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Roland HUREAUX

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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 22:43

LIBERATION ORDONNE LA CHASSE AUX PRO-RUSSES

Paru dans Marianne

Il y a quelques jours, le journal Libération annonçait à la une une grande "enquête sur les réseaux Poutine en France".

Disons tout de suite qu'il vaut mieux ne pas être de ces réseaux si on ne veut pas côtoyer Marine Le Pen , Aymeric Chauprade ou Alain Soral.

Il vaut mieux ne pas en être non plus si on veut sauver sa peau ! L'un de ceux qui figurent sur la black list de Libé , Christophe de Margerie vient de mourir d'un accident d'avion . Comme Enrico Mattei en 1962, qui s'en était pris aux "7 sœurs", les grandes sociétés pétrolières américaines . Le pétrole est un métier dangereux , surtout si l'on s'avise de dire , comme le PDG de Total : "Nous ne devons pas nous laisser convaincre que la Russie est un ennemi" ou encore "Si les Américains veulent attiser le conflit pour de raisons historiques, c'est leur décision. Nous , Européens , devons résoudre cette crise (celle de l'Ukraine) autrement, sans prendre les choses en noir et blanc". Circonstance aggravante, l'intéressé a déclaré lors des dernières rencontres économiques d'Aix-en-Provence (juillet 2014) que le commerce du pétrole ne devait pas se faire seulement en dollars !

Nous ne risquons pas grand chose à dire que le ci-devant journal maoïste ne fera pas d'enquête approfondie sur les raisons du décès de Christophe de Margerie.

Dans le collimateur de Libération, des universitaires comme Jacques Sapir ou Hélène Carrère d'Encausse, des hommes politiques comme Jean-Pierre Chevènement ou Thierry Mariani, l'acteur Gérard Depardieu et aussi Serge Dassault dont le journal n'est pourtant pas furieusement pro-russe: l'avionneur a seulement eu le tort d'avoir accepté une invitation du président de la Douma de passage à Paris ! Puisque on parle de réseaux, avec ceux de l'anti-Poutinisme en embuscade à la sortie des dîners, il vaut mieux faire attention où on met les pieds !

Les personnalités épinglées ont en commun, pour la plupart, de penser que l'intérêt de la France n'est pas nécessairement de faire la guerre, fut-ce économique, à la Russie.

Et pourquoi pas un choix de raison ?

A aucun moment n'est envisagée la possibilité que les intéressés aient pu faire là un choix de raison qui , certes, ne serait pas le même que celui de la direction de Libération, mais n'en serait pas moins respectable. Non : déjà parler de réseaux est les situer dans le sulfureux. La plupart des personnalités citées sont supposées n'avoir pris des positions prorusses que pour des intérêts mercantiles des plus vils . Et les autres , notamment Depardieu, sont taxés de naïfs. On ne dit pas encore "idiots utiles", mais ça viendra.

Il est n'est d'ailleurs jamais question que de Poutine, guère de la Russie. Comme si s'allier avec un régime qu'on n'approuve pas n'était pas de la diplomatie, et de la plus classique : celle de Delcassé, inaugurant le Pont Alexandre III avec le tsar de Russie, dont le régime se trouvait pourtant aux antipodes de la IIIe République . De même De Gaulle se rapprochant du Kremlin au temps du communisme. Mais ne s'était-il pas déjà trouvé alors des imbéciles, de la mouvance américaine, pour soupçonner alors le général d'être devenu communiste !

Parler de Poutine et de lui seulement tend à flétrir les dissidents de la pensée unique internationale, puisque on rappelle complaisamment qu'il a "beaucoup de sang sur les mains" . Tant que cela, en dehors de la Tchétchénie? Plus que Staline, plus que Bush ? Plus que les dirigeants actuels de la Chine ? Plus que Kagame que Libé a toujours défendu ?

Si ce genre de journal avait existé en 1914, il aurait mis, n'en doutons pas, Jaurès dans les "réseaux du Kaiser". Certains le disaient d'ailleurs à l'époque : nous savons où cela a mené. Et encore y avait-il alors bien plus de raisons de stigmatiser le camp du compromis puisque les Allemands nous avaient pris l'Alsace et la Lorraine et campaient à la frontière du Rhin, prêts à l'invasion. Rien de semblable avec la Russie de Poutine, ni près. Rien qui justifie donc ce processus insidieux de diabolisation.

Pour déconsidérer le parti pro-russe, un des articles rappelle que la France n'a pas toujours été du côté des Russes , en rappelant les guerres de Napoléon(1811-1814) et celle de Crimée (1853-1856). On publie de préciser que dans les deux cas c'est nous qui nous avions été les agresseurs, à 3000 km de distance ! Les alliances décisives pour notre survie de 1914-1917 et 1941-1945 ne pèsent-elles pas bien plus ?

Le seul tort des Russes est sans doute d'avoir , au temps du communisme, été les premiers à développer des réseaux d' influence destinés à façonner l'opinion, le fameux soft power. Orwell avait montré comment la majorité de l'intelligentsia anglaise après la guerre était prosoviétique. Mais depuis la chute du communisme, il est clair que les Russes ont perdu la main : nous n'en voulons pour preuve que le petit nombre d'"agents" cités dans le dossier. Les Etats-Unis, qui avaient du retard en la matière, durent se mettre à leur école pour leur faire pièce. Ils le firent si bien, qu'ils se trouvèrent, après la chute du communisme , à la tête d'un immense machine d'influence qui est aujourd'hui bien plus à redouter que celle de Poutine. Mais cela non plus, Libé ne le dira pas.

Roland HUREAUX

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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 22:42

LA MODULATION DES PRESTATIONS FAMILIALES : UN REGLEMENT DE COMPTES POLITIQUE ET SOCIAL

Publié par Le Figaro

Imaginons un jeune couple de la classe moyenne, où l'épouse travaille comme c'est devenu l'usage général ( ce qui gonfle, toutes choses égales par ailleurs, son revenu déclaré ), élevant trois ou quatre enfants. Le moins qu'on puisse dire est que ce genre de famille, plus sans doute que toute autre catégorie de Français, en aura pris "plein la gueule" depuis l'élection de François Hollande : Ayrault avait réduit et mis sous conditions de ressources le congé parental rémunéré et durci celles de la prestation d'accueil du jeune enfant (225 millions en moins pour 180 000 familles) . Surtout il avait encore baissé le plafond du quotient familial, ce qui a rapporté plus d'un milliard à l'Etat.

Et maintenant , en accord avec Valls, en sus d'autres mesures comme la réduction de l'aide au libre choix du mode de garde ou un nouveau raccourcissement du congé parental, les députés socialistes, ressortent du placard une vieille idée qui contredit de plein fouet la philosophie de la politique familiale française: la modulation des prestations en fonction du revenu - ou plutôt son aggravation car elle existait déjà pour certaines d'entre elles.

Prestations réduites, fiscalité alourdie: il ne fait pas bon avoir des enfants sous Hollande, surtout si on appartient à la classe moyenne !

On dira sans doute que ces mesures ne font que prolonger une tendance à long terme tendant à éroder la politique familiale ( moins 17 milliards en vingt ans).

On dira aussi que , confronté à une situation financière catastrophique, le gouvernement socialiste s'attaque une nouvelle fois à la catégorie sociale la moins susceptible de se défendre : la famille. Une tentation ancienne: ce fut cependant le mérite de Jacques Chirac, sous son deuxième mandat (gouvernements Raffarin et Villepin) de ne pas y succomber .

Bruxelles qui presse pour le retour à l'équilibre de nos finances publiques ne fait pas non plus de sentiment : la commission, émanation d'une Europe en plein effondrement démographique et totalement indifférente à cette donnée, n'est sans doute pas émue que la France qui seule faut exception aligne par le bas sa politique familiale .

Les considérations budgétaires ne sont pas tout

Mais les considérations budgétaires n'expliquent pas tout . Comment ne pas voir en effet dans les décisions récentes relatives à la politique familiale prises par un gouvernement socialiste aux abois, quelque chose comme un règlement de comptes politique et social ?

Qui est en effet la cible principale de ces mesures ? Elle est claire: les jeunes ménages des classes moyennes ayant fait le choix d'une famille nombreuse ( plus de deux enfants ).

Les familles à un et deux enfants, de loin les plus répandues dans toutes les classes de la société, reçoivent peu d'aide.

A dessein le gouvernement épargne les familles nombreuses déclarant peu de revenus , qui sont aujourd'hui principalement des familles issues de l'immigration.

Si la fécondité française n'est pas tombée aussi bas chez nous que dans le reste de l'Europe, et si notre pays , presque seul, montre l'exemple du vouloir-vivre à tout le continent, c'est qu'il est encore bien porté dans une partie de la classe moyenne française d'avoir une famille nombreuse. Sait-on que dans la plupart des pays avancés, ceux qui ont plus de deux enfants sont peu ou prou assimilés au quart monde ? Pas en France car ce n'est pas seulement par leur impact démographique propre que ces familles influencent la société mais par le modèle qu'elles diffusent.

Ajoutons qu'elles sont le vivier où se recrutent un nombre important de cadres du secteur public et privé, civils ou militaires. Elles sont particulièrement représentées dans notre armée laquelle se tient son rang, elle aussi, mieux que d'autres.

Contrairement à ce que tend à faire accroire la propagande gouvernementale, il ne s'agit nullement de privilégiés. Qui veut profiter de la vie, en suivant le paradigme hédoniste à quoi se résume aujourd'hui la philosophie socialiste, ne s'embarrasse pas d'enfants ! Les familles nombreuses morcellent rapidement les patrimoines. Tant les grandes fortunes que les haut revenus sont entre les mains de personnes bien plus âgées que la moyenne des pères et mères de famille ayant encore des enfants à charge.

Il est d'autant plus injuste que la fiscalité directe qui s'est globalement allégée depuis 25 ans sur les plus aisés ( malgré les mesures du gouvernement Hollande allant en sens contraire ), se soit au contraire considérablement alourdie sur ceux d'entre eux qui ont des enfants .

En bref, au moment où la survie de nos régimes de retraite est plus qu'incertaine, on fait supporter la charge de la rigueur à cette partie de la population qui se sacrifie pour élever les cotisants de demain !

Mais le rôle positif que jouent les familles visées en France et même en Europe, ne saurait les épargner aux yeux des socialistes. Faute capitale en effet, elles sont aussi le vivier privilégié où se recrute la Manif pour tous, en particulier dans sa composante jeune . Et que beaucoup de ces familles nombreuses soient catholiques n'est pas fait pour leur mériter l'indulgence d' un gouvernement dans lequel le ministère de l'intérieur trouve "nauséeuse" l'évocation des racines chrétiennes de la France ! Après avoir attaqué la famille par la loi, le gouvernement socialiste, se vengeant de ceux qui ont résisté, l'attaque au porte-monnaie !

Par derrière, non point un froid calcul politique ( ces mesures seront sans doute électoralement contre-productives) mais une rancune, une hargne dont on a par ailleurs bien des témoignages : au milieu d'un laxisme généralisé, des poursuites judiciaires impitoyables continuent de s'exercer à l' encontre des jeunes de la Manif pour tous pris dans les rafles il y a plus d'un an, Frigide Barjot est expulsée de son logement .

Cette hargne, cette dureté s'expliquent par le fait que le nouveau Parti socialiste , aux antipodes de la SFIO des origines qui avait voté la grande politique familiale de la Libération, est un parti entièrement idéologique et que l'idéologie conduit toujours à la haine inexpiable de l'adversaire. Elles tiennent aussi au fait que, à travers les oppositions que le pouvoir rencontre , la gauche n'apparait plus , ainsi qu' elle l'a longtemps prétendu, comme la jeunesse du monde. La jeunesse, désormais, est ailleurs. Comment en serait-il autrement puisque ce sont ces familles que les socialistes détestent tant, qui ont seules, le souci de l'avenir ? La perte profonde de légitimité du néo-socialisme soixante-huitard dont il est peut-être l'ultime expression, voilà ce que ce gouvernement ne pardonne pas !

Roland HUREAUX

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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 22:27

IL FAUT NON POINT UN MAIS DEUX ETATS PALESTINIENS

La création d'un Etat palestinien se trouve à nouveau à l'ordre du jour. C'est, on le sait, la retombée politique de la guerre qui a opposé au cours de l'été , l'Etat d'Israël et les Palestiniens de Gaza. Seules, jusqu'ici, les crises ont permis d' avancer dans la solution des problèmes du Proche-Orient.

Il est aujourd'hui très peu de gens qui ne reconnaissent que la paix sur l'ancien territoire du mandat britannique de Palestine passe par la création d'un Etat palestinien , pendant , même en plus petit, de l'actuel Etat israélien, cet Etat devant trouver son assise territoriale en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

L'Etat palestinien unique : une solution dépassée

Pourtant , il faut bien le dire, cette solution apparait aujourd'hui de plus en plus dépassée . Non seulement parce que les forces politique dominantes en Israël, Benjamin Netanyahou en tête n'en veulent manifestement pas - pas plus que la partie des Palestiniens qui revendique un seul Etat multiconfessionnel - , mais aussi parce que, sur le terrain, elle semble de plus en plus irréelle.

Laissons de côté le problème considérable posé par l'accroissement du nombre de colonies en Cisjordanie. Heureusement la décision audacieuse d'Ariel Sharon d' évacuer en 2005 celles de Gaza y simplifie la question.

Mais il n'existe aucun cas à l'époque moderne d'un Etat coupé en deux qui se soit avéré durable. L'exemple du Pakistan est le plus manifeste : destiné lors de sa création en 1947 à regrouper tous les Indiens musulmans , ses parties est et ouest (devenue Bengladesh ) durent se séparer dès 1971. En remontant dans le temps, on se souvient de l'Allemagne où l'instauration en 1919 d' une Prusse orientale sans continuité territoriale fut, au travers de la question de Dantzig, la pomme de discorde qui déclencha la 2e guerre mondiale. Après la guerre Berlin posa un problème analogue. La solution d'un Etat unique tient d'autant moins que les Israéliens n'ont sans doute pas l'intention de couper leur propre territoire par une autoroute reliant les deux parties de la Palestine.

Il faut donc deux Etats palestiniens: une sorte de cité-état à la manière de Singapour à Gaza et un Etat cisjordanien dont l'imbrication avec Israël et la présence à Jérusalem restent à négocier.

L'autre raison de créer deux Etats palestiniens est qu'on n'imagine pas le Fatah et le Hamas travaillant ensemble : que chacun s'organise de son côté comme c'est déjà le cas en pratique , est logique. Leur rapprochement récent , pourtant tactique, aurait, selon certaines sources, déterminé Israël à bombarder Gaza. Raison de plus pour que ce dernier envisage l'idée de deux Etats palestiniens.

Israël aurait tout à gagner à une telle solution : la perspective d'un face à face avec un Etat palestinien unique sur le même territoire est difficile à admettre pour une partie de ses ressortissants. Avec deux Etats, cette perspective s'en trouverait en partie diluée.

On objectera qu'aucun de ces Etats ne serait "viable" . Mais des 193 membres des Nations unies, combien sont "viables" ?

Une telle solution impose non seulement de régler la question des colonies juives de Cisjordanie mais aussi celle du décloisonnement et du développement de Gaza, inséparables d'un rétablissement de la sécurité d'Israël côté Sud. Deux questions immenses mais qui seront sans doute mieux résolues , si elles doivent l'être, séparément qu' ensemble.

Vers une confédération ?

Une telle solution permettrait même d'envisager à terme une sorte de confédération à quatre comprenant Israël et la Jordanie laquelle revendique toujours sa qualité d'Etat palestinien. Israël aurait naturellement une influence privilégiée dans une telle confédération mais les partisans d'un Etat unique pourront aussi bien la considérer comme un pas dans leur sens.

L'idée de donner à Gaza le statut d'Etat effrayera, dans le contexte actuel, bien des Israéliens: mais préfèrent-ils que les activistes du Hamas passent leur temps à ruminer des projets d'action armée ou qu'ils se répandent à travers le monde dans les ambassades du nouvel Etat, que la communauté internationale sera , n'en doutons pas, prête à financer ?

Le perfectionnement prévisible du mur électronique autour de Gaza devrait un jour permettre de relâcher le blocus , ouvrant ainsi la porte au nécessaire développement de l'économie de ce territoire, à la fois impératif humanitaire et moyen de ralentir sa progression démographique. Un tel développement, irrigué par l'argent du golfe ou de l'Union européenne, serait à même de rendre un jour les habitants de ce territoire à leur vocation commerciale séculaire.

Nous mesurons tous les problèmes de principe que pose aux Palestiniens un tel scénario. Mais au moins faudrait-il qu'il commence par paraître acceptable à Israël. Comme il est probable qu'on ne résoudra pas les questions de principe ( droit au retour , caractère confessionnel de l'Etat d'Israël, statut de Jérusalem) , peut-être vaudrait-il mieux parler dans une première phase de ne fonder sur ces bases qu'un arrangement provisoire.

Utopie ? Sans doute, mais moins que l'idée d'un Etat palestinien unique. Si une ouverture doit émerger de la crise actuelle, c'est dans cette direction qu'il faut à présent la chercher.

Roland HUREAUX

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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 22:24

RELAXE DES FEMENS : POUR QUE L'ON CRIE "VIVE POUTINE" ?

Un jugement qui fera plaisir à Mademoiselle Fourest: celui du tribunal correctionnel de Paris qui vient de relaxer les neuf soi-disant Femens poursuivies pour dégradation de cloches commises à Notre-Dame le 12 févier 2013 .

Pas de mention des autres chefs d'accusation que l'on aurait pu envisager . Certes , si les exhibitions à l'occasion desquelles furent commises ces dégradations , avaient une intention à l'évidence blasphématoire, il n'existe pas de loi contre le blasphème en France . Mais on pouvait au moins tenir l'action des Femens pour de l'incitation à la haine d'une certaine catégorie de population, les catholiques, pour une injure à leur égard et à celui de leur chef, pour de l'exhibitionnisme, ou au moins pour une atteinte l'ordre public. On ne l'a pas fait, ne retenant sans doute à dessein que le grief le plus faible. Il n'est pas non plus question de suites judicaires à l'abjecte simulation d'un avortement de Jésus par la Sainte Vierge à la Madeleine, le 29 décembre de la même année et que même Bertrand Delanoë, maire de Paris, avait sévèrement condamnée.

Le jugement de relaxe choque d'autant plus que les trois vigiles qui avaient essayé de repousser les femens, ont été, eux, condamnés à des amendes de 1500 €, 500 € et 300 € avec sursis. Le monde à l'envers !

Ce jugement inégal serait justifié par le fait que , compte tenu du principe de l'individualisation des peines, on ne pouvait pas savoir laquelle des neuf avait abîmé les cloches tandis que les vigiles avaient été , eux, clairement identifiés. Moralité : il suffit de se mettre à vingt pour attaquer un homme seul . S'il se défend, on saura que c'est lui qui donne des coups et les agresseurs , pris dans la mêlée, seront , eux, exonérés.

Que doivent penser ces braves vigiles de la justice de leur pays, surtout su l'on considère ce que relate la presse, au même moment[1]

- “Suspect libéré : la mère de la victime manifeste” (un adolescent poignardé à mort sans raison et l’inculpé élargi car “la justice a laissé passer une date”). A cette occasion, le PS toulousain dénonce “la délectation morbide avec laquelle l’opposition s’empare d’un fait divers”.

- “Jugé pour coups mortels, il repart avec une amende” (tueur déjà condamné pour violences à dix reprises),

- “Viol collectif : relaxe générale à Angoulême” (cinq crapules, pour “relations sexuelles non consenties avec une jeune handicapée”).

A la rigueur aurait-on pu retirer à Mme Inna Shevchenko qui dirige la fine équipe le statut de réfugiée politique. Réfugiée politique; pourquoi ? Parce qu'avec ses complices, elle avait abattu en 2O12, dans son pays d'origine l'Ukraine, la grande croix qui commémore les millions de victimes du communisme. Bel acte humaniste !

Il est clair que dans la République de M.Hollande, la haine antichrétienne a valeur absolutoire. Heureusement que pour faire mine de sauver la face , le parquet a fait appel de la relaxe. Mais quelles suites en attendre ?

Sans revenir sur les événements liés à la Manif pour tous, comme les rafles massives de manifestants non-violents, ou l'expulsion manu militari de Frigide Barjot de son logement prévue à la fin de ce mois, sans que le juge de l'exécution ait daigné attendre le résultat de l'appel qu'elle a interjeté , on notera aussi, à notre honte, que, de tous les grands pays occidentaux , la France est le pays le plus pingre dans l'accueil de réfugiés chrétiens d'Irak - avec l'approbation de Me Collard, député du Front national ! Même Delcassé, ministre des affaires étrangères du petit père Combes savait que notre pays avait depuis François Ier la mission particulière, reconnue par traité passé avec le sultan de Turquie, de protéger les chrétiens d'Orient et que ces considérations internationales passaient bien avant nos querelles domestiques relatives à la laïcité. Incultes, les socialistes christianophobes du temps de François Hollande n' ont plus cela en mémoire.

On peut sans doute trouver exagérément sévère la condamnation à Moscou à deux ans de camp de travail des Pussy riots, équivalent russe des Femens, pour dégradations et incitation à la haine religieuse , qui avaient fait scandale dans la prestigieuse Cathédrale du Saint-Sauveur de Moscou , construite pour fêter la victoire sur Napoléon , détruite par Staline et reconstruite à grands frais après la chute du communisme. Mais comment s'étonner , que face à une justice française aussi partiale , de plus en plus de Français , chrétiens ou non, tiennent hors toute considération géopolitique Vladimir Poutine , malgré les campagnes de diabolisation dont il fait l'objet - où Mlle Fourest a naturellement sa part - pour le dernier défenseur de l'héritage chrétien de l' Europe ?

Roland HUREAUX

[1] Article de X.Raufer: http://www.lenouveleconomiste.fr/ete-rockn-roll-taubiraland-1-23922/

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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 22:21

LES PARADOXES DE L'"ETAT ISLAMIQUE EN IRAK ET AU LEVANT "

Quels mots employer pour exprimer l'horreur qu' inspirent les événements du Nord de l'Irak: d'abord cette irruption d'un pseudo-khalifat dont la barbarie semble nous ramener au premier millénaire mais qui est en réalité bien pire ? Les premiers khalifes se contentaient de taxer les minorités juives et chrétiennes, ils ne les massacraient qu'exceptionnellement : dhimmi, après tout , signifie protégé ,

Ensuite le sort des chrétiens d'Irak (et d'autres minorités ) massacrés (combien l'ont été ? On ne sait), en fuite ou en péril. Il devrait émouvoir d'autant plus les Français qu'en droit international, les chrétiens de l'Empire ottoman avaient le statut non point d'étrangers, mais de protégés français : par quelle aberration, le gouvernement français est-il dès lors le moins accueillant des gouvernements européens ?

Mais le plus extravagant est que les armes dont se servent les soldats de ce nouveau djihad, du soi-disant Etat islamique en Irak et au Levant sont les mêmes que nous leur avons vendues au cours des derniers mois, que nos services spéciaux leur ont appris à utiliser . Et ce sont les armes de l'arsenal de Khadafi que nous avons permis aux islamistes de tout poil , à commencer par ceux du Mali, de se partager. Ces trafics ne nous ont jamais dissuadés de considérer les principaux payeurs, Arabie saoudite, Qatar , EAU, comme des amis.

Aussi stupéfiant: ce qui se produit au Nord de l'Irak n'est nullement une surprise puisque cela serait arrivé un peu plus tôt en Syrie si le projet d'aider directement au renversement du président Assad avait abouti.

Nous avions déjà l'expérience de l'Afghanistan, du Mali et d'autres pour voir que les djihadistes , loin de nous savoir gré de notre soutien, se précipitent, dès qu'ils en ont l'occasion, pour brandir leurs armes contre l'Occident. Témoin la décapitation de deux journalistes américains et d'un humanitaire anglais par l'EIIL.

Même le roi d'Arabie doit trouver amer que ses ex-protégés veuillent devenir khalife à la place du khalife que, de fait, il pense être .

Or, après de telles déconvenues, c'est apparemment sans le moindre trouble de conscience que le département d'Etat qui avait mis sur pied une coalition contre les talibans en Afghanistan et contre Saddam Hussein en Irak, puis tenté d'en monter une autre contre Assad en Syrie, s'évertue d' en mettre en place une nouvelle aujourd'hui contre les islamistes qu'ils avaient jusque là aidés. Une coalition qui pourrait même comprendre l' Iran , archi-diabolisé jusqu'ici.

Pourquoi tant d'inconséquence ?

Confondu par tant d'inconséquence, on en cherche la cause.

La première qui vient à l'esprit est l'incompétence. On en a déjà eu de nombreuses preuves dans cette région. Qui pouvait douter que , la "démocratie " rétablie en Irak, les chiites, évidemment alliés de l' Iran, prendraient immédiatement le pouvoir par la force du nombre ? Qui pouvait douter que le licenciement de l'armée de Saddam, avec ses armes et sans solde , conjugué avec la mise à l'écart systématique des cadres baasistes, n'entretienne un long désordre dans ce pays ? Qui pouvait imaginer que le rétablissement de la démocratie en Egypte amènerait au pouvoir d'autres que les Frères musulmans

Mais l'incompétence est largement partagée: c'est ainsi que Helmut Schmidt met gravement en cause celle de la commission européenne qui a , selon lui, "une part de responsabilité dans l'aggravation de la crise ukrainienne" et il s'emporte contre les bureaucrates qui "comprennent trop peu la politique étrangère". Bruxelles, dit-il, "se mêle trop de politique étrangère, alors que la plupart des commissaires européens la comprennent à peine".[1].

Comment ne pas être frappé de la distance entre l'immense capacité technique des grandes puissances, singulièrement les Etats-Unis, et leur incapacité à se fixer des buts de guerre cohérents, pire, à percevoir leurs vrais intérêts.

Mais peut-être ces buts de guerre étaient-ils plus subtils que ce que l'on dit ? Ne dit-on pas qu' aurait été appliquée au Proche-Orient la théorie du chaos: la suprématie américaine et la sécurité d'Israël seraient mieux assurés, selon elle, si tous les Etats de la région , spécialement les plus solides comme les dictatures nationalistes , sombraient dans des rivalités tribales ou confessionnelles.

S'il est vrai que l'histoire de la région au cours des dernières années n'exclut pas, bien que nous ne soyons sûrs de rien, qu'une telle théorie ait été appliquée, nous voyons aujourd'hui avec l'EIIL le monstre qu'elle a fabriqué.: Fankenstein ou le golem, au choix.

Au moment où une écrasante supériorité technique des Etats-Unis et d' Israël leur permet de mener ( sauf en Afghanistan) une guerre presse-boutons, permettre à certaines factions de leur périphérie de se livrer à une guerre permanente , une vraie guerre de terrain pour le coup , c' est courir le risque de trouver un jour face à soi ces factions surentrainées.

Bien plus que l'enthousiasme, ce sont deux siècles d'anarchie féodale qui avaient permis aux Croisés de prendre Jérusalem à un contre dix.

Le Liban est à cet égard emblématique: peu importe qui a alimenté la longue guerre civile qui a divisé ce pays; l'important est qu'en a émergé au bout du compte , par une sorte de sélection naturelle, le Hezbollah dont la force ne tient pas seulement au soutien de l'Iran mais aussi à son surentrainement . Tsahal en a fait l'expérience. L'armée d'Assad n'était pas flambante avant la présente guerre civile; Si elle la gagne ,elle en sortira singulièrement sortira renforcée. Et naturellement l'Etat islamique en Irak et au Levant n'est autre que la conjugaison de ces forces surentrainées sur différents champs de bataille au cours des dernières années .

Il faut bien sûr une intervention musclée pour détruire cette entité barbare. Et il faut aussi que la France y occupe une place de premier plan.

Il n'y a certes pas là les prémisses d'un embrasement mondial . Nous ne sommes plus au VIIe siècle: l'exaltation religieuse ne tiendra pas longtemps devant la supériorité technique .

Mais certains stratèges en chambre , aussi cyniques qu'ignorants du passé, doivent cessent d'imaginer qu'on peut impunément semer le vent sans récolter la tempête, surtout dan le désert.

Roland HUREAUX

[1] Entretien - Bild 16 mai 2014

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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 22:18

Trois décisions récentes ont montré que les Cours souveraines ( nous entendons par là des juridictions jugeant en dernier ressort : Conseil constitutionnel, Conseil d'Etat, Cour de cassation) savaient prendre des décisions ne risquant pas de heurter le politiquement correct de l'heure.

Le Conseil constitutionnel a refusé le 17 octobre 2013 aux maires le droit à l'objection de conscience sur la loi Taubira - alors même que le président de la République le leur avait promis et qu'il existe en droit français pour les militaires et certains fonctionnaires. Des amendes très lourdes frapperont donc ceux qui refuseraient d'organiser un mariage entre homosexuels (c'est arrivé récemment à une élue musulmane (PS) de Marseille).

Le Conseil d'Etat a reconnu le 24 juin 2014 la légitimité d'une cessation de soins à caractère euthanasique sur le jeune Vincent Lambert en état comateux alors même que ses parents souhaitaient qu'il reste en vie.

Enfin , la Cour de cassation a reconnu le 22 septembre 2014 en droit français l'adoption par des couples homosexuels d'enfants conçus à l'étranger par la procréation médicalement assistée , même si cette pratique est interdite en France.

La Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) était même allée plus loin en condamnant la France le 26 juin 1994 pour avoir refusé de transcrire à l'état civil les actes de naissance d'enfants nés par mères porteuses aux Etats-Unis.

La légitimité de ces décisions est inégale.

En validant l'ordre de cesser les coins à Vincent Lambert, le Conseil d'Etat se conforme sans doute la loi sur la fin de vie, dite Léonetti (2005) qui , tout en prohibant l'euthanasie active, non seulement autorise la refus de l'acharnement thérapeutique mais proscrit un tel acharnement. Mais reconnaissant lui même que cette considération ne suffit pas, le Conseil d'Etat s'est fondé aussi sur les avis d'un entourage qui , en l'espèce, n'est pas unanime , les parents du moribond étant opposés à la cessation des soins. Faute d'expression explicite de la volonté du patient, il est difficile d'admettre les témoignages de tiers.

On peut comprendre à la rigueur la position du Conseil constitutionnel soucieux de la continuité du service public ( mais dans ce cas, il existe des parades comme le pouvoir de substitution du préfet ou la réquisition d'un tiers consentant ) tout en trouvant anormal qu'un élu ne puisse pas jouir dans ce cas de la liberté de conscience.

Il est vrai que la reconnaissance au droit à l'objection de conscience aurait , aux yeux des promoteurs de la loi Taubira, détruit entièrement l'objectif réel qui était le leur: imposer par la loi civile une morale différente de la morale commune . La loi Taubira n'est pas une loi relativiste, elle vise au contraire à rendre officielle la maxime selon laquelle l'homosexualité est strictement équivalente à l'hétérosexualité. C'est pourquoi cette loi , du fait qu'elle instaure une morale officielle, porte en germe une limitation de l'objection de conscience dont on a vu les effets et au-delà celle de la liberté d'expression comme l'avait expérimenté le député Christian Vanneste.

Quoi qu'il en soit, une telle décision heurte de plein fouet le droit d'un enfant à avoir une père et une mère ( sauf accident) et confirme les opposants à cette loi dans l'idée qu'elle portait en puissance la PMA (procréation médicalement assistée) et la GPA (gestation pour autrui) pour les couples homosexuels.

Le degré d'absurdité de la position de la Cour de cassation est illustrée par l'expression "l'épouse de la mère".

« Le recours à l’assistance médicale à la procréation, sous la forme d’une insémination artificielle avec donneur anonyme à l’étranger, ne fait pas obstacle au prononcé de l’adoption, par l’épouse de la mère, de l’enfant né de cette procréation, dès lors que les conditions légales de l’adoption sont réunies et qu’elle est conforme à l’intérêt de l’enfant. »

Intolérance et idéologie

Mais il y a plus grave: ces trois lois portent sur de sujets de société où la pression des partisans d'une nouvelle morale s'exerce par des moyens de plus en plus terroristes, ceux de la tyrannie du politiquement correct.

Il fut un temps où, sur des sujets controversés, telle ou telle cour souveraine pouvait aller contre l'opinion, nous ne disons pas dominante mais la plus forte médiatiquement et la plus véhémente dans son expression, par exemple en matière de droit de la presse où la Cour de cassation a, de tradition, toujours été vigilante à maintenir la liberté d'expression. .

On peut se demander si cela sera encore possible.

Déjà , sur des sujets de ce genre, comme en matière de diffamation, les Cours d'appel ont l'habitude de juger de plus en plus en fonction des pressions de l'opinion publique, laissant au la Cour de cassation le soin de rappeler le droit.

Les trois décisions évoquées , par leur coïncidence, permettent de craindre le pire : de voir s'étendre dans la justice le règne des idéologies les plus intolérantes.

Ces idéologies ont en commun, comme toutes les idéologies, de ne pas respecter le principe de la séparation des pouvoirs. Les causes qu'elles prétendent défendre sont , pour elles, si impérieuses, qu'aucun principe ne saurait prévaloir contre elles.

L'idée qu'aucune idéologie ne saurait prévaloir contre le droit est au contraire au fondement d'une civilisation de liberté. C'est ce qu'il importe aujourd'hui de défendre.

Roland HUREAUX

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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 22:12

Publié dans Marianne.com

La force de l'armée de l'Etat islamique en Irak et au Levant ( Daesh en arabe, Isis[1] en anglais) qui occupe le nord de ce pays et une partie de la Syrie ne réside pas, comme on pourrait le penser, sur le fanatisme de ses troupes mais sur l'expérience et le savoir-faire de leur noyau dur, composé principalement des anciens soldats de Saddam Hussein.

Ces anciens soldats, qui semblent être devenus islamistes par opportunisme, sont d'abord des patriotes irakiens sunnites[2]. Ils ont été entrainés dans une armée qui , pour avoir été vaincue à deux reprises (1991, 2003) par une armée américaine dotée de moyens infiniment plus importants, n'en était pas moins une des meilleures du monde arabe, du fait en particulier de la guerre contre l'Iran (1980-1988) où les Irakiens avaient eu le soutien, à la fois de l'URSS et de l'Occident. Dispersés après la guerre de 2003 et l'occupation américaine, ces soldats perdus ont continué la lutte. Depuis 2003, ils ferraillent d'une manière ou d'une autre, contre les Américains, contre les chiites que les Etats-Unis ont mis au pouvoir en Irak, contre les Kurdes, sunnites comme eux mais pas arabes. Beaucoup ont été détenus et torturés par l'armée américaine à la prison d'Abu Ghraib. Après avoir embrassé un moment la cause d'Al Qaida au nord de Bagdad, ils ont contribué à la formation de l'armée islamique.

C'est dire que tous ceux qui voudront les mettre au pas auront affaire à forte partie.

L'absurdité de la situation est que cette force, ni l'Etat islamique n'existeraient pas si, après la guerre de 2003, les Américains n'avaient multiplié les maladresses.

Les flottements qui ont accompagné les débuts de l'occupation américaine n'étaient déjà pas de bon augure. Le premier administrateur nommé, Jay Garner, s'avéra si incompétent qu'il fallut le remplacer au bout d'un mois par Paul Bremer qui resta en poste jusqu'en 2006 et ne fut pas beaucoup plus brillant.

Tenant le régime de Saddam Hussein pour une incarnation du diable, les Américains décidèrent de purger l'administration irakienne de tous les membres du parti Baas. C'était aussi intelligent que si l'on avait décidé, à la chute de l'Union soviétique, de gouverner le pays en écartant tous les anciens communistes, c'est à dire à peu près tout le monde !

Pour ce qui est de l'armée de Saddam, elle fut immédiatement licenciée , mais sans solde tandis qu'on permettait à ses soldats , probablement par négligence, d'emporter leurs armes. On connait la suite. Pour tous ceux qui connaissent les mœurs de la soldatesque, c'était évidemment le contraire qu'il fallait faire : lui permettre de partir sans armes mais avec solde maintenue, les revenus du pétrole permettant aisément de financer ce maintien.

Mais plus destructrice encore fut la volonté d'appliquer à toute force à l'Irak la règle démocratique, c'est à dire majoritaire, sans considération des circonstances particulières de ce pays. L'Irak était gouverné depuis des siècles par la minorité sunnite ( environ 35 % de la population ) dont les cadres du régime et de l'armée de Saddam étaient principalement issus . La règle majoritaire ne pouvait que conduire au gouvernement la majorité chiite (60 % de la population)[3]. Une minorité longtemps privilégiée n'abandonne pas de gaîté de cœur le pouvoir , surtout si cet abandon s'accompagne de brimades telles celles que l'on imposait aux anciens du régime baasiste. Par ailleurs la majorité chiite fut très peu portée à laisser une part de pouvoir aux minoritaires, sunnites et kurdes; l'exclusivisme chiite atteignit son sommet avec le premier ministre récemment révoqué pour ses excès Nouri Al-Maliki ( 2006-2014).

Il est clair que laisser en rade comme les Américains et leurs protégés chiites l'ont fait une forte minorité , disposant d'une assise territoriale dans le nord du pays, d'une habitude séculaire de domination et d'un bon entrainement aux armes ne pouvait que conduire au chaos. Ce fut le cas d'abord avec la guerre civile en zone sunnite ( où étaient impliqués du côté sunnite des volontaires d'Al Qaida venus de différents pays ) et le terrorisme à Bagdad. C'est aujourd'hui le cas avec l'émergence de l'EIIL, le fanatisme étant venu se conjuguer aux frustrations sunnites pour en démultiplier l'impact.

Une solution préservant le statut des sunnites, tout en transférant l'essentiel du pouvoir à la majorité chiite, aurait été de restaurer la monarchie, sous forme constitutionnelle, au bénéfice de l'héritier de l'ancien roi Fayçal II renversé par l'armée en 1958, Chérif Ali ben Hussein , sunnite mais marié à une chiite. Ce personnage fit des offres de services et ouvrit un site, mais. pas plus qu'en Afghanistan, les Américains, bon républicains, n 'envisagèrent cette option.

Les Américains ont eu tout faux

C'est dire que les Américains qui s'étaient eux-mêmes instaurés comme pacificateurs et arbitres du Proche-Orient ont eu à peu près tout faux. Ils ont détruit un Etat, celui de Saddam Hussein, certes peu sympathique mais qui ne menaçait personne; ils ont géré l'après-guerre en dépit du bon sens faisant tout en particulier pour exciter l'animosité des sunnites[4].

Au point que certains les soupçonnent, à tort ou à raison, d'avoir voulu volontairement entretenir le chaos.

L'inexpérience et la maladresse n'expliquent en tous les cas pas tout. Il y a la conception de la guerre que se font depuis toujours les Américains: une guerre d'où est absente tout respect de l'adversaire et qui ne saurait être, que celle du bien contre le mal, conçus à partir de critères moraux étriqués. Dès lors que l'armée de Saddam Hussein avait été détruite, il n'était pas question pour eux de tendre la main aux vaincus du Baas pour tourner la page et reconstruire le pays. Non, pour les protestants nord-américains, il n'y a pas de pardon : le Baasistes devaient être maudits et exclus du pouvoir jusqu'a la septième génération. Nous voyons le résultat.

Il est clair que le problème posé par l'Etat islamiste ne pourra être réglé que si les sunnites et anciens baasistes retrouvent pleinement leur place dans l'Etat irakien.

Roland HUREAUX

[1] Islamic State in Irak and in Syria

[2] De même que les djihadistes touaregs du Mali sont d'abord des patriotes touaregs exaspérés par le centralisme prétentieux et brouillon du gouvernement de Bamako.

[3] Les 5 %qui restent sont des chrétiens (3 %) et d'autres confessions comme les yezidis aujourd'hui massacrés.

[4] Et nous n'évoquons pas ici l'absurdité qu'il y avait, étant en conflit avec l'Iran de renforcer , l'arc chiite, en faisant passer l'Irak du camp sunnite au camp chiite.

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23 avril 2015 4 23 /04 /avril /2015 22:25

Le débat sur le protectionnisme a été rouvert en Europe par la crise , singulièrement la crise de l'industrie européenne, laquelle perd chaque jour un peu plus de sa substance.

Deux grands pays s'y opposent : l'Allemagne et la Grande-Bretagne, pour des raisons différentes.

L'Allemagne parce que son potentiel industriel et surtout sa capacité à contenir la hausse des coûts de production, combinés avec la facilité pour sous-traiter dans les pays à bas salaire de l'Est, lui permettent pour le moment de résister, mieux que d'autres, au choc de la concurrence asiatique . Même si certaines de ses branches industrielles, comme la sidérurgie, dépérissent aussi .

Les Allemands se gaussent volontiers des tendances protectionnistes des Français, oubliant qu'au XIXe siècle le grand théoricien du protectionnisme, Friedrich List était allemand et celui du libre-échange, Frédéric Bastiat, français ! L'industrie allemande n'aurait pu connaitre l'essor qui fut le sien au temps de Bismarck sans une solide protection douanière.

Les Anglais, eux ont une vraie tradition libérale et s'opposent au protectionnisme par doctrine; mais il faut savoir que le flottement de la livre leur permet de se défendre mieux que les autres de la concurrence.

Le débat sur le protectionnisme ne serait sans doute pas revenu à la surface sans la contrainte de l'euro: presque tous les pays de la zone euro ( sauf l'Allemagne) n'affrontent pas la concurrence internationale dans des conditions de marché normales du fait que la plupart doivent subir le handicap d' une monnaie surévaluée, un euro fort qui est sans doute à la mesure de l'Allemagne mais pas à la leur. Il est donc vain de les taxer de "frilosité" car ce dont ils pâtissent, ce ne sont pas à proprement parler de l'ouverture internationale et des lois du marché mais d'une situation monétaire artificielle qui précisément échappe aux lois du marché.

En effet, le libre-échange mondial serait beaucoup plus facile à supporter si tous les pays pouvaient le faire en ajustant en permanence ou à intervalles réguliers, leur taux de change à leur compétitivité réelle, cette compétitivité ne résultant pas seulement de leur potentiel industriel et de la qualification de leur main d 'œuvre mais aussi de leur capacité à contenir l'inflation intérieure.

Rétablir l' équilibre extérieur est toujours possible si la variable monétaire est maîtrisée

Dans quelque situation qu'un pays se trouve sur le plan de ses échanges extérieurs, un changement de parité pourra toujours lui permettre de rétablir l'équilibre : une réévaluation de sa monnaie s'il est excédentaire, une dévaluation s'il est déficitaire.

Et de fait, le meilleur taux de change est sans doute celui qui permet tout simplement à chaque pays d'avoir des comptes extérieurs en équilibre

Ces ajustements peuvent certes être douloureux: une dévaluation renchérit le coût des produits importés, en particulier le pétrole, et donc , à très court terme, diminuera le pouvoir d'achat. Mais il ne s'agit là que d'une opération vérité : une monnaie surévaluée donne toujours aux habitants d'un pays une rente imméritée - ayant pour contrepartie le ralentissement de la croissance et le chômage. La dévaluation, dans ce cas, n'est qu'un retour au réel, douloureux mais nécessaire. Et d'autant plus facile à supporter qu'elle se traduira presque toujours à brève échéance ( six mois environ) par une relance de l'économie .

C'est dire que si tous les pays retrouvaient une pleine liberté de fixer leurs taux de change ( nous réservons le cas particulier des Etats-Unis qui ne sont pas tenus, du fait du rôle particulier du dollar, d'équilibrer leurs échanges extérieurs ) , les protections douanières ne seraient pas nécessaires, en tous les cas pour maintenir les grands équilibres. Un glissement de la monnaie leur permettrait de vendre moins cher sur le marché mondial et donc à la fois de vendre plus et de maintenir certains secteurs menacés, au moins ceux qui se trouvent proches du seuil de compétitivité.

Il est fréquent que ceux qui se plaignent du tout-marché, ont en réalité, si l'on regarde bien, à se plaindre en réalité des entorses au marché. La logique du marché exige souvent, pour être pleinement efficace, d' être poussée jusqu'au bout. Les Français trouveraient la mondialisation plus "heureuse" si le taux de change de leur monnaie (qui ne serait donc plus l'euro) était fixé , lui aussi, par le marché , ce qui n'est pas le cas , on le sait, dans le cadre contraint de l 'euro.

Si le protectionnisme n'est pas nécessaire à l'équilibre des échanges extérieurs, il peut l'être en revanche à un Etat qui voudrait protéger certains secteurs stratégiques.

Le rééquilibrage des échanges au moyen d'une dévaluation peut se faire par le dopage de certaines productions de faible niveau technique ( par exemple les produits agricoles ). Mais il n'est pas incompatible, en théorie, avec le sacrifice de certains secteurs prometteurs mais insuffisamment développés qui , même avec une monnaie dévaluée, ne sont toujours pas compétitifs. Il est alors normal que la puissance publique, par souci du long terme, veuille protéger ceux-ci par des mesures adaptées : droits de douane ou contingents .

Un autre motif de protection particulière, dont il faut bien dire qu'il n'a hélas pas beaucoup préoccupé nos gouvernants depuis trente ans, est le maintien de certains savoir-faire qui risquent de disparaître si les branches concernées s'évanouissent complètement. Il ne faut pas insulter l'avenir en passant trop vite à la trappe ces savoirs. Il n' aurait pas été inutile par exemple de conserver , comme témoin du passé et précaution pour l'avenir, une ou deux mines de charbons sur le territoire français. De même qu'on ne saurait imaginer que la France abandonne complètement toute activité sidérurgique, ce qui est aujourd'hui un risque plus que sérieux.

Nous n'ignorons pas que les règles tant de l'OMC que du Conseil de la concurrence de l'Union européenne s'opposent à de telles politiques sectorielles et même à toute politique industrielle, ce qui est regrettable.

Il y a encore d'autres raisons de faire quelques exceptions au libre-échange , par souci d'aménagement du territoire et d'équilibre régional. Malheureusement, la pression internationale et l'impéritie de nos gouvernements tend à ce que ces préoccupations soient aujourd'hui perdues de vue au point que la France, vieux pays agricole s'il en est, pourrait un jour prochain n'avoir plus d'agriculteurs.

Le libre-échange et la protection ne sauraient, quoi qu'il arrive, être tenus pour des absolus. Ce sont les touches d'un clavier sur lequel chaque pays doit jouer la partition qui lui semble la plus propice à son intérêt national, à court terme mais aussi à long terme.

Novembre 2014

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23 avril 2015 4 23 /04 /avril /2015 22:21

Paru dans Le Figaro

Même si une opinion sensible aux coups de com' réussis semble bien accueillir la loi Macron, elle est, quant à son contenu, typique de toutes celles qui ont fait monter le Front national au cours des trente dernières années sans aucunement résoudre les problèmes de la France.

Laissons de côté tel ou tel point de cette loi qui peut sembler, au premier abord, intéressant, comme l'épargne salariale, de menues simplifications du droit du travail ou du permis de conduire.

Pour le reste, ce qui nous est proposé n' est rien de moins qu' un nouveau pas dans la déstructuration du temps : le dimanche , de l 'espace : abandon prévisible de certains territoires, ou du tissu social : attaque des professions réglementées, symboles d'une classe moyenne par ailleurs laminée fiscalement. Ainsi se poursuit l'effacement progressif des repères qui restaient à des Français déjà "paumés" : la famille, l'histoire, la nationalité mais aussi bien toutes les formes d'appartenance : corps spécialisés, région, commune, le département n'étant qu'en sursis. Pour qui sait écouter, c'est, plus encore que l'immigration, cette perte des repères qui fait monter partout le vote de rupture.

Et tout cela pour quoi? On sait que rien dans la loi Macron ne changea quoi que ce soit aux fondamentaux macroéconomiques désastreux de la France : déficit, endettement, récession , chômage ; elle n'apportera ni croissance ni activité: qui prendrait au sérieux les 6 milliards de hausse promise du pouvoir d'achat ? Bien au contraire, comme à peu près toutes les lois depuis un quart de siècle, elle introduit subrepticement des dépenses publiques supplémentaires : indemnisation des professionnels ayant payé leur charge, recrutement de magistrats de profession pour les tribunaux de commerce.

Ignore-t-on que c'est dans le cadre qu'on veut bouleverser que la France a fait dans la seconde moitié du XXe siècle les magnifiques progrès que l'on sait? La dénonciation obsessionnelle du prétendu "corporatisme" français est-elle autre chose qu' une forme de la haine de soi, pour ne pas dire du "suicide français".

On allègue les impératifs comptables : mais tout ce qu'on se propose de défaire existait dans les années cinquante et soixante où la France avait vingt points de moins de prélèvements obligatoires. Comment faisait-on donc ?

Manquerait-on de capitaux pour autoriser la pénétration des professions libérales par des fonds de pension, selon le voeu de Bruxelles ? Bien sûr que non. Mais il faut absolument que ces professions soient dépersonnalisées ! Nous connaissons un quartier de Marseille où , hors des mafias, le seul encadrement social qui subsiste est assuré par le notaire et le pharmacien.

C'est à la qualité de ce genre de services réglementés que l'on reconnait une société civilisée. Faute que ces secteurs posent, pour la plupart, des problèmes sérieux, on fait, en ce domaine comme en d'autres, des lois pour en créer !

Tel est l'esprit de la loi Macron. Le principe précède l'application. Le point de départ , c'est que telle ou telle législation , tel ou tel statut ne sont pas jugés conformes à un principe idéologique donné, en l'occurrence le libéralisme pur et dur (ou ce que l'on croit tel).

Avec un rare manque d'imagination, on y retrouve les propositions du rapport Rueff-Armand (1960), bible de générations d'élèves de Sciences po. Si beaucoup n'ont jamais été appliquées , peut-être ne faut-il pas l'imputer , comme on le fait, au manque de courage, mais à la conscience de générations un peu plus pragmatiques, qu'il faut quelquefois faire des exceptions aux lois du marché.

Quels problèmes concrets pose donc notre système notarial ? Aucun. Tel qu'il a été organisé par la loi du 25 ventôse an XI, il est sûr, permanent, assure partout des conseils de proximité par des gens qualifiés. On ne lui reproche que de coûter trop cher : mais qui a calculé qu'on pourrait y faire ? Et à supposer qu' on ait chiffré les économies prévues, les a-t-on rapportées aux inconvénients qui en résulteront, tels l'appauvrissement de la couverture territoriale ? Le système reposerait sur des privilèges - inséparables d'une déontologie . M.Macron, qui a travaillé dans la banque, n'en aurait donc pas rencontré d'autres, et d'une autre envergure ?

Ouverture plus large des magasins le dimanche , sans doute en prélude à une ouverture tout au long de l'année ? Au profit de qui ? Pas d'une clientèle populaire qui a de plus en plus de mal à joindre les deux bouts ; aucune augmentation globale de la consommation n'est à attendre.

Le vertige du trotsko-libéralisme

Résoudre des problèmes qui ne se posent pas, tout en laissant en plan ceux qui se posent sérieusement ( le chômage, la justice, l'école, l'immigration, les retraites ) , telle est la démarche d'un gouvernement idéologique : on en a vu un bel exemple avec la réforme régionale qui a déstabilisé une structure en réalité analogue à celle de nos voisins et qui ne posait, quoi qu'on ait prétendu, aucun problème réel. Et quelle immense naïveté de croire qu'en réduisant d'un tiers le nombre des régions , on réduirait d'autant leur coût ? c'est l'inverse qui nous attend.

L'idéologie est, comme le dit Hannah Arendt , la volonté de tout régir par un principe unique ( ou deux ou trois), et d'y ramener tout ce qui, dans une réalité nécessairement complexe, y échappe encore. Curieusement le libéralisme dogmatique d'un Macron se trouve en synergie avec l'égalitarisme tout aussi destructeur d'une Vallaud-Belkacem qui, poussant jusqu'au bout la logique de Pierre Bourdieu, veut abolir la dernière hiérarchie existante à l'école, celle des notes. Trotsko-libéralisme ? L'important est de casser.

Dernier motif de ce remue-ménage : satisfaire Bruxelles ou Berlin qui demandent que la France "se réforme", en bien ou en mal qu'importe. Seule importe l'illusion : il faut donner à nos partenaires celle que la France bouge. Comme ces artistes qui brisent les objets de la vie quotidienne ou des statues vénérables pour produire du soi-disant art contemporain, le gouvernement socialiste casse tout ce qui faisait la force de la France (la famille, l'Etat, l'armée, les classes moyennes) pour donner l'illusion de la modernité . Mais sous les apparences de la modernisation, c'est, on peut le craindre, un grand désastre qui se prépare.

Roland HUREAUX

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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 16:04

La monnaie relie et , en même temps, sépare les territoires.

Expliquons ce paradoxe :

La monnaie permet les échanges entre des territoires différents, plus ou moins éloignés, et par là les relie. Inséparable du pouvoir régalien, elle exprime l'unité d'un royaume ou d'un empire - ou d'une république.

Mais au sein d'une unité politique, comme entre des pays différents , la compétitivité est nécessairement inégale. Comment en serait-il autrement puisque, quoi que l'on fasse pour la limiter, l'inégalité est dans la nature ? . Ce peut être une inégalité de conditions naturelles entre les territoires d' accès plus ou moins facile: par exemple entre une plaine et des vallées isolées, ou bien entre des territoires aux ressources naturelles inégales. Mais ce peut être aussi une inégalité liée aux conditions sociales , au mœurs, aux niveaux de salaire, de formation , à la propension plus ou moins grande au travail ou au commerce.

Si ces territoires inégaux se trouvent dans la même entité politique et sous le régime de la même monnaie, les inégalités auront tendance à s'accuser : moins favorisés par la nature, les habitants des montagnes descendront dans la plaine, ceux des campagnes isolées iront à la ville, ceux des régions pauvres en ressources naturelles vers celles qui en ont. De ce point de vue, la monnaie commune , loin de relier les territoires, les distend : toutes choses égales par ailleurs, les uns se trouvent dans la spirale de la réussite, les autres dans celle de la récession. A l'extrême, les pays périphériques, vidés de leur numéraire , ne pourront même plus commercer entre soi. Cette déstabilisation au bénéfice des mieux dotés est d'autant plus rapide que l'on se trouve engagé dans une économie d'échanges et donc aujourd'hui plus qu'autrefois.

Entre pays de compétitivité inégale, les variations de taux de change - et donc le pluralisme monétaire - ont à l'inverse pour effet de rétablir une compétitivité égale, nécessaire à des échanges équilibrés. Les pays moins favorisés redeviennent compétitifs grâce à une monnaie dévaluée, un ajustement sanctionné par une éduction de leur pouvoir d'achat , mais qui préserve leur existence en tant que communauté territoriale, en maintenant des conditions de compétitivité égales avec leurs voisins mieux dotés ou plus dynamiques.

Ainsi, pour tous ceux qui attachent de l'importance à une répartition harmonieuse des hommes entre les différentes régions du monde , qui ne tiennent pas pour souhaitable le concentration toujours plus grande des richesses et des hommes au bénéfice de certaines régions, la pluralité de monnaies remplit un rôle nécessaire d'équilibre. Ceux qui rêvent d'une monnaie mondiale unique ne mesurent pas ce qu'elle aurait de déstabilisant pour la plupart des pays. La pluralité monétaire, loin d'être une marque de l' imperfection du monde, est le moyen qui permet , au travers des lois du marché, de gérer au mieux des territoires nécessairement disparates.

Mais on ne peut pas non plus imaginer que chaque terroir, chaque vallée aient chacun sa monnaie.

Un moyen terme est nécessaire entre une monnaie universelle qui multiplierait les déséquilibres et un morcellement excessif des zones monétaires, qui constituerait un frein aux échanges.

Robert Mundell, prix Nobel d'économie en 1999 a établi la théorie des zones monétaire optimales dont on comprend aisément qu'elles se situent à mi chemin d'un morcellement et d'une disparité excessifs[1]. Une zone monétaire n'a pas à être nécessairement restreinte géographiquement ; à tout le moins ne faut-il pas qu'elle soit trop hétérogène. Certains auteurs sont même allés jusqu'à suggérer que les Etats-Unis pourraient ne pas être une zone optimale, qu'il aurait mieux valu les scinder en deux ou trois.

Il n'est pas sûr cependant qu'existe une réponse unique, scientifique à la question de l'optimum , le facteur politique ne devant pas être sous-estimé .

La zone euro est-elle une zone monétaire optimale ?

La zone euro est-elle une zone monétaire optimale ? C'est aujourd'hui un grand débat. Il est clair que les disparités monétaires permettraient à des pays aux conditions de compétitivités différentes, la Grèce et les Pays-Bas, ou bien la France et l'Allemagne, de maintenir des échanges équilibrés et un développement et territorialement harmonieux rendant possible de compenser ces inégalités par des ajustements monétaires périodiques.

Il y a certainement un lien entre le génie de l'Europe: des populations diverses par les aptitudes, la langue , les culture nationales réparties sur tout le territoire d'un continent, lui-même géographiquement très varié et la souplesse d' une organisation monétaire fondée sur la pluralité historique des monnaies

Ceux qui envisagent la pérennité de l'euro, savent que sa gestion suppose une organisation politique beaucoup plus intégrée, donc centralisée. Une telle organisation, cela va sans dire, aurait moins d'égards pour les problèmes de compétitivité de telle ou telle "province". Ainsi les Grecs, frappés par un chômage de masse du fait de la dégradation de leur économie, n'auraient d'autre issue que d' émigrer massivement en Allemagne ou alors de vendre leurs actifs à des pays plus prospères. Les ajustements nécessaires (baisse des salaires, licenciements de fonctionnaires) leur seraient appliqués avec plus de rigueur encore qu'aujourd'hui, au risque d'aggraver la récession et donc d'accélérer l'exode. Cette idée d'un ensemble économique de grande dimension peu regardant des problèmes adaptation locale, les Etats-Unis en ont offert l'exemple peu avant la grande dépression de 1929 avec l'exode massif vers la Californie des fermiers du Middle West, frappés par la mévente de leurs produits, exode décrit par Steinbeck dans Les Raisons de la colère, ou encore par le caractère radical du déclin de certaines villes jadis prospères comme Détroit, du fait du de la crise de l'automobile.

Pour Mundell, une zone monétaire unique implique une parfaite fluidité de la main d'œuvre, à même de migrer d'une région vers une autre en cas de crise régionale. Cruelle sur le plan des individus ou des familles, une telle perspective serait destructrice pour la culture : au terme du raisonnement, on peut imaginer qu'un pays comme la Grèce disparaitrait de la carte de l'Europe, ce qui serait, avouons-le, fort dommage !

On peut aller plus loin dans ce genre de questions: la France , après qu'elle eut réalisé , sous l'Ancien régime, son unité monétaire , était-elle elle-même une zone monétaire optimale ? On peut le penser pour une partie de son territoire, notamment la Région parisienne. Mais le Massif central qui fut au XIXe siècle une région industrielle ( voir le Tour de France de deux enfants) et qui ne l'est plus guère aujourd'hui, n'aurait-il pas gagné à préserver son autonomie monétaire , et ainsi à compenser ses handicaps bien réels par une monnaie plus faible ? Sans doute. Il se peut même que si cette région avait eu son autonomie monétaire, elle aurait pu rester une grand montagne industrielle analogue à ce qu'est aujourd'hui la Suisse.

Mais dans le cas du Massif central, le rééquilibrage ne s'est pas fait seulement par l'exode des populations ( les maçons creusois et les cafetiers aveyronnais à Paris ! ), il s'est fait aussi par le biais d'une solidarité nationale qui a, en partie, compensé ces différences . Cette solidarité des territoires est un autre moyen de préserver une zone monétaire entre des régions disparates. Laurent Davezies[2] a montré comment, au sein du territoire métropolitain français , elle va jusqu'à représenter 10 % du revenu d'une région, davantage si on y inclut l'outre-mer. Elle se traduit principalement par le transfert de l'Ile-de-France vers le reste du pays. Elle ne se fait pas seulement par l'aide sociale ou les retraites mais aussi par le maintien d'un tissu administratif fort sur tout le territoire, les fonctionnaires des régions déshéritées , payés par l'Etat , contribuant à y maintenir l'économie locale : le projet actuels de suppression du département et de regroupement des régions n'ont d'autre but, que d'affaiblir cette solidarité , jugée coûteuse par certains cercles parisiens

Mais il va de soi qu'un tel niveau de solidarité, qui ne saurait compenser qu' en partie les effets de la monnaie unique, suppose un sentiment d'appartenance commun fort . Ce sentiment existe au niveau de l'Etat français . Existe-t-il au même degré au sein de l'Europe ? Sûrement pas. Les réactions négatives de l'opinion allemande à l'idée d'apporter un soutien conséquent et pérenne à la Grèce sont à cet égard significatives. Les Allemands de l'Ouest n'ont pas eu les mêmes réticences à porter à bout de bras l'économie des Länder le l'Est.

Il est vrai aussi que la solidarité des territoires est plus facile à organiser dans un budget public qui représente en France 57 % du PIB que dans un budget européen qui n'en représente que 1 % !

Ajoutons que si les transferts deviennent trop massifs, ils génèrent des effet pervers : on l'a vu en Italie du Sud ou une partie de l'aide apportée tant par le gouvernement central italien (la Caisse du Mezzogiorno) que par l'Europe, s'est évaporée entre les mains de réseaux mafieux. Une aide disproportionnée aboutit aussi à créer une situation d'assistance dont l'apport économique ne compense pas les inconvénients moraux ou sociaux, voire politiques. Ces effets pervers, avec l'insuffisance de la solidarité, expliquent en Italie l'apparition d'un sentiment sécessionniste tel que celui de la Ligue du Nord.

Un lien fort entre monnaie et- territoire

Il y a ainsi un lien fort entre la question monétaire et celle d'un aménagement harmonieux du territoire, français ou européen.

Ceux qui pensent que l'euro ne pourra se maintenir, dans un territoire aussi disparate que l'Europe occidentale, qu'au prix d'une centralisation du pouvoir politique à l'échelle du continent n'ont pas tort. Mais perçoivent-ils ce qui se cache derrière cette formule ? Compte tenu des limites de la solidarité entre Européens, elle recouvre, qu'on le veuille ou non, une centralisation "impériale", à l'américaine si l'on veut, qui serait impitoyable aux faibles. Une politique de ce genre est-elle conforme à l'héritage séculaire de l'Europe, laquelle a su, au moins depuis la dissolution de l'Empire romain d'Occident, maintenir une administration de proximité, conforme au génie propre à chacune de ses composantes et à même de maintenir des équilibres fins entre celles-ci, bref une gestion à échelle humaine des terroirs européen ? Il est probable que non.

Roland HUREAUX

[1] Pas forcément cohérent, Robert Mundell n'a pas exclu à l'occasion, la possibilité d'une monnaie mondiale

[2] Laurent Davezies, La République et ses territoires, la circulation invisible des richesses, Seuil, 2008.

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