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Roland HUREAUX

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12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 17:31

http://www.causeur.fr/airbus-eads-tom-enders-paul-eremenko-39318.html

En ce mois de juillet , un nouveau directeur technique a pris ses fonctions au sein d' Airbus Group . C'est un Américain de 36 ans, Paul Eremenko , qui a fait jusqu'ici l'essentiel de sa carrière dans une annexe du Pentagone , la DARPA (Defense advanced research program agency ), chargée des techniques de pointe en matière d'armement: robotique, drones, satellites.

Cette nomination appelle plusieurs questions :

- n'y a-t-il en Europe aucun ingénieur qualifié pour occuper ce poste ?

- la réciproque est-elle concevable : Boeing nommant un directeur technique ayant travaillé dans son pays dans le domaine de la défense ? Rappelons que l'armement est dans le périmètre du groupe Airbus, comme de Boeing.

On peut douter de cette réciprocité au vu d'une récente loi américaine qui prescrit qu'en cas de prise de contrôle d'une entreprise stratégique par un groupe étranger ( même venu d'un pays de l'OTAN, bien évidemment) , le gouvernement américain se réserve de nommer l'ensemble des membres du conseil d'administration et de la direction, les nouveaux actionnaires n'ayant d'autre droit que de connaître les comptes et de percevoir des dividendes .

Voilà un pays où l'"intelligence économique" est un vrai souci, pas un sujet de colloques !

Mais le fait le plus remarquable est qu' avec cette nomination, aucun Français n'occupera désormais une des cinq fonctions majeures de la direction du groupe Airbus :

Direction générale : un allemand ( Tom Enders ), Finances: un autre allemand ; Affaires juridiques : un britannique ; Marketing : un américain , Technique, désormais un autre américain.

Les postes de directeur de la stratégie et de président d'Airbus Industrie , encore détenus par des Français , ont perdu beaucoup de leur contenu depuis la réorganisation du groupe opérée par Tom Enders en 2014 .

Cette réorganisation comprenant la fusion de la direction générale d' EADS et de celle d' Airbus industrie au sein d'Airbus Group , s'est accompagnée du transfert du siège à Toulouse, ce qui a fait illusion aux Français , toujours plus sensibles aux symboles qu'aux réalités et qui n'ont pas vu que les deux postes évoqués passaient désormais sous le contrôle étroit du PDG.

Dans la foulée, le même Enders a créé Airbus Defense & Space (ADS) , réunion d’Astrium et Cassidian dont le siège a été installé à Munich avec un management presque 100% allemand. Décision d'autant plus étonnante , elle aussi, que les poids lourds dans le domaine considéré sont la France et la Grande Bretagne. La partie électronique de cette entité vient d'être cédée, sans que personne en France ait eu son mot à dire, au fonds KKR, notoirement proche de la CIA ( alors même que Thalès était candidat) .

Une telle situation est d'autant plus paradoxale que l'Etat français est encore actionnaire du groupe à hauteur de 11 % et surtout qu'Airbus est historiquement une création française qui doit son essor, au sortir de la guerre et pratiquement jusqu'à la privatisation, à des investissements publics très importants, payés par le contribuable français.

Rien non plus pour l'Espagne actionnaire à 4 %.

Ne nous étonnons pas qu'aujourd'hui en Chine, on tienne l' Airbus , créé en France par des ingénieurs français pour un avion allemand !

Il est aujourd'hui politiquement incorrect dans les sphères dirigeantes françaises et au sein du groupe, "à l'heure de la mondialisation", d'entrer dans ce genre de considérations jugées chauvines et reflétant un nationalisme dépassé.

Pourtant, savoir qui a le pouvoir dans le groupe Airbus intéresse au premier chef notre pays : la désindustrialisation aidant, l'aéronautique représente aujourd'hui, avec ses sous-traitants, le tiers de l'emploi industriel civil.

Par ailleurs les opérations d'internationalisation du groupe semblent s' être traduites par une diminution continue de la part de l'emploi français ( à périmètre constant , c'est à dire sans compter les apports initiaux allemands ou autres) dans l'emploi total du groupe. Une voix syndicale autorisée nous dit que depuis quinze ans les plans sociaux touchent principalement la France et le Royaume-Uni, très peu l'Allemagne.

On aimerait que ces considérations , jugées chauvines et déplacées dans la classe dirigeante française , soient jugées aussi dépassées à Washington et à Berlin. Mais , entre le nationalisme implacable de l'un et celui, plus rampant de l'autre, on en doute.

Peut-être serait-il temps que la France fasse valoir ses intérêts au sein d’Airbus Group ?

Roland HUREAUX

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12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 17:29

Le profil des trois familles ramenées par le pape François de l'île de Lesbos confirme ce qu'on croyait savoir des réfugiés syriens qui passent de Turquie en Grèce : ils appartiennent surtout à la petite bourgeoisie du Sud de la Syrie : enseignants , artisans, qui seule a les moyens de payer les sommes considérables exigées par les passeurs ( alors qu'il serait si simple de leur permettre d'acheter un billet d'avion d'Istamboul à Berlin , si vraiment les Allemands sont prêts à les recevoir ! ). Deux de ces familles viennent de Damas qui est aujourd'hui relativement sécurisée. Les mafieux qui organisent les transferts vont les chercher , en leur faisant miroiter l'espoir d'une vie meilleure, et les emmènent d'abord vers le Liban , puis du Liban à la Turquie occidentale en bateau ou en avion.

Les scandaleuses sanctions européennes

Il est vrai que la sécurité n'est pas tout : la population syrienne vit dans une pauvreté considérable. A côté de la guerre, la grande cause de cette pauvreté, ce sont les sanctions économiques que l'Union européenne inflige à la Syrie et qui interdisent entre autres d'y envoyer nourriture ou médicaments. Le pape François, à qui vient d'être remis le prix Charlemagne, s'élèvera-t-il contre ce scandale absolu ?

Les réfugiés syriens qui ont quitté le pays de force se trouvent parqués dans des conditions innommables à la frontière de la Turquie et , faute d'avoir les moyens de payer, la plupart ne partent pas.

Le Saint-Siège a fait savoir que s'il n'y avait pas de familles chrétiennes parmi celles qu'il a recueillies, c'est qu'aucune n'avait les papiers en règle. Pour avoir un dossier en règle, il faut passer, au Liban ou en Turquie, par des officines d'interprètes arabes qui, de manière notoire, privilégient les musulmans. Une raison plus compréhensible de l'absence de réfugiés chrétiens serait la crainte d'encourager les départs des chrétiens hors du Proche-Orient partagée par tous les chefs religieux d'Orient et d'Occident. Mais pourquoi dès lors encourager le départ des autres ?

Nous ne reprendrons pas à notre compte les accusations de ceux qui suspectent le Saint-Père de démagogie. Comment pourrait-il faire autrement , compte tenu de ce qu'il est, que d'encourager l'accueil des individus par des individus , ou celui des familles par des familles ?

Ethique de conviction et éthique de responsabilité

Mais il ne s'agit pas seulement de cela : la question est de savoir s'il faut accueillir des populations entières, arrivées en Europe dans des conditions qui sont loin d'être claires. Le jeu d'Erdogan , président de la Turquie, est le plus trouble qui soit : maîtrisant les flux de réfugiés ou assimilés vers l' Europe, il n'a rien fait pour les retenir . Volonté d'islamiser par ce biais le vieux continent européen, qu'il n'a pas cachée en d'autres temps , chantage pour recueillir des milliards ou bien pour obtenir le libre accès des Turcs en Europe ? Le mouvement des migrants , comme le rappelait récemment le roi Abdallah de Jordanie, n'a en tous les cas rien de spontané.

On soupçonne même le président turc de vouloir se servir de cette facilité pour expulser les Kurdes vers l'Europe et la Syrie et les remplacer par les réfugiés syriens de l'Est qui , eux, ne partent pas.

Dès lors , la décision d'accueillir ou de ne pas accueillir ces populations n'est plus de l' ordre de la charité individuelle mais de la décision politique. Elle ne ressortit plus, pour reprendre la célèbre distinction de Max Weber, à l' éthique de conviction, mais à l'éthique de responsabilité. S'il ne s'agissait que de moyens financiers, on pourrait penser que l'Europe a encore les moyens d'accueillir beaucoup de monde malgré le chômage qui y règne presque partout, sauf en Allemagne ; mais il ne s'agit pas que de cela : les chefs d'Etat européens ont-ils le droit de mettre en cause la sécurité de leurs populations : sécurité au quotidien mais aussi, à terme, sécurité de tout le pays, sachant que le multiculturalisme ou le pluralisme religieux, on ne le répètera jamais assez, ont toujours produit, un jour ou l'autre, la guerre civile ( Liban, Bosnie, Ceylan ) ?

Porter un jugement sur ce sujet est l'affaire des chefs d'Etat et de gouvernement et de personne d'autre. Le pape n'a en la matière aucune autorité. Il peut même arriver que des responsables politiques catholiques aient des opinions différentes de la sienne: c'est arrivé souvent dans l'histoire . La très catholique ville de Florence a longtemps fait la guerre à la papauté : Dante s'en fait l'écho. Charles Quint , qui se voulait pourtant le champion de l'Eglise catholique , a laissé sa soldatesque ravager la ville de Rome (1525) . La bataille de La Boyne (1690) oppose le parti protestant d'Angleterre et les catholiques d'Angleterre et d'Irlande soutenus par Louis XIV. Le pape était du côté de protestants et a fait chanter le Te Deum à la basilique Saint-Pierre quand les protestants eurent écrasé les catholiques.

Depuis la Révolution de 1789 , les catholiques de France ont pris l'habitude intellectuellement confortable d'être ultramontains ( ce qui veut dire prendre le parti de la papauté non seulement sur le plan religieux mais aussi sur le plan politique). Au XXe siècle, il s'est trouvé que les causes défendues par la papauté , hostilité au communisme en particulier, coïncidaient avec les intérêts l'Europe occidentale . La question migratoire peut être l'occasion pour les catholiques européens de retrouver en matière politique la saine indépendance d'esprit qui a longtemps fait le génie de l'Europe . Les Polonais et les Hongrois leur montrent l'exemple.

C'est en vain en effet qu' on culpabilise les catholiques , en cette année de la miséricorde, en disant qu'ils manquent de générosité ou qu'ils doivent surmonter leurs peurs. Il est vrai qu'ils ont peur et pas seulement que leurs filles soient violées, ce qui serait après tout légitime pour des pères de famille. Ils ont d'abord peur que l'Europe cesse d'être chrétienne, qu' il lui arrive ce qui est arrivé à l'Asie mineure au cours des siècles : jadis première terre chrétienne, aujourd'hui vidée de ses chrétiens , les massacres de 1916 leur ayant porté le coup final. La population musulmane est en passe d'être majoritaire à Londres et à Bruxelles . Le nouveau maire de Londres est musulman. En prolongeant avec lucidité les courbes actuelles de l'immigration, de la natalité et , il faut bien le dire, de la déchristianisation, c'est toute l'Europe qui le sera à terme plus ou moins rapproché. Sauf miracle sur lequel un homme d'Eglise peut certes miser mais pas un homme d'Etat.

Etre attaché à son pays, à sa patrie, à sa civilisation est le sentiment le plus noble qui soit. Il est aussi le plus puissant : jamais dans l'histoire le sentiment religieux ne l'a emporté sur le sentiment national ou identitaire. Le catholicisme en Pologne ou en Irlande , l'orthodoxie en Russie ou en Serbie, l'islam dans le monde arabe et au Pakistan n'ont eu tant de force , comme l'avait si bien compris Jean Paul II, que parce qu'ils s' identifiaient à la nation. Il est vrai que le chrétien se doit d'être " tout à Dieu" et donc , croit-on, d'être prêt à tout lui sacrifier , y compris sa patrie . Mais sacrifier sa patrie , n'est ce pas cesser d'être ? Et avant d'être chrétien , ne faut-il pas être tout court ? Malgré les Lumières, une partie de l'Europe sent que son identité est inséparable de l'héritage chrétien. L'idée que ce sentiment, parfaitement naturel, le mette en contradiction avec ses pasteurs qui ne verraient là, fort injustement, qu'une forme d'égoïsme, risque de gravement les détourner d'eux.

Roland HUREAUX

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12 juillet 2016 2 12 /07 /juillet /2016 16:34

Publié dans la Revue politique et parlementaire

Comment a été possible cette chose incroyable : les gouvernements français ont apporté une aide importante en armes, en entraînement militaire et même un appui occasionnel direct sur le terrain aux forces d'opposition islamistes en Syrie de 2001 à 2005.

Sans doute la posture de la France en Syrie a-t-elle changé depuis les attentats du Bataclan. Laurent Fabius qui s'était particulièrement engagé dans cette politique a rejoint le Conseil constitutionnel. Nous avions combattu le gouvernement Assad et désormais, nous ne combattons plus, nous dit-on, que Daesh et Daesh seulement. Mais même si nous ne combattons plus l'armée syrienne officielle du gouvernement de Bachar el Assad , nous continuons à proclamer que nous voulons le départ de ce dernier. Quant aux autres mouvements rebelles que nous aidions, presque tous islamistes, l'ambigüité reste de mise.

L’attentat du 7 janvier 1995 qui semblait pourtant montrer des liens entre les auteurs et certains mouvements islamiques au Yémen, n'avait pas suffi à faire bouger d'un pouce la posture française. Il a fallu que s'y rajoutent les attentats du 13 novembre revendiqués bruyamment par Daesh pour que les Français changent enfin leur fusil d'épaule et cessent de faire la guerre aux cotés des islamistes contre le gouvernement Assad - et tous ceux que ce dernier protégeait, notamment les chrétiens tombés en quatre ans dans ce pays de 2 millions à 1,2 millions.

Un engagement aberrant

Il est vrai qu'officiellement nous n'avons pas aidé Daesh, mais seulement une Armée syrienne libre, composée d'opposants "modérés" au régime, dont on peut se demander si elle a jamais vraiment existé ou des islamistes autres que Daesh, notamment le Front Al-Nosra qui pourtant est le successeur d'Al-Qaïda et qui se trouve sur la liste des organisations à combattre figurant dans la Résolution du 18 décembre 2015 du Conseil de sécurité des Nations Unies.

Il est vrai aussi que nous n'étions pas les seuls, l'alliance en faveur des rebelles syriens, de fait islamistes, étant aussi large que celle qui aujourd’hui prétend combattre Daesh : États-Unis, Royaume Uni, Allemagne (plus active qu'on le croit), Turquie, Arabie Saoudite, Qatar et sans doute Israël. N'y manquaient que la Russie et l'Iran qui soutenaient au contraire le gouvernement Assad quoique pas autant qu'aujourd’hui.

Mais cette alliance ne suffit pas à rendre compte de la véhémence de l'engagement français au moins sur le plan diplomatique : Fabius disant à la tribune des Nations Unies que Bachar El Assad "ne méritait pas de vivre" : même Roosevelt ne disait pas cela d' Hitler. Juppé n'avait pas été en reste, annonçant en 2011 que Assad n'en avait que pour une semaine. Sarkozy, Hollande furent au diapason. Les médias français, AFP en tête, violant toutes les règles de la déontologie, n'eurent d'autre source qu'un Observatoire syrien des droits de l'homme, basé à Londres, tenu par un frère musulman à la fois juge et partie.

Il y eut les actes : la rupture des relations diplomatiques (ce que nos partenaires n'ont pas eu la stupidité de faire), la fermeture du Lycée français (qui continue à fonctionner en autogestion grâce à des parents syriens), le refus de toute collaboration avec les services de sécurité syriens, qui est sans doute une des raisons pour lesquelles nous n'avons pas vu venir les attentats de 2015. Il est clair que personne au Quai d'Orsay ne se souvenait de ce vieux proverbe arabe qui devrait être inscrit sur la porte de toutes les écoles diplomatiques : "Traite ton ennemi comme s'il devait un jour être ton ami ; traite ton ami comme s'il devait un jour devenir ton ennemi".

Le temps n'est plus de ramener à la raison les auteurs de ces dérives , il est de comprendre comment ils ont pu , à ce point, la perdre.

Incompétence, corruption

Pour expliquer un comportement aussi aberrant, il faut bien sûr faire la part de l'incompétence. Aucun des quatre protagonistes principaux de la diplomatie française, Sarkozy, Juppé, Hollande et Fabius n'avait fait de la diplomatie sa préoccupation principale au cours des dernières années. Il était facile de prévoir que le régime d'Assad appuyé sur une majorité alaouite menacée de mort et sur une Russie qui ne lâche jamais ses alliés, ne céderait pas la place en une semaine comme le pronostiquait sottement Juppé. La diplomatie française, qui a fini par se trouver complètement en porte à faux, peine à trouver des justifications pour le revirement auquel les faits l'ont contrainte aujourd’hui. "C'est Assad qui fait le lit de Daesh" ont dit conjointement Fabius et Juppé, alors même que c'est l'armée syrienne qui, depuis cinq ans lutte seule sur le terrain contre les islamistes et que, si elle ne l'avait pas fait, Daesh serait aujourd'hui à 60 km de Jérusalem. Pour ces gens là, si Daesh monte, c’est la faute de « Bachar » puisqu’il les combat, mais pas la faute de ceux qui financent Daesh – Arabie, Qatar, Turquie, Occident. Sarkozy n'est pas en reste en traitant de « gugusses » les députés qui on fait le voyage de Damas pour tenter de débloquer une situation complexe. Notre diplomatie a fini, après toutes les autres, par comprendre que la cible principale devait être Daesh et sa réserve de terroristes : comme le dit Olivier Berruyer, « il a fallu 4 ans pour comprendre qu’un dictateur laïc qui ne nous menace pas est largement préférable à des wahhabites adeptes du djihad… Ça fait cher la leçon de diplomatie quand même… » D'autant que trois des principaux protagonistes sont parmi les gens les plus diplômés de France (deux Normale Sup-ENA et un HEC-ENA).

On peut aussi expliquer cette ligne aussi excessive qu'absurde par l'argent et les intérêts. Pas tant ceux qui sont liés au pétrole saoudien dont les prix s'effondrent car les pays producteurs ne savent quoi en faire, mais ceux qui concernent les marchés juteux, en particulier d'armement, que nous avons trouvés dans la péninsule arabique. L'argent des monarchies a permis à Daesh et aux autres mouvement rebelles islamistes de Syrie et d'Irak d'acheter des armes à la France. Nous avons agi en marchands de canon : c'est ainsi que les successeurs de Jaurès font la politique étrangère.

Inféodation

Il faut prendre aussi en compte le suivisme pur et simple. Depuis la réintégration complète de l'OTAN opérée par Sarkozy en 2008[1], il n'y a plus de politique indépendante de la France qui tienne. La France s'étant ainsi liée, il ne lui restait qu'à obéir aux dirigeants américains, lesquels étaient sous influence des idéologues néoconservateurs. Cet état d'esprit suiviste que l'on observe aussi dans le refus de livrer les Mistral à la Russie par Hollande, ordonné par Washington, présente un avantage : il dispense de réfléchir. Exécuter est plus facile que décider par soi-même, surtout si on manque de ces points de repère et de la vision qui sont nécessaires pour faire des choix.

Mais ce suivisme ne justifiait pas que la France tente à plusieurs reprises de faire de la surenchère, notamment dans la crise d'août 2013 où une attaque à l'arme chimique a été attribuée au gouvernement de Damas et a failli entraîner une guerre élargie. C'est finalement Obama, avec l'aide de Poutine, qui a calmé le jeu mais la France surexcitée était prête à frapper la Syrie sans tenir compte des conséquences incalculables que cela aurait pu avoir. Alors que ses dirigeants savaient dès le départ que l'usage de ces armes n'était pas le fait de Damas. Aujourd’hui, avec la constitution de la grande coalition contre Daesh en août 2015, « la diplomatie française est la dernière, ou presque, à s’en tenir à la ligne du refus de toute discussion avec Bachar qui était celle de Nicolas Sarkozy et la mienne. » dit Alain Juppé. Hollande a cependant infléchi la position de la France dans le dossier syrien: Bachar el-Assad, dit-il, « ne peut constituer l'issue en Syrie, mais notre ennemi, c'est Daesh ».

En tous les cas, la France s'est parfaitement pliée au jeu des États-Unis qui était , bien avant les printemps arabes, de détruire le régime d'Assad. Selon un article de l’avocat Robert Kennedy Junior, neveu de JFK, publié dans le magazine américain Politico : « La décision américaine d’organiser une campagne contre Bachar el-Assad n’a pas commencé avec les manifestations pacifiques du printemps arabe en 2011, mais en 2000, lorsque le Qatar a offert de construire un pipeline pour dix milliards de dollars qui traverserait l’Arabie saoudite, la Jordanie, la Syrie et la Turquie. »[2]

Le rôle de l'idéologie

Incompétence, cupidité, inféodation : il y a aussi l'idéologie, inséparable de l'inféodation. De même que, dans les années 1940-45 ("les heures les plus sombres de notre histoire") l'idéologie de la Révolution nationale avait servi de paravent à notre inféodation à l'Allemagne, l'idéologie droit-de l'hommiste a servi dans les affaires du Proche-Orient, de couverture à notre inféodation aux Etats-Unis. Le droit de promouvoir par la force les idéaux occidentaux de la démocratie et des droits de l'homme, est le fond de la pensée tant des néoconservateurs américains que des socialistes français. Comme toutes les idéologies, celle-là est simplificatrice, elle fait perdre de vue la complexité du réel, spécialement au Proche-Orient. Comme toutes les idéologies, elle est messianique : elle implique que nous entrons dans une ère nouvelle où régneraient le libéralisme économique et la démocratie élective, dont il faut précipiter l'avènement (« la fin de l'histoire » disait Fukuyama). Comme toutes les idéologies, elle obéit à la « loi des effets contraires au but recherché » (Hayek): au lieu de la protection des droits, le massacre de centaines de milliers d'individus (4 millions, dit Michel Onfray, principalement en Irak), le déclenchement de guerres excessivement meurtrières, en Syrie notamment, et l’encouragement aux islamistes qui promettent tout sauf une démocratie à l'occidentale. Ajoutons y l'antichristianisme qui fait le fond de presque toutes les idéologies de droite et de gauche, ces guerres ayant été fatales aux chrétiens d'Orient que la diplomatie française se faisait fort, depuis cinq siècles, de protéger et qu'elle a totalement ignorés au cours des dernières années. .

L'idéologie obscurcit l'esprit , divisant le monde de manière sommaire entre les bons et les méchants. Il ne faut pas chercher ailleurs que dans l'idéologie l'obscurcissement du cerveau des responsables de notre diplomatie. et de nos médias. Mais elle n'abêtit pas seulement, elle rend aussi furieux. Ce manichéisme sommaire a conduit à faire de Bachar el-Assad une sorte de nouveau Léviathan, au mépris de la réalité historique qui place les dictatures classiques très en deçà des régimes vraiment totalitaires comme la Corée du Nord. Ce manichéisme conduit les dirigeants à transformer l'action diplomatique en une propagande grossière. Un des agents de cette propagande, Bernard-Henri Lévy, est ainsi tombé dans le travers idéologique que le nouveau philosophe qu'il était dénonçait autrefois en URSS, retournement qui est assez habituel dans l'histoire des idées où ceux qui dénoncent les paille dans l'œil du voisin se retrouvent généralement avec une poutre dans le leur. On n'a pas dit qu'Assad était une vipère lubrique, mais Fabius n'a-t-il pas dit pire ? A peu près toutes les turpitudes qui lui ont été prêtées ont été démenties ou demeurent douteuses : assassinat d'Hariri, massacre de Homs, usage d'armes chimiques. Cela n'a pas empêché un Fabius de réitérer ses accusations à la radio le matin de son départ du ministère.

La frénésie idéologique fait éclater les règles élémentaires de la prudence administrative, notamment le souci de s'appuyer sur une administration objective. Concernant l'affaire des armes chimiques, Georges Malbrunot et Christian Chesnot ont révélé que la conclusion du rapport rendu public par la France avait été « élaguée » par le conseiller spécial du ministre de la Défense pour manipuler l’opinion publique et la pousser à la guerre. Une des hypothèses faite par les informateurs dans leurs rapports était la suivante : « Il est possible que des bombardements classiques de l’armée syrienne sur un laboratoire clandestin des rebelles ait provoqué une fuite de gaz. Mais cette conclusion a été « purement et simplement coupée » du texte du rapport final".

Deux rapports, l'un du MIT, l'autre de la Commission d'enquête de l'ONU sur la Syrie, basée à Genève, ont enlevé toute crédibilité à l'hypothèse de la culpabilité d'Assad (ce qui ne veut pas dire qu'il soit innocent sur tous les sujets mais qui, au Proche-Orient et ailleurs , l'est ?)

Si l'inféodation aux États-Unis et l’intérêt mercantile sont, sur fond d'incompétence, les déterminations en dernière instance de l'action calamiteuse de la France au Proche-Orient au cours des dernières années, l'idéologie a constitué un multiplicateur qui a fait perdre tous les repères aux acteurs concernés, jusqu'à brouiller gravement leur jugement.

L'opinion commence à prendre conscience du caractère monstrueux d'une diplomatie qui a conduit à armer les islamistes (qui massacraient les chrétiens, nos protégés ) dans les quatre années qui ont précédé les attentats de Charlie et du Bataclan. Aujourd’hui, les yeux s'ouvrent peu à peu : il ne faudra pas longtemps pour que nos concitoyens prennent pleinement conscience de la manière dont notre pays s'est déshonoré au cours de ces années.

Roland HUREAUX

[1] Il y avait encore quelques interstices à remplir. Il y a quelques jours, le Parlement français a ratifié un protocole comblant cette lacune: désormais nos bases et nos états-majors seront la disposition permanente de l'OTAN. Hollande parachève l'œuvre de Sarkozy.

[2] Boulevard Voltaire , 29 février 2016

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12 juillet 2016 2 12 /07 /juillet /2016 15:00

AMNESTY INTERNATIONAL ACCUSE DE CRIMES DE GUERRE LES GROUPES REBELLES SOUTENUS PAR LES OCCIDENTAUX (DONT LA FRANCE) EN SYRIE.

Paru dans Atlantico

Un rapport qui tombe mal pour les gouvernements occidentaux, dont la France, qui continuent d'aider en sous-main en Syrie les groupes rebelles islamistes autres que Daesh, y compris Al Nosra, branche syrienne d'Al Qaida . Le Front al Nosra avait pourtant été condamné au même titre que Daesh par la résolution 2253 du Conseil de sécurité du 17 décembre 2015.

L'obsession de renverser le gouvernent Assad, toujours tenu pour l'ennemi numéro 1, les a conduits depuis cinq ans à livrer des armes et à entraîner différents groupes rebelles islamistes tenus pour démocrates, un qualificatif dont personne n'est dupe.

Après avoir largement dénoncé au cours des dernières années, le gouvenrment officiel , Amnesty international vient de publier un rapport [1] accablant sur cinq de ces groupes armés choyés par les Occidentaux, actifs dans les régions d'Alep et d'Idlib depuis 2012 : le Mouvement Nour al Dine Zinki, le Front al Shamia et la brigade 16, qui ont rejoint la coalition de groupes armés "Conquête d’Alep" (Fatah Halab) en 2015, ainsi que du Front al Nosra et le Mouvement islamique Ahrar al Sham à Idlib .
"Certains groupes armés non étatiques définissent leurs propres systèmes judiciaires fondés sur la charia (loi islamique) dans les zones qu'ils contrôlent, et mettent sur pied des forces de police et des centres de détention non officiels. Ils nomment également des juges, dont certains ne connaissent pas la charia.(...)"

Le rapport recense 24 cas d'enlèvements par des groupes armés. "Parmi les victimes figurent des militants pacifiques et même des mineurs, ainsi que des membres de minorités pris pour cibles uniquement en raison de leur religion (entendons des chrétiens)." Ces enlèvements sont généralement suivis de torture ou d'exécutions.

On apprend aussi que la "Nouvelle armée syrienne", de la même mouvance anti Assad, anti Daesh , supposée non islamiste, formée en Jordanie par les Américains et les Britanniques vient d'être taillée en pièces par Daesh à Boukamal (frontière irakienne)[2].

L'obstination des gouvernements occidentaux à soutenir ces groupes tout aussi criminels que Daesh ( sans le revendiquer , Al Nosra s'est réjouit de l'attentat de Paris du 13 novembre dernier) résulte de la volonté des Etats-Unis de contrer la Russie et a pour effet de prolonger la guerre , avec les immenses souffrances qu'elle entraîne pour les populations, particulièrement les chrétiens que les groupes islamistes ont pour cible. Et le flux de réfugiés continue.

Amnesty international va jusqu' à accuser ces groupes que nous aidons ou avons aidés de crimes de guerre, ce qui laisse supposer que les gouvernements qui les soutiennent sont complices des mêmes crimes.

Cette politique , peu connue du grand public et particulièrement scandaleuse, est mal vécue par tous ceux qui ont à cœur le sort des chrétiens d'Orient, que la France se faisait depuis des siècles un point d'honneur de protéger. Une obligation à laquelle même le gouvernement du petit Père Combes se sentait lié et qui se trouve bafouée depuis cinq ans.

L'aide française aux mouvements djihadistes (puisque il faut les appeler par leur nom) est coordonnée depuis cinq ans, de l'Elysée, avec un zèle particulier, par le général Benoît Puga , chef d'état major particulier du Président de la République . Nommé par Sarkozy, il a été, de manière tout à fait exceptionnelle, probablement sur demande de l'OTAN , maintenu en place par Hollande .

Libéré de ses fonctions depuis le 1er juillet, il est pressenti pour devenir Grand Chancelier de l'Ordre de la Légion d'honneur, belle récompense pour avoir mis en œuvre une politique qui déshonore la France. La perspective de cette nomination, habituellement consensuelle, suscite déjà des murmures. Il n 'est pas impossible que, si elle était confirmée, la politique de la France en Syrie se trouve sous le feu de projecteurs, ce qui ne ferait pas forcément l'affaire de ses promoteurs.

Roland HUREAUX

[1] http://www.amnesty.fr/Presse/Communiques-de-presse/Syrie-Enlevements-torture-et-executions-sommaires-aux-mains-des-groupes-armes-18746

[2] http://www.lorientlejour.com/article/994020/la-nouvelle-armee-syrienne-mise-en-echec-par-lei-a-boukamal.html

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6 juillet 2016 3 06 /07 /juillet /2016 15:30

▶ 21:19

https://www.youtube.com/watch?v=cw9YWrxciNU

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6 juillet 2016 3 06 /07 /juillet /2016 15:24

Si l'Union européenne était une institution ordinaire, disons naturelle, de coopération entre les peuples, le Brexit n'apparaitrait pas comme un événement si grave ; il arrive que dans un club de nouveaux membres entrent, et que d'autres sortent sans qu'on en fasse tout un plat.

Tel n'est pas le cas de l'annonce, le 23 juin dernier, du vote du peuple britannique en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l' Union européenne .

La plupart des commentateurs annoncent, ou même tiennent pour évident que le Royaume-Uni sera confronté à des difficultés de toutes sortes, que son vote a été suicidaire. Des experts autoproclamés, ou qui répètent ce qu'ils ont entendu, ont calculé que la perte britannique en termes de PIB serait d'au moins 1 % par an. Evaluation de la plus haute fantaisie bien entendu, comme celle qui nous annonçait que l'adhésion au traité de Maastricht nous amènerait deux points de croissance en plus : on a vu ce que valent ces prévisions qui ne sont que de la propagande la plus grossière.

La Bourse de Londres a baissé dès que les sondages ont laissé prévoir la victoire du Brexit , soit le 23 à minuit : mais la Bourse ne pronostique pas ce qui va se passer, elle pronostique ce que le public ( de fait , les médias, plus orientés que jamais ) vont pronostiquer. La livre aussi a baissé mais qui ne voit que la compétitivité britannique s'en trouvera accrue ? Plus calme , David de Rothschild se contente de dire que «Le Brexit n'est pas une tragédie économique. »

Le Royaume est même, dit-on, menacé de dislocation par le vote dissident de l'Ecosse et de l'Irlande du Nord . Peut-être, mais ne l'était-il pas de toutes les façons du fait de la politique régionaliste et antiétatique de Bruxelles?

On prétend que la sortie du Royaume-Uni va entrainer la renégociation de milliers de règlements européens ou d'accords avec les pays tiers , que tout cela sera immensément compliqué. Ignore-t-on que le droit international prévoit que les accord passés demeurent en vigueur (théorie de la succession d'Etat ) même si le contexte a changé, sauf impossibilité manifeste ou si l'une des parties en décide autrement, ce que rien n' impose ?

Que dirait-on si le Royaume-Uni ne se trouvait déjà en dehors des deux régimes les plus contraignants : la monnaie unique et l'espace de libre circulation ?

On dit que la Cité de Londres perdra son rôle international alors que c'est au contraire la crainte de le perdre au bénéfice d New York qui a poussé une partie de cette antique institution vers le Brexit , ce rôle international étant, selon elle, menacé par les règles actuelles et à venir de l'Union européenne.

Des alarmes encore plus grossières sont répandues parmi les Britanniques résidant en France : qu'ils ne pourront pas continuer de résider , qu'ils ne bénéficieront plus de la couverture maladie , qu'ils seront plus imposés.

On dit même que les Français ne reteindront plus les migrants à Calais ou que les produits britanniques ne pourront plus se vendre sur le continent, comme si les règles de l'Union européenne n'étaient pas, pour l'essentiel, la transposition de celles de l'OMC.

Le Conseil européen , à la suite de la plupart des hommes politiques de l'Europe continentale, Merkel et Hollande en tête, ne s'est pas comportée plus sereinement. Son approche est apparue crispée et punitive : "Puisque ils veulent s'en aller , qu'ils s'en aillent et vite". Au mépris de l'article 50 du traité de Lisbonne et même de la souveraineté britannique qui prévoit une procédure assez longue , on veut imposer aux Anglais un tempo rapide.

L'Union européenne, plus exposée que le Royaume-Uni

Si on prédit les pires catastrophes aux Britanniques, on dit moins que l'Union européenne pâtira encore davantage du Brexit et c'est peut-être ce qui explique la crispation des restants .

Des gens qui ont toujours adhéré au principe démocratique, en Grande-Bretagne et en France, sont remplis de hargne contre l'irresponsabilité de Cameron, coupable à leurs yeux d'avoir poussé l'imprudence jusqu'à donner la parole au peuple britannique.

C'est qu'ils sentent que le départ du Royaume-Uni menace tout l'édifice européen. On s'en souvient : Bruxelles avait eu recours aux pires acrobaties pour retenir dans l'euro Chypre ( 0,1 % du PIB de l'UE) et la Grèce ( 1,2 % du PB), car leur départ , en dépit de son impact économique négligeable, se heurtait au dogme de l'irréversibilité de l'euro et l'Europe (de Bruxelles).

Dès lors que l'on n'a pas affaire à une construction naturelle , mais à une construction idéologique, tout retour en arrière, que ce soit en étendue (le retrait d'un pays) ou en profondeur ( l'abandon d'une compétence) remet en cause le caractère eschatologique de l 'entreprise et donc sa raison d'être. Une construction idéologique c'est , comme le socialisme, une sorte d'utopie que l'on veut transposer dans le réel, une tentative de refondation du monde, fondée de nouveau principes, faux car le monde ne se refonde pas. Dès que toute le monde ne joue plus le jeu, que quelqu'un, comme l'enfant du conte d'Andersen, ose dire que le roi est nu, le charme cesse. D'où l'intolérance frénétique des tenants du projet envers tous ceux qui ne jouent pas le jeu, pas seulement les Britanniques.

L' argument les plus employé lors des débat référendaires français de 1992 et 2005 avait été : "si l'Europe ne poursuit pas sa marche en avant, elle s'effondrera et la paix mondiale sera menacée". Nous voyons comment , dans le contexte actuel, cet argument se retourne contre les partisans de la construction européenne et pourquoi on ne le met pas en avant.

Staline disait déjà au moment de la collectivisation des terres (1929) : "si le socialisme n'avance pas, il recule". On avait déjà vu comment s'était effondré le régime soviétique : presque d'un coup dès lors que, à la suite de l'accident de Tchernobyl, Gorbatchev avait lancé le mot d'ordre de la perestroïka, c'est à dire , en fait, celui, d'un retour à une politique naturelle, la négation même d'un système idéologique fondé sur l'illusion et le mensonge.

On peut imaginer les menaces qui pèsent désormais sur l'Union: l'euro en est le maillon faible : il ne se survit que parce que la Banque centrale européenne poursuit sa fuite en avant inflationniste ( en langage distingué, inflation se dit quantitative easing ) au grand dam des dirigeants allemands qui pour une fois n'ont pas le dernier mot car la logique idéologique ( la survie de l'euro à tout prix) prévaut. Quelle autorité aura l'Union pour imposer un nouveau train de réformes à la Grèce à la prochaine crise ? D'autres pays , les les moins bien accrochés au wagon, comme la Pologne ou la Hongrie, voire la Finlande, pourraient réclamer assez vite un référendum.

Face à ce risque de débandade, les dirigeants de l'Europe de Bruxelles seraient sans doute tentés d'appliquer le doctrine Brejnev de la "souveraineté limitée" telle qu'elle fut définie au sein au sein du bloc socialiste en 1956 et 1968 et d'envoyer des chars pour ramener le récalcitrant dans le rang. Jean-Claude Juncker en a déjà formulé la théorie : « Il ne saurait y avoir de choix démocratique contre les traités européens.» Mais le Royaume-Uni est un gros morceau à avaler ! L'Union européenne , malgré tous ses défauts, n'en est pas encore là ; au demeurant, elle n'a pas de chars. C'est ce qui la distingue, et heureusement, de la défunte Union soviétique.

Un autre scénario serait celui de Yougoslavie de 1947 : exclue du bloc soviétique pour "révisionnisme" et mise en quarantaine afin de dissuader de toute dissidence et consolider le reste du bloc. Une comparaison que certains trouveront paradoxale sachant que l'intégration européenne a commencé à cette époque, précisément pour contrer le bloc soviétique ! L'Union serait en même temps durcie par une couche supplémentaire d'intégration : c'est ce qu'esquisse le plan Merkel-Hollande de renforcement de l'Union élaboré à la hâte en riposte au Brexit. Le scénario d'un anathème durable parait cependant improbable . Le blocus continental appartient au passé ! Les liens de fait entre le Royaume-Uni et le continent sont aujourd'hui trop nombreux. En outre , et ce n'est pas le moindre des arguments, ce dernier demeurant dans l'OTAN , Washington ne le permettrait pas. Que , selon le principe que l'"Union rebondit toujours sur ses échecs ", une nouvelle couche de centralisme communautaire soit infligée à ceux qui restent , n'est en revanche pas à exclure, au risque d'amener au pouvoir les partis anti-euro.

Il reste à l'Union, comme à tous les faibles, la cautèle, la manœuvre pour ramener peu à peu la brebis égarée au bercail. C'est ce qui a réussi pour l'Irlande et le Danemark ( qu'on a fait revoter), pour la France ( dont le vote très clair du référendum de 2005 été désavoué par le Parlement à l'initiative du président Sarkozy), pour les Pays-Bas.

Il sera certes difficile de réintégrer formellement le Royaume-Uni mais on peut envisager que , sorti en gros d' l'Union, il la réintègre en détail. Ce n'est pas techniquement impossible, surtout si le négociateur britannique est complice. La mise à l'écart de Boris Johnson dont on pouvait redouter non seulement les sentiments pro-Brexit mais la forte personalité et donc la capacité à dire non est un signe ; le prochain Premier ministre conservateur pourrait être Theresa May, une anti-Brexit, ce qui serait un comble. Tout laisse penser qu' avec la complicité de la partie de l'establishment britannique pro-remain , encore majoritaire , un rouleau compresseur se met en place pour réduire a minima l'impact du vote populaire. La Grande -Bretagne se retrouverait dans la position de la Norvège qui est dans Union européenne sans y être. Pour réussir l'opération, il est probable que les dirigeants européens devront passer de leur première réaction punitive à une autre plus raisonnée , plus tactique, plus technique , mais non moins dangereuse pour la démocratie. C'est ce qu'ils feront le plus probablement car , acculés à la menace majeure que serait l'effondrement rapide de tout l'édifice européen, il n'ont guère d'autre choix que de se faire accommodants.

Roland HUREAUX

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29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 13:37

Beaucoup de catholiques français demeurent attachés à la "construction" européenne parce qu'ils croient qu'elle est le fruit de la coopération de trois grands catholiques en responsabilité dans l'après-guerre: Robert Schuman, Konrad Adenauer et Alcide de Gasperi, parlant respectivement au nom de la France , de l'Allemagne et de l'Italie . Il est convenu de dire que ce sont là les "Pères de l'Europe" lesquels auraient tenté de fonder quelque chose qui ressemblerait à la chrétienté du Moyen Age. L'Europe de Bruxelles telle qu'elle existe aujourd'hui serait une œuvre principalement démocrate-chrétienne, d'autant plus chère aux croyants que dans un monde largement sécularisé, ce serait bien la seule qu'on pourrait mettre à leur actif.

Or il faut bien le dire : cette vision des choses est largement mythique.

D'abord parce que les trois Pères fondateurs ne se sauraient être mis sur le même plan. Robert Schuman , qui agit surtout comme ministre des affaires étrangères de la IVe République, semble certes avoir cru à l' Europe supranationale, encore que personne ne puisse dire s'il en aurait approuvé la dérive antidémocratique actuelle. Mais la célèbre déclaration Schuman du 9 mai 1950 où est proposée la création d'une Communauté du charbon et de l'acier fut inspirée, sinon rédigée de bout en bout, par Jean Monnet , infatigable travailleur de l'ombre en liaison étroite avec l'ambassade des Etats-Unis. Si Adenauer et De Gasperi se rallièrent à ce plan, ils étaient animés d'arrière-pensées propres qui relevaient d' une stratégie nationale. A la tête de pays vaincus en 1945, ils voyaient dans la création de la CECA un moyen de réhabiliter leurs pays et de les remettre dans le concert international. Qu'Adenauer se soit plus tard très bien entendu avec Charles De Gaulle, lequel avait une toute autre conception de l'Europe , montre que l'engagement du premier chancelier fédéral ne relevait pas de la foi européenne au sens où on l'entend communément.

Schuman, Adenauer et de Gasperi n'avaient pas seulement en commun d'être des démocrates-chrétiens mais aussi d'avoir été élevés en territoire germanique. Schuman avait été député de la Lorraine au Reichstag avant 1914 , de Gasperi avait siégé à la Diète autrichienne au nom de la province du Trentin-Haut-Adige, de langue italienne mais qui dépendait alors de Vienne. Cela ne justifie pas de préventions leur encontre mais permet de nuancer le caractère prétendu catholique du projet européen. Si Adenauer et de Gasperi avaient été d'authentiques résistants respectivement au nazisme et au fascisme, Schuman avait voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain en juillet 1940 et passé la guerre dans un monastère.

Il convient surtout de rappeler que les premières étapes de la construction européenne furent autant l'œuvre de socialistes , généralement francs-maçons que de catholiques. A cette catégorie se attachent le belge Paul-Henri Spaak, Jean Monnet lui-même, plus tard Guy Mollet, Christian Pineau ou Pietro Nenni.

La pression des Etats-Unis

Mais on sait que, par derrière la scène, l'impulsion décisive de la construction européenne est venue des Etats-Unis parce qu'ils pensaient , au terme d'un raisonnement sommaire mais toujours répandu, qu'une union étroite de pays d'Europe, voire leur fusion en un seul Etat, serait une antidote au retour des guerres. Ils voulaient aussi que l'Europe de l'Ouest offre un front uni au communisme en ce temps de guerre froide, préoccupation compréhensible qui explique largement le soutien du Pape Pie XII au projet. Il ne fait pas de doute que certains des promoteurs du projet européen ont alors reçu beaucoup d'argent des Etats-Unis , sans qu'on puisse dire lesquels.

On rappellera enfin que ce qu'échafaudèrent les prétendus Pères fondeurs a fait long feu. La CECA a peu à peu perdu sa raison d'être au fur et à mesure que régressait en Europe le production de charbon et d 'acier. La Communauté européenne de défense instituée en 1952 n'a pas vu le jour à la suite de vote négatif du Parlement français en 1954 , de même que l'Euratom institué en 1956 et resté dans les limbes.

Le traité de Rome

En définitive , seule a eu une postérité la Communauté économique européenne fondée par le traité de Rome en 1956. Robert Schuman n'a eu aucune part à la négoviation de ce traité. De Gasperi est mort en 1954. Le principal volet en était l'instauration d'une politique agricole commune gérée par une commission européenne. Ce volet , refusé par les Américains et qui, dès lors, trouva un Jean Monnet réticent , fut exposé à de terribles pressions au cours des années soixante, au moment où il s'agit de le mette en œuvre . Il fallut tout la détermination du général de Gaulle pour vaincre les réticences de ses partenaires, tous plus ou moins inféodés aux Etats-Unis, à appliquer le traité. Sans lui, la Communauté économique européenne aurait elle aussi fait long feu. Or c'est là la base de institutions actuelles, même si l'intégration de l'agriculture dans les négaociations du GATT en 1984 a abouti à affaiblir la politique agricole européenne. La monnaie unique a été en partie instituée en 1991 pour prendre le relais de cette politique.

Interrogé pour dire qui étaient selon lui les Pères de l'Europe moderne, l'archiduc Otto de Habsbourg cita en premier De Gaulle qui pourtant ne figure pas dans la trilogie de référence. Recevant récemment le prix Charlemagne le pape François n'a pas évoqué son nom et c'est dommage.

Il est vrai que Charles de Gaulle avait une tout autre conception de l'Europe que Jean Monnet lequel fut , au travers de Robert Schuman le principal inspirateur de la construction européenne à visée supranationale telle qu'on la voit se développer aujourd'hui.

Cette Europe supranationale a depuis longtemps récusé ses origines chrétiennes. Refusant de reconnaître les racines chrétiennes de l'Europe, elle conduit même avec acharnement une politique contraire aux principes chrétiens : promotion de l'avortement ou du mariage homosexuel en particulier, jusqu'à obliger le pays qui n 'admettent pas encore celui-ci à se soumettre. En 2004, l'italien Rocco Buttiglione ne fut pas admis à faire partie de la Commission européenne parce qu'il refusait de renier la doctrine chrétienne sur ces sujets. Le destin actuel de la construction européenne devrait suffire à invalider le mythe d'une Europe d'inspiration catholique.

Roland HUREAUX

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29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 13:34

Que la France ait voté la résolution dite « Palestine occupée » du 11 avril 2016 prise par le Conseil exécutif de l'UNESCO condamnant Israël pour ses agissements à Jérusalem, en Cisjordanie et à Gaza est peut-être légitime au regard du droit international. La chose est cependant discutable quant au fond.

Présentée à l'UNESCO par l'Algérie, l’Égypte, le Liban, le Maroc, Oman, le Qatar et le Soudan, tous pays arabes, cette résolution ne prenait en compte, on n'en sera pas étonné, que le point de vue arabe.

Sur le plan technique, elle met principalement en cause les travaux faits à Jérusalem-Est (qui appartenait à la Jordanie avant 1967) ; certains de ces travaux dégraderaient le site que l'UNESCO a mission de protéger, d'autres seraient des fouilles archéologiques dont on se demande pourquoi cette organisation s'y oppose si elles sont bien conduites ; elles touchent surtout l’esplanade du Temple où se trouvent la mosquée d'Omar (qui n'est pas concernée) et la mosquée Al Aqsa, laquelle, durant les croisades, était le siège de l'Ordre des Templiers et est redevenue ensuite un lieu saint de l'islam. De là, Mahomet aurait quitté la terre pour rejoindre le Ciel. Particulièrement inopportuns selon la résolution seraient les travaux menés dans la "rampe des Maghrébins" attenante.

La résolution met aussi en cause la politique israélienne à Bethléem, à Hébron et à Gaza, les Israéliens se voyant également reprocher dans les deux premières villes de faire des travaux dans une zone qui ne leur appartient pas.

Mais l'émoi qu'a suscité cette résolution dans le mode juif touche surtout l'esplanade du temple de Jérusalem. Quel que soit le fond de l'affaire, comment ne pas comprendre que beaucoup de juifs aient été choqués que, pratiquement à chaque ligne, le texte qualifie lsraël de "puissance occupante" dans un territoire qui, pendant dix siècles, avait été celui du temple de Salomon ?

Il nous semble que le nouvel ambassadeur de France auprès de l'UNESCO qui venait d'inaugurer ses fonctions au moment du vote, aurait dû prendre en compte d'une manière ou d'une autre cette sensibilité ; ayant postulé avec beaucoup d'insistance pour l'ambassade de France au Vatican , lequel l'avait récusé pour son homosexualité affichée, on imagine qu'il avait quelque connaissance de la Bible. Il vaut en tous cas mieux en avoir pour ne pas faire de gaffes dans cette région si compliquée.

Roland HUREAUX

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29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 13:33

Après Orlando, Bachar-el-Assad est-il toujours l’ennemi principal ? demandait récemment Geoffroy Géraud-Legros dans Causeur : évidemment que oui.

Que juste après l'attentat, les plus hauts fonctionnaires du département d'État se soient plaints dans un manifeste[1] que le président n'en faisait pas assez contre le chef d'État syrien en dit long sur l'état d'esprit qui règne aujourd'hui à Washington. Le président Barack Obama a beau condamner avec emphase comme "un acte de terreur et de haine " ce qu'il qualifie de "la pire fusillade de l’histoire des Etats-Unis", qui a fait 50 mort et 53 blessés, il sait très bien que la politique américaine ne changera pas pour autant.

Les présidents américains successifs ont clamé les uns après les autres au son des trompettes qu'ils partaient en guerre contre le terrorisme, principalement islamique . Mais il n'en ont jamais tiré les conséquences : on ne comprend rien au Proche-Orient si on n'a pas intégré que l'alliance entre les Etats-Unis et l'islamisme radical est une des données géopolitiques les plus fondamentales des 70 dernières années. Une alliance qui s'est même renforcée au cours de la toute dernière période.

L'attentat du 11 septembre, revendiqué par l'organisation Al Qaida, avait semblé la remettre en cause . Le golem islamiste avait échappé des mains de son artisan. Il a donné lieu à des torrents de littérature emphatique sur la guerre planétaire sans merci que le "monde libre" devrait désormais livrer au terrorisme, proclamé ennemi mondial numéro 1. Mais il n'en a rien été : comme le chien retourne à ses vomissements, les États-Unis ont très vite délaissé ces bonnes intentions pour déclarer la guerre à un ennemi qui n'avait qu’un lointain rapport avec l'attentat, si tant est qu’il en ait eu vraiment un, le régime de talibans en Afghanistan, et surtout un autre qui n'en avait strictement aucun, et qui constituait même dans sa zone un rempart contre l'islamisme, l'Irak de Saddam Hussein.

L'attentat d'Orlando ne changera pas la donne

Pour horrible qu’il soit, l'attentat d’Orlando risque encore moins de changer la donne , en tous les cas tant que le clan néoconservateur imposera ses vues à Washington.

L'alliance américano-islamique a commencé avec le pacte passé le 14 février 1945 sur le croiseur américain Quincy, au large de la péninsule arabique, entre le président Roosevelt et le roi Ibn Séoud . Quand on sait comment le riche royaume saoudien, Etat ayant pignon sur rue mais adepte de la doctrine fanatique du wahhabisme, a financé année après année les mouvements islamistes, y compris terroristes, on mesure la portée de l'engagement américain.

On retrouve les États-Unis soutenant les Frères musulmans contre l'Egypte de Nasser au cours des années cinquante et soixante. Quoique rivaux des wahhabites, ces derniers professent la même doctrine, ayant pour objectif final le règne de l’islam sur le monde entier. Ils ont bénéficié des mêmes complicités occidentales équivoques : les Frères n'étaient-ils pas nés en 1928 dans le giron de la colonisation britannique ?

Les tenants de l'islam pur et dur n'ayant pas de doctrine économique s'accommodent facilement du libéralisme : cela suffit au Américains.

A partir de 1979, les États-Unis se sont appuyés sur l'Arabie saoudite et sur les rebelles islamistes pour rendre la vie impossible aux Soviétiques qui avaient envahi l'Afghanistan. Ils fournirent en particulier à ceux-ci des missiles Stinger terriblement meurtriers pour l'aviation russe. Au moins l'alibi de la lutte contre le communisme était-il défendable.

Quand le Front islamique du salut ( et le GIA ) algérien tentait de prendre le pouvoir à Alger et commettait des attentats sanglants à Paris, il n’avait pas eu de difficulté à ouvrir à Washington un bureau qui ressemblait fort à une représentation diplomatique. La répression de l’islamisme en Algérie (1990-2000) a fait plus de 200 000 morts . Il est étonnant que personne n'osa alors faire des reproches au gouvernement algérien, alors qu’on s'acharne sur Bachar el Assad dont la position, face à une rébellion également islamiste, est analogue.

Gulbuddin Hekmatyar, un protégé de Washington qui contrôlait le sud-est de l'Afghanistan, s'étant trouvé compromis dans le premier attentat du WTC (1993), les Américains, par Pakistanais interposés, suscitèrent pour le punir et pour le remplacer le mouvement taliban, le plus radical qui ait existé, quitte à le combattre à son tour à partir de 2001.

Dans les Balkans entre 1990 et 1999, l 'OTAN a pris parti pour les musulmans (Bosnie, Kosovo), aidés par des djihadistes, contre les chrétiens orthodoxes.

La destruction du régime de Saddam Hussein en 2003 ne pouvait que plaire aux islamistes qui détestaient ce dictateur trop tolérant pour les minorités et, quoique musulman sincère, aux manières de mécréant. Il menaçait les monarchies du Golfe protégées par les États-Unis et adeptes d'un islam bien plus radical. La nature ayant horreur du vide, sa chute attira en Irak les islamistes de tout poil qui s'implantèrent dans le nord de la Mésopotamie. Servi par des complaisances anglo-américaines, turques, saoudiennes, qatari et autres, ce mouvement conduisit en 2013 à la création de Daesh.

Les printemps arabes : de la démocratie à islamisme

Depuis son accession à la tête de la Turquie en 2003, Recyp Erdogan, frère musulman lui aussi, a bénéficié de toutes les faveurs de Washington. Sa candidature à l'entrée dans l'Union Européenne l'a protégé d'un coup d'Etat militaire kémaliste (c'est-à-dire laïque) et lui a permis de renforcer l'islamisation du pays, tout en lui offrant une base arrière à la rébellion islamiste en Syrie et en Irak. Daesh n'a pas d'allié plus solide aujourd'hui que la Turquie, membre de OTAN. Il suffirait que ce soutien lui soit retiré pour qu'il retourne dans les sables, mais personne n' exige d'Erdogan qu'il le retire.

Ce soutien aux islamistes s'est déchainé à partir de 2011, notamment sous l’influence d'Hillary Clinton. On savait depuis toujours que démocratiser un pays arabe, c’était donner le pouvoir aux Frères musulmans, non que le peuple adhère à leurs doctrines mais parce que, seuls, ils sont présents sur le terrain pour soulager sa misère. L'Occident se prit néanmoins d'enthousiasme pour les "printemps arabes" au point d'appuyer tantôt politiquement, tantôt militairement l'émergence de pouvoirs islamistes en Egypte, en Libye, en Tunisie, au Yémen avant de tenter de le faire en Syrie. Morsi et Erdogan, frères musulmans tous les deux, étaient les favoris d'Hillary Clinton.

Cette politique a failli réussir en Syrie où la dynastie Assad, pouvoir laïque fort, adapté à un pays religieusement pluraliste , se trouvait confrontée depuis des années à une opposition islamiste. Sans l'aide massive apportée aux opposants à Assad , il n'y aurait sans doute pas eu de guerre en Syrie. Ces opposants sont, quoi qu’on dise, idéologiquement proches de Daesh, même quand on feint , comme c'est le cas d' Al Nosra, branche syrienne d'Al Qaida ou d'Ahrar-el-Sham, de leur trouver des vertus démocratiques. Cette offensive anti-Assad s'est heurtée à la détermination des Russes à garder le seul point d'appui qu’ils avaient encore dans la région et à celle de la minorité alaouite dont sont issus les Assad, laquelle n'avait d'autre alternative que de rester au pouvoir ou d'être exterminée.

Pas plus que les attentats du 11 septembre, cette politique n'a été infléchie par les attentats de Paris et de Bruxelles ; seule la France semble s'être mise à l'écart . Et encore : il y a quelques semaines, l'armée syrienne a capturé des soldats d'Al Qaida encadrés par des conseillers techniques américains, anglais, français et saoudiens. Washington ne décolère pas que les bombardements russes n'épargnent pas Al Qaida . Al Qaida ! [2]

Contre qui cette alliance entre Washington et la mouvance islamiste ? Au Proche-Orient même contre tout ce qui avait encore apparence d'État sous la seule forme que l'on connaisse dans ces parages : une dictature militaire plus ou moins laïque, fondée sur un parti unique de type baasiste ou nassérien. Bien que fort peu agressifs à l'extérieur (même si la Syrie a tenté de faire valoir ses droits sur le Liban et l'Irak sur le Koweït), n'ayant jamais sérieusement menacé Israël, ces régimes furent pris en grippe par les néo-conservateurs, qui pensaient que pour faire un Etat de droit, il fallait s'abord détruire l'État et qui auraient voulu redécouper (reshape) le Proche-Orient selon des lignes ethnico-religieuses, mieux à même d’entretenir le chaos.

Contre la Russie

Mais cette politique est surtout dirigée contre la Russie instaurée en ennemie historique quand bien même elle n'est plus communiste ; une Russie plus vulnérable à l'islamisme par sa proximité et la présence de 15 % de musulmans sur son sol, alors que, malgré les Twin Towers et Orlando, l'Amérique ressent beaucoup moins ou pas du tout la menace islamique. Que l'islamisme qu'elle nourrit doive pourrir la vie aux Russes et aux Européens lui importe peu. Bien que menacée en première ligne, l'Europe s'est laissée entraîner avec une rare inconscience à soutenir les États-Unis dans cette entreprise de déstabilisation contraire à ses intérêts. La France l'a fait au mépris d' alliés historiques qui avaient toujours bénéficié de sa protection comme les chrétiens d’Orient, premières victimes de l'appui apporté aux islamistes. La question proche-orientale est un moyen d'arrimer l'Europe occidentale au char américain , contre la Russie. Que le terrorisme et les flux de migrants déstabilisent les États d'Europe est plutôt bien vu dans certains cercles washingtoniens, où l'on compte que ces États, une fois affaiblis par le multiculturalisme, seront plus dociles à l'instauration d'un espace euro-atlantique unifié.

Au vu de ces collusions , nous ne cèderons pas à la tentation de dire des attentats : "les Américains les ont bien cherchés". Ce serait indécent : les victimes d'Orlando ne sont pas les mêmes que ceux qui élaborent à Washington les politiques de déstabilisation. D'ailleurs il ne faut pas imaginer que le terrorisme soit tenu pour un grave problème par les grands qui dirigent le monde. Malgré la rhétorique dont ils usent à l'usage du peuple, les attentats terroristes sont d'abord pour eux un moyen de déstabiliser l'adversaire (le seul qui compte, la Russie) ou de coaliser les opinions publiques autour d'eux , éventuellement de restreindre les libertés. Orlando, à cette échelle, est un non-évènement.

Aujourd'hui alliée à l'islamisme contre la Russie, l 'Amérique aurait l'option alternative de s'allier à la Russie contre l'islamisme. C'est plus ou moins le programme de Trump. Le laissera-t-on faire ? En tous les cas ce serait là une rupture avec 70 ans de politique pro-islamiste : on comprend qu’elle suscite des inquiétudes à Washington.

Roland HUREAUX

[1] Le Monde, 20/06/2016

[2] Al Qaida ( dont la branche syrienne s'appelle Al Nosra) est désignée comme une organisation terroriste à combattre dans la Résolution de l'ONU du 18 décembre 2015 et a sinon revendiqué, du moins approuvé l'attentat du Bataclan, ce qui n'est pas le cas d'Ahrar-el-Sham. Voilà ce que les fores spéciales françaises continuent à soutenir !

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29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 13:31

C'est une chose entendue : si la droite revient au pouvoir l'an prochain, elle ne remettra pas en cause la loi Taubira.

Ni Juppé, ni Sarkozy, ni Copé, ni Le Maire, ni Nathalie Kosciusko-Morizet n'en ont l’intention : les deux derniers s'étaient au demeurant abstenus au moment du vote de la loi. Fillon, plus discret, tient l'abrogation pour une promesse intenable. Seuls Hervé Mariton et Jean-Frédéric Poisson, candidat à la primaire du parti démocrate-chrétien, associé aux Républicains, se sont clairement engagés à l'abroger.

Le Front National aussi, en principe, mais Florian Philippot, bras droit de Marine le Pen, estime que l’abrogation du « mariage pour tous » est "aussi importante que la culture du bonsaï". La question est très débattue au sein de ce mouvement.

Sans doute les uns et les autres se sont-ils vu expliquer par leur conseiller en communication que l'abrogation aurait un effet désastreux auprès des médias, farouchement attachés au "mariage" homosexuel. Alors même que les 2/3 des électeurs de droite souhaitent qu'on revienne sur la loi[1], cela aurait aussi pour effet, dit-on, de ringardiser l'image du candidat, de le faire passer pour un réactionnaire.

C'est un fait que, la propagande LGBT aidant, l'hostilité à la loi Taubira, loi pourtant rejetée par plus de la moitié des Français[2], est devenue à droite plus compromettante encore que le refus de l'immigration ou celui de l'euro.

Un message subliminal : "je me dégonfle"

Elle n'est pourtant pas seulement un marqueur d'extrémisme.

On ne saurait oublier en effet que cette loi a provoqué la plus grande mobilisation du quinquennat et même de l'histoire de France (exception faite de celle, plus éphémère, qui a suivi l'attentat contre Charlie); celle de la CGT contre la loi Travail n'est rien en comparaison.

Renoncer à y toucher est pour les candidats de droite au moins aussi risqué que de s'y engager.

Car il faut bien le dire : pour une partie de l'opinion, le refus de remettre en cause la loi Taubira , compte tenu de tout ce qui a été dit au moment de son vote, porte avec lui un message subliminal : "je me dégonfle".

Et ce message ne concerne pas que cette loi : il est probable que la réaction de beaucoup d'électeurs qui n'y attachent pas forcément une importance majeure, sera de dire que si la droite dite "républicaine" se dégonfle sur ce sujet, elle risque bien de se dégonfler sur tous les autres et qu'en définitive, si la droite revient au pouvoir, il ne se passera rien. Car sur bien d'autres sujets, en matière économique et sociale, en matière d'école, de justice, d'immigration, la droite, si elle veut aller tant soit peu à la rencontre des attentes populaires, devra aussi se faire politiquement incorrecte. Comment croire qu'elle en aura l'audace si elle a déjà capitulé sur le mariage homosexuel ?

L'autre inconvénient de cette position est de polariser le programme de la droite sur des sujets comme l'ISF, les 35 heures, l'âge de la retraite ou le code du travail sur lesquels elle apparaîtra , en accomplissant des réformes libérales, également réactionnaire, mais en un autre sens : le parti des gros contre les petits. Et la gauche est aussi cela, mais avec plus de subtilité, reviendra très vite en grâce. Il n'est pas sûr que l'opposition ait intérêt à abandonner le champ sociétal pour présenter un programme de remise en cause des acquis sociaux à l'état nu et rien que cela.

Enfin, le refus de la remise en cause est, qu'on le veuille ou non, une caution apportée à la gauche, dont on reconnaît ipso facto la lucidité et le progressisme. Si une telle réforme était irréversible, c'est la preuve que la gauche seule était dans le sens de l'histoire. La résistance de la droite n'était que vaines criailleries, un baroud d'honneur inutile. Mais comment dès lors expliquer que la gauche n'avait par contre pas raison sur les autres sujets ? Expliquer par exemple que la réforme du collège, malgré la levée de boucliers qu'elle a suscitée, n'était pas, quant au fond, une réforme progressiste ?

Des théories faussement scientifiques

Le pédagogisme et la loi Taubira, tous deux tenus pour "progressistes", ont en commun d'être fondés sur des théories faussement scientifiques: la méthode globale et la théorie du genre. Ceux qui , jusqu'ici , ont remis en cause la méthode globale (Alain Finkielkraut par exemple) se sont vu attaqués en première page du Monde comme "réactionnaires" . C'est le prix à payer pour tout retour aux voies du bon sens. Si la droite a peur d'affronter ce risque, quel que soit le sujet, les Français penseront très vite qu'elle ne sert rien.

L'échec retentissant aux élections locales des candidats LR qui avaient été les plus favorables à la loi Taubira : Fabienne Keller à Strasbourg, Nathalie Kosciusko-Morizet à Paris , Dominique Reynié en Midi-Pyrénées devrait pourtant servir de leçon. Il n'est pas sûr que, sur la question de l'effet électoral, sinon direct, du moins indirect, du refus de remettre en cause la loi Taubira, les candidats de la droite classique doivent trop écouter leurs conseillers en communication.

Roland HUREAUX

[1] Opinion Way, 06/06 2016

[2] Ifop, 15/9/2015

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Published by Roland HUREAUX
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