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Roland HUREAUX

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20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 07:22

Publié dans Atlantico et Liberté politique

J'avais plutôt de la sympathie pour le mouvement des Nuits debout jusqu'à ce qu'il expulse Alain Finkielkraut.

Un mouvement de jeunes qui résistent au mondialisme déchaîné, qui, inquiets de leur avenir, ne souhaitent pas le démantèlement du Code du travail, pourquoi pas ?

J'aurais pourtant dû me méfier : même si la gauche n'est pas tendre pour ses adversaires (moins que la droite, souvent naïve ou complexée), l'extrême-gauche est presque toujours haineuse et sectaire.

Non par méchanceté mais parce qu'elle est plus que d'autres idéologue. L'idéologie a ceci de particulier que, à partir d'une vision ultra-simplifiée du réel , elle divise l'humanité , sans nuances, entre bons et mauvais : dès lors que quelqu'un se trouve identifié de près ou de loin au bord des mauvais, il fait l'objet de la haine la plus absolue. Le cercle des bons, c'est peu ou prou ceux qui partagent cette haine. Place de la République, un service d'ordre musclé expulse ceux qui ne n'en sont pas.

Qu'a-t-on reproché à Alain Finkielkraut ? Sûrement pas son souci du peuple qui est authentique, ni sa position sur la loi El Khomri que l'on peut supposer négative. Son refus d'une éducation nationale de plus en plus alignée sur des normes marchandes (méthodes standard, évaluations, etc.), non plus. Ses positions pro-israéliennes, peut-être, mais il n'en a semble-t-il, pas été question lors de son expulsion . Ce qu'on lui a reproché d'abord , c'est d'avoir pris au sérieux « l'identité malheureuse » des Français - et des autres Européens : un soupçon de sentiment national ou à tout le moins de compréhension pour ceux qui en ont encore , suffit pour être suspect. De suspect à coupable, dans cette logique robespierriste, le pas est vite franchi.

Sylvain Baron, militant souverainiste bien inoffensif, a été logé à la même enseigne. Etienne Chouard, homme de gauche authentique, lui aussi sincère et soucieux des souffrances du peuple, a compris : il n'a pas tenté de s'approcher : « ils vont me chasser en disant que je suis d’extrême droite ».

Qu'un certain nombre d'intellectuels ou d'hommes politiques, précisément ceux que le peuple ne laisse pas indifférents, aient considéré que le fait national ne devait pas être méprisé ou ramené grossièrement à une forme de fascisme , au fameux "populisme", n' entre pas dans leur réflexion sommaire.

Certes ceux qui devraient être leurs vrais adversaires : les Macron, les Valls, les Juppé, tous plus ou moins centristes bon teint et défenseurs de l'Europe, du mondialisme, de la lex americana - et de la loi El Khomri , ne se risqueront pas, eux, dans la galère de la place de la République. Par prudence mais aussi parce que la rencontre avec un mouvement populaire ne les intéresse sans doute pas beaucoup.

Mais la cible de la Nuit debout n'est pas là : elle est le fascisme, pas le vrai, mais le fantasmé : "Ce qui se passe est une forme subtile de maccarthysme, mais au lieu d’attaquer tout ce qui est suspect de communisme, on attaque tout ce qui est suspect de fascisme ou d’antisémitisme." (Jean Bricmont).

Les contradictions de l' altermondialisme

Frédéric Lordon, économiste anti-euro et hostile au mondialisme, gourou falot du mouvement va, lui, l’universitaire démocrate, jusqu'à justifier ces exclusions. Il résume à lui seul les contradictions de cette mouvance qui sont celles de l'altermondialisme: ses tenants ne sont pas contre le mondialisme ( ce serait être fasciste), ils en veulent seulement un autre. Ils pensent qu'on peut échapper à la tyrannie de la finance internationale et à l'ultralibéralisme par une nouvelle organisation mondiale : a minima, ils prôneront la liberté totale d'aller et de venir des migrants et donc de la main d’œuvre et consentiront à l'abaissement des nations. En tous les cas, ils tiennent pour ennemis ceux qui ne veulent pas de cet abaissement.

L'important dans ce mouvement est là : ce n'est pas qu'il profère telle ou telle diatribe contre l'Europe des marchands ou la tyrannie de la finance, c'est qu'il soit d'abord et avant tout contre la nation.

Il est du même côté que le mouvement, bien mystérieux, des Antifas qui s'est fait une spécialité de casser et provoquer des violences à l'encontre des manifestations de droite, généralement pacifiques, comme la Manif pour tous, dont l'objet, quant au fond, n'a pourtant rien à voir avec le fascisme.

Il est du même côté que le mouvement encore plus mystérieux des No Borders qui, venu d' on ne sait où, fondé on ne sait où, fomente à Calais ou ailleurs des manifestations violentes en faveur des "migrants" et surtout contre les populations locales.

On croit savoir que ce dernier mouvement est soutenu par George Soros qui n'est pas précisément un ennemi de la finance mondiale et par sa Foundation for an Open society qui vise l'abolition des frontières en Europe, et a promu les femens qui, sous prétexte de féminisme, ont multiplié les profanations visant les Églises chrétiennes et , par delà, ce qui reste de la civilisation européenne.

Aux États-Unis, des think tanks ont mis au point au fil des ans une technique destinée à faire de la subversion de manière plus rationnelle qu'autrefois. Ces techniques ont été rodées dans les révolutions oranges de l'Europe de l'Est et les printemps arabes.

Elles semblent être mises en œuvre dans les Nuits debout, si vite et si efficacement organisées, au moins pour semer le trouble.

Il ne semble pas en effet que l'objectif du mouvement - et de ceux qui le soutiennent en coulisse - soit vraiment de renverser Hollande. Peut-être veut-on seulement lui donner un avertissement , lui rappeler qu'on le tient, ou alors canaliser le mécontentement de l' immense majorité de la population qui chez nous s'exprime de plus en plus par le vote Front national. Pour éviter cette captation par la droite extrême, jugée sans doute plus menaçante pour le système, il s'agirait d'en faire au contraire une contestation d’extrême gauche comme Podémos ou Syriza, ce dernier semblant aussi être sorti tout armé (et doté de moyens) du front de Jupiter. Le revirement de Tsipras montre combien, dès lors qu'on a affaire à un idéologue antinational et mondialiste, il est facile de le retourner. De manière significative Varoufakis, qui pourtant s'est rallié à l'euro et a donc renié lui aussi le mouvement social dont il est issu a été bien accueilli par les manifestants.

Les idiots utiles de la finance mondiale

Pourquoi l'altermondialisme est-il moins dangereux pour l'ordre établi que l'antimondialisme ? Parce qu'il est complètement illusoire: rêver de contenir ou contrôler les forces de la finance internationale par un retour aux Etats-Nations est déjà une entreprise bien difficile, peut-être désespérée. Rêver de contrer l'internationale du capitalisme par l'instauration d'un pouvoir international des travailleurs s'était déjà avéré impossible en 1914 ou 1917 quand les forces dites ouvrières étaient infiniment plus fortes. Aujourd'hui, il ne s'agit que d'une parfaite utopie.

Dès lors que les manifestants sont d'abord antifas et secondairement antimondialistes, ils sont utilisables à volonté par les Bill Gates et George Soros qui, sous différents alibis généreux : la préservation de l'environnement pour le premier, l'ouverture totale des frontières ou le féminisme débridé pour le second, veulent d'abord préserver le capitalisme mondial.

"Misère de la philosophie, philosophie de la misère", disait Marx pour déplorer la pauvreté intellectuelle des socialistes de son époque. Que dirait-il aujourd'hui face à un mouvement comme celui dont nous parlons? Plus que de la colère, c'est peut-être en définitive de la commisération que nous devons éprouver face à cette contestation. Si elle se trouve privée de vocabulaire et de moyens d'analyse pour exprimer une cause qui, au fond, est juste, l'école des Meirieu et Vallaud-Belkacem, elle aussi voulue par le capitalisme mondial, y est sans doute pour quelque chose.

Roland HUREAUX

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20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 07:20

Publié dans Atlantico

Le général de Gaulle , qui était d'un naturel pessimiste, dit une fois qu'il n'excluait pas que son œuvre soit un jour entièrement détruite.

C'est presque fait aujourd'hui avec François Hollande. Non que ses prédécesseurs n'aient pas contribué à la déconstruction progressive de l'œuvre du général, mais parce que l'actuel président a , sur le sujet essentiel de la défense , parachevé cette déconstruction à un degré jamais vu jusque là.

Certes la constitution de la cinquième République est toujours là mais altérée de tant de manières qu'on la reconnaît à peine. Pas seulement du fait des réformes ( dont le quinquennat instauré par Chirac ou la réforme Sarkozy du 21 juillet 2008 ), mais aussi par la jurisprudence de plus en plus étendue du Conseil constitutionnel et la reconnaissance de la supériorité absolue du droit européen, dont , pour sa part, l'Allemagne s'est bien gardée .

Mais la déconstruction est allée plus loin encore sur le plan militaire et diplomatique.

Le fondement de la pensée du général de Gaulle était l'indépendance nationale, non point comme une fin en soi ni pour que le pays vive dans l'isolement, mais pour qu'il soit au contraire libre de déployer dans le monde entier une diplomatie de la main tendue sans la contrainte d' alliances exclusives.

Il y a à cette attitude une raison essentielle: le but du "prince" ( au sens large : tout gouvernant) étant la poursuite du bien de la communauté dont il a la charge, toute autre considération que la poursuite de ce bien, que ce soit la pression d'une puissance étrangère , une idéologie poursuivant des objectifs propres ( construire le socialisme , construire un ordre mondial supranational ou tout autre utopie) ne saurait que fausser cette recherche et donc se traduire par un désavantage pour le pays considéré.

Si les attributs cardinaux de la souveraineté sont la monnaie, le droit, la défense et la diplomatie , il faut bien dire que les pronostics du général de Gaulle selon lequel leur abandon aboutirait à un préjudice pour l'intérêt national sont largement réalisés.

Le coût de la dépendance

Sans revenir sur le principe de l'euro , on notera que sa gestion par une banque centrale européenne échappant largement à tout contrôle n'est pas , il s'en faut de beaucoup, la solution la plus favorable aux intérêts français. Il n'y a d'ailleurs a priori aucune raison qu'elle le soit.

Mais la question fondamentale est celle de la défense et par là de la diplomatie.

En faisant voter selon une procédure accélérée , pratiquement sans débat, la loi du 20 avril 2016 autorisant l'adhésion de la France au protocole sur les quartiers généraux militaires internationaux créés en vertu du traité de l'Atlantique Nord, François Hollande a entériné la mise sous dépendance presque totale de notre défense vis à vis de l'Alliance atlantique ( on peut supposer que le nucléaire en demeure exclu mais est ce sûr ?). Il est allé plus loin encore que Sarkozy qui , tout en revenant dans le dispositif militaire intégré, avait su garder une marge de manœuvre. Il n'y pas , est-il nécessaire de le dire ? de défense européenne, l'expression militaire de la construction européenne étant désormais l'OTAN.

Au même moment , la France se trouve engagée dans une politique de renforcement des forces occidentales aux frontières de la Russie et de soutien actif au gouvernement actuel de l'Ukraine . Cela correspond à une stratégie de tension qui suit peut-être les intérêts de notre allié américain, encore que ce ne soit pas l'avis d'un Donald Trump, mais pas forcément à celui des Européens, singulièrement des Français, alliés historiques des Russes. L' "agenda" ouvertement affiché des néoconservateurs américains , dont l'influence est toujours prédominante, est de creuser un fossé, le plus profond possible, entre l'Union européenne et la Russie. Beaucoup croient qu' au contraire l'intérêt de l'Europe occidentale et singulièrement de la France est de développer des liens avec la Russie. Se jetant les yeux fermés dans le piège, l'Union européenne, et la France avec elle, ont été conduits , sous l'instigation de Washington , à prendre des sanctions qui nuisent gravement à leur économie.

Ainsi tout risque de se passe exactement comme De Gaulle l' avait prévu dans sa conférence de presse du 21 février 1966 :

"Et voici que des conflits où l'Amérique s'engage (...) risquent de prendre, en vertu de la fameuse escalade, une extension telle qu'il pourrait en sortir une déflagration générale. Dans ce cas, l'Europe dont la stratégie est dans l'OTAN celle de l'Amérique serait automatiquement impliquée dans la lutte , lors même qu'elle ne l'aurait pas voulu. Il en serait ainsi pour la France si l'imbrication de son territoire, de ses communications , de certaines de ses forces, de plusieurs de ses bases aériennes, de tel ou tel de ses ports dans le système militaire sous commandement américain devait subsister plus longtemps. "

De même au Proche-Orient, la France , Sarkozy d'abord, Hollande ensuite, s'est laissé aller, très au-delà de ce qu'exigeait la fidélité à l'OTAN, à suivre une politique néoconservatrice visant à démocratiser de force tous les pays arabes - et de fait à détruire tous les Etats organisés autres que les monarchies les plus rétrogrades. Une politique déshonorante car elle était directement contraire aux intérêts des chrétiens d'Orient , protégés par ces Etats, et que la France avait la mission immémoriale de soutenir, une mission que même les gouvernements les plus anticléricaux de la IIIe République s'honoraient de remplir. Une politique directement contraire à nos intérêts puisque les guerres que nous avons contribué à susciter se sont traduites par l' afflux de réfugiés en Europe et que les mouvements islamistes que nous avons soutenus sont responsables de la vague terroriste qui nous touche au premier chef.

La doctrine de Hollande, si tant est qu'on puisse parler de doctrine, est à l'opposé de celle du général de Gaulle : pour lui, la France n'a plus de rôle propre à jouer . L'avenir est qu'elle s'intègre à l'Union européenne d'un côté et à l'OTAN de l'autre : au diable ses amitiés historiques ! Si elle est intervenue au Sahel, malgré les réticences très fortes du président français qui avait juré qu'il ne le ferait pas , c'est moins comme un acteur autonome que comme un sous-traitant de l'Alliance atlantique dans une zone que les Français maîtrisent mieux que d'autres - et d'ailleurs à la suite des désordres que l'intervention de l'OTAN en Libye avait mis sur le continent africain.

Autant la politique d'indépendance du général de Gaulle avait valu de prestige à la France sur tous les continents ( même aux Etats-Unis si l'on considère les égards qu'eut Nixon pour lui) , autant celle de Hollande vaut aujourd'hui à notre pays un mépris universel, les uns le tenant désormais comme quantité négligeable, les autres déplorant tristement qu'il se trouve indigne du rôle qu'ils attendent de lui.

Il ne faut pas s'étonner que les intérêts fondamentaux de la France se trouvent mis à mal du fait d'une telle politique . Le voyage de Hollande à Colombey ressemble, dans un tel contexte, à une imposture dont, en réalité, personne n'est dupe.

Roland HUREAUX

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20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 07:12

Paru dans Causeur

Etonnants républicains : au moment où le gouvernement rencontre les pires difficultés à faire passer la loi El Khomri qui réforme le Code du travail a minima, les candidats à la primaire de droite se livrent à une surenchère libérale annonçant une révolution qu'ils veulent sans précédent : retour aux 39 heures, retraite à 65 ans, fin des régimes spéciaux, refonte en profondeur du Code du travail, réduction drastique des effectifs de fonctionnaires, 100 milliards d'économies budgétaires et hausse de la TVA ( donc baisse des salaires réels ! ) , mesures accompagnées d'autres qui ne toucheront pas au niveau de vie populaire, telle la suppression de l'ISF, mais ne feront pas nécessairement plaisir à l'immense majorité qui ne le paye pas : un Fouquet's programmatique en quelque sorte.

Beaucoup de ces réformes à prétention libérale ont un air de déjà vu : sélection à l'entrée des universités ( qui avait , bien inutilement, mis le feu au pays en 1986) , nouvelles refontes territoriales ( dont il ne semble pas que les candidats mesurent la lassitude et le désarroi qu'elles suscitent chez les Français) etc.

Dans cette surenchère, Juppé semble aujourd'hui en pointe mais Sarkozy et Fillon et ne sont pas en reste. La tonalité des campagnes de Le Maire ou Copé n'est pas différente.

Nous ne ferons pas aux uns et aux autres l'injure de penser qu'il ne s'agit là que de poses pour séduire à la primaire un électorat de droite largement conditionné par des prescripteurs à qui cette rhétorique libérale plait : patronat petit et grand, think tanks libéraux de tout poil, sans oublier nos partenaires européens. Non, les candidats y croient vraiment. Mais il est une question à laquelle ils ne répondent pas : comment feront-ils pour faire passer de telles réformes alors que la gauche elle-même n'y arrive pas ?

Fillon compte sur l'"état de grâce" qui lui permettra , pense-t-il , de faire adopter certaines par référendum. La règle d'or par exemple . Juppé veut commencer son quinquennat par un "choc".

Quelle légitimité ?

Tout cela est bien joli. Mais quelle légitimité auront-ils ?

Les politologues l'observent : le fameux état de grâce est de plus en plus court.

Il est plus que probable que le candidat de la droite classique sera élu au second tour contre un candidat du Front national avec un écart assez faible, témoignant à lui seul d'un profond mécontentement du pays. Il le sera avec des voix de gauche. Cela devrait , en théorie, lui permettre de s'appuyer sur tout l'"arc républicain" pour entreprendre des réformes vigoureuses, mais l'expérience du passé montre que c'est le contraire qui se passe . Jacques Chirac , élu en 2002 avec 80 % des voix, ne se crut pas pour autant autorisé à faire des reformes en profondeur car il ne voulait pas contrarier la gauche dont il avait recueilli les voix. Les présidents de région élus récemment dans des conditions analogues se sont sentis tenus, à tort ou à raison, de faire tout de suite des concessions à la gauche pour lui marquer leur reconnaissance.

La gauche , malgré sa faiblesse actuelle, dispose dans le pays réel, de relais qui lui permettent de contrôler en partie au moins les remous sociaux occasionnés par ses tentatives de réformes. On la soupçonne même de se servir de ces relais extrémistes, antifas et autres, pour discréditer , en entretenant des violences , l'opposition syndicale. Qu'importe ! Si la droite, au temps de Pasqua, eut autrefois de tels relais, elle n'en a plus aucun aujourd'hui.

Il fut un temps où la grande presse se partageait, certes inégalement, entre la droite et la gauche. Aujourd'hui, elle semble presque entièrement acquise à la gauche. Cela ne la conduit certes pas à faire preuve d'indulgence pour un Hollande au bout du rouleau , mais ne nous leurrons pas: très vite, elle en aurait encore moins pour un gouvernement affiché à droite.

Reagan et Thatcher purent faire des réformes libérales profondes mais ils n'étaient pas que libéraux, ils jouaient aussi sur la fibre nationale, voire nationaliste. Nulle orientation de ce genre chez les candidats LR dont aucun ( sauf Myard et Poisson qui ne font pas la course en tête ) ne remet en cause la dépendance actuelle à l'égard des contraintes euro-atlantiques. En définitive qu'offrent-ils en échange d'une remise en cause de ce que beaucoup tiennent encore pour des acquis sociaux : un peu plus de sécurité publique, un meilleur contrôle de l'immigration : avec quelle crédibilité ? Une réforme en profondeur de l 'école ? Même pas. Une remise en cause des dérives sociétales: surtout pas, politiquement correct oblige. D'ailleurs, la plupart des réformes promises par la droite sont-elles autre chose que la transposition de directives de Bruxelles ? Tout comme d'ailleurs les rares propositions qui émanent d'un Macron .

Or c'est là que le bat blesse. Pour exiger des gens des sacrifices courageux , il faut soi-même donner le sentiment de faire preuve de courage . Quoiqu' ils n'en soient pas toujours conscients, les Français sentent bien que les réformes libérales, même si certaines sont nécessaires, visent à satisfaire des donneurs d'ordres étrangers ( Bruxelles, Berlin ou d'autres ) , que ces ordres sont répercutés par des "princes esclaves" selon l'expression de Gaston Fessard. Piètre posture pour exiger "du sang et des larmes".

Ajoutons que les réformes libérales sont plus faciles à faire en période de croissance : il est plus aisé par exemple de rétablir l'équilibre budgétaire quand les rentrées fiscales augmentent, de supprimer des postes de fonctionnaires quand le secteur privé recrute, d'augmenter le temps de travail quand on peut en même temps augmenter les salaires . Rien de tel ne se profile à l'horizon 2017. L'assouplissement du Code du travail a lui-même peu de chances de se traduire par des recrutements massifs si les conditions macroéconomiques d'une reprise ne sont pas au rendez-vous.

La convergence des propositions des candidats républicains ne tient pas seulement au conformisme technocratique : ne remettant évidement pas en cause l'euro , ils n'envisagent pas non plus des solutions alternatives comme un vigoureux transfert des charges sociales sur la TVA dite "TVA sociale" ( assortie d'une hausse des salaires à due proportion, sinon la mesure apparaitra elle aussi pénitentielle) . A l'intérieur des contraintes dans lesquelles ils inscrivent leur projet, la seule solution qu'ils voient pour relancer la croissance est la politique dite de l'offre : faciliter l'initiative des chefs d'entreprise en améliorant leur situation financière et réglementaire vis à vis du reste de la population. Une telle politique serait sans doute acceptée par les Français s'ils étaient sûrs de son efficacité, ce qui n'est évidemment pas le cas, non sans raisons. Sans compter le risque qu'une compression brutale des dépenses publiques et privées n'enfonce davantage encore le pays dans la récession.

Le plus probable à ce jour est que le prochain président soit issu des rangs des Républicains. La règle à suivre par ceux qui conseillent les candidats à la primaire de ce parti ne devrait pas être seulement "plus libéral que moi tu meurs", mais : "comment éviter que la nouvelle majorité ne soit carbonisée en trois mois ?" Autrement dit, comment ne pas réitérer les mésaventures de 1986 et 1995 : toute la population dans la rue aux premières réformes ? Mais qui s'en souvient ? C'est alors en effet qu'aurait lieu l'explosion que tout le monde attend depuis des mois, voire des années . Les réformes en seraient définitivement discréditées et la gauche, malgré son épuisement idéologique, se trouverait une fois de plus, remise en selle.

Roland HUREAUX

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20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 06:53

Paru dans Liberté politique

Incontestablement , Robert Ménard a réussi son pari : réunir à Béziers ce qu'Eric Zemmour a appelé la "droite hors les murs" : tous les conservateurs qui ne se reconnaissent pas dans les grands partis se réclamant de la droite : Les Républicains, le Front national principalement.

Les idées de droite aujourd'hui : l'attachement à la France , non seulement, comme idée abstraite mais comme civilisation , héritage chrétien compris, et réalité charnelle , un attachement de plus en plus tenu par les médias dominants pour du fascisme. Il y a 50 ans, on aurait dit que la patrie n'était ni de droite et de gauche , aujourd'hui l'essentiel de la gauche - et une partie de la droite - sont ralliés au mondialisme euro-atlantique pour lesquels cette idée est surannée et même fasciste. Cette gauche est adepte, dans un domaine ou une autre , et le plus souvent tous, d'idéologies simplificatrices , que beaucoup jugent destructrices.

Plus de 2000 participants , plus de 100 intervenants dans une vingtaine d'ateliers sur des thèmes recouvrant l'ensemble des domaines de l'action publique . Les plus suivis de ces ateliers furent , on n'en sera pas étonné, ceux qui concernaient l'immigration, la justice ou l'éducation.

Ce qui frappait : le qualité exceptionnelle des intervenants, à commencer par Denis Tillinac chargé de prononcer le discours d 'ouverture , une qualité que ne reconnaîtront sans doute pas les idéologues qui tiennent lieu d'intellectuels à la gauche, mais qui était pourtant bien réelle.

Parmi les nombreux intervenants, certains très à droite, tel Alain de Benoist, aujourd'hui parti en guerre contre le TAFTA, ou Renaud Camus, dénonçant inlassablement le "grand remplacement", d'autres pas vraiment comme Jean-Paul Brighelli ou l'inclassable Jean-Paul Gourévitch, qui étaient là plutôt comme techniciens respectivement de l'éducation et de l'immigration, tout comme Xavier Raufer l'était de la sécurité . A côté d'eux, une pléiade de personnalités ayant occupé des responsabilités importantes : ministérielles comme François Guillaume , professionnelles comme Charles Beigbeder , municipales comme Xavier Lemoine, judicaires comme Philippe Bilger , militaires comme le Général Antoine Martinez ou associatives comme Jacques Bichot , François Billot de Lochner ou Ludovine de la Rochère, Karim Ouchikh , président du CIEL, et bien d'autres ayant au minimum écrit des livres hors des sentiers de la pensée unique : Charles Gave, Hervé Juvin, Chantal Millon, Serge Federbusch, Frédéric Pons, Gilles-William Goldnadel, Béatrice Bourges, Daniel Fédou.

Le changement ne peut venir que de droite

La droite , de qui seule à l'évidence, peut venir aujourd'hui le changement que les Français attendent , apparait composée de deux grandes forces politiques: les Républicains et le Front national, très séparées idéologiquement au niveau de leurs dirigeants , beaucoup moins au niveau de leurs militants . Entre les deux, la galaxie de Béziers où il y avait de quoi composer un conseil des ministres de meilleure tenue que dans certains partis.

Mais comment aboutir à une vraie synergie de ces forces ? Béziers pourrait être comparé au boson de Higgs, qui donne du poids ( de la masse) aux autres particules qui sans lui n'en ont pas . Mais là où la nature se charge de faire les amalgames, la politique a plus de mal.

Malgré l'extrême diversité des tempéraments et des engagements , presque tous les participants de Béziers n'avaient pas, sur la plupart des sujets, des idées franchement incompatibles. Seul l'euro auquel certains, tel Robert Ménard lui-même à ce qu'on a compris, demeurent attachés, constituait un clivage, rapidement évacué.

Il reste difficile de trouver à ce rassemblement un débauché politique. Eloignés des idées des candidats républicains ( sauf Jean-Frédéric Poisson qui était présent et Jaques Myard) les participants se méfient pour la plupart du Front national : ne murmure-t-on pas qu'il attendrait 2022, ce qui indigne Robert Ménard pour qui le changement c'est 2017. Il est jugé par beaucoup trop endogamique et peu ouvert.

Un incident a confirmé ce défaut ouverture: l'ordre donné le samedi par Marine Le Pen à ses cadres, Marion Maréchal comprise, de quitter le forum à la suite d'une déclaration de Robert Ménard qui ne lui avait pas plu. Tempête dans un verre d'eau.

Quelle stratégie dès lors pour les "Biterrois" ? Si une centaine de propositions a été présentée en fin de colloque, de manière hâtive à notre gré, cette stratégie n'est pas apparue clairement . Aucun candidat à la présidentielle ne s'est déclaré. Nul doute que la plupart de ceux qui étaient là se rallieraient à un Philippe de Villiers qui résume à peu près leurs positions, mais , quoique représenté, il n'était pas là, et il reste silencieux.

Alors quoi ? Fonder un nouveau parti ? il n'en est pas question non plus pour le moment . Peut-être un programme plus élaboré , ou alors une sorte de contre-gouvernement mettant en valeur les compétences nombreuses que Robert Ménard a su réunir. Béziers est encore une affaire à suivre.

Roland HUREAUX

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20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 06:45

Publié dans Atlantico et Liberté politiqiue

C'est hier soir que le concert de Black M, heureusement annulé, devait avoir lieu à Verdun.

Avec le recul, on se demande comment une idée aussi saugrenue que de célébrer le centième anniversaire de la bataille de Verdun par un concert de rap a pu venir à un élu local et aux mentors qui, dans les ministères, l 'ont conseillé.

Non que le spectacle, en soi, soit blâmable, mais parce que les décideurs en cause n'ont apparemment pas compris qu'une telle célébration exigeait un minimum de gravité, qu'on ne pouvait donner un concert de ce genre dans un cimetière avec 300 000 morts sous les pieds !

C'est là , qu'on le veuille ou non, le signe d'une grave perte de repères, d'une inconscience et d'une légèreté suffocantes chez les dirigeants socialistes, et pas seulement eux . Et derrière les dirigeants, il faut bien le dire, une partie de l'opinion, à qui l'"enseignement de l'ignorance" a enlevé toute conscience historique. Verdun réduit à une sorte de jeu vidéo, pourquoi pas un concert de rap sur le site ?

De l'inconscience à la haine

Au moins autant que cette inconscience frappe le torrent de haine absolument abyssal qui a sous-tendu la réaction d'un certain nombre de responsables gouvernementaux face à la protestation.

Audrey Azoulay , ministre de la culture, voit dans l'annulation du concert l'effet d' "un ordre moral nauséabond et décomplexé". "N’acceptons jamais cela" avertit-elle. Dit au milieu des flonflons du Festival de Cannes, on devine combien cela peut refléter le sentiment du peule réel ! Pour son trop illustre prédécesseur, Jack Lang, qui n' a pourtant de leçons de morale à donner à personne, il ne fallait pas « capituler devant l’idéologie frontiste ».

Christiane Taubira s'insurge , elle, contre ceux qu’elle appelle « les rois du bannissement », « ceux qui n’ont jamais ni fauté, ni combattu (...) "toutes leurs paroles sont de travers ».

Le secrétaire d’Etat aux anciens combattants, un certain Jean-Marc Todeschini, avait déjà exprimé dans un communiqué sa « colère de voir qu’un déferlement de haine, d’injures et de menaces force un élu à annuler le concert d’un artiste ». En attendant, la haine et les injures, c'est plutôt lui.

Une certaine droite n'a pas été en reste : l'ancien ministre du logement, Benoit Apparu, proche d’Alain Juppé, a déploré dimanche l’annulation du concert du rappeur Black M , y voyant « une capitulation » du gouvernement face aux « pressions » du Front national.

Avec une parfaite mauvaise foi, on n' a pas manqué de taxer de racisme les opposants au concert: qui peut croire qu'en cette circonstance, la Marseillaise chantée par une Barbara Hendricks aurait choqué qui que ce soit[1] ?

La common decency

George Orwell a rappelé que le principal rempart à l'horreur sous toute ses formes était la common decency, le sens de la décence propre aux gens ordinaires. Que penserait-il de voir que les hiérarques précités, en confèrent le monopole au Front national , ignorant ainsi délibérément toutes les protestations qui n'émanaient pas de ce mouvement ?

Perte du sens du réel - et de la décence - , haine à la puissance x fondée sur un manichéisme sommaire où n'existent plus que les fascistes et les antifascistes, ces deniers étant hostiles à tout ce qui peut trouver encore une signification à la France, on reconnaitra là deux des traits qui caractérisant le fait idéologique.

On ajoutera que l'idéologie, tendant à la disqualification absolue du passé , fera ses choux gras d'un événement comme la bataille de Verdun qui semble en montrer le caractère criminel. Bafouer tous les souvenirs pathétiques ou héroïques qui se rattachent à ce lieu, transgresser délibérément les repères éthiques de toujours, est , dans la démarche idéologique , une manière de montrer que nous sommes entrés dans une ère nouvelle qui périme sans retour toutes les considérations d' autrefois. Hollande et Merkel[2] ne célébraient pas en ce lieu une bataille du passé, c'est , habillée aux couleurs de l'Europe, l'idéologie qui se célébrait elle-même. Ceux qui n'entrent pas dans ce schéma fou , ne serait-ce que parce qu'ils pensent que tout dans l'histoire n'est pas à rejeter , ne pouvaient qu'être désignés à la vindicte publique.

Perte du contact avec le réel , haine absolue de tout ce qui ne vit pas dans le même bulle, les psychanalystes auront reconnu là la colère de l'enfant sorti du cocon maternel quand il découvre la dureté cuisante du réel.

Or cet enfant est capable de tout: selon Hannah Arendt, les idéologues sont atteints d'une forme de folie. Puisque il était question au départ de célébrer un immense massacre, avec le souci qu'il ne se reproduise jamais, comment ne pas s'alarmer que de telles gens aient aujourd'hui à décider de sujets aussi graves que la paix et la guerre ?

Roland HUREAUX

[1] Il est d'ailleurs remarquable , soit dit en passant , que Black M , dont on a découvert à cette occasion les dérapages raciste sent antisémites , en soit , par exception, exonéré.

[2] Qui au même moment mettent l'Europe en état de guerre ave ca Russie !

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20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 06:41

ANNA LINDH, JOE COX : UNE TROUBLANTE COINCIDENCE

Anna Lindh était suédoise, de gauche et très favorable à l'adhésion de la Suède à l'euro. Ministre des affaires étrangères, elle était devenue l'égérie des partisans de l'euro. Mère de deux jeunes enfants, elle est assassinée à 46 ans à Stockholm.

Joe Cox était anglaise , de gauche et très favorable au maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne. Députée travailliste, elle était devenue l'égérie des opposants au Brexit. Mère de deux jeunes enfants , elle est assassinée à 42 ans à Leeds.

Le premier meurtre a eu lieu le 11 septembre 2003, à trois jours du scrutin.

Le deuxième meurtre a eu lieu le 16 juin 2016, à six jours du scrutin.

Deux victimes pathétiques.

Dans les deux cas, le meurtriers sont des déséquilibrés. Ils avaient fait des séjours en hôpital psychiatrique. Le premier était d'origine serbe, le second est anglais. Des meurtriers dans le genre de Lee Harvey Oswald dit François Asselineau , homme politique français , président d'un petit parti souverainiste, l'UMP, qui dès le 8 juin avait envisagé que les partisans du maintien aient recours à un attentat analogue à celui qui avait frappé Anna Lindt[1].

Le bruit a couru que le meurtrier de Joe Cox , apolitique pur les uns néo-nazi pour les autres, aurait crié au moment du meurtre « la Grande-Bretagne d’abord ». Mais le témoin cité a démenti avoir entendu rien de tel. Les techniciens de la communication le savant : après un drame, c'est la première parole que l'on retient.

La presse favorable au maintien a immédiatement installé le meurtrier dans le rôle de partisan fanatique du Brexit. Mal inspiré puisque les sondages étaient en train de se retourner en faveur du Brexit.

Etre contre l'Europe de Bruxelles, n'est ce pas être nationaliste et donc nazi , et donc criminel en puissance ?

Le meurtre de Stockholm , venu trop tard sans doute , n 'avait pas changé l'issue du scrutin : les Suédois avaient refusé l'euro et s'en portent d'autant mieux aujourd'hui. Celui de Leeds a déjà inversé les sondages en faveur du maintien dans l'Union européenne.

Entre complotisme et naïveté

Entre le complotisme et la naïveté, la ligne de faîte est étroite. La coïncidence entre les deux drames demeure troublante.

Ce qui est sûr , c'est que le Brexit remettrait en cause à terme l'Union européenne dans son ensemble et que celle-ci est une des pièces maîtresses de l'architecture politico-militaire et économique de plus en plus contraignante qui est imposée au monde occidental. Obama, plus impérial que jamais, est venu dire aux Britanniques ce qu'ils devaient voter.

Les défenseurs de l 'ordre occidental ne plaisantent pas. Les idéologues non plus. La logique des idéologies - et la construction européenne qui prétend en finir avec les nations , comme d'autres voulaient en finir avec les classes sociales en est une - , font toujours passer leur logique avant toute autre considération. Le crime ne leur fait sûrement pas peur.

Si les électeurs britanniques , après avoir dit non au Brexit, découvrent un jour qu'ils ont été manipulés, nul doute que l'Europe aura un goût de sang.

Roland HUREAUX

[1] http://reseauinternational.net/assassinat-de-la-championne-anglaise-du-camp-pro-europe-jo-cox-scenario-pronostique-par-francois-asselineau-des-le-8-juin-lors-dune-interview-verite/

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12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 06:49

PEUT-ON ENCORE LIBÉRER
LA FRANC
E ?

Forum sur la politique étrangère de la France
animé par Eric Branca

Le coût de la dépendance , les moyens de l'indépendance

Chômage, terrorisme, migrations , crise de l'autorité : peu de problèmes parmi ceux que rencontre notre pays qui ne découlent de la perte de notre indépendance. Son rétablissement est la condition de notre redressement . Quels moyens pour y parvenir ?

8 h 15 - Accueil

8 h 30 - Introduction - Francis Choisel, historien, président de l'Alliance pour la France : Une sémantique de l'indépendance

Première partie : Géographie de la dépendance

Hervé Juvin , consultant, essayiste - Le mur de l'Ouest

Richard Labévière, journaliste - Diplomatie et terrorisme : le Proche-Orient

David Mascre, essayiste - Sous la coupe de Berlin et de Bruxelles

Vladimir Tozzi - A l'Est : devant la guerre

10 h 30 - Pause

Deuxième partie : Quels secteurs stratégiques
pour un redresseme
nt ?

Jean-Michel Quatrepoint , journaliste - Pour éviter la dépossession de notre patrimoine industriel

Amiral Jean Dufourcq - Pour une relance stratégique

Anne Gazeau-Secret , ancienne directrice générale de la coopération culturelle scientifique et technique - Luttes d'influences et guerre culturelle

Alfred Gilder, écrivain - La francophonie, un levier d'avenir

12 h 00 - Conclusions - Roland Hureaux , essayiste, président de Mouvance France : Pas de redressement sans indépendance

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26 mai 2016 4 26 /05 /mai /2016 14:24

Paru dans FigaroVox

L'Union européenne a accordé à la Turquie le droit d 'entrée sans visa de ses ressortissants sur le territoire de l'Union européenne à partir du 1er juin.

En échange de quoi ?

Le 18 mars, le président Erdogan prononçait un discours violent contre la Belgique: « Il n’y a aucune raison que la bombe qui a explosé à Ankara (une bombe venait d'exploser en effet le 14 mars, Erdogan accusant les Kurdes) , n’explose pas à Bruxelles ou dans une autre ville européenne (…) Là, je lance un appel aux États qui leur ouvrent les bras qui, directement ou indirectement, soutiennent les organisations terroristes. Vous nourrissez un serpent dans votre lit. Et ce serpent que vous nourrissez peut à tout moment vous mordre (...) quand les bombes commenceront à exploser dans vos villes, vous comprendrez certainement ce que nous ressentons. Mais alors, il sera trop tard. »

Le 20 mars, le gouvernement turc convoquait l'ambassadeur de Belgique pour demander que la Belgique ferme le pavillon installé par des manifestants kurdes face au Conseil européen, à la station de métro Maelbeek. Pendant la nuit, les tentes ont été saccagées, avant d’être incendiées on ne sait par qui.

Quatre jours après le discours d'Erdogan, le 22 mars, des attentats frappaient Bruxelles, faisant 34 morts et 260 blessés. Un des deux attentats avait lieu à la même station de métro Maelbeek.

Le matin de cet attentat , le quotidien Star, organe officieux du régime d' Erdogan, ouvrait sa "une" sous le titre « La Belgique, État terroriste ».

Le 23 mars la presse turque gouvernementale se réjouissait de la punition infligée à la Belgique . Le même Star faisait une édition spéciale intitulée : "Le serpent que nourrissait la Belgique en son sein l’a mordue », référence explicite au discours du président Erdogan du 18 mars Un autre journal pro-Erdogan titrait : « Celui qui dort avec le terrorisme, se réveille avec lui.» Le même jour, le journal islamiste Akita, un des organes du Parti de la Justice (gouvernemental) reprenait le même argument en une: « La Belgique soutient les terroristes (...) Le gouvernement belge, en soutenant les Forces de défense populaire (YPG) ( Kurdes qui luttent contre Daesh en Irak et en Syrie) a agi comme s’il disait aux djihadistes: "Venez me mettre des bombes ».

En octobre 2015, Erdogan venu faire campagne à Strasbourg auprès des Turcs émigrés, pour les élections législatives du 1er novembre, avait attaqué avec violence l'Union européenne. Il présentait la Turquie comme le défenseur de « la vraie civilisation » face à une Europe affectée par « la xénophobie, l’islamophobie et le racisme ». Des bagarres eurent même lieu à Bruxelles entre services de sécurité belges et turcs.

Le 11 janvier dernier, le roi Abdallah de Jordanie, à Washington, devant une commission sénatoriale[1], avait accusé le président Erdogan d’avoir organisé la vague de migrants vers l’Europe et d’y avoir intentionnellement infiltré des djihadistes. On voit mal en effet comment un million de migrants auraient pu quitter la Turquie sans que le gouvenrment turc y soit pour quelque chose. Il faut savoir que ces migrants, pour la plupart, sont non les vrais réfugiés de l'Est de la Turquie mais d'autres que les passeurs sont allé chercher via le Liban dans la région de Damas . Ces derniers seuls peuvent payer entre 5000 et 10 000 € le passage en mer Egée . Réputé proche des Frères musulmans, Erdogan, alors Premier ministre rêvait en 1999 de conquérir l'Europe par l'immigration : «Les minarets seront nos baïonnettes, les coupoles nos casques, les mosquées nos casernes et les croyants nos soldats.»

Proximité d' Erdogan et de Daesh

De manière notoire, Erdogan continue à aider Daesh . Les 7500 camions qui font la force du khalifat autoproclamé , et la plupart de ses armes, ont transité par la Turquie. Daesh se finance en vendant au marché noir du pétrole par la Turquie, le fils de Recip Erdogan étant une des intermédiaires. Par la Turquie transitent aussi les dizaines de milliers de djihadistes venus du monde entier renforcer les groupes rebelles . Erdogan a ainsi contribué plus que quiconque à déclencher la guerre civile en Syrie puis à faire émerger Daesh . S'il cessait de le soutenir, du jour au lendemain, Daesh cesserait d'exister. Daesh qui a revendiqué les attentats de Paris et de Bruxelles.

Pour récompenser Erdogan de toutes ces bonnes manières , Angela Merkel est venue l'aider juste avant les élections du 1er novembre 1995 qu'il risquait de perdre. Elle lui a promis à cette occasion 3 milliards d'euros, la reprise des négociations d'entrée de la Turquie dans l'Union européenne et la libre entrée des Turcs sur son territoire .

C'est exactement ce que la même Merkel, négociant au nom de l'Union européenne a concédé à Erdogan dans l'accord passé le 18 mars. Avec encore 3 milliards d'euros en prime.

Contrepartie : une vague promesse de cessation de l'afflux de réfugiés, la possibilité pour les Grecs de renvoyer jusqu'à 72 000 réfugiés tenus pour faux en échange de vrais. Cette seule clause, sans incidence sur le flux total qui dépasse aujourd'hui le million a néanmoins valu de toutes parts aux Européens un déluge d'opprobre de la part de la bien-pensance internationale

Avec la libre entrée de ses ressortissants, la Turquie, qui bénéficie déjà de la libre entrée de ses marchandises et d'aides considérables, est devenue de facto membre de l'Union européenne, au nez et à la barbe des peuples qui n'en voulaient pas. Merci Madame Merkel, merci l'Europe.

Roland HUREAUX

[1] http://www.middleeasteye.net/news/jordans-king-accuses-turkey-sending-terrorists-europe-168759

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26 mai 2016 4 26 /05 /mai /2016 14:23

Au moment où il paraît de plus en plus vraisemblable que l'élection présidentielle américaine se jouera entre Donald Trump et Hillary Clinton, il n'est pas inutile de se rappeler ce que fut la politique du mari de celle-ci, le président Bill Clinton à l'égard de notre pays entre 1992 et 2000 .

Disons le: la présidence Clinton a été sans doute la plus hostile aux intérêts français qu'il y ait jamais eue dans l'histoire de ce pays.

Deux affaires méritent d'être rappelées : celle du Rwanda qui a vu les Etats-Unis appuyer dans le courant des années 1990 avec discrétion mais efficacité l'équipée de Paul Kagame , parti de l'Ouganda voisin pour reconquérir le pouvoir à Kigali au bénéfice de la minorité tutsi chassée du pays en 1959, contre un gouvernement issu de la majorité hutu soutenu par la France. Les dégâts furent considérable: au moment de l'ultime offensive des rebelles , l'accident d'avion qui coûta la vie aux deux présidents hutu du Rwanda et du Burundi le 6 avril 1994 , dont des proches de Kagame eux-mêmes ont avoué qu'il en était l'instigateur, fut le déclencheur de ce qui fut présenté comme le massacre de la minorité tutsi de l'intérieur; ce massacre justifia après coup l'invasion, commencée plus tôt, du pays par les troupes de Kagame. Cette invasion peut être interprétée aussi bien comme la conséquence du massacre que sa cause . Mais une fois au pouvoir, le président Kagame, envahit en 1995-96 le Congo (RDC) voisin pour exercer des représailles terribles contre les réfugiés hutus et , de fait, mettre la main sur la province du Kivu, riche en minerais de toute sorte . Si les massacres du Rwanda avaient fait près d' 1 million de morts , pas tous tutsis et pas tous du fait de l'ancien gouvernement hutu, l'invasion du Kivu est , elle, selon les chiffres de l'UNHCR directement ou indirectement responsable de 4 millions de morts.

Si le gouvernement Clinton n'avais pas appuyé la rébellion de Kagame, tous cela ne serait pas arrivé. Le gouvernement hutu de Habyarimana n'était certainement pas tendre pour les Tutsis ( pas plus que la Révolution française ne l'avait été pour l'ancienne aristocratie), mais il restait dans le registre des dictatures africaines ordinaires, alors que ce qui est arrivé au cours de la guerre de 1994-1996 dépasse toutes les bornes de l'horreur.

L'aboutissement de cette opération a été que le Rwanda de Kagame a quitté la francophonie pour adhérer au Commonwealth ! Son but, auquel le gouvernement Clinton ne saurait être étranger, même si la crise avait commencé avant lui , était d'éliminer la France de la région des Grands Lacs . Cette élimination fut complète quand Jacques Chirac retira en 1996 les conseillers français de l'armée congolaise qui faisait face au Kivu à une armée rwandaise tutsi encadrée par des officiers US. Ces événements avaient , entre autres, fait dire à Mitterrand vieillissant :

« La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort apparemment et pourtant une guerre à mort. » ( cité par Georges-Marc Benhamou, Le dernier Mitterrand).

Une guerre sans mort français évidemment , avec 5 millions de morts africains tout de même !

Affaiblir les intérêts français et en tous les cas les méconnaître, c'est ce qu'on voit aussi dans la guerre de Yougoslavie et notamment dans sa phase la plus aigue, la guerre dite du Kosovo de 1999 , où les forces de l'OTAN , hors de toute légalité internationale à l'instigation des Etats-Unis et de l'Allemagne , bombardèrent pendant des semaines, le territoire de la Serbie, faisant 20 000 morts, tous civils. Tout au long de ce conflit, les Etats-Unis prirent systématiquement le parti des alliés historiques de l'Allemagne: Croates, Albanais, Kosovars, Bosniaques musulmans, les mêmes qui avaient fait bon accueil à la Wehrmacht en 1941 et combattirent au contraire avec un rare acharnement les Serbes, alliés historiques de la France et de l'Angleterre et ennemis de l'Allemagne. Il est vrai que le président Chirac s'est montré complice de cette opération qu'il aurait pu empêcher. Mitterrand, avait dit "moi vivant, la France ne fera pas la guerre à la Serbie." Margaret Thatcher ne pensait pas autrement. Dépourvu de cette conscience historique, Jacques Chirac, pour des raisons qui restent à éclaircir, n'eut pas ces scrupules.

On objectera que les entreprises de Clinton allaient dans le sens des droits de homme frappant les "méchants" ou protégeant les "bons". Qui est encore dupe de cette rhétorique, composante de la guerre médiatique et psychologique qui accompagne désormais toutes les opérations militaires et dont les clefs se trouvent outre-Atlantique ? Quand un régime est diabolisé dans l'opinion mondiale, nous ne savons pas s'il le mérite vraiment, mais nous savons qu'à coup sûr il n'est pas dans le camp des Etats-Unis !

A ce bilan peu glorieux des relations franco-américaines au temps de Clinton, on pourrait ajouter l'offensive commerciale de l'Amérique contre la politique agricole commune, dans le cadre des négociations du GATT, offensive qui conduisit l'Europe, au dépens des intérêts français, à démanteler partiellement les protections de son agriculture, au travers de la réforme de la politique agricole commune (1992) et le l' accord de Blair House (1993). L'agriculture française ne s'en est jamais remise.

Il est difficile de trouver d' autres présidents des Etats-Unis qui aient été aussi hostiles aux intérêts français que Bill Clinton. La France n'eut guère à se plaindre de la plupart des présidents républicains : Eisenhower, Nixon ( qui ne cachait pas son admiration pour le général de Gaulle), Reagan et même Bush père et fils, quelque contestables qu'aient été les initiatives internationales de ces derniers. Pas davantage de certains démocrates comme Truman, Carter et même Obama : que la présidence de ce dernier coïncide avec une inféodation sans précédent de notre pays est à mettre au passif, moins du président américain lui-même que des dirigeants français qui acceptent cette inféodation . Kennedy ne fit rien pour faciliter la solution de la guerre d'Algérie et sabota les initiatives européennes de la France, ce dont le général de Gaulle ne lui tint pourtant pas trop grief. Il devait s'entendre beaucoup plus mal avec son successeur Johnson.

Sans doute Mme Hillary Clinton n'était-elle entre 1992 et 2000 que la première dame d'Amérique, sans responsabilité officielle dans la politique étrangère américaine. Mais on doute qu'une personnalité de cette envergure ait pu être totalement étrangère aux événements que nous avons évoqués. Le nom de Clinton ne devrait inspirer aucune sympathie en France.

Roland HUREAUX

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26 mai 2016 4 26 /05 /mai /2016 14:21

Le profil des trois familles ramenées par le pape François de l'île de Lesbos confirme ce qu'on croyait savoir des réfugiés syriens qui passent de Turquie en Grèce : ils appartiennent surtout à la petite bourgeoisie du Sud de la Syrie : enseignants , artisans, qui seule a les moyens de payer les sommes considérables exigées par les passeurs ( alors qu'il serait si simple de leur permettre d'acheter un billet d'avion d'Istamboul à Berlin , si vraiment les Allemands sont prêts à les recevoir ! ). Deux de ces familles viennent de Damas qui est aujourd'hui relativement sécurisée. Les mafieux qui organisent les transferts vont les chercher , en leur faisant miroiter l'espoir d'une vie meilleure, et les emmènent d'abord vers le Liban , puis du Liban à la Turquie occidentale en bateau ou en avion.

Les scandaleuses sanctions européennes

Il est vrai que la sécurité n'est pas tout : la population syrienne vit dans une pauvreté considérable. A côté de la guerre, la grande cause de cette pauvreté, ce sont les sanctions économiques que l'Union européenne inflige à la Syrie et qui interdisent entre autres d'y envoyer nourriture ou médicaments. Le pape François, à qui vient d'être remis le prix Charlemagne, s'élèvera-t-il contre ce scandale absolu ?

Les réfugiés syriens qui ont quitté le pays de force se trouvent parqués dans des conditions innommables à la frontière de la Turquie et , faute d'avoir les moyens de payer, la plupart ne partent pas.

Le Saint-Siège a fait savoir que s'il n'y avait pas de familles chrétiennes parmi celles qu'il a recueillies, c'est qu'aucune n'avait les papiers en règle. Pour avoir un dossier en règle, il faut passer, au Liban ou en Turquie, par des officines d'interprètes arabes qui, de manière notoire, privilégient les musulmans. Une raison plus compréhensible de l'absence de réfugiés chrétiens serait la crainte d'encourager les départs des chrétiens hors du Proche-Orient partagée par tous les chefs religieux d'Orient et d'Occident. Mais pourquoi dès lors encourager le départ des autres ?

Nous ne reprendrons pas à notre compte les accusations de ceux qui suspectent le Saint-Père de démagogie. Comment pourrait-il faire autrement , compte tenu de ce qu'il est, que d'encourager l'accueil des individus par des individus , ou celui des familles par des familles ?

Ethique de conviction et éthique de responsabilité

Mais il ne s'agit pas seulement de cela : la question est de savoir s'il faut accueillir des populations entières, arrivées en Europe dans des conditions qui sont loin d'être claires. Le jeu d'Erdogan , président de la Turquie, est le plus trouble qui soit : maîtrisant les flux de réfugiés ou assimilés vers l' Europe, il n'a rien fait pour les retenir . Volonté d'islamiser par ce biais le vieux continent européen, qu'il n'a pas cachée en d'autres temps , chantage pour recueillir des milliards ou bien pour obtenir le libre accès des Turcs en Europe ? Le mouvement des migrants , comme le rappelait récemment le roi Abdallah de Jordanie, n'a en tous les cas rien de spontané.

On soupçonne même le président turc de vouloir se servir de cette facilité pour expulser les Kurdes vers l'Europe et la Syrie et les remplacer par les réfugiés syriens de l'Est qui , eux, ne partent pas.

Dès lors , la décision d'accueillir ou de ne pas accueillir ces populations n'est plus de l' ordre de la charité individuelle mais de la décision politique. Elle ne ressortit plus, pour reprendre la célèbre distinction de Max Weber, à l' éthique de conviction, mais à l'éthique de responsabilité. S'il ne s'agissait que de moyens financiers, on pourrait penser que l'Europe a encore les moyens d'accueillir beaucoup de monde malgré le chômage qui y règne presque partout, sauf en Allemagne ; mais il ne s'agit pas que de cela : les chefs d'Etat européens ont-ils le droit de mettre en cause la sécurité de leurs populations : sécurité au quotidien mais aussi, à terme, sécurité de tout le pays, sachant que le multiculturalisme ou le pluralisme religieux, on ne le répètera jamais assez, ont toujours produit, un jour ou l'autre, la guerre civile ( Liban, Bosnie, Ceylan ) ?

Porter un jugement sur ce sujet est l'affaire des chefs d'Etat et de gouvernement et de personne d'autre. Le pape n'a en la matière aucune autorité. Il peut même arriver que des responsables politiques catholiques aient des opinions différentes de la sienne: c'est arrivé souvent dans l'histoire . La très catholique ville de Florence a longtemps fait la guerre à la papauté : Dante s'en fait l'écho. Charles Quint , qui se voulait pourtant le champion de l'Eglise catholique , a laissé sa soldatesque ravager la ville de Rome (1525) . La bataille de La Boyne (1690) oppose le parti protestant d'Angleterre et les catholiques d'Angleterre et d'Irlande soutenus par Louis XIV. Le pape était du côté de protestants et a fait chanter le Te Deum à la basilique Saint-Pierre quand les protestants eurent écrasé les catholiques.

Depuis la Révolution de 1789 , les catholiques de France ont pris l'habitude intellectuellement confortable d'être ultramontains ( ce qui veut dire prendre le parti de la papauté non seulement sur le plan religieux mais aussi sur le plan politique). Au XXe siècle, il s'est trouvé que les causes défendues par la papauté , hostilité au communisme en particulier, coïncidaient avec les intérêts l'Europe occidentale . La question migratoire peut être l'occasion pour les catholiques européens de retrouver en matière politique la saine indépendance d'esprit qui a longtemps fait le génie de l'Europe . Les Polonais et les Hongrois leur montrent l'exemple.

C'est en vain en effet qu' on culpabilise les catholiques , en cette année de la miséricorde, en disant qu'ils manquent de générosité ou qu'ils doivent surmonter leurs peurs. Il est vrai qu'ils ont peur et pas seulement que leurs filles soient violées, ce qui serait après tout légitime pour des pères de famille. Ils ont d'abord peur que l'Europe cesse d'être chrétienne, qu' il lui arrive ce qui est arrivé à l'Asie mineure au cours des siècles : jadis première terre chrétienne, aujourd'hui vidée de ses chrétiens , les massacres de 1916 leur ayant porté le coup final. La population musulmane est en passe d'être majoritaire à Londres et à Bruxelles . Le nouveau maire de Londres est musulman. En prolongeant avec lucidité les courbes actuelles de l'immigration, de la natalité et , il faut bien le dire, de la déchristianisation, c'est toute l'Europe qui le sera à terme plus ou moins rapproché. Sauf miracle sur lequel un homme d'Eglise peut certes miser mais pas un homme d'Etat.

Etre attaché à son pays, à sa patrie, à sa civilisation est le sentiment le plus noble qui soit. Il est aussi le plus puissant : jamais dans l'histoire le sentiment religieux ne l'a emporté sur le sentiment national ou identitaire. Le catholicisme en Pologne ou en Irlande , l'orthodoxie en Russie ou en Serbie, l'islam dans le monde arabe et au Pakistan n'ont eu tant de force , comme l'avait si bien compris Jean Paul II, que parce qu'ils s' identifiaient à la nation. Il est vrai que le chrétien se doit d'être " tout à Dieu" et donc , croit-on, d'être prêt à tout lui sacrifier , y compris sa patrie . Mais sacrifier sa patrie , n'est ce pas cesser d'être ? Et avant d'être chrétien , ne faut-il pas être tout court ? Malgré les Lumières, une partie de l'Europe sent que son identité est inséparable de l'héritage chrétien. L'idée que ce sentiment, parfaitement naturel, le mette en contradiction avec ses pasteurs qui ne verraient là, fort injustement, qu'une forme d'égoïsme, risque de gravement les détourner d'eux.

Roland HUREAUX

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