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Roland HUREAUX

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31 mai 2015 7 31 /05 /mai /2015 20:01

LE SENAT DOIT-IL ETRE POLIQUEMENT CORRECT ?

Un nouveau Sénat, une nouvelle majorité, un nouveau président , Gérard Larcher avait repris à l'automne denrnier, comme si la chose allait de soi, naturellement son fauteuil .

Que le Sénat soit désormais dans l'opposition au gouvernement n'est pas une nouveauté dans la Ve République. Mais ce changement intervient dans une atmosphère à haut risques pour ce qu'il est convenu d'appeler la Haute Assemblée.

De manière significative , au moment où ce nouveau sénat venait d'être élu, des députés socialistes avaient proposé sa suppression.

Il faut bien dire que , au moins dans les médias, le Sénat pâtit plus que d'autres institutions du discrédit du personnel politique.

Pas seulement en raison de tel ou tel scandale mais parce que, l'inculture politique aidant, en ces temps de grandes simplification, le bicamérisme est mal compris.

Mais à ces raisons s'ajoute ce qu'il est habituel de dire de lui et qui, par les temps qui courent , est loin d'être mis à son actif : le fait que, issu du terrain, élu au second degré par un collège électoral composé d'élus de base, proche des réalités, il serait la chambre du bon sens, du réalisme, de la modération.

Le bon sens a mauvaise presse

Le bon sens qui en d'autres temps aurait paru une qualité et une raison de défendre l' institution , c'est précisément, sans que cela soit dit ouvertement, ce qu'on lui reproche.

Car le bon sens est l'exact contraire de l'idéologie et que l'idéologie prévaut, aujourd'hui , en tous domaines, dans la politique. Le bon sens ne s'oppose pas une idéologie particulière mais à toutes. Or l'idéologie est impitoyable; ceux qui l'enfourchent n'acceptent jamais qu'on s'oppose à elle.

L'idéologie est aujourd'hui présente dans presque toutes les politiques publiques, particulièrement quand le parti socialiste est au pouvoir , mais pas seulement : la justice, l' éducation nationale, les réformes dites sociétales ( où les tenants de la théorie du genre, comme jadis les biologistes staliniens, cherchent à nous faire croire que la nature n'existe pas), voire les affaires internationales où la défense universelle du bien tend à prévaloir sur celle de nos intérêts.

Par delà les partis politiques, chaque administration a son idéologie et elles tendent à les imposer à des hommes politiques, généralement à la recherche d'idées, qu'ils soient de gauche ou de droite.

Il fut un temps , déjà assez éloigné, où les principales réformes de gauche avaient un caractère social. Des lors , il eut été malséant quand il y avait une majorité de gauche à l'Assemblée nationale, pour un sénateur de droite, de s'opposer à des réformes allant dans ce sens là. Le Sénat de 1936 où Léon Blum n'avait pas la majorité, n'a pas bloqué les congés payés. Le Conseil de la République de 1956 ne bloqua aucune des excellentes réformes que Guy Mollet avait faisait voter: bourses d'enseignement généreuses, retraites des agriculteurs et des artisans, allocation de la mère au foyer etc. Si les nationalisations de 1981 avaient sans doute , elles, une caractère idéologique plus marqué, le Sénat , resté à droite, ne s'y opposa pas non plus et il eut raison. De même pour le RMI instauré par le gouvernement Rocard.

Mais nous avons changé d'époque. Les vraies réformes sociales se font rares dans l'action de la gauche et d'ailleurs une générosité sociale devenue excessive et désordonnée, suscite de plus en plus l'exaspération des Français. Etre de gauche aujourd'hui se limite à promouvoir des réformes sociétales qui ont toutes un caractère idéologique: les lois Taubira, celle sur le mariage homosexuel (qui est en fait une loi sur la théorie du genre) et celle qui se prépare sur la justice, un escalade sans limite de la parité dans les systèmes électoraux, on peut y inclure des orientations de plus en plus idéologiques en matière d'éducation.

La question n'est dès lors pas pour le nouveau Sénat: faut-il préférer la confrontation ou le compromis avec la gauche, mais : l'idéologie doit-elle l'emporter sur le bons sens en tous domaines ou le bons sens doit-il résister ?

La résistance du bon sens , c'est au Sénat de l'incarner car il est le seul à pouvoir le faire. Et s'il le fait, comme nous croyons qu'il en a le devoir , il doit s'attendre à susciter une agressiviété sans précédent, car l'idéologie imprègne plus largement que tout les médias qui ont l'influence que l'on sait sur l'opinion. Et face à une telle résistance, ils seront féroces.

Mais s'il ne résiste pas ils le seront aussi ! Ils le sont déjà : car le Sénat n'est pas seulement coupable d'imposer une politique de bons sens ; même s'il ne le fait pas, il pourrait le faire et cela suffit à le rendre suspect.

La chanson que l'on entend à son sujet , on la connait : le Sénat est conservateur, il est ringard , il ne sert à rien. Armes de guerre redoutables mais dont on ne saurait être dupe. Plus le Sénat défendra le bons sens , plus il servira donc à quelque chose, plus on dira qu'il ne sert à rien !

Et s'il renonçait à faire prévaloir en toutes circonstances la voix du bon sens , au motif d'avoir le sens du compromis et de l'apaisement ( comme il l'a fait lors de la loi Taubira de 2012 où la gauche n'avait pas une majorité assurée pour faire passer le texte) , il court un risque , celui de paraître vraiment inutile. Et alors, n'en doutons pas, il tombera comme un fruit mûr.

S'il défend le bons sens au contraire, même si la sphère médiatique le combat, il sera assuré d'avoir avec lui la vox populi , comme il l'avait eu en 1969, et il n'y a pas de meilleure défense.

Faire prévaloir la voix du bon sens, le nouveau Sénat en avait une occasion dès la présente rentrée parlementaire avec la loi sur la réforme territoriale, absurde de bout en bout puisque elle tente de résoudre des problèmes qui ne se posent pas : contrairement à ce qu'on dit en effet, nos régions ne sont pas plus petites que dans le reste d'Europe, l'échelon départemental ou assimilé existe partout et le discours tant entendu sur le coûteux mille feuille français ne tient pas dès lors qu' on sait qu'il y a , dans presque tous les pays, autant d'échelons territoriaux que chez nous.

Dénoncer des réformes absurdes, comme celle là ou tant d'autres , être un rempart du bons sens contre les aberrations idéologiques , telle est sa mission : s'il la remplit, il aura les médias contre lui mais le peuple avec lui, s'il ne le fait pas, il n'aura personne pur lui , il disparaitra.

Roland HUREAUX

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31 mai 2015 7 31 /05 /mai /2015 19:58

LE PRIX NOBEL NE FAIT PAS DE BIEN A TOUT LE MONDE

Depuis quelques années, le comité Nobel a pris l'habitude de remettre le prix Nobel de la paix, de temps à autre, non à un héros de l'humanitaire ou une personnalité à la retraite mais à un homme politique en activité ou à une entité agissante sur la scène internationale.

Le procédé est certes critiquable : les mauvais langues diront qu' on compte déjà parmi les lauréats plusieurs anciens terroristes ou criminels de guerre ! Mais il peut être justifié par le souci de servir effectivement à la paix. Il a pour but d'inciter les récipiendaires à se dépasser en faveur de la paix afin de justifier le titre qui sera désormais le sien.

On peut dire que ce calcul a été, jusqu'ici, vérifié dans le cas de Barack Obama , lauréat de 2009. Certes le personnage n'est pas à l'abri de tout reproche. Il n'a pas fermé la prison de Guantanamo comme il l' avait promis. Il décide une fois par semaine qui frapperont, sans jugement et n'importe où dans le monde les drones de l'armée américaine. Mais il n'est pas exagéré de dire qu'en septembre 2013, il a sauvé le paix du monde en Syrie en renonçant in extremis à effectuer les bombardements dont il avait brandi la menace en cas d'usage de gaz toxique par le gouvernement de Damas. Tout le monde, à commencer par Hollande, Fabius ou Juppé, le pressait de le faire. Il ne l' pas fait . S'il l'avait fait, le risque de guerre mondiale était sérieux. Et il a eu raison car on tient pour probable aujourd'hui que l'utilisation de ce gaz était une provocation des rebelles. Poutine, en proposant, par une initiative diplomatique audacieuse, de mettre les stocks chimiques syriens sous le contrôle de l'ONU a permis à Obama de sauver la face. Tous les lauréats du Prix Nobel de la paix n'ont pas évité une guerre nucléaire !

Il est également probable que le président américain, malgré une rhétorique souvent très dure, a joué la modération dans le conflit ukrainien où là aussi la paix du monde était en jeu - et l'est toujours.

Il porte enfin la responsabilité personnelle d'avoir renoué avec l'Iran afin de détendre les relations de ce pays et de le réintégrer peu à peu, sans transiger sur le nucléaire , dans la communauté internationale. Netanyahou le lui reproche assez.

On peut se demander en revanche si le prix Nobel a vraiment eu des effets positifs sur l'Union européenne, institution lauréate du prix Nobel 1992 . En la récompensant, le jury Nobel a voulu saluer une institution que l'on crédite d'avoir permis le maintien de la paix en Europe occidentale depuis 1945. C'est répondre un peu vite à la question : la construction européenne est-elle la cause ou bien plutôt la conséquence de la paix européenne ? C'est passer un peu vite aussi sur la guerre civile de Yougoslavie dont il n'est pas sûr qu'elle aurait sombré dans le chaos comme elle l'a fait si la politique de Bruxelles y avait été plus prudente - même si les Etats-Unis et l'Allemagne Berlin ont leur part de responsabilité - . Le cas de la guerre du Kosovo de 1999 est encore plus grave : violation flagrante du doit international, elle fut en définitive la cause de désordres plus graves que ceux que l'on voulait prévenir.

Mais c'est surtout en Ukraine que le comportement de l'Union européenne s'est avéré dangereux. Le départ du président Ianoukovytch le 22 février 1993 à la suite des manifestations de la place Maidan s'assimile à un vrai coup d'état: un gouvernement légitime a été renversé par la rue; non seulement l'Union européenne, au mépris de tous ses principes n'a pas désapprouvé l'opération, mais il est probable que, de concert avec les Etats-Unis elle soit impliquée dans son déclenchement au travers de les fondations prétendues démocratiques qu'elle soutient. Depuis des années celles-ci travaillaient à exciter les Ukrainiens contre les Russes , ce qui n'est pas précisément une entreprise pacifique . Les pays de l'Union européenne arment, avec les Etats-Unis, l' Ukraine et les pays baltes. Le président Juncker relance le projet d'armée européenne en le justifiant explicitement - et avec une rare inconscience - par le risque de guerre à l'Est de l'Europe. L'ancien chancelier allemand Helmut Schmidt, qui n'est pas précisément un extrémiste, n'a pas de mots assez sévères pour fustiger la Commission européenne dans l' affaire ukrainienne: il n'hésite pas à dire que Bruxelles a "une part de responsabilité dans l'aggravation de la crise ukrainienne". Dénonçant la tentative de la commission européenne d'intégrer l'Ukraine et la Géorgie, il s'emporte contre les bureaucrates qui "comprennent trop peu la politique étrangère". Bruxelles "se mêle trop de politique étrangère, alors que la plupart des commissaires européens la comprennent à peine"[1]. Et il voit là un risque de guerre mondiale !

Visiblement le Prix Nobel n'a pas eu les effets que le jury escomptait sur ceux qui dirigent l'Union européenne !

Roland HUREAUX

[1] Entretien - Bild 16 mai 2014

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31 mai 2015 7 31 /05 /mai /2015 19:57

LE LIBRE FLOTTEMENT DES MONNAIES PEUT REMPLACER LES PROTECTIONS DOUANIERES

Le débat sur le protectionnisme a été rouvert en Europe par la crise , singulièrement la crise de l'industrie européenne, laquelle perd chaque jour un peu plus de sa substance.

Deux grands pays s'y opposent : l'Allemagne et la Grande-Bretagne, pour des raisons différentes.

L'Allemagne parce que son potentiel industriel et surtout sa capacité à contenir la hausse des coûts de production, combinés avec la facilité pour sous-traiter dans les pays à bas salaire de l'Est, lui permettent pour le moment de résister, mieux que d'autres, au choc de la concurrence asiatique . Même si certaines de ses branches industrielles, comme la sidérurgie, dépérissent aussi .

Les Allemands se gaussent volontiers des tendances protectionnistes des Français, oubliant qu'au XIXe siècle le grand théoricien du protectionnisme, Friedrich List était allemand et celui du libre-échange, Frédéric Bastiat, français ! L'industrie allemande n'aurait pu connaitre l'essor qui fut le sien au temps de Bismarck sans une solide protection douanière.

Les Anglais, eux ont une vraie tradition libérale et s'opposent au protectionnisme par doctrine; mais il faut savoir que le flottement de la livre leur permet de se défendre mieux que les autres de la concurrence.

Le débat sur le protectionnisme ne serait sans doute pas revenu à la surface sans la contrainte de l'euro: presque tous les pays de la zone euro ( sauf l'Allemagne) n'affrontent pas la concurrence internationale dans des conditions de marché normales du fait que la plupart doivent subir le handicap d' une monnaie surévaluée, un euro fort qui est sans doute à la mesure de l'Allemagne mais pas à la leur. Il est donc vain de les taxer de "frilosité" car ce dont ils pâtissent, ce ne sont pas à proprement parler de l'ouverture internationale et des lois du marché mais d'une situation monétaire artificielle qui précisément échappe aux lois du marché.

En effet, le libre-échange mondial serait beaucoup plus facile à supporter si tous les pays pouvaient le faire en ajustant en permanence ou à intervalles réguliers, leur taux de change à leur compétitivité réelle, cette compétitivité ne résultant pas seulement de leur potentiel industriel et de la qualification de leur main d 'œuvre mais aussi de leur capacité à contenir l'inflation intérieure.

Rétablir l' équilibre extérieur est toujours possible si la variable monétaire est maîtrisée

Dans quelque situation qu'un pays se trouve sur le plan de ses échanges extérieurs, un changement de parité pourra toujours lui permettre de rétablir l'équilibre : une réévaluation de sa monnaie s'il est excédentaire, une dévaluation s'il est déficitaire.

Et de fait, le meilleur taux de change est sans doute celui qui permet tout simplement à chaque pays d'avoir des comptes extérieurs en équilibre

Ces ajustements peuvent certes être douloureux: une dévaluation renchérit le coût des produits importés, en particulier le pétrole, et donc , à très court terme, diminuera le pouvoir d'achat. Mais il ne s'agit là que d'une opération vérité : une monnaie surévaluée donne toujours aux habitants d'un pays une rente imméritée - ayant pour contrepartie le ralentissement de la croissance et le chômage. La dévaluation, dans ce cas, n'est qu'un retour au réel, douloureux mais nécessaire. Et d'autant plus facile à supporter qu'elle se traduira presque toujours à brève échéance ( six mois environ) par une relance de l'économie .

C'est dire que si tous les pays retrouvaient une pleine liberté de fixer leurs taux de change ( nous réservons le cas particulier des Etats-Unis qui ne sont pas tenus, du fait du rôle particulier du dollar, d'équilibrer leurs échanges extérieurs ) , les protections douanières ne seraient pas nécessaires, en tous les cas pour maintenir les grands équilibres. Un glissement de la monnaie leur permettrait de vendre moins cher sur le marché mondial et donc à la fois de vendre plus et de maintenir certains secteurs menacés, au moins ceux qui se trouvent proches du seuil de compétitivité.

Il est fréquent que ceux qui se plaignent du tout-marché, ont en réalité, si l'on regarde bien, à se plaindre en réalité des entorses au marché. La logique du marché exige souvent, pour être pleinement efficace, d' être poussée jusqu'au bout. Les Français trouveraient la mondialisation plus "heureuse" si le taux de change de leur monnaie (qui ne serait donc plus l'euro) était fixé , lui aussi, par le marché , ce qui n'est pas le cas , on le sait, dans le cadre contraint de l 'euro.

Si le protectionnisme n'est pas nécessaire à l'équilibre des échanges extérieurs, il peut l'être en revanche à un Etat qui voudrait protéger certains secteurs stratégiques.

Le rééquilibrage des échanges au moyen d'une dévaluation peut se faire par le dopage de certaines productions de faible niveau technique ( par exemple les produits agricoles ). Mais il n'est pas incompatible, en théorie, avec le sacrifice de certains secteurs prometteurs mais insuffisamment développés qui , même avec une monnaie dévaluée, ne sont toujours pas compétitifs. Il est alors normal que la puissance publique, par souci du long terme, veuille protéger ceux-ci par des mesures adaptées : droits de douane ou contingents .

Un autre motif de protection particulière, dont il faut bien dire qu'il n'a hélas pas beaucoup préoccupé nos gouvernants depuis trente ans, est le maintien de certains savoir-faire qui risquent de disparaître si les branches concernées s'évanouissent complètement. Il ne faut pas insulter l'avenir en passant trop vite à la trappe ces savoirs. Il n' aurait pas été inutile par exemple de conserver , comme témoin du passé et précaution pour l'avenir, une ou deux mines de charbons sur le territoire français. De même qu'on ne saurait imaginer que la France abandonne complètement toute activité sidérurgique, ce qui est aujourd'hui un risque plus que sérieux.

Nous n'ignorons pas que les règles tant de l'OMC que du Conseil de la concurrence de l'Union européenne s'opposent à de telles politiques sectorielles et même à toute politique industrielle, ce qui est regrettable.

Il y a encore d'autres raisons de faire quelques exceptions au libre-échange , par souci d'aménagement du territoire et d'équilibre régional. Malheureusement, la pression internationale et l'impéritie de nos gouvernements tend à ce que ces préoccupations soient aujourd'hui perdues de vue au point que la France, vieux pays agricole s'il en est, pourrait un jour prochain n'avoir plus d'agriculteurs.

Le libre-échange et la protection ne sauraient, quoi qu'il arrive, être tenus pour des absolus. Ce sont les touches d'un clavier sur lequel chaque pays doit jouer la partition qui lui semble la plus propice à son intérêt national, à court terme mais aussi à long terme.

Roland HUREAUX

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31 mai 2015 7 31 /05 /mai /2015 19:54

LA LAICITE EST UNE CONSTRUCTION PRAGMATIQUE

Paru dans Atlantico

La loi du 9 décembre 1905 sur la séparation des Eglises et de l'Etat n'a jamais aussi invoquée que depuis les dramatiques attentats du 7 janvier dernier et les tentatives d'attentat avortées qui ont suivi.

Dans le feu de l'indignation contre un acte qui prétendait punir un "blasphème", beaucoup à gauche, mais aussi à droite, proclament la nécessité de revenir aux valeurs fondamentales de la laïcité: inscrire la loi de séparation dans la constitution ( c'était au programme de Hollande) , l'afficher dans toutes les écoles, faire des cours spéciaux d'éducation , voire de rééducation à la laïcité . Certains vont même jusqu'à suggérer de supprimer les fêtes chrétiennes du calendrier ou les saints de la toponymie.

Le danger de cette escalade est qu' elle provoque une réaction de rejet chez les populations que l'on vise d'abord, tels les jeunes musulmans rétifs à crier "Je suis Charlie" . Il est aussi que cette surenchère laïciste affaiblisse encore le christianisme, élargissant ainsi la friche où pourra être semé l'islamisme le plus radical.

Une loi de compromis

Surtout elle méconnait ce qu'est la réalité de la loi de 1905 et de ses suites. Loin d'être marquée du sceau de la radicalité , elle était , sinon dans son principe , du moins dans son application , une loi de compromis. Elle n'a réussi qu'à ce prix à rétablir la paix religieuse à la veille de la première guerre mondiale et à fonder un mode d'insertion durable du fait religieux dans la République.

Un compromis qui fut trouvé par tâtonnements et qui était nécessaire car la logique laïciste excluant sans réserve le fait religieux de l'espace public aurait tourné à la guerre antireligieuse telle qu' elle fut menée en Union soviétique ou au Mexique.

Le compromis se trouve à tous les niveaux : les églises deviennent propriété publique ( et donc leur entretien est une charge publique) mais les cultes , principalement le culte catholique, continue de s'y pratiquer. Ce culte est régi non par les lois de la République mais par les "règles d'organisation générale propres à chaque culte" (article 4) , donc le droit canon ; les processions ou autres manifestations publiques sont permises mais à titre exceptionnel pourvu qu' elles ne troublent pas l'ordre public. Il n'y a plus de religion d'Etat, mais des aumôneries subsistent dans les casernes, les hôpitaux, les lycées, les prisons. Dans l'armée , elles sont rémunérées par l'Etat. L'enseignement public est entièrement laïque mais il était interrompu un jour par semaine pour permettre le catéchisme. La loi concernait au départ tout le territoire national mais les anciennes dispositions concordataires furent préservées, non sans débat, en Alsace-Moselle et en Guyane.

Certaines dispositions dérogatoires sont une contrainte pour les églises: ainsi l'interdiction de célébrer un mariage religieux avant le mariage civil, acte cultuel que la loi devrait en théorie ignorer. De même, en interdisant l'enseignement primaire et secondaire - pas supérieur - aux ministres du culte , la République reconnait le sacrement de l'ordre.

Les textes protocolaires font leur place aux représentants des cultes.

Depuis la dernière guerre, d'autres inflexions ont été apportées au régime de séparation stricte, la principale étant la loi Debré qui permet à l'Etat d'aider les établissements religieux sous contrat.

Il ne faut surtout pas chercher dans tout cela une logique stricte. Le compromis évoqué est forcement boiteux car fondé sur l'intersection entre deux logiques antinomiques tenant compte de manière pragmatique des réalités. Ce compromis a cependant le poids que lui donnent des années d'habitude.

Un compromis du même genre à trouver avec l'islam

Entre la logique totalitaire de l'islam et la logique de la République, il ne faut pas rechercher autre chose qu' un compromis du même genre.

Le culte musulman bénéficie déjà de certains avantages du régime actuel: ainsi les avantages de la loi Debré ont été offert à certains établissements musulmans; de aumôniers musulmans sont rémunérés au sein des armées etc. On peut même penser que l'ingérence de l'Etat au travers du caractère quasi-officiel conféré Conseil français du culte musulman va beaucoup pus loin que ce qu'une interprétation même atténuée de la loi de 1905 pourrait autoriser, pour ne pas parler de certains financements occultes de mosquées par les communes.

Dès lors que le bon sens et la bonne volonté sont au rendez-vous ( c'est devenu difficile en notre âge idéologique ! ) , on peut imaginer ce que pourrait être un compromis tout aussi peu systématique entre religion musulmane et Etat laïque : l'usage du voile intégral doit être prohibé sur la place publique, celui du hidjab autorisé mais pas aux agents publics en activité. Il peut difficilement être toléré pour les élèves de l'enseignement primaire et secondaire mais, sauf à ignorer l'ambiance des Universités, on ne voit pas comment l'interdire aux étudiantes.

Les repas des cantines municipales ou scolaires doivent prévoir une option sans porc mais on ne saurait accepter que cette option soit, par facilité ou lâcheté, imposée aux non-musulmans ou que les cantines publiques entrent dans le détail de toute les prescriptions de la loi coranique: cuisines et vaisselle spéciales. Il faut protéger de toute forme de pressions les élèves ne suivant pas les prescriptions islamiques.

La culture européenne est fondée sur la représentation ; il ne saurait donc être question d'interdire la représentation de qui que ce soit, dès lors qu'elle est respectueuse; mais sans rétablir une loi contre le blasphème, les communautés qui se sentiraient offensées par une représentation gravement injurieuse doivent pouvoir obtenir une réparation devant les juridictions civiles: il vaut mieux en effet que les affaires de ce genre relèvent des juridictions civiles et non pénales.

L'enseignement public doit être, selon les prescriptions de Jules Ferry, respectueux de toutes les croyances y compris chrétiennes, mais ce respect ne saurait conduire à faire leur place à des théories non scientifiques comme le créationnisme - ou la théorie du genre.

Le culte dans la rue peut être toléré s'il n'a pas pas de lieu de culte à proximité mais il ne saurait l'être s'il y en a un , surtout s'il est, par provocation, déserté .

Aucune théorie générale ne permettra de déterminer les contours exacts du compromis à établir mais , devant chaque problème , au cas par cas, il est aisé de déterminer la solution de bon sens qui préserve la paix civile. Ce travail d'approche pragmatique qui a été fait avec la religion catholique reste à faire pour la religion musulmane. Il nous fera davantage progresser que des proclamations aussi emphatiques que péremptoires telles que on les a vu fleurir ces derniers temps.

Roland HUREAUX

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31 mai 2015 7 31 /05 /mai /2015 19:53

LE CRASH DU VOL BARCELONE DÜSSELDORF, DEUX MOIS APRES : UN SUICIDE SYMBOLIQUE

L'opinion allemande a été très choquée par l'horrible crash du vol Germanwings Barcelone - Düsseldorf survenu il y a deux mois ( le 24 mars) dans les Alpes . Qui s'en étonnerait ?

Il est apparu très vite que l'accident résultait du comportement à la fois suicidaire et meurtrier du jeune copilote Andreas Lübitz qui a volontairement entraîné avec lui 149 personnes dans la mort.

Le PDG de la Lufthansa, Carsten Spohr, a eu beau souligner le caractère totalement exceptionnel de cette affaire dans une aéronautique allemande qui se considère comme une mécanique bien huilée, les causes de l'accident ne laissent pas de susciter un étrange malaise.

Si l'opinion allemande a été si choquée, c'est peut-être que ce drame fait revenir à la surface un côté sombre et généralement refoulé de l' esprit allemand dans un pays où la sécurité, la prévisibilité, la rationalité sont devenus les maîtres mots.

Il ne serait que trop facile d'évoquer des événements passés où l'on avait vu, de manière analogue, un pilote ( c'est une traduction de führer ! ) entrainer par une folie suicidaire l'Allemagne toute entière dans un désastre.

Mais il est d'autres manières de se suicider, plus discrètes : la dénatalité qui emporte aujourd'hui l'Allemagne en est une. Avec un taux de fécondité de 1,4, ce pays ne renouvelle qu'aux 2/3 chaque génération. Sa population , aujourd'hui de 80 millions d'habitants, est appelée ainsi à se réduire de 50 % en 60 ans, puis de 50 % encore les 60 années qui suivent. Au rythme actuel, en un siècle et demi l'Allemagne disparaitra. Et encore la chute serait-elle plus rapide encore si ces chiffres n'incluaient les immigrés principalement turcs qui en moyenne ont plus d'enfants que les Allemands.

Par derrière les chiffres de la natalité, c'est toute la politique allemande, fondée sur une conception étriquée de l'euro où la stabilité prime toute autre considération, propre à satisfaire un peuple de retraités tournant le dos à l'avenir, qui entraîne l'Europe entière , pas seulement la Grèce, dans une spirale déflationniste fatale.

Roland HUREAUX

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31 mai 2015 7 31 /05 /mai /2015 19:52

CANDITATURE D'HILLARY CLINTON : ON NE SAURAIT OUBLER COMBIEN LA PRESIDENCE CLINTON FUT DEFAVORABLE AUX INTERETS FRANCAIS

Il est stupéfiant de voir que , à peine annoncée , la candidature de Hillary Clinton à l'investiture démocrate pour la présidence des Etats-Unis, ait reçu par tweet l'appui du premier ministre français , Manuel Valls et de l'ancien président de la République, Nicolas Sarkozy.

Première question : de quoi se mêlent-ils ? En quoi une personnalité politique française de premier plan a-t-elle le droit d'interférer dans ce qui reste une affaire intérieure américaine ?

Plus inquiétant: un tel appui fait l'impasse sur le fait que la présidence Clinton (1992-2000) a été sans doute la plus hostile aux intérêts français qu'il y ait jamais eue dans l'histoire de ce pays.

Deux affaires méritent d'être rappelées : celle du Rwanda qui a vu les Etats-Unis appuyer dans le courant des années 1990 avec discrétion mais efficacité l'équipée de Paul Kagame , parti de l'Ouganda voisin pour reconquérir le pouvoir à Kigali au bénéfice de la minorité tutsi chassée du pays en 1959, contre un gouvernement issu de la majorité hutu soutenu par la France. Les dégâts furent considérable: au moment de l'ultime offensive des rebelles , l'accident d'avion qui coûta la vie aux deux présidents hutu du Rwanda et du Burundi le 6 avril 1994 , dont des proches de Kagame eux-mêmes ont reconnu qu'il en était l'instigateur, fut le déclencheur de ce qui fut présenté comme le massacre de la minorité tutsi de l'intérieur; ce massacre justifia après coup l'invasion, commencée plus tôt, du pays par les troupes de Kagame. Cette invasion peut être interprétée aussi bien comme la conséquence du massacre que sa cause . Mais une fois au pouvoir, le président Kagame, envahit en 1995-96 le Congo (RDC) voisin pour exercer des représailles terribles contre les réfugiés hutus et , de fait, mettre la main sur la province du Kivu, riche en minerais de toute sorte . Si les massacres du Rwanda avaient fait près d' 1 million de morts , pas tous tutsis et pas tous du fait de l'ancien gouvernement hutu, l'invasion du Kivu est , elle, selon les chiffres de l'UNHCR directement ou indirectement responsable de 4 millions de morts.

Si le gouvernement Clinton n'avais pas appuyé la rébellion de Kagame, tous cela ne serait pas arrivé. Le gouvernement hutu de Habyarimana n'était certainement pas tendre pour les Tutsis ( pas plus que la Révolution française ne l'avait été pour l'ancienne aristocratie), mais il restait dans le registre des dictatures africaines ordinaires, alors que ce qui est arrivé au cours de la guerre de 1994-1996 dépasse toutes les bornes de l'horreur.

L'aboutissement de cette opération a été que le Rwanda de Kagame a quitté la francophonie pour adhérer au Commonwealth ! Son but, auquel le gouvernement Clinton ne saurait être étranger, même si la crise avait commencé avant lui , était d'éliminer la France de la région des Grands Lacs . Cette élimination fut complète quand Jacques Chirac renonça en 1996 à appuyer l'armée congolaise qui faisait face au Kivu à une armée rwandaise tutsi encadrée par des officiers US. Ces événements avaient , entre autres, fait dire à Mitterrand vieillissant :

« La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort apparemment et pourtant une guerre à mort. » ( cité par Georges-Marc Benhamou, Le dernier Mitterrand).

Une guerre sans mort français évidemment , avec 5 millions de morts africains tout de même !

Affaiblir les intérêts français et en tous les cas les méconnaître, c'est ce qu'on voit aussi dans la guerre de Yougoslavie et notamment dans sa phase la plus aigue, la guerre dite du Kosovo de 1999 , où les forces de l'OTAN , à l'instigation des Etats-Unis et de l'Allemagne , bombardèrent pendant des semaines, le territoire de la Serbie, faisant 20 000 morts, tous civils. Tout au long de ce conflit, les Etats-Unis prirent systématiquement le parti des alliés historiques de l'Allemagne: Croates, Albanais, Kosovars, Bosniaques musulmans, les mêmes qui avaient fait bon accueil à la Wehrmacht en 1941 et combattirent au contraire avec un rare acharnement les Serbes, alliés historiques de la France et de l'Angleterre et ennemis de l'Allemagne. Il est vrai que le président Chirac s'est montré complice de cette opération qu'il aurait pu empêcher. Mitterrand, avait dit "moi vivant, la France ne fera pas la guerre à la Serbie." Margaret Thatcher ne pensait pas autrement. Dépourvu de cette conscience historique, Jacques Chirac, pour des raisons qui restent à éclaircir, n'eut pas ces scrupules.

On objectera que les entreprises de Clinton allaient dans le sens des droits de homme frappant les "méchants" ou protégeant les "bons". Qui est encore dupe de cette rhétorique, composante de la guerre médiatique et psychologique qui accompagne désormais toutes les opérations militaires et dont les clefs se trouvent outre-Atlantique ? Quand un régime est diabolisé dans l'opinion mondiale, nous ne savons pas s'il le mérite vraiment, mais nous savons qu'à coup sûr il n'est pas dans le camp des Etats-Unis !

A ce bilan peu glorieux des relations franco-américaines au temps de Clinton, on pourrait ajouter l'offensive commerciale de l'Amérique contre la politique agricole commune, dans le cadre des négociations du GATT, offensive qui conduisit l'Europe, au dépens des intérêts français, à démanteler partiellement les protections de son agriculture, au travers de la réforme de la politique agricole commune (1992) et le l' accord de Blair House (1993). L'agriculture française ne s'en est jamais remise.

Il est difficile de trouver d' autres présidents des Etats-Unis qui aient été aussi hostiles aux intérêts français que Bill Clinton. La France n'eut guère à se plaindre de la plupart des présidents républicains : Eisenhower, Nixon ( qui ne cachait pas son admiration pour le général de Gaulle), Reagan et même Bush père et fils, quelque contestables qu'aient été les initiatives internationales de ces derniers. Pas davantage de certains démocrates comme Truman, Carter et même Obama : que la présidence de ce dernier coïncide avec une inféodation sans précédent de notre pays est à mettre au passif, moins du président américain lui-même que de ceux qui acceptent cette inféodation . Kennedy ne fit rien pour faciliter la solution de la guerre d'Algérie et sabota les initiatives européennes de la France, ce dont le général de Gaulle ne lui tint pourtant pas grief. Il devait s'entendre beaucoup plus mal avec son successeur Johnson.

Sans doute Mme Hillary Clinton n'était-elle entre 1992 et 2000 que la première dame d'Amérique, sans responsabilité officielle dans la politique étrangère américaine. Mais on doute qu'une personnalité de cette envergure ait pu être totalement étrangère aux événements que nous avons évoqués. Le nom de Clinton ne devrait inspirer aucune sympathie en France.

Roland HUREAUX

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31 mai 2015 7 31 /05 /mai /2015 19:51

GRACE A TSIPRAS, POUTINE TIENT DESORMAIS L'UNION EUROPEENNE A SA MERCI

Le premier ministre grec Alexis Tsipras est allé à Moscou le 8 avril et doit y retourner bientôt.

C'est un événement considérable.

Il n'est pas sûr que tout le monde ait mesuré combien l'accession au pouvoir de Syriza à Athènes bouleverse la donne européenne, en particulier à l'égard de la Russie.

Comme on pouvait s'y attendre la pression de la communauté européenne et sans doute des Etats-Unis, des milieux économiques et d'une partie de l'opinion grecque sont tels que le jeune premier ministre a renoncé à quitter l'euro.

Même si l'équilibre qu'il doit tenir entre le souci de la dette, ses engagements électoraux et les promesses d'aide des organes européens est éminemment fragile, Tsipras peut craindre que s'il en venait à claquer la porte de l'euro, son pays ne soit soumis à un boycott européen et occidental de première grandeur auquel ce qui reste de la Grèce ne survivrait peut-être pas.

Il n'en serait pas de même s'il pouvait, dans ce cas, se retourner vers Moscou et obtenir de ce nouveau partenaire à la fois des marchés, des fournitures et une aide financière. Même si la Russie est affaiblie par les sanctions et surtout la chute des prix du pétrole , elle aurait encore les moyens de porter à bout de bras le frère orthodoxe que constitue la Grèce.

Il n'est pas sûr que cette perspective enchante Poutine mais il tient là un moyen de pression sans précédent à l'égard de l'Union européenne. Il a même, n'hésitons pas à la dire, sur elle pouvoir de vie et de mort.

Pourquoi ?

Si l'union monétaire européenne était une construction "naturelle", un pays pourrait s'en retirer , surtout un petit pays, sans que cela remette en cause l'équilbre de l'ensemble.

Mais tel n'est pas le cas : l'union monétaire européenne n'est pas une simple coalition d' intérêts comme la politique classique en offre maints exemples. Elle est une entreprise idéologique qui vise bien plus que l'intérêt mutuel : instaurer un monde nouveau dépassant le fait national , prélude à une union politique de tout le continent européen et , qui sait ? de tout l'Occident. La plupart de ceux qui croient en l'euro n'hésitent guère à dire que l'étape suivante pourrait être une fusion de l'euro et du dollar, prélude à une union monétaire mondiale .

Dans une entreprise aussi grandiose, autant que l'était autrefois le socialisme, il n'est pas de retour en arrière possible !

C'est pourquoi la sécession de la petite Grèce suffirait à mettre en péril toute l'entreprise, comme le retrait d'une carte dans un château de cartes fait tomber tout le château.

Vladimir Poutine qui a passé sa jeunesse à l'ombre d'un projet eschatologique du même genre, le socialisme soviétique, lequel était marqué du même caractère d'irréversibilité et vulnérable à tout retour en arrière, comprend parfaitement ce mécanisme. Il a été vérifié à partir du moment où Gorbatchev a voulu réformer le système: c'est tout l'édifice qui s'est effondré.

Il ne tiendrait donc qu'à lui, s'il poussait un peu Tsipras, de faire éclater l'euro.

Même s'il ne le fait pas, il dispose désormais d'une carte majeure face à une Union européenne qui continue à l'égard de la Russie les gestes agressifs, comme la relance , dérisoire, par Juncker du projet d'armée européenne, explicitement dirigée contre elle.

Utilisera-t-il cette arme ? Il est probable que Poutine préfèrera , comme d'autres, comme les Etats-Unis par exemple , tenir à sa merci une Europe affaiblie qu'être directement à l'origine d'une turbulence majeure.

Roland HUREAUX

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31 mai 2015 7 31 /05 /mai /2015 19:50

GHETTO ? VOUS AVEZ DIT GHETTO ?

Manuel Vals n'a pas mâché ses mots à la suite de l'affaire Charlie en dénonçant l' « apartheid territorial, social, ethnique » à l’œuvre dans les quartiers populaires, en fustigeant « la relégation périurbaine, les ghettos », généralement musulmans .

Ghetto ? Rien que ça. Il faudrait y regarder de plus près avant d'appliquer un tel qualificatif aux banlieues françaises.

A Berlin , oui, il y a un ghetto turc : des quartiers turcs sans allemands et des quartiers allemands sans turcs. A Londres aussi, jusqu'à un certain point . Mais à Paris ? Dieu merci une certaine mixité demeure . Jusqu'à quand ?

Si ghetto immigré il y a en France , n'en déplaise à M. Vals qui préfère culpabiliser les Français que chercher les vraies responsabilités, c'est essentiellement en raison de la délinquance et de l'insécurité qui règnent dans quartiers où les immigrés sont nombreux , spécialement pour ceux qu'il faut bien appeler les indigènes, c'est à dire les Français de souche.

Tous ceux qui en ont les moyens s'évertuent désormais à quitter ces quartiers, ce qui rend d'autant plus dramatique la situation de ceux qui ne le peuvent pas, en particulier les Français sans ressources, notamment les personnes âgées. Mais l'insécurité est également pénible pour la grande majorité des habitants issus de l'immigration qui souhaiteraient eux aussi y vivre tranquillement.

Le premier moyen de réduire les ghettos est donc que les forces de police reconquièrent les "territoires perdus de la République". Si la sécurité représente 80 % du problème de la ségrégation, de nombreuses logiques administratives , parties des meilleures intentions, génèrent aussi un sentiment de ségrégation.

C'est le cas de la loi Boutin du 25 mars 2009 réformant le logement social. Cette loi tend à pousser hors du parc social tous ceux qui se trouvent au-dessus du plafond de ressources. On sait que les plafonds de ressources sont limitatifs à l'entrée, mais qu'une fois la famille logée en HLM, elle peut y rester même si ses ressources augmentent dans le courant de sa vie, ce qui est cas le plus général. Une grande partie des locataires , les plus anciens, généralement nationaux, se trouve donc au-dessus du plafond de ressources. La rationalité administrative à l'état brut impose que les subventions de l'Etat dont bénéficient les sociétés HLM ne profitent qu'à "ceux qui en ont vraiment besoin" et que donc que l'on chasse par différents moyens ( surloyers etc.) ceux qui ont atteint ou dépassé le plafond . Il est aisé de comprendre que cette politique , poussée depuis des années par l'Inspection des Finances, en éliminant les classes moyennes du parc social, tend elle aussi à renforcer la ségrégation, ce qui est fort dommage.

La perversité des zonages administratifs

Avec le meilleur intentions du monde ont été délimitées en 1981 des ZEP ( zones d'éducation prioritaire) , devenues ECLAIR , majoritairement peuplées d'immigrés et où les écoles reçoivent pour cela, des moyens supplémentaires. L'existence de ce zonage a , qu'on le veuille ou non , un effet psychologique disqualifiant sur les élèves du quartier et même sur leurs parents. Les jeunes qui y habitent n'étant pas plus bêtes que les autres savent qu'ils se trouvent dans une ZEP ; ils ont ainsi le sentiment d'une ségrégation même si elle apporte à leur école des avantages. D'ailleurs est-ce bien d'une pédagogie de luxe que les élèves en cause ont besoin , n'est-ce pas plutôt d'une discipline plus rigoureuse ?

Le zonage urbain dépasse largement la question scolaire . En matière de police, ont été ainsi délimitées 49 zones de sécurité prioritaire .

En matière de "politique de la ville" , il y avait jusqu'à une date récente 751 zones urbaines sensibles (ZUS), parmi lesquelles 416 zones de redynamisation urbaine (ZRU), comprenant elles-mêmes 100 zones franches urbaines (ZFU), sans compter 2 493 quartiers ciblés par les 497 contrats urbains de cohésion sociale. Rien que ça !

Une réforme récente a tenté de simplifier ces zonages : en lieu et place des différents périmètres que nous venons d'évoquer , sont identifiés 1300 quartiers sensibles. Mais le principe d'un zonage subsiste.

Ces zonages s'ajoutent à d'autres, plus anciens, qui ont eu , eux aussi, des effets pervers moins connus . Ainsi les plans d'urbanisme qui tendent depuis longtemps à séparer les zones d'activité des zones d'habitation et, parmi celles-ci, en fonction du COS, les zones pavillonnaires et les zones d'habitat collectif.

Zoner, ça fait rigoureux, ça fait technocratique. Mais le résultat est , qu' on le veuille ou non, toujours psychologiquement désastreux.

Comment un jeune qui sait qu'il se trouve ans une ZEP, une ZSP, une ZUS, une ZRU et une ZFU ne se sentirait -il pas quelque part victime d'une sorte d'apartheid , au moins psychologique ?

Il serait tellement plus subtil de mettre fin une fois pour toutes à tous ces zonages , tout en demandant aux différentes administrations concernées de garder une différenciation des moyens et des actions mais de manière pragmatique, non systématique et surtout non écrite.

Combien de problèmes sociaux naissent ou sont aggravés par un excès de rationalité administrative ?

Roland HUREAUX

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31 mai 2015 7 31 /05 /mai /2015 19:49

LA FRANCE ET L'ALLEMAGNE A L'EPREUVE DE L'EURO

La France n'a assurément pas à rougir de la magnifique croissance qui a été la sienne depuis 1945.

Regardons les chiffres du PIB par habitant (en $ 1990) :

1950 5000

1968 10000

1980 15000

2000 20000

2007 24000

Pour mémoire, l'Argentine qui était à 5000 $ en 1950 y est restée. L'Allemagne, partie de plus bas, car elle avait beaucoup plus souffert de la guerre , rattrape la France vers 1960. Sur le long terme, la croissance de notre voisin allemand est à peu près parallèle jusqu'en 2005, la France connaissant un coup d'accélérateur sous le président Pompidou.

Mais les valeurs absolues auxquelles s'appliquent les taux de croissance ne sont pas les mêmes. Le PIB français se tient ainsi depuis 1960 dans une fourchette de 30 à 45 % au-dessous de celui de l'Allemagne.

Principalement parce que la population allemande a été tout au long de la période, et avant même la réunification, plus nombreuse que la population française.

La population de la France était en 1990 de 58,5 millions d'habitants (Mh); elle est en 1992 de 65,5 Mh.

Celle de l'Allemagne était en 1990 de 79,5 Mh ( 63,4 à l'Ouest, 16,1 à l'Est) . Elle est en 2012 de 80,5 Mh. Le rapport démographique Allemagne/France qui était de 1,35, s'est resserré à 1,22. Depuis 2000, il nait en France plus d'enfants qu'en Allemagne mais il faut une génération pour que cela impacte la population totale ( flux migratoires mis à part).

Les PIB/habitant, en 2014, sont égaux : 44 007 $ (2014) pour l'Allemagne , 44 111 £ (2014) pour la France, sous réserve de la surévaluation des données françaises dont il sera question plus loin et d'une fiscalité plus lourde en France qui , à produit égal, réduit le revenu disponible des ménages. Comparer leur évolution sur le long terme est difficile : le terme de comparaison avant l'euro, et même depuis, est le dollar dont le cours a fluctué. Jusqu'à l'entrée dans l'euro, les réajustements périodiques du rapport entre le franc et le mark donnent à cette courbe une allure en dents de scie alors que la réalité est à peu près linéaire: France et Allemagne ont grosso modo vogué de conserve tout au long de la période.

On confond souvent la production intérieure et la capacité industrielle. Celle-ci a été pour l'Allemagne, depuis la fin de la reconstruction, dans un rapport de 2 à 1 par rapport à celle de la France. Ce rapport ne s'est dégradé, à notre détriment, que récemment. La France avait toujours compensé, au moins en partie, son handicap industriel par l'agriculture, ce qui n'est plus le cas, et par les services, un amalgame d'activité diverses : tourisme, ingénierie internationale mais aussi activités commerciales et administratives à usage interne. Partant de ce rapport constant depuis plus de 50 ans de 2 à 1 entre le potentiel industriel de l'Allemagne et celui de la France, une dégradation de la position relative de la France s'observe depuis dix ans. Pour une base de 100 en 2000, la production industrielle est aujourd'hui de 115 en Allemagne et de 92 en France. Autrement dit la désindustrialisation est plus rapide en France qu'en Allemagne.

L'évolution est identique pour l'agriculture: la balance agricole qui avait toujours été favorable à la France est depuis 2005 favorable à l'Allemagne, principalement en raison de la divergence du coût des facteurs.

En parallèle, la part de la France dans les exportations mondiales qui avait régressé dès les années 90 a continué de le faire alors que celle de l'Allemagne semble s'être stabilisée :

Part dans les exportations mondiales (en % )

France Allemagne

1990 6,2 12

2000 5 9

2010 3,9 9

Le poids des dépenses administratives dans le PIB français résulte de la prise en compte des dépenses publiques (hors transferts) à leur prix coûtant , sans considération de leur efficacité. Presque toutes ces dépenses sont à usage interne. Beaucoup correspondent à de l'économie réelle : santé, éducation. On ne sera ainsi pas surpris de découvrir que les dépenses d'éducation sont plus élevées en France qu'en Allemagne, compte tenu d'une population plus jeune. De même, pour d'autres raisons, les dépenses de défense. Paradoxe : les seules dépenses publiques plus lourdes en Allemagne que chez nous sont les dépenses d'administration générale (6,1 % du PIB contre 5,9 %) ; les Français l'ignorent : le fédéralisme génère plus de bureaucratie que la centralisation !

Il est légitime de se demander si le mode de prise en compte des dépenses publiques ne survalorise pas quelque peu le PIB français.

Ceci dit, le rapport entre le PIB français et le PIB allemand n'oscille que très peu sur les 60 dernières années.

La France gagne du terrain entre 1970 (rapport A/F = 143) et 1980 (133) ; le rapport reste stable jusqu'en 1989. On pourra être surpris que la réunification n'ait permis à l'Allemagne que de regagner quelques points : 137 en 1990, 142 en 2000. Mais l'état de délabrement de l'économie est-allemande, le ralentissement de la croissance qu'a entraîné sa remise à flot , surtout dans les conditions monétaires où elle s'est faite[1], font que cette réunification, contrairement aux craintes qui se sont exprimées dans le reste de l'Europe n'a eu qu'un impact à la marge sur la puissance allemande.

Le président Mitterrand croyait compenser le renforcement de l'Allemagne dû à la réunification en lui imposant une monnaie commune, l'euro. C'est le contraire qui s'est passé : la réunification a été un facteur de faiblesse et c'est au contraire l'euro qui a apporté à l'Allemagne , on le verra, un surcroît de puissance. L'ignorance de l'économie ne pardonne pas.

Ce surcroit de puissance allemande n'apparait certes pas dans les chiffres du PIB , comme on le verra plus loin. .Au contraire, il semble que l'euro, instauré en 1999, ait renforcé la France sous ce rapport. En outre, la divergence des évolutions ne se voit pas immédiatement : de 1999 à 2005, la balance des paiements, le taux de chômage, les déficits publics demeurent, comme la croissance à des niveaux comparables des deux côtés du Rhin.

Les thuriféraires de l'euro se sont réjouis de ces données qui semblaient montrer que l'euro était une aubaine pour la France. Mais elles étaient complètement fallacieuses et cachaient , en fait, une grave dégradation de la situation française.

La cassure de 2005

C'est à partir de 2005 que la situation se dégrade rapidement pour la France, tandis qu'elle s'améliore pour l'Allemagne , un mouvement qui s'est poursuivi jusqu'en 2014.

Que s'est-il passé en 2005 ?

Admettons que les deux pays soient partis en 1999 dans des conditions de compétitivité égales, ce qui reste d'ailleurs à démontrer, il n'en est plus ainsi aujourd'hui.

Comment se dégrade la compétitivité d'un pays ? Pas en raison des données techniques qui évoluent peu à court terme; seulement par une hausse des coûts des facteurs de production: salaires, charges sociales, impôts ( et donc dépenses publiques), énergie, matières premières etc. supérieure à celle de notre partenaire. Dès l'entrée dans l'euro, la compétitivité de la France s'est dégradée un peu plus que celle de l'Allemagne, comme cela avait d'ailleurs toujours été le cas depuis 1948 ( sauf au moment de la réunification) et continue de se dégrader aujourd'hui. Mais au début , l'effet était trop limité pour avoir un impact sensible. Comme il s'agit d'un effet cumulatif, il a commencé à devenir sensible à partir de 2005. Et le différentiel de compétitivité est encore beaucoup plus important aujourd'hui qu'en 2005. Après quinze années de dérive, il n'est naturellement pas question de revenir en arrière.

Deuxième donnée : le remplacement à la tête de la Banque centrale européenne en 2003 du hollandais Wim Duisenberg par Jean-Claude Trichet , français certes mais avec une tête allemande. Très vite l'euro est passé de 0,9 à 1,3 ou 1,4 dollars. Ce renchérissement de l'euro implique le renchérissement de toutes les exportations européennes et la baisse des prix de toutes les denrées importées. Il constitue ce qu'on appelle un choc asymétrique car il n' a pas les mêmes effets sur tous les Européens : les plus compétitifs (l'Allemagne essentiellement) y gagnent car ils recevront plus de dollars pour les mêmes exportations. Les moins compétitifs (en fait tous les autres) vendront moins, y compris sur leur marché intérieur.

Ce changement a été considérablement aggravé par la politique du chancelier Gerhard Schröder (1998-2005): quoique issu de la gauche il a mené pendant cinq ans une des plus terribles politiques de récession sociale que l'Europe ait connue : baisse des salaires réels, des allocations de chômage, des prestations sociales etc. Il introduisit aussi un peu de TVA sociale. Le résultat fut , à l'entrée de l'euro, une baisse des coûts de production en Allemagne et en Allemagne seulement. On peut spéculer sur les raisons de cette politique mercantiliste ( une politique mercantiliste vise non à accroître la production d'un pays ou le revenu de ses habitants , mais ses seuls excédents commerciaux). L'Allemagne de l'an 2000 n'avait sûrement pas besoin de cette politique de rigueur pour soutenir le choc de l'euro. Frilosité d'un pays vieillissant et craignant l'avenir , qui veut "faire des réserves" ? Impérialisme et volonté d'écraser d'emblée ses concurrents de la zone euro ? Soumission à l'esprit de lucre du patronat allemand puisque dans une perspective mercantiliste où le développement est fondé sur les exportations et non le marché intérieur, il n'est pas nécessaire d'augmenter le pouvoir d'achat et donc les salaires, pour vendre davantage, ce qui est tout bénéfice pour le capital ?

Toujours est-il que la politique de Schröder devait porter un coup fatal au nécessaire équilibre entre les pays de la zone euro et donc, à terme, à la survie de la monnaie unique.

Les conséquences ont été particulièrement graves pour les pays du sud tombés depuis lors au trente-sixième dessous. Elles l'ont été aussi pour la France en faisant naître puis en aggravant un déséquilibre par rapport à l'Allemagne , tel qu'il apparaît dans les données suivantes :

Chômage ( catégorie A) , en % de la population active :

France Allemagne

2000 8,5 7,9

2005 9,3 11

2010 9,6 7,4

2014 10,5 4,9

Balance des paiements courants (en milliers de milliards d' €)

France Allemagne

2000 + 45 - 34

2005 +10 + 133

2010 - 34 + 194

2014 - 41 + 237

Déficit des finances publiques (en % du PIB)

France Allemagne

2000 - 1,3 + 1

2005 - 3,2 - 3,7

2010 - 6,8 - 4,1

2014 - 4,4 + 0,2

Endettement public (en % du PIB)

France Allemagne

2000 58,4 58,7

2005 67 64,2

2010 80 80

2014 100 76

Il ressort clairement de ces chiffres qu' à partir d'une date variable selon l'indicateur choisi, tournant autour de 2005 , les données de la France se dégradent toujours et que celles de l'Allemagne s'améliorent .

Pour la balance des paiements courants française, largement excédentaire à l'entrée dans l'euro, elle se dégrade dès 2000 mais n'entre dans le rouge qu'en 2005.

Le chômage croit à partir de 2002 sous réserve d'un redoux en 2006-2007.

Les finances publiques, presque à l'équilibre en 2000 , sont continument déficitaires ensuite, l'endettement public ne cessant d'augmenter à due proportion.

Faut-il dès lors se consoler que dans la même période, le PIB de la France se rapproche de celui de l'Allemagne ( A/F de 1,38 à 1,32) ?

PIB

France Allemagne Rapport A/F

2000 1372 1891 1,37

2014 2907 3820 1,32

C'est ce que disent les partisans de l'euro mais ce serait une dangereuse illusion. L'évolution favorable du PIB de la France par rapport à celui de l'Allemagne depuis leur entrée conjointe dans l'euro ne fait que refléter la hausse des prix intérieurs, plus forte de ce côté ci du Rhin. Loin d'être un signe de force, elle est un signe de faiblesse. Loin d'être un atout, elle est précisément la source des problèmes qui apparaissent à partir de 2005 : faute qu'une dévaluation soit venue compenser le différentiel de compétitivité entre les deux pays, comme cela avait toujours été le cas avant l'euro, l'euro se retrouve surévalué par rapport aux coûts français. Il en résulte pour la France des difficultés à exporter et donc des échanges déséquilibrés, des difficultés à produire et donc du chômage, des ressources fiscales en baisse et donc des déficits publics.

Questions sur une divergence

Cette dégradation des comptes de la France pose plusieurs questions :

Première question : n'aurions pas dû serrer dès le départ toutes les vis comme l'a fait Schröder ? Ce n'était sûrement pas le tempérament de Chirac ( ni de Jospin ) aux affaires à ce moment là. La France ne l'aurait sans doute pas supporté. Rappelons nous qu'en plein milieu de la période concernée se produisit le fameux 21 avril 2002 qui vit l'émergence de Le Pen au second tour de la présidentielle ! Mais surtout une telle politique aurait-elle été bonne ? Fallait-il ajouter la folie française à la folie allemande ? On critique à juste titre les dévaluations compétitives d'autrefois. Ne faut-il pas craindre à présent les déflations compétitives ? Et n'est-ce pas dans ce trou noir que l'Allemagne a engagé l'Europe ?

Hélas, il ne nous semble pas que quelqu'un ait dit, à l'époque, au gouvernement allemand, tout le mal qu'il faisait à l'Europe.

Deuxième question: n'est-il pas temps, après tant de retard pris, d'infliger à la France une purge analogue à celle que Schröder a infligée à l'Allemagne il y a quinze ans et que la Banque centrale européenne a imposé depuis aux pays du Sud ? C'était difficile au début des années quatre-vingt. Il est à craindre que cela ne le soit encore plus aujourd'hui. Et surtout à quoi bon ? Le temps perdu ne se rattrape pas. Le différentiel de compétitivité entre l'Allemagne et la plupart de ses partenaires est devenu tel que seules des années de pénitence, dont ce qui reste de notre industrie ne se relèverait pas, pourraient permettre de surmonter le handicap accumulé, aujourd'hui irrattrappable. La déflation féroce que préconisent certains vétérinaires tuerait la bête au lieu de la guérir . C'est une autre voie qu'il faut chercher.

Troisième question : jusqu'où ira cette évolution ? Pour l'Allemagne, il semble que le temps des vaches grasses s'achève : sa production industrielle a brusquement baissé à l'été 2014 . Son mercantilisme aveugle a épuisé ses voisins qui constituaient son principal marché; ses ventes s'en ressentent. Cela ne fera pas pour autant les affaires de la France qui, plus que jamais, continue de pâtir d'un déficit de compétitivité irrémissible : sauf à remettre en cause l'euro, le seul remède envisageable , une récession féroce tuerait la bête au lieu de la guérir.

A ce cercle vicieux , il est probable qu'il n'y ait d'autre solution qu'un démantèlement de l'euro permettant à la France de dévaluer sa monnaie courante de 20 ou 25 % par rapport à celle de l'Allemagne ( pas nécessairement à celles du reste du monde).

Ce sera une opération douloureuse: la France, avec une monnaie surévaluée vit au-dessus de ses moyens . Il est très périlleux en économie de jouer à la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf ! C'est ce que fait la France aujourd'hui grâce à l'euro , qui gonfle son PIB apparent tout en entravant sa croissance réelle . La sortie de l'euro ne serait dès lors qu'une opération vérité. Après quelques mois difficiles, la France repartirait sur un bon pied et rattraperait vite le temps perdu.

Ainsi, après avoir fait jeu égal avec l'Allemagne depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, la France a décroché à une date qui coïncide, qu'on le veuille ou non, avec l'entrée dans l'euro.

Cela parce que ses élites ont cru que, sur le plan de l'inflation au moins , on pouvait , à coup de volontarisme politique, transformer le tempérament des Français pour l'aligner sur celui des Allemands.

Parce qu'elle avait gardé sa liberté monétaire, et donc le moyen de gérer sa monnaie en fonction de son tempérament propre qui n'est pas celui de ses voisins, la France a su se maintenir et même parfois faire mieux que l'Allemagne au cours du dernier demi-siècle. Elle peut encore le faire , et cela d'autant plus qu'elle a désormais l'avantage démographique.

Ce n'est pas la première fois depuis 1950 que la France, par un mélange de volontarisme et de vanité surévalue sa monnaie par rapport à l'Allemagne , bridant ainsi sa croissance. Si elle ne l'avait pas fait, sa position industrielle serait sans doute meilleure aujourd'hui.

Le principal handicap de la France par rapport à l'Allemagne depuis 1945 (et même déjà en 1939-1940 !) n'est pas, comme le dit le dictionnaire des idées reçues, son indiscipline, sa moindre ardeur au travail, son inaptitude à la mécanique ou ses syndicats, c'est la vanité et l'incompétence de ses élites.

Roland HUREAUX

[1] Le Chanceler Kohl, pour des raisons politiques respectables posa qu'un mark de l'Est vaudrait un mark de l'Ouest, alors qu'à l'Est, les coupures étaient pléthoriques et sans valeur. Pour éponger ce supplément de liquidité, il dut hausser les taux d'intérêt et étouffer la croissance, non seulement en Allemagne mais aussi en France.

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31 mai 2015 7 31 /05 /mai /2015 19:20

HOLLANDE CHEZ CASTRO : LA NOSTALGIE N'EST PLUS CE QU'ELLE ETAIT

Paru dans Marianne.fr

Il fut un temps où, dit-on, les tyrans tentaient de se rajeunir en buvant le sang de jeunes hommes, ou à tout le moins en les fréquentant.

François Hollande n'est pas un tyran. Son originalité n'en est pas moins grande : il tente de se rajeunir (et avec lui le socialisme français) en rendant visite à un vieil homme, malade de surcroît , Fidel Castro.

L'intérêt économique et politique de cette visite n'apparait pas avec évidence. Il semble plutôt que le président français ait voulu rappeler aux plus anciens de la gauche française les heures héroïques où , encore au sortir de l'enfance, ils s'enflammaient pour ce qu'on appelait alors le "modèle cubain" et pour la résistance courageuse que le lider maximo opposait à l'Amérique. Qui s'en souvient ? Les plus engagés sacrifiaient même leurs vacances pour aller y couper la canne à sucre.

S'il suffit d'un voyage pour se prouver qu'on est encore de gauche, pourquoi ne pas l'entreprendre ? Si Che Guevara était encore de ce monde, Hollande serait sans doute allé le voir aussi.

Prudent, le président fiançais ne fait cependant le voyage qu'après que les premiers pas d'une réconciliation entre Washington et La Havane aient été accomplis. Face au nouvel ordre mondial, François Hollande n'a jamais eu rien d'un provocateur.

Le Cuba de Castro est un petit pays pauvre proche de la côte de Floride qui résiste depuis 55 ans aux Etats-Unis. La France de Hollande est un grand pays, encore riche , qui s'assujettit aujourd'hui volontairement aux mêmes Etats-Unis, dont pourtant un océan le sépare. C'est dire que toute comparaison entre eux serait hasardeuse.

Au temps du général de Gaulle, la France, en se démarquant de la position de Washington, pouvait jouer les intermédiaires, comme, par exemple dans la guerre du Vietnam. Pleinement intégrée aujourd'hui au bloc occidental, elle ne cherche à se distinguer , en Libye, en Syrie, en Ukraine que par la surenchère. Dans l'affaire cubaine, c'est au pape François qu'on a demandé de jouer les intermédiaires. Le président Raul Castro s'est d 'ailleurs rendu à Rome pour le remercier.

Le socialisme cubain a été longtemps un mythe . Mythe très éloigné de la réalité non seulement sur le plan économique mais encore plus sur celui des libertés. François Hollande marie les homosexuels. Qui sait qu'au début, Fidel Castro les mettait en camp de concentration? Une dimension du castrisme passablement oubliée. Mais là aussi les temps ont changé.

François Hollande, rallié avec armes et bagages à la logique du capitalisme mondial, a un drôle d'air aux côtés du vieux lutteur de la Havane. En cherchant à rajeunir le socialisme français, il se peut qu'il montre au contraire combien celui-ci a, comme l'ancien chef de la Révolution cubaine, pris un coup de vieux.

Roland HUREAUX

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