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Roland HUREAUX

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 11:32

 

 

Après quelques jours d'agitation médiatique, on peut commencer à tirer les leçons de l'étonnante affaire Fillon-Jouyet.

Qu'un  simple déjeuner entre deux personnalités, comme il y en a des centaines chaque jour à Paris , se transforme en affaire politique  de première magnitude témoigne d'abord d'une singulière nervosité de notre classe politique,  à droite et aussi à gauche.

Qu'au même moment le président de la commission européenne, Jean-Claude Juncker  soit mis en cause personnellement, comme ancien ministre des finances du Luxembourg,  dans une évasion fiscale de 300   milliards  d'euro  au bénéfice de  multinationales  attirées à dessein dans ce petit pays,  semble  en comparaison,  tout juste une anecdote !

Considérant à tort ou à raison qu'il a été victime d'un complot, François Fillon a   porté  plainte . Mais il n'est pas sûr qu'il obtienne gain de cause car ce qu'a dit Jean-Pierre Jouyet à son sujet ne relève ni de l'injure, ni à proprement parler de la diffamation : avoir évoqué à table les problèmes judiciaires de Sarkozy avec  son interlocuteur , à supposer  qu'il l'ait  vraiment fait, n'est pas  un délit.

Le plus choquant est sans doute que des  personnalités politiques   ne puissent, dans notre singulière république,   se voir à déjeuner et parler de choses et d'autres, sans que la confidentialité de ce qu'ils se seront dit soit protégé , comme l'est par exemple , sauf débordements inhabituels,  leur  vie privée .

Il est vrai que rien ne se serait su si Jean-Pierre Jouyet n'avait pas  parlé. Sa position est loin d'être claire : il a dit une chose aux journalistes du Monde qui enquêtaient , il s'est  ensuite rétracté pour le redire  après. "Démenti, rementi", disait Paul Raynaud. Mais c'est le personnage qui , intrinsèquement,  n'est  pas clair : passer de ministre de Sarkozy à  secrétaire général de la présidence sous Hollande est pour le moins inhabituel. Comme beaucoup d'inspecteurs des  finances de la  gauche rocardienne, qui se retrouvent aujourd'hui au club dit  des Gracques (singulière dénomination pour des partisans acharnés de la mondialisation et de l'Europe dont  les  premières victimes sont les plébéiens d'aujourd'hui !)  , il considère que gauche et droite s'équivalent,   que les vrais décideurs, parmi lesquels sans nul doute il se place sont au-dessus de ces clivages vulgaires. Ce ne sont là que des contingence  politiciennes , liées à un exercice auquel , comme beaucoup de se pairs,  il dédaigne  de se prêter  : l'exercice électoral, lié à une démocratie à laquelle il  ne croit certainement plus beaucoup.  Le passage de ces gens là de la droite à la gauche ou l'inverse   n'est pas seulement  de l'opportunisme ordinaire, c'est une forme de mépris de ce qui se trouve, pour les gens ordinaires,  au fondement de la démocratie :  l'engagement partisan.

Il a démontré en tous cas dans cette affaire   qu'il n'était pas un ami sûr.

Il est  invraisemblable  que l'affaire soit partie de Fillon : on sait aujourd'hui que ce n'est pas lui qui a pris l'initiative de ce déjeuner.  Et  il sait  bien que toutes les attaques contre Sarkozy  profitent à ce dernier  auprès du    seul électorat qui compte pour le moment,  celui des membres de l'UMP chargés d'élire le président du mouvement.  Rien ne  favorise plus l'ancien président que d'apparaitre comme la victime du gouvernement socialiste. Au point que certains  se demandent  si la volée d'attaques judicaires qui eurent lieu à la fin de l'été à son encontre n'avait pas été orchestrée pour favoriser   sa victoire à l'élection à la présidence  de l' UMP.  

Est-ce alors pour déstabiliser Fillon qu' aurait été alors montée toute l'affaire ? Ou qu' elle aurait été récupérée en route ?  Si on ne trouve  rien d'autre pour le démolir que cela , il faut l'élire président tout de suite . Il en est beaucoup à droite comme à gauche qui  trainent des casseroles plus bruyantes !  

Reste la possibilité qu'on aurait tout simplement voulu , depuis l'Elysée,  diviser encore plus l'UMP :   mais avait-on vraiment besoin pour cela de   cette histoire de cornecul ?

Ce qui  devrait en définitive rester de cette affaire : une tempête dans  un verre d'eau suscitée par la balourdise de Jean-Pierre Jouyet  dont il ne nous appartient pas de dire s'il a  ou non  le  profil de l'emploi  qu'il occupe.                                        

                                                                                                              Roland HUREAUX

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 11:30

 Publié dans Atlantico

 

- La règle du « Silence vaut accord » entre en application ce mercredi 11 novembre. Désormais, si un citoyen n’obtient pas de réponse de la part de l’administration dans un délai de deux mois, il peut considérer que cela vaut acceptation. Néanmoins, dans certains cas, le silence de l'administration continuera de valoir décision de rejet. Quelles sont les exceptions à cette nouvelle règle ? 

Il ne faut pas s'emballer : nous nous situons là non pas face à une révolution mais à une évolution de long terme. C'est à ma connaissance du temps de Giscard d'Estaing, en 1980, Jean-François Deniau étant ministre de la réforme administrative , qu'on a commencé, dans certains domaines,  à  dire que le silence de l'administration  valait accord, notamment pour les  permis de construire ordinaires. Puis est venue la loi   n° 2000-321 du 12 avril 2000 qui étend largement le principe  puisque il touche désormais 400 matières. La loi actuelle a néanmoins ceci de nouveau qu'elle pose comme règle que le silence vaut acceptation, avec des exceptions, qui représentent tout de même 700 cas.  

- Au regard des 700 exceptions préétablies et des domaines particuliers concernés, peut-on encore parler de "petite révolution" comme l'avait estimé Najat Vallaud Belkacem au mois de juillet ? 

Petite , petite. Car 700 exceptions , c'est beaucoup  ! Les administrations ont pris leurs  dispositions  pour qu'il n'y ait pas de révolution. Et elles ont d'ailleurs raison. Dans certains cas, ces  autorisations sont nécessaires,  par exemple s'agissant d'un permis de construire en zone sensible et d'une façon générale dans tout ce qui risque d'avoir des effets irréversibles. .

J'aimerais ainsi savoir ce qu'il en est au sujet  de l'autorisation de construire des éoliennes,  qui sont  elles aussi, du fait de la masse considérable de béton qui est requise, des actes aux conséquences irréversibles.

- Cette règle du silence valant accord est-elle mort-née ? Ce pan du « choc de simplification » et ses exceptions ne risquent-ils pas dans une certaine mesure de complexifier les rapports avec l'administration ?

 Il arrive en effet très souvent , en matière de politiques publiques que des dispositifs ayant pour but  telle ou telle amélioration se traduisent au contraire par une dégradation.

En l'espèce , je vois un de ces mécanismes : dans beaucoup de cas, l'administration  exigera que les demandes des citoyens soient faires  par lettre recommandée , alors qu'avant,  une lettre simple suffisait. le recommandé sera nécessaire pour pouvoir prouver que la demande a bien été faite.

Je suis certains qu'en réfléchissant ,on trouvera bien d'autres exemples d'effet pervers de ce genre.

Mais je n'irai pas jusqu'à dire que la nouvelle règle est mort-née.

 

- A quels effets pervers une telle règle peut-elle donner lieu ? Si certains services n’ont structurellement pas les moyens de traiter les demandes en temps et en heure, peuvent-ils être poussés à user de moyens détournés pour rallonger les procédures. La technique du « document manquant », qui relance le délai de la procédure, pourrait-elle être beaucoup plus utilisée qu’elle ne l’est aujourd’hui, par exemple ?

Sans doute.

Mais je crains plutôt que sur tel ou tel sujet, on ne se rende compte que l'administration, en ne répondant pas, aura fait une grosse erreur.  On sera alors amené à réviser la réglementation  pour la durcir à nouveau.

- A quelles conditions la vie des Français sur le plan administratif pourrait-elle être véritablement révolutionnée ?

Je dirais brutalement qu'il faudrait commencer par alléger la pression fiscale car pour beaucoup de Français, l 'intrusion de l'administration, c'est d'abord cela. Alléger et simplifier car la fiscalité est un domaine majeur où on ne voit pas beaucoup de simplifications.

Pour faire une vraie révolution, il faudrait avancer  sur plusieurs fronts , avec une approche globale: les  régimes d'autorisations ne représentent qu'un volet de la complexité administrative.  D'ailleurs,  on en crée toujours. En consultant la liste des régimes qui vont être simplifiés, je vois que beaucoup ont été instaurés entre 2000 et 2010.

Par ailleurs il n'y a pas que les autorisations administratives  :  on  peut compliquer la vie des gens de bien d 'autres manières. En touchant aux transactions privées, en particulier : la loi Duflot a multiplié les diagnostics et autres  attestations   que le bailleur ou le vendeur d'un bien immobilier sera obligé de produire : résultat , une paralysie du marché immobiliser ! Et il y a aussi la question des  interdictions pure et simples, de plus en plus nombreuses: il est question par exemple de sanctionner les mères de familles qui fumeront dans une voiture où il ya des enfants : où va-ton ?

Nous touchons là à ce qui est à la base de toutes les complications: l'escalade des exigences en matière de sécurité ( y compris alimentaire), d'environnement  etc. qui rend de plus en plus la vie impossible. Demandez aux agriculteurs qui sont  de plus  en plus découragés ,non par l'évolution économique mais par les paparasses de plus en plus nombreuses qu'on exige d'eux.

Mais nous touchons là à de fondamentaux de la société contemporaine. Si j'ose le paradoxe, on s'empoisonne la vie parce on craint trop la mort ! Le principe de précaution est à cet égard désastreux : je ne crois pas qu'on arrivera à simplifier vraiment la vie de nos concitoyen si l' on n'accepte pas le principe d'une certaine imperfection de notre société.

 

 

Un grand merci !

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 11:28

Publié dans Marianne

 

Il y a quelques jours, le  journal  Libération annonçait à la une une grande  "enquête sur les réseaux Poutine en France".

Disons tout de suite qu'il vaut mieux ne pas   être de ces réseaux si on ne veut pas côtoyer Marine Le Pen ,  Aymeric Chauprade ou Alain Soral.

Il vaut mieux ne pas en être non plus si on veut sauver sa peau !  L'un de ceux qui   figurent sur la black list de Libé , Christophe de Margerie  vient de mourir d'un  accident d'avion . Comme Enrico Mattei en 1962,  qui s'en était pris aux  "7 sœurs", les grandes sociétés pétrolières américaines .  Le pétrole est un métier dangereux , surtout si l'on s'avise de dire , comme le PDG de Total  : "Nous ne devons pas nous laisser convaincre que la Russie est un ennemi" ou encore "Si les Américains veulent attiser le conflit pour de raisons historiques,  c'est leur décision. Nous , Européens , devons résoudre cette crise (celle de l'Ukraine) autrement, sans prendre les choses en noir et blanc". Circonstance aggravante,  l'intéressé  a  déclaré lors des dernières rencontres économiques  d'Aix-en-Provence (juillet 2014) que le commerce du pétrole ne  devait pas se faire seulement en dollars !

Nous ne risquons pas grand chose à dire que le ci-devant  journal maoïste  ne fera  pas d'enquête approfondie sur les raisons du décès de Christophe de Margerie.

Dans le collimateur de Libération, des universitaires comme Jacques Sapir ou Hélène Carrère d'Encausse, des hommes politiques comme  Jean-Pierre Chevènement ou  Thierry Mariani,   l'acteur Gérard Depardieu et aussi  Serge Dassault  dont le journal n'est pourtant  pas furieusement pro-russe: l'avionneur a  seulement eu  le tort d'avoir accepté une invitation du président de la Douma  de passage à Paris  ! Puisque on parle de réseaux, avec ceux de l'anti-Poutinisme  en embuscade à la sortie des dîners,  il vaut mieux faire attention où on met les pieds !   

Les personnalités épinglées   ont en commun, pour la plupart,  de penser que l'intérêt  de la France n'est pas nécessairement  de faire la guerre, fut-ce économique,  à la Russie.

 

Et pourquoi pas un choix de raison ?

 

A aucun moment n'est envisagée la  possibilité que les intéressés  aient pu faire là un choix de raison  qui , certes, ne serait  pas le même que celui de la direction de Libération, mais n'en serait pas moins respectable. Non : déjà parler de  réseaux est les  situer dans le sulfureux. La plupart des personnalités citées  sont supposées n'avoir pris des positions  prorusses que pour des intérêts mercantiles  des plus vils . Et les autres , notamment Depardieu,  sont taxés de naïfs. On ne dit pas encore  "idiots utiles", mais ça viendra.

Il est n'est d'ailleurs jamais question que de Poutine, guère  de la Russie. Comme si s'allier  avec un régime qu'on n'approuve pas n'était pas de la diplomatie, et de  la plus classique : celle de Delcassé, inaugurant le Pont Alexandre III avec  le tsar de Russie, dont le régime se trouvait pourtant aux antipodes  de la  IIIe République .  De même   De Gaulle se rapprochant   du Kremlin au temps du communisme. Mais ne s'était-il pas déjà  trouvé alors des imbéciles, de la mouvance américaine, pour soupçonner alors le général d'être devenu communiste !  

Parler de Poutine et de lui seulement tend à flétrir les dissidents de  la pensée unique internationale, puisque on rappelle complaisamment  qu'il a "beaucoup de sang sur les mains" . Tant  que cela,  en dehors de la Tchétchénie?    Plus que Staline,  plus  que Bush ? Plus que les dirigeants actuels de la Chine ? Plus que Kagame que Libé a toujours défendu ?

Si ce genre de journal avait existé   en 1914, il  aurait mis, n'en doutons pas,    Jaurès dans les "réseaux du Kaiser". Certains le disaient d'ailleurs à l'époque : nous savons où cela a mené.  Et encore y avait-il alors bien plus de raisons de stigmatiser  le camp du compromis  puisque les Allemands nous  avaient pris l'Alsace et la Lorraine et  campaient  à la frontière du Rhin, prêts à l'invasion. Rien de semblable  avec la Russie de Poutine, ni près. Rien qui justifie donc ce processus insidieux de diabolisation.

Pour déconsidérer le parti pro-russe, un des articles rappelle que la France n'a pas toujours été du côté des Russes , en rappelant les guerres de Napoléon(1811-1814)  et celle de Crimée (1853-1856).  On publie de préciser que dans les deux cas c'est nous qui nous avions été les agresseurs, à 3000 km de distance !  Les alliances décisives pour notre survie de 1914-1917 et 1941-1945 ne pèsent-elles pas bien plus ?

Le seul tort des Russes est sans doute d'avoir , au temps du communisme, été les premiers à développer des réseaux  d' influence  destinés à façonner l'opinion, le fameux soft power. Orwell avait  montré comment la majorité de l'intelligentsia anglaise après la guerre était prosoviétique. Mais depuis la chute du communisme, il est clair que les Russes ont perdu la main : nous n'en voulons pour preuve que le petit nombre d'"agents" cités  dans le dossier.   Les Etats-Unis,  qui avaient du retard en la matière, durent  se  mettre  à leur école  pour leur faire pièce. Ils le firent si bien, qu'ils se trouvèrent,  après la chute du  communisme , à la tête d'un immense machine d'influence qui est aujourd'hui bien plus  à  redouter que  celle de Poutine. Mais  cela non plus, Libé ne le dira pas.  

 

                                                                       Roland HUREAUX

 

 

 

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 11:27

Publié dans Le Figaro.fr

 

Imaginons un jeune couple de la classe moyenne, où l'épouse travaille comme c'est devenu l'usage général ( ce qui gonfle, toutes choses  égales par ailleurs, son revenu déclaré ), élevant trois ou quatre enfants. Le moins qu'on puisse dire est que ce genre de  famille, plus sans doute que toute autre  catégorie de Français,  en aura pris "plein la gueule" depuis l'élection de François Hollande : Ayrault avait réduit et mis  sous conditions de ressources le  congé parental  rémunéré  et  durci celles  de la prestation d'accueil du jeune enfant (225 millions en moins pour 180 000 familles) . Surtout il  avait  encore   baissé le  plafond du quotient familial, ce  qui a rapporté  plus d'un milliard  à l'Etat.

Et maintenant , en accord avec Valls, en sus d'autres mesures comme la réduction de l'aide au libre choix du mode de garde  ou un  nouveau raccourcissement  du congé parental,  les députés socialistes, ressortent  du placard une vieille idée qui contredit  de plein fouet la philosophie  de la politique familiale française: la modulation  des prestations  en fonction du revenu - ou plutôt son aggravation car elle  existait déjà pour certaines  d'entre elles.

Prestations  réduites,  fiscalité alourdie: il ne fait pas bon avoir des enfants sous Hollande, surtout si on  appartient  à la classe  moyenne !

On dira sans doute que ces mesures ne font  que prolonger une tendance à long terme tendant à éroder la politique familiale ( moins  17   milliards en vingt ans).

On dira aussi que , confronté  à une situation financière catastrophique,  le gouvernement  socialiste s'attaque  une nouvelle fois à la catégorie sociale la moins  susceptible de se défendre :  la famille.   Une tentation ancienne:  ce fut cependant le mérite de Jacques Chirac, sous son deuxième mandat  (gouvernements  Raffarin et Villepin) de ne pas y  succomber .

Bruxelles qui presse pour le retour à l'équilibre de nos finances publiques ne fait pas non plus de sentiment :   la commission, émanation d'une Europe en plein effondrement démographique  et totalement indifférente à cette donnée, n'est   sans doute pas émue que la France  qui seule faut exception   aligne  par le bas  sa politique familiale .

 

Les considérations budgétaires ne sont pas tout

 

Mais les considérations budgétaires n'expliquent  pas tout . Comment  ne  pas voir  en effet dans les décisions  récentes relatives à la politique familiale prises par un  gouvernement  socialiste aux abois, quelque chose comme un règlement de comptes politique et  social ?  

Qui est en effet la cible principale de ces mesures ? Elle est claire:  les jeunes ménages des classes moyennes ayant fait le choix d'une famille nombreuse ( plus de  deux enfants ).

Les familles à un et deux enfants, de loin les plus répandues dans toutes les classes de la société,   reçoivent peu d'aide.

A dessein le gouvernement épargne les familles nombreuses  déclarant peu  de revenus , qui sont  aujourd'hui  principalement des familles  issues de l'immigration.    

 Si la fécondité  française n'est pas tombée aussi bas chez nous que dans le reste de l'Europe, et si notre pays , presque seul, montre l'exemple du vouloir-vivre  à tout le continent, c'est qu'il est encore bien porté dans une partie de la  classe moyenne française d'avoir une famille nombreuse. Sait-on que  dans la plupart  des pays avancés,   ceux qui ont plus  de deux enfants sont peu ou prou  assimilés  au quart monde ?   Pas  en France car  ce  n'est pas seulement par leur impact démographique propre que ces familles influencent   la société mais par le modèle qu'elles diffusent.

Ajoutons qu'elles   sont  le vivier où se recrutent un nombre important de  cadres du secteur public et privé, civils ou militaires. Elles sont particulièrement représentées  dans notre armée  laquelle se tient  son rang, elle aussi, mieux que d'autres.

Contrairement à ce que tend à faire accroire la propagande gouvernementale, il ne s'agit nullement  de privilégiés. Qui veut profiter de la vie, en suivant le paradigme hédoniste à quoi se résume aujourd'hui  la philosophie  socialiste, ne s'embarrasse  pas d'enfants !  Les familles nombreuses morcellent rapidement les patrimoines.  Tant les grandes fortunes que les haut revenus sont entre les mains de personnes bien  plus âgées  que la moyenne des pères et mères de famille  ayant encore des  enfants  à charge.

Il est d'autant plus  injuste que la fiscalité  directe  qui s'est  globalement allégée depuis 25 ans sur les plus aisés ( malgré les mesures du gouvernement Hollande allant en sens contraire ), se soit  au contraire considérablement alourdie sur ceux   d'entre eux qui ont des enfants .

En bref, au  moment où la survie de nos régimes de retraite est plus qu'incertaine, on fait supporter la charge de la rigueur à cette partie de la population qui  se sacrifie pour élever les cotisants de demain !

Mais le rôle positif  que jouent les familles visées en France et même en Europe,  ne saurait les épargner  aux yeux des socialistes. Faute  capitale en effet,  elles sont aussi le vivier  privilégié où se recrute la Manif pour tous,  en particulier dans  sa composante jeune . Et  que     beaucoup de ces familles nombreuses soient catholiques  n'est pas fait pour leur mériter  l'indulgence d' un gouvernement dans lequel  le ministère de l'intérieur trouve "nauséeuse" l'évocation des racines chrétiennes de la France ! Après avoir attaqué   la famille par la loi, le  gouvernement socialiste,  se vengeant  de ceux qui ont résisté,  l'attaque  au porte-monnaie !   

Par derrière, non  point un froid  calcul politique ( ces mesures seront sans doute électoralement contre-productives) mais  une rancune, une hargne  dont on a  par ailleurs bien  des témoignages  : au milieu d'un laxisme généralisé, des poursuites judiciaires impitoyables  continuent de s'exercer à l' encontre des  jeunes de la Manif pour tous pris dans les rafles il y a plus d'un an, Frigide Barjot est expulsée de son logement .

Cette hargne, cette dureté  s'expliquent  par le fait que le nouveau Parti socialiste , aux antipodes de la SFIO des origines qui avait voté la grande politique familiale de la Libération,    est  un parti  entièrement idéologique  et que l'idéologie conduit toujours à la haine inexpiable de l'adversaire.  Elles  tiennent aussi au fait que, à travers les oppositions que le pouvoir rencontre , la gauche n'apparait  plus , ainsi qu' elle l'a longtemps prétendu, comme la  jeunesse  du  monde. La jeunesse, désormais,   est  ailleurs. Comment en serait-il autrement puisque ce sont ces familles que les socialistes détestent tant, qui ont seules, le souci de l'avenir ?  La perte profonde de légitimité  du néo-socialisme  soixante-huitard dont il est peut-être l'ultime expression, voilà ce  que  ce gouvernement ne pardonne pas !

 

                                                           Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 11:24

            Publié dans Boulevard Voltaire

 

Il semble que , malgré sa longueur,  le   débat parlementaire sur le projet de réforme régionale n'ait rien appris au ministre de l'intérieur Bernard  Cazeneuve, qui répète en boucle la formule rituelle selon laquelle il faut  donner à nos régions la  "taille critique nécessaire  pour faire face  aux autres  régions européennes".

Concept ressassé depuis 25 ans par une poignée d' idéologues socialistes, plus soucieux de  faire du vent que de résoudre les vrais problèmes de la France. Les régions d'Europe sont-elles en concurrence en fonction de leur taille ?  Bien sûr que non puisque, à nos portes,  la Sarre,  plus petite que presque toutes les régions françaises est tout à fait  heureuse  de son sort et que les  cantons suisses, encore plus petits,  se débrouillent  très bien comme il sont.  

Rarement on aura vu un gouvernement engagé dans une réforme autant dépourvue  de  rime et de raison.

Répétons le : nos régions  ne  sont pas plus petites que celles du reste de l'Europe . Leur taille moyenne (2,9 millions d'habitants pour l'hexagone)  est égale à celle de l'Italie , supérieure à celle de l'Espagne. 8 länder allemands sur 15 et 20 Etats américains sur 50 sont au-dessous de la moyenne  française.

"Il  est quelquefois nécessaire de changer certaines lois ; mais le cas est rare; et lorsqu'il arrive, il n'y faut toucher que d'une main tremblante" (Montesquieu). A plus forte raison quand on touche à un  repère aussi fondamental que l'organisation territoriale .

En opposant un découpage à 15 régions à un découpage à 13 régions,  le Sénat aura perdu une occasion de montrer  à quoi  il servait : il n'était pourtant pas difficile pour cette assemblée récemment passée à droite de s'opposer  à un projet aussi  indéfendable.

D'autant que cette réforme inutile va coûter  cher : contrairement à ce que  trop de gens  croient  , en effet , les opérations de fusion et de regroupement dans la sphère publique génèrent toujours, nous disons bien toujours,   de coûts supplémentaires : on en avait eu l'exemple avec l'intercommunalité qui avait généré près de 200 000 emplois publics. Mais il y en a bien d'autres.   C'est la méconnaissance de ce fait basique,   qui explique largement que,  malgré 25 ans de "réforme de l'Etat", les dépenses publiques   ne soient toujours pas maîtrisées.

On ne pouvait par ailleurs imaginer de réforme plus méprisante pour la France rurale. Songeons qu'il n'y aura plus aucune métropole  régionale entre la Loire, la Garonne et le Rhône, soit sur un tiers  de notre territoire, celui qui, selon les très intéressantes études de Christophe Guilluy[1]est aujourd'hui le plus  déshérité. Même chose entre Paris et Strasbourg.

Il y avait bien des raisons morales ou religieuses   pour   manifester contre la loi Taubira  mais la  meilleure était  sans doute   de faire  barrage à cette irruption de la déraison qui consiste à vouloir   marier  un homme et un homme,  une femme et une femme ( alors que la récente réforme des conseils généraux concoctée par le même gouvernement rend obligatoire  aux candidats de se présenter en tickets homme-femme ! On croit rêver) . Mais l'exemple de la réforme régionale montre que  la déraison est une maladie  contagieuse. N'en doutons pas , ce n'est  pas seulement en matière sociétale  qu' elle s'exprime: toute l'action publique en est désormais contaminée. 

                                                                       Roland HUREAUX 



[1]Christophe GUILLUY, La France périphérique , 2014

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 11:23

Publié dans Marianne.fr

 

Le Parlement ne va pas tarder  à adopter l'absurde réforme des régions, le Sénat où la droite est pourtant devenue majoritaire,  ne lui offrant qu'une molle résistance.

Parmi les présupposés de cette réforme, on le sait, une idée  fausse : que nos régions seraient trop petites par rapport à celles des autres pays d'Europe. Si on ne regarde que l'hexagone, elles sont aussi grandes qu'en Italie, plus grandes qu'en Espagne.  La région est embryonnaire en Angleterre.   

Mais c'est  d'abord  de  l'Allemagne les promoteurs  de la réforme ont voulu s'inspirer  L'idée sous-jacente est de faire des länder  à la française  et pourquoi pas, de transformer la France en Etat fédéral.    

Cette démarche est fondée sur une série d'illusions  et de malentendus  qu'il importe de dissiper, le débat parlementaire ne l' ayant guère fait.

D'abord la taille des länder : leur population  moyenne ( 5 millions d'habitants) est tirée vers le haut par quelques   grosses entités :  la Rhénanie-Nord-Westphalie (17,5  millions ) , la Bavière (12, 5  millions )  ou le Bade-Wurtemberg (10,7  millions )   -  à rapporter au passage à notre Ile-de-France (11,8 millions). Mais les autres länder ont une taille comparable à celle de nos régions : sait-on que 8 sur 15 sont plus petits que la moyenne française (2,9 millions  d'habitants)

  Ce n'est pas, comme on le croit, par goût du kolossal que  l'Allemagne a ces puissants  Länder, c'est en raison de l'histoire. Avec à peine 15 millions d'habitants, l'ancienne Allemagne de l'Est  aurait pu aussi constituer un Land  unique ; nos voisins d'outre-Rhin ont préféré en faire six ( 2,5 millions  d'habitants  en moyenne). Pourquoi ?  Parce que la Thuringe n'est pas la Saxe, qui n'est elle-même pas le Brandebourg ! La Sarre,  de son côté,  autre entité à l'histoire singulière, se contente de son petit million et ne demande à se rattacher à personne. 

Ce n'est pas seulement  en Allemagne, c'est dans toute l'Europe que les entités régionales ont été découpées en fonction des solidarités historiques, comme la France l'avait d'ailleurs  fait remarquablement en 1964 ( seule anomalie regrettable :  la division  entre Haute et Basse-Normandie ) . En regroupant    Bourgogne et Franche-Comté , Nord et Picardie,  Auvergne et Dauphiné ,  provinces  dont les caractères sont très différents, notre pays  s'écarte donc  de la norme européenne  qu'il avait suivie jusque là . En mariant  Alsace, Lorraine et Champagne ,  nous aurons  la seule région d'Europe  qui chevauche une frontière linguistique,  ces frontières étant scrupuleusement respectées ailleurs ( Catalogne,  Flandre, Wallonie, Val d'Aoste) !   

  

Le fédéralisme allemand n'est plus ce qu'il était

 

En rêvant de Länder, nos dirigeants ignorent tout autant que le fédéralisme allemand n'est plus ce qu'il était. Les compétences des Länder se sont rétrécies avec le temps: l'essentiel  de la  réglementation économique dont ils avaient la charge a été centralisé à Bruxelles. Les Länder pouvaient après la guerre légiférer dans les domaines  où le Bund (échelon fédéral) ne l'avait pas fait ; or ces domaines  sont aujourd'hui réduits  presque rien. Ils ne décident pas librement du montant de leurs dépenses comme les régions françaises mais le négocient  à l'échelon fédéral.  Si les budgets des Länder semblent plus lourds que ceux de nos régions, c'est qu'ils gèrent de grosses masses comme les salaires des enseignants ou des  policiers sur lesquels  des accords-cadre conclus à l'échelon fédéral  ne leur laissent guère de  marge de manoeuvre. La vérité est qu'il  n'existe plus en Europe de véritable Etat fédéral, en dehors de la Suisse sont les cantons, beaucoup plus libres, eux, n'ont pas précisément la dimension qu'on voudrait donner à nos régions !  

Parce que l'Allemagne supporte mieux la crise , on s'imagine  sans bien entendu  être jamais allé  y regarder de près , que c'est à cause de son système fédéral. Rien ne le prouve.    La puissance  de l'industrie allemande a  précédé  le fédéralisme. Bien au contraire, celui-ci contribue  à  alourdir et  complexifier les circuits de décision   au préjudice des entreprises. Il a favorisé une surenchère écologique qui a abouti à refuser le nucléaire.  

Par derrière la carte des régions, certains admirent que l'Allemagne, au lieu d'avoir une grande capitale écrasant les autres villes, soit polycentrique, qu'elle   se structure autour  d'une dizaine de villes moyennes-grandes  que nous n'avons pas.  Force ou faiblesse ? Là non plus on ne sait. Mais quelle naïveté d'imaginer  qu'en agrandissant l'Aquitaine, on mettra Bordeaux au rang de Paris !  Les cartes urbaines de la France et de l' Allemagne n'ont pratiquement  pas changé depuis le temps de Saint Louis  où déjà Paris écrasait les autres villes de France. Qui peut imaginer  qu'en redessinant  la carte des régions on arrivera à modifier cette donnée de l'histoire longue ?

 

Maréchal , nous voilà !

 

On sait bien d'où vient cette volonté d'imiter  l'Allemagne à tout prix !    Comment ne pas y voir , encore une fois, les complexes d'une France défaite en 1940 et qui, malgré les efforts du général de Gaulle pour lui rendre sa fierté, ne ne s'en est   jamais remise. Pour la bourgeoisie française ( y compris de  gauche),  comme pour le régime de Vichy, point de salut  si la France ne se met pas à l'école de l'Allemagne !  

Tout cela est  absurde.

En  politique , comme dans la vie, il vaut mieux rester soi-même et jouer se propres cartes  que singer les autres  . Ainsi l'euro fort, continuation du mark fort était  adapté à l'Allemagne mais pas à la France: c'est depuis qu'il existe que nous avons décroché de notre grand voisin avec  lequel nous faisions jusque là jeu égal.

Cela ne veut pas dire qu'il n'y ait  rien à  tirer de l'exemple allemand.  Par exemple les Instituts Fraunhofer : des centres de recherche appliquée   puissants à la charge de  l'Etat fédéral  et des Länder  qui permettent de  faire financer  par la puissance publique l'essentiel de la recherche   des PMI !    Mais  qui sait en France ce que sont les Instituts Fraunhoffer ? Sûrement pas ceux qui  veulent copier le système scolaire  allemand  lequel ne se distingue du notre que parce qu'il est entré en décomposition plus tôt !

 Mais en France,  un certain parisianisme aidant , on veut  toujours   imiter l'étranger    tout en n'  ayant   sur ce qui s'y  fait que  très peu d'informations et beaucoup d' idées reçues.  Qui sait par exemple que l'apprentissage que l'on  a longtemps considéré comme une des forces    de l'Allemagne  n'  y attire plus les jeunes  ?  Au contraire,  nos grandes écoles  qui n'ont pas d'équivalent ailleurs (et qu'on voudrait pour cela  supprimer !) attirent encore de nombreux talents vers l'industrie , ce qui manque ailleurs , même en  Allemagne.

 La réformée territoriale offre une caricature de ce qu'a chez nos de frivole   le  processus réformateur. En voulait se faire allemands  , Hollande et Valls , ne réussissent qu'a se montrer  caricaturalement français  !

 

                                                                       Roland HUREAUX

 

 

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 11:22

 

 

Dans le cadre de la réforme territoriale, le département semble tout à coup  épargné.

On a compris que la raison principale en était le souci de maintenir Jean-Michel Baylet , président du Conseil général du Tarn-et Garonne et le Parti  radical de gauche dans une majorité qui s'effrite  chaque jour." Politique d'abord"  aurait dit Maurras,  grand pourfendeur du département. Et même politique politicienne !

Preuve que l'institution a la vie dure : elle avait déjà échappé en 1981  aux fureurs socialistes , déjà adeptes  de la région, tenue, on se demande pourquoi , pour plus moderne, cela  parce que   François Mitterrand,  Gaston Deferre et  quelques uns de leurs amis  influents , tel  Maurice Faure,  étaient restés discrètement départementalistes.   

Peut-être François Hollande, ancien président du Conseil général de la Corrèze aura-t-il  suivi la même pente.

L'irruption imprévue du  vieux féodalisme radical  dans un processus supposé modernisateur passera difficilement pour une bonne raison de maintenir le département.

Et pourtant ces bonnes raisons ne manquent pas.

La première est que,  contrairement à ce que l'on raconte, il  n'y a pas dans  le reste de l'Europe moins  d 'échelons territoriaux qu'en France.  Faute d'être allé voir ou de savoir compter jusqu'à quatre, nos élites   dénoncent mécaniquement le "mille feuille français". De même qu'elle ne se sont pas avisées que nos régions n'étaient  pas plus petites que celles des autres pays. Si nous avons, par rapport à certains pays, pas tous, un échelon de plus,  ce n'est que depuis le  dédoublement de la commune et de la communauté de communes, issu de la loi Joxe de 1992 , une loi qui n'est  vraiment entrée en application que depuis  quinze ans. Avant de simplifier, il aurait fallu ne pas commencer par compliquer !

La deuxième raison, corollaire de la première est que tous les pays ont un échelon élu de la taille approximative de notre département, qu'il  s'agisse de la province ( Espagne, Italie, Belgique), du kreis (Allemagne), du comté et  du bourg (Angleterre). Certains länder allemands comme ont même en plus   le bezirk  ! 

La troisième est que si on supprime le département, que fera-t-on de  ses  attributions  principales : l'aide sociale,  le réseau routier ou  les transports scolaires  ?  A  coup sûr le transfert de compétences qui en résultera aboutira à compliquer les circuits  et alourdir  les coûts. Le  niveau administratif départemental demeurera  techniquement  nécessaire, pour la gestion des routes par exemple,  mais avec un contrôle politique plus lointain. Ajouté au fait , trop ignoré, qu'  en matière de gestion publique, plus la dimension des unités s'accroît, plus les frais généraux augmentent, il ne fait aucun doute que la nouvelle architecture  coûtera  plus cher que la présente.

Mais la raison principale de garder le département est que la population y est attachée . Or de  celle là   tout  le monde se  fiche. Témoin,  le seul territoire où il lui  a été demandé, par référendum  de dire  ce quelle en pensait, le 7 avril 2013, la suppression du département  n'a été approuvée que par  20 % des électeurs seulement ( avec 65 % d'abstentions ). Le Haut-Rhin, premier   concerné,  a  voté majoritairement non.      Tous les états-majors des grands  partis, tous les sondeurs,  tout l'establishment  national et local étaient persuadés que les Alsaciens voteraient oui.  Ce fut l'inverse.   Et pourtant  la région Alsace ne comportait que deux départements !  "Un signe fort " pour Le Monde, "un échec cinglant pour la classe politique" pour L'Humanité. Comme les Corses ou les Antillais, les Alsaciens ont refusé un schéma institutionnel qui semblait aller de soi  pour une grande partie des dirigeants.  

Or ce  fait massif est immédiatement passé aux oubliettes, il a été selon le vocabulaire de la psychanalyse, refoulé   parce que contraire à la  doxa de l'élite. Gauche et droite confondues ont continué à projeter , comme si ce référendum  n'avait pas eu lieu,   la suppression du département. 

Et  gageons que Baylet n'a remporté qu'une victoire provisoire. Deux pas en avant, un pas en arrière disent, après Lénine,  tous les idéologues.   Tout laisse penser que,  malgré toutes les bonnes raisons de le maintenir,   la machine infernale visant à broyer le département  se remettra en marche  à la première occasion. Envers et contre tant le bon sens  que la volonté  populaire  qui vont généralement de pair.

 

                                                                       Roland HUREAUX  

 

 

 

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 11:20

Paru dans Le Figaro.fr

 

Les réformes mal conçue entraînent toujours des dépenses supplémentaires    

 

 Ce qui rend  très  inquiétante la réforme territoriale  actuellement en discussion devant le Parlement :   une fois de plus , il n'aura pas été tenu compte de  ce grand principe de la réforme administrative qui veut que,  contrairement au  secteur privé,   les opérations de concentration ou de  fusion    entraînent dans le secteur public, à service égal, des coûts supplémentaires.  Dit autrement : il n'y a jamais  d'économies d'échelle dans le secteur public, mais au contraire des frais généraux croissants avec la taille  des entités.    

C'est pour avoir ignoré ce principe que , depuis vingt-cinq ans, à peu près toutes les   réformes administratives se sont traduites, en dépit de leurs objectifs affichés, par un alourdissement des charges publiques.

Nous pourrions  multiplier les exemples :  la création de Pole emploi par la fusion de l'ANPE et des Assedic  (40 000 postes avant la fusion,  50 000 après), la fusion de la direction du Trésor et de celle de la Comptabilité publique ( dont un rapport de la Cour de comptes  a montré qu'il a généré un  surcoût),  le regroupement des hôpitaux au sein des agences régionales de santé qui n'a fait que créer une strate bureaucratique supplémentaire, le rapprochement de la police et de la gendarmerie,  les nouveaux organigrammes  prétendus  simplifiés des préfectures , la création de France-Télévision par le rapprochement de France 2 et FR3  etc.   Nous ne croyons pas qu'on puisse opposer à ce principe un seul contre-exemple.

Mais le cas le plus caricatural est sans doute l'intercommunalité. On a dit pendant des années : la France a plus de 36 000 communes, quel gaspillage !  On oubliait   que la plupart de ces communes, gérées à l'économie,  ne coûtaient pratiquement rien. On a voulu les  fusionner mais , craignant les réactions, on a commencé, à partir de la loi Joxe de 1992,  à les pousser  à coup d'incitations fiscales et de pressions préfectorales,  à se  fédérer dans des structures dites "intercommunales" : communautés de communes ou   d'agglomération.  Or, il  a fallu, pour ce faire,  recruter près  de 200 000 fonctionnaires qui ne sont nullement venus de se substituer aux fonctionnaires communaux mais se surajouter !  

Depuis 2011, l'Etat a entrepris, avec le même résultat  de fusionner entre elles les communautés , jugées trop petites, pour faire des mégastructures avec le même  résultat.

Pourquoi cet effet pervers   massif est-il ignoré ?  D'abord parce que nos élites, enfermées dans  quelques préjugés parisiens,  ont  depuis longtemps cessé de prendre leurs décisions en fonction d'une humble,  patiente et prudente observation des faits , mais selon des  schémas abstraits , jamais remis en cause  :  en l'occurrence l'idée  que les économies d'échelle  sont un principe universel et   qu'une plus grande structure entraîne moins de frais généraux , idées aussi paresseuses que  calamiteuses.  En matière de réforme administrative, notre  réflexion en est  restée   à la priorité à l'industrie lourde  et  à l'efficacité des  sovkhozes !

Autre préjugé : que les méthodes du secteur privé peuvent être transférées sans adaptation  au secteur public, que l'administration doit se mettre au management,  formule à la mode   où on met un peu n'importe quoi.

Les mécanismes qui entrainent ces  effets  paradoxaux seront étudiés dans le détail quand nous aurons enfin une science administrative sérieuse.  Mais on en perçoit quelques uns: d'abord le manque de courage qui amène , quand on fusionne deux corps , à aligner toujours  les avantages des agents par le haut, voire à donner des primes supplémentaires à tous pour neutraliser des résistances souvent justifiées ; ensuite, en matière d'organisation territoriale,  la nécessité, du fait de   l'irréalisme qui a inspiré les réformateurs,    de maintenir, voire  reconstituer l'échelon local , le résultat final étant qu' on aura un peu plus compliqué les choses :  c'est la cas des communes, ce sera sans doute le cas des départements ou même des régions  actuelles, personne n'imaginant sérieusement   que les routes départementales  de   Creuse pourront être gérées  de Bordeaux alors que, jusqu'ici elles  l'étaient , à la satisfaction générale, de Guéret .  Autres facteurs : la difficulté de forcer   du jour au lendemain des centaines de fonctionnaires territoriaux   à changer de ville, à aller de Strasbourg à  Metz  ou de Nîmes à Toulouse.  La confusion  erronée  de métiers très différents tels ceux du placement et de l' indemnisation au sein du Pôle emploi. Ou encore les fausses fusions qui conduisent par exemple, dans les nouvelles directions  de l'aménagement,   à doubler un chef de service d'un corps par un adjoint de l'autre corps.

A ces considérations s'ajoute le coût propre à tout changement   de   structure  qui résulte des problèmes immobiliers ( ceux de la  réforme de la carte  judiciaire ne sont pas encore amortis ; que fera-t-on de l'Hôtel de la région Auvergne qui vient d'être inauguré ? ), mais aussi du stress  infligé aux agents qui entraîne  une baisse durable de la productivité voire une démobilisation , quand ce n'est pas le chaos pur et simple et la dégradation du service public  qui en résulte. L'administration française   en est en effet au stade paléolithique de la conduite du changement - et comment en serait-il autrement dès lors que la plupart de ces changements sont injustifiables, ce que les agents, jamais consultés,  ressentent parfaitement ?  Ajoutons  les longues phases d'apprentissage des nouvelles procédures et  de  changement des  habitudes :  l'habitude a mauvaise presse dans la rhétorique officielle;  pourtant tout organisme efficace est fondé, comme l'avait montré le philosophe Félix Ravaisson,  sur des habitudes de travail bien rodées qui permettent  à un certain  nombre d'agents de   conjuguer harmonieusement  leurs efforts. Changer   ces habitudes , c'est toujours  diminuer  l'efficacité. La réforme de l'Etat à la française s'est fondée  sur la dénonciation obsessionnelle  des routines administratives  ; elle a abouti à un bouleversement permanent, qui s'est traduit par  des surcoûts considérables. Contrairement   à ce qu'imagine un pseudo-libéralisme aussi  superficiel que destructeur  , si l'on veut augmenter sensiblement  le poids des charges publique dans les prochaines années,  le plus simple est  d'accélérer les réformes de structure tout  azimut  !

Et bien évidemment  , pendant qu'on perd du temps à bouleverser les organigrammes, on ne fait pas le travail analytique patient et  laborieux de révision de procédures qui seul permettrait de faire des économies sans qu'il y ait pour cela nécessité d'opérer de grands chambardements

Tous ces phénomènes se trouvent aggravés plus que proportionnellement,  quand  les réformes sont de grande ampleur. Ce qui nous conduit à pronostiquer que la réforme territoriale telle que l'envisage M. Valls va conduire , non point à économiser   10 milliards   comme l'annonce sans aucune base sérieuse le secrétaire d'Etat   M.Vallini mais à engager    30 ou 40 milliards de dépenses supplémentaires .  Passer de 22 ragions à 13, supprimer 90 départements :  attendons nous à une explosion des  coûts de nos  structures territoriales, analogue à l'explosion des  dépenses  qu'a  représenté à l'échelon communal   l'introduction des communautés de communes.

Et tout cela pour  rien, puisque  tout le monde  sait aujourd'hui que, contrairement à ce que répète une doxa  infondée,  le régions françaises actuelles sont aussi grandes  que celles  des autres pays d'Europe, et    que l'échelon départemental  élu, si vilipendé, existe sous  différentes formes dans tous les pays  avancés .

C'est dire  qu'au  moment où M. Valls a besoin de faire   des  d'économies substantielles, il engage une réforme dont tout laisse supposer qu'elle va entrainer un gigantesque désordre et , au contraire de ce qui est prévu,  plusieurs dizaines de milliards  de dépenses supplémentaires. Bonjour les dégâts !  

 

                                                           Roland HUREAUX

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 11:18

Paru dans Le Figaro.fr

            Quels mots employer  pour exprimer  l'horreur qu' inspirent les événements du Nord de l'Irak: d'abord  cette irruption d'un pseudo-khalifat dont la barbarie semble nous ramener au premier millénaire mais qui est en réalité bien pire ? Les premiers khalifes se contentaient de taxer  les minorités juives et chrétiennes, ils  ne les massacraient qu'exceptionnellement : dhimmi, après tout , signifie protégé ,  

Ensuite le  sort des chrétiens d'Irak  (et d'autres minorités ) massacrés (combien l'ont été ? On ne sait), en fuite ou en péril. Il devrait émouvoir d'autant plus les  Français qu'en droit  international,  les chrétiens de  l'Empire ottoman avaient le statut non point d'étrangers, mais de protégés français : par quelle aberration, le gouvernement français est-il dès lors le moins accueillant des gouvernements  européens  ?

Mais le plus extravagant  est que les armes dont se servent les soldats de ce nouveau djihad, du soi-disant  Etat islamique en Irak et au  Levant  sont les mêmes que nous leur avons vendues au cours des derniers mois, que nos services spéciaux leur ont  appris à utiliser . Et ce sont les armes de l'arsenal de Khadafi  que nous avons permis aux islamistes de tout poil , à commencer par  ceux du  Mali,  de se partager. Ces trafics ne nous ont jamais dissuadés de considérer les principaux payeurs, Arabie saoudite, Qatar , EAU, comme des amis.

Aussi stupéfiant:  ce qui se produit au Nord de l'Irak n'est nullement  une surprise puisque cela serait arrivé un peu plus tôt en Syrie si le projet d'aider directement  au renversement du  président Assad  avait abouti.

Nous avions déjà l'expérience de l'Afghanistan, du Mali et d'autres pour voir que les  djihadistes , loin de nous savoir gré de notre soutien, se précipitent, dès qu'ils en ont l'occasion,  pour brandir leurs armes contre l'Occident. Témoin la décapitation de deux journalistes américains et d'un humanitaire anglais   par l'EIIL.

Même  le roi d'Arabie doit trouver amer que ses ex-protégés   veuillent devenir khalife à la place du khalife que, de fait, il pense être .   

Or,  après de telles déconvenues,  c'est apparemment  sans le moindre trouble de conscience  que le département d'Etat qui avait mis sur pied une coalition  contre les talibans en Afghanistan et  contre Saddam Hussein en Irak,  puis tenté d'en monter une autre contre Assad en Syrie, s'évertue d' en mettre  en place une nouvelle    aujourd'hui  contre les islamistes qu'ils avaient jusque là aidés. Une coalition qui pourrait même comprendre l' Iran ,  archi-diabolisé jusqu'ici.   

 

Pourquoi tant d'inconséquence  ? 

 

Confondu par tant d'inconséquence, on en cherche la cause.

La première qui vient à l'esprit est l'incompétence. On en a déjà eu de nombreuses  preuves dans cette région. Qui pouvait douter que , la "démocratie " rétablie en Irak, les chiites, évidemment alliés de l' Iran,  prendraient  immédiatement  le pouvoir par la force du nombre   ? Qui pouvait douter que le licenciement  de l'armée de Saddam, avec ses  armes  et sans solde , conjugué avec la mise à l'écart systématique des cadres baasistes, n'entretienne un long   désordre dans  ce pays ?   Qui pouvait imaginer que le rétablissement  de la démocratie en Egypte  amènerait au pouvoir  d'autres  que les Frères musulmans

Mais l'incompétence est largement partagée: c'est ainsi que Helmut Schmidt met gravement en cause celle de la commission européenne    qui a , selon lui,   "une part de responsabilité dans l'aggravation de la crise ukrainienne" et   il   s'emporte  contre les   bureaucrates   qui"comprennent trop peu la politique étrangère". Bruxelles, dit-il,  "se mêle trop de politique étrangère, alors que la plupart des commissaires européens la comprennent à peine".[1].

Comment ne pas être frappé de la distance entre l'immense capacité technique des grandes puissances, singulièrement les Etats-Unis, et leur incapacité à se fixer des buts de guerre  cohérents, pire,  à percevoir leurs vrais intérêts.

Mais peut-être  ces buts de guerre étaient-ils plus subtils que ce que l'on dit ?  Ne dit-on pas qu' aurait été appliquée au   Proche-Orient la  théorie du chaos:  la suprématie américaine et la sécurité d'Israël  seraient  mieux assurés, selon elle,  si tous les Etats de la région , spécialement les plus solides  comme les dictatures nationalistes , sombraient  dans des rivalités tribales ou confessionnelles.

S'il est vrai que l'histoire de la région au cours des dernières années n'exclut pas,  bien que nous ne  soyons  sûrs de rien,   qu'une telle  théorie ait été appliquée,    nous  voyons  aujourd'hui avec l'EIIL  le monstre qu'elle a  fabriqué.: Fankenstein ou le golem, au choix.

Au moment où une écrasante supériorité technique des  Etats-Unis et d' Israël leur permet de mener  ( sauf en Afghanistan)    une guerre presse-boutons, permettre à certaines factions de leur périphérie de se livrer  à une guerre permanente , une vraie guerre de terrain pour le coup , c' est courir le risque de trouver un jour face à soi ces factions surentrainées.   

Bien plus que l'enthousiasme, ce sont deux siècles d'anarchie féodale qui avaient  permis aux Croisés de prendre Jérusalem à un  contre dix.  

Le Liban est à cet égard emblématique: peu importe  qui a alimenté  la  longue guerre civile qui a divisé  ce pays; l'important est qu'en a émergé    au bout du compte ,  par une sorte de sélection naturelle, le Hezbollah dont la force ne tient pas seulement au soutien de l'Iran mais aussi à son  surentrainement . Tsahal en a fait l'expérience. L'armée d'Assad n'était pas flambante avant la présente guerre civile;   Si elle la gagne ,elle en sortira singulièrement   sortira renforcée. Et naturellement l'Etat islamique   en Irak et au Levant n'est autre que   la conjugaison de ces forces  surentrainées sur différents  champs de bataille au cours des dernières années .

Il   faut bien sûr   une intervention musclée pour détruire cette entité barbare.  Et il faut aussi que la France y occupe une place de premier plan.

Il n'y a certes pas  là les prémisses d'un embrasement mondial . Nous   ne sommes plus au VIIe siècle: l'exaltation religieuse ne tiendra pas longtemps devant  la supériorité technique .

Mais certains  stratèges en chambre , aussi cyniques qu'ignorants du passé,  doivent  cessent d'imaginer qu'on peut  impunément semer le vent sans récolter la tempête, surtout dan le désert.

 

                                                           Roland HUREAUX

 

 



[1]Entretien - Bild 16 mai 2014

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 11:12

 

 

  Paru dans Marianne.fr

 

 

 

La force de l'armée de l'Etat islamique en Irak et au Levant ( Daesh en arabe, Isis[1] en anglais) qui occupe  le nord de ce pays et une partie de la Syrie ne réside pas, comme on pourrait le penser, sur le fanatisme de ses troupes mais sur l'expérience et le savoir-faire de leur noyau dur, composé principalement des anciens soldats de Saddam Hussein.

 

Ces anciens soldats, qui semblent être devenus islamistes par opportunisme, sont d'abord des patriotes irakiens sunnites[2].  Ils ont été entrainés dans une armée qui , pour avoir été vaincue à deux reprises (1991, 2003) par une armée américaine dotée de moyens infiniment plus importants, n'en était pas moins une des meilleures du monde arabe,  du fait en particulier de la guerre contre l'Iran (1980-1988) où les Irakiens   avaient eu  le soutien, à la fois de l'URSS et de l'Occident. Dispersés après la guerre de 2003 et l'occupation américaine, ces soldats perdus  ont continué la lutte.  Depuis 2003, ils ferraillent d'une manière ou d'une autre, contre les Américains, contre les chiites que les Etats-Unis ont mis au pouvoir en Irak, contre les Kurdes, sunnites comme eux mais pas arabes. Beaucoup ont été détenus et torturés par l'armée américaine à la prison d'Abu Ghraib. Après avoir embrassé un moment la cause d'Al Qaida au nord de Bagdad, ils ont contribué à la formation de l'armée islamique.

 

C'est dire que tous ceux qui voudront les mettre au pas auront affaire à forte partie.

 

L'absurdité de la situation est que cette force, ni l'Etat islamique n'existeraient pas  si, après la guerre de 2003, les Américains n'avaient multiplié les maladresses.

 

Les flottements qui ont accompagné les débuts de l'occupation américaine n'étaient  déjà  pas de bon augure. Le premier administrateur nommé, Jay Garner,  s'avéra  si incompétent qu'il fallut le  remplacer au bout d'un mois  par Paul Bremer qui resta en poste jusqu'en 2006 et ne fut pas beaucoup plus brillant.

 

Tenant le régime de Saddam Hussein pour une incarnation du diable,   les Américains décidèrent de  purger l'administration irakienne de tous les membres du parti Baas. C'était aussi intelligent que si l'on avait décidé, à la chute de l'Union soviétique,  de gouverner le pays en écartant tous les anciens communistes, c'est à dire à peu près tout le monde !

 

Pour ce qui est de l'armée de Saddam, elle fut immédiatement licenciée , mais sans solde    tandis qu'on permettait  à ses soldats , probablement par négligence,  d'emporter leurs armes. On connait  la suite. Pour tous ceux qui connaissent les mœurs de la soldatesque, c'était évidemment le contraire qu'il fallait faire : lui permettre de partir sans armes mais avec solde maintenue, les revenus du pétrole  permettant aisément de financer ce maintien. 

 

Mais plus destructrice encore fut la volonté d'appliquer à toute force à l'Irak  la règle démocratique, c'est à dire majoritaire,   sans considération des circonstances particulières de ce pays. L'Irak était gouverné depuis des siècles par la minorité sunnite ( environ 35 % de la population )  dont les cadres du régime et de l'armée de Saddam étaient principalement issus . La règle majoritaire ne pouvait que conduire au gouvernement la majorité chiite (60 % de la population)[3]. Une minorité longtemps privilégiée n'abandonne pas de gaîté de cœur le pouvoir , surtout si cet abandon s'accompagne de brimades telles celles que l'on imposait aux anciens du régime baasiste. Par ailleurs la majorité chiite fut très peu portée à laisser une part de pouvoir aux minoritaires, sunnites et kurdes; l'exclusivisme chiite atteignit son sommet avec le   premier ministre récemment révoqué pour ses excès Nouri Al-Maliki ( 2006-2014).

 

Il est clair que laisser en rade comme les Américains et leurs protégés chiites l'ont fait une forte minorité , disposant  d'une assise territoriale dans le nord du pays, d'une habitude séculaire de domination et d'un bon entrainement aux armes  ne pouvait que conduire au chaos. Ce fut le cas d'abord avec la guerre civile en zone sunnite ( où étaient impliqués du côté sunnite des volontaires d'Al Qaida venus de différents pays )  et le terrorisme à Bagdad. C'est aujourd'hui le cas avec l'émergence de l'EIIL,  le fanatisme étant venu se conjuguer aux  frustrations sunnites  pour en démultiplier l'impact.

 

Une solution préservant le statut des sunnites, tout en transférant l'essentiel du pouvoir à la majorité chiite, aurait été  de restaurer la monarchie, sous forme constitutionnelle,  au bénéfice de l'héritier de l'ancien roi Fayçal II renversé par l'armée en 1958, Chérif Ali ben Hussein , sunnite mais marié à une chiite. Ce personnage fit    des offres de services  et ouvrit un site, mais. pas plus qu'en Afghanistan, les Américains, bon républicains, n 'envisagèrent cette option.

 

 

 

Les Américains ont eu tout faux

 

 

 

C'est dire que les  Américains qui s'étaient eux-mêmes instaurés comme pacificateurs et arbitres du Proche-Orient ont eu  à peu près tout faux. Ils ont détruit un Etat, celui de Saddam Hussein, certes peu sympathique mais qui ne menaçait personne; ils ont géré l'après-guerre en dépit du bon sens faisant tout en particulier pour exciter l'animosité des sunnites[4].

 

Au point que certains les soupçonnent, à tort ou à raison, d'avoir voulu volontairement entretenir le chaos.

 

L'inexpérience et la maladresse n'expliquent en tous les cas pas tout. Il y a la conception de la guerre que se font depuis toujours les Américains: une guerre d'où est absente tout respect  de l'adversaire et qui ne saurait être, que celle du bien contre le mal,  conçus  à partir de  critères moraux étriqués. Dès lors que l'armée de Saddam Hussein avait été détruite, il n'était pas question pour eux de tendre la  main aux vaincus du Baas  pour tourner la page et reconstruire le pays. Non, pour les protestants nord-américains, il n'y a pas de pardon : le Baasistes devaient être  maudits et exclus du  pouvoir   jusqu'a la septième génération. Nous voyons le résultat.

 

Il est clair que le problème posé par l'Etat islamiste ne pourra être réglé que si les sunnites et anciens baasistes retrouvent pleinement leur place dans l'Etat irakien.

 

 

 

                                                           Roland HUREAUX

 

 

 

 

 



[1] Islamic State in Irak and in Syria

[2] De même que les djihadistes touaregs du Mali sont d'abord des patriotes touaregs exaspérés par le centralisme prétentieux et  brouillon du gouvernement de Bamako.

[3] Les 5 %qui restent sont des chrétiens (3 %) et d'autres confessions comme les yezidis  aujourd'hui massacrés. 

[4] Et nous n'évoquons pas ici l'absurdité qu'il  y avait,  étant en conflit avec l'Iran de renforcer , l'arc  chiite, en faisant passer l'Irak du camp sunnite au camp chiite.

 

 

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Published by Roland HUREAUX
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