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Roland HUREAUX

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20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 06:41

ANNA LINDH, JOE COX : UNE TROUBLANTE COINCIDENCE

Anna Lindh était suédoise, de gauche et très favorable à l'adhésion de la Suède à l'euro. Ministre des affaires étrangères, elle était devenue l'égérie des partisans de l'euro. Mère de deux jeunes enfants, elle est assassinée à 46 ans à Stockholm.

Joe Cox était anglaise , de gauche et très favorable au maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne. Députée travailliste, elle était devenue l'égérie des opposants au Brexit. Mère de deux jeunes enfants , elle est assassinée à 42 ans à Leeds.

Le premier meurtre a eu lieu le 11 septembre 2003, à trois jours du scrutin.

Le deuxième meurtre a eu lieu le 16 juin 2016, à six jours du scrutin.

Deux victimes pathétiques.

Dans les deux cas, le meurtriers sont des déséquilibrés. Ils avaient fait des séjours en hôpital psychiatrique. Le premier était d'origine serbe, le second est anglais. Des meurtriers dans le genre de Lee Harvey Oswald dit François Asselineau , homme politique français , président d'un petit parti souverainiste, l'UMP, qui dès le 8 juin avait envisagé que les partisans du maintien aient recours à un attentat analogue à celui qui avait frappé Anna Lindt[1].

Le bruit a couru que le meurtrier de Joe Cox , apolitique pur les uns néo-nazi pour les autres, aurait crié au moment du meurtre « la Grande-Bretagne d’abord ». Mais le témoin cité a démenti avoir entendu rien de tel. Les techniciens de la communication le savant : après un drame, c'est la première parole que l'on retient.

La presse favorable au maintien a immédiatement installé le meurtrier dans le rôle de partisan fanatique du Brexit. Mal inspiré puisque les sondages étaient en train de se retourner en faveur du Brexit.

Etre contre l'Europe de Bruxelles, n'est ce pas être nationaliste et donc nazi , et donc criminel en puissance ?

Le meurtre de Stockholm , venu trop tard sans doute , n 'avait pas changé l'issue du scrutin : les Suédois avaient refusé l'euro et s'en portent d'autant mieux aujourd'hui. Celui de Leeds a déjà inversé les sondages en faveur du maintien dans l'Union européenne.

Entre complotisme et naïveté

Entre le complotisme et la naïveté, la ligne de faîte est étroite. La coïncidence entre les deux drames demeure troublante.

Ce qui est sûr , c'est que le Brexit remettrait en cause à terme l'Union européenne dans son ensemble et que celle-ci est une des pièces maîtresses de l'architecture politico-militaire et économique de plus en plus contraignante qui est imposée au monde occidental. Obama, plus impérial que jamais, est venu dire aux Britanniques ce qu'ils devaient voter.

Les défenseurs de l 'ordre occidental ne plaisantent pas. Les idéologues non plus. La logique des idéologies - et la construction européenne qui prétend en finir avec les nations , comme d'autres voulaient en finir avec les classes sociales en est une - , font toujours passer leur logique avant toute autre considération. Le crime ne leur fait sûrement pas peur.

Si les électeurs britanniques , après avoir dit non au Brexit, découvrent un jour qu'ils ont été manipulés, nul doute que l'Europe aura un goût de sang.

Roland HUREAUX

[1] http://reseauinternational.net/assassinat-de-la-championne-anglaise-du-camp-pro-europe-jo-cox-scenario-pronostique-par-francois-asselineau-des-le-8-juin-lors-dune-interview-verite/

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12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 06:49

PEUT-ON ENCORE LIBÉRER
LA FRANC
E ?

Forum sur la politique étrangère de la France
animé par Eric Branca

Le coût de la dépendance , les moyens de l'indépendance

Chômage, terrorisme, migrations , crise de l'autorité : peu de problèmes parmi ceux que rencontre notre pays qui ne découlent de la perte de notre indépendance. Son rétablissement est la condition de notre redressement . Quels moyens pour y parvenir ?

8 h 15 - Accueil

8 h 30 - Introduction - Francis Choisel, historien, président de l'Alliance pour la France : Une sémantique de l'indépendance

Première partie : Géographie de la dépendance

Hervé Juvin , consultant, essayiste - Le mur de l'Ouest

Richard Labévière, journaliste - Diplomatie et terrorisme : le Proche-Orient

David Mascre, essayiste - Sous la coupe de Berlin et de Bruxelles

Vladimir Tozzi - A l'Est : devant la guerre

10 h 30 - Pause

Deuxième partie : Quels secteurs stratégiques
pour un redresseme
nt ?

Jean-Michel Quatrepoint , journaliste - Pour éviter la dépossession de notre patrimoine industriel

Amiral Jean Dufourcq - Pour une relance stratégique

Anne Gazeau-Secret , ancienne directrice générale de la coopération culturelle scientifique et technique - Luttes d'influences et guerre culturelle

Alfred Gilder, écrivain - La francophonie, un levier d'avenir

12 h 00 - Conclusions - Roland Hureaux , essayiste, président de Mouvance France : Pas de redressement sans indépendance

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26 mai 2016 4 26 /05 /mai /2016 14:24

Paru dans FigaroVox

L'Union européenne a accordé à la Turquie le droit d 'entrée sans visa de ses ressortissants sur le territoire de l'Union européenne à partir du 1er juin.

En échange de quoi ?

Le 18 mars, le président Erdogan prononçait un discours violent contre la Belgique: « Il n’y a aucune raison que la bombe qui a explosé à Ankara (une bombe venait d'exploser en effet le 14 mars, Erdogan accusant les Kurdes) , n’explose pas à Bruxelles ou dans une autre ville européenne (…) Là, je lance un appel aux États qui leur ouvrent les bras qui, directement ou indirectement, soutiennent les organisations terroristes. Vous nourrissez un serpent dans votre lit. Et ce serpent que vous nourrissez peut à tout moment vous mordre (...) quand les bombes commenceront à exploser dans vos villes, vous comprendrez certainement ce que nous ressentons. Mais alors, il sera trop tard. »

Le 20 mars, le gouvernement turc convoquait l'ambassadeur de Belgique pour demander que la Belgique ferme le pavillon installé par des manifestants kurdes face au Conseil européen, à la station de métro Maelbeek. Pendant la nuit, les tentes ont été saccagées, avant d’être incendiées on ne sait par qui.

Quatre jours après le discours d'Erdogan, le 22 mars, des attentats frappaient Bruxelles, faisant 34 morts et 260 blessés. Un des deux attentats avait lieu à la même station de métro Maelbeek.

Le matin de cet attentat , le quotidien Star, organe officieux du régime d' Erdogan, ouvrait sa "une" sous le titre « La Belgique, État terroriste ».

Le 23 mars la presse turque gouvernementale se réjouissait de la punition infligée à la Belgique . Le même Star faisait une édition spéciale intitulée : "Le serpent que nourrissait la Belgique en son sein l’a mordue », référence explicite au discours du président Erdogan du 18 mars Un autre journal pro-Erdogan titrait : « Celui qui dort avec le terrorisme, se réveille avec lui.» Le même jour, le journal islamiste Akita, un des organes du Parti de la Justice (gouvernemental) reprenait le même argument en une: « La Belgique soutient les terroristes (...) Le gouvernement belge, en soutenant les Forces de défense populaire (YPG) ( Kurdes qui luttent contre Daesh en Irak et en Syrie) a agi comme s’il disait aux djihadistes: "Venez me mettre des bombes ».

En octobre 2015, Erdogan venu faire campagne à Strasbourg auprès des Turcs émigrés, pour les élections législatives du 1er novembre, avait attaqué avec violence l'Union européenne. Il présentait la Turquie comme le défenseur de « la vraie civilisation » face à une Europe affectée par « la xénophobie, l’islamophobie et le racisme ». Des bagarres eurent même lieu à Bruxelles entre services de sécurité belges et turcs.

Le 11 janvier dernier, le roi Abdallah de Jordanie, à Washington, devant une commission sénatoriale[1], avait accusé le président Erdogan d’avoir organisé la vague de migrants vers l’Europe et d’y avoir intentionnellement infiltré des djihadistes. On voit mal en effet comment un million de migrants auraient pu quitter la Turquie sans que le gouvenrment turc y soit pour quelque chose. Il faut savoir que ces migrants, pour la plupart, sont non les vrais réfugiés de l'Est de la Turquie mais d'autres que les passeurs sont allé chercher via le Liban dans la région de Damas . Ces derniers seuls peuvent payer entre 5000 et 10 000 € le passage en mer Egée . Réputé proche des Frères musulmans, Erdogan, alors Premier ministre rêvait en 1999 de conquérir l'Europe par l'immigration : «Les minarets seront nos baïonnettes, les coupoles nos casques, les mosquées nos casernes et les croyants nos soldats.»

Proximité d' Erdogan et de Daesh

De manière notoire, Erdogan continue à aider Daesh . Les 7500 camions qui font la force du khalifat autoproclamé , et la plupart de ses armes, ont transité par la Turquie. Daesh se finance en vendant au marché noir du pétrole par la Turquie, le fils de Recip Erdogan étant une des intermédiaires. Par la Turquie transitent aussi les dizaines de milliers de djihadistes venus du monde entier renforcer les groupes rebelles . Erdogan a ainsi contribué plus que quiconque à déclencher la guerre civile en Syrie puis à faire émerger Daesh . S'il cessait de le soutenir, du jour au lendemain, Daesh cesserait d'exister. Daesh qui a revendiqué les attentats de Paris et de Bruxelles.

Pour récompenser Erdogan de toutes ces bonnes manières , Angela Merkel est venue l'aider juste avant les élections du 1er novembre 1995 qu'il risquait de perdre. Elle lui a promis à cette occasion 3 milliards d'euros, la reprise des négociations d'entrée de la Turquie dans l'Union européenne et la libre entrée des Turcs sur son territoire .

C'est exactement ce que la même Merkel, négociant au nom de l'Union européenne a concédé à Erdogan dans l'accord passé le 18 mars. Avec encore 3 milliards d'euros en prime.

Contrepartie : une vague promesse de cessation de l'afflux de réfugiés, la possibilité pour les Grecs de renvoyer jusqu'à 72 000 réfugiés tenus pour faux en échange de vrais. Cette seule clause, sans incidence sur le flux total qui dépasse aujourd'hui le million a néanmoins valu de toutes parts aux Européens un déluge d'opprobre de la part de la bien-pensance internationale

Avec la libre entrée de ses ressortissants, la Turquie, qui bénéficie déjà de la libre entrée de ses marchandises et d'aides considérables, est devenue de facto membre de l'Union européenne, au nez et à la barbe des peuples qui n'en voulaient pas. Merci Madame Merkel, merci l'Europe.

Roland HUREAUX

[1] http://www.middleeasteye.net/news/jordans-king-accuses-turkey-sending-terrorists-europe-168759

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26 mai 2016 4 26 /05 /mai /2016 14:23

Au moment où il paraît de plus en plus vraisemblable que l'élection présidentielle américaine se jouera entre Donald Trump et Hillary Clinton, il n'est pas inutile de se rappeler ce que fut la politique du mari de celle-ci, le président Bill Clinton à l'égard de notre pays entre 1992 et 2000 .

Disons le: la présidence Clinton a été sans doute la plus hostile aux intérêts français qu'il y ait jamais eue dans l'histoire de ce pays.

Deux affaires méritent d'être rappelées : celle du Rwanda qui a vu les Etats-Unis appuyer dans le courant des années 1990 avec discrétion mais efficacité l'équipée de Paul Kagame , parti de l'Ouganda voisin pour reconquérir le pouvoir à Kigali au bénéfice de la minorité tutsi chassée du pays en 1959, contre un gouvernement issu de la majorité hutu soutenu par la France. Les dégâts furent considérable: au moment de l'ultime offensive des rebelles , l'accident d'avion qui coûta la vie aux deux présidents hutu du Rwanda et du Burundi le 6 avril 1994 , dont des proches de Kagame eux-mêmes ont avoué qu'il en était l'instigateur, fut le déclencheur de ce qui fut présenté comme le massacre de la minorité tutsi de l'intérieur; ce massacre justifia après coup l'invasion, commencée plus tôt, du pays par les troupes de Kagame. Cette invasion peut être interprétée aussi bien comme la conséquence du massacre que sa cause . Mais une fois au pouvoir, le président Kagame, envahit en 1995-96 le Congo (RDC) voisin pour exercer des représailles terribles contre les réfugiés hutus et , de fait, mettre la main sur la province du Kivu, riche en minerais de toute sorte . Si les massacres du Rwanda avaient fait près d' 1 million de morts , pas tous tutsis et pas tous du fait de l'ancien gouvernement hutu, l'invasion du Kivu est , elle, selon les chiffres de l'UNHCR directement ou indirectement responsable de 4 millions de morts.

Si le gouvernement Clinton n'avais pas appuyé la rébellion de Kagame, tous cela ne serait pas arrivé. Le gouvernement hutu de Habyarimana n'était certainement pas tendre pour les Tutsis ( pas plus que la Révolution française ne l'avait été pour l'ancienne aristocratie), mais il restait dans le registre des dictatures africaines ordinaires, alors que ce qui est arrivé au cours de la guerre de 1994-1996 dépasse toutes les bornes de l'horreur.

L'aboutissement de cette opération a été que le Rwanda de Kagame a quitté la francophonie pour adhérer au Commonwealth ! Son but, auquel le gouvernement Clinton ne saurait être étranger, même si la crise avait commencé avant lui , était d'éliminer la France de la région des Grands Lacs . Cette élimination fut complète quand Jacques Chirac retira en 1996 les conseillers français de l'armée congolaise qui faisait face au Kivu à une armée rwandaise tutsi encadrée par des officiers US. Ces événements avaient , entre autres, fait dire à Mitterrand vieillissant :

« La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort apparemment et pourtant une guerre à mort. » ( cité par Georges-Marc Benhamou, Le dernier Mitterrand).

Une guerre sans mort français évidemment , avec 5 millions de morts africains tout de même !

Affaiblir les intérêts français et en tous les cas les méconnaître, c'est ce qu'on voit aussi dans la guerre de Yougoslavie et notamment dans sa phase la plus aigue, la guerre dite du Kosovo de 1999 , où les forces de l'OTAN , hors de toute légalité internationale à l'instigation des Etats-Unis et de l'Allemagne , bombardèrent pendant des semaines, le territoire de la Serbie, faisant 20 000 morts, tous civils. Tout au long de ce conflit, les Etats-Unis prirent systématiquement le parti des alliés historiques de l'Allemagne: Croates, Albanais, Kosovars, Bosniaques musulmans, les mêmes qui avaient fait bon accueil à la Wehrmacht en 1941 et combattirent au contraire avec un rare acharnement les Serbes, alliés historiques de la France et de l'Angleterre et ennemis de l'Allemagne. Il est vrai que le président Chirac s'est montré complice de cette opération qu'il aurait pu empêcher. Mitterrand, avait dit "moi vivant, la France ne fera pas la guerre à la Serbie." Margaret Thatcher ne pensait pas autrement. Dépourvu de cette conscience historique, Jacques Chirac, pour des raisons qui restent à éclaircir, n'eut pas ces scrupules.

On objectera que les entreprises de Clinton allaient dans le sens des droits de homme frappant les "méchants" ou protégeant les "bons". Qui est encore dupe de cette rhétorique, composante de la guerre médiatique et psychologique qui accompagne désormais toutes les opérations militaires et dont les clefs se trouvent outre-Atlantique ? Quand un régime est diabolisé dans l'opinion mondiale, nous ne savons pas s'il le mérite vraiment, mais nous savons qu'à coup sûr il n'est pas dans le camp des Etats-Unis !

A ce bilan peu glorieux des relations franco-américaines au temps de Clinton, on pourrait ajouter l'offensive commerciale de l'Amérique contre la politique agricole commune, dans le cadre des négociations du GATT, offensive qui conduisit l'Europe, au dépens des intérêts français, à démanteler partiellement les protections de son agriculture, au travers de la réforme de la politique agricole commune (1992) et le l' accord de Blair House (1993). L'agriculture française ne s'en est jamais remise.

Il est difficile de trouver d' autres présidents des Etats-Unis qui aient été aussi hostiles aux intérêts français que Bill Clinton. La France n'eut guère à se plaindre de la plupart des présidents républicains : Eisenhower, Nixon ( qui ne cachait pas son admiration pour le général de Gaulle), Reagan et même Bush père et fils, quelque contestables qu'aient été les initiatives internationales de ces derniers. Pas davantage de certains démocrates comme Truman, Carter et même Obama : que la présidence de ce dernier coïncide avec une inféodation sans précédent de notre pays est à mettre au passif, moins du président américain lui-même que des dirigeants français qui acceptent cette inféodation . Kennedy ne fit rien pour faciliter la solution de la guerre d'Algérie et sabota les initiatives européennes de la France, ce dont le général de Gaulle ne lui tint pourtant pas trop grief. Il devait s'entendre beaucoup plus mal avec son successeur Johnson.

Sans doute Mme Hillary Clinton n'était-elle entre 1992 et 2000 que la première dame d'Amérique, sans responsabilité officielle dans la politique étrangère américaine. Mais on doute qu'une personnalité de cette envergure ait pu être totalement étrangère aux événements que nous avons évoqués. Le nom de Clinton ne devrait inspirer aucune sympathie en France.

Roland HUREAUX

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26 mai 2016 4 26 /05 /mai /2016 14:21

Le profil des trois familles ramenées par le pape François de l'île de Lesbos confirme ce qu'on croyait savoir des réfugiés syriens qui passent de Turquie en Grèce : ils appartiennent surtout à la petite bourgeoisie du Sud de la Syrie : enseignants , artisans, qui seule a les moyens de payer les sommes considérables exigées par les passeurs ( alors qu'il serait si simple de leur permettre d'acheter un billet d'avion d'Istamboul à Berlin , si vraiment les Allemands sont prêts à les recevoir ! ). Deux de ces familles viennent de Damas qui est aujourd'hui relativement sécurisée. Les mafieux qui organisent les transferts vont les chercher , en leur faisant miroiter l'espoir d'une vie meilleure, et les emmènent d'abord vers le Liban , puis du Liban à la Turquie occidentale en bateau ou en avion.

Les scandaleuses sanctions européennes

Il est vrai que la sécurité n'est pas tout : la population syrienne vit dans une pauvreté considérable. A côté de la guerre, la grande cause de cette pauvreté, ce sont les sanctions économiques que l'Union européenne inflige à la Syrie et qui interdisent entre autres d'y envoyer nourriture ou médicaments. Le pape François, à qui vient d'être remis le prix Charlemagne, s'élèvera-t-il contre ce scandale absolu ?

Les réfugiés syriens qui ont quitté le pays de force se trouvent parqués dans des conditions innommables à la frontière de la Turquie et , faute d'avoir les moyens de payer, la plupart ne partent pas.

Le Saint-Siège a fait savoir que s'il n'y avait pas de familles chrétiennes parmi celles qu'il a recueillies, c'est qu'aucune n'avait les papiers en règle. Pour avoir un dossier en règle, il faut passer, au Liban ou en Turquie, par des officines d'interprètes arabes qui, de manière notoire, privilégient les musulmans. Une raison plus compréhensible de l'absence de réfugiés chrétiens serait la crainte d'encourager les départs des chrétiens hors du Proche-Orient partagée par tous les chefs religieux d'Orient et d'Occident. Mais pourquoi dès lors encourager le départ des autres ?

Nous ne reprendrons pas à notre compte les accusations de ceux qui suspectent le Saint-Père de démagogie. Comment pourrait-il faire autrement , compte tenu de ce qu'il est, que d'encourager l'accueil des individus par des individus , ou celui des familles par des familles ?

Ethique de conviction et éthique de responsabilité

Mais il ne s'agit pas seulement de cela : la question est de savoir s'il faut accueillir des populations entières, arrivées en Europe dans des conditions qui sont loin d'être claires. Le jeu d'Erdogan , président de la Turquie, est le plus trouble qui soit : maîtrisant les flux de réfugiés ou assimilés vers l' Europe, il n'a rien fait pour les retenir . Volonté d'islamiser par ce biais le vieux continent européen, qu'il n'a pas cachée en d'autres temps , chantage pour recueillir des milliards ou bien pour obtenir le libre accès des Turcs en Europe ? Le mouvement des migrants , comme le rappelait récemment le roi Abdallah de Jordanie, n'a en tous les cas rien de spontané.

On soupçonne même le président turc de vouloir se servir de cette facilité pour expulser les Kurdes vers l'Europe et la Syrie et les remplacer par les réfugiés syriens de l'Est qui , eux, ne partent pas.

Dès lors , la décision d'accueillir ou de ne pas accueillir ces populations n'est plus de l' ordre de la charité individuelle mais de la décision politique. Elle ne ressortit plus, pour reprendre la célèbre distinction de Max Weber, à l' éthique de conviction, mais à l'éthique de responsabilité. S'il ne s'agissait que de moyens financiers, on pourrait penser que l'Europe a encore les moyens d'accueillir beaucoup de monde malgré le chômage qui y règne presque partout, sauf en Allemagne ; mais il ne s'agit pas que de cela : les chefs d'Etat européens ont-ils le droit de mettre en cause la sécurité de leurs populations : sécurité au quotidien mais aussi, à terme, sécurité de tout le pays, sachant que le multiculturalisme ou le pluralisme religieux, on ne le répètera jamais assez, ont toujours produit, un jour ou l'autre, la guerre civile ( Liban, Bosnie, Ceylan ) ?

Porter un jugement sur ce sujet est l'affaire des chefs d'Etat et de gouvernement et de personne d'autre. Le pape n'a en la matière aucune autorité. Il peut même arriver que des responsables politiques catholiques aient des opinions différentes de la sienne: c'est arrivé souvent dans l'histoire . La très catholique ville de Florence a longtemps fait la guerre à la papauté : Dante s'en fait l'écho. Charles Quint , qui se voulait pourtant le champion de l'Eglise catholique , a laissé sa soldatesque ravager la ville de Rome (1525) . La bataille de La Boyne (1690) oppose le parti protestant d'Angleterre et les catholiques d'Angleterre et d'Irlande soutenus par Louis XIV. Le pape était du côté de protestants et a fait chanter le Te Deum à la basilique Saint-Pierre quand les protestants eurent écrasé les catholiques.

Depuis la Révolution de 1789 , les catholiques de France ont pris l'habitude intellectuellement confortable d'être ultramontains ( ce qui veut dire prendre le parti de la papauté non seulement sur le plan religieux mais aussi sur le plan politique). Au XXe siècle, il s'est trouvé que les causes défendues par la papauté , hostilité au communisme en particulier, coïncidaient avec les intérêts l'Europe occidentale . La question migratoire peut être l'occasion pour les catholiques européens de retrouver en matière politique la saine indépendance d'esprit qui a longtemps fait le génie de l'Europe . Les Polonais et les Hongrois leur montrent l'exemple.

C'est en vain en effet qu' on culpabilise les catholiques , en cette année de la miséricorde, en disant qu'ils manquent de générosité ou qu'ils doivent surmonter leurs peurs. Il est vrai qu'ils ont peur et pas seulement que leurs filles soient violées, ce qui serait après tout légitime pour des pères de famille. Ils ont d'abord peur que l'Europe cesse d'être chrétienne, qu' il lui arrive ce qui est arrivé à l'Asie mineure au cours des siècles : jadis première terre chrétienne, aujourd'hui vidée de ses chrétiens , les massacres de 1916 leur ayant porté le coup final. La population musulmane est en passe d'être majoritaire à Londres et à Bruxelles . Le nouveau maire de Londres est musulman. En prolongeant avec lucidité les courbes actuelles de l'immigration, de la natalité et , il faut bien le dire, de la déchristianisation, c'est toute l'Europe qui le sera à terme plus ou moins rapproché. Sauf miracle sur lequel un homme d'Eglise peut certes miser mais pas un homme d'Etat.

Etre attaché à son pays, à sa patrie, à sa civilisation est le sentiment le plus noble qui soit. Il est aussi le plus puissant : jamais dans l'histoire le sentiment religieux ne l'a emporté sur le sentiment national ou identitaire. Le catholicisme en Pologne ou en Irlande , l'orthodoxie en Russie ou en Serbie, l'islam dans le monde arabe et au Pakistan n'ont eu tant de force , comme l'avait si bien compris Jean Paul II, que parce qu'ils s' identifiaient à la nation. Il est vrai que le chrétien se doit d'être " tout à Dieu" et donc , croit-on, d'être prêt à tout lui sacrifier , y compris sa patrie . Mais sacrifier sa patrie , n'est ce pas cesser d'être ? Et avant d'être chrétien , ne faut-il pas être tout court ? Malgré les Lumières, une partie de l'Europe sent que son identité est inséparable de l'héritage chrétien. L'idée que ce sentiment, parfaitement naturel, le mette en contradiction avec ses pasteurs qui ne verraient là, fort injustement, qu'une forme d'égoïsme, risque de gravement les détourner d'eux.

Roland HUREAUX

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26 mai 2016 4 26 /05 /mai /2016 14:19

Paru dans Liberté politique

Que le Saint Père aille dans l'île de Lesbos rencontrer des refugiés - ou simples migrants - du Proche-Orient , qui le lui reprocherait ? N'est-il pas dans son rôle de témoin de la miséricorde ?

Le pape François se veut par là prophète . Etre prophète , c'est dire la vérité, y compris quand elle déplait.

Mais c'est aussi dire toute la vérité.

Il ne suffit pas de reprocher aux Européens leur peu enthousiasme à accueillir ces réfugiés, il faut aussi dire pourquoi il sont là.

Ils sont là parce que l'Occident, Etats-Unis , France, Angleterre, Allemagne et leurs alliés orientaux, Turquie en tête, ont fomenté la guerre depuis de nombreuses années en Irak, en Afghanistan, en Libye, en Syrie, au Yemen et cela avec le monstrueux alibi d'aller y défendre les droits de l'homme - ce explique par parenthèse que les Européens commencent à se méfier des bons sentiments, tant ils ont couvert de crimes au cours des dernières années.

Faut-il laisser à un militant athée, Michel Onfray, le soin de dire haut et fort que les Occidentaux ont tué près de 4 millions de personnes au Proche-Orient depuis 1990 ?

Les réfugiés sont là où ils sont à cause de ces guerres, mais aussi parce que les mafias, principalement turque, organisent leur transit en avion depuis l'Irak et la Syrie , via le Liban, puis, au lieu de leur permettre de continuer en avion - le vol Istamboul-Berlin coûte 170 € - leur font payer 10 000 € par personne pour prendre le bateau, les dites mafias étant notoirement proches du gouvenrment turc.

Si le pape François osait proclamer tout cela, il remplirait de joie et d'espérance les chrétiens d'Orient qui le savent depuis longtemps et instruirait les chrétiens d'Europe qui ne le savent généralement pas . Si le pape François osait dire ce que Mme Merkel n'ose pas dire : l'écrasante responsabilité de M. Erdogan , tant dans le déclenchement et la poursuite des guerres de Syrie que dans le transfert organisé des réfugiés vers l 'Europe, dans un but explicite d'islamisation, il rendrait service à l'Europe aujourd'hui tétanisée par le nouveau sultan . Si les musulmans doivent être tenus pour des hommes comme les autres quand il s'agit de les accueillir, ils sont aussi des hommes comme les autres quand il s'agit de mettre en cause la responsabilité de certains d'entre eux.

Aller jusqu'au bout de son rôle prophétique, c 'est aussi pour François aimer jusqu'au bout les refugiés. Les aimer jusqu'au bout, c'est vouloir pour eux ce qu'il y a de meilleur, le Christ, c'est donc dire qu'ils ont eux aussi le droit de connaître le Christ. C'est rappeler aux épiscopats nationaux qu'ils ont le droit et même le devoir d'évangéliser les migrants. Trop de musulmans que le christianisme intéresse ont le sentiment que les évêques d'Europe, au moins ceux de France , tout en pressant les gouvernements d'ouvrir les portes de leur pays aux musulmans , ne semblent guère pressés de leur ouvrir les portes de leurs églises.

L' exhortation apostolique Laetitia amoris cite la relation synodale qui dit que

L’accompagnement des migrants exige une pastorale spécifique pour les familles en migration, mais aussi pour les membres du foyer familial qui sont demeurés sur leurs lieux d’origine. Cela doit se faire dans le respect de leurs cultures, de la formation religieuse et humaine d’où ils proviennent, de la richesse spirituelle de leurs rites et de leurs traditions, notamment par le biais d’une pastorale spécifique. (ibid.)

Le "respect de cultures", de "la formation religieuse et humaine" , "la richesse spirituelle" supposée des rites et des traditions des migrants signifieraient-il qu'ils n'aient pas à connaître le Christ ? A moins que ce passage ne concerne que les seuls chrétiens d'Orient dont le respect des rites va évidemment de soi ?

La récente vague de migrations a suscité en Europe une immense crise morale dont nous ne connaissons sans doute que le commencement . Ce serait faire injure aux Européens que de tenir leur réticence à accueillir les migrants pour de l'égoïsme.

Dès qu'il s' agit d' accueillir des individus ou des familles isolées, les chrétiens d'Europe sont , n'en doutons pas, plus généreux que quiconque . Mais si l'accueil doit porter sur des populations entières, l'enjeu est tout autre. Ce n'est plus d'égoïsme qu'il s'agit mais d'une immense et douloureuse inquiétude identitaire , le souci de préserver leur identité collective, lequel, quoi qu'on prétende, est un sentiment noble . Comme l'avait montré le pape Jean Paul II, le patriotisme , autre nom du sentiment identitaire, se rapporte au 5e commandement, "Honore ton père et ta mère". Il est le souci de transmettre à ses enfants l'héritage reçu de ses parents et ancêtres, une Europe chrétienne en l'occurrence.

Les Européens, spécialement les catholiques, ont l'inquiétude légitime que leur continent ne bascule dans une autre civilisation, dont ils seraient un jour exclus, comme c' est arrivé au Proche-Orient et à l'Asie mineure.

Cette inquiétude va de pair avec une immense souffrance. Ce serait manquer gravement à la miséricorde que d'ignorer cette souffrance et d'accabler ce peuple en détresse en le taxant d'égoïsme. Là encore , c'est un philosophe juif et athée, Alain Finkielkraut qui a le mieux fait preuve de miséricorde et d'empathie quand il a parlé de l'"identité malheureuse" de nos compatriotes.

Cette identité malheureuse, ce ne sont pas des leçons de morale qui l'apaisera , c'est le sentiment que l'accueil des migrants s'inscrit dans une dynamique d'évangélisation.

En effet, l'inquiétude identitaire des Européens est d'abord due à la déchristianisation et à son corollaire, la dénatalité . Plaie envenimée par les récentes vagues migratoires . Tout ce qui peut rendre cette inquiétude plus aigue ne peut qu'aggraver les réactions de rejet vis à vis des nouveaux venus. D'autant que la condamnation du sentiment identitaire par des autorités d'Eglise semble rejoindre , pour le plus grand désarroi des fidèles, celle de médias généralement hostiles à l'héritage chrétien et acharnés à détruire ce qui reste de la civilisation européenne. Quelle détresse pour un troupeau qui se sent en perdition , d'entendre ses pasteurs tenir le même langage que les loups qui veulent sa mort ! Le même langage que Grorgrs Soros, parrain des fémens.

Le souci de l'identité est non seulement un sentiment noble, valorisé dans toutes les sociétés antiques, en particulier dans les cités grecques mais il est dans l' histoire le plus fondamental qui soit. Les pays d'Europe où l'Eglise catholique a le mieux prospéré sont ceux où elle a pu s' identifier au sentiment national comme la Pologne ou l'Irlande. Elle s'est bien moins enracinée partout ailleurs.

Chaque fois que, dans l'histoire, le sentiment identitaire et le catholicisme se sont trouvés au contraire en contradiction, comme par exemple dans l'Europe du Nord au temps de la Réforme, le sentiment identitaire l'a toujours emporté. Il ne faudrait pas qu'il en aille de même dans l'Europe de demain.

Roland HUREAUX

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26 mai 2016 4 26 /05 /mai /2016 14:16

Paru dans Boulevard Voltaire

Dans sa campagne de drague électorale tout azimut, Emmanuel Macron ne se contente pas d'en appeler aux libéraux , laissant entendre qu'en réalité il est des leurs .

Il pousse l'audace jusqu'à faire des clins d'œil à la droite de la droite : ô pas le peuple "populiste" qui a vote FN - il est l'antipopuliste par excellence - , mais , mais la droite bourgeoise catholique, traditionnelle, qui a la nostalgie du Roi et révère Jeanne d'Arc.

Comment ne pas voir là l'imposture absolue ?

Certes il n'y a plus d'évêque Cauchon pour juger du haut de son estrade , en s'appuyant sur la toute puissance de l'occupant anglais , la jeune bergère de Lorraine. Mais il y a pire.

Plus que jamais, la France est sous la botte : pas d'Henri VI roi d'Angleterre , mais de l'OTAN, des réseaux tissés à partir de tout ce qui à Washington à travaille à renforcer l'Empire , ceux qui nous ont embarqués dans une guerre de déshonneur contre les intérêts des chrétiens au Proche-Orient, qui veillent à ce que nous restions sans moufter sous la férule de Bruxelles et acceptions les millions de réfugiés dont leurs alliés turcs organisent l'exode, toutes obligations que l'empereur Obama est venu rappeler dans sa tournée récente en Europe , sans daigner faire étape à Paris. Les mêmes ont obtenu d'un gouvernement servile que, au mépris de la parole de la France, il ne livre pas les Mistral à la Russie. Ils obtiendront bientôt que malgré les réticences d'une majorité de l'opinion publique, notre pays accepte le TTIC ( Partenariat commercial transatlantique). Que Macron soit un des rares hommes politiques français à n'avoir exprimé aucune réserve sur le TTIC est plus qu'un symbole.

Certes, ce ne sont plus les Anglais qui dictent leur loi mais les Américains. C'est bien plus grave, parce que le rapport de forces est plus inégal, mais surtout parce qu'il ne s'agit plus d'une querelle dynastique mais d'une véritable guerre de civilisation. La subversion de la civilisation européenne par le multiculturalisme est en effet dans l'agenda ( comme ils disent) des réservoirs de pensée ( think tanks) de Washington. Et derrière Washington, New York et sa finance dont l'ancien associé-gérant de la Banque Rothschild n'ignore rien de la puissance.

Dans la droite et la gauche "classiques", il est encore quelques personnalités atypiques qui sont à l'écoute du peuple et qui , dans leurs prises de prises de position , se font à l'occasion l'écho de son océanique mécontentement : un Jacques Myard, candidat à la primaire d'UMP, un Jean-Luc Mélenchon et même un Jean Lassalle, tous deux candidats à la présidentielle . Mais ce que les Français rejettent absolument , c'est précisément ce qui se trouve à intersection de la droite et de la gauche. Or c'est précisément de ce lieu que parle Macron. Quand il appelle à Orléans, sous la bannière usurpée de Jeanne, au rassemblement national, Macron ne s'adresse en réalité qu'à ce qu'Alain Minc appelait le "cercle de raison" , cette droite et cette gauche qui jouent depuis longtemps la même partition, celle de l'assujettissement.

Ce n'est plus un tribunal ecclésiastique qui juge, mais c'est bien pire : au nom de la pensée unique occidentale, un tribunal occulte jette ses sentences impitoyables sur tout ce qui conteste le nouvel ordre mondial, tout ce qui par exemple pourrait suggérer que la France, pour rester fidèle à son destin, doit redevenir libre.

Or le même tribunal médiatique , le même tribunal de l'étranger version moderne ce celui qui avait condamné Jeanne au bûcher, a décidé de promouvoir Macron , de le "faire " littéralement.

Neuf avec des idées vieilles

En cas de défaillance, aujourd'hui probable, de Hollande, il fallait aux forces dominantes quelqu'un qui ait l'air neuf : voilà Macron.

Neuf avec des idées vieilles : celles qui dominent et inspirent toutes les politiques gouvernementales en Europe occidentale depuis trente ans, celles que les Français rejettent avec le plus de dégoût, celles qui le font fait souffrir depuis si longtemps.

Et encore faut-il parler d'idées ? Qui peut citer une idée nouvelle que Macron qui prétend apporter du sang neuf à la politique française, aurait versée au débat . Qui peut dire quelle proposition il a jamais faite qui ne soit la "transposition" d'une norme internationale, généralement bruxelloise ?

Les modérés qui ont un faible pour lui vous disent qu'il n'est pas vraiment de gauche. Mais alors que fait-il , comme le rappelait justement Nicolas Sarkozy, dans une équipe qui a instauré le mariage des homosexuels, poursuivi une politique étrangère d'assujettissent à l' l'OTAN, réformé le collège pour accélérer l'oubli de leur propre histoire par les jeunes Français, qui oriente une justice d'une partialité politique sans précédent, qui s'apprête à mettre en place le divorce à 50 € et poursuit , au travers de la réforme des notaires voulue à Bruxelles , le laminage des classe moyennes ? Dans cette oeuvre impitoyable de destruction que mène le gouvernement Valls-Macron, nous n'avons retenu bien entendu que quelques points saillants.

Et que l'on nous explique pourquoi quand Areva vend des actifs à l'EDF, d' entreprise d'Etat à entreprise d'Etat , il faut passer par l'intermédiaire de la banque Rothschild ? Il n'y aurait plus personne de compétent à Bercy pour faire ce genre d'opération .

Pauvre Jeanne, si savez-vous ce que nous sommes devenus ! Ce ne sont plus seulement les Anglais qu'il faut bouter hors de France, c'est bien pire. Et encore : de votre temps chacun jouait sa partition. Aujourd'hui l'imposture est partout et de tous les moyens de l'assujettissement de votre "doulce France", il est le plus redoutable.

Roland HUREAUX

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26 mai 2016 4 26 /05 /mai /2016 14:15

Paru dans Causeur

En considérant la tournée quasi-impériale que Barack Obama vient de faire en Europe, comment n'aurait on pas du mal à comprendre les critiques des conservateurs américains à l'encontre de ce président qu'ils tiennent pour responsable de l' affaiblissement de la puissance américaine ?

Impériale, la tournée européenne du président en avait l'allure : venu à Londres dire son hostilité au Brexit, à Berlin plaider en faveur de l'approbation du TTIP ( Partenariat transatlantique pour le commerce et l'investissement) et féliciter Merkel pour son large accueil des migrants , il a chaque fois parlé en maître. On note au passage que l'étape de Paris ne lui a pas paru nécessaire : la France de Hollande ne compte plus: elle est à la botte.

C'est la première fois d'ailleurs que l'actuel président semble s'intéresser autant à l' Europe . Etrange Obama : métis aux allures de patricien qui n'a pas un seul ancêtre esclave[1], descendant par sa mère de Jefferson Davis, président de la Confédération sudiste durant la guerre de sécession, de saint Louis et de Guillaume le conquérant[2], il a semblé longtemps donner la priorité au Pacifique, où il a passé sa jeunesse. L'Amérique commence-t-elle à s'inquiéter de la dislocation possible de l'Europe ?

Pourtant que de griefs chez les conservateurs ! Obama aurait présidé à l'affaiblissement des Etats-Unis, voire l'aurait souhaité, il serait secrètement musulman et par là ennemi de son propre pays.

Sa politique étrangère est en tous les cas bien difficile à suivre. Il a certes fait la paix avec Cuba dont l 'importance stratégique n'est cependant plus ce qu'elle était. Plus décisif : l'accord de Washington avec l'Iran ( 14 juillet 2015) qui fait hurler Israël. Obama a évacué l'Irak comme il l'avait promis mais pas pour y ramener la paix. Il continue à bombarder l'Afghanistan même s'il y a réduit les effectifs . Il n'a pas non plus, contrairement à ses promesses, fermé la prison de Guantanamo.

Ses ennemis conservateurs mettent ces avancées au compte de sa qualité de Prix Nobel de la paix, supposé colombe. Ses soutiens de gauche aussi d'ailleurs.

Un maître de l'ambiguïté

Pourtant que d'entreprises douteuses chez ce maître de l'ambigüité ! A bien le considérer, son passif est lourd : c'est bien le gouvernement Obama qui a présidé , avec le secrétaire d'Etat Hillary Clinton, aux printemps arabes dont nous savons aujourd'hui combien ils ont été manipulés et comment ils ont mal tourné et à la destruction de la Libye, qui a tenté celle de la Syrie en soutenant les rebelles djihadistes (prétendus démocrates) qui combattaient le président Assad, et qui a de manière occulte aidé à la constitution de Daesh au nord d'Irak et dans l'est de la Syrie tout en soutenant les Kurdes. Alimentant les guerres qui sont à leur origine, il a encouragé les migrations de réfugiés vers l'Europe .

Le monde est passé très près de la guerre en août 2013 quand des armes chimiques ont été utilisées dans la banlieue de Damas. Les Etats-Unis étaient prêts à bombarder la Syrie quand Obama a reculé , acceptant la médiation de Poutine. Est-ce le président qui a sauvé la paix ou, comme on le dit aussi, l'état-major qui l'a dissuadé d'attaquer, sachant la capacité de riposte russe ? Il ne pouvait en tous les cas ignorer ce que tout le monde sait aujourd'hui : qu'il s 'agissait d'un coup monté par les rebelles[3].

Plus grave: la présidence Obama coïncide avec la montée des périls en Europe de l'Est : la évènements de la place Maidan à Kiev ( 22 février 2014) furent en réalité, selon l'expression de Valéry Giscard d'Estaing, un "coup d'état de la CIA" contre un président, Victor Ianoukovitch , régulièrement élu mais qui avait le défaut d'être pro-russe au bénéfice d'un pouvoir insurrectionnel pro-américain. La guerre qui a éclaté immédiatement dans l'est de l'Ukraine et la tension qui y demeure forte en sont les conséquences . Nul doute que cette opération n'aurait pas pu être conduite sans le feu vert du Prix Nobel de la paix. L'accord avec l'Iran, qui passe pour une œuvre de paix , n'a-t-il pas pour but principal d'encercler la Russie ?

Même si le remplacement en 2013 d' Hillary Clinton par John Kerry , beaucoup moins belliciste, a permis un certain apaisement, l'OTAN a décidé début 1996, d'augmenter sensiblement sa présence militaire en Europe de l'Est et , tout en appelant à une large coalition contre Daesh, le président Obama poursuit en sous-main la fourniture d'armes sinon à Daesh, qu'il avait aidé à ses débuts, du moins à d'autres mouvements djihadistes, avec la volonté délibérée de ne pas permettre aux Russes de parvenir à une victoire totale, seul moyen de rétablir la paix dans ce malheureux pays.

La méthode qui consiste à dresser chaque semaine une liste de personnes à exécuter sans procès aux quatre coins du monde , Ben Laden ayant été la victime la plus spectaculaire, est devenue d'usage courant à la Maison blanche sous Obama.

L'Amérique paye le prix de ses équivoques

Les conservateurs ont cependant raison de dénoncer une perte de prestige des Etats-Unis , au Proche-Orient et dans le monde. Mais cette perte de prestige n'est-elle pas due précisément à ces méthodes qu'il faut bien appeler hypocrites ?

L'Amérique d'Obama joue sur presque tous les fronts un double jeu : elle appelle le monde musulman à la démocratie et soutient les Frères musulmans , elle organise des coalitions contre le djihadisme et l'arme en secret, elle s'entend avec l'Iran tout en prétendant continuer de soutenir Israël et l'Arabie saoudite, elle soutient les Turcs et les Kurdes, elle s'entend directement avec Moscou tout en soufflant sur les braises, o combien dangereuses, de Europe de l'Est, elle pousse les Européens à sanctionner les Russes tout en développant son commerce avec eux .

On dit que la faiblesse d'Obama a ouvert les portes du Proche-Orient à Poutine. Mais n'est-ce pas plutôt ce double jeu qui, en faisant du Proche-Orient un vaste brasier, a rendu nécessaire l'intervention d'une puissance tierce dont beaucoup attendent qu'elle ramène la paix sur la seule base réaliste : la victoire unilatérale sur les islamistes et donc le maintien d'Assad ? Les Russes ont-ils fait autre chose que de prendre au mot, presque seuls, l'appel l'Obama à une coalition contre Daesh en août 2015 pour revenir en toute légalité sur la scène du Proche-Orient.

Un Empire a beaucoup d'inconvénients pour les peuples épris de liberté mais à tout le moins attend-t-on de lui qu'il préserve la paix : pax romana jadis, pax americana hier. C'est là sa légitimité. Pour cela l'Empire doit parler haut et clair, style Trump si l'on veut . Avec l'Amérique d 'Obama, on est loin du compte.

N'excluons certes pas les contractions apparentes de la politique américaine soient dus à des tirages entre ses services: la rumeur d'actions divergentes sur le terrain entre l'U.S. Army d'un côté, la CIA de l'autre, dans le Nord de l'Irak n'est peut-être pas infondée. Ce serait dès lors, non le double jeu mais une authentique faiblesse de l'exécutif qu'il faudrait mettre en cause.

Quoi qu'il en soit , le résultat est le même: à l'encontre des schémas simplistes qui opposent sommairement faucons et colombes, Barack Obama a montré que par la combinaison de ce qui est peut-être en effet une faiblesse et sûrement d'un double jeu presque systématique, une politique trop sophistiquée pouvait constituer une véritable menace pour la paix.

Roland HUREAUX

[1] Obama descend par son père d'une lignée de chefs est-africains et par sa mère de l' aristocratie sudiste.

[2] http://www.capedia.fr/

[3] Deux études indépendantes vont dans ce sens : https://www.rt.com/news/study-challenges-syria-chemical-attack-681/ et http://www.comite-valmy.org/spip.php?article6837

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26 mai 2016 4 26 /05 /mai /2016 14:14

Pas de semaine sans qu'un organe de presse ne mette en vedette Emmanuel Macron, ministre de l'économie et des finances, lequel se tient parmi les premiers des classements de popularité, suivis de près en ces temps de pré-élection présidentielle.

Pour alimenter un peu plus la chronique, il vient de lancer un parti : "En avant" qui aurait déjà 13 000 adhérents.

Que cela agace prodigieusement ses collègues du gouvernement, et d'abord Manuel Valls ne fait pas de doute. Les socialistes de gauche sont, eux, furieux de la montée de ce traître qui n'est même pas social.

Il reste que Macron est aujourd’hui la coqueluche d'une partie de l'opinion : socialistes modérés qui comptent sur sa popularité pour échapper au désastre annoncé di PS , patronat (M.Gattaz ne tarit pas d'éloges), centristes, hommes de la droite modérée qui veulent montrer qu'ils ont l'esprit large en ralliant un ministre de Hollande.

Or rarement on a vu un emballement aussi illusoire.

Un emballement illusoire

Il tient certes pour une part à la popularité artificielle de ceux qui sont aux lisières de la droite et de la gauche et recueillent des suffrages des deux bords: Simone Veil, Bernard Kouchner, Jean-Louis Borloo en profitèrent sans que cela ait eu jamais le moindre débouché politique.

Il plait certes à la droite. Il en gagnerait même, dit-on, la primaire ! Il est vrai qu'il fut le rédacteur du rapport Attali, commandé par Sarkozy , où la Grèce était présentée comme un modèle de bonne gestion...

Tout enflé de termes comme élan, audace, réformes radicales, levée des blocages dont il précise rarement le contenu, son discours peut illusionner. Mais espère-t-il vraiment conquérir le peuple en promettant plus d'Europe, au moment où Anglais et Néerlandais songent à quitter le navire ? Il ne s'est jamais présenté à une élection, cela se voit.

Par derrière ce succès, une idée aussi répandue que fallacieuse : si les choses vont si mal, c'est que la droite et la gauche se chamaillent. Qu'elles s’endentent donc pour nous faire une bonne politique. Mais pourquoi espérer qu'une droite et une gauche qui n'ont pas résolu les problèmes le feraient mieux ensemble que séparément ? Cela marque les limites d'une opération comme celle de Raffarin qui se dit d'accord à 99 % avec Macron[1] et qui rêve d' un plan UMP-PS contre le chômage !

On peut aller plus loin : ce que le peuple refuse avec le plus de véhémence, sans toujours s'en rendre compte, c'est précisément ce qui constitue la zone de recouvrement de l'UMP et du PS : alignement sur l'Europe jusqu'à l'oubli des intérêts français , mondialisation "heureuse", rigueur budgétaire supposée, politiquement correct à tous les étages. Les sujets consensuels sont, à y regarder de près, les plus inquiétants. On se rapprocherait davantage des aspirations populaires avec les franges des grands partis qui précisément ne se recouvrent pas : la droite populaire et Dupont-Aignan[2] d'un côté, Mélenchon de l'autre, ouverts à des thèmes comme la remise en cause du libéralisme ou de l'Alliance atlantique, le souci de tempérer le mondialisme et de protéger les travailleurs français. Il y a une droite populaire, une gauche populaire, mais guère de centre populaire , en dehors du singulier et sympathique Jean Lassalle, l'antithèse absolue de Macron.

Comment s'étonner, au vu de ce positionnement, de la pauvreté des propositions de Macron ? Il a récemment fait un tabac en disant qu'il fallait rémunérer les fonctionnaires aux résultats ; il devait pourtant savoir qu'une grande loi a été votée en 2001, celle que les technocrates comme lui appellent la LOLF (Loi organique sur les lois des finances) qui prévoit précisément cela. En dix ans d'application, elle a montré toute sa nocivité : difficulté de trouver de bons indicateurs de résultats, tricheries, découragement et démobilisation sans précédent des services.

L' action d'Emmanuel Macron est de la même eau. La loi pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques dite loi Macron du 6 août 2015 n'est pas inutile ; avec ses 316 pages, contribue-t-elle vraiment à simplifier notre législation ? A vrai dire, dans ce qu'elle a d'utile, elle est essentiellement une loi administrative : notre législation est devenue tellement compliquée qu'il y a toujours à la marge des améliorations techniques à y apporter. C'est le cas en matière d'urbanisme, de permis de conduire, ou d'épargne salariale. Mais elle a aussi une dimension idéologique : ouverture des magasins le dimanche (pour un pouvoir d'achat en stagnation), tentative de libéraliser le statut des notaires, volonté d'ouvrir grand le transport ferroviaire à la concurrence de la route au risque d'affaiblir la SNCF - ce qui réjouit une certaine droite hostile au rail , plus par réflexes que par réflexion, mais quelle vision stratégique derrière, sinon d'américaniser un peu plus notre territoire entre un rail étiolé et des lignes de type Greyhound ?

Bien que le projet de loi El Khomri soit dans sa ligne politique, Macron l'a critiqué pour son manque d'audace avant de faire machine arrière devant la montée de la protestation. Ce projet est inspiré par une vision libérale du marché du travail où, mondialisation oblige, les garanties des salariés doivent céder la place à la flexibilité. C'est la politique de l'offre. L'emploi s'en portera-t-il mieux ? Ne dépend-t-il pas davantage des variables macroéconomiques que de la fluidité de la main d’œuvre ?

Des idées stéréotypées

Ce qui frappe dans les idées de Macron, dans la prétendue audace de Macron, c'est leur caractère stéréotypé à l'image de son profil de bande dessinée : sa première source d'inspiration est le rapport Rueff-Armand de 1958 qui préconisait de faire sauter tous les obstacles à la concurrence existant dans la société française (taxis, professions réglementées, pharmacies etc.) par l'application mécanique des principes du libéralisme pur et dur . Si une grande partie de ces dispositions n'a jamais été appliquée, c 'est peut-être qu'il y avait à cela de bonnes raisons. Cela n'a pas empêché les trente glorieuses. Mais pour deux générations d'énarques, déplorer le manque de courage des gouvernements français à appliquer ces recommandations a été le sésame des premières places. Il ne fallait pas être très intelligent pour cela. Manque de courage ou sens des réalités ?

Là où un pouvoir national pourrait tempérer l'esprit de système au contact du réel , rien n'arrête l'Europe de Bruxelles. L'autre source d'inspiration de Macron, dont l’orientation idéologique est analogue, ce sont les directives européennes . Là aussi il ne faut pas être très subtil pour transposer de manière systématique, voire bestiale, ces directives en droit français. Notre administration ayant cessé d'être indépendante, a aussi cessé de réfléchir. Quand un haut fonctionnaire doit préparer un projet de loi, il ne cherche plus les meilleures solutions, il "transpose".

Comme le rapport Rueff, le droit européen issu de l'Acte unique de 1987 prescrivant l'uniformisation de toutes les normes de tous les pays européens, obéit à un principe simple : la loi de la libre concurrence entendue sans aucune nuance. Mais sournoisement, elle répond aussi à un projet de gommer les spécificités européennes ou françaises : entreprises publiques puissantes, labels de qualité, poids historique des classes moyennes (leur laminage au nom de la lutte contre le corporatisme va de pair avec leur écrasement fiscal).

L'introduction de méthodes managériales dans la fonction publique, prônée par Macron - et comme on le sait, déjà introduites - , suit les mêmes modes européennes, relais de l’idéologie mondialiste pour qui tout ce qu'a de spécifique la sphère publique est obsolète.

L'inspiration de Macron est idéologique, c'est à dire simpliste. Toute idéologie part de la simplification du réel . Cette idéologie est à l’œuvre quand il s'engage, plus que tout autre dirigeant français, pour dissuader la Grande-Bretagne de sortir de l'Union européenne, la menaçant de manière assez grossière d'ouvrir la porte aux migrants.

Nul doute qu'il est favorable au TAFTA voulu par les Américains pour les Américains, passivement négocié par Bruxelles et qui aboutira à subordonner la législation des États à des arbitrages habituellement réservés au droit privé sans doute pour en finir avec la démocratie.

Cette idéologie n'avait pas attendu que Macron soit ministre de l’Économie, pour marquer la France de son empreinte et, point par point, on pourrait démontrer qu' à peu près tout ce que rejettent les Français résulte des politiques qu'elle inspire : chamboulement du cadre administratif, délocalisations, désindustrialisation, crise de l'éducation nationale, dépérissement d'une partie de notre agriculture, ouverture sans limites des frontières, insécurité croissante de l'emploi.

Mais qui incarne mieux tout cela que Macron, issu du sérail le plus classique : l'ENA, le prestigieux corps de l’Inspection des finances qui a inspiré à peu près toutes les réformes depuis trente ans, avec le succès que l'on sait ? Ajoutons y la haute banque pour pénétrer le saint du saint de ce que les Français rejettent.

Dans une France gravement en perte de repères et de ressort, Macron, jeune avec des idées vieilles, est, de manière emblématique, et même caricaturale celui dont il ne faut rien attendre. La popularité transitoire d'un tel personnage représente l'illusion parfaite.

Roland HUREAUX

[1] La Croix, 31/03/2016

[2] Pour ne pas parler de Marine Le Pen qui ne fait pas partie de ce cercle

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26 mai 2016 4 26 /05 /mai /2016 14:12

Paru dans Atlantico

Une polémique grotesque a opposé, il a quelques jours, le journaliste-écrivain algérien Kamel Daoud, auteur d'une chronique dans le Monde du 31 janvier intitulée « Cologne, lieu de fantasmes » et 19 prétendus intellectuels peu connus, qui l'ont accusé, lui l'intellectuel de gauche algérien, de rien moins que d'islamophobie et de racisme, "recyclant, disaient-ils , les clichés orientalistes les plus éculés" , sans nous dire d'ailleurs si ces clichés sont ou ne sont pas fondés, ce qui est tout de même le plus important.

Selon une habitude qui se répand dans notre pays, on agonit d'injures l'adversaire, on l'amalgame, on en fait un raciste (que veut dire au demeurant l'appellation de raciste, inexacte s'agissant d'une religion dont la plus grande majorité des adeptes appartiennent à la race dite "caucasienne" ?), on le réduit ad hitlerum.

L’ignominie dans cette attaque est que, vivant en Algérie et faisant l'objet d'une fatwa des fondamentalistes (à laquelle s'ajoute désormais une fatwa des progressistes ! ), sur le point d'être jugé par un tribunal algérien, Daoud risque sa vie , alors que ceux qui l'injurient, confortablement installés dans l'université française, eux, ne la risquent pas .

La réaction des pétitionnaires nous rappelle le lynchage tout aussi grotesque en 2008 de l'historien Sylvain Gouguenheim, coupable d'avoir découvert que la connaissance d'Aristote dans l'Occident médiéval ne venait pas que des Arabes.

Heureusement, Daoud a trouvé beaucoup de défenseurs, notamment Manuel Valls, pour une fois bien inspiré.

Mais la question n'est pas épuisée quand on a dit que l'écrivain algérien a fait preuve de liberté en dénonçant « Le rapport à la femme (...) nœud gordien de la névrose musulmane qui pourrait expliquer les viols de Cologne (...) La femme est niée, refusée, tuée, voilée, enfermée ou possédée. Cela dénote un rapport trouble à l’imaginaire, au désir de vivre , à la création et à la liberté. » Il conseille aux Occidentaux : « Il faut offrir l’asile au corps mais aussi convaincre l’âme de changer . » Et pour la changer, l' éduquer.

Le même Daoud avait cru d'ailleurs bon de donner en introduction quelques gages en disant d'entrée que le « fait » des viols de Cologne en lui-même correspond on ne peut mieux " au jeu d’images que l’Occidental se fait de l’« autre », le réfugié-immigré : angélisme, terreur, réactivation des peurs d’invasions barbares anciennes et base du binôme barbare-civilisé (...) Cela correspond à l’idée que la droite et l’extrême droite ont toujours construite dans les discours contre l’accueil des réfugiés."

Mais les « faits », le journaliste qu'il est le sait, ne se mettent pas entre guillemets. Dans l'espèce, les viols de Cologne et d'ailleurs sont un fait incontestable. Il n'est pas sûr cependant qu'ils viennent, comme beaucoup le suggèrent (le propos de Daoud est plus nuancé), de la libido déchaînée de musulmans que leur civilisation a bridée.

D'abord, le contrôle des pulsions est une nécessité dans le monde musulman comme ailleurs : dans la société traditionnelle, la polygamie et le mariage précoce assortis des menaces terribles qui pesaient sur l'adultère féminin, mais aussi masculin, multipliaient les jeunes gens privés de vie sexuelle, notamment tous ceux qui n'avaient pas assez d'argent pour s'acheter une épouse. Certains spécialistes disent que Mahomet le voulait ainsi pour rendre ces jeunes plus disponibles pour la guerre, mais la guerre (le djihad) n'a duré qu'un siècle. Ensuite, pendant près de dix-sept siècles, les occasions de la faire n'étaient pas si fréquentes ; on ne voit donc pas pourquoi des jeunes gens habitués à se contenir ne l'auraient pas fait aussi en Europe, surtout s'il s'agit de Syriens, un pays où le statut de la femme est supérieur au reste du monde arabe (c'est la raison pour laquelle beaucoup de femmes sunnites préfèrent Bachar el Assad à Daesh ! ).

Un signe de victoire

Pour analyser les faits, il faut plutôt écouter le ministre allemand de la Justice Heiko Maas qui, dès le 6 janvier, annonçait sur la chaîne télévisée ZDF que « Le tout semble avoir été coordonné» et que, selon lui, il est peu probable que ces événements se soient produits « par hasard ».

Le viol des femmes par les vainqueurs après la bataille est une vieille pratique liée de manière ancestrale à la guerre à peu près sous toutes les latitudes. Il peut s’expliquer par l'extraordinaire dépense d'adrénaline qui , comme le rappelle le théoricien Ardant du Picq[1], accompagne la bataille, spécialement à l'arme blanche. La chose était jadis si habituelle que Montaigne cite ce trait : « Dieu soit loué, dit une femme passée par les mains de quelques soldats, qu'au moins une fois dans ma vie, je m'en sois soûlée sans péché ! »[2].

Il est faux cependant de dire que les femmes aient été les principales victimes des guerres car si elles couraient le risque d’être violées, les hommes et les jeunes gens étaient, eux, en cas de sac, le plus souvent tués .

Dès le Moye Âge, l'idéal de la chevalerie avait tenté de brider les instincts des guerriers, au moins de certains .

Mais le passage à l' arme à feu, qui a changé la nature du combat, a sans doute contribué , lui aussi, à ce que cette pratique ait reculé , ce qui n'empêche pas que, rare sous la première guerre mondiale, elle soit réapparue de manière très large au cours de la seconde et pas seulement de la part des Russes.

Si les chefs ont le plus souvent laissé faire, ce n'est pas forcément parce que la troupe était incontrôlable, c'est aussi parce que le viol avait une valeur symbolique : il était un signe de victoire et d'humiliation de l'adversaire.

Si la vague de viols qui a eu lieu en Allemagne et dans quelques autres pays (Suède, Autriche) à la veille du Nouvel An parait coordonnée, c'est que fort probablement nous nous situons dans cette logique. Quelqu'un a donné l'ordre pour bien marquer que, au moment où la vague migratoire battait son plein, les soldats de l'Islam avaient gagné une bataille contre l'Europe décadente et dépravée.

Et ce symbole n'est pas gratuit, il est opératoire. Célébrer une victoire, c'est donner le moral aux vainqueurs et humilier les vaincus. Or, comme on le sait, les idées ne se répandent pas toujours parce qu'elles sont plus intelligentes ou plus aimables , elles ont aussi le prestige de la force qui les porte. Nous ne savons si les hommes sont des veaux, mais beaucoup d'entre eux se laissent convaincre davantage par la force que par le raisonnement. C'est ce qui se passa aux premiers jours l'Hégire où l'islam se répandit comme une trainée de poudre grâce à ses victoires . Et si elle n'amène pas forcément de nouveaux adeptes, la victoire conforte au moins le camp qui se reconnaît en elle . Le message de Cologne s'adressait non seulement aux Syriens et autres immigrés mais aussi aux musulmans déjà installés : "Vous êtes peut-être complexés par votre religion, peu crédible dans un environnement rationaliste, ou par votre position sociale humble dans une société riche, mais hauts les cœurs, vous êtes du côté des forts." Même en terre d'Islam, la raison, surtout s'il s'agit de celle du plus fort, commande aux instincts.

Roland HUREAUX

[1] Charles Ardant du Picq, Etudes sur le combat, 1872

[2] Montaigne, Essais, Livre second, chapitre III

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