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Roland HUREAUX

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 15:25

Paru dans Atlantico 

 

Au Sénat : un vote, trois victimes.

 

Même si la loi Taubira est adoptée cette semaine, elle gardera un parfum d’illégitimité du fait des conditions scabreuses dans lesquelles elle a été votée au Sénat.

Il est probable qu’avec le recul, ce vendredi 12 avril où la loi instaurant le « mariage » entre personnes du même sexe,  a été approuvée par le Sénat par surprise et à main levée restera comme un jour noir de l’histoire de la République.

Il y a du hold-up dans la manière dont la chose s’est faite. Comme dans un hold-up, cela fut  si soudain que, le temps que les présents réalisent que ça s’était  passé, c’était déjà fait. Comme dans un hold-up, les   participants, selon leurs déclarations, ont  été  tétanisés par une opération audacieuse et imprévue qui a duré à peine une minute et ne pas avoir eu   le temps de  réagir. 

Les Britanniques  ont enseigné le parlementarisme au reste de    l’Europe, et on sait qu’à Westminster, pendant des siècles,    plus que  les  règles et les procédures écrites,  importait le respect des usages.  Tout homme politique anglais le sait : dans l’enceinte du Parlement, il y a ce qui se fait et ce qui ne se fait pas. Et   la civilisation, c’est cela.

Même si formellement, la procédure expéditive  utilisée  par le président du Sénat n’est pas contraire au règlement, personne jusque-là n’avait pensé à l’utiliser pour le vote final d’une loi que Mme Taubira  présente elle-même comme un « changement de civilisation »   et dont le résultat n’était pas, quoi qu’on ait dit, acquis d’avance.

Nul  n’en doute aujourd’hui : si le gouvernement a accompli  cette espèce de coup d’état au Sénat, c’est qu’il savait ne pas y disposer, à la différence de l’Assemblée nationale, d’une claire  majorité, notamment en raison des réticences  de la plupart des sénateurs de gauche de l'outre-mer.

Même s’il aura permis au gouvernement  de faire passer la loi en force, ce vote  fera des dégâts considérables dont seul le  temps permettra de mesurer pleinement  l’ampleur.

 

Première victime : le Sénat

 

La première victime est le   Sénat lui-même. Dans la véritable crise de régime que nous traversons, beaucoup doutaient de son utilité ; ces doutes seront renforcés par la  mascarade du 12 avril;  cela d’autant plus que  le public de la Manif’ pour tous, militants anti-mariage unisexe, issus en majorité de la droite modérée,  était sans doute , au sein de  la société française,  le segment le  moins hostile à l’idée d’une seconde chambre de « sages » élue au scrutin indirect, idée qui n’est dans la culture ni de la gauche adepte d’une chambre unique ou d’un Sénat d’apparatchiks  élus à la proportionnelle,  ni  de l’extrême-droite antiparlementaire qui, jour après jour, critique le Sénat sur internet.   Par cette opération foireuse, le Sénat s’est   coupé de son principal appui.

En outre, il parait clair que cette procédure a permis à beaucoup de sénateurs d’échapper à  leur responsabilité, en laissant ignorer leur choix à leurs électeurs, ce qui n’est pas particulièrement courageux.

 

Deuxième victime : la droite modérée

 

L’autre victime de ce scrutin est la droite.  Elle avait tout pour capitaliser, comme l’ont compris  les députés Henri Guaino ou  Hervé Mariton,  sur l’hostilité au mariage homosexuel. Or le vote du Sénat risque de la délégitimer singulièrement.  S’il faut en croire Bernard Seillier , ancien sénateur de l’Aveyron, fort de  dix-huit ans d’expérience de la Haute-Assemblée, la manœuvre surprise du gouvernement n’aurait pas pu être menée  sans l’assentiment  de l’opposition, au moins de ses chefs. Il est vrai que personne dans les rangs de celle-ci  n’a eu le réflexe de demander un scrutin public,  et qu’aucun président de groupe n’a  ultérieurement  protesté contre cette procédure. Si le président du Sénat, Jean-Pierre Bel,  renvoie immédiatement après le vote aux présidents  de groupe pour le décompte final, méthode  sans précédent selon Seillier,  il sait pouvoir compter sur eux. Puisque aucun décompte officiel des voix n’existe, des décomptes officieux circulent. Ils   montrent que,  dans un scrutin public, le vote  aurait été acquis (et ce   n’est même pas certain !) avec deux voix  d’écart seulement : dans un tel cas de figure, il est aisé de voir que les dissidents de la droite, partisans du mariage homosexuel ou abstentionnistes, ont joué un rôle décisif dans  l’adoption de la loi. 

On n’est pas obligé de suivre les suggestions  de l’ancien sénateur   de l’Aveyron  mais il suffit que ce genre de rumeur circule pour que se trouve affaiblie la légitimité de  l’opposition officielle.

Or, de cet affaiblissement, nul n’a à se féliciter. A qui profiterait-il sinon   à l’abstention ou aux extrêmes ? En tous les cas pas à la République.

On sait que le Sénat a une longue pratique de connivences transversales,  surtout quand le gouvernement n’y a pas de majorité assurée. En raison de leur  sagesse supposée, les sénateurs évitent traditionnellement de faire blocage à certains  projets phares du gouvernement, au nom du bon fonctionnement des institutions, par exemple les nationalisations en 1981.

Mais on peut  penser que cette pratique, légitime par exemple pour   des mesures économiques de rigueur répondant une nécessité nationale,  ne l’était pas   face à un projet  de loi hautement idéologique  et se heurtant  à  un rejet profond d’une partie des Français,  rejet dont   les immenses  démonstration  de la Manif’ pour tous, ainsi que l’évolution récente des sondages  portent   témoignage.

Toute  connivence devait alors s’effacer devant cette grande nécessité de la démocratie représentative : la théâtralisation du débat public au sein des enceintes parlementaires. Le Parlement est la scène où les citoyens doivent avoir l’impression que  s’expriment dans toute leur  force leurs sentiments contrastés, au travers de leurs représentants. Et qui dit force dit efforts pour faire prévaloir son point de vue dans le vote final.  Si le vrai débat se cantonne à la rue  - ou si un des camps se sent trahi,   la  République, qu’on le veuille ou non, est affaiblie.  

Ajoutons que si la constitution a prévu une deuxième chambre représentant les élus locaux, il revient à celle-ci d’exprimer les sentiments de ces élus. Or ce n’est un secret pour personne que, si l’opinion a paru  un moment partagée sur le projet de loi Taubira, la majorité des élus locaux, qui représentent, eux, la partie la plus « sage » (en tous les cas la moins soumise  conditionnement  médiatique) du peuple lui était, elle, clairement opposée.

La  nécessité de théâtraliser le débat public,  heureusement les députés d’opposition l’ont mieux comprise que les sénateurs, comme en témoigne   la vivacité des débats lors  du passage de la loi Taubira  en deuxième lecture.  Mais hélas, dans la chaîne de décision, c’est le passage au Senat  qui était   décisif  et ce passage, la droite officielle, volontairement ou pas, l’a  manqué.

 

Troisième victime : la paix civile

 

Plus grave : la troisième victime de ce vote pourrait être la  paix civile elle-même.

Certes, la loi Taubira ne  conduira pas, en tous les cas pas elle toute seule,  à une vraie  guerre civile, d’autant que Frigide Barjot ne cesse de rappeler que son combat est non violent.

Mais si la loi passe définitivement, si elle est votée en termes conformes par l’Assemblée nationale,  ce qui semble acquis,  et si elle n’est pas censurée par le Conseil constitutionnel, l’amertume sera grande dans le camp de la Manif’ pour tous qui aura pu mesurer à la fois sa force et le mépris dans lequel  le tient le gouvernement. Et gageons que,  dans l’autre camp, plus que la jubilation, prévaudra la gueule de bois, tant ce camp aura plus vaincu que convaincu.

La loi gardera, quoi qu’on fasse désormais, un profond déficit de légitimité.  D’abord parce que beaucoup d’opposants sont imprégnés de l‘idée, issue de la scolastique mais ravivée par soixante années d’exaltation de la Résistance,   selon laquelle   une loi contraire au droit naturel n’est pas légitime – et peut donc  justifier l’objection de conscience ou une  résistance  passive. Ensuite en raison des modalités du  vote : non seulement  le défaut absolu d’écoute (mais  comment en irait-il   autrement s’agissant d’une loi idéologique ?  L’idéologie et le dialogue sont antinomiques), mais du fait que le passage en force au Sénat  a été  ressenti comme une manœuvre totalement déloyale.  

Ce n’est pas seulement la loi qui sera illégitime, c’est le gouvernement,   et en premier lieu  le président Hollande. Déjà mis à mal dans l’opinion  par son  impuissance devant  la crise économique et les affaires, il le  sera bien davantage encore  avec la loi  Taubira dont les partisans motivés sont très peu nombreux alors que ses adversaires le sont considérablement.  Cette  loi qui, même si elle est  « passée » juridiquement, psychologiquement « ne passera pas ».

La suite du quinquennat risque d’être émaillée  d’incidents comme ceux, regrettables, qui accompagnent aujourd’hui presque quotidiennement les déplacements de ministres et qui ne cesseront  que si la loi ne voit pas le jour.  Il n’est pas certain non plus que les premiers   « mariages »  éventuels  de la nouvelle sorte se passeront dans la sérénité.  Le « mariage pour tous » n’aura pas de lune de miel !

L’opinion française acceptait l’homosexualité  mais dans la discrétion, comme tout ce qui relève de la sphère privée. Le projet de loi  l’a mise au centre du débat public à un point que beaucoup d’homosexuels  en sont de plus en plus gênés ; il semble même     qu’aujourd’hui  les plus acharnés à  obtenir le vote de la loi  soient les militants socialistes et non les personnes homosexuelles. Or il n’y a aucune chance    que, si   la loi est définitivement promulguée,  ce malaise cesse.  

Et même si les incidents s’avèrent  limités, l’obstination du président Hollande  a réussi à creuser un fossé profond entre  deux France : l’une désormais minoritaire (mais toujours très forte dans les médias) pour  qui  la loi Taubira constitue un progrès, l’autre, majoritaire, pour qui il constitue une absurdité. Entre ces deux France, une haine croissante qui transparait  chaque jour dans les conversations et  que le vote de d’une loi  obtenue d’une manière contestable ne pourra qu’aggraver, laissant l’opinion  française durablement divisée.

 

Roland HUREAUX

 

 

Le Figaro, 15 avril 2013

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 15:23

 

Beaucoup de choses ont été dites sur la  dernière élection présidentielle française  mais personne, à notre connaissance,  n’a  souligné  à quel point elle a  vu l’émergence, à un point inconnu jusqu’ici,  du paramètre identitaire, pas seulement national mais régional, voire ethnique. Avec le recul d’un an, cette considération peut contribuer à expliquer pourquoi la légitimité du  président Hollande a pu s’effondrer aussi vite.

En nommant premier ministre Jean-Marc Ayrault, député-maire de Nantes (avec d’autres ministres importants de l’Ouest comme Jean-Yves Le Drian et  Stéphane Le Foll), le nouveau président de  la République avait  pris acte du fait que, au rebours de ce que fut pendant un siècle la géographie électorale française, la Bretagne (et plus largement le grand Ouest) était devenue une terre d’ « élection » du parti socialiste. François Hollande  obtient au second tout 56,35 % des voix dans cette  région, soit 4,5 % de plus que la moyenne nationale,   autant ou presque qu’en Aquitaine ou Midi-Pyrénées.  Phénomène surprenant puisque pendant plus d’un siècle d’histoire républicaine, cette région avait été au contraire le fief principal de la droite catholique.

 

Une nouvelle géographie électorale

 

Ce n’est pas là le seul changement que démontre ou confirme cette élection.

La droite nouvelle dessine un bloc qui ne recouvre qu’en partie ses fiefs traditionnels : le Bassin parisien rural, de la Manche à la Meuse, le Grand Est en particulier l’Alsace, une partie de Rhône-Alpes. Sur ces terres, non seulement la droite classique demeure forte mais le Front national   a  presque partout gagné des voix (22,2  % pour Marine Le Pen en Alsace, 23,6 % en Lorraine, 23,9 % en Champagne-Ardenne).

Le Sud-Est a un profil équivalent avec des résultats aussi élevés  pour le Front national (23,8 % en Languedoc -Roussillon et 23,4 % en PACA) qui a réussi à faire élire au scrutin uninominal, pour la première fois,  deux de ses candidats dans le Gard. Avec cette différence  par rapport au Nord-Est que, historiquement,  il s’agissait d’une terre  de gauche,  une gauche qui  s’y  trouvait, il est  vrai,  affaiblie depuis plusieurs  décennies, au moins en Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Le Front national  a réussi  aussi une belle percée dans le Nord (23,3 %), comme dans tous les anciens bassins industriels frappés par la désindustrialisation, mais la gauche, malgré les difficultés judicaires de certains  socialistes, y demeure forte : il a fallu tout l’acharnement du parti socialiste pour empêcher que Mélenchon y soit élu  député.

A l’inverse,  le Sud-Ouest, comme l’Ouest mais  avec un arrière fond historique très  différent voit la gauche forte et le Front national  faible. La gauche classique, radicale ou socialiste,  de cette région s’est vue renforcée par un rejet de Sarkozy particulièrement violent : cette terre  de notables où on applaudit  les joueurs  de rugby mais où on élit les notaires et  les ambassadeurs,  a été particulièrement  sensible au  manque de tenue du président sortant. A  côté de cette  gauche classique a émergé, essentiellement au Pays basque,  un nouvelle gauche issue d’une terre traditionnellement catholique et de droite. Que Sarkozy fasse huit points de plus à Dax (48,6 % au second tour)   qu’à Bayonne (40,74 %) constitue, pour qui connait l’histoire politique de cette région, une vraie révolution analogue à celle qui s’est produite dans l’Ouest.

Pourquoi ce basculement  à gauche massif  dans l’Ouest et au Pays basque ?  La  déchristianisation en est certes  une des raisons. Une certaine rhétorique socialiste correspond assez bien au post-christianisme moralisant qui, dans les vieilles régions de catholicité,  est ce qui reste quand la foi et en tous les cas le pratique religieuse ont disparu. Pour des  socialistes de cette cuvée, le   « mariage » des homosexuels est une forme de  charité  chrétienne à l’égard des  « exclus » ! Pourtant  certaines régions du Bassin parisien, déchristianisées  depuis longtemps,  sont devenues, elles,  des fiefs de la  droite. Il faut, pour comprendre l’évolution de la Bretagne  et du Pays basque,  faire appel au phénomène identitaire. Il s’agit de deux régions à la  conscience régionale forte possédant ou ayant possédé une vraie langue et pas seulement un dialecte. Cette conscience régionale s’appuya longtemps sur l’Eglise   qui faisait le catéchisme en langue locale alors que l’école de la République enseignait en  français. Au Pays Basque, la revendication régionaliste est fortement marquée par le voisinage de l ’ETA. La gauche basque française n’est certes pas terroriste mais elle sympathise depuis longtemps avec le mouvement d’extrême gauche du Pays basque espagnol.  

En Bretagne,  même s’il n’y a jamais eu que des velléités terroristes et aucun  exemple  étranger (sauf l’Irlande), le mouvement régionaliste est depuis longtemps déjà porté par la gauche.   

D’une façon générale, la question de la langue régionale est assez typique  d’une certaine mobilité  des thèmes entre la droite et la gauche. De même que la promotion de l’homosexualité qui se trouvait associée au temps de Proust à une certaine aristocratie décadente, cultivant sa « différence », est devenue un marqueur fort de la gauche, la défense des langues régionales,    portée  par les maurrassiens sous la IIIe République,  a elle aussi basculé à gauche et même à l’extrême-gauche,  surtout  écologiste.

On peut se demander si cette évolution est bon signe pour le parti socialiste. Ces terres où on s’accroche aux racines (et d’autant plus qu’elles sont devenues mythiques, qu’elles n’existent presque plus : qui comprend encore le breton en Bretagne ?), résistent plus que d’autres au mouvement de l’histoire qui vide de plus en plus de sa signification la social-démocratie. Qui a dit que le dernier communiste serait un vicaire breton  ?

Le lien nouveau entre la gauche et les identités régionales explique que la  droite ait  mieux résisté  dans un département comme l’Aveyron  où  l’identité locale, quoique présente et là aussi longtemps associée au catholicisme,  est  cependant atténuée.

Même remarque pour la Vendée où le souvenir, ravivé par le villierisme, du génocide de 1793-1794,   éloigne pour le moment la tentation de   gauche.

C’est ainsi que le Sud-Ouest est devenu  presque entièrement une terre de gauche. Dans les Pyrénées-Atlantiques, le seul député modéré survivant est un cas  particulier.  Formellement rattaché au Modem, Jean Lassalle est un défenseur intransigeant de l’identité locale – ces vallée pyrénéennes ou fut, dit-il, dès  le XIe siècle, inventée la démocratie locale. Il parle et chante en béarnais à l’occasion. Dans une circonscription jadis inexpugnable de la droite, Hollande a  obtenu 60 % des voix. Lassalle a, dit-on, été élu, parce  que la vieille gauche béarnaise  l’a préféré, lui un béarnais, au candidat socialise qui était basque ! La gauche radicale du Sud-Ouest ne se reconnait en effet rien en commun avec la nouvelle gauche post-catholique du Pays Basque. Celle-ci a montré son particularisme  en agressant Nicolas Sarkozy lors de la campagne électorale (comme elle avait agressé Xavier Darcos aux régionales) ce qu’un vieux républicain du Sud-Ouest, de la vieille école,  n’aurait jamais  fait !

Qui n’a remarqué d’ailleurs que les deux seuls survivants du Modem à l’Assemblée nationale, Philippe Foliot dans le Tarn et Jean Lassalle dans les Pyrénées-Atlantiques  sont deux identitaires régionaux, hostiles à l’Etat central mais également à l’entreprise européenne ?  

L’Alsace, autre région à l’identité locale forte, n’a pas  suivi la même évolution, il s’en faut de  beaucoup : Sarkozy  y obtient  63,4 % des voix au second tour. Le  sentiment identitaire y serait-il plus faible ? Bien au contraire, mais au lieu de  se retrouver dans le Pati  socialiste, il s’est   retrouvé dans le Front national.

La situation n’est pas très différente  dans la partie Est de l’Occitanie, Languedoc-Roussillon et Provence-Alpes-Côte d’Azur. Qu’est-ce qui   différencie le Nord-Est et le Sud-Est de l’Ouest et du Sud-Ouest ? Une proportion beaucoup plus forte d’immigrés assurément. Mais aussi une plus grand proximité par  rapport  à l’axe central des courants européens  Allemagne-Suisse-Italie. Il se peut que  l’Europe soit, en France,  ressentie comme un facteur plus  déstabilisant à l’Est qu’à l’Ouest. Le cosmopolitisme de la Côte d’Azur et la présence massive de retraités riches et craintifs  a sans doute fait le reste.

La Corse  aussi, malgré l’existence d’un mouvement   indépendantiste ancien, défend, comme l’Alsace, son identité à droite (57, 9 % pour Sarkozy au second tout). Souvenir lointain des razzias barbaresques, inconnues de  la côte atlantique ? Le sentiment identitaire corse semble s’exprimer aujourd’hui plus contre les immigrés du Maghreb que contre les continentaux.

L’outre-mer, en revanche, s’est largement polarisé à gauche  à l’exception du Pacifique.

Si l’on met à part le cas de l’Ile-de-France, n’est-ce pas un paradoxe de voir,  à travers les provinces françaises, l’électorat  d’autant plus  à gauche que les immigrés y sont moins  nombreux : Ouest, Sud-Ouest ? Dans la mesure où rien ne laisse supposer que leur nombre va diminuer, cette perspective est, elle aussi, sombre pour le parti socialiste. 

L’influence du  facteur européen dans la montée du Front national pourrait être confirmée par le cas de l’Ile-de-France. Bien qu’elle soit, plus encore que le reste de la France,  une terre d’immigration, le Font national y est au plus bas (12, 3 %). La carte électorale de la région  montre que les clivages sociaux y demeurent décisifs : l’émergence  du phénomène « bobo », celui de quartiers aisés votant à gauche, y reste  cantonnée à certains arrondissements de Paris. Pour le coup, c’est le refus de toute identité qui pousse cette population très  particulière vers la gauche !

On sait par ailleurs que lors du referendum du 29 mai 2005, la région capitale vota nettement plus en faveur du traité européen que le reste de la France, sans doute en lien  avec sa plus grande aptitude à supporter le choc de la mondialisation dont elle tire profit  alors  que le reste de la France en pâtit. Pour un PIB par habitant de 100, l’Ile-de-France se situe à 157, alors que le reste de la France est à 86. Le taux de chômage y  est  plus bas qu’ailleurs. Même la Seine Saint-Denis est le 5e département de France par le revenu par habitant !  Une situation qui conforte  les thèses de Christophe Guillou pour qui les vrais pauvres ne sont plus dans les banlieues peuplées d’immigrés  mais dans la  France des pavillons, périurbaine ou rurale, et dans la province profonde : après tout, à  l ‘heure de la mondialisation, Bobigny est plus près de Roissy que Guéret, ce qui n’est pas un mince privilège !

 

La montée du communautarisme

 

Mais l’Ile-de-France  n’échappe au sentiment identitaire qu’en surface. En profondeur, on le  retrouve pleinement dès    que l’on considère le vote communautaire.

Selon certains sondages, les Musulmans auraient voté Hollande à 93 %. A l’inverse, les Juifs auraient voté Sarkozy  à plus de 80 %. Une évolution d’autant plus étonnante que les juifs de France votaient    traditionnellement  plutôt à   gauche.

Cette polarisation est-elle liée à la posture anti-immigration de  Sarkozy ou au contexte international et donc à certaines consignes venues de l’étranger ?  Sarkozy,  le plus sioniste des présidents français, en tous les cas si on le compare  à ses prédécesseurs,  devait être protégé par les uns et éliminé par les autres. Si, au lieu de Sarkozy, nous avions eu Villepin, l’homme du discours de New York contre la guerre d’Irak, au second tour de l’élection présidentielle, le résultat n’eut-il pas été très différent dans ces  communautés ?

Si tel était  le cas, ce serait la première fois  depuis les guerres de religion, heureusement terminées par le roi Henri IV,   que le jeu des  puissances étrangères structure l’opinion française, en tous les cas certains de ses segments.  Inquiétant phénomène,  propre aux périodes de déliquescence.

 

 

 

Et l’identité nationale !

 

Nous avons beaucoup parlé des identités régionales ou communautaires ;  n ‘oublions pas l’identité  nationale : le rejet de Sarkozy dans l’opinion était tel en début de campagne qu’il aurait dû être battu par un score de 60 % /40 %. C’est le résultat que donnaient les sondages à deux mois de l’  élection.  Or le candidat Sarkozy a effectué en fin de parcours une remontée spectaculaire en axant son discours  sur l’identité nationale et l’exaltation des  frontières, allant même jusqu’ à envisager  une remise en cause de la libre circulation dans l‘espace Schengen. Les observateurs superficiels (ou plutôt ceux qui ne veulent pas voir l’état réel de l’opinion française !) ont dit que cette ligne,   incarnée par Patrick Buisson,  l’avait fait perdre.  Evidemment   pas. Les chiffres du second tour montrent clairement que c’est l’électorat de droite et même d’extrême droite  qui lui a fait  défaut : 2  millions de votes blancs  ou nuls  alors que la différence entre les deux candidats n’  était que de 1,1 million de voix ! L’examen par bureau de vote ne laisse aucun doute sur la nature  de ces suffrages non exprimés : ils viennent pour l’essentiel de la droite.   Le discours identitaire de Nicolas Sarkozy visait la reconquête de cet électorat ;  il a sans doute eu un effet puisque le résultat final s’est avéré étonnamment plus serré que prévu : 51, 7 % contre 48, 3 %. Ce  discours  n’avait qu’un défaut : celui de contraster avec le bilan somme toute  bien maigre, voire négatif, du quinquennat  sur ces questions  et donc de manquer presque totalement de crédibilité. On l’a dit, non sans raison : une semaine ou deux de campagne de  plus et  le bagout   du président sortant aurait peut-être convaincu assez de ces abstentionnistes pour lui permettre de l’emporter !    

Le sentiment  identitaire a été  particulièrement offensé par la proposition  socialiste de conférer le droit   de vote aux étrangers aux élections locales. Il se peut que l’enjeu, dans cette affaire, soit plus symbolique que réel.  L’immigration  est assurément un vrai problème; mais la plupart des immigrés ont vocation, que cela  plaise ou non,  à devenir français et donc à voter ; leur accorder le droit de vote avant la naturalisation ne ferait qu'avancer les échéances ; compte tenu de l’abstentionnisme  élevé dans les banlieues, ce vote ne serait  pas forcément décisif. Mais la disjonction du droit de vote et de la nationalité constitue un brouillage, venant s’ajouter à d’autres, d’un des  repères les plus fondamentaux, celui de la citoyenneté, en même temps qu’une dévaluation de la nationalité à laquelle ceux qui l’on acquise récemment ne sont pas les moins sensibles.  

Le réveil de l’électorat de droite dans la dernière ligne s’est encore plus fondé  sur le thème des « valeurs »,  nom de code pour désigner l’hostilité aux  changements sociétaux annoncés  par la gauche,  à commencer par le « mariage » homosexuel. Il est probable que les centaines de  milliers de déçus du sarkosysme qui se sont, malgré tout, ralliés à lui au cours des dernières semaines de la campagne ne soient pas très différents de ceux qui ont répondu à l’appel  de Frigide Barjot à manifester, à partir du 16  novembre 2012,  contre la loi Taubira. Mais ne nous y trompons pas, ce qui motive   le plus une partie de l’opinion (devenue majoritaire selon les tout derniers sondages) contre le « mariage »  des homosexuels, ce n’est pas l’indignation morale, c’est plutôt le brouillage des repères supplémentaire  qui en résulte, c’est surtout  l’idée que ce « droit » constitue une  profanation  par rapport à une  « certaine idée de la France » qu’ils portent en eux. Vieille France sans doute, mais dont les défenseurs   pensaient que, malgré  tout,  malgré  la République,    malgré l’école laïque, malgré la séparation de  l’Eglise et de l’Etat, cette France demeurait  encore fidèle quelque part à son héritage chrétien. C’est cette image, image de leur pays, mais aussi image d’eux-mêmes, qui se trouve  brisée chez les plus ardents opposants  à   la loi Taubira, avec l’irruption d’une revendication  étrangère aux traditions françaises, venue des pays nordiques et anglo-saxons, une revendication  qui divise profondément ceux pour qui le mariage dit « gay » est une évidence et ceux pour qui il est une absurdité. Là aussi, c’est une identité blessée qui est en cause  et si Sarkozy a failli passer la barre des 50%, c’est que ceux que ce thème devait faire bouger  l’avaient vu venir.

Curieusement, dans cette affaire, la droite catholique est rejointe par la quasi-totalité des immigrés et des habitants de l’outre-mer lesquels  avaient pourtant voté massivement Hollande. La Manif pour tous a donné lieu à d’étonnantes scènes de fraternisation entre ces rupes.

 

Crise et identité

 

Et la crise, dira-t-on ? Sans doute a-t-elle joué son rôle ans la défaite du président sortant. Mais l’exacerbation de la sensibilité identitaire dans la France des années 2010  n’est pas que  l’effet de la crise. Les classes  moyennes qui défilent avec La Manif pour tous  ne s’offusquent pas d’abord du déclin de leur  position sociale ou  d’une fiscalité de plus en plus écrasante ; ceux qui restent chez eux dans des pavillons impayés, loin des  centres, ne votent pas pour le Front national que pour des raisons économiques. La crise identitaire se superpose à la crise économique mais la première ne s’explique pas que par la seconde. Même si la crise économique n’avait pas été là, les raisons d’une crise identitaire étaient déjà  présentes. C’est dire  la provocation que représente pour beaucoup de Français, une politique qui, sans rien faire qui laisse espérer une solution des problèmes  économiques, offense de tous côtés le sentiment identitaire.

D’autant que la  politique menée aujourd’hui ne fait que redoubler l’agression quotidienne que ressent une partie des Français confrontée jour après jour à un système médiatique largement idéologisé qui veut leur inculquer le contraire de ce qu’ils ressentent, qui s’évertue   presque systématiquement , sur le ton de la culpabilisation, à  déconstruire les  identités , au moins nationales, les frontières,  l’héritage chrétien  ou tout simplement  la morale commune. La Manif pour  tous est probablement moins dirigée contre les homosexuels que contre ce système, cette nouvelle cléricature du politiquement  correct.

Le jeu électoral est ainsi fait que, comme au billard, la boule  peut échouer finalement dans la direction opposée à l’impulsion initiale.

Conjuguée avec le glissement  à gauche de certaines vieilles identités régionales, avec la cristallisation  de l’identité musulmane, et le rejet de Sarkozy (dont une  des  causes était le caractère anxiogène de son réformisme brouillon et de sa volonté d’ouvrir,  lui aussi,  la France au grand large), la montée du sentiment identitaire a pu  conduire paradoxalement à l’élection d’un président   dont les points  principaux du programme vont à l’encontre de ce sentiment.

Il revenait à un véritable homme d’Etat de prendre la mesure  de ce malentendu,  de comprendre à quel point son programme, produit aléatoire des motions des comités socialistes,  se trouvait inadapté à l’état réel  de la sensibilité du peuple qui l ‘ avait élu. Tout laisse penser que François  Hollande n’a  pas eu cette lucidité. Comment s’étonnerait-il de plonger, plus qu’aucun de ses prédécesseurs,  extrêmement  bas dans les sondages si le principal message que porte sa politique depuis  onze mois, peut se  résumer  à « Je ne vous ai pas compris » ?  

 

Roland HUREAUX

Le vote de droite polynésien a été une réaction contre un  gouvernement indépendantiste discrédité ; la Nouvelle Calédonie a toujours été partagée ; Wallis et Futuna  a toujours voté à droite.

Christophe Guillou,  Fractures françaises, François Bourrin, 2010

Etude d’OpinionWay-Fiducial pour Le Figaro réalisée le 6 mai 2012.

Nous n’incluons pas, à dessein, la soi-disant « communauté homosexuelle » dans cette analyse ; d’abord en raison de  son importance numérique réduite  et aussi  de sa différence intrinsèque  avec les communautés religieuses. Elle pèse moins par son nombre que par ses positions stratégiques dans les médias ou les partis politiques.  

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 15:22

 

Publié dans Liberté poliique 

 

C’EST PARCE QUE LA GAUCHE EST DEVENUE FOLLE QUE L’EGLISE LA  COMBAT.

 

Certains députés socialistes dénoncent aujourd’hui  une Eglise catholique qui  n’arriverait décidément pas à se débarrasser de son tropisme de  droite. 

Les manifestations  contre  le mariage homosexuel, notoirement composées d’une majorité de catholiques, l’engagement des évêques contre ce projet donnent en effet  le sentiment que l’Eglise catholique fait désormais cause commune avec la droite.

L’attitude de beaucoup de socialistes, notamment la réception particulièrement discourtoise de l’archevêque de Paris par la commission compétente de l’Assemblée nationale  confirme l’idée d’un divorce profond entre l’Eglise et la gauche.

Et, ajouteront les mêmes,  l’Eglise est toujours du même côté, le côté rétrograde, en retard sur son temps, celui qui finit par perdre, la gauche étant, elle, toujours en avance !

Une situation bien décevante du point de vue de  tous ceux qui se sont efforcés depuis un siècle de réconcilier l’Eglise et la gauche, des prêtres ouvriers aux chrétiens de gauche dans la lignée de Témoignage chrétien.

Ce serait pourtant une grave erreur que de penser qu’il y a, sur ce sujet, continuité depuis la Révolution française.

 

L’Eglise et la gauche ne se sont pas toujours combattues

 

D’abord parce que le rapprochement de l’Eglise catholique et de la gauche ne date pas d’hier : le père Lacordaire, pourtant figure éminente de la reconquête catholique au XIXe siècle, siégea sur les bancs républicains aux assemblées de 1848. Le pape ordonna en 1891 la réconciliation des catholiques  de France avec la République, non comme un revirement politique,  mais comme un  rappel de ce qu’ils auraient dû faire dès le début,  selon le principe paulinien de respect du pouvoir établi, même républicain.

La même année, la publication d’une première encyclique sociale, Rerum novarum,  donna le sentiment que l’Eglise catholique allait plus loin que beaucoup de républicains en matière   sociale et faisait même  cause commune avec  la gauche socialiste.

Après les  poussées d'anticléricalisme des années 1880 et 1900, républicains de tradition et catholiques se rapprochèrent, d’abord contre l’ennemi commun lors de la Grande Guerre, puis au sein du Front populaire,  qui comportait une frange catholique, dans la Résistance et enfin autour de la Troisième force de la IVe République, alliance du parti socialiste SFIO et du MRP démocrate-chrétien.

Entre 1920 et 1960, on peut dire que la gauche, à l’exception du parti communiste, avait à peu près fait la paix avec l’Eglise catholique. Léon Blum fut le premier président du conseil de la  IIIe République à se rendre à la nonciature, Guy Mollet tenta de négocier un nouveau Concordat.

 

Qui est d’arrière-garde ?

 

Loin de n’avoir mené que des combats d’arrière-garde,  l’Eglise catholique a surtout combattu les dérives les plus dangereuses, de nature généralement idéologique, de la gauche. Sur beaucoup de sujets, la suite lui a donné raison.

Au moment de la Révolution française, elle ne s’était opposée ni au changement de régime en tant que tel, ni même à la sécularisation  des biens de clergé, pourtant douloureuse pour elle, mais à la Constitution civile du clergé (1790) qui posait le  problème de   l'indépendance du pouvoir spirituel par rapport  au pouvoir séculier, en des termes guère différents de ceux du  Moyen-Age, au temps de la lutte du Sacerdoce et de l’Empire.  

Si la République a fini par entrer dans les mœurs françaises, c’est débarrassée des excès du jacobinisme. Sur la question de son statut, l’Eglise obtient largement satisfaction sous Bonaparte avec la signature du  Concordat (1801).

Elle n’a certes pas accepté la loi de 1905 sur la Séparation des Eglises et de l’Etat mais elle a obtenu gain de cause sur la question des associations cultuelles dont il fut décidé qu’elles   se conformeraient « aux règles d'organisation générale du culte dont elles se proposent d'assurer l'exercice. », c’est à dire au droit canon. D’une façon générale l’application de la loi devait lui être très favorable.

Moins qu’au socialisme en tant que tel, c‘est au communisme totalitaire qu’elle s’est opposée,  déclarant ce régime dans l’encyclique Divini rédemptoris (1937) « intrinsèquement pervers ».  Il nous semble que l’histoire là aussi lui a donné raison.

De même que  c’est de l’Eglise catholique qu’émane, quoi qu’on dise, le plus solennel des manifestes antinazi des années trente, l’encyclique  Mit Brennender Sorge rendue publique quelques jours après. Là encore, la suite a prouvé qu’il ne s’agissait pas d’un combat d’arrière-garde.

Si la guerre religieuse  s’est trouvée rallumée en France ( mais aussi aux Etats-Unis, en Espagne etc.) à la fin du XXe siècle , ce n’est pas , contrairement à ce qu’imaginent nos socialistes aux idées courtes,  en raison d’un retour à la surface d’un vieux fond réactionnaire de l’Eglise mais du fait  d’une nouvelle dérive idéologique de la gauche ; cette dérive, ce n’est plus   la volonté d’assujettir  l’Eglise comme en 1790 ou la suppression de la propriété  privée comme en URSS , mais une remise en cause  peut-être plus radicale encore, celle  de la  morale universelle telle que le christianisme la concevait  et qui n’est point très différente au demeurant  de la manière dont la concevait aussi  Jules Ferry. Cette remise en cause ne relève nullement de la dimension sociale de la gauche mais au contraire de  son reniement par une  nouvelle gauche ralliée  à l’idéologie libérale-libertaire  qui règne sur l’Occident depuis le début des années quatre-vingt.

Si l’Eglise catholique s’est opposée au cours des deux derniers siècles à une certaine gauche, c’était du fait qu’elle était tentée par les dérives idéologiques. Aujourd’hui l’opposition    se trouve  d’autant plus radicalisée que l’idéologie n’est plus une tentation ou un excès de la gauche  mais qu’elle est devenue son essence même.

De ces dérives, la droite n’est pas exempte, ne serait-ce qu’en raison de sa timidité face à l’air du temps.  Mais elle est moins atteinte. Cela peut la rapprocher de l’Eglise, mais la véritable opposition à l’idéologie, ne vient pas de la droite, mais  du bon sens populaire !

 

L’essence idéologique de la gauche post-moderne

 

La gauche de toujours (sachant que  le terme de gauche était ignoré avant le XVIIIe siècle), c’est un combat social,  celui des pauvres contre les riches : on le trouve à Athènes et à Rome, ou dans les villes italiennes  du Moyen Age. La gauche classique, celle qui est apparue   en 1789, combine cette dimension sociale avec un  projet idéologique  issu des Lumières, fondé sur  l  ’idée du progrès. Or c’est,  là aussi, d’abord  la deuxième dimension, l’idéologique, plus que la première, la  dimension sociale,  que l’Eglise a combattue.

La gauche postmoderne telle qu'elle apparait à partir de 1980, libérale libertaire,  nous entraine  dans un paradigme radicalement nouveau.  En   se ralliant à la  mondialisation, elle a, de fait, renoncé à la possibilité d’un projet social. Il ne lui reste que la dimension idéologique. Cette idéologie ne s’attaque plus seulement à une dimension de l’être humain, la propriété ou la religion,  mais à des réalités encore plus fondamentales, comme la famille, la commune,    la différence des sexes, la vie elle-même etc. Pour l’homme de bon sens, elle est marquée du sceau de l’absurdité : quoi de plus absurde que de vouloir éradiquer l’instinct de propriété ou la différence des sexes ?  Que le seul projet d’envergure du gouvernement Hollande soit l’instauration d’un mariage homosexuel, au moment où le  chômage et les inégalités sociales explosent, où l’école s'effondre, où la société éclate,  témoigne de la mutation considérable que connait  la gauche contemporaine.

S’il est une ligne de conduite qui apparait constante dans l’histoire récente  de l’Eglise c’est, outre la défense légitime de son indépendance, la lutte contre toutes les formes d’idéologie. Car toute idéologie est perverse. L’idéologie est la  volonté de reconstruire l’homme à partir d’une vision tronquée et simplifiée du monde, d’une rupture avec la nature (dont les idéologues dénient la réalité) et  avec  l’histoire – de fait avec la civilisation. Ce n’est pas là  seulement l'idée de l'Eglise,  ce fut aussi celle de tous les grands libéraux (à ne pas confondre avec les idéologues  ultra-libéraux) du milieu du XXe siècle comme George Orwell, Hannah Arendt, Raymond Aron qui n’étaient pas spécialement chrétiens.

Si l’Eglise s’oppose presque toujours à l’  idéologie, c’est qu’elle s’  appuie sur une tradition séculaire inséparable d’une riche civilisation, alors que les idéologues proclament presque toujours la rupture avec le passé. 

Loin de combatte le socialisme en tant que tel, l’Eglise catholique combat de fait son reniement, le socialisme d’après le socialisme, la gauche d’après la gauche.

D’une certaine manière, l’Eglise, aujourd’hui comme hier, garde la gauche de ses démons !  

 

Roland HUREAUX

 

 

 

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 15:20

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Le gouvernement a fait passer le projet de loi Taubira à main levée  parce qu’il n’avait  pas la majorité au Sénat.

 

Seuls les spécialistes de l’Antiquité tardive savent ce que fut le « brigandage d’Ephèse ».  Réunissant en 449 un concile réticent, l’empereur byzantin Théodose II  utilisa tous les moyens en sa possession : exclusion de la salle de réunion, intimidation, manipulation du  vote pour obtenir l’approbation des thèses  christologiques qui avaient sa faveur. Ce concile n’a finalement pas été  reconnu par la tradition.

C’est un peu ce qui s’est passé au Sénat le vendredi 12 avril  lors du vote de la loi en faveur du « mariage »  dit pour tous. Le gouvernement a fait adopter  le projet par la Haute-Assemblée en  décidant brusquement un vote à main levée qui a pris tout le monde de court.  Même légale, cette procédure n’en est  pas moins étonnante,  d‘abord par sa soudaineté,  mais surtout par son caractère expéditif, eu égard à l’importance du texte que Mme Taubira elle–même n’hésite pas à appeler un « changement de civilisation » !  Plus étonnant  encore : depuis une semaine que durait le débat au Sénat,  tant les motions de procédure qu’au moins une vingtaine d’amendements avaient fait l’objet d’un vote par scrutin public, lequel    permet, non seulement à tous les députés de voter, fut-ce  par procuration,  mais aussi au public de savoir précisément qui   a voté quoi. Si des amendements mineurs avaient fait ainsi l’objet de procédures formelles,  a fortiori pouvait-on s’attendre à ce qu’il en soit de même  pour le vote sur l’ensemble du texte.

Mais il y a plus : le  décompte des voix ayant été fait très vite, le président du Sénat,  en violation du règlement,  s’en remet aux présidents de groupe (dont aucun n’a objecté) pour lui communiquer ultérieurement  le détail des votes !

 

Une manœuvre cynique

 

Première réflexion qu’inspire ce vote « à la hussarde » : si le gouvernement a procédé de cette manière, c’est qu’il n’était pas du tout sûr d’avoir une majorité  au Sénat sur  la  loi organisant le  « mariage »  entre personnes du même sexe.  

Certes,  il avait disposé à presque tous les scrutins intermédiaires, d’une majorité d’une vingtaine de voix. Mais  cette majorité n’avait été obtenue que grâce à la  défection d’une quinzaine de sénateurs  de droite, s’abstenant ou votant avec le gouvernement,   et parce que le groupe socialiste (comme  le groupe communiste) déclarait régulièrement 128  voix pour sur 128 membres, incluant d’autorité tous les dissidents,  en particulier la dizaine de sénateurs de gauche d’outre-mer qui avait dit et répété dans leur circonscription qu’ils  ne voteraient jamais  ce texte.

Plusieurs de ces derniers semblent s’être  ressaisis au cours des dernières heures du débat, et, craignant à juste titre  les réactions des élus et de la population de leur département,  n’avaient pas l’intention de voter le texte dans sa globalité.    La droite était dès lors tenue de resserrer les rangs pour éviter que    le résultat final du scrutin ne  fasse apparaitre que le texte était passé grâce à elle, ce qui eut été d’un effet désastreux aux yeux de son électorat,  surtout à un moment où  l’opinion tend à s’en prendre  non seulement  aux  élus socialistes mais à   la    classe politique dans son ensemble.

Le vote à main levée, à condition d’en choisir bien le moment, permettait, non élément de s’assurer une majorité,   mais encore de donner un alibi aux sénateurs d’outre-mer pour ne  pas participer  au vote, tout en exonérant la droite de l’avoir laissé  passer.

Une telle manœuvre est certes  bien dans le style de  l’actuel président du Sénat, Jean-Pierre Bel, apparatchik brutal et sectaire,  très éloigné du radicalisme cassoulet que pourrait évoquer  sa qualité de sénateur de l’Ariège. Mais il est vraisemblable qu’elle a été conçue plus haut. Qui ne voit que le cynisme  qui sous-tend ce genre de manœuvre  est  bien de même nature que celui que l’on fustige chez un Cahuzac ?

Il n’en reste pas moins étonnant qu’aucun des responsables des  groupes  de l’opposition n’ait    demandé le scrutin public comme c’était possible.  Ceux qui écartent  l’  hypothèse que droite   sénatoriale ait été d’accord dès le début pour que le texte  soit voté, ne peuvent s’empêcher de voir là, pour le moins,   la marque d’une grave  incompétence. Quoi qu’il en soit, le  Sénat dans son ensemble n’en sortira pas grandi.

 

Une erreur politique

 

La deuxième leçon à tirer de ce quasi coup d’état est que le gouvernement est décidé plus que jamais à aller jusqu’au bout  du vote de la loi Taubira et cela par tous  les moyens, y compris les artifices de procédure le plus critiquables.

D’autant que l’on apprend dans la foulée qu’il compte accélérer la procédure :  le nouveau passage à l’Assemblée nationale est  prévu dès mercredi prochain:  l’Assemblée se ralliant , selon toute probabilité, aux amendements du Sénat , le vote sera alors  définitivement acquis. 

Cette obstination relève-t-elle de la tactique politicienne ? A-t-elle pour but de faire oublier  l’affaire Cahuzac  et l’envol du chômage,  d’  inscrire à l’actif du gouvernement au moins une réforme  importante ? S’agit-il, parmi tant de déçus,  de  satisfaire au moins une clientèle,  le  lobby  dit « gay » ( et tout ce qu’il y a derrière , telles les multinationales américaines qui  financent Terra nova , les mêmes qui s’activent actuellement   pour que la Cour suprême rende obligatoire le « mariage   gay » aux Etats-Unis )  ?

Si tel est le cas, ces calculs sont tous faux. Ce qui sera ressenti par des centaines de milliers d’anti-mariage unisexe  comme une nouvelle magouille n’est  pas prêt à faire  oublier  l’affaire Cahuzac, bien  au contraire.   Le lobby « gay »  ne représente pas grand-chose, surtout si on en soustrait tous les permanents vivant de fonds publics ou des subsides de Pierre Bergé.  Beaucoup d’homosexuels   sentant combien le vote de cette loi à la hussarde risque de faire monter  l’homophobie, la vraie celle-là.  D’autre part, loin d’apaiser les esprits,    l’adoption définitive de la loi   apparaitra  comme une profonde humiliation pour ses  opposants, qui mettront dès lors  toute leur énergie à faire battre les socialistes (et les éventuels dissidents de droite !) aux prochaines échéances électorales. Loin d’être « digérée » par l’opinion, cette loi va continuer d’alimenter  les rancœurs et  la division de la société française (qu’  il revenait au président de la République de  rassembler !).

S’il est vrai que les sondages ont longtemps donné le mariage homosexuel majoritaire dans  l’opinion,   beaucoup de gens,   pris à froid,  répondant en fonction de ce qu’attend   le politiquement correct médiatique,  cette majorité est en train de s’inverser depuis que le débat est lancé et que chacun a eu  le temps d’approfondir le sujet. Il est clair en tous cas que, si on ne dénombre que les très convaincus, les opposants surclassent de très loin  les partisans de la loi Taubira,   comme l’a  montré l’ampleur des récentes  manifestations.

Pour un gouvernement accablé par les sujets de mécontentement comme c’est le cas aujourd’hui, il aurait même été de  bonne politique,  à s’en tenir à la stricte logique politicienne, de crainte que tous les mécontents ne se conjuguent dans la rue, de relâcher la pression. Laisser  le projet Taubira échouer au Sénat    eut été   pour cela un moyen élégant,   pas  déshonorant pour lui.

 

La fureur idéologique

 

Non, si le gouvernement  s’obstine envers et contre tout  à faire passer ce projet en force, c’est qu’il est aveuglé par la fureur  idéologique.

Un projet qui ne  vise qu’à  faire reconnaitre un principe absurde : le déni de la    sexuation de l’  espèce humaine, comme jadis on voulait  éradiquer  l’instinct de propriété  ou l’instinct religieux (ce qui pourrait bien revenir à l’ordre du jour !), est un projet  idéologique. Nous avons affaire à un gouvernement d’idéologues  sur  ce sujet ;  il pourrait l’être bientôt   sur d’autres.

Un projet idéologique ne vise, contrairement à ce que  prétendent ses promoteurs, à régler aucun problème, à  abolir aucune injustice véritable,  seulement à  affirmer un principe philosophique faux, et cela  au prix de terribles effets pervers. Heurtant le  sens commun comme le sentiment profond du peuple,  voire la morale commune chère à Jules Ferry, il ne tolère aucun compromis et, entouré d’une hostilité croissante, amène nécessairement le pouvoir  à se raidir.

« Possédé »  par l’idéologie, un gouvernement de cette nature est prêt à tout sacrifier pour répondre à la logique folle de l’  « idée » qui s’est emparée de lui : la démocratie   en l’occurrence, sinon dans sa  lettre, du moins dans son  esprit),  la république,   l’unité nationale. C’est  dès lors à  un régime de type nouveau que nous avons  affaire. Sachons-le : tous les coups lui sont permis. Cela  jusqu’à ce que  le peuple juge, à son tour,  que, pour en finir avec  cette logique folle,  tous les coups lui sont, à lui  aussi,  permis.

 

Roland HUREAUX

 

 

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 15:18

Publié par Atlantico 

 

La droite a-t-elle pris pleinement conscience du péril mortel que lui fait courir le vote de la  loi Taubira au Sénat ? Le risque est que    l’on dise, parmi les centaines de milliers de manifestants hostiles et chez d’autres que cette loi n’est passée que parce que l’UMP et l’UDI ne s’y sont pas vraiment opposés.

Depuis le 4 avril,  les scrutins sur les motions d’irrecevabilité, les amendements  et, à présent les articles, se succèdent, en attendant le vote final, imminent.  Le gouvernement les emporte d’une marge qui va de 15 à 20 voix environ. Bien que le PS, les Verts et les communistes aient verrouillé les votes, d’une manière toute à fait scandaleuse dans une démocratie moderne  s’agissant d’un problème  qui engage les consciences,  le gouvernement n’aurait pas la partie aussi  facile si une quinzaine de dissidents de droite ne venait régulièrement à son aide. Ainsi le vote de  l’article 1, acquis avec 22 voix d’écart, a vu la défection de 14 voix de droite (dont 6 votes favorables et 8 abstentions). Si toute la droite  avait voté contre, la majorité n’aurait été que de deux voix. Et l’amendement tendant  à requalifier le mariage en « union civile » n’a échoué, lui,  que de 7 voix.  

En principe, la gauche, si elle continue à verrouiller, a  les moyens de faire passer le texte final seule, mais d’extrême justesse. Une partie des sénateurs de gauche ne cache pas en privé son  hostilité; si une poignée seulement se réveille lors du vote final,  l’opinion aura le sentiment que c’est la mollesse de la droite qui aura fait adopter la loi Taubira.

Cela confirmera l’impression assez fâcheuse donnée par le    porte-parole désigné par l’UMP,   le sénateur Patrice Gélard, dont le moins qu’on puisse dire  est que, dans l’entretien  qu’il a donné au journal Le Monde du 26 mars,  juste avant le débat, n’a pas fait preuve d’une grande combativité, renvoyant même  au Conseil constitutionnel le soin de prendre en compte l’immense mouvement protestataire du 24 mars !  

Malgré l’individualisme congénital de la  droite, il sera difficile de faire croire que si les dirigeants de l’opposition  avaient  voulu verrouiller les votes de leurs groupes, comme ceux du  PS l’ont fait si bien, ils n’y seraient pas arrivés.

 

La droite doit jouer son rôle

 

Au moment où l’affaire Cahuzac  bat son plein, où la classe politique est gravement délégitimée, plus que jamais ce qu’il est convenu d’appeler la « droite républicaine » doit jouer son rôle.

Il n’est jusqu’à des hommes de gauche comme Maurice Szafran pour s’inquiéter (Marianne.fr du  11 avril)   qu’elle ne le fasse pas !  En démocratie, le  rôle de l’opposition n’est pas seulement  de s’opposer sur tout et n’importe quoi, mais d’exprimer, et par là de  canaliser tous les  mouvements d’opinion hostiles  à la politique du gouvernent.

Si La Manif pour tous n’est pas un mouvement de ce genre,  que lui faut-il ? Entre la quasi-majorité dont elle dispose au Sénat et les réelles réticences d’une partie de la gauche à voter ce texte (que la timidité de la droite a jusqu’ici dissuadée de s’exprimer pleinement), il est clair que la droite parlementaire aurait pu empêcher le texte de passer au Sénat, ou au moins de mettre bien davantage en difficulté le gouvernement.

Si elle ne le fait pas (et il reste encore le vote final de la loi pour être fixé), vers quel berger se tournera l’immense troupeau amené convoqué dans  la rue par Frigide Barjot ?

La méconnaissance de l’immensité de l’événement que représente la manifestation la manifestation du 24 mars,  la plus importante   de l’histoire de la République ( si elle dépasse, comme on peut le penser, celles qui avaient trait à la défense de l’école libre)  par  une partie de la droite, toujours en retard d’une bataille, n’est pas cantonnée au Sénat.

François Fillon s’en est tenu à l’écart, arguant  que la droite n’avait pas la culture de la manifestation.  Que lui faut-il de plus ? Les dirigeant  de la Manif pour tous ont justement condamné l’intrusion inacceptable au domicile de Chantal Jouannau, la plus constante  des transfuges de l’opposition au Sénat, mais ils ne s’en réservent pas moins de la sanctionner durement aux municipales de Paris où elle sera candidate. Même cas de figure pour Nathalie Kosziusko-Morizet, dont la candidature à la mairie de Paris, malgré un appui médiatique massif, n’emballe guère la droite parisienne. Comment s’en étonner puisque l’intéressée s’est abstenue    sur la loi Taubira au moment même où elle annonçait sa candidature  et où un million de manifestants hostiles au projet, principalement parisiens,  se  rassemblaient au Champ de Maris ?

Il faut vivement  souhaiter pour l’honneur de la démocratie représentative  démocratie   que la loi Taubira échoue au Sénat : personne ne fera grief  la haute Assemblée d’avoir ainsi exprimé le sentiment  populaire  (dont l’ampleur et surtout la détermination  est loin d’être  reflétée par les sondages).

Mais si elle devait être votée, il faut souhaiter qu’elle le soit  avec  une marge nettement  supérieure aux défections de la droite. Il faut  le souhaiter pour la droite. Mais il faut le souhaiter surtout pour la République !

 Roland HUREAUX

 

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 15:17

 

 

Paru  dans Atlantico

 

Qu’à de rares exceptions près,  les députés socialistes aient voté comme un seul homme  la loi instaurant le mariage des homosexuels, alors qu’on connait les réticences personnelles de beaucoup, fait quelque part froid dans le dos. Pour les observateurs, jamais de telles pressions n’ avaient été exercées par le parti socialiste sur ses membres.

Que l’on puisse jouer la discipline de parti, au rebours de tout ce qui se fait aujourd’hui en matière sociétale dans les démocraties  avancées, dans une affaire qui devrait relever de la   conscience de chaque député, jette une lumière inquiétante sur la nature d’un projet que nous n’hésitons pas à qualifier de pré-totalitaire.

L’ expression  paraitra sans doute exagérée à beaucoup mais  elle se justifie si on considère la mécanique politique et intellectuelle qui le sous-tend.   

Un projet qui ne vise pas, on l’aura compris, à   résoudre les problèmes réels de  « certaines catégories de personnes ». Ces problèmes, sociaux, fiscaux,   successoraux, à supposer qu’ils n’aient pas été  réglés  par le pacs, déjà  très généreux, pourraient  l’être, de toutes façons, sans bouleverser l’ensemble du droit de la famille. 

Le projet vise,  tout le monde le sait,  à imposer par la loi   une  doctrine officielle  et radicalement  nouvelle  dans un domaine  fondamental de la condition humaine  qui est  celui du  rapport de l’homme et de la femme.

Cette doctrine, c’est la théorie du genre :   elle  pose, non pas l’égalité comme on l’imagine, mais, ce qui n’est  pas la  même chose, l’équivalence stricte,  la fongibilité, l’interchangeabilité de l’homme et de la femme. Le   projet de loi originel  rayait de nos codes, dans cette logique, toute mention d’une  distinction des sexes ; les parlementaires sont provisoirement revenus là-dessus,  mais l’  objectif demeure: « deux pas en avant, un pas en arrière » disait  Lénine.

Qu’un tel projet ne soit pas conforme à la nature, est-il nécessaire de le démontrer ?  Mais les idéologues qui le promeuvent récusent la notion de nature. La nature ainsi remise  en cause n’est d’ailleurs  pas seulement la nature humaine mais  quelque chose de bien plus ancien puisque la reproduction sexuée, merveille de l’univers, date de près d’un milliard d’années.

Il  y a plus : faisant violence à la nature, le projet fait aussi violence à la langue, institution immémoriale.   Avant de changer la nature, la loi se propose  de changer le sens des mots. A commencer, par le mot « mariage ».

De quelque manière qu’on retourne  la question, le mariage a été,  depuis toujours,  défini comme une relation entre  un homme et une femme.   

Littré : Union d'un homme et d'une femme consacrée soit par l'autorité ecclésiastique, soit par l'autorité civile, soit par l'une et l'autre.

Académie française : Union légitime d'un homme et d'une femme, formée par l'échange des consentements que recueille publiquement le représentant de l'autorité civile.

Fait de culture, la langue entretient  cependant une relation particulière  avec la nature : comme elle, elle n’a pas eu besoin de l’Etat pour se constituer. Et pour cela sans doute,  une bonne langue exprime « naturellement »  les choses.  Cela est  particulièrement vrai de la langue française : le vieux Boileau faisait du naturel une règle fondamentale du style. Tout le contraire de la langue de bois idéologique. 

Tel qu’il  a été institué  dans les différentes civilisations,  le mariage n’est sans doute pas un fait de nature mais il n’en répond  pas moins aux    exigences de celle-ci. Il est ainsi en étroite corrélation avec les particularités de  la reproduction humaine qui exigent un homme et une  femme, certes,  mais aussi un temps de maturation du petit  d’homme  et donc une stabilité familiale plus longs  que chez les autres  espèces animales.

Et par là,  le   mariage sert  d’abord à régler la filiation.  Si le  plaisir sexuel  n’avait  rien à voir avec la  reproduction des hommes, l’institution du mariage serait  inutile. Des tas de gens  éprouvent un immense plaisir à manger et boire  ensemble ; pourtant  aucune institution  publique  n’a jamais  encadré les amateurs d’agapes, et heureusement.   

 

Un coup d’Etat linguistique

 

En appelant mariage ce qui n’en est pas un au regard tant du  dictionnaire que d’usages ancestraux, le projet de  loi Taubira  effectue donc  un véritable coup d’état linguistique.  En  posant  l’équivalence de la relation homme/femme et des relations homme/homme et femme /femme et donc l’équivalence homme/femme elle-même,  le projet de loi, dans  la mesure où, en réalité, cette équivalence n’existe pas, vise à  instituer  un mensonge officiel.

Ce mensonge officiel  se prolongera dans des    mensonges particuliers: un couple homosexuel  pourra dire à un enfant adopté  ou porté par autrui que celui qui n’est pas son père est son père, que celui qui n’est pas sa mère est sa mère. Au risque, est-il nécessaire de le rappeler, de le perturber gravement.

La loi veut d’abord  forcer  le  sens des mots.  Mais c’est pour forcer le réel : comme Dieu,  le législateur idéologue veut recréer le monde par les mots : « Au commencement était le Verbe », « Il dit et cela fut ».   Pour faire coller le nouveau sens des mots  avec le réel, la loi  forcera donc  aussi la nature, par les techniques que l’on connait : procréation médicalement  assistée pour homosexuels, recours à la  gestation pour autrui, lesquelles devront être, selon la loi,   tenues pour strictement équivalentes de la procréation naturelle.

 

Les trois effets pervers de l’idéologie

 

Viol de la langue, viol de la nature. De cette situation résultent trois effets  que l’on retrouve dans toute démarche totalitaire :

 

D’abord le caractère révolutionnaire.  S’inscrivant en rupture avec la nature, la loi s’inscrit aussi en rupture  avec le passé ; elle disqualifie donc  ce passé,   tenu selon l’expression de Marx  pour  une  longue préhistoire, le temps où on pensait encore naïvement qu’un homme et une femme n’étaient pas interchangeables dans le processus reproductif ! Un temps  marqué  par l’ignorance, les préjugés, la  discrimination !  C’est donc à une véritable mutation de la civilisation  que l’on nous invite,  d’autant qu’il n’est pas nécessaire d’avoir lu Freud  pour savoir à quel point  la sexuation est centrale dans toute  culture.

Cette mutation signifiera , n’en doutons  pas,  une nouvelle disqualification du passé, de la mémoire collective, de l’histoire des hommes  et même, à terme,  de la culture dans son ensemble : qu’au cours de plusieurs siècles de création artistique , hommes et femme ne se soient pas habillés de la même manière sera interprété non comme  une chose naturelle et encore moins  l’effet de la civilisation, mais comme la marque d’un passé révolu : en les emmenant au musée,  il faudra expliquer au enfants que tout cela est terminé.

 

Ensuite le caractère obsidional et terroriste.

Si le changement de civilisation qu’on se propose d’imposer par la loi est si considérable,  il définit un avant et un après.  Ceux qui se réfèrent  à la nature sont de l’avant ; ils sont du passé ; ils sont « réactionnaires ».  Ils ne méritent donc  aucune indulgence.  Au mieux, ils seront tenus pour de braves bêtes à rééduquer, comme certains n’hésitent pas à le suggérer.  Rééducation, camps de rééducation : autre nom des camps de concentration. 

Cet avant et cet après discriminent le réactionnaire du progressiste. N’en doutons pas, le jour où  des   idéologues inventeront qu’il est mieux de marcher sur  les   mains, ceux qui s’y opposeront    seront tenus pour  des réactionnaires !  

Sur fond de philosophie historiciste où  ce qui advient est toujours mieux que ce qui était, la mutation est ainsi  sa propre justification  et à ce titre justifie les procédés d’intimidation terroriste. 

Circonstance aggravante :   au fond d’eux-mêmes, les idéologues  savent  qu’ils ont tort et que, quoi qu’ils prétendent, la nature existe. Ils savent par conséquent que l’idéologie qu’ils prétendent imposer rencontrera des résistances. Avant même que ces résistances se manifestent, ils se savent  en état de siège, en position obsidionale. Ils savent   par conséquent, qu’il sera difficile de faire comprendre au peuple, tenu  pour près de la nature,  pour naturellement « conservateur »,  l’intérêt de la mutation qu’ils  se proposent de lui imposer. S’il y a des opinions  contraires, elles ne sauraient  donc  être débattues de manière normale. Sachant bien que ces opinions contraires ont avec elles la nature, la raison,   l’histoire,    les idéologues répugneront à  les affronter à la loyale. Ils  ne pourront que les vilipender avec violence, insulter  ceux qui les professent, notamment en dénonçant leur caractère supposé réactionnaire.  C’est, de manière plus ou moins ouverte, ce que à quoi nous assistons   aujourd’hui   dans  les médias.

Significatif est  le climat de haine qui s’y instaure   vis à vis des opposants à ce projet, tenus pour « homophobes » que le site du parti socialiste a entrepris de ficher.  Une haine et un manque d’objectivité qui passent  toutes les bornes dans les radios et télévisions de service public, lesquelles   devaient pourtant refléter  sereinement l’ensemble des points de vue.

Témoin d’une dangereuse dérive :    la falsification grossière du nombre des manifestants hostiles au projet  qui ont défilé le  13 janvier. Certes, les décalages entre les communiqués  officiels et ceux  des organisateurs ont toujours existé mais jamais à notre connaissance, l’écart n’a été tel.

Ainsi l’idéologie, comme toute doctrine contraire à la nature et à l’histoire, porte avec elle  l’intolérance, l’impatience,  l’intimidation.

La révolution bolchevik avait prétendu supprimer la propriété, le marché et le sentiment religieux,    réalités naturelles  elles aussi : elle  ne put  le faire que  par la terreur.

Il va de soi que si la loi n’outrepassait pas son domaine  normal qui est d’organiser la vie en société  ou l’économie, si elle  n’ambitionnait  pas une transformation prométhéenne de l’un ou de l’autre  des fondamentaux de la nature humaine, elle n’aurait pas besoin de tels moyens.      

C’est précisément parce que le mariage de deux personnes du même sexe est un projet idéologie que le parti socialiste – et la caste médiatique qui est sur ce sujet en symbiose avec lui, se cabrent.

 

Le troisième  caractère découlant de prémisses que nous avons vues, c’est la police des mots.

Puisque pour forcer la nature, on aura, au moyen de la loi,  trafiqué le sens des mots, il faudra  veiller à ce qu’une fois  la  loi votée, le naturel  ne revienne pas au galop. Que la population comprenne bien que le mariage entre un homme et une femme n’est plus qu’un cas particulier, que la gestation pour soi et la gestation par  autrui sont rigoureusement équivalents, que la notion de papa et de maman sont  des réalités culturelles toutes relatives.

Pour cela deux instruments.

D’ abord la justice. Déjà,  elle poursuit toute mise en cause publique de la stricte équivalence  morale ou  sociale de l’hétérosexualité et de l’ homosexualité , au  nom de la loi n° 2003-239 du 18 mars 2003  aggravée en   2004  à la suite d’une fausse  agression  homophobe,  qui s’est avérée ultérieurement une  manipulation. C’est en partant de  de faux attentats (ainsi l’incendie du Reichstag du 27 février 1933 ou l’assassinat supposé de Kirov le 1er décembre 1934)  que les machines totalitaires se mettent en place.   Attendons-nous à ce que, si   la loi est votée, la  répression policière et judiciaire de tous ceux qui mettront en cause le nouveau dogme  se renforce à tous les niveaux. Malheur à qui ne parlera pas la langue de bois ! « Il vient toujours une heure dans l'histoire où celui qui ose dire que deux et deux font quatre est puni de mort. » (Albert Camus).

La justice,  et  l’école. Comme la vérité sort de la bouche des enfants, c’est eux que visera en priorité   la propagande officielle.  Lutte contre l’homophobie renforcée et désormais entendue  de manière large : toute entorse à la théorie tombera sous ce chef. Si l’enfant dit  que le roi est nu alors que la loi a dit qu’il était habillé, malheur à l’enfant. Les livres de littérature, d’histoire, de sciences naturelles (pour ces derniers, on a déjà commencé sous Sarkozy !)  devront être réexaminés. Le dictionnaire lui-même sera   révisé  en fonction des nouvelles théories. Puis la grammaire : le masculin   et le féminin ne structurent pas seulement la famille,  mais la langue : aujourd’hui le Dalloz, demain le Bled ! La novlangue, selon l’expression prémonitoire de  George Orwell, n’est pas  loin. 

L’administration jouera aussi son rôle : depuis l’institution du  Pacs les documents administratifs portent la mention Mariés/ Pacsés   pour  bien affirmer la normalité  du Pacs. Les  mêmes  documents ne porteront non plus M. et Mme mais,    pour   inculquer  la nouvelle vérité officielle,  des catégories  neutres, telles parent 1 et parent 2. Les maires à qui François Hollande a laissé croire qu’ils pourraient pratiquer l’objection de conscience déchanteront : l’admettre serait remettre en cause toute l’édifice idéologique.

De fil en aiguille, à partir de cette donnée apparemment circonscrite que  constitue le droit du mariage, c’est  toute la  société qui se trouvera  infectée par l’esprit de mensonge,  l’idéologie  et la langue de bois. C’est toute tout la société  qui s’habituera à obéir, contrainte  et  forcée,  au mensonge idéologique officiel, aujourd’hui  dans ce domaine,  demain dans d’autres,   après-demain dans tous.

C’est pourquoi nous pensons que dès lors que le projet de loi Taubira s’en  prend à la langue, à la nature, et à une histoire multimillénaire, elle porte en germe un nouveau  totalitarisme.  Cette  dérive, c’est ce que   nous voulons à tout prix éviter. Le  combat que nous menons, ce n’est pas d’abord un combat   pour la religion,  ni pour la morale, même pas pour le respect de tous les enfants,  c’est  d’abord un combat pour la liberté.   

 

Roland HUREAUX

 

 

 

Par exemple, Marianne.fr du 14 janvier 2013 – article de Maurice Szafran

Cf. Roland Huntford, Le nouveau totalitarisme, 1971, essai sur la société suédoise. 

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 15:16

 

Paru  dans Atlantico

 

On ne comprend pas l’obstination de François Hollande et de la plupart des   socialistes à faire passer en force le « mariage » homosexuel  si on ne voit pas dans quelle vision de l’histoire, totalement simpliste, elle s’inscrit.

Dans la culture  (il faudrait plutôt dire inculture !)  socialiste d’aujourd’hui, l’histoire de France  n’est depuis 1789 qu’une longue marche en avant vers la lumière et   le progrès que rien n’est venu interrompre et sur laquelle aucun doute n’est permis.

Curieusement, les contre-révolutionnaires de type Civitas, pour qui 1789 est le  début d’une longue descente aux enfers de notre pays par le triomphe   supposé de l’ individualisme, ne voient pas les choses autrement !  

Dans cette perspective linéaire, le « mariage pour tous »  est la suite logique de l'égalité des droits prônée par la Déclaration des droits de l’ homme et du citoyen du 26 août 1789, comme la légalisation de l’homosexualité, émancipant la loi et la morale   des « tabous religieux »  prolonge  la laïcité de  Jules Ferry. Peu importe que l’Assemblée constituante  n’ait jamais pensé que le droit au mariage puisse faire parte des droits naturels et imprescriptibles ni  a fortiori que la relation d’un duo  homosexuel puisse avoir la qualité de mariage. Peu importe que la morale laïque à laquelle se référait Jules Ferry ait eu, pour lui,  un caractère universel  et pérenne,  qui n’eut laissé aucune place à un  « mariage homosexuel ».  Inspirés par un  hégélianisme de supermarché  pour lequel la   vérité morale et politique est à chercher dans l’air du temps, les socialistes  diront que l’évolution de mœurs est en soi normative, que les normes n’ont aucun caractère fixe, qu’elles évoluent avec les époques  et qu’il est donc normal  que ce qui paraissait impensable pour la gauche du XIXe siècle apparaisse  comme un progrès dans   les générations ultérieures, plus éclairées cela va de soi . Les mœurs précèdent d’ailleurs généralement la loi et le rôle d législateur sera de « mettre la loi en conformité avec les mœurs ».  De  cette évolution à sens unique vers le progrès et le bonheur de l’humanité, la gauche se flatte de représenter  l’avant-garde parce que, fille  des Lumières, elle croit n’être prisonnière  d’aucun dogme. Et face à cette évolution, il y a, comme il y a toujours eu, selon elle, des forces résistance, voire de réaction qui n’ont que le défaut d’avoir  un temps de retard. Parmi ces forces, la droite, les religions en général,  mais  particulièrement l’Eglise catholique.

Cette position philosophique très  simplificatrice explique largement le  comportement de la majorité actuelle « sur l’ouverture du mariage aux personnes du même sexe ».

D’abord le refus du débat. Entre ceux qui s’estiment  dans « le sens de  l‘histoire »   et ceux qui sont supposés contre, les rétrogrades, les réactionnaires,  aucun débat n’est possible, comme entre  ceux qui sont inspirés par l’Esprit Saint (l’Esprit absolu en l’occurrence que Hegel avait cru voir souffler à Iéna), et ceux qui ne le sont pas. Qu’importe l’opinion des seconds, puisqu’ ils sont destinés, comme le disaient les marxistes,  aux « poubelles de l’histoire ». La tyrannie du sens de l’histoire dispense de  tout débat sur le fond : savoir ce qui est bon ou pas pour la société n’a, dans une telle perspective,  aucune importance.

La deuxième conséquence est leur insensibilité aux résistances. Les socialistes sont persuadés que, comme tant de fois dans le passé  les rétrogrades feront une crise  d’urticaire sur le moment, analogue  à l’intolérance provisoire  de l’organisme à un corps étranger, puis, la crise surmontée, ils se feront  à la nouveauté. C’est  en particulier le cas, selon eux, des catholiques qui se sont faits au travers du temps à la Révolution française, à l’école laïque, à la République, au divorce, à la séparation de  l’Eglise et de l ‘Etat, au progrès social, à l’égalité homme-femme,  à la légalisation de l ’avortement, au Pacs etc. Même si aujourd’hui, ils    sont un million à manifester, ils finiront bien par se calmer et s’adapter comme ils l’ont toujours fait ; c’est ce qu’a dit  le président de la République lors de l’audience qu’il a  accordée à Frigide Barjot.

Or nous pensons que sur à peu près tous ces sujets, les socialistes ont tort.

 

La double erreur des socialistes

 

D’abord l’histoire n’est pas aussi simpliste que ce qu’ils croient. Un examen attentif de l’histoire des deux derniers siècles nous éloigne de cette  vision à bon marché  que nous venons d’évoquer et  qui a suffi  aux nombreux énarques se trouvant dans le gouvernement actuel à passer l’épreuve du troisième jour de l’ENA.

Cette histoire n’est pas, autant  qu’ils  le croient,  une marche en avant uniforme vers le progrès, pas plus qu’elle n’est, comme le considèrent les intégristes, une lente et progressive descente aux enfers.  L’héritage de 1789, ce sont d’excellentes choses ; ce sont aussi les grandes idéologies criminelles du XXe siècle, en tous les cas le marxisme.  La gauche qui se veut la grande prêtresse du  sens de l’ histoire a poussé  entre 1900  et 1970 dans le sens du  progrès social : meilleure  sécurité juridique et financière des  travailleurs,  intervention de l ’Etat dans l’économie ,  développement des droits sociaux.  Or  depuis les années quatre-vingt, la montée de l’ultra-libéralisme  à l’échelon international fait que le détricotage de toutes ces avancées apparaît tout autant  dans le  sens de l’histoire, surtout s’il se fonde sur  l’alibi   européen. Pour cette raison, la gauche (en dehors d’une aile chevènementiste juge « moisie ») qui n’a pas d’autre dieu que ce  prétendu sens,  est  forcée d ’admettre ces reculs, quand elle n’est n’en prend pas l’initiative.

La colonisation fut, au temps de Jules Ferry et de  son propre aveu, dans le  sens de l’histoire ; elle  ne l’est plus depuis longtemps. En attentant peut-être que  le néo-colonialisme, comme le néo-libéralisme, le soit à nouveau. Ne serait-ce pas le sens des événements du Mali ?

D’ailleurs qu’est-ce qui est un progrès et  qu’est-ce qui ne l’est pas ? La promotion  des langues régionales était réactionnaire sous Jules Ferry, elle est aujourd’hui progressiste. La promotion de l’homosexualité mieux portée chez les personnages   de Proust que chez ceux de Zola, aussi, soit dite en passant. A voir Martine Aubry, maire de Lille, imposer la viande hallal à   tous les écoliers et réserver  à  certaines heures les  piscines aux femmes, on peut se demander si la laïcité est encore de gauche et, en tous les cas, dans le sens de l’histoire. Il semble bien que, pour les socialistes, la seule laïcité   admissible soit celle qui combat  l’Eglise catholique, même quand celle-ci ne se réfère, comme c’est le cas aujourd’hui,  qu’à une morale universelle que n’aurait pas  désavouée Jules Ferry.  

L’Eglise catholique n’a pas toujours été depuis deux siècles    , contrairement à ce qu’on croit rue de Solferino,  un frein au supposé « progrès ».   Ainsi l’encyclique Rerum Novarum  de 1891 qui remet en cause le capitalisme libéral,  est apparue prophétique avec le recul. Quand Rome  condamne en 1937 à quelques jours d’intervalle le nazisme et le communisme, elle est apparue rétrograde à beaucoup d’intellectuels de ce temps qui pensaient que la démocratie avait fait son temps  et que seuls les régimes autoritaires étaient désormais dans le sens de l’histoire. Or l’avenir a montré que c’était elle qui avait raison, non seulement au regard de la morale mais aussi de l’histoire.  L’Eglise a plutôt précédé que suivi le mouvement  de décolonisation en promouvant très tôt le clergé indigène.

S’agissant de la prétendue résignation des catholiques aux changements imposée par les   « progressistes », il ne  faut pas tout mélanger. La Révolution française n’a jamais fait l’objet d’une condamnation « en bloc » par la papauté, seulement la Constitution civile du clergé,   abrogée par le Consulat au bénéfice d’un  Concordat  négocié avec  la papauté. La République, contrairement à ce qu’on croit, n’a jamais été remise en cause dans son principe ;  si, pour des raisons  sociologiques,  les élites  catholiques furent plutôt   monarchistes au XIXe siècle, elles étaient, pour les mêmes raisons,     républicaines en Irlande.  L’Eglise  a dû accepter l’école laïque mais, une école catholique s’est reconstituée au fil des ans et,  quand la gauche a voulu  nationaliser celle-ci  dans les années quatre-vingt, c’est elle qui perdu, le monopole d’Etat  qu’elle défendait ne correspondant plus à l’air du temps. L’Eglise catholique, quoi qu’en pense un mouvement féministe enfermé dans une doxa encore plus simpliste, n’a jamais contesté l’égalité de droits des femmes. C’est plutôt la gauche qui a bloqué leur droit de vote entre 1918 et 1945.  La loi de 1905 séparant l’Eglise et l’Etat  a été amputée des associations cultuelles que  le pape refusait ; la République s’est contentée de renvoyer au droit canon les questions d’organisation du culte. La loi Veil était au départ une loi de compromis, à mille lieues de la liberté totale de l’avortement telle qu’elle  existe par exemple aux Etats-Unis ;  le pacs  qui, à la suite d’une pétition  des maires de France, ne se célèbre pas en mairie, n’a pas l’immense  portée symbolique qu’aurait un mariage des homosexuels selon la forme commune. On peut continuer de cette manière à montrer que les choses ne sont pas aussi linéaires  que ce qu’on imagine aujourd’hui au  parti socialiste.

C’est pourquoi les socialistes, font, dans  la question du mariage homosexuel,  une double erreur d’analyse.

Disons-le : loin d’être le parti du progrès, il se peut que ce parti  soit devenu  celui de tous  les délires idéologiques. On le sait dans des domaines  comme l’éducation nationale  où la même gauche qui se targuait  d’avoir construit l’école publique en France, en a soigneusement sapé les fondements tant par des réformes pédagogiques hasardeuses que par  un égalitarisme abstrait  dont l’ultime avatar est le projet de Vincent Peillon de supprimer les notes !  

On voit  au plan  international les ravages d’un  droit de l’hommisme abstrait  - qui est aussi le fait, il faut bien le dire,  celui du gouvernement américain et de l’Europe : n’est-ce pas lui qui met  à feu et à sang des pays comme l’Egypte, la Tunisie, et bien entendu  la Syrie,  plongés aujourd’hui dans une crise grave  résultant directement de la volonté de leur imposer  une démocratie formelle de type occidental ?

La gauche se vante d’être  dans le sens de l’histoire : mais  qui a vu venir en son sein,   la chute de l’Union soviétique ?

C’est pourquoi nous sommes fondés à penser que, dans les questions sociétales,  comme autrefois face au libéralisme triomphant ou à  la  montée des totalitarismes dans les années trente, l’Eglise catholique, ainsi que  ceux que ses positions  inspirent, croyants ou non,  apparaissent  non comme des rétrogrades menant un combat d’arrière-garde ,    mais comme des  garde-fous  (au sens strict du terme : ceux qui nous gardent de la folie ambiante) ayant eu et ayant encore l’immense mérite de garder le bon sens, quand une partie du monde  politique  se trouve  sous l’emprise d’un  délire collectif.

Loin d’être un combat des progressistes contre les réactionnaires,   nous avons affaire à  un combat de la raison contre   la déraison.

C’est le motif  de la force des opposants au prétendu mariage pour tous ;   ils  ne s’appuient pas seulement sur une Eglise  affaiblie, mais sur l’analyse instinctive que font tous les gens ordinaires  auxquels le matraquage médiatique n’a pas fait complètement  perdre le bon sens, à commencer par la majorité des élus locaux , même socialistes.

L’autre erreur d’analyse des socialistes porte sur les suites d’un vote éventuel de la loi.

Le scénario imaginé par François Hollande : après un baroud d’honneur des opposants,  une fièvre passagère,   et le vote  de la loi,  le  retour au calme, la population   se résignant,  est gravement illusoire.

Gageons que le vote de cette  loi sera  au contraire  pour François Hollande, non point la  fin mais le vrai commencent de ses ennuis. Qu’il ne se fasse pas d’illusions : ce   vote   ne suffira pas à  acclimater le  mariage homosexuel en France. Les  élus de l’outre-mer nous en ont prévenus : le rejet violent du principe par les habitants de ces territoires et même  de la Corse, fait porter un risque sérieux sur l’unité de la république.   Il est probable qu’un régime d’exception devra leur être concédé.

Les élus assez courageux pour faire valoir une objection de conscience, ne seront sans doute pas  très nombreux, mais un cas ici, un cas là suffiront  pour créer chaque fois un incident  et raviver les polémiques. Il y a plus de chances que les maires qui ne voudront pas se compromettre avec une cérémonie qu’ils jugeront ridicule ou immorale  délèguent le soin de les célébrer à un conseiller municipal de second ordre. A Londres, le licenciement d’une  fonctionnaire de l’état-civil ayant refusé de célébrer une union de ce genre se trouve actuellement devant la Cour européenne des droits de l’homme.

Certes les musulmans de France n’ont pas été aussi nombreux que les catholiques à manifester. Mais  ils n’en abhorrent pas moins ce projet : combien voudront  encore s’intégrer dans une République devenue, si elle admet le mariage des homosexuels, objet de mépris ?

Aux Etats-Unis (ou 10 Etats sur 50  l’ont adopté),   la question du mariage homosexuel, comme celle de  l’avortement, met depuis vingt ans  le pays  en situation de quasi  guerre civile.   

La révolution anthropologique que suppose la théorie  du genre, aura, n’en doutons pas,  autant de mal  à passer que la suppression de la propriété privée et de la religion en a eu dans  la défunte URSS. Tout simplement parce que les unes et les autres sont absurdes.

François Hollande doit  aussi comprendre  que le million de personnes qui ont défilé le 13 janvier  dernier à Paris (et tous ceux qui ont sympathisé avec eux)  se sentiront profondément humiliées si la loi est votée, persuadés qu’ils sont de représenter, dans cette affaire, la partie la plus responsable du peuple français. Si la loi n’est pas d’une manière ou d’une autre enterrée – la manière la plus élégante étant sans doute un rejet par le Sénat -,   elle sera, n’en doutons pas, à  l’ordre du jour de la prochain élection présidentielle. S’il est vrai que   les manifestants de la Manif’ pour tous sont  plutôt de  droite,  leur motivation pour faire battre le   candidat socialiste se trouverait néanmoins   décuplée   dans le cas où  le projet Taubira allait à son terme.

 

Roland HUREAUX

 

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 15:14

 

        Publié par Liberté poliique 

Même si le pontificat de Benoît XVI est apparu à son début comme un prolongement  de celui de Jean-Paul II, tant par la proximité des deux hommes que par le  fait que les papes sont organiquement dans la continuité les uns des autres, on peut apercevoir quelques traits qui témoignent d’une  approche originale  du pape allemand.

 

Défense de  la raison

 

Sur le plan théologique, Benoît XVI qui, avant d’être pape,  avait contribué à rédiger l’encyclique Fides et ratio a mis encore davantage l’accent sur la nécessaire convergence  de la foi et de la raison, en particulier dans son discours de Ratisbonne. Non seulement, il a rappelé qu’elles étaient compatibles mais encore que la foi était indispensable au bon fonctionnement  de la raison. L’accent particulier mis sur cette convergence entre foi et raison est peut-être une des  singularités   de la fin du XXe siècle. Les dérives idéologiques qui menacent la raison émancipée de la foi, par exemple les dérives libertaires, confortent  l’idée que foi et raison, loin  de se combattre, s’étayent réciproquement.  En même temps ont été définitivement surmontées les difficultés qui avaient paru un moment, à tort, dresser un obstacle entre la religion et la science, comme la théorie de l’évolution, dont Jean Paul II avait déjà dit qu’elle était « plus qu’une hypothèse ». Cette position distingue fortement la foi catholique d’autres, islam et évangélisme  en particulier, menacées par un  intégrisme antiscientifique arc-bouté à une lecture littérale de la Genèse.

La béatification du cardinal Newman, une grande figure de l’intelligence chrétienne illustre l’attachement du pape à la théologie rationnelle en même temps qu’elle fut un grand honneur pour l’Angleterre. La reprise du rapprochement avec les Anglicans dissidents coïncide avec elle.

Le souci d’associer l’intelligence à la foi   s’inscrit dans la suite des travaux de la revue Communio dont il avait  fondé en 1973 l’édition allemande.

Approfondissant la réflexion, Benoît  XVI a  mis également en valeur,    la relation intime qui unit les trois termes : vérité (découverte par la   raison aussi bien que par  la foi), amour et liberté. A cet égard, Caritas in veritate  vient compléter Fides et ratio.

Son  insistance sur la rationalité du christianisme, allant  de pair avec une culture théologique exceptionnelle, met Benoit XVI très au-dessus des tendances de certaines églises européennes, comme celle de France, à privilégier l’expérience,  le vécu, le « témoignage » aux dépens de la  démarche rationnelle. Dans l’atmosphère anti-intellectuelle qui prédomine au sein de l’Eglise de de France,  il n’est  pas sûr qu’il ait été encore suivi comme il le mériterait.

Ecrivain infatigable, le pape innove en publiant, en fonction, trois  livres sur Jésus de Nazareth qui sont autant de succès de librairie  en même temps   qu’une nouvelle manière de communiquer avec le  peuple chrétien et non chrétien.

 

Dialogue avec l’orthodoxie

 

Autre progrès par rapport à Jean-Paul II, le dialogue avec l’orthodoxie, enjeu capital pour l’Eglise. Les Eglises orthodoxes restent, quant  au dogme, de très loin les plus proches de l’Eglise catholique. Les  différences théologiques sont loin d’être insurmontables. Le rapprochement est d’abord affaire de diplomatie, de bonne volonté et de compréhension réciproque. La réunion de ces Eglises constituerait un véritable bouleversement dans le monde actuel. Les deux poumons de l’Eglise européenne réunis, le christianisme européen  trouverait sans doute un nouveau souffle  dans la reconquête  de la vieille Europe si largement sécularisée.

Jean-Paul II avait désiré ce rapprochement, proclamant par exemple Saint Cyrille et  Méthode, de pair avec Saint Benoît patrons de l’Europe.  Mais sa qualité de polonais ne pouvait qu’ alimenter les préventions  de l’Eglise russe, de loin la plus importante des Eglises orthodoxes au point que celle-ci ne fut représentée qu’au plus bas niveau à ses obsèques. Il aggrava son cas par des maladresses comme la nomination d’un évêque polonais à la tête de  l’Eglise catholique  de Russie et surtout par ce qui fut, selon nous, sa principale voire sa seule erreur stratégique : n’avoir pas condamné immédiatement avec la plus grande fermeté l’agression de l’OTAN, totalement illégale, contre la Serbie orthodoxe, en 1999.

A peine nommé, Benoît XVI, qui avait l’avantage d’être allemand, sans revenir sur la nomination d’un  évêque catholique  à Moscou, a remplacé le polonais par un italien.  Le dialogue avec le clergé orthodoxe a repris, accéléré par l’élection en 2009  d’un nouveau patriarche de Moscou moins  prisonnier   du passé.

 

Main tendue à  Ecône

 

Il serait difficile à Rome de vouloir  résoudre un schisme vieux de près de  1000 ans, avec des églises dont la liturgie n’a pas évolué depuis, si aucun effort n’était fait auparavant pour résorber celui qui sépare aujourd’hui Rome d’ Ecône attachée, elle, à une liturgie seulement vieille de 500 ans !  Le  motu proprio    Summorum Pontificum (2007) ouvrait la voie à  une certaine réhabilitation de la  messe traditionnelle dans l’Eglise. La levée de  l’excommunication  des quatre  évêques de la Fraternité Saint Pie X  en 2009, qui a provoqué des remous totalement étrangers au fond du problème, en raison du négationnisme de l’un d’eux, aujourd’hui exclu, se voulait un nouveau pas dans ce sens. Hélas, si des pans  de la mouvance lefévriste  ont  rejoint Rome les uns après les autres, les derniers ayant créé l’Institut du Bon Pasteur, le noyau dur de la dissidence demeure à ce jour enfermé dans ses  certitudes. La poursuite du dialogue interreligieux d’Assise notamment  le révulse. 

 

Eclairer l’amour

 

Passant pour conservateur, ce pape a cependant commencé son pontificat par une encyclique sur l’amour qui rappelle le caractère intrinsèquement bon de l’amour, y compris sous la forme  de l’eros quand  il s’inscrit dans la volonté de Dieu : Deus caritas est.  Particulièrement sévère pour la pédophilie,  il n’en dut pas moins porter le poids  des griefs dont on  chargé l’Eglise, bien plus que toute autre institution concernée,  tout au long de ces années.

Bien que moins porté aux voyages que Jean Paul II , ne serait-ce que du fait de son grand âge, Benoit XVI a néanmoins fait quelques déplacements en Afrique qui lui ont permis de recevoir les acclamations de la jeune Eglise africaine, plus ouverte à ses déclarations  sur la prévention du sida que les médias européens.

Les tollés qu’à au moins quatre  reprises  des décisions du pape ont provoqué dans le monde : discours de Ratisbonne (2006), affaire Williamson (2009), déclarations sur le préservatif (2009), affaire Pie XII (2010) sont à eux seuls le signe que le pontificat de Benoit XVI fut important, car l’Eglise n’est jamais autant elle-même que quand elle est signe de contradiction.

Sa renonciation, après un peu moins de huit ans de pontificat (2005-2013), dont il savait mieux que personne que le droit canon ne l’interdisait pas et  que donc elle pouvait être une décision rationnelle ne fut pas la moindre des innovations qu’il apportées à l’exercice de la papauté.  

 

Roland HUREAUX 

 

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 15:12

 

Paru  dans Atlantico

On connaissait le fond de grossièreté qui réside chez beaucoup de socialistes, l’  air de clerc  jouisseur de ces notables de gauche issus de Mai 68 qui, depuis longtemps, ont abandonné les préoccupations  sociales pour la promotion de la libération sexuelle.  Fonctionnaires défroqués en goguette, ils diffèrent à cet égard d’une extrême-gauche qui, encore en lien avec la souffrance populaire, conserve le sens du tragique.

Cette paillardise avait sa figure emblématique : DSK.  Elle a  trouvé sa  victime expiatoire :   l’Eglise catholique.

En témoignent des comportements  qui pourraient  surprendre dans un parti que l’on croyait  devenu raisonnable : ainsi  la réception insultante de l’archevêque de  Paris par la commission de  l’Assemblée nationale en charge du projet de « mariage pour tous » ( qui a choqué le Grand Rabbin de France lui-même !) ou la plaisanterie douteuse de Michèle Delaunay, secrétaire d’Etat en charge des  personnes âgées ne trouvent rien d’autre à dire après  l’annonce de la démission du Saint Père  que: "Benoît XVI a omis de me consulter avant de prendre sa décision."

 

Un profond sentiment anticatholique

 

N’en doutons pas : ce n’est là que la pointe immergée d’un sentiment antichrétien ou plutôt  anticatholique aujourd’hui   dominant au parti socialiste. Hostilité assortie d’un mépris qui fait qu’on ne cherche même plus à comprendre ce  que pourrait être la logique interne des positions d’une Eglise dont on a choisi de  tout  ignorer.

Caractéristique de cette ignorance est l’appel de Cécile Duflot   aux diocèses pour qu’ils hébergent dans leurs locaux les sans-logis : la pitoyable ministre écologiste (les Verts ne valent pas mieux que les socialistes sur ce registre) semblait tout ignorer de l’action  caritative d’une Eglise plus  impliquée que quiconque sur ce terrain. 

Tout cela pourrait rappeler  les bonnes grosses blagues des banquets d’instituteurs  des années trente. Mais les temps ont changé : on ne daube plus la soutane ou les abus supposés du vin de messe ; on ne chante plus Le curé de Camaret, on ressasse les  poncifs des  médias,  largement sur la même longueur d’onde : Pie XII, le pape nazi (dont presque tout le  monde reconnait pourtant aujourd’hui qu’il a  fait le possible pour limiter le désastre), le préservatif, l’avortement et maintenant le « mariage »   homosexuel.  Autrefois le différend portait surtout  sur les dogmes, aujourd’hui sur  la morale.

On n‘explique pas autrement que par ce bouillon de culture dans lequel baigne désormais le parti socialiste le commentaire scandaleux du président de la République à l’issue de la démission de Benoît XVI : « Nous n’avons pas de candidat ».

Car  les banquets socialistes sont une chose, la parole  du chef de l’Etat en est une autre. Par ce genre de plaisanterie un peu lourde, François Hollande   ne fait pas honneur à  la France, surtout si on la compare  à la dignité, à la hauteur de la réaction des chefs d’Etat du monde entier à l’émouvante  décision de Benoît XVI.

 

Les vrais hommes d’Etat et les apparatchiks

 

En d’autres temps, d’autres chefs de l’Etat français, étaient  issus, plus encore que le président actuel, du vivier laïcard : Vincent Auriol, Georges Pompidou, Jacques Chirac.  Aucun  ne se serait permis ce genre de plaisanterie.  

En s’élevant dans les sphères de la grande politique, en  étant chaque jour confronté  au tragique de l’histoire, les vrais  hommes d’Etat, même s’ils sont en désaccord sur tel ou tel sujet avec le magistère catholique,  n’ont plus envie de plaisanter avec le fait religieux. Croyants ou pas,  ils en mesurent la dignité et la gravité. Georges Pompidou, agnostique au départ,  se rapprocha de la foi, au point de demander  des obsèques grégoriennes, Jacques Chirac  quoique éloigné de la religion en son for intérieur, fut toujours déférent vis-à-vis du monde ecclésiastique.   

Faut-il rappeler le cas de François Mitterrand : élevé, lui,  en milieu clérical,  rallié à la gauche certes,  mais qui fut   toujours respectueux   de l’Eglise catholique   dont il était suffisamment familier pour en connaître les subtilités et en mesurer la grandeur ? C’est ainsi qu’il sut   accueillir en 1983 le pape à Lourdes par un discours de haute tenue sur les relations de l’Eglise et de la France dont il faut bien dire  qu’il surclassait celui, plus convenu, de Jean Paul II.  Il cachait  peu en privé  son mépris pour  l’anticléricalisme  élémentaire  du parti  socialiste.   

Reste  le cas de Nicolas Sarkozy,   très ignorant des finesses de la culture chrétienne,  mais  désireux de lui témoigner sa sympathie, non sans quelques arrière-pensées et    beaucoup  de maladresse.

Dans cette question des rapports avec l’Eglise, François Hollande a montré qu’il était resté un socialiste de base, un apparatchik sans envergure. Rien qui fasse honneur à la France.

 

Roland HUREAUX

 

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 15:11

 

La brillante  intervention à la tribune de l’Assemblée nationale de Bruno Nestor Azérot,  député de la Martinique,  inscrit à la Gauche démocrate et républicaine, contre le projet de loi instituant le « mariage »  entre personnes du même sexe, a eu le mérite de rappeler que,  dans cette affaire, le véritable esprit social ne se trouve pas forcément  là où on croit.

C’est particulièrement vrai  dans les Antilles, terre au douloureux passé,  où les esclaves, parce qu’ils étaient tenus pour des choses,  furent longtemps interdits de mariage. Le droit de se marier et de fonder une famille, composée d’un homme et d’une femme,  est  inséparable de leur émancipation.

Nul  n’ignore que derrière la revendication d’un « mariage  pour tous », c’est en réalité le « mariage pour personne » qui se profile. Les partisans les plus acharnés du projet de loi  ne cachent guère  que l’institution du mariage homosexuel est  une première étape avant la suppression pure et simple du mariage tout court. Comment s’étonner, dès lors, de la quasi-unanimité de parlementaires ultramarins, droite et gauche confondus, contre le projet ?

Mais le mariage fut aussi une grande conquête sociale dans l’Europe occidentale.

 

Le mariage : un privilège qui se démocratise

 

Dans l’Antiquité, il était le privilège des classes supérieures, organisées par  gens  et, par extension, des citoyens libres. Les esclaves en étaient exclus : dans la promiscuité de l’ergastule, bien peu d’enfants avaient la chance  d’identifier qui était leur père et même leur mère ; les maîtres se réservaient le droit de séparer les  hommes des femmes, les parents des enfants. Il ne devait pas en être très différemment, parmi les serfs, aux heures les plus sombres du Moyen-Age.

C’est à partir du XIIIe siècle que la famille moderne émerge  peu à peu, sous l’influence du christianisme,  avec la diffusion de plus en plus large des noms de famille et  d’un mariage formalisé.  Le peuple trouve ainsi une dignité qui avait été jusque-là l’apanage de  la seule aristocratie. Il peut s’inscrire lui aussi dans une généalogie.

La Réforme catholique et protestante, visant à réformer les mœurs, souvent ressentie comme oppressive, eut néanmoins  pour effet de renforcer la famille à tous les étages de la société.   Non sans entrer en conflit avec la monarchie, l’Eglise  catholique s’autorise à marier  les enfants  majeurs sans le consentement de leurs parents, ce qu’un esprit aussi ouvert que Rabelais n’admet pas (Tiers Livre, chapitre XLVIII). Un rituel plus élaboré  et les premiers registres paroissiaux consolident l’institution. La Révolution française éclate dans un pays dont les mœurs n’avaient peut-être jamais été aussi régulières . Ce n’est  pas un hasard : à familles solides, citoyens libres.  L’état civil républicain, le Code civil systématisent les pratiques antérieures.  Ils ne sont    pas séparables de l’émergence  de la démocratie moderne.

Emmanuel Todd   a montré comment l’esprit républicain s’est diffusé dans les régions de France, surtout  méridionales,  où la structure familiale était assez solide pour  permettre aux clans paysans de se soustraire à l’emprise des notables (ce qui se produit aussi dans  les pays alors de droite comme le Pays basque). Le bassin parisien, où les  structures  familiales  sont plus  éclatées ne permet guère, en dehors de Paris, l’organisation de cette culture  populaire forte.

 

Le simplisme libertaire

 

La véritable histoire du lien familial se  situe ainsi   aux antipodes de la doxa  qui fonde aujourd’hui la revendication libertaire.  Pour celle-ci, la famille ne serait qu’une  institution oppressive venue du fond des âges, basée  sur   la domination exclusive de l’homme, l’interdiction de la recherche individuelle du bonheur, voire de l’amour,  et naturellement  la répression  de l’homosexualité. A partir de cette vision idéologique simpliste,  tout ce qui affaiblit  l’institution du mariage est tenu pour progressiste,  surtout si se trouve en même temps transgressé l’héritage judéo-chrétien. 

Qui ne voit pourtant que la revendication libertaire, telle qu’elle s’est développée à partir des années 1970  coïncide avec la montée de l’  ultra-libéralisme et en est sans doute inséparable ?   La déconstruction de la famille, dont le mariage dit  « gay » est une étape, se trouve évidemment  en phase avec celle de la plupart des réalités qui   permettent à un peuple de se structurer : l’école, la culture générale et la mémoire collective, l’Etat,  la commune, la langue etc. Cette déconstruction, dont l’  application absurde du principe de non-discrimination n’est évidemment  qu’un prétexte, ne peut que déboucher sur une société atomisée, somme d’individus égarés, masse fongible et malléable à la merci des forces aveugles de la mondialisation.

Loin d’être un progrès, le député de la Martinique nous en apporté une belle démonstration, l’instauration d’un mariage homosexuel, brouillant le repère encore  fondamental de la distinction  des  sexes, au nom de la théorie anglo-saxonne du genre,  et permettant de tenir dans certains cas l’enfant pour un objet, constitue    une considérable régression sociale. Que le parti socialiste en fasse son cheval de bataille, témoigne seulement de la déréliction du socialisme contemporain.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

Si l’on se réfère par exemple ay nombre de naissances hors mariage, très faible avant la Révolution.

Emmanuel Todd,  L’invention de la France, 1979.

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