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Roland HUREAUX

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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 09:04

 

Heureusement, le gouvernement, tenu à un minimum de réalisme, n’en tient  aucun compte, mais dès qu’il est question de réforme des retraites, il n’est pas de plumitif de la mouvance ultralibérale qui  ne ressuscite un vieux serpent de mer : la retraite par capitalisation.

Hypothèse mythique à bien des égards.

D’abord parce qu’elle s’inscrit généralement dans la rhétorique du dénigrement du « modèle social français ». On oublie que la retraite par répartition est largement dominante en Europe continentale, même en Allemagne où la capitalisation ne vient qu’en appoint.

Dans les pays anglo-saxons, la retraite par capitalisation, qui n’est pas non plus généralisée, est loin d’être la panacée : s’agissant des retraites « maison », qu’en pensent les anciens salariés de Maxwell, d’Enron ou de Lehman Brothers, impitoyablement privés de toute ressource. Et que dire des fonds de pension qui avaient tenu  le titre BP pour un placement « de  père de famille » ?

Ensuite,  la retraite par capitalisation désigne des réalités différentes sans que l’on se soucie toujours de préciser ce dont on parle.

Il peut s’agir d’une retraite par capitalisation individuelle. Un salarié verse volontairement chaque mois, soir à un fond d’entreprise, soit à un fond grand public,   une cotisation,  se substituant en tout ou en partie à la cotisation versée aujourd’hui  la caisse de retraite. Au lieu que cet argent soit reversé aux retraités d’aujourd’hui,  il est placé et restitué au cotisant au moment de la retraite.

Quelle différence avec  la bonne vieille épargne ? Une seule : les tenants de ce système attendent que les versements soient   déductibles de l’impôt sur le revenu. Le bon vieux Keynes nous ayant appris que la capacité d’épargne est proportionnelle au revenu,  bonjour la justice !

Instauré à l’échelon national, ce système a une contrepartie  implicite : la diminution des retraites versées au titre de la répartition. Aucun gouvernement ne l’envisage  sérieusement  à ce jour et on comprend bien pourquoi.

Cette idée n’est pas pour autant restée lettre morte. Elle a connu un commencement d’application,  d’abord  ouvert aux seuls fonctionnaires sous l’égide de Préfon Retraite, puis  élargi  au reste de la population sous la forme du Plan d’épargne retraite populaire (PERP).  Les actifs  qui le souhaitent (surtout les mieux payés) peuvent déduire de leur revenu imposable les cotisations versées en vue d’améliorer leur retraite.  On mesure l’absurdité d’un tel  système dans un pays qui bat tous les records d’épargne alors que ses finances publiques, notamment  à cause de ce genre de niches fiscales,  sont déficitaires

Mais la retraite par capitalisation a une autre signification : non point individuelle et facultative mais obligatoire et mutualisée. Les caisses de retraite (ou tout autre organisme en lien avec elles) peuvent aussi, au lieu de reverser mois après mois les cotisations des actifs aux  retraités comme cela se fait aujourd’hui,  les mettre de  côté pour  constituer un portefeuille de placements dont le revenu servira, le jour venu, à verser les pensions des cotisants d’aujourd’hui.

Système séduisant en soi mais dont on oublie généralement de dire ce qu’ il implique : ou bien on arrête pendant vingt ans ( le temps qu’un fond d’un montant suffisant puisse  être  constitué) de verser les retraites , ou bien on double les cotisations ! Doubler les cotisations au moment où elles n’ont jamais paru aussi lourdes et où elles constituent, tout le monde en convient, un frein à l’emploi !  Dire que l’on aurait pu promouvoir un tel système  en 1945  une chose, envisager sérieusement de le faire aujourd’hui,   c’est nager  en pleine utopie.

 

L’objection démographique

 

Le système de retraite par capitalisation se heurte à deux autres objections.

L’une est démographique. Toutes les études montrent que la capacité d’épargne décroit avec le nombre d’enfants. Or ce sont ces enfants qui , par leur travail,  soutiendront  demain les retraités. Combien injuste serait un système qui donnerait les retraites maximum à ceux qui auront fait le moins de sacrifices pour  préparer la relève des générations ! La retraite par capitalisation est antifamiliale par essence.

L’autres est économique : si le versement d ‘une retraite se traduit par un pouvoir d’achat réel, c’est que, au moment de ce versement,  les magasins sont achalandés. Et par qui le sont-ils, sinon par  le travail des actifs contemporains ?   Certes, parmi les facteurs de production, figure  aussi , à côté du travail , le capital et donc l’épargne des vingt ou trente dernières années. C’est la seule légitimité qu’aurait en définitive l’introduction d’une part de capitalisation dans nos systèmes mutualisés.

Mais  il faut   choisir le bon moment  pour cela. Dans les années  soixante ou soixante-dix, quand les retraites étaient encore faibles et la croissance de la population forte,  c’eut été plus facile qu’aujourd’hui. Las ! La génération des baby-boomers, peu généreuse pour ses anciens (au moins jusqu’en 1975,  a préféré « jouir sans entraves ». Aujourd’hui, c’est un peu tard.

A moins que la Bourse ne connaisse un très grave effondrement, plus  grave encore que  celui de 2009.  Dans ce cas, il faudrait en profiter pour constituer un fond de retraite  à bas prix. Si,  entretemps, la possibilité en a été restaurée, comme cela sera un jour inévitable, un emprunt massif de l’Etat ou des Caisses de retraite à la Banque centrale  pourrait financer cet investissement de départ.  

 

Roland HUREAUX

 

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Published by france
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