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Roland HUREAUX

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5 avril 2010 1 05 /04 /avril /2010 15:04

 

La  baisse sans précédent du  taux de participation aux élections régionales de 2010, surtout au premier tour,   n’exprime pas seulement le recul    du civisme ou le dégoût des urnes.  Il  résulte aussi, pensons-nous, de l’insuffisance de l’offre politique.

Bien qu’une bonne dizaine de listes  se soient  proposées au suffrage  dans chacune des régions,   un  des principaux courants politiques française, voire le principal,  n’était pas présent dans la compétition  et cela seul   suffit  peut-être à  expliquer l’abstention.

Le grand absent est le courant   que l’on qualifiera de conservateur mais qu’on pourrait aussi bien  appeler la droite modérée ou la   droite « calme », voire  les modérés  tout court avec tout  ce que ce mot  signifie de pondération, de mesure, de prudence, mais aussi de tenue et,  pourquoi ne pas le dire ?  de « force tranquille ».   

Pourquoi ce courant est-il important ?

Parce que sous différentes formes ,  légitimisme, orléanisme, bonapartisme,  républicanisme  modéré (« La république sera conservatrice ou ne sera pas » – Gambetta) ,  radicalisme   apaisé,    « indépendants et paysans »  et  même  gaullisme , en particulier dans  la version  pompidolienne,  ce courant   gouverne le plus souvent la France depuis deux siècles.

Ensuite parce qu’on ne fait pas la révolution tous les jours.  La plupart des   révolutionnaires   s’ assagissent  et l’esprit conservateur  finit par imprégner tous les partis de gouvernement, même issus de la gauche.   La vocation immémoriale du gouvernement n’est-elle pas de maintenir les institutions ?  « Je maintiendrai » n’est pas seulement   la devise du royaume des  Pays-Bas, elle est  la  première mission de tous les pouvoirs.  Etre « calme »  est un attribut   antique  de la souveraineté : ne parle-t- on pas de « calme  olympien » ?

Or le courant conservateur, osons le dire,   était  absent des dernières élections !   La gauche a proposé une offre très  diversifiée,  celle de la droite s’est  résumée  pour l’essentiel  à l’UMP et au Front national  -  deux formes de  droite dont aucune n’incarne aujourd’hui la modération : d’un côté la  droite    excitée, ultra-réformatrice,  qu’incarne Sarkozy  et  de l’autre cette autre forme de droite excitée qu’est l’extrême-droite.

En d’autres temps, la modération  eut pu être représentée  par   le Modem  mais celui-ci  a tant donné l’impression  de rejoindre la gauche que les  modérés   ne se sont plus reconnus  en lui.  D’autant que  la mouvance centriste est largement  identifiée à    la construction européenne,  laquelle   s’est transformée au fil des ans en une machine  à produire sans cesse des réformes  qui     déstabilisent  des  institutions fondamentales,  pas seulement   les  services publics. 

Faute de trouver une option qui  lui corresponde,  une partie du bloc modéré,  lequel représente sans doute bien plus que   les  15 % d’abstentionnistes du premier tour, est restée  chez elle.

 

Peu de réformes, mais des bonnes

 

On objectera que si la droite officielle, celle qui  gouverne  aujourd’hui ,  faisait droit à    cette tendance conservatrice, la France s’enfoncerait dans la sclérose , se laisserait distancer dans l’ « impitoyable »  compétition internationale  à laquelle notre pays  est  confrontée.

Cela n’est pas certain du  tout.  Les  réformes vraiment nécessaires pour accroître  la compétitivité internationale de la France  sont en nombre limité : un  encouragement intelligent  à la création d’entreprise et à la recherche,  un meilleur financement bancaire des  PME ( qui passe par une réforme des banques) et aussi  la « TVA sociale », seul  substitut à  une sortie de l’euro.  Cette adaptation n’implique nullement   de s’attaquer  à   la constitution,  à la  commune, au département,  au  baccalauréat,  aux grandes écoles,   à  la gendarmerie,  aux  grands corps  de  l’Etat,  au  juge d’instruction, au dimanche soit à  la plupart des  repères fondamentaux des   Français. Pas même non plus  au statut  de la fonction publique à condition qu’on sache contrôler les effectifs de fonctionnaires :   quinze ans de « modernisation de l’Etat »   n’ont rien fait pour empêcher  la grave dérive des finances publiques, au contraire.   La sécurité est  certes  un objectif difficile mais elle  ne passe sûrement pas par le réforme de la carte judiciaire,  ni  l’amélioration de l’enseignement par le « lycée à la carte ».  

Les  vrais conservateurs  savent qu’une bicyclette   ne marche bien que si la partie mobile s’appuie sur un cadre fixe.  Plus le cadre fixe est stable, plus il est possible de pédaler vite.   

Pour améliorer la marche du pays, peu de réformes bien ciblées et  allant au fond des choses suffisent.  Elles ne doivent  pas tout chambouler, seulement améliorer à la marge une société où tout  n’est pas aussi mauvais  et inefficace  qu’on le  dit,  conforter et non saper les   institutions.

Le rythme des réformes de la première partie du quinquennat et surtout leur caractère brouillon voire  inutile ont donné le tournis  aux  conservateurs, nombreux dans ce pays,  d’autant  que le but de ce réformisme à l’accéléré semblait  être   moins  l’amélioration des  choses qu’une forme de communication sur le thème « nous avons un gouvernement  volontaire » ,  voire de   fuite en avant.   

Cette opinion  modérée qui ne se reconnaît   ni dans la gauche, ni dans l’extrême droite  ne s’est pas reconnue non plus,  cette fois, dans le parti du président :   elle s’est   retirée  sur l’Aventin.  Il est probable qu’elle y restera   si, par-delà le réajustement ministériel,   les méthodes de gouvernement,     contraires non seulement aux traditions de la droite mais à la volonté de la majorité des Français et en définitive à la véritable efficacité,   ne  sont  pas  entièrement révisées.  

 

Roland HUREAUX        

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commentaires

Jules P. 03/08/2011 10:53



Monsieur,


Cette phrase que vous attribuez à Gambetta ne serait-elle pas plutôt d'Adolphe Thiers ?



Roland HUREAUX 05/11/2011 11:59


Peut-être, je vérifierai. Mais c'était aussi ce que pensait Gambetta. RH