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Roland HUREAUX

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 21:42

HOLLANDE IGNORE T-IL CE QUI LE REND SI IMPOPULAIRE ?

 

http://www.libertepolitique.com/Actualite/Decryptage/Hollande-ignore-t-il-ce-qui-le-rend-si-impopulaire

 

Le président Hollande a du être épaté , comme d'autres,  par la réélection facile  de David Cameron à la tête du  Royaume-Uni.

De même doit-il être sidéré, lui qui plafonne à 15 % d'opinions favorables de voir Poutine à près de 80 %. La différence de régime n'explique pas tout.

Il se tromperait fortement s'il   imaginait que la situation économique   y est pour quelque chose. Elle n'est pas meilleure en Russie qu'en France .

Non, le ressort fondamental qui fait qu'un  chef d'Etat ou  de gouvernement est populaire ou ne l'est pas est,  depuis l'aube des temps, son rapport au sentiment national.

Poutine incarne la fierté russe ; les Russes ont le sentiment d'être avec lui  à la fois honorablement représentés et défendus. Et plus les pays occidentaux  lui marquent leur hostilité, plus ce sentiment est fort. Cameron est,  certes, presque autant que Hollande, inféodé aux Etats-Unis mais c'est moins gênant , compte tenu des liens historiques entre les deux pays, pour  un Anglais que pour un Français. Surtout il ne l'est pas à l'Europe de Bruxelles et c'est cela qui importe aux Britanniques, de plus en plus hostiles à celle-ci. Les  performances économiques de la Grande-Bretagne ne sont pas sans rapport avec le fait qu'il n'est pas lié par  les contraintes de l'euro, ce qu'oublient de dire ceux qui se réfèrent à elles  pour tourner en ridicule la  France. Les Ecossais n'ont pas fait le choix de  l'indépendance lors du dernier référendum mais ils savent qu'ils peuvent compter sur le parti indépendantiste , plus que sur tout autre, pour défendre l'Ecosse;  ils lui  ont pour cela   donné massivement leurs voix.

 

Le "prince esclave"

 

Il est peu probable que Hollande connaisse le livre  de Gaston Fessard, jésuite entré très tôt dans la Résistance,   intitulé  Le Prince esclave  , une expression qu'il applique  à  Pétain. Le théologien explique que Pétain ne peut  être tenu pour le  chef ( un "prince" ) légitime des Français parce qu'il lui manque la qualité première qui fait la légitimité du chef :  la liberté. La nécessité que le chef soit libre est  un principe anthropologique fondamental  qui vaut autant dans les    tribus africaines  que les empires asiatiques, pour les rois comme pour  les gouvernements républicains . Un vrai chef doit être libre non seulement    par rapport aux puissances intérieures  ( financières notamment ),  mais surtout par rapport aux puissances étrangères.  S'il a quelque attache, voire quelque  lien de  subordination avec quiconque, ses concitoyens  peuvent penser qu'il   ne sera  pas  disponible pour faire ce qu'ils attendent de lui   avant tout : défendre leurs intérêts. D'autres intérêts , éventuellement  contraires  aux leurs , passeront en premier .  Il ne sert   donc   à rien. Il perd sa légitimité.

L'actuelle négociation du traité transatlantique , que François Hollande, appuie au point de trouver qu'elle ne va pas assez vite,  montre au passage ce que veut dire le conflit entre des intérêts étrangers et ceux du  peuple français.

Les socialistes qui invoquent à tort  et à travers  Pétain pour stigmatiser la droite ou l'extrême-droite  feraient bien de considérer ce qu'est l'attitude de Hollande face au pouvoir de Washington , voire à celui de Berlin.

Pourquoi donc n'honore-t-il pas la signature de  la  France en livrant les Mistral (au point d'imposer à notre pays aux finances exsangues   deux milliards de dédit  ) ? Même Sarkozy qui ne passe pas pour un antiaméricain primaire  réclame cette livraison. Il était tellement facile à Hollande de dire à ses partenaires qu'il ne faisait qu'exécuter un contrat qui avait été conclu avant lui et que la signature de la France l'obligeait.  Mais il y a eu un veto américain et il n'a pas osé passer outre. Comme les Mitral n'intéressant personne d'autre que le Russes, même pas la Marine française, il est aujourd'hui question de les détruire . De les saborder!  Comme la flotte française à Toulon se saborda en 1943, parce que le gouvernement de Vichy  était trop inféodé à Hitler pour lui laisser  prendre le large.  Qui parle de Pétain ?

Mais le comble de la honte pour ceux qui aiment leur pays, à commencer par Jean-Luc Mélenchon, faisant chorus pour l'occasion avec  Jacques  Myard et  Marine Le Pen,  a été atteint ce 9 mai  avec le  refus du présidant français d'assister aux cérémonies par lesquelles la Russie célèbre  le 70e anniversaire de sa victoire sur l'Allemagne nazie. Même si nous sommes aujourd'hui  en situation de tension avec la Russie de Poutine - pour des raisons  qui d'ailleurs  restent à approfondir  - l'importance de cette cérémonie, les évènements à la  fois tragiques et grandioses qu'elle commémore, le pacte de sang qui,  depuis  la guerre de 1939-1945,  lie les Français aux Russes exigeaient une  représentation au plus haut niveau  - d'autant que le président Poutine avait eu, lui, la courtoisie de venu célébrer avec nous  le débarquement en Normandie. 

On dira ce qu'on voudra  de la victoire russe de 1945 : que le  patron de l' URSS était Staline qui ne valait pas mieux , à certains égards,  que Hitler, qu'avec une plus grand ménagement  des hommes , elle  aurait pu être acquise à moindre coût , que les  Russes ont été aidés par des  livraisons de matériel américain. Peut-être,  mais  le sacrifice de tant d'  hommes  (22 millions)  mérite un respect d'autant plus grand que  l'effort russe  a contribué plus que tout autre à libérer le territoire français : on peut discuter pour  savoir si les Russes seraient finalement  arrivés à Berlin sans les Américains, on ne peut nier que si toutes les divisions allemandes mobilisées à l'Est avaient été en Normandie,  la France serait restée longtemps occupée.  

Dans ce lamentable épisode,   François Hollande a montré encore une fois qu'il n'est pas un chef indépendant et  que donc il n'est  pas un chef.  

Même si l'emploi et la croissance redémarraient en flèche ( on peut toujours croire au Père Noël  ! ),  tant que les Français auront le sentiment d'être gouvernés par quelqu'un dont la soumission à des puissances   étrangères leur fait chaque jour un peu plus honte , l'actuel président  ne doit pas espérer redresser sa  courbe de popularité.

 

                                                                       Roland HUREAUX

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 21:40

LA GRECE AU BORD DU SALUT

 

http://www.libertepolitique.com/Actualite/Decryptage/La-Grece-au-bord-du-salut

 

http://www.atlantico.fr/decryptage/et-grece-etait-en-fait-au-bord-salut-roland-hureaux-2219678.html

 

 

Tout le monde  attend  qu' une catastrophe de première magnitude frappe la Grèce  à l'annonce de son défaut ou de sa sortie de l'euro. Cette  opération pourrait lui apporter au contraire  le salut.

Sans doute le choc  sera  rude . La sortie de l'euro  signifiera pour elle une dévaluation d'environ 50 % et donc un doublement  des prix des produits importés ,  soit  la plupart de produits de première nécessité.  

Il est inutile de chercher à savoir si ce réajustement constitue   un  bien ou un mal car,  pour douloureux qu'il soit , il est inévitable.  Il devait  se produire  un jour  ou l'autre et attendre le rendrait encore plus cruel.  Il  ne s'agit au demeurant que d'une opération de clarification, d'un retour à la  vérité des prix,  d' un retour sur terre.  La Grèce cessera de vivre au -dessus de ses moyens, c'est tout.  

Certes   l'opération sera  douloureuse  pour un pays qui a déjà perdu 35 % du PIB.   Mais elle a sa contrepartie: les coûts de production grecs, à commencer par ceux des  hôtels de tourisme, seront diminués de 50 %. Le temps pour que les agents encore en mesure de produire tirent pleinement parti de cet avantage comparatif considérable, estime-t-on au vu des nombreuses expériences analogues qui  se sont produites au cours du XXe siècle,  est de  six mois.   Et alors les choses repartent  très vite, généralement au-delà des espérances.

 

Retour de l'espoir

 

On dira que tant  qu' à accepter des sacrifices , la Grèce pourrait  accepter aussi bien ceux que lui impose la troïka et qui reviennent  au même , et ainsi rester dans l'euro. Ce disant, on prône la dévaluation intérieure, ou déflation par baisse  des prix domestiques, ce que l'Europe essaye d'imposer à la Grèce depuis plusieurs  années.  Or la différance est double .  D'abord parce que la déflation , partout où elle a été expérimentée, tue la croissance et même provoque la récession , ce qui n'est pas le cas de la  dévaluation. Ensuite parce qu'une    dévaluation interne représente des sacrifices sans espoir, alors que la dévaluation externe, même si les sacrifices sont au départ plus grands, s'accompagne de l' espoir, parfaitement fondé,  que les choses aillent mieux très vite.

Face à ce schéma qui s'apprend en première année de sciences éco (mais apparemment  beaucoup de nos décideurs   ne sont pas allés si loin), il se trouve toujours des sceptiques  pour dire  :  oui, mais ça c'est  la théorie , dans le cas de la Grèce,  ce schéma ne marchera pas, pour  telle ou telle raison : les Grecs sont trop paresseux, leur appareil productif est trop dégradé et ne repartira pas, les déséquilibres intérieurs resteront.

Et bien non : sauf en  cas d'inflation galopante de type latino-américain où la hausse des prix  annule  en quelques heures l'avantage comparatif retrouvé -  mais nous ne sommas pas dans ce cas  - , les dévaluations sont toujours efficaces pour rétablir la compétitivité et donc la balance du commerce  et la croissance.  Même si l'appareil productif est très dégradé, il révélera quelque niches que l'on ne soupçonne pas,  soit  pour l'exportation , soit pour  la substitution d'importation et , la pompe réamorcée, le  reste suivra.

Il est des lois économiques dont à juste tire il faut se méfier  car leur application est  tributaire des circonstances. Mais ce n'est  pas le cas de celle là:  la sensibilisé de la balance du commerce et donc de l'activité au taux de change est toujours effective, sans exception. Et comme les investisseurs qui ne s'embarrassent pas de théories brumeuses,  eux, le savent, ils reviendront très vite.

Il vaut mieux que l'opération soit accompagnée de politiques  structurelles, mais même   si ce n'est pas le cas, la loi économique s'appliquerait. Peut-être plus vite encore en Grèce car  les agences de tourisme, partenaires essentiels de l'économie grecque , savent déjà   qu'elles feront beaucoup plus de bénéfices  avec un retour à la  drachme.   

Le débat n'est pas nouveau: on a annoncé des catastrophes  avant presque  toutes les dévaluations : en France (1958, 1969), en Grande-Bretagne (1967, 2008), en Afrique avec  celle du  Franc CFA (1994)  ou ailleurs. Non seulement elles n'ont jamais eu lieu,  mais  les bienfaits se  sont fait ressentir très vite après.

Il y a évidemment une inconnue :   la communauté occidentale pourrait , d'une manière ou d'une autre,  boycotter la Grèce  et freiner son relèvement. Mais c'est peu probable . D'autant que les   contacts pris par Tsipras  avec la Russie lui donnent   une solution alternative , sinon pour une aide financière, du moins pour l'achat  de produits de première nécessité.

Quant à la dette, elle reste due même en cas de sortie de l'euro. Mais comme Athènes ne la réglait déjà pas,  la nouvelle situation ne changera rien.

Si la cohésion de la zone euro ne devrait pas être affectée immédiatement, elle pourrait l'être  au bout de quelque mois quand les autres pays en difficulté verront que la Grèce redémarre.

 

                                                                       Roland HUREAUX

 

  

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 21:37

LES TROIS ERREURS DE LA RÉFORME DE L'ÉTAT

 

A voir l'immense difficulté des  gouvernements qui se succèdent en France à réduire la dépense publique, qui se douterait que l’État se trouve depuis un quart de siècle, soit depuis le gouvernement Rocard (1988), engagé dans un processus de réforme continu ?

Mais peut-être y a-t-il entre ces deux faits  un lien qui n'est pas celui qu'on croit : c'est la réforme de l'Etat qui, mal conduite , est une des causes principales de l'accroissement des dépenses , au point qu'on peut dire , sans gros risque de se tromper que  si     l’État n'avait fait l'objet d'aucune réforme depuis 25 ans, les dépenses publiques seraient aujourd'hui plus réduites, d’environ 10 %  !  

Comment donc un processus de réforme qui aurait dû, en principe, aboutir à réduire le poids des charges publiques, a-t-il eu l'effet inverse ?

On pourrait alléguer que l'objectif de la diminution de la dépense n'a guère été affiché, au cours de toutes ces années, en tous les cas avec toute la force qu'il requerrait:  quand Alain Juppé  crée en grande pompe, en 1995, un Commissariat à la réforme de l’État,  aucun des cinq objectifs assignés dans le texte constitutif au nouvel organisme ne fait mention de la volonté  de réduire les dépenses  publiques.

Il en est de même de la LOLF (Loi organique relative aux  lois de finances), véritable charte des réformes de l'administration publique depuis le 1er août 2001 où elle a été votée à l'unanimité[1]. Même si cet objectif est sous-jacent à la loi, il n'est pas affiché explicitement. A-t-on eu honte de dire ouvertement, en particulier aux  syndicats, que l'on voulait réduire la dépense ?

L’objectif est plus explicite  dans les mesures de Révision générale des politiques publiques lancées par Nicolas Sarkozy en 2007. Cependant, cette révision s'est traduite    d'abord par 300 mesures de modernisation de l'Etat dont aucune n'a fait l'objet d'une évaluation chiffrée  : parmi elles, la construction coûteuse (65 millions d'euros par an de 2014 à 2041 ) du nouveau ministère de la défense  à Balard dont on aurait bien pu se passer.  Ensuite cette politique, appelée  RGPP         (révision générale des politiques publiques),   est revenue à un objectif plus normal :      le non renouvellement d'un départ en retraite sur deux qui n'a été pleinement  effectif qu'en fin de mandat.  

Une autre raison de la faiblesse des résultats de la réforme de l’État en terme de coûts est l’ambiguïté de la notion de modernisation, généralement mise en avant. Que signifie la modernisation de l'appareil d’État ? S'il s'agit  pour lui de se doter d'ordinateurs, de nouvelles lignes téléphoniques, de généraliser l’utilisation de l'internet  et de l'intranet, d'étendre la vidéoconférence, très bien.  Tout cela s'est fait, non sans quelques incidents (dysfonctionnements de logiciels douteux, tel le logiciel de paye de Bercy qui a coûté 326 millions pour rien ou celui du ministère de la défense, dit Louvois à peu près autant ), sans coordination  suffisante entre les services, parfois sans compétences suffisantes. Ces progrès techniques ont permis, entre autres, d'amortir l'impact des 35 heures instaurées en 2000 , sauf dans les services de permanence ( pompiers, hôpitaux, police) où leur effet a été désastreux. Il  n'était pas cependant nécessaire d'inscrire ce genre de modernisation dans la loi :  il suffisait de donner les crédits aux services concernés;  ils n'ont pas besoin qu'on leur donne des consignes  pour moderniser leurs équipements, pas d'avantage qu'il n'est nécessaire de dire à un particulier de changer son téléphone portable de temps en temps pour en prendre un meilleur.

Mais sous le vocable de la modernisation ont fleuri toutes sortes d' innovations plus luxueuses  et généralement coûteuses. Tout d'abord la mode de la communication interne et externe. Sous prétexte de tourner le dos à  l'austère administration de Courteline, d'être plus agréable aux usagers, même aux contribuables, les directions des ministères se sont dotées, aux niveaux central, régional  et  local, de multiples services de communication, produisant par exemple des lettres hebdomadaires ou mensuelles, des plaquettes de luxe , parfois des campagnes de publicité. Tout cela s'est développé  dans les années quatre-vingt dix et  a représenté un coût supplémentaire important. Chaque direction voulant avoir son service de communication, il y a eu des doublons.

Surtout,  la modernisation a souvent signifié la modernisation des méthodes administratives, le changement des organigrammes ou des procédures. Or c'est une grande  illusion d'imaginer qu'en matière d’organisation, comme de pédagogie ou d'éloquence, il y a place pour un véritable progrès, pour de l'ancien et du moderne. Il y a des modes, certes, mais qui ne sauraient signifier qu'on va toujours vers le mieux. L'organisation scientifique est, tout comme la pédagogie scientifique,  pour une part, un leurre . L'organisation,  comme la pédagogie,  est un art, pas une science. Le résultat de ces soi-disant modernisations a été la plupart du temps  une complication et des changements de méthodes mal acceptées par les agents.

Mais en définitive, ce qui a empêché le mouvement de réforme des vingt-cinq dernières années d'aboutir à de vraies économies a été un certain nombre d'erreurs de conception qui, partant de postulats erronés, se sont avérées gravement contre-productives.

Nous nous concentrerons sur trois de ces erreurs  qui sont les principales: les illusions de la dimension, la destruction des corps, la recherche d’indicateurs de résultats.

 

L'illusion des fusions

 

L'idée que plus on augmente la taille d'un organisme quel qu'il soit, plus on en accroît en même temps la productivité, grâce notamment aux économies d'échelle, a beaucoup d’applications dans le secteur privé : dans l'agriculture, le commerce (supermarchés) et naturellement l’industrie.  On a donc  cru  qu'elle s’appliquait aussi au secteur public :  puisqu'une ferme de 100 ha est plus productive qu'une ferme de 10 ha, on aurait pu penser qu'une commune de 1000 habitants aura une efficacité plus grande qu'une commune de 100 habitants, en proportion du nombre d'habitants et non dans l’absolu évidemment, que les coûts unitaires décroîtraient avec la dimension, que donc pour réduire le coût du secteur public, il fallait miser sur de  grands ensembles.

Que cette logique ne fonctionne pas, on aurait dû le savoir depuis au moins un demi-siècle. Quand fut inventée en 1969 la dotation globale de fonctionnement des communes (en remplacement d'une taxe sur les salaires abolie), un des critères d'attribution de  cette dotation fut le coût des  administrations déjà en place par habitant. On observa  qu'il augmentait en proportion de la population  de la commune. En conséquence, on attribua  des dotations bien plus que proportionnelles aux grandes communes, justifiant ce qu'il faut bien appeler une injustice au détriment du monde rural par les fonctions de ville-centre de ces  communes[2], alors  que la véritable raison de cette inégalité de coût  était leurs habitudes plus dispendieuses, lesquelles se trouvèrent désormais  figées dans la loi.

A partir de la loi Joxe du 6 février 1992, fut affiché le projet de réduire le nombre des communes dans une proportion à déterminer, mais au moins d'un facteur 10 : on passerait ainsi de plus de 36 000[3] à 3600 mais peut-être à 1000 ou à 500. Cet objectif  ne fut pas officiellement posé mais on incita les communes,  d'abord à se regrouper en communautés (de communes, de villes, d'agglomération) les plus grosses possibles, puis on les poussa à transférer le maximum de leurs compétences dans ces nouvelles entités.

Puisqu'il s'agissait de faire des économies d'échelle, on aurait dû ainsi diminuer le personnel total des collectivités locales. Or, non seulement il ne diminua pas au niveau proprement communal, mais il fut augmenté du personnel affecté aux nouvelles entités communautaires, soit aujourd'hui environ 200 000 agents. La fiscalité locale s'alourdit   partout. Et comme la politique officielle est aujourd’hui de fusionner ces communautés pour en faire d'encore plus grandes, on ne  sera pas étonné que chaque fois qu'une nouvelle fusion est effectuée, les frais généraux ( par habitant bien sûr) augmentent.

Ces aberrations n'empêchent pas certains think tanks  de proposer maintenant la suppression définitive des petites communes : cela passe par la suppression du pouvoir de police qu'ont encore les maires et donc le remplacement de dizaines de milliers de quasi-bénévoles disponible 24 h sur 24 par trois ou quatre fois plus de fonctionnaires  de police !  

Comme si l' expérience de l'intercommunalité ne suffisait pas, on se dispose  maintenant à  fusionner les régions : non seulement il n'est pas question de diminuer le personnel, mais déjà les nouvelles régions se proposent de recruter un personnel  spécial chargé  de la coordination. Le motif est emblématique de la légèreté française : nos régions, dit-on , n'étaient pas de "taille européenne" . Vérification faite, il s'avère qu'elles  sont aussi grandes que dans le reste de l'Europe ; même en Allemagne, 10 länder sur 15 sont , par la population, au dessous  de la moyenne des régions françaises.

Les 100 départements sont un lieu où il serait sans doute possible de faire quelques économies. Il suffirait de les y obliger en encadrant leurs ressources fiscales, comme cela se fait de plus en plus en Europe. On pourrait aussi leur donner plus de latitude qu'ils n'en ont aujourd'hui pour refuser certaines prestations sociales manifestement abusives, ce que la logique des droits ne permet pas.  Mais au lieu de s'engager dans cette voie, on se propose de les abolir, tout en transférant leurs coûteuses missions à de nouvelles entités encore à déterminer , sans doute aux régions plus éloignées du terrain  : de nouvelles dépenses en perspective , n'en doutons pas.

L'ANPE et les ASSEDIC s'occupaient  jusqu'en 2008 , l'une de trouver des emplois aux chômeurs (et des agents aux employeurs  qui s'adressaient à elles), l'autre d'indemniser ceux qui n'en trouvaient pas. Les deux additionnées occupaient environ 40 000 agents. On les fusionna au motif qu'elles avaient à peu près le même public, même si elles exerçaient deux métiers très différents. Il fallut recruter 10 000 agents de plus pour faire vivre le "Pôle Emploi" résultant de cette fusion. Aujourd'hui les effectifs sont à nouveau à la baisse mais le désordre introduit dans cette institution par la fusion forcée des deux entités est loin d'être résorbé. 

Mêmes déconvenues et désorganisation durable pour ce qui est de la fusion de France 2 et France 3 au sein de France-Télévision, de la direction des impôts et de  celle de la comptabilité publique au sein d'une méga-direction des finances publiques, remettant en cause le principe traditionnel de la séparation des ordonnateurs et des comptables qui avait pourtant fait   ses preuves : il est vrai que beaucoup de progrès de productivité ont été faits par les directions des impôts mais pas en raison de la refonte des organigrammes, en raison de l'acquisition de  matériel informatique.

Entre 1985 et 1990 les services centraux de l’État ont été réorganisés, en application de la LOLF de 2001, dans le but de faire du préfet un "vrai chef d'entreprise" ayant un état-major de quatre ou cinq chefs de services et non une vingtaine. Dans la plupart des cas, on a superposé un directeur général aux directeurs existants ; mais on a aussi gravement démobilisé certains services en méconnaissant leur spécificité : par exemple, les agents de la jeunesse et des sports habitués à traiter des jeunes et bien portants se sont trouvés sous les ordres de directeurs de la santé qui s'étaient  toujours occupés des vieux et des malades ! Des inspecteurs du travail sont passés sous la coupe de conseillers au commerce extérieur ayant fait toute leur carrière à l'étranger. La fusion des DDA et des DDE n'est pas encore digérée. On a, dans cette opération qui a gravement démotivé la structure locale de l’État, totalement méconnu  la spécificité du pouvoir exécutif dont la plupart des organes sont prévus pour marcher en pilotage automatique : le préfet n'intervient qu'en cas de problème particulier, ce qui n'a rien à voir avec le rôle d'un chef d'entreprise.

Il ne semble pas , en définitive, qu'on ait un seul exemple où la fusion de deux entités publiques n'ait pas entraîné des "désécomies d'échelle",  ainsi que des désordres durables.

L'attentat de Charlie Hebdo ne se serait sans doute pas produit si on n'avait fusionné deux services aux  missions voisines mais très différents par la culture: la DST (contre-espionnage et contre-terrorisme) qui marchait très bien et, depuis 15 ans, avait prévenu tous les attentats terroristes  et les Renseignements généraux, sorte d'agence de presse du pouvoir en charge du suivi politique et social . La fusion forcée des deux services  aux cultures très différentes, assortie de la refonte de l’organigramme, a désorganisé le travail de prévention des attentats : on a vu le résultat. Nous avons ainsi   confirmation qu’il peut être  criminel de réformer au nom de principes a priori, des organismes qui marchent bien.

 

 

au contraire.

 

Le rôle positif des corps

 

Les corps d'ingénieurs ont été fusionnés aussi malgré eux : Agriculture et Ponts et chaussées, Télécom et Mines etc. sans que personne puisse dire s'il en résulte un surplus d'efficacité.

Le motif de ces fusions n'est pas seulement la recherche de la dimension; elles sont fondées aussi sur l'idée répétée à satiété par les faiseurs d'opinion mais sans fondement qu'un des obstacles au développement de la France serait le prétendu "corporatisme" français, l' attachement obtus à leur identité de toute une série de corps d’État, grands et petits.

Au nom de ce principe, on a projeté de fusionner police et gendarmerie que les pouvoirs, dans leur grande sagesse avaient maintenues séparées depuis la nuit des temps, prévoyant le cas où il faudrait faire appel à l'une contre l'autre ( où par exemple un procureur de la République ferait appel à la gendarmerie pour enquêter sur un policier soupçonné de corruption ou l'inverse ). La procédure de fusion n'a pas encore été menée à son terme mais elle a été suffisamment avancée pour coûter cher (les avantages statutaires des deux corps ont été alignés systématiquement par le haut) et démobiliser les uns et les autres. Précisons qu'aucun problème de coordination sérieux entre ces deux corps ne se posait auparavant et que rien ne dit qu'elle s'effectue mieux aujourd'hui.

Que les corps de fonctionnaires aient desservi la France est fort contestable : qui peut oublier la contribution éminente des Ponts et chaussées au beau quadrillage routier de la France, du génie rural à la modernisation des campagnes, des Mines au développement industriel, des ingénieurs de l'armement à l'industrie d'armement etc. ? Ces agents de l'Etat surent aussi, quand il le fallait, apporter un concours efficace aux collectivités locales.

L'esprit de corps a un immense avantage: il fluidifie les relations entre des partenaires appelés à coopérer à un projet commun, en particulier quand ils se trouvent répartis entre le secteur public et le secteur privé, ou entre l’État et les collectivités locales. Il assure par sa hiérarchie propre et ses valeurs une incitation au travail bien fait qui n'a pas son équivalent dans des structures anonymes. Il y a un honneur propre à chaque corps : un gendarme veut être un bon gendarme, un instituteur un bon instituteur, comme un ingénieur des Ponts et chaussées veut terminer sa carrière au grade d'inspecteur général. Même chose dans les corps militaires, Terre, Air, Mer, dont on s'évertue aujourd'hui à raboter la spécificité.

 

La "culture du chiffre"

 

L'attrition systématique des corps, grands et petits, a , dans la théorie des modernisateurs, son corollaire : l'incitation financière doit remplacer le contrôle interne du corps ; la rémunération doit être désormais modulée en fonction des résultats obtenus. L'application de ce principe signifie ni plus ni moins que la réduction des agents publics à des animaux de Pavlov qui ne travaillent que dans l’espoir de la récompense et s’abstiennent si elle ne vient pas. Une vision absurde, complètement contraire à la tradition française de la fonction publique où la majorité des agents[4] ont toujours été mue par l'amour du travail bien fait et la recherche de la reconnaissance , bien plus que par l'espoir d'une prime. Beaucoup d'agents spontanément zélés, en particulier aux échelons intermédiaires, ont ressenti ce système comme une humiliation.

L'application de ce principe a aussi une condition : que l'on puisse efficacement mesurer les résultats. Or cela est impossible. Le seul résultat que l'on puisse mesurer, c'est, dans le secteur privé, le profit. Le profit a un sens dans une entreprise dont la mission est simple, celle de générer du cash flow à partir d'une gamme réduite de produits ou de services. Malgré les efforts des réformateurs, il n'a jamais été possible de trouver des critères aussi pertinents dans l'activité de service public, cela pour plusieurs raisons : la multiplicité des missions qui se superposent, le fait que beaucoup de résultats ne sont pas quantifiables, le risque surtout que la quantification de certains d'entre eux ne vienne gauchir l'action des services en fonction des résultats chiffrés à produire et au dépens du souci du vrai résultat. Que gagnera un gendarme à rechercher pendant des jours le voleur d'une voiture, s'il peut obtenir le même résultat statistique (un "fait délictueux élucidé") en installant cinq minutes un radar au bord d'une route ? Le modèle économique qui consiste à numériser des activités administratives en dehors d'une logique de profit est bien connu, c'est ni plus ni moins celui de l’économie soviétique au temps du Gosplan. Outre la perte de temps qu'induit l'établissement des statistiques, la "culture du chiffre" introduit immanquablement la tricherie dans la collecte des données qui n'ont pas une base rigoureuse - et des autres; surtout le goût du bien qui devrait être la seule motivation se perd très vite par le constat que le travail bien fait n'a généralement pas de traduction chiffrée, par le dégoût et le découragement, le sentiment que la conscience professionnelle ne sert à rien.

Un aspect connexe de ce souci de modernisation est celui de l'évaluation des agents, qui était déjà lourd dans la tradition paritaire française et qui le devient davantage avec des questionnaires de plus en plus sophistiqués, si sophistiqués qu'ils ne servent à rien, font perdre beaucoup de temps aux chefs de service et ne diminuent pas l’arbitraire au contraire. Les hauts fonctionnaires n'ayant pas tous perdu le sens commun, des rémunérations exceptionnelles ont désarmé les réticences qu'ils auraient pu avoir pour mettre en œuvre des procédures dont beaucoup sentaient l'absurdité.

L'aboutissement théorique de ces systèmes de contrôle quantifié est la rémunération au résultat : difficilement applicable à la fonction publique, elle s'est traduite par l'attribution de surprimes (bonification indiciaire, primes de rendement ) à tous les agents en position de responsabilité quelle que soit la manière dont ils l'exerçaient. Instaurée presque exclusivement au bénéfice des fonctionnaires les plus gradés, elle a eu pour effet que jamais comme sous la présidence de Nicolas Sarkozy, président pourtant élu sur des thèmes anti-fonctionnaires, les hauts-fonctionnaires n'auront vu leur rémunération augmenter autant.

  1. procédures sont apparues d'autant plus absurdes et injustes que les agents , proches de la base, en voyaient l'inanité et n'en profitaient guère.

Parmi les innovations les plus perverses figure l'idée de récompenser une équipe ou un service de manière collective, les meilleurs se trouvant solidaires des moins bons. Les rapports entre les uns et les autres s’aigrissent en conséquence. De leur côté, les soi-disant promotions aux résultats aboutissent, dans une société où les vertus élémentaires d'honnêteté ne sont plus aussi répandues, à accroître l'arbitraire des petits chefs et l'esprit de servilité.

Dans tout service administratif, public ou privé, plus encore que dans une usine, l'ambiance de travail est un facteur décisif d'efficacité. Jamais elle ne s'était autant détériorée, y compris dans les corps prestigieux qui se trouvent au sommet de l'Etat, que depuis une quinzaine d'années, sans doute depuis le vote de la LOLF.

Le résultat ne s'est pas fait attendre : départs à la retraite anticipée, congés de maladie et surtout, dans des proportions qu'il est difficile d'appréhender, sabotage sournois du travail. Cela dans un pays où les agents de la fonction publique étaient connus pour leurs qualités professionnelles (pour au moins 80 % d'entre eux). Quand l’efficacité baisse et que les procédures deviennent plus complexes, il faut davantage d'effectifs pour aboutir au même résultat; le plafonnement des effectifs , légitimement décidé par ailleurs, aboutit à la dégradation du service.

Le sommet de la tension a été atteint à la fin des années deux mille: sont entrés alors en conjonction les effets de la LOLF : changement des méthodes (en particulier l' évaluation chiffrée) et bouleversement des organigrammes, la réduction des effectifs, enfin réelle surtout au ministère de la défense, et l' accroissement de la complexité des procédures sous l'effet d'un réformisme accéléré. Ajoutons y l'interférence de coûteux cabinets d'audits aussi politiquement corrects qu'incompétents ( les deux allant généralement de pair !), missionnant des jeunes gens ignorant tout de l'administration. Que ces changements aient eu lieu sous l'égide d'un président qui n'était pas connu pour sa sympathie envers les fonctionnaires n'a pas arrangé les choses. On pourrait voir là un cas d' école de ce qu'il ne faut pas faire en matière de conduite du changement. Le stress fut considérable. Les agents ont fait une lecture punitive de ces réformes. Nicolas Sarkozy n'est pas pour grand chose dans cette coïncidence. Il n'a pas fait faire beaucoup d'économies à l'Etat dans cette opération mais y a perdu beaucoup de voix, en particulier chez les fonctionnaires de droite ( soit environ un tiers [5]).

Les agents démoralisés peuvent certes être remplacés par d’autres plus jeunes et mieux habitués à ces procédures ; mais le caractère pervers de celles-ci semble irrémédiable; il est douteux que la relève des hommes préserve l'administration du désastre pas plus que l'émergence d'une jeune génération prétendue technocratique n'avait sauvé l'économie soviétique.

 

Les aléas de l'externalisation

 

Fusions, destruction de l'esprit de corps et contrôle quantitatif factice constituent sans doute dans les réformes des quinze dernières années les aspects les plus nuisibles. On pourrait évoquer aussi la large extension de la sous-traitance - dite externalisation. Les péripéties du Clémenceau, son aller et retour pitoyable en Inde où il devait être désarmé , alors qu'au même moment la DCN avait des capacités de désarmement inemployées, sont le résultat d'une opération de sous-traitance hasardeuse : on a cru faire des économies en confiant l'opération à un pays à bas coût de main d'œuvre ; c'est le contraire qui est arrivé. La gendarmerie avait un moment externalisé son service de recrutement à des cabinets de psychologues étrangers à la culture du corps avec les résultats que l'on devine : tel fils de gendarme, parfaitement équilibré se trouvait inexplicablement recalé. On peut citer, sinon dans l'Etat, du moins dans les services publics, d'autres aberrations, telles que la dégradation du service des renseignements téléphoniques, service régalien par excellence, du fait de la privatisation et de l'externalisation par France Télécom, entreprise privée chargée d'une mission de service public . Le 12 et les Pages blanches sont de moins en moins mis à jour, faute d'être directement en prise avec le noyau dur du service, les annuaires, y compris électroniques, de moins en moins fiables. Les agissements coûteux des sociétés concessionnaires d'autoroute sont à placer sous la même rubrique. Le comble semble cependant avoir été atteint avec la décision récente de vendre , pour des raisons budgétaires, au secteur privé (à qui exactement ? ce serait intéressant de le savoir) des armes lourdes qui seront ensuite louées par l’État.

 

Derrière les erreurs de méthode , l' idéologie

 

Ceux qui ne sont pas au cœur de la citadelle publique ne se rendent pas toujours compte de ces évolutions. La dégradation de l'école due à des méthodes pédagogiques aberrantes, celle de la justice du fait de théories judiciaires imprégnées d'idéologie sont relativement connues, l'extension et la corruption du monde des collectivités locales (petites communes exceptées) l'est aussi. Mais il faudra le recul de quelques années pour mesurer le désastre qui a touché le cœur de l’appareil d’État au cours des années deux mille et dont il n'est pas prêt de se relever. Il n'a d'égal que le désastre de l'école, l'un et l'autre largement imputables à des méthodes faussement scientifiques.

Si l'on recherche le trait commun à toutes les réformes que nous avons évoquées, il en est un qui les résume presque toutes : le transfert sans adaptation des méthodes du secteur privé à la sphère publique , l'idée que le secteur privé étant mieux géré, du moins à ce que l'on suppose, l’État et les collectivités locales devaient imiter ses méthodes. On pourrit aussi bien dire les "singer". Ainsi la LOLF a-t-elle introduit la comptabilité en partie double dans le budget de l'Etat au prix de complications considérables. Certes le transfert des méthodes n'a pas été total: ainsi le statut de la fonction publique, quoique tourné de mille manières demeure. Heureusement car sa suppression entraînerait, quoi qu'en pensent les think tanks libéraux, une explosion des rémunérations. Il est heureux que des règles rigides brident la générosité naturelle des élus qui dirigent les administrations, générosité au dépens du contribuables , dont l'Assemblée nationale et le Sénat offrent , par les rémunérations extravagantes qu'ils versent à leur personnel , un exemple caricatural. Il reste que , malgré la subsistance du statut, les fusions ont augmenté les frais généraux, l'affaiblissement des corps a diminué la conscience professionnelle, le contrôle et les rémunérations au résultat ont créé une atmosphère de tricherie et de mensonge.

  1. tous les niveaux de la hiérarchie, l'efficacité est jugée en fonction de l'adhésion au nouveau système. Beaucoup , qui n'y croient guère, trompent leur monde en en adoptant la langue de bois. Comme dans toutes les structures idéologiques , le double langage, l'hypocrisie étendent leur empire .

Cette dérive n'est pas propre à la France. En Angleterre, à l'imitation des pays scandinaves , beaucoup de services publics ont été transformés en agences autonomes, supposées plus efficaces. Mais dès lors que ces agences ne produisent pas de services quantifiables et commerciaux, il est très difficile d'en mesurer l'efficacité. L’Angleterre thatchérienne a ainsi multiplié les quangos (quasi-autonomous non-governemental organisation) qui, ô paradoxe, ont contribué à soviétiser l'administration britannique.

Le moindre des paradoxes n'est pas de voir que les officines ultralibérales dont on entend les criailleries justifiées contre le niveau des dépenses publiques en France aient inspiré, au terme de réflexions généralement superficielles, des innovations qui sont directement à l’origine de l’inflation des coûts.

On pourrait imaginer que ces transformations n'aient pas de conséquences décisives dans les pays occidentaux où l'économie repose sur un capitalisme efficace. Il n'en est rien. Même si les services publics essentiels sauvent les apparences, les dysfonctionnements que nous signalons ont une sanction mesurable, elle, c'est le coût de la fonction publique. L’explosion des dépenses publiques au cours des trente dernières années, la difficulté extrême à brider leur augmentation dans la période la plus récente n'ont pas d’autre cause que la dégradation d'une fonction publique nationale, centrale, locale et quelquefois déléguée, du fait de réformes fondées sur des conceptions idéologiques dont le premier caractère est d'être fausses.

Disons le clairement, l’inflation du coût de la fonction publique au cours des dernières années n'est due d'abord ni à la démagogie des politiques (même si leur incompétence a joué), ni aux exigences des syndicats, nullement demandeurs des réformes coûteuses que nous avons évoquées, mais à des erreurs de conception de ceux qui, au nom d'une vision idéologique de la modernisation, ont présidé aux réformes. De ces dérives, les impôts sont la variable d'ajustement naturelle.

On ne raisonne pas de travers sans en payer le prix.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

[1] On ne se méfie jamais assez des lois votées à l'unanimité : ce sont généralement les plus dangereuses.

[2] La fonction ville-centre était déjà rémunérée par la taxe professionnelle des commerces qui ne faisait alors l'objet d'aucune péréquation

[3] 36 681 communes en 2014

[4] Il y a eu toujours 20 % de tire-au-flanc dans la fonction publique, guère plus . Qui se plaint en France que les agents des impôts manquent de zèle ?

[5] Parmi eux, les agent du Trésor, le seul service qui ait été supprimé pour se fondre dans le personnel beaucoup plus nombreux des Impôts, orienté à gauche,

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 21:34

GHETTO ? VOUS AVEZ DIT GHETTO ?

http://www.libertepolitique.com/Actualite/Decryptage/Ghetto-Vous-avez-dit-ghetto

 

Manuel Vals n'a pas mâché ses mots à la suite de l'affaire Charlie en dénonçant l' « apartheid territorial, social, ethnique » à l’œuvre dans les quartiers populaires, en fustigeant « la relégation périurbaine, les ghettos », généralement musulmans .

Ghetto ? Rien que ça.  Il faudrait y  regarder de plus près  avant d'appliquer un tel qualificatif aux banlieues françaises.

A Berlin , oui, il y a un ghetto turc : des quartiers turcs sans allemands et des quartiers  allemands sans turcs. A Londres aussi,  jusqu'à un certain point . Mais à Paris ? Dieu merci une certaine mixité demeure .  Jusqu'à quand ?

Si ghetto immigré il y a en France ,  n'en déplaise à M. Vals  qui  préfère culpabiliser les Français que chercher les vraies responsabilités, c'est essentiellement en raison de la délinquance et de l'insécurité qui règnent  dans  quartiers où les immigrés sont nombreux , spécialement pour ceux qu'il faut bien appeler les indigènes, c'est à dire les Français de souche.

Tous ceux qui en ont les moyens s'évertuent désormais à quitter ces quartiers, ce qui rend d'autant plus dramatique la situation de ceux qui ne le peuvent  pas, en particulier les Français sans ressources, notamment les personnes âgées. Mais l'insécurité est également  pénible pour la grande majorité des habitants issus de l'immigration  qui souhaiteraient  eux aussi y  vivre tranquillement. 

Le premier  moyen de réduire les ghettos est donc que les forces de police reconquièrent  les "territoires perdus de la République".  Si la sécurité représente   80 % du problème de la  ségrégation,  de nombreuses logiques administratives , parties des meilleures intentions, génèrent aussi un sentiment  de ségrégation.   

C'est le cas de la loi Boutin  du 25 mars 2009   réformant le  logement social. Cette loi tend à pousser hors du parc social tous ceux qui se  trouvent  au-dessus du plafond de ressources. On sait que les plafonds de ressources sont limitatifs à l'entrée,  mais qu'une fois  la famille logée en HLM, elle peut y rester  même si ses ressources augmentent  dans le courant de sa vie, ce qui est cas le plus général.  Une grande partie des locataires , les plus anciens, généralement nationaux, se trouve donc au-dessus du plafond de ressources. La rationalité administrative   à l'état brut impose que les subventions de l'Etat dont bénéficient les sociétés  HLM ne profitent  qu'à "ceux qui en ont vraiment besoin"  et que donc que l'on chasse par différents moyens  ( surloyers etc.) ceux qui ont atteint ou dépassé le  plafond  . Il est aisé de comprendre  que cette politique , poussée   depuis des années par l'Inspection des Finances, en éliminant  les classes moyennes du parc social, tend elle aussi  à renforcer la ségrégation, ce qui est fort dommage.

 

La perversité des zonages administratifs

 

Avec  le meilleur intentions du monde  ont été délimitées  en 1981 des ZEP ( zones d'éducation prioritaire) , devenues ECLAIR , majoritairement  peuplées d'immigrés et où les écoles reçoivent pour cela, des moyens supplémentaires.  L'existence de ce zonage a , qu'on le veuille ou non , un effet psychologique disqualifiant sur les élèves  du  quartier  et même sur leurs parents. Les jeunes qui y habitent n'étant pas plus bêtes que les autres savent qu'ils se trouvent dans une ZEP  ; ils ont ainsi  le sentiment d'une ségrégation même si elle   apporte à leur école des avantages. D'ailleurs est-ce bien d'une pédagogie de luxe que les élèves en cause ont besoin , n'est-ce pas plutôt d'une discipline plus rigoureuse  ?

Le zonage urbain dépasse largement la question scolaire . En matière de police, ont été ainsi délimitées 49 zones de sécurité prioritaire .

En matière de "politique de la ville" , il y avait jusqu'à une date récente 751 zones urbaines sensibles (ZUS), parmi lesquelles 416 zones de redynamisation urbaine (ZRU), comprenant elles-mêmes 100 zones franches urbaines (ZFU), sans compter   2 493 quartiers ciblés par les 497 contrats urbains de cohésion sociale.  Rien que ça !

Une réforme récente a  tenté de simplifier ces zonages : en lieu et place des différents périmètres que nous venons d'évoquer , sont identifiés  1300 quartiers sensibles. Mais le principe d'un zonage subsiste.

Ces zonages s'ajoutent à d'autres, plus anciens,   qui ont  eu , eux aussi,  des effets pervers moins connus . Ainsi les plans d'urbanisme qui tendent   depuis  longtemps à séparer les  zones d'activité des zones d'habitation et, parmi celles-ci, en fonction du COS, les zones pavillonnaires et les zones d'habitat collectif.

Zoner, ça fait rigoureux, ça fait technocratique. Mais le résultat  est , qu' on le veuille ou non, toujours psychologiquement désastreux.

Comment un  jeune qui sait qu'il se trouve ans une ZEP, une ZSP, une ZUS, une ZRU et une ZFU  ne se sentirait -il pas quelque part victime d'une sorte d'apartheid , au moins psychologique ?  

Il serait tellement plus subtil de mettre fin une fois pour toutes à tous ces zonages , tout en demandant aux différentes administrations concernées de garder une différenciation des moyens et des actions mais de manière  pragmatique, non systématique et surtout non écrite.

Combien de problèmes sociaux naissent ou sont aggravés par  un excès de rationalité administrative ?   

 

                                                           Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 21:32

LE BREXIT A SAUVE LE BIPARTISME AU ROYAUME-UNI, MAIS PAS DANS LE RESTE DE L'EUROPE

http://www.causeur.fr/brexit-nigel-farage-grece-espagne-39547.html

Dieu sait combien on a entendu dans les milieux de la bienpensance européenne que David Cameron avait été irresponsable d'organiser un référendum sur le Brexit. "Quelle idée de consulter le peuple sur une affaire aussi grave !  Nous n'en serions pas arrivés là s’il ne l'avait pas eue".

Cameron a certes défendu le Remain mais le Brexit l'a emporté. Or pas de référendum, pas de Brexit.

C'est oublier dans quel contexte a été prise la décision de consulter   le peuple britannique sur le maintien dans l'Union européenne. David Cameron n'avait pas le choix. S'il n'avait pas promis un référendum lors des dernières élections, l’UKIP de Nigel Farage, parti nationaliste, risquait de prendre peu à peu l'ascendant sur le    parti conservateur. Et dans le système électoral britannique, uninominal à un tour, il ne faut qu’un léger effet de balancier pour que tous les sièges   soient perdus pour le parti qui se laisse dépasser, menacé alors de sombrer. En raison de ce système, l’UKIP, presque partout devancé par le parti conservateur ne pouvait avoir de députés qu’au Parlement européen, élu, lui, à la proportionnelle. Farage n’avait réussi à arracher pour lui-même aucune circonscription. Ils les auraient toutes eues si la promesse du référendum n'avait relâché la pression qui s’exerçait en faveur de son mouvement.

C'est ainsi qu'a été sauvé le parti conservateur dit tory, le plus vieux parti du monde, puisqu'il   existe depuis le XVIIIe siècle.

C’est aussi ainsi qu'a été sauvé le bipartisme à la britannique. Ce système n'a connu en trois siècles qu’une mutation : dans l'entre-deux guerres, alors que les tories se maintenaient, les   travaillistes ont   supplanté les libéraux, qui ne sont plus aujourd’hui qu'une survivance.  

Après la victoire du Brexit, on a pu voir comment le parti conservateur a refait rapidement son unité derrière le nouveau premier ministre Teresa May.

La force du parti conservateur a été de laisse subsister en son sein (et même au sein du   gouvernement) des européistes et des eurosceptiques, et cela malgré le climat de quasi-guerre civile qui a régné entre les deux camps, comme toujours sur les enjeux européens, pendant le référendum.

 

L'Europe fait éclater le paysage politique

 

S'il n'y avait pas eu de référendum, nul doute que serait arrivé au Royaume-Uni ce qui est déjà arrivé en Italie, en Espagne, en Autriche, en Grèce : l'éclatement du bipartisme traditionnel au bénéfice de nouveaux partis. En Italie, la démocratie chrétienne et le parti communiste ont pratiquement disparu. En Espagne, le PSOE et l'Alliance populaire sont très affaiblis. L'Autriche avait vu depuis la guerre une alternance régulière des sociaux-démocrates et des chrétiens-sociaux. On a pu voir comment ces deux partis se sont effondrés aux dernières élections présidentielles pour ne laisser face à face au second tour qu’un candidat nationaliste et un candidat écologiste.

On disait que l’Europe de Bruxelles   faisait éclater toutes les structures préexistantes : les Etats au bénéfice de régions, la démocratie au bénéfice de la technocratie ; il se peut qu’elle soit à présent en train de faire éclater, les uns après les autres, les systèmes politiques des différents pays membres, ce à quoi la Grande- Bretagne a voulu échapper.

Et c'est ce à quoi la France n'échappera pas tôt ou tard, dès lors que le processus européen poursuit sa course et que les partis qui ont   dominé jusqu'ici la scène politique   française, l'UMP et le PS, à la différence du parti conservateur britannique (et dans une certaine mesure du parti travailliste), ne tolèrent pas en leur sein de divergences au sujet de l'euro et de l’Europe.

C'est bien en effet ce qui se passe en France. Mélenchon, eurocritique, se trouve depuis longtemps relégué à l'extrême gauche.  Chez les Républicains, un Jacques Myard, eurocritique aussi, a été éliminé des instances dirigeantes lors de leur dernier renouvellement. Sur les six candidats principaux à la primaire des Républicains, Sarkozy, Juppé, Fillon, Le Maire, Mariton, Kosciusko-Morizet, aucun ne remet véritablement en cause le cadre européen. Myard et Poisson qui le remettent en cause   ne jouent pas le premier rôle.  Alors même que les militants, eux, sont très partagés entre les deux options, sur une base d’environ moitié-moitié.

En ne tolérant pas les minorités eurocritiques en leur sein, les partis dominants ont cru renforcer l’Europe de Bruxelles.  En réalité, ils l’ont affaiblie. Le résultat de leur attitude est que la critique de la construction européenne, très populaire, faute d'exutoire dans les partis classiques, s'est cristallisée dans les partis hors-système, Front national en tête, ce qui pourrait bien faire éclater le système.

Ce que le Royaume-Uni a évité par le référendum sur l'Union européenne, c'est aujourd'hui ce qui pend au nez de la France mais aussi sans doute de l'Allemagne et d'autres. Pour ces pays, les échéances de 2017 pourraient bien signifier un profond renouvellement du panorama politique, tel qu'il existe depuis un demi-siècle.

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 21:24

LA DROITE NE DOIT PAS REFAIRE L'ERREUR DE 2003

Xavier  Bertrand et Christian Estrosi ont paru heureux de leur élection à la tête de deux grandes régions  françaises. C'est bien normal, d'autant que leurs chances apparaissaient fort  compromises quelques semaines plus tôt.

Ils ont remercié les électeurs de  gauche qui , en suivant  les consigne du parti socialiste  demandant à "faire barrage au Front national",   leur ont permis ce succès.

Ils ont eu  tort.

Ils n'avaient à remercier personne  sinon leurs électeurs en général. Si des électeurs  de gauche ont voté pour eux , c'était leur affaire . Ils avaient leurs raisons : choisir ce qu'ils tenaient pour un moindre mal . Ces raisons les regardaient. L'ingratitude est parfois une vertu  politique.

Bertrand et Estrosi font la même erreur qu'avait commise  Jacques Chirac.

Que Chirac ait bénéficié en 1995 et en 2002 d'un coup de pouce de certains réseaux de gauche est indubitable. Cela lui a permis de battre au second tour puis d'éliminer dès le premier  tour un Jospin qu'une  partie de la gauche n'aimait pas : passant pour honnête, il ne   paraissait pas un candidat "normal".

Mais c'est au second tour  de 2002   que Chirac a bénéficié d'un apport massif de voix  de gauche soucieux de  battre le père Le Pen dont la présence au second tour , le fameux 21 avril, avait créé un immense choc. Chirac avait été  ainsi élu avec le chiffre record  de 80 %  des voix, sans précédent sous  la Ve République.

Il déclara alors que,  se sentant une dette envers ces électeurs,  il devait tenir compte aussi de leurs aspirations et mener une poltique modérée, tirant vers le centre gauche.

Ce fut une grave erreur. Chirac était pompidolien. Après le raz de marée de l'UDR en juin 1968, Pompidou avait dit en conseil des ministres : "N'abusons pas de notre victoire". De Gaulle lui avait  répliqué  sèchement "Une victoire,   ça s'exploite".

 

Une occasion manquée

 

Avec plus de 4 suffrages exprimés  sur 5 , Chirac avait en 2002 ce qu'il n'avait pas eu  en 1995 : une légitimité assez  forte pour lancer une politique de réforme  hardies. Or cette occasion , il ne l'a pas saisie.

Au lieu de cela,   il confia  à Jean-Pierre Raffarin la charge de constituer un gouvenrment dont le principal projet, la décentralisation,  ne heurtait personne  mais se trouvait en décalage complet par rapport aux vrais problèmes des Français.

Les réformes qu'il aurait dû faire  sont bien connues puisque elles sont encore à  l'ordre du jour:  restauration des   fondamentaux de   l'école,   refonte de la justice de mineurs,  contrôle de l'immigration, révision d'un système social aussi dispendieux qu'injuste.  Au moment où, en Allemagne,  Gerhard Schröder se lançait dans  une politique de dévaluation interne , par une réduction drastique des dépenses publiques et donc des coûts, il aurait été nécessaire de faire la  même  chose chez nous pour  que la zone euro ne se trouvât  pas durablement et irréversiblement déséquilibrée. Hors une modeste réforme des retraites, rien  de tout cela ne fut fait. La  réforme  de l'éducation nationale opérée dans la discrétion par Gilles de  Robien en fin de mandat devait être abrogée par Sarkozy. Croyant ménager le peuple de gauche en s'abstenant, Chirac ne ménageait que les options idéologiques de ses états-majors

Or c'est bien de cela que pâtit la France depuis  plus de quarante  ans, de l'absence de réformes dont la plupart peuvent être qualifiées sans honte de droite.

Il fut un temps, disons de 1930 à 1980,  où une grande  partie  des réformes nécessaires pouvaient être qualifiées de gauche : elles visaient la réduction de inégalités, l'amélioration de la protection des travailleurs, l' égalité de chances à école. Un Guy Mollet y excella. La droite aurait alors eu tort de   remettre en cause ces réformes et elle ne s'y risqua pas . Ce temps  est révolu  non seulement parce que  beaucoup a été était qui n'est plus à faire, mais aussi parce que la gauche, désormais plus préoccupée du sociétal que de social et  acquise au capitalisme mondialisé, ne s'y intéresse plus. Ce qui intéresse le vrai peuple, loin de le rechercher,  elle le rejette avec mépris comme "populiste". Cette gauche est idéologique; ce  ne sont pas des progrès   concrets de la condition populaire qu'elle poursuit  mais l'application de schémas idéologiques a prion , tous plus destructeurs les uns que les autres. Combien d'hommes de gauche  reconnaissent que c'est la gauche        ( ou plutôt  les idées de gauche quelquefois appliquées par des hommes de droite  comme René Haby, ministre de Giscard )  qui a  détruit  l 'école républicaine. L'hypertrophie des budgets publics et  les transferts sociaux abusifs, combinés avec l'asservissement à la politique monétaire de Berlin  sont  une des causes du chômage , une  justice idéologique où le déterminisme entraine la négation de la responsabilité encourage la délinquance etc.

Pour faire les réformes nécessaires, qui sont souvent - pas toujours - un retour au régime ancien,  dans  ces domaines sensibles où le politiquement correct s'exprime de manière terroriste, il  ne faut pas avoir de complexes vis à vis de la pensée dominante, mais il faut aussi une forte assise politique, celle que Chirac avait après le 21 avril et dont il ne s'est pas  servi.

Comme il est  tout à  fait possible que le prochain président soit élu selon le même schéma qu' Estrosi et Bertrand, fera-t-il la  même erreur ? Ce serait encore cinq,  voire dix ans de perdus ;    la France y survivra-t-elle ? 

 

                                               Roland HUREAUX

 

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 21:21

NOTE                                                                                               20/11/2015

 

L'aide des gouvernements français aux islamistes de Syrie de 2011 à 2015 : une haute trahison   

 

Dans le concert d'indignation et d'unanimité qui a fait suite aux attentats du 13 décembre à Paris, l'opinion a-t-elle compris avec toute la clarté requise que le gouvernement français apporte depuis 2011 aux djihadistes de Syrie ( avec lesquels les auteurs d'attentat sont en relation), une aide importante  à la fois en armement non létal et létal , en conseillers militaires et peut-être même en combattants sous un statut à déterminer (troupes régulières,  services secrets, mercenaires ?) ?

M.Hollande  annonce qu'il va faire une guerre totale  aux djihadistes. Il le disait déjà après l'affaire Charlie. Mais  quelle est sa légitimité et sa crédibilité sur ce terrain  puisque ces mêmes djihadistes, il les a aidés jusqu'en septembre 2015 au moins ?   

L'affabulation que nous n'aidons que des "rebelles modérés" ( ou terroristes modérés ?)  ne tient pas. L'"Armée syrienne libre" a-t-elle jamais existé ? Ce n'est pas  sûr et , en tous les cas,  elle n'existe plus,  ou comme c'est probable , elle est une couverture de djihadistes purs et simples. Al Nosra (nouveau nom d'Al Qaida) dont Fabius disait qu'il "faisait du bon boulot" a massacré les chrétiens de Malula.  

Il faut le dire: les gouvernements français successifs ont aidé en Syrie des djihadistes et personne d'autre.

Faire éclater la vérité au peuple français  n'est pas une tactique, c'est un devoir.

L'UMP ( Sarkozy , Juppé ) ayant commencé,  ce parti  ne dira rien.

Il convient qu'une personnalité de premier plan , sans forcément exiger d'emblée la démission du gouvernement mais avec force et  clarté ,  demande une commission d'enquête parlementaire qui fasse toute la lumière sur ces faits.

Le mot de Haute trahison (qui n'a jamais eu de définition juridique précise) peut être prononcé s'agissant d'une aide à des gens qui n'ont jamais caché leur hostilité radicale à nos valeurs et qui, au demeurant, ont toujours été considérés comme des  ennemis sur le plan intérieur.

L'alibi des prétendues horreurs du régime Assad ne tient pas. Il faut faire la part de la propagande. La plupart des accusations à son encontre se sont avérées fausses ( exemple: utilisation des gaz, massacres de Homs) ou douteuses ( mort de Rafic Hariri ) . Régime laïque et tolérant, au moins sur le plan religieux, il s'est trouvé confronté à une agression islamiste cent fois plus lourde que celle que nous essuyons. Au vu de notre  propre réaction face aux événements , on devrait comprendre qu'il ait lui aussi  réduit les libertés. "Pas de tolérance pur les ennemis de la tolérance".  Erdogan vient de "bombarder son propre peuple" au Kurdistan et il a reçu le G20 sans que personne ne le lui reproche. 

 

 

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 21:11

Chers Amis,

Pendant quelques mois, j'avais négligé de publier au fur et à mesure mes articles sur  mon Blog.

Je reprends ce jour cette publication.

En raison du   retard accumulé , vous recevrez quelques dizaines d'articles d'un coup.

Je vous remercie par avance de l'intérêt que vous leur porterez.

Bien fidèlement à  vous.

Roland Hureaux

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 20:51

LE LIBRE FLOTTEMENT DES MONNAIES PEUT REMPLACER LES  PROTECTIONS DOUANIERES

 

Le débat sur le protectionnisme a été rouvert en Europe par la crise , singulièrement la  crise de l'industrie européenne, laquelle perd chaque jour un peu plus de sa substance.

Deux grands pays s'y opposent : l'Allemagne et la Grande-Bretagne, pour des raisons différentes.

L'Allemagne parce que son potentiel industriel et surtout sa capacité à contenir la hausse des coûts de production, combinés avec  la facilité pour sous-traiter dans les pays à bas salaire de l'Est,  lui permettent pour le moment de résister, mieux que d'autres,  au choc de la concurrence  asiatique . Même si certaines de ses branches industrielles, comme la sidérurgie, dépérissent aussi .

Les Allemands se gaussent volontiers  des tendances protectionnistes des Français, oubliant qu'au XIXe siècle le grand théoricien du protectionnisme, Friedrich List était allemand et celui du libre-échange, Frédéric Bastiat, français ! L'industrie allemande n'aurait pu connaitre l'essor qui fut le sien au temps de Bismarck sans une solide protection douanière.

Les Anglais, eux ont  une vraie tradition libérale et s'opposent au protectionnisme par doctrine; mais il faut savoir que  le flottement de la livre leur  permet de se défendre mieux que les autres de la concurrence.

Le débat sur le protectionnisme ne serait sans doute pas revenu à la surface sans la contrainte de l'euro: presque tous les pays de la zone euro ( sauf l'Allemagne) n'affrontent pas la concurrence internationale dans des conditions de marché normales du fait que  la plupart doivent subir le handicap  d' une monnaie surévaluée, un euro fort qui est sans doute à la mesure  de l'Allemagne mais pas à la leur. Il est donc vain de les taxer de "frilosité" car ce dont ils pâtissent, ce ne sont pas à proprement parler de l'ouverture internationale et  des  lois du marché  mais d'une situation monétaire artificielle qui précisément échappe aux lois du marché.

En effet, le libre-échange mondial serait beaucoup plus facile à supporter si  tous les pays pouvaient le faire en ajustant en permanence ou à intervalles réguliers, leur taux de change  à leur compétitivité réelle, cette compétitivité ne résultant pas seulement de leur  potentiel industriel et de la qualification  de leur  main d 'œuvre mais aussi de leur capacité à contenir l'inflation  intérieure.

 

Rétablir l'  équilibre extérieur est toujours possible si la variable monétaire est maîtrisée

 

Dans quelque situation qu'un pays se trouve sur le plan  de ses échanges extérieurs, un changement de parité  pourra toujours lui permettre de rétablir l'équilibre : une réévaluation de sa monnaie s'il est excédentaire, une dévaluation s'il est déficitaire.

Et de fait, le meilleur taux de change est sans doute celui qui  permet tout simplement à chaque pays  d'avoir des comptes extérieurs en équilibre

Ces ajustements peuvent certes être douloureux: une dévaluation renchérit le coût des produits importés, en particulier le pétrole, et donc , à très court terme, diminuera le pouvoir d'achat. Mais il ne s'agit là que d'une opération vérité : une monnaie surévaluée  donne toujours aux habitants d'un pays une rente imméritée - ayant pour contrepartie le ralentissement de la croissance et le chômage. La dévaluation, dans ce cas, n'est qu'un retour  au réel, douloureux mais nécessaire. Et d'autant plus facile à supporter qu'elle se traduira presque toujours  à brève échéance ( six mois  environ) par une relance de l'économie  .

C'est dire que si tous les pays retrouvaient une pleine liberté de fixer leurs taux de change ( nous réservons le cas particulier des Etats-Unis qui ne  sont pas tenus, du fait du rôle particulier  du  dollar, d'équilibrer leurs échanges extérieurs ) , les protections douanières ne seraient pas nécessaires, en tous les cas pour maintenir les grands équilibres. Un glissement de la monnaie  leur permettrait de vendre moins cher sur le marché mondial et donc à la fois de vendre plus et de maintenir certains secteurs menacés, au moins ceux qui se trouvent  proches du seuil de compétitivité.

Il est fréquent que ceux qui se plaignent du tout-marché, ont  en réalité, si l'on regarde bien,  à se plaindre en réalité des  entorses au marché. La logique du marché exige souvent, pour être pleinement efficace,  d' être poussée jusqu'au bout. Les Français trouveraient   la mondialisation plus "heureuse" si le taux de change de leur monnaie  (qui ne serait donc plus l'euro) était fixé , lui aussi, par le marché , ce qui n'est pas le cas , on le sait, dans le cadre contraint de l 'euro.

Si le protectionnisme n'est pas nécessaire à l'équilibre des échanges extérieurs, il peut  l'être en revanche à un Etat  qui voudrait  protéger certains secteurs stratégiques.

Le rééquilibrage des échanges au moyen  d'une dévaluation peut se faire par le dopage de certaines productions de faible niveau technique ( par exemple les produits agricoles ). Mais il  n'est pas incompatible, en théorie,   avec le sacrifice de  certains secteurs   prometteurs mais insuffisamment  développés  qui , même avec une monnaie dévaluée,  ne sont toujours pas compétitifs. Il est alors normal que la puissance publique, par souci du long terme,   veuille protéger ceux-ci  par des mesures adaptées : droits de douane ou contingents .

Un autre motif de protection particulière, dont il faut bien dire qu'il n'a hélas pas beaucoup préoccupé nos gouvernants depuis trente ans, est le  maintien de certains savoir-faire qui risquent de disparaître si les branches concernées  s'évanouissent complètement. Il ne faut pas insulter l'avenir en  passant trop vite à la trappe  ces savoirs. Il n'  aurait pas été inutile par exemple de conserver , comme témoin du passé et précaution  pour l'avenir, une ou deux mines de charbons sur le territoire français. De même qu'on ne saurait  imaginer que la France abandonne complètement toute  activité sidérurgique, ce qui est aujourd'hui un risque plus que sérieux.

Nous n'ignorons pas que les règles  tant de l'OMC que du Conseil de la concurrence de l'Union européenne s'opposent à de telles  politiques sectorielles et même à toute  politique industrielle, ce qui est regrettable.

Il y a  encore d'autres  raisons de faire quelques  exceptions au libre-échange  , par souci d'aménagement du territoire et d'équilibre régional. Malheureusement, la pression internationale et l'impéritie de nos gouvernements  tend à ce que ces préoccupations soient aujourd'hui perdues de vue  au point que la France, vieux pays agricole s'il en est,  pourrait un jour prochain n'avoir plus d'agriculteurs.

Le libre-échange et la protection ne  sauraient, quoi qu'il arrive, être tenus pour des absolus. Ce sont les touches d'un clavier sur lequel chaque pays doit  jouer la partition qui lui semble la plus propice à son intérêt national, à court terme mais aussi à long terme.

 

                                                                                   Roland HUREAUX

 

                                                 

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8 janvier 2017 7 08 /01 /janvier /2017 15:33

Qui s'en souvient ? La presse internationale avait évoqué à la rentrée 2015 qu'Angela Merkel puisse recevoir le Prix Nobel de la Paix en récompense de sa politique d'accueil, jugée aussi audacieuse que généreuse, des réfugiés du Proche-Orient. 

Cela ne s'est pas fait, et heureusement.

Le magazine Time l'avait néanmoins désignée comme femme de l'année.

Après l'horrible attentat terroriste de Berlin , tout le monde a déchanté, la chancelière en tête : ses jours à la tête de l' Allemagne paraissent désormais comptés. Déjà les évènement de Cologne du 31 décembre 2015 et quelques attentats commis depuis lors avaient montré les risques de cette politique d'accueil.

Dès le début de 2016, la roi Abdallah de Jordanie avait révélé au Sénat américain que des terroristes avaient été infiltrés dans les flux de réfugiés.

Certains tiendront la chancelière pour une bonne âme abusée. Il faut pourtant y regarder à deux fois avant de lui accorder les indulgences . Il est vrai que parmi la cinquantaine de militaires Occidentaux ( dont 22 Français) qui conseillaient les djihadistes à Alep- Est ( de la mouvance d'Al Qaida) il ne semble pas y avoir eu d'Allemands. Mais l'Allemagne de Merkel n'en avait pas moins été à la manœuvre dès la fin des années 2000 pour introduire le chaos en Syrie : action de ses services secrets, fourniture d'armes et d'entrainement ( sur le territoire turc ) aux djihadistes . Tout cela dans le cadre du plan de l'OTAN destiné à renverser le président Assad par djihadistes interposés. Plan qui a , grâce à l'intervention russe, a lamentablement échoué mais a tout de même réussi à plonger la Syrie dans une guerre qui a fait 300 000 morts et 8 millions de déplacés.

Les centaines de milliers de réfugiés qui ont tenté de gagner l'Europe à partir de l'été 2015 auraient pu prendra l'avion à Ankara ou Istamboul pour Berlin : cela leur aurait coûté 170€. Au lieu de cela, la chancelière, qui avait pourtant fait savoir quelle était prête à les accueillir, les a laissés traverser la mer Egée puis prendre la longue route des Balkans où chacun a été dépouillé par les passeurs de quelques milliers d'euros.

Même si Angela Merkel avait été naïve, loin d'être une circonstance atténuante, c'était là une faute majeure pour une femme à ce niveau de responsbilité. La naïveté est permise aux gens simples, elle ne l'est pas à la tête d'un Etat . Il n'était pas difficile de deviner que l'irruption d'un million de réfugiés ( ou "migrants") dans un pays comme l'Allemagne créerait d' immenses difficultés. Il fallait un haut degré d'irresponsabilité pour ne pas l'avoir prévu.

Pourquoi cette irresponsabilité ? En attendant que la chancelière écrive ses mémoires, ce qu'elle aura très vite le temps de faire, on n'a pas le dernier mot sur ce sujet. Pression du patronat qui avait besoin de main d'œuvre ? Mais est-il sérieux de raisonner en ces matières seulement en chiffres , sans prendre en compte les facteurs humains et culturels ? Pression d'Obama, voire des réseaux Soros ( et sa Foundation for an Open Society dont une des nombreuses filiales porte le nom de No Borders ) ? Pression et chantage d'Erdogan qui fut l'organisateur principal de l'exode de l'été 2015 ?

Mais peut-être ne faut-il pas oublier la psychologie d'Angela Merkel, qui mélangeant la générosité privée avec son devoir d'Etat, a cru faire œuvre pie en ouvrant, avec l'approbation de toutes les Eglises, toutes grandes les portes de l'Allemagne?

Pendant des siècles les princes chrétiens ont su qu'ils étaient d'abord comptables du maintien de la paix civile chez eux et que, face à cet immense devoir, les considérations de charité devaient être laissées à la sphère privée. Mais cette leçon est aujourd'hui oubliée. Nous vivons depuis longtemps sous le règne de ce que Chesterton appelait "les idées chrétiennes devenues folles", responsables de si grands malheurs. Emmanuel Todd , lui, parle des chrétiens "zombies", ce qui ne veut pas dire de mauvais chrétiens mais des gens issus du christianisme , aujourd'hui sortis de l' Eglise ( et souvent très hostiles à celle-ci) mais qui en conservent une vague sensiblerie, laquelle s'incarne en France dans la parti socialiste. Une sensiblerie idéologique qui obéit à ce Hayek appelle la loi des "effets contraires au but poursuivi ". Une étude reste à faire sur l'importance de ce phénomène dans la société contemporaine et sur les ravages qu'il y fait, jusqu'à mettre en danger la paix en Europe.

 

Roland HUREAUX

 

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