enfant qui affichera avoir pour père et mère deux hommes ou deux femmes ? En particulier dans les quartiers où la population musulmane, violemment hostile à l’  homosexualité , est majoritaire.

Si un accident venait à vous faire disparaître avec votre conjoint, souhaitez-vous que votre enfant soit confié à un couple homosexuel ?

 

Il vaut mieux, pour élever les enfants un bon couple homosexuel  qu’un mauvais couple hétérosexuel

 

La question se pose-t-elle ? S’agissant de couples homosexuels, il ne saurait s’agir, au moins pour l’un des deux partenaires,  que d’adoption.  Mais  il existe suffisamment de « bons »  couples hétérosexuels qui voudraient adopter  et n’y arrivent pas, faute d’enfants à adopter, pour  qu’on aille chercher des couples unisexe.

Autres possibilités : la PMA ou les mères porteuses : ce sont des solutions très discutables  qui tendent à considérer les enfants comme des objets qui  s ‘achètent, les ventres des femmes comme des objets qui se louent.

De toutes les façons, on peut se demander si même peu satisfaisants par leur comportement, , deux parents de sexe différents ne sont pas préférables pour la maturation des enfants. Pour la plupart des psychologues, la maturation de l’enfant exige la présence de l’élément masculin et de l’élément féminin.

 

 

 

La famille homosexuelle avec enfants existe déjà ; il ne s’agit que de reconnaître  une situation de fait.

 

C’est une chose  qu’un (une)  chef de famille monoparentale permette à  un tiers du même sexe de vivre à son domicile, c’en  est une autre que la   loi consacre officiellement l’un comme père, l’autre comme mère, s’ils sont du même sexe.

 

Tout le monde a le droit d’avoir des enfants,  sans qu’il  doive  y avoir  de discrimination

 

Personne n’a le « droit »  d’avoir des enfants comme on a le droit d’avoir un chat ou un caniche. Le fondement de la démocratie occidentale est  la morale kantienne : « ne jamais considérer une personne comme un moyen (ou un objet) mais comme une fin ». 

Ceux qui ont coopéré pour mettre un enfant au monde ont le devoir de l’entretenir et de l’éduquer, sauf dans les cas où ils s’avèrent radialement incapables de le faire  et que l’enfant est  placé. Dans les autres cas, personne n’a, en soi, le droit d’avoir des enfants.

S’il y a discrimination, elle est dans la nature qui n’a pas permis à ce jour,  à un couple homosexuel d’engendrer naturellement. Elle l’interdit même à bien des couples hétérosexuels. Si on tente par des subterfuges  de contourner cet interdit de la nature, on ouvre la porte à des pratiques monstrueuses (mères porteuses, marchandisation de la grossesse etc.).

 

 

 

Réserver le mariage aux hétérosexuels est une discrimination

 

C’est la nature qui discrimine, non la société. 

Il y a des discriminations illicites : de race, de religion, de sexe. Mais il en est d’autre de légitimes : tout le monde n’a pas le droit d’être polytechnicien ou député ; seuls ceux qui ont passé le concours ou ont été élus peuvent y prétendre.

Il est   aussi  des discriminations très cruelles dans la société dont personne ne parle : qui prétendra que les jolies filles ne sont pas  avantagées dans la recherche d’un emploi ? Ou que  les personnes âgées qui n’ont que 350 € par mois pour vivre ne sont pas très désavantagées.

(S’agissant de discrimination, il est notoire que certains lieux de  divertissement sont pratiquement  interdits aux hétérosexuels ; que dirait-on si d’autres étaient aujourd’hui interdits aux homosexuels ? )

Au demeurant il n’est  interdit à personne de  se marier selon le mode ordinaire  : avec quelqu’un du sexe opposé. Il n’y a donc pas de discrimination à proprement parler.  Ceux qui ne trouvent pas, comme on dit,  « chaussure à leur pied » ne sont pas les moins malheureux,  mais la loi n’y peut rien.

Autre considération : se marier n’est pas un privilège. C’est entrer dans un statut qui comporte  des devoirs  et des droits définis à l’article 212 du Code civil ; si l’on ne considère pas  qu’être parent est un droit,  que reste-t-il ? Le droit  d’exiger le respect ( mais n’est-il pas une exigence universelle ?) Celui de contraindre le  partenaire à vivre sous le même toit, d’exiger sa solidarité financière.  Le droit pour le conjoint trompé de se pourvoir devant les tribunaux ?   Mais est-ce la recherche de ces  droits qui motive vraiment les partisans du mariage homosexuel ? On sait bien que non.

 

S’opposer aux droits des homosexuels, c’est du fascisme

 

Au temps de Proust, l’homosexualité passait pour  l’apanage d’une aristocratie passablement rétrograde - et décadente. Les valeurs symboliques se  sont inversées : la promotion de l’homosexualité est passée à gauche et fait moderne (comme la défense des langues régionales, autrefois défendues par Charles Maurras). La raison de ces changements de « couleur » sont un beau sujet pour les  historiens.

L’homosexualité était répandue dans les milieux de la collaboration (tel ministre de Vichy fut  surnommé « Gestapette »). Que le régime nazi ait persécuté  à un moment donné les homosexuels tient d’avantage à une rivalité de factions qu’à un parti pris doctrinal (cf. Les Damnés de Visconti qui montre comment  l’homosexualité, encouragée chez  les SA,  servit de prétexte à  leur élimination par les SS).

Au demeurant, il ne s’agit nullement  de combattre l’homosexualité qui doit demeurer de l’ordre de  la sphère privée, mais seulement de  s’opposer à une revendication jugée illégitime et qui n’est sans doute le fait que d’une minorité de la  minorité homosexuelle.

 

Les sociétés du passé ont reconnu l’homosexualité

 

C’est une légende.

Certes l’homosexualité a toujours existé, au moins dans les classes dirigeantes (dans certains  villages,   au XIXe siècle, les paysans ne savaient même pas ce que c’était !)

Mais il n’a jamais été question d’en faire une institution analogue   au mariage.

Dans la « Légion sacrée thébaine »  au temps d’Epaminondas (IVe siècle avant J.C.) , la rivalité entre jeunes guerriers amoureux les uns des autres fut utilisée pour les rendre  plus combatifs mais ce ne fut pas, semble-t-il, une institution.

La seule mention d’un mariage homosexuel  dans la littérature historique est une    parodie  (Suétone, Vie des Douze Césars, Néron, XXVIII).

La revendication  d’un mariage homosexuel  est très récente : on n’en trouve même pas trace en  Mai 68. Elle est le propre de sociétés  qui ont  gravement perdu leurs  repères, dans ce domaine comme dans  d’autres (dérive de la sphère financière etc.).

Le  pays de Descartes doit  raison garder.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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22 septembre 2012 6 22 /09 /septembre /2012 17:54

 

Des onze pays qui ont institué le mariage homosexuel, sept monarchies et seulement quatre républiques.

Les monarchies : les Pays-Bas, la Belgique, le Danemark, la Norvège, la Suède,  l’Espagne, le Canada.

Les républiques : l’Islande, le Portugal, l’Afrique du Sud et l’Argentine.

A quoi s’ajoutent huit  états des Etats-Unis et deux du Mexique (qui sont aussi des états unis).

Pour être plus exact, il faudrait ajouter à la liste le Royaume-Uni qui a institué une union civile donnant tous les droits du mariage et en retirer le Portugal où le mariage ne donne pas le droit à l’adoption. Cela  ferait huit monarchies et trois républiques !

Il est en tous les cas clair que les monarchies, minoritaires dans le monde,  sont surreprésentées parmi les pays ayant fait le choix de ce développement institutionnel.

Jusqu’à l’élection de François Hollande, les grandes républiques continentales : France, Allemagne, Italie, Russie,  résistaient ferme. A ce jour, l’Islande est en Europe (si tant est que ce petit pays de 470 000 habitants en fasse partie ) la seule république ayant pleinement satisfait à la revendication des militants « gays ». 

Pour comprendre ce paradoxe, on peut alléguer la « modernité »  des monarchies nordiques, un mythe bien mis à mal par le succès des romans de Stieg Larsson (série Millenium) qui montrent la profonde dégradation de la société suédoise, jadis tenue pour modèle.

On peut aussi se référer à l’image qu’avait l’homosexualité aux beaux jours de  la IIIe République. A en croire Proust, elle semblait alors  l’apanage d’une vieille noblesse catholique, passablement décadente. Dans la Recherche du Temps perdu, presque tous les aristocrates s’avèrent en être. Seuls les juifs (Bloch, Swann) aiment les femmes. L’homosexualité allait  souvent de pair avec le snobisme, si bien analysé par le romancier : la volonté d’être à tout prix différent, de « se distinguer ». La « distinction » : le contraire de l’égalité républicaine.

A la même époque, le monde paysan  ignorait dans sa grande majorité qu’il put même y avoir des homosexuels. La classe ouvrière, malgré sa déréliction, était fière de sa  virilité. Le bon ouvrier était heureux d’avoir une compagne à lui et fier de subvenir, quand il le pouvait,  aux besoins de  ses enfants. Sa vie difficile  ne le décourageait pas de vouloir  perpétuer  la race : contre le côté de Guermantes : Germinal !

L’art  des années trente (pas seulement dans les pays communistes) a bien illustré  le mythe de la virilité ouvrière. Stakhanov, héritier de l’Hercule Farnèse. René Girard a montré comment la proximité avec le feu, la forge, le haut fourneau, faisait entrer l’ouvrier dans une forme de sacré,  tout en lui interdisant le raffinement.  

Aujourd’hui les valeurs se sont largement inversées : même s’il trouve quelques partisans à droite, le  militantisme homosexuel est intrinsèquement lié à la gauche. La remise en cause de l’héritage  judéo-chrétien, dans laquelle s’inscrit  la revendication du mariage « gay », fait partie de  l’héritage « bobo » de mai soixante-huit ; il a pénétré la gauche au fur et à  mesure que celle-ci s’éloignait de la classe ouvrière (ou de ce qu’il en reste).

Evolution analogue pour la défense du bas-breton. Apanage de la droite monarchiste au début du XXe siècle, revendication bien portée à gauche aujourd’hui.  Cette mutation du sentiment identitaire explique en partie le basculement à gauche de terres jadis conservatrices comme l’Ouest ou le Pays basque. Au point que  le nouveau premier ministre soit breton. Les sentiments républicains de cette deuxième gauche,  en passe de devenir la première,  à laquelle   se rattachent les nouvelles terres socialistes, furent  longtemps tenus en suspicion.  

On peut ajouter que la république est la res publica, la chose publique. Le mariage républicain avait pu reprendre l’héritage du mariage chrétien ( ou du moins s’y superposer ) parce que l’union de l’homme et de la femme apparaissait utile à la république. Avant la révolution, la philosophie des Lumières reprochait aux moines de se soustraire à ce  devoir.  L’article  4  de la Déclaration des droits et devoirs de l’homme et  du citoyen du 5 fructidor  an III dit que « Nul n'est bon citoyen, s'il n'est bon père, bon frère, bon ami…bon époux ».

La revendication du mariage « gay »,  dont l’appellation  même semble récuser le sérieux républicain,   s’inscrit plutôt dans  la montée de l’individualisme. Malgré la revendication concomitante d’un droit d’adoption, il ne  semble pas que ceux qui le demandent ( et qui sont loin de représenter tous les homosexuels, comme en témoigne le succès de l’association Plus gay sans mariage )  soient d’abord soucieux d’assumer mieux  les devoirs de la République.

Avec la bienveillance pour les  prescriptions de l’islam, même les plus attentatoires à la laïcité (dont Elisabeth Badinter déplorait qu’on laisse à l’extrême-droite  le soin de la défendre), l’adhésion sans nuances  à l’Europe ou au mondialisme,   chers à la fondation Terra nova,  une partie de la gauche s’éloigne des valeurs traditionnelles de la république.  Le  mariage unisexuel s’inscrit dans la même tendance.

 

Roland HUREAUX

 

Il y en avait dix mais la Californie et le Maine y ont renoncé à la suite  d’un référendum.

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Published by Roland HUREAUX
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