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Roland HUREAUX

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23 août 2014 6 23 /08 /août /2014 07:56

Article publié dans Marianne le 8/08/2014


Cela arrive hélas de plus en plus souvent en matière de politiques publiques :   la réforme territoriale projetée par le gouvernement  Valls  part de présupposés qui sont tous faux.

Nos régions seraient trop petites par rapport à celles de nos voisins européens ? La population moyenne de nos 21  régions métropolitaines ( à Corse exclue )  est de 2,9 millions d’habitants ;  celle des  20  régions italiennes de 2,9 millions aussi. Celle des 17  communautés  espagnoles de  2,5 millions.

Reste l’Allemagne : en moyenne,  ses 15 länder ont 5 millions d’habitants, mais comme ils sont très inégaux, sait-on que  8  sur 15 sont plus  petits  que la moyenne française ? Et  si l’on ne considère que les 6 länder de l’ancienne Allemagne de l’Est,   découpés  après  la réunification, leur moyenne est de 2, 5 millions seulement.  

On peut  aller plus loin : aux  Etats-Unis,  20 Etats sur 50 ont moins de 3 millions d’habitants sans qu’il soit question de  regrouper quoi  que ce soit !

La France aurait surabondance de niveaux  administratifs ?  Le fameux « millefeuille français »  répété en boucle  depuis 25 ans  sans que personne, apparemment, ne se soit avisé d’aller voir ailleurs !

La vérité : l’Allemagne,  l’Italie, l’Espagne ont, comme nous,   des conseils  locaux élus sur trois niveaux : un landstag, un conseil régional  ou de communauté, un conseil de district (kreis) ou provincial,   et des conseils municipaux. Seule particularité française : nos  conseils communautaires qui ont pris de l’importance très récemment aux dépens des conseils municipaux sans être arrivé (et heureusement !) à s’y substituer.  Cette complication, la seule  résulte de la loi Joxe  de 1992 qui visait… à simplifier ! 

Quant à  l’Angleterre, elle a  4 niveaux (régions,  comtés, districts, paroisses) mais la région rajoutée par Tony Blair  est embryonnaire et la paroisse résiduelle : seuls comptent les  148 bourgs (urbains)  ou comtés (ruraux), sensiblement plus nombreux, on le voit,   que nos départements.  

 

Au départ : quelques idéologues fumeux

 

Cette affaire ridicule de réforme territoriale est en fait  sortie d’un tout petit groupe  d’idéologues  socialistes en mal d’idées et  germanolâtres,  comme le sont beaucoup de nos compatriotes, surtout de gauche,  qui , depuis vingt-cinq  ans,  font une campagne  insensée pour  regrouper  les régions  et supprimer le département.

Esprits superficiels, ils sont partis d'une illusion :   le hasard a fait que les plus grosses entités de nos voisins,   en Allemagne ( Rhénanie Nord-Westphalie : 17, 8 millions d’habitants,  Bade-Wurtemberg :  10,7  , Bavière 12, 5 ) , en Italie ( Lombardie : 9,8 millions), en Espagne ( Catalogne : 7, 5 millions) - à comparer d’ailleurs avec l’Ile-de-France :  11,8 millions )  ne  sont  pas loin de nos frontières.  Et on n’est pas allé voir plus loin…

Tous  nos voisins ont  en revanche veillé  à respecter les solidarités  historiques. Si la Bavière est  un  gros  land,  ce n’est pas  parce qu’en Allemagne tout est kolossal, c‘est parce que la Bavière a une histoire, comme l’Alsace, comme le Limousin, comme  la  Picardie.

Ceux qui découpèrent  nos régions  en 1964 eurent   le même  souci de retrouver le contour  des  anciennes provinces, conscients que si la Franche-Comté et la Bourgogne  sont deux petites régions,  l’histoire leur a donné un caractère différent . On ne refait pas un  travail de ce genre tous les cinquante ans  surtout s’il a été bien fait.   Et que dire des coûts ? Quand le ministre Vallini annonce de 15 à 25 milliards d’économies à attendre, on est en pleine fantasmagorie. Le précédent de l'intercommunalité : (200 000 fonctionnaires de plus !) n'est pas encourageant. Sait-on qu'en  matière de gestion publique, à la différence du  secteur privé, les fusions de services entraînent toujours des coûts supplémentaires  ?   

La réforme projetée sera non seulement inutile et coûteuse mais inhumaine :  les misères plus profondes se trouvent aujourd'hui  non pas en  banlieue parisienne mais  dans le Massif central, et on priverait  ce dernier de  ses deux capitales régionales !

Alors pourquoi ce branle-bas ? Les idéologues dont nous parlions ne se sont pas contentés d’agiter le thème  des grandes régions dans des centaines de colloques, de commissions, de tribunes jusqu’à ce que cette absurdité soit prise au sérieux. Ils sont aussi allés à Bruxelles,   à l’OCDE,   au FMI, dénoncer inlassablement  nos régions trop petites et le prétendu    millefeuille  français. A force, on les a crus.  Et quand M.Valls veut donner à  l’Europe  l’illusion qu’il fait  de vraies réformes,  il met en branle  le big bang territorial, en attendant  que nos interlocuteurs européens s’aperçoivent que, à son habitude, il leur aura vendu  du vent.  

 

Roland HUREAUX

 

 

 

Seule erreur à notre sens dans le découpage  de 1964  :  la division entre Haute et Basse Normandie  qui n’a pas lieu d’être.

Sans diminution des effectifs des communes, bien entendu .

Les exemples abondent: Pole emploi  ,  DGFP, France-Télévision,  rapprochement Police-Gendarmerie . Il ne s'agit pas de coûts provisoires mais durables . 

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