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Roland HUREAUX

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6 juillet 2016 3 06 /07 /juillet /2016 15:24

Si l'Union européenne était une institution ordinaire, disons naturelle, de coopération entre les peuples, le Brexit n'apparaitrait pas comme un événement si grave ; il arrive que dans un club de nouveaux membres entrent, et que d'autres sortent sans qu'on en fasse tout un plat.

Tel n'est pas le cas de l'annonce, le 23 juin dernier, du vote du peuple britannique en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l' Union européenne .

La plupart des commentateurs annoncent, ou même tiennent pour évident que le Royaume-Uni sera confronté à des difficultés de toutes sortes, que son vote a été suicidaire. Des experts autoproclamés, ou qui répètent ce qu'ils ont entendu, ont calculé que la perte britannique en termes de PIB serait d'au moins 1 % par an. Evaluation de la plus haute fantaisie bien entendu, comme celle qui nous annonçait que l'adhésion au traité de Maastricht nous amènerait deux points de croissance en plus : on a vu ce que valent ces prévisions qui ne sont que de la propagande la plus grossière.

La Bourse de Londres a baissé dès que les sondages ont laissé prévoir la victoire du Brexit , soit le 23 à minuit : mais la Bourse ne pronostique pas ce qui va se passer, elle pronostique ce que le public ( de fait , les médias, plus orientés que jamais ) vont pronostiquer. La livre aussi a baissé mais qui ne voit que la compétitivité britannique s'en trouvera accrue ? Plus calme , David de Rothschild se contente de dire que «Le Brexit n'est pas une tragédie économique. »

Le Royaume est même, dit-on, menacé de dislocation par le vote dissident de l'Ecosse et de l'Irlande du Nord . Peut-être, mais ne l'était-il pas de toutes les façons du fait de la politique régionaliste et antiétatique de Bruxelles?

On prétend que la sortie du Royaume-Uni va entrainer la renégociation de milliers de règlements européens ou d'accords avec les pays tiers , que tout cela sera immensément compliqué. Ignore-t-on que le droit international prévoit que les accord passés demeurent en vigueur (théorie de la succession d'Etat ) même si le contexte a changé, sauf impossibilité manifeste ou si l'une des parties en décide autrement, ce que rien n' impose ?

Que dirait-on si le Royaume-Uni ne se trouvait déjà en dehors des deux régimes les plus contraignants : la monnaie unique et l'espace de libre circulation ?

On dit que la Cité de Londres perdra son rôle international alors que c'est au contraire la crainte de le perdre au bénéfice d New York qui a poussé une partie de cette antique institution vers le Brexit , ce rôle international étant, selon elle, menacé par les règles actuelles et à venir de l'Union européenne.

Des alarmes encore plus grossières sont répandues parmi les Britanniques résidant en France : qu'ils ne pourront pas continuer de résider , qu'ils ne bénéficieront plus de la couverture maladie , qu'ils seront plus imposés.

On dit même que les Français ne reteindront plus les migrants à Calais ou que les produits britanniques ne pourront plus se vendre sur le continent, comme si les règles de l'Union européenne n'étaient pas, pour l'essentiel, la transposition de celles de l'OMC.

Le Conseil européen , à la suite de la plupart des hommes politiques de l'Europe continentale, Merkel et Hollande en tête, ne s'est pas comportée plus sereinement. Son approche est apparue crispée et punitive : "Puisque ils veulent s'en aller , qu'ils s'en aillent et vite". Au mépris de l'article 50 du traité de Lisbonne et même de la souveraineté britannique qui prévoit une procédure assez longue , on veut imposer aux Anglais un tempo rapide.

L'Union européenne, plus exposée que le Royaume-Uni

Si on prédit les pires catastrophes aux Britanniques, on dit moins que l'Union européenne pâtira encore davantage du Brexit et c'est peut-être ce qui explique la crispation des restants .

Des gens qui ont toujours adhéré au principe démocratique, en Grande-Bretagne et en France, sont remplis de hargne contre l'irresponsabilité de Cameron, coupable à leurs yeux d'avoir poussé l'imprudence jusqu'à donner la parole au peuple britannique.

C'est qu'ils sentent que le départ du Royaume-Uni menace tout l'édifice européen. On s'en souvient : Bruxelles avait eu recours aux pires acrobaties pour retenir dans l'euro Chypre ( 0,1 % du PIB de l'UE) et la Grèce ( 1,2 % du PB), car leur départ , en dépit de son impact économique négligeable, se heurtait au dogme de l'irréversibilité de l'euro et l'Europe (de Bruxelles).

Dès lors que l'on n'a pas affaire à une construction naturelle , mais à une construction idéologique, tout retour en arrière, que ce soit en étendue (le retrait d'un pays) ou en profondeur ( l'abandon d'une compétence) remet en cause le caractère eschatologique de l 'entreprise et donc sa raison d'être. Une construction idéologique c'est , comme le socialisme, une sorte d'utopie que l'on veut transposer dans le réel, une tentative de refondation du monde, fondée de nouveau principes, faux car le monde ne se refonde pas. Dès que toute le monde ne joue plus le jeu, que quelqu'un, comme l'enfant du conte d'Andersen, ose dire que le roi est nu, le charme cesse. D'où l'intolérance frénétique des tenants du projet envers tous ceux qui ne jouent pas le jeu, pas seulement les Britanniques.

L' argument les plus employé lors des débat référendaires français de 1992 et 2005 avait été : "si l'Europe ne poursuit pas sa marche en avant, elle s'effondrera et la paix mondiale sera menacée". Nous voyons comment , dans le contexte actuel, cet argument se retourne contre les partisans de la construction européenne et pourquoi on ne le met pas en avant.

Staline disait déjà au moment de la collectivisation des terres (1929) : "si le socialisme n'avance pas, il recule". On avait déjà vu comment s'était effondré le régime soviétique : presque d'un coup dès lors que, à la suite de l'accident de Tchernobyl, Gorbatchev avait lancé le mot d'ordre de la perestroïka, c'est à dire , en fait, celui, d'un retour à une politique naturelle, la négation même d'un système idéologique fondé sur l'illusion et le mensonge.

On peut imaginer les menaces qui pèsent désormais sur l'Union: l'euro en est le maillon faible : il ne se survit que parce que la Banque centrale européenne poursuit sa fuite en avant inflationniste ( en langage distingué, inflation se dit quantitative easing ) au grand dam des dirigeants allemands qui pour une fois n'ont pas le dernier mot car la logique idéologique ( la survie de l'euro à tout prix) prévaut. Quelle autorité aura l'Union pour imposer un nouveau train de réformes à la Grèce à la prochaine crise ? D'autres pays , les les moins bien accrochés au wagon, comme la Pologne ou la Hongrie, voire la Finlande, pourraient réclamer assez vite un référendum.

Face à ce risque de débandade, les dirigeants de l'Europe de Bruxelles seraient sans doute tentés d'appliquer le doctrine Brejnev de la "souveraineté limitée" telle qu'elle fut définie au sein au sein du bloc socialiste en 1956 et 1968 et d'envoyer des chars pour ramener le récalcitrant dans le rang. Jean-Claude Juncker en a déjà formulé la théorie : « Il ne saurait y avoir de choix démocratique contre les traités européens.» Mais le Royaume-Uni est un gros morceau à avaler ! L'Union européenne , malgré tous ses défauts, n'en est pas encore là ; au demeurant, elle n'a pas de chars. C'est ce qui la distingue, et heureusement, de la défunte Union soviétique.

Un autre scénario serait celui de Yougoslavie de 1947 : exclue du bloc soviétique pour "révisionnisme" et mise en quarantaine afin de dissuader de toute dissidence et consolider le reste du bloc. Une comparaison que certains trouveront paradoxale sachant que l'intégration européenne a commencé à cette époque, précisément pour contrer le bloc soviétique ! L'Union serait en même temps durcie par une couche supplémentaire d'intégration : c'est ce qu'esquisse le plan Merkel-Hollande de renforcement de l'Union élaboré à la hâte en riposte au Brexit. Le scénario d'un anathème durable parait cependant improbable . Le blocus continental appartient au passé ! Les liens de fait entre le Royaume-Uni et le continent sont aujourd'hui trop nombreux. En outre , et ce n'est pas le moindre des arguments, ce dernier demeurant dans l'OTAN , Washington ne le permettrait pas. Que , selon le principe que l'"Union rebondit toujours sur ses échecs ", une nouvelle couche de centralisme communautaire soit infligée à ceux qui restent , n'est en revanche pas à exclure, au risque d'amener au pouvoir les partis anti-euro.

Il reste à l'Union, comme à tous les faibles, la cautèle, la manœuvre pour ramener peu à peu la brebis égarée au bercail. C'est ce qui a réussi pour l'Irlande et le Danemark ( qu'on a fait revoter), pour la France ( dont le vote très clair du référendum de 2005 été désavoué par le Parlement à l'initiative du président Sarkozy), pour les Pays-Bas.

Il sera certes difficile de réintégrer formellement le Royaume-Uni mais on peut envisager que , sorti en gros d' l'Union, il la réintègre en détail. Ce n'est pas techniquement impossible, surtout si le négociateur britannique est complice. La mise à l'écart de Boris Johnson dont on pouvait redouter non seulement les sentiments pro-Brexit mais la forte personalité et donc la capacité à dire non est un signe ; le prochain Premier ministre conservateur pourrait être Theresa May, une anti-Brexit, ce qui serait un comble. Tout laisse penser qu' avec la complicité de la partie de l'establishment britannique pro-remain , encore majoritaire , un rouleau compresseur se met en place pour réduire a minima l'impact du vote populaire. La Grande -Bretagne se retrouverait dans la position de la Norvège qui est dans Union européenne sans y être. Pour réussir l'opération, il est probable que les dirigeants européens devront passer de leur première réaction punitive à une autre plus raisonnée , plus tactique, plus technique , mais non moins dangereuse pour la démocratie. C'est ce qu'ils feront le plus probablement car , acculés à la menace majeure que serait l'effondrement rapide de tout l'édifice européen, il n'ont guère d'autre choix que de se faire accommodants.

Roland HUREAUX

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29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 13:37

Beaucoup de catholiques français demeurent attachés à la "construction" européenne parce qu'ils croient qu'elle est le fruit de la coopération de trois grands catholiques en responsabilité dans l'après-guerre: Robert Schuman, Konrad Adenauer et Alcide de Gasperi, parlant respectivement au nom de la France , de l'Allemagne et de l'Italie . Il est convenu de dire que ce sont là les "Pères de l'Europe" lesquels auraient tenté de fonder quelque chose qui ressemblerait à la chrétienté du Moyen Age. L'Europe de Bruxelles telle qu'elle existe aujourd'hui serait une œuvre principalement démocrate-chrétienne, d'autant plus chère aux croyants que dans un monde largement sécularisé, ce serait bien la seule qu'on pourrait mettre à leur actif.

Or il faut bien le dire : cette vision des choses est largement mythique.

D'abord parce que les trois Pères fondateurs ne se sauraient être mis sur le même plan. Robert Schuman , qui agit surtout comme ministre des affaires étrangères de la IVe République, semble certes avoir cru à l' Europe supranationale, encore que personne ne puisse dire s'il en aurait approuvé la dérive antidémocratique actuelle. Mais la célèbre déclaration Schuman du 9 mai 1950 où est proposée la création d'une Communauté du charbon et de l'acier fut inspirée, sinon rédigée de bout en bout, par Jean Monnet , infatigable travailleur de l'ombre en liaison étroite avec l'ambassade des Etats-Unis. Si Adenauer et De Gasperi se rallièrent à ce plan, ils étaient animés d'arrière-pensées propres qui relevaient d' une stratégie nationale. A la tête de pays vaincus en 1945, ils voyaient dans la création de la CECA un moyen de réhabiliter leurs pays et de les remettre dans le concert international. Qu'Adenauer se soit plus tard très bien entendu avec Charles De Gaulle, lequel avait une toute autre conception de l'Europe , montre que l'engagement du premier chancelier fédéral ne relevait pas de la foi européenne au sens où on l'entend communément.

Schuman, Adenauer et de Gasperi n'avaient pas seulement en commun d'être des démocrates-chrétiens mais aussi d'avoir été élevés en territoire germanique. Schuman avait été député de la Lorraine au Reichstag avant 1914 , de Gasperi avait siégé à la Diète autrichienne au nom de la province du Trentin-Haut-Adige, de langue italienne mais qui dépendait alors de Vienne. Cela ne justifie pas de préventions leur encontre mais permet de nuancer le caractère prétendu catholique du projet européen. Si Adenauer et de Gasperi avaient été d'authentiques résistants respectivement au nazisme et au fascisme, Schuman avait voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain en juillet 1940 et passé la guerre dans un monastère.

Il convient surtout de rappeler que les premières étapes de la construction européenne furent autant l'œuvre de socialistes , généralement francs-maçons que de catholiques. A cette catégorie se attachent le belge Paul-Henri Spaak, Jean Monnet lui-même, plus tard Guy Mollet, Christian Pineau ou Pietro Nenni.

La pression des Etats-Unis

Mais on sait que, par derrière la scène, l'impulsion décisive de la construction européenne est venue des Etats-Unis parce qu'ils pensaient , au terme d'un raisonnement sommaire mais toujours répandu, qu'une union étroite de pays d'Europe, voire leur fusion en un seul Etat, serait une antidote au retour des guerres. Ils voulaient aussi que l'Europe de l'Ouest offre un front uni au communisme en ce temps de guerre froide, préoccupation compréhensible qui explique largement le soutien du Pape Pie XII au projet. Il ne fait pas de doute que certains des promoteurs du projet européen ont alors reçu beaucoup d'argent des Etats-Unis , sans qu'on puisse dire lesquels.

On rappellera enfin que ce qu'échafaudèrent les prétendus Pères fondeurs a fait long feu. La CECA a peu à peu perdu sa raison d'être au fur et à mesure que régressait en Europe le production de charbon et d 'acier. La Communauté européenne de défense instituée en 1952 n'a pas vu le jour à la suite de vote négatif du Parlement français en 1954 , de même que l'Euratom institué en 1956 et resté dans les limbes.

Le traité de Rome

En définitive , seule a eu une postérité la Communauté économique européenne fondée par le traité de Rome en 1956. Robert Schuman n'a eu aucune part à la négoviation de ce traité. De Gasperi est mort en 1954. Le principal volet en était l'instauration d'une politique agricole commune gérée par une commission européenne. Ce volet , refusé par les Américains et qui, dès lors, trouva un Jean Monnet réticent , fut exposé à de terribles pressions au cours des années soixante, au moment où il s'agit de le mette en œuvre . Il fallut tout la détermination du général de Gaulle pour vaincre les réticences de ses partenaires, tous plus ou moins inféodés aux Etats-Unis, à appliquer le traité. Sans lui, la Communauté économique européenne aurait elle aussi fait long feu. Or c'est là la base de institutions actuelles, même si l'intégration de l'agriculture dans les négaociations du GATT en 1984 a abouti à affaiblir la politique agricole européenne. La monnaie unique a été en partie instituée en 1991 pour prendre le relais de cette politique.

Interrogé pour dire qui étaient selon lui les Pères de l'Europe moderne, l'archiduc Otto de Habsbourg cita en premier De Gaulle qui pourtant ne figure pas dans la trilogie de référence. Recevant récemment le prix Charlemagne le pape François n'a pas évoqué son nom et c'est dommage.

Il est vrai que Charles de Gaulle avait une tout autre conception de l'Europe que Jean Monnet lequel fut , au travers de Robert Schuman le principal inspirateur de la construction européenne à visée supranationale telle qu'on la voit se développer aujourd'hui.

Cette Europe supranationale a depuis longtemps récusé ses origines chrétiennes. Refusant de reconnaître les racines chrétiennes de l'Europe, elle conduit même avec acharnement une politique contraire aux principes chrétiens : promotion de l'avortement ou du mariage homosexuel en particulier, jusqu'à obliger le pays qui n 'admettent pas encore celui-ci à se soumettre. En 2004, l'italien Rocco Buttiglione ne fut pas admis à faire partie de la Commission européenne parce qu'il refusait de renier la doctrine chrétienne sur ces sujets. Le destin actuel de la construction européenne devrait suffire à invalider le mythe d'une Europe d'inspiration catholique.

Roland HUREAUX

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29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 13:34

Que la France ait voté la résolution dite « Palestine occupée » du 11 avril 2016 prise par le Conseil exécutif de l'UNESCO condamnant Israël pour ses agissements à Jérusalem, en Cisjordanie et à Gaza est peut-être légitime au regard du droit international. La chose est cependant discutable quant au fond.

Présentée à l'UNESCO par l'Algérie, l’Égypte, le Liban, le Maroc, Oman, le Qatar et le Soudan, tous pays arabes, cette résolution ne prenait en compte, on n'en sera pas étonné, que le point de vue arabe.

Sur le plan technique, elle met principalement en cause les travaux faits à Jérusalem-Est (qui appartenait à la Jordanie avant 1967) ; certains de ces travaux dégraderaient le site que l'UNESCO a mission de protéger, d'autres seraient des fouilles archéologiques dont on se demande pourquoi cette organisation s'y oppose si elles sont bien conduites ; elles touchent surtout l’esplanade du Temple où se trouvent la mosquée d'Omar (qui n'est pas concernée) et la mosquée Al Aqsa, laquelle, durant les croisades, était le siège de l'Ordre des Templiers et est redevenue ensuite un lieu saint de l'islam. De là, Mahomet aurait quitté la terre pour rejoindre le Ciel. Particulièrement inopportuns selon la résolution seraient les travaux menés dans la "rampe des Maghrébins" attenante.

La résolution met aussi en cause la politique israélienne à Bethléem, à Hébron et à Gaza, les Israéliens se voyant également reprocher dans les deux premières villes de faire des travaux dans une zone qui ne leur appartient pas.

Mais l'émoi qu'a suscité cette résolution dans le mode juif touche surtout l'esplanade du temple de Jérusalem. Quel que soit le fond de l'affaire, comment ne pas comprendre que beaucoup de juifs aient été choqués que, pratiquement à chaque ligne, le texte qualifie lsraël de "puissance occupante" dans un territoire qui, pendant dix siècles, avait été celui du temple de Salomon ?

Il nous semble que le nouvel ambassadeur de France auprès de l'UNESCO qui venait d'inaugurer ses fonctions au moment du vote, aurait dû prendre en compte d'une manière ou d'une autre cette sensibilité ; ayant postulé avec beaucoup d'insistance pour l'ambassade de France au Vatican , lequel l'avait récusé pour son homosexualité affichée, on imagine qu'il avait quelque connaissance de la Bible. Il vaut en tous cas mieux en avoir pour ne pas faire de gaffes dans cette région si compliquée.

Roland HUREAUX

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29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 13:33

Après Orlando, Bachar-el-Assad est-il toujours l’ennemi principal ? demandait récemment Geoffroy Géraud-Legros dans Causeur : évidemment que oui.

Que juste après l'attentat, les plus hauts fonctionnaires du département d'État se soient plaints dans un manifeste[1] que le président n'en faisait pas assez contre le chef d'État syrien en dit long sur l'état d'esprit qui règne aujourd'hui à Washington. Le président Barack Obama a beau condamner avec emphase comme "un acte de terreur et de haine " ce qu'il qualifie de "la pire fusillade de l’histoire des Etats-Unis", qui a fait 50 mort et 53 blessés, il sait très bien que la politique américaine ne changera pas pour autant.

Les présidents américains successifs ont clamé les uns après les autres au son des trompettes qu'ils partaient en guerre contre le terrorisme, principalement islamique . Mais il n'en ont jamais tiré les conséquences : on ne comprend rien au Proche-Orient si on n'a pas intégré que l'alliance entre les Etats-Unis et l'islamisme radical est une des données géopolitiques les plus fondamentales des 70 dernières années. Une alliance qui s'est même renforcée au cours de la toute dernière période.

L'attentat du 11 septembre, revendiqué par l'organisation Al Qaida, avait semblé la remettre en cause . Le golem islamiste avait échappé des mains de son artisan. Il a donné lieu à des torrents de littérature emphatique sur la guerre planétaire sans merci que le "monde libre" devrait désormais livrer au terrorisme, proclamé ennemi mondial numéro 1. Mais il n'en a rien été : comme le chien retourne à ses vomissements, les États-Unis ont très vite délaissé ces bonnes intentions pour déclarer la guerre à un ennemi qui n'avait qu’un lointain rapport avec l'attentat, si tant est qu’il en ait eu vraiment un, le régime de talibans en Afghanistan, et surtout un autre qui n'en avait strictement aucun, et qui constituait même dans sa zone un rempart contre l'islamisme, l'Irak de Saddam Hussein.

L'attentat d'Orlando ne changera pas la donne

Pour horrible qu’il soit, l'attentat d’Orlando risque encore moins de changer la donne , en tous les cas tant que le clan néoconservateur imposera ses vues à Washington.

L'alliance américano-islamique a commencé avec le pacte passé le 14 février 1945 sur le croiseur américain Quincy, au large de la péninsule arabique, entre le président Roosevelt et le roi Ibn Séoud . Quand on sait comment le riche royaume saoudien, Etat ayant pignon sur rue mais adepte de la doctrine fanatique du wahhabisme, a financé année après année les mouvements islamistes, y compris terroristes, on mesure la portée de l'engagement américain.

On retrouve les États-Unis soutenant les Frères musulmans contre l'Egypte de Nasser au cours des années cinquante et soixante. Quoique rivaux des wahhabites, ces derniers professent la même doctrine, ayant pour objectif final le règne de l’islam sur le monde entier. Ils ont bénéficié des mêmes complicités occidentales équivoques : les Frères n'étaient-ils pas nés en 1928 dans le giron de la colonisation britannique ?

Les tenants de l'islam pur et dur n'ayant pas de doctrine économique s'accommodent facilement du libéralisme : cela suffit au Américains.

A partir de 1979, les États-Unis se sont appuyés sur l'Arabie saoudite et sur les rebelles islamistes pour rendre la vie impossible aux Soviétiques qui avaient envahi l'Afghanistan. Ils fournirent en particulier à ceux-ci des missiles Stinger terriblement meurtriers pour l'aviation russe. Au moins l'alibi de la lutte contre le communisme était-il défendable.

Quand le Front islamique du salut ( et le GIA ) algérien tentait de prendre le pouvoir à Alger et commettait des attentats sanglants à Paris, il n’avait pas eu de difficulté à ouvrir à Washington un bureau qui ressemblait fort à une représentation diplomatique. La répression de l’islamisme en Algérie (1990-2000) a fait plus de 200 000 morts . Il est étonnant que personne n'osa alors faire des reproches au gouvernement algérien, alors qu’on s'acharne sur Bachar el Assad dont la position, face à une rébellion également islamiste, est analogue.

Gulbuddin Hekmatyar, un protégé de Washington qui contrôlait le sud-est de l'Afghanistan, s'étant trouvé compromis dans le premier attentat du WTC (1993), les Américains, par Pakistanais interposés, suscitèrent pour le punir et pour le remplacer le mouvement taliban, le plus radical qui ait existé, quitte à le combattre à son tour à partir de 2001.

Dans les Balkans entre 1990 et 1999, l 'OTAN a pris parti pour les musulmans (Bosnie, Kosovo), aidés par des djihadistes, contre les chrétiens orthodoxes.

La destruction du régime de Saddam Hussein en 2003 ne pouvait que plaire aux islamistes qui détestaient ce dictateur trop tolérant pour les minorités et, quoique musulman sincère, aux manières de mécréant. Il menaçait les monarchies du Golfe protégées par les États-Unis et adeptes d'un islam bien plus radical. La nature ayant horreur du vide, sa chute attira en Irak les islamistes de tout poil qui s'implantèrent dans le nord de la Mésopotamie. Servi par des complaisances anglo-américaines, turques, saoudiennes, qatari et autres, ce mouvement conduisit en 2013 à la création de Daesh.

Les printemps arabes : de la démocratie à islamisme

Depuis son accession à la tête de la Turquie en 2003, Recyp Erdogan, frère musulman lui aussi, a bénéficié de toutes les faveurs de Washington. Sa candidature à l'entrée dans l'Union Européenne l'a protégé d'un coup d'Etat militaire kémaliste (c'est-à-dire laïque) et lui a permis de renforcer l'islamisation du pays, tout en lui offrant une base arrière à la rébellion islamiste en Syrie et en Irak. Daesh n'a pas d'allié plus solide aujourd'hui que la Turquie, membre de OTAN. Il suffirait que ce soutien lui soit retiré pour qu'il retourne dans les sables, mais personne n' exige d'Erdogan qu'il le retire.

Ce soutien aux islamistes s'est déchainé à partir de 2011, notamment sous l’influence d'Hillary Clinton. On savait depuis toujours que démocratiser un pays arabe, c’était donner le pouvoir aux Frères musulmans, non que le peuple adhère à leurs doctrines mais parce que, seuls, ils sont présents sur le terrain pour soulager sa misère. L'Occident se prit néanmoins d'enthousiasme pour les "printemps arabes" au point d'appuyer tantôt politiquement, tantôt militairement l'émergence de pouvoirs islamistes en Egypte, en Libye, en Tunisie, au Yémen avant de tenter de le faire en Syrie. Morsi et Erdogan, frères musulmans tous les deux, étaient les favoris d'Hillary Clinton.

Cette politique a failli réussir en Syrie où la dynastie Assad, pouvoir laïque fort, adapté à un pays religieusement pluraliste , se trouvait confrontée depuis des années à une opposition islamiste. Sans l'aide massive apportée aux opposants à Assad , il n'y aurait sans doute pas eu de guerre en Syrie. Ces opposants sont, quoi qu’on dise, idéologiquement proches de Daesh, même quand on feint , comme c'est le cas d' Al Nosra, branche syrienne d'Al Qaida ou d'Ahrar-el-Sham, de leur trouver des vertus démocratiques. Cette offensive anti-Assad s'est heurtée à la détermination des Russes à garder le seul point d'appui qu’ils avaient encore dans la région et à celle de la minorité alaouite dont sont issus les Assad, laquelle n'avait d'autre alternative que de rester au pouvoir ou d'être exterminée.

Pas plus que les attentats du 11 septembre, cette politique n'a été infléchie par les attentats de Paris et de Bruxelles ; seule la France semble s'être mise à l'écart . Et encore : il y a quelques semaines, l'armée syrienne a capturé des soldats d'Al Qaida encadrés par des conseillers techniques américains, anglais, français et saoudiens. Washington ne décolère pas que les bombardements russes n'épargnent pas Al Qaida . Al Qaida ! [2]

Contre qui cette alliance entre Washington et la mouvance islamiste ? Au Proche-Orient même contre tout ce qui avait encore apparence d'État sous la seule forme que l'on connaisse dans ces parages : une dictature militaire plus ou moins laïque, fondée sur un parti unique de type baasiste ou nassérien. Bien que fort peu agressifs à l'extérieur (même si la Syrie a tenté de faire valoir ses droits sur le Liban et l'Irak sur le Koweït), n'ayant jamais sérieusement menacé Israël, ces régimes furent pris en grippe par les néo-conservateurs, qui pensaient que pour faire un Etat de droit, il fallait s'abord détruire l'État et qui auraient voulu redécouper (reshape) le Proche-Orient selon des lignes ethnico-religieuses, mieux à même d’entretenir le chaos.

Contre la Russie

Mais cette politique est surtout dirigée contre la Russie instaurée en ennemie historique quand bien même elle n'est plus communiste ; une Russie plus vulnérable à l'islamisme par sa proximité et la présence de 15 % de musulmans sur son sol, alors que, malgré les Twin Towers et Orlando, l'Amérique ressent beaucoup moins ou pas du tout la menace islamique. Que l'islamisme qu'elle nourrit doive pourrir la vie aux Russes et aux Européens lui importe peu. Bien que menacée en première ligne, l'Europe s'est laissée entraîner avec une rare inconscience à soutenir les États-Unis dans cette entreprise de déstabilisation contraire à ses intérêts. La France l'a fait au mépris d' alliés historiques qui avaient toujours bénéficié de sa protection comme les chrétiens d’Orient, premières victimes de l'appui apporté aux islamistes. La question proche-orientale est un moyen d'arrimer l'Europe occidentale au char américain , contre la Russie. Que le terrorisme et les flux de migrants déstabilisent les États d'Europe est plutôt bien vu dans certains cercles washingtoniens, où l'on compte que ces États, une fois affaiblis par le multiculturalisme, seront plus dociles à l'instauration d'un espace euro-atlantique unifié.

Au vu de ces collusions , nous ne cèderons pas à la tentation de dire des attentats : "les Américains les ont bien cherchés". Ce serait indécent : les victimes d'Orlando ne sont pas les mêmes que ceux qui élaborent à Washington les politiques de déstabilisation. D'ailleurs il ne faut pas imaginer que le terrorisme soit tenu pour un grave problème par les grands qui dirigent le monde. Malgré la rhétorique dont ils usent à l'usage du peuple, les attentats terroristes sont d'abord pour eux un moyen de déstabiliser l'adversaire (le seul qui compte, la Russie) ou de coaliser les opinions publiques autour d'eux , éventuellement de restreindre les libertés. Orlando, à cette échelle, est un non-évènement.

Aujourd'hui alliée à l'islamisme contre la Russie, l 'Amérique aurait l'option alternative de s'allier à la Russie contre l'islamisme. C'est plus ou moins le programme de Trump. Le laissera-t-on faire ? En tous les cas ce serait là une rupture avec 70 ans de politique pro-islamiste : on comprend qu’elle suscite des inquiétudes à Washington.

Roland HUREAUX

[1] Le Monde, 20/06/2016

[2] Al Qaida ( dont la branche syrienne s'appelle Al Nosra) est désignée comme une organisation terroriste à combattre dans la Résolution de l'ONU du 18 décembre 2015 et a sinon revendiqué, du moins approuvé l'attentat du Bataclan, ce qui n'est pas le cas d'Ahrar-el-Sham. Voilà ce que les fores spéciales françaises continuent à soutenir !

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29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 13:31

C'est une chose entendue : si la droite revient au pouvoir l'an prochain, elle ne remettra pas en cause la loi Taubira.

Ni Juppé, ni Sarkozy, ni Copé, ni Le Maire, ni Nathalie Kosciusko-Morizet n'en ont l’intention : les deux derniers s'étaient au demeurant abstenus au moment du vote de la loi. Fillon, plus discret, tient l'abrogation pour une promesse intenable. Seuls Hervé Mariton et Jean-Frédéric Poisson, candidat à la primaire du parti démocrate-chrétien, associé aux Républicains, se sont clairement engagés à l'abroger.

Le Front National aussi, en principe, mais Florian Philippot, bras droit de Marine le Pen, estime que l’abrogation du « mariage pour tous » est "aussi importante que la culture du bonsaï". La question est très débattue au sein de ce mouvement.

Sans doute les uns et les autres se sont-ils vu expliquer par leur conseiller en communication que l'abrogation aurait un effet désastreux auprès des médias, farouchement attachés au "mariage" homosexuel. Alors même que les 2/3 des électeurs de droite souhaitent qu'on revienne sur la loi[1], cela aurait aussi pour effet, dit-on, de ringardiser l'image du candidat, de le faire passer pour un réactionnaire.

C'est un fait que, la propagande LGBT aidant, l'hostilité à la loi Taubira, loi pourtant rejetée par plus de la moitié des Français[2], est devenue à droite plus compromettante encore que le refus de l'immigration ou celui de l'euro.

Un message subliminal : "je me dégonfle"

Elle n'est pourtant pas seulement un marqueur d'extrémisme.

On ne saurait oublier en effet que cette loi a provoqué la plus grande mobilisation du quinquennat et même de l'histoire de France (exception faite de celle, plus éphémère, qui a suivi l'attentat contre Charlie); celle de la CGT contre la loi Travail n'est rien en comparaison.

Renoncer à y toucher est pour les candidats de droite au moins aussi risqué que de s'y engager.

Car il faut bien le dire : pour une partie de l'opinion, le refus de remettre en cause la loi Taubira , compte tenu de tout ce qui a été dit au moment de son vote, porte avec lui un message subliminal : "je me dégonfle".

Et ce message ne concerne pas que cette loi : il est probable que la réaction de beaucoup d'électeurs qui n'y attachent pas forcément une importance majeure, sera de dire que si la droite dite "républicaine" se dégonfle sur ce sujet, elle risque bien de se dégonfler sur tous les autres et qu'en définitive, si la droite revient au pouvoir, il ne se passera rien. Car sur bien d'autres sujets, en matière économique et sociale, en matière d'école, de justice, d'immigration, la droite, si elle veut aller tant soit peu à la rencontre des attentes populaires, devra aussi se faire politiquement incorrecte. Comment croire qu'elle en aura l'audace si elle a déjà capitulé sur le mariage homosexuel ?

L'autre inconvénient de cette position est de polariser le programme de la droite sur des sujets comme l'ISF, les 35 heures, l'âge de la retraite ou le code du travail sur lesquels elle apparaîtra , en accomplissant des réformes libérales, également réactionnaire, mais en un autre sens : le parti des gros contre les petits. Et la gauche est aussi cela, mais avec plus de subtilité, reviendra très vite en grâce. Il n'est pas sûr que l'opposition ait intérêt à abandonner le champ sociétal pour présenter un programme de remise en cause des acquis sociaux à l'état nu et rien que cela.

Enfin, le refus de la remise en cause est, qu'on le veuille ou non, une caution apportée à la gauche, dont on reconnaît ipso facto la lucidité et le progressisme. Si une telle réforme était irréversible, c'est la preuve que la gauche seule était dans le sens de l'histoire. La résistance de la droite n'était que vaines criailleries, un baroud d'honneur inutile. Mais comment dès lors expliquer que la gauche n'avait par contre pas raison sur les autres sujets ? Expliquer par exemple que la réforme du collège, malgré la levée de boucliers qu'elle a suscitée, n'était pas, quant au fond, une réforme progressiste ?

Des théories faussement scientifiques

Le pédagogisme et la loi Taubira, tous deux tenus pour "progressistes", ont en commun d'être fondés sur des théories faussement scientifiques: la méthode globale et la théorie du genre. Ceux qui , jusqu'ici , ont remis en cause la méthode globale (Alain Finkielkraut par exemple) se sont vu attaqués en première page du Monde comme "réactionnaires" . C'est le prix à payer pour tout retour aux voies du bon sens. Si la droite a peur d'affronter ce risque, quel que soit le sujet, les Français penseront très vite qu'elle ne sert rien.

L'échec retentissant aux élections locales des candidats LR qui avaient été les plus favorables à la loi Taubira : Fabienne Keller à Strasbourg, Nathalie Kosciusko-Morizet à Paris , Dominique Reynié en Midi-Pyrénées devrait pourtant servir de leçon. Il n'est pas sûr que, sur la question de l'effet électoral, sinon direct, du moins indirect, du refus de remettre en cause la loi Taubira, les candidats de la droite classique doivent trop écouter leurs conseillers en communication.

Roland HUREAUX

[1] Opinion Way, 06/06 2016

[2] Ifop, 15/9/2015

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29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 13:29

Parmi les nombreux facteurs de tension qui pèsent aujourd'hui sur l'opinion française, il faut faire un sort à part aux actes terroristes de 1995 et au désordre qui entoure les manifestations contre la loi Travail.

Même si les menaces terroristes ont aussi d'autres causes, il n'est pas inutile de les mettre en relation avec la réforme des services de renseignement qui a été opérée en 2008.

Il y avait jusque là deux services de renseignement intérieur ( outre la gendarmerie qui a toujours fait du renseignement sans avoir de service dédié): la Direction de la sécurité du territoire ( contre-espionnage) et les Renseignements généraux ( renseignement politique et social pour le compte du gouvernement ). Tous les deux dépendaient de la Direction générale de la police nationale.

Ils ont été fusionnés pour ne plus former qu'un seul service , la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) , laquelle a été en 2014 séparée de la Direction de la police nationale, prenant le nom de Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) ? L'antiterrorisme lui est rattaché .

Une fusion contestable

La fusion de 2008 s'est avérée catastrophique pour chacun des services, comme d'ailleurs presque toutes les fusions de services administratifs .

La DST fonctionnait bien: grâce à elle , les attentats terroristes avaient été prévenus et évités sur le territoire métropolitain entre 1996 et 2012. Corps de fonctionnaires de qualité, suffisamment réduit pour que ses agents se connaissent et coopèrent efficacement , ils n'avait pas besoin d'être réformé, sinon à la marge, si le génie national ne s'attachait presque systématiquement à réformer ce qui marche bien tout en délaissant le reste. Les intéressés ont mal pris la fusion avec le corps des Renseignements généraux dont ils n'avaient que faire et dont la culture était différente. Sans doute la menace terroriste s'est elle aggravée au cours des années 2010 : le nombre de suspects à suivre ne se compte plus en centaines mais en milliers. Mais beaucoup pensent que les attentats du 7 janvier et du 13 novembre 2015 auraient été prévenus si la DST n'avait été mise sens dessus-dessous par la réforme, aggravée par une réduction d'effectifs.

Les Renseignements généraux ne faisaient pas que du renseignement politique. Ils n'en faisaient même parfois qu' accessoirement , les préfets étant généralement mieux informés qu'eux grâce à leurs contacts politiques et mondains; ils faisaient en revanche du renseignement social, se rendant dans les usines , connaissant les dirigeants syndicaux , servant non seulement d'informateurs mais de relais , voire de médiateurs; ils pouvaient voir venir la montée du mécontentement , en informer l'autorité, faire passer des messages, négocier des compromis sur le déroulé d'une manifestation, prévenir les débordements. Réorientés vers la lutte antiterroriste qui n'était pas dans leur culture, ils n'assurent plus guère cette fonction éminemment utile d'huilage social.

On peut légitimement penser que les incidents d'Air France auraient été évités si les Renseignements généraux avaient été présents dans le conflit . Il est aussi vraisemblable qu' avec l'ancien système, les luttes sociales ne se seraient pas envenimées autant qu'elles l'ont fait depuis quelques semaines. Est-ce la CGT qui a changé ou les relais de l'Etat sur le terrain social qui se sont affaiblis ? On peut en débattre.

L'application de schémas mécaniques

Il ne faut pas jeter la pierre à Nicolas Sarkozy qui a opéré la réforme de 2011. Il n'a fait qu'appliquer le schéma a priori prescrit par la loi organique sur les lois des finances du 1er août 2001 qui prévoyait pour l'ensemble de l'Etat la fusion de tous les services ayant à peu près les mêmes fonctions. A peu près, pour l'œil distant des financiers de Bercy ou pour les journalistes mais pas exactement pour les agents concernés. Ces schémas technocratiques n'intégraient ni les différences subtiles de méthode , ni les chocs de culture prévisibles; dans bien des domaines ( Pole emploi , services locaux de l'Etat) , les fusions ont désorganisé de manière durable des services qui marchaient. Des réformes mal acceptées et mal comprises entrainent une démoralisation du personnel et donc une baisse d'efficacité qui n'est pas le moindre de leurs effets fâcheux.

Mais , dira-t-on, ne faut-il pas faire économies ? Certes, mais la fusion n'est pas nécessairement la meilleure voie pour cela : des fonctions communes peuvent été mutualisées sans aller jusqu' à la fusion; il est possible de réduire les effectifs d'un service sans qu'il soit nécessaire de le fusionner avec un autre. Surtout si on s'évertue en parallèle à simplifier les procédures , ce qui n'a guère été le cas depuis 2000.

Il est probable que lorsqu'on fera le bilan des réformes administratives des années 2000, supposées introduire les "méthodes managériales" dans l'administration, particulièrement en matière de sécurité, on prendra la mesure du désastre.

Roland HUREAUX

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21 juin 2016 2 21 /06 /juin /2016 23:21

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Les personnalités de premier plan ne se bousculant pas aujourd'hui dans les sommets des chefs d'Etat de l'Union européenne, il est habituel qu'on se tourne avec un mélange d'envie et de crainte vers les marges Est du continent, où , il faut bien le dire, deux figures exceptionnelles émergent : Poutine et Erdogan. Deux ennemis dont les armées se font face dans le nord de la Syrie, le premier appuyant les forces gouvernementales, le second les rebellions islamistes. Tous deux sont présentés comme des nationalistes, hommes d'autorité, plus ou moins dangereux.

En réalité les positions des deux hommes ne sont pas comparables.

Régime nationaliste et régime idéologique

On ne saurait confondre un régime national, voire nationaliste, plus ou moins autoritaire et un régime idéologique. Le premier suit une politique étrangère classique de défense des intérêts nationaux et rien d'autre. Quand il s'agit d'une grande puissance, ce souci des intérêts nationaux peut s'étendre au voisinage immédiat (l'Ukraine s'agissant de la Russie) mais ce genre de régime n'a pas de plan de conquête du monde, tout simplement parce qu'il n'a pas d’idéologie à répandre.

Un régime idéologique, c'est autre chose. Le moteur profond de son action politique n'est pas la défense des intérêts nationaux, même s'il s'en préoccupe aussi, il est d'étendre une certaine idéologie au monde entier, ou en tous les cas à d'autres pays. L'idéologie pour cette raison est inséparable de l'impérialisme. Comme une idée peut s’étendre indéfiniment, l'impérialisme d'un régime idéologique n'a pas de limite, en dehors de celle que lui assigne la résistance des autres pays.

Pour dire les choses simplement, si la Russie était un régime idéologique au temps du communisme, elle s'est transformée depuis lors en régime nationaliste classique. On peut la considérer comme un pays qui a été totalitaire et qui ne l'est plus , en marche vers la démocratie, celle-ci étant encore sous Poutine très imparfaite.

La Turquie a suivi le chemin exactement inverse : du temps de Mustafa Kemal et de ses successeurs, elle avait un régime nationaliste classique. Avec Erdogan, elle est en train de se transformer en régime idéologique. Cette idéologie n'a naturellement rien à voir avec le marxisme-léninisme qui était le moteur de l'Union soviétique. Erdogan est un frère musulman qui considère que l’islam a vocation à devenir la religion mondiale et que cette religion doit s'étendre au besoin par la force. Il a aussi la nostalgie du sultanat ottoman qui s’étendait très loin dans les Balkans et qui dominait à la fois la péninsule arabique et le nord de l'Afrique, soit presque tout le monde arabe. Le projet ottoman de conquête de l'Europe a subi plusieurs coups d’arrêt : la bataille de Lépante contre les Espagnols (1571) , les sièges de Vienne successifs (1521 et 1683) . Au cours du XIXe siècle, les Turcs durent se retirer de la Grèce, puis des Balkans ; Erdogan a le désir secret de venger ces revers. Il pense le faire de deux manières: en entrant dans l'Union Européenne où son poids démographique de 80 millions d'habitants et la sidération de ses partenaires , que l'attitude d' Angela Merkel anticipe, le mettraient vite en position hégémonique, en s'appuyant sur les communautés immigrées musulmanes présentes dans tous les pays d'Europe. On connaît sa fameuse déclaration de 1999 : « Les minarets seront nos baïonnettes, les coupoles nos casques, les mosquées seront nos casernes et les croyants nos soldats ». L'envoi délibéré de plusieurs centaines de migrants musulmans vers l'Europe à partir de l'été 2015, s'inscrit dans cette stratégie. L'appel récent visant à détourner les communautés turques d' Europe du planning familial le confirme.

Lors de la première guerre mondiale, l'empire turc a été amputé de l'ensemble de ses possessions arabes : Erdogan rêve aussi de reprendre pied dans le monde arabe, à commencer par la Syrie voisine où il aurait aimé installer un gouvernement islamiste proche de lui et pour cela renverser le régime "hérétique" (alaouite) de la famille Assad . Si le régime turc a encore l'apparence démocratique, il ne cesse de se durcir : une partie de l'état major de l'armée , restée kémaliste, a été emprisonné. Des journalistes le sont également en grand nombre. Que ne dirait la presse occidentale si Poutine faisait la même chose ?

Poutine , lui, n'a aucune idéologie à répandre. Il ne rêve pas que le monde entier, ni même l'Europe, se rallient à la religion orthodoxe ou au culte de la terre russe. Si la démocratie russe est encore insuffisante, elle a fait d'immenses progrès depuis l'époque communiste, alors que, si le régime kémaliste n'était pas vraiment démocratique, il est douteux que la Turquie le soit devenue davantage , quoi qu'on en pense à Bruxelles, depuis la venue au pouvoir d' Erdogan (2003).

Une concurrence asymétrique

Sur le plan de la politique internationale, le conflit entre les Turcs et les Russes en Syrie n'est nullement symétrique. La Russie intervient en Syrie en plein accord avec le droit international, à la demande du gouvernement syrien légitime, celui de Bachar el Assad, alors que les interventions de la Turquie dans le Nord de la Syrie, notamment contre les Kurdes de Syrie, se font en violation de la légalité internationale. D'autre part, si la Russie défend le régime syrien , elle n'envoie pas de djihadistes comme la Turquie en envoie en Syrie ni des centaines de milliers des réfugiés en Europe occidentale comme le fait Erdogan, un afflux ravageur incontrôlé qui pourrait avoir un effet profondément déstabilisateur.

Des deux régimes, il est clair que l'un est en position défensive et que l'autre est au contraire en position d'agresseur.

Il est vrai que des experts prétendent souvent que le grand problème d'Erdogan est celui des Kurdes. Certes, le tiers oriental de son territoire est occupé par des musulmans sunnites qui ne se sentent pas turcs et dont beaucoup rêvent de rejoindre leurs frères kurdes d'Irak, d'Iran et de Syrie pour constituer un Kurdistan indépendant. Si cela se faisait, la Turquie se trouverait réduite à la portion congrue. Mais si la guerre n'avait pas éclaté dans le nord de l'Irak et en Syrie, guerre dont Erdogan est largement responsable, il est probable que les Kurdes se seraient tenus tranquilles. Les Kurdes de Turquie ne se sont rebellés en 1995 qu'à la suite de bombardements du gouvernement turc. Cela s'est fait peu de temps avant les élections législatives ; sachant que la majorité de la population turque est très hostile aux Kurdes, le réveil du séparatisme kurde a permis à Erdogan de resserrer les rangs autour de lui et de remporter une victoire électorale qui était loin d'être assurée.

Contrairement à ce qui se raconte, Poutine ne représente nullement une menace pour la paix en Europe. Comme l'a rappelé récemment Valéry Giscard d'Estaing, la question ukrainienne s'est envenimée au lendemain du coup d'État organisé par les Occidentaux sur la place Maidan en février 2014, lui même issu de la volonté de Bruxelles et de Washington d'englober l'Ukraine dans l'Union européenne et l'OTAN. Comme en ont convenu des hommes comme George Kennan (un des faucons de la guerre froide), Henry Kissinger, Helmut Schmidt, la volonté occidentale d'intégrer la Géorgie et l'Ukraine dans une alliance aux objectifs ouvertement antirusse ne pouvait apparaître que comme une provocation.

Si l'on peut lui reprocher de se mêler des affaires du Proche-Orient, Poutine n'y fait cependant que défendre une position que la Russie avait en Syrie depuis 1954 et que les Etats-Unis ont ouvertement voulu lui reprendre, mais rien n'indique qu'il cherche à en conquérir de nouvelles.

Même si les deux sont de vrais chefs , mettre dans la même catégorie Poutine et Erdogan, est fallacieux. Non seulement parce que Poutine est dans son pays plus populaire qu'Erdogan dans le sien, mais surtout parce que les logiques auxquelles ils obéissent ne sont pas les mêmes. Même si Erdogan est dans l'OTAN, il est aujourd'hui le plus dangereux des deux.

Roland HUREAUX

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21 juin 2016 2 21 /06 /juin /2016 22:39

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Comme toutes les œuvres humaines, de la tour de Babel aux empires coloniaux, l'Union européenne aura un jour fait son temps.

Les craquements que l'on entend aujourd'hui : crises de l'euro, vagues migratoires hors de contrôle , guerre en Ukraine , récession, peuvent laisser présager que cette échéance est proche. Quel facteur sera fatal à l'édifice dont les bases , jetées dans le courant des années cinquante, semblent vermoulues: crise économique ou événement militaire ou encore l'élection d'une majorité hostile dans un grand pays membre ? On ne sait.

Ce que l'on peut affirmer en revanche sans crainte de se tromper , est que cette chute se fera d'un coup, comme celle de l'Union soviétique .

Même si l'Union européenne n'a, bien entendu, jamais généré à ce jour les horreurs du système communiste[1], elle n'en est pas moins elle aussi un système idéologique, d'une sorte différente. On pourrait dire un système utopique ou encore , selon l'expression de Hayek, constructiviste. De Gaulle disait une "chimère".

Des effets contraires aux buts poursuivis

Pour le décrire, nous pourrions commencer par ses effets : toujours le contraire de ceux qui sont recherchés. Lénine avait promis "le pain , la paix, la liberté", l'URSS eut la famine, une économie de guerre et l'esclavage. Les promesses des pères fondateurs de la construction européenne : la prospérité, une influence mondiale, la fraternité, la paix sont les unes après les autres démenties. La récession , la désindustrialisation , la crise agricole; la vassalisation au sein de l'OTAN, l'ignorance de plus en plus grande des cultures et des langues des partenaires ( au bénéfice du basic english ) disqualifient chaque jour ces promesses. Il n'est jusqu'à la guerre en Yougoslavie et en Ukraine, où la Commission de Bruxelles , comme l'a dit Helmut Schmidt[2], a eu sa part de responsabilisé, qui ne démente l'idée que la construction européenne pourrait être une entreprise de paix. On ajoutera : pensée pour contrôler l'Allemagne, elle lui a assuré la suprématie.

Il en résulte un sentiment d'absurdité suscité non seulement par ces contreperformances mais aussi par l'accumulation de règles qui paraissent arbitraires ( et qui ont conduit, par exemple, par pur dogmatisme, au démantèlement d'EDF ), un sentiment qui n'est pas sans rappeler celui qui prévalait au sein du système soviétique. Les ancien dissidents de ce dernier (Soljenitsyne, Zinoviev, Boukovski ) furent d'ailleurs unanimes à souligner les ressemblances. Chez les nouveaux adhérents de l'Est, les mêmes qui soutenaient le communisme sont devenus les meilleurs partisans de l'intégration européenne et ceux qui résistaient résistent toujours.

On pourra trouver notre tableau noir. Ceux qui ont étudié le processus idéologique ont abouti à un constat sans appel : il n'en sort jamais rien de bon. Ce qui semble prospérer et qu'on met de manière fallacieuse sur le compte de l'Europe de Bruxelles s'est en réalité développé en dehors, sous la forme d'une coopération naturelle sans caractère idéologique: Airbus, Ariane, l'OCCAR[3] . A l'inverse, Galileo, pur produit de l'Europe de Bruxelles ne sort pas des limbes.

Un principe unique

Le processus idéologique a été défini par Hannah Arendt[4] ou Jean Baechler[5] : il consiste à gouverner à partir d'une idée simple, trop simple, et par là fausse, réductrice du réel, dont toutes les conséquences y compris les plus folles sont tirées (puisque aucune idée concurrente ne vient se mettre en travers ) . Le communisme disait : les hommes sont aliénés par la propriété, supprimons la propriété et ils seront heureux. Les partisans d'l'Europe supranationale disent : la guerre a ravagé l'Europe, c'est la faute des Etats-nations , supprimons les Etats-nations pour ne faire qu'un seul Etat continental, ce sera la paix perpétuelle et par la grâce de la concurrence et de la monnaie unique, la prospérité . Tout le reste en découle. On ne se demande pas su si la guerre ne proviendrait pas plutôt des idéologies que des nations.

Ceux qui fondent leur politique sur une seule idée pensent qu'elle est géniale et qu'elle apportera le salut. Si elle s'oppose à certaines tendances naturelles de l'homme ( le sens de la propriété , le sens national ), il faut passer en force, au besoin contre le peuples: le jeu en vaut la chandelle. On le voit : chez les idéologues de l'Europe supranationale, la confiance ne règne pas; ils se sentent assiégés par le chauvinisme, le protectionnisme, le nationalisme, le populisme assimilés depuis peu au racisme. D'où le déficit démocratique (Junker : "il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens" [6]), l'intolérance à toute opposition, la pensée unique, la bureaucratie et il faut bien le dire le centralisme ( l'Europe qui s'est construite, en particulier depuis l'Acte unique de 1987, est tout sauf fédérale).

Les idéologues pensent que l' idée simple qu'ils professent doit transformer la condition humaine ; ils diviseront dès lors l'histoire entre un avant fait de guerres, d'affrontements , de fanatisme et un après plus ou moins paradisiaque.

Mais si cette entreprise , fondée sur une idée, est bonne pour les Européens, elle le sera pour les autres hommes. Toute entreprise idéologique a une vocation universelle. Le socialisme ne pouvait s'établir dans un seul pays. L' Europe de Bruxelles doit répandre son idéal dans toutes ses périphéries: l'Ukraine, la Turquie et pourquoi pas demain le Maghreb et le Machrek ? Elle fait déjà la morale à l'Afrique. Idéaliste, elle est de fait impérialiste.

Méfiante de la nature ( où subsistent les instincts mauvais ), l'idéologie se méfie aussi de la culture. Produit d'un passé rempli d'horreurs, que l'on veut précisément dépasser, elle est suspecte. On ne dit pas à Bruxelles "du passé faisons table rase" mais la politique culturelle et éducative qui y est promue , à base de repentance et de promotion du libéralisme libertaire (gender, ultraféminisme) , tend à dévaluer les immenses richesses que ce passé a produites. Par méfiance du passé, et parce que toute idéologie est, de fait, une religion séculière concurrente , l'idéologie ne pouvait qu'être hostile à la reconnaissance des racines chrétiennes de l'Europe . Des racines chrétiennes dont un ami agnostique nous disait que leur négation est contraire à la laïcité puisque la laïcité est fondée sur le respect de la vérité, scientifique ou historique.

Un château de cartes

Ce que porte le mot de "construction"( du socialisme, de l'Europe) est une entreprise prométhéenne dont la preuve du bien fondé est non point le bon fonctionnement mais la marche en avant. Elle est donc irréversible. Comme la bicyclette, elle chute si elle s' arrête, un principe qui a été opposé à satiété aux opposants des traités soumis à référendum en France en 1992 et 2005: ne pas aller plus loin, disait-on, c'est mettre en danger tout l'édifice. Cette marche en avant signifie à la fois l'approfondissement ( "vers une union toujours plus étroite" comme le dit le traité) et l'élargissement.

Le principe d'irréversibilité, qui s' appliquait déjà au socialisme est le talon d'Achille de l'entreprise, un facteur de vulnérabilité. On peut prendre une autre comparaison, celle du château de cartes où il suffit d'en enlever une seule pour qu'il s'effondre. C'est pourquoi tout a été fait pour maintenir Chypre puis la Grèce dans la zone euro, malgré le peu qu'ils représentent dans l'économie du continent (respectivement 0,1 et 1,2 % du PIB européen) . L'enjeu n'était pas économique mais idéologique.

C'est pourquoi le Brexit qui pourrait résulter du référendum britannique de juin 1996 engage l'avenir de la construction européenne. Techniquement elle pourrait continuer sans le Royaume-Uni qui n'est pas partie prenante aux deux politiques les plus importantes (la monnaie unique et la libre circulation) . Mais dès lors que l'Europe de Bruxelles est une construction idéologique qui doit toujours aller de l'avant, cet échec lui serait insupportable et pourrait précipiter la fin : qui osera, après une sécession britannique, imposer quoi que ce soit à la Grèce, quand se produira la prochaine crise monétaire ?

Il faut donc s'attendre à ce que les pressions les plus fantastiques soient exercées sur le peuple britannique d'ici juin. A moins que les promoteurs de l'utopie aient cessé d' y croire, comme le pouvoir soviétique au temps de Gorbatchev. Tout était alors allé très vite. Il faut espérer dès lors que l'Europe qui est déjà tombée bien bas n'ait pas à subir encore dix ou quinze ans d'ère Eltsine, avec tous les désordres que cela suppose, avant de repartir de l'avant , les égarements surmontés, sur des bases assainies, c'est à dire libérées de toute idéologie.

Roland HUREAUX

[1] Mais l'Union européenne peut encore déclencher une guerre continentale

[2] Bild, 16 mai 2014

[3] Organisation de coopération conjointe en matière d 'armement dont le siège est à Bonn

[4] Hannah Arendt , Le système totalitaire, Seuil , Collection Points, 1972

[5] Jean Baechler Qu’est-ce que l’idéologie? Idées-Gallimard, 1976

[6] Le Figaro, 29 janvier 2014

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21 juin 2016 2 21 /06 /juin /2016 21:34

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Dans le flot de rhétorique convenue qui accompagne le centenaire de la bataille de Verdun, toute orientée vers la dénonciation de la "boucherie" et de l'inutilité du sacrifice tant des Allemands que des Français ( dans cet ordre sur la plaque apposée par Merkel et Hollande à Verdun ! ) , on en oublierait que Verdun fut d'abord une bataille, la plus grande de l'histoire avec Stalingrad, et que ce fut une victoire française.

Plus importante que Stalingrad par le nombre d'hommes engagés : 2 400 000 pour 1 500 000, elle fut , si on ose dire , un peu moins meurtrière : 163 000 Français et 143 000 allemands, soit au total 306 000 morts ( mais autant de blessés, souvent handicapés à vie) contre 1 million à Stalingrad ( 750 000 soldats et 250 000 civils, 450 000 soldats russes, 300 000 soldats allemands, sans compter les prisonniers dont la plupart ne sont pas revenus) .

Ne pas oublier la bataille de la Somme

Les Français s'honoreraient en faisant davantage mémoire d'une autre très grande bataille, concomitante de celle de Verdun: la bataille de la Somme (1916) où les pertes totales furent encore plus lourdes : 442 000 morts, bataille où les Anglais furent particulièrement à la peine ( parmi les morts, 205 000 Britanniques, 170 000 Allemands, 67 000 Français) . La mémoire de cette bataille, très vive en Grande-Bretagne est obscurcie chez nous par celle de Verdun, ce qui est dommage. Les deux batailles furent symétriques : sur la Somme, les Français et les Anglais espéreraient faire une percée et n'y parvinrent pas. A Verdun , les Allemands espéraient désorganiser le dispositif français en prenant la ville et ils y échouèrent. Mais au total l'échec allemand fut plus important à Verdun que celui des Alliés sur la Somme.

On peut certes, par courtoisie pour nos partenaires européens qui d'ailleurs n'en demandent peut-être pas tant, mettre en sourdine la dimension victorieuse de Verdun pour n'en retenir que le caractère sanglant. Mais quand il est question de la bataille de France de juin 1940, personne se prive , en France ou ailleurs , de rappeler que ce fut un désastre français. Or cette bataille d'un mois fut particulièrement meurtrière pour les Français : 59 000 soldats morts, 80 000 avec les alliés en un mois seulement, 63 000 du côté allemand ( un degré d' intensité jamais atteint dans celles que nous venons d'évoquer qui s'étalèrent sur plusieurs mois ). Français morts face à l'ennemi, pas en fuite ! Les Anglo-Saxons se plaisent à ironiser sur la débandade française ( qui fut aussi celle des Anglais) , les Allemands qui savent combien les Français , très mal commandés hélas, y furent courageux, ne s'y risquent pas.

A ne parler que de ses désastres ,et à glisser sur ses victoires, y compris la plus grande de toutes, la France risque d'apparaitre aux yeux du monde mais surtout aux yeux de sa jeunesse comme une nation vouée à la défaite, ce qui est inacceptable.

Au même moment la Turquie, que beaucoup voudraient faire entrer dans l'Union européenne , célèbre avec faste le 563e anniversaire de la prise de Constantinople en 1453 qui se traduisit par un terrible massacre de la population grecque. Là pas de remords, pas plus que pour le génocide des Arméniens de 1916. La preuve que la Turquie n'appartient pas à l'Europe , ce n'est pas son caractère musulman , c'est qu'on y ignore , comme d'ailleurs dans tout le reste de la planète, la repentance.

Victimes d'un immense conflit, les morts et les blessés de Verdun n'ont pas besoin qu'on leur fasse injure à titre posthume en répandant à satiété que leur sacrifice fut, en fin de compte, inutile. Verdun fut un tournant de la Première guerre mondiale . Si les soldats français n'avaient pas tenu bon, elle aurait été perdue et l'Europe aurait connu pour longtemps la botte allemande. Les Français doivent être fiers de Verdun.

Roland HUREAUX

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20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 19:32

UPON BREXIT

Anna Lindh was a Swede, a leftist politician, and favourable to Sweden joining the euro. As Minister for Foreign Affairs, she became the Muse for supporters of the euro. The mother of two young children, she was murdered at age 46 in Stockholm.

Jo Cox was an Englishwoman, a leftist politician, and favourable to maintaining the United Kingdom in the European Union. A Labour MP, she became the Muse for opponents to the Brexit. The mother of two young children, she was murdered at age 42 in Leeds.

The first murder took place on September 11, 2003, three days before the vote.

The second murder took place on June 16, 2016, six days before the vote.

Two pitiful victims.

In both cases, the murderers were mentally unbalanced. They had been consigned to a psychiatric hospital. The first one was an ethnic Serb, the second is an Englishman. Both were murderers in the style of Lee Harvey Oswald, said François Asselineau, a French politician, the President of a small euro-sceptical party, UPR, who as soon as June 8 predicted that proponents of staying in EU might have recourse to an attack similar to that which struck Anna Lindt[1] .

Rumour has it that the murderer of Jo Cox, who, according to some, was apolitical, but, according to others, a Neo-Nazi, was alleged to have yelled 'Britain first !' while striking his victim. But the witness who was quoted as having asserted this, in fact denied having heard anything of the kind. This is something communication specialists know : after a dramatic event, we memorize the first word.

The Anti-Brexit press immediately invested the murderer in the role of a fanatical Brexit supporter. A poorly inspired supporter, since polls were beginning to turn in favour of Brexit.

Does being against the Europe of Brussels mean being a fanatical Nationalist, and therefore a Nazi, thus a potential criminal ?

The Stockholm murder, which had probably come too late, had not changed the outcome of the election: the Swedes had rejected the euro, and certainly do not regret their decision today. The Leeds murder reversed the polls in favour of Britain remaining in the European Union.

Between conspiracy theory and naiveté

The dividing line between conspiracy theory and naiveté is narrow. But the coincidence between these two dramatic events remains unsettling.

What cannot be disputed is that Brexit will strongly destabilize the whole fabric of the European Union - which is one of the centrepieces of the political/military and economic architecture now binding the Western world together. Note that Obama, more imperial than ever, came over to tell the British how they should vote.

Now defenders of the Western order are not kidding. Neither are the ideologues. The logic of ideologies - and of the Europe-building process as claiming to do away with nations, just like another ideology which wanted to do away with social classes - will be put before any other consideration. No horrendous crime would stop them.

If British voters, having said no to Remain, discover one day that they have been manipulated, there is no doubt that Europe will have a taste of blood.

Roland HUREAUX

[1] http://reseauinternational.net/assassinat-de-la-championne-anglaise-du-camp-pro-europe-jo-cox-scenario-pronostique-par-francois-asselineau-des-le-8-juin-lors-dune-interview-verite/

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Published by Roland HUREAUX
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