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Monsieur Roland Hureaux

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Le premier sentiment qu’inspire ce voyage de 4 jours à Moscou  est celui d’une certaine euphorie : 5 % de croissance annuels, pas de dette extérieure,  ni de déficit : qui dit mieux ?

Euphorie en tous les cas des milieux économiques français qui investissent en Russie et sont très contents de leur opération.   Ils comprennent mal  l’image négative dont pâtit ce pays en Europe de l’Ouest.

Sous réserve de confirmation,  la démographie,  point noir de la Russie nouvelle,  serait en voie de redressement. 10 000 € de prime au second enfant ; au  troisième, médailles de la Russie et logement gratuit. Les modèles sociétaux colportés par une presse du cœur sous contrôle valorisent la natalité. Le taux de fécondité serait remonté à 1,8.

Le pays se modernise  à grande vitesse ; le niveau de vie s’élève. Cette montée du niveau de vie  crée une classe nouvelle de « bobos » très critique de Poutine.

La croissance – essentiellement due à la hausse du prix du pétrole et du gaz, permettra d’augmenter le budget de défense  et de terminer de rénover un appareil miliaire encore obsolète par bien des aspects. L’achat de Mistral fut un geste politique de la Russie. D’autres occasions de vente du matériel militaire français vont se présenter.

Nous avons rencontré le rédacteur en chef de Nova Gazeta  principal journal de l’opposition libérale. Très critique des fraudes  lors de la dernière élection présidentielle,  il reconnait cependant que Poutine aurait été de toutes les façons élu mais par 55 % au lieu de 62  %,  la différence ayant bénéficié au parti communiste. Ses critiques se concentrent sur les questions constitutionnelles et  des libertés ; malgré des demandes réitérées,  il ne formule pas de critique de fond de la politique de Poutine.

Et si en France, un journal quotidien en rupture totale avec la pesée unique comme ce journal l’est avec Poutine, tirait à 1, 2 millions d’exemplaires ? La liberté d’expression y serait vraiment assurée : on croit rêver.

La politique de Poutine : beaucoup de pragmatisme. En matière économique, mariage de l’intervention de l’Etat et du capitalisme libéral. En matière diplomatique,   volonté d’affirmation nationale et  pragmatisme : les Russes s’abstiennent  par exemple  de vendre des fusées hautement performantes à l’Iran à condition qu’Israël leur vende des drones.

Sur la politique de l’ OTAN, la Russie appuie l’intervention en Afghanistan mais est très critique de l’action de l’OTAN en Syrie et du projet de bouclier antimissiles.

Sur la Chine : officiellement de bonnes relations mais « n’en parlons  jamais, pensons-y toujours ».

La Russie de Poutine ressemble à la France des années soixante : un Etat fort et pragmatique promouvant le développement économique et soucieux d’affirmation nationale. Une critique virulente du « pouvoir personnel » dans certains milieux.

La Russie est à la fois en voie d’occidentalisation (sur le niveau de vie, les mœurs) et ne l’est pas (résiste à la fascination américaine, exalte l’orthodoxie).

Si elle continue sur cette trajectoire, elle sera dans 5/10 ans la puissance dominante en Europe. Il faut s’y préparer.

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