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Roland HUREAUX

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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 09:08

 

« Il n’y a rien de caché qui ne finisse par venir au grand jour » dit l’Ecriture (Mc 4, 22).

C’est  ce que confirme le rapport annoncé du Haut commissariat aux droits de l’homme des Nations-Unies sur les crimes commis dans le  Nord-Est  de la République démocratique du Congo (ex-Zaïre) au cours de la décennie  qui a suivi  le génocide rwandais de 1994.

Le président Paul Kagame, de l’ethnie tutsie, arrivé au pouvoir au Rwanda  à ce moment là par la force des armes  dispose de réseaux actifs de soutien en Europe et d’un sens aigu de la communication. Il a  ainsi imposé à l’opinion une version canonique : il n’y a eu qu’un seul génocide, celui qu’avait commis  le régime hutu qu’il avait glorieusement renversé. Ce génocide avait fait au moins 800 000 morts, chiffre donné par le  nouveau régime et jamais vraiment critiqué.

Il y avait  donc les bons et les méchants, les victimes et les bourreaux : d’un côté, les Hutus en bourreaux, de l’autre les Tutsis en victimes. Et tout finit bien puisque ces derniers finissent par prendre le pouvoir. Qu’ils ne représentent  que moins de 5 % de la population et que donc le nouveau régime n’ait pu  se maintenir qu’au mépris de la démocratie,  était perdu de vue.

Le tribunal spécial d’Arusha installé par les Nations-Unies poursuivait presque exclusivement les Hutus, au point que certains de ses membres ont dénoncé cette partialité.

Pour préserver sa réputation, le président Kagame n’a pas lésiné sur les moyens : des avocats britanniques poursuivaient toute critique de son régime. Il prit Tony Blair pour  conseiller. Prétendre  que les torts pourraient être partagés, c’était du négationnisme. Evoquer le caractère ethnique des oppositions,  du racisme.

Les faits sont en réalité beaucoup plus complexes.  La fureur génocidaire des Hutus avait explosé à la suite d’un attentat commis le 6 avril 1994 contre le président hutu, attentat  dont le juge Bruguière pense que  Kagame  est responsable.    Elle faisait suite à l’invasion du pays par les Tutsis émigrés disposant d’un  appui anglo-saxon occulte ; au fur à mesure que les forces d’invasion avançaient,  les exécutions  sommaires  dans les zones conquises nourrirent  la panique.

 

 

Représailles au Congo

 

 Quand les Tutsis venus du pays voisin prirent le pouvoir, ils ne se contentèrent pas d’imposer un régime de fer aux 95 % de hutus qui composaient la population, ils allèrent massacrer  dans le pays voisin, en théorie les auteurs du génocide, en fait tous les Hutus, y compris ceux qui résidaient depuis toujours au Congo.  Cette poursuite systématique a certainement  fait, elle aussi, des centaines de milliers de morts.

Ces massacres s’ajoutent à d’autres, plus anciens et oubliés, en 1972, 1988, 1993 où , dans le Burundi voisin, ce sont les Tutsis qui massacrèrent les Hutus.   Sur le long terme, il est probable que les Tutsis ont massacré autant de Hutus  que l’inverse.

Le  rapport des Nation-Unies n’apprend en fait rien aux initiés : le commissaire européen Emma Bonino avait dès 1997 dénoncé les massacres qui avaient lieu au Congo, mais l’habileté du président Kagame  avait réussi à étouffer cette voix et même  à remiser au placard  plusieurs rapports des instances internationales.

Cette fois Paul Kagame n’est pas arrivé à étouffer la vérité.

Dès le début, il avait tenu, au mépris des faits , la France, qui était intervenue en 1994  par l’opération Turquoise afin de limiter les dégâts, pour coresponsable des massacres. Il a même  choisi, en représailles,  à partir de la présente rentrée scolaire,  de remplacer le français par l’anglais.

Mais sa réputation était si bonne aux yeux des non–initiés   qu’il eut droit à des visites de « réconciliation »  de Bernard Kouchner, de Claude Guéant et même, en février dernier, de Nicolas Sarkozy en personne – alors que bien d’authentiques  amis de la France, tel le président actuel de Madagascar, Andry Rajoelina,  à qui on reproche de ne pas avoir été élu dans les formes démocratiques, n’ont pas  eu cet honneur. Le général Lafourcade, qui dirigea l’opération Turquoise, demande en vain depuis plusieurs années qu’une voix officielle française démente les allégations du dictateur rwandais, déshonorantes pour notre armée.

Il n’est pas nécessaire que la publication du rapport du Haut commissariat pour les droits de l’homme aboutisse à une inculpation. Il suffit que la vérité soit connue. Toute la  vérité.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

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