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Roland HUREAUX

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6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 18:15

Cet article paru dans Atlantico le 13 novembre mais qui n'avait pas été transféré immédidatement sur le blog est plus que jamais d' actualité

http://www.atlantico.fr/decryptage/mais-quand-europe-se-rendra-t-elle-compte-qu-elle-probleme-avec-erdogan-au-moins-aussi-grave-qu-avec-bachar-el-assad-roland-2439604.html

Les conditions troubles de la victoire du parti de Recep Tayyip Erdogan aux récentes élections législatives en Turquie ont choqué les opinions publiques occidentales. Pourtant le Président turc semble continuer à donner le tempo à l'Union européenne (sur la question des migrants par exemple) et plus largement à la communauté internationale (le prochain G20 aura lieu à Antalya). Pourquoi ? Qu'est-ce qui fait du Président turc un interlocuteur apparemment incontournable ?

Le victoire du parti d'Erdogan apparaît d'autant plus surprenante qu'il était devenu très impopulaire dans son pays et que les pronostics ne lui étaient pas favorables. On peut donc soupçonner que l'élection a été irrégulière , ou à tout le moins que l'appareil d'Etat et l'appareil religieux qui en dépend on été massivement mobilisés pour renverser le résultat.

Dans la mesure où Erdogan est un des grands obstacles à la paix dans cette région, on peut en effet être choqué et surtout inquiet de ce résultat.

Mais une partie du peuple turc qui s'apprêtait à fêter sa défaite l'est également.

Ce résultat présente par ailleurs des risques pour la Turquie: un vieux turc d'Anatolie nous disait récemment que, avec cette élection, La Turquie allait devenir l'Arabie saoudite !

Mais je suis pour ma part encore plus choqué que le coup de pouce décisif à la victoire ait été apporté par Angela Merkel qui, quelques jours avant le scrutin, est allée à Ankara promettre à Erdogan toutes sortes de choses: reprise des négations pour l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne, libre circulation des Turcs dans l 'espace Schengen, aide financière renforcée.

Cet appui est ahurissant quand on sait le rôle pernicieux joué par la Turquie dans les conflits du Proche-Orient: en bref, le sud de la Turquie voit passer deux flux contraires mais également dangereux. De l'Ouest vers l'Est, passent les milliers de djihadistes qui viennent du monde entier et qui s'en vont renforcer Daesh. De l'Est vers l'Ouest vont de milliers de réfugiés syriens ou irakiens qui rejoignent la côte d Asie Mineure pour tenter de passer en bateau en Grèce. Non seulement Erdogan les laisse passer mais on a de sérieuses raisons de croire qu'il encourage ces passages en liaison avec a puissante Mafia turque. Le Sud de la Turquie, disait récemment un journaliste turc critique d'Erdogan, est devenu un "boulevard pour djihadistes".

Si le premier flux, celui des djihadistes se tarissait, la paix reviendrait vite en Syrie. Et si le second flux se tarissait, l'Europe ne serait plus confrontée à l'immense problème des réfugiés. C'est dire combien Erdogan est un personnage toxique. Et Mme Merkel va l'aider à se faire réélire !

Je précise que ce ne sont pas les 2 millions de syriens réfugiés à la frontière turco-syrienne qui viennent chez nous car ceux-là, parqués dans de vrais camps de concentration, n'ont pas le premier sou à donner aux passeurs, sauf à être passeurs eux-mêmes comme l'était, semble-t-il, le père du petit Aylan. Les Syriens qui viennent en Europe sont issus pour une partie de la petite bourgeoisie de Damas : ils vont prendre un bus à la frontière syrienne (des lignes spéciales sont organisées) pour le port de Tripoli au Liban et ensuite , ils prennent un bateau pour la Turquie occidentale et tentent après cela de passer en Europe. Cela leur coûte entre 5000 et 10000 euros alors que si Mme Merkel, qui semble demandeur, levait les sanctions à l'encontre de la Syrie et leur accordait des visas, les Syriens pourraient prendre sans risques pour 170 € un avion direct pour Berlin. C'est dire combien derrière la prétendue ouverture de la chancelière, se cache d'inhumanité.

Ce flux n'existait pas avant l'été. Il a démarré cet été: il est organisé par des mafias de passeurs mais protégées , dit-on, par les services secrets turcs - et d'autres.

Au passif du président turc on peut aussi mette les discours injurieux qu'il est venu faire sur le territoire français à ses compatriotes émigrés à Strasbourg et à Bruxelles; injurieux pour la France et injurieux pour l'Europe.

Pourquoi le président turc semble-t-il , malgré son hostilité viscérale à notre égard, donner le tempo à l'Europe et même à l'OTAN ? Il faut faire bien sûr la part de la lâcheté européenne dont les effet sont en tous domaines de plus en plus graves. Vous avez vu l'inconséquence de Merkel, vous connaissez la mollesse de Hollande. Il faut le dire: il n'y a plus de pilote dans l'avion en Europe occidentale.

Mais Erdogan n'aurait pas tant d'assurance s'il n'avait l'appui discret mais, semble t-il, déterminé des Etats-Unis. Ses intérêts convergent avec ceux de Washington : il est ( pas toujours mais le plus souvent) contre les Russes, il est contre la Syrie de Bachar el Assad. Il joue aussi contre l'Europe, mais croyez-vous que les Etats-Unis veuillent tant de bien à celle-ci ? Les ambassadeurs américains prêchent pour que l' Europe assume sa diversité religieuse et culturelle : Erdogan qui nous envoie des migrants est un bon instrument de cette politique.

Ajoutons que Washington tient à garder La Turquie dans l'OTAN et, pour cela, la ménage.

Que le sommet du G20 se tienne en Turquie est un signe fort de l'appui que Washington apporte à Erdogan.

L'alliance de la Turquie et d'Israël a longtemps été solide, même si au fond de lui-même Erdogan déteste l'Etat hébreu et qu'elle a pris du plomb dans l'aile. Mais il se peut qu'il en reste quelque chose. Erdogan a aussi l'appui des monarchies du golfe.



Quels sont les risques à court, moyen et long terme pour l'Europe de maintenir son alliance avec une personnalité comme M.Erdogan. Est-ce outrancier de considérer que l'Europe a au moins autant de contradictions avec M. Erdogan qu'avec Bachar Al-Assad ?

Il est évident que Bachar el Assad nous pose beaucoup moins de problèmes que Recep Erdogan. Certes le régime d'Assad, comme jadis celui de Saddam Hussein ou comme aujourd'hui celui de Sissi en Egypte est une dictature ; mais il y en a d'autres et je ne suis pas sûr qu'elle soit pire que les autres, notamment par le respect des minorités religieuses qui a toujours existé en Syrie.

Surtout, depuis que la Syrie a retiré ses troupes du Liban, Assad n'a pas d'ambitions hors de ses frontières. Il ne prétend pas à l'empire du monde. Dans la période récente, il ne nous a jamais créé le moindre problème (ce nous inclut Israël), c'est au contraire nous qui lui en avons créés , en premier lieu Washington mais Paris aussi.

Erdogan a au contraire des visées impérialistes affichées. Avant d'être au pouvoir , en 1999, il avait repris ces déclarations d'un poète turc : « Les minarets seront nos baïonnettes, les coupoles nos casques, les mosquées seront nos casernes et les croyants nos soldats ». Cela pour partir à la reconquête de l'Europe. Erdogan a le vif sentiment de l'humiliation qu'avaient subie les sultans de Turquie partis à la conquête de l'Europe après la prise de Constantinople (1453) , aux XVIe et XVIIe siècles, quand ils avaient été arrêtés à Lépante (1571) puis sous les remparts de Vienne (1683) . C'était la deuxième tentative d'islamisation de l'Europe après celle de 711 qui avait échoué en 732 à Poitiers. Erdogan veut mener une troisième tentative: en entrant dans l'Union européenne et en encourageant l'entrée massive de musulmans, et en comptant sut notre veulerie qui n'a pas de secret pour lui, il espère que l'Islam sera dominant en Europe. Le Turcs ne s'étaient pas seulement répandus en Europe, ils tenaient aussi une grande partie du monde arabe: renverser Assad et placer un protégé à Damas, serait pour Erdogan une manière de venger la défaite infligée aux Trucs en 1918, quand le colonel Lawrence et le chérif de la Mecque Hussein ont reconquis Damas au bénéfice des arabes.

Mais ce ne serait pas la première fois que l'Europe se trompera d'ennemi. Savoir reconnaitre son vrai ennemi, c'est l'art politique par excellence. Ceux qui se trompent sur leur ennemi se préparent à de singulier malheurs.



L'Europe a-t-elle le choix ? Y-a-t-il une autre stratégie possible que celle qui consiste à s'en remettre à M. Erdogan ?

Bien sûr qu'il y a une autre stratégie possible.

Cela suppose de la part des Européens un plus grand courage pour regarder en face les agissements du personnage et aussi de ne pas se laisser aller aux actions de corruption qui sont menées dans certaines capitales occidentales.

Cela suppose surtout une émancipation vis à vis des Etats-Unis qui sont sans aucun doute complices d'Erdogan. Mais là aussi il faut du courage.

On peut imaginer que pour contrer les menées d'Erdogan, l'Europe s'appui un peu plus sur Poutine qui, malgré les tentatives avortées de rapprochement Moscou-Ankara qui ont eu lieu l'an dernier, a toute les raisons de se méfier de la Turquie, ennemi séculaire de la Russie.

Que faire ? C'est simple. Au lieu de promettre comme Merkel ( en échange d'autres promesses d'Erdogan comme celle de combattre Daesh, qui ne seront évidemment pas tenues ), il faut menacer . Dire simplement : si vous n'arrêtez pas les deux flux, de djihadistes d'un côté, de réfugiés de l'autre et nous savons que vous en avez les moyens , nous suspendrons tout les avantages que votre situation de pays en préadhésion vous ont valu de la part de l' Union européenne: tarifs préférentiels, subventions abondantes etc.

Mais pour tenir ce langage , encore faudrait- il que ceux qui dirigent l'Europe, à Bruxelles, Berlin et à Paris, ainsi que les dirigeants de Washington ne soient pas secrètement en phase avec les visées d'Erdogan: soutenir Daesh et Al Nosra ( alias Al Qaida) en Syrie pour renverser Assad, faire venir une main d' œuvre pas chère en Europe et particulièrement en Allemagne. Or je ne suis pas sûr du tout qu'ils ne le soient pas.

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6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 17:55

Article paru dans Atlantico

http://www.atlantico.fr/decryptage/quand-forum-davos-se-penche-immigration-oublie-question-fondamentale-pourquoi-europe-ne-fait-plus-enfants-roland-hureaux-2552861.html

Ce mercredi 20 janvier s'est ouverte la première journée des travaux du Forum économique mondial. Dès ce premier jour, la question de l'immigration a été abordée. Pour autant, le risque que celle-ci ne soit traitée que sous l'angle économique existe. Quel serait-il concrètement ? Quels sont les enjeux que nous risquerions de manquer ?

Traiter la question de l'immigration en Europe sur le plan strictement démographique, c'est ce que fait depuis de lustres tout ce qui compte dans le monde : la division de la population de l'ONU, la Commission de Bruxelles, l'OCDE, la Banque mondiale etc. Les discours que tiennent ces institutions est simple: la dénatalité en Europe crée un déséquilibre dans la pyramide des âges : il n'y a pas assez de jeunes. Il manquera des actifs pour payer les retraites. Il faut donc aller les chercher ailleurs . Il faut que l'Europe se mette à "importer" des actifs en provenance de pays où la natalité est au contraire forte : certains pays musulmans surtout l'Afrique subsaharienne.

Pour ces augures qui sont en gros les mêmes qui font la pluie et le beau temps au Forum de Davos, il faudrait faire venir 30 ou 40 millions d'immigrés en Europe.

A force de le dire, on finit part le faire. C'est sans doute ce qu'a compris Angela Merkel ; cet exode de refugiés est, pense-t-elle, une aubaine pour l'Allemagne: accueillons en quelques millions, d'autant que , venant de Syrie et d'Irak pour partie, on peut penser que leur niveau d'études est meilleur que s'ils venaient du Congo.

En disant cela, on élude la question de la dénatalité en Europe: n'a-t-elle aucun remède ? Evoquer ce sujet est tabou parce qu'on finirait par parler de la politique familiale qui est la bête noire des lobbies féministes maîtres du politiquement correct international . La dénatalité européenne est considéré comme une donnée intangible . Pourtant la Russie de Poutine montre que quand un gouvernement veut faire remonter la natalité, il y arrive.

En disant cela , on évite surtout de poser le problème culturel. Une nation ce ne sont pas seulement des chiffres de population, des tranches d'âge etc. ,c'est aussi une certaine homogénéité culturelle. Sinon , on va vers une société multiculturelle qui ne peut être , contrairement à ce que croient les bonnes âmes, qu'une société d'apartheid probablement autoritaire ; il faudra une autorité forte pour éviter la guerre civile: on le voit en France avec la réforme constitutionnelle et l'état d'urgence qui préfigurent ce que sera l'Europe de demain.

En disant cela, surtout, on ignore délibérément la question identitaire. On tient pour rien l'angoisse qui traverse aujourd'hui l'Europe sur l'avenir de sa civilisation. Or le sentiment d'un peuple, même si on ne le juge pas légitime ( je crois pour ma part qu'il l'est) , doit être pris en compte. La capacité d'accueil , pas financière mais politique, de nos pays est limitée. Un petit nombre d'immigrés est facile à intégrer , voire à assimiler. Au-delà d'un certain seuil , l'intégration ne se fait pas. C'est ce qu'on voit aujourd'hui.

Avant même l'invitation d'Angela Merkel , prête à accueillir les migrants, le patronat allemand avait fait savoir son besoin de main d'œuvre et sa volonté de conserver un faible niveau de salaire. Jusqu'à présent, en dehors de l'opinion publique, des acteurs étatiques ont-ils pensé la crise des migrants autrement qu'économiquement ? Avec quels résultats ?

Je suppose que les acteurs étatiques, qui ne sont pas complètement bornés, voient la dimension sociale et culturelle de l'immigation. Et s'ils ne la voient pas, les récents événements de Paris et de Cologne devraient leur ouvrir les yeux. Mais la plupart sont coincés par la pensée unique. Poser le problème en termes culturels ou religieux est tenu pour politiquement incorrect. Donc ils se réfugient dans la froideur des chiffres comme les technocrates de la globalisation que l'évoquais.

Quant au patronat allemand, il peut en effet espérer faire baisser les salaires ( qui ont déjà beaucoup baissé ) par l'afflux des immigrés. C'était aussi le cas du patronat français des années soixante-dix. Cela permettra à l'Allemagne de continuer à être la championne des exportations. Mais ce n'est pas le patronat qui devrait avoir le dernier mot dans ce genre d'affaires qui engage l'avenir d'un pays en profondeur et dans toutes ses dimensions

En tous les cas les hommes politiques de l'Europe de l'Est, Pologne, Hongrie, Tchéquie, Slovaquie, Slovénie, Croatie , eux, voient le problème en d'autres termes - alors que ces pays ont un problème démographique aussi grave que l'Allemagne . Il est vrai que le nihilisme autodestructeur, ils l'ont connu sous la férule soviétique. Ils ont une volonté de vivre que beaucoup à l'Ouest n'ont plus. Ne nous y trompons pas , les adeptes de l'immigration tout prix, hors de toute autre considération, sont des idéologues. L'idéologie qui est une forme de nihilisme, les pays de l'Est savent ce que c'est. Ils sont descendus aux enfers et en sont remontés . Nous, nous y descendons seulement. Nous sommes en retard.

Les chercheurs du FMI et de l'OCDE soulignent que le travail est une source potentielle d'intégration qui, si elle est rapide, permet plusieurs effets positifs sur le PIB. Dans quelle mesure Est-ce qu'un tel raisonnement oublie l'impact que l'immigration peut avoir sur le pays de départ ? N'y a-t-il pas le risque de ruiner d'autres pays, pour certains futurs partenaires commerciaux potentiels ?

Il y a deux parties dans votre question. Le travail est-il intégrateur ? Sûrement plus que le chômage mais tout dépend des conditions. L'intégration - ou l'assimilation - est chose complexe: tout dépend de qui on veut intégrer et dans quel contexte , surtout tout dépend du rapport de forces : à la RATP où on a embauché beaucoup de musulmans , il ne semble pas qu'il y ait intégration : les femmes y sont de plus en plus mal vues. Comme le FMI et l'OCDE veulent pousser les mouvements migratoires, à l'instar de presque toutes les organisations internationales, il est normal qu'ils tiennent ce genre de discours un peu béat.

Mais il faut aussi penser aux pays de départ. Les humanistes ou humanitaires qui prônent l'accueil à tout prix font souvent preuve d'un égoïsme absolu vis à vis des pays de départ et des migrants eux-mêmes. Nous nous comportons comme des femmes stériles qui iraient voler les enfants des autres. Le politiquement correct interdit de se demander pourquoi ces gens là viennent chez nous. Poser ce genre de question serait signifier, au gré de certains, qu' on ne les veut pas. Et pourtant , s'ils nous intéressent vraiment comme hommes, c'est bien le genre de question qu'il faut se poser. Ce qui nous amène à considérer les raisons de la guerre au Proche-Orient - où il y aurait beaucoup de choses à dire, notamment sur la responsabilité occidentale, les filières , les stratégies de ceux qui sont dernière ces mouvements migratoires. Je pense par exemple à la stratégie de la Turquie qui est délibérément engagée dans l'envoi des migrants en Europe. En tous les cas , si Erdogan, le président turc, voulait arrêter ce flux, il le pourrait. Peut-être est-il de mèche avec Angela Merkel qui est venue le soutenir fin octobre dans sa campagne électorale ? Mais si les elle veulent vraiment ces migrants pourquoi les laisse-t-elle se faire "arnaquer" pour payer aux passeurs 10 000 euros pour un transport en mauvais rafiot très risqué vers une île grecque, alors qu'un vol Istanbul-Berlin coûte 170 euros ?

Il va de soi que pour le pays de départ qui sont en guerre ( c'est le cas de presque tous), ce sera une catastrophe: ces pays seront , la paix revenue, à reconstruire . Des millions de logements y ont été détruits ; si la meilleure partie de leur jeunesse s'en va qui reconstruira ? D'où ma proposition : qu'on apprenne à ces immigrés (tous ne sont pas de vrais réfugiés) les métiers du bâtiment afin qu'ils puissent, le jour venu, rentrer chez eux pour reconstruire leur pays. Ce jour là , l'industrie du bâtiment s'y portera sans doute mieux que chez nous.

Enfin, que révèle cette volonté de considérer l'ensemble des problèmes par leur prisme économique en premier lieu ? Quelle traduction de notre société faut-il y lire ?

Au premier abord, on y verra une sorte d'esprit technocratique , d'économisme un peu sec , d'ignorance des réalités sociales et culturelles. C'est peut-être le signe d'une inculture croissante de notre classe politique. Je ne crois pas par exemple que Angela Merkel soit très cultivée. Mais par-derrière on peut y voir aussi le signe d'un malaise profond, d'une indifférence des dirigeants de l'Europe à l'avenir de la civilisation européenne. Ce qui, selon Spinoza, est la moteur fondamental de tout ce qui compose l'univers : vouloir persévérer dans l'être, est perdu de vue, voire diabolisé comme une forme d'égoïsme , de fascisme. Signe d'une étrange maladie psychologique qui s'apparente à une forme de décadence. Il ne faut pas imaginer que cette fausse générosité abstraite nous rend populaires dans le monde. "Il faut aimer son prochain comme soi-même". Ceux qui ne s'aiment plus sont incapables d'aimer vraiment les autres . Au lieu de leur dire merci, on les méprise et on les hait. D'où peut-être les incidents de Cologne. Heureusement tous les Européens ne sont pas atteints par cette maladie dégénérative, du moins j'espère.

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6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 17:38

Paru dans Atlantico

http://www.atlantico.fr/decryptage/pourquoi-laurent-fabius-aura-ete-tres-mauvais-ministre-affaires-etrangeres-pour-france-roland-hureaux-2572570.html

1. Quel bilan global peut-on faire de l'action de Laurent Fabius au quai d'Orsay ? Quels adjectifs qualifieraient le mieux son bilan ?

Désastreux. Il suffit de comparer l'image de la diplomatie française avant lui et aujourd'hui. Elle avait certes pris du plomb dans l'aile avant son arrivée mais depuis quatre ans, rien ne s'est arrangé. A l'alignement euro-atlantique s'est ajouté une impression de servilité qui ne grandit pas l'image de la France.

La seule question est : quelle est dans cette dérive la part de Fabius et la part de Hollande. Il ne faut pas dédouaner trop facilement le président qui, dans cet affaiblissement de la diplomatie française, a la première responsabilité . Mais sur tous les sujets , il semble que Fabius ait plutôt aggravé les choses.

On pouvait pourtant espérer en 2012 que dans un gouvenrment médiocre et inexpérimenté, Fabius, surdiplômé qui avait été premier ministre, qui avait été à l'école de Mitterrand, qui avait fait preuve d'une belle indépendance d'esprit en appelant à voter non au référendum du 29 mai 2005 , porterait avec une certaine dignité l'image de la France. Il n'en a rien été.

Sur le fond, notre politique s'est volontairement privée de ce qui pouvait lui rester de marge de manœuvre vis à vis des conditionnements euro-atlantiques.

L'affaire clef a été celle des Mistral que Sarkozy avait vendus aux Russes et que, au détriment du crédit de la France, nous avons , sous pression bien entendu, refusé de livrer. Il était pourtant facile de dire " je déplore cette affaire mais c'est mon prédécesseur qui l 'a engagée , la France ne peut plus se dédire". Nous avons offert là le spectacle affligeant de l'inféodation la plus servile. Même inféodation dans les affaires de l'Ukraine où la France n' a pas joué le rôle modérateur qui aurait pu être le sien, laissent ce rôle à Mme Merkel, et dans les affaires de Syrie où nous n'avons cessé de verser de l'huile sur le feu. De même Laurent Fabius n'a cessé de vouloir faire échouer la négociation ente les Etats-Unis et l'Iran : qu'elle ait abouti malgré lui montre bien la piteuse place qui est désormais celle de la France. Il n'aura été finalement que la mouche du coche. Dans les affaires européennes , on ne se souvient pas d'une affaire où la France aurait infléchi la position allemande , même dans l'affaire grecque ou , ne nous y trompons pas, c'est Obama qui a joué le rôle décisif pour parvenir à un accord.

Sur la forme, il y a eu cette parole malheureuse à l'ONU en 1992 : "Bachar el Assad n'a pas mérité pas d'être sur la terre". Ce ne sont pas des choses qui se disent. Quel mépris ! Un chef d'Etat , bon ou mauvais, représente toujours un peuple. Roosevelt n'a jamais parlé ainsi d'Hitler, ni Truman de Staline. Par derrière, une erreur grossière d'analyse sur la longévité de ce régime et un comportement qui a contribué à faire durer une guerre atroce. Il y a aussi le reniement de ce qui était tenu, y compris par la République laïque de 1905 pour une mission historique de la France: protéger les chrétiens d'Orient. Fabius a eu beau aller se balader dans leurs camps en Irak, il a armé, avec d'autres, leurs bourreaux.

2. En quoi peut-on dire que son programme vis-à-vis de la Russie a-t-il été l'un des gros points noirs de son passage aux affaires étrangères ? Son préjugé anti Assad dans le conflit syrien n'a-t-il pas été une erreur ? La propagande sur le site du Ministère au départ en faveur d'un front anti-Assad n'a-t-il pas favorisé le renforcement de l'EI (notamment avec l'engagement de jeunes français comme en a parlé M. Kappel) ?

Il est clair que puisque la priorité française dans le conflit syrien était la défaite et le départ d'Assad, notre allié naturel ne pouvait être que les islamistes. C'est ainsi : dans une guerre totale comme celle qui a lieu , les clivages se simplifient, même en Orient. Si vous voulez défaire l'un, c'est que vous êtes l'allié de l'autre. Les soi-disant Armée syrienne libre et autres organisations "modérées" , qui sont au mieux des forces islamistes camouflées, n'étaient que des alibis. Quand Fabius dit en 2012 que "le Front Al Nosra fait du bon boulot", il faut savoir que ce Front al Nosra est plus particulièrement responsable d'atrocités contre les chrétiens - et pas seulement les chrétiens, - qu'il a l'idéologie des Frères musulmans fondée sur la haine de l'Occident. Aujourd'hui il a été désigné par le résolution du Conseil de sécurité du 18 décembre 2015 comme une organisation terroriste à l'égal de Daesh.

Quand en août 2013, la rumeur s'est répandue qu' Assad avait utilisé des armes chimiques (nous savons aujourd'hui que c'est un groupe islamiste qui l'a fait ) , les Occidentaux voulaient intervenir, ce qui aurait pu déclencher une guerre mondiale. Là encore Fabius a été en flèche. Heureusement qu' Obama , qui a un peu plus de plomb dans la cervelle, a arrêté les frais à temps.

A des positions géopolitiques discutables , mais après tout on peut les trouver défendables , s'est ajouté chez Laurent Fabius un parti pris tout à fait en dehors de habitudes de la diplomatie française. On a eu le sentiment que le Quai d'Orsay s'était transformé en une officine de propagande grossière, contre Poutine et surtout contre Assad. Ce faisant, nos dirigeants se sont auto-intoxiqués: il est bien connu que les diplomates et autres agents tremblaient à l'idée de faire remonter des informations n'allant pas dans le sens de la propagande officielle. Les choses ont eu peu changé depuis l'affaire du Bataclan , du moins à ce qu'il semble, mais il y a deux mois encore, la propagande française ne cessait d'accabler Assad bien au-delà de ce que faisaient nos alliés occidentaux.

Comme je vous le disais, l'ennemi de mon ennemi , c'est notre ami. Et l'ami en l'occurrence, c'était Daesh.

Une des raisons de cet aveuglement, c'est l'idéologie qui semble désormais dominer le Quai d'Orsay . Pour l'idéologie, spécialement celle des droits de l'homme, la diplomatie n'est pas un jeu d'intérêts complexes mais la lutte du bien contre le mal. On oublie de se demander où sont nos véritables intérêts : quels que soient les défauts bien réels du régime d'Assad ( mais est-ce que ça nous regarde ?), il y avait une différence très grande entre lui qui ne posait pas de bombes à Paris et ses adversaires islamistes qui se sont vantés de le faire et qui vont sans doute continuer à essayer de le faire.

3. A trop vouloir se montrer lors de la COP 21, n'a-t-il pas délaissé des points importants pour la diplomatie française ?

Il valait mieux au contraire qu'il s'occupe de la COP 21 qui était un terrain moins miné que le Proche-Orient et où il ne pouvait pas vraiment faire trop de mal.

En définitive cette COP 21 n'a pas été une mauvaise affaire en matière de communication. Il ne s'y est rien passé, les résultats tangibles sont très minces mais notre gouvernement, Fabius en tête, a laissé croire que c'était un événement considérable.

Je ne sais s'il faut saluer la performance de communicant du ministre des affaires étrangères - qui s'est tenu au premier plan - ou la servilité de notre presse qui a joué les thuriféraires emphatiques.

4. La politique de Laurent Fabius a-t-elle pêché aussi par suivisme vis-à-vis des Etats-Unis ?

Absolument. Mais pas seulement vis à vis des Etats-Unis, il y a aussi la Turquie, Israël, et surtout l'Arabie saoudite et le Qatar qui voulaient la peau de Bachar el Assad , au point que notre diplomatie laisse, s'agissant de ces deux derniers pays , une impression fâcheuse d'affairisme . Et sur les questions économiques, il y a eu suivisme par rapport à l'Allemagne.

Depuis que nous avons réintégré complètement l'OTAN, sous Nicolas Sarkozy , la France s'était alignée, mais Sarkozy qui avait maintenu des relations convenables avec Poutine et lui avait vendu les Mistral préservait une apparence d'autonomie. Maintenant, c'est fini.

Notez que le suivisme, ce n'est pas seulement par rapport au gouvernement américain en tant que tel mais par rapport aux milieux les plus conservateurs de Washington ( les néo-cons comme on dit) , sachant qu' Obama est plus modéré qu'eux.

Il fut un temps où la France , tout en étant dans les grands intérêts, un allié loyal, se démarquait de la position de Washington, en étant plus modéré, en gardant plusieurs fers au feu, ce qui lui permettait à l'occasion de jouer un rôle de médiateur . Avec Fabius, il semble que notre pays ne se soit distingué que dans la surenchère belliqueuse, sans doute pour complaire aux monarchies pétrolières. Quel rôle voulez vous jouer après cela ? Vous ne servez plus à rien. Vous êtes simplement ridicule , comme dans l'affaire iranienne, quand les grands se sont mis d'accord en vous laissant de côté. Ridicule, Fabius l'a été aussi quand il a tenté en 2015 une médiation ente Israël et la Palestine, sans disposer d'aucun poids politique.

5. Au-delà de ce constat, en quoi peut-on parler d'une certaine continuité dans la diplomatie française ? Est-ce donc la faute de Fabius ou celle de ses conseillers ?

Il y a sans doute une certaine continuité dans l'alignement atlantique de notre pays qui s'est beaucoup rapproché de la ligne américaine depuis 1981. Le dernier président qui ait affronté vraiment les Etats-Unis, c'est Valéry Giscard d'Estaing; cela lui a sans doute coûté sa réélection. Mitterrand savait sauver les apparences. Et Chirac sut faire, au moins une fois, preuve d'indépendance de manière retentissante dans la deuxième guerre d'Irak, ce qui valut à notre pays une grande impopularité aux Etats-Unis et une grande popularité dans le reste du monde. Sarkozy a navigué selon sa manière, parfois imprévisible ( ce qui n'est pas forcément un défaut en diplomatie) . Avec Hollande et Fabius, au contraire, nous somme à la fois parfaitement prévisibles et profondément méprisés.
Une seule action vraiment positive: l' intervention au Mali, mais il semble que Hollande et Le Drian - et bien entendu nos militaires - y aient joué un rôle plus important que Fabius.

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2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 18:07

Publié dans Boulevard Voltaire

La visite du président de la République iranienne Hassan Rohani a affolé les boussoles européennes.

Les Italiens se sont ridiculisés au-delà de tout ce qu'on pouvait imaginer en couvrent de panneaux les statues antiques nues que l'on trouve dans les rues de Rome, pour ménager la pudeur du visiteur. Apparemment, les feuilles de vigne ne suffisaient pas !

Les Français ne sont pas en reste, mais en sens inverse. Contrairement à tous les usages, la visite du président iranien n'a pas donné lieu à un déjeuner officiel parce que le président Hollande voulait qu'il y ait du vin à table. Cette exigence nous parait contraire aux lois de l'hospitalité qui commandaient que le président s'adapte à son hôte.

Edouard VII, modèle de bonnes manières royales, s'était mis à manger un pigeon avec les doigts pour se mettre au diapason du maradjah qu'il recevait et qui ne savait pas faire autrement.

Qui imagine que le général de Gaulle , modèle de courtoisie lui aussi , quand il recevait Ben Gourion, président israélien, lui aurait imposé un repas non casher ?

Mais il semble que le laïcisme passe avant les lois de l'hospitalité.

Pourtant le même Hollande, quand il s'était rendu Riyad en début de mandat, y avait fait un éloge aussi excessif que ridicule de la religion musulmane. Plus récemment Valls y est allé en visite , sans faire la fine bouche, en pleine vague de décapitations.

On est étonné des scrupules œnologiques du président français quand on sait que tant de mairies socialistes servent des repas hallal à tous . Et quand Anne Hidalgo reçoit des centaines de musulmans à la Maire de Paris pour la fête de l' Aïd el-Fitr, y sert- elle aussi du vin ?

Et si le président français voulait marquer ses distance vis à vis de l'Iran au sujet des droits de l'homme, n'avait-il pas d'autres moyens que de mettre des boissons alcoolisées au menu ?

Donald Trump a pu récemment s'interroger sans être démenti sur la santé mentale d' Angela Merkel , au vu de sa politique migratoire . Mais il est clair que la visite de Hassan Rohani en a fait disjoncter d'autres .

Jupiter dementat quos vult perdere. Jupiter rend fous , disaient les Latins, ceux qu'il veut perdre. Jean Paul II a laissé entendre que la où, il n'y avait plus la foi, la raison aussi pouvait se perdre.

Il est clair que l'Europe a aujourd'hui, pas seulement en matière protocolaire , des problèmes d'orientation.

Roland HUREAUX

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27 janvier 2016 3 27 /01 /janvier /2016 15:07

Le magazine Time a cru bon de décerner à Angela Merkel le titre de personnalité de l'année 2015. Il n'est pas sûr pour autant que l'actuelle chancelière reste dans les annales comme une grande des grandes figures de l'histoire de l'Allemagne.

Depuis les dramatiques incidents qui ont marqué la nuit de la Saint-Sylvestre à Cologne et dans la plupart des villes allemandes, la cote de la chancelière est tombée outre-Rhin où toutefois elle n'avait jamais été aussi haute qu'en France.

Au pouvoir depuis dix ans, on cherche en vain quelle grande réforme elle a accomplie, en dehors de l'institution d'un Smic sensiblement plus faible que le notre (8,5 € de l'heure) et d'une amélioration de la prise en charge du chômage partiel.

Dès son arrivée au pouvoir, elle avait décidé la fermeture de la filière nucléaire , répondant sans doute au vœu d'une partie de l'opinion, mais hypothéquant l'avenir énergétique de son pays. A l'heure où la planète cherche à réduire le taux de carbone dans l'atmosphère, cette décision ne pouvait qu'entrainer l'ouverture de nouvelles centrales thermiques grosses émettrices. Le poids de l'exemple allemand a affaibli la filière nucléaire dans toute l'Europe, spécialement en France où elle constituait un de nos atouts majeurs.

Son prédécesseur Gerhard Schröder , quoique issu de la gauche, avait mené , au moment précis du lancement de l'euro , une politique féroce de diminution du coût du travail passant par des coupes sombres dans le budget social et la baisse du pouvoir d'achat d'une partie de la population allemande qui a abouti, certes, à une baisse du chômage, mais aussi à la paupérisation d'une partie du pays. Cette politique faite sans concertation européenne a hypothéqué gravement l'expérience de l'euro. L'Allemagne , qui se trouve , au terme de cette "dévaluation interne" en position avantageuse par rapport à tous ses concurrents de la zone euro a vu son excédent commercial croître année après année à l'égard de tous les autres pays , en particulier la France qui se trouve, elle, au contraire, de plus en plus déficitaire. Il aurait fallu qu'en concertation , tous les pays fassent de même mais ce ne fut pas le cas.

On rappellera au demeurant que cette politique, admirée mais non imitée en France, n'a été possible que par la dénatalité qui diminue toute une série de charges : scolaires, sportives, de logement , réduit (hors immigration) les flux d'entrée sur le marché du travail et s'est traduite par lé dégradation tant du réseau routier que de la force armée.

Héritière de cette situation, Angela Merkel ne l'a certes pas aggravée mais elle n'a rien fait non plus pour la corriger. Joseph Krugman, Prix Nobel d'économie dit que le seul moyen de sauver l'euro à terme , en restaurant les équilibres internes de la zone, serait que l'Allemagne se fasse plus dépensière, mais on en est loin. L'opinion allemande ne s'y résoudrait d'ailleurs pas.

Angela Merkel, tout en conservant cet avantage , s'est contentée faire année après année les gros yeux à tous les dépensiers de l'Europe, à commencer par la France, qui n'arrivaient pas à suivre l'Allemagne , pour des raisons culturelles fortes, dans ses exigences d'austérité. A chaque crise, après avoir résisté au maximum aux demandes laxistes des pays du Sud , elle a fini par faire les concessions nécessaires pour éviter la rupture, sans doute à la demande d'Obama. Mais le résultat est catastrophique pour certains pays comme la Grèce, tenue de céder la plupart de ses actifs publics à l'étranger - en particulier à des Allemands : contraint à des engagements intenables, ce pays est aujourd'hui en voie rapide de sous-développement. Le Portugal ne va guère mieux ; la France et l'Italie sont à la peine. La stagnation à laquelle l'austérité allemande contraint l'Europe, pèse sur toute la planète.

En matière diplomatique , Angela Merkel, sans rien innover, n'a rien aggravé non plus. Schröder et Fisher, son ministre "national-vert" des affaires étrangères avaient joué un rôle néfaste dans les affaires des Balkans, plus préoccupés , dans la guerre de 1999, de prendre une revanche sur un ennemi historique de l'Allemagne , la Serbie, qui lui avait donné bien du fil à retordre à chacune des deux guerres mondiales, que de préserver la paix . Quoique le rôle de ses services y demeure obscur , rien ne prouve que Merkel ait, elle, soufflé sur les braises de l'affaire ukrainienne. Elle aurait même joué un rôle positif dans l'accord de Kiev (12 février 1995).

En revanche son rôle au Proche-Orient demeure obscur. Si le rôle de l'Allemagne y a été plus discret que celui de la France ou de l'Angleterre, elle en a partagé les turpitudes fournissant, en bonne élève de l'OTAN, à partir de 2011, armes et entrainement aux rebelles syriens qui étaient en fait des djihadistes.

Stupéfiante , en revanche, est sa position vis à vis d'Erdogan , président de la Turquie. Alors que ce dernier, très proche des Frères musulmans et admirateur avoué d'Hitler, est le principal fauteur de troubles en Irak et en Syrie, notamment en laissant passer les djihadistes qui viennent du monde entier alimenter la guerre, et en favorisant ( ou organisant ?) l'exode des réfugiés vers l'Europe, qu'avait-elle besoin d'aller lui apporter un soutien électoral appuyé fin octobre ? Aurait-elle trouvé son maître ? La personnalité la plus influente d'Europe, ce ne serait pas elle, ce serait le président turc ? En tous les cas, celui qui aura percé les secrets des liens entre l'Allemagne et la Turquie comprendra sans doute mieux ce qui s'est passé au cours des derniers mois en Europe et au Proche-Orient.

Même si une partie des Allemands reconnait plutôt sa capacité manœuvrière pour gagner les élections, que sa capacité de porter une vision, Merkel avait gardé une bonne cote jusqu'à l'afflux des immigrés qui a commencé à la fin du printemps 2015.

L'accueil positif qu' elle leur a fait au début aurait certes pu être son apothéose : cette femme élue par la droite allait dans le sens de toute la gauche européenne - et même occidentale - pour qui les frontières sont chose dépassée et l'avenir de l'Europe réside dans le multiculturalisme et le métissage, tournant le dos à une histoire tenue pour plus infâme que glorieuse . Certains la voyaient même recevoir le Prix Nobel de la paix.

Le retour du réel a été cinglant. Il est vite apparu que, malgré l'appui du patronat et des Eglises , cette politique de large accueil rencontrait une opposition de plus en plus grande dans la population allemande. L'entrée de près de 800 000 immigrants, non préparée , presque tous de confession musulmane et en grande majorité jeunes et de sexe masculin en un peu plus de six mois, s'est finalement traduite par un grave traumatisme. Il s'est avéré que la différence des mœurs rendait l'intégration très difficile, sans compter les soupçons d' infiltration par les islamistes désireux non seulement de faire leur place en Europe mais même d'intimider et abaisser leurs hôtes: le viol collectif est le signe de la supériorité, une forme d'humiliation imposée à un peuple que l'on estime vaincu.

La chancelière aurait été surprise par la tournure des choses. C' est pourtant elle qui avait constaté en 2010 que « le modèle multiculturel allemand a totalement échoué" . Et comment peut-on arriver à un tel niveau de pouvoir sans un minimum de culture historique et d'expérience humaine qui aurait du prévenir toute surprise. Ce qui s'est passé en Allemagne en décembre n'était-il pas tout à fait prévisible ? Les Allemands ne devraient-ils pas savoir, autant que quiconque, que la cohabitation de peuples hétérogènes n'est pas donnée d'emblée. A fortiori quand ils sont de religion différente. Un pays qui a connu la guerre de Trente ans peut-il imaginer que le pluralisme religieux pourrait ne pas causer des tensions? Cette chrétienne aurait-elle pas du savoir ce qu'est le péché originel ?

Même si l'essentiel des réfugiés est accueilli en Allemagne, c'est toute l'Europe qui se trouve ébranlée. Si le pays de Beethoven sombre dans le chaos, aucun de ses voisins ne saurait s'en réjouir.

On aurait pu pardonner à la chancelière d'avoir pratiqué seulement une hospitalité passive: apprenant que des réfugiés entraient en masse en Europe , elle pouvait, faisant contre mauvaise fortune bon cœur ( dans tous les sens du terme), préconiser une attitude humaine, mais les signaux exagérément positifs qu'elle a lancés au début de l'été ne pouvaient qu'alimenter de faux espoirs et contribuer à développer le flux. Un flux dont ses services ne pouvaient ignorer qu'ils étaient largement organisés par la mafia turque et sans doute son ami Erdogan. Et si la chancelière estimait, pour des raisons démographiques ou autres, que l'Allemagne avait besoin de cette main d'œuvre, alors il fallait aller jusqu' au bout : envoyer aux candidats un visa et un billet d'avion à 200 € au lieu de les laisser se faire rançonner à hauteur de 5 à 10 000 euros tout en risquant leur vie. Quelque part, l 'attitude irresponsable de la chancelière qui appelle les migrants sur son sol sans leur donner les moyens d'y venir dans des conditions normales n'est-elle pas très coupable ? La politique allemande n'est-elle pas responsable à sa manière, de la mort pathétique du petit Aylan ?

La politique d'austérité économique de l'Allemagne, ne tenant aucun compte des pesanteurs propres à ses partenaires, a déjà hypothéqué l'avenir de l'euro - dont les observateurs lucides s'accordent à penser qu'il est en sursis. La politique migratoire de la même Allemagne a largement compromis le traité de Schengen, l'Allemagne n'étant pas la dernière aujourd'hui à fermer ses frontières.

Il est très difficile de dire ce qui a motivé Angela Merkel dans cette affaire . Cette protestante a-t-elle laissé au vestiaire l'esprit de responsabilité ( verantwortlichkeit) si prisé en l'Allemagne du Nord ? Donald Trump va jusqu'à émettre des doutes sur sa santé mentale ; certains regardent du côté de son mystérieux passé est-allemand : antinucléaire et immigrationniste, ne serait-elle pas en réalité une femme de gauche infiltrée à la CDU ? Il se peut aussi qu'elle ait été jusque là surestimée et que l'affaire de migrants révèle ses limites. On peut cependant penser que la chancelière ne fait que mettre au jour la "bulle" dans laquelle la mécanique européenne et la complexité croissante de l'exercice du pouvoir enferment les dirigeants d'aujourd'hui. Trop occupés à se parler entre eux, à gérer la mécanique techno-médiatico-électorale dans laquelle ils excellent pour trouver le temps de lire ou de parler avec les "simples gens" ( hors des caméras) , ils perdent le sens du réel . Cela est vrai dans le monde entier, mais particulièrement au sein de l'Union européenne où la caste dirigeante, absorbée par sa cuisine interne, s'est mise à dos presque partout les peuples .

S'il faut célébrer un grand chancelier allemand en ce début d'année, comment ne pas évoquer Helmut Schmidt qui vient de mourir ? On peut ne pas partager sa sensibilité social-démocrate; on peut ne pas approuver la tournure intégrée qu'il a donnée à l'Europe, de pair avec son compère Valéry Giscard d'Estaing . Mais il fut , de bout en bout, un homme responsable , allant jusqu'à braver son opinion publique et spécialement celle de son camp en demandant à Washington d'installer des euromissiles en Allemagne pour faire pièce à une menace soviétique montante, ou construisant avec le président français une relation véritablement partenariale et donc égalitaire.

Lucide jusqu'à ses deniers jours , il n'avait pas de mots assez durs pour fustiger l'incompétence économique de l'équipe Merkel et l'aventurisme diplomatique de la Commission européenne dans l'affaire ukrainienne.

Roland HUREAUX

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15 janvier 2016 5 15 /01 /janvier /2016 20:01

Entretien avec Samuel Pruvot de Famille chrétienne

Pourquoi la gnose rejette-t-elle la foi en l’Incarnation et ses conséquences ?

La gnose antique et médiévale , illustrée par des figures comme Basilide, Valentin , Marcion (IIe siècle), Mani (IIIe siècle) jusqu'aux cathares (XIIe-XIIIe siècles), rejette en effet l'incarnation ; elle est ce que on appelle "docète" : Jésus Christ - qui n'est pas reconnu comme Dieu - ne s'est incarné qu'en apparence, il n'a été crucifié qu'en apparence ou alors c'est quelqu'un d'autre, comme Simon de Cyrène qui l'a été à sa place. Il ne ressuscite pas non plus vraiment puisqu' il n'est pas vraiment mort.

Mais par derrière ce refus de l'incarnation, il y a un refus plus radical du monde présent, du monde sensible et matériel qui est pour les gnostiques fondamentalement mauvais. Dieu , appelé souvent le Premier principe, ne saurait être l'auteur d'un pareil monde . Qui est alors cet auteur ? Pour les uns, c'est un démiurge ( ou pour Valentin, la Sagesse), émanation lointaine de Dieu qui se serait fourvoyé ; pour les plus radicaux, comme Marcion, Mani, à l'origine des manichéens, ou les cathares , c'est un deuxième dieu coéternel au premier et mauvais, théorie qu'on appelle le dualisme.

Le philosophe païen Plotin, qui a combattu les gnostiques, les définissait: "ceux qui pensent que le monde est mauvais et qu'il a été créé par un démiurge mauvais" , une bonne définition.

La matière étant mauvaise, le bien réside dans l'esprit seul dont la connaissance des secrets mène les initiés au salut dans le Plérôme, réalité purent spirituelle assez proche du nirvâna des bouddhistes . Le salut s'obtient donc par la connaissance ( gnose) et non, comme le pensent les chrétiens par la foi, la vertu et l'amour. Les gnostiques croient à la suite de Pythagore et de Platon, à la réincarnation.

Mais les gnostiques ne renoncent pas ouvertement au christianisme : divisant l'homme, comme saint Paul, entre l'esprit, l'âme et le corps, ils divisent la société entre les pneumatiques (esprit) , soit eux, les initiés, les psychiques (âme) , qui sont les chrétiens ordinaires qui n'ont qu'une part de la vérité et les hyliques (matière ) , soit tous les autres, voués à la mort définitive.

C'est ce qui rend les gnostiques dangereux, comme saint Irénée l'a bien vu : ils se prétendent chrétiens et ils ont l'air de l'être mais ils cultivent secrètement des théories qui ne le sont pas . Et qui ne le sont même pas du tout: vous voyez bien que cette conception d'un monde radicalement mauvais , quoique enrobée dans des théories séduisantes, est comme une "mauvaise nouvelle" opposée à la "bonne nouvelle" de l'Evangile. On peut en dire autant des cathares.

Mais saint Paul, saint Irénée et saint Clément d'Alexandrie ont dit qu'ils ne s'en prenaient qu' à une "fausse gnose" , qu'il y en avait aussi une vraie conforme la doctrine de l'Eglise qui est simplement la théologie. Benoît XVI l'a redit. Par commodité, on a pris cependant l'habitude d'appeler gnose tout court la "fausse gnose".

En quoi notre climat culturel est-il proche de celui de la naissance des courants gnostiques

Le monde où fleurit la gnose est le même qui a vu le développement du christianisme. Je ne pense en effet pas qu'elle vienne de l'Iran ou de l'Inde comme il a été à la mode de le dire. On en trouve des traces dans le Nouveau testament: la légende attribue sa fondation à Simon le magicien, mais elle s'épanouit au IIe siècle . Elle recule ensuite en Occident et se développe vers l'Orient avec le manichéisme qui atteint même la Chine.

Le monde romain est alors à son apogée . Il vit en paix , ce qui n'était presque jamais arrivé jusque là . Mais les vieux cultes païens sont discrédités. Ce monde ignore l'idée moderne du progrès : l'avenir ne lui réserve rien . Il est inquiet.

C'est une différence importante avec notre monde où l'idée de progrès est omniprésente même si elle est critiquée pour son ambigüité , voire ses risques. En revanche nous nous trouvons, comme au IIe siècle , dans un monde cosmopolite, un peu perdu, où les religions traditionnelles sont en crise.

Au temps des Romains, beaucoup se tournent vers les cultes orientaux : Cybèle, Isis, Mithra, cultes sans vraie doctrine, beaucoup plus grossiers, il faut le dire, que le christianisme.

Aujourd'hui aussi les cultes orientaux attirent, surtout le bouddhisme qui a sans doute subi une forte influence de la gnose manichéenne, fondée par Mani au IIIe siècle, lequel connaissait bien le christianisme.

Pourquoi les gnostiques sont-ils fâchés avec le mariage et la sexualité ?

Refusant le monde, refusant la chair , les principaux gnostiques sont conduits à un refus radical de la sexualité qu'on a appelé l'encratisme.

Mais à l'inverse ,certains gnostiques, en Egypte et à Rome, ont dit: puisque la chair est mauvaise, elle n'a pas d'importance , donc jouissons sans entrave. A côté de la gnose encratique, il y a donc une gnose libertine qu'admire un Michel Onfray. Mais les deux expriment le mépris de la chair .

Les gnostiques refusent, pour la plupart, la loi de Moïse qui prescrit le mariage. Le mariage peut être fécond et reproduit donc un univers mauvais. Il n'est toléré que pour le peuple, les simples auditeurs qui ne font pas partie des grands initiés . La gnose ne trouve pas le point d'équilibre , au travers d' une sexualité ordonnée voire sacramentelle, entre le refus total et la licence totale.

Au Moyen-âge est apparue la kabbale juive , peut-être sous l'influence de la gnose, mais qui n'est pas complètement une gnose car elle a une vision beaucoup plus positive du mariage.

Depuis la Renaissance ceux que l'on tient pour les continuateurs de la gnose , alchimistes, mages, théosophes, ont aussi une vision généralement positive du mariage. Cette attitude vis à vis du mariage est un bon test pour savoir si on est ou pas dans une démarche gnostique.

Il est donc clair que le refus du mariage depuis la deuxième moitié du XXe siècle exprime une attitude gnostique. Le corps est tenu pour le pur instrument d'un moi hypertrophié. Comme dans les gnoses antiques, l'esprit et le corps redeviennent indépendants : le contrôle artificiel des naissances ignore les rythmes naturels, la théorie du genre pose que le sexe physique ne détermine plus le masculin et féminin tenus pour des réalités purement psychologiques. L'orthodoxie promeut au contraire une vision intégrée de l'âme et du corps.

Qui sont les héritiers de cette gnose aujourd’hui ? Peut-on être gnostique sans le savoir ?

La gnose est aujourd'hui plus diffuse que dans l'Antiquité, mais elle n'en est pas moins omniprésente. L' idéologie qui réduit la réalité sociale à des idées simplifiées, n'est-elle pas la forme moderne de la gnose ? Les Slovènes, échaudés autant qu' instruits par 45 ans de communisme , en refusant le mariage homosexuel, en ont reconnu, mieux que nous, le caractère idéologique.

De plus en plus notre mentalité post-démocratique oppose les sachants supposés aptes à diriger le monde et les autres. Les sachants sont les idéologues.

L'idée que l'homme est mauvais ressort d'une hyper-écologie qui tient l'humanité toute entière pour une nuisance et voudrait réduire la population mondiale à toute force. D'autres considèrent que l'homme est, à peu près sous tous les rapports, à réformer : il est spontanément chauvin, raciste, sexiste, homophobe , pollueur, etc. Le pouvoir politique s'attache dès lors à le libérer de tous ces penchants mauvais , transformant la société en un vaste camp de rééducation.

Même si les théories de Basilide et de Valentin de sont plus à l'ordre du jour , il se peut que nous soyons aujourd'hui , plus que jamais tributaires d'une vision gnostique du monde.

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6 janvier 2016 3 06 /01 /janvier /2016 19:12

Il y a peu de chances que Charlie écoule le numéro spécial qu'il a tiré à un million d'exemplaires, à l'occasion du premier anniversaire de l'attentat. Sauf le respect que nous devons aux victimes du 7 janvier, qui ne sont plus là pour donner leur avis (on aurait aimé connaître celui de Charb), ce bide ne nous attristera pas.

L'attentat a été commis par des islamistes et des islamistes seuls, mais pas d'amalgame ! Le numéro s'en prend au Dieu des chrétiens et à lui seul. Il faut en tirer les conséquences : les chrétiens sont responsables de l'attentat contre Charlie .

Au premier abord, ce sont , au travers de ce vieux barbu familier, désigné comme l'assassin qui "court toujours ", les trois religions monothéistes qui sont mises en cause.

C'est le Dieu unique qui est coupable des attentats terroristes . Sans doute l' était-il aussi des 40 millions de victimes de Staline et des 60 millions de Mao tsé Toung, éliminées au nom d'une idéologie athée ?

Il est vrai que les trois religions du Livre, comme on dit, se méfient de la représentation de Dieu , donc en un sens ce dessin ne vise personne. Mais le christianisme est plus souple. Et ce Dieu assassin porte derrière la tête le triangle qui signifie la Trinité : il ne peut donc être que celui du Nouveau Testament.

On dira que les Français ignorent ces détails et que d'ailleurs ils s'en moquent. Peut-être, mais les islamistes , eux, ne les ignorent pas. Les musulmans abhorrent la Trinité : le Coran n' a pas de mots assez durs pour dénoncer les "associateurs", comme il appelle ceux qui y croient. Et ils auront parfaitement compris à ce signe discret que cette caricature ne les vise pas .

Ils auront compris en même temps qu'on a eu le souci de les ménager et que donc ils font désormais assez peur pour dissuader les attaques frontales. En ce sens , ils ont réussi leur coup du 7 janvier dernier. Les journalistes de Charlie ont-ils compris ce qu'ils faisaient ? A moins de les croire complètement incultes, bien sûr. Courageux mais pas téméraires, ils ne s'en prennent désormais plus frontalement aux musulmans . Comme ils sont aussi très prudents aussi avec le judaïsme, leur seule cible est désormais la religion chrétienne.

Messieurs les assassins du 7 janvier 2015, vous avez atteint votre objectif, bravo. D'un certaine manière, c'est à vous que ce numéro spécial rend hommage.

Roland HUREAUX

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2 janvier 2016 6 02 /01 /janvier /2016 15:15

Quand je me suis rendu en Syrie en août, je ne soupçonnais pas que l'histoire de ce malheureux pays se trouvait à un tournant.

Le spectacle des embouteillages de Damas , des restaurants de bord de mer pleins à Lattaquié , la visite du krak des Chevaliers aujourd'hui sécurisé, ne laissent pas imaginer l'ampleur de la tragédie que la Syrie traverse. Elle se résume à quelques chiffres forcément approximatifs : il est en effet difficile de faire des comptes exacts tant les propagandes croisées obscurcissent le débat.

Une tragédie

Depuis 2011, début de la guerre civile - une guerre aujourd'hui largement internationalisée - , la population du pays aurait fondu de 23 à seulement 16 millions d'habitants, essentiellement par l'exode de réfugiés : 2 ou 3 millions en Turquie, 1 million en Jordanie, 1 à 2 millions au Liban et maintenant 1,5 million en Europe. Mais au sein même du pays, 11 millions de personnes ont été déplacées , principalement en direction des zones tenues par le gouvernement , surtout Damas dont la population a doublé passant de 3 à 6 millions.

Le confit a fait environ 250 000 morts . Ce ne sont pas tous des victimes du régime d'Assad comme on le dit . 100 000 environ sont des soldats de l'armée syrienne défendant le gouvernement. C'est un taux très élevé qui montre une guerre d'autant plus meurtrière qu'elle est menée contre des djihadistes suicidaires. Beaucoup de réfugiés affluant en Europe depuis le mois de juillet sont des jeunes que leur famille fait partir avant qu'ils ne soient mobilisés, pas nécessairement par refus du régime, seulement en raison du caractère très meurtrier des combats qui ne leur laisse que peu de chances d'en revenir vivants. Il y a au moins autant de morts du côté des djihadistes . Le reste , dans un calcul très approximatif, serait des civils. Quand un pays envahit ou en bombarde un autre et qu'il y a des victimes civiles, on parle de "dommages collatéraux" : au moins 40 000 en Libye en 2011. Quand il s'agit d'une guerre civile, on dira que le gouvernent bombarde "son propre peuple". Mais, de fait, les responsabilités des débordements en direction des civils sont partagées entre tous les belligérants.

Les causes de la guerre civile

Les origines du conflit ont fait l'objet d'une doxa manichéenne largement propagée en Occident et qui a longtemps fait l'unanimité dans les médias. La guerre a commencé au moment des printemps arabes : alors que les forces démocratiques ont rapidement renversé les régimes en place en Egypte, au Yémen, en Lybie ( grâce à une intervention occidentale ), en Tunisie , ils se sont heurtés en Syrie à une résistance inattendue du gouvernement de Bachar el Assad, jugée d'autant plus scandaleuse que ce régime était tenu pour encore pire que les autres. C'est la répression féroce des premières manifestations démocratiques, pacifiques, qui aurait, dit-on, créé l'enchainement fatal. Il ne fait pas bon avoir les puissants de ce monde contre soi. Dans ce schéma, c'est la seule cruauté du gouvernement Assad qui aurait suscité la résistance au régime et donc la guerre civile. La diabolisation du régime Assad par les médias occidentaux a très vite atteint un point de non retour où tout compromis avec lui devenait inenvisageable.

Il est difficile de porter un jugement équitable sur le régime en place dans ce pays. Sans doute n'est-il pas tendre avec ses opposants , comme beaucoup de régimes qui pourtant bénéficient des faveurs de l'Occident et, par là, de la bienveillance de la presse internationale. Il est difficile de se faire une opinion sur ce qui s'est passé lors des premières manifestations. On remarque cependant que plusieurs chefs accusation à l' encontre du régime demeurent douteux : peu d'observateurs tiennent pour certain par exemple que l'assassinat du premier ministre libanais Rafic Hariri (2005) lui soit imputable, encore moins le massacre de plus d' une centaine de civils dont beaucoup d'enfants à Homs (2011) ou encore l'utilisation d'armes chimiques dans les environs de Damas (2013), qui semble aujourd'hui une provocation des rebelles. Pourtant ces événements n'ont pas peu contribué à sa diabolisation. Quant aux révélations sur des tortures à grande échelle d'un supposé transfuge de la police syrienne dénommé César qui a justifié la l'inculpation récente d'Assad pour crime contre l'humanité devant les tribunaux français, là aussi il est difficile de se prononcer tant la guerre psychologique a atteint dans cette affaire un degré élevé d'intensité.

Il reste étonnant que la source quasi exclusive de l'information des médias occidentaux ( AFP comprise ) soit depuis quatre ans un Observatoire syrien des droits de l'homme basé à Londres , animé par un membre des Frères musulmans , la principale force d' opposition militaire ou politique.

De fait la dureté , incontestable, de la dictature d'Assad dont les deux piliers sont l'Armée et la police politique, s'inscrit dans la sociologie d'un pays marqué par une grande diversité religieuse ( sunnites majoritaires, alaouites, druses, chrétiens) et ethnique ( arabes, kurdes). La Syrie , terre de contacts depuis l'Antiquité, au carrefour des routes les plus fréquentées du Proche-Orient, constituée en Etat à la suite du le mandat français, ne pouvait garder sa cohésion que sous une poigne de fer. C'est ce qui explique les traits du régime d'Assad, père et fils : un modèle administratif français, une police politique de type soviétique, une authentique laïcité : les droits des chrétiens sont mieux respectés en Syrie que dans tout autre Etat de la région, y compris la Turquie kémaliste, l' Irak de Saddam Hussein, l'Egypte ou les territoires palestiniens . De fait, c'est l'état le plus laïque de la région. Pour atteindre ce résultat, Hafez el Assad , le père, avait compris qu'il lui fallait être impitoyable face à toute dérive fondamentaliste susceptible de mettre en cause la paix religieuse; c'est pourquoi que la révolte islamiste de la ville de Hama avait été sauvagement réprimée en 1982. Mais les forces centrifuges n'étaient pas éteintes et ont profité du printemps arabe pour relever la tête.

A vrai dire, Bachar el Assad serait venu rapidement à bout , au prix d'une répression ferme mais limitée, des révoltes de 2011, si de nombreuses puissances aux motivations diverses n'étaient intervenues pour soutenir militairement les opposants au régime et entretenir la guerre.

L'intervention des puissances

Les Etats-Unis d'abord pour qui faire tomber un des derniers dictateurs classiques du Proche-Orient, venu du Baas comme Saddam Hussein , était dans l'agenda défini par les néoconservateurs. Mais il y avait d'autres raisons à leur hostilité : faire sauter un pion pro-russe garantissant des facilités d'accostage à la flotte russe à la base de Tartous. Les Etats-Unis tenaient aussi au départ, à détruire un pays allié à l'Iran des ayatollahs.

Pour la France et l'Angleterre - voire l'Allemagne qui a aussi aidé les opposants syriens , la principale motivation était de suivre les Etats-Unis, avec une frénésie particulière de la part de la France ( Juppé d'abord Fabius ensuite) du fait sans doute que la France, patrie des droits de l'homme, se devait de parler sur ce sujet un ton au dessus des autres. Mais Paris voulait surtout complaire à l'Arabie saoudite et au Qatar, bons clients et partenaires financiers importants.

Israël voulait affaiblir un régime allié à la force libanaise chiite du Hezbollah, la plus menaçante qu' il y ait sur ses frontières et à l'Iran, tenu pour son principal ennemi.

Faire pièce à l'Iran , rival géopolitique était aussi une motivation forte de l'Arabie saoudite même si le royaume avait quinze ans auparavant apporté une aide considérable à Assad père pour qu'il mette la main au nom de l'islam sur le Liban tenu pour chrétien.

Motivation supplémentaire pour le Qatar - mais aussi pour les Etats-Unis, soucieux d'affaiblir la Russie : disposant d'une des plus grandes réserves de gaz naturel du monde, découverte vers 2000, il compte l'évacuer par un gazoduc transitant vers l 'Europe par la Syrie et la Turquie. Veto de la Syrie, inspiré par les Russes qui ne veulent pas favoriser un concurrent sur le marché de l' Europe occidentale.

Enfin il faut considérer le jeu trouble du président de la Turquie , Erdogan, frère musulman, qui double sa haine du régime laïque et hérétique d'Assad d'une ambition féroce de voir les Turcs reprendre pied dans la monde arabe, comme jadis sous les Sultans , au travers d'un régime syrien inféodé qui remplacerait celui d'Assad.

Face à cette coalition , Damas n'était aidé que par l'Iran dont les pasdarans sont présents sur le terrain, le Hezbollah et la Russie , au départ prudente dans son soutien militaire . On peut aussi mentionner la sympathie discrète mais peu opérationnelle de l'Algérie, pourtant sunnite, et depuis le renversement des Frères musulmans, de l 'Egypte du maréchal Sissi , l'armée égyptienne entretenant depuis Nasser des liens forts avec l'armée syrienne. On peut y ajouter une partie des dirigeants actuels de l'Irak, chiites eux aussi, même s'ils ont été mis en place et sont soutenus (en théorie) par les Etats-Unis.

Les Kurdes de Syrie , comme d'Irak, à la fois par hostilité à la Turquie et hostilité à Daesh en sont venus à être les alliés objectifs du gouvernement de Damas qui continue à verser les soldes à leurs milices.

L'aide internationale considérable reçue par la rébellion lui a permis de prendre le contrôle d' une partie importante du territorien syrien, environ les 2/3 mais seulement d' 1/3 de la population, l'essentiel de celle-ci étant concentré dans la région de Damas.

Le gouvernement tient la capitale ( malgré des bombardements sporadiques ) , la zone alaouite le long de la côte méditerranéenne et a reconquis l'axe qui relie ces deux pôles. L'appui efficace du Hezbollah a permis de sécuriser la frontière libanaise. Toutes les autres frontières séparent la Syrie de puissances hostiles. L'Est , en partie désertique il est vrai, est tenu aujourd'hui par les djihadistes de Daesh, le Nord étant, autour d'Alep deuxième ville du pays, et des zones kurdes, âprement disputé. Des rebelles sont présents aussi au Sud de Damas appuyés sur la Jordanie et Israël par le plateau du Golan.

L'aide des Occidentaux aux djihadistes

Depuis trois ans la situation était ainsi bloquée. Leur hostilité totale au gouvenrment Assad a conduit les Occidentaux à favoriser le développement des seules forces rebelles conséquentes: les islamistes. La France avait ainsi quelque dizaines d'officiers aux côtés des rebelles qui avaient pris la ville de Homs en 2011. Quand le gouvernement la reprit, ces soldats français, engagés sur le terrain mais pas du côté qu'on imagine, furent faits prisonniers et ultérieurement relâchés.

Cet engagement français du côté islamiste ne résulte pas seulement de préoccupations idéologiques ( du point de vue des droits de l'homme, Al Qaida semblait à certains préférable à Assad... ) , ou financières, il résulte aussi d'une erreur grossière d'analyse: la Syrie a été considérée avec les lunettes des autres printemps arabes sans qu'on ait tenu compte de deux spécificités : le fait que la minorité alaouite qui tient l'armée, se trouvait le dos au mur, les islamistes lui ayant promis l'extermination , la présence de la Russie qui n'a pas l'habitude, à la différence de l'Occident, de lâcher ceux qu'elle soutient.

L'aide considérable apportée , avec l'argent des monarchies pétrolières, par les Etats-Unis, l'Angleterre, la France et la Turque aux djihadistes de tout poil, en Syrie et en Irak, a permis à une faction de prendre le dessus à partir de 2013. S'autoproclamant Etat islamique au Levant ( Daesh) et même khalifat, elle contrôle aujourd'hui un territoire important au nord de l'Irak et à l'est de la Syrie où elle se livre aux exactions que l'on sait.

Mais à ses côtés se trouvent d'autres forces islamiques, comme Al Nosra, branche Syrienne d'Al Qaida, qui menace directement Damas.

Tout comme Daesh, ces groupes rebelles se réclament du fondamentalisme des Frères musulmans. Voulant garder un caractère discret à leur soutien à ces groupes djihadistes, les gouvernements occidentaux ont entretenu leurs opinions publiques dans l' illusion qu'ils aidaient une prétendue "Armée syrienne libre", démocratique et non islamiste. Il n 'est pas certain que cette Armée existe et en tous les cas , si elle existe, qu'elle ne soit pas islamiste.

L'exode des réfugiés

A cette situation bloquée et totalement catastrophique pour la majorité des Syriens ( en particulier les 2 millions de chrétiens , cible prioritaire des islamistes ), l'été 2015 est venu apporter des éléments nouveaux, pas tous de bon augure.

D'abord le phénomène des migrants. Est-ce en raison d'une certain découragement du camp gouvernemental et de la population syrienne civile qu'a eu lieu un exode massif se Syriens ( avec d'autres: Irakiens, Afghans etc.) vers l'Europe à partir de juillet ? Un million et demi de Syriens auraient fui , dont l'Allemagne aurait accueilli une bonne partie.

Précision importante : ce ne sont pas les réfugiés de Turquie ( qui sont parqués dans de vrais camps de concentration ) , ni ceux de Jordanie, ni même ceux du Liban qui partent, ce sont de nouveaux réfugiés, pour la plupart venus de Damas et de sa région. Ayant appris, au vu des déclarations de Mme Merkel, que l'Europe se ferait accueillante , ils gagnent la côté libanaise ( Tripoli ) en autobus, puis la Turque occidentale en avion, puis tentent leur chance sur des embarcations de fortune affrétées par des réseaux mafieux en direction de la Grèce pour ensuite gagner les Balkans et tenter d'arriver en Allemagne. Un nombre plus limité a gagné le Canada.

Ce flux , où l'élément syrien est dominant, continue aujourd'hui à raison de près de 3 000 passagers par jour. Rien ne dit qu'il va se tarir. De la part de l'Allemagne qui vient ainsi pomper les ressources humaines des pays en guerre, il est d'autant plus scabreux que si Mme Merkel a vraiment besoin de ces gens, il lui suffirait de leur envoyer un visa et un biller d'avion à 200 € plutôt que de les laisser payer 8000 € et risquer leur vie en mer.

L'exode est provoqué non seulement par le guerre , mais aussi par la situation économique désastreuse de la Syrie, une situation due en partie à l'embargo total ( qui touche même les médicaments) décrété par l'Union européenne . L'embargo interdit les liaisons aériennes qui permettraient aux déçus de rentrer chez eux.

Dans cette situation désespérante, l'été 2015 a apporté cependant quelques raisons d'espérer.

La nouvelle donne diplomatique : l'accord de Washington

L'évènement décisif a été l'Accord de Washington conclu le 14 juillet 2015 entre les Etats-Unis et l'Iran mettant fin à un long contentieux portant principalement sur les ambitions nucléaires de l'Iran, désormais gelées. Cet accord résulte essentiellement de la volonté du président Obama, qui a su l'imposer à une partie de son administration, au Congrès et aux idéologues néoconservateurs hostiles.

L'accord de Washington a cependant eu des conséquences sur d'autres terrains et d'abord en Syrie où Washington et Téhéran ont sans doute convenu de laisser encore quelque temps en place le président Bachar-el-Assad.

Que, en aidant les djihadistes contre le président Assad, les Occidentaux aient nourri un serpent dans leur sein qui n'aspirait qu'à les dévorer, est apparu dans toute sa netteté avec les attentats de Paris du 13 novembre, ouvertement revendiqués par Daesh. Ces attentats on contribué à débloquer à son tour la position française jusque là figée dans la configuration antérieure : hostilité radicale au régime Assad et soutien sinon à Daesh , du moins à Al Nosra. La France a été ainsi conduite à s'engager dans la guerre de Syrie du bon côté cette fois, celui qui combat les djihadistes , opérant une volte face non seulement vis à vis de la Syrie mais aussi vis à vis de la Russie. La France a dû ainsi se rapprocher de Moscou pour coordonner ses opérations en Syrie .

Mais les Américains n'avaient pas attendu l' attentat de Paris pour évoluer sur la question du Proche-Orient: dès le mois d'août, Obama avait appelé à la constitution d'une coalition élargie contre Daesh. La Russie avait saisi immédiatement cette perche, déclarant se joindre à la coalition pour en prendre , de fait, la tête au cours du second semestre. La Russie s'engageait largement dans le conflit dès septembre, par une campagne de bombardements massifs des positions islamistes et un soutien accru à l'armée syrienne. Un soutien particulièrement bien venu au moment où le régime d'Assad, assiégé dans Damas et sur la côte, et voyant ses jeunes recrues fuir en Europe, se trouvait en difficulté.

La Résolution du Conseil de sécurité du 18 décembre 2015

Au départ, les Occidentaux , singulièrement les Etats-Unis et la France, ont vu avec des réticences cet engagement russe. Avec les réserves d'usage, on peut penser que ces réticences sont levées au vu de la Résolution du Conseil de sécurité votée à l'unanimité le 18 décembre dernier qui lance un processus de paix pour la Syrie ne mentionnant pas le départ d'Assad et incluant le Front Al Nosra ( dont Fabius disait qu'"il fait du bon boulot") parmi les terroristes à combattre au même titre que Daesh.

Il s'en faut cependant de beaucoup que la résolution du 18 décembre résolve tous le problèmes. La négociation entre le parties en présence en Syrie promet d'être difficile.

Si l'on exclut Daesh et Al Nosra voués la destruction, que reste-t-il ? Des groupes rebelles mal définis, tel Ahrar Al Sham. Et surtout les opposants civils qui se sont réunis à Riyad le 10 décembre et dont la force principale est les Frères musulmans.

Certains , tel Renaud Girard[1], envisagent que la solution passerait par la libanisation de la Syrie, un découpage sur une base ethnico-religieuse. Ce serait accorder une importance excessive aux clivages religieux , moins pertinents sans doute qu'on le croit . Assad ne représente pas les Chiites et Daesh les Sunnites. D'abord parce qu' Assad est alaouite, ce qui n'est pas la même chose, sa femme est sunnite et la majorité des sunnites syriens ne veut pas tomber sous la coupe de Daesh surtout les femmes, influentes dans la société syrienne. Le recrutement de Daesh est en outre de plus en plus international.

Par ailleurs la Russie mène désormais le jeu. Et il n'est pas dans sa manière de se contenter d'une demi-victoire. Son but est de rétablir pleinement l'Etat syrien quitte le réformer ultérieurement.

Le rôle toujours aussi trouble de la Turquie

Si la France et sans doute les Etats-Unis semblent désormais décidés à faire la paix en Syrie, il s'en faut de beaucoup que la Turquie, où Erdogan vient d'être confirmé par les élections du 1er novembre, soit , elle, décidée à favoriser ce processus.

Nourrissant depuis plusieurs années le conflit en laissant passer les djihadistes vers la Syrie et l'Irak , envoyant en contrepartie des centaines de milliers de refugiés vers l'Europe qui transitent par son territoire, bombardant lui aussi son propre peuple au Kurdistan, Erdogan ne bénéficie pas moins des faveurs insignes de la communauté internationale laquelle s'est rendue à son invitation au sommet du G20 à Antalya le 16 novembre 2015. Une réunion de l'élite mondiale chez un soutien de Daesh, le lendemain même de l'attentat de Paris revendiqué par le même Daesh ! Beau témoignage de l'inconséquence de cette communauté internationale, singulièrement des Européens, en première ligne face à ces agissements hostiles. Angela Merkel, comme sidérée, était même allée le soutenir à une semaine des élections. Les sanctions lourdes prises par la Russie à la suite de la destruction d'un avion russe par le Turcs montrent cependant que tout le monde n'est pas dupe du jeu d' Erdogan . Mais de quelque manière qu'on le prenne , le problème syrien ne sera pas réglé tant que la Turquie ne sera pas définitivement neutralisée.

Roland HUREAUX

[1] Le Figaro , 21 décembre 3015

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2 janvier 2016 6 02 /01 /janvier /2016 13:40

Publié par Atlantico


Il est rare que les affaires du monde connaissent, à froid, un tournant décisif qui débloque des situations depuis longtemps gelées.

C'est ce qui s'est passé en 2015 dans les affaires du Proche-Orient et par voie de conséquence dans les rapports entre les Occidentaux et la Russie

L'acte décisif a été l'Accord de Washington conclu le 14 juillet 2015 entre les Etats-Unis et l'Iran mettant fin à un long contentieux portant principalement sur les ambitions nucléaires de l'Iran. Ces ambitions sont apparemment gelées, l'Iran se contentant d'être ce qu'on appelle un "pays du seuil", soit un pays disposant de la technique nucléaire mais renonçant à la mettre en œuvre et donc à se doter de l'arme nucléaire.

Cet accord résulte essentiellement de la volonté du président Obama, qui a su l'imposer à une partie son administration, au Congrès et aux idéologues néoconservateurs hostiles.

Sa première conséquence est la levée des lourdes sanctions économiques qui frappaient l'Iran . Il devrait en résulter un décollage rapide de ce pays de vieille civilisation qui possède les principaux atouts pour devenir rapidement un pays émergent: une population éduquée ( malgré la chape de plomb du régime des ayatollahs), des ressources minérales abondantes. Les entreprises américaines n'ont pas attendu l' accord pour se ruer sur le marché iranien laissant derrière elles les entreprises européennes qui avaient sacrifié leurs intérêts pour appliquer les sanctions ( le cas le plus emblématique est celui de Peugeot qui a perdu absurdement un marché de 600 000 véhicules au bénéfice de Général Motors).

Israël et l'Arabie saoudite ne sont pas satisfaits de cet accord : Tel Aviv considère que le régime iranien rêve toujours de puissance, plus que de développement économique, et que, à la première occasion, il le violera pour se doter de l'arme nucléaire, ce qui entrainera une guerre entre Israël et l'Iran, à laquelle on se prépare dans l' Etat hébreu. L'Arabie saoudite a le sentiment que les Etats-Unis pourraient opérer un changement de pied autour du Golfe persique risquant de choisir désormais comme allié privilégié l'Iran au lieu du royaume wahhabite. Est-ce parce qu'il craint de se trouver ainsi abandonné que le roi d'Arabie renoue avec Moscou ?

Un accord qui modifie sensiblement la géopolitique du Proche-Orient

L'accord de Washington s'est avéré cependant avoir des conséquences sur d'autres terrains et d'abord en Syrie où Washington et Téhéran ont sans doute décidé de laisser en place encore quelque temps le président Bachar-el-Assad.

C'est ainsi que toute la géopolitique de la région s'est trouvée débloquée.

Jusque là , la situation était figée dans une configuration désespérante. D'un côté, les Etats-Unis, la France, l'Angleterre, Israël, l'Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie ; de l'autre la Russie, l'Iran et la Syrie . Cette configuration a conduit les Occidentaux à tenir les mouvants djihadistes de Syrie et d'Irak pour des alliés objectifs et à leur fournir pendant quatre ans des armes et un entrainement, quand ils ne sont pas intervenus directement en leur faveur.

Que, ce faisant, ils aient nourri un serpent dans leur sein qui n'aspirait qu'à les dévorer, est apparu dans toute sa netteté avec les attentats de Paris du 13 novembre ouvertement revendiqués par Daesh. Ces attentats on contribué à débloquer la position française jusque là bloquée dans la configuration antérieure : hostilité radicale au régime Assad et soutien sinon à Daesh , du moins à son frère jumeau Al Nosra. La France a été ainsi conduite à s'engager dans les affaires de Syrie du bon côté cette fois, soit du côté qui combat les djihadistes , opérant une volte face non seulement en Syrie mais vis à vis de la Russie. Après avoir refusé de livrer les Mistral commandés par Poutine à Sarkozy, ce qui témoignait d'un degré élevé d' hostilité, la France a été conduite à se rapprocher de Moscou pour coordonner ses opérations en Syrie; c'est le but du voyage du ministre de la défense Jean-Yves Le Drian, à Moscou en décembre.

Mais les Américains n'avaient pas attendu l' attentat de Paris pour évoluer sur la question du Proche-Orient: dès le mois d'août, Obama avait appelé à la constitution d'une grande coalition contre Daesh. La Russie avait saisi immédiatement cette perche, déclarant se joindre à la coalition pour en prendre , de fait, la tête au cours du second semestre. La Russie s'engageait largement dans le conflit, dès septembre, par une campagne de bombardements massifs des positions islamistes et un soutien accru à l'armée syrienne. Un soutien particulièrement bien venu au moment où le régime d'Assad, assiégé à Damas et sur la côte et voyant ses jeunes recrues fuir en Europe, se trouvait en difficulté.

Au départ, les Occidentaux , singulièrement les Etats-Unis et la France, ont vu avec réticence cet engagement russe. Avec les réserves d'usage, on peut penser que ces réticences sont levées au vu de la Résolution du Conseil de sécurité votée à l'unanimité le 18 décembre dernier qui lance un processus de paix pour la Syrie ne mentionnant pas le départ d'Assad et incluant le Front Al Nosra ( dont Fabius disait qu'"il fait du bon boulot") parmi les terroristes à combattre au même titre que Daesh.

De pair avec une certaine coopération sur le front syrien entre Occidentaux et Russes, va l'apaisement au moins temporaire du conflit ukrainien , sinon résolu, du moins provisoirement gelé.

Mais qui ne résout pas tous les problèmes de l'Europe , tant s'en faut

La résolution du 18 décembre ne résout pas tous le problèmes. La négociation entre le parties en présence en Syrie promet d'être difficile. Si la France et sans doute les Etats-Unis semblent désormais décidés à faire la paix en Syrie, il s'en faut de beaucoup que la Turquie, où Erdogan vient d'être confirmé par les élections du 1er novembre, soit décidée à favoriser ce processus.

Nourrissant depuis plusieurs années le conflit en laissant passer les djihadistes vers la Syrie et l'Irak , envoyant en contrepartie des centaines de milliers de refugiés vers l'Europe transitant par son territoire, Erdogan ne bénéficie pas moins de faveurs insignes de la part de la communauté internationale laquelle s'est rendue à son invitation au sommet du G20 à Antalya le 16 novembre 2015. Une réunion de l'élite mondiale chez un soutien de Daesh, le lendemain même de l'attentat de Paris revendiqué par le même Daesh ! Beau témoignage de l'inconséquence de cette communauté internationale, singulièrement des Européens en première ligne face à ces agissements hostiles. Les sanctions lourdes prise par la Russie à la suite de la destruction d'un avion russe par le Turcs montre cependant qu' Erdogan a trouvé à qui parler.

S'agissant l'Europe, les évolutions au Proche-Orient ne résolvent pas non plus la question de l'arrivée massive de réfugiés ou immigrés clandestins venus de Libye tout au long de l'année et de Turquie depuis l'été. Le million est largement dépassé et le flux continue sans fléchir.

Mais il faut bien voir que ce flux de se serait pas établi si certains Européens, principalement les autorités de Bruxelles et le gouvenrment Merkel ne l'avaient expressément voulu . Si pour les populations européennes - et sans doute les pays de départ dont il vide la substance, comme le rappelait récemment Mgr Youssouf Thomas Mirkis, archevêque de Kirkouk ( Irak ), il apparaît comme un problème, pour la commission de Bruxelles et Mme Merkel, il apparait comme une solution, solution à un problème démographique qui leur semble désespéré. Il est vain d'attendre des évolutions du Proche-Orient un tarissement de ces flux tant que les principaux responsables de l'Europe ne seront pas fermement décidés à y mettre un terme.

La position allemande dans cette affaire n'est pas sans rapport avec celle qu'elle a sur l'affaire grecque , soit l'extrême dureté du régime économique qu'elle impose à la Grèce en proie à une crise insurmontable du fait de son appartenance à un euro pas vraiment taillé à sa mesure. Haine de soi d'un côté pour une partie de l'élite dirigeante allemande qui accepte sans sourciller la perspective d'un remplacement partiel de sa population et des lourdes difficultés intercommunautaires qui vont avec. Psychorigidité à la limite du sadisme dans la défense de l'euro, de autre, cela au détriment de presque tous les pays du reste de l'Europe mais singulièrement de la Grèce. Une Grèce dont les problèmes ne sont pas près d'être réglés : la troïka qui la dirige de fait a récemment refusé que le gouvenrment Tsipras mette en place des soupes populaires pour les indigents !

Si les affaires du Proche-Orient et les relatons avec la Russie semblent avoir connu en 2015 un tournant important, il s'en faut de beaucoup que les problèmes graves de l'Europe occidentale aient, eux, trouvé un commencement de solution, au contraire: la crise grecque, l'afflux d'immigrés et les attentats de Paris montrent qu'ils sont au contraire sur la pente de l'aggravation. Le vote de rejet des électeurs français aux dernières élections régionales montre qu'ils en sont tout à fait conscients.

Roland HUREAUX

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25 décembre 2015 5 25 /12 /décembre /2015 15:17

Publié dans Le FigaroVox

Assurément la crèche s'inscrit dans l'héritage chrétien. Que l'enfant Jésus ait été placé dans une crèche (ou une mangeoire) est mentionné à trois reprises dans l'Evangile selon saint Luc .

Pour les musulmans, Jésus (Issa) et Marie (Myriam) sont tenus pour des figures très importantes, tout comme l'ange Gabriel (Jibril) . L'islam croit en la conception virginale. La sourate XIX ( verset 22) du Coran, dite sourate de Marie, raconte la naissance de Jésus qui est désigné comme un prophète "ni violent, ni malheureux" (verset 32) . Même s' il est précisé un peu plus loin que Dieu ne saurait avoir un fils , il a la dignité du dernier des prophètes avant Mahomet et sa mère fait l'objet d'un grand respect, tout comme son cousin Jean le Baptiste dont le tombeau est vénéré dans la grande mosquée de Damas.

C'est dire combien s'égarent ceux qui voudraient interdire les crèches dans l'espace public pour ne pas offenser les musulmans.

Sous un palmier

Il est vrai que dans le Coran , Jésus nait sous un palmier. Mais cela ne contredit nullement la tradition chrétienne. Seuls en effet des écrits apocryphes tardifs (Evangile du Pseudo-Mattieu, Protoévangile de Jacques, Vie de Jésus en arabe) mentionnent que cette crèche se trouve dans une grotte, un élément symbolique sur lesquels les psychanalystes ont sans doute beaucoup à dire. Un autre apocryphe, la Vie de Joseph le charpentier précise que la naissance a eu lieu près du tombeau de Rachel femme du patriarche Jacob. Mais qui dit mangeoire dit point d'eau, qui dit point d'eau dit palmier, en tous les cas au Proche-Orient. Jésus a pu naitre sous un palmier et être placé ensuite dans une crèche, laquelle pouvait se trouver en plein air comme c'est généralement le cas aux lisières du désert.

Il est donc possible de faire une crèche œcuménique en ajoutant un palmier, sans trahir le texte biblique.

Cela vaudrait assurément mieux que d'ajouter un sapin. Non seulement le sapin est absent de la Bible, et pour cause, mais c'est à tort qu'on en a fait un symbole chrétien . Il procède plutôt des cultes de la nature issus du Nord de l'Europe . Symbole de vie éternelle car son feuillage est pérenne, il évoque, bien plus que la Nativité, le culte du solstice issu du vieux fond païen indo-européen .

Il est remarquable que ceux qui, par ultra-laïcisme, promeuvent l'effacement des fêtes chrétiennes du calendrier ne trouvent à se rabattre que sur ces symboles naturistes néo-païens se référant au calendrier solaire : solstice d'hiver; solstice d'été, équinoxes. Revenir à une symbolique païenne après vingt siècles de judéo-christianisme , il y a eu des précédents à ces tentatives dans l 'Europe des années trente. Les intellectuels hostiles au christianisme de cette époque avaient mieux compris que nos laïcistes que ce n'est pas dans l'humanisme de gauche que se trouve la contradiction la plus radicale à l'héritage chrétien. Ils tentèrent d'en tirer, de la manière que l'on sait, les conséquences.

La fête de Noël rassemble de nombreux personnages : notamment les mages , dont l'Evangile selon saint Matthieu qui seul en parle, ne dit ni qu'ils étaient trois, ni qu'ils étaient rois. Là encore ce sont les apocryphes qui ont fixé cette tradition. Une légende a propagé qu'ils venaient l'un d'Asie, l' autre d'Europe (ou d'Arabie) , le troisième d'Afrique , et tous les trois vinrent s'incliner devant un enfant juif. Mais l'Ecriture parle de "mages venus d'Orient" et le nom de mage , sage ( μάγοι ) en grec désigne alors un prêtre zoroastrien ( ou mazdéen) d'Iran.

Passons de la légende à l'histoire : quand le roi de Perse Chosroês II, mazdéen, envahit la Palestine en 614 après sa victoire sur les Byzantins, il commence à démolir les églises, mais il épargne la basilique de Bethléem en reconnaissant sur la coupole la figure des trois mages habillés à la manière de son pays. Au passage, on rappellera que le même entreprend ensuite de réinstaller les Juifs à Jérusalem.

Même s'il ne faut pas sur-interpréter ces convergences, Il est peu probable que la disparition des crèches de Noël de l'espace public, écoles comprises, favorise la paix religieuse en Europe , bien au contraire.

Roland HUREAUX*

* auteur de Gnose et gnostiques des origines à nos jours , Desclée de Brouwer, 2015

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