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Roland HUREAUX

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25 juillet 2009 6 25 /07 /juillet /2009 21:21

SERGE DASSAULT  A CORBEIL : UNE EXCEPTION POLITIQUE

 

Les déboires judiciaires de Serge  Dassault à Corbeil  offrent une cible facile à la bien-pensance de gauche,  et même  de droite.  D’autant que,  loin  de prendre le chemin de la retraite,  l’ancien maire, né en 1925,  toujours sénateur de l’Essonne,  espère   retrouver son siège  en 2010, une fois redevenu éligible.

Les relations des maires avec leur ville  sont souvent comparées à une histoire d’amour.

Celle-là est singulière à plus d’un titre.

Quelles que soient les raisons qui ont conduit le Conseil d’Etat à invalider son élection, ou même la manière assez acrobatique  dont il gérait, paraît-il,  sa ville, l’histoire de Serge Dassault à Corbeil est, il faut bien le dire, parfaitement atypique dans  l’histoire politique française.

D’abord parce que, si passion il y a,  il s’agit d’une passion tardive : c’est à  70 ans qu’il fut élu maire pour la première fois, après plusieurs tentatives infructueuses. Amour d’automne en quelque sorte. Serge Dassault avait aussi essuyé à Corbeil plusieurs échecs aux législatives et n’était entré que de justesse au conseil général en 1988. Tout cela après une carrière industrielle déjà fort bien remplie.

Mais le véritable mérite de Serge Dassault n’est pas dans le caractère tardif de cette passion. La vérité est que, compte tenu de ce qu’il était, de son nom, de sa fortune,  il n’avait, s’il voulait entrer en politique, qu’à bouger le petit doigt pour obtenir une investiture confortable dans  le 7e  ou le 8e arrondissement, à la rigueur dans une jolie ville bien ancrée à droite de l’Ouest parisien.

Pourquoi a-t-il tenté de s’implanter à Corbeil-Essonne, une ville mal commode d’accès  quand on vient de Paris, ville ouvrière longtemps tenue par le parti communiste,  banlieue difficile dont l’immense cité des Tarterets défraye régulièrement la chronique et où par conséquent il n’était   sûr ni  d’être élu, ni de le rester facilement ?

Attitude d’autant plus déconcertante  qu’elle n’a guère de parallèle en France. Le grand-père Marcel lui-même , n’avait pas pris tant de risques, en s’implantant dans une Oise rurale et conservatrice.

On peut  voir là le goût du défi. C’est déjà bien.

On peut  y voir plus : au. moment où tout le monde se croit obligé de jeter la pierre à  l’élu invalidé , peut-être faut-il mettre à son crédit  d’avoir fait ce que personne ne se soucie plus guère de faire dans nos élites : jeter un pont entre les deux France : celle qui dirige, laquelle  de moins en moins , quitte le pourtour   du bois du Boulogne et celle qui se trouve marginalisée dans les banlieues appelées autrefois ouvrières, dites aujourd’hui par une litote pudique   « difficiles ».

Il fut un temps où la classe politique servait de lien entre une France populaire encore rurale et les centres de décision parisiens. Même si  ce lien prenait souvent la forme du patronage ou du clientélisme, il valait  après tout mieux que le délaissement qui prévaut de nos jours.

Aujourd’hui les jeunes gens qui veulent arriver vite en politique choisissent le plus souvent la région parisienne et, du côté de la droite, les beaux quartiers : le moins loin possible du 7e arrondissement et l’électorat le plus facile à fidéliser.  Les socialistes eux-mêmes, préfèrent de plus en plus les quartiers « bobos ». Les carrières en province elles-mêmes se dévalorisent. On a pu voir, chose autrefois tenue pour impossible,  un jeune homme ambitieux  faire une très belle carrière en partant de  Neuilly ! Il n’est plus nécessaire de connaître le peuple de France pour devenir président de la République.

Au moment où disparaissent de nos banlieues les cadres  religieux ou syndicaux, où s’affaiblissent l’Eglise catholique et le parti communiste, rien ne vient relayer cet encadrement traditionnel sinon, pour les adeptes de l’islam, le réseau des imams,  et pour les autres,  les commissariats de police, expression minimale de l’Etat et de la société quand toutes les autres ont disparu. Faute de médiateurs sociaux naturels, on  en recrute et  on  les paye. Lors d’un colloque sur l’Etat comme il s’en tient  tant à Paris, un intervenant dit récemment que les élites politico-administratives savaient de moins en moins ce qui se passait dans les banlieues et même dans le monde rural, que, pour dire les choses brutalement, les riches connaissaient de moins en moins les pauvres.

« Le bon pasteur connaît ses brebis ». Ce devoir des plus riches, des plus instruits, des plus influents, de garder un contact avec le peuple, non seulement celui des campagnes mais aussi celui des banlieues, d’y exercer une sorte de leadership de proximité, fut-il intermittent, le général de Gaulle en était plus que quiconque conscient : quand  Gaston Palewski dut  présenter aux élections, il le  parachuta à Saint-Denis – où  il gagna ! Là où  les esprits superficiels ne virent que le goût du paradoxe, s’exprimait en fait toute une éthique. Inutile de dire qu’aujourd’hui nos élites mondialisées,  pour qui Neuilly est  plus près de New York que de Clichy, se moquent  comme d’une guigne de cette responsabilité. Voilà au moins un reproche qu’on ne saurait faire à Serge Dassault.

 

                                                                                                       Roland HUREAUX

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