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Roland HUREAUX

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23 août 2014 6 23 /08 /août /2014 08:11

 

François Hollande serait presque pathétique quand il avoue s'être trompé sur la conjoncture: la reprise qu'il attendait n'est pas venue, le malheureux. Bien au contraire, les prévisions de croissance pour la France sont plus faibles que jamais et le chômage  s'envole.

On pourrait penser que l'espoir de reprise  que le président , au mépris de toute évidence,  a si souvent  affiché depuis deux ans procédait de l'enfumage politique ou bien de la méthode Coué.

La vérité, pensons-nous,  est que le président  y croyait vraiment. 

Sur quoi se fondait-il ? On le devine :   la  croyance un peu simple aux cycles économiques: comme tous ceux qui savent un peu    d'histoire économique, Hollande  pouvait croire que s'il y avait  récession, il y aurait un jour redémarrage, ne serait-ce que pour renouveler le matériel d'exploitation de l'industrie : et cet effet a bien joué un peu, mais pas suffisamment.

De la même veine  est  la croyance simpliste que s'il y a reprise aux Etats-Unis, cette reprise viendra nécessairement chez nous, comme c'était le cas dans le passé: pour le coup, on n' a pas vu trace d'un tel   entrainement. 

Pourquoi ?

Pour une raison simple: depuis la  création de l'euro,  la France a laissé se dégrader sa compétitivité par rapport à d'autres pays de la zone, principalement  l'Allemagne. Ce n'est pas nouveau: cette dégradation était chronique chez nous depuis 1945 . Mais elle était neutralisée  régulièrement par des ajustements monétaires  que l'euro rend désormais impossibles.

Avec des coûts de production trop élevés, la France n'est pas en mesure de profiter d'un redressement éventuel de la conjoncture internationale.

Faut-il l'en blâmer ?  Pas forcément : d'abord  parce que cette  inflation par les coûts correspond au tempérament national  ; on ne change pas ce tempérament, à force  de volonté,  en dix ou même vingt   ans.      Ensuite  parce que cette dégradation est plutôt moindre que celle de la plupart des   pays méditerranéens  ( Italie, Espagne , Grèce ) ou  anglo-saxons ( Etats-Unis et  Royaume-Uni) qui, eux, il est vrai,  ne sont pas dans l'euro.  Sur le long terme , seule l'Allemagne a  fait mieux que la France en matière d'inflation des coûts mais c'est   elle qui est notre principal partenaire ! Qu'importe alors qu'il y ait reprise de la demande internationale si nos produits sont trop chers.

Ces faits simples et massifs, le président , qui  fut  pourtant maître de conférences d' économie à Sciences po,  a, par son optimisme béat,  semblé les ignorer. ll  ne  les ignore pas à proprement parler mais il pense,  comme tous les dirigeants français de sa génération,   qu'on peut les relativiser,  qu'avec un petit effort ici ou là, on peut s'en tirer quand même.

Les élites françaises n'ignorent pas l'économie; elles n'en ont qu' une connaissance molle, littéraire : assez  pour faire une dissertation bien balancée au concours de l'ENA, pas assez pour clairement distinguer parmi  les lois économiques , celles  qui,   en effet,  ne sont pas absolues et celles qui sont incontournables: le facteur monétaire est de celles-ci. De même sans doute la loi de Philips , longtemps défendue  par les keynésiens selon laquelle moins d'inflation égale moins de croissance et plus de chômage ( toute choses égales par ailleurs bien entendu, ce qu'oublient de dire ses détracteurs  ).

Inexorable  aussi, cela est encore davantage ignoré par ceux qui nous gouvernent, est la sociologie nationale qui rendait   la dérive relative de couts relatifs au sein de la zone euro  aussi inévitable qu'elle est aujourd'hui  irréversible: depuis la création de l'euro nous n'avons pas eu la force de tenir nos coûts au  niveau de nos voisins, au moins du principal d'entre eux ; qui peut imaginer que nous aurions celle  de rattraper quinze  ans de dérive en faisant, au contraire,   mieux qu'eux pendant autant d'années ? Trente ans de pénitence comme certains le promettent à  nos compatriotes ? Qui y croit ? Et à supposer qu'en la matière le volontarisme ait  sa place, quelle illusion d'imaginer que dans le même temps , nos concurrents se laisseront gentiment rattraper sans réagir !  

 

La France dans la nasse

 

Une fois qu'on a intégré ces contraintes, les options sont en nombre limité.  La relance par la demande ?  Mais ce serait plus de déficits  publics et extérieurs et , avec  la mondialisation, aucune certitude que c'est l'économie française qui en profiterait. La réduction des charges des entreprises, soit la politique de l'offre, -  c'est celle  qu' on tente timidement  - mais alors  par quoi  compenser  les ressources budgétaires perdues ?  Plus de déficits ? Ce n'est vraiment pas le moment. La surtaxe des  autres    contribuables?  C'est   ce qu'on fait hélas,  et  la demande s'en trouve  étouffée. Reste à  réduire  vraiment les charges publiques, c'est ce qu'on fait très peu;  mais si on y arrivait  vraiment, là aussi l'effet immédiat serait récessif.

Ne restent que deux voies : soit l'abandon de la zone euro, et une dévaluation, come on en a toujours fait, mais François Hollande ne l'envisage  pas . Soit, seul ersatz de la dévaluation, une introduction massive de la TVA sociale. Il y a 25 ans que nous aurions du la mettre en place,  mais le parti socialiste, pour  des raisons idéologiques , fondées elles aussi sur de vieux souvenirs simplistes de la rue Saint-Guillaume ( fiscalité  directe de gauche,  fiscalité indirecte  de droite !)  a rendu l'idée politiquement incorrecte. Donc Hollande n'a aucune solution.   A moins de remettre en cause complètement ses fondamentaux économiques, de redevenir non point jeune maître de conférence mais étudiant, il est durablement dans la  nasse  et la France avec lui.

 

                                  Roland HUREAUX   

 

  

 

Ainsi que les Pays-Bas,  la Suisse et quelques petits  pays nordiques.

Cette loi ne s'applique plus aux Etats pris séparément  mais elle s'applique, selon  nous, plus que jamais  à l'Europe dont l'obsession de la  rigueur alimente  le chômage de masse.

Il faudrait dire la dislocation. Qui imagine que la zone euro pourrait continuer  sans la France ? 

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Published by Roland HUREAUX
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