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Roland HUREAUX

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26 mai 2016 4 26 /05 /mai /2016 14:14

Pas de semaine sans qu'un organe de presse ne mette en vedette Emmanuel Macron, ministre de l'économie et des finances, lequel se tient parmi les premiers des classements de popularité, suivis de près en ces temps de pré-élection présidentielle.

Pour alimenter un peu plus la chronique, il vient de lancer un parti : "En avant" qui aurait déjà 13 000 adhérents.

Que cela agace prodigieusement ses collègues du gouvernement, et d'abord Manuel Valls ne fait pas de doute. Les socialistes de gauche sont, eux, furieux de la montée de ce traître qui n'est même pas social.

Il reste que Macron est aujourd’hui la coqueluche d'une partie de l'opinion : socialistes modérés qui comptent sur sa popularité pour échapper au désastre annoncé di PS , patronat (M.Gattaz ne tarit pas d'éloges), centristes, hommes de la droite modérée qui veulent montrer qu'ils ont l'esprit large en ralliant un ministre de Hollande.

Or rarement on a vu un emballement aussi illusoire.

Un emballement illusoire

Il tient certes pour une part à la popularité artificielle de ceux qui sont aux lisières de la droite et de la gauche et recueillent des suffrages des deux bords: Simone Veil, Bernard Kouchner, Jean-Louis Borloo en profitèrent sans que cela ait eu jamais le moindre débouché politique.

Il plait certes à la droite. Il en gagnerait même, dit-on, la primaire ! Il est vrai qu'il fut le rédacteur du rapport Attali, commandé par Sarkozy , où la Grèce était présentée comme un modèle de bonne gestion...

Tout enflé de termes comme élan, audace, réformes radicales, levée des blocages dont il précise rarement le contenu, son discours peut illusionner. Mais espère-t-il vraiment conquérir le peuple en promettant plus d'Europe, au moment où Anglais et Néerlandais songent à quitter le navire ? Il ne s'est jamais présenté à une élection, cela se voit.

Par derrière ce succès, une idée aussi répandue que fallacieuse : si les choses vont si mal, c'est que la droite et la gauche se chamaillent. Qu'elles s’endentent donc pour nous faire une bonne politique. Mais pourquoi espérer qu'une droite et une gauche qui n'ont pas résolu les problèmes le feraient mieux ensemble que séparément ? Cela marque les limites d'une opération comme celle de Raffarin qui se dit d'accord à 99 % avec Macron[1] et qui rêve d' un plan UMP-PS contre le chômage !

On peut aller plus loin : ce que le peuple refuse avec le plus de véhémence, sans toujours s'en rendre compte, c'est précisément ce qui constitue la zone de recouvrement de l'UMP et du PS : alignement sur l'Europe jusqu'à l'oubli des intérêts français , mondialisation "heureuse", rigueur budgétaire supposée, politiquement correct à tous les étages. Les sujets consensuels sont, à y regarder de près, les plus inquiétants. On se rapprocherait davantage des aspirations populaires avec les franges des grands partis qui précisément ne se recouvrent pas : la droite populaire et Dupont-Aignan[2] d'un côté, Mélenchon de l'autre, ouverts à des thèmes comme la remise en cause du libéralisme ou de l'Alliance atlantique, le souci de tempérer le mondialisme et de protéger les travailleurs français. Il y a une droite populaire, une gauche populaire, mais guère de centre populaire , en dehors du singulier et sympathique Jean Lassalle, l'antithèse absolue de Macron.

Comment s'étonner, au vu de ce positionnement, de la pauvreté des propositions de Macron ? Il a récemment fait un tabac en disant qu'il fallait rémunérer les fonctionnaires aux résultats ; il devait pourtant savoir qu'une grande loi a été votée en 2001, celle que les technocrates comme lui appellent la LOLF (Loi organique sur les lois des finances) qui prévoit précisément cela. En dix ans d'application, elle a montré toute sa nocivité : difficulté de trouver de bons indicateurs de résultats, tricheries, découragement et démobilisation sans précédent des services.

L' action d'Emmanuel Macron est de la même eau. La loi pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques dite loi Macron du 6 août 2015 n'est pas inutile ; avec ses 316 pages, contribue-t-elle vraiment à simplifier notre législation ? A vrai dire, dans ce qu'elle a d'utile, elle est essentiellement une loi administrative : notre législation est devenue tellement compliquée qu'il y a toujours à la marge des améliorations techniques à y apporter. C'est le cas en matière d'urbanisme, de permis de conduire, ou d'épargne salariale. Mais elle a aussi une dimension idéologique : ouverture des magasins le dimanche (pour un pouvoir d'achat en stagnation), tentative de libéraliser le statut des notaires, volonté d'ouvrir grand le transport ferroviaire à la concurrence de la route au risque d'affaiblir la SNCF - ce qui réjouit une certaine droite hostile au rail , plus par réflexes que par réflexion, mais quelle vision stratégique derrière, sinon d'américaniser un peu plus notre territoire entre un rail étiolé et des lignes de type Greyhound ?

Bien que le projet de loi El Khomri soit dans sa ligne politique, Macron l'a critiqué pour son manque d'audace avant de faire machine arrière devant la montée de la protestation. Ce projet est inspiré par une vision libérale du marché du travail où, mondialisation oblige, les garanties des salariés doivent céder la place à la flexibilité. C'est la politique de l'offre. L'emploi s'en portera-t-il mieux ? Ne dépend-t-il pas davantage des variables macroéconomiques que de la fluidité de la main d’œuvre ?

Des idées stéréotypées

Ce qui frappe dans les idées de Macron, dans la prétendue audace de Macron, c'est leur caractère stéréotypé à l'image de son profil de bande dessinée : sa première source d'inspiration est le rapport Rueff-Armand de 1958 qui préconisait de faire sauter tous les obstacles à la concurrence existant dans la société française (taxis, professions réglementées, pharmacies etc.) par l'application mécanique des principes du libéralisme pur et dur . Si une grande partie de ces dispositions n'a jamais été appliquée, c 'est peut-être qu'il y avait à cela de bonnes raisons. Cela n'a pas empêché les trente glorieuses. Mais pour deux générations d'énarques, déplorer le manque de courage des gouvernements français à appliquer ces recommandations a été le sésame des premières places. Il ne fallait pas être très intelligent pour cela. Manque de courage ou sens des réalités ?

Là où un pouvoir national pourrait tempérer l'esprit de système au contact du réel , rien n'arrête l'Europe de Bruxelles. L'autre source d'inspiration de Macron, dont l’orientation idéologique est analogue, ce sont les directives européennes . Là aussi il ne faut pas être très subtil pour transposer de manière systématique, voire bestiale, ces directives en droit français. Notre administration ayant cessé d'être indépendante, a aussi cessé de réfléchir. Quand un haut fonctionnaire doit préparer un projet de loi, il ne cherche plus les meilleures solutions, il "transpose".

Comme le rapport Rueff, le droit européen issu de l'Acte unique de 1987 prescrivant l'uniformisation de toutes les normes de tous les pays européens, obéit à un principe simple : la loi de la libre concurrence entendue sans aucune nuance. Mais sournoisement, elle répond aussi à un projet de gommer les spécificités européennes ou françaises : entreprises publiques puissantes, labels de qualité, poids historique des classes moyennes (leur laminage au nom de la lutte contre le corporatisme va de pair avec leur écrasement fiscal).

L'introduction de méthodes managériales dans la fonction publique, prônée par Macron - et comme on le sait, déjà introduites - , suit les mêmes modes européennes, relais de l’idéologie mondialiste pour qui tout ce qu'a de spécifique la sphère publique est obsolète.

L'inspiration de Macron est idéologique, c'est à dire simpliste. Toute idéologie part de la simplification du réel . Cette idéologie est à l’œuvre quand il s'engage, plus que tout autre dirigeant français, pour dissuader la Grande-Bretagne de sortir de l'Union européenne, la menaçant de manière assez grossière d'ouvrir la porte aux migrants.

Nul doute qu'il est favorable au TAFTA voulu par les Américains pour les Américains, passivement négocié par Bruxelles et qui aboutira à subordonner la législation des États à des arbitrages habituellement réservés au droit privé sans doute pour en finir avec la démocratie.

Cette idéologie n'avait pas attendu que Macron soit ministre de l’Économie, pour marquer la France de son empreinte et, point par point, on pourrait démontrer qu' à peu près tout ce que rejettent les Français résulte des politiques qu'elle inspire : chamboulement du cadre administratif, délocalisations, désindustrialisation, crise de l'éducation nationale, dépérissement d'une partie de notre agriculture, ouverture sans limites des frontières, insécurité croissante de l'emploi.

Mais qui incarne mieux tout cela que Macron, issu du sérail le plus classique : l'ENA, le prestigieux corps de l’Inspection des finances qui a inspiré à peu près toutes les réformes depuis trente ans, avec le succès que l'on sait ? Ajoutons y la haute banque pour pénétrer le saint du saint de ce que les Français rejettent.

Dans une France gravement en perte de repères et de ressort, Macron, jeune avec des idées vieilles, est, de manière emblématique, et même caricaturale celui dont il ne faut rien attendre. La popularité transitoire d'un tel personnage représente l'illusion parfaite.

Roland HUREAUX

[1] La Croix, 31/03/2016

[2] Pour ne pas parler de Marine Le Pen qui ne fait pas partie de ce cercle

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26 mai 2016 4 26 /05 /mai /2016 14:12

Paru dans Atlantico

Une polémique grotesque a opposé, il a quelques jours, le journaliste-écrivain algérien Kamel Daoud, auteur d'une chronique dans le Monde du 31 janvier intitulée « Cologne, lieu de fantasmes » et 19 prétendus intellectuels peu connus, qui l'ont accusé, lui l'intellectuel de gauche algérien, de rien moins que d'islamophobie et de racisme, "recyclant, disaient-ils , les clichés orientalistes les plus éculés" , sans nous dire d'ailleurs si ces clichés sont ou ne sont pas fondés, ce qui est tout de même le plus important.

Selon une habitude qui se répand dans notre pays, on agonit d'injures l'adversaire, on l'amalgame, on en fait un raciste (que veut dire au demeurant l'appellation de raciste, inexacte s'agissant d'une religion dont la plus grande majorité des adeptes appartiennent à la race dite "caucasienne" ?), on le réduit ad hitlerum.

L’ignominie dans cette attaque est que, vivant en Algérie et faisant l'objet d'une fatwa des fondamentalistes (à laquelle s'ajoute désormais une fatwa des progressistes ! ), sur le point d'être jugé par un tribunal algérien, Daoud risque sa vie , alors que ceux qui l'injurient, confortablement installés dans l'université française, eux, ne la risquent pas .

La réaction des pétitionnaires nous rappelle le lynchage tout aussi grotesque en 2008 de l'historien Sylvain Gouguenheim, coupable d'avoir découvert que la connaissance d'Aristote dans l'Occident médiéval ne venait pas que des Arabes.

Heureusement, Daoud a trouvé beaucoup de défenseurs, notamment Manuel Valls, pour une fois bien inspiré.

Mais la question n'est pas épuisée quand on a dit que l'écrivain algérien a fait preuve de liberté en dénonçant « Le rapport à la femme (...) nœud gordien de la névrose musulmane qui pourrait expliquer les viols de Cologne (...) La femme est niée, refusée, tuée, voilée, enfermée ou possédée. Cela dénote un rapport trouble à l’imaginaire, au désir de vivre , à la création et à la liberté. » Il conseille aux Occidentaux : « Il faut offrir l’asile au corps mais aussi convaincre l’âme de changer . » Et pour la changer, l' éduquer.

Le même Daoud avait cru d'ailleurs bon de donner en introduction quelques gages en disant d'entrée que le « fait » des viols de Cologne en lui-même correspond on ne peut mieux " au jeu d’images que l’Occidental se fait de l’« autre », le réfugié-immigré : angélisme, terreur, réactivation des peurs d’invasions barbares anciennes et base du binôme barbare-civilisé (...) Cela correspond à l’idée que la droite et l’extrême droite ont toujours construite dans les discours contre l’accueil des réfugiés."

Mais les « faits », le journaliste qu'il est le sait, ne se mettent pas entre guillemets. Dans l'espèce, les viols de Cologne et d'ailleurs sont un fait incontestable. Il n'est pas sûr cependant qu'ils viennent, comme beaucoup le suggèrent (le propos de Daoud est plus nuancé), de la libido déchaînée de musulmans que leur civilisation a bridée.

D'abord, le contrôle des pulsions est une nécessité dans le monde musulman comme ailleurs : dans la société traditionnelle, la polygamie et le mariage précoce assortis des menaces terribles qui pesaient sur l'adultère féminin, mais aussi masculin, multipliaient les jeunes gens privés de vie sexuelle, notamment tous ceux qui n'avaient pas assez d'argent pour s'acheter une épouse. Certains spécialistes disent que Mahomet le voulait ainsi pour rendre ces jeunes plus disponibles pour la guerre, mais la guerre (le djihad) n'a duré qu'un siècle. Ensuite, pendant près de dix-sept siècles, les occasions de la faire n'étaient pas si fréquentes ; on ne voit donc pas pourquoi des jeunes gens habitués à se contenir ne l'auraient pas fait aussi en Europe, surtout s'il s'agit de Syriens, un pays où le statut de la femme est supérieur au reste du monde arabe (c'est la raison pour laquelle beaucoup de femmes sunnites préfèrent Bachar el Assad à Daesh ! ).

Un signe de victoire

Pour analyser les faits, il faut plutôt écouter le ministre allemand de la Justice Heiko Maas qui, dès le 6 janvier, annonçait sur la chaîne télévisée ZDF que « Le tout semble avoir été coordonné» et que, selon lui, il est peu probable que ces événements se soient produits « par hasard ».

Le viol des femmes par les vainqueurs après la bataille est une vieille pratique liée de manière ancestrale à la guerre à peu près sous toutes les latitudes. Il peut s’expliquer par l'extraordinaire dépense d'adrénaline qui , comme le rappelle le théoricien Ardant du Picq[1], accompagne la bataille, spécialement à l'arme blanche. La chose était jadis si habituelle que Montaigne cite ce trait : « Dieu soit loué, dit une femme passée par les mains de quelques soldats, qu'au moins une fois dans ma vie, je m'en sois soûlée sans péché ! »[2].

Il est faux cependant de dire que les femmes aient été les principales victimes des guerres car si elles couraient le risque d’être violées, les hommes et les jeunes gens étaient, eux, en cas de sac, le plus souvent tués .

Dès le Moye Âge, l'idéal de la chevalerie avait tenté de brider les instincts des guerriers, au moins de certains .

Mais le passage à l' arme à feu, qui a changé la nature du combat, a sans doute contribué , lui aussi, à ce que cette pratique ait reculé , ce qui n'empêche pas que, rare sous la première guerre mondiale, elle soit réapparue de manière très large au cours de la seconde et pas seulement de la part des Russes.

Si les chefs ont le plus souvent laissé faire, ce n'est pas forcément parce que la troupe était incontrôlable, c'est aussi parce que le viol avait une valeur symbolique : il était un signe de victoire et d'humiliation de l'adversaire.

Si la vague de viols qui a eu lieu en Allemagne et dans quelques autres pays (Suède, Autriche) à la veille du Nouvel An parait coordonnée, c'est que fort probablement nous nous situons dans cette logique. Quelqu'un a donné l'ordre pour bien marquer que, au moment où la vague migratoire battait son plein, les soldats de l'Islam avaient gagné une bataille contre l'Europe décadente et dépravée.

Et ce symbole n'est pas gratuit, il est opératoire. Célébrer une victoire, c'est donner le moral aux vainqueurs et humilier les vaincus. Or, comme on le sait, les idées ne se répandent pas toujours parce qu'elles sont plus intelligentes ou plus aimables , elles ont aussi le prestige de la force qui les porte. Nous ne savons si les hommes sont des veaux, mais beaucoup d'entre eux se laissent convaincre davantage par la force que par le raisonnement. C'est ce qui se passa aux premiers jours l'Hégire où l'islam se répandit comme une trainée de poudre grâce à ses victoires . Et si elle n'amène pas forcément de nouveaux adeptes, la victoire conforte au moins le camp qui se reconnaît en elle . Le message de Cologne s'adressait non seulement aux Syriens et autres immigrés mais aussi aux musulmans déjà installés : "Vous êtes peut-être complexés par votre religion, peu crédible dans un environnement rationaliste, ou par votre position sociale humble dans une société riche, mais hauts les cœurs, vous êtes du côté des forts." Même en terre d'Islam, la raison, surtout s'il s'agit de celle du plus fort, commande aux instincts.

Roland HUREAUX

[1] Charles Ardant du Picq, Etudes sur le combat, 1872

[2] Montaigne, Essais, Livre second, chapitre III

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26 mai 2016 4 26 /05 /mai /2016 14:10

POURQUOI PERSONNE N'ARRIVE À CONTENIR LA HAUSSE DES DÉPENSES PUBLIQUES

Depuis trente ans, inlassablement, les think tanks libéraux qui occupent le devant de la scène française plaident pour la baisse des dépenses publiques et ils ont raison : ce devrait être là une priorité nationale. Ces dépenses publiques sont passées de 38, 5 % du PIB en 1970 à 57,7 % en 2015 . Elles continuent de s'élever.

Même si la gauche est plus responsable que la droite à cet égard, celle-ci n'a nullement profité de ses passages au pouvoir pour renverser la tendance, au contraire .

Il est même frappant de voir combien les analyses et les propositions des libéraux restent lettre morte.

On impute cette hausse permanente à différents facteurs : la démagogie, l'incompétence des politiques qui laissent souvent filer les budgets sans y prendre garde ou n'y attachent pas d’importance. Mais beaucoup de nouvelles dépenses sont engagées sans que personne les demande !

Même si ces explications ont une part de vérité, les raisons de la hausse des dépenses publiques sont plus profondes.

Le rôle de l'idéologie

Elles tiennent, pensons nous, à l'investissement des politiques publiques par l'idéologie.

Ce terme d’idéologie a de nombreuses significations. Nous en retiendrons une : des politiques publiques inspirées par des idées simples, généralement fausses parce que trop simples, fondées sur des clichés qui circulent dans les milieux dirigeants ( presse comprise ) ou certaines administration et non sur une analyse fine des réalités.

Ce refus d'analyser de près certaines réalités de terrain avant de décider existe dans tous les pays , mais il est particulièrement répandu en France où la suffisance des décideurs parisiens (et parfois provinciaux) semble les dispenser de s'abaisser à regarder les choses de près; méprisant les acteurs de terrain, ils les soupçonnent a priori d'être prisonniers de partis pris démagogiques. A l'origine de ces attitudes se conjuguent curieusement nos deux grands héritages , celui de l' Ancien régime : une société de cour arrogante et de celui de la Révolution française : une propension inégalée à l' abstraction.

Il a été admis une fois pour toutes sans examen que 36 000[1] communes étaient source de gaspillage, alors que c'était exactement le contraire : ces petites communes étaient gérées à l'économie, leur regroupement en ensembles intercommunaux s'est avéré au contraire terriblement dispendieux. Mais les think tanks libéraux continuent de répéter comme des perroquets qu'il faut regrouper les communes, les départements, et le gouvernement vient de procéder, sans nécessité, au regroupement des régions, ce qui entraînera sans nul doute des dépenses publiques supplémentaires. On peut en effet tenir pour une loi économique que plus une entité publique est grosse, plus elle entraîne de frais généraux.

Quand nous parlons d'idéologie, nous ne nous référons pas à un grand système totalitaire tel que celui qui a régné en son temps en Union soviétique. Il s'agit d'idéologies sectorielles qui suivent généralement le même modèle simplificateur mais qui ne sont reliées entre elles que de manière lâche. Certaines sont même contradictoires : par exemple, au ministère de la santé, la tendance est à la fois à fonctionnariser la médecine libérale et à libéraliser le statut des pharmaciens .

Des réformes nocives

L'idéologie n'est pas seulement une simplification et donc une falsification du regard porté sur le réel, elle inspire d’innombrables réformes plus nocives les unes que les autres. Pour qui veut comprendre la différence entre une réforme "naturelle" et une réforme idéologique, il suffit d'appliquer la règle suivante : une réforme "naturelle" vise seulement à résoudre les problèmes quand ils se posent , ce qui est déjà assez tant il y en a ; une réforme idéologique vise à résoudre des problèmes qui ne se posent pas, sans résoudre ceux qui se posent vraiment. Simplement, elle veut redresser telle ou telle réalité qui n'entre pas dans les schémas abstraits que les décideurs ont établie en norme. Il en est ainsi de la plupart des normes européennes : ainsi celles qui ont entraîné le sectionnement d'EDF et de la SNCF en plusieurs entités indépendantes qui n'avait pas d'autre objectif que de se mettre en conformité avec une théorie de la concurrence généralisée à caractère idéologique ( au demeurant contestée dans le cas d'espèce par beaucoup d'économistes ) et qui a bien plutôt créé les problèmes qu'elle n'en a réglé. On pourrait ajouter beaucoup d'autres exemples. En matière de réforme de l'État où sans tenir compte de la spécificité de la sphère publique, on a tenté d'imposer de manière artificielle les méthodes de gestion , l'effet a été de créer du désordre et d' affaiblir la motivation des agents : indicateurs d'efficacité manipulés, primes de résultat arbitraires, gestion des carrières lourde et formaliste , regroupements de services aux cultures éloignées etc. L’éducation nationale , de manière plus ancienne, avait imposé le principe du collège unique : on pensait assurer l'égalité des enfants en imposant le même moule à tous sans tenir compte de leurs aptitudes différenciées , une idée aussi stupide que si on avait dit que pour égaliser une série de nombres, il fallait les multiplier tous par deux ! Souvent, l'idéologie est l'imitation servile de modèles étrangers : ainsi la réforme de la politique agricole commune de 1992, d'inspiration américaine, qui a alourdi le coût des soutiens ou l'imitation du modèle pédagogique allemand (inefficace) par la multiplication d'exercices interdisciplinaires dans l'enseignement secondaire qui brouillent les repères et démoralisent les enseignants.

Le bon sens est la chose la moins partagée

Dans cette multiplication de politiques idéologiques, il est rare que les idées de bon sens arrivent à faire leur chemin : on citera la création des Instituts Carnot dans le domaine de la recherche qui ont été instaurés avec succès en 2006 , parce que leurs promoteurs avaient pu travailler hors du feu des projecteurs et des stéréotypes du parisianisme. L'extension du domaine de l'idéologie est facilitée par l'obsession de la communication (la com') : des schémas simples sont plus faciles à expliquer aux journalistes ou au grand public ; fusionner tous les services de renseignements civils en un seul semble a priori propre à améliorer l'efficacité même si le désordre entraîné par cette réforme que rien ne nécessitait ( le renseignement intérieur marchait très bien jusque là) , est une des causes de la perte de contact de nos services avec les milieux terroristes à partir de 2010 et, par là , des attentats de 2015.

La dépense publique, variable d'ajustement

Quel rapport entre l'idéologie et la dépense publique ? Il est plus grand que l'on croit . On peut dire que chaque fois qu'une réforme est idéologique et donc mauvaise, la dépense publique constitue la variable d'ajustement. Cela de différentes manières :

- D'abord parce que toutes les réformes créent du stress et entrainent une forte dépense d'énergie, spécialement celles qui touchent à l'administration elle-même: pendant plusieurs années, le service est perturbé, les agents étant mobilisés par le changement interne. Une administration en réforme permanente est une administration qui coûte bien plus cher que celle qui fonctionne normalement sans être chamboulée. D'autant que, généralement imposées de haut, comme c'est l'usage en France, toujours l'esprit de Cour, ces réformes sont mal reçues par le personnel qui se démoralise et se démobilise. L'action administrative a besoin de cadres stables; les déstabiliser en permanence entraîne une perte d'efficacité ;. la perte d'efficacité entraîne des besoins de personnel ;

- Ensuite parce que les agents étant naturellement conservateurs (mais qui ne l'est pas ? ), les autorités politiques qui souhaitent que la réforme se fasse sans heurts achètent leur consentement par une large distribution de primes. Une première tentative de fusionner les services fiscaux et les services du trésor avait échoué face aux résistances. L'administration ne voulant jamais se déjuger est revenue à la charge quelques années après : une seconde réforme a réussi parce qu'une prime de fusion a été généreusement distribuée à un personnel qui était déjà parmi le mieux payé de la sphère publique. De même, la perspective de fusion (non encore réalisée heureusement) de la police et de la gendarmerie a conduit à aligner les avantages statutaires des uns sur ceux des autres, selon la règle du mieux disant. Pour attirer les élus locaux réticents dans les structures intercommunales, la loi Chevènement leur a permis de multiplier les postes de vice-présidents devenus de coûteuses prébendes et d' augmenter les indemnités ;

- Enfin la plupart de ces réformes idéologiques étant mal conçues car inadaptées à la réalité concrète, créent des dysfonctionnements divers et généralement coûteux. La mise en place des communautés de communes et d'agglomération a entraîné la création de 200 000 postes de fonctionnaires en plus de ceux qui existaient déjà : sont en cause outre le principe lui-même de la course à la dimension, les mécanismes financiers du rapprochement intercommunal comme, par exemple, les distributions de dotations incitant à la dépense, ou la complication plus grande des nouvelles procédures . Si l'on n'avait rien réformé du tout - et cette réforme est typiquement idéologique puisque personne ne la demandait et qu'aucun problème grave ne la rendait nécessaire - le coût aurait été encore moindre. L'instauration des Agences régionales de santé, selon le même principe de "regrouper pour mieux gérer" a entraîné la création d'une couche bureaucratique supplémentaire dans le monde hospitalier ; par ailleurs les chefs de pôles sont venus s' ajouter aux chefs de service. De même l'idée absurde que nos universités étaient trop petites,, inspirée par les critères très particuliers du classement de Shanghai, a déterminé la création d'organismes fédérateurs, les PRES, qui ne sont eux aussi qu'une strate supplémentaire ;

- Ajoutons , et c'est le plus grave, que le règne de l’idéologie dans certains secteurs clef de l'appareil d'État français fait tant de dégâts que le seul moyen de les réparer est d'engager de nouvelles dépenses publiques. L'exemple le plus patent est l'éducation nationale qui a vu au cours des quarante dernières années l'application du collège unique , des théories pédagogiques pseudo-scientifiques absurdes, notamment dans l'apprentissage de la lecture, des idées de Bourdieu selon lesquelles, pour rendre l'éducation plus égalitaire, il fallait abaisser les exigences en matière de langue, de tenue, d'obéissance , ce qui a eu pour conséquence un relâchement général de la discipline dans les écoles. Par elles mêmes ces réformes n'alourdissent pas les coûts mais elles ont pour effet une baisse du niveau que l'on tente de compenser en créant de nouveaux postes pour diminuer sans cesse les effectifs des classes, en instaurant de coûteuses ZEP aux crédits renforcés et en allongeant la scolarité etc. Les libéraux font souvent le procès aux enseignants que leur efficacité est faible, que leurs syndicats "n'en ont jamais assez". Ils proposent un système lui aussi idéologique qui coûtera cher sans résultat : l'évaluation généralisée. En fait, la raison d'être de ces dysfonctionnements, tient à l'application , et cela dès le niveau le plus élémentaire des principes faux qu'on a vus. Cette application a été décidée en haut lieu , les enseignants , conscients des inconvénients générés, n'y sont pour rien, sinon qu'ils adhèrent à des syndicats qui ont soutenu ces réformes. On peut dire la même chose de la justice, autre secteur hautement idéologique : les idées perverses du Syndicat de la magistrature y ont pénétré, répandant à tous les niveaux la culture de l'excuse et se traduisant par une augmentation de la délinquance qui rend nécessaire l'augmentation des effectifs de police et de gendarmerie, la création de nombreux postes d'éducateurs généralement inopérants, sans compter des troubles de l'ordre public coûteux. Parallèlement, les procédures n'ont cessé d'être compliquées au nom d'un droit de l'hommisme échevelé (alors même que les atteintes à la vie privée se multiplient sous l'effet de lois antiterroristes). Si la justice se faisait craindre davantage, il faudrait moins de policiers et de gendarmes !

On pourrait aussi montrer comment la réforme de la PAC de 1992 a coûté beaucoup plus cher au contribuable tout en démoralisant le monde agricole désormais assimilé à un consommateur de subventions. Cela pour faire droit à la théorie libérale prônée par le GATT qui disqualifiait le soutien des prix.

L'idée que la plupart des augmentations de la dépense publique depuis 1980 sont imputables à des réformes à caractère idéologique, peut être étendue à l'explosion des dépenses d'indemnisation du chômage (y compris toutes les formes d'emploi aidé ) qui ne sont pas sans lien avec la préférence bien antérieure à l'euro pour une monnaie forte , qui a, elle aussi, un caractère idéologique et est la cause de l’augmentation du chômage.

Le libéralisme érigé en système est aussi une idéologie

Face à ces mécanismes de pensée ( ou de non-pensée) , qu'on ne voudrait cependant pas généraliser pour ne pas nous exposer nous aussi au soupçon d' idéologie, l'inaptitude des think tanks libéraux à promouvoir , malgré leur hégémonie intellectuelle, une vraie politique d'économies est frappante. Ils ressassent à chaque échéance électorale des propositions de coupes sombres dans les dépenses sociales dont on ne voit jamais la couleur , des privatisations érigées en système (tantôt opportunes, tantôt pas) alors qu'elle ne concernent que les stocks publics, pas les flux , ou la réforme des statuts des fonctionnaires ( qui coûtera très cher elle aussi, n'en doutons pas ). Le problème est qu'ils sont eux aussi porteurs d'idéologie, c'est à dire de schémas simplifiés qui semblent les dispenser s'une étude approfondie des réalités . Idéologie nourrie de leur peu d'empathie pour le monde du servi public qui n'est pas le meilleur moyen d'en connaître en finesse les mécanismes. Ils sont à l'origine, directe ou indirecte, de nombreuses réformes qui ont abouti à une augmentation des dépenses publiques : ainsi, l'assimilation abusive du management public au management privé d'où résultent la LOLF de 2001 ou le regroupement des communes, dans laquelle des libéraux peu au fait du fonctionnement réel de l'Etat ont imaginé trouver une source d’économies alors que c’était le contraire. L'évaluation généralisée, presque toujours fallacieuse en dehors de la loi du profit, est de la même eau. Le libéralisme transformé en système est lui aussi une idéologie et il n’échappe pas à la loi commune des idéologies qui est d'alourdir la dépense publique.

Parmi les raisons qui favorisent l'envahissement de la sphère publique par le mode de pensée idéologique , il y a l'incompétence, les modes internationales, il y a aussi la paresse intellectuelle. Il est plus facile de proposer des réformes qui se traduisent par la déclinaison mécanique de grands principes éloignés du terrain (la loi Macron est , au moins en partie, assez typique à cet égard ) que d'analyser en détail comment fonctionnent réellement les services, ou encore de consulter les gens de la base. La paresse va généralement avec l'orgueil, celui de savoir sans s'être informé. Les sept péchés capitaux ne sont certes pas impliqués dans ces dérives, mais il est certain que la France n'est pas près de contenir les dépenses publiques tant que ne sera pas opéré dans le mode de pensée de nos gouvernants ce qu' Ernest Renan appelait une grande réforme intellectuelle et morale.

Roland HUREAUX

[1] 36 593 exactement en 2015

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3 mai 2016 2 03 /05 /mai /2016 14:15
Je n'ai pas l'habitude de publier des articles de tiers mais cette fois, ça suffit. La bataille d'Alep donne lieu à un déluge de mensonges au détriment de l'armée régulière syrienne qui est en train de reprendre la ville aux islamistes ( les mêmes qui posent des bombes à Paris). La partialité des radios officielles françaises et de Médecins sans frontières devient insupportable. Je laisse la parole au Dr Antaki :

Alep – L’information mensongère continue. Par Nabil Antaki

Par Nabil Antaki le 01 mai 2016

Crises Décryptage Désinformation Droit international Propagande Religion Syrie

Nous avons demandé au Dr. Nabil Antaki si les informations rapportées depuis une semaine dans les pays francophones sur la situation à Alep correspondaient à ce qu’il constate sur place. Voici sa réponse.

Par Dr Nabil Antaki

Au sujet des récents événements, je constate que les médias [traditionnels, ndlr] continuent de mentir par omission. Depuis le début de la guerre à Alep il y a 4 ans, ils ne rapportent pas du tout les faits dans leur ensemble.

Alep est bombardée tous les jours depuis 2012 par des groupes terroristes causant des morts et des blessés. Personne n’en a jamais eu cure; si ce n’est pour se féliciter du « bon boulot qu’ils font» [allusion à la déclaration de Laurent Fabius, ndlr]. Il est temps que l’Occident se réveille et arrête de soutenir ces terroristes.

Nous sommes très révoltés ici à Alep par le manque d’impartialité et d’objectivité des médias. Ils ne parlent que des souffrances et des pertes humaines dans la zone Est de la ville contrôlée par al-Nosra, un groupe terroriste affilié à al-Qaïda, qu’ils qualifient toujours de « rebelle » ce qui est une manière de le rendre respectable. Et ils restent muets sur les pertes et les souffrances endurées quotidiennement dans nos quartiers de l’Ouest d’Alep à cause des tirs d’obus lancés par ces terroristes. Ils ne parlent pas davantage du blocus et des coupures totales d’eau et d’électricité qu’ils nous infligent…

Les médias n’ont rien dit des bombardements continus et des carnages qui ont eu lieu depuis une semaine, dans la partie Ouest de la ville [où habite le Dr. Nabil], où aucun quartier n’a été épargné et où il y a tous les jours des dizaines de morts. Ces omissions sont d’autant plus révoltantes que ces quartiers représentent 75 % de la superficie d’Alep et comptent 1.5 millions d’habitants – contre 300.000 dans la partie Est occupée par les groupes terroristes.

Cette information tronquée laisse entendre que les groupes terroristes qui nous attaquent sont les victimes. Pire, les médias ont détourné notre appel « SAUVER ALEP » en laissant croire que cet appel exigeait l’arrêt des hostilités par « les forces d’Assad ». Ce qui est faux. D’ailleurs, il n’y a pas de «forces d’Assad » : il y a les forces de l’armée régulière syrienne qui défendent l’Etat syrien.

Ils [les médias traditionnels, ndlr] auraient pu au moins avoir la décence de mentionner les carnages causés par les bombardements des terroristes qui ont fait de nombreux morts. Comme cela s’est encore produit hier, vendredi, où un de leurs tirs a frappé une mosquée à l’heure de la prière faisant 15 morts et 50 blessés parmi les civils. Les attaques et les pertes dont nous souffrons sont présentées [par les médias, ndlr] de manière à laisser le public dans le flou quant aux véritables responsables de ces crimes (1) (2).

Depuis trois jours les médias accusent le « régime Assad » et les Russes d’avoir bombardé et détruit un hôpital soutenu par l’ONG Médecins sans Frontières à l’Est de la ville. Ils affirment que le « dernier pédiatre d’Alep » a été tué dans ce bombardement (3). Nous avons encore de nombreux pédiatres à Alep. Cela montre bien que, pour les médias, seule compte cette partie Est occupée par les rebelles, et que les trois quarts de la ville d’Alep administrée par l’Etat syrien, où pratiquent encore de nombreux pédiatres, ne comptent pas.

L’hôpital mentionné n’est pas sur la liste des hôpitaux de Syrie établie avant la guerre par le ministère de la santé. Donc, s’il existe, il a été installé dans un immeuble après la guerre (4). Je ne crois pas que les forces gouvernementales ou l’aviation russe bombardent délibérément un hôpital. Il n’y va pas de leur intérêt.

Nous avions constaté la même partialité quand le plus grand hôpital d’Alep Al Kindi, avait été frappé par les obus terroristes d’al-Nosra, puis incendié intentionnellement en 2013. Les médias n’avaient pas prêté attention à cet acte criminel. Nous sommes écœurés et révoltés par cette désinformation permanente.

Nabil Antaki, 30 avril 2016 –

Propos recueillis par Silvia Cattori | Mis à jour le 2 mai à 12.45

La destruction du vrai hôpital Al Kindi par le Front al-Nosra, en décembre 2013, n’avait pas fait la Une des médias traditionnels, contrairement au faux « hôpital de MSF » – Voir la Vidéo

La brutalité du « régime syrien ». Vraiment ?

Par Silvia Cattori

Les deux exemples, ci-dessous illustrent l’information déséquilibrée dénoncée par le Dr Antaki.

(1)TJ, 19.30 de la RTS (Radio suisse romande) le 28 avril

Les commentaires illustrent le biais que dénonce le Dr Nabil Antaki.

Journaliste: « La trêve en vigueur depuis le 27 février est en train de voler en éclats. Les forces d’Assad préparent une offensive majeure pour reprendre les quartiers rebelles d’Alep. C’est ce qui explique ces bombardements meurtriers qui ont fait plus de cent morts en une semaine« .

Un homme, qui de toute évidence sert la propagande des gentils « rebelles », dit : « Les missiles russes ainsi que ceux d’Assad ont perpétré deux massacres. Ces attaques ont pris pour cible des civils femmes et enfants et ont fait des dizaines de martyrs… ».

Journaliste: « De leur côté les rebelles répliquent au mortier, comme ici dans ce village au nord d’Alep». Les « rebelles répliquent ». Il n’est pas précisé que les gentils « rebelles » bombardent les quartiers d’Alep où vivent 1,5 millions de Syriens. Les groupes armés -composés, faut-il le rappeler, essentiellement de mercenaires financés par les monarchies du Golfe qui agressent l’Etat syrien, ils ne feraient que de « riposter » selon la rédaction de la RTS. http://www.rts.ch/play/tv/19h30/video/syrie-la-treve-nest-plus-du-tout-respectee?id=7684776_

Si on compare les commentaires de la RTS et de France culture avec le commentaire M. Nabil on se rend compte que les journalistes donnent une version très approximative et unilatérale des faits qui conduit les téléspectateurs à penser que les Russes et le président Assad sont des meurtriers qui massacrent délibérément les civils; en fait, les sympathisants et les familles des terroristes. Les Syriens qui n’avaient pas de lien avec les groupes armés se sont enfuis depuis longtemps dans les parties contrôlées par le gouvernement.

(2)France culture, le 29 avril 2016.

Les commentaires se fondent uniquement sur la version des faits propagés par des acteurs qui parlent de la partie Est d’Alep. L’accent est mis sur « la grande brutalité d’Assad« . C’est uniquement « l’Est d’Alep contrôlé par les rebelles » qui est soumis à « des bombardements incessants depuis une semaine« . On évoque la mort du « dernier pédiatre de la ville« , ce qui revient à faire croire que c’est toute la ville d’Alep qui est privée de pédiatre. Le journaliste Omar Ouamane y va de sa propagande pro-rebelles dont il est coutumier depuis le début de la crise.

Tout est imprécis, à charge contre l’Etat syrien. La population qui en grande majorité a fui l’Est d’Alep, et se sont rendus dans la partie de la ville qui est administrée par le gouvernement, frappée par les obus des groupes terroristes, ne sont pratiquement pas évoqués. Comme le souligne le Dr Nabil tout est flou, rien ne permet au public de voir que le peuple syrien ne souffre pas à cause de Damas mais à cause de ces bandes armées que la télévision RTS ou France Culture, veulent épargner. L’objectif est toujours le même. Provoquer l’indignation contre l’Etat syrien.

(3) Le conseiller spécial de l’ONU, Jan Egeland, a déclaré que le « dernier pédiatre d’Alep a été« . C’esst énorme. Avec tout le personnel qu’à l’ONU. Va-t-il rectifier? Cela montre le peu de sérieux de ces fonctionnaires onusiens censés avoir un point de vue équidistant.

(4) Ici (en arabe) de la liste de tous les hôpitaux publics ou privés de la province d’Alep. http://www.qenshrin.com/servers/useful_num/t_hospital.php

Sur le rôle de Médecins sans Frontières (MSF) dans cette guerre voir:

http://www.sibialiria.org/wordpress/?p=3146

http://arretsurinfo.ch/syrie-nabil-antaki-decrit-ce-qui-se-passe-reellement-a-alep-et-refute-les-propos-de-msf/

http://arretsurinfo.ch/msf-sest-engage-au-cote-des-groupes-terroristes-contre-letat-et-le-peuple-syrien/

http://arretsurinfo.ch/destruction-du-systeme-de-sante-syrien-qui-sont-les-veritables-responsables/

http://arretsurinfo.ch/terroristes-djihadistes-de-misrata-nous-sommes-venus-en-syrie-libre/

English version:http://21stcenturywire.com/2016/05/01/exclusive-aleppo-doctor-attacks-western-media-for-bias-censorship-and-lies/

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3 mai 2016 2 03 /05 /mai /2016 07:01
Entretien de Roland Hureaux avec Atlantico
Atlantico : Entre l'interventionnisme affiché d'Hillary Clinton et le programme économique guerrier de Donald Trump, la France et l'Europe risquent-ils de pâtir de l'accession au pouvoir de l'un ou l'autre de ces deux candidats ? Si oui, sur quels domaines les conséquences de l'élection de l'un ou l'autre pourraient être négatives ?
La question de la paix en Europe est fondamentale. Elle dépend d'abord des relations de l'Europe occidentale avec la Russie. La politique américaine, spécialement celle d'Obama, a tendu à mettre en œuvre le programme défini par Zbignew Brezinski dès 1997 : enfoncer un coin entre l'Europe et la Russie, les empêcher de faire bloc pour que l'Amérique ne soit pas isolée . Inutile de dire que les Européens se sont jetés tête baissée dans le piège, en particulier en appliquant les sanctions à la Russie ( alors que le commerce russo-américain est en expansion ! ) . Les événements de la place Maidan qui furent , à l'évidence, un coup monté par Washington, comme l'a justement dit Valéry Giscard d'Estaing, ont entrainé une situation de guerre en Ukraine et une grande tension dans toute l'Europe de l'Est . Hillary Clinton ne propose rien d'autre que la continuation, voire l'aggravation de cette tension. C'est très dangereux.
Trump a prononcé il y a quelques jours un important discours de politique étrangère , démontrant qu'il maîtrise désormais le sujet . Il propose de tendre la main à Poutine pour essayer de trouver un terrain d'entente avec lui, sans lui faire naturellement de cadeau . On peut craindre que cette entente ne se fasse sur le dos des Européens , surtout si on prend en compte la forte personnalité de l'un et de l'autre qui contraste cruellement avec l'inconsistance de la plupart des dirigeants européens actuels. Mais qu'importe : l'enjeu de la guerre et de la paix est le plus important. A nous de nous défendre par ailleurs.
Trump veut faire contribuer davantage les Européens ( et les Japonais) à leur défense. Je rappelle qu'on dit cela depuis trente ans sans résultat. Mais il offre une porte de sortie : si vous ne voulez pas payer ( 2 % du PIB lui paraît un minimum, et il a raison ), vous vous débrouillerez seuls. Je dirai : et pourquoi pas ? Il est clair en effet qu'il y a un lien direct entre la subordination des Européens au sein l'OTAN et leur refus de payer pour leur défense: ce lien est précisément ce que le général de Gaulle avait mis en avant en 1966 : un pays qui n'est pas indépendant ne veut plus payer pour une défense qui a cessé d'être la sienne, devenant inutile à ses alliés mêmes.
Je ne vois non plus rien de négatif quand Trump annonce la fin de la négociation du TAFTA qui n'est pas, selon lui, dans l'intérêt des Américains, mais qui n 'est pas forcément non plus , à mon sens, dans celui des Européens. Pas davantage on ne saurait s'offusquer de son éloge de l' Etat nation qui lui semble la seule réalité solide dans la sphère internationale : ça ne fait pas plaisir à Bruxelles, mais ce ne sont pas des idées très différentes de celle du général de Gaulle et en plus , c'est vrai. .
Il met par ailleurs l'accent sur la lutte contre l'islamisme et la maîtrise de l'immigration. Là aussi, qui pourrait s'en plaindre en Europe ? Il dit que Hillary Clinton est ,elle, partisane de l'accueil des réfugiés et, par là , dangereuse, ce qui est peut-être vrai mais peut être aussi tenu pur un propos électoral. Sur ces deux chapitres, il taxe de faiblesse Obama. Mais il ne va pas assez loin : non seulement la politique étrangère des Etats-Unis sous Obama - et même sous ses prédécesseurs - a été faible vis à vis de ce que les Américains appellent ISIS ( en arabe Daesh ) mais Trump ne dit pas qu'elle a même tendu à le promouvoir : les Etats-Unis ont fourni des armes à Daesh. Encore, ces derniers jours les Etats-Unis ont envoyé des armes sinon à Daesh , du moins à d'autres groupes islamistes de la même eau . Si Trump avait voulu faire une critique radicale de ses prédécesseurs, il aurait du dire qu' ISIS est une créature des Etats-Unis.
Pour parler brutalement la politique américaine était jusqu'ici une alliance de fait avec l'islamisme contre la Russie ( Afghanistan, Tchétchénie, Bosnie, Syrie ) et tant pis pour les dommages collatéraux infligés aux Européens; tandis que Trump propose quelque chose comme une alliance avec les Russes contre les islamistes.
Dès lors qu'il annonce une politique claire fondée non sur des idéaux prétendus universels (en réalité fondée sur idéologie), mais sur des intérêts partagés entre les Etats-Unis et leurs alliés, on ne peut que s'en réjouir... s'il tient parole. Les idéaux ne se prêtent à aucun compromis et conduisent à se mêler des affaires de la terre entière - et en définitive à mettre le feu partout. Les intérêts sont nécessairement circonscrits et se prêtent au compromis. Une politique des intérêts est finalement beaucoup plus morale qu'une politique de idéaux.
S'il y a quelque chose à redouter de la part de Trump, ce ne sont pas ses idées mais la force de sa personnalité qui laisse craindre que sur les sujets, notamment économiques, qu'il considérera être d'un intérêt vital pour les Etats-Unis, il ne sera pas un interlocuteur facile.
J'ajouterai que la force de l'appareil washingtonien est telle qu'il n'est pas exclu que, malgré se intentions affichées , il ne soit conduit à revenir à un impérialisme classique de type néoconservateur car il est possible qu'on ne lui laisse pas le choix. Ce sera là probablement l'orientation du Sénat.

Qu'est-ce qui différencie fondamentalement les programmes de M. Trump et Mme Clinton dans leur vision des relations entre les Etats-Unis et l'Europe ?
Tous les candidats pensent que le Etats-Unis doivent rester au premier rang et , n'en déplaise à la réputation d'isolationnisme qu' on lui fait, Trump n 'envisage nullement de se détourner des affaires du monde. Simplement, il interviendra avec beaucoup plus de prudence et c'est très bien comme ça .
Ceci dit, les différences entre Trump et Clinton sont nombreuses, non seulement vis à vis de l'Europe mais vis à vis du reste du monde :
- Trump veut trouver un modus vivendi avec la Russie , alors que Hillary Clinton n'en parle pas et veut sans doute continuer la politique d'isolement voire d'agressivité à l'égard de la Russie.
- Trump connait d'abord les Etats nationaux; Clinton , par sa culture privilégie le multilatéral, au moins pour les autres pays que les Etats-Unis : Union européenne et l'OTAN.
- Trump voudra que les Européens contribuent davantage à leur défense : leur laissera-t-il pour autant plus d'autonomie ? Il semble laisser l'option du retrait de l' OTAN ouverte alors que jusqu'ici , les Américains diabolisaient tous ceux qui , en Europe , voulaient sortir ; mais il n'est pas sûr qu'il tiendra cette ligne.
- Hillary Clinton maintient que la politique des Etats-Unis doit été conditionnée par la propagation d'idéaux universels, auxquels les Européens doivent être naturellement associés sans qu'on leur laisse le choix . Trump parle d'intérêts partagés , laissant entendre que tous les intérêts ne sont pas communs, ce qui est après tout assez sain.
- Le protectionnisme de Trump gênera plus l'Allemagne qui exporte plus aux Etats-Unis que la France. Clinton est , elle, favorable au Traité transatlantique dont Berlin a plus à attendre , semble-t-il, que Paris.
- Sur un sujet qui nous éloigne de l'Europe mais la concerne au premier chef par ses effets: terrorisme, migrations, Trump critique de manière impitoyable la politique américaine au Proche-Orient de ces dernières années, non seulement celle des Démocrates mais aussi celle des Républicains, qui a conduit à de nombreuses interventions armées ou actions de déstabilisation pour y répandre la démocratie ( la position de néoconservateurs) ; il dit ce que la majorité des Européens pense : que ces interventions n' ont abouti qu'à des dépenses inutiles et à des destructions considérables. Au contraire, Clinton a été plus que quiconque associée à cette politique, même au temps de Bush dont elle a approuvé les entreprises militaires ( Irak, Afghanistan);
- Trump est contre l'immigration incontrôlée aux Etats-Unis et , s'il est logique, en Europe aussi alors que Hillary Clinton est favorable à l 'accueil des immigrés par les Européens. On peut même dire que le gouvernement Obama a poussé de toutes ses forces pour faire entrer des réfugiés en Europe, dans le cadre de promotion délibérée du multiculturalisme et peut-être pour affaiblir le vieux continent.
Hillary Clinton n'a pas hésité à souvent tenir des propos durs à l'égard de la Russie et de son président Vladimir Poutine. Elle défend également une diplomatie particulièrement offensive à leur égard. De son côté, Donald Trump est plutôt sur une ligne d'apaisement des relations américano-russes. Laquelle de ces deux politiques aurait un effet le plus positif sur les intérêts français et européens ?
Evidemment la seconde ligne est meilleure pour nous . L'Europe n'a rien gagner à un affrontement avec la Russie et , au contraire , des perspectives de coopération considérables en cas d'apaisement.
De manière très cynique, les idéologues d'Outre-Atlantique qui prônent une politique agressive vis à vis de la Russie disent que leur but est d'isoler la Russie mais aussi d'affaiblir l'Europe occidentale. Pour ce qui est d'isoler la Russie, ce n'est pas franchement une réussite : elle s'est rapprochée de la Chine et de l'Inde , mais aussi de l'Iran, du Brésil , comme jamais auparavant.
Il peut venir un jour où la Russie sera si forte qu' elle portera ombrage à l'Europe occidentale, mais nous en sommes loin. Pour le moment, c'est l'Empire américain qui pèse de manière très lourde sur les pays de l'Europe occidentale jusqu'à leur donner le sentiment qu'ils ne sont plus indépendants.
Dans des décisions capitales comme le fait de forcer la Grèce à rester dans l'euro ou encore d'accueillir un million de réfugiés ou assimilés, Obama a pesé très lourd, de manière discrète mais effective, notamment en s'appuyant sur Merkel dont on peut se demander si elle est autre chose qu'un relais passif de la volonté américaine.
Si l'Europe , dans la perspective d'une élection de Trump , a le loisir de s'ouvrir à la Russie, il est clair que cet étau sera desserré. Ce serait une vison très étroite de intérêts des Etats-Unis que de penser qu'ils n' ont pas intérêt à la détente . Trump semble revenir à une vision plus traditionnelle des intérêts américains ( celle qui a inspiré par exemple le plan Marshall), à l'idée que la promotion des intérêts américains ne passe pas nécessairement par l'affaiblissement de leurs alliés ou partenaires . Cette idée folle qu'il fallait , pour rester fort, affaiblir même ses alliés de toujours, Royaume-Uni compris, inspirée par les idéologues "néo-cons", a prévalu au cours de ces dernières années, aussi bien avec les Démocrates qu'avec les Républicains et elle est aujourd'hui profondément ancrée dans le milieu washingtonien. C'est pourquoi les prises de position de Trump y font grincer les dents. Mais ce sont pourtant les plus raisonnables.

Pour en savoir plus :

Le discours de Donald Trump sur la politique étrangère américaine (40 minutes) :

https://www.youtube.com/watch?v=XW8RqLN3Qao

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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 07:10

Si beaucoup d'observateurs s' alarment des foucades apparemment hasardeuses de Donald Trump et redoutent son accession à la présidence des Etats-Unis, il y a de quoi être au moins aussi inquiet de celle de Hillary Clinton.

Certains vont jusqu'à dire que l' élection de la sénatrice de New York nous entraînerait dans une guerre mondiale.

Dire que l'ancienne première dame , puis secrétaire d'Etat est , selon la terminologie américaine, un faucon (hawk) est faible. Il n'y a pas eu de crise au cours des dernières années où elle n'ait pris le parti de la guerre avec une particulière frénésie. Elle a toujours été, comme disent les Américains, du côté des warmongers.

Toujours du côté de la guerre

Passons vite sur les entreprises militaires de son mari , Bill Clinton , indirectes comme l'invasion du Rwanda (1994) par ses protégés , cause première de tragédies en chaîne, ou directes comme la guerre de Yougoslavie (1999) . De ces entreprises, Hillary n' est pas formellement responsable quoiqu' elle se soit vantée d'avoir poussé le président , qui hésitait, à bombarder la Yougoslavie. Passée dans l'opposition et élue au Sénat, elle a voté pour les expéditions militaires lancées par George Bush Jr en Afghanistan et en Irak .

Secrétaire d'Etat de 2009 à 2013, elle a été une enthousiaste des printemps arabes, dont elle ne pouvait ignorer que les servies secrets américains s'étaient évertués, sinon à les déclencher, du moins les attiser , ni que les révoltés étaient presque tous islamistes. Elle a eu l'initiative, sous Obama, de la malheureuse expédition en Libye dont on sait combien les effets ont été catastrophiques, et des manœuvres pour renverser le président Assad en Syrie, à l'origine d'une guerre qui a déjà fait 250 000 morts. Quoique de manière occulte, les Etats-Unis ont soutenu le développement du radicalisme islamique en Syrie et en Irak qui a abouti à l'émergence de Daesh et donc encouragé les réseaux terroristes.

Au total , Mme Clinton s'est trouvée directement impliquée dans les manœuvres qui ont plongé dans la guerre civile trois pays : Lybie , Yemen, Syrie, et qui s'ajoutent à deux autres qu'avait opérées son prédécesseur avec son approbation , l'Afghanistan et la l'Irak soit cinq pays toujours en guerre . Ont été en outre ruinées l'Egypte et la Tunisie. Ca fait beaucoup pour une seule femme.

Les relations de la secrétaire d'Etat avec les présidents Morsi et Erdogan, tous deux frères musulmans, furent particulièrement étroites et elle ne cache guère aujourd'hui qu'elle verrait d'un bon œil le renversement du régime du maréchal Sissi en Egypte qui pourtant a stabilisé le pays et ramené la tolérance entre les communautés religieuses. On peut craindre que, si elle était élue présidente, elle ne cherche à nouveau à répandre la démocratie par la force dans le monde arabe avec l'effet presque assuré de ramener au pouvoir les islamistes. Compte tenu de la situation incertaine qui est aujourd'hui celle de l'Algérie, dont le président est à l'agonie, on peut redouter qu'une telle politique y ait des effets gravement déstabilisants où la France serait en première ligne.

Le rapprochement des Etats-Unis avec l'Iran et Cuba a été opéré par Barack Obama avec son successur John Kerry. Tout laisse penser quelle n'y était pas favorable.

Sa agressivité face à la Russie ne fait pas de doute non plus. Bill Clinton avait favorisé l'extension de l'OTAN à l'Est de l'Europe contraire aux engagements pris en 1989 par Bush père à l'égard de Gorbatchev, dans le but d'encercler au plus près la Russie. Une politique que George Kennan , vétéran de la guerre froide, avait qualifiée de "tragique erreur". Hillary Clinton a soutenu le travail de sape antirusse opéré par les ONG américaines ( au premier chef la Fondation Soros) en Ukraine. Leur l'aboutissement fut le coup d'état de la place Maidan en 2013, fomenté par sa protégée Victoria Nuland, femme de Robert Kagan , l'idéologue néo-con qu'elle avait chargée auprès d'elle des affaires européennes. Elle est allée jusqu'à comparer Poutine à Hitler, ce qui n'a pas peu contribué au retour de la guerre froide.

Lors d'une récente soirée de fund-raising, elle s'est laissé aller à déclarer que si Israël devait tuer encore 200 000 habitants de Gaza pour avoir la paix, elle l'y aiderait. Devant le tollé soulevé, elle a déclaré ensuite qu' elle voulait dire 20 000, ce qui n'est déjà pas si mal.

De fait , rien ne sépare sur le plan de la politique internationale Hillary Clinton de positions du clan néoconservateur qui avait déjà sévi sous Bush et qui est animé d'une double conviction : 1) que tout est rapport de forces et que dès lors que deux puissances comme les Etats-Unis et la Russie se font face, il faut que l'une élimine l'autre, 2) que les Etats-Unis ont la mission de répandre par les armes la démocratie libérale et le marché dans le monde , fut-ce au prix de la destruction des Etats , comme cela a été le cas en Irak, en Libye et au Yemen ou comme on a tenté de le faire jusqu'à l'intervention russe en Syrie.

Dans un tel schéma, l'Europe occidentale a , pour les gens de cette école, peu de place. Ils la tiennent pour décadente : elle est face aux Etats-Unis, comme Vénus face à Mars[1]. De plus en plus intégrée à l'OTAN, elle a vocation à obéir sans sourciller aux directives des Etats-Unis. Ceux qui, dans les différents pays, ne seraient pas sur cette ligne sont éliminés.

Nous avons évoqué les idées de Hillary Clinton . Il faudrait considérer aussi son caractère, de plus en plus colérique et imprévisible.

Remise en cause des clivages traditionnels

Face aux postions de Hillary Clinton, celles de Donald Trump en politique internationale apparaissent étonnamment modérées : il considère que l'invasion de l'Irak en 2003 fut une grave erreur , il prône une politique de détente avec la Russie de Poutine, il souhaite un certain désengagement des Etats-Unis dans le monde : c'est dans cette perspective qu'il faut comprendre sa proposition que le Japon se défende lui-même, y compris en se dotant de l'arme nucléaire. Affirmation contestée par tous ceux qui craignent à juste titre la prolifération mais les Etats-Unis ont-ils vocation à s'interposer entre les deux géants que sont la Chine et le Japon ?

L'opinion de Clinton est celle de la bulle washingtonienne où spéculent en circuit fermé , géopoliticiens de haut vol, agents des services, militaires, industriels de l'armement, financiers, lobbies, think tanks, journalistes , s'excitant les uns les autres dans une vision obsidionale et paranoïde du reste du monde. Trump, prétend , lui , représenter le peuple américain , de plus en plus conscient du coût exorbitant de la politique étrangère américaine.

L'opposition Trump-Clinton ne recoupe donc pas les oppositions traditionnelles où les Républicains apparaissent comme les faucons et les Démocrates comme les colombes. C'est que, aux Etats-Unis comme en France, une mutation de la vie politique est en cours, qui périme les clivages traditionnels.

Le 28 mai 1952, le parti communiste défilait à Paris contre la venue du commandant en chef de l'OTAN qu'il appelait "Ridgway la guerre". Slogan alors douteux , mais , par contre l'expression "Hilary Clinton la guerre" pourrait , elle, être aujourd'hui fondée.

En tous les cas, après la période ambigüe mais globalement modérée du second mandat de Obama, on peut se demander si, dans un monde éminemment instable, l'élection d'une idéologue comme Hillary Clinton ne représenterait pas une menace sérieuse pour la paix du monde.

Roland HUREAUX

[1] Robert Kagan, La puissance et la faiblesse, Hachette-Littératures, 2006

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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 07:07

CANDITATURE D'HILLARY CLINTON : ON NE SAURAIT OUBLER COMBIEN LA PRESIDENCE CLINTON FUT DEFAVORABLE AUX INTERETS FRANCAIS

Au moment où il paraît de plus en plus vraisemblable que l'élection présidentielle américaine se jouera entre Donald Trump et Hillary Clinton, il n'est pas inutile de se rappeler ce que fut la politique du mari de celle-ci, le président Bill Clinton à l'égard de notre pays entre 1992 et 2000 .

Disons le: la présidence Clinton a été sans doute la plus hostile aux intérêts français qu'il y ait jamais eue dans l'histoire de ce pays.

Deux affaires méritent d'être rappelées : celle du Rwanda qui a vu les Etats-Unis appuyer dans le courant des années 1990 avec discrétion mais efficacité l'équipée de Paul Kagame , parti de l'Ouganda voisin pour reconquérir le pouvoir à Kigali au bénéfice de la minorité tutsi chassée du pays en 1959, contre un gouvernement issu de la majorité hutu soutenu par la France. Les dégâts furent considérable: au moment de l'ultime offensive des rebelles , l'accident d'avion qui coûta la vie aux deux présidents hutu du Rwanda et du Burundi le 6 avril 1994 , dont des proches de Kagame eux-mêmes ont avoué qu'il en était l'instigateur, fut le déclencheur de ce qui fut présenté comme le massacre de la minorité tutsi de l'intérieur; ce massacre justifia après coup l'invasion, commencée plus tôt, du pays par les troupes de Kagame. Cette invasion peut être interprétée aussi bien comme la conséquence du massacre que sa cause . Mais une fois au pouvoir, le président Kagame, envahit en 1995-96 le Congo (RDC) voisin pour exercer des représailles terribles contre les réfugiés hutus et , de fait, mettre la main sur la province du Kivu, riche en minerais de toute sorte . Si les massacres du Rwanda avaient fait près d' 1 million de morts , pas tous tutsis et pas tous du fait de l'ancien gouvernement hutu, l'invasion du Kivu est , elle, selon les chiffres de l'UNHCR directement ou indirectement responsable de 4 millions de morts.

Si le gouvernement Clinton n'avais pas appuyé la rébellion de Kagame, tous cela ne serait pas arrivé. Le gouvernement hutu de Habyarimana n'était certainement pas tendre pour les Tutsis ( pas plus que la Révolution française ne l'avait été pour l'ancienne aristocratie), mais il restait dans le registre des dictatures africaines ordinaires, alors que ce qui est arrivé au cours de la guerre de 1994-1996 dépasse toutes les bornes de l'horreur.

L'aboutissement de cette opération a été que le Rwanda de Kagame a quitté la francophonie pour adhérer au Commonwealth ! Son but, auquel le gouvernement Clinton ne saurait être étranger, même si la crise avait commencé avant lui , était d'éliminer la France de la région des Grands Lacs . Cette élimination fut complète quand Jacques Chirac retira en 1996 les conseillers français de l'armée congolaise qui faisait face au Kivu à une armée rwandaise tutsi encadrée par des officiers US. Ces événements avaient , entre autres, fait dire à Mitterrand vieillissant :

« La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort apparemment et pourtant une guerre à mort. » ( cité par Georges-Marc Benhamou, Le dernier Mitterrand).

Une guerre sans mort français évidemment , avec 5 millions de morts africains tout de même !

Affaiblir les intérêts français et en tous les cas les méconnaître, c'est ce qu'on voit aussi dans la guerre de Yougoslavie et notamment dans sa phase la plus aigue, la guerre dite du Kosovo de 1999 , où les forces de l'OTAN , hors de toute légalité internationale à l'instigation des Etats-Unis et de l'Allemagne , bombardèrent pendant des semaines, le territoire de la Serbie, faisant 20 000 morts, tous civils. Tout au long de ce conflit, les Etats-Unis prirent systématiquement le parti des alliés historiques de l'Allemagne: Croates, Albanais, Kosovars, Bosniaques musulmans, les mêmes qui avaient fait bon accueil à la Wehrmacht en 1941 et combattirent au contraire avec un rare acharnement les Serbes, alliés historiques de la France et de l'Angleterre et ennemis de l'Allemagne. Il est vrai que le président Chirac s'est montré complice de cette opération qu'il aurait pu empêcher. Mitterrand, avait dit "moi vivant, la France ne fera pas la guerre à la Serbie." Margaret Thatcher ne pensait pas autrement. Dépourvu de cette conscience historique, Jacques Chirac, pour des raisons qui restent à éclaircir, n'eut pas ces scrupules.

On objectera que les entreprises de Clinton allaient dans le sens des droits de homme frappant les "méchants" ou protégeant les "bons". Qui est encore dupe de cette rhétorique, composante de la guerre médiatique et psychologique qui accompagne désormais toutes les opérations militaires et dont les clefs se trouvent outre-Atlantique ? Quand un régime est diabolisé dans l'opinion mondiale, nous ne savons pas s'il le mérite vraiment, mais nous savons qu'à coup sûr il n'est pas dans le camp des Etats-Unis !

A ce bilan peu glorieux des relations franco-américaines au temps de Clinton, on pourrait ajouter l'offensive commerciale de l'Amérique contre la politique agricole commune, dans le cadre des négociations du GATT, offensive qui conduisit l'Europe, au dépens des intérêts français, à démanteler partiellement les protections de son agriculture, au travers de la réforme de la politique agricole commune (1992) et le l' accord de Blair House (1993). L'agriculture française ne s'en est jamais remise.

Il est difficile de trouver d' autres présidents des Etats-Unis qui aient été aussi hostiles aux intérêts français que Bill Clinton. La France n'eut guère à se plaindre de la plupart des présidents républicains : Eisenhower, Nixon ( qui ne cachait pas son admiration pour le général de Gaulle), Reagan et même Bush père et fils, quelque contestables qu'aient été les initiatives internationales de ces derniers. Pas davantage de certains démocrates comme Truman, Carter et même Obama : que la présidence de ce dernier coïncide avec une inféodation sans précédent de notre pays est à mettre au passif, moins du président américain lui-même que des dirigeants français qui acceptent cette inféodation . Kennedy ne fit rien pour faciliter la solution de la guerre d'Algérie et sabota les initiatives européennes de la France, ce dont le général de Gaulle ne lui tint pourtant pas trop grief. Il devait s'entendre beaucoup plus mal avec son successeur Johnson.

Sans doute Mme Hillary Clinton n'était-elle entre 1992 et 2000 que la première dame d'Amérique, sans responsabilité officielle dans la politique étrangère américaine. Mais on doute qu'une personnalité de cette envergure ait pu être totalement étrangère aux événements que nous avons évoqués. Le nom de Clinton ne devrait inspirer aucune sympathie en France.

Roland HUREAUX

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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 07:05

Si le but de l'opération Barbarin était de jeter un peu plus de trouble dans une France déjà gravement déboussolée , dont l'Eglise affaiblie et intimidée par le "monde" ne semble plus à même d'offrir une alternative à l'islamisation , alors l'opération a réussi. Si le but était , par contre, comme il est probable, de faire démissionner le cardinal, elle semble faire long feu.

Les initiateurs de l'affaire, dont nul ne doute quelle ait été en partie montée, comme le démontre l' article brillant d'Eric Verhaeghe,[1] avaient décidé de régler leurs comptes aux principales figures de proue de la Manif pour tous. D'abord le grand Rabbin Bernheim qui n'aurait jamais été inquiété pour ses diplômes s'il n'avait publié un manifeste philosophique contre le mariage homosexuel. Puis Virginie Telenne (alias Frigide Barjot) qui , après avoir perdu sa place dans le monde du spectacle, a été, avec ses enfants, expulsée de son appartement à la demande de la Ville de Paris pour un motif secondaire, sur fond de campagne de presse unilatérale. D'autres dirigeants connus ne trouvent pas de travail. Dans le clergé, le cardinal Philippe Barbarin était le plus en vue tant par ses prises de position que par sa participation aux manifestations, lesquelles ne faisaient pas peur à ce sportif. Les initiateurs de l'affaire, sans doute proches de la LGBT et partie prenante à une opération internationale de déstabilisation de l'Eglise catholique dans son ensemble, rayent sans soute les noms, à mesure, sur leur liste.

Ceux qui font pression sur Mgr Barbarin s'imaginent qu'on fait tomber un prélat comme on fait tomber un ministre: à coup de sondages , de pétitions ou de campagnes de presse ( en l'espèce, certaines agences de presse , largement relayées par les médias, y compris catholiques, ne chôment pas). Ces initiateurs n' imaginent pas qu'avant de prendre une telle décision , quelqu'un comme l'archevêque de Lyon se recueillera quelques heures devant le Saint-Sacrement , se souvenant du dernier verset des Béatitudes :

"Heureux êtes vous si l'on vous insulte si l'on vous persécute , et si l'on vous calomnie de toute manière à cause de moi. Soyez dans la joie et l'allégresse car votre récompense sera grande dans les cieux" (Mt 5 11-12 ).

Le cardinal Barbarin n'est peut-être pas dans la joie et l'allégresse mais il est certain que les conseils de l'Esprit-Saint auront pour lui plus de poids que ceux de M.Valls.

Le recul de la civilisation chrétienne ne se marque pas d'abord au recul du nombre de prêtres ou de pratiquants, mais à l'ignorance croissante de choses de l'Eglise. Le petit père Combes n'aimait pas le catholicisme mais il le connaissait . On peut en douter des socialistes d'aujourd'hui (et pas que d'eux). Personne n'a peut-être rien écrit d' aussi sévère pour le milieu clérical que L'imposture de Bernanos mais lui savait de quoi il parlait. Cette ignorance est pénible aux croyants car elle témoigne d'un profond mépris pour une réalité sur laquelle il ne parait même plus utile à leurs adversaires de s'informer. Mais elle est surtout le signe d'un recul de la civilisation où les mille et une subtilités auxquelles l'Eglise catholique a formé l'Occident , Voltaire compris, cèdent la place à la grossièreté , aux simplifications idéologiques et, à terme , à la barbarie.

Le cardinal-archevêque de Lyon a reçu l'appui d'un nombre impressionnant de personnalités , dont plusieurs académiciens et professeurs d'université qui l'ayant approché, en connaissent les immenses qualités.

De quoi se mêle Valls ?

Les résultat mitigé de l'opération de déstabilisation tient aussi au nombre de gens , pas forcément croyants, qui ont été choqués par la déclaration du premier ministre Manuel Valls demandant au cardinal de "prendre ses responsabilités". Cette déclaration constitue une entorse tant au principe de séparation de l'Eglise et de l'Etat qu'à celui de la présomption d'innocence [2]. Mais s'agissant de Vals, n'est ce pas plutôt le ridicule qu'il faut retenir !

Présomption d'innocence ? Le cardinal s'est excusé auprès des victimes. Peut-être en effet a t-il été imprudent ? Mais aucun juriste sérieux ne croit qu'une des enquêtes en cours conduira à autre chose qu'un non-lieu.

Et comment ne pas s'étonner que, dans ces affaires, le nom des accusés, dont un seul a été condamné, soit livré en pâture au public, alors que celui de leurs accusateurs est tenu secret.

Etranges affaires au demeurant : les plus assurées ont précédé de plusieurs années la nomination de Barbarin à Lyon (2002) et elles portent sur des prêtres dont la conduite a été irréprochable au cours des années où il a été archevêque. Dans les deux qui se sont présentées sous son ministère, il avait été notoirement impitoyable. Il a immédiatement conseillé à la jeune journaliste de Mag2Lyon qui, en août dernier, lui faisait croire de manière mensongère , pour le tester, qu'elle avait été violée par un prêtre, de porter plainte, sans se douter que c'était peut-être là le signe qu'une machination se tramait .

Nous n'aimons pas beaucoup l'appellation de pédophilie, la philia étant tenue par les Grecs pour un des sentiments les plus élevés. S 'agissant plutôt d'eros, il faudrait dire pédérastie, si le terme n' était déjà préempté. On se contentera de pédomanie. Pourtant une seule des trois ou quatre des affaires évoquées relève de cette espèce, les autres , dont toutes ne sont pas avérées, ne concernent pas des mineurs de moins de 15 ans, seuls protégés par la loi (Dieu sait combien la gauche a lutté pour abaisser cette limite) . Il s'agit, disons le tout net, d'homosexualité pure et simple. La drague homosexuelle est sans doute une faute grave au regard de la discipline ecclésiastique. Mais depuis quand le lobby LGBT et ses sympathisants la tiennent-ils pour criminelle ? A moins qu'on ait eu affaire à un viol, ce qui supposerait chez le prévenu la carrure du Gérard Depardieu des Valseuses !

Un seul fait concerne des mineurs, scouts ayant fait l'objet d' attouchements et elle s'est produite il y a 25 ans. Le père Preynat , dénoncé puis réintégré par le cardinal Decourtray, alors archevêque de Lyon, a ensuite rempli, ses anciens paroissiens de la région de Roanne en témoignent, son ministère de manière exemplaire. Il a été mis à l'écart en 2015.

Un dossier bien mince

Au total, les faits que l'on pourrait reprocher au cardinal sont bien minces et on ne peut que s'étonner que parmi ces plaignants qui se réveillent au bout d'un quart de siècle, figure un haut-fonctionnaire , victime respectable peut-être, mais chargé de la communication (c'est à dire de la propagande) dans un gouvernement connu pour son hostilité à l 'Eglise catholique : le ministre de l'intérieur n'est-il pas allé jusqu'à dire que l'évocation de racines chrétiennes de la France lui paraissait "nauséeuse" ? Cette hostilité s' est étendue aux chrétiens d'Orient pour lesquels Barbarin s'est plus que tout autre démené et dont les assassins ont reçu pendant quatre ans armes et entrainement du gouvernement français.

Quelque horreur qu'inspire un acte de pédomanie commis par un prêtre, le cardinal est d'abord victime de l'air du temps. Un temps qui , malgré les appels du pape François, ignore la miséricorde . Certes la doctrine officielle prônée par Christiane Taubira est de préserver la possibilité d'amendement et de tout mettre en œuvre pour la réhabilitation des coupables , ce qui suppose une certaine confiance. Mais il est clair que notre époque , si indulgente à l'homosexualité, tient par un étonnant paradoxe la pédomanie pour le crime de crimes auquel cette possibilité de réhabilitation ne s'applique pas. Le cardinal Decourtray , en 1991, n'avait pas tenu le prêtre incriminé pour irrécupérable, lui laissant une seconde chance, ratifiée par Barbarin quand il a eu connaissance de l'affaire, soit cinq ans après sa prise de fonctions. La suite a montré qu'ils avaient eu raison , l'un et l'autre, de faire confiance. Peut-être ont-ils été imprudents mais que dire des juges qui remettent en liberté tant de criminels au repentir douteux ou de l'Education nationale qui se contente généralement de déplacer les enseignants pédomanes? Vals a-t-il demandé à Najat Vallaud Belkacem de démissionner ? Le recteurde Grenoble et l'inspecteur d'académie qui ont laissé en place l'instituteur de Villefontaine, condamné en 2008 et accusé de viols d'enfants en 2015, ont -ils été sanctionnés ?

Les encycliques sur ce sujet n'ont pas précisé, à notre connaissance que si la miséricorde est gratuite pour celui qui en bénéficie , elle peut coûter cher à celui qui la dispense, ce que les évangiles nous avaient appris depuis longtemps.

Roland HUREAUX

[1] Atlantico, 5 avril 2015

[2] Et même de la séparation des pouvoirs.

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19 mars 2016 6 19 /03 /mars /2016 12:45

A propos des négociations Union européenne-Turquie sur les réfugiés

LAISSONS REPOSER EN PAIX LE PETIT AYLAN

Aujourd'hui midi, alors que les négociations entre l'Union européenne et la Turquie sur les réfugiés ( ou assimilés ) transitant par ce pays pour gagner l'Union européenne venaient de commencer, l'évènement est illustré sur France Info par une interview du père du petit Aylan qui avait été photographié mort sur une plage il y a quelques mois , ce qui avait fortement ému la conscience occidentale. Le père a, à cette occasion, lancé un appel "pathétique" à l'Europe pour qu'elle ne se ferme pas aux réfugiés. On ne pouvait mieux entrer dans le jeu d'Erdogan qui veut à toute force les y faire passer.

Rappelons que chaque passage entre la Turquie et une île grecque rapporte entre 5000 et 10 000 dollars à la Mafia turque , sans compter les risques, alors qu' un billet d'avion Istamboul-Berlin coûte 170 €. Mais pour prendre l'avion, il faut un visa. Qu'attend donc la généreuse Angela Merkel pour envoyer des visas au lieu de laisser racketter ces malheureux par des réseaux qui ne pourraient sans doute pas opérer sans l'accord de son ami Erdogan ?

On se souvient de toute l'ambigüité de la photographie évoquée : d'abord il était clair que celui qui avait trouvé le petit Aylan sur la plage avait commencé par le photographier avant de voir s'il ne respirait pas encore, à moins qu'après l'avoir retiré, on l'ait trainé au bord de l'eau pour faire la photo ( des manipulations de ce genre ont déjà valu à certains le Prix Pulitzer).

On a dit, sans que cela soit démenti, que le père était lui-même un passeur . On a dit aussi qu'il allait en Europe non pour s'y réfugier mais pour se faire soigner les dents. Il est étrange en tous les cas que son fils se soit noyé et pas lui.

On sait que le corps a été ramené au village natal pour y être inhumé et on apprend que le père est aujourd'hui interviewé à Erbil, en Irak , non loin de la zone des combats. Si le père peut aujourd'hui résider là, quel besoin avait-il donc d'emmener son fils sur la Mer Egée ? Cela n' a jamais été expliqué.

Il reste que le petit Aylan est mort et que cette mort , quelles qu'en soient les circonstances demeure tragique. La photo, arrivant à point, a fait pleurer toute l'Europe, culpabilisant ceux qui pouvaient penser qu'il n'était pas raisonnable d'accueillir tout d'un coup tant de monde sur le continent.

Qui se souvient des enfants irakiens ?

Mais quand les sanctions occidentales sur l'Irak, entre 1990 et 2003, ont fait mourir un demi-million d' enfants irakiens , privés de médicaments et parfois de nourriture, personne n'a pleuré.

Il est vrai que les puissances dominantes pensaient alors qu'il fallait imposer ces sanctions. Alors que les mêmes puissances pensent aujourd'hui que l'Europe doit accueillir des millions de migrants. Voilà pourquoi un seul décès d'enfant a causé a plus d'émotion qu'un demi-million.

Personne n'évoque non plus les sanctions très lourdes qui ont été imposées à la Syrie en 2011 privant ce pays de médicaments . Ces sanctions font aussi mourir des enfants et aggravent la désorganisation de l'économie syrienne, ce qui est une des causes du départ des jeunes Syriens vers l'Europe.

Washington, Bruxelles et Berlin veulent à toute force que le vieux continent accueille plus de réfugiés. Envisagent-ils, selon la même logique humanitaire, que ces sanctions soient levées ?

Quel est le lien entre le gouvernement turc qui encourage le passage des réfugiés tout en aidant Daesh à continuer la guerre , les organisations mafieuses de passeurs qui tirent des milliards de dollars de ce trafic , les forces internationales qui poussent l'Europe à ouvrir grandes ses portes et les circuits médiatiques qui nous amènent quand il le faut des photos ou des interviews propres à susciter l'émotion ? Voilà une vraie question.

Roland HUREAUX

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19 mars 2016 6 19 /03 /mars /2016 12:41

Paru dans Causeur

La conjonction de vagues migratoires hors de contrôle, d'attentats terroristes de grande ampleur et d'une restriction des libertés ( loi sur les écoutes, état d'urgence) allant jusqu'à une réforme de la constitution qui inquiète même le Conseil de l'Europe, pourrait bien dessiner les traits de l'Europe vers laquelle nous allons : ghettoïsée , conflictuelle et autoritaire.

Les tenants de la société multiculturelle pensent que la diversité des communautés allogènes implantées dans les pays européens constitueront un enrichissement pour le pays d'accueil par la multiplication de échanges et le croisement des cultures qu'elle suscitera, pouvant aller jusqu'au métissage. Cela est vrai , au moins en partie, quand les dites communautés ne sont qu'une petite minorité, trop réduite pour rester dans l'entre-soi et pour apparaître comme une menace. Chacun de ses membres a de fortes chances de rencontrer, à l'école , sur les stades ou au travail des autochtones et de s'assimiler à leur mode de vie. Les autochtones ne sentant pas leur primauté remis en cause, se montrent accueillants et ouverts aux échanges. Il n'en est plus de même quand les dites communautés se font nombreuses. Les nationaux ont moins envie d'échanger. Les immigrés ou fils d'immigrés ont moins de chances de les rencontrer notamment dans des classes devenues monocolores. En France, la reprise de la fécondité immigrée depuis quinze ans laquelle s'était jusque là plus ou oins normalisée, est un marqueur de la communautarisation, de pair avec la préférence des mâles pour des femmes qu'ils font venir du pays, plus dociles que leurs voisines de palier. Au terme : une société d'apartheid telle que l'Allemagne en montre l'exemple depuis longtemps: à Berlin il n'y a pas d'Allemands dans les quartiers turcs et très peu de Turcs dans les quartiers allemands. Plus les populations immigrées seront importantes, plus la séparation sera grande.

Des tensions prévisbles

Les relations de ces communautés seront , qu'on le veuille ou non, conflictuelles. Sans doute , le nombre de musulmans impliqués dans les actes terroristes est-il infime par rapport à leur nombre total: 1 sur 1000 si on se réfère au fichier S , lui même très extensif et qui comprend d'ailleurs aussi des convertis. Mais ces actes auront statistiquement et toutes choses égales par ailleurs deux fois plus de chances de se produire si la population allogène devient deux fois plus nombreuse. Ils contribuent et contribueront à durcir les relations intercommunautaires, à entretenir la méfiance et l'hostilité dont les effets seront seulement tempérés par la séparation des communautés. En outre le terrorisme n'est pas la seule forme de l' agressivité réciproque des communautés: la délinquance ordinaire , les "incivilités" ou alors les réflexes d'autodéfense des autochtones y contribueront aussi.

Malgré les exemples de pays comme le Liban, la Bosnie , Ceylan qui montrent que des communautés religieuses d'importance comparable[1] ne peuvent coexister longtemps de manière pacifique , on peut penser que ce n'est pas ce genre de guerre ouverte qui menace immédiatement l'Europe. Mais, comme l'a montré Pierre Manent [2]. , la démocratie ne peut prospérer que dans une communauté relativement homogène On peut craindre que l'hétérogénéité au contraire lui soit fatale. C'est une loi historique que plus une société est hétérogène, plus il faut un pouvoir fort pour y maintenir la paix civile.

Menaces sur les libertés

On ne voit que trop comment un pouvoir socialiste qui proclame à tout va son attachement aux valeurs républicaines, conforte chaque jour sa légitimité par une gesticulation sécuritaire qui entretient la psychose de l' attentat et habitue insensiblement les esprits à un régime d'exception. S'il est vrai que des failles dans le dispositif policier ont fait obstacle à ce que les attentats de Charlie et du Bataclan aient été détecté à temps, personne n'a considéré que ce failles provenaient de lacunes juridiques , seulement de dysfonctionnements des services. Il est probable que leur vigilance ayant été aiguisée par les évènements , ils mettront un point d'honneur à mieux prévenir les attentats et donc à diminuer les risques que court la population. Il reste qu'avec l'état d'urgence , tout citoyen français peut craindre de voir au milieu de la nuit débarquer la police chez lui pour y effectuer une perquisition sans mandat judicaire. Il est aussi vrai que depuis la loi du 24 juillet 2015 sur le renseignement , la plupart des gens font attention au contenu de leurs courriels craignant qu'ils ne soient interceptés et utilisés contre eux. Ces moyens juridiques d'exception ont été notoirement utilisés contre des personnes , écologistes, identitaires ou autres qui n'avaient rien à voir avec les réseaux terroristes. Sans aucune nécessité, on veut réformer le constitution alors même qu'une démocratie forte devrait garder ses lois fondamentales sauves quelles que soient les circonstances[3].

S'il est vrai , comme on le dit, que les évènements que nous avons vécus ne sont rien à côté de ceux qui nous attendent ( il faut espérer le contraire ! ), alors les restrictions de libertés que nous aurons à connaitre dans le futur seront encore plus considérables.

Cela ne concerne pas que la France. Une fois l'euphorie de la politique d'accueil de Merkel passée, qui sait ce que nous réserve ce pays dont les oscillations extrêmes ont déjà ébranlé l'Europe ?

Il est des gens , en France et en Europe, qui imaginent qu'une politique d'accueil large et généreuse rendra les gens meilleurs et la société plus prospère et démocratique, qu'elle fera progresser les droits de tous à commencer par ceux des migrants. Certains sont même prêts à faire émerger cette société vertueuse par la force d'une loi impitoyable au moindre écart de langage. Ils devraient être refroidis par les perspectives qui se dessinent. Ce n'est pas la première fois dans l'histoire contemporaine que les bons sentiments amènent des catastrophes; c'est même plutôt là la règle que l'exception. Nos anticipations ne découlent de rien d'autre que d'une connaissance objective de la dynamique des sociétés de tous les temps et de l'extrapolation de ce qui se passe sur notre sol depuis quelques mois.

Roland HUREAUX

[1] Ce qui ne veut pas dire un poids démographique équivalent. Le nombre d'adeptes actifs de chaque groupe, ses appuis extérieurs, importent aussi

[2] Pierre Manent , La Raison des nations : Réflexions sur la démocratie en Europe. Gallimard, collection "l'esprit de la cité", 2006.

[3] Ce qui fut le cas de la IIIe République en guerre de 1914 à 1918 ou des Etats-Unis jusqu'au 11 septembre 2001

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