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Roland HUREAUX

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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 22:27

IL FAUT NON POINT UN MAIS DEUX ETATS PALESTINIENS

La création d'un Etat palestinien se trouve à nouveau à l'ordre du jour. C'est, on le sait, la retombée politique de la guerre qui a opposé au cours de l'été , l'Etat d'Israël et les Palestiniens de Gaza. Seules, jusqu'ici, les crises ont permis d' avancer dans la solution des problèmes du Proche-Orient.

Il est aujourd'hui très peu de gens qui ne reconnaissent que la paix sur l'ancien territoire du mandat britannique de Palestine passe par la création d'un Etat palestinien , pendant , même en plus petit, de l'actuel Etat israélien, cet Etat devant trouver son assise territoriale en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

L'Etat palestinien unique : une solution dépassée

Pourtant , il faut bien le dire, cette solution apparait aujourd'hui de plus en plus dépassée . Non seulement parce que les forces politique dominantes en Israël, Benjamin Netanyahou en tête n'en veulent manifestement pas - pas plus que la partie des Palestiniens qui revendique un seul Etat multiconfessionnel - , mais aussi parce que, sur le terrain, elle semble de plus en plus irréelle.

Laissons de côté le problème considérable posé par l'accroissement du nombre de colonies en Cisjordanie. Heureusement la décision audacieuse d'Ariel Sharon d' évacuer en 2005 celles de Gaza y simplifie la question.

Mais il n'existe aucun cas à l'époque moderne d'un Etat coupé en deux qui se soit avéré durable. L'exemple du Pakistan est le plus manifeste : destiné lors de sa création en 1947 à regrouper tous les Indiens musulmans , ses parties est et ouest (devenue Bengladesh ) durent se séparer dès 1971. En remontant dans le temps, on se souvient de l'Allemagne où l'instauration en 1919 d' une Prusse orientale sans continuité territoriale fut, au travers de la question de Dantzig, la pomme de discorde qui déclencha la 2e guerre mondiale. Après la guerre Berlin posa un problème analogue. La solution d'un Etat unique tient d'autant moins que les Israéliens n'ont sans doute pas l'intention de couper leur propre territoire par une autoroute reliant les deux parties de la Palestine.

Il faut donc deux Etats palestiniens: une sorte de cité-état à la manière de Singapour à Gaza et un Etat cisjordanien dont l'imbrication avec Israël et la présence à Jérusalem restent à négocier.

L'autre raison de créer deux Etats palestiniens est qu'on n'imagine pas le Fatah et le Hamas travaillant ensemble : que chacun s'organise de son côté comme c'est déjà le cas en pratique , est logique. Leur rapprochement récent , pourtant tactique, aurait, selon certaines sources, déterminé Israël à bombarder Gaza. Raison de plus pour que ce dernier envisage l'idée de deux Etats palestiniens.

Israël aurait tout à gagner à une telle solution : la perspective d'un face à face avec un Etat palestinien unique sur le même territoire est difficile à admettre pour une partie de ses ressortissants. Avec deux Etats, cette perspective s'en trouverait en partie diluée.

On objectera qu'aucun de ces Etats ne serait "viable" . Mais des 193 membres des Nations unies, combien sont "viables" ?

Une telle solution impose non seulement de régler la question des colonies juives de Cisjordanie mais aussi celle du décloisonnement et du développement de Gaza, inséparables d'un rétablissement de la sécurité d'Israël côté Sud. Deux questions immenses mais qui seront sans doute mieux résolues , si elles doivent l'être, séparément qu' ensemble.

Vers une confédération ?

Une telle solution permettrait même d'envisager à terme une sorte de confédération à quatre comprenant Israël et la Jordanie laquelle revendique toujours sa qualité d'Etat palestinien. Israël aurait naturellement une influence privilégiée dans une telle confédération mais les partisans d'un Etat unique pourront aussi bien la considérer comme un pas dans leur sens.

L'idée de donner à Gaza le statut d'Etat effrayera, dans le contexte actuel, bien des Israéliens: mais préfèrent-ils que les activistes du Hamas passent leur temps à ruminer des projets d'action armée ou qu'ils se répandent à travers le monde dans les ambassades du nouvel Etat, que la communauté internationale sera , n'en doutons pas, prête à financer ?

Le perfectionnement prévisible du mur électronique autour de Gaza devrait un jour permettre de relâcher le blocus , ouvrant ainsi la porte au nécessaire développement de l'économie de ce territoire, à la fois impératif humanitaire et moyen de ralentir sa progression démographique. Un tel développement, irrigué par l'argent du golfe ou de l'Union européenne, serait à même de rendre un jour les habitants de ce territoire à leur vocation commerciale séculaire.

Nous mesurons tous les problèmes de principe que pose aux Palestiniens un tel scénario. Mais au moins faudrait-il qu'il commence par paraître acceptable à Israël. Comme il est probable qu'on ne résoudra pas les questions de principe ( droit au retour , caractère confessionnel de l'Etat d'Israël, statut de Jérusalem) , peut-être vaudrait-il mieux parler dans une première phase de ne fonder sur ces bases qu'un arrangement provisoire.

Utopie ? Sans doute, mais moins que l'idée d'un Etat palestinien unique. Si une ouverture doit émerger de la crise actuelle, c'est dans cette direction qu'il faut à présent la chercher.

Roland HUREAUX

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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 22:24

RELAXE DES FEMENS : POUR QUE L'ON CRIE "VIVE POUTINE" ?

Un jugement qui fera plaisir à Mademoiselle Fourest: celui du tribunal correctionnel de Paris qui vient de relaxer les neuf soi-disant Femens poursuivies pour dégradation de cloches commises à Notre-Dame le 12 févier 2013 .

Pas de mention des autres chefs d'accusation que l'on aurait pu envisager . Certes , si les exhibitions à l'occasion desquelles furent commises ces dégradations , avaient une intention à l'évidence blasphématoire, il n'existe pas de loi contre le blasphème en France . Mais on pouvait au moins tenir l'action des Femens pour de l'incitation à la haine d'une certaine catégorie de population, les catholiques, pour une injure à leur égard et à celui de leur chef, pour de l'exhibitionnisme, ou au moins pour une atteinte l'ordre public. On ne l'a pas fait, ne retenant sans doute à dessein que le grief le plus faible. Il n'est pas non plus question de suites judicaires à l'abjecte simulation d'un avortement de Jésus par la Sainte Vierge à la Madeleine, le 29 décembre de la même année et que même Bertrand Delanoë, maire de Paris, avait sévèrement condamnée.

Le jugement de relaxe choque d'autant plus que les trois vigiles qui avaient essayé de repousser les femens, ont été, eux, condamnés à des amendes de 1500 €, 500 € et 300 € avec sursis. Le monde à l'envers !

Ce jugement inégal serait justifié par le fait que , compte tenu du principe de l'individualisation des peines, on ne pouvait pas savoir laquelle des neuf avait abîmé les cloches tandis que les vigiles avaient été , eux, clairement identifiés. Moralité : il suffit de se mettre à vingt pour attaquer un homme seul . S'il se défend, on saura que c'est lui qui donne des coups et les agresseurs , pris dans la mêlée, seront , eux, exonérés.

Que doivent penser ces braves vigiles de la justice de leur pays, surtout su l'on considère ce que relate la presse, au même moment[1]

- “Suspect libéré : la mère de la victime manifeste” (un adolescent poignardé à mort sans raison et l’inculpé élargi car “la justice a laissé passer une date”). A cette occasion, le PS toulousain dénonce “la délectation morbide avec laquelle l’opposition s’empare d’un fait divers”.

- “Jugé pour coups mortels, il repart avec une amende” (tueur déjà condamné pour violences à dix reprises),

- “Viol collectif : relaxe générale à Angoulême” (cinq crapules, pour “relations sexuelles non consenties avec une jeune handicapée”).

A la rigueur aurait-on pu retirer à Mme Inna Shevchenko qui dirige la fine équipe le statut de réfugiée politique. Réfugiée politique; pourquoi ? Parce qu'avec ses complices, elle avait abattu en 2O12, dans son pays d'origine l'Ukraine, la grande croix qui commémore les millions de victimes du communisme. Bel acte humaniste !

Il est clair que dans la République de M.Hollande, la haine antichrétienne a valeur absolutoire. Heureusement que pour faire mine de sauver la face , le parquet a fait appel de la relaxe. Mais quelles suites en attendre ?

Sans revenir sur les événements liés à la Manif pour tous, comme les rafles massives de manifestants non-violents, ou l'expulsion manu militari de Frigide Barjot de son logement prévue à la fin de ce mois, sans que le juge de l'exécution ait daigné attendre le résultat de l'appel qu'elle a interjeté , on notera aussi, à notre honte, que, de tous les grands pays occidentaux , la France est le pays le plus pingre dans l'accueil de réfugiés chrétiens d'Irak - avec l'approbation de Me Collard, député du Front national ! Même Delcassé, ministre des affaires étrangères du petit père Combes savait que notre pays avait depuis François Ier la mission particulière, reconnue par traité passé avec le sultan de Turquie, de protéger les chrétiens d'Orient et que ces considérations internationales passaient bien avant nos querelles domestiques relatives à la laïcité. Incultes, les socialistes christianophobes du temps de François Hollande n' ont plus cela en mémoire.

On peut sans doute trouver exagérément sévère la condamnation à Moscou à deux ans de camp de travail des Pussy riots, équivalent russe des Femens, pour dégradations et incitation à la haine religieuse , qui avaient fait scandale dans la prestigieuse Cathédrale du Saint-Sauveur de Moscou , construite pour fêter la victoire sur Napoléon , détruite par Staline et reconstruite à grands frais après la chute du communisme. Mais comment s'étonner , que face à une justice française aussi partiale , de plus en plus de Français , chrétiens ou non, tiennent hors toute considération géopolitique Vladimir Poutine , malgré les campagnes de diabolisation dont il fait l'objet - où Mlle Fourest a naturellement sa part - pour le dernier défenseur de l'héritage chrétien de l' Europe ?

Roland HUREAUX

[1] Article de X.Raufer: http://www.lenouveleconomiste.fr/ete-rockn-roll-taubiraland-1-23922/

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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 22:21

LES PARADOXES DE L'"ETAT ISLAMIQUE EN IRAK ET AU LEVANT "

Quels mots employer pour exprimer l'horreur qu' inspirent les événements du Nord de l'Irak: d'abord cette irruption d'un pseudo-khalifat dont la barbarie semble nous ramener au premier millénaire mais qui est en réalité bien pire ? Les premiers khalifes se contentaient de taxer les minorités juives et chrétiennes, ils ne les massacraient qu'exceptionnellement : dhimmi, après tout , signifie protégé ,

Ensuite le sort des chrétiens d'Irak (et d'autres minorités ) massacrés (combien l'ont été ? On ne sait), en fuite ou en péril. Il devrait émouvoir d'autant plus les Français qu'en droit international, les chrétiens de l'Empire ottoman avaient le statut non point d'étrangers, mais de protégés français : par quelle aberration, le gouvernement français est-il dès lors le moins accueillant des gouvernements européens ?

Mais le plus extravagant est que les armes dont se servent les soldats de ce nouveau djihad, du soi-disant Etat islamique en Irak et au Levant sont les mêmes que nous leur avons vendues au cours des derniers mois, que nos services spéciaux leur ont appris à utiliser . Et ce sont les armes de l'arsenal de Khadafi que nous avons permis aux islamistes de tout poil , à commencer par ceux du Mali, de se partager. Ces trafics ne nous ont jamais dissuadés de considérer les principaux payeurs, Arabie saoudite, Qatar , EAU, comme des amis.

Aussi stupéfiant: ce qui se produit au Nord de l'Irak n'est nullement une surprise puisque cela serait arrivé un peu plus tôt en Syrie si le projet d'aider directement au renversement du président Assad avait abouti.

Nous avions déjà l'expérience de l'Afghanistan, du Mali et d'autres pour voir que les djihadistes , loin de nous savoir gré de notre soutien, se précipitent, dès qu'ils en ont l'occasion, pour brandir leurs armes contre l'Occident. Témoin la décapitation de deux journalistes américains et d'un humanitaire anglais par l'EIIL.

Même le roi d'Arabie doit trouver amer que ses ex-protégés veuillent devenir khalife à la place du khalife que, de fait, il pense être .

Or, après de telles déconvenues, c'est apparemment sans le moindre trouble de conscience que le département d'Etat qui avait mis sur pied une coalition contre les talibans en Afghanistan et contre Saddam Hussein en Irak, puis tenté d'en monter une autre contre Assad en Syrie, s'évertue d' en mettre en place une nouvelle aujourd'hui contre les islamistes qu'ils avaient jusque là aidés. Une coalition qui pourrait même comprendre l' Iran , archi-diabolisé jusqu'ici.

Pourquoi tant d'inconséquence ?

Confondu par tant d'inconséquence, on en cherche la cause.

La première qui vient à l'esprit est l'incompétence. On en a déjà eu de nombreuses preuves dans cette région. Qui pouvait douter que , la "démocratie " rétablie en Irak, les chiites, évidemment alliés de l' Iran, prendraient immédiatement le pouvoir par la force du nombre ? Qui pouvait douter que le licenciement de l'armée de Saddam, avec ses armes et sans solde , conjugué avec la mise à l'écart systématique des cadres baasistes, n'entretienne un long désordre dans ce pays ? Qui pouvait imaginer que le rétablissement de la démocratie en Egypte amènerait au pouvoir d'autres que les Frères musulmans

Mais l'incompétence est largement partagée: c'est ainsi que Helmut Schmidt met gravement en cause celle de la commission européenne qui a , selon lui, "une part de responsabilité dans l'aggravation de la crise ukrainienne" et il s'emporte contre les bureaucrates qui "comprennent trop peu la politique étrangère". Bruxelles, dit-il, "se mêle trop de politique étrangère, alors que la plupart des commissaires européens la comprennent à peine".[1].

Comment ne pas être frappé de la distance entre l'immense capacité technique des grandes puissances, singulièrement les Etats-Unis, et leur incapacité à se fixer des buts de guerre cohérents, pire, à percevoir leurs vrais intérêts.

Mais peut-être ces buts de guerre étaient-ils plus subtils que ce que l'on dit ? Ne dit-on pas qu' aurait été appliquée au Proche-Orient la théorie du chaos: la suprématie américaine et la sécurité d'Israël seraient mieux assurés, selon elle, si tous les Etats de la région , spécialement les plus solides comme les dictatures nationalistes , sombraient dans des rivalités tribales ou confessionnelles.

S'il est vrai que l'histoire de la région au cours des dernières années n'exclut pas, bien que nous ne soyons sûrs de rien, qu'une telle théorie ait été appliquée, nous voyons aujourd'hui avec l'EIIL le monstre qu'elle a fabriqué.: Fankenstein ou le golem, au choix.

Au moment où une écrasante supériorité technique des Etats-Unis et d' Israël leur permet de mener ( sauf en Afghanistan) une guerre presse-boutons, permettre à certaines factions de leur périphérie de se livrer à une guerre permanente , une vraie guerre de terrain pour le coup , c' est courir le risque de trouver un jour face à soi ces factions surentrainées.

Bien plus que l'enthousiasme, ce sont deux siècles d'anarchie féodale qui avaient permis aux Croisés de prendre Jérusalem à un contre dix.

Le Liban est à cet égard emblématique: peu importe qui a alimenté la longue guerre civile qui a divisé ce pays; l'important est qu'en a émergé au bout du compte , par une sorte de sélection naturelle, le Hezbollah dont la force ne tient pas seulement au soutien de l'Iran mais aussi à son surentrainement . Tsahal en a fait l'expérience. L'armée d'Assad n'était pas flambante avant la présente guerre civile; Si elle la gagne ,elle en sortira singulièrement sortira renforcée. Et naturellement l'Etat islamique en Irak et au Levant n'est autre que la conjugaison de ces forces surentrainées sur différents champs de bataille au cours des dernières années .

Il faut bien sûr une intervention musclée pour détruire cette entité barbare. Et il faut aussi que la France y occupe une place de premier plan.

Il n'y a certes pas là les prémisses d'un embrasement mondial . Nous ne sommes plus au VIIe siècle: l'exaltation religieuse ne tiendra pas longtemps devant la supériorité technique .

Mais certains stratèges en chambre , aussi cyniques qu'ignorants du passé, doivent cessent d'imaginer qu'on peut impunément semer le vent sans récolter la tempête, surtout dan le désert.

Roland HUREAUX

[1] Entretien - Bild 16 mai 2014

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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 22:18

Trois décisions récentes ont montré que les Cours souveraines ( nous entendons par là des juridictions jugeant en dernier ressort : Conseil constitutionnel, Conseil d'Etat, Cour de cassation) savaient prendre des décisions ne risquant pas de heurter le politiquement correct de l'heure.

Le Conseil constitutionnel a refusé le 17 octobre 2013 aux maires le droit à l'objection de conscience sur la loi Taubira - alors même que le président de la République le leur avait promis et qu'il existe en droit français pour les militaires et certains fonctionnaires. Des amendes très lourdes frapperont donc ceux qui refuseraient d'organiser un mariage entre homosexuels (c'est arrivé récemment à une élue musulmane (PS) de Marseille).

Le Conseil d'Etat a reconnu le 24 juin 2014 la légitimité d'une cessation de soins à caractère euthanasique sur le jeune Vincent Lambert en état comateux alors même que ses parents souhaitaient qu'il reste en vie.

Enfin , la Cour de cassation a reconnu le 22 septembre 2014 en droit français l'adoption par des couples homosexuels d'enfants conçus à l'étranger par la procréation médicalement assistée , même si cette pratique est interdite en France.

La Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) était même allée plus loin en condamnant la France le 26 juin 1994 pour avoir refusé de transcrire à l'état civil les actes de naissance d'enfants nés par mères porteuses aux Etats-Unis.

La légitimité de ces décisions est inégale.

En validant l'ordre de cesser les coins à Vincent Lambert, le Conseil d'Etat se conforme sans doute la loi sur la fin de vie, dite Léonetti (2005) qui , tout en prohibant l'euthanasie active, non seulement autorise la refus de l'acharnement thérapeutique mais proscrit un tel acharnement. Mais reconnaissant lui même que cette considération ne suffit pas, le Conseil d'Etat s'est fondé aussi sur les avis d'un entourage qui , en l'espèce, n'est pas unanime , les parents du moribond étant opposés à la cessation des soins. Faute d'expression explicite de la volonté du patient, il est difficile d'admettre les témoignages de tiers.

On peut comprendre à la rigueur la position du Conseil constitutionnel soucieux de la continuité du service public ( mais dans ce cas, il existe des parades comme le pouvoir de substitution du préfet ou la réquisition d'un tiers consentant ) tout en trouvant anormal qu'un élu ne puisse pas jouir dans ce cas de la liberté de conscience.

Il est vrai que la reconnaissance au droit à l'objection de conscience aurait , aux yeux des promoteurs de la loi Taubira, détruit entièrement l'objectif réel qui était le leur: imposer par la loi civile une morale différente de la morale commune . La loi Taubira n'est pas une loi relativiste, elle vise au contraire à rendre officielle la maxime selon laquelle l'homosexualité est strictement équivalente à l'hétérosexualité. C'est pourquoi cette loi , du fait qu'elle instaure une morale officielle, porte en germe une limitation de l'objection de conscience dont on a vu les effets et au-delà celle de la liberté d'expression comme l'avait expérimenté le député Christian Vanneste.

Quoi qu'il en soit, une telle décision heurte de plein fouet le droit d'un enfant à avoir une père et une mère ( sauf accident) et confirme les opposants à cette loi dans l'idée qu'elle portait en puissance la PMA (procréation médicalement assistée) et la GPA (gestation pour autrui) pour les couples homosexuels.

Le degré d'absurdité de la position de la Cour de cassation est illustrée par l'expression "l'épouse de la mère".

« Le recours à l’assistance médicale à la procréation, sous la forme d’une insémination artificielle avec donneur anonyme à l’étranger, ne fait pas obstacle au prononcé de l’adoption, par l’épouse de la mère, de l’enfant né de cette procréation, dès lors que les conditions légales de l’adoption sont réunies et qu’elle est conforme à l’intérêt de l’enfant. »

Intolérance et idéologie

Mais il y a plus grave: ces trois lois portent sur de sujets de société où la pression des partisans d'une nouvelle morale s'exerce par des moyens de plus en plus terroristes, ceux de la tyrannie du politiquement correct.

Il fut un temps où, sur des sujets controversés, telle ou telle cour souveraine pouvait aller contre l'opinion, nous ne disons pas dominante mais la plus forte médiatiquement et la plus véhémente dans son expression, par exemple en matière de droit de la presse où la Cour de cassation a, de tradition, toujours été vigilante à maintenir la liberté d'expression. .

On peut se demander si cela sera encore possible.

Déjà , sur des sujets de ce genre, comme en matière de diffamation, les Cours d'appel ont l'habitude de juger de plus en plus en fonction des pressions de l'opinion publique, laissant au la Cour de cassation le soin de rappeler le droit.

Les trois décisions évoquées , par leur coïncidence, permettent de craindre le pire : de voir s'étendre dans la justice le règne des idéologies les plus intolérantes.

Ces idéologies ont en commun, comme toutes les idéologies, de ne pas respecter le principe de la séparation des pouvoirs. Les causes qu'elles prétendent défendre sont , pour elles, si impérieuses, qu'aucun principe ne saurait prévaloir contre elles.

L'idée qu'aucune idéologie ne saurait prévaloir contre le droit est au contraire au fondement d'une civilisation de liberté. C'est ce qu'il importe aujourd'hui de défendre.

Roland HUREAUX

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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 22:12

Publié dans Marianne.com

La force de l'armée de l'Etat islamique en Irak et au Levant ( Daesh en arabe, Isis[1] en anglais) qui occupe le nord de ce pays et une partie de la Syrie ne réside pas, comme on pourrait le penser, sur le fanatisme de ses troupes mais sur l'expérience et le savoir-faire de leur noyau dur, composé principalement des anciens soldats de Saddam Hussein.

Ces anciens soldats, qui semblent être devenus islamistes par opportunisme, sont d'abord des patriotes irakiens sunnites[2]. Ils ont été entrainés dans une armée qui , pour avoir été vaincue à deux reprises (1991, 2003) par une armée américaine dotée de moyens infiniment plus importants, n'en était pas moins une des meilleures du monde arabe, du fait en particulier de la guerre contre l'Iran (1980-1988) où les Irakiens avaient eu le soutien, à la fois de l'URSS et de l'Occident. Dispersés après la guerre de 2003 et l'occupation américaine, ces soldats perdus ont continué la lutte. Depuis 2003, ils ferraillent d'une manière ou d'une autre, contre les Américains, contre les chiites que les Etats-Unis ont mis au pouvoir en Irak, contre les Kurdes, sunnites comme eux mais pas arabes. Beaucoup ont été détenus et torturés par l'armée américaine à la prison d'Abu Ghraib. Après avoir embrassé un moment la cause d'Al Qaida au nord de Bagdad, ils ont contribué à la formation de l'armée islamique.

C'est dire que tous ceux qui voudront les mettre au pas auront affaire à forte partie.

L'absurdité de la situation est que cette force, ni l'Etat islamique n'existeraient pas si, après la guerre de 2003, les Américains n'avaient multiplié les maladresses.

Les flottements qui ont accompagné les débuts de l'occupation américaine n'étaient déjà pas de bon augure. Le premier administrateur nommé, Jay Garner, s'avéra si incompétent qu'il fallut le remplacer au bout d'un mois par Paul Bremer qui resta en poste jusqu'en 2006 et ne fut pas beaucoup plus brillant.

Tenant le régime de Saddam Hussein pour une incarnation du diable, les Américains décidèrent de purger l'administration irakienne de tous les membres du parti Baas. C'était aussi intelligent que si l'on avait décidé, à la chute de l'Union soviétique, de gouverner le pays en écartant tous les anciens communistes, c'est à dire à peu près tout le monde !

Pour ce qui est de l'armée de Saddam, elle fut immédiatement licenciée , mais sans solde tandis qu'on permettait à ses soldats , probablement par négligence, d'emporter leurs armes. On connait la suite. Pour tous ceux qui connaissent les mœurs de la soldatesque, c'était évidemment le contraire qu'il fallait faire : lui permettre de partir sans armes mais avec solde maintenue, les revenus du pétrole permettant aisément de financer ce maintien.

Mais plus destructrice encore fut la volonté d'appliquer à toute force à l'Irak la règle démocratique, c'est à dire majoritaire, sans considération des circonstances particulières de ce pays. L'Irak était gouverné depuis des siècles par la minorité sunnite ( environ 35 % de la population ) dont les cadres du régime et de l'armée de Saddam étaient principalement issus . La règle majoritaire ne pouvait que conduire au gouvernement la majorité chiite (60 % de la population)[3]. Une minorité longtemps privilégiée n'abandonne pas de gaîté de cœur le pouvoir , surtout si cet abandon s'accompagne de brimades telles celles que l'on imposait aux anciens du régime baasiste. Par ailleurs la majorité chiite fut très peu portée à laisser une part de pouvoir aux minoritaires, sunnites et kurdes; l'exclusivisme chiite atteignit son sommet avec le premier ministre récemment révoqué pour ses excès Nouri Al-Maliki ( 2006-2014).

Il est clair que laisser en rade comme les Américains et leurs protégés chiites l'ont fait une forte minorité , disposant d'une assise territoriale dans le nord du pays, d'une habitude séculaire de domination et d'un bon entrainement aux armes ne pouvait que conduire au chaos. Ce fut le cas d'abord avec la guerre civile en zone sunnite ( où étaient impliqués du côté sunnite des volontaires d'Al Qaida venus de différents pays ) et le terrorisme à Bagdad. C'est aujourd'hui le cas avec l'émergence de l'EIIL, le fanatisme étant venu se conjuguer aux frustrations sunnites pour en démultiplier l'impact.

Une solution préservant le statut des sunnites, tout en transférant l'essentiel du pouvoir à la majorité chiite, aurait été de restaurer la monarchie, sous forme constitutionnelle, au bénéfice de l'héritier de l'ancien roi Fayçal II renversé par l'armée en 1958, Chérif Ali ben Hussein , sunnite mais marié à une chiite. Ce personnage fit des offres de services et ouvrit un site, mais. pas plus qu'en Afghanistan, les Américains, bon républicains, n 'envisagèrent cette option.

Les Américains ont eu tout faux

C'est dire que les Américains qui s'étaient eux-mêmes instaurés comme pacificateurs et arbitres du Proche-Orient ont eu à peu près tout faux. Ils ont détruit un Etat, celui de Saddam Hussein, certes peu sympathique mais qui ne menaçait personne; ils ont géré l'après-guerre en dépit du bon sens faisant tout en particulier pour exciter l'animosité des sunnites[4].

Au point que certains les soupçonnent, à tort ou à raison, d'avoir voulu volontairement entretenir le chaos.

L'inexpérience et la maladresse n'expliquent en tous les cas pas tout. Il y a la conception de la guerre que se font depuis toujours les Américains: une guerre d'où est absente tout respect de l'adversaire et qui ne saurait être, que celle du bien contre le mal, conçus à partir de critères moraux étriqués. Dès lors que l'armée de Saddam Hussein avait été détruite, il n'était pas question pour eux de tendre la main aux vaincus du Baas pour tourner la page et reconstruire le pays. Non, pour les protestants nord-américains, il n'y a pas de pardon : le Baasistes devaient être maudits et exclus du pouvoir jusqu'a la septième génération. Nous voyons le résultat.

Il est clair que le problème posé par l'Etat islamiste ne pourra être réglé que si les sunnites et anciens baasistes retrouvent pleinement leur place dans l'Etat irakien.

Roland HUREAUX

[1] Islamic State in Irak and in Syria

[2] De même que les djihadistes touaregs du Mali sont d'abord des patriotes touaregs exaspérés par le centralisme prétentieux et brouillon du gouvernement de Bamako.

[3] Les 5 %qui restent sont des chrétiens (3 %) et d'autres confessions comme les yezidis aujourd'hui massacrés.

[4] Et nous n'évoquons pas ici l'absurdité qu'il y avait, étant en conflit avec l'Iran de renforcer , l'arc chiite, en faisant passer l'Irak du camp sunnite au camp chiite.

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Published by Roland HUREAUX
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23 avril 2015 4 23 /04 /avril /2015 22:25

Le débat sur le protectionnisme a été rouvert en Europe par la crise , singulièrement la crise de l'industrie européenne, laquelle perd chaque jour un peu plus de sa substance.

Deux grands pays s'y opposent : l'Allemagne et la Grande-Bretagne, pour des raisons différentes.

L'Allemagne parce que son potentiel industriel et surtout sa capacité à contenir la hausse des coûts de production, combinés avec la facilité pour sous-traiter dans les pays à bas salaire de l'Est, lui permettent pour le moment de résister, mieux que d'autres, au choc de la concurrence asiatique . Même si certaines de ses branches industrielles, comme la sidérurgie, dépérissent aussi .

Les Allemands se gaussent volontiers des tendances protectionnistes des Français, oubliant qu'au XIXe siècle le grand théoricien du protectionnisme, Friedrich List était allemand et celui du libre-échange, Frédéric Bastiat, français ! L'industrie allemande n'aurait pu connaitre l'essor qui fut le sien au temps de Bismarck sans une solide protection douanière.

Les Anglais, eux ont une vraie tradition libérale et s'opposent au protectionnisme par doctrine; mais il faut savoir que le flottement de la livre leur permet de se défendre mieux que les autres de la concurrence.

Le débat sur le protectionnisme ne serait sans doute pas revenu à la surface sans la contrainte de l'euro: presque tous les pays de la zone euro ( sauf l'Allemagne) n'affrontent pas la concurrence internationale dans des conditions de marché normales du fait que la plupart doivent subir le handicap d' une monnaie surévaluée, un euro fort qui est sans doute à la mesure de l'Allemagne mais pas à la leur. Il est donc vain de les taxer de "frilosité" car ce dont ils pâtissent, ce ne sont pas à proprement parler de l'ouverture internationale et des lois du marché mais d'une situation monétaire artificielle qui précisément échappe aux lois du marché.

En effet, le libre-échange mondial serait beaucoup plus facile à supporter si tous les pays pouvaient le faire en ajustant en permanence ou à intervalles réguliers, leur taux de change à leur compétitivité réelle, cette compétitivité ne résultant pas seulement de leur potentiel industriel et de la qualification de leur main d 'œuvre mais aussi de leur capacité à contenir l'inflation intérieure.

Rétablir l' équilibre extérieur est toujours possible si la variable monétaire est maîtrisée

Dans quelque situation qu'un pays se trouve sur le plan de ses échanges extérieurs, un changement de parité pourra toujours lui permettre de rétablir l'équilibre : une réévaluation de sa monnaie s'il est excédentaire, une dévaluation s'il est déficitaire.

Et de fait, le meilleur taux de change est sans doute celui qui permet tout simplement à chaque pays d'avoir des comptes extérieurs en équilibre

Ces ajustements peuvent certes être douloureux: une dévaluation renchérit le coût des produits importés, en particulier le pétrole, et donc , à très court terme, diminuera le pouvoir d'achat. Mais il ne s'agit là que d'une opération vérité : une monnaie surévaluée donne toujours aux habitants d'un pays une rente imméritée - ayant pour contrepartie le ralentissement de la croissance et le chômage. La dévaluation, dans ce cas, n'est qu'un retour au réel, douloureux mais nécessaire. Et d'autant plus facile à supporter qu'elle se traduira presque toujours à brève échéance ( six mois environ) par une relance de l'économie .

C'est dire que si tous les pays retrouvaient une pleine liberté de fixer leurs taux de change ( nous réservons le cas particulier des Etats-Unis qui ne sont pas tenus, du fait du rôle particulier du dollar, d'équilibrer leurs échanges extérieurs ) , les protections douanières ne seraient pas nécessaires, en tous les cas pour maintenir les grands équilibres. Un glissement de la monnaie leur permettrait de vendre moins cher sur le marché mondial et donc à la fois de vendre plus et de maintenir certains secteurs menacés, au moins ceux qui se trouvent proches du seuil de compétitivité.

Il est fréquent que ceux qui se plaignent du tout-marché, ont en réalité, si l'on regarde bien, à se plaindre en réalité des entorses au marché. La logique du marché exige souvent, pour être pleinement efficace, d' être poussée jusqu'au bout. Les Français trouveraient la mondialisation plus "heureuse" si le taux de change de leur monnaie (qui ne serait donc plus l'euro) était fixé , lui aussi, par le marché , ce qui n'est pas le cas , on le sait, dans le cadre contraint de l 'euro.

Si le protectionnisme n'est pas nécessaire à l'équilibre des échanges extérieurs, il peut l'être en revanche à un Etat qui voudrait protéger certains secteurs stratégiques.

Le rééquilibrage des échanges au moyen d'une dévaluation peut se faire par le dopage de certaines productions de faible niveau technique ( par exemple les produits agricoles ). Mais il n'est pas incompatible, en théorie, avec le sacrifice de certains secteurs prometteurs mais insuffisamment développés qui , même avec une monnaie dévaluée, ne sont toujours pas compétitifs. Il est alors normal que la puissance publique, par souci du long terme, veuille protéger ceux-ci par des mesures adaptées : droits de douane ou contingents .

Un autre motif de protection particulière, dont il faut bien dire qu'il n'a hélas pas beaucoup préoccupé nos gouvernants depuis trente ans, est le maintien de certains savoir-faire qui risquent de disparaître si les branches concernées s'évanouissent complètement. Il ne faut pas insulter l'avenir en passant trop vite à la trappe ces savoirs. Il n' aurait pas été inutile par exemple de conserver , comme témoin du passé et précaution pour l'avenir, une ou deux mines de charbons sur le territoire français. De même qu'on ne saurait imaginer que la France abandonne complètement toute activité sidérurgique, ce qui est aujourd'hui un risque plus que sérieux.

Nous n'ignorons pas que les règles tant de l'OMC que du Conseil de la concurrence de l'Union européenne s'opposent à de telles politiques sectorielles et même à toute politique industrielle, ce qui est regrettable.

Il y a encore d'autres raisons de faire quelques exceptions au libre-échange , par souci d'aménagement du territoire et d'équilibre régional. Malheureusement, la pression internationale et l'impéritie de nos gouvernements tend à ce que ces préoccupations soient aujourd'hui perdues de vue au point que la France, vieux pays agricole s'il en est, pourrait un jour prochain n'avoir plus d'agriculteurs.

Le libre-échange et la protection ne sauraient, quoi qu'il arrive, être tenus pour des absolus. Ce sont les touches d'un clavier sur lequel chaque pays doit jouer la partition qui lui semble la plus propice à son intérêt national, à court terme mais aussi à long terme.

Novembre 2014

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23 avril 2015 4 23 /04 /avril /2015 22:21

Paru dans Le Figaro

Même si une opinion sensible aux coups de com' réussis semble bien accueillir la loi Macron, elle est, quant à son contenu, typique de toutes celles qui ont fait monter le Front national au cours des trente dernières années sans aucunement résoudre les problèmes de la France.

Laissons de côté tel ou tel point de cette loi qui peut sembler, au premier abord, intéressant, comme l'épargne salariale, de menues simplifications du droit du travail ou du permis de conduire.

Pour le reste, ce qui nous est proposé n' est rien de moins qu' un nouveau pas dans la déstructuration du temps : le dimanche , de l 'espace : abandon prévisible de certains territoires, ou du tissu social : attaque des professions réglementées, symboles d'une classe moyenne par ailleurs laminée fiscalement. Ainsi se poursuit l'effacement progressif des repères qui restaient à des Français déjà "paumés" : la famille, l'histoire, la nationalité mais aussi bien toutes les formes d'appartenance : corps spécialisés, région, commune, le département n'étant qu'en sursis. Pour qui sait écouter, c'est, plus encore que l'immigration, cette perte des repères qui fait monter partout le vote de rupture.

Et tout cela pour quoi? On sait que rien dans la loi Macron ne changea quoi que ce soit aux fondamentaux macroéconomiques désastreux de la France : déficit, endettement, récession , chômage ; elle n'apportera ni croissance ni activité: qui prendrait au sérieux les 6 milliards de hausse promise du pouvoir d'achat ? Bien au contraire, comme à peu près toutes les lois depuis un quart de siècle, elle introduit subrepticement des dépenses publiques supplémentaires : indemnisation des professionnels ayant payé leur charge, recrutement de magistrats de profession pour les tribunaux de commerce.

Ignore-t-on que c'est dans le cadre qu'on veut bouleverser que la France a fait dans la seconde moitié du XXe siècle les magnifiques progrès que l'on sait? La dénonciation obsessionnelle du prétendu "corporatisme" français est-elle autre chose qu' une forme de la haine de soi, pour ne pas dire du "suicide français".

On allègue les impératifs comptables : mais tout ce qu'on se propose de défaire existait dans les années cinquante et soixante où la France avait vingt points de moins de prélèvements obligatoires. Comment faisait-on donc ?

Manquerait-on de capitaux pour autoriser la pénétration des professions libérales par des fonds de pension, selon le voeu de Bruxelles ? Bien sûr que non. Mais il faut absolument que ces professions soient dépersonnalisées ! Nous connaissons un quartier de Marseille où , hors des mafias, le seul encadrement social qui subsiste est assuré par le notaire et le pharmacien.

C'est à la qualité de ce genre de services réglementés que l'on reconnait une société civilisée. Faute que ces secteurs posent, pour la plupart, des problèmes sérieux, on fait, en ce domaine comme en d'autres, des lois pour en créer !

Tel est l'esprit de la loi Macron. Le principe précède l'application. Le point de départ , c'est que telle ou telle législation , tel ou tel statut ne sont pas jugés conformes à un principe idéologique donné, en l'occurrence le libéralisme pur et dur (ou ce que l'on croit tel).

Avec un rare manque d'imagination, on y retrouve les propositions du rapport Rueff-Armand (1960), bible de générations d'élèves de Sciences po. Si beaucoup n'ont jamais été appliquées , peut-être ne faut-il pas l'imputer , comme on le fait, au manque de courage, mais à la conscience de générations un peu plus pragmatiques, qu'il faut quelquefois faire des exceptions aux lois du marché.

Quels problèmes concrets pose donc notre système notarial ? Aucun. Tel qu'il a été organisé par la loi du 25 ventôse an XI, il est sûr, permanent, assure partout des conseils de proximité par des gens qualifiés. On ne lui reproche que de coûter trop cher : mais qui a calculé qu'on pourrait y faire ? Et à supposer qu' on ait chiffré les économies prévues, les a-t-on rapportées aux inconvénients qui en résulteront, tels l'appauvrissement de la couverture territoriale ? Le système reposerait sur des privilèges - inséparables d'une déontologie . M.Macron, qui a travaillé dans la banque, n'en aurait donc pas rencontré d'autres, et d'une autre envergure ?

Ouverture plus large des magasins le dimanche , sans doute en prélude à une ouverture tout au long de l'année ? Au profit de qui ? Pas d'une clientèle populaire qui a de plus en plus de mal à joindre les deux bouts ; aucune augmentation globale de la consommation n'est à attendre.

Le vertige du trotsko-libéralisme

Résoudre des problèmes qui ne se posent pas, tout en laissant en plan ceux qui se posent sérieusement ( le chômage, la justice, l'école, l'immigration, les retraites ) , telle est la démarche d'un gouvernement idéologique : on en a vu un bel exemple avec la réforme régionale qui a déstabilisé une structure en réalité analogue à celle de nos voisins et qui ne posait, quoi qu'on ait prétendu, aucun problème réel. Et quelle immense naïveté de croire qu'en réduisant d'un tiers le nombre des régions , on réduirait d'autant leur coût ? c'est l'inverse qui nous attend.

L'idéologie est, comme le dit Hannah Arendt , la volonté de tout régir par un principe unique ( ou deux ou trois), et d'y ramener tout ce qui, dans une réalité nécessairement complexe, y échappe encore. Curieusement le libéralisme dogmatique d'un Macron se trouve en synergie avec l'égalitarisme tout aussi destructeur d'une Vallaud-Belkacem qui, poussant jusqu'au bout la logique de Pierre Bourdieu, veut abolir la dernière hiérarchie existante à l'école, celle des notes. Trotsko-libéralisme ? L'important est de casser.

Dernier motif de ce remue-ménage : satisfaire Bruxelles ou Berlin qui demandent que la France "se réforme", en bien ou en mal qu'importe. Seule importe l'illusion : il faut donner à nos partenaires celle que la France bouge. Comme ces artistes qui brisent les objets de la vie quotidienne ou des statues vénérables pour produire du soi-disant art contemporain, le gouvernement socialiste casse tout ce qui faisait la force de la France (la famille, l'Etat, l'armée, les classes moyennes) pour donner l'illusion de la modernité . Mais sous les apparences de la modernisation, c'est, on peut le craindre, un grand désastre qui se prépare.

Roland HUREAUX

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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 16:04

La monnaie relie et , en même temps, sépare les territoires.

Expliquons ce paradoxe :

La monnaie permet les échanges entre des territoires différents, plus ou moins éloignés, et par là les relie. Inséparable du pouvoir régalien, elle exprime l'unité d'un royaume ou d'un empire - ou d'une république.

Mais au sein d'une unité politique, comme entre des pays différents , la compétitivité est nécessairement inégale. Comment en serait-il autrement puisque, quoi que l'on fasse pour la limiter, l'inégalité est dans la nature ? . Ce peut être une inégalité de conditions naturelles entre les territoires d' accès plus ou moins facile: par exemple entre une plaine et des vallées isolées, ou bien entre des territoires aux ressources naturelles inégales. Mais ce peut être aussi une inégalité liée aux conditions sociales , au mœurs, aux niveaux de salaire, de formation , à la propension plus ou moins grande au travail ou au commerce.

Si ces territoires inégaux se trouvent dans la même entité politique et sous le régime de la même monnaie, les inégalités auront tendance à s'accuser : moins favorisés par la nature, les habitants des montagnes descendront dans la plaine, ceux des campagnes isolées iront à la ville, ceux des régions pauvres en ressources naturelles vers celles qui en ont. De ce point de vue, la monnaie commune , loin de relier les territoires, les distend : toutes choses égales par ailleurs, les uns se trouvent dans la spirale de la réussite, les autres dans celle de la récession. A l'extrême, les pays périphériques, vidés de leur numéraire , ne pourront même plus commercer entre soi. Cette déstabilisation au bénéfice des mieux dotés est d'autant plus rapide que l'on se trouve engagé dans une économie d'échanges et donc aujourd'hui plus qu'autrefois.

Entre pays de compétitivité inégale, les variations de taux de change - et donc le pluralisme monétaire - ont à l'inverse pour effet de rétablir une compétitivité égale, nécessaire à des échanges équilibrés. Les pays moins favorisés redeviennent compétitifs grâce à une monnaie dévaluée, un ajustement sanctionné par une éduction de leur pouvoir d'achat , mais qui préserve leur existence en tant que communauté territoriale, en maintenant des conditions de compétitivité égales avec leurs voisins mieux dotés ou plus dynamiques.

Ainsi, pour tous ceux qui attachent de l'importance à une répartition harmonieuse des hommes entre les différentes régions du monde , qui ne tiennent pas pour souhaitable le concentration toujours plus grande des richesses et des hommes au bénéfice de certaines régions, la pluralité de monnaies remplit un rôle nécessaire d'équilibre. Ceux qui rêvent d'une monnaie mondiale unique ne mesurent pas ce qu'elle aurait de déstabilisant pour la plupart des pays. La pluralité monétaire, loin d'être une marque de l' imperfection du monde, est le moyen qui permet , au travers des lois du marché, de gérer au mieux des territoires nécessairement disparates.

Mais on ne peut pas non plus imaginer que chaque terroir, chaque vallée aient chacun sa monnaie.

Un moyen terme est nécessaire entre une monnaie universelle qui multiplierait les déséquilibres et un morcellement excessif des zones monétaires, qui constituerait un frein aux échanges.

Robert Mundell, prix Nobel d'économie en 1999 a établi la théorie des zones monétaire optimales dont on comprend aisément qu'elles se situent à mi chemin d'un morcellement et d'une disparité excessifs[1]. Une zone monétaire n'a pas à être nécessairement restreinte géographiquement ; à tout le moins ne faut-il pas qu'elle soit trop hétérogène. Certains auteurs sont même allés jusqu'à suggérer que les Etats-Unis pourraient ne pas être une zone optimale, qu'il aurait mieux valu les scinder en deux ou trois.

Il n'est pas sûr cependant qu'existe une réponse unique, scientifique à la question de l'optimum , le facteur politique ne devant pas être sous-estimé .

La zone euro est-elle une zone monétaire optimale ?

La zone euro est-elle une zone monétaire optimale ? C'est aujourd'hui un grand débat. Il est clair que les disparités monétaires permettraient à des pays aux conditions de compétitivités différentes, la Grèce et les Pays-Bas, ou bien la France et l'Allemagne, de maintenir des échanges équilibrés et un développement et territorialement harmonieux rendant possible de compenser ces inégalités par des ajustements monétaires périodiques.

Il y a certainement un lien entre le génie de l'Europe: des populations diverses par les aptitudes, la langue , les culture nationales réparties sur tout le territoire d'un continent, lui-même géographiquement très varié et la souplesse d' une organisation monétaire fondée sur la pluralité historique des monnaies

Ceux qui envisagent la pérennité de l'euro, savent que sa gestion suppose une organisation politique beaucoup plus intégrée, donc centralisée. Une telle organisation, cela va sans dire, aurait moins d'égards pour les problèmes de compétitivité de telle ou telle "province". Ainsi les Grecs, frappés par un chômage de masse du fait de la dégradation de leur économie, n'auraient d'autre issue que d' émigrer massivement en Allemagne ou alors de vendre leurs actifs à des pays plus prospères. Les ajustements nécessaires (baisse des salaires, licenciements de fonctionnaires) leur seraient appliqués avec plus de rigueur encore qu'aujourd'hui, au risque d'aggraver la récession et donc d'accélérer l'exode. Cette idée d'un ensemble économique de grande dimension peu regardant des problèmes adaptation locale, les Etats-Unis en ont offert l'exemple peu avant la grande dépression de 1929 avec l'exode massif vers la Californie des fermiers du Middle West, frappés par la mévente de leurs produits, exode décrit par Steinbeck dans Les Raisons de la colère, ou encore par le caractère radical du déclin de certaines villes jadis prospères comme Détroit, du fait du de la crise de l'automobile.

Pour Mundell, une zone monétaire unique implique une parfaite fluidité de la main d'œuvre, à même de migrer d'une région vers une autre en cas de crise régionale. Cruelle sur le plan des individus ou des familles, une telle perspective serait destructrice pour la culture : au terme du raisonnement, on peut imaginer qu'un pays comme la Grèce disparaitrait de la carte de l'Europe, ce qui serait, avouons-le, fort dommage !

On peut aller plus loin dans ce genre de questions: la France , après qu'elle eut réalisé , sous l'Ancien régime, son unité monétaire , était-elle elle-même une zone monétaire optimale ? On peut le penser pour une partie de son territoire, notamment la Région parisienne. Mais le Massif central qui fut au XIXe siècle une région industrielle ( voir le Tour de France de deux enfants) et qui ne l'est plus guère aujourd'hui, n'aurait-il pas gagné à préserver son autonomie monétaire , et ainsi à compenser ses handicaps bien réels par une monnaie plus faible ? Sans doute. Il se peut même que si cette région avait eu son autonomie monétaire, elle aurait pu rester une grand montagne industrielle analogue à ce qu'est aujourd'hui la Suisse.

Mais dans le cas du Massif central, le rééquilibrage ne s'est pas fait seulement par l'exode des populations ( les maçons creusois et les cafetiers aveyronnais à Paris ! ), il s'est fait aussi par le biais d'une solidarité nationale qui a, en partie, compensé ces différences . Cette solidarité des territoires est un autre moyen de préserver une zone monétaire entre des régions disparates. Laurent Davezies[2] a montré comment, au sein du territoire métropolitain français , elle va jusqu'à représenter 10 % du revenu d'une région, davantage si on y inclut l'outre-mer. Elle se traduit principalement par le transfert de l'Ile-de-France vers le reste du pays. Elle ne se fait pas seulement par l'aide sociale ou les retraites mais aussi par le maintien d'un tissu administratif fort sur tout le territoire, les fonctionnaires des régions déshéritées , payés par l'Etat , contribuant à y maintenir l'économie locale : le projet actuels de suppression du département et de regroupement des régions n'ont d'autre but, que d'affaiblir cette solidarité , jugée coûteuse par certains cercles parisiens

Mais il va de soi qu'un tel niveau de solidarité, qui ne saurait compenser qu' en partie les effets de la monnaie unique, suppose un sentiment d'appartenance commun fort . Ce sentiment existe au niveau de l'Etat français . Existe-t-il au même degré au sein de l'Europe ? Sûrement pas. Les réactions négatives de l'opinion allemande à l'idée d'apporter un soutien conséquent et pérenne à la Grèce sont à cet égard significatives. Les Allemands de l'Ouest n'ont pas eu les mêmes réticences à porter à bout de bras l'économie des Länder le l'Est.

Il est vrai aussi que la solidarité des territoires est plus facile à organiser dans un budget public qui représente en France 57 % du PIB que dans un budget européen qui n'en représente que 1 % !

Ajoutons que si les transferts deviennent trop massifs, ils génèrent des effet pervers : on l'a vu en Italie du Sud ou une partie de l'aide apportée tant par le gouvernement central italien (la Caisse du Mezzogiorno) que par l'Europe, s'est évaporée entre les mains de réseaux mafieux. Une aide disproportionnée aboutit aussi à créer une situation d'assistance dont l'apport économique ne compense pas les inconvénients moraux ou sociaux, voire politiques. Ces effets pervers, avec l'insuffisance de la solidarité, expliquent en Italie l'apparition d'un sentiment sécessionniste tel que celui de la Ligue du Nord.

Un lien fort entre monnaie et- territoire

Il y a ainsi un lien fort entre la question monétaire et celle d'un aménagement harmonieux du territoire, français ou européen.

Ceux qui pensent que l'euro ne pourra se maintenir, dans un territoire aussi disparate que l'Europe occidentale, qu'au prix d'une centralisation du pouvoir politique à l'échelle du continent n'ont pas tort. Mais perçoivent-ils ce qui se cache derrière cette formule ? Compte tenu des limites de la solidarité entre Européens, elle recouvre, qu'on le veuille ou non, une centralisation "impériale", à l'américaine si l'on veut, qui serait impitoyable aux faibles. Une politique de ce genre est-elle conforme à l'héritage séculaire de l'Europe, laquelle a su, au moins depuis la dissolution de l'Empire romain d'Occident, maintenir une administration de proximité, conforme au génie propre à chacune de ses composantes et à même de maintenir des équilibres fins entre celles-ci, bref une gestion à échelle humaine des terroirs européen ? Il est probable que non.

Roland HUREAUX

[1] Pas forcément cohérent, Robert Mundell n'a pas exclu à l'occasion, la possibilité d'une monnaie mondiale

[2] Laurent Davezies, La République et ses territoires, la circulation invisible des richesses, Seuil, 2008.

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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 15:55

Le Sénat est à nouveau contesté mais qui s'en étonnerait ? Depuis le mois d'octobre, il a basculé à droite, mais qui s'en est aperçu ?

La nouvelle majorité, qui a porté à sa tête le placide Gérard Larcher ne semble pas très contrariante vis à vis du gouvernement socialiste. Elle ne l'a pas été en particulier sur le projet de réforme régionale. Face à un redécoupage de notre pays qui vise, sournoisement, à remettre en cause les fondements de la République , en länderisant la France, il s'est contenté de proposer une France à 15 régions au lieu de 13 ! Il y avait pourtant beaucoup à dire sur ce projet absurde de bout en bout qui vise à résoudre des problèmes qui ne se posent pas : contrairement à ce qu'on dit en effet, nos régions ne sont pas plus petites que celles du reste d'Europe, et comme il est habituel en matière de gestion publique, on peut prévoir sans risque que cette opération de "fusion-concentration" va alourdir les coûts et non les diminuer !

Pas davantage on ne s'attend à une forte résistance du Sénat à la loi Macron quand elle passera devant lui : il y aurait pourtant beaucoup à dire sur ce pot-pourri de mesures diverses dont le fil conducteur est qu'il suffit de s'en prendre aux institutions les mieux établies (du repos dominical au notariat) pour avoir l'air libéral. "Libéral" : un mot magique pour faire taire la droite peu apte à discerner vrai et faux libéralisme. Il est remarquable que, faute de s'exprimer dans le champ politique, l'opposition se transfère dans les groupes professionnels.

Que le Sénat soit dans l'opposition n'est pas une nouveauté dans la Ve République. C'est un cas fréquent aux Etats-Unis. Mais ce changement intervient dans une atmosphère à haut risques pour ce qu'il est convenu d'appeler la Haute-Assemblée. Selon un sondage IFOP réalisé du 8 au 9 septembre 2014, seuls 51% des Français pensent que le Sénat joue un rôle politique important dans la vie politique française contre 61% en 2008, les plus jeunes étant les moins favorables. Discrédit aggravé par les récentes révélations sur sa gestion.

Plus encore que les autres institutions, le Sénat pâtit, d'abord dans les médias, du discrédit du personnel politique.

Pas seulement en raison de tel ou tel scandale mais parce que, en ces temps d'inculture politique grandissante et de grandes simplifications, le bicamérisme est mal compris.

Le bon sens , voilà l'ennemi

Mais à ces raisons s'ajoute ce qui fut longtemps mis à son actif mais ne l'est plus : le fait que, issu du terrain, élu au second degré par un collège électoral composé de tous les maires et d'élus de base, supposés proches des réalités, il serait la chambre du bon sens, du réalisme, de la modération.

Le bon sens qui en d'autres temps aurait paru une qualité et une raison de défendre l' institution , c'est précisément, sans que cela soit dit ouvertement, ce qu'on lui reproche.

Car le bon sens est l'exact contraire de l'idéologie laquelle règne sans partage, aujourd'hui , en tous domaines. Le bon sens ne s'oppose pas à une idéologie particulière mais à toutes. Or les idéologues sont impitoyables : ceux qui l'épousent n'acceptent jamais qu'on s'oppose à eux.

L'idéologie est aujourd'hui présente dans presque toutes les politiques publiques, particulièrement quand le parti socialiste est au pouvoir , mais pas seulement : la justice, l' éducation nationale, les réformes dites sociétales, voire les affaires internationales où la défense universelle du bien tend à prévaloir sur celle de nos intérêts.

Par delà les partis politiques, chaque administration a son idéologie et tend à l' imposer à des hommes politiques, généralement à la recherche d'idées, qu'ils soient de gauche ou de droite.

Il fut un temps , déjà assez éloigné, où les principales réformes de gauche avaient un caractère social. Des lors , il eut été malséant quand il y avait une majorité de gauche à l'Assemblée nationale, pour un Sénat de droite, de s'opposer à ces réformes. Le Sénat de 1936 où Léon Blum n'avait pas la majorité, n'a pas bloqué les congés payés. Le Conseil de la République de 1956 ne bloqua aucune des excellentes réformes que Guy Mollet avait fait voter: bourses d'enseignement généreuses, retraites des agriculteurs et des artisans, minimum vieillesse, allocation de la mère au foyer etc. Si les nationalisations de 1981 avaient sans doute , elles, une relent idéologique plus marqué, le Sénat , resté à droite, ne s'y opposa pas non plus et il eut raison. De même pour le RMI instauré par le gouvernement Rocard en 1989.

Mais nous avons changé d'époque. Les vraies réformes sociales se font rares dans l'action des gouvernements de la gauche et une générosité publique devenue excessive et désordonnée (CMU, AME) suscite de plus en plus l'exaspération des Français. Etre de gauche aujourd'hui se limite à promouvoir des réformes sociétales qui ont toutes un caractère idéologique: les lois Taubira, celle sur le mariage homosexuel (qui est en fait une loi sur la théorie du genre) et celle qui se prépare sur la justice, un escalade sans limite de la parité dans les systèmes électoraux ; on peut y inclure des orientations de plus en plus idéologiques en matière d'éducation, comme la suppression programmée des notes.

La question n'est dès lors pas pour le nouveau Sénat: faut-il préférer la confrontation ou le compromis avec la gauche, mais l'idéologie doit-elle l'emporter sur le bons sens en tous domaines ou le bons sens doit-il résister ?

La résistance du bon sens , c'est au Sénat de l'incarner , et pas seulement à droite, car il est le seul à pouvoir le faire. Et s'il le fait, comme nous croyons qu'il en a le devoir , il doit s'attendre à susciter une agressivité considérable, car, plus que tout, l'idéologie imprègne largement les médias qui ont l'influence que l'on sait. Et face à une telle résistance, ils seront féroces.

Mais, ne nous leurrons pas, si le Sénat ne résiste pas ils le seront aussi ! Ils le sont déjà : car le Sénat n'est pas seulement coupable d'imposer une politique de bons sens ; même s'il ne le fait pas, il pourrait le faire et cela suffit à le rendre suspect.

La chanson que l'on entend à son sujet , on la connait : le Sénat est conservateur, il est ringard , il ne sert à rien. Armes de guerre redoutables mais dont on ne saurait être dupe. Plus le Sénat défendra le bons sens , plus il servira à quelque chose, plus on dira donc qu'il ne sert à rien !

Et s'il renonçait à faire prévaloir en toutes circonstances la voix du bon sens , au motif d'avoir le sens du compromis et de l'apaisement ( comme il l'a fait lors de la loi Taubira de 2012 où la gauche n'avait pas une majorité assurée pour faire passer son texte) , il court un risque pire, celui d'être vraiment inutile. Et alors, n'en doutons pas, il tombera un jour comme un fruit mûr.

S'il défend le bons sens au contraire ( ou le sens commun, comme on voudra), même si la sphère médiatique le combat, il sera assuré d'avoir avec lui la vox populi , comme il l'avait eue en 1969, et il n'y a pas de meilleure défense. Au point où en sont les choses, il n'en trouvera en tous les cas pas d'autre.

Dénoncer des réformes absurdes, comme la réforme territoriale ou tant d'autres , être un rempart du bons sens contre les aberrations idéologiques : s'il remplit cette mission et s'il sait communiquer sur ses positions, le Sénat aura la nomenklatura contre lui mais le peuple avec lui; s'il ne le fait pas, il disparaitra.

Roland HUREAUX

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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 15:53

L'UMP n'a pas cédé à la tentation de voler au secours du gouvernement pour lui permettre de faire voter malgré la défection d'une partie de socialistes la loi Macron sans passer par l'article 49-3.

Heureusement.

Parmi les raisons qui ont conduit au résultat désastreux de l'élection partielle de Montbéliard figure sans doute l'oubli de ce principe fondamental de la politique démocratique que l'opposition doit s'opposer.

Etait-il nécessaire que l'UMP félicite le présidant Hollande de la manière dont il a géré la crise consécutive au drame du 7 janvier ? Sûrement pas . D'abord parce que ce drame témoigne d'un relâchement fâcheux de la vigilance policière . Trois fanatiques , pourtant repérés, sont passés au travers des mailles d'un filet qui avait bien fonctionné durant quinze ans : pas de quoi pavoiser pour le gouvernement Valls, qui n'a pourtant jugé utile de sanctionner aucun responsable.

La récupération de l'attentat par la communication gouvernementale a certes fait regagner au président vingt points de confiance, mais à quel prix ? L'exaltation retombée, beaucoup craignent, avec Emmanuel Todd, que cette manifestation n'ait creusé le fossé entre les communautés.

Un peu plus tôt l'opposition avait manqué une occasion de se démarquer en ne combattant pas avec toute l'énergie qu'il aurait fallu la réforme régionale, particulièrement au Sénat où elle est désormais majoritaire. Ce n'était pourtant pas difficile vu l'absurdité d'un projet parfaitement inutile dès lors que nos régions étaient déjà "de dimension européenne ", soit en moyenne aussi grandes que celle des autres pays [1]! Plus de métropole régionale entre la Loire , le Rhône , la Garonne , soit presque un tiers du territoire ! La "France périphérique" de Christophe Guilluy[2] qu' au lieu d'aider on enfonce ! C'est la négation de cinquante ans d'aménagement du territoire.

On dira que l'opposition doit savoir reconnaître ce que le gouvernement fait de bien. Cette attitude peut se justifier face à un gouvernement encore populaire dont l'opinion ne comprendrait pas qu'on ne lui laisse pas ses chances . Mais quand un gouvernement est tombé aussi bas que celui de Hollande - le redoux de l 'effet Charlie touche à sa fin - , les électeurs s'attendent à ce que les opposants expriment la colère qu'ils ressentent.

Plus grave que le relâchement serait de se tromper de cible et de considérer comme certains sont tentés de le faire à l'UMP, que le Front national est désormais l'adversaire numéro un. Ce serait lui donner le beau rôle ! En régime parlementaire, la cible de l'opposition ne saurait être que ceux qui sont aux commandes, donc les socialistes.

Il faut une doctrine

Mais pour s'opposer , il faut avoir une doctrine claire distincte de celle du gouvernement. C'est l' absence d'une telle doctrine qui la rend si vulnérable aujourd'hui à la propagande gouvernementale.

On en a vu toute l'efficacité avec la loi Macron. Elle a présenté ce projet en forme de pot-pourri ( 106 articles ! ) comme libéral et, sans y regarder plus avant, une partie de la droite l'a pris pour argent comptant. Mais de quel libéralisme parle-t-on ? Dans la tradition de droite, le vrai libéralisme doit être tempéré de conservatisme : il recherche la liberté des mouvements mais autour d'une barre fixe ; il est certes indispensable de décrasser de temps en temps un ordinateur mais sans détruire les logiciels de base.

Les soi-disant sociaux-libéraux (qui sont en réalité des libéraux-libertaires), tiennent pour du libéralisme la destruction de toute institution , surtout celles servent encore de repère à nos concitoyens : entités territoriales , corps d'Etat, famille, calendrier, école , et qu' elles ne posent pas de problème sérieux comme aujourd'hui les professions réglementées. Ce faisant, on ne s'attaque pas aux vraies questions , comme le chômage ou la délinquance. Qu'une gauche essentiellement destructrice se reconnaisse dans ce genre de libéralisme perverti ne signifie pas qu'elle soit passée à droite, au contraire !

Cette politique coûte cher : la gestion du changement mobilise en elle-même des ressources. Pour quel bénéfice ? Il n'y a pas d'exemple qu'une réforme de la sphère publique n'ait entrainé au cours des trente dernières années une augmentation des dépenses ! Voire un gaspillage : ne venait-on pas d'inaugurer à Clermont -Ferrand un hôtel de région de 80 millions d'euros qui ne servira à rien ! Neuf fois sur dix, ces changements, mal conçus, conduisent à une démobilisation des agents: il en faut donc plus !

Malheureusement il semble qu'une partie de la droite fonctionne avec le même logiciel idéologique que M.Macron. Danger mortel : en faisant de la surenchère sur le social-libéralisme , elle cautionne ce dernier tout en élargissant l'espace du Front national. L'anxiété que crée ce remue ménage institutionnel joue en effet un rôle important la montée de ce dernier sur ses nouveaux territoires.

La gauche a, au cours des quarante dernières années, entièrement délaissé le terrain du social et même celui du simple bon sens , pour ne faire que des réformes idéologiques. Face à cette évolution, aucune indulgence n'est permise. Chateaubriand disait que "l'opposition est un absolu". D'ailleurs, quand la gauche s'est trouvée dans l'opposition , il est rare qu' elle ait fait le moindre cadeau. Si l'UMP veut éviter de nouveaux désastres comme à Montbéliard, elle doit faire sans complaisance son travail d'opposant.

Roland HUREAUX *

* Auteur de La grande démolition - La France cassée par les réformes , Buchet-Chastel , 2011

[1] Même en comparaison avec l'Allemagne où 8 des 15 länder sont moins peuplées que la moyenne des régions françaises.

[2] Christophe Guilluy, La France périphérique , Flammarion, 2014

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