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Roland HUREAUX

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21 novembre 2013 4 21 /11 /novembre /2013 07:45

Publié dans Le Figaro du 14/11/2013

 

Les  manifestations du 11 novembre hostiles au chef de l ’Etat  aux Champs Elysées et à Oyonnax n’expriment  pas seulement, parmi d’autres frondes, l’usure d’un homme, mais aussi celle d’une idéologie, la   social-démocratie libérale libertaire,   dont la « chute finale »  pourrait s’apparenter à celle du communisme en  1990.  

Tout ce que la République, même anticléricale, avait  autrefois  préservé : la famille, la nation, la morale, la  justice, l’histoire, la différence sexuelle, l’instruction publique est aujourd’hui remis en cause avec rage. Même  la laïcité   est  atteinte :   la présence ostensible des plus hautes autorités de la  République aux cérémonies de la fin du Ramadan, au mépris   total de la loi de 1905,  contraste avec le dédain officiel de l ’Eglise catholique, exacerbé par la loi Taubira,  comme si  l’épicentre  du nouveau socialisme n’était plus la laïcité mais la haine  de l’Eglise catholique.

L’attrition  des grands symboles nationaux sous l’égide de François Hollande: le drapeau tricolore escamoté, la repentance tout azimut, la servilité de notre  diplomatie, la réduction continue des crédits    militaires, les sarcasmes d’une Aurélie Filippetti à l’égard des Français d’origine, tout cela blesse   chaque fois une partie de la nation.  

L’illusion  du rapprochement  gauche-droite

La  Fondation Saint-Simon avait prévu  dans les années quatre-vingt une convergence économique et sociale de la droite modérée et de la  gauche raisonnable   vers   une sorte de  fin de l’histoire à la  française. Cette convergence a eu lieu. Mais, contrairement aux prévisions, les haines se sont exacerbées. Encore imprégnés de marxisme, ses promoteurs n’ont pas vu qu’une  révolution culturelle  et anthropologique  telle que la  mène   le gouvernement actuel  va bien plus loin  que  la  nationalisation des grandes entreprises. Ils ont  aussi   sous-estimé le degré de radicalisation du nouveau parti socialiste, qui l’amène à une révolution encore plus totale que celle que l’on craignait,  à tort,  au temps du programme  commun.

Une révolution à  contretemps ;  comme les nationalisations de 1981 venaient au début du grand retour du libéralisme, les réformes promues par la gauche libertaire  de  2012,  heurtent de front le   reflux de    la vague libertaire issue de 1968.

 Les deux volets de l’idéologie dominante, le libéral et le libertaire  ne sont pas indépendants : les Etats-Unis d’Obama  poussent  autant au mariage homosexuel qu’à un traité de libre-échange généralisé. Bruxelles est aussi ardente à effacer les traces des racines chrétiennes de  l’Europe qu’à réduire les quotas des pécheurs français.  

Pourtant  la sociologie disparate des différentes protestations a pu un moment rassurer le pouvoir. L’épicentre de la  Manif pour tous n’était –il pas la bourgeoisie pro-européenne de l ’Ouest parisien, une France qui  a plutôt profité de la   mondialisation ?  Les couches les  plus touchées par celle-ci,  au contraire, reléguées dans le petites  villes et les villages,  dont Jean Lassalle  dans sa marche, a pu constater l’hostilité  violente  à l’Europe,  sont  restées  indifférentes  aux enjeux sociétaux.   

 Longtemps résignées, elles viennent de se réveiller, à partir de la Bretagne,   sous la forme d’un collectif associant paysans, pécheurs, petits patrons et  ouvriers,  régionalistes.

 Plus souterrain, mais non moins puissant,  le réveil identitaire  tend à exacerber  l’hostilité à l’immigration et surtout  à l’islam.  Il justifie la dénonciation de l’extrême droite par le pouvoir, désormais aussi rituelle que celle  de l’impérialisme par l’Union soviétique.

 

Vers une convergence des protestations ?

Voilà pourtant que  s’esquisse une convergence entre les différents mécontentements. Significativement, le mouvement social est parti  d’une gauche  postchrétienne  typique de l’Ouest aux attentes d’autant plus naïves par rapport  au  pouvoir socialiste qu’elle s’y est ralliée tard.  Convergence aussi des   méthodes : les comités d’accueil  des bonnets rouges ressemblent à ceux  du Printemps français. Pour blâmables qu’elles soient, les manifestions d’hostilité au président du 11 novembre ont rapproché, sinon mêlé les extrémistes deux camps.  

Si elle se confirmait, cette convergence verrait le   gouvernement entrer dans une zone de turbulences majeure. Il fallait l’impopularité extrême de Nicolas  Sarkozy  pour ramener   au pouvoir  un parti socialiste  déjà en décalage profond par rapport aux  attentes des Français.  Hollande n’a pas vu ce décalage.  Il  y a de fortes chances que le prochain  président  ne soit pas socialiste ;  il est même envisageable qu’il n’y ait plus de président socialiste après Hollande.  

 

Roland HUREAUX

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