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Roland HUREAUX

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 15:16

 

Paru  dans Atlantico

 

On ne comprend pas l’obstination de François Hollande et de la plupart des   socialistes à faire passer en force le « mariage » homosexuel  si on ne voit pas dans quelle vision de l’histoire, totalement simpliste, elle s’inscrit.

Dans la culture  (il faudrait plutôt dire inculture !)  socialiste d’aujourd’hui, l’histoire de France  n’est depuis 1789 qu’une longue marche en avant vers la lumière et   le progrès que rien n’est venu interrompre et sur laquelle aucun doute n’est permis.

Curieusement, les contre-révolutionnaires de type Civitas, pour qui 1789 est le  début d’une longue descente aux enfers de notre pays par le triomphe   supposé de l’ individualisme, ne voient pas les choses autrement !  

Dans cette perspective linéaire, le « mariage pour tous »  est la suite logique de l'égalité des droits prônée par la Déclaration des droits de l’ homme et du citoyen du 26 août 1789, comme la légalisation de l’homosexualité, émancipant la loi et la morale   des « tabous religieux »  prolonge  la laïcité de  Jules Ferry. Peu importe que l’Assemblée constituante  n’ait jamais pensé que le droit au mariage puisse faire parte des droits naturels et imprescriptibles ni  a fortiori que la relation d’un duo  homosexuel puisse avoir la qualité de mariage. Peu importe que la morale laïque à laquelle se référait Jules Ferry ait eu, pour lui,  un caractère universel  et pérenne,  qui n’eut laissé aucune place à un  « mariage homosexuel ».  Inspirés par un  hégélianisme de supermarché  pour lequel la   vérité morale et politique est à chercher dans l’air du temps, les socialistes  diront que l’évolution de mœurs est en soi normative, que les normes n’ont aucun caractère fixe, qu’elles évoluent avec les époques  et qu’il est donc normal  que ce qui paraissait impensable pour la gauche du XIXe siècle apparaisse  comme un progrès dans   les générations ultérieures, plus éclairées cela va de soi . Les mœurs précèdent d’ailleurs généralement la loi et le rôle d législateur sera de « mettre la loi en conformité avec les mœurs ».  De  cette évolution à sens unique vers le progrès et le bonheur de l’humanité, la gauche se flatte de représenter  l’avant-garde parce que, fille  des Lumières, elle croit n’être prisonnière  d’aucun dogme. Et face à cette évolution, il y a, comme il y a toujours eu, selon elle, des forces résistance, voire de réaction qui n’ont que le défaut d’avoir  un temps de retard. Parmi ces forces, la droite, les religions en général,  mais  particulièrement l’Eglise catholique.

Cette position philosophique très  simplificatrice explique largement le  comportement de la majorité actuelle « sur l’ouverture du mariage aux personnes du même sexe ».

D’abord le refus du débat. Entre ceux qui s’estiment  dans « le sens de  l‘histoire »   et ceux qui sont supposés contre, les rétrogrades, les réactionnaires,  aucun débat n’est possible, comme entre  ceux qui sont inspirés par l’Esprit Saint (l’Esprit absolu en l’occurrence que Hegel avait cru voir souffler à Iéna), et ceux qui ne le sont pas. Qu’importe l’opinion des seconds, puisqu’ ils sont destinés, comme le disaient les marxistes,  aux « poubelles de l’histoire ». La tyrannie du sens de l’histoire dispense de  tout débat sur le fond : savoir ce qui est bon ou pas pour la société n’a, dans une telle perspective,  aucune importance.

La deuxième conséquence est leur insensibilité aux résistances. Les socialistes sont persuadés que, comme tant de fois dans le passé  les rétrogrades feront une crise  d’urticaire sur le moment, analogue  à l’intolérance provisoire  de l’organisme à un corps étranger, puis, la crise surmontée, ils se feront  à la nouveauté. C’est  en particulier le cas, selon eux, des catholiques qui se sont faits au travers du temps à la Révolution française, à l’école laïque, à la République, au divorce, à la séparation de  l’Eglise et de l ‘Etat, au progrès social, à l’égalité homme-femme,  à la légalisation de l ’avortement, au Pacs etc. Même si aujourd’hui, ils    sont un million à manifester, ils finiront bien par se calmer et s’adapter comme ils l’ont toujours fait ; c’est ce qu’a dit  le président de la République lors de l’audience qu’il a  accordée à Frigide Barjot.

Or nous pensons que sur à peu près tous ces sujets, les socialistes ont tort.

 

La double erreur des socialistes

 

D’abord l’histoire n’est pas aussi simpliste que ce qu’ils croient. Un examen attentif de l’histoire des deux derniers siècles nous éloigne de cette  vision à bon marché  que nous venons d’évoquer et  qui a suffi  aux nombreux énarques se trouvant dans le gouvernement actuel à passer l’épreuve du troisième jour de l’ENA.

Cette histoire n’est pas, autant  qu’ils  le croient,  une marche en avant uniforme vers le progrès, pas plus qu’elle n’est, comme le considèrent les intégristes, une lente et progressive descente aux enfers.  L’héritage de 1789, ce sont d’excellentes choses ; ce sont aussi les grandes idéologies criminelles du XXe siècle, en tous les cas le marxisme.  La gauche qui se veut la grande prêtresse du  sens de l’ histoire a poussé  entre 1900  et 1970 dans le sens du  progrès social : meilleure  sécurité juridique et financière des  travailleurs,  intervention de l ’Etat dans l’économie ,  développement des droits sociaux.  Or  depuis les années quatre-vingt, la montée de l’ultra-libéralisme  à l’échelon international fait que le détricotage de toutes ces avancées apparaît tout autant  dans le  sens de l’histoire, surtout s’il se fonde sur  l’alibi   européen. Pour cette raison, la gauche (en dehors d’une aile chevènementiste juge « moisie ») qui n’a pas d’autre dieu que ce  prétendu sens,  est  forcée d ’admettre ces reculs, quand elle n’est n’en prend pas l’initiative.

La colonisation fut, au temps de Jules Ferry et de  son propre aveu, dans le  sens de l’histoire ; elle  ne l’est plus depuis longtemps. En attentant peut-être que  le néo-colonialisme, comme le néo-libéralisme, le soit à nouveau. Ne serait-ce pas le sens des événements du Mali ?

D’ailleurs qu’est-ce qui est un progrès et  qu’est-ce qui ne l’est pas ? La promotion  des langues régionales était réactionnaire sous Jules Ferry, elle est aujourd’hui progressiste. La promotion de l’homosexualité mieux portée chez les personnages   de Proust que chez ceux de Zola, aussi, soit dite en passant. A voir Martine Aubry, maire de Lille, imposer la viande hallal à   tous les écoliers et réserver  à  certaines heures les  piscines aux femmes, on peut se demander si la laïcité est encore de gauche et, en tous les cas, dans le sens de l’histoire. Il semble bien que, pour les socialistes, la seule laïcité   admissible soit celle qui combat  l’Eglise catholique, même quand celle-ci ne se réfère, comme c’est le cas aujourd’hui,  qu’à une morale universelle que n’aurait pas  désavouée Jules Ferry.  

L’Eglise catholique n’a pas toujours été depuis deux siècles    , contrairement à ce qu’on croit rue de Solferino,  un frein au supposé « progrès ».   Ainsi l’encyclique Rerum Novarum  de 1891 qui remet en cause le capitalisme libéral,  est apparue prophétique avec le recul. Quand Rome  condamne en 1937 à quelques jours d’intervalle le nazisme et le communisme, elle est apparue rétrograde à beaucoup d’intellectuels de ce temps qui pensaient que la démocratie avait fait son temps  et que seuls les régimes autoritaires étaient désormais dans le sens de l’histoire. Or l’avenir a montré que c’était elle qui avait raison, non seulement au regard de la morale mais aussi de l’histoire.  L’Eglise a plutôt précédé que suivi le mouvement  de décolonisation en promouvant très tôt le clergé indigène.

S’agissant de la prétendue résignation des catholiques aux changements imposée par les   « progressistes », il ne  faut pas tout mélanger. La Révolution française n’a jamais fait l’objet d’une condamnation « en bloc » par la papauté, seulement la Constitution civile du clergé,   abrogée par le Consulat au bénéfice d’un  Concordat  négocié avec  la papauté. La République, contrairement à ce qu’on croit, n’a jamais été remise en cause dans son principe ;  si, pour des raisons  sociologiques,  les élites  catholiques furent plutôt   monarchistes au XIXe siècle, elles étaient, pour les mêmes raisons,     républicaines en Irlande.  L’Eglise  a dû accepter l’école laïque mais, une école catholique s’est reconstituée au fil des ans et,  quand la gauche a voulu  nationaliser celle-ci  dans les années quatre-vingt, c’est elle qui perdu, le monopole d’Etat  qu’elle défendait ne correspondant plus à l’air du temps. L’Eglise catholique, quoi qu’en pense un mouvement féministe enfermé dans une doxa encore plus simpliste, n’a jamais contesté l’égalité de droits des femmes. C’est plutôt la gauche qui a bloqué leur droit de vote entre 1918 et 1945.  La loi de 1905 séparant l’Eglise et l’Etat  a été amputée des associations cultuelles que  le pape refusait ; la République s’est contentée de renvoyer au droit canon les questions d’organisation du culte. La loi Veil était au départ une loi de compromis, à mille lieues de la liberté totale de l’avortement telle qu’elle  existe par exemple aux Etats-Unis ;  le pacs  qui, à la suite d’une pétition  des maires de France, ne se célèbre pas en mairie, n’a pas l’immense  portée symbolique qu’aurait un mariage des homosexuels selon la forme commune. On peut continuer de cette manière à montrer que les choses ne sont pas aussi linéaires  que ce qu’on imagine aujourd’hui au  parti socialiste.

C’est pourquoi les socialistes, font, dans  la question du mariage homosexuel,  une double erreur d’analyse.

Disons-le : loin d’être le parti du progrès, il se peut que ce parti  soit devenu  celui de tous  les délires idéologiques. On le sait dans des domaines  comme l’éducation nationale  où la même gauche qui se targuait  d’avoir construit l’école publique en France, en a soigneusement sapé les fondements tant par des réformes pédagogiques hasardeuses que par  un égalitarisme abstrait  dont l’ultime avatar est le projet de Vincent Peillon de supprimer les notes !  

On voit  au plan  international les ravages d’un  droit de l’hommisme abstrait  - qui est aussi le fait, il faut bien le dire,  celui du gouvernement américain et de l’Europe : n’est-ce pas lui qui met  à feu et à sang des pays comme l’Egypte, la Tunisie, et bien entendu  la Syrie,  plongés aujourd’hui dans une crise grave  résultant directement de la volonté de leur imposer  une démocratie formelle de type occidental ?

La gauche se vante d’être  dans le sens de l’histoire : mais  qui a vu venir en son sein,   la chute de l’Union soviétique ?

C’est pourquoi nous sommes fondés à penser que, dans les questions sociétales,  comme autrefois face au libéralisme triomphant ou à  la  montée des totalitarismes dans les années trente, l’Eglise catholique, ainsi que  ceux que ses positions  inspirent, croyants ou non,  apparaissent  non comme des rétrogrades menant un combat d’arrière-garde ,    mais comme des  garde-fous  (au sens strict du terme : ceux qui nous gardent de la folie ambiante) ayant eu et ayant encore l’immense mérite de garder le bon sens, quand une partie du monde  politique  se trouve  sous l’emprise d’un  délire collectif.

Loin d’être un combat des progressistes contre les réactionnaires,   nous avons affaire à  un combat de la raison contre   la déraison.

C’est le motif  de la force des opposants au prétendu mariage pour tous ;   ils  ne s’appuient pas seulement sur une Eglise  affaiblie, mais sur l’analyse instinctive que font tous les gens ordinaires  auxquels le matraquage médiatique n’a pas fait complètement  perdre le bon sens, à commencer par la majorité des élus locaux , même socialistes.

L’autre erreur d’analyse des socialistes porte sur les suites d’un vote éventuel de la loi.

Le scénario imaginé par François Hollande : après un baroud d’honneur des opposants,  une fièvre passagère,   et le vote  de la loi,  le  retour au calme, la population   se résignant,  est gravement illusoire.

Gageons que le vote de cette  loi sera  au contraire  pour François Hollande, non point la  fin mais le vrai commencent de ses ennuis. Qu’il ne se fasse pas d’illusions : ce   vote   ne suffira pas à  acclimater le  mariage homosexuel en France. Les  élus de l’outre-mer nous en ont prévenus : le rejet violent du principe par les habitants de ces territoires et même  de la Corse, fait porter un risque sérieux sur l’unité de la république.   Il est probable qu’un régime d’exception devra leur être concédé.

Les élus assez courageux pour faire valoir une objection de conscience, ne seront sans doute pas  très nombreux, mais un cas ici, un cas là suffiront  pour créer chaque fois un incident  et raviver les polémiques. Il y a plus de chances que les maires qui ne voudront pas se compromettre avec une cérémonie qu’ils jugeront ridicule ou immorale  délèguent le soin de les célébrer à un conseiller municipal de second ordre. A Londres, le licenciement d’une  fonctionnaire de l’état-civil ayant refusé de célébrer une union de ce genre se trouve actuellement devant la Cour européenne des droits de l’homme.

Certes les musulmans de France n’ont pas été aussi nombreux que les catholiques à manifester. Mais  ils n’en abhorrent pas moins ce projet : combien voudront  encore s’intégrer dans une République devenue, si elle admet le mariage des homosexuels, objet de mépris ?

Aux Etats-Unis (ou 10 Etats sur 50  l’ont adopté),   la question du mariage homosexuel, comme celle de  l’avortement, met depuis vingt ans  le pays  en situation de quasi  guerre civile.   

La révolution anthropologique que suppose la théorie  du genre, aura, n’en doutons pas,  autant de mal  à passer que la suppression de la propriété privée et de la religion en a eu dans  la défunte URSS. Tout simplement parce que les unes et les autres sont absurdes.

François Hollande doit  aussi comprendre  que le million de personnes qui ont défilé le 13 janvier  dernier à Paris (et tous ceux qui ont sympathisé avec eux)  se sentiront profondément humiliées si la loi est votée, persuadés qu’ils sont de représenter, dans cette affaire, la partie la plus responsable du peuple français. Si la loi n’est pas d’une manière ou d’une autre enterrée – la manière la plus élégante étant sans doute un rejet par le Sénat -,   elle sera, n’en doutons pas, à  l’ordre du jour de la prochain élection présidentielle. S’il est vrai que   les manifestants de la Manif’ pour tous sont  plutôt de  droite,  leur motivation pour faire battre le   candidat socialiste se trouverait néanmoins   décuplée   dans le cas où  le projet Taubira allait à son terme.

 

Roland HUREAUX

 

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Albert 12/05/2013 13:00


Les socialistes sont persuadés que, comme tant de fois dans le passé les rétrogrades feront une crise d’urticaire sur le moment, analogue à l’intolérance provisoire
de l’organisme à un corps étranger, puis, la crise surmontée, ils se feront à la nouveauté. C’est en particulier le cas, selon eux, des catholiques qui se sont faits au travers du temps à la
Révolution française, à l’école laïque, à la République, au divorce, à la séparation de l’Eglise et de l ‘Etat, au progrès social, à l’égalité homme-femme, à la légalisation de l ’avortement, au
Pacs etc. Même si aujourd’hui, ils sont un million à manifester, ils finiront bien par se calmer et s’adapter comme ils
l’ont toujours fait. Bien que partageant intellectuellement la plupart de vos analyses sur le mariage pour tous, je crains de penser comme Hollande, que "les choses se digèreront"... dans un
premier temps.Il y a quand même du vrai sur l'évolution (et les résistances) depuis 1789! Rien n'est simple, en somme.Et les vents dominants encore moins!!!

Roland HUREAUX 12/05/2013 13:23



Il se peut que vous ayez raison.  Mais l'ampleur de la résistance à la loi Taubira constitue à soi seul un tournant . Meme si certains crient victoire, la cause "gay" a  du plomb
dans l'aile.


RH