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Roland HUREAUX

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9 octobre 2014 4 09 /10 /octobre /2014 17:30

 

Il paraît  que la question la plus difficile du Synode qui se réunit à Rome ces jours-ci sur la famille est celle de l'accès à la communion des divorcés remariés.

Le divorce - et plus largement, la fragilisation du lien familial dans les sociétés où  il était le plus solide, soit  l'Europe chrétienne - ,  est   sans doute un problème très sérieux  d'autant qu'il a , quoi qu'on dise, des conséquences souvent dramatiques sur les enfants nés de l'union dissoute : problème théologique et moral mais aussi juridique, sociologique, psychologique, anthropologique,  historique  sur lequel il  s'en faut de beaucoup que tous les éclairages aient été à ce jour réunis.

Sur ce sujet, l'accès à l'eucharistie de la petite minorité  qui le souhaite peut apparaître  comme une question secondaire. Secondaire parce que les catholiques pratiquants ne sont qu'une minorité de ces divorcés, comme de beaucoup de choses d'ailleurs. Secondaire  parce que les catholiques pratiquants mariés à l'Eglise restent un milieu où il y a , Dieu merci, moins de divorces qu'ailleurs, et surtout parce que beaucoup de gens qui se trouvent dans cette situation acceptent  la discipline actuelle de Eglise.

Mais dans cette question, le point fondamental  est-il bien le divorce. Ne serait-il pas plutôt l'eucharistie elle-même ?  Et les évêques ne  seraient-ils pas  bien inspirés de remettre l' examen   du sort des divorcés remariés  à un synode qui porterait d'abord  sur ce    sujet ?  

Sur ce  sujet fondamental de la foi chrétienne qu'est le mystère de l'eucharistie, en effet, les controverses sont aujourd'hui nombreuses et la question de l'accès des divorcés au sacrement en est largement tributaire.  D'abord la question du rituel.  Celui auquel sont attachés les gens de tradition comporte deux différences essentielles avec le rituel commun: non point  d'abord, pensons-nous,    les formulations,  qui ne sont pas si différentes qu'on le prétend, ni même l'usage du latin en lui-même,  mais le fait de célébrer le dos au peuple et celui de le faire , au moins pour la partie centrale de la célébration, en silence.  

La  liturgie préconciliaire (dite aujourd'hui extraordinaire), mettait en avant la transcendance de Dieu, au dépens du lien communautaire ( si tant est qu'il soit moins explicite quand  tout le  monde regarde  dans le même sens ) et de la parole ( puisque la liturgie  use d'une langue qui n'est plus comprise et surtout que les paroles les  plus   essentielles ne sont prononcées qu'à voix basse).  La liturgie contemporaine    fait de la messe davantage une liturgie de la communauté et de la parole. Nous réservons la question, souvent posée par les conservateurs, de sa dimension sacrificielle, dont on peut se demander si elle a été autant  affaiblie qu'ils le disent par le nouveau rituel : l'immense majorité des sacrifices de l'Ancienne Loi n'étaient-ils pas des sacrifices de communion ?  

Liée à cette évolution est, il faut bien le dire,  la relative banalisation de l'eucharistie: les prêtres  ne rappelant presque jamais les conditions que l'Eglise  avait mises  à son accès, et le sentiment désormais  commun que la communion est  le prolongement naturel de l'assistance à la messe, donne un relief particulier à la question des  divorcés remariés qui peuvent avoir le sentiment aujourd'hui d'être seuls exclus du  rite.

Par derrière,  une question de fond qui touche au  rôle du sacrement . La théorie traditionnelle est que l'Eglise  offre  à ceux qui sont  sans péché grave (ou se sont amendés) et observent ses rites,  et à eux seulement , quelque chose de plus qu'un  geste ou une  consommation : l'entrée dans un espace sacré , distinct  du "monde" qui est  une véritable anticipation du Royaume des cieux dès ici-bas. Qu'il faille dès lors, pour pénétrer  dans cet espace, porter la "robe nuptiale" est admissible. Mais ce n'est   pas ainsi que le voit l'immense   majorité des communiants d'aujourd'hui , y compris ceux qui ne sont pas divorcés.  Bien qu' informulée, leur théorie, qui a aussi des antécédents dans la doctrine de l'Eglise,  serait plutôt que tous les hommes étant également  pécheurs ,  le geste de pardon que représente le don du pain et du vin consacrés est également  offert à tous. On ne voit pas dans ce   cas, pourquoi certains seraient exclus de la table sainte.

Mais quel synode tranchera cette  question ou du moins rendra la position de l'Eglise actuelle parfaitement explicite ?   

Autre question, non moins essentielle  : la désaffection actuelle pour la pratique hebdomadaire,  notamment  chez les plus jeunes (allant parfois de pair avec un renforcement de la pratique quotidienne chez  une minorité,  qui peut aussi passer, au vu d'une certaine tradition,  pour une banalisation) . Une désaffection qui n'est pas sans lien avec la crise de la famille et en tous les cas du sacrement du mariage: si le sacré se retire de la vie tout court, il est tout aussi  difficile à admettre, même dans une réalité aussi essentielle   que    l'union de l'homme et de la femme.   Cette désaffection est-elle liée ou non au changement de rituel ? Qui le dira ? Les traditionnalistes affirment  que oui, sans que le  niveau  d'assiduité aux cérémonies qui ont leur faveur le confirme absolument.  

Il nous semble en tous cas que , face à tant de questions encore ouvertes, sinon sur  le plan  dogmatique du moins sur le plan "pastoral", le Synode serait bien imprudent de s'avancer trop sur la seule question des divorcés remariés prise isolément. Il nous semble urgent  en revanche  de clarifier ou à tout le moins d'expliciter en préalable   la question de l'eucharistie  , qui ,   chacun en convient, demeure le rite central  de l'Eglise  catholique.

 

                                               Roland HUREAUX

 

Il serait intéressant par exemple de savoir quelle connaissance ont la majorité des Pères du Synode de travaux comme ceux de Christopher Lasch ou  d'Emmanuel Todd. 

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Published by Roland HUREAUX
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