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Roland HUREAUX

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15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 16:36

 

François Hollande a cru bon de proclamer à Dakar la « fin de la Françafrique ». Prise de position  paradoxale  au moment où le monde entier, en particulier les  puissances,  Etats-Unis,   Chine , Russie,  Israël  ( et même Al-Qaida ! ) investit comme jamais l’Afrique et où celle-ci connait, dans  un contexte  de récession mondiale une croissance de 5 % l’an .

La Françafrique (nous entendons par ce mot l’existence de liens privilégiés entre la France, ses anciennes colonies et d’autres pays d’Afrique) , si dénigrée, a  pourtant réussi à préserver longtemps  une paix relative dans nos anciennes colonies subsahariennes.

Rappelons qu’en dehors du Cameroun, la décolonisation  y fut partout  pacifique. Rien de comparable  à ce qui s’est  passé en Algérie, au Kenya, en Rhodésie, Angola, Mozambique etc. Même la Guinée de Sekou Touré , qui voulut  rompre avec la France,  put le faire  sans drame.

 

Une réussite ignorée

 

Une étude  du Quai d’Orsay de 1997, restée de manière étonnante sous le boisseau,  faisait la comparaison du  nombre de victimes des guerres ( y compris les victimes collatérales : famines, épidémies, ayant causé des décès ) par anciens domaines coloniaux. Cette comparaison démontrait que les anciennes colonies françaises s’étaient trouvées  beaucoup  plus favorisées que les autres: 50 000 victimes (essentiellement au Tchad)   pour 115 millions d’habitants   soit      0,35/1000h . A comparer avec les anciennes colonies britanniques :   2 500 000 victimes pour 315 millions d’habitants ,        soit     7,9 /1000  h , les anciennes colonies belges :    2 000 000 victimes  pour   60 millions d’habitants      soit     33   /1000  h ;  les anciennes colonies portugaises :    1 200 000 victimes pour  30 millions d’habitants ,     soit    40  / 1000  h  et les autres pays (anciennes colonies italiennes  ou espagnole, Ethiopie, Liberia):    1 000 000 victimes  pour   73   millions d’habitants  soit    13,6  /1000  h . Même si ces données sont nécessairement imprécises (rien de plus difficile que de connaître le nombre exact de victimes des  guerres ou de  massacres, pas seulement en Afrique), les écarts sont tellement  énormes qu’on ne saurait  les récuser. 

Depuis lors, le bilan des anciennes colonies françaises s’est dégradé, du fait des guerres civiles du Congo-Brazzaville et de Côte d’Ivoire mais ces dernières n’ ont pas fait, chacune,  plus de 20 000 victimes,  à comparer avec les désastres du Soudan ( Darfour : plusieurs centaines de milliers ) et du Congo –Kinshasa( 4 millions de morts  au Kivu à partir de 1995 ) .

Les pires massacres africains : Biafra,  Soudan, Ethiopie, Ouganda, Rwanda, Zaïre, Angola, Mozambique, Sierra Leone, Libéria, Guinée équatoriale ont tous eu lieu  hors   de l’ancien domaine français.  Ceux que l’on a reprochés à un Bokassa, furent, à côté, anecdotiques.

Depuis l’indépendance, les anciennes colonies françaises ont pu, en raison des accords de défense conclus avec la France, réduire a minima leurs dépenses miliaires  (environ  1 % du PIB) alors que les autres pays dépensaient entre 2 et 4 % : autant de gagné pour le développement.

La zone franc, si elle fut  parfois un frein à la croissance, a assuré dans l’ensemble la stabilité économique.

 

Un travail de sape qui n’a jamais cessé

 

Malgré cette réussite, la « Françafrique » – une expression que l’on pourrait trouver sympathique en soi mais qui est généralement utilisée de manière péjorative, fait  l’objet depuis quelque trente ans d’un  travail de sape incessant qui a fini par atteindre  sa cible

Ceux qui ont critiqué cette collusion, selon eux malsaine, entre la France et ses anciennes colonies, se sont d’abord  fondés sur la corruption des nouveaux Etats africains.  Comme s’il n’  y en avait pas autant  dans le reste de l’Afrique,  ou même  du monde ! L’argent africain a parfois  circulé dans la politique française, mais celui d’autres grands intérêts aurait-il meilleure odeur ?

La critique  systématique des liens privilégiés entre la France et l’Afrique a paru venir  au premier  abord des milieux français anticolonialistes et anti-néocolonialistes (une association comme Survie en a fait son fonds de commerce). Mais cette critique  a toujours eu un  large retentissement dans le monde anglo-saxon. Elle y a peut-être même son origine. La collusion jamais démentie, autour de bons sentiments hypocrites, de  l’hégémonisme américain et du gauchisme français constitue, dans les affaires africaines,  une des grandes données des quarante dernières années. Le but des Etats-Unis (au moins de certains courants  influents à Washington) était clairement l’éviction de la France de l’Afrique. Les accusations portées contre nous ont eu  d’autant plus d’impact que  nos gouvernements, tétanisés, n’ont  jamais cru devoir y répondre. Ces accusations furent largement relayées dans la presse. La plupart des africanistes, universitaires ou journalistes, ont ainsi  baigné pendant des années  dans le marigot américano-gauchiste.

La critique de  la Françafrique est devenue un thème  « politiquement correct » en France même : aujourd’hui la justice  française  intente des procédures pour « bien mal acquis » à  l’encontre de  tel ou tel  chef d’Etat africain et François Hollande déclare qu’il n’y fera pas obstacle  mais quel procureur osera s’en prendre aux émirs du Golfe ?   Ces poursuites  ont entraîné une méfiance des présidents africains à l’égard de la France. Houphouët était une personnalité du tout Paris,  mais  Biya préfère la  Suisse. Bongo est mort à Barcelone et son fils se tourne vers l’espace anglophone. Les dégâts de ce moralisme  stupide sont considérables.

On a aussi critiqué les interventions militaires de la France au cours des quarante dernières années. Mais ces interventions,  de pair avec les accords de défense,  furent globalement  un facteur  de stabilité. Et, avec le recul, il est clair que si la France n’avait pas reculé devant des opérations limitées au Rwanda (1994)  et au Kivu (1996), près de cinq millions de vies africaines eussent  été sauvées. Le travail d’intimidation avait déjà  fait, hélas,  son effet.

Au Sahel, si la France ne prend pas ses responsabilités, qui  le fera à sa place ?

Le parti socialiste, qui n’est plus celui  de François Mitterrand, étranger, lui,  à ce dénigrement malsain, est,  avec les Verts,   celui où règnent les idées les plus sommaires sur les relations franco-africaines.  La position de   François Hollande  reflète  ces préjugés.

Non, il est moins opportun que jamais pour la France de relâcher ses liens   avec l’Afrique,  singulièrement ses anciennes colonies. Au moment où  ce continent revient au premier rang du jeu des puissances, ce serait, selon l’expression de Hainalka Vincze,   un « suicide géopolitique ».

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

Chaque fois que le franc CFA était surévalué

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commentaires

Albertini 20/10/2012 12:02


Au cas où je me serais mal exprimé, je précise que mon propos,et notamment la fin, ne vise en aucune façon M.Hureaux.

Albertini 18/10/2012 11:47


Merci, M. Hureaux, pour l'air frais que vous apportez sur ce sujet.


Le suicide collectif des français (sans majuscules) nécessite en effet,outre la destruction intérieure de la France, celle extérieure (comme vous le dénoncez justement,"le travail de sape", dans
ce domaine comme dans d'autres, ne date pas d'hier.


P. Messmer écrivait:"si les Français décidaient un jour de se suicider collectivement[plus exactement c'est la France qu'ils "suicident"], il serait difficile de les en empêcher."


Cordialement


P.Albertini


On m'accuse souvent de défaitisme, c'est archi-faux. Refuser de voir ce qui est n'est pas non plus un  facteur de victoire.