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Roland HUREAUX

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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 16:46

LA GRECE AU BORD DU SALUT

Publié dans Atlantico

Tout le monde attend qu' une catastrophe de première magnitude frappe la Grèce à l'annonce de son défaut ou de sa sortie de l'euro. Cette opération pourrait lui apporter au contraire le salut.

Sans doute le choc sera rude . La sortie de l'euro signifiera pour elle une dévaluation d'environ 50 % et donc un doublement des prix des produits importés , soit la plupart de produits de première nécessité.

Il est inutile de chercher à savoir si ce réajustement constitue un bien ou un mal car, pour douloureux qu'il soit , il est inévitable. Il devait se produire un jour ou l'autre et attendre le rendrait encore plus cruel. Il ne s'agit au demeurant que d'une opération de clarification, d'un retour à la vérité des prix, d' un retour sur terre. La Grèce cessera de vivre au -dessus de ses moyens, c'est tout.

Certes l'opération sera douloureuse pour un pays qui a déjà perdu 35 % du PIB. Mais elle a sa contrepartie: les coûts de production grecs, à commencer par ceux des hôtels de tourisme, seront diminués de 50 %. Le temps pour que les agents encore en mesure de produire tirent pleinement parti de cet avantage comparatif considérable, estime-t-on au vu des nombreuses expériences analogues qui se sont produites au cours du XXe siècle, est de six mois. Et alors les choses repartent très vite, généralement au-delà des espérances.

Retour de l'espoir

On dira que tant qu' à accepter des sacrifices , la Grèce pourrait accepter aussi bien ceux que lui impose la troïka et qui reviennent au même , et ainsi rester dans l'euro. Ce disant, on prône la dévaluation intérieure, ou déflation par baisse des prix domestiques, ce que l'Europe essaye d'imposer à la Grèce depuis plusieurs années. Or la différance est double . D'abord parce que la déflation , partout où elle a été expérimentée, tue la croissance et même provoque la récession , ce qui n'est pas le cas de la dévaluation. Ensuite parce qu'une dévaluation interne représente des sacrifices sans espoir, alors que la dévaluation externe, même si les sacrifices sont au départ plus grands, s'accompagne de l' espoir, parfaitement fondé, que les choses aillent mieux très vite.

Face à ce schéma qui s'apprend en première année de sciences éco (mais apparemment beaucoup de nos décideurs ne sont pas allés si loin), il se trouve toujours des sceptiques pour dire : oui, mais ça c'est la théorie , dans le cas de la Grèce, ce schéma ne marchera pas, pour telle ou telle raison : les Grecs sont trop paresseux, leur appareil productif est trop dégradé et ne repartira pas, les déséquilibres intérieurs resteront.

Et bien non : sauf en cas d'inflation galopante de type latino-américain où la hausse des prix annule en quelques heures l'avantage comparatif retrouvé - mais nous ne sommas pas dans ce cas - , les dévaluations sont toujours efficaces pour rétablir la compétitivité et donc la balance du commerce et la croissance. Même si l'appareil productif est très dégradé, il révélera quelque niches que l'on ne soupçonne pas, soit pour l'exportation , soit pour la substitution d'importation et , la pompe réamorcée, le reste suivra.

Il est des lois économiques dont à juste tire il faut se méfier car leur application est tributaire des circonstances. Mais ce n'est pas le cas de celle là: la sensibilisé de la balance du commerce et donc de l'activité au taux de change est toujours effective, sans exception. Et comme les investisseurs qui ne s'embarrassent pas de théories brumeuses, eux, le savent, ils reviendront très vite.

Il vaut mieux que l'opération soit accompagnée de politiques structurelles, mais même si ce n'est pas le cas, la loi économique s'appliquerait. Peut-être plus vite encore en Grèce car les agences de tourisme, partenaires essentiels de l'économie grecque , savent déjà qu'elles feront beaucoup plus de bénéfices avec un retour à la drachme.

Le débat n'est pas nouveau: on a annoncé des catastrophes avant presque toutes les dévaluations : en France (1958, 1969), en Grande-Bretagne (1967, 2008), en Afrique avec celle du Franc CFA (1994) ou ailleurs. Non seulement elles n'ont jamais eu lieu, mais les bienfaits se sont fait ressentir très vite après.

Il y a évidemment une inconnue : la communauté occidentale pourrait , d'une manière ou d'une autre, boycotter la Grèce et freiner son relèvement. Mais c'est peu probable . D'autant que les contacts pris par Tsipras avec la Russie lui donnent une solution alternative , sinon pour une aide financière, du moins pour l'achat de produits de première nécessité.

Quant à la dette, elle reste due même en cas de sortie de l'euro. Mais comme Athènes ne la réglait déjà pas, la nouvelle situation ne changera rien.

Si la cohésion de la zone euro ne devrait pas être affectée immédiatement, elle pourrait l'être au bout de quelque mois quand les autres pays en difficulté verront que la Grèce redémarre.

Roland HUREAUX

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20 juin 2015 6 20 /06 /juin /2015 21:10

Le remue-ménage réformateur, qui a marqué la présidence Sarkozy, continue sous son successeur . Hollande et Valls s'interrogent tous les jours , n'en doutons pas, avec la direction du parti socialiste, sur les réformes qu'ils pourraient promouvoir dans le temps qui leur reste jusqu'à la fin de quinquennat. Ce que Pierre-André Taguieff appelait le "bougisme"[1] semble une donnée désormais acquise de la vie politique quelle que soit la majorité au pouvoir. Au demeurant, journalistes et autres faiseurs d'opinion, patrons, commissaires européens , voire chefs d'Etat étrangers pressent sans relâche le gouvernement français de "réformer" , sans généralement dire ni quoi ni comment. L'insécurité dans laquelle ces nouvelles pratiques politiques plongent les Français est peut-être plus décisive que l’immigration ou la délinquance pour expliquer le vote extrémiste.

Pourquoi donc ce remue-ménage réformateur parait-il si nécessaire à la gauche et à la droite dites modérées alors qu'il est en profondeur destructeur de l'assise sur laquelle repose leur pouvoir ? Pourquoi, en d'autres termes, scier la branche sur laquelle elles sont assises ?

Le libéralisme en cause

Ce remue-ménage frénétique est généralement mis au compte du néo-libéralisme. Néo parce que le libéralisme, au faite de sa splendeur au XIXe , siècle était passé de mode à partir des années 1930 pour ne réapparaître à la surface qu'au tournant des années 1980. Il régit aujourd'hui une grande partie du champ idéologique international.

On voit cette inspiration néolibérale dans un certain nombre de dispositions de la loi Macron : remise en cause du statut des notaires , des huissiers, des avocats, des commissaires-priseurs et des autres professions réglementées, en attendant celle des pharmaciens et des biologistes promise par la loi Touraine, ouverture plus large des magasins certains dimanches (en attendant la grande liberté de les ouvrir n'importe quand), facilitation de la concurrence dans le commerce là où les règles d'urbanisme seraient trop contraignantes , remise en cause du monopole de la SNCF par la promotion du bus.

Même si les mesures en cause semblent le plus souvent cosmétiques, elles indiquent une orientation, une aspiration, sinon le sens où va le pouvoir social libéral qui règne aujourd'hui , du moins celui où il voudrait aller.

On peut continuer à faire le tour des réformes en cours, en prenant au passage celles qui avaient été entamées par la droite comme la reprise des privatisations (EDF, Giat-Industries, aéroports de Lyon et Nice) ; il est même question dans le prochain budget de céder au secteur privé le gros matériel militaire qui serait ultérieurement loué par les armées !

La réforme de l’État lancée par la loi le 1er août 2001 dite LOLF (loi organique sur les lois de finances) , réforme à peine entamée du temps du président Chirac, réalisée d'abord par Sarkozy puis par Hollande, est à sa manière d'inspiration libérale par sa volonté d'imiter ( d'autres diront de "singer" ) le secteur privé : fusion des services divers sur le modèle de la fusion-acquisition entre entreprises, fusion ou dissolution des corps de fonctionnaires (par exemple la police et la gendarmerie) appelés à perdre un particularisme jugé folklorique pour n'être plus que des machines fonctionnelles, évaluées en fonction d'une batterie de critères technocratiques et rémunérées en fonction de ces évaluations. C'est ce qu'on appelle l'introduction des méthodes "managériales" dans le secteur public.

Le statut de la fonction publique est régulièrement remis sur la sellette dans la perspective de l' aligner sur le droit privé.

Les réformes que nous avons évoquées peuvent être désignées comme étant de droite, si ce mot a encore un sens, même quand elles sont accomplies par un gouvernement de gauche.

Mais les idéologies de gauche aboutissent au même résultat, ce qu'on pourrait appeler "l'extension du domaine du marché". Ainsi , sous le double effet des méthodes pédagogiques supposées scientifiques, dont le règne n'a jamais été contesté, et du collège unique, remis en cause par Villepin puis rétabli par Sarkozy, la production de l'éducation nationale se rapproche de ce que souhaite sans doute le marché : des étudiants mal dégrossis et sans repères, disponibles pour une formation professionnelles étroitement orientée vers les besoins des entreprises et peu aptes, faute d'une culture véritable, à contester un système global de plus en plus impérieux, pour ne pas dire impérial.

On pourrait en dire autant des politiques libertaires tendant à instaurer le mariage homosexuel et surtout, au nom de la théorie du genre, posant sa stricte équivalence avec le mariage d'un homme et d'une femme. La France ira-t-elle sur cette voie aussi loin que la Suède qui bannit les appellations de garçon et de fille à l'école maternelle ? La GPA, la PMA pour couples unisexe, qui se profilent, impliquent , qu'on le veuille ou non, une marchandisation de l'individu. A travers ces réformes sociétales, le libertaire se conjugue avec le libéral pour effacer les repères anthropologiques les plus fondamentaux, la famille ou la différence sexuelle en l'occurrence, repères qui avaient longtemps constitué une limite opposée par la nature à l'arbitraire d'une machine économique de plus en plus tournée vers la représentation et l'artifice.

Les politiques libérales lancées au cours des années quatre-vingt : extension du libre-échange et instauration de la libre circulation des capitaux ont aujourd'hui un impact considérable ; le libre-échange continue à étendre son empire au travers du Traité transatlantique de commerce (NAFTA) en préparation. En 1992, la réforme de la Politique agricole commune avait rapproché les prix agricoles européens des cours mondiaux, tout en introduisant un complément de revenu important sous forme de primes. S'agissait-il d'un régime libéral ? C'était en tous les cas l'imitation d'un modèle existant outre-Atlantique, c'était aussi une déconnexion de l'ancestral lien naturel entre travail et revenu des agriculteurs : un pas, sinon vers le libéralisme, du moins vers un peu plus d'artifice. Les valeurs paysannes fondées sur le travail et le mérite reçurent alors un coup décisif. L'abandon de la politique d'aménagement du territoire, tenue pour obsolète à partir de 1990, au bénéfice d'un encouragement à la concentration tout azimut peut s'inscrire aussi dans un mouvement de massification qui convient sans nul doute à l' ordre libéral. Il en est résulté le dépeuplement de toute une partie de la France, précisément celle où les relations de voisinage et de solidarité étaient les mieux préservées.

Le relâchement du contrôle de l’immigration consécutif à la signature du traité de Schengen a pour effet une plus grande concurrence entre les travailleurs de toute l'Europe mais aussi avec ceux d'autres continents ; il va dans le sens de la massification.

Il s'en faut cependant de beaucoup pour que toutes les politiques poursuivies au cours des dernières années et encore aujourd'hui, aient pour seule inspiration le libéralisme pur et dur.

La bureaucratie

D'abord parce que, en dépit de la volonté affichée des gouvernants, la bureaucratisation de nos sociétés poursuit son cours inexorable et se traduit par une inflation sans précédent dans l'histoire des normes de toutes sortes qui régissent l'économie et la société. Il se peut que cette multiplication des normes ait des causes adjacentes : souci de sécurité, exacerbation de la notion responsabilité dans les nouvelles tendances judiciaires, refus du risque et crainte de la mort, souci écologique. Il est néanmoins probable que la bureaucratie soit le résultat pervers de réformes à intention libérale mais mal conçues, par exemple en matière de gouvernance publique : développement de l'intercommunalité, multiplication des autorités administratives indépendantes, batteries d'objectifs - et donc recueil massif de statistiques - imposés , comme jadis dans l'économie soviétique, aux fonctionnaires.

Bien peu de pays aujourd'hui ont réussi à éviter une inflation, non seulement de la sphère réglementaire, mais aussi du poids des finances publiques (dépenses et transferts) au sein de l'économie. La France, avec 57 % du PIB, bat cependant tous les records.

Dans certains cas, l'orientation n'est pas au libéralisme mais à l'étatisation. C'est ainsi que depuis au moins trente ans, sans que le pouvoir politique ait jamais tenté d’infléchir cette tendance, et sans que naturellement il y ait jamais eu un débat démocratique sur ce sujet, la médecine dite libérale fait l'objet d'un travail de sape de la part des administrations devant lesquelles elle répond, avec en perspective la fonctionnarisation intégrale de la profession. Ce travail de sape est si efficace que beaucoup parmi les intéressés s'y sont largement résignés. On prétend que la fonctionnarisation dérive du souci de contrôler le coût des dépenses de santé et non d'un quelconque a priori philosophique hostile au libéralisme, mais la loi Touraine qui s'inscrit dans ce mouvement promeut la généralisation du tiers payant qui, tout en allant elle aussi dans le sens de la fonctionnarisation, aura pour effet évident de stimuler la dépense. La raison budgétaire n'est donc dans cette affaire qu'un alibi.

Il est aussi difficile de rattacher à un quelconque néo-libéralisme, le train important des réformes qui tend à substituer aux collectivités locales existantes, des super-communes, des super-régions, des super-cantons, lesquels ont toutes pour effet de dépersonnaliser l'administration locale. En éloignant les cadres administratifs nouveaux des communautés charnelles qu'étaient les antiques communes et qu'étaient devenus au fil du temps les départements, on y rend de plus en plus difficile l'exercice de la démocratie ; les nouvelles entités fonctionnent selon le principe de l'unanimité transpartisane , avalisant de fait , la plupart du temps, les propositions de la technocratie locale : ainsi est illustré au plan local le principe judicieusement mis en exergue par Pierre Manent[2] selon lequel il n'est pas de démocratie possible hors des communautés historiques dépositaires d'une forte identité. Au demeurant, l'obsession de travailler dans des unités toujours plus larges a-t-elle quelque chose à voir avec le libéralisme ? On peut se le demander.

Spectacle et idéologie

Faute de trouver un fil conducteur satisfaisant dans le principe libéral, nous pourrions nous contenter de dire avec Guy Debord[3] que ce qui importe en définitive dans les nouvelles pratiques politiques, ce n'est pas tant le changement en lui-même que le spectacle du changement. Et ce spectacle, devenu feu d'artifice, fait désormais feu de tout bois !

Le souci d'effectuer sans cesse des changements résulte pour une part de la pression des institutions de Bruxelles qui exigent avec toujours plus d'ardeur des différents pays ayant du mal à équilibrer leurs comptes qu'ils "fassent des réformes". Réformes de quoi ? Réformes bonnes ou mauvaises ? Ce ne sont pas des questions que l'on pose. L'important est de réformer, point ! Toute réforme est supposée bonne a priori. La réforme n'est plus destinée à résoudre des problèmes précis mais est devenue une fin en soi. Le spectacle de la réforme n'est pas seulement destiné aux opinions publiques ou aux médias mais aussi à ces institutions supranationales qui en exigent toujours plus. La loi Macron , dont le contenu est en définitive assez limité, est un bel exemple de miroir aux alouettes tendu vers Bruxelles ou Berlin pour leur faire voir sur la scène française ce qu'ils souhaitent y voir.

Pourtant le mouvement réformateur ne répond pas seulement à une logique de communication : il a un caractère proprement idéologique. Nous entendons par idéologie l'application de schémas simplifiés ou simplificateurs et supposés modernes, à une réalité complexe : par exemple l'agrandissement systématique des entités administratives ou bien l’érection de la concurrence et du marché en principe absolu. Idéologie et communication font d'ailleurs la paire car la communication a elle aussi besoin de schémas simples. Au lieu que des politiques nécessairement complexes soient transformées en slogans par d'habiles communicants, ce sont désormais les communicants qui imposent aux politiques la forme réductrice du slogan.

Des logiques inexorables

Le critère de l'idéologie serait en définitive le plus pertinent si les idéologies en cause étaient cohérentes entre elles comme l'étaient le marxisme léninisme ou le fascisme . Mais il n'en est rien: nous avons vu comment le mouvement réformateur tire à hue et à dia. Dans le cas de la France, les politiques sont proposées et menées par de grandes administrations verticales dirigées en principe par un ministre politique, mais dont chacune a sa culture propre ou disons une ou deux idées fixes qu'elles mettent en œuvre depuis vingt, trente voire soixante ans sans discontinuer. Là où Bercy veut à tout prix, comme Bruxelles, libéraliser, le ministère de la santé veut fonctionnariser, l'intérieur veut fusionner ( les régions, les intercommunalités, les communes, la police et la gendarmerie etc.) et l'éducation nationale égaliser ( faussement) .

Le cas de celle-ci est le plus emblématique : depuis le rapport Langevin-Wallon de 1947, se déroule , réforme après réforme, un plan égalitaire qui tend à imposer aux élèves du primaire et du premier cycle du secondaire une formation identique et même, les redoublements étant désormais interdits, au même rythme : l'adepte le plus zélé de cette ligne fut René Haby, ministre de Giscard. Mme Najat Vallaud-Belkacem n'a pas eu à réfléchir beaucoup pour proposer une réforme du collège: il lui suffisait de supprimer ce qui pouvait rester de discriminant : classes européennes, bilingues ou bilangues , enseignement du latin du grec et de l'allemand. La force de l'idéologie est telle qu'elle transcende les impératifs de notre politique étrangère fondée sur le partenariat franco-allemand. Les langues anciennes qu'il s'agit désormais d'oublier sont ce qu'on appelait significativement les "humanités"!

La pédagogie scientifique et les idées de Bourdieu récusant tous les "codes" linguistiques et sociaux qui pourraient laisser apparaître une différence entre les classes sociales sont venues s'ajouter à cela pour expliquer la catastrophe actuelle. De même le discrédit des disciplines, autre point de repère, au bénéfice de travaux interdisciplinaires vaseux.

Quel peut être le produit final d'un enseignement où, pour des raisons de dogmes pédagogiques, les apprentissages fondamentaux sont affaiblis, la culture générale et la mémoire en voie de disparition, sinon l'apparition d'individus un peu plus perdus, un peu plus en mal de repères et donc un peu plus ouverts aux conditionnements médiatiques de toutes sortes ?

On voit à cet exemple combien les faiseurs de programmes politiques de droite ou de gauche qui font leurs emplettes dans les administrations pour y chercher des idées ont peu de chances de redresser le pays : ils s'adressent aux responsables des dérives des décennies précédentes lesquels ne leur proposent jamais que d' aller encore plus loin sur la pente fatale.

Si cette démarche est idéologique dans son principe, ne serait-ce que parce qu'elle est simpliste, les idéologies en cause sont diversifiées selon les domaines; on y chercherait en vain un principe d'unité.

En définitive, la course à l'inhumain

Nous avons cherché de différentes manières le fil conducteur des réformes accomplies dans le capitalisme avancé tel que nous le connaissons. Dès lors que ni le libéralisme, ni la rationalité budgétaire, ni le souci du spectacle, ni une idéologie globale ne peuvent servir de manière totalement satisfaisante de fil conducteur , quel est en définitive le critère qui rendra compte de l'ensemble de ces changements ?

Il se pourrait que le plus pertinent s'avère en définitive la déshumanisation.

De toutes les options qui se présentent au décideur public, il se peut que l'habitude ait été prise au cours des ans de faire simplement , en toutes circonstances, le choix le plus inhumain.

Notaire de famille, médecin de famille ? Quoi de commun entre une tendance qui, au nom du libéralisme, voudrait araser la spécificité d'une profession réglementée et une autre, étatiste, qui voudrait la bureaucratiser, sinon que l'institution à laquelle on s'attaque conservait quelque chose d'humain ? Par delà le lien entre pourvoyeurs de services et consommateurs, existait en effet une relation de personne à personne fondée sur la confiance et qui échappait tant aux lois du marché qu'à l'anonymat bureaucratique. Dans les deux cas, c'est ce reste d'humanité qu'il s'agit d'araser . On ajoutera que chaque fois, ce sont les classes moyennes qui sont visées.

La même volonté de briser les liens personnels apparaît dans une réforme de l’État qui tend à tous les niveaux à abolir l'esprit de corps, supposé archaïque et malfaisant , tenu de manière fallacieuse pour la source des retards français, et à le remplacer par le pur intérêt financier. Là où un gendarme travaillait pour être un bon gendarme, selon les critères transmis par les traditions du corps, sa motivation doit être désormais l'intéressement financier aux résultats mesurés sur une batterie d'indicateurs plus ou moins arbitraires.

Les modification permanentes de la constitution, un texte qui aurait dû être gravé dans le marbre, participent à la déstabilisation de l'espace public. La réforme Sarkozy l'a transformée en profondeur. La prochaine étape devrait être l'intégration de la bien inutile Charte des langues régionales,

EDF ou la SNCF ne sont pas seulement des entreprises, ce sont dans le contexte français des institutions avec leurs traditions, leur poids historique, leurs réussites et leurs travers. Ceux qui n'aiment pas les syndicats voudraient les détruire. Il reste que nous avons un des meilleurs réseaux électriques et , quoi qu'on dise, un des meilleurs réseaux ferrés du monde. La volonté sous-jacente des réformes auxquelles sont soumis ces organismes, n'est pas seulement l'instauration d'une plus grande concurrence (il y aurait beaucoup à dire sur le démantèlement d'EDF au regard de la théorie de la concurrence), mais la volonté d'affaiblir une institution, volonté d'autant plus rageuse , en particulier à Bruxelles, que ces institutions sont bien françaises.

L'abolition du temps

Quel peut être l'effet de l’arasement progressif de cette discontinuité issue du fond des âges, de la Bible, dans la semaine de travail que constitue l'arrêt des affaires le dimanche, sinon un monde encore plus indifférencié, où certes le consommateur trouvera quelques avantages à la marge mais où il vivra dans un temps continu d'où seront bannis, non seulement la fenêtre spirituelle du sabbat mais la simple respiration biologique ? "Le sabbat est fait pour l'homme et non l'homme pour le sabbat" (Marc 2,27). On allèguera l'impératif économique sans considérer que si le temps d'ouverture est extensible, le pouvoir d'achat , lui, ne l'est pas et nul ne rappelle que la prospère Allemagne observe rigoureusement le repos dominical . Les vacances scolaires perdent leur couleur chrétienne pour n'être plus que les vacances de printemps, d'automne, d'hiver. La suppression des jours fériés chrétiens au bénéfice de ceux d'autres religions ( qui ne le demandent nullement) est à l'ordre du jour .

De même la tendance est à la suppression des événements initiatiques de l'adolescence qui contribuaient à structurer la personnalité: service militaire ( dont l'abolition va de pair avec le relâchement du lien armée-nation), certificat d'études, demain brevet et baccalauréat. Les premières communions se raréfiant, reste, mais pour la seule la communauté juive, la bar mitsva.

S'agissant de la mémoire historique, il est significatif que l’enseignement de l'histoire ne se contente pas de délaisser le supposé "roman national" au bénéfice d'une vue de plus en plus universaliste (inscrivant par exemple au programme l'histoire du Monomotapa ! ), d'aiguiser le sentiment de culpabilité national , mais incite aussi au délaissement de la chronologie. Les jeux vidéos ou les publicités , de leur côté, mélangent les périodes , de la préhistoire à l'intergalactique. Le ministère de la culture subventionne avec obstination les mises en scène d' opéras d'où les costumes historiques sont bannis ( au même moment où la pensée unique récuse férocement l'idée d'une nature humaine intangible !) La subversion touche ainsi à tous les niveaux les repères du temps.

La perte des repères spatiaux

Il touche aussi ceux de l'espace . La remise en cause du cadre spatial atteint ses sommets dans la mode instituée depuis une vingtaine d'années de bouleverser le cadre territorial. Bouleversement parfaitement inutile car il n’entraîne aucune économie de gestion, ne se fonde sur aucune rationalité, et aboutit seulement à la multiplication des strates bureaucratiques. Remise en cause du cadre communal qui date de plusieurs milliers d'années, et qui aujourd'hui est en survie : des villages autonomes depuis La Tène III sont en passe de perdre leur personnalité juridique. Remise en cause des cantons et des départements, qui remontent à la Révolution française, unités artificielles au départ mais si bien conçues qu'elles ont fini par s'enraciner. Remise en cause du cadre régional, disparu avec la même révolution mais rené de ses cendres en 1964 avec un bonheur d'autant plus grand qu'il reprenait le celui des provinces d'autrefois.

La Poste ne mentionne plus l'origine des lettres; les plaques d'immatriculation ne mentionnent plus les départements, cela au mépris de la fonctionnalité la plus élémentaire puisque le témoin d'un acte délictueux aura beaucoup plus de mal à la mémoriser ( bien qu'en parallèle, on veuille faciliter les enquêtes en élargissant les possibilités d'interception téléphoniques et internautiques ).

Et naturellement cette remise en cause s'inscrit dans une remise en cause plus large, celle des entités nationales au travers de l'Europe et de la mondialisation. Certes les États ne sont pas morts, ils ont même connu leur ultime phase d'intégration avec le développement de la radio et de la télévision, qui reste dans un cadre presque exclusivement national mais ils sont ébranlés par leur perte croissante d'autonomie. Autant que la mondialisation elle-même, le discours sur la mondialisation et la nécessité de s'y adapter, conduisent à affaiblir dans les esprits les cadres traditionnels qui structuraient l'espace. Ceux qui refusent ces changements de structure territoriale tout simplement parce que personne n'en a jamais démontré l'utilité, sont taxés d'immobilisme , de passéisme et impitoyablement rejetés dans les ténèbres extérieures.

Les 35 heures tenues pour un progrès social ne furent acquises qu'en échange d'une plus grande flexibilité des horaires : désormais les équipes se croisent sans se connaître, la communauté de travail part en lambeaux. L'Union européenne a imposé, au nom de l'égalité des sexes, le travail de nuit des femmes.

Si le code du travail résiste encore aux assauts de ceux qui voudraient abroger ses protections, l'esprit est à plus de flexibilité . Il est aussi à plus de rigueur, de dureté dans les relations entre partenaires de travail et entre niveaux hiérarchiques.

Quel peut être l'aboutissement de ces évolutions vers moins d'humanité, au sens de moins de culture et de richesse relationnelle ? Des hommes et des femmes moins heureux assurément. Tout le monde s'accorde à dire que l'ambiance dans le monde du travail : Etat, collectivités locales, secteur privé , ne cesse de se dégrader. Comment ne pas voir un lien entre la frénésie de destruction des repères à l'œuvre dans la France d'aujourd'hui et le développement sans précédent de la consommation d’anxiolytiques ? Lien également avec l’explosion des congés de maladie dans les sphères les plus touchées par les changements comme les administrations publiques. Sans parler des suicides des employés de France-Télécom et ceux, dont on ne parle pas , encore plus nombreux, des éleveurs du Massif central.

La suppression des leçons de morale à l'école, à l'issue des événements de Mai 68, se conjugue avec une justice tiraillée entre des écoles différentes où la culture de l'excuse et la surpopulation carcérale contribuent à l'impunité, et, par là , à affaiblir dans une partie de la jeunesse les notions de bien et de mal.

Cette frénésie de bousculer les repères chronologiques, spatiaux; sociaux et moraux, telle qu'elle s'exprime, en France plus qu'ailleurs, depuis vingt ans, a plusieurs effets pervers . Elle déstabilise ce qui doit rester stable: l'homme a besoin de cadres de vie, sinon permanents, du moins solides pour se définir, se mouvoir et s'identifier. En dépit de ses buts affichés elle alourdit les coûts, des hommes malheureux étant moins portés au zèle dans le service.

Nous avons aussi évoqué l'impact négatif de ces évolution sur la démocratie.

Les particules élémentaires

Mais le produit fini, l'aboutissement de ce processus qui, sans être coordonné par un quelconque deus ex machina n'en est pas moins conduit de manière parallèle dans de nombreux domaines et dans presque tous les pays , n'est ce pas l'homme nouveau tel qu'Alexandre Zinoviev[4] l'avait décrit : sans repère, sans morale, sans culture, sans principe et donc sans courage, sans dévouement, sans créativité ? Cet homme devenu une sorte de particule élémentaire fongible, pour reprendre l'expression de Michel Houellebecq[5], remplaçable, indifférenciée, n'est ce pas le matériau qu'attend le grand capital afin de limiter les résistances à sa folle entreprise transnationale uniquement destinée à élargir la sphère du profit ?

On peut se le demander, avec cette réserve qu'il n'est pas sûr in fine que l'économie libérale n'ait pas besoin de créatifs aptes à susciter des inventions ou de nouveaux produits, de structures fixes aptes à générer des travailleurs heureux, un peu plus revendicatifs certes, mais mieux dans leur peau, de gens ayant le goût du dévouement et du travail bien fait, plutôt que d'une masse grise, résignée et passive, sabotant silencieusement le travail. En bref, il n'est pas sûr que le fil conducteur soit seulement l'intérêt du grand capital.

Si se trouve à l'œuvre, comme nous le suggérons, un principe de déshumanisation systématique, n'y voyons pas pour autant un complot global ! Les raisons en sont peut-être plus banales : dans l'univers superbureaucratisé et excessivement complexe où nous vivons, seuls les schémas simples ont leur place ; seuls ils permettent , faute de culture sans doute, un langage commun à ceux qui sont amenés à travailler en équipe à tous les niveaux . Mais dans l'esprit de beaucoup, il se peut que tout reste d'humanité soit assimilé, stupidement , à un déficit de modernité qu'il faut combler en allant plus loin dans les réformes déshumanisantes.

On invoque le progrès . On invoque la modernité et son caractère impitoyable. S'il est vrai que , dans certains cas, le progrès technique a directement un effet inhumain, célébré autrefois par Fritz Lang[6] ou Charlie Chaplin[7], la plupart du temps, la technique, surtout aujourd'hui, n'impose rien de tel . Le choix de certains modes d'organisation économique comme le règne sans partage en France des super et hypermarchés a sûrement contribué à la déshumanisation, tout en satisfaisant le consommateur. Il n'en est pas de même de la multiplication des standards automatiques qui ne provoquent que des frustrations. Mais l'accès à internet a en même temps un effet libérateur, quant aux méthodes de travail et quant aux libertés. Aucune fatalité donc de ce côté là.

Ce qui est déshumanisant, en réalité , ce n'est pas la technique en tant que telle, c'est la mentalité technicienne, la volonté inconsciente des hommes de singer la technique. Ajoutons-y le processus d'imitation d'un pays à l'autre , d'une administration à l'autre, du public au privé, la circulation subtile des modes et modèles entre les hautes sphères internationales où se prennent les grandes orientations et la base et nous avons le processus complexe qui a produit cette machine dont le but final semble avant tout de broyer l'homme. Une machine où , autant qu'un dessein planétaire fomenté par les Princes de ce monde, s'expriment d'abord la médiocrité et la grégarité.

Roland HUREAUX

[1] Pierre-André Taguieff, Résister au bougisme , Démocratie forte contre mondialisation techno-marchande , 1001 Nuits, 2001

[2] Pierre Manent, La raison des nations, réflexions sur la démocratie en Europe , Gallimard, 2006

[3] Guy Debord, La société du spectacle , Buchet-Chastel, 1967

[4] Alexandre Zinoviev, Homo sovieticus , L'Age d'homme, 1982

[5] Michel Houellebecq, Les particules élémentaires , Flammarion, 1998

[6] Fritz Lang , Métropolis , film 1932

[7] Charlie Chaplin, Les Temps modernes, film 1936

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20 juin 2015 6 20 /06 /juin /2015 21:08

DROITE : LE PIEGE DES MAJORITES D'IDEES

De scrutin en scrutin, il semble que la droite parlementaire ait pris le pli de constituer avec la gauche des "majorités d'idées" . Sur des projets où le gouvernement Hollande-Valls se trouve contesté dans son propre camp par des "frondeurs", elle n'hésite pas à voler à son secours en apportant les voix qui lui manquent.

Cela est particulièrement vrai au Sénat où, bien que, depuis l'automne dernier, la droite soit majoritaire, on n'a guère eu l'occasion de s'en rendre compte. Rien à voir avec la guerre d'usure que les sénateurs menèrent contre le général de Gaulle dans les années soixante ou, plus près de nous, celle que fait à Washington le Sénat républicain, à Obama. Prendre le nom est une chose, suivre l'exemple en est une autre.

On peut remonter à la loi Taubira où , au Sénat, les chefs de groupe de l'opposition n'ont pas cru devoir protester contre la mascarade d'un vote à main levée dans un hémicycle à moitié vide et où le résultat proclamé par le président demeure douteux. La gauche qui n'avait pas de majorité du fait de la dissidence de l'outre-mer dut recourir à ce subterfuge.

La discussion d'une réforme régionale parfaitement inutile, fondée sur l'idée fausse que nos régions étaient plus petites que celles du reste d'Europe, a été d'une pauvreté affligeante. L'opposition s'est contentée de proposer qu'il y ait 15 régions au lieu de 13. Plus récemment un loi qui vide un peu plus la commune de sa substance a été votée presque sans débat.

Les velléités d'une partie de la droite , dont Hervé Mariton, de voter le loi Macron, ce grand projet libéral qui ajoute 400 pages à nos codes, ont été heureusement calmées par Nicolas Sarkozy, ce qui a obligé Valls , pressé par une aile gauche réticente, à sortir du bois en recourant au 49-3

Le gouvernement a dû aussi passer en force la réforme du collège en usant de la voie réglementaire alors que le sujet aurait mérité un grand débat au Parlement.

Le cas le plus choquant est la loi sur les écoutes téléphoniques que les deux chambres ont adoptée largement. Après l 'attentat contre Charlie, des voix se sont élevées, à droite et à gauche, pour faire un Patriot Act à la française. Il suffit, on l'a vu, que l'on dise qu'un projet est libéral pour que certains députés de droite , sans y regarder de plus près , soient prêts à le voter. Le même réflexe pavlovien joue chez d'autres quand il est question de sécurité. Rien ne démontre que l'affaire Charlie soit l'effet d'une quelconque faille dans le dispositif juridique anti-terroriste. Mais pour Valls, l 'occasion était trop bonne pour élargir le pouvoir de l'Etat dans le contrôle de l'internet et du téléphone. A juste titre, certaines personnalités , surtout à gauche, ont critiqué le projet , rappelant justement que le fait que le gouvernement soit réputé "républicain" ne garantit nullement contre des abus. Il faut une rare inconscience dans la droite , qui vient de voter massivement le projet au Sénat, comme elle l'avait fait à l'Assemblée nationale pour imaginer que quelqu'un comme Valls, admirateur de Robespierre , dont on n' a pas oublié les rafles massives de manifestants pacifiques qu'il a ordonnées après les "manifs pour tous", pourrait résister à la tentation, au motif par exemple de lutter contre le racisme et la xénophobie, de se servir de ces nouveaux pouvoirs contre la droite. Beaucoup n'ont pas encore pris la mesure de la mutation profonde d'une gauche devenue idéologique sur à peu près tous les sujets. L'idéologie, c'est la déconnection du réel: il ne faut pas chercher plus loin le raisons d'un profond discrédit. Mais c'est aussi conception manichéenne du monde où tous les coups sont permis contre l'adversaire, droite classique comprise.

S'agissant de la loi sur la fin de vie qui trouble bien inutilement un statu quo que presque tout le monde trouvait satisfaisant, la piège est allé plus loin puisque la droite a été associée en amont à la préparation d'un projet supposé apolitique. A-t-on jamais vu un député comme Léonetti (UMP) , passé dans l'opposition, associé au détricotage de la loi qu'il avait fait voter étant au pouvoir ? On dira que la question est affaire de conscience et que la droite est divisée sur ce sujet. Mais la gauche l'est aussi, or les voix discordantes y sont impitoyablement étouffées. La partie est donc inégale. Avec les remous qui accompagnent l'affaire Lambert, la droite sénatoriale comprendra-t-elle que sur un sujet aussi grave, elle doit s' opposer ?

Reste la charte de langues régionales sur laquelle la gauche compte convoquer le Congrès, ayant sans doute reçu des assurances que la majorité requise serait réunie. Qui dira le danger de ce projet, non pas pour l'unité nationale comme on le dit , mais pour le bon sens et la simplicité. Il ouvrira la porte à tous les fanatiques qui exigeront que les procès se tiennent en langue régionale, même si eux mêmes ni personne ne la parlent !

Sans doute l' opposition ne doit-elle pas être systématique. Une loi sur l'économie numérique pourrait par exemple recevoir un large assentiment. Mais si le présent gouvernement ne recuille que 15 % d'opinion favorables , il y a à cela des raisons . Qui peut dire, s'il n'est déjà intoxiqué par l' idéologie de gauche , qu'un seul des projets évoqués soit bon pour la France ? Qui peut dire que ces projets ne s'inscrivent pas tous dans une idéologie destructrice, désormais la seule ligne du parti socialiste Qui d'autre que l'opposition pourrait exprimer ce mécontentement sans précédent ? Ce n'est pas en faisant le beau avec les majorités d' idées que la droite préparera 1997. S'il se trouve toujours un ou plusieurs députés de l'opposition pour dire que tel ou tel projet du gouvernement va dans le bon sens, qui croira que sa politique est mauvaise ? Aider de manière presque systématique un gouvernement discrédité à faire passer ses projets, c'est suggérer que ce qu'il fait n'est finalement pas si mal , c'est aussi donner crédit à l'expression d'UMPS et donc paver la voie du Front national trop souvent seul à s'opposer. C'est affaiblir dangereusement les chances du candidat républicain en 1997.

Roland HUREAUX

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7 juin 2015 7 07 /06 /juin /2015 15:42

UN MOIS APRES LE NAUFRAGE DE 400 MIGRANTS, L'EPOUVANTABLE CAFOUILLAGE MEDITERRANEEN SE POURSUIT

Publié dans Causeur

Après le naufrage qui avait entraîné la mort de près de 366 migrants clandestins au large de l'île italienne de Lampedusa le 3 octobre 2013 , les Etats membres avaient prévu lors du Conseil européen des 24 et 25 octobre, d'adopter des mesures communes comportant le renforcement des moyens de Frontex et du bureau européen d’appui en matière d’asile.

Après le naufrage de plus de 400 autres migrants au large de la Sicile en le 12 avril 2014 , les chefs d'Etats et de gouvernement de l'Union européenne se sont réunis en urgence pour un sommet exceptionnel le 23 avril . Ils ont décidé de tripler les moyens de l'opération de surveillance Triton, menée par Frontex , de saisir et détruire les embarcations transportant des migrants, d'intervenir militairement en Libye contre les réseaux de passeurs et de répartir 5 000 réfugiés syriens sur le territoire européen.

Depuis lors, la commission européenne a précisé la mise en œuvre de certaines de ces mesures. Mais 300 personnes ont encore sombré le 18 mai.

On peut s'attendre d'ores et déjà à ce que d'ici quelque temps , à la suite d'une nouvelle noyade, le conseil européen se réunisse à nouveau pour prendre de nouvelles mesures. Etc.

Il y a en effet peu de chances qu'une solution de fond soit trouvée dans un délai proche à l'immense question de la poussée migratoire à partir de la Lybie, au moins aussi longtemps qu'elle sera traitée par l'Europe institutionnelle.

Une affaire embrouillée

L'affaire est embrouillée à plusieurs nivaux.

D'abord dans la compréhension du problème. L'égoïsme des uns se conjugue avec les bons sentiments des autres pour que nous ne comprenions pas ce qui se passe. Les uns détournent le regard, les autres ne voient que de l'aspect moral , pas des faits.

D'où viennent ces migrants ? On entend un peu tout sur ce sujet. Il semble qu'une majorité viendrait de l'Erythrée et du Sud-Soudan. Si c'était vrai, il seraient à moitié chrétiens. L'Erythrée est composée d'une moitié de chrétiens et connait une dictature effroyable qui a mis toute la nation sur le pied de guerre pour défendre le pays contre l'Ethiopie ennemie, dix fois plus peuplée. Les Erythréens , chrétiens ou musulmans, sont un peuple intelligent et instruit qui ne poserait pas de gros problème d'intégration.

Le Sud-Soudan est la partie chrétienne ( en tous les cas non-musulmane) du Soudan, devenue indépendante en 2009 après cinquante ans de guerre . Libérés du joug islamique, les Sud-Soudanais sont entrés en guerre civile sur une base non plus religieuse mais ethnique.

Si ces gens là étaient bien la majorité de migrants, il n'y aurait pas lieu de craindre une invasion musulmane ( quoique des migrants musulmans aient récemment jeté à l'eau les chrétiens embarqués avec ceux) . Le mouvement migratoire ne serait pas non plus le trop plein indifférencié d'un continent en pleine croissance démographique mais la conséquence de la guerre qui sévit dans plusieurs pays, ce qui n'est pas la même chose.

Mais il se dit aussi que beaucoup d'immigrants viennent du reste du Sahel, jusqu'au Sénégal , voire de l' Afrique profonde. Combien ? On ne sait pas.

Ce n'est pas seulement la compréhension du problème qui est embrouillée, c'est aussi la recherche de solutions.

La plus simple serait que l'Europe prenne le contrôle des principaux ports de départ sur la côte nord de la Libye. Cela aurait pu se faire dans la foulée de l'intervention qui a renversé Kadhafi en 2011, et qui a plongé ce pays dans le plus grand chaos , mais on ne l'a pas fait.

Parmi les mesures qui ont été décidées par le Conseil européen le 23 avril, la principale est une nouvelle intervention militaire en Libye. Une telle action supposerait l'aval du Conseil de sécurité . Mais la Russie et la Chine ont eu l'impression d'avoir été trompées par les Occidentaux lorsqu' elles ont donné cet aval à l'intervention de 2011. Il n'était prévu au départ que de sauver des populations ; or l'intervention a largement dépassé les termes du mandat , aboutissant au renversement de Kadhafi. Russie et Chine ont depuis le sentiment d'avoir été bernées et ne sont pas prêtes à opposer leur veto au Conseil de sécurité à toute entreprise du même genre. Il faudrait peut-être négocier avec la Russie, notamment en relâchant la pression sur l'Ukraine. Mais l'Europe ne semble pas prête à faire sur ce front la moindre concession susceptible de rendre les Russes plus coopératifs.

On pourrait aussi encourager un pays voisin redevenu stable comme l'Egypte à intervenir, si elle le veut bien. Ce service vaut bien quelque Rafales à prix bradé.

Une autre solution serait que les forces spéciales de tel ou tel pays mettent hors d'état de nuire les passeurs. Si on procède cette manière, on ne le dira pas. Mais c'est peu probable. En tout état de cause, il ne saurait s'agir d'une décision européenne, seulement d'un Etat.

Les sommets européens successifs auraient pu être l'occasion de poser le principe que , en cas de guerre ou d'oppression, ce sont le pays voisins qui ont les premiers vocation à recevoir les réfugiés ,non l'Europe, mais que celle-ci serait prête à soutenir généreusement ces politiques d'accueil. On ne l'a pas fait. Cela serait contraire, dit-on, au principe de l'universalité du droit d'asile. Fort bien, en attendant, les réfugiés se noient.

Embrumée de bureaucratie et de grands principes, la Commission de Bruxelles n'est pas prête à trouver une solution. Pas davantage que , quand elle a pris en main l'immigration à l'échelle européenne, elle n'a fait la preuve de la moindre efficacité.

Idéologie, bureaucratie , inefficacité

Au temps de l' Union soviétique, on savait que toute décision partant d'un a priori idéologique serait stérile. Rien ne sortait jamais des décisions du parti. Ce qui marchait, industrie de défense, lopins agricoles individuels, marchés kolkhoziens se faisait en marge ou en dehors de l'idéologie, voire contre elle.

A Bruxelles, c'est la même chose: le mieux qu'on puisse attendre d'une politique commune est qu'elle ne fasse pas trop de dégâts. Mais généralement, elle en fait. Ce qui marche , Airbus, Ariane, se fait en dehors des politiques européennes officielles et généralement sur la base de coopérations intergouvenrnementales à géométrie variable.

Ile est probable que la question des migrations méditerranéennes ne sera résolue que quand les deux ou trois pays les plus concernés, parmi lesquels l'Italie, principal lieu de passage et la France, principale destination se concerteront pour traiter la question et cela liaison avec les états africains les plus impliqués. Il est clair qu'on n'en est pas encore là.

Roland HUREAUX

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7 juin 2015 7 07 /06 /juin /2015 15:34

En prenant une position favorable à Poutine dans l'affaire ukrainienne, Valéry Giscard d'Estaing a pris tout le monde à contrepied.

La grande presse s'est contentée de signaler la rencontre entre Giscard et Poutine le 28 mai dernier et ses déclarations les plus générales : "Les relations entre l'Europe et la Russie seraient meilleures si Bruxelles était réellement indépendant" . On n'a guère répercuté que l'ancien président est allé beaucoup plus loin dans un entretien avec Politique internationale, une revue pourtant atlantiste : il y justifie l'annexion de la Crimée qui, selon lui, a toujours été russe, et pense que "probablement" les événements de la place Maidan et le renversement du président Ianoukovitch il y a un an sont le résultat d'une manipulation de la CIA. Il considère que les sanctions, non seulement ne sont pas dans l'intérêt de l'Europe, mais sont contraires au droit international.

Valéry Giscard d'Estaing prend ainsi à revers une classe politique française et européenne tellement tétanisée qu'aucune figure de premier plan n'y ose encore critiquer la ligne aveuglément proaméricaine de l'Europe occidentale à l'égard de la Russie. Une ligne proche de l'assujettissement dans le cas de Hollande qui, en refusant de livrer les Mistral sur ordre de Washington , discrédite la parole de la France.

L'ancien-président prend aussi à contrepied tous ceux qui le tenaient depuis toujours pour un "libéral atlantiste". C'est oublier qu'en 1981, il fut vaincu par une coalition de la gauche unie et de l'ambassade des Etats-Unis et qu'il avait en revanche reçu, contre le parti communiste, l'appui discret de l'ambassade d'URSS. Ses positions de fin de mandat où il avait cherché à jouer un rôle d'intermédiaire entre l'Est et l'Ouest ( le "petit télégraphiste" dit Mitterrand) n'étaient guère appréciées à Washington. On peut certes discuter leur opportunité à un moment où la menace venant de Moscou était bien plus sérieuse qu'aujourd'hui. Mais elle témoignait d'une indépendance dont nous avons perdu l'habitude.

Différence de posture, différence d'envergure aussi avec tous ceux qui prétendent aujourd'hui à la magistrature suprême. Le président-académicien n'envisagerait-il pas de se présenter à la primaire de droite ?

La position de Giscard est proche , ce n'est sans doute pas un hasard, de celle de son vieil ami Helmut Schmidt qui, il n'y a pas si longtemps, vitupérait la politique irresponsable de la commission de Bruxelles, à la fois incompétente et irresponsable , faisant courir, selon lui, à l'Europe le risque de la guerre mondiale.

En prenant cette position audacieuse, Valéry Giscard d'Estaing va dans le sens de l'opinion française éclairée, celle qui ne se laisse pas influencer par le matraquage anti-Poutine des médias, une opinion de plus en plus décalée par rapport à la positon officielle de Hollande - et de la direction de l'UMP. Il y a un ou deux ans, les pro-russes se trouvaient isolés dans les dîners en ville. Aujourd'hui c'est inverse: presque personne, en dehors de cercles particuliers n'ose prendre parti pour les Etats-Unis dans les affaires de l'Ukraine.

Il ne s'agit bien entendu pas d'être pro-ceci ou pro-cela . Il s'agit que notre diplomatie soit celle de nos intérêts et non pas des intérêts de quelqu'un d'autre. Cela suppose qu'on évacue toutes considérations infantiles sur "qui est le bon ? " et "qui est le méchant ? " auxquelles se résume aujourd'hui la diplomatie dite des droits de l'homme . En d'autres circonstances cela pourrait nous conduire à être antirusse - ou antisoviétique, mais en aucun cas à l'alignement absurde sur les Etats-Unis dont nous sommes aujourd'hui les témoins.

Roland HUREAUX

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7 juin 2015 7 07 /06 /juin /2015 15:29

LES "REPUBLICAINS" AURONT BEAUCOUP D'EFFORTS A FAIRE POUR SE RASSEMBLER

Paru dans Marianne.fr

La refondation de l'UMP, devenue "Les Républicains", le 30 mai dernier Porte de la Villette a été une fête réussie.

Les quelques sifflets malencontreux qui ont accueilli Fillon et Juppé n'ont pas vraiment entaché une opération qui s'est faite dans une atmosphère sobre et consensuelle.

50 intervenants allant chacun de son couplet sur les valeurs républicaines , cela ne permet pas forcément de maintenir l'attention du public, mais évite au moins de faire des jaloux , de diviser inutilement le groupe dirigeant du mouvement sur des questions de susceptibilité.

Dans son discours de conclusion , Nicolas Sarkozy a tenté de montrer que lui et son parti étaient , plus que les socialistes, les vrais républicains. Pour justifier le label "Les Républicains", il a rappelé comment la gauche avait détruit l'école et fait preuve d'une complaisance coupable à l'égard du communautarisme. L'argument n'est pas sans portée.

Il reste que l'invocation répétitive des valeurs de la République et les appels au rassemblement par les orateurs ont occulté les sujets essentiels qui sont précisément ceux sur lesquels le nouveau mouvement est, plus que toute autre force politique , divisé.

Trois clivages essentiels

Trois lignes de faille traversent aujourd'hui la politique française : est-on pour ou contre l'euro? est-on pour ou contre le mariage homosexuel ? est-on du côté des Américains ou du côté des Russes ? Sur ces trois sujets, aucun compromis n'est possible: il faut être d'un côté ou de l'autre. Même ceux qui préconisent une monnaie commune au lieu de la monnaie unique se prononcent, de fait, pour la fin de l'euro. Ceux qui veulent substituer une "union civile" au "mariage" prévu par la loi Taubira proposent un "retour en arrière" qui n'est nullement perçu comme un compromis par les partisans de celui-ci.

Nous ne considérons en revanche pas que la question du plus ou moins grand degré de liberté économique divise en profondeur la société française. Entre les libéraux et les étatistes, le curseur peut se déplacer vers toutes sortes de compromis.

Pas davantage, quoi qu'on en pense, l'immigration : dès lors que personne ne veut rejeter les immigrés à la mer , ni ouvrir toutes grandes les portes, là aussi , bien des positions intermédiaires sont envisageables.

Sur les trois sujets les plus clivants, il est clair que le Front national , anti-euro, pro-russe et hostile aux bouleversements sociétaux ( même s'il ne s'est pas engagé à remettre en cause la loi Taubira) est clairement d'un côté.

Il est tout aussi clair que le Parti socialiste, pro-euro, pro-OTAN et libertaire est clairement de l'autre. En dehors de Chevènement , la gauche de la gauche elle-même a transigé sur l'euro et ne se reconnait guère dans Poutine.

En définitive les Républicains, pour les appeler de leur nouveau nom, ont seuls le redoutable privilège de voir la césure passer au milieu d'eux et cela sur les trois sujets.

Officiellement favorables à l'euro, ils laissent subsister une aile hostile, autour de Jaques Myard - lequel, de manière significative a été écarté du nouveau Conseil national.

L'opportunité de réviser ( réécrire dit Sarkozy) ou non la loi Taubira fait débat. Juppé, Le Maire, Nathalie Kosciuszko-Morizet y sont clairement hostiles. Les autres , hostiles aussi, cultivent une subtile ambiguïté.

Sur la nouvelle polarité Est-Ouest, seul Fillon, quoique discret , est soupçonné de pencher vers la Russie. Il a , seul des candidats mais avec tout le groupe parlementaire , approuvé la récente visite au Kremlin de cinq députés français, visite condamnée par Hollande, Fabius, Juppé et tournée en dérision par Sarkozy. Plus clairement Giscard d'Estaing s'est récemment démarqué de l'OTAN. Il n'est cependant pas, du moins que l'on sache, candidat.

Mais le vrai clivage sur ces sujets, n'est est pas tant entre les dirigeants des Républicains qu'entre la tête et la base militante, beaucoup plus réservée sur l'euro, hostile à la loi Taubira contre laquelle elle s'est mobilisée et , quoi qu'on pense , plutôt favorable à Poutine.

Cette division peut se résoudre de plusieurs manières.

Les Républicains peuvent continuer comme aujourd'hui où la tête impose les positions les plus "politiquement correctes". C'est ce que pensent Alain Juppé mais aussi, quoique moins nettement , les autres candidats. Il leur sera dans ce cas difficile de se distinguer du PS et d'arrêter l'hémorragie des électeurs vers le Front national. Il ne leur reste , pour se distinguer, qu'à s'affirmer un peu plus libéraux sur la plan économique. Air connu mais qui pense sérieusement que la droite ferait beaucoup mieux que la gauche sur ce chapitre ? Même chose sur l'école ou sur l'immigration.

L'autre option serait la division , voire la scission. La sanction serait l'élimination dès le premier tour. On n'en est pas encore là, d' autant que l'aile "populaire" n'a pas vraiment de chef.

La troisième solution est de transformer la faiblesse en force, la division en synthèse.

C'est, on l'a dit, quant au fond, difficile. Mais c'est celui des candidats qui saura le mieux gérer la contradiction et garder une position d'équilibre qui emportera la palme de l'investiture pour 1997.

Roland HUREAUX

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7 juin 2015 7 07 /06 /juin /2015 15:24

CE QUE N'A PAS VU TODD : LES CATHOLIQUES QUI NE SONT PAS "CHARLIE"

Publié dans Atlantico et Liberté politique

Les familiers des travaux d'Emanuel Todd savent ce qu'est pour lui un catholique "zombie": quelqu'un qui a eu une éducation catholique , qui n'a plus la foi, mais en garde cependant des structures de comportement inconscientes . Voltaire, Diderot, Ernest Renan, Emile Combes étaient en ce sens des catholiques zombies : tout le contraire , on le voit, d' enfants de Marie!

Il y a aussi des protestants zombies, des juifs zombies ( et pas n'importe qui : Marx, Freud, Husserl, Marcuse, Derrida et tant d'autres figures fondatrices de la culture contemporaine ) et déjà, modernité oblige, Todd pense qu'il y en aura de plus en plus , des musulmans zombies.

La particularité des catholiques zombies est que c'est parmi eux que se recrutent les plus fanatiques adversaires du catholicisme , ce qui n'est, semble-t-il, pas le cas pour les autres groupes. Même en comptant Marx, il ne semble pas que les juifs émancipés aient jamais été les pires antisémites !

C'est dire que le dernier essai de Todd qui insiste tant sur les "catholiques zombies" crispera sans doute autant les dits zombies que ceux qui ne le sont pas et qui prendront mal d'avoir à porter les errements de leurs ennemis . Nous éviterons donc cette expression.

Dans le détail, on pourrait trouve quelques approximations dans l'essai de Todd. Il semble oublier que la plus grande manifestation et de loin a eu lieu à Paris, dans ce qui n'est pas précisément un vieux fief de catholicité ( au moins depuis le XVIIIe siècle). Comme nous le disait un lecteur critique : "il semble oublier que Paris est dans le Bassin parisien". Ramener le monde catholique de jadis à un Ouest supposé hiérarchique est très simplificateur. Si on se réfère à ses travaux antérieurs, l'Ouest est bien moins hiérarchique que le Pays basque ou le Sud du Massif central qui, après avoir été des fiefs huguenots au XVIe siècle sont devenus des fiefs catholiques au XIXe. Au demeurant la Gascogne précocement républicaine (et malthusienne : cf. Armengaud) est tout autant que le Pays basque un pays de famille souche. Toujours selon ses travaux antérieurs, la Vendée a la même anthropologie individualiste et égalitaire que le Bassin parisien mais dans l' attachement de celle-ci à la religion, l'histoire, une histoire tragique, a compté davantage que l'anthropologie, laquelle explique beaucoup de choses mais pas tout. Quant au raccourci culture inégalitaire, région catholique, pétainisme, antisémitisme, il vient tout droit du dictionnaire des idées reçues. Todd ignore visiblement les travaux de Simon Epstein. Il ignore aussi que l'antisémitisme des années trente était un phénomène parisien ou à la rigueur urbain : comment les paysans de France qui n'avaient jamais vu un juif de leur vie ( à la différence de ceux d'Allemagne et de Pologne) auraient-ils pu être antisémites ? On pourrait être inquiet de telles approximations si on ne faisait confiance à la rigueur scientifique de l'auteur.

A ces nuances près, il n'y a rien à objecter à la thèse centrale de Todd: le groupe dominant en France aujourd'hui est celui des classes moyennes issues du monde catholique, que ce soit en termes sociaux ou géographiques ( le grand Ouest ), mais déchristianisées. Qu'on les appelle "bobos" ou "deuxième gauche", ils tiennent le parti socialiste et ont soutenu le choix de l'euro ; tributaires d' une culture catholique désormais inconsciente, ils imposent une austérité doloriste (et deloriste !) et un néo-libéralisme à l'anglo-saxonne à caractère inégalitaire. Quoique brandissant les valeurs de la République, ce sont de faux républicains. François Hollande , de parents catholiques mais qui a viré au laïcisme le plus raide ( souvenons nous de son refus de dire que les Egyptiens massacrés en Libye étaient des chrétiens) en est une figure emblématique.

Chesterton disait que "le monde moderne est rempli de valeurs chrétiennes devenues folles" . Tout ce qui fait aujourd'hui la sensibilité de gauche : l'Europe, l'écologie, l'ouverture à l'homosexualité , les langues régionales, le multiculturalisme peut être en effet assigné à une sensibilité chrétienne dégénérée.

Que les manifestants de janvier aient profité de l'affaire Charlie pour exprimer un anti islamisme inavoué, refoulé par les bons sentiments de gauche, est aussi probable, mais cela ne vaut pas seulement pour la deuxième gauche.

Todd n'a pas non plus tort de penser que la grande manifestation "Je suis Charlie" du 11 janvier 2011 a été faite principalement par les pro-euro . Une manifestation de dominants qui laisse de côté deux groupes dominés : la vieille classe ouvrière française et l'immigration musulmane et qui réclame rien moins que le droit pour le groupe dominant de blasphémer la religion d'un groupe plus faible !

Ces pro-euro sont des ex-chrétiens, soit, mais que pourraient-il être d'autre ? Pierre Chaunu aimait à dire que de la France cléricale qui représentait la moitié de la population en 1905, descendaient les trois quart de la France de 1960 du fait du différentiel de natalité entre une France catholique féconde et une France républicaine malthusienne ( cf. le triste Paris sans enfants des années trente dans les romans de Simenon). Le grand historien appelait cela la "sélection spirituelle". Mais une partie des catholiques, transfuges, venait à mesure reconstituer le vivier républicain dans une France où les Lumières étaient toujours hégémoniques , au sens gramscien du terme. Deux générations après, et l 'accélération de la déchristianisation dans le dernier tiers du XXe siècle aidant, les néo-républicains n'ont pas seulement pris la place des anciens dans la rue, ils l'ont prise dans la France elle-même. La classe ouvrière où Todd voit le reste des républicains d'autrefois est en fait le résultat d'un brassage complexe où l'immigration ancienne a sa part. Même ralliée au Front national, elle est une survivance.

Les catholiques qui ne sont pas Charlie

Persuadé que le catholicisme est en voie d'extinction en France ( les constituants de 1789 le pensaient déjà ! ), Todd, cependant, ignore ou sous-estime l'existence d'une frange de catholiques qui ne sont pas "zombies" et dont la plupart ne s'est nullement reconnue dans Charlie, beaucoup ayant perçu au contraire dans la manifestation du 11 janvier un rejet subliminal, non seulement de l'islam mais de toutes les religions. Eux aussi ressentent ce que Todd dénonce à juste titre: "cette nouvelle menace à la liberté de croyance qu'est le laïcisme radical".

Cette frange de catholiques "non zombies", de plus en plus nombreuse à chaque génération, d'autant que les déperditions y sont sans doute plus limitées aujourd'hui qu'en Mai 68, explique l' ampleur de La Manif pour tous, sans équivalent dans le reste de l'Europe : en réduisant , par vengeance, les prestations familiales des classes moyennes, Valls ne s'est pas trompé de cible . Mais cette frange explique surtout le différentiel qui fait de la France le seul grand pays d'Europe où le population se renouvelle encore à peu près ( taux de fécondité : 2 pour une moyenne de 1,6 en Europe) .

Les Français ne font en effet pas exception à la règle posée par Adolphe Landry : les sociétés athées sont vouées à l'extinction. Ils ne sont pas , contrairement à ce que pense Todd , des athées heureux qui "font" des enfants quand-même. La population française se perpétue mieux que d'autres par des minorités religieuses arc-boutées sur un sentiment identitaire fort, en particulier une minorité catholique, qui fournit d'ailleurs l'essentiel des cadres de son Eglise et de son armée et, avec ou sans apostasie , une bonne partie de ses élites, même de gauche.

Il y a donc bien trois pôles dans la société française mais pas tout à fait ceux que voit Todd : le pole dominant, post (et anti)-catholique , pro-euro, pro-homo et antirusse , un pole catholique persistant, généralement prorusse, pro ou anti-euro , selon sa position sociale, et un pole musulman. Si les musulmans de France s'intègrent plus qu'on ne croit, il faut le confirmer par d'autres indicateurs que les mariages mixtes : un jeune Français issu de l'immigration qui épouse sa voisine de palier étudiante en jean moulant , c'est un mariage franco-français; s'il préfère , comme cela se fait de plus en plus, aller chercher au bled une cousine vierge, c'est un mariage mixte ! Lequel intègre mieux ?

Les musulmans de France, qui avaient voté à 90 % Hollande , se sont abstenus massivement aux municipales, révulsés par le mariage unisexe et l'ambigüité des socialistes à leur égard. Seule la maladresse insigne de l'UMP - qui vient d'organiser un bien inutile colloque sur l'Islam -, pourrait empêcher qu'ils finissent à la droite modérée.

Dommage car c'est de ce groupe désormais central de la politique française , qui va de DLF au MODEM en passant par "les Républicains" , que dépend l'issue du dilemme justement posé en conclusion par Emmanuel Todd: une confrontation suicidaire excitée par l'ultra-laïcisme ou un compromis fondé sur l'acceptation, dans les limites de la paix civile, du fait religieux.

Roland HUREAUX

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31 mai 2015 7 31 /05 /mai /2015 20:10

APRES LE REFERENDUM IRLANDAIS, LA FRANCE EN PREMIERE LIGNE

Apprendre la veille de la Pentecôte que la très catholique Irlande avait approuvé à une large majorité le mariage homosexuel n'a pas réjoui ceux qui se sont battus en 2012 et 2013 contre la loi Taubira, spécialement ceux qui espèrent, à la faveur d' un changement de majorité, une abrogation de cette loi.

Il y a à ce vote des raisons propres à l'Irlande : l'Eglise catholique y a certes été très influente dans le passé mais elle s'est trouvée ravagée plus qu'ailleurs par des problèmes de pédophilie ( nous prenons l'expression courante bien que ce qu'elle désigne soit plutôt de l'ordre de l'eros que de la philia !) et ne se caractérise pas par une vitalité intellectuelle à même de renouveler des argumentations souvent poussiéreuses.

Mais il faut situer ce référendum dans son contexte international. L'année 2013 a été décisive non seulement parce que la France a voté la loi Taubira, mais aussi parce que la cause dite "gay" a fait des progrès décisifs, en partie sous l'influence du vote français, aux Etats Unis d'abord, dans le reste du monde ensuite. Aux Etats-Unis, seuls une dizaine d'Etats avaient légalisé ce type de mariage; les autres résistaient. Aujourd'hui, ils ne sont plus qu'une poignée à résister et on dit que la Cour suprême va prochainement leur en retirer le droit.

Parallèlement, l'ONU fait des pressions insensées sur les petits pays du Tiers monde encore réticents.

L'ampleur de la pression mondiale en faveur du mariage homosexuel se meure au nombre de multinationales comme Goldman Sachs, Google, Microsoft, Disney, Coca Cola , 278 au total, qui sont intervenues auprès de la Cour suprême , comme le droit américain le permet, en tant qu'amici curiae pour qu'elle rende obligatoire ce mariage. A voir les puissants de ce monde ainsi mobilisés, on se demande comment un Mélenchon peut encore imaginer qu'il s 'agit d'une cause de gauche !

Dans un tel contexte, ce n'est pas un petit pays comme l'Irlande (4,6 millions d'habitants), très lié aux Etats-Unis, à l'économie aujourd'hui largement ouverte, membre d'une Union européenne qui elle même promeut l'idéologie libertaire, qui pouvait résister. Elle avait déjà essayé avec le traité de Lisbonne ; en vain.

Mais on aurait tort de penser que l'affaire est close. Marier des homosexuels n'est pas d'abord une affaire de morale; c'est une injure à la raison , notamment au vu d'un milliard d'années de reproduction sexuée et d'un million d'années d'histoire humaine. On dira qu'il est parfaitement improbable les grands pays occidentaux, désormais engagés, reviennent dessus . Tout aussi improbable, dirons-nous, qu' apparaissait la chute du communisme en 1980.

Il y a peu de chances en effet que le paradigme idéologique sur lequel nous vivons sur ce sujet comme sur d'autres, dure éternellement.

Mais d'où viendra le signal , nous ne dirons pas de la marche arrière mais du retour à la raison ? Quel autre pays que la France pourrait le donner ?

La France s'est déjà singularisée par le fait que face à ce vent mondial de folie qui a emporté peu à peu tous le pays avancés, elle seule a tenté de résister. Près d'un million et demi de manifestants se sont levés pour faire barrage à la loi Taubira . Il s'en est fallu de très peu qu'ils empêchent son adoption - nous ne disons pas son vote car le décompte des voix au Sénat n'a jamais été fait et tout laisse supposer que l'adoption dans le désordre et à main levée fut une manipulation. Cette résistance a frappé le monde entier. Personne ne l'attendait d'un pays connu pour sa liberté de mœurs, mais dont on avait oublié qu'il était aussi celui du bon sens cher à Descartes.

Et les lobbies savent bien qu'après La Manif pour tous, rien ne sera plus comme avant pour eux : la désaffection des Gay pride est un signe.

La France ne s'est pas seulement distinguée par sa résistance à la déraison. Elle est aussi le seul pays d'Europe dont la population se renouvelle encore (avec l'Irlande qui est en train de décrocher, comme les Etats-Unis ) . Certes l'impact démographique de l'homosexualité est infime mais son impact culturel ne l'est pas : il ne fait pas de doute qu'il y a un lien entre sa promotion et la récession démographique. En maintenant un taux normal ( ou presque ) de fécondité et cela grâce à tous ceux qui ont fait la Manif pour tous, la France montre, qu'on le veuille ou non, la voie du redressement au reste de l'Europe, qui doit le montrer au reste du monde.

Construction idéologique s'il en est, le mariage unisexe est soumis comme tout ce qui est idéologique au principe de château de cartes : il suffit qu'on en enlève une pour que l' édifice s'effondre. Si, faute d'être abrogé , l'édifice bâti par Mme Taubira se trouvait altéré ( réécrit !) de quelque manière, cela suffirait à montrer qu'il n'y rien d'irréversible dans le courant qui semble emporter l'humanité. En montrant que l'histoire n'est pas à sens unique, notre pays aurait rempli sa mission historique.

Roland HUREAUX

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31 mai 2015 7 31 /05 /mai /2015 20:08

REFORME DU COLLEGE : POURQUOI LE POUVOIR SOCIALISTE NE LACHE RIEN

Comment les enseignants qui ont manifesté contre la réforme du collège - et bien d'autres - ne seraient-ils pas choqués par la manière dont Najat Vallaud-Belkacem, en plein accord avec Hollande et Valls , l'a passée en force en promulguant le lendemain même de la journée nationale de protestation les décrets correspondants ?

Ce refus du moindre compromis est caractéristique de l'actuel gouvernement socialiste. Il contredit la manière dont la gauche d'autrefois , celle de Blum, de Mollet, de Mitterrand, faisait de la politique, acceptant presque toujours après une concertation avec d'autres forces politiques ou sociales, des compromis .

La gauche à laquelle nous avons affaire, que l'on croit à tort modérée en raison de ses positions politiques et sociales, est en réalité la plus fanatique que nous ayons jamais eue.

Les idéologues ne transigent pas

C'est le propre de l'idéologue de ne jamais transiger dès lors que rien ne l'y contraint . Avant la réforme du collège, on avait eu l'exemple de la loi Taubira instituant le mariage entre personnes du même sexe, que Frigide Barjot s'était imaginé en vain faire amender par la pression de la rue. Mitterrand disait : "au-dessus d'un million de manifestants, il faut arrêter " - comme il l'avait fait avec l'école libre - . Hollande, lui ne s'est pas arrêté. Pas davantage Marisol Touraine ne renonce à son projet de généraliser le tiers payant , prélude à la fonctionnarisation de tout le système de santé.

S'il arrive que les idéologues fassent des compromis , leur but final n'est pour eux que partie remise: Lénine disait "deux pas en avant, un pas en arrière". C'est ainsi que le gouvernement a accepté certains amendements à la loi Macron , même si l'objectif ultime demeure de briser les professions réglementées , symbole des classes moyennes françaises. Voulant réduire de moitié le nombre de régions , il s'est contenté d'un tiers, déjà satisfait que l'opposition accepte le principe de ce projet parfaitement inutile. Le but demeure de faire éclater la France en cinq ou six grandes régions qui traiteraient directement avec Bruxelles : dès lors que la brèche est ouverte, il sera toujours temps de l'agrandir.

Il n'y a pas de compromis possible sur les réformes idéologiques parce que leur but n'est nullement, comme on se l'imagine, de résoudre un problème ; il est d'appliquer un principe abstrait , généralement simplificateur, à la réalité.

Nous n'avons pas affaire en l'espèce à de grandes idéologies systémiques. Seulement des idées fixes propres à chaque ministère et qui les font aller toujours dans le même sens. Là où Bercy veut à tout prix, comme Bruxelles, libéraliser, le ministère de la santé veut fonctionnariser, l'intérieur veut fusionner ( les régions, les intercommunalités, les communes, la police et la gendarmerie etc.) et l'éducation nationale égaliser.

La méthode réformatrice est simple et à la portée d'un esprit aussi limité que celui de Vallaud Belkacem: ceux qui sont en charge de proposer des réformes partent des principaux changements qui ont été opérés au cours des dernières décennies ; ils constatent que ces changements, réforme après réforme, vont dans le même sens et , comme un élève de cinquième qui apprend la géométrie, ils prolongent la courbe pour aller un peu plus loin sur la même trajectoire .

Le latin et le grec sont en déclin; on décrète leur suppression. L'allemand est en recul au bénéfice du tout anglais : on l'affaiblit encore (au mépris de nos engagements vis à vis de l'Allemagne ). L'enseignement de l'histoire, de moins en moins chronologique et de plus en plus culpabilisant , continuera sur cette pente fatale. De même, après le pacs, le mariage homosexuel, puis la PMA, puis la GPA. A ces hégéliens au petit pied, il suffit de pousser un peu plus loin le pion sur le grand jeu de l'oie de la destruction.

Car ces réformes, toutes idéologiques, ont en commun de détruire presque tous les repères qui restent encore à la société française: le médecin de famille et le notaire étaient des repères, le département et la commune étaient des repères , venues pour celle-ci du fond des âges, les disciplines scolaires , fondées sur des savoirs, étaient des repères, de même que la mémoire nationale transmise en cours d' histoire. Tous ces repères sont arasés, de même que le sont le dimanche, la distinction de sexes ou même celle du bien et du mal dans les salles d'audience . A l'heure de la mondialisation - qui a bon dos - poser des points fixes est tenu pour obsolète.

L'idéologie est une forme de folie, mais une folie au pouvoir, dit Hannah Arendt. Les idéologues ne sont pas dangereux seulement parce qu'ils ne transigent pas mais aussi parce qu'ils se sentent investis d'une mission historique. Ils ont le sentiment que tout ce qui leur résiste, à commencer par le bon sens populaire, est réactionnaire. La rage dans laquelle la Manif pour tous avait plongé le gouvernement n'a d'égal que le mépris que lui inspirent à présent les prétendus "demi-intellectuels" qui condamnent la réforme du collège.

Le danger des majorités d'idées

Prenons garde : ainsi imbus de leur mission, de leur certitude d'être les grands prêtres d'une histoire en marche, ces gens là sont capables de tout . Les idéologues ne font pas de quartier et tous les moyens leur sont bons pour atteindre leurs fins ; c'est cette mutation de la gauche que ne semble pas avoir compris la droite . Une droite qui se situe encore dans le cadre mental d'une opposition classique pour qui toutes les bonnes volontés peuvent se conjuguer pour chercher la meilleure solution. C'est ainsi qu'elle n'a cessé depuis plusieurs mois d'offrir au gouvernement, parfois contesté sur sa gauche, des "majorités d'idées" supposées raisonnables: sur la loi Taubira qui ne serait pas passée au Sénat sans elle, sur la loi Macron, sur la réforme régionale. Ne transigera-t-elle pas aussi sur la fin de vie ? On espère que non. Confrontée à l'immense désastre de notre éducation nationale, elle s'est heureusement rebiffée sur la réforme du collège.

Les députés d'opposition ont été excessivement complaisants face à la sur le renseignement, ne concevant pas combien mettre de nouveaux moyens d'écoute et d'interception entre les mains des idéologues qui sont au pouvoir peut être périlleux pour les libertés, surtout la leur.

Face à un pouvoir de plus en plus idéologique, les majorités d'idées sont un exercice risqué : à s'y laisser prendre, l'opposition risque de donner le sentiment au public, au moment où elle est plus nécessaire que jamais, qu'elle ne sert à rien.

Roland HUREAUX

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31 mai 2015 7 31 /05 /mai /2015 20:07

POURQUOI UN TEL REJET DES SOCIALISTES ?

Il n'y a peut-être pas de précédent à l'ampleur du rejet qu'expriment les dernières élections européennes ou départementales à l'égard du parti socialiste aujourd'hui en place.

Il faut , pour en rendre compte, aller au-delà des explications habituelles. La crise économique ? Mais on a vu de peuples continuer à faire confiance à leurs dirigeants malgré elle. Tel ou tel scandale ? Les Français en ont vu d'autres.

La vérité nous paraît être que la population a pris conscience d'un fait essentiel et , à ce degré, sans précédent lui aussi : François Hollande et son équipe ne gouvernement pas la France. Ce qui ne veut pas dire qu'ils ne font rien. Ils font autre chose. Ils profitent de leur passage aux affaires, pour imposer, à peu près en tous domaines des vues idéologiques à mille lieues des problèmes réels du pays.

Gouverner, c'est chercher tout simplement le bien commun. C'est donc s'attacher à résoudre les problèmes principaux d'un peuple . Aujourd'hui ces problèmes sont clairs: le chômage, l'érosion du niveau de vie, l'insécurité, l' immigration, l'illettrisme, la perte des repères . Ces problèmes, les socialistes les connaissent mais tout se passe comme s'ils ne les préoccupaient guère ! Sur aucun sujet, ils ne donnent le sentiment de vouloir régler les problèmes réels des Français.

Chacune des réformes lancées par Hollande n'a d'autre but que d'aligner la réalité sur tel ou tel modèle idéologique.

Il ne s'agit certes plus d'un modèle idéologique compact, comme dans la défunte Union soviétique. Mais les socialistes n'ont pas pour autant abandonné toute volonté de transformer la société en profondeur. Ils ne sont pas devenus "pragmatiques" : au contraire , ils le sont moins que jamais. Mais leur projet met l'accent sur le sociétal et est au service d'une vision libérale libertaire de l'homme. Tant pis si cette vison est fausse, qu'elle repose, comme toutes les visions idéologiques, sur une vision tronquée de l'homme.

La Loi Taubira, réforme emblématique

Une réforme idéologique, c'est une réforme que personne ne demande en dehors d'idéologues très peu nombreux : c'est évidemment le cas du mariage homosexuel , principale réforme de Hollande, que personne ne demandait en dehors des groupuscules LGBT ! Et c'est une réforme qui ne résout aucun problème: très peu de gens ont utilisé les procédures ouvertes par la loi Taubira. Mais le but est de faire entrer dans le réel, par la loi, une théorie sans fondement scientifique qui est la théorie du genre.

La réforme des régions est partie elle aussi d'un idée fausse: le culte de la grande dimension dont on se figure à tort qu'elle fait faire des économies alors que c'est le contraire. Partant de là on s'est persuadé que nos régions étaient trop petites, alors que c'était faux : elles avaient peu ou prou la même dimension que dans les autres pays. Voilà encore une réforme que personne ne demandait et qui ne résout aucun problème - qui les aggravera même probablement.

La loi Macron semble au premier abord plus réaliste car elle contient, par exception, quelques dispositions qui contribueront à améliorer certaines choses, comme l'accélération des procédures de passation du permis de conduire . Mais c'est assez limité. Même si elle a une inspiration libérale qui plait à la droite , il s'agit aussi d'un ensemble de réformes idéologiques que personne ne demandait et qui n'amélioreront rien. Ainsi les notaires et les autres professions réglementées faisaient très bien leur travail et personne ne s'en plaignait. Le problème, qui n'est pas un vrai problème : leur mode d'organisation ne correspond pas au modèle d'une économie régie par la concurrence généralisée. Donc il fallait les en rapprocher. Certes, on n'est pas allé loin car les régimes d'aujourd'hui n' ont pas les moyens comme Staline , d'imposer leurs utopies en passant en force, heureusement, mais ils essayent.

La loi Touraine sur la médecine contient , elle aussi, très peu de mesures qui visent en toute simplicité et sérieux d'améliorer notre système de santé.

La volonté de généraliser le tiers payant va même à l'inverse du souci principal de l'Etat, celui de réduire les dépenses de santé. On ne prend cette mesure que pour des raisons idéologiques. Si l'on veut livrer les notaires et les pharmaciens à la concurrence , on veut au contraire fonctionnariser les médecins. Les idéologies sont , on le voit, différentes mais le but recherché est le même : la fin des professions libérales (et sans doute des classes moyennes en général) que les idéologues n'ont jamais aimées car dans libérales, il y a liberté.

Ce qui restait des dispositifs prudents de le loi Veil disparait avec l'abrogation du délai de réflexion avant un avortement. Dès son arrivée , Mme Touraine avait rétabli le remboursement à 100% de cet acte , sans tenir compte des problèmes de financement, ni que les soins dentaires ne sont remboursés, eux, qu'à hauteur de 20 %. Pour les idéologues socialistes, tout ce qui favorise l'avortement est bien , sans aucune considération de la réalité dramatique qui se trouve derrière cet acte, devenu un simple symbole de progressisme, comme les salles de shoot.

Dans le même ordre d'idées, la loi Léonetti avait réalisé un juste équilibre, salué par tous , en matière de fin de vie. Cet équilibre, sans aucune nécessité autre qu'idéologique, est remis en cause par les projets en cours.

On pourrait aussi regarder la loi Taubira de réforme de la justice en préparation. Là aussi , au nom d'une philosophie a priori ( la culture de l'excuse, la subversion de l'idée naturelle du bien et du mal et de la punition ), on tourne le dos aux problèmes des Français très inquiets au contraire de la hausse de l'insécurité.

Les projets de Vallaud-Belkacem sur l'éducation nationale continuent sur la voie fatale du tronc unique et de l'interdisciplinarité dont personne n'attend la solution des vrais problèmes de cette institution.

Malgré les idéologies disparates auxquelles se réfèrent ces réformes ( collectivisme en matière d'éducation nationale ou de médecine, ultralibéralisme en matière de professions réglementées, culte de la dimension en matière territoriale) , toutes ont le même effet de brouiller, voire détruire les repères fondamentaux des Français: la famille, les régions historiques , la commune, le bien et le mal etc. Elles auront l'effet de rendre nos concitoyens encore plus paumés, dans un monde qui leur semble devenu fou. Cela est particulièrement vrai dans le monde rural, plus secoué que le reste du pays par les réformes territoriales. C'est là que le FN progresse le plus même quand il n'y a pas de population immigrée.

L'idéologie existe depuis longtemps, il est vrai; mais elle se combine en général avec des considérations réalistes, pragmatiques . Avec le gouvernent Hollande-Vals, l'idéologie est devenue chimiquement pure, ou presque. Cela est sans précédent dans l'histoire, même dans les régimes totalitaires.

Cela tient avec la mentalité des socialistes d'aujourd'hui qui , dans la surenchère des congrès, ont perdu l'habitude de considérer la réalité en tant que telle : ils ne prennent en compte que les mots et leurs valences idéologiques. Grave déformation intellectuelle : certains tiennent même l'idéologie pour une maladie de l'esprit, analogue à la folie. Elle agit comme un virus dans le logiciel de la décision politique.

Sans pousser l'analyse aussi loin, les Français sentent confusément que quelque chose d'essentiel manque à ce gouvernement . Ils sentent très bien qu'il a d'autres préoccupations qu'eux, qu'il suit un autre logique que la recherche du bien commun, de leur bien, de la res publica, qu'il leur tourne le dos pour ne connaître que des lubies idéologiques très éloignées de leurs soucis quotidiens.

Et comme il est dans la nature des idéologues de méconnaitre la réalité, on peut craindre qu'ils méconnaissant aussi le rejet massif qui s'est exprimé lors des dernières élections, qu'ils continuent aveuglément leur politique destructrice.

Si nous étions dans un monde normal, après ces élections départementales calamiteuses pour la gauche , Valls serait renvoyé et Hollande tenterait une autre politique. Mais, sous Hollande, nous ne sommes pas dans un monde normal. Et c'est bien cela qui est inquiétant.

Roland HUREAUX

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