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Roland HUREAUX

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 15:17

 

 

Paru  dans Atlantico

 

Qu’à de rares exceptions près,  les députés socialistes aient voté comme un seul homme  la loi instaurant le mariage des homosexuels, alors qu’on connait les réticences personnelles de beaucoup, fait quelque part froid dans le dos. Pour les observateurs, jamais de telles pressions n’ avaient été exercées par le parti socialiste sur ses membres.

Que l’on puisse jouer la discipline de parti, au rebours de tout ce qui se fait aujourd’hui en matière sociétale dans les démocraties  avancées, dans une affaire qui devrait relever de la   conscience de chaque député, jette une lumière inquiétante sur la nature d’un projet que nous n’hésitons pas à qualifier de pré-totalitaire.

L’ expression  paraitra sans doute exagérée à beaucoup mais  elle se justifie si on considère la mécanique politique et intellectuelle qui le sous-tend.   

Un projet qui ne vise pas, on l’aura compris, à   résoudre les problèmes réels de  « certaines catégories de personnes ». Ces problèmes, sociaux, fiscaux,   successoraux, à supposer qu’ils n’aient pas été  réglés  par le pacs, déjà  très généreux, pourraient  l’être, de toutes façons, sans bouleverser l’ensemble du droit de la famille. 

Le projet vise,  tout le monde le sait,  à imposer par la loi   une  doctrine officielle  et radicalement  nouvelle  dans un domaine  fondamental de la condition humaine  qui est  celui du  rapport de l’homme et de la femme.

Cette doctrine, c’est la théorie du genre :   elle  pose, non pas l’égalité comme on l’imagine, mais, ce qui n’est  pas la  même chose, l’équivalence stricte,  la fongibilité, l’interchangeabilité de l’homme et de la femme. Le   projet de loi originel  rayait de nos codes, dans cette logique, toute mention d’une  distinction des sexes ; les parlementaires sont provisoirement revenus là-dessus,  mais l’  objectif demeure: « deux pas en avant, un pas en arrière » disait  Lénine.

Qu’un tel projet ne soit pas conforme à la nature, est-il nécessaire de le démontrer ?  Mais les idéologues qui le promeuvent récusent la notion de nature. La nature ainsi remise  en cause n’est d’ailleurs  pas seulement la nature humaine mais  quelque chose de bien plus ancien puisque la reproduction sexuée, merveille de l’univers, date de près d’un milliard d’années.

Il  y a plus : faisant violence à la nature, le projet fait aussi violence à la langue, institution immémoriale.   Avant de changer la nature, la loi se propose  de changer le sens des mots. A commencer, par le mot « mariage ».

De quelque manière qu’on retourne  la question, le mariage a été,  depuis toujours,  défini comme une relation entre  un homme et une femme.   

Littré : Union d'un homme et d'une femme consacrée soit par l'autorité ecclésiastique, soit par l'autorité civile, soit par l'une et l'autre.

Académie française : Union légitime d'un homme et d'une femme, formée par l'échange des consentements que recueille publiquement le représentant de l'autorité civile.

Fait de culture, la langue entretient  cependant une relation particulière  avec la nature : comme elle, elle n’a pas eu besoin de l’Etat pour se constituer. Et pour cela sans doute,  une bonne langue exprime « naturellement »  les choses.  Cela est  particulièrement vrai de la langue française : le vieux Boileau faisait du naturel une règle fondamentale du style. Tout le contraire de la langue de bois idéologique. 

Tel qu’il  a été institué  dans les différentes civilisations,  le mariage n’est sans doute pas un fait de nature mais il n’en répond  pas moins aux    exigences de celle-ci. Il est ainsi en étroite corrélation avec les particularités de  la reproduction humaine qui exigent un homme et une  femme, certes,  mais aussi un temps de maturation du petit  d’homme  et donc une stabilité familiale plus longs  que chez les autres  espèces animales.

Et par là,  le   mariage sert  d’abord à régler la filiation.  Si le  plaisir sexuel  n’avait  rien à voir avec la  reproduction des hommes, l’institution du mariage serait  inutile. Des tas de gens  éprouvent un immense plaisir à manger et boire  ensemble ; pourtant  aucune institution  publique  n’a jamais  encadré les amateurs d’agapes, et heureusement.   

 

Un coup d’Etat linguistique

 

En appelant mariage ce qui n’en est pas un au regard tant du  dictionnaire que d’usages ancestraux, le projet de  loi Taubira  effectue donc  un véritable coup d’état linguistique.  En  posant  l’équivalence de la relation homme/femme et des relations homme/homme et femme /femme et donc l’équivalence homme/femme elle-même,  le projet de loi, dans  la mesure où, en réalité, cette équivalence n’existe pas, vise à  instituer  un mensonge officiel.

Ce mensonge officiel  se prolongera dans des    mensonges particuliers: un couple homosexuel  pourra dire à un enfant adopté  ou porté par autrui que celui qui n’est pas son père est son père, que celui qui n’est pas sa mère est sa mère. Au risque, est-il nécessaire de le rappeler, de le perturber gravement.

La loi veut d’abord  forcer  le  sens des mots.  Mais c’est pour forcer le réel : comme Dieu,  le législateur idéologue veut recréer le monde par les mots : « Au commencement était le Verbe », « Il dit et cela fut ».   Pour faire coller le nouveau sens des mots  avec le réel, la loi  forcera donc  aussi la nature, par les techniques que l’on connait : procréation médicalement  assistée pour homosexuels, recours à la  gestation pour autrui, lesquelles devront être, selon la loi,   tenues pour strictement équivalentes de la procréation naturelle.

 

Les trois effets pervers de l’idéologie

 

Viol de la langue, viol de la nature. De cette situation résultent trois effets  que l’on retrouve dans toute démarche totalitaire :

 

D’abord le caractère révolutionnaire.  S’inscrivant en rupture avec la nature, la loi s’inscrit aussi en rupture  avec le passé ; elle disqualifie donc  ce passé,   tenu selon l’expression de Marx  pour  une  longue préhistoire, le temps où on pensait encore naïvement qu’un homme et une femme n’étaient pas interchangeables dans le processus reproductif ! Un temps  marqué  par l’ignorance, les préjugés, la  discrimination !  C’est donc à une véritable mutation de la civilisation  que l’on nous invite,  d’autant qu’il n’est pas nécessaire d’avoir lu Freud  pour savoir à quel point  la sexuation est centrale dans toute  culture.

Cette mutation signifiera , n’en doutons  pas,  une nouvelle disqualification du passé, de la mémoire collective, de l’histoire des hommes  et même, à terme,  de la culture dans son ensemble : qu’au cours de plusieurs siècles de création artistique , hommes et femme ne se soient pas habillés de la même manière sera interprété non comme  une chose naturelle et encore moins  l’effet de la civilisation, mais comme la marque d’un passé révolu : en les emmenant au musée,  il faudra expliquer au enfants que tout cela est terminé.

 

Ensuite le caractère obsidional et terroriste.

Si le changement de civilisation qu’on se propose d’imposer par la loi est si considérable,  il définit un avant et un après.  Ceux qui se réfèrent  à la nature sont de l’avant ; ils sont du passé ; ils sont « réactionnaires ».  Ils ne méritent donc  aucune indulgence.  Au mieux, ils seront tenus pour de braves bêtes à rééduquer, comme certains n’hésitent pas à le suggérer.  Rééducation, camps de rééducation : autre nom des camps de concentration. 

Cet avant et cet après discriminent le réactionnaire du progressiste. N’en doutons pas, le jour où  des   idéologues inventeront qu’il est mieux de marcher sur  les   mains, ceux qui s’y opposeront    seront tenus pour  des réactionnaires !  

Sur fond de philosophie historiciste où  ce qui advient est toujours mieux que ce qui était, la mutation est ainsi  sa propre justification  et à ce titre justifie les procédés d’intimidation terroriste. 

Circonstance aggravante :   au fond d’eux-mêmes, les idéologues  savent  qu’ils ont tort et que, quoi qu’ils prétendent, la nature existe. Ils savent par conséquent que l’idéologie qu’ils prétendent imposer rencontrera des résistances. Avant même que ces résistances se manifestent, ils se savent  en état de siège, en position obsidionale. Ils savent   par conséquent, qu’il sera difficile de faire comprendre au peuple, tenu  pour près de la nature,  pour naturellement « conservateur »,  l’intérêt de la mutation qu’ils  se proposent de lui imposer. S’il y a des opinions  contraires, elles ne sauraient  donc  être débattues de manière normale. Sachant bien que ces opinions contraires ont avec elles la nature, la raison,   l’histoire,    les idéologues répugneront à  les affronter à la loyale. Ils  ne pourront que les vilipender avec violence, insulter  ceux qui les professent, notamment en dénonçant leur caractère supposé réactionnaire.  C’est, de manière plus ou moins ouverte, ce que à quoi nous assistons   aujourd’hui   dans  les médias.

Significatif est  le climat de haine qui s’y instaure   vis à vis des opposants à ce projet, tenus pour « homophobes » que le site du parti socialiste a entrepris de ficher.  Une haine et un manque d’objectivité qui passent  toutes les bornes dans les radios et télévisions de service public, lesquelles   devaient pourtant refléter  sereinement l’ensemble des points de vue.

Témoin d’une dangereuse dérive :    la falsification grossière du nombre des manifestants hostiles au projet  qui ont défilé le  13 janvier. Certes, les décalages entre les communiqués  officiels et ceux  des organisateurs ont toujours existé mais jamais à notre connaissance, l’écart n’a été tel.

Ainsi l’idéologie, comme toute doctrine contraire à la nature et à l’histoire, porte avec elle  l’intolérance, l’impatience,  l’intimidation.

La révolution bolchevik avait prétendu supprimer la propriété, le marché et le sentiment religieux,    réalités naturelles  elles aussi : elle  ne put  le faire que  par la terreur.

Il va de soi que si la loi n’outrepassait pas son domaine  normal qui est d’organiser la vie en société  ou l’économie, si elle  n’ambitionnait  pas une transformation prométhéenne de l’un ou de l’autre  des fondamentaux de la nature humaine, elle n’aurait pas besoin de tels moyens.      

C’est précisément parce que le mariage de deux personnes du même sexe est un projet idéologie que le parti socialiste – et la caste médiatique qui est sur ce sujet en symbiose avec lui, se cabrent.

 

Le troisième  caractère découlant de prémisses que nous avons vues, c’est la police des mots.

Puisque pour forcer la nature, on aura, au moyen de la loi,  trafiqué le sens des mots, il faudra  veiller à ce qu’une fois  la  loi votée, le naturel  ne revienne pas au galop. Que la population comprenne bien que le mariage entre un homme et une femme n’est plus qu’un cas particulier, que la gestation pour soi et la gestation par  autrui sont rigoureusement équivalents, que la notion de papa et de maman sont  des réalités culturelles toutes relatives.

Pour cela deux instruments.

D’ abord la justice. Déjà,  elle poursuit toute mise en cause publique de la stricte équivalence  morale ou  sociale de l’hétérosexualité et de l’ homosexualité , au  nom de la loi n° 2003-239 du 18 mars 2003  aggravée en   2004  à la suite d’une fausse  agression  homophobe,  qui s’est avérée ultérieurement une  manipulation. C’est en partant de  de faux attentats (ainsi l’incendie du Reichstag du 27 février 1933 ou l’assassinat supposé de Kirov le 1er décembre 1934)  que les machines totalitaires se mettent en place.   Attendons-nous à ce que, si   la loi est votée, la  répression policière et judiciaire de tous ceux qui mettront en cause le nouveau dogme  se renforce à tous les niveaux. Malheur à qui ne parlera pas la langue de bois ! « Il vient toujours une heure dans l'histoire où celui qui ose dire que deux et deux font quatre est puni de mort. » (Albert Camus).

La justice,  et  l’école. Comme la vérité sort de la bouche des enfants, c’est eux que visera en priorité   la propagande officielle.  Lutte contre l’homophobie renforcée et désormais entendue  de manière large : toute entorse à la théorie tombera sous ce chef. Si l’enfant dit  que le roi est nu alors que la loi a dit qu’il était habillé, malheur à l’enfant. Les livres de littérature, d’histoire, de sciences naturelles (pour ces derniers, on a déjà commencé sous Sarkozy !)  devront être réexaminés. Le dictionnaire lui-même sera   révisé  en fonction des nouvelles théories. Puis la grammaire : le masculin   et le féminin ne structurent pas seulement la famille,  mais la langue : aujourd’hui le Dalloz, demain le Bled ! La novlangue, selon l’expression prémonitoire de  George Orwell, n’est pas  loin. 

L’administration jouera aussi son rôle : depuis l’institution du  Pacs les documents administratifs portent la mention Mariés/ Pacsés   pour  bien affirmer la normalité  du Pacs. Les  mêmes  documents ne porteront non plus M. et Mme mais,    pour   inculquer  la nouvelle vérité officielle,  des catégories  neutres, telles parent 1 et parent 2. Les maires à qui François Hollande a laissé croire qu’ils pourraient pratiquer l’objection de conscience déchanteront : l’admettre serait remettre en cause toute l’édifice idéologique.

De fil en aiguille, à partir de cette donnée apparemment circonscrite que  constitue le droit du mariage, c’est  toute la  société qui se trouvera  infectée par l’esprit de mensonge,  l’idéologie  et la langue de bois. C’est toute tout la société  qui s’habituera à obéir, contrainte  et  forcée,  au mensonge idéologique officiel, aujourd’hui  dans ce domaine,  demain dans d’autres,   après-demain dans tous.

C’est pourquoi nous pensons que dès lors que le projet de loi Taubira s’en  prend à la langue, à la nature, et à une histoire multimillénaire, elle porte en germe un nouveau  totalitarisme.  Cette  dérive, c’est ce que   nous voulons à tout prix éviter. Le  combat que nous menons, ce n’est pas d’abord un combat   pour la religion,  ni pour la morale, même pas pour le respect de tous les enfants,  c’est  d’abord un combat pour la liberté.   

 

Roland HUREAUX

 

 

 

Par exemple, Marianne.fr du 14 janvier 2013 – article de Maurice Szafran

Cf. Roland Huntford, Le nouveau totalitarisme, 1971, essai sur la société suédoise. 

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 15:16

 

Paru  dans Atlantico

 

On ne comprend pas l’obstination de François Hollande et de la plupart des   socialistes à faire passer en force le « mariage » homosexuel  si on ne voit pas dans quelle vision de l’histoire, totalement simpliste, elle s’inscrit.

Dans la culture  (il faudrait plutôt dire inculture !)  socialiste d’aujourd’hui, l’histoire de France  n’est depuis 1789 qu’une longue marche en avant vers la lumière et   le progrès que rien n’est venu interrompre et sur laquelle aucun doute n’est permis.

Curieusement, les contre-révolutionnaires de type Civitas, pour qui 1789 est le  début d’une longue descente aux enfers de notre pays par le triomphe   supposé de l’ individualisme, ne voient pas les choses autrement !  

Dans cette perspective linéaire, le « mariage pour tous »  est la suite logique de l'égalité des droits prônée par la Déclaration des droits de l’ homme et du citoyen du 26 août 1789, comme la légalisation de l’homosexualité, émancipant la loi et la morale   des « tabous religieux »  prolonge  la laïcité de  Jules Ferry. Peu importe que l’Assemblée constituante  n’ait jamais pensé que le droit au mariage puisse faire parte des droits naturels et imprescriptibles ni  a fortiori que la relation d’un duo  homosexuel puisse avoir la qualité de mariage. Peu importe que la morale laïque à laquelle se référait Jules Ferry ait eu, pour lui,  un caractère universel  et pérenne,  qui n’eut laissé aucune place à un  « mariage homosexuel ».  Inspirés par un  hégélianisme de supermarché  pour lequel la   vérité morale et politique est à chercher dans l’air du temps, les socialistes  diront que l’évolution de mœurs est en soi normative, que les normes n’ont aucun caractère fixe, qu’elles évoluent avec les époques  et qu’il est donc normal  que ce qui paraissait impensable pour la gauche du XIXe siècle apparaisse  comme un progrès dans   les générations ultérieures, plus éclairées cela va de soi . Les mœurs précèdent d’ailleurs généralement la loi et le rôle d législateur sera de « mettre la loi en conformité avec les mœurs ».  De  cette évolution à sens unique vers le progrès et le bonheur de l’humanité, la gauche se flatte de représenter  l’avant-garde parce que, fille  des Lumières, elle croit n’être prisonnière  d’aucun dogme. Et face à cette évolution, il y a, comme il y a toujours eu, selon elle, des forces résistance, voire de réaction qui n’ont que le défaut d’avoir  un temps de retard. Parmi ces forces, la droite, les religions en général,  mais  particulièrement l’Eglise catholique.

Cette position philosophique très  simplificatrice explique largement le  comportement de la majorité actuelle « sur l’ouverture du mariage aux personnes du même sexe ».

D’abord le refus du débat. Entre ceux qui s’estiment  dans « le sens de  l‘histoire »   et ceux qui sont supposés contre, les rétrogrades, les réactionnaires,  aucun débat n’est possible, comme entre  ceux qui sont inspirés par l’Esprit Saint (l’Esprit absolu en l’occurrence que Hegel avait cru voir souffler à Iéna), et ceux qui ne le sont pas. Qu’importe l’opinion des seconds, puisqu’ ils sont destinés, comme le disaient les marxistes,  aux « poubelles de l’histoire ». La tyrannie du sens de l’histoire dispense de  tout débat sur le fond : savoir ce qui est bon ou pas pour la société n’a, dans une telle perspective,  aucune importance.

La deuxième conséquence est leur insensibilité aux résistances. Les socialistes sont persuadés que, comme tant de fois dans le passé  les rétrogrades feront une crise  d’urticaire sur le moment, analogue  à l’intolérance provisoire  de l’organisme à un corps étranger, puis, la crise surmontée, ils se feront  à la nouveauté. C’est  en particulier le cas, selon eux, des catholiques qui se sont faits au travers du temps à la Révolution française, à l’école laïque, à la République, au divorce, à la séparation de  l’Eglise et de l ‘Etat, au progrès social, à l’égalité homme-femme,  à la légalisation de l ’avortement, au Pacs etc. Même si aujourd’hui, ils    sont un million à manifester, ils finiront bien par se calmer et s’adapter comme ils l’ont toujours fait ; c’est ce qu’a dit  le président de la République lors de l’audience qu’il a  accordée à Frigide Barjot.

Or nous pensons que sur à peu près tous ces sujets, les socialistes ont tort.

 

La double erreur des socialistes

 

D’abord l’histoire n’est pas aussi simpliste que ce qu’ils croient. Un examen attentif de l’histoire des deux derniers siècles nous éloigne de cette  vision à bon marché  que nous venons d’évoquer et  qui a suffi  aux nombreux énarques se trouvant dans le gouvernement actuel à passer l’épreuve du troisième jour de l’ENA.

Cette histoire n’est pas, autant  qu’ils  le croient,  une marche en avant uniforme vers le progrès, pas plus qu’elle n’est, comme le considèrent les intégristes, une lente et progressive descente aux enfers.  L’héritage de 1789, ce sont d’excellentes choses ; ce sont aussi les grandes idéologies criminelles du XXe siècle, en tous les cas le marxisme.  La gauche qui se veut la grande prêtresse du  sens de l’ histoire a poussé  entre 1900  et 1970 dans le sens du  progrès social : meilleure  sécurité juridique et financière des  travailleurs,  intervention de l ’Etat dans l’économie ,  développement des droits sociaux.  Or  depuis les années quatre-vingt, la montée de l’ultra-libéralisme  à l’échelon international fait que le détricotage de toutes ces avancées apparaît tout autant  dans le  sens de l’histoire, surtout s’il se fonde sur  l’alibi   européen. Pour cette raison, la gauche (en dehors d’une aile chevènementiste juge « moisie ») qui n’a pas d’autre dieu que ce  prétendu sens,  est  forcée d ’admettre ces reculs, quand elle n’est n’en prend pas l’initiative.

La colonisation fut, au temps de Jules Ferry et de  son propre aveu, dans le  sens de l’histoire ; elle  ne l’est plus depuis longtemps. En attentant peut-être que  le néo-colonialisme, comme le néo-libéralisme, le soit à nouveau. Ne serait-ce pas le sens des événements du Mali ?

D’ailleurs qu’est-ce qui est un progrès et  qu’est-ce qui ne l’est pas ? La promotion  des langues régionales était réactionnaire sous Jules Ferry, elle est aujourd’hui progressiste. La promotion de l’homosexualité mieux portée chez les personnages   de Proust que chez ceux de Zola, aussi, soit dite en passant. A voir Martine Aubry, maire de Lille, imposer la viande hallal à   tous les écoliers et réserver  à  certaines heures les  piscines aux femmes, on peut se demander si la laïcité est encore de gauche et, en tous les cas, dans le sens de l’histoire. Il semble bien que, pour les socialistes, la seule laïcité   admissible soit celle qui combat  l’Eglise catholique, même quand celle-ci ne se réfère, comme c’est le cas aujourd’hui,  qu’à une morale universelle que n’aurait pas  désavouée Jules Ferry.  

L’Eglise catholique n’a pas toujours été depuis deux siècles    , contrairement à ce qu’on croit rue de Solferino,  un frein au supposé « progrès ».   Ainsi l’encyclique Rerum Novarum  de 1891 qui remet en cause le capitalisme libéral,  est apparue prophétique avec le recul. Quand Rome  condamne en 1937 à quelques jours d’intervalle le nazisme et le communisme, elle est apparue rétrograde à beaucoup d’intellectuels de ce temps qui pensaient que la démocratie avait fait son temps  et que seuls les régimes autoritaires étaient désormais dans le sens de l’histoire. Or l’avenir a montré que c’était elle qui avait raison, non seulement au regard de la morale mais aussi de l’histoire.  L’Eglise a plutôt précédé que suivi le mouvement  de décolonisation en promouvant très tôt le clergé indigène.

S’agissant de la prétendue résignation des catholiques aux changements imposée par les   « progressistes », il ne  faut pas tout mélanger. La Révolution française n’a jamais fait l’objet d’une condamnation « en bloc » par la papauté, seulement la Constitution civile du clergé,   abrogée par le Consulat au bénéfice d’un  Concordat  négocié avec  la papauté. La République, contrairement à ce qu’on croit, n’a jamais été remise en cause dans son principe ;  si, pour des raisons  sociologiques,  les élites  catholiques furent plutôt   monarchistes au XIXe siècle, elles étaient, pour les mêmes raisons,     républicaines en Irlande.  L’Eglise  a dû accepter l’école laïque mais, une école catholique s’est reconstituée au fil des ans et,  quand la gauche a voulu  nationaliser celle-ci  dans les années quatre-vingt, c’est elle qui perdu, le monopole d’Etat  qu’elle défendait ne correspondant plus à l’air du temps. L’Eglise catholique, quoi qu’en pense un mouvement féministe enfermé dans une doxa encore plus simpliste, n’a jamais contesté l’égalité de droits des femmes. C’est plutôt la gauche qui a bloqué leur droit de vote entre 1918 et 1945.  La loi de 1905 séparant l’Eglise et l’Etat  a été amputée des associations cultuelles que  le pape refusait ; la République s’est contentée de renvoyer au droit canon les questions d’organisation du culte. La loi Veil était au départ une loi de compromis, à mille lieues de la liberté totale de l’avortement telle qu’elle  existe par exemple aux Etats-Unis ;  le pacs  qui, à la suite d’une pétition  des maires de France, ne se célèbre pas en mairie, n’a pas l’immense  portée symbolique qu’aurait un mariage des homosexuels selon la forme commune. On peut continuer de cette manière à montrer que les choses ne sont pas aussi linéaires  que ce qu’on imagine aujourd’hui au  parti socialiste.

C’est pourquoi les socialistes, font, dans  la question du mariage homosexuel,  une double erreur d’analyse.

Disons-le : loin d’être le parti du progrès, il se peut que ce parti  soit devenu  celui de tous  les délires idéologiques. On le sait dans des domaines  comme l’éducation nationale  où la même gauche qui se targuait  d’avoir construit l’école publique en France, en a soigneusement sapé les fondements tant par des réformes pédagogiques hasardeuses que par  un égalitarisme abstrait  dont l’ultime avatar est le projet de Vincent Peillon de supprimer les notes !  

On voit  au plan  international les ravages d’un  droit de l’hommisme abstrait  - qui est aussi le fait, il faut bien le dire,  celui du gouvernement américain et de l’Europe : n’est-ce pas lui qui met  à feu et à sang des pays comme l’Egypte, la Tunisie, et bien entendu  la Syrie,  plongés aujourd’hui dans une crise grave  résultant directement de la volonté de leur imposer  une démocratie formelle de type occidental ?

La gauche se vante d’être  dans le sens de l’histoire : mais  qui a vu venir en son sein,   la chute de l’Union soviétique ?

C’est pourquoi nous sommes fondés à penser que, dans les questions sociétales,  comme autrefois face au libéralisme triomphant ou à  la  montée des totalitarismes dans les années trente, l’Eglise catholique, ainsi que  ceux que ses positions  inspirent, croyants ou non,  apparaissent  non comme des rétrogrades menant un combat d’arrière-garde ,    mais comme des  garde-fous  (au sens strict du terme : ceux qui nous gardent de la folie ambiante) ayant eu et ayant encore l’immense mérite de garder le bon sens, quand une partie du monde  politique  se trouve  sous l’emprise d’un  délire collectif.

Loin d’être un combat des progressistes contre les réactionnaires,   nous avons affaire à  un combat de la raison contre   la déraison.

C’est le motif  de la force des opposants au prétendu mariage pour tous ;   ils  ne s’appuient pas seulement sur une Eglise  affaiblie, mais sur l’analyse instinctive que font tous les gens ordinaires  auxquels le matraquage médiatique n’a pas fait complètement  perdre le bon sens, à commencer par la majorité des élus locaux , même socialistes.

L’autre erreur d’analyse des socialistes porte sur les suites d’un vote éventuel de la loi.

Le scénario imaginé par François Hollande : après un baroud d’honneur des opposants,  une fièvre passagère,   et le vote  de la loi,  le  retour au calme, la population   se résignant,  est gravement illusoire.

Gageons que le vote de cette  loi sera  au contraire  pour François Hollande, non point la  fin mais le vrai commencent de ses ennuis. Qu’il ne se fasse pas d’illusions : ce   vote   ne suffira pas à  acclimater le  mariage homosexuel en France. Les  élus de l’outre-mer nous en ont prévenus : le rejet violent du principe par les habitants de ces territoires et même  de la Corse, fait porter un risque sérieux sur l’unité de la république.   Il est probable qu’un régime d’exception devra leur être concédé.

Les élus assez courageux pour faire valoir une objection de conscience, ne seront sans doute pas  très nombreux, mais un cas ici, un cas là suffiront  pour créer chaque fois un incident  et raviver les polémiques. Il y a plus de chances que les maires qui ne voudront pas se compromettre avec une cérémonie qu’ils jugeront ridicule ou immorale  délèguent le soin de les célébrer à un conseiller municipal de second ordre. A Londres, le licenciement d’une  fonctionnaire de l’état-civil ayant refusé de célébrer une union de ce genre se trouve actuellement devant la Cour européenne des droits de l’homme.

Certes les musulmans de France n’ont pas été aussi nombreux que les catholiques à manifester. Mais  ils n’en abhorrent pas moins ce projet : combien voudront  encore s’intégrer dans une République devenue, si elle admet le mariage des homosexuels, objet de mépris ?

Aux Etats-Unis (ou 10 Etats sur 50  l’ont adopté),   la question du mariage homosexuel, comme celle de  l’avortement, met depuis vingt ans  le pays  en situation de quasi  guerre civile.   

La révolution anthropologique que suppose la théorie  du genre, aura, n’en doutons pas,  autant de mal  à passer que la suppression de la propriété privée et de la religion en a eu dans  la défunte URSS. Tout simplement parce que les unes et les autres sont absurdes.

François Hollande doit  aussi comprendre  que le million de personnes qui ont défilé le 13 janvier  dernier à Paris (et tous ceux qui ont sympathisé avec eux)  se sentiront profondément humiliées si la loi est votée, persuadés qu’ils sont de représenter, dans cette affaire, la partie la plus responsable du peuple français. Si la loi n’est pas d’une manière ou d’une autre enterrée – la manière la plus élégante étant sans doute un rejet par le Sénat -,   elle sera, n’en doutons pas, à  l’ordre du jour de la prochain élection présidentielle. S’il est vrai que   les manifestants de la Manif’ pour tous sont  plutôt de  droite,  leur motivation pour faire battre le   candidat socialiste se trouverait néanmoins   décuplée   dans le cas où  le projet Taubira allait à son terme.

 

Roland HUREAUX

 

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 15:14

 

        Publié par Liberté poliique 

Même si le pontificat de Benoît XVI est apparu à son début comme un prolongement  de celui de Jean-Paul II, tant par la proximité des deux hommes que par le  fait que les papes sont organiquement dans la continuité les uns des autres, on peut apercevoir quelques traits qui témoignent d’une  approche originale  du pape allemand.

 

Défense de  la raison

 

Sur le plan théologique, Benoît XVI qui, avant d’être pape,  avait contribué à rédiger l’encyclique Fides et ratio a mis encore davantage l’accent sur la nécessaire convergence  de la foi et de la raison, en particulier dans son discours de Ratisbonne. Non seulement, il a rappelé qu’elles étaient compatibles mais encore que la foi était indispensable au bon fonctionnement  de la raison. L’accent particulier mis sur cette convergence entre foi et raison est peut-être une des  singularités   de la fin du XXe siècle. Les dérives idéologiques qui menacent la raison émancipée de la foi, par exemple les dérives libertaires, confortent  l’idée que foi et raison, loin  de se combattre, s’étayent réciproquement.  En même temps ont été définitivement surmontées les difficultés qui avaient paru un moment, à tort, dresser un obstacle entre la religion et la science, comme la théorie de l’évolution, dont Jean Paul II avait déjà dit qu’elle était « plus qu’une hypothèse ». Cette position distingue fortement la foi catholique d’autres, islam et évangélisme  en particulier, menacées par un  intégrisme antiscientifique arc-bouté à une lecture littérale de la Genèse.

La béatification du cardinal Newman, une grande figure de l’intelligence chrétienne illustre l’attachement du pape à la théologie rationnelle en même temps qu’elle fut un grand honneur pour l’Angleterre. La reprise du rapprochement avec les Anglicans dissidents coïncide avec elle.

Le souci d’associer l’intelligence à la foi   s’inscrit dans la suite des travaux de la revue Communio dont il avait  fondé en 1973 l’édition allemande.

Approfondissant la réflexion, Benoît  XVI a  mis également en valeur,    la relation intime qui unit les trois termes : vérité (découverte par la   raison aussi bien que par  la foi), amour et liberté. A cet égard, Caritas in veritate  vient compléter Fides et ratio.

Son  insistance sur la rationalité du christianisme, allant  de pair avec une culture théologique exceptionnelle, met Benoit XVI très au-dessus des tendances de certaines églises européennes, comme celle de France, à privilégier l’expérience,  le vécu, le « témoignage » aux dépens de la  démarche rationnelle. Dans l’atmosphère anti-intellectuelle qui prédomine au sein de l’Eglise de de France,  il n’est  pas sûr qu’il ait été encore suivi comme il le mériterait.

Ecrivain infatigable, le pape innove en publiant, en fonction, trois  livres sur Jésus de Nazareth qui sont autant de succès de librairie  en même temps   qu’une nouvelle manière de communiquer avec le  peuple chrétien et non chrétien.

 

Dialogue avec l’orthodoxie

 

Autre progrès par rapport à Jean-Paul II, le dialogue avec l’orthodoxie, enjeu capital pour l’Eglise. Les Eglises orthodoxes restent, quant  au dogme, de très loin les plus proches de l’Eglise catholique. Les  différences théologiques sont loin d’être insurmontables. Le rapprochement est d’abord affaire de diplomatie, de bonne volonté et de compréhension réciproque. La réunion de ces Eglises constituerait un véritable bouleversement dans le monde actuel. Les deux poumons de l’Eglise européenne réunis, le christianisme européen  trouverait sans doute un nouveau souffle  dans la reconquête  de la vieille Europe si largement sécularisée.

Jean-Paul II avait désiré ce rapprochement, proclamant par exemple Saint Cyrille et  Méthode, de pair avec Saint Benoît patrons de l’Europe.  Mais sa qualité de polonais ne pouvait qu’ alimenter les préventions  de l’Eglise russe, de loin la plus importante des Eglises orthodoxes au point que celle-ci ne fut représentée qu’au plus bas niveau à ses obsèques. Il aggrava son cas par des maladresses comme la nomination d’un évêque polonais à la tête de  l’Eglise catholique  de Russie et surtout par ce qui fut, selon nous, sa principale voire sa seule erreur stratégique : n’avoir pas condamné immédiatement avec la plus grande fermeté l’agression de l’OTAN, totalement illégale, contre la Serbie orthodoxe, en 1999.

A peine nommé, Benoît XVI, qui avait l’avantage d’être allemand, sans revenir sur la nomination d’un  évêque catholique  à Moscou, a remplacé le polonais par un italien.  Le dialogue avec le clergé orthodoxe a repris, accéléré par l’élection en 2009  d’un nouveau patriarche de Moscou moins  prisonnier   du passé.

 

Main tendue à  Ecône

 

Il serait difficile à Rome de vouloir  résoudre un schisme vieux de près de  1000 ans, avec des églises dont la liturgie n’a pas évolué depuis, si aucun effort n’était fait auparavant pour résorber celui qui sépare aujourd’hui Rome d’ Ecône attachée, elle, à une liturgie seulement vieille de 500 ans !  Le  motu proprio    Summorum Pontificum (2007) ouvrait la voie à  une certaine réhabilitation de la  messe traditionnelle dans l’Eglise. La levée de  l’excommunication  des quatre  évêques de la Fraternité Saint Pie X  en 2009, qui a provoqué des remous totalement étrangers au fond du problème, en raison du négationnisme de l’un d’eux, aujourd’hui exclu, se voulait un nouveau pas dans ce sens. Hélas, si des pans  de la mouvance lefévriste  ont  rejoint Rome les uns après les autres, les derniers ayant créé l’Institut du Bon Pasteur, le noyau dur de la dissidence demeure à ce jour enfermé dans ses  certitudes. La poursuite du dialogue interreligieux d’Assise notamment  le révulse. 

 

Eclairer l’amour

 

Passant pour conservateur, ce pape a cependant commencé son pontificat par une encyclique sur l’amour qui rappelle le caractère intrinsèquement bon de l’amour, y compris sous la forme  de l’eros quand  il s’inscrit dans la volonté de Dieu : Deus caritas est.  Particulièrement sévère pour la pédophilie,  il n’en dut pas moins porter le poids  des griefs dont on  chargé l’Eglise, bien plus que toute autre institution concernée,  tout au long de ces années.

Bien que moins porté aux voyages que Jean Paul II , ne serait-ce que du fait de son grand âge, Benoit XVI a néanmoins fait quelques déplacements en Afrique qui lui ont permis de recevoir les acclamations de la jeune Eglise africaine, plus ouverte à ses déclarations  sur la prévention du sida que les médias européens.

Les tollés qu’à au moins quatre  reprises  des décisions du pape ont provoqué dans le monde : discours de Ratisbonne (2006), affaire Williamson (2009), déclarations sur le préservatif (2009), affaire Pie XII (2010) sont à eux seuls le signe que le pontificat de Benoit XVI fut important, car l’Eglise n’est jamais autant elle-même que quand elle est signe de contradiction.

Sa renonciation, après un peu moins de huit ans de pontificat (2005-2013), dont il savait mieux que personne que le droit canon ne l’interdisait pas et  que donc elle pouvait être une décision rationnelle ne fut pas la moindre des innovations qu’il apportées à l’exercice de la papauté.  

 

Roland HUREAUX 

 

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 15:12

 

Paru  dans Atlantico

On connaissait le fond de grossièreté qui réside chez beaucoup de socialistes, l’  air de clerc  jouisseur de ces notables de gauche issus de Mai 68 qui, depuis longtemps, ont abandonné les préoccupations  sociales pour la promotion de la libération sexuelle.  Fonctionnaires défroqués en goguette, ils diffèrent à cet égard d’une extrême-gauche qui, encore en lien avec la souffrance populaire, conserve le sens du tragique.

Cette paillardise avait sa figure emblématique : DSK.  Elle a  trouvé sa  victime expiatoire :   l’Eglise catholique.

En témoignent des comportements  qui pourraient  surprendre dans un parti que l’on croyait  devenu raisonnable : ainsi  la réception insultante de l’archevêque de  Paris par la commission de  l’Assemblée nationale en charge du projet de « mariage pour tous » ( qui a choqué le Grand Rabbin de France lui-même !) ou la plaisanterie douteuse de Michèle Delaunay, secrétaire d’Etat en charge des  personnes âgées ne trouvent rien d’autre à dire après  l’annonce de la démission du Saint Père  que: "Benoît XVI a omis de me consulter avant de prendre sa décision."

 

Un profond sentiment anticatholique

 

N’en doutons pas : ce n’est là que la pointe immergée d’un sentiment antichrétien ou plutôt  anticatholique aujourd’hui   dominant au parti socialiste. Hostilité assortie d’un mépris qui fait qu’on ne cherche même plus à comprendre ce  que pourrait être la logique interne des positions d’une Eglise dont on a choisi de  tout  ignorer.

Caractéristique de cette ignorance est l’appel de Cécile Duflot   aux diocèses pour qu’ils hébergent dans leurs locaux les sans-logis : la pitoyable ministre écologiste (les Verts ne valent pas mieux que les socialistes sur ce registre) semblait tout ignorer de l’action  caritative d’une Eglise plus  impliquée que quiconque sur ce terrain. 

Tout cela pourrait rappeler  les bonnes grosses blagues des banquets d’instituteurs  des années trente. Mais les temps ont changé : on ne daube plus la soutane ou les abus supposés du vin de messe ; on ne chante plus Le curé de Camaret, on ressasse les  poncifs des  médias,  largement sur la même longueur d’onde : Pie XII, le pape nazi (dont presque tout le  monde reconnait pourtant aujourd’hui qu’il a  fait le possible pour limiter le désastre), le préservatif, l’avortement et maintenant le « mariage »   homosexuel.  Autrefois le différend portait surtout  sur les dogmes, aujourd’hui sur  la morale.

On n‘explique pas autrement que par ce bouillon de culture dans lequel baigne désormais le parti socialiste le commentaire scandaleux du président de la République à l’issue de la démission de Benoît XVI : « Nous n’avons pas de candidat ».

Car  les banquets socialistes sont une chose, la parole  du chef de l’Etat en est une autre. Par ce genre de plaisanterie un peu lourde, François Hollande   ne fait pas honneur à  la France, surtout si on la compare  à la dignité, à la hauteur de la réaction des chefs d’Etat du monde entier à l’émouvante  décision de Benoît XVI.

 

Les vrais hommes d’Etat et les apparatchiks

 

En d’autres temps, d’autres chefs de l’Etat français, étaient  issus, plus encore que le président actuel, du vivier laïcard : Vincent Auriol, Georges Pompidou, Jacques Chirac.  Aucun  ne se serait permis ce genre de plaisanterie.  

En s’élevant dans les sphères de la grande politique, en  étant chaque jour confronté  au tragique de l’histoire, les vrais  hommes d’Etat, même s’ils sont en désaccord sur tel ou tel sujet avec le magistère catholique,  n’ont plus envie de plaisanter avec le fait religieux. Croyants ou pas,  ils en mesurent la dignité et la gravité. Georges Pompidou, agnostique au départ,  se rapprocha de la foi, au point de demander  des obsèques grégoriennes, Jacques Chirac  quoique éloigné de la religion en son for intérieur, fut toujours déférent vis-à-vis du monde ecclésiastique.   

Faut-il rappeler le cas de François Mitterrand : élevé, lui,  en milieu clérical,  rallié à la gauche certes,  mais qui fut   toujours respectueux   de l’Eglise catholique   dont il était suffisamment familier pour en connaître les subtilités et en mesurer la grandeur ? C’est ainsi qu’il sut   accueillir en 1983 le pape à Lourdes par un discours de haute tenue sur les relations de l’Eglise et de la France dont il faut bien dire  qu’il surclassait celui, plus convenu, de Jean Paul II.  Il cachait  peu en privé  son mépris pour  l’anticléricalisme  élémentaire  du parti  socialiste.   

Reste  le cas de Nicolas Sarkozy,   très ignorant des finesses de la culture chrétienne,  mais  désireux de lui témoigner sa sympathie, non sans quelques arrière-pensées et    beaucoup  de maladresse.

Dans cette question des rapports avec l’Eglise, François Hollande a montré qu’il était resté un socialiste de base, un apparatchik sans envergure. Rien qui fasse honneur à la France.

 

Roland HUREAUX

 

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 15:11

 

La brillante  intervention à la tribune de l’Assemblée nationale de Bruno Nestor Azérot,  député de la Martinique,  inscrit à la Gauche démocrate et républicaine, contre le projet de loi instituant le « mariage »  entre personnes du même sexe, a eu le mérite de rappeler que,  dans cette affaire, le véritable esprit social ne se trouve pas forcément  là où on croit.

C’est particulièrement vrai  dans les Antilles, terre au douloureux passé,  où les esclaves, parce qu’ils étaient tenus pour des choses,  furent longtemps interdits de mariage. Le droit de se marier et de fonder une famille, composée d’un homme et d’une femme,  est  inséparable de leur émancipation.

Nul  n’ignore que derrière la revendication d’un « mariage  pour tous », c’est en réalité le « mariage pour personne » qui se profile. Les partisans les plus acharnés du projet de loi  ne cachent guère  que l’institution du mariage homosexuel est  une première étape avant la suppression pure et simple du mariage tout court. Comment s’étonner, dès lors, de la quasi-unanimité de parlementaires ultramarins, droite et gauche confondus, contre le projet ?

Mais le mariage fut aussi une grande conquête sociale dans l’Europe occidentale.

 

Le mariage : un privilège qui se démocratise

 

Dans l’Antiquité, il était le privilège des classes supérieures, organisées par  gens  et, par extension, des citoyens libres. Les esclaves en étaient exclus : dans la promiscuité de l’ergastule, bien peu d’enfants avaient la chance  d’identifier qui était leur père et même leur mère ; les maîtres se réservaient le droit de séparer les  hommes des femmes, les parents des enfants. Il ne devait pas en être très différemment, parmi les serfs, aux heures les plus sombres du Moyen-Age.

C’est à partir du XIIIe siècle que la famille moderne émerge  peu à peu, sous l’influence du christianisme,  avec la diffusion de plus en plus large des noms de famille et  d’un mariage formalisé.  Le peuple trouve ainsi une dignité qui avait été jusque-là l’apanage de  la seule aristocratie. Il peut s’inscrire lui aussi dans une généalogie.

La Réforme catholique et protestante, visant à réformer les mœurs, souvent ressentie comme oppressive, eut néanmoins  pour effet de renforcer la famille à tous les étages de la société.   Non sans entrer en conflit avec la monarchie, l’Eglise  catholique s’autorise à marier  les enfants  majeurs sans le consentement de leurs parents, ce qu’un esprit aussi ouvert que Rabelais n’admet pas (Tiers Livre, chapitre XLVIII). Un rituel plus élaboré  et les premiers registres paroissiaux consolident l’institution. La Révolution française éclate dans un pays dont les mœurs n’avaient peut-être jamais été aussi régulières . Ce n’est  pas un hasard : à familles solides, citoyens libres.  L’état civil républicain, le Code civil systématisent les pratiques antérieures.  Ils ne sont    pas séparables de l’émergence  de la démocratie moderne.

Emmanuel Todd   a montré comment l’esprit républicain s’est diffusé dans les régions de France, surtout  méridionales,  où la structure familiale était assez solide pour  permettre aux clans paysans de se soustraire à l’emprise des notables (ce qui se produit aussi dans  les pays alors de droite comme le Pays basque). Le bassin parisien, où les  structures  familiales  sont plus  éclatées ne permet guère, en dehors de Paris, l’organisation de cette culture  populaire forte.

 

Le simplisme libertaire

 

La véritable histoire du lien familial se  situe ainsi   aux antipodes de la doxa  qui fonde aujourd’hui la revendication libertaire.  Pour celle-ci, la famille ne serait qu’une  institution oppressive venue du fond des âges, basée  sur   la domination exclusive de l’homme, l’interdiction de la recherche individuelle du bonheur, voire de l’amour,  et naturellement  la répression  de l’homosexualité. A partir de cette vision idéologique simpliste,  tout ce qui affaiblit  l’institution du mariage est tenu pour progressiste,  surtout si se trouve en même temps transgressé l’héritage judéo-chrétien. 

Qui ne voit pourtant que la revendication libertaire, telle qu’elle s’est développée à partir des années 1970  coïncide avec la montée de l’  ultra-libéralisme et en est sans doute inséparable ?   La déconstruction de la famille, dont le mariage dit  « gay » est une étape, se trouve évidemment  en phase avec celle de la plupart des réalités qui   permettent à un peuple de se structurer : l’école, la culture générale et la mémoire collective, l’Etat,  la commune, la langue etc. Cette déconstruction, dont l’  application absurde du principe de non-discrimination n’est évidemment  qu’un prétexte, ne peut que déboucher sur une société atomisée, somme d’individus égarés, masse fongible et malléable à la merci des forces aveugles de la mondialisation.

Loin d’être un progrès, le député de la Martinique nous en apporté une belle démonstration, l’instauration d’un mariage homosexuel, brouillant le repère encore  fondamental de la distinction  des  sexes, au nom de la théorie anglo-saxonne du genre,  et permettant de tenir dans certains cas l’enfant pour un objet, constitue    une considérable régression sociale. Que le parti socialiste en fasse son cheval de bataille, témoigne seulement de la déréliction du socialisme contemporain.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

Si l’on se réfère par exemple ay nombre de naissances hors mariage, très faible avant la Révolution.

Emmanuel Todd,  L’invention de la France, 1979.

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 15:09

 

 

Publié dans Atlantico 


Il n’est pas sûr que le Conseil économique, social et environnemental se remette de son refus de prendre en considération  la pétition de  700 000 signatures lui demandant  de se pencher sur le projet de loi instituant le  « mariage » entre personnes du même sexe . Même si la démarche des pétitionnaires était juridiquement incertaine, le moins qu’on puisse dire est que le Jean-Paul Delevoye, président du CESE,   n’a pas eu la manière, à la fois par la sécheresse de son refus et parce qu’il  donné l’impression fâcheuse qu’il était aux ordres du premier ministre.

Le Sénat, autre institution contestée  dans un pays où l’antiparlementarisme, malheureusement, progresse, pourrait subir sur le même  sujet un coup analogue.

Le sénateur Patrice Gélard  a fait il y a quelques jours dans Le Monde une déclaration d’autant plus étrange, qu’il est le porte-parole désigné par le groupe UMP dans le débat sur le « mariage » pour tous qui doit débuter le 4 avril.

Alors que ce débat n’a pas encore eu  lieu, l’intéressé  annonce déjà  que «  le texte va passer dans les deux assemblées ». Reprenant complaisamment les arguments du gouvernement -  entièrement fallacieux puisque ces sujets  ne sont  absolument pas séparables - , tendant à  disjoindre mariage,  adoption et  PMA , renvoyant celles-ci à un texte sur la famille   et ne se privant pas d’une    pique contre Christine Boutin, il semble  même tout  fier de rappeler  que  «  le projet de loi a   été adopté en commission avec des voix des sénateurs UMP, Christian Cointat et Christophe-André Frassa. » ! Quelle combativité !

Il est vrai que pour lui, la manifestation du 24 mars, peut-être la plus nombreuse de l’histoire de la République,  « ne change rien ».

En tous les cas pour le Sénat.  Car elle pourrait par contre influencer, dit-il, le Conseil constitutionnel : « C'est une institution qui se prononce sur des questions juridiques, mais qui prend en compte aussi les situations politiques. »

Professeur agrégé de droit, Monsieur Gélard fait du Sénat un lieu de discussion technique et renvoie au Conseil constitutionnel la prise de responsabilité politique ! N’est-ce pas le monde à l’envers ?

Quand nos élus nationaux comprendront-ils que ce que l’opinion leur reproche  d’abord, c’est de ne pas prendre leurs responsabilités   - et donc de ne paraître servir à rien ?  Entre les directives européennes, les proliférantes « autorités administratives indépendantes » et maintenant  le Conseil constitutionnel, les alibis ne leur manquent jamais !  Freud distingue la cause réelle d’une  frustration, parfois inconsciente,  et la revendication manifeste, qui  ne lui correspond pas forcément : gageons que les émoluments ou le cumul des mandats des parlementaires ne seraient pas tant critiqués  s’ils prenaient un peu plus leurs responsabilités.  

Les assemblées   sont  le lieu par excellence de la théâtralisation des affrontements politiques.  Et, selon M.Gélard,   il ne se serait rien passé le 24 mars qui mérite d’y trouver un écho !

Il y a plus grave : comment le pronostic péremptoire du porte-parole de l’UMP  sur l’issue du vote , avant tout débat, n’ouvrirait-il   pas la porte  au soupçon que, entre la droite et la gauche, les choses seraient  déjà arrangés en coulisse, que les rôles auraient été distribués ?   Les défections à droite viendraient compenser à point celles des gens de gauche qui, courageusement, comptent faire  prévaloir des convictions sincères sur les logiques de parti.  Comme par hasard, ceux de droite qui parlent de s’abstenir ou de voter le texte sont à relativement  l’abri des électeurs : Français de l’étranger, sénateurs ne se représentant pas.   

Si l’homme  qui doit être le principal porte-parole de l’opposition au Sénat prend les choses aussi froidement, par qui se sentiront représentés les millions d’opposants au projet ?   Et pour qui voteront-ils aux prochaines élections ?  La récente élection partielle de l’Oise n’aurait  pas servi de leçon ?

Si l’opinion a le sentiment  que   droite  et  gauche se sont arrangées pour laisser passer le texte, un coup fatal serait porté à l’image de la Haute assemblée  et peut-être de la République. Que le texte voté soit différent, ouvrant la voie à une navette à l’issue incertaine,   ne serait pas non plus satisfaisant dans le contexte actuel.

 

Une situation exceptionnelle que le Sénat doit prendre en compte

 

Le Sénat a, il est vrai,  des habitudes.  Il  évite généralement de désavouer  l‘Assemble nationale sur des questions  emblématiques. Mais, dans le cas d’espèce,  depuis  le vote de l’Assemblée nationale,   près de deux millions de personnes ont défilé !  

Et les risques de  fracture ne s’arrêtent pas là : les sénateurs ne sauraient oublier   la quasi-unanimité qui règne outremer à l’encontre de ce projet de loi, dont l’adoption en l’état  ferait   planer une menace sérieuse sur l’unité de la  République.   Un argument que pourrait aussi considérer  M.Gélard,  même si, comme président de la COCOE, il n’a pas paru  très familier de  l’outre-mer français !

Le Sénat n’a pas seulement le souci de ménager le gouvernement. L’image qu’il a : celle d’une assemblée tempérée, inspirée par  de bon sens, passe mal aujourd’hui  pour les mêmes raisons qu’une idée aussi folle que de marier  les homosexuels a pu acquérir de la crédibilité.  Dans un monde pénétré  jusqu’à la moelle  par l‘idéologie, à commencer par les médias qui en sont le principal et tout-puissant vecteur,  le bons sens est politiquement incorrect :   il est l’ennemi numéro 1 de l’idéologue ! 

Aggraver son cas auprès des médias sur un sujet aussi sensible que le prétendu « mariage pour tous »   peut, certes,  faire  aussi  hésiter le Sénat.  Mais il y a fort à parier que  quelque position qu’il prenne, les idéologues ne changeront pas d’avis  à son sujet.

Le Sénat n’a  donc pas le choix : les millions d’opposants au projet de loi Taubira, ceux  qui ont manifesté et les autres,      ne lui pardonneraient  pas un vote qui ne serait que l’écho amorti de celui de l’Assemblée nationale, de  manquer cette  occasion d’exprimer ce que ressent en profondeur la population, spécialement sa partie la plus lucide que sont les élus locaux. N’est-ce d’ailleurs pas sa fonction ?   

Si le Sénat votait le texte, surtout s’il le votait  grâce à des absentions ou des voix de  droite  laissant supposer des connivences  douteuses,  son crédit s’en trouverait singulièrement affaibli.   

 Roland HUREAUX

 

Le Monde 25 mars 2013

COCOE, Commission d’organisation et de contrôle des opérations électorales :   instance interne à l’UMP charge d’arbitrer l’  élection  de son  président en  novembre 2012

 

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 15:08

 

 Chaque fois qu’elle apprend  la mort d’un nouveau  militaire français au Mali, l’opinion, émue à juste titre,   s’inquiète.

La  guerre que nous menons dans ce pays est-elle  pour autant d’une impasse, comme le  colportent  complaisamment  certains, les uns, de  gauche,  parce que c’est la  France qui est engagée, les autres, de droite, parce que c’est Hollande ?  

Au Mali, il  n’y a, pensons-nous, aucune raison de craindre un enlisement.

Une bonne guérilla, à même d’imposer une guerre d’usure à nos troupes, doit pouvoir s’immerger dans un territoire et  une population. Au Nord Mali, le territoire est bien là mais où est la population ?   La survie est dure au Sahara, surtout dans l’Adrar de Tighargar.  Dans la partie plane du Nord Mali, soit la plus grande, un homme, une land-rover  se repèrent  de loin.  Les moyens modernes d’observation (satellites, infra-rouge) et d’action (avions, drones) laissent, nous semble-t-il,  peu de chances aux islamistes, même fanatiques. L’appui de la  population est, selon les théoriciens de la guérilla, l’autre condition de survie. Il fait défaut aux islamistes dans  la partie peuplée du Mali où on a pu voir l’accueil enthousiaste fait à l’armée  française. Il fera  défaut aussi  dans le nord si on continue à en tenir à l’écart l’armée malienne et si la coopération avec les Touaregs du MNLA se poursuit.

Une résistance réussie, ce sont aussi un ou deux chefs de génie. Mais n’est pas Giap qui veut. La  réserve humaine des islamistes n’est  pas inépuisable. La mort d’ Abu Zeid confirmée,  celle  d’une partie de ses compagnons aussi, le mouvement,  dirigé par des arabes étrangers au pays, trouvera-t-il la  ressource humaine pour persévérer ? Le souci de libérer les otages avait amené nos services à observer de près la région depuis de nombreux mois : les chefs encore en vie sont connus.   Il est probable que, les frappes aidant, le vivier sera vite épuisé.

La dernière condition de survie est, pour les rebelles,  de bénéficier de l’appui d’un pays voisin. Or là aussi le bât blesse :   le Tchad,  dont  la force armée se recrute aussi chez les nomades du Sahara, démontre à nos côtés, en l’absence d’autre force africaine solide, son efficacité. Moins actifs, les autres pays du Sahel s’abstiennent de soutenir les rebelles.  La Libye et la Tunisie, qui leur seraient plus favorables, sont loin.

Que ce combat ait montré, au rebours de ce que prévoyaient soi-disant augures diplomatiques,  la pleine coopération de l ’Algérie,  constitue peut-être l’acquis le plus significatif  de ce conflit,  d’une immense conséquence.

Les repentances à répétition pratiquées jusqu’ici par la gauche et quelque fois   la droite, ne faisaient qu’aigrir  les rapports franco-algériens. Une action concertée au Mali a, au contraire, pour la première fois depuis 1962, rapproché autour d’une cause commune, ces deux pays, dont tout indique qu’ils ont, à  long terme, vocation à  fraterniser.

Cette coopération n’est pas passée  inaperçue dans  nos banlieues. Elle pourrait avoir  des conséquences bénéfiques considérables en termes d’intégration.

Cette considération  nous consolera aisément de l’isolement prétendu de la France sur le plan international. Que l’Europe reste aux abonnés absents, il faudrait une immense dose  de naïveté pour s’en offusquer. Que la politique des Etats-Unis soit ambigüe, qui s’en étonnerait ?  Tout prêts à tirer les marrons du feu au Niger voisin, riche d’uranium,  ils  ne peuvent que constater, non sans une amertume cachée, le contraste entre notre efficacité au Mali et leur échec en Afghanistan (dans des circonstances, il est vrai  beaucoup plus difficiles).

D’ailleurs si certains politiques s’émeuvent de cette solitude, les militaires français, totalement libres de leur manœuvre et donc plus efficaces qu’ils le le seraient dans un dispositif multinational,  eux, s’en félicitent.

 

Roland HUREAUX

Curieusement, notre engagement en Afghanistan, déclenché aussi sous un gouvernement de gauche, celui de Jospin, pourtant plus coûteux sur le plan financier et humain, moins assuré de succès et très  loin des intérêts historiques de la France  a suscité moins de critiques !  

 

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 15:06

 

Au palmarès de la vertu politique, quoi de plus valorisant pour un candidat que de  présenter un programme ? Et s’il est élu, quel éloge ne recevra-t-il pas s’il tient ses promesses ?

Quelle illusion pourtant ! Nous  pensons qu’au contraire  rien n’est plus calamiteux, aujourd’hui,  pour  la bonne marche des affaires publiques que les programmes et l’obligation que ressentent les élus de tenir  leurs  promesses.

Tout simplement parce que les mécanismes politiques actuels sont tels qu’il est  rare que les programmes et les promesses soient  bons. 

D’abord parce qu’un bon programme est difficile à faire. Il suppose une  analyse pertinente des dysfonctionnements de l’économie  ou de la société qui n’est pas à la portée du premier venu. La faiblesse des servies d’étude des partis et  le conformisme des think tanks à la française font que, la plupart du temps, n’en émanent que des analyses sommaires et des remèdes convenus  dont on a rarement examiné la pertinence.

L’opinion, et surtout ses relais, s’en contentent. Les  bons remèdes, à supposer qu’on les connaisse, sont difficiles à inclure dans un programme. Pas seulement, comme on   croit,  parce qu’ils  remettront en cause des privilèges et  apparaîtront donc impopulaires.  Mais aussi parce que le public veut   des schémas simples ; ce qui importe, ce n’est pas que le remède soit bon, mais qu’il en ait l’air : bonnes ou mauvaises, des réformes correspondant  à de tels schémas    ont plus de chances d’être acceptés que des  solutions complexes.

 Il ne suffit pas que les schémas soient simples, il faut aussi qu’ils soient    dans l’air du temps, et pour cela qu’on en parle depuis assez longtemps pour qu’ils semblent désormais s’imposer.  

On peut donner beaucoup d’exemples de ces propositions qui ont l’air d’ être des solutions à un problème (généralement bien réel), qui ont fini par s’imposer  à l’usure et qui pourtant  ne résolvent rien, au contraire :

Le paysage local français parait-il trop encombré ? On proposera de supprimer les petites communes alors même que ce ne sont pas elles qui coûtent cher et que leur regroupement (intercommunalité)  entraînera complications et coûts supplémentaires ;   

L’Etat coûte-t-il trop cher ? Plutôt que  d’analyser en détail les causes des  surcoûts, on proposera de fusionner des services   aux finalités apparemment proches, alors même que l’expérience prouve que la plupart de ces fusons entraînent désorganisation et surcoûts (par exemple la création du Pôle emploi) ;

La classe politique a-t-elle perdu la confiance des citoyens ? on proposera de supprimer le cumul des mandats, source d’abus dit-on,  alors même que ce cumul est sans doute le dernier cordon ombilical qui relie  à   la base populaire  une classe dirigeante de plus en plus autiste.

Nous pourrions multiplier les exemples de cette sorte, dont on ne sait s’ils résultent de l’idéologie ou de l’incompétence – généralement les deux.

Mais il y a pire que les propositions superficielles n’ayant d’autre mérite que’ d’être dans l’air du temps, ce sont les propositions purement idéologiques, qui s’imposent  comme une évidence au candidat d’un parti compte tenu de la culture de ce dernier à un moment donné mais qui ne correspondent nullement  à une aspiration de l’opinion , encore moins  à une solution à un problème ; ainsi  le mariage de  homosexuels, pur produit de l’idéologie dominante parmi les militants socialistes et dans les médias, chauffés à blanc par le lobby LGBT.

 

Faire le bien est plus important que tenir ses promesses

 

Il faut le dire sans fard : bien plus important pour  un candidat élu que de tenir ses  promesses, c’est tout simplement de faire le  bien. Si telle promesse a eu un caractère démagogique, il s’honorera à ne pas la tenir ; si mal  il y a, ça été de la faire, pas de la passer à la trappe. Si telle autre s’avère, au moment de la réalisation, plus compliquée  à tenir qu’on ne   pensait, si elle s’avère recéler plus d’inconvénients  que ce que l’on croyait  quand elle   n’était qu’un slogan de campagne, là aussi, il mieux vaut l’oublier.

Il est facile d’appliquer cette grille de lecture aux 60 propositions de François Hollande.

Quelques-unes de ces propositions (assez rares) sont bonnes et leur application ne présente pas de   difficultés majeures : ainsi  la création d’une banque publique d’investissements  ou le retrait des troupes  françaises  d’Afghanistan. Un programme ambitieux de construction de logements sociaux est sans doute opportun, sous réserve de son coût budgétaire. 

D’autres promesses, également bonnes, risquent de sombrer dans les  oubliettes parce que des groupes de pression suffisamment puissants s’y opposent : ainsi la réforme bancaire dont on sait déjà qu’elle  sera  réduite  a minima,   ou de la réduction à un écart de 1 à 20 des salaires dans les entreprises publiques.

D’autres engagements, critiquables,  ont cédé devant la force des choses : ainsi l’engagement de rompre avec la Françafrique, violemment démentie par l’affaire du Mali. Heureusement !

D’autres mesures sont, elles, franchement   inopportunes compte tenu  de la conjoncture économique, ainsi la création de 60 000 emplois à l’éducation nationale, le retour à la retraite à 60 ans  ou encore la réduction de la part du nucléaire dans l’approvisionnement énergétique de 76 à 50 %. Sur le plan de la sécurité, le renoncement aux peines planche, une des rares mesures utiles du quinquennat Sarkozy, quinquennat plombé lui aussi par trop de promesses  oiseuses, est très regrettable.

Reste l’institution  du mariage des homosexuels   qui constitue (comme la légalisation de l’euthanasie, promise elle aussi) une rupture anthropologique  grave qui répugne fortement à une partie des Français, pas nécessairement les moins éclairés. Elle laissera,  si elle est adoptée, une cicatrice profonde dans la société française.

Monsieur François Hollande, si vous voulez   passer  à l’histoire  comme un bon président,  ayez  la sagesse de ne pas tenir un certain nombre de vos promesses !  

Vous avez compris, je l’espère, que malgré vos 60 engagements, un seul intéressait en réalité les Français et que, cet engagement, vous l’avez tenu dès le premier jour de votre élection : les débarrasser de Sarkozy dont, à tort  ou à raison, ils ne voulaient plus. Le reste est littérature. Il est même probable que vous auriez été élu plus largement   sans la plupart de vos engagements.

 Après tout, la première mission  d’un responsable politique, n’est pas d’abord de l’ordre du « faire » mais de l’ « être ». On n’attend pas d’abord de lui  qu’il « fasse des choses », promises ou pas, mais qu’il tienne honorablement son rang et  qu’il gère bien l’intérêt du pays,  en fonction des  circonstances : un homme d’Etat se doit d’être  opportuniste.  

 

Roland HUREAUX 

 

 

 

 

 

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 15:05

 

 

De Guéant à Valls, les ministres de l’intérieur se succèdent et toujours les Roms sont pris pour cible.

Pourquoi ? Résumeraient-ils à eux seuls les problèmes de l’immigration ? Au contraire.

Les Roms de Roumanie et de Bulgarie ne représentent qu’un vivier de migrants limité. S’ils sont plus  particulièrement attirés par la  France, c’est surtout en raison du régime social avantageux dont  y bénéficient les immigrés, même clandestins. C’est peut-être là-dessus qu’il faudrait se pencher au lieu de se livrer aux gesticulations  que l’on sait.

On peut vouloir contrôler l’immigration pour plusieurs raisons. Une des moins avouables et pourtant la plus  sérieuse   est de préserver un certain équilibre culturel et religieux afin que, au cours des décennies à  venir, la paix civile ne soit pas remise en cause comme elle l’a été  chaque fois qu’ont coexisté  des communautés chrétiennes et musulmane de poids  peu près égal : Liban, Bosnie, Kosovo.  (On pourrait aussi bien évoquer aussi la guerre civile du Sri-Lanka entre bouddhistes autochtones et  hindouistes immigrés).

Les Roms, chrétiens pour a plupart, ne menacent nullement l’équilibre d’un pays historiquement chrétien.   

Malgré leur mode de vie nomade, les Roms sont partie intégrante de la civilisation européenne depuis cinq ou six  siècles.

Si l’espace européen est une chose sérieuse, ils devraient y avoir  toute leur place puisque leurs pays d’origine font partie des 27.

Il est vrai que les Roms posent quelques problèmes de délinquance. Plus que les migrants nouveaux de toute origine ? Cela reste  à prouver.

Une des formes de cette délinquance est le fait, pour certains  « parrains » d’obliger des femmes (parfois avec des bébés en bas âge ou très âgées) et des enfants à mendier. Aujourd’hui la mendicité de ce type a pratiquement  expulsé toutes les autres du pavé de Paris, sans doute par la manière forte. Mais la police s’en  préoccupe telle ? Il ne les semble pas.

Si on ne leur permet pas de mendier que feront-ils ? dira-t-on. Mais où vont  donc les milliards déversés par la commission de Bruxelles  en Roumanie, en Bulgarie et ailleurs pour aider  à la réinsertion des populations nomades. Encore un exemple de l’inefficacité des grandes bureaucraties sociales à fonds publics !   Et à quoi rime de tolérer leur présence massive sur notre sol sans leur donner le droit de travailler ?,

Les Roms posent, il est vrai, un double problème que l’on tend généralement à confondre :

une question d’immigration  du fait de la présence illégale sur notre sol de beaucoup d’entre eux :

une question d’occupation indue de terrains  qui ne leur appartiennent pas, dont les propriétaires demandent leur expulsion  par voie de justice, mais d’où il est difficile, de fait,  de les déloger.

         Quand on parle  perle de l’expulsion des Roms, c’est   à ces deux réalités distinctes que l’on se réfère sans que la presse ne fasse rien pour éclairer la distinction.

        Mais nous nous risquons à une autre  hypothèse. Si l’on s’en  prend tant aux Roms qui ne posent que des problèmes mineurs à la cohésion de la société française, c’est qu’ils sont plus vulnérables que les autres. A la différence des musulmans, notamment arabes, en particulier des Algériens, des Marocains et des Turcs, ils ne bénéficient pas  du  « recul géopolitique » de grands pays   leur servant de base arrière et auxquels le gouvernement français n’ose pas s’en prendre de front.   

En prenant à partie bruyamment les Roms,   les  gouvernements font croire qu’ils  s’occupent de  l’immigration alors qu’ils  ne traitent  qu’un  problème mineur, et que les problèmes majeurs, eux,  ne sont pas traités.

En définitive tant avec l’UMP qu’avec  les socialistes, les Roms  sont  les victimes toutes désignées offertes à la  vindicte publique  pour cacher notre impuissance face  au problème migratoire, parce qu’ils sont faibles et, ce qui est plus grave, parce que nous sommes faibles.

 

Roland HUREAUX
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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 15:04

Publié par Atlantico 

 

Pour  préserver la paix, dans son pays et dans le monde, pour  ne pas souffler sur les braises des conflits latents  un peu partout, il ne suffit pas d’avoir  une allure bonace et un tempérament  paisible, il faut aussi n’être pas médiocre. Et donc pas idéologue.  Car la forme moderne de la médiocrité est l’idéologie, le  prêt à penser de ceux qui n’ont pas d’idées.   

De l’idéologie, le parti socialiste en consomme beaucoup.  Oubliée la lutte des classes, est-il d’autre marqueur de la gauche ? Hollande  qui a si bien, pendant des années, géré   les tensions internes du parti socialiste, en est toujours imprégné.

 

Comment créer la zizanie nationale

 

Discorde  civile : le projet de « mariage »  homosexuel n’est pas seulement une  réforme relativement anodine du code civil ; c’est une révolution anthropologique,   une redéfinition  du rapport entre les sexes,  voire la négation des sexes, un bouleversement du mariage et même  l’antichambre de son abolition. Là où certains voient la marque de la modernité (bonne ou mauvaise, qu’importe, tout ce qui paraît  moderne est, selon cette philosophie,  normatif), d’autres ont le sentiment d’un basculement collectif vers  l’absurde.  

Cette revendication, tenue pour évidente par les uns, pour absurde par les autres, mine toutes les sociétés occidentales, au moins celles qui sont encore ouvertes au débat : en premier lieu les Etats-Unis,  en guerre civile depuis vingt ans à ce sujet (et sur  d ‘autres thèmes sociétaux comme l’avortement).

Le  conflit n’aurait pas un caractère si grave s’il ne  touchait à d’autres ressorts que la morale : les opposants ont le sentiment de défendre aussi la raison contre la déraison ; plus passionnel, encore : en défendant le mariage et  la famille, ils montrent leur attachement à un héritage identitaire et culturel  fondateur de l’Occident, contre le   monde   sans   repères et sans attaches qu’on leur propose.

En voulant à toute  force appliquer  son programme, Hollande a déclenché la guerre civile en France. Lui qui avait la mission, transcendant toutes les promesses, quelle qu’elles soient, de préserver d’abord  l’unité nationale, crée la zizanie nationale.

Effet d’autant plus accablant qu’il intervient dans une  France particulièrement résiliente à la crise économique.  Cette crise qui, en d’autres temps,  aurait déclenché de graves troubles sociaux, voit un pays uni pour entreprendre les efforts nécessaires en vue de la  surmonter (qu’il y arrive est un autre sujet), uni pour payer plus d’impôts (à l’’exception de Gérard Depardieu  et de quelques autres), uni pour réduire les dépenses  publiques, uni pour supporter la récession à laquelle conduit la politique de rigueur, chez  nous et en Europe.

Et voilà que, dans ce pays étonnement tranquille, le président a trouvé un moyen d’allumer un incendie. Dérivatif aux problèmes économiques, utilisé à dessein ?  Nous ne le croyons même pas si machiavélique.

 

Comment alimenter la  tension internationale

 

Parlons à présent de la  politique internationale.

Laissons de côté le cas du Mali où notre intervention était assurément légitime dans la mesure où il s’agissait non de lutter contre le terrorisme comme on le dit  (pourquoi cette justification idéologique inepte ?),  mais tout simplement  de défendre un pays ami agressé et  la sécurité d’une région où nous avons des intérêts moraux et matériels. Il reste significatif que ce soit Hollande, un socialiste qui prétendait en décembre « en finir avec la Françafrique » qui se lance en janvier dans  une guerre de ce genre. Ce n’est pas nouveau : le socialiste Guy Mollet avait envoyé le contingent en Algérie, Mitterrand multiplié les interventions  en Afrique ( beaucoup plus nombreuses sous sa présidence qu’au temps de De Gaulle) et participé à la première guerre du Golfe, Jospin envoyé des troupes en Afghanistan .  Il faut se méfier de soi-disant pacifistes !

Mais si la guerre au Mali est justifiable, qui comprendra qu’au moment où nous combattons les islamistes au Sahel,  nous voulions à tout prix les armer en Syrie ?

Ce pays   est plongé dans une guerre particulièrement meurtrière. On n’en voit pas l’issue ; le maintien du président Assad au pouvoir se traduirait sans doute  par de cruelles  représailles, mais la victoire des opposants, dont les plus actifs sont des islamistes  radicaux  menace directement  des minorités de  plusieurs millions de personnes. Si l’on veut rendre la paix  à ce pays qui souffre tant, la deuxième solution   offre moins de  garanties encore que la première.

François Hollande aurait plusieurs raisons de garder sur ce sujet une position modérée.

D’abord se démarquer de son prédécesseur qui, lui aussi, avait donné et donne encore  dans la surenchère  interventionniste.

Ensuite le respect d’objectivité qui interdit, dans une situation nécessairement complexe, de faire porter l’entière responsabilité des 60 000 victimes, comme l’a fait  récemment Fabius, au détriment de la plus élémentaire raison, au seul gouvernement en place. Qui dit guerre civile dit évidemment violence   et victimes des deux côtés.

Ensuite ne pas insulter l’avenir qui  pourrait voir le maintien du président Assad au pouvoir, pour peu que les Etats-Unis et la Russie s’entendent  sur les conditions. La France et le Royaume-Uni qui partage notre  jusqu’au-boutisme,  seraient alors ridicules.

Enfin ne  pas s’aliéner la Russie qui demeure un allié naturel de la France, comme avait fini par le comprendre le président Sarkozy pourtant si atlantiste. Au lieu de cela, Hollande a réussi à se mettre à dos  ce grand pays qui lui a fait  en échange le pied de nez d’accorder un  passeport à  Depardieu.

Il s’aliène aussi l’Algérie, soutien de la Syrie,  qui pourtant vient de nous apporter un appui précieux   dans la guerre du Mali.

Par une position modérée,  la France   aurait pu,  en gardant le contact avec toutes les parties,  se poser en   médiateur, comme c’est sa mission historique.

Au lieu de jouer ce rôle modéré, Hollande n’a cessé  depuis son arrivée au pouvoir, de jeter de l’huile sur le feu de ce pays qui est  déjà à lui seul  à une poudrière. Alors que les Etats-Unis s’éloignent  discrètement de  l’idée d’une aide militaire  directe  aux rebelles et se refusent à reconnaitre la coordination de Doha,   la France, elle,  fait de la surenchère, se préparant à  livrer des armes et reconnaissant ce contre-gouvernement fantoche.

Ce faisant, elle  porte  à l’incandescence  un des  conflits les plus dangereux de la planète,  susceptible même de conduire à   une guerre nucléaire, si les Occidentaux ne comprennent pas les avertissements   de la Russie et de la Chine.

On a rarement vu tant d’irresponsabilité à la tête de l’Etat.   

Mariage homosexuel, Syrie, dans les deux cas, Hollande qui devrait être un homme d’apaisement, joue les va-t’en guerre, faisant courir un risque considérable,  ici à l’unité nationale, là à la paix mondiale.

 

Les droits de l’homme dévoyés

 

Est-il nécessaire de relever  qu’une Caroline  Fourest, qui, d’un côté,  répand la fausse rumeur d’une guerre chimique en Syrie et, de l’autre,  recrute de malheureuses  femmes ukrainiennes pour perturber les  manifestions de défense  du mariage homme/femme, se pose en  barde  (bardesse ?) du nouveau quinquennat ?

Dans les deux cas,   une conception dévoyée et   aveugle des droits de l’homme répandue malheureusement dans l’ensemble de la presse et une grande partie du parti socialiste.

Dévoiement : comment mettre un signe d’égalité entre des situations   aussi  différentes qu’un couple composé d’un homme et d’une femme et   une paire du même sexe, par définition  stérile sauf artifice ?

Cécité ? Il existe, même en matière sociétale, des  drames  autrement plus sérieux  que ceux des  homosexuels prétendument en manque de mariage, par exemple celui de personnes âgées et seules.

Comment un pays ayant une expérience internationale aussi riche que la nôtre  pourrait-il déterminer ses choix diplomatiques  sur le seul critère des droits de  l’homme vus  à l’aune d’une propagande internationale simpliste ? Cette propagande  ignore les manquements autrement plus graves aux droits fondamentaux de l’  Arabie saoudite ou du Qatar et  est indifférente aux sort que le triomphe des  supposés droits de l’homme  et de leurs militants  barbus,  ferait courir aux minorités syriennes, pas seulement chrétiennes.  Qui ne voit que l’avènement de la  démocratie dans les pays musulmans conduit presque inévitablement à l’extension d’un   islamisme à mille lieues des idéaux  de 1789 que  nous prétendons  promouvoir ?  On le savait avant  les pseudo-printemps arabes.

Le plus triste  est que ce droit de l’hommisme sommaire, inspiré de préjugés partiaux et non    d’une solide connaissance des réalités ( préjugés  qui conduisent par exemple de manière absurde à tenir la Chine  pour plus  libérale que la Russie  !),   est tout ce qui reste de doctrine diplomatique au parti socialiste.

Autre trait commun de ces attitudes : le mépris de l’héritage  chrétien, propre à la gauche  française mais  aggravé dans la nouvelle gauche libérale-libertaire issue de la  déchristianisation. C’est évident s’agissant du mariage unisexe. Mais cela l’est aussi en matière de politique internationale : qui sait encore que la  légitimité historique de notre présence au Proche Orient s’enracine dans  l’engagement multiséculaire de la France à  y protéger  les minorités chrétiennes,  et même  toutes les minorités ?  Or l’aboutissement de notre politique  actuelle dans cette région, quoique menée au nom de grands sentiments,  est  leur élimination pure et simple.

La cause principale des guerres modernes,   ce n’est plus  le  nationalisme, c’est l’idéologie.  Pour comprendre à quel point l’idéologie peut être  quelque chose de pervers, il suffit de voir comment elle est  capable de transformer un homme aussi quelconque que François Hollande en fauteur de guerre  civile et internationale. En nous décrivant le bon professeur Verkhovensky, dont  les idées sont à l’origine des pires dérèglements terroristes des « possédés », Dostoïevski nous avait déjà donné un aperçu de ce   mystérieux  paradoxe.

Roland HUREAUX

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