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Roland HUREAUX

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 11:23

Publié dans Marianne.fr

 

Le Parlement ne va pas tarder  à adopter l'absurde réforme des régions, le Sénat où la droite est pourtant devenue majoritaire,  ne lui offrant qu'une molle résistance.

Parmi les présupposés de cette réforme, on le sait, une idée  fausse : que nos régions seraient trop petites par rapport à celles des autres pays d'Europe. Si on ne regarde que l'hexagone, elles sont aussi grandes qu'en Italie, plus grandes qu'en Espagne.  La région est embryonnaire en Angleterre.   

Mais c'est  d'abord  de  l'Allemagne les promoteurs  de la réforme ont voulu s'inspirer  L'idée sous-jacente est de faire des länder  à la française  et pourquoi pas, de transformer la France en Etat fédéral.    

Cette démarche est fondée sur une série d'illusions  et de malentendus  qu'il importe de dissiper, le débat parlementaire ne l' ayant guère fait.

D'abord la taille des länder : leur population  moyenne ( 5 millions d'habitants) est tirée vers le haut par quelques   grosses entités :  la Rhénanie-Nord-Westphalie (17,5  millions ) , la Bavière (12, 5  millions )  ou le Bade-Wurtemberg (10,7  millions )   -  à rapporter au passage à notre Ile-de-France (11,8 millions). Mais les autres länder ont une taille comparable à celle de nos régions : sait-on que 8 sur 15 sont plus petits que la moyenne française (2,9 millions  d'habitants)

  Ce n'est pas, comme on le croit, par goût du kolossal que  l'Allemagne a ces puissants  Länder, c'est en raison de l'histoire. Avec à peine 15 millions d'habitants, l'ancienne Allemagne de l'Est  aurait pu aussi constituer un Land  unique ; nos voisins d'outre-Rhin ont préféré en faire six ( 2,5 millions  d'habitants  en moyenne). Pourquoi ?  Parce que la Thuringe n'est pas la Saxe, qui n'est elle-même pas le Brandebourg ! La Sarre,  de son côté,  autre entité à l'histoire singulière, se contente de son petit million et ne demande à se rattacher à personne. 

Ce n'est pas seulement  en Allemagne, c'est dans toute l'Europe que les entités régionales ont été découpées en fonction des solidarités historiques, comme la France l'avait d'ailleurs  fait remarquablement en 1964 ( seule anomalie regrettable :  la division  entre Haute et Basse-Normandie ) . En regroupant    Bourgogne et Franche-Comté , Nord et Picardie,  Auvergne et Dauphiné ,  provinces  dont les caractères sont très différents, notre pays  s'écarte donc  de la norme européenne  qu'il avait suivie jusque là . En mariant  Alsace, Lorraine et Champagne ,  nous aurons  la seule région d'Europe  qui chevauche une frontière linguistique,  ces frontières étant scrupuleusement respectées ailleurs ( Catalogne,  Flandre, Wallonie, Val d'Aoste) !   

  

Le fédéralisme allemand n'est plus ce qu'il était

 

En rêvant de Länder, nos dirigeants ignorent tout autant que le fédéralisme allemand n'est plus ce qu'il était. Les compétences des Länder se sont rétrécies avec le temps: l'essentiel  de la  réglementation économique dont ils avaient la charge a été centralisé à Bruxelles. Les Länder pouvaient après la guerre légiférer dans les domaines  où le Bund (échelon fédéral) ne l'avait pas fait ; or ces domaines  sont aujourd'hui réduits  presque rien. Ils ne décident pas librement du montant de leurs dépenses comme les régions françaises mais le négocient  à l'échelon fédéral.  Si les budgets des Länder semblent plus lourds que ceux de nos régions, c'est qu'ils gèrent de grosses masses comme les salaires des enseignants ou des  policiers sur lesquels  des accords-cadre conclus à l'échelon fédéral  ne leur laissent guère de  marge de manoeuvre. La vérité est qu'il  n'existe plus en Europe de véritable Etat fédéral, en dehors de la Suisse sont les cantons, beaucoup plus libres, eux, n'ont pas précisément la dimension qu'on voudrait donner à nos régions !  

Parce que l'Allemagne supporte mieux la crise , on s'imagine  sans bien entendu  être jamais allé  y regarder de près , que c'est à cause de son système fédéral. Rien ne le prouve.    La puissance  de l'industrie allemande a  précédé  le fédéralisme. Bien au contraire, celui-ci contribue  à  alourdir et  complexifier les circuits de décision   au préjudice des entreprises. Il a favorisé une surenchère écologique qui a abouti à refuser le nucléaire.  

Par derrière la carte des régions, certains admirent que l'Allemagne, au lieu d'avoir une grande capitale écrasant les autres villes, soit polycentrique, qu'elle   se structure autour  d'une dizaine de villes moyennes-grandes  que nous n'avons pas.  Force ou faiblesse ? Là non plus on ne sait. Mais quelle naïveté d'imaginer  qu'en agrandissant l'Aquitaine, on mettra Bordeaux au rang de Paris !  Les cartes urbaines de la France et de l' Allemagne n'ont pratiquement  pas changé depuis le temps de Saint Louis  où déjà Paris écrasait les autres villes de France. Qui peut imaginer  qu'en redessinant  la carte des régions on arrivera à modifier cette donnée de l'histoire longue ?

 

Maréchal , nous voilà !

 

On sait bien d'où vient cette volonté d'imiter  l'Allemagne à tout prix !    Comment ne pas y voir , encore une fois, les complexes d'une France défaite en 1940 et qui, malgré les efforts du général de Gaulle pour lui rendre sa fierté, ne ne s'en est   jamais remise. Pour la bourgeoisie française ( y compris de  gauche),  comme pour le régime de Vichy, point de salut  si la France ne se met pas à l'école de l'Allemagne !  

Tout cela est  absurde.

En  politique , comme dans la vie, il vaut mieux rester soi-même et jouer se propres cartes  que singer les autres  . Ainsi l'euro fort, continuation du mark fort était  adapté à l'Allemagne mais pas à la France: c'est depuis qu'il existe que nous avons décroché de notre grand voisin avec  lequel nous faisions jusque là jeu égal.

Cela ne veut pas dire qu'il n'y ait  rien à  tirer de l'exemple allemand.  Par exemple les Instituts Fraunhofer : des centres de recherche appliquée   puissants à la charge de  l'Etat fédéral  et des Länder  qui permettent de  faire financer  par la puissance publique l'essentiel de la recherche   des PMI !    Mais  qui sait en France ce que sont les Instituts Fraunhoffer ? Sûrement pas ceux qui  veulent copier le système scolaire  allemand  lequel ne se distingue du notre que parce qu'il est entré en décomposition plus tôt !

 Mais en France,  un certain parisianisme aidant , on veut  toujours   imiter l'étranger    tout en n'  ayant   sur ce qui s'y  fait que  très peu d'informations et beaucoup d' idées reçues.  Qui sait par exemple que l'apprentissage que l'on  a longtemps considéré comme une des forces    de l'Allemagne  n'  y attire plus les jeunes  ?  Au contraire,  nos grandes écoles  qui n'ont pas d'équivalent ailleurs (et qu'on voudrait pour cela  supprimer !) attirent encore de nombreux talents vers l'industrie , ce qui manque ailleurs , même en  Allemagne.

 La réformée territoriale offre une caricature de ce qu'a chez nos de frivole   le  processus réformateur. En voulait se faire allemands  , Hollande et Valls , ne réussissent qu'a se montrer  caricaturalement français  !

 

                                                                       Roland HUREAUX

 

 

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 11:22

 

 

Dans le cadre de la réforme territoriale, le département semble tout à coup  épargné.

On a compris que la raison principale en était le souci de maintenir Jean-Michel Baylet , président du Conseil général du Tarn-et Garonne et le Parti  radical de gauche dans une majorité qui s'effrite  chaque jour." Politique d'abord"  aurait dit Maurras,  grand pourfendeur du département. Et même politique politicienne !

Preuve que l'institution a la vie dure : elle avait déjà échappé en 1981  aux fureurs socialistes , déjà adeptes  de la région, tenue, on se demande pourquoi , pour plus moderne, cela  parce que   François Mitterrand,  Gaston Deferre et  quelques uns de leurs amis  influents , tel  Maurice Faure,  étaient restés discrètement départementalistes.   

Peut-être François Hollande, ancien président du Conseil général de la Corrèze aura-t-il  suivi la même pente.

L'irruption imprévue du  vieux féodalisme radical  dans un processus supposé modernisateur passera difficilement pour une bonne raison de maintenir le département.

Et pourtant ces bonnes raisons ne manquent pas.

La première est que,  contrairement à ce que l'on raconte, il  n'y a pas dans  le reste de l'Europe moins  d 'échelons territoriaux qu'en France.  Faute d'être allé voir ou de savoir compter jusqu'à quatre, nos élites   dénoncent mécaniquement le "mille feuille français". De même qu'elle ne se sont pas avisées que nos régions n'étaient  pas plus petites que celles des autres pays. Si nous avons, par rapport à certains pays, pas tous, un échelon de plus,  ce n'est que depuis le  dédoublement de la commune et de la communauté de communes, issu de la loi Joxe de 1992 , une loi qui n'est  vraiment entrée en application que depuis  quinze ans. Avant de simplifier, il aurait fallu ne pas commencer par compliquer !

La deuxième raison, corollaire de la première est que tous les pays ont un échelon élu de la taille approximative de notre département, qu'il  s'agisse de la province ( Espagne, Italie, Belgique), du kreis (Allemagne), du comté et  du bourg (Angleterre). Certains länder allemands comme ont même en plus   le bezirk  ! 

La troisième est que si on supprime le département, que fera-t-on de  ses  attributions  principales : l'aide sociale,  le réseau routier ou  les transports scolaires  ?  A  coup sûr le transfert de compétences qui en résultera aboutira à compliquer les circuits  et alourdir  les coûts. Le  niveau administratif départemental demeurera  techniquement  nécessaire, pour la gestion des routes par exemple,  mais avec un contrôle politique plus lointain. Ajouté au fait , trop ignoré, qu'  en matière de gestion publique, plus la dimension des unités s'accroît, plus les frais généraux augmentent, il ne fait aucun doute que la nouvelle architecture  coûtera  plus cher que la présente.

Mais la raison principale de garder le département est que la population y est attachée . Or de  celle là   tout  le monde se  fiche. Témoin,  le seul territoire où il lui  a été demandé, par référendum  de dire  ce quelle en pensait, le 7 avril 2013, la suppression du département  n'a été approuvée que par  20 % des électeurs seulement ( avec 65 % d'abstentions ). Le Haut-Rhin, premier   concerné,  a  voté majoritairement non.      Tous les états-majors des grands  partis, tous les sondeurs,  tout l'establishment  national et local étaient persuadés que les Alsaciens voteraient oui.  Ce fut l'inverse.   Et pourtant  la région Alsace ne comportait que deux départements !  "Un signe fort " pour Le Monde, "un échec cinglant pour la classe politique" pour L'Humanité. Comme les Corses ou les Antillais, les Alsaciens ont refusé un schéma institutionnel qui semblait aller de soi  pour une grande partie des dirigeants.  

Or ce  fait massif est immédiatement passé aux oubliettes, il a été selon le vocabulaire de la psychanalyse, refoulé   parce que contraire à la  doxa de l'élite. Gauche et droite confondues ont continué à projeter , comme si ce référendum  n'avait pas eu lieu,   la suppression du département. 

Et  gageons que Baylet n'a remporté qu'une victoire provisoire. Deux pas en avant, un pas en arrière disent, après Lénine,  tous les idéologues.   Tout laisse penser que,  malgré toutes les bonnes raisons de le maintenir,   la machine infernale visant à broyer le département  se remettra en marche  à la première occasion. Envers et contre tant le bon sens  que la volonté  populaire  qui vont généralement de pair.

 

                                                                       Roland HUREAUX  

 

 

 

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 11:20

Paru dans Le Figaro.fr

 

Les réformes mal conçue entraînent toujours des dépenses supplémentaires    

 

 Ce qui rend  très  inquiétante la réforme territoriale  actuellement en discussion devant le Parlement :   une fois de plus , il n'aura pas été tenu compte de  ce grand principe de la réforme administrative qui veut que,  contrairement au  secteur privé,   les opérations de concentration ou de  fusion    entraînent dans le secteur public, à service égal, des coûts supplémentaires.  Dit autrement : il n'y a jamais  d'économies d'échelle dans le secteur public, mais au contraire des frais généraux croissants avec la taille  des entités.    

C'est pour avoir ignoré ce principe que , depuis vingt-cinq ans, à peu près toutes les   réformes administratives se sont traduites, en dépit de leurs objectifs affichés, par un alourdissement des charges publiques.

Nous pourrions  multiplier les exemples :  la création de Pole emploi par la fusion de l'ANPE et des Assedic  (40 000 postes avant la fusion,  50 000 après), la fusion de la direction du Trésor et de celle de la Comptabilité publique ( dont un rapport de la Cour de comptes  a montré qu'il a généré un  surcoût),  le regroupement des hôpitaux au sein des agences régionales de santé qui n'a fait que créer une strate bureaucratique supplémentaire, le rapprochement de la police et de la gendarmerie,  les nouveaux organigrammes  prétendus  simplifiés des préfectures , la création de France-Télévision par le rapprochement de France 2 et FR3  etc.   Nous ne croyons pas qu'on puisse opposer à ce principe un seul contre-exemple.

Mais le cas le plus caricatural est sans doute l'intercommunalité. On a dit pendant des années : la France a plus de 36 000 communes, quel gaspillage !  On oubliait   que la plupart de ces communes, gérées à l'économie,  ne coûtaient pratiquement rien. On a voulu les  fusionner mais , craignant les réactions, on a commencé, à partir de la loi Joxe de 1992,  à les pousser  à coup d'incitations fiscales et de pressions préfectorales,  à se  fédérer dans des structures dites "intercommunales" : communautés de communes ou   d'agglomération.  Or, il  a fallu, pour ce faire,  recruter près  de 200 000 fonctionnaires qui ne sont nullement venus de se substituer aux fonctionnaires communaux mais se surajouter !  

Depuis 2011, l'Etat a entrepris, avec le même résultat  de fusionner entre elles les communautés , jugées trop petites, pour faire des mégastructures avec le même  résultat.

Pourquoi cet effet pervers   massif est-il ignoré ?  D'abord parce que nos élites, enfermées dans  quelques préjugés parisiens,  ont  depuis longtemps cessé de prendre leurs décisions en fonction d'une humble,  patiente et prudente observation des faits , mais selon des  schémas abstraits , jamais remis en cause  :  en l'occurrence l'idée  que les économies d'échelle  sont un principe universel et   qu'une plus grande structure entraîne moins de frais généraux , idées aussi paresseuses que  calamiteuses.  En matière de réforme administrative, notre  réflexion en est  restée   à la priorité à l'industrie lourde  et  à l'efficacité des  sovkhozes !

Autre préjugé : que les méthodes du secteur privé peuvent être transférées sans adaptation  au secteur public, que l'administration doit se mettre au management,  formule à la mode   où on met un peu n'importe quoi.

Les mécanismes qui entrainent ces  effets  paradoxaux seront étudiés dans le détail quand nous aurons enfin une science administrative sérieuse.  Mais on en perçoit quelques uns: d'abord le manque de courage qui amène , quand on fusionne deux corps , à aligner toujours  les avantages des agents par le haut, voire à donner des primes supplémentaires à tous pour neutraliser des résistances souvent justifiées ; ensuite, en matière d'organisation territoriale,  la nécessité, du fait de   l'irréalisme qui a inspiré les réformateurs,    de maintenir, voire  reconstituer l'échelon local , le résultat final étant qu' on aura un peu plus compliqué les choses :  c'est la cas des communes, ce sera sans doute le cas des départements ou même des régions  actuelles, personne n'imaginant sérieusement   que les routes départementales  de   Creuse pourront être gérées  de Bordeaux alors que, jusqu'ici elles  l'étaient , à la satisfaction générale, de Guéret .  Autres facteurs : la difficulté de forcer   du jour au lendemain des centaines de fonctionnaires territoriaux   à changer de ville, à aller de Strasbourg à  Metz  ou de Nîmes à Toulouse.  La confusion  erronée  de métiers très différents tels ceux du placement et de l' indemnisation au sein du Pôle emploi. Ou encore les fausses fusions qui conduisent par exemple, dans les nouvelles directions  de l'aménagement,   à doubler un chef de service d'un corps par un adjoint de l'autre corps.

A ces considérations s'ajoute le coût propre à tout changement   de   structure  qui résulte des problèmes immobiliers ( ceux de la  réforme de la carte  judiciaire ne sont pas encore amortis ; que fera-t-on de l'Hôtel de la région Auvergne qui vient d'être inauguré ? ), mais aussi du stress  infligé aux agents qui entraîne  une baisse durable de la productivité voire une démobilisation , quand ce n'est pas le chaos pur et simple et la dégradation du service public  qui en résulte. L'administration française   en est en effet au stade paléolithique de la conduite du changement - et comment en serait-il autrement dès lors que la plupart de ces changements sont injustifiables, ce que les agents, jamais consultés,  ressentent parfaitement ?  Ajoutons  les longues phases d'apprentissage des nouvelles procédures et  de  changement des  habitudes :  l'habitude a mauvaise presse dans la rhétorique officielle;  pourtant tout organisme efficace est fondé, comme l'avait montré le philosophe Félix Ravaisson,  sur des habitudes de travail bien rodées qui permettent  à un certain  nombre d'agents de   conjuguer harmonieusement  leurs efforts. Changer   ces habitudes , c'est toujours  diminuer  l'efficacité. La réforme de l'Etat à la française s'est fondée  sur la dénonciation obsessionnelle  des routines administratives  ; elle a abouti à un bouleversement permanent, qui s'est traduit par  des surcoûts considérables. Contrairement   à ce qu'imagine un pseudo-libéralisme aussi  superficiel que destructeur  , si l'on veut augmenter sensiblement  le poids des charges publique dans les prochaines années,  le plus simple est  d'accélérer les réformes de structure tout  azimut  !

Et bien évidemment  , pendant qu'on perd du temps à bouleverser les organigrammes, on ne fait pas le travail analytique patient et  laborieux de révision de procédures qui seul permettrait de faire des économies sans qu'il y ait pour cela nécessité d'opérer de grands chambardements

Tous ces phénomènes se trouvent aggravés plus que proportionnellement,  quand  les réformes sont de grande ampleur. Ce qui nous conduit à pronostiquer que la réforme territoriale telle que l'envisage M. Valls va conduire , non point à économiser   10 milliards   comme l'annonce sans aucune base sérieuse le secrétaire d'Etat   M.Vallini mais à engager    30 ou 40 milliards de dépenses supplémentaires .  Passer de 22 ragions à 13, supprimer 90 départements :  attendons nous à une explosion des  coûts de nos  structures territoriales, analogue à l'explosion des  dépenses  qu'a  représenté à l'échelon communal   l'introduction des communautés de communes.

Et tout cela pour  rien, puisque  tout le monde  sait aujourd'hui que, contrairement à ce que répète une doxa  infondée,  le régions françaises actuelles sont aussi grandes  que celles  des autres pays d'Europe, et    que l'échelon départemental  élu, si vilipendé, existe sous  différentes formes dans tous les pays  avancés .

C'est dire  qu'au  moment où M. Valls a besoin de faire   des  d'économies substantielles, il engage une réforme dont tout laisse supposer qu'elle va entrainer un gigantesque désordre et , au contraire de ce qui est prévu,  plusieurs dizaines de milliards  de dépenses supplémentaires. Bonjour les dégâts !  

 

                                                           Roland HUREAUX

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 11:18

Paru dans Le Figaro.fr

            Quels mots employer  pour exprimer  l'horreur qu' inspirent les événements du Nord de l'Irak: d'abord  cette irruption d'un pseudo-khalifat dont la barbarie semble nous ramener au premier millénaire mais qui est en réalité bien pire ? Les premiers khalifes se contentaient de taxer  les minorités juives et chrétiennes, ils  ne les massacraient qu'exceptionnellement : dhimmi, après tout , signifie protégé ,  

Ensuite le  sort des chrétiens d'Irak  (et d'autres minorités ) massacrés (combien l'ont été ? On ne sait), en fuite ou en péril. Il devrait émouvoir d'autant plus les  Français qu'en droit  international,  les chrétiens de  l'Empire ottoman avaient le statut non point d'étrangers, mais de protégés français : par quelle aberration, le gouvernement français est-il dès lors le moins accueillant des gouvernements  européens  ?

Mais le plus extravagant  est que les armes dont se servent les soldats de ce nouveau djihad, du soi-disant  Etat islamique en Irak et au  Levant  sont les mêmes que nous leur avons vendues au cours des derniers mois, que nos services spéciaux leur ont  appris à utiliser . Et ce sont les armes de l'arsenal de Khadafi  que nous avons permis aux islamistes de tout poil , à commencer par  ceux du  Mali,  de se partager. Ces trafics ne nous ont jamais dissuadés de considérer les principaux payeurs, Arabie saoudite, Qatar , EAU, comme des amis.

Aussi stupéfiant:  ce qui se produit au Nord de l'Irak n'est nullement  une surprise puisque cela serait arrivé un peu plus tôt en Syrie si le projet d'aider directement  au renversement du  président Assad  avait abouti.

Nous avions déjà l'expérience de l'Afghanistan, du Mali et d'autres pour voir que les  djihadistes , loin de nous savoir gré de notre soutien, se précipitent, dès qu'ils en ont l'occasion,  pour brandir leurs armes contre l'Occident. Témoin la décapitation de deux journalistes américains et d'un humanitaire anglais   par l'EIIL.

Même  le roi d'Arabie doit trouver amer que ses ex-protégés   veuillent devenir khalife à la place du khalife que, de fait, il pense être .   

Or,  après de telles déconvenues,  c'est apparemment  sans le moindre trouble de conscience  que le département d'Etat qui avait mis sur pied une coalition  contre les talibans en Afghanistan et  contre Saddam Hussein en Irak,  puis tenté d'en monter une autre contre Assad en Syrie, s'évertue d' en mettre  en place une nouvelle    aujourd'hui  contre les islamistes qu'ils avaient jusque là aidés. Une coalition qui pourrait même comprendre l' Iran ,  archi-diabolisé jusqu'ici.   

 

Pourquoi tant d'inconséquence  ? 

 

Confondu par tant d'inconséquence, on en cherche la cause.

La première qui vient à l'esprit est l'incompétence. On en a déjà eu de nombreuses  preuves dans cette région. Qui pouvait douter que , la "démocratie " rétablie en Irak, les chiites, évidemment alliés de l' Iran,  prendraient  immédiatement  le pouvoir par la force du nombre   ? Qui pouvait douter que le licenciement  de l'armée de Saddam, avec ses  armes  et sans solde , conjugué avec la mise à l'écart systématique des cadres baasistes, n'entretienne un long   désordre dans  ce pays ?   Qui pouvait imaginer que le rétablissement  de la démocratie en Egypte  amènerait au pouvoir  d'autres  que les Frères musulmans

Mais l'incompétence est largement partagée: c'est ainsi que Helmut Schmidt met gravement en cause celle de la commission européenne    qui a , selon lui,   "une part de responsabilité dans l'aggravation de la crise ukrainienne" et   il   s'emporte  contre les   bureaucrates   qui"comprennent trop peu la politique étrangère". Bruxelles, dit-il,  "se mêle trop de politique étrangère, alors que la plupart des commissaires européens la comprennent à peine".[1].

Comment ne pas être frappé de la distance entre l'immense capacité technique des grandes puissances, singulièrement les Etats-Unis, et leur incapacité à se fixer des buts de guerre  cohérents, pire,  à percevoir leurs vrais intérêts.

Mais peut-être  ces buts de guerre étaient-ils plus subtils que ce que l'on dit ?  Ne dit-on pas qu' aurait été appliquée au   Proche-Orient la  théorie du chaos:  la suprématie américaine et la sécurité d'Israël  seraient  mieux assurés, selon elle,  si tous les Etats de la région , spécialement les plus solides  comme les dictatures nationalistes , sombraient  dans des rivalités tribales ou confessionnelles.

S'il est vrai que l'histoire de la région au cours des dernières années n'exclut pas,  bien que nous ne  soyons  sûrs de rien,   qu'une telle  théorie ait été appliquée,    nous  voyons  aujourd'hui avec l'EIIL  le monstre qu'elle a  fabriqué.: Fankenstein ou le golem, au choix.

Au moment où une écrasante supériorité technique des  Etats-Unis et d' Israël leur permet de mener  ( sauf en Afghanistan)    une guerre presse-boutons, permettre à certaines factions de leur périphérie de se livrer  à une guerre permanente , une vraie guerre de terrain pour le coup , c' est courir le risque de trouver un jour face à soi ces factions surentrainées.   

Bien plus que l'enthousiasme, ce sont deux siècles d'anarchie féodale qui avaient  permis aux Croisés de prendre Jérusalem à un  contre dix.  

Le Liban est à cet égard emblématique: peu importe  qui a alimenté  la  longue guerre civile qui a divisé  ce pays; l'important est qu'en a émergé    au bout du compte ,  par une sorte de sélection naturelle, le Hezbollah dont la force ne tient pas seulement au soutien de l'Iran mais aussi à son  surentrainement . Tsahal en a fait l'expérience. L'armée d'Assad n'était pas flambante avant la présente guerre civile;   Si elle la gagne ,elle en sortira singulièrement   sortira renforcée. Et naturellement l'Etat islamique   en Irak et au Levant n'est autre que   la conjugaison de ces forces  surentrainées sur différents  champs de bataille au cours des dernières années .

Il   faut bien sûr   une intervention musclée pour détruire cette entité barbare.  Et il faut aussi que la France y occupe une place de premier plan.

Il n'y a certes pas  là les prémisses d'un embrasement mondial . Nous   ne sommes plus au VIIe siècle: l'exaltation religieuse ne tiendra pas longtemps devant  la supériorité technique .

Mais certains  stratèges en chambre , aussi cyniques qu'ignorants du passé,  doivent  cessent d'imaginer qu'on peut  impunément semer le vent sans récolter la tempête, surtout dan le désert.

 

                                                           Roland HUREAUX

 

 



[1]Entretien - Bild 16 mai 2014

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 11:12

 

 

  Paru dans Marianne.fr

 

 

 

La force de l'armée de l'Etat islamique en Irak et au Levant ( Daesh en arabe, Isis[1] en anglais) qui occupe  le nord de ce pays et une partie de la Syrie ne réside pas, comme on pourrait le penser, sur le fanatisme de ses troupes mais sur l'expérience et le savoir-faire de leur noyau dur, composé principalement des anciens soldats de Saddam Hussein.

 

Ces anciens soldats, qui semblent être devenus islamistes par opportunisme, sont d'abord des patriotes irakiens sunnites[2].  Ils ont été entrainés dans une armée qui , pour avoir été vaincue à deux reprises (1991, 2003) par une armée américaine dotée de moyens infiniment plus importants, n'en était pas moins une des meilleures du monde arabe,  du fait en particulier de la guerre contre l'Iran (1980-1988) où les Irakiens   avaient eu  le soutien, à la fois de l'URSS et de l'Occident. Dispersés après la guerre de 2003 et l'occupation américaine, ces soldats perdus  ont continué la lutte.  Depuis 2003, ils ferraillent d'une manière ou d'une autre, contre les Américains, contre les chiites que les Etats-Unis ont mis au pouvoir en Irak, contre les Kurdes, sunnites comme eux mais pas arabes. Beaucoup ont été détenus et torturés par l'armée américaine à la prison d'Abu Ghraib. Après avoir embrassé un moment la cause d'Al Qaida au nord de Bagdad, ils ont contribué à la formation de l'armée islamique.

 

C'est dire que tous ceux qui voudront les mettre au pas auront affaire à forte partie.

 

L'absurdité de la situation est que cette force, ni l'Etat islamique n'existeraient pas  si, après la guerre de 2003, les Américains n'avaient multiplié les maladresses.

 

Les flottements qui ont accompagné les débuts de l'occupation américaine n'étaient  déjà  pas de bon augure. Le premier administrateur nommé, Jay Garner,  s'avéra  si incompétent qu'il fallut le  remplacer au bout d'un mois  par Paul Bremer qui resta en poste jusqu'en 2006 et ne fut pas beaucoup plus brillant.

 

Tenant le régime de Saddam Hussein pour une incarnation du diable,   les Américains décidèrent de  purger l'administration irakienne de tous les membres du parti Baas. C'était aussi intelligent que si l'on avait décidé, à la chute de l'Union soviétique,  de gouverner le pays en écartant tous les anciens communistes, c'est à dire à peu près tout le monde !

 

Pour ce qui est de l'armée de Saddam, elle fut immédiatement licenciée , mais sans solde    tandis qu'on permettait  à ses soldats , probablement par négligence,  d'emporter leurs armes. On connait  la suite. Pour tous ceux qui connaissent les mœurs de la soldatesque, c'était évidemment le contraire qu'il fallait faire : lui permettre de partir sans armes mais avec solde maintenue, les revenus du pétrole  permettant aisément de financer ce maintien. 

 

Mais plus destructrice encore fut la volonté d'appliquer à toute force à l'Irak  la règle démocratique, c'est à dire majoritaire,   sans considération des circonstances particulières de ce pays. L'Irak était gouverné depuis des siècles par la minorité sunnite ( environ 35 % de la population )  dont les cadres du régime et de l'armée de Saddam étaient principalement issus . La règle majoritaire ne pouvait que conduire au gouvernement la majorité chiite (60 % de la population)[3]. Une minorité longtemps privilégiée n'abandonne pas de gaîté de cœur le pouvoir , surtout si cet abandon s'accompagne de brimades telles celles que l'on imposait aux anciens du régime baasiste. Par ailleurs la majorité chiite fut très peu portée à laisser une part de pouvoir aux minoritaires, sunnites et kurdes; l'exclusivisme chiite atteignit son sommet avec le   premier ministre récemment révoqué pour ses excès Nouri Al-Maliki ( 2006-2014).

 

Il est clair que laisser en rade comme les Américains et leurs protégés chiites l'ont fait une forte minorité , disposant  d'une assise territoriale dans le nord du pays, d'une habitude séculaire de domination et d'un bon entrainement aux armes  ne pouvait que conduire au chaos. Ce fut le cas d'abord avec la guerre civile en zone sunnite ( où étaient impliqués du côté sunnite des volontaires d'Al Qaida venus de différents pays )  et le terrorisme à Bagdad. C'est aujourd'hui le cas avec l'émergence de l'EIIL,  le fanatisme étant venu se conjuguer aux  frustrations sunnites  pour en démultiplier l'impact.

 

Une solution préservant le statut des sunnites, tout en transférant l'essentiel du pouvoir à la majorité chiite, aurait été  de restaurer la monarchie, sous forme constitutionnelle,  au bénéfice de l'héritier de l'ancien roi Fayçal II renversé par l'armée en 1958, Chérif Ali ben Hussein , sunnite mais marié à une chiite. Ce personnage fit    des offres de services  et ouvrit un site, mais. pas plus qu'en Afghanistan, les Américains, bon républicains, n 'envisagèrent cette option.

 

 

 

Les Américains ont eu tout faux

 

 

 

C'est dire que les  Américains qui s'étaient eux-mêmes instaurés comme pacificateurs et arbitres du Proche-Orient ont eu  à peu près tout faux. Ils ont détruit un Etat, celui de Saddam Hussein, certes peu sympathique mais qui ne menaçait personne; ils ont géré l'après-guerre en dépit du bon sens faisant tout en particulier pour exciter l'animosité des sunnites[4].

 

Au point que certains les soupçonnent, à tort ou à raison, d'avoir voulu volontairement entretenir le chaos.

 

L'inexpérience et la maladresse n'expliquent en tous les cas pas tout. Il y a la conception de la guerre que se font depuis toujours les Américains: une guerre d'où est absente tout respect  de l'adversaire et qui ne saurait être, que celle du bien contre le mal,  conçus  à partir de  critères moraux étriqués. Dès lors que l'armée de Saddam Hussein avait été détruite, il n'était pas question pour eux de tendre la  main aux vaincus du Baas  pour tourner la page et reconstruire le pays. Non, pour les protestants nord-américains, il n'y a pas de pardon : le Baasistes devaient être  maudits et exclus du  pouvoir   jusqu'a la septième génération. Nous voyons le résultat.

 

Il est clair que le problème posé par l'Etat islamiste ne pourra être réglé que si les sunnites et anciens baasistes retrouvent pleinement leur place dans l'Etat irakien.

 

 

 

                                                           Roland HUREAUX

 

 

 

 

 



[1] Islamic State in Irak and in Syria

[2] De même que les djihadistes touaregs du Mali sont d'abord des patriotes touaregs exaspérés par le centralisme prétentieux et  brouillon du gouvernement de Bamako.

[3] Les 5 %qui restent sont des chrétiens (3 %) et d'autres confessions comme les yezidis  aujourd'hui massacrés. 

[4] Et nous n'évoquons pas ici l'absurdité qu'il  y avait,  étant en conflit avec l'Iran de renforcer , l'arc  chiite, en faisant passer l'Irak du camp sunnite au camp chiite.

 

 

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10 novembre 2014 1 10 /11 /novembre /2014 13:19

 Publié dans Boulevard Voltaire

Nous ne nous faisons pas d'illusion sur la haine que portent les manifestants d'extrême-gauche qui protestent dans le Tarn  contre  le  projet de barrage agricole de Sivens,   à tout qui est  droite, modérée ou extrême . Que l'une des manifestations en l'honneur de Rémi Fraisse, la malheureuse victime  des incidents du 26 octobre,  s'en prenne aux "flics" et... aux "curés" témoigne de leur stupidité : qu'ont à faire là  les braves prêtres  clairsemés dans la campagne du diocèse d'Albi, on se le demande.  Il est vrai que Jean-Luc Mélenchon lui-même a été pris à partie par eux !

Le caractère borné de ces gens là , leur sectarisme  profond,  nous le connaissons. Il ne préjuge pas de la justesse de leur cause au cas par cas. S'agissant du projet d'aéroport de Notre-Dame des Landes, application d'une conception erronée  de l'aménagement du territoire , la même qui inspire l'absurde réforme régionale, elle est grande. Pour le barrage de Sivens, nous n'avons pas   d'opinion.

Mais le problème est que la droite , qu'on aurait plus croire plus avisée,  n'a pas  fait preuve non plus  d'une grande  intelligence  face aux événements du Tarn. 

Le drame de Sivens  aurait dû  lui  apparaitre pour ce qu'il était : d'abord   la mort d'un jeune homme de 21 ans , toujours  dramatique car il  est rare qu'à cet âge, on s'engage de manière bien réfléchie, ensuite la responsabilité d'un gouvernement de gauche  composé d'équipes tout aussi sectaires que les manifestants et qui ne lui  auraient sûrement  pas fait de cadeau si l'accident avait eu lieu  sous un gouvernement de droite ( souvenons-nous de l'affaire Malik Oussekine en 1986 où pourtant la responsabilité de la police est bien moins claire !)

 

Une bavure ?

 

On dira qu'il s'agit d'une  "bavure  policière"  dont personne ne porte la responsabilité. Voire!

Le  comportement  des forces de police est toujours  imprégné, avec ou sans ordres explicites,  par l'attitude du pouvoir  en place. Les manifestations de mai 68 ou celles des  banlieues de  décembre 2005 , bien plus importantes pourtant  que celles de Sivens, n'ont donné lieu à aucune bavure parce que  dans un cas comme dans l'autre, le gouvernement , Pompidou puis Villepin, ne voulait pas qu'il y en ait.

Nous ne pensons certes   pas que le gouvernement   voulait un incident  à Sivens. Mais  nous soupçonnons que derrière l'utilisation de  grenades offensives  (aujourd'hui suspendu) , moyen létal sans nul  doute disproportionné,  contre les manifestants, il y a  l'expression d'un  sentiment d'impatience et de hargne contre toute résistance au pouvoir,  venu de haut.

La gauche a toujours eu des problèmes avec la violence. Officiellement  pacifiste, c'est elle qui déclenche presque toujours  les guerres. Face aux manifestations, elle tend à considérer que si toute manifestation contre un pouvoir de droite est légitime, une manifestation contre un pouvoir de gauche est intrinsèquement  illégitime. Surtout s'il s'agit  d'une manifestation de jeunes, alors que la gauche officielle, se considère , l'idéologie du progrès aidant ,  comme la seule expression légitime de    la jeunesse du monde. Un  pouvoir de gauche est donc  particulièrement remonté contre de jeunes manifestants , quels qu'ils soient , de droite et surtout  de gauche.

On l'a vu avec la Manif pour tous (une comparaison qui ne plaira sûrement pas aux écologistes  de Sivens, mais peu nous en chaut  !) où des centaines de jeunes  furent  raflés, fichés et parfois détenus,   et cela en l'absence de tout vrai  débordement: ni  voitures brûlées, ni   vitrines  brisées, ni attaque de forces de l'ordre, ni même entrave à la circulation. Le port d'un T-shirt rose n'injuriant personne et rappelant la réalité naturelle qu'est  la famille, suffisait  à vous faire interpeller . L'un de ces jeunes  manifestants a même été récemment  condamné,  un an et demi après les faits,  dans le silence général, pour avoir organisé une manifestation non autorisée  de... quelques dizaines de personnes hors de la voie publique.  Alors même que les scandaleuses femens ont été  relaxées. Dire que M.Vals passe pour un socialiste modéré !

Il en est de même , n'en doutons pas, dans le cas de Sivens, avec sans doute la circonstance aggravante que ces jeunes se réclament de la gauche et donc, de manière implicite ou explicite ,  démasquent l'imposture d'un pouvoir qui revendique les  mêmes valeurs.

Cette crispation d'un pouvoir aux abois, c'est  cela qui est inquiétant . Elle n'apparaît pas au grand public;  mais c'est elle qui  s'exprime n'en doutons pas,  dans le comportement des forces de l'ordre,  voire, ce qui est encore  plus inquiétant,  de certains juges.

 

                                                                       Roland HUREAUX

 

  

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10 novembre 2014 1 10 /11 /novembre /2014 13:15

 

Que dira le pape François aux assemblées européennes  à Strasbourg le 25 novembre prochain ?

Une question que beaucoup se posent,  d'autant  que le pape François n'a encore rien dit   sur le sujet , et cela à un moment où  l'Europe se trouve  en pleine crise, voire au bord de la guerre.

Beaucoup de chrétiens  attendent  ( ou  craignent ) que le  Saint Père  suive la doxa qui fut si longtemps celle des  bourgeoisies  catholiques  de l' Europe occidentale, voire de  son épiscopat  :  qu'il encense la  construction européenne,  grand projet chrétien   de l'après-guerre auquel il importerait seulement de donner un supplément d'âme.  Une doxa largement reprise par la Conférence des évêques européens et les conférence nationales,  notamment par celle de France.

Ses prédécesseurs  n'ont pas été totalement exempts de ce genre de rhétorique, à l'exception de Jean Paul II  qui , tout en saluant les efforts de rapprochement  des peuples d'Europe,  a toujours pris garde de préciser que le Saint-Siège n'avait pas vocation à se prononcer  sur la forme institutionnelle que devait prendre   ce rapprochement.

Que cette doxa soit réductrice , une connaissance fine de l'histoire nous le confirme. Aux  premiers pas de la construction européenne , ont contribué certes des démocrates-chrétiens comme le célèbre trio : Schuman, Adenauer , De Gasperi  -  mais ces trois hommes étaient  unis par d'autres liens  que leur catholicisme ; les trois étaient nés , avant 1914,  en terre germanique :  outre Adenauer en Rhénanie, Schumann en Lorraine, alors annexée au Reich de Bismarck, De Gasperi dans le  Haut-Adige, alors  autrichien.  Rien ne dit qu'ils approuveraient la tournure qu'a prise depuis lors la construction européenne, en particulier Adenauer qui établit  au soir de sa vie  un partenariat  privilégié avec  Charles de   Gaulle, catholique et européen lui aussi, mais qui avait une toute autre conception du projet :  tous deux mirent au point, malgré l'opposition de Jean Monnet  et des Américains, l'admirable traité de réconciliation franco-allemand du 23 janvier  1963.  

Surtout cette Europe là n'est pas seulement un projet chrétien mais aussi une fille des  Lumières. Elle  fut portée  tout autant, si ce n'est plus,  par des hommes de gauche, francs-maçons et généralement socialistes, éloignés des    références chrétiennes:  Guy Mollet, Christian  Pineau, Pietro Nenni, Paul Henri Spaak  et naturellement  Jean Monnet. Le contexte de la guerre froide obligea les uns et les autres   à s'allier contre le communisme sous la houlette des Etats-Unis. Tant que dura la guerre froide,  les forces issues du  protestantisme et des Lumières firent les yeux doux à l'Eglise catholique qu'elles  ne portaient pas nécessairement dans  leur cœur . Depuis   la fin de la menace soviétique en 1990, elles sont  généralement revenues à leur ornière antiromaine, tout en exerçant plus que dans le passé  leur hégémonie sur les institutions européennes .

Il y a peu de risques cependant que le pape François se laisse aller à  reprendre telle quelle la doxa de "l'Europe grand projet chrétien". Comme Jean Paul II, il a une profonde fibre populaire. Il n'ignore pas à quel point cette Europe de Bruxelles suscite aujourd'hui  le rejet des peuples. Relais de la mondialisation libérale,   elle apparait comme  l'arme des puissants de ce monde  contre les petits .  Le cardinal Bergoglio a sans doute déjà compris que les  hommes qui poussent le projet européen, en particulier en France , souvent catholiques, sont de la même race ( voire  les mêmes ! )  qu'il a vus à l'œuvre à Buenos Aires au titre  du FMI. La propension des épiscopats d'Europe occidentale  à  encenser le projet  européen , que le Vatican a , jusqu'ici , évité soigneusement d'endosser,  ne procède pas seulement de l'amour du bien mais aussi de la tentation qui fut toujours celle des Eglises  de  prendre, par conformisme,  le  parti des puissants. Une tentation qui n'est sûrement pas celle du pape  François.

 

Une entreprise légitime à remettre en selle ?

 

Peut-être se contentera-t-il de proclamer  que le projet européen, animé au départ des  meilleures  intentions , a  mal  tourné , notamment    en  oubliant  les  racines chrétiennes  de l' Europe ou en n'étant pas assez social  , mais qu'avec  un peu de bonne volonté,  l'entreprise peut être remise sur le droit chemin  parce qu' elle demeure  fondamentalement juste ?

Disons le : il  n'est pas sûr qu' une telle approche soit à la hauteur des graves problèmes que pose l'Europe d'aujourd'hui. De ces problèmes, nous en retiendrons  trois:  son hostilité à la loi naturelle, son caractère antisocial, et, plus récemment  apparu, son comportement belligène.

L'hostilité à la loi naturelle est la suite logique du refus obstiné des instances  européennes de reconnaître les racines chrétiennes de l'Europe qui sont pourtant une évidence historique. Aussi bien la commission que  le Parlement , de  pair avec les instances juridictionnelles de Luxembourg et de Strasbourg  font pression de multiples manières pour que tous  les pays adoptent le mariage  homosexuel. La  Pologne et l'Irlande  font l'objet d'un harcèlement pour ne pas faciliter assez l'avortement. L'Italie aurait été  condamnée  à retirer les crucifix de ses  écoles sans  l'intervention  de la Russie auprès de la Cour européenne des droits de l'homme, laquelle, on le sait,  ne  dépend pas de l'Union européenne  mais du Conseil  de l'Europe, tout en étant   animée du même état d'esprit . La France se voit imposer par la même  Cour  la reconnaissance de l'adoption par des homosexuels d'enfants nés sous PMA à l'étranger, pratique encore interdite en  France.  Le refus brutal du Parlement européen de recevoir  en 2004,  parmi les commissaires,  l'homme politique italien  Rocco Buttiglione, ami du pape,    sans autre motif que son adhésion ouverte   à l'éthique chrétienne,  a mis en relief ce qu'est aujourd'hui  l'orientation  profonde  des  institutions  de Bruxelles.

Sur le plan économique, la monnaie unique européenne,   l'euro ,  se fonde sur  une théorie économique aussi fausse que l'est la théorie du genre,  l'une et l'autre étant basées sur la négation des différances naturelles  ou culturelles . Elle   aboutit à une crise qui  accroît considérablement le nombre des  chômeurs  dans la plupart des pays, paupérise et désindustrialise peu à peu l'Europe. Les efforts imposés aux peuples pour maintenir coûte que coûte l'euro ont été récemment qualifiés par  Paul Stiglitz ,  Prix Nobel d'économie,  de "criminels" [1]. La rigueur imposée à l'Europe au nom de grands idéaux  entraine aujourd'hui le monde  entier dans la récession. Il faut une grande dose d'inconscience , ou d'ignorance  des mécanismes économiques , pour exhorter, comme le font certaines autorités ecclésiastiques, à la charité envers les exclus et  les sans-abris tout en qualifiant de "merveilleuse idée" une Europe institutionnelle   dont la politique tend à  les multiplier [2]!

Sur le plan international, il a été longtemps dit que l'Union européenne était un  facteur de paix et le  Prix Nobel de la paix lui a même été attribué en 2012. Pourtant deux guerres,   impliquant toutes  les  deux  l'Europe  institutionnelle,    ont éclaté  au cours des   quinze  dernières années   sur le territoire européen: l'attaque de  la Yougoslavie par l'OTAN en  1999 , en violation totale du  droit international  et qui a fait 20 000 victimes , toutes civiles,   et   la présente guerre civile en  Ukraine.  On peut regretter au passage que le pape Jean Paul II , désinformé par ses services, eux-mêmes victimes des manipulations  américaines , n'ait pas condamné avec plus de  vigueur l'attaque de la Yougoslavie:  un grand pas aurait été fait dans le rapprochement de Rome avec les Eglises orientales pour qui le Vatican est encore identifié à "l'Occident".

Un personnage aussi pondéré que l'ancien chancelier allemand, Helmut Schmidt,  n'hésite pas à souligner la responsabilité   des instances bruxelloises dans la montée de la tension en Ukraine[3], voire leur inconscience vis à vis du risque de guerre mondiale. Une responsabilité qui découle     de leur ambition de  faire rentrer coûte que coûte ce pays  dans l'Union européenne et dans l'OTAN, sans tenir compte des inquiétudes russes . Mais on peut aussi mettre en cause   les fondations américaines et allemandes  à l'œuvre en Ukraine, les mêmes, soit dit en passant,  qui patronnent les scandaleuses femens qui multiplient les actes  sacrilèges dans les églises d'Europe occidentale.  L'agitation de la Pologne  au sujet de l'Ukraine qui  eut été sans doute tenue en bride  du vivant  de Jean Paul II,  ne contribue pas  non plus à apaiser la tension. Même si les deux guerres, celle de Yougoslavie et celle d'Ukraine,   ont été  sans doute planifiées à Washington , elles n'auraient pas été possibles sans l'aval de l'Union européenne. Les deux aboutissent , selon le schéma  de Samuel Huntington, promoteur du concept inacceptable  de  "guerre des civilisations",  à opposer  un bloc catholique (au moins en principe) , protestant et laïciste  à l'Ouest,  et  un bloc  orthodoxe à l'Est . Universalisme ou haine de soi ? Dans les affaires de la Bosnie et du Kosovo, les "chrétiens" de l'Ouest ont pris parti pour les Musulmans contre les chrétiens orthodoxes[4].  Cette opposition  est d'autant plus artificielle  que,  malgré la propagande médiatique, les peuples européens  ne s'y associent guère. Elle  a pour effet d'éloigner les perspectives si prometteuses , à la fois pour l'Europe et pour la chrétienté,  de rapprochement entre les Eglises sœurs que sont la catholique et l'orthodoxe.  Peut-être est-ce d'ailleurs le but recherché ?    

Ces trois dérives  de l'Europe institutionnelle , auxquelles ont pourrait ajouter la dérive antidémocratique, ou encore l'indifférence à l'effondrement  démographique,  apparaissent  si  graves qu'on peut douter qu'il   s'agisse seulement  d'accidents passagers affectant une entreprise qui demeurerait, en son principe,   fondamentalement  saine .  On dit certes que corruptio optimi pessima. Mais on peut aussi se demander si  l'Europe institutionnelle,  au point où  elle en est arrivée : niant  l'héritage chrétien, favorisant  la   pauvreté de masse et menaçant la paix,  était bien  à l'origine une entreprise juste.

Fondée sur l'idée , discutable,  que seules  les rivalités nationales  sont à l'origine des grandes  catastrophes du XXe siècle, alors qu' on peut aussi bien penser que ce sont d'abord  les idéologies qui    sont en cause , non pas les nations mais "la négation des droits des nations" (Jean Paul II) [5], l'entreprise européenne ne serait-elle pas viciée à la base et , n'hésitons pas  à  employer ce terme,   "intrinsèquement perverse" ?

La volonté sous-jacente de dépasser  les réalités nationales  conduit en même temps  à vouloir dépasser tout ce qui se rapporte au passé, à  nier  l'histoire  européenne  qui n'est plus considérée que comme une longue série de crimes et d'horreurs (de l'Inquisition à la shoah ! ),  y compris et même surtout  dans sa dimension chrétienne. De même que pour Marx, tout ce qui précéderait la Révolution prolétarienne ne serait que la "préhistoire de l'humanité", tend à s'imposer dans les mentalités  de l'Europe de l'Ouest que tout ce qui précède l'entreprise d'unification , racines chrétiennes comprises, appartient à la préhistoire, cela sur un fond de culpabilité et de haine de soi qui constitue sans doute le centre  du problème spirituel de l'Europe.

 

La tour de Babel ?

 

Si l'on considère que la seconde guerre mondiale fut  pour l'Europe le déluge, la construction européenne qui a suivi, en réaction , ne serait-elle  pas  la tour de Babel ?

Pour employer le langage moderne , la construction européenne n'a-t- elle pas, à l'instar du communisme ou d'autres régimes catastrophiques , un caractère  idéologique ?

L'idéologie se reconnaît à différents caractères : des  idées trop  simples,  en l'occurrence que l'absorption de nations dans une entité continentale sera un facteur de paix et de prospérité  (comme pour Marx, la simple abolition de la propriété ferait le bonheur des hommes) ; la prétention universaliste:  l'Europe se comporte aujourd'hui comme le propagatrice d'une idéologie universelle , fondée sur une certaine conception , fort réductrice,  des droits de  l'homme ;  une idée du progrès passant par le dépassement irréversible  des nations,  mais  aussi de la culture, de la morale et des religions traditionnelles ;   le libre-échange et la libre circulation des capitaux sans limites.

D'autres caractères de la démarche idéologique se retrouvent dans l'entreprise européenne comme des effets pervers à peu près généralisés. Lénine avait promis au peuple russe "la paix, le pain, la liberté" et apporta exactement le contraire;  on peut dire que l'Europe institutionnelle, non seulement ne tient pas ses promesses, mais fait exactement l'inverse de ce qu'elle avait  promis.

Autre caractère idéologique: l'intolérance haineuse à tout ce  qui pourrait entraver le  projet, ses opposants se voyant relégués dans les ténèbres du "politiquement incorrect"  et, par là, l'incapacité organique à  se mettre à l'écoute des peuples.

   L' idéologie européenne , libérale et  libertaire, apparait si formidable à  ses  propagateurs qu'elle justifie les entorses à la démocratie que constituent  le refus de prendre en compte les  référendums où le peuples ont exprimé clairement leurs réserves à l'égard du processus en cours  (en France, aux Pays-Bas)  et une large confiscation par la commission  de Bruxelles du pouvoir normatif des Etats . Cette Europe   foncièrement méfiante des peuples qui , selon elle, risquent de ne pas comprendre  son dessein prométhéen,  se trouve ainsi , dans son rapport à la démocratie, aux antipodes des attentes ,  non des idéologues comme Jean Monnet  qui l'ont voulue   ainsi, du moins  des hommes politiques   catholiques qui l'ont inspirée, comme Adenauer, De Gasperi , Schumann et aussi De Gaulle[6].

Le pape François ne pourra sans doute pas, diplomatie oblige,  dire tout cela à Strasbourg. Mais  l'Europe , la vraie,  celle des peuples , pourra-t-elle se sauver et éviter la guerre si des prophètes particulièrement inspirés ne lui disent pas haut et fort qu' elle fait fausse route ?  

 

                                                           Roland HUREAUX



[1]      Der Spiegel, 23 mai

[2]      Discours de clôture de l'Assemblée générale de l'épiscopat français,  Lourdes, 10 novembre 2013.

[3]      Entretien - Bild,  16 mai 2014

[4] On peut faire la même remarque au sujet des tensions entre la Turquie et la Grèce : quoique celle-ci soit dans l'Union européenne et pas celle-là, Bruxelles penche clairement  du côté d'Ankara.

[5] Discours à la 50ème assemblée générale de l'ONU, New York, 5 octobre 1995.

 

[6] L'Union européenne est d'abord issue du traité de Rome (1957). Ce traité serait resté lettre morte si le général de Gaulle n'avait  accepté et même forcé  ses partenaires de  l'appliquer.  L'archiduc Otto de Habsbourg le tenait pour le  premier des Pères de l'Europe.

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9 octobre 2014 4 09 /10 /octobre /2014 17:35

 

Malgré  la récession et  son incapacité à résorber son déficit  budgétaire, la France conserve, en termes de puissance, deux avantages sur l'Allemagne.

D'abord une armée qui fonctionne encore. Certes, les  coupes budgétaires sont  drastiques, l'obsolescence du matériel  s'aggrave,  les programmes s'allongent mais, on le sait,  la situation est encore pire en Allemagne. S'aventurant sur tous les fronts , la France démontre sans doute des insuffisances criantes    mais    son appareil militaire demeure, bon an mal an,  en état de marche. Hors la   Grande-Bretagne et encore,   peu de pays en Europe peuvent  en dire autant. 

Ensuite, dans une démographie européenne en chute libre,  la fécondité française se maintient  juste au-dessous du seuil de renouvellement : 2,01 pour un seuil de 2,10 . Ce ne serait que 1,7 sans l'apport des immigrés mais les autres pays sont , à et égard, logés  à la même enseigne. Comparons avec  l'Allemagne : une fécondité de 1,43, soit un déficit d'un tiers à chaque génération.

On ne peut ainsi que se féliciter de voir que, malgré ses performances économiques plus faibles que son voisin d'outre-Rhin,   la France a depuis 2006 doublé l'Allemagne  quant au nombre de naissances annuel :  811 000 pour nous  ,  685 000 pour elle . Cela  n'était jamais arrivé depuis 1870.

Or ces atouts , le gouvernement socialiste, pressé par l'Union européenne ( et précisément par l'Allemagne ! )  et incapable de faire preuve d'imagination pour couper les dépenses publiques, s'en prend par facilité  à eux.  

Les dépenses militaires d'abord   passées de 65 milliards en 2010 à 61 milliard en 2013  et qui continuent à  stagner en dépit de  nombreuses  opérations  extérieures.

Mais ,  plus grave encore,  le même  gouvernement s'en prend aussi à la politique familiale. La politique familiale, déjà ponctionnée de 16 milliards depuis 1995, a encore été privée de 1,1 milliard par Ayrault ( qui s'ajoutent à 1,5 milliard, effet de la baisse du plafond du quotient familial) et encore de 1,1 milliard par Valls.

Sans aller , comme le suggèrent certains députés, jusqu'à  moduler les allocations en fonction du revenu ( en fait elles le sont déjà à hauteur de la moitié  de leur montant) , il diminue la prestation pour mode de garde  (qui, selon lui,  profite surtout à ceux qui peuvent s'offrir une garde à domicile)    et  la prime à la naissance du troisième enfant . Surtout il porte atteinte au congé parental d'éducation déjà réduit par Ayrault de 6 mois (de 36 à 30 mois) et qu'il est question  de ramener  , parité oblige,  à 18 mois pour la mère et 18 mois pour le père - non simultanément bien entendu. Comme ce congé était pris à 97  %  par  les mères , il y a là la perspective d'une réduction de fait qui sera dure aux familles modestes, principales bénéficiaires de ce dispositif . Mais, dans cette affaire,  en sus des considérations financières,  perce aussi  une implacable idéologie qui  ne veut pas que les femmes se détournent trop longtemps du travail professionnel pour s'occuper de leurs enfants ! Le néo-féminisme leur veut tellement de bien qu'il a peur quelles se reposent  trop.

Quoi qu' on prétende, l'existence depuis 1945 d'une politique familiale relativement généreuse ( même si elle l'est aujourd'hui de moins en moins) a permis à notre pays de conserver une vitalité démographique qui fait aujourd'hui sa force.

L'allocation parentale d'éducation avait eu un impact particulièrement significatif sur le taux de natalité français, permettant sa remontée au cours des années 90. C'est dire que sa réduction - et peut-être plus tard, sa  suppression - , pourrait être catastrophique  pour un pays qui, même s'il est moins mal loti que les autres en Europe, se maintient tout juste au-dessous de la ligne de flottaison du renouvellement des générations.

Défense et démographie: dès que l'on n'est plus le nez dans le guidon   de la cuisine budgétaire, il y a là deux éléments  de puissance fondamentaux  et même deux signes forts que nous existons encore  sur la scène mondiale. La   politique à courte vue du gouvernement  Hollande-Valls les affaiblit dangereusement,  risquant ainsi  de nous faire perdre un des  rares "avantages comparatifs" que nous avions encore.

Ce faisant, nous donnons aussi  le mauvais exemple au reste de l' Europe. Car les deux déficits, celui de dépenses militaires ( dans un monde où elles augmentent de tous côtés sauf en Europe occidentale) et celui des naissances  ( la population européenne, est vouée , si la tendance n'est pas inversée à la disparition !) sont un problème encore plus grave pour le contient européen pris dans son ensemble que pour nous. En maintenant contre vents et    marées  le "minimum vital" ,  la France montrait l'exemple d'une volonté de vivre qui  fait aujourd'hui  défaut à la plupart de nos partenaires.  Son devoir est de continuer sur cette voie.

 

                                               Roland HUREAUX

 

 

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9 octobre 2014 4 09 /10 /octobre /2014 17:33

Paru dans Figaro Vox 8/10/2014

 

Comme on pouvait le craindre, le gouvernement socialiste, incapable de réduire les dépenses publiques  et contraint par Bruxelles de limiter les déficits,  envisage, pour parer au plus pressé,  d'adopter les solutions de facilité .

A court de ressources , il  s'en prend  une nouvelle fois  à la politique familiale, proposant, dans le projet de budget social,  de réduire encore  le congé parental et  la prime à la naissance du troisième enfant  et de porter atteinte au complément du mode de garde,  ce que Mme Touraine appelle «poursuivre la modernisation de la politique familiale».  On reparle également  au parti socialiste de moduler les allocations familiales selon le revenu.

Cette proposition, vieux serpent de mer,   revient   sur le tapis  chaque fois qu'un gouvernement , à court d'argent,  cherche une issue facile à ses difficultés.  Cela avait été le cas avec la réforme Juppé ( 1995) et la réforme Jospin (1997). La réaction forte du mouvement familial avait alors gelé  ces projets  pendant quelques années, sans empêcher toutefois un grignotage au fil des ans de l'ensemble de avantages familiaux, que l'on peut estimer  à 17 milliards  sur 20 ans.

S'est poursuivi en  outre un  transfert de charges de la branche vieillesse vers la branche famille ( 9 milliards d'euros au moins) qui permet d'alléguer un déficit de celle-ci parfaitement artificiel.  

Les  arguments qui avaient été mis en avant pour défendre l'universalité des allocations familiales semblent  avoir été  perdus de vue. Il convient de les rappeler.  

Beaucoup ont dit fort justement que la politique familiale doit demeurer   distincte de la politique sociale de redistribution "verticale" qui se fait par l'impôt ou autrement. La politique familiale vise une redistribution "horizontale", sans considération du revenu,  des familles sans enfants vers celles qui en élèvent. Loin d'être une politique "nataliste", cette redistribution n'est que le légitime pendant du système de retraites où la solidarité joue en sens inverse ,  les personnes âgées n'ayant pas eu d'enfants - ou peu - ( et ayant eu par là la vie plus facile)   bénéficiant  des cotisations des enfants des autres. Compensation partielle: si la solidarité est de presque 100 %pour le troisième âge, elle n'atteint  pas les 50 % pour le premier âge, malgré les allocations.

On  sait moins que ce principe d'une allocation universelle ( ne tenant pas compte du revenu) avait été  si bien compris à la Libération que l'Assemblée constituante, largement dominée  par la gauche  (PC et SFIO), l'avait  adopté à l'unanimité et sans débat  - de pair avec un quotient familial non plafonné.  Mais il semble que cela soit sorti de la mémoire  du Parti socialiste , qui n'est plus celui  de l'après-guerre et  ne  cache pas au contraire depuis 30 ans son hostilité sournoise  à la famille.

Au demeurant le principe d 'universalité   a été  bien entamé au fil des ans puisque il ne s'applique qu'à 50 % des prestations. Raison de plus pour ne pas toucher à ce qui reste.

Car, cette universalité  est essentielle pour assurer  la dignité de la politique familiale laquelle  doit rester attachée à la qualité de citoyen ( ou de résident). Il n'en serait pas ainsi si, en concentrant les allocations sur les familles nombreuses (les autres ne recevant  que peu) affichant les plus faibles revenus, on donnait le sentiment  fâcheux qu'elles sont réservées  en grand partie  aux populations immigrées.  Un sentiment qu'a  déjà  une partie des Français  et    qu'il serait fort inopportun d'aggraver , d'autant qu'il ne profite guère  au vote PS !

D'ailleurs les bénéficiaires restants auraient vite honte de recevoir  une aide  qui ne serait pas un droit, mais un "secours".

La modulation ou la mise sous condition de ressources a un tel effet destructeur sur la politique  familiale qu'elles ont servi de préalable à leur démantèlement dans tous les pays latins ( Espagne, Portugal, Italie) où le déficit de naissances est devenu criant.

Ajoutons qu'une modulation  des prestations de base selon les revenus, exige  une lourde procédure bureaucratique de contrôle de ceux-ci .

Ne négligeons pas non plus dans la tentation socialiste de plafonner  ou moduler les allocations, celle de prendre une revanche sur la Manif pour tous. Les familles nombreuses sont  rares en France, en dehors de l'immigration. Nul n'ignore le  rôle qu'ont joué celles de la classe moyenne  dans le  au grand mouvement  de protestation contre la "mariage pour tous" qui vient encore de montrer le 5 octobre qu'il conserve sa vitalité.

Déjà le budget 2014 avait ponctionné ces familles de 1 milliard d'euros par une nouvelle  réduction du plafond du quotient familial. 

Nul doute enfin que l'existence d'une politique familiale généreuse ( quoique elle le soit beaucoup moins qu'autrefois) a contribué à maintenir  la France en tête de la fécondité en Europe  (2,01 pour une moyenne européenne de 1,5) . Le congé parental d'éducation que l'on a commencé  à réduire, sous prétexte de parité homme/femme,  avait joué un rôle   particulier   dans le redémarrage des naissances.

Confrontée à une Allemagne qui   maintient sa croissance et a rétabli son équilibre budgétaire, notre pays pouvait se réjouir  d'avoir, depuis 2006 plus d'enfants qui naissent chaque année ( pour la première fois  depuis 1870) que son partenaire d'Outre-Rhin. Faute d'autres, il se doit de garder cet atout.

Loin d'être un cas dont il faudrait raboter la singularité,   , la France montre le chemin de la survie  à une Europe qui meurt lentement.  Tailler encore une fois dans la politique familiale   pour des raisons budgétaires témoignerait d'une singulier  manque de vision.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

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9 octobre 2014 4 09 /10 /octobre /2014 17:30

 

Il paraît  que la question la plus difficile du Synode qui se réunit à Rome ces jours-ci sur la famille est celle de l'accès à la communion des divorcés remariés.

Le divorce - et plus largement, la fragilisation du lien familial dans les sociétés où  il était le plus solide, soit  l'Europe chrétienne - ,  est   sans doute un problème très sérieux  d'autant qu'il a , quoi qu'on dise, des conséquences souvent dramatiques sur les enfants nés de l'union dissoute : problème théologique et moral mais aussi juridique, sociologique, psychologique, anthropologique,  historique  sur lequel il  s'en faut de beaucoup que tous les éclairages aient été à ce jour réunis.

Sur ce sujet, l'accès à l'eucharistie de la petite minorité  qui le souhaite peut apparaître  comme une question secondaire. Secondaire parce que les catholiques pratiquants ne sont qu'une minorité de ces divorcés, comme de beaucoup de choses d'ailleurs. Secondaire  parce que les catholiques pratiquants mariés à l'Eglise restent un milieu où il y a , Dieu merci, moins de divorces qu'ailleurs, et surtout parce que beaucoup de gens qui se trouvent dans cette situation acceptent  la discipline actuelle de Eglise.

Mais dans cette question, le point fondamental  est-il bien le divorce. Ne serait-il pas plutôt l'eucharistie elle-même ?  Et les évêques ne  seraient-ils pas  bien inspirés de remettre l' examen   du sort des divorcés remariés  à un synode qui porterait d'abord  sur ce    sujet ?  

Sur ce  sujet fondamental de la foi chrétienne qu'est le mystère de l'eucharistie, en effet, les controverses sont aujourd'hui nombreuses et la question de l'accès des divorcés au sacrement en est largement tributaire.  D'abord la question du rituel.  Celui auquel sont attachés les gens de tradition comporte deux différences essentielles avec le rituel commun: non point  d'abord, pensons-nous,    les formulations,  qui ne sont pas si différentes qu'on le prétend, ni même l'usage du latin en lui-même,  mais le fait de célébrer le dos au peuple et celui de le faire , au moins pour la partie centrale de la célébration, en silence.  

La  liturgie préconciliaire (dite aujourd'hui extraordinaire), mettait en avant la transcendance de Dieu, au dépens du lien communautaire ( si tant est qu'il soit moins explicite quand  tout le  monde regarde  dans le même sens ) et de la parole ( puisque la liturgie  use d'une langue qui n'est plus comprise et surtout que les paroles les  plus   essentielles ne sont prononcées qu'à voix basse).  La liturgie contemporaine    fait de la messe davantage une liturgie de la communauté et de la parole. Nous réservons la question, souvent posée par les conservateurs, de sa dimension sacrificielle, dont on peut se demander si elle a été autant  affaiblie qu'ils le disent par le nouveau rituel : l'immense majorité des sacrifices de l'Ancienne Loi n'étaient-ils pas des sacrifices de communion ?  

Liée à cette évolution est, il faut bien le dire,  la relative banalisation de l'eucharistie: les prêtres  ne rappelant presque jamais les conditions que l'Eglise  avait mises  à son accès, et le sentiment désormais  commun que la communion est  le prolongement naturel de l'assistance à la messe, donne un relief particulier à la question des  divorcés remariés qui peuvent avoir le sentiment aujourd'hui d'être seuls exclus du  rite.

Par derrière,  une question de fond qui touche au  rôle du sacrement . La théorie traditionnelle est que l'Eglise  offre  à ceux qui sont  sans péché grave (ou se sont amendés) et observent ses rites,  et à eux seulement , quelque chose de plus qu'un  geste ou une  consommation : l'entrée dans un espace sacré , distinct  du "monde" qui est  une véritable anticipation du Royaume des cieux dès ici-bas. Qu'il faille dès lors, pour pénétrer  dans cet espace, porter la "robe nuptiale" est admissible. Mais ce n'est   pas ainsi que le voit l'immense   majorité des communiants d'aujourd'hui , y compris ceux qui ne sont pas divorcés.  Bien qu' informulée, leur théorie, qui a aussi des antécédents dans la doctrine de l'Eglise,  serait plutôt que tous les hommes étant également  pécheurs ,  le geste de pardon que représente le don du pain et du vin consacrés est également  offert à tous. On ne voit pas dans ce   cas, pourquoi certains seraient exclus de la table sainte.

Mais quel synode tranchera cette  question ou du moins rendra la position de l'Eglise actuelle parfaitement explicite ?   

Autre question, non moins essentielle  : la désaffection actuelle pour la pratique hebdomadaire,  notamment  chez les plus jeunes (allant parfois de pair avec un renforcement de la pratique quotidienne chez  une minorité,  qui peut aussi passer, au vu d'une certaine tradition,  pour une banalisation) . Une désaffection qui n'est pas sans lien avec la crise de la famille et en tous les cas du sacrement du mariage: si le sacré se retire de la vie tout court, il est tout aussi  difficile à admettre, même dans une réalité aussi essentielle   que    l'union de l'homme et de la femme.   Cette désaffection est-elle liée ou non au changement de rituel ? Qui le dira ? Les traditionnalistes affirment  que oui, sans que le  niveau  d'assiduité aux cérémonies qui ont leur faveur le confirme absolument.  

Il nous semble en tous cas que , face à tant de questions encore ouvertes, sinon sur  le plan  dogmatique du moins sur le plan "pastoral", le Synode serait bien imprudent de s'avancer trop sur la seule question des divorcés remariés prise isolément. Il nous semble urgent  en revanche  de clarifier ou à tout le moins d'expliciter en préalable   la question de l'eucharistie  , qui ,   chacun en convient, demeure le rite central  de l'Eglise  catholique.

 

                                               Roland HUREAUX

 

Il serait intéressant par exemple de savoir quelle connaissance ont la majorité des Pères du Synode de travaux comme ceux de Christopher Lasch ou  d'Emmanuel Todd. 

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