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Roland HUREAUX

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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 09:20

 

Les gourous, toujours les mêmes : Alain Minc, Jacques Attali et quelques autres à qui les gouvernements de droite ou de gauche demandent des propositions de réforme,  ne se fatiguent pas : ils font le tour des ministères et prennent les idées qui y traînent parfois depuis des lustres et qui  n’ont jamais  été appliquées.

Ce ne sont évidemment  pas les meilleures car, si elles étaient bonnes, on les aurait déjà  mises en œuvre : ce sont les vieux  « rossignols » qui ont échoué ou se sont heurtées à trop forte résistance. Conformément au principe que les peuples ont toujours tort et les technocrates raison, les «crânes d’œuf » ressortent ces mauvaises  idées en espérant les faire passer   à l’usure.

Ainsi de la mise sous conditions de ressources des prestations familiales : Juppé en 1995, Jospin en 1997 tentèrent de l’instaurer mais se heurtèrent, chaque fois,  à une  vive opposition, non seulement  des associations familiales mais de l’opinion, généralement plus éclairée que les augures  que nous évoquons.

Le rapport Attali II  reprend cette idée treize ans après.  Luc Ferry rebondit dessus dans Le Figaro (1) pour la présenter comme une « évidence » : rien moins !

Il ne faut pas se lasser, face à cette nouvelle offensive, de mettre sous les yeux de ceux qui nous gouvernent  les arguments décisifs qui en font au contraire  une mauvaise idée.

Le principal est que la politique familiale à la française telle qu’elle a été instaurée non point par Pétain, comme le croient les ignorants,  mais par les assemblées de la Libération, à majorité de gauche,  était fondée sur le principe de la nécessaire solidarité entre les familles qui ont des enfants et celles qui n’en ont pas ou peu.  Cette solidarité n’est que la juste contrepartie de la solidarité qui s’instaure, au travers des retraites  par répartition, entre les anciens qui ont eu des enfants et ceux  qui n’en ont pas eu.  La mutualisation de la charge du troisième âge implique celle, au moins partielle,   du premier âge.

C’est  parce qu’elle  a, mieux que d’autres, compris cela, que la France a aujourd’hui le taux de fécondité le plus élevé d’Europe, même si on ne tient pas compte des immigrés. 

Dans cette perspective, la politique familiale n’est pas, comme le voudrait Attali,  une marque de solidarité en faveur des plus démunis, une « charité », mais une mesure de justice, une reconnaissance de la société, qui ne saurait être liée   au niveau de revenu.  La considérer comme une politique purement sociale, ce serait   la disqualifier. Ce serait surtout disqualifier ceux qui en seraient les bénéficiaires.    Les prestations familiales ne seraient plus perçues comme un droit  lié à la citoyenneté mais    comme un signe d’infériorité sociale.   La  famille nombreuse en tant que telle qui se verrait  stigmatisée. Sachant que les familles nombreuses de faible revenu sont en majorité constituées d’immigrés, attirer l’attention sur ce qu’aurait d’absurde une concentration des prestations familiales à leur bénéfice,  ce  n’est pas , comme le prétend le même Luc Ferry (2), parler comme le Front national mais au contraire mettre en garde contre un motif supplémentaire qu’aurait une partie de nos compatriotes de se porter à l’extrémisme.

Il y a bien d’autres arguments à l’encontre de cette proposition : si l’on rapporte les mesures prises depuis trente ans en faveur des hauts revenus (niches fiscales, abaissement des tranches les plus élevées, bouclier fiscal ) et au détriment des familles ( plafonnement  du quotient familial, RDS taxant les prestations , transferts de la branche famille vers la branche vieillesse) , c’est , parmi les contribuables de  la classe moyenne , un transfert continu  qui se sera opéré de ceux qui ont charge d’enfants vers ceux qui n’en ont pas. Même  l’allègement des droits de succession  profite bien davantage aux enfants uniques qu’aux familles nombreuses. La mise sous conditions de ressources des allocations familiales ne ferait qu’aggraver cette dérive, typique d’une société égoïste et vieillissante.  

Rappelons  enfin que cette mise sous conditions de ressources, dans le pays qui l’ont mise en place, comme l’Espagne ou  l’Italie, fut  le  premier stade d’un démantèlement pur et simple de la politique familiale, dont on connaît les conséquences dramatiques  pour ces pays.

L’équilibre démographique, tout relatif,  de la France demeure fragile.  Le  processus d’intégration l’est encore davantage. Une mesure qui mettrait en péril l’un et l’autre  est rien moins qu’  une « évidence » !  

 

Roland HUREAUX

 

 

 

1.      Le Figaro, 28 octobre 2010

2.      Le Figaro, 18 novembre 2010

 

 
 

 

 

 

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Published by france
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