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Roland HUREAUX

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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 20:32

 

Irons-nous jusqu’à dire que la crise qui vient d’éclater à l’UMP à la suite du résultat serré du vote interne Fillon-Copé pourrait être salutaire ? A tout le moins doit-elle être l’occasion d’un véritable examen de conscience, non seulement pour  la période Sarkozy mais pour  les vingt dernières années. 

Tout au long de la campagne pour l’élection du président du parti, il est un dogme  qu’aucun des deux  candidats n’a osé toucher : Nicolas Sarkozy a été un grand président ; il a accompli des réformes courageuses ; il ne doit sa défaite qu’à la malignité de ses adversaires et à l’acharnement de la presse.

Certains allaient même plus loin : à les entendre, aussi bien Copé que Fillon n’étaient  que des succédanés. Le meilleur président pour l’UMP aurait été  Nicolas Sarkozy lui-même. D’ailleurs, au milieu de la crise actuelle, certains militants rêvent de son retour.  Il pourrait être  en 1997 le sauveur suprême.

La crise actuelle aura au moins le mérite de faire éclater cette bulle d’autosatisfaction. Est-il nécessaire de die que bien peu dans l’opinion partagent ce point de vue. Si les sondages montrent que Sarkozy pourrait battre aujourd’hui Hollande, cela ne signifie pas qu’il suscite l’enthousiasme , seulement que l’actuel président est encore plus décevant que lui. Et qui n’a entendu pendant l’élection les gens de la rue, ceux de droite mais non militants exprimer  leur scepticisme tant à l’égard de Fillon que de Copé ?     Expression d’un divorce profond entre les Français et leur classe politique ( cadres des partis  compris) et  qui exige une révision radicale des comportements tant à droite qu’à gauche.

Il est clair que le bilan du quinquennat de Sarkozy  reste à faire. Mais , par-delà,    celui de dix-sept ans de présidence de droite où n’ont été réalisées  à peu près aucune des réformes que les Français  attendaient  d’elle.

Même acharnées, les critiques de l’ancien président sont jusqu’ici rarement allées  au fond des choses.

Peu imaginatifs, les adversaires de Sarkozy l’ont accusé d’être un autocrate, un « petit César », a-t-on  dit. Mais quel autocrate aurait fait  une réforme de la constitution pour diminuer son propre pouvoir, notamment  par la  suppression  du vote bloqué (le fameux article 49-3) ?

On l’a accusé d’être un ultra-libéral n’ayant d’autre souci que de démonter le modèle social  français. Pourtant  Sarkozy a été le premier président à faire passer  la dépense publique  au-dessus de 56 % du PIB ! C’est lui  qui a  transformé le RMI en RSA,  ce qui a coûté plus de deux milliards aux contribuables.  Des deux réformes des retraites qu’il a effectuées, la première au moins (celle des régimes spéciaux)  s’est avérée avantageuse pour  les salariés !   La réforme syndicale  aboutit à  faire disparaitre à terme  les trois petits syndicats de droite (CFTC, FO, CGC) pour ne garder que les deux gros syndicats de gauche (CFDT, CGT). Et que dire de l’alourdissement de 600 milliards de la dette publique ?

La réforme la plus nécessaire, la TVA dite sociale,  a été mise en chantier, non pas au début du quinquennat mais à la fin, ce qui, politiquement , n’était pas la meilleure idée !

En  abaissant de manière ostensible  le  bouclier fiscal de 60 à 50 % , Sarkozy  a permis de rendre un demi-milliard  à quelques centaines de contribuables qui auraient aussi bien compris qu’on voulait les choyer  si l’affaire  avait été menée dans la discrétion.  

N’a-t-on pas  accusé l’ancien président d’être un hypersécuritaire ?  Mais n’a-t-il pas entrepris de réduire  les effectifs de la police et de la gendarmerie qu’il avait pourtant augmentés quand il n’était que ministre de la sécurité ?     N’a-t-il pas réformé la garde à vue, compliquant beaucoup la tâche  de la police  judicaire,  supprimé la double peine, fait voter une loi prévoyant que les peines  de moins de deux ans d’emprisonnent  ne seraient pas exécutées   ? Ainsi l’imposition des peines planchers, bienvenue  elle, s’est trouvée à peu près vidée de sa substance.

Il est entré chaque année entre 2007 et 2012 plus d’immigrés réguliers que sous Jospin. Et jamais autant de Roms qu’à la suite de l’algarade présidentielle de  l’été 2011 !

La presse a décrit un homme de rupture, méprisant  l’Etat, à l’américaine.  Mais sait-on que la réforme  de l’Etat qu’il a, pour l’essentiel, appliquée,    était inscrite dans la  loi sur les finances publiques votée sous Jospin en 2000 ?  Le rapprochement , si mal vécu par les uns et par les autres , de  la police et de la gendarmerie,  des impôts et du trésor, de la DST et des Renseignements généraux  , des ASSEDIC  et de l’ANPE (pour faire le Pôle emploi) , tout cela avait été prévu par ses prédécesseurs  et n’a pas entraîné la moindre économie. De même l’évaluation systématique des   politiques publiques, qu’aujourd’hui la gauche se targue de réhabiliter,  alors que son application par Sarkozy   lui avait  aliéné    tant de voix de fonctionnaires, conscients de son caractère inutile et  souvent vexatoire. Sarkozy, dit-on, n’aimait pas  les énarques : aucun président    n’avait  autant amélioré les traitements des hauts fonctionnaires !

Le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant en retraite, qu’on a appelé la RGPP, était programmé  mais mal  appliqué  depuis des années. Sarkozy  l’a mis véritablement  en branle, à ses risques et périls,  mais  deux ans seulement avant la fin de son quinquennat.

La loi sur les collectivités locales, si difficilement  votée en 2010,  parachève, au moins dans son volet communal,   la loi Joxe   de 1972  à l’origine de l’immense usine à gaz de l’  intercommunalité.

Pourquoi la gauche  se plaindrait-elle de sa politique en  matière d’éducation nationale ?  Sarkozy a, dès son entrée en fonctions, abrogé les circulaires   Robien de janvier 2007 qui  remettaient enfin  en cause  les deux piliers de l’idéologie de gauche en la matière : le  collège unique et les méthodes pédagogiques prétendues scientifiques. L’autonomie des universités, bonne réforme sur le papier, a donné les pleins pouvoirs à des présidents d’université qui sont  à 90 %  de gauche.

Les enseignants lui doivent beaucoup : ils furent les principaux bénéficiaires de la défiscalisation des heures supplémentaires  que la gauche a abrogée dès son arrivée. Ils n’ ont néanmoins pas  voté pour lui : mais ses maladresses à leur égard  en ont dissuadé même ceux  de droite.

Loin d’avoir accompli une quelconque rupture,  Sarkozy  a été, plus encore que ses prédécesseurs, tributaire des propositions  de ses services, services dont la culture est généralement orientée à gauche. Il a seulement donné un coup d’accélérateur à un processus réformateur vieux de quinze ou vingt ans qui, loin  de résoudre  les  problèmes, en est  généralement la cause.

On peut même   penser que si ses réformes, dont nous venons de décrire   l’orientation générale et de relever  l’inutilité, ne  lui avaient pas aliéné  les soutiens traditionnels de la droite : médecins,  militaires  et  gendarmes, mais aussi la  partie des  fonctionnaires  et   des  enseignants  , non négligeable,  qui vote habituellement  à droite, il aurait gagné. Il  aurait  ainsi évité sa plus grosse faute, la seule sans doute qui ne lui sera pas pardonnée au jour du Jugement : celle d’avoir  ramené la gauche au pouvoir !

Si Sarkozy a été battu, il faudrait aussi   regarder du  côté des deux millions  de Français qui ont voté blanc ou nul au second tour de la présidentielle (pour un différentiel Sarkozy/Hollande de 1,1 million  de voix  seulement) ? Ceux-là  ne sont pas  de gauche, sinon il  leur aurait été si simple de voter Hollande. Ils ne sont pas non plus, quoi qu’on dise,   tous des électeurs du Front national.  Peut-être s’agit-il simplement de Français de base qui, sans rien attendre du parti socialiste,   se faisaient une autre idée de la droite : moins blng-bling, plus pondérée, plus digne et peut-être aussi, pourquoi ne pas le dire, plus compétente ?   

La crise actuelle  pourrait avoir le mérite d’ouvrir les langues. Si la droite veut se renouveler pour répondre vraiment aux aspirations des Français, qui ont tant attendu d’elle, en vain, il faut que s’instaure un grand débat. L’interrègne actuel pourrait en être l’occasion.

Cette crise pourrait permettre  aussi  de renouveler les hommes et les équipes. Au moins  aux prochaines élections  locales. Dans combien de départements, les notables ou apparatchiks  locaux attendaient  la remise en ordre du parti pour se mettre à l’affut en vue de « flinguer » les nouveaux talents qui pourraient leur faire ombrage, comme ils le font depuis trente ans. Pour le moment, ils font moins les fiers.

Si tout va bien,   la  guerre de succession va permettre à la droite d’effectuer son bilan.    Il est  vain pour elle   d’espérer  revenir au pouvoir  tant que ce bilan  n’aura pas été  pas fait  et que toute les conséquences n’auront pas été tirées de l’échec de 2012 !  La crise actuelle, on le voit,  peut avoir du bon.

 

Roland HUREAUX

 

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Published by Roland HUREAUX
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