Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Roland HUREAUX

MrHureaux

Recherche

Articles Récents

Liens

31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 18:00

Article paru dans Marianne2

 

Le 7 octobre dernier,  s’est produit à Lyon un événement de la plus haute  importance  pour l’avenir de l’euro et  peut-être même de l’Europe.

Un panel d’économistes de premier rang,  français et allemands, ont débattu pendant une journée de la crise de l’euro et des moyens d’en sortir : plus exactement de l’organisation monétaire qu’il convient de substituer à l’euro, dont l’éclatement est apparu  inéluctable aux  participants.

Côté français,  Gérard Lafay,  ancien économiste du Plan,   Jean-Jacques Rosa, professeur à Dauphine, Jean-Pierre Vesperini, membre du  Conseil d’analyse économique,  Gabriel Colletis, professeur à Toulouse et  André Vianès, de  Lyon,  se sont partagé la tribune.

Côté allemand , une délégation de haut niveau comprenant le Professeur Joachim Starbatty de l’Université de Tübingen, Wilhelm Nölling, doyen de l’Académie des sciences politiques de l’Université de Hambourg, ancien député ( SPD ) et membre du conseil de la Bundesbank et Bruno Bandulet, consultant indépendant et éditeur  à Münich , ancien  collaborateur du président du  Land de Bavière (CSU).  

Certains des  Allemands présents à ce colloque participent au groupe  qui a entrepris autour du juriste  Karl Schachtschneider de contester les plans de soutien à la Grèce auprès du Tribunal constitutionnel de Karlsruhe .

Les débats ont mis en relief les contradictions internes de l’union monétaire européenne, dont les  chances de succès, à supposer quelles aient existé,  ont été obérées au départ par la féroce déflation des coûts salariaux menée par le gouvernement Schroeder en Allemagne  et par la politique de l’euro fort consécutive à l’arrivée de Jean-Claude Trichet à la tête de la Banque centrale européenne en novembre 2003 :  son prédécesseur Duisemberg avait eu soin au contraire de maintenir  le cours de l’euro au plus bas et donc à portée des pays  les plus vulnérables.

Parmi les solutions alternatives, les participants ont envisagé, sans en exclure aucun, différents scenarios, depuis le plus libéral :   retour au monnaies nationales avec flottement généralisé,  jusqu’aux plus structurés : monnaie commune, nouveau système monétaire européen de parités fixes et ajustables, sans oublier la possibilité d’une Europe multizone ( un euro du Nord et un euro du Sud), qui pose la question de ce que serait la place de la France.  Les participants au forum ont promis de se revoir pour examiner notamment comment pourrait s’opérer une sortie ordonnée de l’euro.

Contrairement à la doxa officielle  qui tend à opposer aux Allemands,  premiers de la classe,   les Français mauvais élèves de l’euro ,  l’opposition à l’ euro est au moins aussi forte en Allemagne qu’en France, non seulement dans l’opinion mais aussi parmi les experts : les positons du  Pr Hans Werner Sinn, président de l’IFO de Münich, le plus important institut de recherche économique allemand  sont ainsi de plus en plus critiques vis-à-vis de la monnaie unique.

Mais face à cette division de l’opinion, le prisme politique a, des deux côtés du Rhin, le même effet déformant : l’opposition ouverte à l’euro est cantonnée aux partis extrémistes ( surtout  l’extrême gauche en Allemagne)  et à quelques personnalités atypiques  du « mainstream » , les participants allemands (et naturellement français)  au colloque de Lyon se rattachant à celles-ci. Mais dans les partis classiques, UMP et PS ici, CDU et SPD là,   la pression de la pensée unique est au moins aussi forte en Allemagne qu’en France. C’est pourquoi les eurocritiques allemands comptent beaucoup sur les Français : « L’Allemagne a provoqué d’immenses dégâts en 1914, elle a détruit l’Europe en 1940, elle ne peut se permettre la moindre initiative qui pourrait laisser penser qu’elle veut mettre à bas  l’édifice européen actuel  : c’est aux Français de prendre l’ initiative », dit un des participants allemands. « Si on regarde les chiffres de PIB, l’euro, c’est d’abord l’Allemagne et la France, les autres ne comptent guère, c’est à eux qu’il convient de prendre les choses en mains », dit un autre. 

Aussi curieux que cela paraisse, après cinquante ans de construction européenne marquée par le primat de l’économie, le monde des économistes français et celui des économistes allemands s’ignorent largement. Qu’une rencontre de ce type ait pu avoir lieu sous les auspices non point de la monnaie unique  mais du souci de la dépasser  n’est un paradoxe qu’en apparence. Il pourrait montrer que la fin de l’euro ne signifie pas nécessairement la fin d’une Europe fondée sur une étroite  coopération franco-allemande.

 

Roland HUREAUX

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article

commentaires

JEAN DU TERROIR 07/12/2011 15:44


la sortie de l'euro n'est pas la priorité absolue, elle se fera toute seule ou ne se fera pas en fonction du degré de "mixage" entre l'austérité voulue par l'Allemagne et la "planche à billets"
voulue par la France et sur la faaçon dont le FESF convaincra les marchés financiers, ce qui est très aléatoire.


La vraie question est qu'il faut revoir notre modèle où la consommation prime sur la production, ce qui passe aussi bien par une diminution des dépenses publiques que par un minimum de mesures
"protectionnistes" intelligentes, même si ces dernières semblent diminuer le "pouvoir d'achat".

Roland HUREAUX 30/09/2012 22:35



Merci de vos observations. Mais je pense que la fin de l'euro est aujourd' hui certaine. RH



gidmoz 30/11/2011 21:27


Dans l'article, je lis que le scénarion le plus libéral serait un retour à la monnaie nationale. Non! Les plus libéraux s'appellent les libertariens. Ils proposent le free banking. C'est à dire
que l'Etat renonce à toute controle, toute régulation, toute activité dans le domaine de la création des monnaies. Chaque banque peut créer sa propre monnaie. Chacun peut librement créer une
banque sans aucune autorisation.


C'est le projet de Hayek(Nobel d'économie 1974). La dénationalisation de la monnaie.

Roland HUREAUX 30/09/2012 22:38



Et bien je ne suis pas libertarien.


RH