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Roland HUREAUX

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10 avril 2014 4 10 /04 /avril /2014 23:29

 

Ce n’est un secret pour personne  que la loi Taubira instituant  le mariage homosexuel, et surtout officialisant la théorie du genre,   aurait eu plus de mal à passer si un certaines  personnalités de droite n’avaient fait preuve  sur ce sujet d’une  regrettable ambiguïté, en s’abstenant ou en votant  de manière plus ou moins ostensible avec la majorité socialiste.

En démocratie, les actes politiques ne trouvent leur vraie sanction que  dans l’épreuve électorale. Le vaste mouvement  connu comme La manif pour tous, n’aurait pas pesé bien lourd sur la scène politique, en dépit des  centaines  de milliers de  manifestants qu’il a rassemblé,   si les comportements  que nous venons d’évoquer n’avaient  été sanctionnés  par les électeurs.

 

Paris et Strasbourg

 

Ils l’ont été, et de manière spectaculaire,  dans deux cas au moins : Paris et Strasbourg. Le déficit d’image dont a longtemps pâti Nathalie Kosciuzko-Morizet  au sein de la droite parisienne (et qui a abouti par  exemple à la dissidence de Charles Beigbeder) n’est, notoirement, pas  sans lien avec sa décision de s’abstenir sur le vote lors du vote de la Taubira.  Il lui a été fatal.

A Strasbourg, il est probable que Fabienne Keller, candidate de l’UMP,  aurait survécu à la triangulaire difficile qui l’a opposée aux candidats du Parti socialiste  et du Front national si  elle n’avait pas fait partie des quelques sénateurs de droite décidés à voter la loi Taubira  (l’a-t-elle fait ? qui le saura dans le brouhaha qui a tenu lieu de vote à main levée au sein de la Haute Assemblée, honteuse  mascarade de démocratie).

En bref  deux des sept  principales villes de France, Paris en tête,  auraient basculé à droite  si les candidats  désignés par l’UMP  n’avaient pas pris plus ou moins parti pour le « mariage des personnes du même sexe ». La déroute du Parti socialiste en eut été encore plus spectaculaire.

A l’inverse un Jean-Luc Moudenc a brillamment reconquis Toulouse, contre les pronostics : quoique d’origine  centriste, il n’a, sur ce sujet, jamais trahi son camp.   

D’autres personnalités de droite avaient fait le même choix que   Kosziusko-Morizet ou Keller, mais elles n’étaient pas  en première ligne aux  municipales : ainsi Bruno Le Maire  avait renoncé à  conduire lui-même  la liste UMP à Evreux.

Pourquoi les personnalités évoquées ont-elles pris ces options ?   Conviction,  peut-être.  Mais  dans la jeune génération de la droite, prévaut aussi l’idée  que, pour préserver son avenir, il faut, en matière sociétale,   faire les choix supposés  le plus modernes et donc, en fait,  ceux du parti socialiste. Il n’y a pas, croit-on, grand avenir, pour un « ringard »   prônant comme les générations passées que le mariage unit  un homme  une femme.  

Cette posture a pu  valoir, en son temps, quelques bénéfices  à une Roselyne Bachelot, jusqu’à en faire une vedette du petit écran. Mais aujourd’hui elle ne tient plus car elle repose sur une double erreur.

D’abord  elle va contre cette règle de la politique qu’il ne faut pas aller contre les   fondamentaux de son camp. François Hollande ayant pris le risque de diviser gravement la France sur la  loi Taubira, il était clair que toute la droite, au moins à la base, s’est retrouvée dans l’opposition  au mariage homosexuel. Quelles que soient ses convictions intimes, un homme de l’UMP  ne pouvait, sur un sujet aussi passionnel, jouer contre son camp.

Ensuite, les positions supposées modernes portées par la gauche apparaissent de plus en plus,  sur à peu près tous les sujets  (non seulement le droit de la  famille, mais aussi les méthodes pédagogiques, le rapport à l’histoire nationale, la justice, la  diplomatie des  droits de l’homme etc.) comme de dangereux délires, gravement préjudiciables à la société.  Le parti socialiste ayant abandonné depuis belle lurette  sa raison d’être  sociale, sa marque de fabrique, ce sont désormais  ces délires  idéologiques et rien d’autre.  L’aura de modernité qui les sous-tend  est elle-même  constitutive de l’illusion idéologique.   Qu’un homme de droite se veuille plus moderne en entrant dans ce jeu, il cesse tout simplement d’être un homme de droite. 

Car qu’est-ce que la droite aujourd’hui  sinon la résistance à ces illusions destructrices,  le parti du bon sens et du réel contre les chimères. Etre de droite, c’est dire que deux et deux font quatre !  Gare à ceux qui s’égareraient  hors de ces  fondamentaux.   

La leçon donnée par ces municipales ne  saurait être oubliée au moment où la droite sera confrontée aux grands choix qui détermineront  l’après-socialisme, pas seulement  celui de maintenir ou non la loi Taubira.

 

Roland HUREAUX

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21 mars 2014 5 21 /03 /mars /2014 09:52

 

 

Maurice Faure, qui vient de nous quitter, n’a jamais renié ses attaches avec le radicalisme.

Mais il lui a donné dans le Lot un tour si particulier qu’on a  pu parler légitimement  de « faurisme ». Par exemple,  le vieux parti radical d’avant-guerre portait dans ses statuts l’anticléricalisme. On n’en trouvait guère de traces chez Maurice Faure, épicurien et, semble-t-il,  agnostique,   mais toujours respectueux  du fait religieux et des croyants. Sa première majorité, celle avec  laquelle il conquit la mairie de Cahors en 1965,  était composée de radicaux et de démocrates-chrétiens. Il soutint Lecanuet en 1965. Contraint de rallier l’union de la gauche entre les deux tours de  la législative de 1967, ce qui au plan national,  impliquait la rupture avec le MRP, il conserva au plan local, sur une base   plus  amicale que politique une garde rapprochée  issue pour l’essentiel de la démocratie chrétienne ; paradoxe incompréhensible hors du Lot, plusieurs conseillers généraux étiquetés radicaux de gauche, comme le Dr Emile Vaysse,  allaient à la messe  le dimanche.

On ne dira jamais assez combien cette élection de 1967 fut un moment clef  de l’histoire de ce département. Combat de géants : Maurice Faure et Jean-Pierre Dannaud qui s’y affrontèrent avaient tous les deux  l’envergure d’être premier ministre. Dannaud sans Faure l’eut emporté facilement et le Lot fut devenu un fief gaulliste, ou plutôt pompidolien. Faure sans Dannaud n’aurait pas eu besoin de s’allier avec les  communistes ; il serait resté  centriste et devenu sans doute ministre de Giscard.  L’offensive de Pompidou contre Faure, par Dannaud interposé,  a contraint le leader radical  à se déporter sur la gauche beaucoup plus qu’il ne l’aurait souhaité. Ses confidents   savent combien il se sentait mal à l’aise avec les majorités socialistes en place depuis 1981. Agnostique, il l’était peut-être sur le plan métaphysique, mais  encore davantage vis à vis des lubies idéologiques de toutes sortes qui se sont  emparées du parti socialiste depuis une trentaine d’années, lubies qu’il   qualifiait volontiers  en privé de « couillonnades ». Dans le grand combat historique que se livrent aujourd’hui les idéologies et le bon sens, il était assurément du côté du bon sens. Son  malaise était cependant  tempéré par son amitié personnelle avec François Mitterrand qui n’avait sans doute  pas des idées très différentes.

Le revirement grâce auquel  il sauva sa carrière politique en 1967, passant de l’anticommunisme à l’alliance avec les communistes, l’a fait passer pour opportuniste. Il avait été pourtant fidèle à Gaston Monnerville quand il s’opposa au général de Gaulle, alors même que ce dernier lui  inspirait un authentique respect.   De même, une fois rallié à l’union de la gauche, il fut conduit à refuser plusieurs propositions ministérielles. Autant qu’un tropisme local indéniable, cette loyauté explique sa carrière ministérielle somme toute brève.  

Le  tempérament de Maurice Faure   le portait naturellement à tenter de réconcilier les contraires.  Il est sans doute à son honneur d’avoir dirigé  le Lot et Cahors, de manière sinon dynamique, du moins consensuelle. Point de trace, semble-t-il,  en  son temps, de ce climat oppressif et sectaire que certains de ses successeurs de gauche  (et parfois de droite)  devaient faire régner sur la société cadurcienne. Quiconque  pouvait, sous Maurice Faure, s’affirmer de droite sans craindre  de représailles. Les temps ont bien changé.

Cet esprit de conciliation, sur fond  de scepticisme idéologique, fut aussi le moteur que le poussa à devenir ce qu’il est convenu d’appeler « un grand européen ». Il fut,  avec Guy Mollet et Christian Pinault, du côté français, bardé de jeunes technocrates aussi prestigieux que Jean François-Poncet et Jean-François Deniau, un des principaux artisans du traité de Rome,  traité que Jean Monnet n’aimait guère car il le trouvait trop défavorable aux intérêts américains. Il fut aussi, on le sait moins,   un des membres des groupes de travail qui  prépara, avant sa ratification de 1992, le traité de Maastricht. Le même esprit de compromis en fit un des plus fervents partisans  de l’Alliance   atlantique, aucun intérêt, selon lui, ne justifiant que    la France prit ses distances vis-à-vis de son puissant protecteur américain. Son fils, Philippe Faure,  n’est-il pas le président du tout-puissant réseau d’influence France-Amérique ?

Est-ce à dire que la bonne politique se résume, comme le pensait sans doute  Maurice Faure,  au rapprochement des  contraires, à l’esprit  de compromis, entre croyants et non-croyants, hommes de droite et de gauche, Européens  et Américains ? Certes, mais la politique n’est pas si simple : elle  est une  dialectique permanente du  rapprochement et de de la différence.

La vie, depuis toujours, est différenciation  et donc parfois arrachement, conflit (comme celui que suscita  la généal. de Gaulle en quittant la structure intégrée l’OTAN en  1967). Le risque de la différence, trop poussée,  c’est la guerre. Mais le risque de l’esprit de compromis systématique, c’est la grisaille, une existence  morose, sans grand élan, c’est aussi que les clivages réapparaissent hors du champ politique comme on assiste  aujourd’hui, face à la pensée unique  de droite et de gauche, à l’immense discrédit de la classe politique dans son ensemble. Les deux dimensions de la vie politique sont   sont assurément nécessaires.

 

Les deux radicalismes

 

En étant d’abord un homme de conciliation,  Maurice Faure, ne représentait pas tout le radicalisme.  Il se situait clairement dans un des deux courants fondamentaux qui divisent cette famille depuis le commencement. L’un est fait d’hommes de combat, républicains ou patriotes   intransigeants, portés à la résistance à l’égard de tout ce qui menace les intérêts auxquels ils sont attachés. Bien que n’étant pas formellement des radicaux, Gambetta, et Jules Ferry appartiennent à cette famille, surtout le premier qui organisa, dans la France occupée par les  Prussiens, l’admirable résistance de 1870.      Le « petit père Combes »  et surtout son ministre des affaires étrangères,  Delcassé qui sut   préparer par des alliances habiles  la revanche de 1914,   furent à leur manière eux aussi  des radicaux intransigeants. Et bien entendu Clémenceau, le « Père la Victoire ». Entre les  deux guerres, on citera Louis Barthou et Georges Mandel. Depuis 1945, la lignée s’affaiblit, le radicalisme s’étiolant. Mais  Pierre Mendès-France en fut un grand représentant et aujourd’hui, même s’il ne se réclame pas formellement du radicalisme, Jean-Pierre Chevènement.

La lignée des radicaux de compromis, d’autres diront « mous », apparait avec Léon Bourgeois, inspirateur de la philosophie politique du radicalisme, le « solidarisme », Aristide Briand, quoique   pas formellement rattaché au radicalisme lui non plus (il fut socialiste, puis centriste), est le prototype de ce radicalisme de compromis, adepte de la réconciliation franco-allemande  à partir de 1926. Mais  le grand représentant  de ce radicalisme « œcuménique » fut Edouard Herriot, indéracinable maire de Lyon et vrai permanent de la  politique française  de 1924 à 1959. Anatole de Monzie, Henri Queuille,  Edgar Faure et naturellement Maurice Faure se situent dans la même  lignée.

Ces deux genres de radicaux, est-il nécessaire de le dire, ne s’aimaient pas beaucoup. Les relations  de Maurice Faure  et  de Pierre Mendès-France  n’avaient rien à envier avec celles d’Aristide Briand et de Georges Clémenceau.

Fondée sur la dialectique de la différence et du compromis, la politique, spécialement la politique française, avait cependant  besoin de ces deux écoles, qui débordent d’ailleurs largement les frontières du parti radical.

 

Roland HUREAUX

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9 février 2014 7 09 /02 /février /2014 10:21

 Article publié dans Le Figaro du 23/01/2014

  

Qu’à l’issue de  sa dernière conférence de presse, François Hollande puisse être tenu pour un « social libéral », de gauche certes, mais ouvert  au monde de l’entreprise et  finalement assez inoffensif, témoigne d’une profonde incompréhension de la révolution qui est en train de s’accomplir aujourd’hui en France.

Si l’on s’en tient aux critères marxistes, pour qui rien n’importe que l’  économique et le social, Hollande, qui ne remet en cause aucun des paramètres de la mondialisation libérale : appropriation privée du capital, libre échange, libre circulation des capitaux, construction européenne, semble certes moins dangereux pour l’ordre établi que ne l’était  le Mitterrand du programme commun   nationalisant  les grands moyens de production. Tout au plus les libéraux lui reprocheront ils  son impuissance   à contrôler la dépense publique et donc la pression fiscale.   

Mais nous pensons que le marxisme est tout à fait inadapté à l’analyse de la situation actuelle. Il ne rend pas compte  du rejet de Hollande et du gouvernment socialiste par l’immense majorité de la population, un rejet d’une violence  peut-être sans précédent.

Il ne rend pas compte non plus du climat de terrorisme intellectuel et policier qui tend à s’instaurer depuis plusieurs mois. Moins que l’affaire Dieudonné, cyniquement montée en épingle par un   gouvernement  n’hésitant pas à instrumentaliser la lutte légitime contre l’antisémitisme, en témoigne la répression disproportionnée de la Manif pour tous et de ses suites ( veilleurs etc.), le climat de haine antichrétien qui tend à s’instaurer dans les milieux médiatiques  et socialistes (qui se recouvrent largement  ), la volonté d’offenser sciemment  les résistants à l’idéologie dominante ( timbre à l’effigie d‘une femen !) , l’atmosphère de maison de redressement (contre les tendances supposées du peuple  au racisme, au machisme, à l’homophobie, au tabagisme etc.)  qui corsette de plus en plus   la société française. Les arrestations arbitraires de militants pacifiques et les atteintes de plus en plus  décomplexées  à la liberté d’expression, sont symptomatiques d’une inquiétante dérive.   

 

La  radicalisation des socialistes

 

En vérité,  ceux qui n’ont vu dans l’élection de Hollande qu’une  alternance  sans conséquences  se sont trompés. Ils   n’avaient pas compris   que, en dépit de son assagissement  économique, le parti socialiste avait fait l’objet, au cours des dernières années, sur tous les autres sujets que l’économie, en particulier les questions culturelles et sociétales,  d’une radicalisation sans précédent.

La gauche classique, celle  des deux derniers siècles,  combattait le pouvoir excessif de l ’Eglise tout en promouvait  des réformes sociales. Mais elle laissait intacts l’histoire de France, l’instruction publique, la citoyenneté, la morale, la famille, le sens national,   une justice fondée sur la distinction élémentaire du bien et du mal et naturellement la différence sexuelle tenue pour évidente. C’est tout cela qui est aujourd’hui  mis en cause.  

Le nouveau socialisme libertaire est bien  une idéologie, au sens d’un système d’idées fausses et contre-nature  inspirant ses décisions au pouvoir, mais   c’est une idéologie différente du marxisme et peut-être à terme plus dangereuse.

Seule analogie avec le léninisme : Alain Besançon décrit la révolution de  1917 comme la prise de pouvoir par une petite  minorité d’idéologues qui déclarent d’emblée la guerre au  le peuple russe. Nous avons toujours une minorité d’idéologues  et,  même si leurs  moyens semblent pour le moment moins violents,  cette minorité est bien entrée en guerre avec le peuple français (et européen). Il faut, comme l’avoue Peillon, l’arracher à tout conditionnement historique ou familial,   il faut en détruire la mémoire, les croyances, l’identité  et brouiller les  esprits par des théories   malfaisantes comme les nouvelles pédagogies ou la théorie du genre, aussi fausses et folles que l’était la biologie de Lyssenko. Toujours contre-nature, l’idéologie se crispe et, dès lors,   menace  la démocratie.

En proposant d’alléger les charges des entreprises, sans autre contrepartie  que la fin des cotisations familiales (remplacées par quoi ? On ne sait), le pouvoir socialiste s’en prend aux familles nombreuses non seulement immigrées  mais indigènes qui se trouvent au cœur de la résistance à

 l’idéologie dominante. Ces   familles  ont assuré à la France un renouvellement démographique meilleur que le  reste de l’Europe (qui est, elle, en voie de disparition), mais elles ont fourni aussi  les principales troupes de La Manif pour tous. Que Mme Najat Belkacem propose de sanctionner fiscalement les femmes au foyer s’inscrit dans la même logique. Une logique qu’on n’hésitera pas à appeler de guerre civile : il  s’agit non seulement de punir un groupe social mal pensant  mais de l’exterminer  en le privant de moyens d’élever ses enfants.

Voilà donc une révolution, qui, à la différence de celles du passé,  ne s’attaque pas  seulement au pouvoir politique ou économique mais à l’héritage européen  dans son ensemble  et même au  socle anthropologique  commun à toutes  les sociétés.

Que cette révolution, qui n’est pas propre à la France, ait pris chez nous le visage d’un fonctionnaire  sans éclat est conforme aux intuitions  de Dostoïevski selon qui les hommes à  l’air parfaitement insignifiant  pouvaient  s’avérer les plus dangereux qui soient.    

 

Roland HUREAUX 

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9 février 2014 7 09 /02 /février /2014 10:15

 

Ainsi Mme Trierweiller a été répudiée.

La loi de Moïse commandait  au mari qui répudie sa femme,   unilatéralement cela va de soi, de lui remettre « un acte de répudiation ». Mais le président Hollande n’est pas le roi Salomon : Mme Trierweiller n’aura même pas eu droit à cet égard.

Quelque faible que soit la sympathie que nous inspirait ce personnage, on ne peut qu’être confondu par la manière dont elle est aujourd’hui traitée.

Après des dizaines de chefs de l’Etat qui, tous sans exception, avaient respecté, au moins les apparences du mariage traditionnel, Nicolas Sarkozy s’était le premier distancié en  divorçant, amoureux éconduit,  et en se remariant à l’Elysée.

François Hollande crut pouvoir aller plus loin dans la rupture avec la tradition. Jamais marié avec la mère de ses quatre enfants, il imposa dès son arrivée à l’Elysée, avec le titre  officieux de « première dame de France » et les avantages substantiels y afférant, une maîtresse  jamais divorcée de son actuel mari. Foin de la morale bourgeoise, l’adultère s’installait officiellement à la tête de l’Etat.

A tous ceux qui pensaient qu’il s’agissait là d’une évolution naturelle vers le « progrès », l’émancipation de tabous d’un autre âge, la triste fin de cette histoire nous montre à quel degré de goujaterie conduit cette prétendue émancipation. Même le droit du licenciement impose  aujourd’hui plus de ménagements.

A tous ceux qui pensaient que tout ce qui était liberté sexuelle allait dans le même sens que  la libération de la femme, victime disait-on, d’une oppression séculaire, et qui voyaient en Mme Trierweiler le prototype de la femme libérée, son congédiement sans préavis  révèle ce dont ils ne se doutaient  pas : à quel point la condition de la femme s’est dégradée avec  l’émancipation des mœurs. Comme le contrat de travail, le mariage,   loin d’être une chaîne,   était d’abord  pour la femme une protection. 

 

A l’opposé du but affiché

 

Le féminisme, comme la philosophie libertaire sont des idéologies : comme toutes les idéologies,  prétendant faire le bonheur des hommes (et des femmes)  à partir d’idées fausses, elles  aboutissent à l’exact contraire  de leur but affiché.

Jamais la condition ouvrière n’était tombée aussi bas que sous le régime bolchevik, prétendu  « dictature du prolétariat ». Jamais les inégalités ne se sont accrues à l’école que sous le régime du collège unique.

Quel sociologue nous démontrera   un jour comment  les quarante dernières années de supposée libération de la femme ont été peut-être celles où sa condition réelle a le plus dramatiquement régressé ?  Certes, elles ont accès à beaucoup de métiers de prestige qui leur étaient interdits autrefois, avec l’indépendance financière qui en résulte, au moins en principe. Mais quelle promotion pour la vendeuse sous le contrôle étroit d’un chef de rayon généralement masculin ?  Ou pour   celles  que les incertitudes du lien conjugal et l’air du temps  contraignent  à un  travail servile qui leur déplait et  s’ajoute aux tâches ménagères ? Et que dire des   innombrables femmes parents isolés ou laissées seules après  cinquante ans ?  De celles auxquels   leurs compagnons,  maris, parents, voire patrons    auront  empêché d’avoir un enfant de plus ?  De  celles que leurs compagnons soixante-huitards ayant appris à « jouir sans entraves » et à « se lâcher »   façon Cantat, battent  comme on n’osait pas du temps où l’enfer faisait peur 

Que l’idéologie aboutisse à l’inverse de ses objectifs affichés, rien ne l’illustre  mieux que les élections municipales en cours où, en dépit de la surenchère législative en matière de parité, les malheureux candidats n’ont jamais  eu autant de mal à trouver des femmes désireuses de s’engager en politique, sans doute parce que les femmes ont compris mieux que les hommes la dégénérescence de la fonction élective.

Mais combien auront  envie de réélire François Hollande au vu de la dernière inélégance  avec laquelle a été  traitée la  soi-disant « première dame » ? On peut se le demander.

 

 

Roland HUREAUX 

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6 décembre 2013 5 06 /12 /décembre /2013 20:34

 

 

Je n’ai jamais rencontré Nelson Mandela, seulement son bras droit Oliver Tambo.

J’eus en effet en 1985 le privilège d’être le premier diplomate français à visiter un camp de l’ANC en exil (Africain National Congress, mouvement de résistance des noirs d’Afrique du Sud présidé par Mandela  alors en prison). La France qui avait longtemps coopéré avec le régime de l’apartheid dirigé par les blancs venait de prendre un train de sanctions à son encontre qui avait grandement amélioré nos relations avec les résistants. Mais à ce moment-là, seul le numéro 2 de l’ambassade de France en Tanzanie que j’étais,  pouvait se permettre cette démarche, l’ambassadeur étant tenu à une certaine réserve.  Le camp était composé d’un centre d’entrainement à la guérilla et d’une école. On ne me laissa voir que l’école.

Il est habituel de représenter l’extraordinaire épopée de Nelson  Mandela comme la lutte du bien contre le  mal.  Je ne crois pas que lui-même  l’ait jamais vue ainsi. Moins que l’ange de la liberté, il se considéra d’abord comme  un patriote, voie un nationaliste. Les noirs qui constituaient la grande majorité de la population de l’Afrique du Sud étaient exclus du  pouvoir. Il s’attacha à ce qu’ils se gouvernassent  enfin eux-mêmes, ce qui était une revendication bien naturelle.

Il se heurta à la minorité blanche   qui n’était pas pour autant composée de « salauds ». Ceux qui la dirigeaient  étaient aussi des nationalistes : la communauté qu’ils constituaient, surtout depuis la guerre effroyable que les Anglais leur avaient faite au début du XXe siècle, voulait aussi se gouverner  elle-même. Mais compte tenu de l’imbrication des populations, ce n’était possible qu’en excluant  les noirs, une solution  qui n’était pas viable à long terme.

Loin de les considérer comme des vaincus,  Mandela, dès sa venue au pouvoir en 1992  s’attacha à les réintégrer  dans la communauté nationale réunifiée, à leur montrer que la nouvelle Afrique du Sud était aussi la leur. Il utilisa  notamment,  pour ce faire,  le rugby. Ce sport avait été était jusque-là réservé aux blancs; il   montra  aux uns et aux autres qu’une victoire des Springboks était aussi une victoire de toute la  nation. C’est ce que relate l’admirable film Invictus.   

Ce qui distingue par-dessus tout Mandela est la manière dont il conduisit  son combat. Tout en n’acceptant jamais, en principe, de renoncer à la lutte armée, il s’attacha à la limiter au strict minimum. De même,    devenu président, il limita autant  qu’il le put  les représailles, se contentant, au lieu de procès politiques et d’actes de barbarie,    de repentances publiques   devant les fameuses   commissions « Vérité et réconciliation ».

Aristocrate né, issu d’une grande famille de chefs de la tribu des Xhosas, il sut faire preuve  de cette éminente  qualité qu’est la magnanimité.  Tout  cela le  place à des années-lumière au-dessus des dirigeants  d’autres mouvements dits de libération, tels ceux qui accédèrent au pouvoir  en Algérie ou en Indochine, lesquels multiplièrent  un peu partout  les représailles les plus cruelles et les exactions les plus sanglantes, au point de plonger leurs pays respectifs  dans un cycle de violence de plusieurs dizaines d’années.

En cela, Mandela fut vraiment un très  grand homme.

 

 

Roland HUREAUX

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21 novembre 2013 4 21 /11 /novembre /2013 18:54

 

Les gens normaux  soupçonnent rarement jusqu’où peut aller le machiavélisme de certains hommes politiques.

Le retournement  récent de l’opinion, en tous les cas de ceux qui l’inspirent,  en faveur de Christine Taubira  à la suite des injures à caractère raciste qui lui ont été adressées, en offre l’exemple.

Que le lynchage médiatique d’une gamine de 12 ans, visiblement pas inspirée par ses parents, soit inacceptable – et comme d’habitude,  il n’aurait pas eu lieu si les positions avaient été inversées !  -, il faut le dire clairement.

Mais que le même thème, dit « de la banane », ait été enfourché par une candidate aux élections passant  sur France 2 ou par un hebdomadaire partisan,  tous deux situés à la droite extrême, est le révélateur de ce qu’il faut bien appeler  une immense bêtise. D’autant plus inquiétante qu’on suppose que ce qui a ainsi  fortuitement transpiré  en public est  habituel   en privé.

Pourquoi bêtise ? Parce que le racisme, le vrai, est bête. Sans doute.

Mais surtout  parce que ce qui est reproché, à juste titre,  à Mme Taubira, tant sur la question du mariage homosexuel que sur celle de la réforme de la justice, est peut-être  ce qu’il  y  a de plus éloigné de toute considération raciale.

Ce qui  s’y trouve en  cause en effet est, non la couleur de la peau, mais une des perversions intellectuelles   les plus dangereuses de notre époque : l’idéologie. L’arasement  des repères familiaux d’un côté, celui du sens élémentaire  du bien et du mal, de l’autre,  dont procèdent les réformes défendues par le Garde des Sceaux  sont des produits on ne peut plus typiques de cette idéologie qui ronge notre société et dont le parti socialiste  dans son ensemble est devenu le plus fervent promoteur. Maladie de l’esprit qui n’a rien à voir avec la race.

Ajoutons que les  promoteurs des idées perverses en cause (théorie du genre, déresponsabilisation des délinquants) qui inspirent Christine Taubira, si on en refait la généalogie, sont  tous de  race blanche. Le ministre  n’est dans cette affaire que l’exécutrice d’un courant d’idées  dont elle n’est sûrement pas  à l’origine.

On pourrait même aller plus loin et inverser les choses : ce n’est sans doute pas par hasard   que ces idées, au moins celles qui ont trait au mariage, furent  rejetées avec le plus de violence dans les territoires de la  République  dont la majorité est de couleur : Antilles, Guyane, et combattues avec le plus   de talent par des élus de ces régions, tel l’admirable Nestor Azerot.  Avant de faire l’objet de manifestations hostiles  en métropole, Christine Taubira  était déjà persona non grata  dans  sa Guyane natale !   Il y a le « sanglot de l’homme blanc », il y a aussi la décadence de l’homme blanc, le contraire donc de ce que croient les imbéciles. 

On peut donc tenir pour une  habileté machiavélique de   François Hollande de faire porter par  quelqu’un comme  Christine Taubira les réformes en cause, si  contraires à la conscience et au bon sens  d’une partie  des Français, voire  à l’intérêt national,  et  ressenties comme une  injustice. Même stupide, une telle réaction à l’égard de leur promotrice    était prévisible et l’exploitation  que pouvait en faire le pouvoir également. Il faudrait  même  remarquer, comme  l’a fait Xavier Bongibault, que c’est miracle qu’au sein des  marées  humaines de  protestation qu’on a vues se lever  au printemps, il n’y en ait pas eu davantage : preuve, somme toute,  qu’on avait vraiment affaire à des gens civilisés !

Il semble certes que si Martine Aubry n’avait pas renoncé  à ce poste, Christine Taubira  n’aurait pas été nommée Garde des Sceaux, mais, quand même, doit-on écarter  l’idée que cela  a été fait exprès ?

D’autant qu’il y a un précédent. L’assouplissement de l’interdiction de l’avortement qui est intervenue en 1975 aurait pu être défende au Parlement  par beaucoup. Pourquoi fallait-il que ce soit par une juive rescapée des camps, comme Simone Veil ?  Les grands catholiques qui étaient alors  à  la tête de l’Etat, Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac,  sans oublier  le Garde des sceaux,   Jean Lecanuet  (enterré depuis dans un monastère, paix à son âme   !) n’auraient-ils  pas dû en prendre eux-mêmes  la responsabilité ? Il semble que  dans le cas d’espèce, le machiavélisme soit patent.

Déjà, ce que nous appelons le « piège à cons », comment l’appeler autrement ? avait  fonctionné : il s’était  trouvé des excités, pas beaucoup mais qu’importe,  pour se laisser aux amalgames et dérapages que l’on pouvait craindre et ainsi  disqualifier les opposants à  la loi.     Les défenseurs de la vie se virent alors  assimilés, et cela leur colle encore à la peau, aux auteurs de la destruction planifiée de millions de  vies.  Comme par un fait exprès.

 

 

Roland HUREAUX 

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21 novembre 2013 4 21 /11 /novembre /2013 18:52

 

Deux soucis me paraissent caractériser tant les engagements que la pratique journalistique de notre regretté ami Philippe Cohen : la vérité, le peuple.

Le souci le plus scrupuleux de la  vérité pourrait aller de soi chez un homme de presse. Hélas, le  souci politique est dans les métiers de communication, une permanente tentation aujourd’hui.  Nous ne pensons pas tant à de vulgaires soucis de carrière dont Philippe était sans doute  très éloigné,  mais à  celui de se sentir investi d’autres responsabilités que celle de rendre compte des faits, d’avoir sans cesse le  souci de ce qu’il faut dire ou ne pas dire pour ne pas encourager telle ou telle tendance prêtée aux lecteurs, de  ne pas « faire le jeu »   de X ou de Y   , de ne pas être pris pour ceci ou pour cela  etc. toutes préoccupations qui peuvent légitimement inspirer les discours des vrais politiques mais qui devaient se réduire à minima chez un journaliste, comme d’ailleurs chez tout intellectuel.

Paradoxalement, Philippe Cohen qui fut à la fois journaliste et, au travers de la Fondation du 2 mars, militant, eut plus que quiconque le souci de séparer les deux.

Le souci de la vérité, ce n’est pas forcément celui de la Vérité prise comme un absolu. Philipe Cohen, s’il croyait sans doute à l’objectivité des choses, savait qu’elle ne peut être atteinte directement et  que la pluralité des points de vue est généralement le meilleur moyen de la cerner au plus près, au plus près seulement.

D’où la manière dont il gérait par exemple le blog de Marianne : un impitoyable souci de l’exactitude des faits et  de la cohérence  des raisonnements, mais aussi la plus grande ouverture à des points de vue différents  et même opposés au sien,  y compris et surtout les plus décentrés.

Parmi ceux-ci, le point de vue du peuple. Le peuple en général est certes un grand mot. Mais il nous a semblé que Philippe Cohen, au rebours de la quasi-totalité de la nomenklatura, s’est toujours attaché à l’idée  que le point de vue majoritaire  ou largement répandu dans le peuple au sens large, notamment chez les petits et  les sans grade, ne saurait  être récusé a priori.  Au contraire, il  soupçonnait que ce point de vue reposait sur de bonnes raisons, même si elles n’étaient pas toujours celles qui étaient formulées par les intéressés. Peut-être même tendait–il  à parier avantage sur  la  lucidité populaire que sur celle des élites.

On sait les risques que cette double attitude l’a conduit à prendre. On ne dira jamais assez à quel point elle est contraire l’esprit d’une époque  qui, peut-être plus que  d’autres,  tend à considérer  a priori la vox populi comme une vox diabolica  ,  de suspecter dans toute voix venue d’en bas , le corporatisme,  le machisme, le racisme, la xénophobie , bref  le « populisme » et en tous les cas l’ignorance. L’ignorance,  donc la nécessité d’une rééducation, d’une  pédagogie, d’une « meilleure explication »,  comme  celle que les meilleurs esprits appelèrent de   leurs vœux au lendemain du référendum « manqué » du 29 mai 2005 sur la Constitution européenne.  A tout le moins Philippe Cohen pensait-il que tout écho venu des profondeurs supposées non éclairées de la population exigeait, en lieu et place des récusations a priori, un complément d’enquête.

La vérité, le peuple : ceux qui se souviennent de la rhétorique marxiste, reconnaitront peut-être là  un reste de trotskisme.

L’idée que  le peuple est plus lucide sur  sa condition propre, sur  les rapports de classes auxquels il est soumis,  et donc sur  la  réalité sociale dans son ensemble,   se trouve, en tous les cas,  au cœur de la doctrine de Karl Marx.  A l’inverse, les classes dirigeantes, de ce point de vue,  produisent une idéologie qui est auto-justificatrice  pour eux, mystificatrice  pour les autres et en définitive auto-mystificatrice ; elles ne peuvent donc prétendre à   la pleine lucidité.

Les tenant les plus raides de cette position, tel Althusser sont allés  jusqu’à prétendre que le prolétariat (nom plus « technique » que le peuple)  avait naturellement une vue « scientifique » des choses, alors que toute autre classe   était prisonnière de l’idéologie.

Nous ne pensons pas une seconde que Philippe Cohen ait été un adepte d’une doctrine aussi systématique,  d’autant que l’histoire a montré que ceux qui s’en sont prévalu, par une singulière  ironie, sont tombés eux-mêmes au temps du soviétisme dans la plus totale inversion qui se puisse imaginer : l’identification fantasmagorique du prolétariat à un parti plus idéologique encore que  ne l’avait jamais été la bourgeoisie.

Mais cette inversion qui voit des élites, se croyant à l’abri de  toute  idéologie, faire la leçon au peuple,  aux peuples ,  au nom d’une pensée de l’émancipation qui n’est elle-même qu’idéologie,  et des plus mystificatrices,    qui ne  voit qu’elle se  produit plus que jamais aujourd’hui,  au temps du libéralisme mondialiste trompant ?  

Faut-il donc que nous  redevenions marxistes ?  Peut-être pas.  Mais que l’opinion populaire, sans être considérée comme infaillible,     doive être constamment tenue, non pour  un tissu d’erreurs à redresser, voire l’expression de mauvais instincts, mais pour  un instrument  critique de l’idéologie, de toutes les idéologies, voilà sans doute une idée  que n’aurait pas récusée notre ami.

 

 

Roland HUREAUX 

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21 novembre 2013 4 21 /11 /novembre /2013 09:23

 

On savait que la prétendue réforme bancaire promise par François Hollande s’est traduite par ce que l’on nomme vulgairement un « pet  dans l’eau », le gouvernement n’ayant pas résisté à la puissance du lobby bancaire français dirigé par plusieurs anciens collaborateurs de Strauss-Kahn et qui voulait  que rien ne change dans les abus du système bancaire.

Mais les faveurs du gouvernement envers les banques ne s’arrêtent   pas là. L’article 60 du projet de loi des finances en cours de discussion, présenté   par Ayrault et Moscovici prévoit le désarmement juridique unilatéral des collectivités locales face aux  banques leur ayant consenti des prêts   toxiques !   1500 collectivités locales (villes, communes, hôpitaux, HLM, syndicats intercommunaux, etc.) sont concernées. A l’heure actuelle, 300 d’entre elles contestent devant les tribunaux les conditions des prêts que leur ont accordé  des établissements comme Dexia, le Crédit agricole, la Société générale, Royal Bank of Scotland ou encore la Deutsche Bank.

Le  projet de loi de finances prévoit la création d’un fonds, alimenté pour moitié par l’Etat, pour l’autre moitié par les banques, doté de 100 millions d’euros pour « aider » les victimes à rembourser leurs prêts par anticipation. Mais pour y avoir droit, elles devront renoncer à l’avance à leurs contentieux, avant même de savoir si elles recevront l’aide ! Une collectivité qui s’avise d’attaquer en justice une banque : danger !

Comme si cela ne suffisait pas, le  projet de loi de finances rectificative de fin d'année prévoit une « reprise de dette »  de 4,5 milliards d'euros par l’Etat destinée  à éponger  l’immense passif laissé   il y a vingt ans par la faillite du Crédit lyonnais,  au temps du gouvernement socialiste, ce que le député Charles de Courson (UDI) qualifie de « toue  de passe-passe ».

 

Qui croit encore  que les socialistes sont fâchés avec la finance ?

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

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21 novembre 2013 4 21 /11 /novembre /2013 07:58

Publié dans Le Figaro du 2/09/2013

Les  intérêts qui entraînèrent  la  première guerre mondiale étaient à peu près clairs : la volonté d’hégémonie européenne et maritime pour l’Allemagne, le souci d’y faire barrage  pour l’Angleterre, la reconquête de l’Alsace et de la Lorraine pour la France, la fuite en avant d’empires en crise, pour l’Autriche et la Russie

Ceux qui ont déclenché la seconde guerre mondiale sont encore plus clairs : l’ambition d’un empire mondial pour  l’Allemagne et le  Japon,  le souci légitime de se défendre une fois attaqués pour la Pologne, la France, le Royaume-Uni, l’URSS et enfin les Etats-Unis.  Seule l’Italie de Mussolini, pas vraiment guerrière, mais aveuglée par un  mimétisme stupide, fut irrationnelle.

Si la crise internationale relative à la Syrie devait gravement dégénérer à la suite des interventions projetées actuellement par les  puissances occidentales,  on chercherait en vain quels intérêts majeurs  auront motivé leur  terrible prise de risque, spécialement celle de la France,   dans cette affaire.

Le  pétrole ? Il n’y en a guère en Syrie.

Nos intérêts historiques ?  Il s’agissait surtout de protéger les chrétiens : ils conduiraient  donc à soutenir le régime d’Assad qui le fait  mieux que quiconque. 

Défendre Israël  ?  Mais il est de notoriété publique que ses dirigeants sont divisés sur la question syrienne : une partie d’entre eux  ne souhaite pas voir, si Assad était renversé, les islamistes, voire les Turcs,  à 100 km de Jérusalem. On les comprend. La Syrie a-t-elle  d’ailleurs jamais menacé Israël depuis   40 ans qu’elle est dirigée par la famille Assad ?

Détruire le Hezbollah, allié de l’Iran et menace pour Israël ? Mais l’extension de  la guerre à toute la Syrie, et sans doute au-delà, n’est-elle pas un détour totalement disproportionné à  un tel objectif ?

Briser  l’arc chiite qui enveloppe aujourd’hui le Proche-Orient, du Liban  à l’Iran ? Mais cet arc n’existerait pas si la  guerre d’Irak n’y avait établi un pouvoir chiite : il n’ y avait pas assez de think tanks  outre-Atlantique pour prévoir que la règle majoritaire appliquée à ce pays conduirait à ce résultat  ?  Avons-nous d’ailleurs  à épouser les intérêts sunnites ?

Contenir la Russie ? Mais elle aussi se trouve sur la défensive. Après la chute de l’URSS, elle a dû  renoncer  à la plupart de  ses positions en Europe et  dans le monde : Angola, Mozambique, Somalie, Yémen  etc.     Géographiquement proche, elle  redoute légitimement l‘extension de l’  islamisme ( et,  pour cela,  soutient l’intervention des Etats-Unis en Afghanistan), et  a marqué clairement une ligne rouge en Syrie : elle ne tolèrera pas sans réagir  le renversement du régime d’Assad .  Un avertissement clair qu’il est très inquiétant qu’on ne l’entende pas.

 

Les dangers de la diplomatie des droits de l’homme

 

Faute d’intérêt clair et proportionné au risque,  il ne reste aucun autre motif pour expliquer l’escalade à laquelle se livrent aujourd’hui  les Occidentaux que le souci  des droits d’homme : la rhétorique médiatique ( relayée en France par le parti socialiste)  assimile   jour après jour Assad à Hitler. Mais le rapprochement  est absurde. Hitler voulait conquérir le monde. Assad ne veut conquérir rien du tout, seulement qu’on le laisse en paix: il a eu autrefois la velléité d’absorber le Liban, contre nos intérêts pour le coup, mais c’est fini et    nous ne lui en avons pas trop voulu ; il fut l’hôte d’honneur du défilé du 14 juillet 2008.     Hitler avait entrepris  d’éliminer physiquement  les  minorités, principalement  juive,  en   Europe mais  en Syrie, c’est au contraire le régime  Assad qui, depuis quarante ans,  protège, mieux que tout autre,  ses minorités et ce sont ses opposants, au moins les plus radicaux , qui veulent les éliminer.

Le régime d’Assad est loin d’être   idéal ; confronté à  une guerre civile appuyée de l‘extérieur, il a  recours à des moyens atroces  pour se défendre ( sans que l’on soit sûr que la responsabilité de l’utilisation de gaz toxiques lui incombe). Ses adversaires aussi.  Mais il n’était à la base  qu’une dictature  militaire classique , comme l’Occident en a toléré   pendant des années un peu partout dans le monde et en a même  mis en place en Amérique latine  il n’y  a pas si longtemps.  C’est le même type de régime que  beaucoup sont soulagés, depuis quelques   jours,     les illusions du « printemps arabe »  retombées,  de voir revenir  en Egypte !  

Il est  sans doute intrinsèque à   la diplomatie des droits de l’homme, parce qu’elle  est hystérique et immature,  de se fonder sur une analyse  biaisée  des réalités qu’elle se propose de corriger. Mais même si  cette  analyse  n‘était pas biaisée, cette  diplomatie demeure   erronée dans son principe. Une diplomatie mûre doit être une diplomatie guidée par nos seuls intérêts. La récente intervention au Mali entrait dans ce cadre. Cette diplomatie qui a l’air égoïste est en fait la seule  morale. D’abord parce que c’est pour qu’ils  défendent  nos intérêts que   nous avons élu nos dirigeants. Ensuite parce qu’  elle est le meilleur moyen de limiter les risques : on trouve toujours des compromis à partir de intérêts bien compris, jamais à partir des principes et des idéologies.  

Sous les apparences de la supériorité morale, la  diplomatie des principes conduit tout droit à la perdition. « Qui veut faire l’ange fait la bête ».

S’engager dans une  affaire aussi grave que la guerre, spécialement dans  un terrain aussi miné que le Proche-Orient  sans  pouvoir se prévaloir d’un  intérêt clair est le signe d’un grave dérèglement des esprits. Jupiter dementat quos vult perdere.

Roland HUREAUX

 

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21 novembre 2013 4 21 /11 /novembre /2013 07:49

Compte-rendu de lecture

  

Honte à moi qui n’avais  jamais lu Le siècle de Louis XIV. Cette lacune est comblée.  Quelle  admirable leçon d’histoire de France, doublement classique, par le sujet et par la façon !  

Chateaubriand dit que Voltaire donna le meilleur quand il était soumis à la censure.  Quand il écrit cet ouvrage, Voltaire  a encore sa carrière à faire, il courtise Louis XV : quel meilleur moyen que de faire l’éloge de son arrière-grand-père ?  Il est  prudent sur le sujet religieux, beaucoup plus que dans l’Essai sur les mœurs, publié un peu plus tard,   où il s’attelle à l’histoire du monde  avec une érudition considérable, mais  sans  déguiser cette fois    son hostilité à l’héritage juif et chrétien, juif encore plus que chrétien.   

Il ne suffisait pas que Louis XIV ait eu un règne brillant sur le plan militaire et ait été contemporain d’un merveilleux épanouissement de la littérature et des arts, d’un raffinement sans égal des mœurs pour apparaître comme un roi hors-série. Il fallait que quelqu’un le dit et le dit magnifiquement. Ce fut Voltaire.

Rien qui ne soit connu aujourd’hui dans le portrait qu’il en dresse : non seulement homme d’autorité mais homme de goût et d’une politesse exquise en toutes circonstances, le contraire de l’image qu’on se fait aujourd’hui du tyran  grossier et brutal.

Apte très jeune à s’entourer des meilleurs  talents, il s’y fia peut-être trop. Il lui manqua,  nous semble-t-il,  cet art, difficile entre tous pour  les gouvernants, de doubler les réseaux d’‘information officiels pour savoir  ce que l’administration lui cache. C’est ainsi qu’il fut gravement désinformé sur la résistance du  protestantisme avant la Révocation de l’Edit de Nantes. L’autre grande faute que Voltaire, pourtant admirateur, rappelle,   est naturellement le ravage du Palatinat, qu’une confiance aveugle en Louvois explique en partie.

J’avais  étudié pour l’agrégation les guerres de Louis XIV sans à vrai dire y comprendre grand-chose. Chez  Voltaire, grand pédagogue s’il en est,  leur enchaînement est parfaitement lumineux.  

La guerre, pour le grand roi, ne se sépare pas de l’amour : n’y partait-il  pas au printemps comme en automne,  on part à la chasse, tenant à ce que l’y accompagnassent les plus belles femmes de la cour ?  

Ce grand amoureux, qui après avoir épuisé de grossesses sa faible femme espagnole, double cousine germaine (un mariage que l’Eglise eut interdit en d’autres temps !) et trouvé, parmi  d’innombrables   maitresses, sa vraie partenaire dans la torride marquise de Montespan (héritière par sa naissance, on le suppose, de l’esprit Mortemart, cher à Proust), il épousa  Mme de Maintenon  à  45 ans, comme on entre en religion, bien jeune.

Même rupture dans  l’histoire militaire. Jusque vers 1690,  Louis XIV fait la guerre  avec autant d’ardeur qu’il fait l’amour, victorieusement, à toute l’Europe qui n’en demande pas tant. A partir de là, toute l’Europe la lui fait, alors qu’il n’a  plus envie de la faire.  Juste  revanche mais  triste vieillesse.

Ce grand chasseur de talents faillit  perdre sa dernière guerre  faute d’avoir   repéré  le futur  prince Eugène, qui, éconduit dans son pays, servit avec génie l’empereur d’Autriche. Louis XIV ne fut sauvé du désastre final  que par le vieux Villars, autre soldat de génie,  qui faute d’être bon  courtisan dut attendre le soir de sa vie (et la mort de tous ses rivaux) pour  accéder au   premier  rang.

Sur la même étagère  des classiques oubliés,  un ouvrage qui fit fureur au XVIIIe siècle : le Télémaque de Fénelon   plus guère lu aujourd’hui. Une prose aussi admirable que celle de Voltaire, mais avec l’ennui en plus. Les bergeries à la Poussin, l’atticisme doucereux   et les bons sentiments qui  l’  inspirent font de la mauvaise  littérature. En tous les cas, de la mauvaise politique : contre Louis XIV,  Fénelon pensa qu’un politique vertueux devait être doux. A trop le lire, Louis XVI   en perdit la tête.  

 

Roland HUREAUX

 

 

*Ces deux ouvrages ont été lus dans l’édition de la Pléiade. 

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