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Roland HUREAUX

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14 juillet 2015 2 14 /07 /juillet /2015 17:10

EURO : FIN DE PARTIE REMISE

Publié dans Causeur

"Cette fois l'euro est sauvé, la crise grecque est terminée ". Un concert de satisfaction a salué, tant dans les sphères du pouvoir que dans la sphère médiatique, l'accord qui a été trouvé le 13 juillet à Bruxelles entre le gouvernement Tsipras et les instances européennes - et à travers elles, les grands pays, Allemagne en tête .

Etonnante illusion : comme si la diplomatie pouvait venir à bout du réel. N'est ce pas Philippe Muray qui a dit un jour : "Le réel est reporté à une date ultérieure " ?

Il n'y a en effet aucune chance que cet accord résolve quoi que ce soit.

Passons sur le revirement étonnant d'Alexis Tsipras qui organise un référendum où le "non" au plan de rigueur de l'Europe est plébiscité avec plus de 62 % de voix et qui, immédiatement après, propose un plan presque aussi rigoureux.

Aide contre sacrifices

Ce plan a trois volets : les dettes de la Grèce doivent être étalées ; jusqu'où ? On ne sait pas encore, cela ne sera décidé qu'en octobre . La Grèce recevra de nouvelles facilités à hauteur de 53 milliards d'euros (remboursables), plus le déblocage de 25 milliards de crédits du plan Juncker (non remboursables). Elle doit en contrepartie faire voter sans délai un certain nombre de réformes : augmentation de la TVA, recul de l'âge de la retraite , lutte renforcée contre la fraude fiscale etc.

Le volet réforme correspond-t-il à une vraie logique économique ? Appliquées immédiatement, ces mesures plomberont un peu plus l'activité , comme toutes celles que l'on inflige à la Grèce depuis quatre ans. Ne vaudrait-il pas mieux que ce pays consacre les ressources nouvelles à l'investissement et ne soit tenu de revenir à l'équilibre qu' au moment où la croissance , grâce à ces investissements, repartira. Quel pays a jamais restauré ses grands équilibres dans la récession ?

Moins que de considérations techniques, cette exigence de réformes ne s'inspire-t-elle pas plutôt du vieux moralisme protestant : aider les pauvres , soit mais seulement s'ils font des efforts pour s'en sortir; quels efforts ? peu importe pourvu qu'ils en bavent !

Quoi qu'il en soit, pour redevenir solvable et donc rembourser un peu de ce qu'elle doit, la Grèce doit avoir des comptes extérieurs non seulement en équilibre mais excédentaires. Pour cela elle doit exporter.

Pourquoi n'exporte-t-elle pas aujourd'hui , et même achète-t-elle des produits comme les olives? Parce que ses coûts sont trop élevés. Pourquoi sont-ils trop élevés ? Parce qu'ils ont dérivé plus que dans les autres pays de la zone euro depuis quinze ans. Et quoi que prétendent certains experts, cela est irréversible.

Aucun espoir sans sortie de l'euro

La Grèce a-t-elle un espoir de devenir excédentaire en restant dans l'euro ? Aucun.

Seule une dévaluation et donc une sortie de l'euro qui diminuerait ses prix internationaux d'environ un tiers lui permettrait de reprendre pied sur les marchés.

C'est dire que l'accord qui a été trouvé , à supposer que tous les Etats l'approuvent, sera remis en cause dans quelques mois quand on s'apercevra que l'économie grecque ( à ne pas confondre avec le budget de l'Etat grec) demeure déficitaire et qu'en conséquence, elle ne rembourse toujours rien.

On le lui a assez dit : cette sortie-dévaluation sera dure au peuple grec, du fait de l'augmentation des produits importés, mais elle lui permettra au bout de quelques mois de redémarrer. Sans sortie de l'euro, il y aura aussi des sacrifices mais pas d' espoir.

Nous pouvons supposer que les experts qui se sont réunis à Bruxelles savent tout cela. Ceux du FMI l'ont dit, presque en ces termes. Les uns et les autres ont quand même signé.

Les Allemands qui ont déjà beaucoup prêté à la Grèce et savent qu'ils ne récupéreront rien de leurs créances, réformes ou pas, ne voulaient pas s'engager d'avantage . Ils ont signé quand-même . Bien plus que l'attitude plus flexible de François Hollande, c'est une pression aussi ferme que discrète des Etats-Unis qui a contraint Angela Merkel à accepter un accord, envers et contre une opinion allemande remontée contre les Grecs.

Quant à Tsipras, a t-il dû lui aussi céder aux mêmes pressions ( de quelle manière est-il tenu ?) ou joue-il double jeu pour grappiller encore quelques avantages avant une rupture définitive - qui verrait sans doute le retour de Yannis Varoufakis. Le prochains jours nous le diront.

Le médiateur discret

On ne comprend rien à l'histoire de cette crise si on ne prend pas en compte , derrière la scène, le médiateur discret de Washington qui, pour des raisons géopolitiques autant qu'économiques, ne souhaite ni la rupture de la Grèce, ni l'éclatement de l'euro.

Cette donnée relativise tous ce qu'on a pu dire sur les tensions du "couple franco-allemand" ( ça fait cinquante ans que le Allemands nous font savoir qu'ils n'aiment pas cette expression de "couple" mais la presse continue inlassablement de l'utiliser ! ) . Au dictionnaire des idées reçues : Merkel la dure contre Hollande le mou. Merkel , chancelière de fer, qui tient entre ses mains le destin de l'Europe et qui a imposé son diktat à la Grèce. Il est certes important de savoir que les choses sont vues de cette manière ( et une fois de plus notre piteux Hollande a le mauvais rôle !). Mais la réalité est toute autre. Ce que l'Allemagne voulait imposer n'est rien d'autre qu'un principe de cohérence conforme aux traités qui ont fondé l'euro. Ce que Tsipras a concédé, c'est ce qu'il ne tiendra de toutes les façons pas parce qu'il ne peut pas le tenir . Merkel a été contrainte à l'accord par Obama contre son opinion publique. La "victoire de l'Allemagne" est doublement illusoire : elle ne défendait pas d'abord ses intérêts mais la logique de l'euro; cette logique, elle ne l'a imposée que sur le papier .

Mais pourquoi donc tant d'obstination de la part de l'Europe de Bruxelles, de la France et de l'Allemagne ( et sans doute de l'Amérique) à trouver une solution à ce qui dès le départ était la quadrature du cercle ? Pourquoi tant de hargne vis à vis des Grecs et de tous ceux qui ont plus ou moins pris leur défense , au point d'anesthésier tout débat économique sérieux ?

Le Monde a vendu la mèche en titrant en grand: "L'Europe évite l'implosion en gardant la Grèce dans l'euro" . Nous avons bien lu : l'Europe et pas seulement l'euro. Bien que la Grèce ne représente que 2 % du PIB de la zone euro, son maintien dans cette zone conditionne la survie de l'euro. Mais par delà l'euro , c'est toute la construction européenne qui semble devoir être remise en cause si la Grèce sortait et si, du fait de la Grèce, la zone euro éclatait. Là encore le paradoxe est grand : comment de si petites causes peuvent-elles avoir de si grands effets ? Ce simple constat montre , s'il en était besoin, la fragilité de l'édifice européen. Cette fragilité réapparaitra qu'on le veuille ou non, jusqu'à la chute de ce qui s'avère de plus en plus n'être qu'un château de cartes.

Devant une telle perspective, les Européens, ont dit " de grâce, encore une minute, Monsieur le bourreau" . Une minute ou quelques mois mais pas beaucoup plus.

Roland HUREAUX

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14 juillet 2015 2 14 /07 /juillet /2015 17:06

TSIPRAS, IGLESIAS, MELENCHON, LE PEN, KRUGMAN, STIGLITZ, SEN, LES CHARLATANS DE L'EUROPE

Publié dans Causeur

"Tsipras, Iglésias, Mélenchon, Le Pen...Les charlatans de l'Europe" titre Le Point de cette semaine. Avec un sous-titre, "l'internationale des imposteurs" : charlatans, imposteurs, rien que ça !

Puisque cette liste politiquement pluraliste désigne des gens critiques de l'euro ou qui menacent sa survie, l'hebdomadaire aurait pu continuer : Paul Krugman, Joseph Stiglitz, Thomas Sargent, Christopher Pissarides, James Mirrlees, Amartya Sen, Milton Friedman, sept prix Nobel d'économie ayant émis des doutes sur l'euro. Il aurait pu ajouter aussi Margaret Thatcher, Hans-Olaf Henkel , ancien président du patronat allemand, Vaclav Klaus, ancien président de la République tchèque, Jean-Pierre Chevènement, Emmanuel Todd : voilà bien des charlatans et des imposteurs. Ils se multiplient autant que les contre-révolutionnaires au temps de Staline.

Ce qui est remarquable dans le titre évoqué, ce n'est pas que l'hebdomadaire en cause soit partisan de l'euro . Il en a parfaitement le droit et il n'est pas le seul : tous les dirigeants au pouvoir en Europe occidentale et tous les organes de presse importants sont dans ce cas: on notera au passage combien est dépassé le clivage pouvoir-contre-pouvoir puisqu' on ne trouve plus guère de divergences entre hommes de pouvoir et hommes de médias sur ce sujet.

Le Point n'est pas seul : toute la presse du "courant principal" s'est au cours des derniers jours déchaînée contre Alexis Tsipras avec une rage rare .

Une attitude d'autant plus étonnante que le fond du problème est parfaitement technique: savoir si une monnaie unique , commune à plusieurs pays, est une bonne ou une mauvaise chose , analyser quels en sont les avantages, les inconvénients et les risques, savoir si l'entreprise peut être durable pourraient faire l'objet d'un débat objectif sans passion et naturellement sans injures.

Les extrémistes sont au centre

Comme l'hebdomadaire en cause a la réputation d' être plutôt centriste , et que les personnalités qui se sont le plus déchaînées l'ont également, que par ailleurs, nous n'avons pas connaissance de propos aussi véhéments des adversaires de l'euro à l'égard de ses partisans, on en tirera que les vrais extrémistes d'aujourd'hui sont les centristes.

C'est même parmi eux que l'on a entendu les propos les plus forts à l'encontre de la démocratie . Martin Schulz, président social-démocrate du Parlement européen appelle ouvertement à un changement de gouvenrment à Athènes alors que les élections ont eu lieu il y a six mois à peine. Les mêmes cercles avaient d'ailleurs salué comme une avancée de la démocratie en Ukraine le 18 février 2013 , à la suite des manifestations de la place Maidan où s'illustraient des milices néo-nazies, l'éviction du président Ianoukovitch dont personne ne contestait la régularité de l'élection et qui était en cours de mandat. Les propos d'Alain Minc proposant que le pouvoir soit pris à Athènes par un gouvernement de technocrates venus de Bruxelles ne sont pas différents. Juncker, président de la commission européenne, n'avait-t-il pas dit qu'"il ne saurait y avoir de choix démocratique contre les traités européens" ?

On ne ferait que rappeler des évidences en relevant dans ces comportements les symptômes de ce qu'il faut bien appeler un régime idéologique, étendu à toute l'Europe : véhémence à l'égard des opposants - qui ne sont pas encore des vipères lubriques mais ça pourrait venir - , refus d'un dialogue serein, remise en cause des principes les plus sacrés, la démocratie en l'occurrence , dès lors qu'il s 'agit de sauver le système, monolithisme des cercles dirigeants et des grands médias, désormais confondus dans la défense de l'euro. Il existe d'autres convergences : la plus patente est que les idéologies ont toujours l'effet inverse de celui qui était recherché : l'euro devait apporter la prospérité , des comportements plus homogènes et l'amitié entre les peuples d'Europe ; il apporte partout - et pas seulement en Grèce - , la récession; il éloigne des peuples ( pour des raisons économiques faciles à comprendre dès lors qu'on a affaire à un véritable spécialiste et non à un idéologue ), surtout il crée la désunion là où elle n'avait pas lieu d'être : entre Grecs et Allemands qui ne se seront jamais détestés autant depuis qu'il y a l'euro et surtout entre Français et Allemands pour qui cette histoire absurde érode dangereusement, de crise en crise, une relation privilégiée de plus de cinquante ans.

Pourquoi Tsipras a cédé

Est-ce cette immense machine d'intimidation à caractère idéologique qui a conduit Alexis Tsipras , lequel incarnait il y a quelques jours la résistance au système, à s'être tout de suite après son référendum victorieux du 5 juillet, couché devant l'establishment international au point de donner le sentiment à beaucoup de Grecs d'une humiliation nationale de grande ampleur. Certains, encore sous le choc, parlent même d'un "coup d'état financier" à Athènes .

Il était certes bien difficile à un jeune homme de 40 ans , à la tête d'un pays économiquement insignifiant , de résister seul à la formidable coalition de grands pays comme les Etats-Unis, l'Allemagne, la France et à toute la machinerie de Bruxelles, soutenus par l'immense majorité des médias occidentaux le trainant jour après jour dans la boue.

Il n'est pas sûr cependant que l'intimidation ait seule joué : il se peut que de la part de Washington des moyens de pression que nous ignorons aient été utilisés, comme ils le sont régulièrement pour faire fléchir Angela Merkel . Quoique pour des raisons inverses Tsipras et Merkel avaient l'opinion derrière eux pour refuser l'accord, ils n'en ont pas moins cédé. Pour les Etats-Unis, le maintien du statu quo est triplement nécessaire : parce que l'explosion de l'euro pourrait être le détonateur d'une nouvelle crise financière internationale, parce que l'euro leur permet de maintenir les économies européennes en tutelle, parce qu'ils serait dangereux pour eux de laisser la Grèce, dont la position géopolitique est capitale , errer sans attache dans une zone de haute turbulence , au risque de devenir même une tête de pont de Moscou.

De ce côté ci de l'Atlantique, l'enjeu est différent mais tout aussi considérable : c'est toute la crédibilité de la classe politique continentale qui est en cause. Elle s'est engagée à fond depuis vingt ans dans l'aventure de l'euro. S'il s'effondrait, elle se trouverait aussi désemparée et aussi anachronique qu'un professeur de marxisme léninisme après la chute du rideau de fer.

Face à des enjeux aussi énormes, la force des choses a donné à Alexis Tsipras un pouvoir de subversion que beaucoup , à commencer par Nicolas Sarkozy, jugent démesuré. Ne soyons pas étonné que , par des canaux divers , il ait subi ces temps ci des pressions tout aussi démesurées .

Il se peut enfin qu'il ait été d'autant plus vulnérable à ces pressions qu'il vient de la gauche. Expliquons nous. Quoique en dise l'hebdomadaire cité plus haut, Tsipras, Iglésias ( de Podémos) et Mélenchon n'ont cessé de dire qu'ils souhaitaient le maintien de l'euro - même si leurs autres positions sont contradictoires avec ce souhait. L'euro, dirait Hayek, est une entreprise constructiviste , un projet qui prétend faire avancer l'humanité en tordant les lois , sinon de la nature, du moins de l'histoire et de la sociologie. Le constructivisme , d'autres diront l'utopie, est l'essence des idéologies de gauche et d'extrême gauche. Elles se trouvent naturellement en conjonction avec un projet comme l'euro. Autrement dit, Tsipras, marxiste de formation, était intellectuellement peu armé pour résister à la pression internationale.

Mais nous ne savons pas tout : celui qui percera les cheminements qui on amené le gouvernement grec à plier en saura beaucoup sur la manière dont va notre monde.

Roland HUREAUX

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13 juillet 2015 1 13 /07 /juillet /2015 14:42

COMMENT LA GAUCHE A FAVORISE LA CONCENTRATION PARISIENNE

Depuis quelques années , un débat récurrent oppose une partie des maires de la région parisienne, spécialement ceux de droite, à l'administration. On leur reproche de ne pas remplir le quota de 20 % ( porté récemment à 25 % ) de logements sociaux imposé par la loi SRU (2000) aux communes de plus de 3500 habitants, alors même qu'ils n'auraient pas de disponibilité foncière pour cela.

Il est rare que ce débat soit élargi, comme il devrait l'être, à la question de l'aménagement du territoire français dans son ensemble

C'est au lendemain de la guerre de 1939-1945 que fut lancée une grande politique d'aménagement du territoire destinée à résorber le déséquilibre démographique entre "Paris et le désert français" et entre villes et campagnes. Incarnée par la DATAR à partir de 1963, cette politique a remporté des succès certains: essor des métropoles régionales mais aussi des villes moyennes, essor de l'Ouest, de la région toulousaine, du Massif central. A partir de 1980, la croissance de la région parisienne commença à être contenue.

La fin de l'aménagement du territoire

Mais cette politique évidente se trouva disqualifiée dans les années 1990, sous l'inspiration de quelques idéologues issus du parti socialiste. L'aménagement du territoire qualifié par eux "de papa" devint ringard. Trop sensible à la province et à la ruralité, il fut même suspect de "vichysme" ( ce dont personne ne s'était avisé pendent les quarante années qui avaient suivi la guerre !). Il fallait au contraire, pour faire face à une supposée concurrence européenne voire mondiale des territoires, doper la croissance de la région parisienne et de cinq ou six grande métropoles régionales ( qui devaient être les capitales de quatre ou cinq länder à la française ). Entre ces pôles, des autoroutes, des TGV, des parcs naturels et une agriculture extensive à l'américaine. D'autant que la Ville, et en réalité, les banlieues et même certaines banlieues, désormais magnifiées, étaient tenues pour le lieu de la modernité par excellence, du brassage, du cosmopolitisme, de la construction de nouveaux modèles familiaux, sociaux voire politiques, et surtout de la déconstruction des anciens. C'est ainsi que les freins à la croissance de la région parisienne et les principales incitations à l'installation dans le monde rural furent démantelées, la politique des villes moyennes et petites laissée à l'abandon. Parallèlement, les petites communes , vouées à disparaitre ( "la fin des villages " de Jean-Pierre Le Goff ) faisaient l'objet d'une première grande loi sur l'intercommunalité (1992) visant leur fusion ; la politique agricole commune était révisée dans le sens voulu par les Etats-Unis (1992), fatal à la paysannerie française. Au même moment, était créé l'espace Schengen qui devait , à partir du traité d'Amsterdam (1996), relancer l'immigration non européenne dont la principale destination est en France la région parisienne.

La suppression de la DATAR et le déménagement de ce qui la remplace en Seine Saint-Denis, la nouvelle carte régionale ( qui laisse sans métropole tout l'espace compris entre Rhône, Garonne et Loire) , décidés par l'actuel gouvernement, constituent l'aboutissement de ce processus.

Que Paris et sa région doivent être organisés comme une grande métropole internationale est incontestable , mais seul un raisonnement sommaire pouvait amener à confondre le rayonnement qualitatif avec le poids démographique. A ce compte, Dacca (17 millions) pèserait plus que Londres (11 millions) !

L'effet de ce retournement de politique ne se fit pas attendre : reprise de la croissance démographique (l'Ile-de-France a vu sa population passer de 10 à 12 millions entre 1990 et 2015) , afflux de population pauvres, tension sur les prix de l'immobilier, pénurie, hausse de la demande de logement social qui, au début des années quatre-vingt, semblait satisfaite.

En parallèle, combien de petites villes en crise, combien de villages où les délocalisations ont détruit le tissu industriel essaimé au cours des années 1945-1980 et multiplié les logements vides vacants ?

Il est certes légitime que, pour satisfaire la demande parisienne, on relance la construction de logements sociaux et que des dispositifs adaptés, respectueux des libertés municipales, plus incitatifs que contraignants assurent un certaine équilibre sociologique entre les communes.

Mais le problème du logement en région parisienne ne sera pas résolu sans une remise en cause complète de la contre-politique d'aménagement du territoire favorable à la concentration, inspirée par les idéologues socialistes, qui prévaut depuis 25 ans, de même qu'un vrai contrôle de l'immigration doit relâcher la pression sur nos grandes agglomérations.

Roland HUREAUX

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13 juillet 2015 1 13 /07 /juillet /2015 14:39

POURQUOI LA GRECE LES REND FOUS ?

Publié dans Causeur

Les commentaires tant des hommes politiques français que de la grande presse à la perspective du référendum grec et de ses suites ont , depuis quelque jours , perdu toute mesure.

Tous annoncent le pire à ce pays en cas de retrait de l'euro : "la Grèce danse au bord du ravin"( François Bayrou). "Si c'est le non qui l'emporte, on rentrera dans une forme d'inconnu." (François Hollande). Tsipras "joue avec le feu" ( Alain Juppé). Les manchettes multiplient les alarmes emphatiques : la Grèce au bord du gouffre, la Grèce au bord du précipice.

La procédure du référendum est vilipendée : il est "illégal" (Mme Lagarde) ; il est un "leurre", une "mascarade" , un « dangereux coup de poker», un« piètre chantage », voire un aveu de « faiblesse politique » de la part d’Alexis Tsipras . « Ce n’est pas ainsi que l’Europe doit fonctionner » .

Par parenthèse , que l' Europe ne doive pas fonctionner en consultant les peuples, on le savait déjà depuis que Juncker nous avait avertis : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens.»

Le grand responsable pointé du doigt, c'est bien sûr Alexis Tsipras et son gouvernement : "Qui a quitté la réunion des ministres des finances, si ce n'est le ministre des finances grec ? Qui a refusé toutes les propositions qui lui ont été faites ? Voilà le premier résultat d'une politique irresponsable." (Nicolas Sarkozy)

« L’appel au peuple de Tsipras n’est qu’un "coup" politique camouflé sous le masque de la démocratie directe » destiné à masquer « le vide abyssal du projet politique de Tsipras ». « Le référendum convoqué par Alexis Tsipras dévoie la démocratie ». On dénonce « l’incompétence, l’irresponsabilité, voire la malhonnêteté de Syriza ».

Or , proclament les matamores de la défense de l'euro: « face à des maîtres chanteurs, seule la fermeté paye ». Puisque le recours au peuple est un coup d'état, certains suggèrent dans une démarche véritablement orwellienne, de défendre la démocratie en instaurant une dictature : « il faudra alors penser à une tutelle, une vraie tutelle des seize autres de la zone euro. […] Et quand on dit les seize, on pense bien sûr à la France et à l’Allemagne. » : « iI faudra que de l’extérieur, de Paris, de Berlin, viennent les instruments, viennent les hommes, viennent les méthodes pour remettre la Grèce dans le bon sens.»

Une catastrophe pour la Grèce ?

Avant de voir ce que signifie cette panique , on rappellera quelques vérités élémentaires : le retrait de la Grèce de l'euro permettra une dévaluation et donc une meilleurs compétitivité. Au vu des expériences analogues , ce retrait s'avérerait certainement positif pour la Grèce. Dans les tous premiers moins certes, le niveau de vie populaire serait encore amputé du fait de la hausse des prix importés, mais les coûts de production aussi , ce qui rend possible un redémarrage de l'économie. L'austérité sans dévaluation est sans espoir; l'austérité qui découle de la dévaluation s'accompagne d' espoir.

Dans un rapport que l'Union européenne a essayé en vain de tenir secret, le FMI s'avise que la déflation imposée par l'Europe à la Grèce a fait beaucoup plus de mal que prévu à la Grèce. Il était temps ! Comment ne pas douter en effet de l'efficacité d'une politique qui a déjà entraîné une baisse du PIB de 35 % ? A supposer que cette politique ait finalement des effets positifs, ce qui reste à prouver, combien de temps aura été perdu ? Les "trente glorieuses" où l'Europe au sortir de la guerre, s'est si magnifiquement reconstruite se sont accompagnées, de déficit, d'endettement, d'inflation. Toute croissance se fait à la va comme je te pousse. Si le dogmatisme utopique qui règne aujourd'hui dans la zone euro, avait été appliqué après la guerre, l'Europe ne se serait tout simplement jamais reconstruite !

De nouveaux crédits, des abandons de créance et en contrepartie , de nouvelles "réformes" : est ce là une démarche économique rationnelle ? Jusqu'à quel point ne s'agit-il pas plutôt d'une démarche punitive, pénitentielle: on aide les pauvres soit ,mais en contrepartie, il faut qu'ils souffrent !

Et où serait la vraie catastrophe pour la Grèce ? Si elle ne sort pas de la zone euro, quelque plan qu'on lui applique, la cause profonde du mal demeurera : la manque de compétitivité; il ne ferait même que s'aggraver et la crise que nous connaissons se produira à nouveau dans deux ou trois mois.

Pourquoi tant de fureur ?

Alors pourquoi cette fureur, pourquoi ces prophéties apocalyptiques contraires à la plus élémentaire rationalité économique ? Comment ne pas soupçonner dans cette affaire, l'effet non de la raison mais de l'idéologie ? Partout où l'idéologie règne, l'anathème se substitue au débat , la rage, la vindicte accablent les opposants ou ceux qui font obstacle à l'application du dogme. "C'est même à cela qu'on la reconnaît" aurait dit Michel Audiard !

Si la monnaie unique constituait seulement un club , destiné à l'utilité mutuelle de ses membres , une coopération que nous appellerons naturelle, le fait qu' un membre veuille se retirer ne serait pas un drame. Or il est clair que nous nous trouvons dans une autre logique: un projet prométhéen destiné à dépasser la condition humaine, jusque là dominée , au moins en Europe par ces fléaux supposés que sont l'éclatement monétaire et les pluralités nationales . Un projet qui préfigure peut-être une monnaie mondiale . Ce projet est si sublime qu'il ne saurait être qu'irréversible ; le retrait d'un seul pays le remet donc entièrement en cause. "L'exclusion d'un pays membre peut avoir des conséquences d'une gravité que personne ne peut vraiment appréhender", dit un éditorialiste.

Nous avons là la réponse à une autre question fondamentale ! A quoi va conduire le défaut ou le retrait de la Grèce ?

Dès lors que l'euro est une construction de type idéologique, analogue au communisme d'autrefois, il est soumis au principe, largement invoqué par les partisans du oui au traité constitutionnel : le véhicule européen a une marche avant mais pas de marche arrière; comme la bicyclette, la construction européenne, si elle n'avance pas , chute. On peut aussi dire qu'elle suit le principe du château de cartes : une seule carte ôtée et l'édifice s'effondre, ce qui ne serait pas le cas d'une construction fondée et non sur une chimère mais sur les réalités, comme par exemple une entreprise dont un actionnaire peut toujours se retirer sans remettre en cause son existence .

Perdre le contrôle d'un seul pays fut fatal à l'URSS; il en est de même pour l'Union européenne et de son étage supérieur, la zone euro. C'est parce qu'ils sentent très bien tout cela que les commentateurs, presque tous partisans de l'euro , perdent leur sang froid : ils savent que la sortie d'un seul membre qui ne représente pourtant que 2 % du PIB européen remettrait en cause l'ensemble de l'édifice.

Alexis Tsipras lui-même le reconnait : "L'absence d'accord sur la Grèce signifierait "le début de la fin" pour la zone euro" , surtout si les autres pays en difficulté découvrent six mois après, que, comme c'est à peu près certain, la Grèce, contrairement aux pronostics apocalyptiques , se porte mieux.

L'éclatement de l'euro entrainerait-il dans sa chute l'ensemble de la construction européenne ? Sûrement pas s'agissant des coopérations classiques conçues en dehors de Bruxelles, comme la coopération aéronautique ou spatiale . Mais pour ce qui dépend de la machine de Bruxelles , il est clair que ceux-là même qui lui sont le plus attachés craignent le pire . Et il se pourrait, pour les raisons que nous avons dites, qu' ils aient raison.

Panique à bord

A partir de là, nous comprenons l'absence de mesure des commentateurs : si l'euro éclate et si l'Europe de Bruxelles s'effondre, c'est toute leur crédibilité qui se trouve anéantie. D'un seul coup la classe politique actuelle se trouvera périmée . Périmée comme un billet de cinquante euros si l'euro n'a plus cours ! L'euro n'est pas un élément de politique économique parmi d'autres. Il est, depuis trente ans, le paradigme indépassable, l'horizon obligé de toutes les politiques continentales. L'ensemble de la classe politique, au moins pour ce qui est des partis de gouvernement, a vécu entièrement dans cet horizon, sans jamais chercher à imaginer que cette entreprise pourrait ne plus fonctionner. Comme les animaux programmés pour vivre dans une certain milieu , nos gouvernants se trouveront complètement déphasés si ce milieu change . Ils le savent : devront sans doute laisser la place à d'autres.

Le problème pour eux serait encore simple s'il ne s'agissait , comme ils feignent de le croire, que de Tsipras. Mais tout le monde sait que derrière les foucades du premier ministre grec, se trouvent le lois inexorables de l'économie , derrière le cas particulier grec, la force des choses.

Roland HUREAUX

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13 juillet 2015 1 13 /07 /juillet /2015 14:00

HEUREUSEMENT POUR LES GRECS, ILS N'ONT AUCUNE SOLUTION

Les Grecs ont donné par le référendum du 5 juillet 2014 une belle leçon de liberté appelée à passer dans l'histoire.

Il est pourtant clair que le problème qui se posait à eux avant se pose toujours après.

Mais ce problème n'est pas , contrairement à ce que disent la plupart des commentateurs, celui de la dette . Tout simplement parce que , quelles que soient les dispositions qui seront prises , cette dette ne sera pas remboursée. Comment faire payer quelqu'un dont les poches sont vides ? Avec tous les moyens de pressions du monde, qui le pourrait ? D'ailleurs ce n'est pas la dette elle-même qui était l'objet du désaccord, mais plutôt les réformes que les créanciers européens exigent en échange d'une remise partielle , dont rien ne prouve d'ailleurs qu'elles amélioreraient d'aucune manière la capacité de remboursement de la Grèce .

Si la Grèce ne paye pas, qui payera ? Les contribuables, dit-on. Est-ce si sûr ? La Grèce doit 300 milliards d'euros, la France 2 100 milliards et les Etats-Unis 18 000 milliards. Qui remboursera jamais la dette américaine ? La banque centrale européenne, en violation de ses statuts, a décidé d'acheter des titres de dette publique, c'est à dire à faire marcher la planche à billets. Pourquoi pas au bénéfice de la Grèce ? De toutes les façons, la Grèce ne payera pas.

La remise de la dette grecque n'ira pas de soi . L'Allemagne n'en veut pas. L'Espagne , le Portugal et l'Irlande non plus : ils ont fait, eux, croient-ils, sans rechigner, les efforts que la Grèce refuse. Au Conseil d'administration du FMI, des pays du tiers monde diront que jamais cette institution n'a prêté autant qu'aux Grecs et que jamais elle n'a consenti de tels abandons de créances.

Mais admettons que la dette grecque soit remise en tout ou en grande partie. A supposer même que, par un surcroit de mansuétude, les créanciers, prêtent en plus ce qu'il faut aujourd'hui à la Grèce pour réamorcer la pompe budgétaire et financière, rien ne serait résolu. Dans trois mois, dans six mois, elle serait nouveau en cessation de paiements. La Grèce qui n'a pas été en mesure de rembourser ce qu'on lui a prêté dans le passé ne pourra pas davantage rembourser ce qu'on lui prêterait demain. Et son économie restera en panne.

Car le problème, l'unique problème de la Grèce est celui de sa compétitivité. La compétitivité , ce n'est pas l'état technique, la qualité de la main d'œuvre , la gouvernance publique, car même les pays où rien de cela ne va trouvent un niveau de change de leur monnaie qui leur permet de vendre encore certains de leurs produits. Grâce aux différentiels monétaires, le commerce mondial n'est pas , heureusement, réservé aux Etats parfaits, ni même aux Etats le plus avancés. Les autres pays commercent aussi à condition de vendre à bon marché et donc d'avoir une monnaie elle aussi bon marché, ce que n'a pas aujourd'hui la Grèce.

La valeur d'une monnaie , c'est le prix moyen auquel un pays vend ses produits. S'il a une monnaie forte, il vend cher; s'il a une monnaie dévaluée il vend bon marché . Or l'euro est une monnaie forte . Une monnaie forte pour un pays faible, voilà le problème , le seul problème de la Grèce vis à vis de ses partenaires .

Les Grecs sont même obligés d'acheter les olives, dit-on. Mais ce n'est nullement par fainéantise , c'est le niveau de leur monnaie qui rend les olives grecques plus chères que les olives importées.

La variable oubliée

L' état technique du pays n'a pas fondamentalement changé depuis quinze ans. Mais le niveau des prix dépend aussi de l'inflation des coûts , d'abord des salaires . Or la dérive des coûts en Grèce a été plus grande que chez tous ses partenaires, notamment l'Allemagne.

Les créateurs de la monnaie unique ont tenu cette variable, le différentiel d'inflation entre le pays , pour négligeable . Ils pensaient qu'avec un petit effort, tout le pays pouvaient être ramenés sur la même ligne. Ce fut là leur grande erreur.

La propension relative à l' inflation d'un pays, qui est le principal critère par rapport auquel la Grèce a péché, ne se détermine pas a priori, elle n'est pas non plus une affaire de vertu , elle est la variable d'ajustement nécessaire pour maintenir la cohésion sociale . La cohésion d'un pays est chose très profonde dont les conditions ne se changent pas en un jour. Pour certains pays, la cohésion peut être maintenue avec une inflation faible, pour d'autres , il faut une inflation plus forte : c'est le cas de la Grèce et à un moindre degré des autres pays méditerranéens ; ils ne sont pas plus paresseux que les autres mais ont peut-être le sang plus chaud !

Avoir oublié cette variable est un péché contre l'esprit de la part de ceux qui ont conçu l'euro et qui aujourd'hui s'acharnent à le maintenir en vie, un péché d'autant plus impardonnable qu'il s'agit généralement de gens imbus de leur supériorité intellectuelle. Bien à tort puisque ils raisonnent faux. Dans n'importe quelle discipline, il suffit d'oublier une variable pour avoir tout faux. C'est le cas.

Faute de connaître cette variable , ces gens se sont enfermés dans un moralisme stupide se contentant de noter les différents pays en fonction de leur plus ou moins grande vertu monétaire. Et dans la plupart des discours entendus ces jours ci contre la Grèce, revient cette idée morale .

Pas plus que les Grecs ne sont des fainéants , ils ne sont des forbans ne voulant pas rembourser ce qu'ils doivent, car pour rembourser, il leur faut des excédents, et ils n'en ont pas parce qu'il ont une monnaie trop forte pour eux, que donc ils ne sont plus compétitifs en rien et ne peuvent rien vendre.

Morale pour morale, les défauts des Grecs, qui sont certains , sont moins graves que l'incroyable incompétence économique que laissent transparaitre ces jours ci à tout but de champ , les hommes politiques et les médias européens quand ils abordent ce sujet.

Les derniers remèdes que l'on propose pour éviter à la Grèce de sortir de l'euro sont largement illusoires . Le principal est la déflation ou dévaluation interne: au lieu de changer le cours de sa monnaie, le pays baisse tous les prix et salaires pour les rendre compétitifs. C'est déjà ce qui est imposé à la Grèce depuis cinq ans : on voit l'inefficacité de cette méthode ; elle entraine le pays dans une spirale dépressive sans fin , alors qu'une inflation modérée créerait au contraire une euphorie favorable à la croissance. Elle rencontre aussi une limite sociale que le référendum grec exprime. On prétend que cette méthode a réussi à l'Espagne et au Portugal : mais eux aussi ont plongé dans la dépression et les peuples de ces pays n'ont pas encore dit leur dernier mot.

Variante de cette méthode déflationniste, il faudrait , dit-on, un "véritable gouvernement économique de la zone euro". Mais mesure-t-on ce que cela implique ? Rien de moins qu'une gestion beaucoup plus brutale des problèmes "régionaux" , telle celle des Etats-Unis laissant en 1928 des milliers d'agriculteurs ruinés quitter l'Oklahoma pour la Californie ( évènement qui fit l'objet du célèbre roman de John Steinbeck, Les raisins de la colère ). On ne gouverne pas de loin avec des pincettes ! A moins que l'on n'accompagne cette gestion brutale de transferts massifs des Etats riches vers les Etats pauvres, comme en France du Bassin parisien vers le Massif central ou l'Outre-mer , mais l'Allemagne a assez dit qu'elle ne voulait en aucun cas de cette solidarité qui d'ailleurs se traduirait par une discutable plongée de régions entières dans l'assistance.

Pour conclure : non, il n'est aucune autre solution au problème de la Grèce que la sortie de l'euro.

Seul le rétablissement rapide de la compétitivité-prix par une monnaie dévaluée - c'est à dire ramenée à un taux réaliste - permettra une relance rapide de l'économie grecque . Dans moins d 'un an , la Grèce sera capable de redevenir excédentaire et même de rembourser un peu de sa dette !

Imaginons une agence de voyages qui vend 800 € un séjour en Grèce qui lui en coûte 600 et a donc 200 € de bénéfice. Si la Grèce sort de l'euro et si le séjour est toujours vendu 800 € - et peut-être moins - il coûtera à l'agence 400 € et lui en rapportera 400 . Son bénéfice doublant, elle aura tout intérêt à multiplier les visiteurs .

Le pire pour les Grecs serait aujourd'hui un nième compromis visant à "sauver" la Grèce - ou plutôt à la maintenir dans l'euro. Aucun problème n'étant réglé, la substance économique de ce pays continuerait à dépérir. Jusqu'où ?

Impossible économiquement , le maintien de la Grèce dans l'euro n'en constitue pas moins un risque systémique pour l'euro lui-même et peut-être , au-delà, pour l'ensemble de la construction européenne. C'est toute la crédibilité des dirigeants politiques et économiques de Europe qui se joue là. La puissance des intérêts , en Europe et ailleurs, attachés au système actuel laisse supposer qu'ils ne laisseront pas partir la Grèce facilement. C'est l'absurdité du projet de monnaie unique qui a entrainé l'Europe dans cet impossible dilemme, dont la Grèce n'est qu'un révélateur. Au départ de l'euro , il y a la volonté , typiquement idéologique de forcer la nature des choses. Peut-on la forcer encore ? Face à ce dilemme on comprend l'exaspération des partisans de l'euro lesquels ont du mal à accepter que sa survie soit liée au sort d'un pays qui ne représente que 2 % de l'économie de la zone. Ignorant ce qu'est un mécanisme idéologique, ils le prennent mal : Alain Minc propose , pour éviter l'effondrement de tout l'édifice, d'envoyer une canonnière, d'imposer à la Grèce un gouvernement étranger qui vende les biens du clergé pour payer la dette, comme on l'avait fait 1789 . Ira-t-on jusque là ? Heureusement que Tsipras a rencontré deux fois Poutine au cours des derniers mois ! Il y plutôt à parier que l'on sauve la face en maintenant une situation ambigüe où la Grèce resterait théoriquement dans l'euro pour les transactions externes et lancerait une monnaie parallèle à usage interne.

En tous cas, la pire des choses qui pourrait arriver à la Grèce serait que l'on trouve une solution à son problème de maintien dans l'euro. Heureusement, c'est impossible.

Roland HUREAUX

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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 16:46

LA GRECE AU BORD DU SALUT

Publié dans Atlantico

Tout le monde attend qu' une catastrophe de première magnitude frappe la Grèce à l'annonce de son défaut ou de sa sortie de l'euro. Cette opération pourrait lui apporter au contraire le salut.

Sans doute le choc sera rude . La sortie de l'euro signifiera pour elle une dévaluation d'environ 50 % et donc un doublement des prix des produits importés , soit la plupart de produits de première nécessité.

Il est inutile de chercher à savoir si ce réajustement constitue un bien ou un mal car, pour douloureux qu'il soit , il est inévitable. Il devait se produire un jour ou l'autre et attendre le rendrait encore plus cruel. Il ne s'agit au demeurant que d'une opération de clarification, d'un retour à la vérité des prix, d' un retour sur terre. La Grèce cessera de vivre au -dessus de ses moyens, c'est tout.

Certes l'opération sera douloureuse pour un pays qui a déjà perdu 35 % du PIB. Mais elle a sa contrepartie: les coûts de production grecs, à commencer par ceux des hôtels de tourisme, seront diminués de 50 %. Le temps pour que les agents encore en mesure de produire tirent pleinement parti de cet avantage comparatif considérable, estime-t-on au vu des nombreuses expériences analogues qui se sont produites au cours du XXe siècle, est de six mois. Et alors les choses repartent très vite, généralement au-delà des espérances.

Retour de l'espoir

On dira que tant qu' à accepter des sacrifices , la Grèce pourrait accepter aussi bien ceux que lui impose la troïka et qui reviennent au même , et ainsi rester dans l'euro. Ce disant, on prône la dévaluation intérieure, ou déflation par baisse des prix domestiques, ce que l'Europe essaye d'imposer à la Grèce depuis plusieurs années. Or la différance est double . D'abord parce que la déflation , partout où elle a été expérimentée, tue la croissance et même provoque la récession , ce qui n'est pas le cas de la dévaluation. Ensuite parce qu'une dévaluation interne représente des sacrifices sans espoir, alors que la dévaluation externe, même si les sacrifices sont au départ plus grands, s'accompagne de l' espoir, parfaitement fondé, que les choses aillent mieux très vite.

Face à ce schéma qui s'apprend en première année de sciences éco (mais apparemment beaucoup de nos décideurs ne sont pas allés si loin), il se trouve toujours des sceptiques pour dire : oui, mais ça c'est la théorie , dans le cas de la Grèce, ce schéma ne marchera pas, pour telle ou telle raison : les Grecs sont trop paresseux, leur appareil productif est trop dégradé et ne repartira pas, les déséquilibres intérieurs resteront.

Et bien non : sauf en cas d'inflation galopante de type latino-américain où la hausse des prix annule en quelques heures l'avantage comparatif retrouvé - mais nous ne sommas pas dans ce cas - , les dévaluations sont toujours efficaces pour rétablir la compétitivité et donc la balance du commerce et la croissance. Même si l'appareil productif est très dégradé, il révélera quelque niches que l'on ne soupçonne pas, soit pour l'exportation , soit pour la substitution d'importation et , la pompe réamorcée, le reste suivra.

Il est des lois économiques dont à juste tire il faut se méfier car leur application est tributaire des circonstances. Mais ce n'est pas le cas de celle là: la sensibilisé de la balance du commerce et donc de l'activité au taux de change est toujours effective, sans exception. Et comme les investisseurs qui ne s'embarrassent pas de théories brumeuses, eux, le savent, ils reviendront très vite.

Il vaut mieux que l'opération soit accompagnée de politiques structurelles, mais même si ce n'est pas le cas, la loi économique s'appliquerait. Peut-être plus vite encore en Grèce car les agences de tourisme, partenaires essentiels de l'économie grecque , savent déjà qu'elles feront beaucoup plus de bénéfices avec un retour à la drachme.

Le débat n'est pas nouveau: on a annoncé des catastrophes avant presque toutes les dévaluations : en France (1958, 1969), en Grande-Bretagne (1967, 2008), en Afrique avec celle du Franc CFA (1994) ou ailleurs. Non seulement elles n'ont jamais eu lieu, mais les bienfaits se sont fait ressentir très vite après.

Il y a évidemment une inconnue : la communauté occidentale pourrait , d'une manière ou d'une autre, boycotter la Grèce et freiner son relèvement. Mais c'est peu probable . D'autant que les contacts pris par Tsipras avec la Russie lui donnent une solution alternative , sinon pour une aide financière, du moins pour l'achat de produits de première nécessité.

Quant à la dette, elle reste due même en cas de sortie de l'euro. Mais comme Athènes ne la réglait déjà pas, la nouvelle situation ne changera rien.

Si la cohésion de la zone euro ne devrait pas être affectée immédiatement, elle pourrait l'être au bout de quelque mois quand les autres pays en difficulté verront que la Grèce redémarre.

Roland HUREAUX

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20 juin 2015 6 20 /06 /juin /2015 21:10

Le remue-ménage réformateur, qui a marqué la présidence Sarkozy, continue sous son successeur . Hollande et Valls s'interrogent tous les jours , n'en doutons pas, avec la direction du parti socialiste, sur les réformes qu'ils pourraient promouvoir dans le temps qui leur reste jusqu'à la fin de quinquennat. Ce que Pierre-André Taguieff appelait le "bougisme"[1] semble une donnée désormais acquise de la vie politique quelle que soit la majorité au pouvoir. Au demeurant, journalistes et autres faiseurs d'opinion, patrons, commissaires européens , voire chefs d'Etat étrangers pressent sans relâche le gouvernement français de "réformer" , sans généralement dire ni quoi ni comment. L'insécurité dans laquelle ces nouvelles pratiques politiques plongent les Français est peut-être plus décisive que l’immigration ou la délinquance pour expliquer le vote extrémiste.

Pourquoi donc ce remue-ménage réformateur parait-il si nécessaire à la gauche et à la droite dites modérées alors qu'il est en profondeur destructeur de l'assise sur laquelle repose leur pouvoir ? Pourquoi, en d'autres termes, scier la branche sur laquelle elles sont assises ?

Le libéralisme en cause

Ce remue-ménage frénétique est généralement mis au compte du néo-libéralisme. Néo parce que le libéralisme, au faite de sa splendeur au XIXe , siècle était passé de mode à partir des années 1930 pour ne réapparaître à la surface qu'au tournant des années 1980. Il régit aujourd'hui une grande partie du champ idéologique international.

On voit cette inspiration néolibérale dans un certain nombre de dispositions de la loi Macron : remise en cause du statut des notaires , des huissiers, des avocats, des commissaires-priseurs et des autres professions réglementées, en attendant celle des pharmaciens et des biologistes promise par la loi Touraine, ouverture plus large des magasins certains dimanches (en attendant la grande liberté de les ouvrir n'importe quand), facilitation de la concurrence dans le commerce là où les règles d'urbanisme seraient trop contraignantes , remise en cause du monopole de la SNCF par la promotion du bus.

Même si les mesures en cause semblent le plus souvent cosmétiques, elles indiquent une orientation, une aspiration, sinon le sens où va le pouvoir social libéral qui règne aujourd'hui , du moins celui où il voudrait aller.

On peut continuer à faire le tour des réformes en cours, en prenant au passage celles qui avaient été entamées par la droite comme la reprise des privatisations (EDF, Giat-Industries, aéroports de Lyon et Nice) ; il est même question dans le prochain budget de céder au secteur privé le gros matériel militaire qui serait ultérieurement loué par les armées !

La réforme de l’État lancée par la loi le 1er août 2001 dite LOLF (loi organique sur les lois de finances) , réforme à peine entamée du temps du président Chirac, réalisée d'abord par Sarkozy puis par Hollande, est à sa manière d'inspiration libérale par sa volonté d'imiter ( d'autres diront de "singer" ) le secteur privé : fusion des services divers sur le modèle de la fusion-acquisition entre entreprises, fusion ou dissolution des corps de fonctionnaires (par exemple la police et la gendarmerie) appelés à perdre un particularisme jugé folklorique pour n'être plus que des machines fonctionnelles, évaluées en fonction d'une batterie de critères technocratiques et rémunérées en fonction de ces évaluations. C'est ce qu'on appelle l'introduction des méthodes "managériales" dans le secteur public.

Le statut de la fonction publique est régulièrement remis sur la sellette dans la perspective de l' aligner sur le droit privé.

Les réformes que nous avons évoquées peuvent être désignées comme étant de droite, si ce mot a encore un sens, même quand elles sont accomplies par un gouvernement de gauche.

Mais les idéologies de gauche aboutissent au même résultat, ce qu'on pourrait appeler "l'extension du domaine du marché". Ainsi , sous le double effet des méthodes pédagogiques supposées scientifiques, dont le règne n'a jamais été contesté, et du collège unique, remis en cause par Villepin puis rétabli par Sarkozy, la production de l'éducation nationale se rapproche de ce que souhaite sans doute le marché : des étudiants mal dégrossis et sans repères, disponibles pour une formation professionnelles étroitement orientée vers les besoins des entreprises et peu aptes, faute d'une culture véritable, à contester un système global de plus en plus impérieux, pour ne pas dire impérial.

On pourrait en dire autant des politiques libertaires tendant à instaurer le mariage homosexuel et surtout, au nom de la théorie du genre, posant sa stricte équivalence avec le mariage d'un homme et d'une femme. La France ira-t-elle sur cette voie aussi loin que la Suède qui bannit les appellations de garçon et de fille à l'école maternelle ? La GPA, la PMA pour couples unisexe, qui se profilent, impliquent , qu'on le veuille ou non, une marchandisation de l'individu. A travers ces réformes sociétales, le libertaire se conjugue avec le libéral pour effacer les repères anthropologiques les plus fondamentaux, la famille ou la différence sexuelle en l'occurrence, repères qui avaient longtemps constitué une limite opposée par la nature à l'arbitraire d'une machine économique de plus en plus tournée vers la représentation et l'artifice.

Les politiques libérales lancées au cours des années quatre-vingt : extension du libre-échange et instauration de la libre circulation des capitaux ont aujourd'hui un impact considérable ; le libre-échange continue à étendre son empire au travers du Traité transatlantique de commerce (NAFTA) en préparation. En 1992, la réforme de la Politique agricole commune avait rapproché les prix agricoles européens des cours mondiaux, tout en introduisant un complément de revenu important sous forme de primes. S'agissait-il d'un régime libéral ? C'était en tous les cas l'imitation d'un modèle existant outre-Atlantique, c'était aussi une déconnexion de l'ancestral lien naturel entre travail et revenu des agriculteurs : un pas, sinon vers le libéralisme, du moins vers un peu plus d'artifice. Les valeurs paysannes fondées sur le travail et le mérite reçurent alors un coup décisif. L'abandon de la politique d'aménagement du territoire, tenue pour obsolète à partir de 1990, au bénéfice d'un encouragement à la concentration tout azimut peut s'inscrire aussi dans un mouvement de massification qui convient sans nul doute à l' ordre libéral. Il en est résulté le dépeuplement de toute une partie de la France, précisément celle où les relations de voisinage et de solidarité étaient les mieux préservées.

Le relâchement du contrôle de l’immigration consécutif à la signature du traité de Schengen a pour effet une plus grande concurrence entre les travailleurs de toute l'Europe mais aussi avec ceux d'autres continents ; il va dans le sens de la massification.

Il s'en faut cependant de beaucoup pour que toutes les politiques poursuivies au cours des dernières années et encore aujourd'hui, aient pour seule inspiration le libéralisme pur et dur.

La bureaucratie

D'abord parce que, en dépit de la volonté affichée des gouvernants, la bureaucratisation de nos sociétés poursuit son cours inexorable et se traduit par une inflation sans précédent dans l'histoire des normes de toutes sortes qui régissent l'économie et la société. Il se peut que cette multiplication des normes ait des causes adjacentes : souci de sécurité, exacerbation de la notion responsabilité dans les nouvelles tendances judiciaires, refus du risque et crainte de la mort, souci écologique. Il est néanmoins probable que la bureaucratie soit le résultat pervers de réformes à intention libérale mais mal conçues, par exemple en matière de gouvernance publique : développement de l'intercommunalité, multiplication des autorités administratives indépendantes, batteries d'objectifs - et donc recueil massif de statistiques - imposés , comme jadis dans l'économie soviétique, aux fonctionnaires.

Bien peu de pays aujourd'hui ont réussi à éviter une inflation, non seulement de la sphère réglementaire, mais aussi du poids des finances publiques (dépenses et transferts) au sein de l'économie. La France, avec 57 % du PIB, bat cependant tous les records.

Dans certains cas, l'orientation n'est pas au libéralisme mais à l'étatisation. C'est ainsi que depuis au moins trente ans, sans que le pouvoir politique ait jamais tenté d’infléchir cette tendance, et sans que naturellement il y ait jamais eu un débat démocratique sur ce sujet, la médecine dite libérale fait l'objet d'un travail de sape de la part des administrations devant lesquelles elle répond, avec en perspective la fonctionnarisation intégrale de la profession. Ce travail de sape est si efficace que beaucoup parmi les intéressés s'y sont largement résignés. On prétend que la fonctionnarisation dérive du souci de contrôler le coût des dépenses de santé et non d'un quelconque a priori philosophique hostile au libéralisme, mais la loi Touraine qui s'inscrit dans ce mouvement promeut la généralisation du tiers payant qui, tout en allant elle aussi dans le sens de la fonctionnarisation, aura pour effet évident de stimuler la dépense. La raison budgétaire n'est donc dans cette affaire qu'un alibi.

Il est aussi difficile de rattacher à un quelconque néo-libéralisme, le train important des réformes qui tend à substituer aux collectivités locales existantes, des super-communes, des super-régions, des super-cantons, lesquels ont toutes pour effet de dépersonnaliser l'administration locale. En éloignant les cadres administratifs nouveaux des communautés charnelles qu'étaient les antiques communes et qu'étaient devenus au fil du temps les départements, on y rend de plus en plus difficile l'exercice de la démocratie ; les nouvelles entités fonctionnent selon le principe de l'unanimité transpartisane , avalisant de fait , la plupart du temps, les propositions de la technocratie locale : ainsi est illustré au plan local le principe judicieusement mis en exergue par Pierre Manent[2] selon lequel il n'est pas de démocratie possible hors des communautés historiques dépositaires d'une forte identité. Au demeurant, l'obsession de travailler dans des unités toujours plus larges a-t-elle quelque chose à voir avec le libéralisme ? On peut se le demander.

Spectacle et idéologie

Faute de trouver un fil conducteur satisfaisant dans le principe libéral, nous pourrions nous contenter de dire avec Guy Debord[3] que ce qui importe en définitive dans les nouvelles pratiques politiques, ce n'est pas tant le changement en lui-même que le spectacle du changement. Et ce spectacle, devenu feu d'artifice, fait désormais feu de tout bois !

Le souci d'effectuer sans cesse des changements résulte pour une part de la pression des institutions de Bruxelles qui exigent avec toujours plus d'ardeur des différents pays ayant du mal à équilibrer leurs comptes qu'ils "fassent des réformes". Réformes de quoi ? Réformes bonnes ou mauvaises ? Ce ne sont pas des questions que l'on pose. L'important est de réformer, point ! Toute réforme est supposée bonne a priori. La réforme n'est plus destinée à résoudre des problèmes précis mais est devenue une fin en soi. Le spectacle de la réforme n'est pas seulement destiné aux opinions publiques ou aux médias mais aussi à ces institutions supranationales qui en exigent toujours plus. La loi Macron , dont le contenu est en définitive assez limité, est un bel exemple de miroir aux alouettes tendu vers Bruxelles ou Berlin pour leur faire voir sur la scène française ce qu'ils souhaitent y voir.

Pourtant le mouvement réformateur ne répond pas seulement à une logique de communication : il a un caractère proprement idéologique. Nous entendons par idéologie l'application de schémas simplifiés ou simplificateurs et supposés modernes, à une réalité complexe : par exemple l'agrandissement systématique des entités administratives ou bien l’érection de la concurrence et du marché en principe absolu. Idéologie et communication font d'ailleurs la paire car la communication a elle aussi besoin de schémas simples. Au lieu que des politiques nécessairement complexes soient transformées en slogans par d'habiles communicants, ce sont désormais les communicants qui imposent aux politiques la forme réductrice du slogan.

Des logiques inexorables

Le critère de l'idéologie serait en définitive le plus pertinent si les idéologies en cause étaient cohérentes entre elles comme l'étaient le marxisme léninisme ou le fascisme . Mais il n'en est rien: nous avons vu comment le mouvement réformateur tire à hue et à dia. Dans le cas de la France, les politiques sont proposées et menées par de grandes administrations verticales dirigées en principe par un ministre politique, mais dont chacune a sa culture propre ou disons une ou deux idées fixes qu'elles mettent en œuvre depuis vingt, trente voire soixante ans sans discontinuer. Là où Bercy veut à tout prix, comme Bruxelles, libéraliser, le ministère de la santé veut fonctionnariser, l'intérieur veut fusionner ( les régions, les intercommunalités, les communes, la police et la gendarmerie etc.) et l'éducation nationale égaliser ( faussement) .

Le cas de celle-ci est le plus emblématique : depuis le rapport Langevin-Wallon de 1947, se déroule , réforme après réforme, un plan égalitaire qui tend à imposer aux élèves du primaire et du premier cycle du secondaire une formation identique et même, les redoublements étant désormais interdits, au même rythme : l'adepte le plus zélé de cette ligne fut René Haby, ministre de Giscard. Mme Najat Vallaud-Belkacem n'a pas eu à réfléchir beaucoup pour proposer une réforme du collège: il lui suffisait de supprimer ce qui pouvait rester de discriminant : classes européennes, bilingues ou bilangues , enseignement du latin du grec et de l'allemand. La force de l'idéologie est telle qu'elle transcende les impératifs de notre politique étrangère fondée sur le partenariat franco-allemand. Les langues anciennes qu'il s'agit désormais d'oublier sont ce qu'on appelait significativement les "humanités"!

La pédagogie scientifique et les idées de Bourdieu récusant tous les "codes" linguistiques et sociaux qui pourraient laisser apparaître une différence entre les classes sociales sont venues s'ajouter à cela pour expliquer la catastrophe actuelle. De même le discrédit des disciplines, autre point de repère, au bénéfice de travaux interdisciplinaires vaseux.

Quel peut être le produit final d'un enseignement où, pour des raisons de dogmes pédagogiques, les apprentissages fondamentaux sont affaiblis, la culture générale et la mémoire en voie de disparition, sinon l'apparition d'individus un peu plus perdus, un peu plus en mal de repères et donc un peu plus ouverts aux conditionnements médiatiques de toutes sortes ?

On voit à cet exemple combien les faiseurs de programmes politiques de droite ou de gauche qui font leurs emplettes dans les administrations pour y chercher des idées ont peu de chances de redresser le pays : ils s'adressent aux responsables des dérives des décennies précédentes lesquels ne leur proposent jamais que d' aller encore plus loin sur la pente fatale.

Si cette démarche est idéologique dans son principe, ne serait-ce que parce qu'elle est simpliste, les idéologies en cause sont diversifiées selon les domaines; on y chercherait en vain un principe d'unité.

En définitive, la course à l'inhumain

Nous avons cherché de différentes manières le fil conducteur des réformes accomplies dans le capitalisme avancé tel que nous le connaissons. Dès lors que ni le libéralisme, ni la rationalité budgétaire, ni le souci du spectacle, ni une idéologie globale ne peuvent servir de manière totalement satisfaisante de fil conducteur , quel est en définitive le critère qui rendra compte de l'ensemble de ces changements ?

Il se pourrait que le plus pertinent s'avère en définitive la déshumanisation.

De toutes les options qui se présentent au décideur public, il se peut que l'habitude ait été prise au cours des ans de faire simplement , en toutes circonstances, le choix le plus inhumain.

Notaire de famille, médecin de famille ? Quoi de commun entre une tendance qui, au nom du libéralisme, voudrait araser la spécificité d'une profession réglementée et une autre, étatiste, qui voudrait la bureaucratiser, sinon que l'institution à laquelle on s'attaque conservait quelque chose d'humain ? Par delà le lien entre pourvoyeurs de services et consommateurs, existait en effet une relation de personne à personne fondée sur la confiance et qui échappait tant aux lois du marché qu'à l'anonymat bureaucratique. Dans les deux cas, c'est ce reste d'humanité qu'il s'agit d'araser . On ajoutera que chaque fois, ce sont les classes moyennes qui sont visées.

La même volonté de briser les liens personnels apparaît dans une réforme de l’État qui tend à tous les niveaux à abolir l'esprit de corps, supposé archaïque et malfaisant , tenu de manière fallacieuse pour la source des retards français, et à le remplacer par le pur intérêt financier. Là où un gendarme travaillait pour être un bon gendarme, selon les critères transmis par les traditions du corps, sa motivation doit être désormais l'intéressement financier aux résultats mesurés sur une batterie d'indicateurs plus ou moins arbitraires.

Les modification permanentes de la constitution, un texte qui aurait dû être gravé dans le marbre, participent à la déstabilisation de l'espace public. La réforme Sarkozy l'a transformée en profondeur. La prochaine étape devrait être l'intégration de la bien inutile Charte des langues régionales,

EDF ou la SNCF ne sont pas seulement des entreprises, ce sont dans le contexte français des institutions avec leurs traditions, leur poids historique, leurs réussites et leurs travers. Ceux qui n'aiment pas les syndicats voudraient les détruire. Il reste que nous avons un des meilleurs réseaux électriques et , quoi qu'on dise, un des meilleurs réseaux ferrés du monde. La volonté sous-jacente des réformes auxquelles sont soumis ces organismes, n'est pas seulement l'instauration d'une plus grande concurrence (il y aurait beaucoup à dire sur le démantèlement d'EDF au regard de la théorie de la concurrence), mais la volonté d'affaiblir une institution, volonté d'autant plus rageuse , en particulier à Bruxelles, que ces institutions sont bien françaises.

L'abolition du temps

Quel peut être l'effet de l’arasement progressif de cette discontinuité issue du fond des âges, de la Bible, dans la semaine de travail que constitue l'arrêt des affaires le dimanche, sinon un monde encore plus indifférencié, où certes le consommateur trouvera quelques avantages à la marge mais où il vivra dans un temps continu d'où seront bannis, non seulement la fenêtre spirituelle du sabbat mais la simple respiration biologique ? "Le sabbat est fait pour l'homme et non l'homme pour le sabbat" (Marc 2,27). On allèguera l'impératif économique sans considérer que si le temps d'ouverture est extensible, le pouvoir d'achat , lui, ne l'est pas et nul ne rappelle que la prospère Allemagne observe rigoureusement le repos dominical . Les vacances scolaires perdent leur couleur chrétienne pour n'être plus que les vacances de printemps, d'automne, d'hiver. La suppression des jours fériés chrétiens au bénéfice de ceux d'autres religions ( qui ne le demandent nullement) est à l'ordre du jour .

De même la tendance est à la suppression des événements initiatiques de l'adolescence qui contribuaient à structurer la personnalité: service militaire ( dont l'abolition va de pair avec le relâchement du lien armée-nation), certificat d'études, demain brevet et baccalauréat. Les premières communions se raréfiant, reste, mais pour la seule la communauté juive, la bar mitsva.

S'agissant de la mémoire historique, il est significatif que l’enseignement de l'histoire ne se contente pas de délaisser le supposé "roman national" au bénéfice d'une vue de plus en plus universaliste (inscrivant par exemple au programme l'histoire du Monomotapa ! ), d'aiguiser le sentiment de culpabilité national , mais incite aussi au délaissement de la chronologie. Les jeux vidéos ou les publicités , de leur côté, mélangent les périodes , de la préhistoire à l'intergalactique. Le ministère de la culture subventionne avec obstination les mises en scène d' opéras d'où les costumes historiques sont bannis ( au même moment où la pensée unique récuse férocement l'idée d'une nature humaine intangible !) La subversion touche ainsi à tous les niveaux les repères du temps.

La perte des repères spatiaux

Il touche aussi ceux de l'espace . La remise en cause du cadre spatial atteint ses sommets dans la mode instituée depuis une vingtaine d'années de bouleverser le cadre territorial. Bouleversement parfaitement inutile car il n’entraîne aucune économie de gestion, ne se fonde sur aucune rationalité, et aboutit seulement à la multiplication des strates bureaucratiques. Remise en cause du cadre communal qui date de plusieurs milliers d'années, et qui aujourd'hui est en survie : des villages autonomes depuis La Tène III sont en passe de perdre leur personnalité juridique. Remise en cause des cantons et des départements, qui remontent à la Révolution française, unités artificielles au départ mais si bien conçues qu'elles ont fini par s'enraciner. Remise en cause du cadre régional, disparu avec la même révolution mais rené de ses cendres en 1964 avec un bonheur d'autant plus grand qu'il reprenait le celui des provinces d'autrefois.

La Poste ne mentionne plus l'origine des lettres; les plaques d'immatriculation ne mentionnent plus les départements, cela au mépris de la fonctionnalité la plus élémentaire puisque le témoin d'un acte délictueux aura beaucoup plus de mal à la mémoriser ( bien qu'en parallèle, on veuille faciliter les enquêtes en élargissant les possibilités d'interception téléphoniques et internautiques ).

Et naturellement cette remise en cause s'inscrit dans une remise en cause plus large, celle des entités nationales au travers de l'Europe et de la mondialisation. Certes les États ne sont pas morts, ils ont même connu leur ultime phase d'intégration avec le développement de la radio et de la télévision, qui reste dans un cadre presque exclusivement national mais ils sont ébranlés par leur perte croissante d'autonomie. Autant que la mondialisation elle-même, le discours sur la mondialisation et la nécessité de s'y adapter, conduisent à affaiblir dans les esprits les cadres traditionnels qui structuraient l'espace. Ceux qui refusent ces changements de structure territoriale tout simplement parce que personne n'en a jamais démontré l'utilité, sont taxés d'immobilisme , de passéisme et impitoyablement rejetés dans les ténèbres extérieures.

Les 35 heures tenues pour un progrès social ne furent acquises qu'en échange d'une plus grande flexibilité des horaires : désormais les équipes se croisent sans se connaître, la communauté de travail part en lambeaux. L'Union européenne a imposé, au nom de l'égalité des sexes, le travail de nuit des femmes.

Si le code du travail résiste encore aux assauts de ceux qui voudraient abroger ses protections, l'esprit est à plus de flexibilité . Il est aussi à plus de rigueur, de dureté dans les relations entre partenaires de travail et entre niveaux hiérarchiques.

Quel peut être l'aboutissement de ces évolutions vers moins d'humanité, au sens de moins de culture et de richesse relationnelle ? Des hommes et des femmes moins heureux assurément. Tout le monde s'accorde à dire que l'ambiance dans le monde du travail : Etat, collectivités locales, secteur privé , ne cesse de se dégrader. Comment ne pas voir un lien entre la frénésie de destruction des repères à l'œuvre dans la France d'aujourd'hui et le développement sans précédent de la consommation d’anxiolytiques ? Lien également avec l’explosion des congés de maladie dans les sphères les plus touchées par les changements comme les administrations publiques. Sans parler des suicides des employés de France-Télécom et ceux, dont on ne parle pas , encore plus nombreux, des éleveurs du Massif central.

La suppression des leçons de morale à l'école, à l'issue des événements de Mai 68, se conjugue avec une justice tiraillée entre des écoles différentes où la culture de l'excuse et la surpopulation carcérale contribuent à l'impunité, et, par là , à affaiblir dans une partie de la jeunesse les notions de bien et de mal.

Cette frénésie de bousculer les repères chronologiques, spatiaux; sociaux et moraux, telle qu'elle s'exprime, en France plus qu'ailleurs, depuis vingt ans, a plusieurs effets pervers . Elle déstabilise ce qui doit rester stable: l'homme a besoin de cadres de vie, sinon permanents, du moins solides pour se définir, se mouvoir et s'identifier. En dépit de ses buts affichés elle alourdit les coûts, des hommes malheureux étant moins portés au zèle dans le service.

Nous avons aussi évoqué l'impact négatif de ces évolution sur la démocratie.

Les particules élémentaires

Mais le produit fini, l'aboutissement de ce processus qui, sans être coordonné par un quelconque deus ex machina n'en est pas moins conduit de manière parallèle dans de nombreux domaines et dans presque tous les pays , n'est ce pas l'homme nouveau tel qu'Alexandre Zinoviev[4] l'avait décrit : sans repère, sans morale, sans culture, sans principe et donc sans courage, sans dévouement, sans créativité ? Cet homme devenu une sorte de particule élémentaire fongible, pour reprendre l'expression de Michel Houellebecq[5], remplaçable, indifférenciée, n'est ce pas le matériau qu'attend le grand capital afin de limiter les résistances à sa folle entreprise transnationale uniquement destinée à élargir la sphère du profit ?

On peut se le demander, avec cette réserve qu'il n'est pas sûr in fine que l'économie libérale n'ait pas besoin de créatifs aptes à susciter des inventions ou de nouveaux produits, de structures fixes aptes à générer des travailleurs heureux, un peu plus revendicatifs certes, mais mieux dans leur peau, de gens ayant le goût du dévouement et du travail bien fait, plutôt que d'une masse grise, résignée et passive, sabotant silencieusement le travail. En bref, il n'est pas sûr que le fil conducteur soit seulement l'intérêt du grand capital.

Si se trouve à l'œuvre, comme nous le suggérons, un principe de déshumanisation systématique, n'y voyons pas pour autant un complot global ! Les raisons en sont peut-être plus banales : dans l'univers superbureaucratisé et excessivement complexe où nous vivons, seuls les schémas simples ont leur place ; seuls ils permettent , faute de culture sans doute, un langage commun à ceux qui sont amenés à travailler en équipe à tous les niveaux . Mais dans l'esprit de beaucoup, il se peut que tout reste d'humanité soit assimilé, stupidement , à un déficit de modernité qu'il faut combler en allant plus loin dans les réformes déshumanisantes.

On invoque le progrès . On invoque la modernité et son caractère impitoyable. S'il est vrai que , dans certains cas, le progrès technique a directement un effet inhumain, célébré autrefois par Fritz Lang[6] ou Charlie Chaplin[7], la plupart du temps, la technique, surtout aujourd'hui, n'impose rien de tel . Le choix de certains modes d'organisation économique comme le règne sans partage en France des super et hypermarchés a sûrement contribué à la déshumanisation, tout en satisfaisant le consommateur. Il n'en est pas de même de la multiplication des standards automatiques qui ne provoquent que des frustrations. Mais l'accès à internet a en même temps un effet libérateur, quant aux méthodes de travail et quant aux libertés. Aucune fatalité donc de ce côté là.

Ce qui est déshumanisant, en réalité , ce n'est pas la technique en tant que telle, c'est la mentalité technicienne, la volonté inconsciente des hommes de singer la technique. Ajoutons-y le processus d'imitation d'un pays à l'autre , d'une administration à l'autre, du public au privé, la circulation subtile des modes et modèles entre les hautes sphères internationales où se prennent les grandes orientations et la base et nous avons le processus complexe qui a produit cette machine dont le but final semble avant tout de broyer l'homme. Une machine où , autant qu'un dessein planétaire fomenté par les Princes de ce monde, s'expriment d'abord la médiocrité et la grégarité.

Roland HUREAUX

[1] Pierre-André Taguieff, Résister au bougisme , Démocratie forte contre mondialisation techno-marchande , 1001 Nuits, 2001

[2] Pierre Manent, La raison des nations, réflexions sur la démocratie en Europe , Gallimard, 2006

[3] Guy Debord, La société du spectacle , Buchet-Chastel, 1967

[4] Alexandre Zinoviev, Homo sovieticus , L'Age d'homme, 1982

[5] Michel Houellebecq, Les particules élémentaires , Flammarion, 1998

[6] Fritz Lang , Métropolis , film 1932

[7] Charlie Chaplin, Les Temps modernes, film 1936

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20 juin 2015 6 20 /06 /juin /2015 21:08

DROITE : LE PIEGE DES MAJORITES D'IDEES

De scrutin en scrutin, il semble que la droite parlementaire ait pris le pli de constituer avec la gauche des "majorités d'idées" . Sur des projets où le gouvernement Hollande-Valls se trouve contesté dans son propre camp par des "frondeurs", elle n'hésite pas à voler à son secours en apportant les voix qui lui manquent.

Cela est particulièrement vrai au Sénat où, bien que, depuis l'automne dernier, la droite soit majoritaire, on n'a guère eu l'occasion de s'en rendre compte. Rien à voir avec la guerre d'usure que les sénateurs menèrent contre le général de Gaulle dans les années soixante ou, plus près de nous, celle que fait à Washington le Sénat républicain, à Obama. Prendre le nom est une chose, suivre l'exemple en est une autre.

On peut remonter à la loi Taubira où , au Sénat, les chefs de groupe de l'opposition n'ont pas cru devoir protester contre la mascarade d'un vote à main levée dans un hémicycle à moitié vide et où le résultat proclamé par le président demeure douteux. La gauche qui n'avait pas de majorité du fait de la dissidence de l'outre-mer dut recourir à ce subterfuge.

La discussion d'une réforme régionale parfaitement inutile, fondée sur l'idée fausse que nos régions étaient plus petites que celles du reste d'Europe, a été d'une pauvreté affligeante. L'opposition s'est contentée de proposer qu'il y ait 15 régions au lieu de 13. Plus récemment un loi qui vide un peu plus la commune de sa substance a été votée presque sans débat.

Les velléités d'une partie de la droite , dont Hervé Mariton, de voter le loi Macron, ce grand projet libéral qui ajoute 400 pages à nos codes, ont été heureusement calmées par Nicolas Sarkozy, ce qui a obligé Valls , pressé par une aile gauche réticente, à sortir du bois en recourant au 49-3

Le gouvernement a dû aussi passer en force la réforme du collège en usant de la voie réglementaire alors que le sujet aurait mérité un grand débat au Parlement.

Le cas le plus choquant est la loi sur les écoutes téléphoniques que les deux chambres ont adoptée largement. Après l 'attentat contre Charlie, des voix se sont élevées, à droite et à gauche, pour faire un Patriot Act à la française. Il suffit, on l'a vu, que l'on dise qu'un projet est libéral pour que certains députés de droite , sans y regarder de plus près , soient prêts à le voter. Le même réflexe pavlovien joue chez d'autres quand il est question de sécurité. Rien ne démontre que l'affaire Charlie soit l'effet d'une quelconque faille dans le dispositif juridique anti-terroriste. Mais pour Valls, l 'occasion était trop bonne pour élargir le pouvoir de l'Etat dans le contrôle de l'internet et du téléphone. A juste titre, certaines personnalités , surtout à gauche, ont critiqué le projet , rappelant justement que le fait que le gouvernement soit réputé "républicain" ne garantit nullement contre des abus. Il faut une rare inconscience dans la droite , qui vient de voter massivement le projet au Sénat, comme elle l'avait fait à l'Assemblée nationale pour imaginer que quelqu'un comme Valls, admirateur de Robespierre , dont on n' a pas oublié les rafles massives de manifestants pacifiques qu'il a ordonnées après les "manifs pour tous", pourrait résister à la tentation, au motif par exemple de lutter contre le racisme et la xénophobie, de se servir de ces nouveaux pouvoirs contre la droite. Beaucoup n'ont pas encore pris la mesure de la mutation profonde d'une gauche devenue idéologique sur à peu près tous les sujets. L'idéologie, c'est la déconnection du réel: il ne faut pas chercher plus loin le raisons d'un profond discrédit. Mais c'est aussi conception manichéenne du monde où tous les coups sont permis contre l'adversaire, droite classique comprise.

S'agissant de la loi sur la fin de vie qui trouble bien inutilement un statu quo que presque tout le monde trouvait satisfaisant, la piège est allé plus loin puisque la droite a été associée en amont à la préparation d'un projet supposé apolitique. A-t-on jamais vu un député comme Léonetti (UMP) , passé dans l'opposition, associé au détricotage de la loi qu'il avait fait voter étant au pouvoir ? On dira que la question est affaire de conscience et que la droite est divisée sur ce sujet. Mais la gauche l'est aussi, or les voix discordantes y sont impitoyablement étouffées. La partie est donc inégale. Avec les remous qui accompagnent l'affaire Lambert, la droite sénatoriale comprendra-t-elle que sur un sujet aussi grave, elle doit s' opposer ?

Reste la charte de langues régionales sur laquelle la gauche compte convoquer le Congrès, ayant sans doute reçu des assurances que la majorité requise serait réunie. Qui dira le danger de ce projet, non pas pour l'unité nationale comme on le dit , mais pour le bon sens et la simplicité. Il ouvrira la porte à tous les fanatiques qui exigeront que les procès se tiennent en langue régionale, même si eux mêmes ni personne ne la parlent !

Sans doute l' opposition ne doit-elle pas être systématique. Une loi sur l'économie numérique pourrait par exemple recevoir un large assentiment. Mais si le présent gouvernement ne recuille que 15 % d'opinion favorables , il y a à cela des raisons . Qui peut dire, s'il n'est déjà intoxiqué par l' idéologie de gauche , qu'un seul des projets évoqués soit bon pour la France ? Qui peut dire que ces projets ne s'inscrivent pas tous dans une idéologie destructrice, désormais la seule ligne du parti socialiste Qui d'autre que l'opposition pourrait exprimer ce mécontentement sans précédent ? Ce n'est pas en faisant le beau avec les majorités d' idées que la droite préparera 1997. S'il se trouve toujours un ou plusieurs députés de l'opposition pour dire que tel ou tel projet du gouvernement va dans le bon sens, qui croira que sa politique est mauvaise ? Aider de manière presque systématique un gouvernement discrédité à faire passer ses projets, c'est suggérer que ce qu'il fait n'est finalement pas si mal , c'est aussi donner crédit à l'expression d'UMPS et donc paver la voie du Front national trop souvent seul à s'opposer. C'est affaiblir dangereusement les chances du candidat républicain en 1997.

Roland HUREAUX

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7 juin 2015 7 07 /06 /juin /2015 15:42

UN MOIS APRES LE NAUFRAGE DE 400 MIGRANTS, L'EPOUVANTABLE CAFOUILLAGE MEDITERRANEEN SE POURSUIT

Publié dans Causeur

Après le naufrage qui avait entraîné la mort de près de 366 migrants clandestins au large de l'île italienne de Lampedusa le 3 octobre 2013 , les Etats membres avaient prévu lors du Conseil européen des 24 et 25 octobre, d'adopter des mesures communes comportant le renforcement des moyens de Frontex et du bureau européen d’appui en matière d’asile.

Après le naufrage de plus de 400 autres migrants au large de la Sicile en le 12 avril 2014 , les chefs d'Etats et de gouvernement de l'Union européenne se sont réunis en urgence pour un sommet exceptionnel le 23 avril . Ils ont décidé de tripler les moyens de l'opération de surveillance Triton, menée par Frontex , de saisir et détruire les embarcations transportant des migrants, d'intervenir militairement en Libye contre les réseaux de passeurs et de répartir 5 000 réfugiés syriens sur le territoire européen.

Depuis lors, la commission européenne a précisé la mise en œuvre de certaines de ces mesures. Mais 300 personnes ont encore sombré le 18 mai.

On peut s'attendre d'ores et déjà à ce que d'ici quelque temps , à la suite d'une nouvelle noyade, le conseil européen se réunisse à nouveau pour prendre de nouvelles mesures. Etc.

Il y a en effet peu de chances qu'une solution de fond soit trouvée dans un délai proche à l'immense question de la poussée migratoire à partir de la Lybie, au moins aussi longtemps qu'elle sera traitée par l'Europe institutionnelle.

Une affaire embrouillée

L'affaire est embrouillée à plusieurs nivaux.

D'abord dans la compréhension du problème. L'égoïsme des uns se conjugue avec les bons sentiments des autres pour que nous ne comprenions pas ce qui se passe. Les uns détournent le regard, les autres ne voient que de l'aspect moral , pas des faits.

D'où viennent ces migrants ? On entend un peu tout sur ce sujet. Il semble qu'une majorité viendrait de l'Erythrée et du Sud-Soudan. Si c'était vrai, il seraient à moitié chrétiens. L'Erythrée est composée d'une moitié de chrétiens et connait une dictature effroyable qui a mis toute la nation sur le pied de guerre pour défendre le pays contre l'Ethiopie ennemie, dix fois plus peuplée. Les Erythréens , chrétiens ou musulmans, sont un peuple intelligent et instruit qui ne poserait pas de gros problème d'intégration.

Le Sud-Soudan est la partie chrétienne ( en tous les cas non-musulmane) du Soudan, devenue indépendante en 2009 après cinquante ans de guerre . Libérés du joug islamique, les Sud-Soudanais sont entrés en guerre civile sur une base non plus religieuse mais ethnique.

Si ces gens là étaient bien la majorité de migrants, il n'y aurait pas lieu de craindre une invasion musulmane ( quoique des migrants musulmans aient récemment jeté à l'eau les chrétiens embarqués avec ceux) . Le mouvement migratoire ne serait pas non plus le trop plein indifférencié d'un continent en pleine croissance démographique mais la conséquence de la guerre qui sévit dans plusieurs pays, ce qui n'est pas la même chose.

Mais il se dit aussi que beaucoup d'immigrants viennent du reste du Sahel, jusqu'au Sénégal , voire de l' Afrique profonde. Combien ? On ne sait pas.

Ce n'est pas seulement la compréhension du problème qui est embrouillée, c'est aussi la recherche de solutions.

La plus simple serait que l'Europe prenne le contrôle des principaux ports de départ sur la côte nord de la Libye. Cela aurait pu se faire dans la foulée de l'intervention qui a renversé Kadhafi en 2011, et qui a plongé ce pays dans le plus grand chaos , mais on ne l'a pas fait.

Parmi les mesures qui ont été décidées par le Conseil européen le 23 avril, la principale est une nouvelle intervention militaire en Libye. Une telle action supposerait l'aval du Conseil de sécurité . Mais la Russie et la Chine ont eu l'impression d'avoir été trompées par les Occidentaux lorsqu' elles ont donné cet aval à l'intervention de 2011. Il n'était prévu au départ que de sauver des populations ; or l'intervention a largement dépassé les termes du mandat , aboutissant au renversement de Kadhafi. Russie et Chine ont depuis le sentiment d'avoir été bernées et ne sont pas prêtes à opposer leur veto au Conseil de sécurité à toute entreprise du même genre. Il faudrait peut-être négocier avec la Russie, notamment en relâchant la pression sur l'Ukraine. Mais l'Europe ne semble pas prête à faire sur ce front la moindre concession susceptible de rendre les Russes plus coopératifs.

On pourrait aussi encourager un pays voisin redevenu stable comme l'Egypte à intervenir, si elle le veut bien. Ce service vaut bien quelque Rafales à prix bradé.

Une autre solution serait que les forces spéciales de tel ou tel pays mettent hors d'état de nuire les passeurs. Si on procède cette manière, on ne le dira pas. Mais c'est peu probable. En tout état de cause, il ne saurait s'agir d'une décision européenne, seulement d'un Etat.

Les sommets européens successifs auraient pu être l'occasion de poser le principe que , en cas de guerre ou d'oppression, ce sont le pays voisins qui ont les premiers vocation à recevoir les réfugiés ,non l'Europe, mais que celle-ci serait prête à soutenir généreusement ces politiques d'accueil. On ne l'a pas fait. Cela serait contraire, dit-on, au principe de l'universalité du droit d'asile. Fort bien, en attendant, les réfugiés se noient.

Embrumée de bureaucratie et de grands principes, la Commission de Bruxelles n'est pas prête à trouver une solution. Pas davantage que , quand elle a pris en main l'immigration à l'échelle européenne, elle n'a fait la preuve de la moindre efficacité.

Idéologie, bureaucratie , inefficacité

Au temps de l' Union soviétique, on savait que toute décision partant d'un a priori idéologique serait stérile. Rien ne sortait jamais des décisions du parti. Ce qui marchait, industrie de défense, lopins agricoles individuels, marchés kolkhoziens se faisait en marge ou en dehors de l'idéologie, voire contre elle.

A Bruxelles, c'est la même chose: le mieux qu'on puisse attendre d'une politique commune est qu'elle ne fasse pas trop de dégâts. Mais généralement, elle en fait. Ce qui marche , Airbus, Ariane, se fait en dehors des politiques européennes officielles et généralement sur la base de coopérations intergouvenrnementales à géométrie variable.

Ile est probable que la question des migrations méditerranéennes ne sera résolue que quand les deux ou trois pays les plus concernés, parmi lesquels l'Italie, principal lieu de passage et la France, principale destination se concerteront pour traiter la question et cela liaison avec les états africains les plus impliqués. Il est clair qu'on n'en est pas encore là.

Roland HUREAUX

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7 juin 2015 7 07 /06 /juin /2015 15:34

En prenant une position favorable à Poutine dans l'affaire ukrainienne, Valéry Giscard d'Estaing a pris tout le monde à contrepied.

La grande presse s'est contentée de signaler la rencontre entre Giscard et Poutine le 28 mai dernier et ses déclarations les plus générales : "Les relations entre l'Europe et la Russie seraient meilleures si Bruxelles était réellement indépendant" . On n'a guère répercuté que l'ancien président est allé beaucoup plus loin dans un entretien avec Politique internationale, une revue pourtant atlantiste : il y justifie l'annexion de la Crimée qui, selon lui, a toujours été russe, et pense que "probablement" les événements de la place Maidan et le renversement du président Ianoukovitch il y a un an sont le résultat d'une manipulation de la CIA. Il considère que les sanctions, non seulement ne sont pas dans l'intérêt de l'Europe, mais sont contraires au droit international.

Valéry Giscard d'Estaing prend ainsi à revers une classe politique française et européenne tellement tétanisée qu'aucune figure de premier plan n'y ose encore critiquer la ligne aveuglément proaméricaine de l'Europe occidentale à l'égard de la Russie. Une ligne proche de l'assujettissement dans le cas de Hollande qui, en refusant de livrer les Mistral sur ordre de Washington , discrédite la parole de la France.

L'ancien-président prend aussi à contrepied tous ceux qui le tenaient depuis toujours pour un "libéral atlantiste". C'est oublier qu'en 1981, il fut vaincu par une coalition de la gauche unie et de l'ambassade des Etats-Unis et qu'il avait en revanche reçu, contre le parti communiste, l'appui discret de l'ambassade d'URSS. Ses positions de fin de mandat où il avait cherché à jouer un rôle d'intermédiaire entre l'Est et l'Ouest ( le "petit télégraphiste" dit Mitterrand) n'étaient guère appréciées à Washington. On peut certes discuter leur opportunité à un moment où la menace venant de Moscou était bien plus sérieuse qu'aujourd'hui. Mais elle témoignait d'une indépendance dont nous avons perdu l'habitude.

Différence de posture, différence d'envergure aussi avec tous ceux qui prétendent aujourd'hui à la magistrature suprême. Le président-académicien n'envisagerait-il pas de se présenter à la primaire de droite ?

La position de Giscard est proche , ce n'est sans doute pas un hasard, de celle de son vieil ami Helmut Schmidt qui, il n'y a pas si longtemps, vitupérait la politique irresponsable de la commission de Bruxelles, à la fois incompétente et irresponsable , faisant courir, selon lui, à l'Europe le risque de la guerre mondiale.

En prenant cette position audacieuse, Valéry Giscard d'Estaing va dans le sens de l'opinion française éclairée, celle qui ne se laisse pas influencer par le matraquage anti-Poutine des médias, une opinion de plus en plus décalée par rapport à la positon officielle de Hollande - et de la direction de l'UMP. Il y a un ou deux ans, les pro-russes se trouvaient isolés dans les dîners en ville. Aujourd'hui c'est inverse: presque personne, en dehors de cercles particuliers n'ose prendre parti pour les Etats-Unis dans les affaires de l'Ukraine.

Il ne s'agit bien entendu pas d'être pro-ceci ou pro-cela . Il s'agit que notre diplomatie soit celle de nos intérêts et non pas des intérêts de quelqu'un d'autre. Cela suppose qu'on évacue toutes considérations infantiles sur "qui est le bon ? " et "qui est le méchant ? " auxquelles se résume aujourd'hui la diplomatie dite des droits de l'homme . En d'autres circonstances cela pourrait nous conduire à être antirusse - ou antisoviétique, mais en aucun cas à l'alignement absurde sur les Etats-Unis dont nous sommes aujourd'hui les témoins.

Roland HUREAUX

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