Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Roland HUREAUX

MrHureaux

Recherche

Articles Récents

Liens

31 mai 2015 7 31 /05 /mai /2015 19:18

Paru dans Liberté politque

Un suicide pas tout à fait réussi

Eric ZEMMOUR, Le suicide français, Albin Michel, octobre 2014, 534 pages.

Au lecteur pressé qui n'aurait le temps de lire qu'une page de l'essai d'Eric Zemmour sur le "suicide français", nous recommandons celle qui traite de Louis Schweitzer (p.279), ancien PDG de Renault où est expliquée toute la cohérence entre la délocalisation de milliers d'emplois industriels, la multiplication par treize de son salaire et la présidence de la HALDE, sous-tendue par une conscience de gauche bien entendu.

Schweitzer apparait ainsi comme un personnage emblématique d'une génération où l'auteur tente de discerner les moments clef de ce qu'il tient pour le déclin de la France.

Une lecture en forme de chemin de croix : pour qui a suivi la politique française des dernières décennies et sait déjà l'essentiel , Zemmour , pour peu qu'il en partage un peu le regard, remue le couteau dans la plaie ! Mais il ne fait pas que cela : ses éclairages culturels viennent utilement compléter les développements politiques : le cinéma , avec le sinistre Dupont la Joie d'Yves Boisset (1975) qui renvoie pour la première fois depuis 1789 à l'homme du peuple français une image négative, des chansons prémonitoires comme celle d'Aznavour sur les homosexuels (Comme ils disent, 1972), le rôle du rap ou de Coluche ; les éclairages sportifs , quant à eux, révèlent une vraie compétence : ainsi est décrite la dénationalisation des équipes de football à la suite d' une décision dogmatique de la Cour de Luxembourg imposant aux vedettes du ballon rond le principe de la libre circulation des "travailleurs" qui a transformé les grands joueurs en mercenaires.

Sans doute aurait-il fallu distinguer, dans les étapes de cette "descente aux enfers" ce qui était inévitable , comme le déclin de la sidérurgie, les privatisations (pas toutes) ou une certaine mondialisation , de ce qui aurait pu être évité avec des politiques différentes, comme l'abandon du contrôle d'Airbus ou le droit du sol. Mais l'auteur a une thèse: la mondialisation ne pouvait être que particulièrement cruelle à la France dans la mesure où ses caractères historiques: Etat unitaire, héritage colbertiste , modèle social, lui étaient directement contraires. Il rappelle opportunément que l'initiative de l'Etat dans les années cinquante, soixante et soixante-dix est à l'origine de la plupart des champions de l'industrie française : aéronautique, espace, TGV, nucléaire etc. Il aurait pu ajouter "et européenne".

L'ouvrage, qui se veut une somme, s'attache à ne rien omettre de tout ce qui a contribué à raboter l'"exception française" et la France elle-même : mai soixante-huit suivi du ralliement des trotskistes au marché et aux logiques ultralibérales , l'essor du féminisme idéologique ( qui a sans doute le même rapport avec le bonheur des femmes que le stalinisme en avait avec celui des ouvriers russes) , le regroupement familial, le collège unique sacralisé par Haby, ministre de Giscard, les lois mémorielles, la revendication homosexuelle ,l'art contemporain, la création de SOS Racisme à l'initiative de l'Elysée qui , après le naufrage de la gauche sociale, a assis la nouvelle gauche morale, la réintégration de l'OTAN, l'adoption des normes américaines, la transformation de l'IEP de Paris sous l'impulsion de Richard Descoings etc.

A la création de Canal Plus devenu selon l'auteur le chien de garde de la haine de soi, il aurait fallu ajouter la privatisation ostensible par Chirac de TFI, chaîne de référence , alors que la deux et la trois restaient dans le domaine public; les enseignants datent de l'éclatement du PAF vers 1987 , la baisse de l'attention des élèves à l'école, la difficulté de plus en plus grande pour les adultes de les contrôler. Zemmour n'évoque guère la décision prise par une gauche viscéralement hostile au monde rural, d'abandonner les politiques d'aménagement du territoire à partir de 1990, au risque d'aggraver la concentration parisienne et le problème du logement. La réforme de la PAC de 1992 donna le coup du lapin à la vieille paysannerie française. L'auteur parle de "Paris et la désespérance française" .

Zemmour rappelle le rôle de la gauche chrétienne ou postchrétienne dans l'attrition de l'Etat supposé "jacobin": Rawi Abdelal , professeur à Harvard a montré dans une étude jamais traduite le rôle décisif tenu au cours des années 1980 par les Français de cette école, les "Delors boys", dans l'accélération de la mondialisation financière où Warren Buffet voit la grande revanche des riches contre les pauvres. Mais la gauche tout court a su elle aussi détricoter l'héritage de la Révolution française avec la décentralisation, l'encouragement au communautarisme, la dégradation de l'école publique, le tout-marché (et son primat sur la démocratie au nom de l'Europe).

Certaines innovations dont les effets devaient s'avérer décisifs sont passées inaperçues , personne sur le moment n'en mesurant la portée : l'introduction des préambules dans le bloc de constitutionnalité sous Gaston Palewski (1971), porte ouverte au gouvernement des juges ; la loi Pleven ( 1972) qui interdit toute discrimination sur la nationalité , votée à l'unanimité comme la loi Gayssot, comme la LOLF, comme toutes les mauvaises lois , la loi Giscard qui interdit à l'Etat de se financer par la Banque de France (1973) , loi sans laquelle la dette publique ne serait pas ce qu' elle est aujourd'hui.

La montée du gouvernement des juges a eu des effets fâcheux au cours de la période comme l'arrêt Motcho du Conseil d'Etat (1980) qui élargit le regroupement familial aux polygames ou l'avis de 1989 favorable au port du voile à l'école. La loi est heureusement venue corriger en ces matières la jurisprudence.

On pardonnera quelques erreurs ici ou là : le Royaume-Uni n'a pas de régions ; Machiavel n'a sûrement pas déniaisé une France sortant vierge du Moyen-âge : un Louis XI que Chateaubriand appelle le "roi-jacobin" était déjà passé par là . Auraient pu être évités les poncifs inexacts sur le général de Gaulle : son supposé maurrassisme, son pacte avec les communistes ; on ne l'a jamais appelé le Père, sauf après sa mort. Il n'est pas sûr que les centristes pro-européens qui appelaient de leurs vœux l'entrée de l'Angleterre dans le Marché commun aient été déçus par celle-ci : la contradiction entre leur volonté d'élargissement et leur ambition supranationale avait déjà été relevée par le général de Gaulle. Zemmour cultive selon son habitude l'art des formules dont certaines sont un peu rapides : "c'était l'Etat qui faisait le droit ; à présent, c'est le droit qui fait l'Etat".

Pudique sur le sujet , comme il se doit, l'auteur ne mentionne pas ce qui sous-tend sans doute les évolutions qu'il déplore: la déchristianisation, qui n'avait jamais été aussi ample que dans la génération en cause. Peut-on suggérer que , à côté d'un dérèglement des mœurs après tout pas si grave, elle aurait pu entrainer aussi, au moins dans les élites, une dérèglement des esprits ? Quand la foi se retire, comme le montre Emmanuel Todd, l'idéologie occupe l'espace et avec elle la déraison. On ne congédie pas impunément le Saint-Esprit.

Il a été reproché à Zemmour d'avoir voulu réhabiliter Pétain. Ce n'était pas son intention. Il défend non pas Vichy mais la France, livrée depuis quarante ans à une humiliante culpabilisation qui vise à saper la fierté nationale sans laquelle il n'est pas de nation vivante - et capable d'intégrer ses immigrés. C'est , non pas de la guerre comme on croit , mais de 1968 que date cette entreprise morbide; et c'est Jacques Chirac , non François Mitterrand, qui a identifié la France non plus à l'épopée gaulliste, mais à Vichy . La première attaque est venue d'un historien américain, Robert Paxton, d'un pays qui , après les ruades gaulliennes, avait intérêt à abaisser la France . Mais la dénonciation obsessionnelle du pétainisme avait une portée plus large , de nature véritablement nihiliste, puisqu' à ce régime était amalgamé de manière insidieuse la morale traditionnelle ( travail, famille, patrie) que la génération de 68 voulait détruire. Alors même que ces valeurs de toujours avaient été tout autant exaltées par la Résistance.

Si nous devons nous cantonner à l'essentiel, nous ne ferions qu'une objection : à l'égard de la vision qu'a l'auteur de l'Allemagne. En bon méditerranéen, il est, lui aussi , quelque part fasciné par elle. Il la tient pour une puissance sans cesse grandissante à laquelle la France aurait été contrainte au fil des ans , non seulement de céder le leadership en Europe mais de se soumettre. "La supériorité allemande est telle que la France ne pourra plus échapper sa vassalisation" . Est-ce si simple ? Il n'est de servitude que volontaire. La réunification n'a ajouté que 5 % de PIB à notre voisine , soit un an de croissance des Trente glorieuses, avec des montagnes de problèmes ( que nous l'avons aidée à régler au delà de toute mesure, au point de nous affaiblir plus qu'elle). Mais pour le reste , l' affaiblissement de la France, n'est ce pas nous qui l'avons voulu hors de toute exigence de notre voisin ? Déjà le préambule ajouté par le Bundestag en 1963 pour torpiller le traité de l'Elysée était l'œuvre d'un Français, Jean Monnet. Le franc fort puis la création de l'euro en 1993 résultent d'un mauvais calcul de Mitterrand qui ignorait tout de l'économie : il pensait que la réunification renforcerait l'Allemagne et que l'euro serait une compensation pour nous. Ce fut l'inverse: la réunification affaiblit durablement l'Allemagne et l'euro , tel qu'il a été conçu, c'est à dire un mark repeint, est à l'origine de l'affaiblissement de la France. Etonnante négociation de Maastricht où la France fait pression pour imposer à une Allemagne réticente une règle du jeu qui pourtant favorise celle-ci ! Si Airbus est issu d'initiatives françaises, c'est volontairement que le gouvernement Jospin-Strauss-Kahn en transféra sans vraie contrepartie la moitié à l'Allemagne. A Pékin, on considère aujourd'hui que l'Airbus est un produit allemand ! Il faut ajouter à ce tableau des capitulations sans défaite la guerre de Yougoslavie , règlement de comptes historique avec la Serbie, ennemie de toujours de l'Allemagne et amie traditionnelle de la France, où rien n'obligeait Chirac à s'engager. Si l'Allemagne paraît aujourd'hui forte et la France faible, ce sont les élites françaises, toujours prêtes à trahir et , ajouterons-nous , d'une incompétence rare, qui ont fait ce choix. Zemmour oublie cependant la fragilité de la prospérité allemande, fondée sur un appauvrissement sans précédent d'une partie de la population, la dégradation des équipements publics et une dénatalité qui épargne les dépenses scolaires. En définitive , une date nous parait plus importante que toute autre dans l'histoire de la relation franco-allemande: à partir de l'an 2000, et pour la première fois depuis 1870 , il y a plus de naissances en France qu'en Allemagne - et il ne s'agit pas seulement d'enfants d'immigrés ! Passée entre 1960 et 2015 de 46 à 67 millions d'habitants, la France est aujourd'hui le seul grand pays d'Europe à renouveler à peu près ses générations. Est-ce pour cela que , seule, elle a opposé quelque résistance à la vague du mariage homosexuel ? Il y a en tous les cas des suicides plus réussis.

Roland HUREAUX

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article
31 mai 2015 7 31 /05 /mai /2015 19:17

APRES LES ELECTIONS DEPARTEMENTALES : MALGRE UN BEAU SUCCES , L'UMP N'A PAS ENCORE GAGNE LA PARTIE

L'UMP a annoncé une grande victoire à la suite des élections départementales de mars 2015. Elle n'a pas eu tort mais les dangers ne sont cependant pas écartés pour elle.

L' annonce se fonde sur le fait que , réunie à ses alliés de la droite classique, elle arrive, avec 36,6 % des voix au 1er tour, à obtenir 2396 sièges et 67 présidences : la plus belle rafle jamais réalisée sur ce type de collectivités ( à un moment où on veut la faire disparaître ! ). La gauche dans son ensemble , au même niveau en voix : 36, 7 % toujours au 1er tour n' obtient que 1533 sièges et 30 présidences. Le FN, avec 25,24 %, n'a que 58 sièges et aucune présidence. La droite passe ainsi de 41 à 66 présidences tandis que la gauche chute de 57 à 30.

(Sur un total de 4108 conseillers, restent 45 à la couleur indéterminée qui ont aussi été élus).

La droite classique se trouve en même temps largement devant le FN en voix.

Mais l'essentiel de cette remontée de la droite classique en voix a un caractère optique : elle vient du fait que les résultats la présentent dans les résultats officiels comme un bloc , alors que l'UMP et l'UDI étaient candidates séparément aux européennes de 2014.

Même s'il n'apparait plus comme "le premier parti de France", le FN se maintient en pourcentage: 24,85 % aux européennes et 25, 24 % au premier tour des départementales, et gagne en valeur absolue 429 410 voix. Cela bien que ce type de scrutin où le facteur personnel et la connaissance des candidats par les électeurs du canton lui soit moins favorable. On peut considérer comme un exploit qu'il ait réussi, pour la première fois, à présenter des candidats dans presque toute la France, même si beaucoup n'étaient que des noms sur un bulletin.

Que le FN ait pâti de son isolement au point de ne remporter en définitive , à l'encontre de ce que certains de ses cadres attendaient , que peu de sièges et pas de présidence n'est pas vraiment une surprise.

La droite classique, et premier lieu l'UMP, que le mode de scrutin favorisait a remporté en sièges et quant au nombre de présidences, une victoire bien plus sensible qu'en voix.

Mais elle est toujours au coude à coude avec la gauche prise dans son ensemble, que le mode de scrutin, favorable aux sortants favorisait encore davantage que l'UMP-UDI.

Moins de la moitié des électeurs se sont exprimés lors des deux scrutins étudiés. On ne sait ce que deviendraient ces résultats avec une participation beaucoup plus élevée.

On ne saurait oublier non plus les divisions de l'UMP et du centre ni leur difficulté à faire un programme qui exprime un vrai renouvellement des idées. Les autres partis rencontrent il est vrai les mêmes difficultés mais c'est le principal parti d'opposition qui est d'abord attendu sur ce terrain.

Malgré un beau succès, et le rejet de la gauche par près de deux électeurs sur trois, l'UMP n'a pas encore gagné la partie.

Roland HUREAUX

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article
31 mai 2015 7 31 /05 /mai /2015 19:15

RESEAUX MEDIATIQUES ET IDEOLOGIE : L'EXEMPLE DE CRISTEROS

Après avoir été projeté dans près de 300 salles de cinéma, un peu partout en France, Cristeros, le film de Dean Wright qui relate la révolte des catholiques du Mexique contre un gouvernement persécuteur ( 1926-1930) aura finalement franchi le cap des 80.000 entrées, ce qui est un résultat honorable. Il s'inscrit ainsi dans le petit nombre de films amortis avant même leur sortie en DVD.

Pourtant sa diffusion en France aura été plus que laborieuse.

Les réseaux normaux ne voulaient pas en entendra parler . Il a fallu un lobbying intense des milieux catholiques , pour qu'une petite société se risque à en assurer la distribution

Première leçon : le catholicisme est politiquement incorrect en France. Un film qui relate leur persécution et leur révolte sent le souffre dans le pays des droits de l'homme , spécialement dans le milieu su show business et des médias. On en a eu une confirmation récente quand la direction de la RATP a refusé de diffuser une affiche mentionnant qu'un concert était donné en faveur des chrétiens d'Orient. Qu'elle ait été obligé de faire machine arrière ne change rien à la signification de l'incident. Le syndicat CGT de la Bibliothèque nationale a eu une réaction analogue vis à vis d'une exposition à la Bibliothèque nationale au sujet des chrétiens d'Orient.

Deuxième leçon : les réseaux du capitalisme médiatique sont tout sauf neutres. Du temps de la Révolution d'octobre, Lénine disait que les capitalistes étaient prêts, pour gagner de l'argent, à vendre tout , "même la corde qui servira à les pendre". On considérait , en ce temps là, que l'argent n'avait ni odeur ni couleur polique . Si une bonne affaire était possible, le capitaliste ne regardait pas à quel parti elle allait profiter, au risque même de favoriser les ennemis du capitalisme.

Mais les temps ont changé. Les publicitaires font aujourd'hui une sélection des médias auxquels il vont apporter la manne qu'ils gèrent . Cette sélection est politique et idéologique. Elle ne sera pas faite en fonction des intérêts directs du capitalisme mais de l'idéologie dominante "politiquement correcte". Dans ce cadre, un film faisant l'apologie de la religion catholique comme Cristeros est suspect. Il en serait de même d'un film qui serait critique du mariage homosexuel ou encore favorable à un pays auquel l'Occident est hostile.

Ce climat nouveau traduit une mutation très profonde de la société. L'intolérance est inséparable d'une idéologie à la fois manichéenne et prométhéenne , comme l'était le marxisme-léninisme , comme l'est aujourd'hui un certain libéralisme libertaire . Ceux qui s'attellent à l'entreprise de construire un monde nouveau acceptent mal qu'on se mette en travers.

Au XIXe siècle, la bourgeoisie dominante n'était pas idéologue, quoi qu'en ait dit Marx. Elle gérait la société en fonction de ses intérêts, certes, mais avec pragmatisme. C'est la gauche et l'extrême gauche qui avaient dû alors , pour résister à la classe dominante , s'arc-bouter sur une idéologie rigide, le socialisme.

Aujourd'hui, l'idéologie, libérale et mondialiste en l'occurrence, n'est plus à la périphérie de la société. Elle est au centre. Les classes dirigeantes sont devenues idéologues . Ceux qui contrôlent la planète ne le font plus seulement par le pouvoir de l'argent et de la force armée. Ils le font de en imposant un mode de pensée aussi exclusif et intolérant que l'était l'idéologie socialiste à ses débuts. Paradoxalement, c'est une idéologie de gauche fondée sur les bons sentiments : l'antiracisme, la promotion libertaire de l'homosexualité, la condamnation du nationalisme et de toutes les frontières. Idéologie très peu subversive en fait sur le plan social dans laquelle rien ne contredit la liberté d'action des grands groupes qui dominent le marché mondial. Comme toutes les idéologies , celle qui domine aujourd'hui est d'une manière plus ou moins ouverte hostile au fait religieux. Le contrôle des médias constitue pour les groupes dominants ou leurs truchements idéologiques un enjeu fondamental . La maîtrise des canaux publicitaires ou ceux de la diffusion sont un moyen essentiel de ce contrôle. Tout organisme qui se voudrait libre par rapport à l'idéologie dominante est tenu de renoncer aux ressources de la publicité et à trouver d'autres formes de financement.

Le fait d'être en position dominante dans la société donne toujours un prestige et des moyens que n'ont pas les opposants. Mais l'idéologie a une force propre, par son caractère de construction logique, sa promesse eschatologique (le progrès sous telle ou telle forme) et l'intolérance à toute forme de débat qui renforce beaucoup les positions de ceux qui combattent sous son pavillon. Cette force se conjugue avec la puissance que le progrès technique donne désormais aux médias. Que le mode de fonctionnement idéologique soit passé de la périphérie de la société où il était apparu, à son centre de commandement, est inséparable d'un contrôle sur la société globale par les forces dominantes sans proportion avec ce qu'il était dans le passé.

Ce qui est arrivé au film Cristeros qui, malgré son caractère éminemment rentable, a eu beaucoup de mal à être distribué , confirme que dans notre société mondialisée, le contrôle des opinions est plus étroit que jamais il ne l' été.

Roland HUREAUX

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article
31 mai 2015 7 31 /05 /mai /2015 19:12

Paru dans Boulevard Voltaire

REFUSER DE FETER LE 19 MARS N'EST PAS CELEBRER l'ALGERIE FRANCAISE

En attaquant bille en tête Robert Ménard pour avoir renommé à Béziers la rue du 19 mars 1962 rue du commandant Hélie Denoix de Saint-Marc, Manuel Vals n'a pas peu contribué à obscurcir la mémoire des évènements de la fin de la guerre d'Algérie.

N'était la personnalité exceptionnelle de celui qui a été ainsi honoré , condamné certes par le Haut Tribunal militaire en 1961, mais gracié dès 1966, unanimement respecté et , au soir de sa vie, couvert d'honneurs par tous les gouvernements, on pourrait certes tenir non le changement lui-même mais le nouveau nom pour une provocation.

Mais en ne voyant en Denoix de Saint-Marc que le participant du putsch d'Alger ( ou plutôt celui qui ne voulait pas trahir sa parole d'officier) , Vals ramène la question à un face à face absurde entre les tenants du 19 mars et ceux de l'Algérie française, comme s'il n'y avait pas d'autre position possible.

La pression du parti communiste

Est-il nécessaire de rappeler d'où vient que tant de rues en France portent aujourd'hui le nom du 19 mars ?

Les signataires des accords d'Evian n'y sont pour rien : le général de Gaulle aurait été le premier choqué que l'on appelât de ce nom une rue en France , a fortiori qu'on fasse de cette date une fête nationale. Tenant les accords d'Evian pour une douloureux pis-aller, il savait que ce jour là les Algériens fêtaient, non sans arranger l'histoire, une victoire . De même que le 1er novembre , jour qui commémore le peu glorieux assassinat d'un couple d'instituteurs français en 1954, tenu pour le début de la révolte du FLN, qui n'est certes pas devenu une fête française, encore heureux, mais que nos ambassadeurs honorent pourtant de leur présence dans toutes les capitales du monde. Ni Pompidou, ni Giscard n'envisagèrent non plus de fêter le 19 mars 1962. François Mitterrand lui-même résista des quatre fers à la pression de la base socialiste pour faire de ce jour une fête nationale. Jacques Chirac ne céda pas non plus à cette démagogie. Ni Nicolas Sarkozy. Mais l'Assemblée socialiste ayant voté un texte dans ce sens en 2002, il a été avalisé par le Sénat dix ans plus tard, délai d'ailleurs discutable sur le plan constitutionnel. François Hollande aurait pu s'y opposer ; il ne l'a pas fait.

Derrière tout cela , la pression inlassable du parti communiste et qui avait fondé le principal mouvement d'anciens combattants de la guerre d'Algérie, la FNACA. Beaucoup d'adhérents de celle-ci n'étaient pas communistes mais voulaient à toute force "leur" fête, frustrés que les poilus aient le 11 novembre, les combattants de la Seconde guerre le 8 Mai et eux rien. La FNACA organisa , bien avant que cela fut officiel, des cérémonies aux monuments aux morts le 19 mars. La plupart des élus, pas seulement de gauche, prirent l'habitude de s'y rendre. En même temps, cette association harcelait les municipalités pour qu'elles instaurent un peu partout des rues du 19 mars.

J'ai assisté à la réunion d'un conseil municipal de droite , qui vota à l'unanimité (sauf une voix , la mienne) , une motion demandant que le 19 mars devienne une fête nationale. Autour de la table, personne ne savait exactement ce qui s'était passé ce jour là et encore moins dans les tragiques semaines qui suivirent . On savait tout au plus vaguement que c'était le jour de la "paix en Algérie".

Pour le Parti communiste , grand amateur de symboles , la signification du 19 mars était beaucoup plus perverse: les aventures coloniales n'ayant été qu'une mauvaise chose de bout en bout , le jour où elles se sont terminées, qu'importe dans quelles conditions , devait être célébré. Les malheureux anciens combattants qui entrèrent dans ce jeu n'avaient, pour la plupart, pas conscience que cette fête disqualifiait entièrement leurs efforts et leurs souffrances.

Il est vrai que ni le mouvement concurrent, l'UNC , ni les hommes politiques qui refusaient d'entrer dans ce jeu, ne firent beaucoup d'efforts pour trouver un autre jour , rappelant tel ou tel fait mémorable de notre histoire coloniale, qui leur aurait donné satisfaction. On s'avisa bien tard de leur donner le 5 décembre, jour à la signification bien pauvre puisqu' il célèbre depuis 2003 l'érection quai Branly d'un monument commémoratif de la guerre d'Algérie et des combats de Tunisie et du Maroc.

Cette affaire illustre une fois de plus que , si l'on laisse de côté les questions économiques et sociales, si contraintes par l'extérieur qu'elles ne sont plus significatives, et ne considère que les questions de mémoire et de société , la France est aujourd'hui gouvernée à l'extrème-gauche.

Ro

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article
23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 23:05

L'UMP A L'EPREUVE DE LA MANIF POUR TOUS

Il y a un mois , l'idée que la droite revenue au pouvoir pourrait toucher à la loi Taubira instituant le mariage homosexuel n'était pas prise au sérieux dans les hautes sphères de l'UMP. Comme dans le passé, la droite , disait-on, ne saurait remettre en cause une évolution sociétale allant dans le sens de l'histoire. Et quel intérêt de se mettre à dos de puissants lobbies pour une question dont , au fond, tout le monde se fichait.

Nicolas Sarkozy se montrait irrité par la question. François Fillon avait dit au moment du vote, que "ce qu'une loi a fait, une autre peut la défaire", mais il n'était pas revenu sur ce sujet depuis.

Alain Juppé , en bon bordelais pragmatique, ne cachait pas son refus de remettre en cause la loi Taubira.

Bruno Le Maire, qui s'était abstenu lors du vote, encore moins.

Hervé Mariton, candidat à la présidence de l'UMP et décidé , lui, à abroger la loi, paraissant dans ce contexte isolé.

Commet s'étonner d'ailleurs de cette position puisque nul n'ignore que si la droite avait vraiment voulu bloquer la loi au Sénat, elle en avait probablement les moyens : ne l'ayant pas fait ,elle en partage à sa manière la paternité.

Et pourtant, n'était ce pas faire là bon marché de l'immense mouvement qui s'était levé pour combattre la loi Taubira. On a beau se gausser de la dominante catho, bcbg de la Manif pour tous, celle du 24 mars 2012 qui rassemblant près de 1,5 million et demi de personnes est sans doute la plus importante manifestation de l'histoire de France. Faire comme si elle n'avait pas eu lieu : telle était la tentation de l'UMP, tentation d'autant plus paradoxale que son électorat y était largement majoritaire.

C'es Nicolas Sarkozy qui, le premier, a rompu le tabou par son discours du 15 novembre 2014 devant le club Sens commun, tendance de l'UMP animée par des jeunes de la Manif pout tous , en admettant d'abord qu'il fallait réécrire la loi puis en concédant que cela ressemblerait "si l'on veut" à une abrogation. Le débat était ainsi relancé.

Nicolas Sarkozy a ainsi réussi une bonne opération, pas tant parce qu'il a fait immédiatement un bond en avant dans les sondages mais parce que le thème de l'abrogation de la loi Taubira lui permet de se replacer au coeur de la droite.

Le temps où les élections présidentielle se gagnaient au centre gauche est bien terminé. Il faut être désormais, comme disait François Hollande, le candidat "normal " de son camp. Avoir un programme sérieux et lisse, poliquement correct n'y suffit pas. Il faut un thème emblématique qui soit un marqueur fort . Ce thème doit correspondre au moment présent de l' histoire politique française: deux ans après les grandes manifestations, et compte tenu qu'il s'agissait là de la réalisation à la fois la plus importante et la plus controversée, celui du mariage homosexuel s'imposait. Et la position prise doit avoir du relief. Pour cela il faut quelle soit transgressive par rapport à l'idéologie dominante; sinon elle passe inaperçue dans l'immense bruit de fond médiatique.

François Mitterrand, le premier, avait compris cela en 1981 .En adoptant presque tout le programme de nationalisations du Parti communiste, malgré les réticences de beaucoup de socialistes et le risque du "mur d' argent" , il faisait une double opération: il gardait les électeurs du PC auquel Moscou demandait de voter Giscard ; il s'installait surtout dans le champ symbolique comme un vrai candidat de gauche. Qu'importe que, en dehors de France, le vent du libéralisme ait déjà à souffler ou que le parti socialiste ait été quelques années après le champion de privatisations. En 1981, cette stratégie lui réussit.

Nicolas Sarkozy n'a sans doute pas fait tant de calculs; mais son instinct lui avait dicté la même aux élections de 2007 quand il avait évoqué, de manière déjà transgressive l'identité nationale. Sa proposition d'abroger la loi Taubira se situe dans la même ligne.

Il ne faut naturellement pas se faire d'illusions sur cette proposition. Il l'a faite du bout des lèvres , sous l'effet de l'ambiance (comme le général de Gaulle prononça une fois dans le même environnement le nom d'Algérie française) et dès le lendemain s'attachait à en minimiser la portée.

En pratique, elle risque de s'avérer difficile à mettre en œuvre. Deux mariages, l'un bisexe , l'autre unisexe ? La masse des opposants à la loi Taubira , dans la mouvance de La Manif pour tous risquent de ne pas se satisfaire que demeure un "mariage homosexuel" ( au pire ils lui préféreront l'"union civile" chère à Frigide Barjot), et le lobby LGBT ne pardonnera bien entendu jamais qu'on remette en cause de quelque manière la loi actuelle , inspirée par la théorie du genre, en discriminant entre deux types de mariage. Ses protestations ont été immédiates et elles servent d'ailleurs Sarkozy dans la mesure où elles semblent prendre au sérieux ses propositions.

Sarkozy réélu abrogerait-il davantage la loi Taubira qu'il a nettoyé les banlieues au karcher entre 2007 et 2012 ? La question reste ouverte. Et , malgré la naïveté de beaucoup, les membres de Sens commun se la posent sans doute. Il reste que la percée symbolique de Sarkozy leur profite en les sortant de la marginalité où ils étaient enfermés il y a quelques semaines.

Si l'ancien président apparait sur le plan politique comme le gagnant de l'opération, on ne saurait oublier que la longue marche à laquelle il se prépare reste parsemée d'embûches : sans s'attarder sur les aléas judicaires possibles, il est clair que son retour a suscité au sein même de l'UMP moins d'enthousiasme que sans doute il en espérait. Et Fillon n'a pas encore dit son denier mot.

Cette de prise de position a aussi contribué donner un surcroit de crédibilité à Hervé Mariton, chaudement applaudi le 15 novembre. Jusque là peu audible, il présente cependant au gré de beaucoup de militants l'avantage de ne pas être candidat à la primaire. Son élection garantirait que le présidant du mouvement jouerait vraiment un rôle d'arbitre évitant une probable scission si le scrutin apparaissait entaché de partialité.

Bruno Le Maire, jeune et très talentueux, normalien et énarque, comme Alain Juppé et Laurent Wauquiez (alors que Hervé Mariton est polytechnicien et énarque) risque d'être, malgré les apparences, le perdant de l'opération "Sens commun" non pas tant parce qu'il s'est fait copieusement huer par ce public très particulier mais parce que sa position sur le mariage homosexuel se retrouve complètement décalée par rapport à ce qu'est aujourd'hui le centre de gravité de la droite. N'étant transgressif sur rien, il risque d'apparaitre, avec ses yeux clairs et son teint blanc comme incolore, inodore et sans saveur. S'il veut être le candidat de la droite en 1997, il lui faut un marqueur fort; pour le moment, il n'en a pas.

On peut en dire autant d'Alain Juppé dont les positions contre la révision du mariage homosexuel est dans la ligne centre gauche qui a toujours été la sienne.

Jacques Chirac engendra Juppé et Villepin ; Villepin engendra Le Maire. Leurs positions se situent clairement dans la ligne "social-démocrate" de Chirac.

On n'en sera pas étonné. Dans un milieu médiatique largement monolithique, son acceptation de la loi Taubira vaut déjà à Bruno Le Maire beaucoup plus d'invitations qu'à Hervé Mariton.

Juppé et Le Maire peuvent être confortés dans leur position par des sondages nationaux qui leur sont très favorables et qui les placent même tous deux avant Nicolas Sarkozy. Phénomène classique propre aux candidats d'un camp qui , par leur modération ou certaines positions décalées, reçoivent de nombreux suffrages dans le camp d'en face. Ils battent alors les records de popularité : ce fut le cas de Simone Veil, de Bernard Kouchner, de Jacques Delors : il n'est pas sûr que le destin de ces derniers soit vraiment l'ambition des deux précités.

L'un et autre risquent de s'ajouter à la longue liste des victimes politiques de la loi Taubira :Nathalie Kosciuszko -Morizet a sans doute perdu une part de sa légitimité à droite en s'abstenant sur ce vote ; la droite parisienne a certes voté pour lui mais sans enthousiasme et sans véritable mobilisation. Meme chose pour la sénatrice Fabienne Keller qui a perdu Strasbourg pour avoir voté pour la loi. Les deux grandes capitales internationales de France échappant à l'UMP à cause des ambiguïtés de ses candidats, ce n'est tps rien ! Une seule grande ville a été gagnée par le droite : Toulouse, où Jean-Luc Moudenc avait joué le jeu normal de la droite en participant à toute les manifestions et en votant contre la loi Taubira.

Jean-Pierre Michel, le sénateur socialiste ardent propagateur des droits des homosexuels et fondateur du Syndicat de la magistrature a été battu à plate couture dans le Haute-Saône.

Roger Karoutchi qui s'était , dit-on, entremis pour que la droite laisse passer la loi Taubira au Sénat a été battu à la présidence du groupe UMP par Bruno Retaillau , issu du villiérisme.

Il est temps que la drotite française reconnaisse le changement de paradigme de la politique occidentale. Dans un système bipartisan, on n'est pas élu à la limite des deux camps , pas non plus aux extrêmes, mais dans son camp. C'est ce dont avaient joué aux Etats-Unis Karl Rove auprès de Bush, et en France Patrick Buisson, son émule auprès de Sarkozy,

L'autre version de ce paradigme: il n'y a plus de sens de l'histoire. le temps où la droite venant au pouvoir ne pouvait qu'avaliser les réformes de la gauche , surtout d'il s'agissait de réformes sociales parfaitement utiles, est terminé. Une gauche idéologique de plus en plus délirante a beau se prévaloir du sens histoire , le peuple l'admet de plus en plus difficilement et ne prendra pas au sérieux un candidat de droite qui se proposerait de consolider ses acquis.

Roland HUREAUX

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article
23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 22:52

EN UKRAINE, L'UNION EUROPEENNE APPLIQUE DES PRINCIPES OPPOSES A CEUX QU'ELLE PROMEUT D'HABITUDE

Publié par Marianne.com

Si l'on examine les motifs du contentieux entre l'Union européenne et la Russie au sujet de l'Ukraine, on voit que sur la plupart des points la position de l'Union est en contradiction avec les principes qu'elle promeut d'habitude.

C'est à l'évidence le cas de la révolution dite de la place Maidan qui a renversé le 22 février dernier le président Viktor Ianoukovitch et permis l'élection le 25 mai (avec tout de même 60 % d'abstentions) de son successeur Petro Porochenko. Pour impopulaire qu'il ait été , le renversement par la rue d'un président régulièrement élu comme Ianoukovitch est totalement contraire aux valeurs que l'Union européenne prétend défendre. Que dirait-on à Bruxelles si le président Hollande, très impopulaire aussi, devait se retirer de la même manière ? Ajoutons que le mouvement de Maidan avait une composante néo-nazie qui n'est pas précisément sympathique.

De même, le respect des minorités linguistiques est inscrit dans différents documents publics de l'Union européenne, notamment la Charte des langues régionales . Quand le Parlement ukrainien retire tout statut officiel à la langue russe en Ukraine, au bénéfice de l'ukrainien qui en est très proche mais qui demeure une autre langue, et cela alors même que le russe est parlé par presque toute la population et qu'il est la langue unique du tiers oriental du pays, comment ne pas y voir une provocation ? Mais elle ne gêne nullement l'Union européenne dès lors que la victime est la minorité russophone de l'Ukraine.

Le fédéralisme et la décentralisation sont au cœur de la doctrine européenne, non seulement s'agissant d'elle-même, mais aussi au sein des Etats membres, sur le modèle allemand, dit-on. Le Comité des régions d'Europe a un statut officiel . Le projet français de "grandes régions", susceptibles de recevoir le maximum des attributions de l'Etat central est issu, en partie, des courants de pensée dominants à Bruxelles. Les bons élève de l'Europe , comme l'Espagne ont poussé à fond la logique de la décentralisation. Rien ne laisse supposer à ce jour, que la Russie veuille annexer l'Ukraine. Aussi un grand pas en avant serait-il fait dans la solution du conflit, si Kiev acceptait un statut fédéral pour ses provinces russophones, laissant au russe le statut de langue officielle. Bien que cette revendication aille pleinement dans le sens des idées de l'Union européenne, Bruxelles, à l'évidence, ne pousse nullement son partenaire ukrainien dans ce sens.

On peut certes considérer l'annexion de la Crimée par la Russie comme une violation du droit international. Dommage que l'Union européenne ait montré l'exemple en ratifiant l'indépendance du Kosovo, décidée par les Etats-Unis en 2009, violation tout aussi flagrante de ce même droit et d'autant plus grave quelle créait, elle , un précédent.

D'une façon plus générale, le morcellement étatique ne semble pas gêner les instances bruxelloises qui savent bien que plus les Etats membres seront nombreux et faibles , plus elle a des chances de régner. Elle a joué le rôle que l'on sait, à l'instigation de l'Allemagne, dans l'éclatement sanglant de la Yougoslavie, elle n'a pas objecté à celui de l'Ukraine. Elle ne fait pas obstacle non plus à l'aspiration de l'Ecosse à indépendance.

Même si on peut contester sa valeur juridique, personne ne doute que le résultat référendum par lequel la Crimée a demandé son rattachement à la Russie ait reflété la volonté de l'immense majorité des habitants de la péninsule. Pourquoi dès lors refuser à la Crimée ce qu'on a accordé à la Slovaquie et au Monténégro et que l'on est prêt à accorder à l'Ecosse ? Certes, dans le cas de la Crimée l'aboutissement est le rattachement à la Russie, pas l'indépendance . Mais au regard du principe fondamental d'autodétermination de peuples, l'effet est le même. Quant au sort des minorités, gageons qu'il vaut mieux être Tatar en Crimée que Serbe au Kosovo !

On pourrait élargir le sujet et dire que tant dans le cas du Kosovo que de l'Ukraine, Bruxelles semble avoir une forte complaisance pour les Etats ouvertement mafieux! Ou encore évoquer le rôle des néo-nazis dans le gouvernement de Kiev. Mais c'est une autre histoire.

En tous les cas, il est clair que pour l'Union européenne, l'Etat unitaire et l' intégrité territoriales ne sont sacrés nulle part, sauf en Ukraine.

Roland HUREAUX

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article
23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 22:49

DANS L'AFFAIRE DES MISTRAL, HOLLANDE JOUE CE QUI LUI RESTE DE LEGITIMITE

Paru dans Marianne.com

Il est très difficile de dire ce que François Hollande et Vladimir Poutine se sont dit lors de la visite surprise que le premier a fait au second le 6 novembre dernier. Ils s'étaient déjà vus au sommet de Brisbane le 15 novembre où ils pouvaient difficilement parler discrètement ; pas davantage à Paris où, si l'on en croit Le Monde, l'Elysée est truffé d'espions. Seul Moscou assurait la discrétion de la rencontre. Le sujet principal était naturellement la livraison des Mistral.

A l'issue de cet entretien, Hollande a demandé une désescalade. Les Etats-Unis n'en ont pas beaucoup tenu compte puisque ils ont presque immédiatement annoncé un troisième train de sanctions !

Hollande devait décider fin novembre s'il livrerait les Mistral. Il a sans doute obtenu de Poutine le droit d'attendre encore , le plus beau cadeau que l'on puisse faire à cet homme, notoirement peu porté à prendre des décisions, surtout quand elles sont difficiles.

Les données du problèmes sont connues. La France a déjà reporté la livraison de ce bâtiment prévue en août. La Russie pourrait, en raison de ce retard, tenir le contrat pour caduc : il faudrait alors rembourser le prix des deux porte-hélicoptères, plus d'un milliard d'euros, et verser les lourdes pénalités que prévoit le droit international en cas de défaillance.

Mais de l' autre côté, la France est soumise à une très forte pression des Etats-Unis et de certains de ses partenaires ( Royaume-Uni et Allemagne en particulier) pour ne pas les livrer en raison de la tension qui règne entre l'OTAN et la Russie et en cohérence avec la politique de sanctions. Une pression dont Hollande aurait sans doute pu s'exonérer en arguant qu'il ne faisait qu'exécuter un contrat conclu par son prédécesseur , mais il ne l' a pas fait !

Si, à présent, il exécute le contrat, Francois Hollande , dont l'alignement atlantiste a été jusqu'ici sans faille (plus encore plus que celui de Sarkozy ), se trouvera livré à la vindicte d'alliés particulièrement remontés. Ce fort en thème perdrait son rang de meilleur élève de la classe atlantique qu'on lui reconnait aujourd'hui à Washington, d'autant que le sentiment antiaméricain est beaucoup plus fort aujourd'hui en Angleterre et en Allemagne que chez nous.

S'il renonce ouvertement à livrer les Mistral , non seulement la France , dont l'économie est déjà affaiblie, aura à en payer le prix , mais elle apparaîtra comme un partenaire peu fiable , ce qui ruinerait toute perspective de vendre des armes ailleurs et mettrait en particulier en péril le marché en négociation de 126 Rafale à l'Inde. L'énorme marché d'Alstom sur le transsibérien serait également plombé. Pire : son inféodation aux Etats-Unis apparaitrait de la manière la plus fragrante à la face du monde. Qui serait alors intéressé à traiter avec un pays qui , encore plus que la Grande-Bretagne, apparaîtrait comme le 51e Etat des Etats-Unis ? La France subirait une dégradation de sa note diplomatique aux conséquences au moins aussi lourdes à terme que celle, récente, de sa note économique par les agences de notation.

Un alignement humiliant

Cet alignement apparaitrait d'autant plus humiliant que, n'en doutons pas, il irait dans le sens des vrais desseins des Etats-Unis et de nos partenaires, qui ne sont pas d'abord en l'espèce d'affaiblir la Russie ( le marché en cause n'est pas si stratégique qu'on le prétend !) mais la France. Le Royaume-Uni cache à peine sa jalousie de ne pas avoir bénéficié elle-même d'un tel marché. L'Allemagne trouve amer, au moment où on l' oblige à prendre malgré elle des sanctions lourdes à l'égard de la Russie, partenaire commercial essentiel, qu' au même moment, la France livre à ce pays du matériel militaire . D'autres pays européens , contraints eux aussi aux sanctions, ne pensent pas différemment. Les Etats-Unis n'ont jamais accepté que la France demeure , malgré le rabotage continu de ses crédits de défense , une puissance militaire capable de lui faire de temps à autre concurrence sur le marché de l'armement. Tous triompheraient sans nul doute de voir notre pays rentrer dans le rang. Les Américains auraient en sus le bénéfice d'enfoncer un coin définitif entre la Russie et la France au moment où les Français se rappellent de plus en plus qu' elle est notre partenaire historique. C'est, n'en doutons pas, parce qu'il est très conscient de cette donnée que Poutine est patient.

L'ombre du "prince esclave"

Mais le sentiment d'inféodation que donnerait la renonciation aurait aussi des conséquences très lourdes pour François Hollande sur le plan intérieur.

Il s'attirerait ainsi la rancune et le mépris des centaines d'ouvriers des chantiers navals de Saint-Nazaire à l'œuvre depuis plusieurs années pour exécuter ce marché , dont ils sont fiers. Mais, par effet de proximité, c'est sans doute tout l' Ouest, la plus récente des conquêtes du parti socialiste qui se détourerait définitivement de ce parti.

Même si les sondage ne le disent pas, car ces phénomènes ne sont pas toujours conscients , le ressort le plus profond de la légitimité se trouve dans la sphère internationale. De Gaulle le savait le 18 juin 1940 : il était libre , le maréchal ne l'était pas ; lui seul pouvait dès lors parler au nom de la France. Même pour ceux qui trouvaient bonnes les réformes du régime de Vichy (il y en avait !), Pétain restait, comme le dit Gaston Fessard, le "prince esclave".

Le contraire de ce qu'était alors l'alignement sur l'Allemagne, ce n'est pas l'alignement sur les Anglo-Saxons , c'est l'indépendance !

De nombreux exemples montrent le lien entre politique internationale et légitimité . En France, la Commune a suivi la défaite de 1870 ; en Russie, les révolutions de 1905 et celle de 1917 , voire celle de 1990, suivirent de graves revers militaires.

Il y a sans nul doute un rapport profond entre le discrédit général de la classe politique en Europe occidentale et la soumission de la plupart des gouvernements aux Etats-Unis .

Si malgré les difficultés économiques de son pays, Poutine jouit aujourd'hui d' un taux de popularité de 85 % ( à comparer aux 15 % de Hollande), c'est parce que les Russes ont le sentiment qu'il défend la Russie. Il se peut d'ailleurs que sa récente remontée doive plus à sa visite à Moscou qu'à la loi Macron.

Mais ces 15% ne sont pas un socle incompressible : s'il ne livrait pas les Mistral, Hollande tomberait encore plus bas. La véhémence d'un Mélenchon, très remonté par cette affaire, trouverait beaucoup d' échos à gauche.

Et tout pourrait alors arriver . Si Hollande décidait de ne pas honorer la commande russe, on peut même penser qu'il aurait accepté le risque de ne pas terminer son mandat.

Roland HUREAUX

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article
23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 22:45

LA MORT D'UN JEUNE MANIFESTANT ECOLOGISTE DEVRAIT AUSSI EMOUVOIR LA DROITE

Paru dans Boulevard Voltaire

Nous ne nous faisons pas d'illusion sur la haine que portent les manifestants d'extrême-gauche qui protestent dans le Tarn contre le projet de barrage agricole de Sivens, à tout qui est droite, modérée ou extrême . Que l'une des manifestations en l'honneur de Rémi Fraisse, la malheureuse victime des incidents du 26 octobre, s'en prenne aux "flics" et... aux "curés" témoigne de leur stupidité : qu'ont à faire là les braves prêtres clairsemés dans la campagne du diocèse d'Albi, on se le demande. Il est vrai que Jean-Luc Mélenchon lui-même a été pris à partie par eux !

Le caractère borné de ces gens là , leur sectarisme profond, nous le connaissons. Il ne préjuge pas de la justesse de leur cause au cas par cas. S'agissant du projet d'aéroport de Notre-Dame des Landes, application d'une conception erronée de l'aménagement du territoire , la même qui inspire l'absurde réforme régionale, elle est grande. Pour le barrage de Sivens, nous n'avons pas d'opinion.

Mais le problème est que la droite , qu'on aurait plus croire plus avisée, n'a pas fait preuve non plus d'une grande intelligence face aux événements du Tarn.

Le drame de Sivens aurait dû lui apparaitre pour ce qu'il était : d'abord la mort d'un jeune homme de 21 ans , toujours dramatique car il est rare qu'à cet âge, on s'engage de manière bien réfléchie, ensuite la responsabilité d'un gouvernement de gauche composé d'équipes tout aussi sectaires que les manifestants et qui ne lui auraient sûrement pas fait de cadeau si l'accident avait eu lieu sous un gouvernement de droite ( souvenons-nous de l'affaire Malik Oussekine en 1986 où pourtant la responsabilité de la police est bien moins claire !)

Une bavure ?

On dira qu'il s'agit d'une "bavure policière" dont personne ne porte la responsabilité. Voire!

Le comportement des forces de police est toujours imprégné, avec ou sans ordres explicites, par l'attitude du pouvoir en place. Les manifestations de mai 68 ou celles des banlieues de décembre 2005 , bien plus importantes pourtant que celles de Sivens, n'ont donné lieu à aucune bavure parce que dans un cas comme dans l'autre, le gouvernement , Pompidou puis Villepin, ne voulait pas qu'il y en ait.

Nous ne pensons certes pas que le gouvernement voulait un incident à Sivens. Mais nous soupçonnons que derrière l'utilisation de grenades offensives (aujourd'hui suspendu) , moyen létal sans nul doute disproportionné, contre les manifestants, il y a l'expression d'un sentiment d'impatience et de hargne contre toute résistance au pouvoir, venu de haut.

La gauche a toujours eu des problèmes avec la violence. Officiellement pacifiste, c'est elle qui déclenche presque toujours les guerres. Face aux manifestations, elle tend à considérer que si toute manifestation contre un pouvoir de droite est légitime, une manifestation contre un pouvoir de gauche est intrinsèquement illégitime. Surtout s'il s'agit d'une manifestation de jeunes, alors que la gauche officielle, se considère , l'idéologie du progrès aidant , comme la seule expression légitime de la jeunesse du monde. Un pouvoir de gauche est donc particulièrement remonté contre de jeunes manifestants , quels qu'ils soient , de droite et surtout de gauche.

On l'a vu avec la Manif pour tous (une comparaison qui ne plaira sûrement pas aux écologistes de Sivens, mais peu nous en chaut !) où des centaines de jeunes furent raflés, fichés et parfois détenus, et cela en l'absence de tout vrai débordement: ni voitures brûlées, ni vitrines brisées, ni attaque de forces de l'ordre, ni même entrave à la circulation. Le port d'un T-shirt rose n'injuriant personne et rappelant la réalité naturelle qu'est la famille, suffisait à vous faire interpeller . L'un de ces jeunes manifestants a même été récemment condamné, un an et demi après les faits, dans le silence général, pour avoir organisé une manifestation non autorisée de... quelques dizaines de personnes hors de la voie publique. Alors même que les scandaleuses femens ont été relaxées. Dire que M.Vals passe pour un socialiste modéré !

Il en est de même , n'en doutons pas, dans le cas de Sivens, avec sans doute la circonstance aggravante que ces jeunes se réclament de la gauche et donc, de manière implicite ou explicite , démasquent l'imposture d'un pouvoir qui revendique les mêmes valeurs.

Cette crispation d'un pouvoir aux abois, c'est cela qui est inquiétant . Elle n'apparaît pas au grand public; mais c'est elle qui s'exprime n'en doutons pas, dans le comportement des forces de l'ordre, voire, ce qui est encore plus inquiétant, de certains juges.

Roland HUREAUX

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article
23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 22:43

LIBERATION ORDONNE LA CHASSE AUX PRO-RUSSES

Paru dans Marianne

Il y a quelques jours, le journal Libération annonçait à la une une grande "enquête sur les réseaux Poutine en France".

Disons tout de suite qu'il vaut mieux ne pas être de ces réseaux si on ne veut pas côtoyer Marine Le Pen , Aymeric Chauprade ou Alain Soral.

Il vaut mieux ne pas en être non plus si on veut sauver sa peau ! L'un de ceux qui figurent sur la black list de Libé , Christophe de Margerie vient de mourir d'un accident d'avion . Comme Enrico Mattei en 1962, qui s'en était pris aux "7 sœurs", les grandes sociétés pétrolières américaines . Le pétrole est un métier dangereux , surtout si l'on s'avise de dire , comme le PDG de Total : "Nous ne devons pas nous laisser convaincre que la Russie est un ennemi" ou encore "Si les Américains veulent attiser le conflit pour de raisons historiques, c'est leur décision. Nous , Européens , devons résoudre cette crise (celle de l'Ukraine) autrement, sans prendre les choses en noir et blanc". Circonstance aggravante, l'intéressé a déclaré lors des dernières rencontres économiques d'Aix-en-Provence (juillet 2014) que le commerce du pétrole ne devait pas se faire seulement en dollars !

Nous ne risquons pas grand chose à dire que le ci-devant journal maoïste ne fera pas d'enquête approfondie sur les raisons du décès de Christophe de Margerie.

Dans le collimateur de Libération, des universitaires comme Jacques Sapir ou Hélène Carrère d'Encausse, des hommes politiques comme Jean-Pierre Chevènement ou Thierry Mariani, l'acteur Gérard Depardieu et aussi Serge Dassault dont le journal n'est pourtant pas furieusement pro-russe: l'avionneur a seulement eu le tort d'avoir accepté une invitation du président de la Douma de passage à Paris ! Puisque on parle de réseaux, avec ceux de l'anti-Poutinisme en embuscade à la sortie des dîners, il vaut mieux faire attention où on met les pieds !

Les personnalités épinglées ont en commun, pour la plupart, de penser que l'intérêt de la France n'est pas nécessairement de faire la guerre, fut-ce économique, à la Russie.

Et pourquoi pas un choix de raison ?

A aucun moment n'est envisagée la possibilité que les intéressés aient pu faire là un choix de raison qui , certes, ne serait pas le même que celui de la direction de Libération, mais n'en serait pas moins respectable. Non : déjà parler de réseaux est les situer dans le sulfureux. La plupart des personnalités citées sont supposées n'avoir pris des positions prorusses que pour des intérêts mercantiles des plus vils . Et les autres , notamment Depardieu, sont taxés de naïfs. On ne dit pas encore "idiots utiles", mais ça viendra.

Il est n'est d'ailleurs jamais question que de Poutine, guère de la Russie. Comme si s'allier avec un régime qu'on n'approuve pas n'était pas de la diplomatie, et de la plus classique : celle de Delcassé, inaugurant le Pont Alexandre III avec le tsar de Russie, dont le régime se trouvait pourtant aux antipodes de la IIIe République . De même De Gaulle se rapprochant du Kremlin au temps du communisme. Mais ne s'était-il pas déjà trouvé alors des imbéciles, de la mouvance américaine, pour soupçonner alors le général d'être devenu communiste !

Parler de Poutine et de lui seulement tend à flétrir les dissidents de la pensée unique internationale, puisque on rappelle complaisamment qu'il a "beaucoup de sang sur les mains" . Tant que cela, en dehors de la Tchétchénie? Plus que Staline, plus que Bush ? Plus que les dirigeants actuels de la Chine ? Plus que Kagame que Libé a toujours défendu ?

Si ce genre de journal avait existé en 1914, il aurait mis, n'en doutons pas, Jaurès dans les "réseaux du Kaiser". Certains le disaient d'ailleurs à l'époque : nous savons où cela a mené. Et encore y avait-il alors bien plus de raisons de stigmatiser le camp du compromis puisque les Allemands nous avaient pris l'Alsace et la Lorraine et campaient à la frontière du Rhin, prêts à l'invasion. Rien de semblable avec la Russie de Poutine, ni près. Rien qui justifie donc ce processus insidieux de diabolisation.

Pour déconsidérer le parti pro-russe, un des articles rappelle que la France n'a pas toujours été du côté des Russes , en rappelant les guerres de Napoléon(1811-1814) et celle de Crimée (1853-1856). On publie de préciser que dans les deux cas c'est nous qui nous avions été les agresseurs, à 3000 km de distance ! Les alliances décisives pour notre survie de 1914-1917 et 1941-1945 ne pèsent-elles pas bien plus ?

Le seul tort des Russes est sans doute d'avoir , au temps du communisme, été les premiers à développer des réseaux d' influence destinés à façonner l'opinion, le fameux soft power. Orwell avait montré comment la majorité de l'intelligentsia anglaise après la guerre était prosoviétique. Mais depuis la chute du communisme, il est clair que les Russes ont perdu la main : nous n'en voulons pour preuve que le petit nombre d'"agents" cités dans le dossier. Les Etats-Unis, qui avaient du retard en la matière, durent se mettre à leur école pour leur faire pièce. Ils le firent si bien, qu'ils se trouvèrent, après la chute du communisme , à la tête d'un immense machine d'influence qui est aujourd'hui bien plus à redouter que celle de Poutine. Mais cela non plus, Libé ne le dira pas.

Roland HUREAUX

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article
23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 22:42

LA MODULATION DES PRESTATIONS FAMILIALES : UN REGLEMENT DE COMPTES POLITIQUE ET SOCIAL

Publié par Le Figaro

Imaginons un jeune couple de la classe moyenne, où l'épouse travaille comme c'est devenu l'usage général ( ce qui gonfle, toutes choses égales par ailleurs, son revenu déclaré ), élevant trois ou quatre enfants. Le moins qu'on puisse dire est que ce genre de famille, plus sans doute que toute autre catégorie de Français, en aura pris "plein la gueule" depuis l'élection de François Hollande : Ayrault avait réduit et mis sous conditions de ressources le congé parental rémunéré et durci celles de la prestation d'accueil du jeune enfant (225 millions en moins pour 180 000 familles) . Surtout il avait encore baissé le plafond du quotient familial, ce qui a rapporté plus d'un milliard à l'Etat.

Et maintenant , en accord avec Valls, en sus d'autres mesures comme la réduction de l'aide au libre choix du mode de garde ou un nouveau raccourcissement du congé parental, les députés socialistes, ressortent du placard une vieille idée qui contredit de plein fouet la philosophie de la politique familiale française: la modulation des prestations en fonction du revenu - ou plutôt son aggravation car elle existait déjà pour certaines d'entre elles.

Prestations réduites, fiscalité alourdie: il ne fait pas bon avoir des enfants sous Hollande, surtout si on appartient à la classe moyenne !

On dira sans doute que ces mesures ne font que prolonger une tendance à long terme tendant à éroder la politique familiale ( moins 17 milliards en vingt ans).

On dira aussi que , confronté à une situation financière catastrophique, le gouvernement socialiste s'attaque une nouvelle fois à la catégorie sociale la moins susceptible de se défendre : la famille. Une tentation ancienne: ce fut cependant le mérite de Jacques Chirac, sous son deuxième mandat (gouvernements Raffarin et Villepin) de ne pas y succomber .

Bruxelles qui presse pour le retour à l'équilibre de nos finances publiques ne fait pas non plus de sentiment : la commission, émanation d'une Europe en plein effondrement démographique et totalement indifférente à cette donnée, n'est sans doute pas émue que la France qui seule faut exception aligne par le bas sa politique familiale .

Les considérations budgétaires ne sont pas tout

Mais les considérations budgétaires n'expliquent pas tout . Comment ne pas voir en effet dans les décisions récentes relatives à la politique familiale prises par un gouvernement socialiste aux abois, quelque chose comme un règlement de comptes politique et social ?

Qui est en effet la cible principale de ces mesures ? Elle est claire: les jeunes ménages des classes moyennes ayant fait le choix d'une famille nombreuse ( plus de deux enfants ).

Les familles à un et deux enfants, de loin les plus répandues dans toutes les classes de la société, reçoivent peu d'aide.

A dessein le gouvernement épargne les familles nombreuses déclarant peu de revenus , qui sont aujourd'hui principalement des familles issues de l'immigration.

Si la fécondité française n'est pas tombée aussi bas chez nous que dans le reste de l'Europe, et si notre pays , presque seul, montre l'exemple du vouloir-vivre à tout le continent, c'est qu'il est encore bien porté dans une partie de la classe moyenne française d'avoir une famille nombreuse. Sait-on que dans la plupart des pays avancés, ceux qui ont plus de deux enfants sont peu ou prou assimilés au quart monde ? Pas en France car ce n'est pas seulement par leur impact démographique propre que ces familles influencent la société mais par le modèle qu'elles diffusent.

Ajoutons qu'elles sont le vivier où se recrutent un nombre important de cadres du secteur public et privé, civils ou militaires. Elles sont particulièrement représentées dans notre armée laquelle se tient son rang, elle aussi, mieux que d'autres.

Contrairement à ce que tend à faire accroire la propagande gouvernementale, il ne s'agit nullement de privilégiés. Qui veut profiter de la vie, en suivant le paradigme hédoniste à quoi se résume aujourd'hui la philosophie socialiste, ne s'embarrasse pas d'enfants ! Les familles nombreuses morcellent rapidement les patrimoines. Tant les grandes fortunes que les haut revenus sont entre les mains de personnes bien plus âgées que la moyenne des pères et mères de famille ayant encore des enfants à charge.

Il est d'autant plus injuste que la fiscalité directe qui s'est globalement allégée depuis 25 ans sur les plus aisés ( malgré les mesures du gouvernement Hollande allant en sens contraire ), se soit au contraire considérablement alourdie sur ceux d'entre eux qui ont des enfants .

En bref, au moment où la survie de nos régimes de retraite est plus qu'incertaine, on fait supporter la charge de la rigueur à cette partie de la population qui se sacrifie pour élever les cotisants de demain !

Mais le rôle positif que jouent les familles visées en France et même en Europe, ne saurait les épargner aux yeux des socialistes. Faute capitale en effet, elles sont aussi le vivier privilégié où se recrute la Manif pour tous, en particulier dans sa composante jeune . Et que beaucoup de ces familles nombreuses soient catholiques n'est pas fait pour leur mériter l'indulgence d' un gouvernement dans lequel le ministère de l'intérieur trouve "nauséeuse" l'évocation des racines chrétiennes de la France ! Après avoir attaqué la famille par la loi, le gouvernement socialiste, se vengeant de ceux qui ont résisté, l'attaque au porte-monnaie !

Par derrière, non point un froid calcul politique ( ces mesures seront sans doute électoralement contre-productives) mais une rancune, une hargne dont on a par ailleurs bien des témoignages : au milieu d'un laxisme généralisé, des poursuites judiciaires impitoyables continuent de s'exercer à l' encontre des jeunes de la Manif pour tous pris dans les rafles il y a plus d'un an, Frigide Barjot est expulsée de son logement .

Cette hargne, cette dureté s'expliquent par le fait que le nouveau Parti socialiste , aux antipodes de la SFIO des origines qui avait voté la grande politique familiale de la Libération, est un parti entièrement idéologique et que l'idéologie conduit toujours à la haine inexpiable de l'adversaire. Elles tiennent aussi au fait que, à travers les oppositions que le pouvoir rencontre , la gauche n'apparait plus , ainsi qu' elle l'a longtemps prétendu, comme la jeunesse du monde. La jeunesse, désormais, est ailleurs. Comment en serait-il autrement puisque ce sont ces familles que les socialistes détestent tant, qui ont seules, le souci de l'avenir ? La perte profonde de légitimité du néo-socialisme soixante-huitard dont il est peut-être l'ultime expression, voilà ce que ce gouvernement ne pardonne pas !

Roland HUREAUX

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article