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Roland HUREAUX

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 15:05

 

 

De Guéant à Valls, les ministres de l’intérieur se succèdent et toujours les Roms sont pris pour cible.

Pourquoi ? Résumeraient-ils à eux seuls les problèmes de l’immigration ? Au contraire.

Les Roms de Roumanie et de Bulgarie ne représentent qu’un vivier de migrants limité. S’ils sont plus  particulièrement attirés par la  France, c’est surtout en raison du régime social avantageux dont  y bénéficient les immigrés, même clandestins. C’est peut-être là-dessus qu’il faudrait se pencher au lieu de se livrer aux gesticulations  que l’on sait.

On peut vouloir contrôler l’immigration pour plusieurs raisons. Une des moins avouables et pourtant la plus  sérieuse   est de préserver un certain équilibre culturel et religieux afin que, au cours des décennies à  venir, la paix civile ne soit pas remise en cause comme elle l’a été  chaque fois qu’ont coexisté  des communautés chrétiennes et musulmane de poids  peu près égal : Liban, Bosnie, Kosovo.  (On pourrait aussi bien évoquer aussi la guerre civile du Sri-Lanka entre bouddhistes autochtones et  hindouistes immigrés).

Les Roms, chrétiens pour a plupart, ne menacent nullement l’équilibre d’un pays historiquement chrétien.   

Malgré leur mode de vie nomade, les Roms sont partie intégrante de la civilisation européenne depuis cinq ou six  siècles.

Si l’espace européen est une chose sérieuse, ils devraient y avoir  toute leur place puisque leurs pays d’origine font partie des 27.

Il est vrai que les Roms posent quelques problèmes de délinquance. Plus que les migrants nouveaux de toute origine ? Cela reste  à prouver.

Une des formes de cette délinquance est le fait, pour certains  « parrains » d’obliger des femmes (parfois avec des bébés en bas âge ou très âgées) et des enfants à mendier. Aujourd’hui la mendicité de ce type a pratiquement  expulsé toutes les autres du pavé de Paris, sans doute par la manière forte. Mais la police s’en  préoccupe telle ? Il ne les semble pas.

Si on ne leur permet pas de mendier que feront-ils ? dira-t-on. Mais où vont  donc les milliards déversés par la commission de Bruxelles  en Roumanie, en Bulgarie et ailleurs pour aider  à la réinsertion des populations nomades. Encore un exemple de l’inefficacité des grandes bureaucraties sociales à fonds publics !   Et à quoi rime de tolérer leur présence massive sur notre sol sans leur donner le droit de travailler ?,

Les Roms posent, il est vrai, un double problème que l’on tend généralement à confondre :

une question d’immigration  du fait de la présence illégale sur notre sol de beaucoup d’entre eux :

une question d’occupation indue de terrains  qui ne leur appartiennent pas, dont les propriétaires demandent leur expulsion  par voie de justice, mais d’où il est difficile, de fait,  de les déloger.

         Quand on parle  perle de l’expulsion des Roms, c’est   à ces deux réalités distinctes que l’on se réfère sans que la presse ne fasse rien pour éclairer la distinction.

        Mais nous nous risquons à une autre  hypothèse. Si l’on s’en  prend tant aux Roms qui ne posent que des problèmes mineurs à la cohésion de la société française, c’est qu’ils sont plus vulnérables que les autres. A la différence des musulmans, notamment arabes, en particulier des Algériens, des Marocains et des Turcs, ils ne bénéficient pas  du  « recul géopolitique » de grands pays   leur servant de base arrière et auxquels le gouvernement français n’ose pas s’en prendre de front.   

En prenant à partie bruyamment les Roms,   les  gouvernements font croire qu’ils  s’occupent de  l’immigration alors qu’ils  ne traitent  qu’un  problème mineur, et que les problèmes majeurs, eux,  ne sont pas traités.

En définitive tant avec l’UMP qu’avec  les socialistes, les Roms  sont  les victimes toutes désignées offertes à la  vindicte publique  pour cacher notre impuissance face  au problème migratoire, parce qu’ils sont faibles et, ce qui est plus grave, parce que nous sommes faibles.

 

Roland HUREAUX
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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 15:04

Publié par Atlantico 

 

Pour  préserver la paix, dans son pays et dans le monde, pour  ne pas souffler sur les braises des conflits latents  un peu partout, il ne suffit pas d’avoir  une allure bonace et un tempérament  paisible, il faut aussi n’être pas médiocre. Et donc pas idéologue.  Car la forme moderne de la médiocrité est l’idéologie, le  prêt à penser de ceux qui n’ont pas d’idées.   

De l’idéologie, le parti socialiste en consomme beaucoup.  Oubliée la lutte des classes, est-il d’autre marqueur de la gauche ? Hollande  qui a si bien, pendant des années, géré   les tensions internes du parti socialiste, en est toujours imprégné.

 

Comment créer la zizanie nationale

 

Discorde  civile : le projet de « mariage »  homosexuel n’est pas seulement une  réforme relativement anodine du code civil ; c’est une révolution anthropologique,   une redéfinition  du rapport entre les sexes,  voire la négation des sexes, un bouleversement du mariage et même  l’antichambre de son abolition. Là où certains voient la marque de la modernité (bonne ou mauvaise, qu’importe, tout ce qui paraît  moderne est, selon cette philosophie,  normatif), d’autres ont le sentiment d’un basculement collectif vers  l’absurde.  

Cette revendication, tenue pour évidente par les uns, pour absurde par les autres, mine toutes les sociétés occidentales, au moins celles qui sont encore ouvertes au débat : en premier lieu les Etats-Unis,  en guerre civile depuis vingt ans à ce sujet (et sur  d ‘autres thèmes sociétaux comme l’avortement).

Le  conflit n’aurait pas un caractère si grave s’il ne  touchait à d’autres ressorts que la morale : les opposants ont le sentiment de défendre aussi la raison contre la déraison ; plus passionnel, encore : en défendant le mariage et  la famille, ils montrent leur attachement à un héritage identitaire et culturel  fondateur de l’Occident, contre le   monde   sans   repères et sans attaches qu’on leur propose.

En voulant à toute  force appliquer  son programme, Hollande a déclenché la guerre civile en France. Lui qui avait la mission, transcendant toutes les promesses, quelle qu’elles soient, de préserver d’abord  l’unité nationale, crée la zizanie nationale.

Effet d’autant plus accablant qu’il intervient dans une  France particulièrement résiliente à la crise économique.  Cette crise qui, en d’autres temps,  aurait déclenché de graves troubles sociaux, voit un pays uni pour entreprendre les efforts nécessaires en vue de la  surmonter (qu’il y arrive est un autre sujet), uni pour payer plus d’impôts (à l’’exception de Gérard Depardieu  et de quelques autres), uni pour réduire les dépenses  publiques, uni pour supporter la récession à laquelle conduit la politique de rigueur, chez  nous et en Europe.

Et voilà que, dans ce pays étonnement tranquille, le président a trouvé un moyen d’allumer un incendie. Dérivatif aux problèmes économiques, utilisé à dessein ?  Nous ne le croyons même pas si machiavélique.

 

Comment alimenter la  tension internationale

 

Parlons à présent de la  politique internationale.

Laissons de côté le cas du Mali où notre intervention était assurément légitime dans la mesure où il s’agissait non de lutter contre le terrorisme comme on le dit  (pourquoi cette justification idéologique inepte ?),  mais tout simplement  de défendre un pays ami agressé et  la sécurité d’une région où nous avons des intérêts moraux et matériels. Il reste significatif que ce soit Hollande, un socialiste qui prétendait en décembre « en finir avec la Françafrique » qui se lance en janvier dans  une guerre de ce genre. Ce n’est pas nouveau : le socialiste Guy Mollet avait envoyé le contingent en Algérie, Mitterrand multiplié les interventions  en Afrique ( beaucoup plus nombreuses sous sa présidence qu’au temps de De Gaulle) et participé à la première guerre du Golfe, Jospin envoyé des troupes en Afghanistan .  Il faut se méfier de soi-disant pacifistes !

Mais si la guerre au Mali est justifiable, qui comprendra qu’au moment où nous combattons les islamistes au Sahel,  nous voulions à tout prix les armer en Syrie ?

Ce pays   est plongé dans une guerre particulièrement meurtrière. On n’en voit pas l’issue ; le maintien du président Assad au pouvoir se traduirait sans doute  par de cruelles  représailles, mais la victoire des opposants, dont les plus actifs sont des islamistes  radicaux  menace directement  des minorités de  plusieurs millions de personnes. Si l’on veut rendre la paix  à ce pays qui souffre tant, la deuxième solution   offre moins de  garanties encore que la première.

François Hollande aurait plusieurs raisons de garder sur ce sujet une position modérée.

D’abord se démarquer de son prédécesseur qui, lui aussi, avait donné et donne encore  dans la surenchère  interventionniste.

Ensuite le respect d’objectivité qui interdit, dans une situation nécessairement complexe, de faire porter l’entière responsabilité des 60 000 victimes, comme l’a fait  récemment Fabius, au détriment de la plus élémentaire raison, au seul gouvernement en place. Qui dit guerre civile dit évidemment violence   et victimes des deux côtés.

Ensuite ne pas insulter l’avenir qui  pourrait voir le maintien du président Assad au pouvoir, pour peu que les Etats-Unis et la Russie s’entendent  sur les conditions. La France et le Royaume-Uni qui partage notre  jusqu’au-boutisme,  seraient alors ridicules.

Enfin ne  pas s’aliéner la Russie qui demeure un allié naturel de la France, comme avait fini par le comprendre le président Sarkozy pourtant si atlantiste. Au lieu de cela, Hollande a réussi à se mettre à dos  ce grand pays qui lui a fait  en échange le pied de nez d’accorder un  passeport à  Depardieu.

Il s’aliène aussi l’Algérie, soutien de la Syrie,  qui pourtant vient de nous apporter un appui précieux   dans la guerre du Mali.

Par une position modérée,  la France   aurait pu,  en gardant le contact avec toutes les parties,  se poser en   médiateur, comme c’est sa mission historique.

Au lieu de jouer ce rôle modéré, Hollande n’a cessé  depuis son arrivée au pouvoir, de jeter de l’huile sur le feu de ce pays qui est  déjà à lui seul  à une poudrière. Alors que les Etats-Unis s’éloignent  discrètement de  l’idée d’une aide militaire  directe  aux rebelles et se refusent à reconnaitre la coordination de Doha,   la France, elle,  fait de la surenchère, se préparant à  livrer des armes et reconnaissant ce contre-gouvernement fantoche.

Ce faisant, elle  porte  à l’incandescence  un des  conflits les plus dangereux de la planète,  susceptible même de conduire à   une guerre nucléaire, si les Occidentaux ne comprennent pas les avertissements   de la Russie et de la Chine.

On a rarement vu tant d’irresponsabilité à la tête de l’Etat.   

Mariage homosexuel, Syrie, dans les deux cas, Hollande qui devrait être un homme d’apaisement, joue les va-t’en guerre, faisant courir un risque considérable,  ici à l’unité nationale, là à la paix mondiale.

 

Les droits de l’homme dévoyés

 

Est-il nécessaire de relever  qu’une Caroline  Fourest, qui, d’un côté,  répand la fausse rumeur d’une guerre chimique en Syrie et, de l’autre,  recrute de malheureuses  femmes ukrainiennes pour perturber les  manifestions de défense  du mariage homme/femme, se pose en  barde  (bardesse ?) du nouveau quinquennat ?

Dans les deux cas,   une conception dévoyée et   aveugle des droits de l’homme répandue malheureusement dans l’ensemble de la presse et une grande partie du parti socialiste.

Dévoiement : comment mettre un signe d’égalité entre des situations   aussi  différentes qu’un couple composé d’un homme et d’une femme et   une paire du même sexe, par définition  stérile sauf artifice ?

Cécité ? Il existe, même en matière sociétale, des  drames  autrement plus sérieux  que ceux des  homosexuels prétendument en manque de mariage, par exemple celui de personnes âgées et seules.

Comment un pays ayant une expérience internationale aussi riche que la nôtre  pourrait-il déterminer ses choix diplomatiques  sur le seul critère des droits de  l’homme vus  à l’aune d’une propagande internationale simpliste ? Cette propagande  ignore les manquements autrement plus graves aux droits fondamentaux de l’  Arabie saoudite ou du Qatar et  est indifférente aux sort que le triomphe des  supposés droits de l’homme  et de leurs militants  barbus,  ferait courir aux minorités syriennes, pas seulement chrétiennes.  Qui ne voit que l’avènement de la  démocratie dans les pays musulmans conduit presque inévitablement à l’extension d’un   islamisme à mille lieues des idéaux  de 1789 que  nous prétendons  promouvoir ?  On le savait avant  les pseudo-printemps arabes.

Le plus triste  est que ce droit de l’hommisme sommaire, inspiré de préjugés partiaux et non    d’une solide connaissance des réalités ( préjugés  qui conduisent par exemple de manière absurde à tenir la Chine  pour plus  libérale que la Russie  !),   est tout ce qui reste de doctrine diplomatique au parti socialiste.

Autre trait commun de ces attitudes : le mépris de l’héritage  chrétien, propre à la gauche  française mais  aggravé dans la nouvelle gauche libérale-libertaire issue de la  déchristianisation. C’est évident s’agissant du mariage unisexe. Mais cela l’est aussi en matière de politique internationale : qui sait encore que la  légitimité historique de notre présence au Proche Orient s’enracine dans  l’engagement multiséculaire de la France à  y protéger  les minorités chrétiennes,  et même  toutes les minorités ?  Or l’aboutissement de notre politique  actuelle dans cette région, quoique menée au nom de grands sentiments,  est  leur élimination pure et simple.

La cause principale des guerres modernes,   ce n’est plus  le  nationalisme, c’est l’idéologie.  Pour comprendre à quel point l’idéologie peut être  quelque chose de pervers, il suffit de voir comment elle est  capable de transformer un homme aussi quelconque que François Hollande en fauteur de guerre  civile et internationale. En nous décrivant le bon professeur Verkhovensky, dont  les idées sont à l’origine des pires dérèglements terroristes des « possédés », Dostoïevski nous avait déjà donné un aperçu de ce   mystérieux  paradoxe.

Roland HUREAUX

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 15:02

 

Face à la montée des oppositions au projet de loi sur le « mariage pour tous »,  le gouvernement allègerait le projet d’un ses  aspects les plus controversés : le droit des couples homosexuels à  « commander »  des bébés par PMA.

Cet amendement ne saurait susciter  que la méfiance  des  opposants au projet, non seulement parce qu’il est loin de satisfaire leur souhait, qui est,   pour la plupart, son  retrait pur et simple, mais aussi  parce qu’il risque de n’être qu’une concession de façade : ne dit-on pas déjà au lobby « gay » que sa  revendication,  provisoirement dissociée,  sera satisfaite  dans une loi ultérieure  sur la famille ou  la bioéthique  ? Et à supposer qu’elle  ne soit pas satisfaite  par la loi française, nous avons signé suffisamment de conventions internationales contre  toutes les formes de  discriminations  pour être un jour obligés de  le faire.

Mais ce n’est pas seulement sur ce sujet qu’aucun compromis n’est possible face au projet de loi.

 

Oublier les schémas classiques de négociation

 

Nous  ne sommes pas en effet  dans le  schéma  d’une négociation   classique portant sur des intérêts objectifs. Un  tel schéma  est bien  connu : je demande 100, vous m’offrez 20,  nous transigeons à 60.

Pour résonner de  cette manière, il faudrait supposer que nous ayons en face de nous un véritable groupe de pression  ressentant vraiment une discrimination, défendant vraiment des  intérêts  particuliers (fiscaux, sociaux ou autres). Auquel cas,  un compromis  serait en effet  possible comme il  l’est sur la revalorisation du SMIC ou les prix agricoles.

 Or tel n’est pas le cas.    Non seulement les homosexuels effectifs sont très minoritaires, mais seule une partie de ceux-ci sont partisans du mariage homosexuel, et une partie de ces  partisans  seulement  a vraiment le désir de se marier. Et pas pour des avantages matériels, pour le symbole !

Nous ne sommes pas dans une négociation classique parce que   la revendication est purement  idéologique. Ce que cherchent avant tout   les militants du lobby LGBT, c ‘est de faire reconnaitre par la loi la stricte  équivalence d’une relation homosexuelle et d’une relation hétérosexuelle. L’équivalence biologique  n’  étant pas possible, la loi doit passer outre et « faire comme si » les homosexuels pouvait être père et père en leur donnant des droits strictement égaux d’avoir recours à la  PMA ou d’adopter. L’idéologie, ce n’est pas nouveau,  exige que la loi corrige la nature, voire la nie.

Le  gouvernement   aurait pu se contenter de proposer un additif au code civil étendant  les droits des couples de droit commun aux couples formés par des homosexuels. Or il est allé  beaucoup plus loin : il a choisi de    bouleverser le droit de la famille dans son ensemble et  de changer la définition légale  du mariage  de tous , y compris de  l’immense majorité  hétérosexuelle, suscitant ainsi  la révolte de beaucoup qui  n'étaient  pas au départ hostiles au projet. Un   parti aussi radical ne serait pas compréhensible sans l’idéologie. Procéder autrement, c’eut été, du point de vue de l’  idéologie, continuer à traiter le couple homosexuel comme un cas à part : précisément  ce que l’on  veut abolir.

La conséquence  qu’  on pourrait dire mathématique  de cette démarche  est l’abolition, dans la foulée,  de la différence homme femme (père mère, grand-père   grand-mère, oncle  tante etc.) dans la loi   :

Si h x f  = h x h, ou si h x f = f x f,   c’est   que h = f !  Cqfd.

 

En finir avec le mariage

 

Pourquoi une telle exigence ?  Au premier abord, il s’agit de l’application pure et simple de l’idéologie du genre qui nie la différence naturelle  de l’homme et de la  femme pour n’en faire qu’une  réalité culturelle (que le législateur a dès lors le pouvoir et,  au motif d’égalité,  le devoir d’abroger).

Mais,  par-delà, se trouve  la volonté d’en finir avec  l’institution matrimoniale elle–même, puisque les tenants du  projet ne cachent pas que  leur souhait   est à terme de vider le mariage de son contenu  en supprimant  les  obligations, tenues pour résiduelles,  de fidélité, de corésidence, voire de soutien  mutuel.

Quelles motivations derrière ce projet fou ? On peut invoquer  la haine de l’héritage judéo-chrétien, qui est aussi la haine de la nature et donc la haine de soi, fondement  de toutes les idéologies.  La volonté de certains homosexuels    de se déculpabiliser en demandant à  la loi civile d’abolir une loi morale  millénaire et quasi-universelle qui proscrit  leur état, est  dans doute une autre motivation. Mais pour vouloir être  déculpabilisé, il faut se sentir  coupable. Cette loi millénaire aurait donc encore tant d’importance  qu'on veuille que  la loi civile vienne l’abroger ?

En considérant le caractère idéologique de la revendication dite « gay », on comprend pourquoi la suggestion   de  tels  hommes politiques voire de  tels évêques, qui proposent comme « moyen terme » d’améliorer  le pacs,  est à côté du  sujet. D’abord qu’elle est inutile,     le pacs  conférant  déjà beaucoup d’avantages. Ensuite  parce que  ceux qui, à l’époque,  l’avaient combattu, ont mauvaise mine à proposer aujourd’hui de l  ’améliorer. S’ils acceptent aujourd’hui le pacs, dira-t-on, ils accepteront demain le mariage : ils sont seulement en retard d’une bataille !  Enfin  parce que cette coûteuse concession  ne serait nullement à même de satisfaire une revendication qui porte d’abord sur les symboles.   

Plus satisfaisante pour les idéologues  serait   l’idée, caressée par’ certains, d’  une « alliance »  homosexuelle qui se conclurait en mairie, ce que la pression des maires et de l’opinion avait évité s’agissant du  pacs.  Pouvoir se pavaner sur le perron d’une mairie  en habit de marié et de mariée serait  en effet pour les militants homosexuels  une grande victoire symbolique même s’ils ne la jugeraient sûrement pas complète.    

Mais au point où en sont arrivés ces idéologues, il n’est pas sûr que même cela leur suffise. Ils attendaient depuis si longtemps un gouvernement qui soit entièrement acquis à leurs  thèses ; compte tenu de l’ampleur de la protestation qui s’élève contre  le projet, ils savent que c’est pour eux le moment ou jamais d’atteindre leur objectif ultime.  François  Hollande qui, dans une parfaite inconscience de  l’immensité des  problèmes anthropologiques sous-jacents , assez typique de la légèreté socialiste, le leur a promis,  donnerait l’impression de « se dégonfler » s’il faisait  aujourd’hui la moindre  concession.

Le gouvernement est ainsi  le dos au mur. Face à l’ampleur du mouvement  que se prépare, seuls un refus du projet par l’Assemblée nationale, par le Sénat ou, si le président le provoque, par référendum,  pourrait lui offrir  une issue où , sans donner l’impression de se renier, il éviterait  une grave cassure de  la société française.

 

Roland HUREAUX

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 14:59

 

 

Il y avait eu  la réception offensante de Mgr Vingt-Trois par la commission de l’Assemblée nationale  chargée d’étudier le projet de loi gouvernemental  de « mariage » pour tous ( curieusement  seul  le représentant des catholiques  avait été  si mal  reçu alors que ceux des autres cultes  étaient  d’accord  avec lui !),  la sortie absurde de Cécile Duflot appelant l’Eglise ( qui en fait déjà plus qu’elle ! ) à  prêter ses locaux pour loger les  des sans-abris .

Il y a aussi, ce qui  est moins connu,   la multiplication des rappels  à leur obligation de réserve de   hauts fonctionnaires ayant  exprimé, comme citoyens, leur hostilité au projet, alors même que la pratique française avait jusqu’ici  été libérale en la matière  dès lors que les intéressés  s’exprimaient à titre privé et  que le sujet n’entrait pas dans leur  champ de compétence. Pourquoi, est-ce  ce projet de loi et  pas un autre qui suscite ces  réactions ? Voilà une vraie question.

Les signes de crispation n’émanent pas que du  gouvernement : la  manifestation du 16 décembre en faveur du mariage unisexe (qui fut loin d’être un succès) a vu des pancartes  ordurières, dont une confiée à  un enfant,  et le parrain de ce courant, Pierre Bergé, déclarer sans vergogne : « Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l'usine, quelle différence ? »

Visiblement, le gouvernement socialiste s’est trompé en pensant que le mariage unisexe (fallacieusement appelé « mariage pour tous »), qui devait être  la grande réforme sociétale du quinquennat,  passerait  comme une lettre à la poste, avec seulement le baroud d’honneur de quelques intégristes hors du temps.   

Le projet, entièrement idéologique, puisque il ne vise à répondre à aucune demande effective (ou si peu !), a été conçu dans  l’inconscience de   l’esprit bobo,  sans que l’on ait  vraiment  réfléchi à ses immenses   conséquences  anthropologiques.

Le gouvernement  découvre aussi  que l’hostilité va très au-delà des milieux religieux : ainsi  la plupart des élus locaux  de gauche (au moins  ceux  qui n’appartiennent   pas à la hiérarchie du parti  socialiste ) sont hostiles, même s’ils n’ont pas rallié le collectif des « maires  pour  l’enfance ». Cette « élite populaire »  pèse  bien évidemment  plus dans l’opinion  que   ceux qui, sans avoir vraiment réfléchi, répondent  étourdiment    aux sondages en suivant l’air du temps,  et ont pu ainsi donner l’impression  infondée  d’un  soutien massif au projet.

 

Les idéologues contre le bon sens

 

Entre une minorité d’activistes qui veut à tout  prix effacer   toute distinction légale entre les différentes formes de sexualité et même  entre hommes et femmes, et  qui ne trouve de crédit que du fait d’être  surreprésentée dans les médias et les partis politiques, et une majorité de gens de bon sens qui ont,  de plus en plus,   le sentiment   qu’on leur  demande de marcher sur la tête , quel dialogue est encore possible ?

Redoutant que toutes les oppositions  ne convergent dans la méga manifestation   programmée par le  collectif  La manif’ pour tous, le 13 janvier prochain, certains représentants de la majorité,  visiblement,  perdent  les pédales.

C’est ainsi que Vincent Peillon, ministre de l’éducation nationale,  ne craint pas de réveiller  la    querelle scolaire   en refusant le  débat sur le mariage  unisexe au sein des établissements scolaires, particulièrement les établissements privés catholiques  sous contrat : « Il ne me semble pas opportun d’importer dans l’école le débat sur le mariage pour tous. Je considère même qu’en adressant une lettre aux chefs d’établissement, le secrétaire de l’enseignement catholique (qui avait suggéré ce   débat)  a commis une faute », a déclaré le ministre au Monde .

Curieux renversement des positions : un ministre de la République tenu  pour   ultra-laïque refuse le débat  que souhaite au contraire  une instance supposée cléricale.

Il est vrai qu’on n’en est pas sur ce sujet à un paradoxe près : limitée  dans les cours par l’obligation  de respecter  la liberté de conscience    inscrite dans la loi Debré, la notion de caractère propre des établissements privés sous contrat permettait  des  débats périscolaires  facultatifs mais ouverts. Il semble qu’ils soient désormais interdits.

Autre paradoxe : M.Peillon  ne veut pas de débat mais le gouvernement  a confié à Mme Najat Vallaud-Belkacem une mission de lutte  contre l’homophobie dans les collèges, qui la conduit, de fait, à défendre dans ses tournées en milieu scolaire   le projet de « mariage pour tous ». Non au  débat mais oui à la propagande officielle ?   

Est-il nécessaire de rappeler la consigne que Jules Ferry donnait à ses instituteurs  pour définir  la laïcité : « Au moment de proposer aux élèves un précepte, une maxime quelconque, demandez-vous s’il se trouve à votre connaissance un seul honnête homme qui puisse être froissé de ce que vous allez dire. Demandez-vous si un père de famille, je dis un seul, présent à votre classe et vous écoutant pourrait de bonne foi refuser son assentiment à ce qu’il vous entendrait dire. Si oui, abstenez-vous de le dire », pour voir  que le projet de loi sur le « mariage pour tous » que M.Peillon défend  se trouve aux antipodes ?  

En prenant à partie l’enseignement  catholique, pourtant aujourd’hui bien décoloré, le ministre aurait-il voulu  ameuter le maximum de manifestants le 13 janvier ? On se le demande.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 14:57

 

Lors du dernier Congrès des maires de France, le président de la République a concédé, du bout des lèvres il est vrai, que le droit à l’objection de conscience pourrait être reconnu aux maires qui ne voudront pas célébrer de mariage homosexuel, comme c’est le cas de beaucoup.

Il est d’ailleurs bon qu’il s’y prépare : les maires de la Martinique, presque tous socialistes, ont, dès le mois de septembre, déclaré  à l’unanimité, sans que personne ne les rappelle à l’ordre,  qu’ils ne célébreraient pas ce genre de cérémonie.

Même si le président s’est depuis ravisé, signe de son embarras (ou de son double jeu), le dilemme est là. Si la loi est votée, il faudra, soit permettre  une partie des élus, voire à des fonctionnaires, de s’en exonérer, soit forcer les consciences comme on ne le fait généralement  que dans les pays totalitaires.

Dès lors que certains représentants de l’autorité publique peuvent  dire avec quelque légitimité : la loi est la loi, certes,  mais cette  loi, je ne l‘appliquerai  pas parce qu’elle me parait   immorale ou absurde, c’est tout  l’ordre  juridique d’un pays qui se trouve mis en cause.

Ainsi apparait une condition fondamentale de l’ordre législatif et réglementaire : il ne suffit pas que les lois votées aient le sceau d’une  majorité démocratique pour  s’  imposer, il faut aussi qu’elles ne soient pas évidemment contraires à la raison, au bon sens  et pourquoi ne  pas le dire, à la nature.

La nature, en matière juridique est aujourd’hui un gros mot. Précisément à cause des débats sociétaux, l’idée d’un droit naturel a été rejetée  par les facultés dans les ténèbres de obscurantisme, au nom du positivisme juridique : seule le droit positif  importe, interdisant toute objection de conscience   puisque, dans la  perspective  positiviste,   il n’y a rien au-delà du droit réel  à quoi on puisse se référer.

Paradoxe : l’idée d’un droit naturel est écartée au moment où les  droits  de l’homme,  pour  lesquels on entreprend des guerres   de plus en plus  sanglantes aux quatre coins du monde, n’ont jamais été mis aussi en valeur. La théorie de l’ingérence humanitaire les place même, dans l’ordre juridique,  avant le droit international positif. Ces  droits,  tels que les définit la déclaration du 26 août 1789,  sont pourtant déclarés « naturels et imprescriptibles ».

Pour la mentalité contemporaine, il ne  saurait  y avoir de « devoirs naturels », seulement des droits   Pourtant  le droit de Pierre  est-il autre chose que  le devoir de Paul ?

C’est dire qu’il n’est pas facile d’évacuer de l’ordre juridique  la notion de  nature. Il est inutile de dire combien l’idée d’un « mariage » entre homosexuels  ou encore davantage d’un droit d’adoption à eux conférés, lui parait contraire, au regard de la conscience commune.

Il existe un contrôle de constitutionnalité mais pas encore un contrôle de cet ordre méta-constitutionnel qui est celui du bons sens. Ce qui ne veut pas dire que les décisions qui lui seraient  contraires n’encourent aucune sanction. Dès lors qu’une partie de la législation   parait contraire à cet ordre implicite, objection de conscience ou pas, c’est tout l’ordre  juridique qui se trouve ébranlé. Si certaines  lois inspirent l’irrespect, l’habitude du  mépris se répandra au-delà et  nous nous trouverons bien vite non seulement sans foi mais sans  loi.

Le projet de « mariage pour tous » ne révolutionne pas seulement le Code civil, il prépare une subversion de  l’Etat de droit lui-même.

Roland HUREAUX

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15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 00:21


Le décès d’Hugo Chavez offre une nouvelle occasion aux dirigeants politiques français de faire preuve de leur inculture tant sur les usages diplomatiques que sur certaines catégories politiques de base.

Usages : avant que le « droit de l’hommisme » tout azimut, la  volonté de moraliser tous les pays en fonction de valeurs  universelles dont on s’instaure seul juge, la mort de tout chef d’Etat suivant le bon vieux principe de non-ingérence, était saluée courtoisement sans qu’on se permette, à ce moment-là, de porter un jugement sur lui.  Surtout  s’il avait, aussi longtemps que Chavez,  incarné un pays ami de la France, comme le sont la plupart des pays d’Amérique latine. Hélas, le principe de non-ingérence étant aujourd’hui passé à la trappe, chacun se permet de juger de tout  à tort et à travers, le plus souvent en  ramenant les choses à l’aune de  ses  préoccupations domestiques.

La gauche française s’enflamme pour Chavez sans voir que son socialisme se trouve aux antipodes de celui de Hollande. Rebelle à l’Amérique alors que celui-ci lui est étroitement inféodé ;   redistributeur  alors que la gauche européenne ne connait plus  que la rigueur, social alors que le socialisme français,    rallié aux valeurs libérales,  ne connait plus que le sociétal. La préoccupation de Chavez était de faire profiter des  revenus du pétrole les classes populaires, pas de promouvoir le mariage homosexuel qui lui faisait  horreur. Assurément, Hugo Chavez, dans un style évidemment différent, était plus proche de Léon Blum que ne l’est François Hollande : en ce sens, la comparaison du ministre Laurel n’est pas absurde si elle n’avait été gâchée par des propos de fort mauvais goût.

Certains, à droite et même à gauche, le qualifient de dictateur. Cela aussi est exagéré et même inexact  si l’on considère que le président du Venezuela a été porté au pouvoir depuis 1999 par le vote populaire et constamment réélu depuis sans que ses adversaires aient contesté la régularité de ces scrutins, ni que leur liberté de critique ait été sérieusement entravée. Lors de sa récente réélection, son opposant principal, Capriles,  a reconnu  loyalement sa défaite. Et quel vrai dictateur aurait perdu un référendum comme l’a fait Chavez en 2007 ?

Que Chavez ait entretenu de bonnes relations avec Castro montre que les différences de régimes n’empêchent pas les rapprochements diplomatiques : on le savait  quand  Richelieu soutenait les princes protestants d’Allemagne ou que la IIIe République s’alliait au régime tsariste ; c’était au temps où les simplifications idéologique n’avaient pas encore balayé la civilisation !  

 

Démocratie, dictature, totalitarisme : rappels 

 

La lecture que l’on fait du cas    Chavez ne fait qu’illustrer une confusion des esprits bien plus large , qui s’exprime  dans d’autres champs, notamment   l’Europe, de l’Est , le Proche-Orient ou l’Extrême-Orient.

Encore aujourd’hui, beaucoup de régimes dans le monde ne sont pas démocratiques,  mais il est d’usage de distinguer les démocraties  imparfaites où les apparences électorales sont sauves mais où la tricherie ou la corruption peuvent biaiser les résultats,   des vraies dictatures où aucun espoir de changer le régime par la voie électorale n’existe. Les droits de l’homme peuvent n’être respectés qu’imparfaitement dans le premier type de régime, ils ne le sont pas du tout dans le second.

A cette différence  bien connue, Hannah Arendt en a ajouté une autre, tout aussi fondamentale et aujourd’hui complètement perdue de vue : entre les dictatures classiques ayant certes  une idéologie mais ne cherchant pas à embrigader autour d’elles toute la population , se contentant de surveiller voire de de museler les opposants,  et les régimes totalitaires où « tout ce qui n’est pas interdit est obligatoire », où la surveillance policière se double d’un embrigadement idéologique de chaque instant , où non seulement les opposants mais encore tous les corps étrangers à l’idéologie d’Etat, comme les Eglises,  sont brisés. Là où une dictature classique ne réprime qu’à l’économie, visant d’abord les opposants, le régime totalitaire pratique les emprisonnements  voire les massacres  de  masse, où bien souvent les citoyens passifs sont mêlés aux vrais opposants (ne  disons pas les coupables !).

Le magistère catholique qui s’est souvent accommodé des dictatures classiques, a au contraire déclaré « intrinsèquement pervers » les régimes totalitaires.

Tout cela n’est que de la science politique classique.

Mais  qui l’apprend  encore ?

Si  on regarde dans le passé, Hannah Arendt, toujours elle, refusa de  mettre dans le  même sac les régimes vraiment totalitaires, communisme et nazisme,  d’un côté et de l’autre un régime idéologique « faible »,  en ce sens qu’il n’avait pas ni ne cherchait à détruire toute la société civile comme le fascisme italien, ou une dictature classique comme celle  de Franco en Espagne, proche de celles  d’Amérique latine.

Le sens de la nuance n’étant plus à la mode,   aujourd’hui on mélange tout.

Le régime de Bachar El Assad en Syrie est un régime autoritaire, dictatorial si l’on veut,  mais nullement  totalitaire : la société civile, le commerce, le bazar, les minorités religieuses  n’y  sont pas passées au laminoir de l’Etat. Il n’avait donc  rien au départ d’ « intrinsèquement pervers » ; comme   le   régime algérien actuel. Les horreurs de la guerre civile aidant, l’hystérie « droit de l’hommiste »  tend aujourd’hui à  confondre  le régime syrien avec un régime totalitaire et, ce faisant, de le tenir pour l’horreur absolue,  ce  qui est une erreur.

La Russie de Poutine est une démocratie imparfaite, comme sans doute le Maroc ; des pratiques anciennes (condamnations arbitraires, voire assassinats) s’y  perpétuent mais   de manière limitée. Comme pour  le Mexique du temps du Parti révolutionnaire institutionnel ou le Japon du Parti libéral démocrate, on peut parler de démocratie imparfaite, rien qui justifie l’excitation de beaucoup de socialistes y dénonçant avec véhémence les manquements aux droits  de l’homme, peut-être pas pires aujourd’hui qu’ils le sont dans l’Amérique du  Patriot Act.  La Russie est sans doute le pays au monde où les droits de l’homme ont fait le plus de progrès depuis  cinquante  ans. L’Inde est sans doute aussi une vraie démocratie quoique avec beaucoup d’imperfections.

La Chine est un cas à part : on peut la qualifier de régime totalitaire dégénéré ;  ce régime  a relâché son contrôle de l’économie au point de se rapprocher de l’économie libérale mais conserve une idéologie officielle, un parti unique  et un contrôle politique rigoureux, qui  se traduit par le maintien en détention de dizaines de   milliers de prisonniers politiques ; il n’en bénéficie pas moins d’une  indulgence   ( Tibet à part)   de la de la communauté internationale sans comparaison avec la sévérité dont on accable la Russie. 

Cuba, aux antipodes du Venezuela, est aussi un régime totalitaire dégénéré. Le Vietnam de même.

Seule la Corée du Sud offre aujourd’hui le visage originel des régimes totalitaires, déjouant, on le notera au passage,  le pronostic d’Arendt selon lequel il n’était possible de le réaliser que dans de grands pays.

Proche du  régime totalitaire, dans un tout autre genre, l’Arabie saoudite. Le contrôle de la société, au bénéfice d’ l’islam wahhabite y est étroit. La répression s’étend au-delà des seuls opposants politiques. S’éloigner de la norme  sociale ou religieuse suffit pour être emprisonné ou exécuté. Plusieurs Etat du Golfe persique sont à l’avenant. Des  régimes analogies se mettent en place, sous l’impulsion des Frères musulmans et  sous couvert de démocratie formelle,  en Egypte et en Tunisie, peut-être même en Turquie. C’est le même régime qui adviendra  en Syrie si Assad venait  à être renversé, à voir qui sont  ses opposants les plus déterminés.

L’Iran est aussi un cas à  part ; on peut le qualifier de totalitarisme religieux imparfait et dégénéré ; imparfait car  il préserve des procédures d’apparence démocratique à mille lieues de l’Arabie (même  si seuls ceux qui acceptent l’islam officiel  peuvent se présenter aux élections).  Dégénéré car la société civile s’y éloigne  à grande vitesse de la  norme idéologique. A bien des égards on peut le comparer à la Chine,  à la différence que l’ouverture au commerce international accélère la dégénérescence du totalitarisme en Chine alors que les   sanctions la  freinent en Iran, comblant sans doute les vœux du   régime.

Nous sommes on le voit bien loin de la hiérarchie promue par la presse internationale qui voit indistinctement en Chavez, Poutine et Assad d’effroyables dictateurs et se tait sur des régimes infiniment plus oppressifs comme ceux  de la Chine ou de l’Arabie saoudite.

Pourquoi une telle distorsion entre la réalité et sa perception ? Il ne faut pas en chercher bien loin la clef. Qu’est-ce qu’une dictature au plan international ? C’est,  ni plus ni moins qu’un régime opposé aux Etats-Unis, même s’il respecte très largement les exigences  démocratiques comme le Venezuela de Chavez. La  Yougoslavie de Milosevic avait laissé passer la plupart de ses villes à l’opposition, elle n’était pas moins aussi  qualifiée de dictature !  Et s’il s’agit d’un régime seulement autoritaire comme la Syrie, on l’amalgame aux pires des totalitarismes. Qu’est-ce qu’un régime, sinon démocratique, du moins  tolérable et exempt des feux de la critique ? C’est un régime ami des Etats-Unis, comme l’Arabie saoudite ou le Qatar,  ou  bien un régime qu’il convient de   ménager en raison de sa place dans l’économie  mondiale  comme la Chine ! 

 

Roland HUREAUX

 

 

 

Encycliques Divini redemptoris et Mit brennender sorge (1937)

Hannah Arendt, Le système totalitaire, Seuil.

Le Patriot Act donne à la police le droit  de perquisitionner les citoyens et les arrêter sans intervention de la justice ; le  président des Etats-Unis a désormais le droit de faire assassiner   qui il veut,  même des citoyens américains en dehors ou sur le territoire des Etats-Unis.

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15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 00:18

 

 

En élisant pape Mgr Mario Bergoglio, les cardinaux réunis en conclave ont  résolu la quadrature du cercle !  

Les Italiens (qui représentent  encore le quart du Sacré collège) voulaient un pape italien pour renouer avec leur gloire perdue. Et tous les autres, dit-on,  n’en voulaient pas.

Les Américains, surtout ceux du Nord,  voulaient un américain et, comme le gouvernement des Etats-Unis  se mêle de réformer la gouvernance de tous les pays du monde, ses cardinaux  exigeaient bruyamment que l’on réformât aussi la Curie.

Les  cardinaux du Sud voulaient un pape du Sud ; c’est du moins le souhait que leur prêtaient les journalistes, seulement freinés dans leur ardeur tiers-mondiste par le fait que les cardinaux jaunes ou noirs pressentis sont  tous plus conservateurs les uns que les autres !

En définitive, miracle : tous ces souhaits, apparemment  contradictoires, sont   (presque) exaucés.

Les  Italiens ont un pape de sang entièrement italien, fils d’un immigré et d’une immigrée italiens venus en Argentine dans les années trente et mariés sur place. Le nouveau pape a été élevé par ses parents en italien. Le sait-on ? 60 % de la population argentine est d’origine italienne.

Les Américains ont un américain, certes d’un pays moins ordonné que les Etats–Unis ou le Canada mais un américain quand-même : juste reconnaissance pour un continent qui représente aujourd’hui près de la moitié des catholiques.

Enfin les gens du Sud ont un homme du Sud, même si le peuple argentin est presque entièrement de race blanche,  d’origine et de culture européennes.

Pourquoi le premier pape jésuite alors que cet ordre a eu depuis 500 ans qu’il existe bien plus de poids à d’autres époques ?  Pour cette raison précisément : parce qu’il apparaît moins qu’autrefois un Etat dans l’Etat.  Les cardinaux et beaucoup de fidèles se méfiaient d’un pape qui ait été  trop lié à certaines grandes organisations  internes à l’Eglise : Communione et Liberazione (c’était le cas d’Angelo Sodano, archevêque de Milan, autre papabile) ou l’ Opus Dei. Par son ancienneté, par le progressisme qui l’avait un moment envahie, la Compagnie de Jésus a largement  perdu sa spécificité. Elle apparait même aujourd’hui à la « gauche » de l’Eglise, si tant est que cette expression ait un sens.

Faire la révolution dans l’Eglise en élisant un jésuite d’origine italienne, qui y aurait pensé ?

Enfin, l’Eglise ne recherche pas forcément les têtes nouvelles : Jorge Bergoglio, un des plus anciens élevés à la dignité cardinalice, avait été déjà, bien involontairement sans doute puisque il aurait  jugé alors la charge trop lourde pour lui, la principale  alternative à Joseph Ratzinger.    C’est parce qu’entre temps il aurait fait savoir discrètement qu’il accepterait ce fardeau, ce qui avait échappé à tous les faiseurs de pronostics, qu’il s’est trouvé le candidat naturel à sa succession.

Qu’il ait déjà 76 as et un demi poumon en moins n’a pas paru un inconvénient.

 

Conservateur et social

 

Conservateur du dogme et de la morale, le nouveau pape le sera évidemment comme l’auraient été tous les autres candidats envisagés. Non seulement parce que les nominations de Jean-Paul II et Benoît XVI ont encouragé cette tendance mais aussi parce que  le pape a fondamentalement la mission  de conserver, de garder, comme on dit, intact le « dépôt de la foi ».

Le choix audacieux de son nom, François, référence  au poverello d’Assise  (et indirect hommage à notre pays, puisque ce mot signifie Français), indique sans doute une orientation sociale dont témoignait déjà le style de vie de l’archevêque de Buenos Aires, familier des transports en commun et du contact direct avec le peuple, contempteur de l’ultra-libéralisme. On peut supposer qu’avec le pape Bergoglio qui sait mieux que personne ce qu’ont coûté les recettes du FMI au peuple argentin, Monsieur Camdessus ne cherchera plus  à s’infiltrer dans les couloirs du  Vatican ! Le progressisme social n’est, dans l’Eglise, contrairement à ce qu’imaginent  les ignorants amateurs de clichés, nullement contraire au conservatisme théologique.

Proche du peuple par ses origines pauvres – et sa qualité de supporter d’un club de football renommé ! - , gageons que ce pape sera plus intéressé par les déshérités de Rome que par les arcanes de la Curie. Il faut la réformer, dit-on partout, mais qui sait si le mal dont elle souffre n’est  pas précisément  ce que tout le monde lui propose comme remède : un excès de collégialité qui complique les circuits et dilue les responsabilités ?  

Déjà les contempteurs de métier lui cherchent  des poux dans la tête sur sa conduite durant la dictature du général Videla (qui fut aussi un temps de  guerre civile) ; il s’en est déjà largement expliqué. Heureux qui n’a jamais vécu en dictature pour pouvoir donner des leçons ! Les mêmes lui reprochent aussi son adhésion, un peu plus tôt,  à une organisation péroniste, qui se trouvait pourtant, sur l’arc politique,  à l’opposé des  généraux putschistes !

Ce qui doit nous rassurer, pour l’avenir non seulement de l’Eglise mais de la civilisation, c’est que, jeune homme studieux et jésuite astreint à 9 ans de noviciat , ayant étudié  non seulement  en Argentine, mais aussi au Chili , en Espagne, en Allemagne (hélas pas en France !) , il est sans doute, presque autant que son prédécesseur, immensément instruit. Bac plus 20,  au moins : l’avenir d’une certaine civilisation, celle-là même qui faisant tant d’horreur à Chirac, mais qu’avant lui Voltaire admirait,  et que Rome symbolise, est assuré. Le pape François  n’est pas européen mais il aurait pu  l’être !

Proche de la puissante communauté juive d’Argentine, il ne devrait pas inquiéter Israël. L’Université Al Azhar du Caire pense pouvoir reprendre avec lui le dialogue interrompu avec Benoit XVI : on se demande bien lequel ! L’Argentine est avec la France le seul pays où la Fraternité saint Pie X ait quelques bases : le nouveau pape connait donc assez le problème qu’elle  pose pour  le traiter avec doigté. On ne  voit pas en revanche ce qui peut prédisposer   cet  « extrême occidental »     à poursuivre le rapprochement avec l’orthodoxie, qu’il a peu fréquentée jusqu’ici. Ou encore la reprise du dialogue avec la Chine. Il s’agit d’enjeux capitaux pour l’Eglise. Mais sur ces sujets comme sur d’autres, nous ne sommes pas à l’abri de surprises.

 

Roland HUREAUX

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15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 00:16

 

 

Depuis que les papes sont redevenus chefs d’Etat  (1929), ils ont sans doute le privilège s’être, parmi leurs pairs, les plus cultivés,  et de loin.

Cela fut  particulièrement  vrai de Joseph Ratzinger,  devenu Benoît XVI,  dont tout laisse penser que « rien  de qui est humain ne lui était étranger » en matière , non seulement de théologie et de philosophie  mais même  d’histoire, de littérature, d’art : il  se plaisait, on le sait, à jouer  Mozart.  Peut-être pas aussi versé dans les sciences de la nature que Pie XII, il n’en ignorait cependant rien de ce qui est accessible au profane.

Comme la plupart de ses prédécesseurs, Benoît  XVI  parlait (et parle encore ! )  une dizaine de langues, dont le latin couramment, privilège devenu rare,  même à l’Université.

Benoit XVI n’est sans doute pas le premier pape à posséder ainsi au plus haut  degré ce que les Anciens appelaient  l’ humanitas. L’intelligence et la culture des pontifes romains suscitaient déjà l’admiration  discrète d’un  Voltaire. Mais par son passé  d’intellectuel, le dernier pape   surclassait sans doute  ceux qui l’ avaient  précédé.

Il est même probable que, tous critères réunis, Benoît XVI ait été  du petit nombre des  hommes les plus cultivés de la planète.

Quoi qu’on pense de l’émergence, hors d’Europe, d’un monde nouveau, un tel pape ne pouvait être que le  produit  de la vieille  Europe. Et, ajouterons nous, d’un monde en train de disparaitre : dans sa génération, l’apprentissage des   humanités classiques allait encore de soi, particulièrement dans la formation du clergé. Mais tant la baisse des exigences de culture générale dans l’enseignement public et privé, en France et ailleurs, que le concile Vatican II  réduisant la place du latin dans la liturgie ont créé un climat , qu’on le veuille ou non,  moins exigeant. Combien d'évêques français sont  encore capables de tenir une conversation en  latin ?

Cela est vrai en Europe, cela l’est encore plus hors d’Europe : ni l’Afrique  ni l’ Asie n’ont encore produit de grands théologiens, même si on nous dit que Mgr Sarah de Guinée est  un grand exégète et que Mgr Tagle, cardinal-archevêque de Manille  a obtenu son doctorat en théologie  summa cum laude.

Au travers d'une personnalité comme Benoît XVI,   l’Eglise a su aussi    transcender  l’antique et un peu courte  opposition de la raison et de  la révélation, de la science et de la foi , montrant   même qu’elles avaient   désormais  partie liée, dans un combat qui n’est autre que celui de la civilisation  contre toutes les formes de déraison.    Jean-Paul II avait exprimé cela dans  Fides et ratio et  Benoît XVI l’a redit  dans son discours de Ratisbonne. A cet égard, le magistère qu’exerce Rome est d’autant plus nécessaire aujourd’hui que la culture générale est le meilleur antidote contre le mode de pensée idéologique qui tend à se répandre un peu partout  et  dont on mesure chaque jour  les ravages dans la sphère publique. Le sens  de l ’histoire et celui  de la géographie sont inséparables : la culture générale est  aussi  le seul  moyen de communiquer largement. Un  homme cultivé est quelqu’un qui peut  se  faire comprendre  aux quatre coins de la planète. Le pape doit l’être mais pas seulement lui.

Peut-être,  cette fois-ci encore l’Eglise réussira-telle trouver  en son sein un cardinal qui ait des qualités  intellectuelles analogues à celles de ses prédécesseurs immédiats. Mais pour combien de temps ? La promotion des églises nouvelles d’Afrique d’Asie, d’Amérique latine est à la mode,  et c’est très bien,  mais il n’est pas sûr quelle disposent  encore du capital humain  et intellectuel pour prendre la suite de l’Europe sur le terrain de la culture.

L’Eglise ne vivant pas   en dehors de son époque, elle ne saurait  être, comme elle a pu l’être au Moyen Age  un isolat cultivant  la culture classique dans un monde qui l’ignorerait de plus en plus.  Les  temps ont changé : les intellectuels ne sont plus crus sur parole. Un minimum de fond culturel  commun est nécessaire  entre le magistère et les fidèles (et les autres) pour que s’exerce un magistère efficace.

L’élection du nouveau pape n’importe  pas seulement à l’Eglise, elle  importe aussi à la civilisation.

 

Roland HUREAUX

 

Voltaire, Essai sur les mœurs, Ed.Garnier 

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15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 00:14

 

On connaissait le fond de grossièreté qui réside chez beaucoup de socialistes, l’  air de clerc  jouisseur de ces notables de gauche issus de Mai 68 qui, depuis longtemps, ont abandonné les préoccupations  sociales pour la promotion de la libération sexuelle.  Fonctionnaires défroqués en goguette, ils diffèrent à cet égard d’une extrême-gauche qui, encore en lien avec la souffrance populaire, conserve le sens du tragique.

Cette paillardise avait sa figure emblématique : DSK.  Elle a  trouvé sa  victime expiatoire :   l’Eglise catholique.

En témoignent des comportements  qui pourraient  surprendre dans un parti que l’on croyait  devenu raisonnable : ainsi  la réception insultante de l’archevêque de  Paris par la commission de  l’Assemblée nationale en charge du projet de « mariage pour tous » ( qui a choqué le Grand Rabbin de France lui-même !) ou la plaisanterie douteuse de Michèle Delaunay, secrétaire d’Etat en charge des  personnes âgées ne trouvent rien d’autre à dire après  l’annonce de la démission du Saint Père  que: "Benoît XVI a omis de me consulter avant de prendre sa décision."

 

Un profond sentiment anticatholique

 

N’en doutons pas : ce n’est là que la pointe immergée d’un sentiment antichrétien ou plutôt  anticatholique aujourd’hui   dominant au parti socialiste. Hostilité assortie d’un mépris qui fait qu’on ne cherche même plus à comprendre ce  que pourrait être la logique interne des positions d’une Eglise dont on a choisi de  tout  ignorer.

Caractéristique de cette ignorance est l’appel de Cécile Duflot   aux diocèses pour qu’ils hébergent dans leurs locaux les sans-logis : la pitoyable ministre écologiste (les Verts ne valent pas mieux que les socialistes sur ce registre) semblait tout ignorer de l’action  caritative d’une Eglise plus  impliquée que quiconque sur ce terrain. 

Tout cela pourrait rappeler  les bonnes grosses blagues des banquets d’instituteurs  des années trente. Mais les temps ont changé : on ne daube plus la soutane ou les abus supposés du vin de messe ; on ne chante plus Le curé de Camaret, on ressasse les  poncifs des  médias,  largement sur la même longueur d’onde : Pie XII, le pape nazi (dont presque tout le  monde reconnait pourtant aujourd’hui qu’il a  fait le possible pour limiter le désastre), le préservatif, l’avortement et maintenant le « mariage »   homosexuel.  Autrefois le différend portait surtout  sur les dogmes, aujourd’hui sur  la morale.

On n‘explique pas autrement que par ce bouillon de culture dans lequel baigne désormais le parti socialiste le commentaire scandaleux du président de la République à l’issue de la démission de Benoît XVI : « Nous n’avons pas de candidat ».

Car  les banquets socialistes sont une chose, la parole  du chef de l’Etat en est une autre. Par ce genre de plaisanterie un peu lourde, François Hollande   ne fait pas honneur à  la France, surtout si on la compare  à la dignité, à la hauteur de la réaction des chefs d’Etat du monde entier à l’émouvante  décision de Benoît XVI.

 

Les vrais hommes d’Etat et les apparatchiks

 

En d’autres temps, d’autres chefs de l’Etat français, étaient  issus, plus encore que le président actuel, du vivier laïcard : Vincent Auriol, Georges Pompidou, Jacques Chirac.  Aucun  ne se serait permis ce genre de plaisanterie.  

En s’élevant dans les sphères de la grande politique, en  étant chaque jour confronté  au tragique de l’histoire, les vrais  hommes d’Etat, même s’ils sont en désaccord sur tel ou tel sujet avec le magistère catholique,  n’ont plus envie de plaisanter avec le fait religieux. Croyants ou pas,  ils en mesurent la dignité et la gravité. Georges Pompidou, agnostique au départ,  se rapprocha de la foi, au point de demander  des obsèques grégoriennes, Jacques Chirac  quoique éloigné de la religion en son for intérieur, fut toujours déférent vis-à-vis du monde ecclésiastique.   

Faut-il rappeler le cas de François Mitterrand : élevé, lui,  en milieu clérical,  rallié à la gauche certes,  mais qui fut   toujours respectueux   de l’Eglise catholique   dont il était suffisamment familier pour en connaître les subtilités et en mesurer la grandeur ? C’est ainsi qu’il sut   accueillir en 1983 le pape à Lourdes par un discours de haute tenue sur les relations de l’Eglise et de la France dont il faut bien dire  qu’il surclassait celui, plus convenu, de Jean Paul II.  Il cachait  peu en privé  son mépris pour  l’anticléricalisme  élémentaire  du parti  socialiste.   

Reste  le cas de Nicolas Sarkozy,   très ignorant des finesses de la culture chrétienne,  mais  désireux de lui témoigner sa sympathie, non sans quelques arrière-pensées et    beaucoup  de maladresse.

Dans cette question des rapports avec l’Eglise, François Hollande a montré qu’il était resté un socialiste de base, un apparatchik sans envergure. Rien qui fasse honneur à la France.

 

Roland HUREAUX

 

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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 20:34

 

L’éloquente  intervention à la tribune de l’Assemblée nationale de Bruno Nestor Azérot,  député de la Martinique,  inscrit à la Gauche démocrate et républicaine, contre le projet de loi instituant le « mariage »  entre personnes du même sexe, a eu le mérite de rappeler que,  dans cette affaire, le véritable esprit social ne se trouve pas forcément  là où on croit.

C’est particulièrement vrai  dans les Antilles, terre au douloureux passé,  où les esclaves, parce qu’ils étaient tenus pour des choses,  furent longtemps interdits de mariage. Le droit de se marier et de fonder une famille, composée d’un homme et d’une femme,  est  inséparable de leur émancipation.

Nul  n’ignore que derrière la revendication d’un « mariage  pour tous », c’est en réalité le « mariage pour personne » qui se profile. Les partisans les plus acharnés du projet de loi  ne cachent guère  que l’institution du mariage homosexuel est  une première étape avant la suppression pure et simple du mariage tout court. Comment s’étonner, dès lors, de la quasi-unanimité de parlementaires ultramarins, droite et gauche confondus, contre le projet ?

Mais le mariage fut aussi une grande conquête sociale dans l’Europe occidentale.

 

Le mariage : un privilège qui se démocratise

 

Dans l’Antiquité, il était le privilège des classes supérieures, organisées par  gens  et, par extension, des citoyens libres. Les esclaves en étaient exclus : dans la promiscuité de l’ergastule, bien peu d’enfants avaient la chance  d’identifier qui était leur père et même leur mère ; les maîtres se réservaient le droit de séparer les  hommes des femmes, les parents des enfants. Il ne devait pas en être très différemment, parmi les serfs, aux heures les plus sombres du Moyen-Age.

C’est à partir du XIIIe siècle que la famille moderne émerge  peu à peu, sous l’influence du christianisme,  avec la diffusion de plus en plus large des noms de famille et  d’un mariage formalisé.  Le peuple trouve ainsi une dignité qui avait été jusque-là l’apanage de  la seule aristocratie. Il peut s’inscrire lui aussi dans une généalogie.

La Réforme catholique et protestante, visant à réformer les mœurs, souvent ressentie comme oppressive, eut néanmoins  pour effet de renforcer la famille à tous les étages de la société.   Non sans entrer en conflit avec la monarchie, l’Eglise  catholique s’autorise à marier  les enfants  majeurs sans le consentement de leurs parents, ce qu’un esprit aussi ouvert que Rabelais n’admet pas (Tiers Livre, chapitre XLVIII). Un rituel plus élaboré  et les premiers registres paroissiaux consolident l’institution. La Révolution française éclate dans un pays dont les mœurs n’avaient peut-être jamais été aussi régulières . Ce n’est  pas un hasard : à familles solides, citoyens libres.  L’état civil républicain, le Code civil systématisent les pratiques antérieures.  Ils ne sont    pas séparables de l’émergence  de la démocratie moderne.

Emmanuel Todd   a montré comment l’esprit républicain s’est diffusé dans les régions de France, surtout  méridionales,  où la structure familiale était assez solide pour  permettre aux clans paysans de se soustraire à l’emprise des notables (ce qui se produit aussi dans  les pays alors de droite comme le Pays basque). Le bassin parisien, où les  structures  familiales  sont plus  éclatées ne permet guère, en dehors de Paris, l’organisation de cette culture  populaire forte.

 

Le simplisme libertaire

 

La véritable histoire du lien familial se  situe ainsi   aux antipodes de la doxa  qui fonde aujourd’hui la revendication libertaire.  Pour celle-ci, la famille ne serait qu’une  institution oppressive venue du fond des âges, basée  sur   la domination exclusive de l’homme, l’interdiction de la recherche individuelle du bonheur, voire de l’amour,  et naturellement  la répression  de l’homosexualité. A partir de cette vision idéologique simpliste,  tout ce qui affaiblit  l’institution du mariage est tenu pour progressiste,  surtout si se trouve en même temps transgressé l’héritage judéo-chrétien. 

Qui ne voit pourtant que la revendication libertaire, telle qu’elle s’est développée à partir des années 1970  coïncide avec la montée de l’  ultra-libéralisme et en est sans doute inséparable ?   La déconstruction de la famille, dont le mariage dit  « gay » est une étape, se trouve évidemment  en phase avec celle de la plupart des réalités qui   permettent à un peuple de se structurer : l’école, la culture générale et la mémoire collective, l’Etat,  la commune, la langue etc. Cette déconstruction, dont l’  application absurde du principe de non-discrimination n’est évidemment  qu’un prétexte, ne peut que déboucher sur une société atomisée, somme d’individus égarés, masse fongible et malléable à la merci des forces aveugles de la mondialisation.

Loin d’être un progrès, le député de la Martinique nous en apporté une belle démonstration, l’instauration d’un mariage homosexuel, brouillant le repère encore  fondamental de la distinction  des  sexes, au nom de la théorie anglo-saxonne du genre,  et permettant de tenir dans certains cas l’enfant pour un objet, constitue    une considérable régression sociale. Que le parti socialiste en fasse son cheval de bataille, témoigne seulement de la déréliction du socialisme contemporain.


Roland HUREAUX


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Si l’on se réfère par exemple ay nombre de naissances hors mariage, très faible avant la Révolution.

Emmanuel Todd,  L’invention de la France, 1979.

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